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vendredi, 19 avril 2019

19 avril 2019. Le vendredi Saint.

- Le vendredi Saint.

Nous ne donnons ici que les Lectures et l'Adoration de la Croix au vendredi Saint. Pour qui veut pénétrer plus avant dans ce jour sacré, il faut lire et méditer les belles pages de dom Prosper Guéranger :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgiqu...

En ce saint et très sollennel jour où nous commémorons ce qui est scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, nous ne disposons volontairement que trois illustrations dans cette notice.

Enfin, nous encourageons le pieux lecteur à lire et méditer ce texte simple et lumineux, Le Deicide, de M. l'abbé Curzio Nitoglia : http://ddata.over-blog.com/0/46/19/78/Le-Deicide.pdf



La Crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Giotto. XIVe.

LECTURES

La première partie de cet Office est employée à lire d'abord deux passages des Prophéties, et ensuite le récit de la Passion. On commence par un fragment du prophète Osée, dans lequel le Seigneur annonce ses vues de miséricorde envers son peuple nouveau, le peuple de la gentilité, qui était mort, et qui doit, dans trois jours, ressusciter avec ce Christ qu'il ne connaît pas encore. Ephraïm et Juda ne seront pas traités ainsi ; leurs sacrifices matériels n'ont point apaisé un Dieu qui n'aime que la miséricorde, et qui rejette ceux qui n'ont que la dureté du cœur.

Lecture du Livre d'Osée. Chap. VI. :

" Voici ce que dit le Seigneur : Dans la tribulation ils se hâteront de venir vers moi dès le matin. Venez, diront-ils, et retournons au Seigneur ; car c'est lui-même qui nous a blessés et qui nous guérira. Après deux jours il nous rendra la vie ; le troisième jour il nous ressuscitera, et nous vivrons en sa présence. Nous saurons alors ; et nous suivrons le Seigneur, afin de le connaître davantage. Son lever se prépare comme celui de l'aurore ; et il descendra sur nous comme les pluies de l'automne et du printemps sur la terre. Et le Seigneur dira : Que ferai-je de toi. Ô Ephraïm ? Que ferai-je de toi, Ô Juda ? Vos bons sentiments n'ont pas eu plus de durée que les nuages du matin, et que la rosée qui sèche en un instant. C'est pourquoi je les ai traités durement par mes prophètes, et je les ai mis à mort par les paroles de ma bouche ; et je rendrai claire comme le jour l'équité de mes jugements sur toi. Car c'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice : et je préfère la connaissance de Dieu à tous les holocaustes que vous pouvez m’offrir."

Lecture du Livre de l'Exode. Chap. XII. :

" Dans ces jours-là, le Seigneur dit à Moïse et à Aaron dans la terre d'Egypte : Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois ; il sera le premier des mois de l'année. Parlez à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et dites-leur : Au dixième jour de ce mois, chacun prendra un agneau pour sa famille et pour sa maison. S'il n'y a pas dans sa maison un nombre de personnes suffisant pour pouvoir manger l'agneau, il en prendra chez son voisin, dont la maison tient à la sienne, autant qu'il en faut pour pouvoir manger l'agneau. Cet agneau sera sans tache, mâle, et de l'année ; vous pourrez même, au défaut, prendre un chevreau qui soit dans les mêmes conditions. Vous garderez cet agneau jusqu'au quatorzième jour de ce mois ; et sur le soir, la multitude des enfants d'Israël l'immolera. Et ils prendront de son sang, et ils en mettront sur les deux poteaux et sur le haut des portes des maisons où ils le mangeront. Cette même nuit, ils en mangeront la chair rôtie au feu, avec des pains sans levain et des laitues sauvages. Vous ne mangerez rien de cet agneau qui soit cru ou qui ait été cuit dans l'eau, mais il sera seulement rôti au feu. Vous en mangerez la tête avec les pieds et les intestins ; et il n'en devra plus rien rester pour le matin suivant. S'il en restait quelque chose, vous aurez soin de le consumer par le feu. Voici en quelle tenue vous le mangerez : vous ceindrez vos reins ; vous aurez des souliers aux pieds et un bâton à la main, et vous mangerez à la hâte. Car c'est la Pâque, c'est-à-dire le Passage du Seigneur."


La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Jean. Chap. XVIII. :

" En ce temps-là, Jésus s'en alla avec ses disciples au delà du torrent de Cédron. Or il y avait là un jardin dans lequel il entra, lui et ses disciples. Judas qui le trahissait connaissait aussi ce lieu, parce que Jésus y venait souvent avec ses disciples. Judas donc ayant pris une cohorte et des gens que les princes des prêtres et les pharisiens lui donnèrent, vint en ce lieu avec des lanternes, des torches et des armes. Jésus donc, sachant ce qui devait arriver, s'avança et leur dit :
" Qui cherchez-vous ?"
Ils lui répondirent :
" Jésus de Nazareth."
Jésus leur dit :
" C'est moi."
Or Judas, qui le trahissait, était avec eux. Lors donc qu'il leur eut dit :
" C'est moi ", ils reculèrent de quelques pas et tombèrent à terre.
Il leur demanda de nouveau :
" Qui cherchez-vous ?"
Ils dirent :
" Jésus de Nazareth."
Jésus leur répondit :
" Je vous ai dit que c'est moi ; si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. Afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite : " De ceux que vous m'avez donnés, je n'en ai perdu aucun "."
Alors Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, et frappa un serviteur du grand-prêtre, et lui coupa l'oreille droite ; or ce serviteur avait nom Malchus. Mais Jésus dit à Pierre :
" Remets ton épée dans le fourreau. Le calice que mon Père m'a donné, ne le boirai-je donc pas ?"


Alors la cohorte et le tribun, et les satellites des Juifs, se saisirent de Jésus et le lièrent. Et ils l'emmenèrent d’abord chez Anne, parce qu'il était le beau-père de Caïphe, qui était grand-prêtre cette année-là. Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs :
" Il est expédient qu'un seul homme meure pour le peuple."
Simon Pierre suivait Jésus, et aussi un autre disciple ; or ce disciple étant connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour du grand-prêtre. Et comme Pierre se tenait à la porte au dehors, l'autre disciple, qui était connu du grand-prêtre, sortit et parla à la portière, et elle fit entrer Pierre. Cette servante commise à la porte dit donc à Pierre :
" Es-tu aussi des disciples de cet homme ?"
Il répondit :
" Je n'en suis point."
Les serviteurs et les gardes, rangés autour d'un brasier, se chauffaient ; car il faisait froid. Et Pierre était aussi avec eux, debout et se chauffant.


Cependant le grand-prêtre interrogea Jésus touchant ses disciples et sa doctrine. Jésus lui répondit :
" J'ai parlé publiquement au monde ; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assemblent, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi m'interrogez-vous ? Interrogez ceux qui m'ont entendu, sur ce que je leur ai dit ; ceux là savent ce que j'ai dit."
Après qu il eut dit cela, un des gardes là présent donna un soufflet à Jésus, disant :
" Est-ce ainsi que tu réponds au grand-prêtre ?"
Jésus lui dit :
" Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?"
Et Anne l'envoya lié chez Caïphe le grand-prêtre.


Cependant Simon Pierre était debout et se chauffait. Quelques-uns donc lui dirent :
" N'es-tu pas aussi de ses disciples ?"
Il le nia, et dit :
" Je n en suis point."
Un des serviteurs du grand-prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, lui dit :
" Ne t'ai-je pas vu avec lui dans le jardin ?"
Pierre le nia de nouveau ; et aussitôt le coq chanta.


Ils amenèrent Jésus de chez Caïphe dans le prétoire. Or c'était le matin, et eux n'entrèrent point dans le prétoire, afin de ne se point souiller, et de pouvoir mander la Pâque. Pilate vint donc à eux dehors, et dit :
" Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?"
Ils répondirent :
" Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne vous l'aurions point amené."
Pilate leur dit :
" Prenez-le vous-mêmes, et le jugez selon votre loi."
Les Juifs lui dirent :
" Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort ; afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite touchant la mort dont il devait mourir."
Pilate donc rentra dans le prétoire, et appela Jésus, et lui dit :
" Etes-vous le Roi des Juifs ?"
Jésus répondit :
" Dites-vous cela de vous-même, ou d'autres vous l’ont-ils dit de moi ? "
Pilate répondit :
" Est-ce que je suis Juif ? Votre nation et vos prêtres vous ont livré à moi. Qu'avez-vous fait ?"
Jésus répondit :
" Mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne fusse point livré aux Juifs : mais maintenant mon royaume n'est pas de ce monde."
Pilate lui dit :
" Vous êtes donc Roi."
Jésus répondit :
" Vous le dites, je suis Roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ; quiconque est de la vérité, écoute ma voix."
Pilate lui dit :
" Qu'est-ce que la vérité ?"
Et ayant dit cela, il sortit encore, et alla vers les Juifs, et leur dit :
" Je ne trouve en lui aucun crime. La coutume est que je vous délivre un criminel à la fête de Pâque ; voulez-vous que je vous délivre le Roi des Juifs ?"
Alors de nouveau tous s'écrièrent :
" Pas celui-ci, mais Barabbas."
Or Barabbas était un voleur.


Alors donc Pilate prit Jésus et le fit flageller. Et les soldats ayant tressé une couronne d'épines, la mirent sur sa tête, et le revêtirent d'un manteau de pourpre. Et venant à lui, ils disaient :
" Salut, Roi des Juifs !"
Et ils lui donnaient des soufflets.


Pilate sortit de nouveau, et leur dit :
" Voici que je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime."
Jésus donc sortit, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit :
" Voilà l'homme."
Les prêtres et les gardes l'ayant vu, crièrent :
" Crucifiez-le, crucifiez-le !"
Pilate leur dit :
" Prenez-le vous-mêmes, et le crucifiez ; car moi je ne trouve point de crime en lui."
Les Juifs répondirent :
" Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu'il s'est fait Fils de Dieu."
Ayant entendu cette parole, Pilate fut plus effrayé. Et entrant dans le prétoire, il dit à Jésus :
" D'où êtes-vous ?"
Jésus ne lui lit pas de réponse. Pilate lui dit donc :
" Vous ne me parlez point ? Ignorez-vous que j'ai le pouvoir de vous crucifier et le pouvoir de vous délivrer ?"
Jésus lui répondit :
" Vous n'auriez sur moi aucun pouvoir, s'il ne vous était donné d'en haut ; et c'est pour cela que le péché de celui qui m'a livré à vous est d'autant plus grand."
Et depuis ce moment, Pilate cherchait à le délivrer. Mais les Juifs criaient, disant :
" Si vous le délivrez, vous n'êtes point ami de César ; car quiconque se fait Roi, se déclare contre César. Ayant entendu cette parole, Pilate fit amener Jésus dehors ; et il s'assit sur le tribunal, au lieu appelé en grec Lithostrotos, et en hébreu Gabbatha.


C’était le jour de la préparation de la Pâque. vers la sixième heure; et Pilate dit aux Juifs :
" Voilà votre Roi."
Mais eux criaient :
" Ôtez-le ! Ôtez-le ! Crucifiez-le !"
Pilate leur dit :
" Que je crucifie votre Roi ?"
Les princes des prêtres répondirent :
" Nous n'avons de roi que César."


Alors il le leur livra pour être crucifié. Et ils prirent Jésus et l'emmenèrent. Emportant sa croix, il vint au lieu nommé Calvaire, et en hébreu Golgotha, où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu.
Pilate écrivit une inscription, et la fit mettre au haut de la croix. Voici ce qu'elle portait :
" Jésus de Nazareth, Roi des Juifs."
Beaucoup de Juifs lurent cette inscription parce que le lieu où Jésus était crucifié était près de la ville, et qu'elle était écrite en hébreu, en grec, et en latin. Les pontifes des Juifs dirent donc à Pilate :
" N'écrivez point : " Roi des Juifs " ; mais bien qu'il a dit : " Je suis le Roi des Juifs "."
Pilate répondit :
" Ce qui est écrit, est écrit."


Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses habits dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique ; et, comme elle était sans couture, d'un seul tissu d'en haut jusqu'en bas, ils se dirent entre eux : Ne la divisons point, mais tirons au sort à qui elle sera, afin que s'accomplit ce que dit l'Ecriture :
" Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort."
Voilà ce que firent les soldats.


Debout près de la croix de Jésus, étaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Jésus ayant vu sa mère, et debout près d'elle, le disciple qu'il aimait, il dit à sa mère :
" Femme, voilà votre fils."
Ensuite il dit au disciple :
" Voilà ta mère."
Depuis cette heure, le disciple la prit chez lui.

Après cela, Jésus sachant que tout était accompli, afin qu'une parole de l'Ecriture s'accomplit encore, il dit :
" J'ai soif."
Il y avait là un vase plein de vinaigre. Ils entourèrent d'hysope une éponge pleine de vinaigre, et la présentèrent à sa Bouche, là Jésus avant pris le vinaigre, dit :
" Tout est consommé."
Et baissant la tête, il rendit l'esprit.



" Consumatum est ". Jean-Léon Gérôme. XIXe.

Ici on fait une pause comme au Dimanche des Rameaux. Toute l'assistance se met à genoux ; et, selon l'usage des lieux, on se prosterne et on baise humblement la terre.

Or ce jour-là étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le sabbat (car ce sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu'on leur rompit les jambes, et qu'on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. Etant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le coté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau.

Celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai, car il sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez aussi. Ceci advint pour que cette parole de l'Ecriture fût accomplie :
" Vous ne briserez pas un seul de ses os."
Et il est dit encore ailleurs dans l'Ecriture :
" Ils verront celui qu'ils ont percé."


Ici le Diacre vient prier en silence au pied de l'autel pour implorer sur lui-même la bénédiction de Dieu ; mais il ne demande point celle du Prêtre, et ne fait point bénir l'encens. Les Acolytes ne l'accompagnent point non plus à l'ambon avec des flambeaux. Quand il a terminé la lecture de l'Evangile, le Sous-Diacre ne porte point le livre à baiser au Célébrant. La suppression de toutes les cérémonies ordinaires atteste la profonde tristesse à laquelle l'Eglise est livrée.

Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, par crainte des Juifs, pria Pilate de lui laisser enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et enleva le corps de Jésus. Nicomède, celui qui, autrefois, était venu trouver Jésus de nuit, vint aussi apportant une composition de myrrhe et d'aloès, environ cent livres. Or il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre tout neuf, où personne n'avait encore été mis. Là donc, à cause de la préparation du sabbat des Juifs, et que ce sépulcre était proche, ils mirent Jésus."

L'ADORATION DE LA CROIX


La Crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mathias Grünewald. XVe.

Les prières générales sont terminées ; et après avoir imploré Dieu pour la conversion des païens, l'Eglise se trouve avoir visité, dans sa charité, tous les habitants de la terre, et sollicité sur eux tous l'effusion du sang divin qui coule, en ce moment, des veines de l'Homme-Dieu. Maintenant elle se tourne vers les chrétiens ses fils, et, tout émue des humiliations auxquelles est en proie son céleste Epoux, elle va les convier à en diminuer le poids, en dirigeant leurs hommages vers cette Croix, jusqu'alors infâme et désormais sacrée, sous laquelle Jésus marche au Calvaire, et dont les bras vont le porter aujourd'hui. Pour Israël, la croix est un objet de scandale ; pour le gentil, un monument de folie (I Cor. I, 23.) ; nous chrétiens, nous vénérons en elle le trophée de la victoire du Fils de Dieu, et l'instrument auguste du salut des hommes. L'instant donc est arrivé où elle doit recevoir nos adorations, à cause de l'honneur que lui a daigné faire le Fils de Dieu en l'arrosant de son sang, et en l'associant ainsi à l'œuvre de notre réparation. Nul jour, nulle heure dans l’année ne conviennent mieux pour lui rendre nos humbles devoirs.

Ce touchant hommage offert, en ce jour, au bois sacre qui nous sauve, a commencé, dès le IVe siècle, à Jérusalem. On venait de découvrir la vraie Croix par les soins de la pieuse impératrice sainte Hélène ; et le peuple fidèle aspirait à contempler de temps en temps cet arbre de vie, dont la miraculeuse Invention avait comblé de joie l'Eglise tout entière. Il fut réglé qu'on l'exposerait à l'adoration des chrétiens une fois l'année, le Vendredi saint. Le désir de prendre part au bonheur de le contempler amenait chaque année un concours immense de pèlerins a Jérusalem, pour la Semaine sainte. La renommée répandit partout les récits de cette imposante cérémonie ; mais tous ne pouvaient espérer d'en être témoins, même une seule fois dans leur vie.

La piété catholique voulut du moins jouir par imitation d'une cérémonie dont la vue réelle était refusée au grand nombre ; et, vers le VIe siècle, on songea à répéter dans toutes les églises, au Vendredi saint, l'ostension et l'adoration de la Croix qui avaient lieu à Jérusalem. On ne possédait, il est vrai, que la figure de la Croix véritable ; mais les hommages rendus à ce bois sacré se rapportant au Christ lui-même, les fidèles pouvaient lui en offrir de semblables, lors même qu'ils n'avaient pas sous les yeux le propre bois lui-même que le Rédempteur a arrosé de son sang. Tel a été le motif de l'institution de ce rite imposant que la sainte Eglise va accomplir sous nos yeux, et auquel elle nous invite à prendre part.

A l'autel, le Célébrant se dépouille de la chasuble, qui est le vêtement sacerdotal, afin de paraître avec plus d'humilité dans l'amende honorable qu'il doit offrir le premier au Fils de Dieu outragé par ses créatures. Il se rend ensuite sur le degré qui côtoie l'autel, au côté de l'Epître, et s'y tient la face tournée vers le peuple. Le Diacre prend alors la croix voilée de noir qui est entre les chandeliers de l'autel, et vient la déposer entre les mains du Célébrant. Celui-ci, aidé du Diacre et du Sous-Diacre, détache la partie du voile qui enveloppait le haut de cette croix, et la découvre jusqu'à la traverse. Il l'élève alors un peu, et chante sur un ton de voix médiocre ces paroles :

Eccce lignum Crucis ; Voici le bois de la Croix ;

Puis il continue, aidé de ses ministres, qui chantent avec lui :

In quo salus mundi pependit. Auquel le salut du monde a été suspendu.

Alors toute l'assistance se met à genoux et adore, pendant que le choeur chante :

Venite, adoremus. Venez, adorons-le.

Cette première ostension, qui a lieu comme à l'écart, et à voix modérée, représente la première prédication de la Croix, celle que les Apôtres se firent entre eux, lorsque, n'ayant pas encore reçu le Saint-Esprit, ils ne pouvaient s'entretenir du divin mystère de la Rédemption qu'avec les disciples de Jésus, et craignaient d'exciter l'attention des Juifs.

C'est pour cela aussi que le Prêtre n'élève que médiocrement la Croix. Ce premier hommage qu'elle reçoit est offert en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans la maison de Caïphe.

Le Prêtre s'avance alors sur le devant du degré, toujours au côte de l'Epître, et se trouve plus en vue du peuple Ses ministres l'aident a dévoiler le bras droit de la croix, et après avoir découvert cette partie de l'instrument sacré, il montre de nouveau le signe du salut, l'élevant plus haut que la première fois, et chante avec plus de force :

Ecce lignum Crucis ; Voici le bois de la Croix ;

Le Diacre et le Sous-Diacre continuent avec lui :

In quo salus mundi pependit. Auquel le salut du monde a été suspendu.

L'assistance se met à genoux et adore, pendant que le chœur chante :

Venite, adoremus. Venez, adorons-le.

Cette seconde extension, qui a lieu avec plus d'éclat que la première, représente la prédication du mystère de la Croix aux Juifs, lorsque les Apôtres, après la venue de l'Esprit-Saint, jettent les fondements de l'Eglise au sein de la Synagogue, et amènent les prémices d'Israël aux pieds du Rédempteur. Cette seconde adoration rendue a la Croix est offerte par la sainte Eglise en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans le Prétoire de Pilate.

Le Prêtre vient se placer ensuite au milieu du degré, ayant toujours la face tournée vers le peuple. Il achève alors le dévoilement de la Croix, en dégageant le bras gauche avec l'aide du Diacre et du Sous-Diacre. Prenant ensuite cette Croix, qui paraîtra désormais sans voile, il l'élevé plus haut que les deux autres fois, et chante avec triomphe sur un ton plus éclatant :

Ecce lignum Crucis ; Voici le bois de la Croix ;

Les ministres continuent avec lui :

In quo salus mundi pependit. Auquel le salut du monde a été suspendu.

L'assistance se met à genoux et adore, pendant que le chœur chante :

Venite, adoremus. Venez, adorons-le.

Cette dernière ostension si solennelle représente la prédication du mystère de la Croix dans le monde entier, lorsque les Apôtres, repoussés par la masse de la nation juive, se tournent vers les Gentils, et vont annoncer le Dieu crucifié jusqu'au delà des limites de l'Empire romain.

Ce troisième hommage offerte la Croix est une réparation des outrages que le Sauveur reçut sur le Calvaire.

La sainte Eglise, en nous présentant d'abord la Croix couverte d'un voile qui disparaît ensuite pour laisser arriver nos regards jusqu'à ce divin trophée de notre rédemption, veut aussi exprimer tour à tour l'aveuglement du peuple Juif qui ne voit qu'un instrument d'ignominie dans ce bois adorable, et l'éclatante lumière dont jouit le peuple chrétien, auquel la foi révèle que le Fils de Dieu crucifié. loin d'être un objet de scandale, est au contraire, comme parle l'Apôtre, le monument éternel de " la puissance et de la sagesse de Dieu ". (I Cor. I, 24.).

Désormais la Croix, qui vient d'être si solennellement arborée, ne sera plus couverte ; elle va attendre sans voile, sur l'autel, l'heure de la glorieuse résurrection du Messie. Toutes les autres images de la Croix, placées sur les divers autels, seront aussi découvertes, à l'imitation de celle qui va bientôt reprendre sa place d'honneur sur l'autel majeur.

Mais la sainte Eglise ne se borne pas à exposer, en ce moment, aux regards de ses fidèles la Croix qui les a sauvés ; elle les convie à venir tous imprimer leurs lèvres respectueuses sur ce bois sacré. Le Célébrant doit les précéder, et ils viendront après lui. Non content d'avoir dépouillé la chasuble, il quitte encore sa chaussure, et ce n'est qu'après avoir fait trois génuflexions qu'il approche de la Croix que ses mains ont d'abord placée sur les degrés de l'autel. Le Diacre et le Sous-Diacre se présentent ensuite, puis le Clergé tout entier, enfin les laïques.

Les chants qui accompagnent l'adoration de la Croix sont de la plus grande beauté. Il y a d'abord les Impropères, ou reproches que le Messie adresse aux Juifs. Les trois premières strophes de cette Hymne plaintive sont entrecoupées parle chant du Trisagion, ou prière au Dieu trois fois Saint, dont il est juste de glorifier l’immortalité, en ce moment où il daigne, comme homme, souffrir la mort pour nous. Cette triple glorification, qui était en usage à Constantinople dès le Ve siècle, a passé dans l'Eglise Romaine qui l'a maintenue dans la langue primitive, se contentant d'alterner la traduction latine des paroles. Le reste de ce beau chant est du plus haut intérêt dramatique. Le Christ rappelle toutes les indignités dont il a été l'objet de la part du peuple Juif, et met en regard les bienfaits qu'il a répandus sur cette ingrate nation.

19 avril. Saint Vernier, ou Verny, Garnier, Warner, Werner, Wherner ou encore Vherner, martyr. Patron des vignerons. 1287.

- Saint Vernier, ou Verny, Garnier, Warner, Werner, Wherner ou encore Vherner, martyr. Patron des vignerons. 1287.

Pape : Nicolas IV. Empereur d'Allemagne : Rodolphe Ier.

" Je suis la vigne et vous en êtes les sarments : celui-là porte beaucoup de fruits qui demeure en moi et en qui je demeure ; sans moi, vous ne pouvez produire aucun fruit."
Evangile selon saint Jean. XV, 5.


Statue franc-comtoise de saint Vernier.

Vernier était du village de Mammerath, distant seulement de quelques lieues de la ville de Baccarach, dans la basse Allemagne. Cet enfant, très pieux, ayant perdu de trop bonne heure son père qui était vigneron, fut contraint, quand il fut un peu plus grand, de sortir de la maison de sa mère, à cause des mauvais traitements qu'il recevait de son beau-père, homme emporté et sans honneur.

Ayant reçu en chemin un morceau de pain de quelques bergers, il les récompensa très abondamment en leur obtenant de Dieu, par ses prières, une source d'eau vive dans un lieu où l'on n'en pouvait pas espérer.


Saint Verny. Statue. Beaujolais. XVIe.

Lorsqu'il fut dans la ville de Wesel (Oberwese en Allemand), au pays de Trèves, des Juifs, voyant qu'il ne demandait que de l'ouvrage pour gagner sa vie, l'engagèrent aisément à travailler chez eux.

Le Jeudi saint suivant, dans l'année où il avait été engagé, lorsqu'il eut fait ses Pâques avec les autres Chrétiens, ces Juifs l'attirèrent chez eux et le suspendirent par les pieds pour lui faire rendre la sainte hostie ; mais, voyant leurs efforts inutiles, ils lui écorchèrent tout le corps à coups de verges, et lui ouvrirent les veines en plusieurs endroits, afin d'en reccuillir le sang en vue de pratiquer des actes de sorcellerie talmudique.


La chapelle Saint-Werner d'Oberwesel.

Une jeune Chrétienne s'en aperçut, aux cris du pauvre petit Vernier, et courrut en donner avis au bourgmestre qui accourut assez rapidement pour interrompre ces épouvantables tortures et reccueillir les plaintes de cette innocente victime.

Notre Martyr lui représenta qu'il n'avait eu, pendant ses terribles épreuves, recours qu'à Dieu, et, qu'au milieu de ses douleurs, prononçait sans cesse les noms de Jésus et de Marie.

Hélas, ce bourgmestre, corrompu par les bourreaux par une forte somme d'argent, ferma ses oreilles aux plaintes et aux suppliques de notre petit saint Vernier, et l'abandonna à la fureur de ces tigres : ils achevèrent sans crainte leur tragédie dans des conditions que l'on ne peut rapporter ici.


Martyre de saint Vernier. Gravure allemande du XVIe.

Dans la nuit, ils jetèrent le corps du Martyr dans un bateau, avec ordre de remonter le Rhin jusqu'à Mayence (faut-il préciser pourquoi ils demandèrent à remonter et non à descendre le cours du fleuve ?), et de le transporter dans quelque endroit couvert de brousailles. Ces Juifs talmudiques, en effet, selon les prescriptions des livres ignobles dont ils s'inspiraient, ne donnaient pas la sépulture aux Chrétiens, même pour cacher un crime.

Mais la vengeance de Dieu les poursuivait. Après avoir navigué toute la nuit, le bateau, le lendemain matin, avait fait à peine une lieue. Les criminels essayèrent alors de jeter le corps de saint Vernier à l'eau. Vains efforts ! Voyant cela, ils le mirent dans une caverne entourée de buissons, non loin de Baccarac, près de l'endroit où s'éleva ensuite Winsbach. Ils croyaient avoir ainsi bien caché leur meurtre.

Mais Dieu, qui met en évidence les secrets les plus profonds, fit paraître, la nuit suivante, de si grands flambeaux au-dessus et autour de ce buisson, que tout le voisinage y accourut pour reconnaître la cause de ce prodige. Le corps de notre petit et saint martyr Vernier y fut trouvé encore tout baigné dans son sang ; ce qui amena les magistrats à faire la recherche des auteurs de ce meurtre. Il ne fut pas difficile de les connaître par la déposition de la jeune Chrétienne qui avait alerté le bourgmestre corrompu, par celle de ce dernier et celles des coupables.

Les ignobles homicides, ainsi que leur complice le bourgmestre, furent punis comme ils le méritaient.


Saint Vernier. Eglise de Lods. Franche-Comté.

Les honneurs dus aux saints furent rendus immédiatement aux petit Vernier.
Son martyre arriva le 19 avril 1287.

RELIQUES ET CULTE

Ses restes furent déposés dans un cercueil de chêne avec la serpette dont il se servait pour tailler la vigne. Ce cercueil fut porté à Baccarach, sur le Rhin, et mis dans la chapelle de Saint-Cunibert. On peut voir, dans les Bollandistes, les nombreux miracles dont Dieu l'honora. Son culte fut approuvé par le Saint-Siège en 1427. Le diocèse de Trèves célèbre publiquement son office.

Caché dans une muraille, à l'époque où l'on craignait les profanations des bêtes féroces Calvinistes, le corps de de saint Vernier fut découvert en 1621 et porté à Bruxelles.

Le culte de saint Vernier fut en honneur en Franche-Comté dès le XVIe siècle : il y fut probablement importé par Thiébaut de Rougemont qui avait visité les reliques de notre petit martyr en 1426 et qui avait pu constater les nombreux miracles qui s'opéraient à son tombeau.

En 1548, Jean Chuppin, chanoine de l'église Sainte-Madeleine de Besançon, rempli du désir d'honorer Dieu en honrant ses Saints dont saint Vernier, se transporta à Baccarac, et demanda pour son église une parcelle des reliques du Martyr. A la permission de l'Electeur palatin et de Jean, évêque de Trèves, il obtint l'index de la main droite et une partie du suaire teint du sang de saint Vernier.


Eglise Sainte-Madeleine de Besançon.

Quand la précieuse relique arriva à Besançon, les chanoines de Sainte-Madeleine et tout le clergé de la ville allèrent à sa rencontre et la reçurent avec le plus grand respect. L'archevêque de Besançon en fit une reconnaissance authentique et accorda une indulgence de quarante jours à tous les pieux fidèles qui visiteraient dévotement la châsse du martyr, exposée dans l'église Sainte-Madeleine.

Le nom de saint Vernier devint bientôt célèbre dans toute la Franche-Comté. Les vignerons de Besançon le choisirent pour leur patron spécial, et formèrent une confrérie sous son invocation. La fête s'en célébrait avec grande pompe le mardi après Quasimodo, et le prédicateur, choisi par les confrères, devait faire le panégyrique de saint Vernier. Cette confrérie, célèbre en Franche-Comté, fut enrichie d'indulgences par le souverain Pontife Innocent XI, le 10 décembre 1684 et toujours protégée par les archevêques de Besançon, honorée par les magistrats de la cité. Elle conserva longtemps l'amour des pratiques religieuses publiques chères aux Bizontins et aux Francs-Comtois.

Le suaire de saint Vernier ainsi que son index étaient autrefois portés publiquement en procession par toute la ville une fois l'an.

Les précieuses reliques de notre Saint ont hélas disparu pendant la tempête révolutionnaire.


Saint Simon de Trente, petit enfant chrétien, martyrisé par
des Juifs le vendredi saint de 1475. Gravure du XVIIe.

Au sujet de ce martyre caractéristique et singulier, il convient d'ajouter, qu'après un siècle passé à nier les " accusations de crimes rituels perpétrés par des Juifs et forgés par l'antisémistisme chrétien à partir du Moyen-Âge ", un certain nombre d'historiens contemporains, étudiant sérieusement cette délicate question, ont modifié leurs conclusions.

Ainsi, en février 2007, le professeur et chercheur israélien Ariel Toaff, fils d'un ancien Grand-rabbin de Rome, a publié un livre dont le titre est Pasque di sangue : Ebrei d'Europa e omicidi rituali (Pâques sanglantes : Juifs d'Europe et meurtres rituels). Dans ce livre, il conclut, entre autres, que les crimes rituels imputés aux Juifs ne furent pas des inventions, que le sang récupéré avait vocation à être utilisé pour des pratiques talmudiques et magiques, pour l'incorporer au pain azyme confectionné et consommé pour la Pâque que célèbrent les Israëlites post-christiques, et, séché, qu'il était utilisé à des fins médicales et qu'un marchant itinérant juif venant de Venise, impliqué dans le procès qui eut lieu à la suite de la découverte du meurtre rituel de saint Simon de Trente, en faisait commerce.

Faut-il préciser que ses conclusions sont contestées et que son livre fit, et fait encore scandale ?

Rq : Sur ce sujet grave, nous recommandons aux seuls lecteurs adultes la lecture et le téléchargement du livre " Le mystère du sang ", de monsieur l'abbé Henri Desportes, paru à la fin du XIXe siècle.
Ce livre, très sérieux et documenté, était encore consultable sur le site Gallica - site de la Bibliothèque nationale de France - voilà encore un an environ ; il a été retiré de la consultation.
Il est désormais disponible sur ce lien :
http://www.thule-italia.net/religione/Desportes.pdf...

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19 avril. Saint Expédit, commandant de la légion Fulminante et martyr. 303.

- Saint Expédit, commandant de la légion Fulminante et martyr. 303.
 
Pape : Saint Marcelin. Empereur romain : Dioclétien.

" Tout me semble une perte auprès de la connaissance de Jésus-Christ pour l'amour duquel je me suis privé de toutes choses."
Saint Paul. Ep. aux Philippiens, III, 8.


Saint Expédit. Eglise Saint-Didier. Brain-sur-Longuenée. Touraine.

C'est du Martyrologium Hieronymianum(1) que l'on tire que saint Expedit est mort martyr sous la persécution de Dioclétien le 19 avril 303. Il était le commandant en chef de la XIIe légion romaine, dénommée la Fulminante, qui tenait ses quartiers dans la ville de Mélitène, chef-lieu de la province romaine d’Arménie. Il avait donc 6821 hommes sous ses ordres. Cette légion était constituée d’Améniens chrétiens et avait déjà protégé Jérusalem contre les assauts des Barbares. En ce temps-là, elle avait pour mission de veiller sur la protection de la frontière orientale. Saint Expédit était donc investi d’une fonction de tout premier ordre.

Le nom de Fulminante donné à cette légion, provenait d’un fait d’armes miraculeux. C’était quelque cent ans plus tôt, sous le règne, et en la présence de Marc-Aurèle lui-même. L’armée romaine, engagée dans la pénible campagne de Germanie, s’était retranchée dans un oppidum fortifié de la région des Quades, dans le nord-est de la Hongrie, mais surprise par les Barbares, elle s’était laissée encercler. On se trouvait en été et l’eau finit par disparaître. Mourants de soif, les soldats romains n’avaient plus la force de combattre ; leur moral déclinait rapidement. L'armée romaine était sur le point de périr tout entière.

Faisant appel aux augures magiques qui accompagnaient inévitablement les troupes en campagne, et prédisaient la bonne ou la mauvaise issue d’une campagne, Marc-Aurèle ordonna que des prières publiques fussent adressées aux dieux. Tandis que le reste de l’armée s’adonnait à de stériles et répugnantes invocations et pratiques, la Fulminante sortit du camp, s’agenouilla dans la plaine et fit monter vers Jésus-Christ, le seul vrai Dieu, des prières ferventes. En voyant ces 6000 soldats à genoux, les bras en croix, l’ennemi interloqué n’osa attaquer.


Miracle de la Légion Fulminante. Sur la partie droite, Dieu est
représenté faisant pleuvoir pluie et grêle sur les Germains.
Détail de la Colonne antonine. Rome. IVe.

Leur prière une fois achevée, d’un même élan, les soldats se dressent et courent sus aux Barbares. A cet instant, une pluie torrentielle se met à tomber. Dans leurs casques, les soldats recueillent cette eau providentielle, s’en abreuvent à longs traits sans cesser de combattre et reprennent des forces. Aussitôt le combat engagé par la Fulminante, un terrible orage éclata. La foudre cribla les rangs des Barbares qui fuirent sous une pluie de grêlons gros comme des pierres alors que les chrétiens ne furent pas touchés. C’est en commémoration de ce miracle que la XIIe légion romaine reçut ce nom de Fulminante.

Ce fait est avéré et rapporté par Marc-Aurèle lui-même. Il aurait lui-même baptisé de Fulminante cette légion. Cette légion, composée très majoritairement de soldats chrétiens, s'était déjà illustrée précédemment par de hauts faits d'armes ; raison pour laquelle Marc-Aurèle, pendant cette terrible sécheresse, avait défendu que les autres troupes, qui l'accusaient d'en être responsable, ne s'en prissent à ses soldats, et même ne l'en accusât publiquement.
 
Nous avons à Rome, sur la Colonne antonine, un haut-relief rapportant ce miracle et en particulier Dieu faisant tomber la pluie et la grêle qui décimèrent les Germains. Ce fait est rappelé d'ailleurs par Apollonius (ou Apollinaire) de Rome, que nous avons fêté hier 18 avril, dans l'appologie de la vraie religion qu'il fit au Sénat pour sa défense. Saint Eusèbe de Césarée rapporte aussi l'événement et Tertullien apporte d'autres détails sur le sujet.
 

Eglise Saint-Briac. Saint-Briac-sur-Mer. Bretagne.

Du supplice de saint Expédit, quelque cent ans plus tard donc, nous ne connaissons que la date et le lieu : Mélitène. Flagellé jusqu’au sang puis décapité par le glaive. Son corps a entièrement disparu, ou du moins n'a pas été retrouvé. Nous n’avons aucune relique de lui.
 
A ce sujet, il en va de l'existence de saint Expédit, et des preuves de celle-ci, comme de celle de sainte Philomène, la " petite et chère sainte " de saint Jean-Marie Vianney, le curé d'Ars. Longtemps, l'Eglise n'avait ratifié le culte de sainte Philomène que sur la foi de la tradition. C'est à la charnière du XIXe et du XXe siècle seulement que des preuves de son existence furent découvertes à la faveur de fouilles entreprises dans les catacombes à Rome.

L'Eglise procède ainsi avec un certain nombre de saints, dont saint Expédit. Sur cette matière, le scepticisme, érigé en religion depuis le XXe siècle, et qui a disposé les usurpateurs du trône de Pierre à rayer un certain nombre de saints de LEUR calendrier, est au moins hasardeux. Ils auraient fait subir le même sort à sainte Philomène...

Quant au calendrier des dits usurpateurs : il n'est pas catholique. Rappelons que ce n'est pas parce qu'ils y conservent des saints authentiquement catholiques - avec lesquels ils ne partagent d'ailleurs presque rien de la vrai foi professée par ceux-ci, et ce qui illustre au passage leur volonté de subvertir sournoisement et de tromper les pauvres fidèles qui les suivent en changeant l'identité catholique de manière rampante et progressive afin de les pervertir " en douceur " -, qu'ils le sont eux-mêmes.
 

Verrière de l'église Saint-Etienne. Saint-Etienne-l'Allier. Normandie.

Bien d'autres sectes issues du Christiannisme, voire d'autres religions, aux tendances syncrétiques notamment, " vénèrent " des saints catholiques : cela n'en fait bien évidemment pas des religions catholiques.

Ce calendrier n'est pas catholique ; il n'est donc pas le nôtre, comme on l'aura compris. Ces notices ne tiennent donc aucun compte en la matière des curiosités et autres scandales postérieurs au pontificat de Pie XII.

Revenons à notre cher saint Expédit. Il a donc rejoint au ciel ses compagnons d’arme, saint Sébastien (que l'on fête le 2 janvier) et saint Maurice (que l'on fête au 22 septembre) de la légion Thébaine. Soldat de grands mérites militaires comme eux, chef courageux et reconnu comme eux, mais aussi et surtout martyr comme eux, pour avoir professé héroïquement Notre Seigneur Jésus-Christ.

On représente saint Expedit vêtu en légionnaire romain, tenant d’une main la palme du martyre, il présente de l’autre la croix sur laquelle est frappée le mot Hodie qui veut dire aujourd’hui. Du pied il écrase un corbeau (ou parfois l'aigle romaine) qui crie : Cras, c'est-à-dire demain.
 
Hodie, la devise de saint Expedit (qui est aussi le premier mot de la réponse de Notre Seigneur Jésus-Christ à la prière du Bon Larron pour aller avec lui en Paradis et qui a été choisit pour présider à ce blog), exprime que nous ne devons jamais attendre au lendemain pour rendre à Dieu l’hommage d’amour et de reconnaissance qui lui est dû, pour implorer sa miséricorde et obtenir ses grâces pour nous convertir.

Demain, en effet, c’est peut-être jamais.
Hodie, Aujourd'hui, nous invite à vivre au jour le jour ; chaque jour suffit sa peine. Vivre en présence de Dieu, voilà l’unique et sage façon de prévoir le demain.
 

Eglise Saint-Nicolas. Milan.

Saint Expedit est plus spécialement invoqué en faveur de trois causes principales (mais on peut le prier pour d’autres grâces) :
- le succès dans les examens, car il est le patron de la jeunesse ;
- l’intercession dans les affaires pressantes, quelles qu’elles soient ;
- la médiation dans les différends et les procès, afin de trouver une heureuse issue.
 
1. Le Martyrologium Hieronymianum (Martyrologe de Jérôme) fut compilé du Ve au VIe siècle par des moines de l'Eglise latine en Italie à la suite de travaux de saint Jérôme lui même et des monuments liturgiques nombreux et fiables (calendriers d'Eglises particulières, actes authentiques de martyres, etc.). Le Martyrologium Hieronymianum est notamment reproduit dans les Acta Sanctorum Novembris, T. II,  par le commandeur Giovanni-Battista de Rossi et le R. P. Louis Duchesne, 1894. La Bibliothèque nationale de France conserve plusieurs exemplaires manuscrits datant du haut Moyen-Âge le reproduisant. On le trouve aussi dans la Patrologie latine de l'abbé Migne et chez bien d'autres commentateurs et compilateurs réputés.

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