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dimanche, 16 octobre 2016

16 octobre. Saint Gall, fondateur et Ier abbé du monastère de Saint-Gall en Suisse. 646.

- Saint Gall, fondateur et Ier abbé du monastère de Saint-Gall en Suisse. 646.

Pape : Théodore Ier. Roi de Neustrie et de Bourgogne : Clovis II. Roi d'Austrasie : Sigebert III. Empereur romain d'Orient : Constant II Héraclius.

" Quand vous recevez une humiliation, regardez cela comme un bon signe, comme une preuve certaine de la grâce qui approche."
Saint Bernard de Clairvaux.

Saint Gall. Peinture murale. Eglise Saint-Venant.
Horgenzell. Souabe. XVIIe.

Saint Gall naquit en Irlande de parents vertueux, qui l'offrirent à Dieu dès sa première jeunesse dans le monastère de Bangor (comté de Down), pour être élevé dans la piété et les lettres, sous la discipline de saint Colomban dont la vertu donnait alors beaucoup d'éclat à ce lieu. Il avait les inclinations si heureuses, qu'avec les grâces dont il plut à Dieu de le soutenir, il fit des progrès tout extraordinaires dans la vertu et les sciences, surtout dans l'intelligence de l'Ecriture sainte dont il expliquait admirablement les endroits les plus difficiles. Il y joignait l'agrément des belles-lettres, et particulièrement de la poésie dont il tâchait de sanctifier l'usage en la faisant servir à la piété. Quoiqu'il parût avoir été confié aux soins de Colomban, ce Saint n'avait sur lui d'autre supériorité que celle que lui donnait l'autorité particulière de ses exemples et de ses instructions.

Son abbé, saint Comgall, fondateur du monastère où il vivait, voulut le faire élever aux ordres sacrés, de l'avis de toute sa communauté mais s'il exécuta ce dessein, ce ne fut que pour lui conférer les ordres inférieurs. Car on est persuadé que saint Gall ne reçut la prêtrise qu'après qu'il fut passé en France avec saint Colomban, et par le commandement exprès de ce Saint, lorsqu'il fut devenu son abbé. Il n'y a que sa modestie qui lia pour lors les mains à l'abbé saint Comgall, et ce ne fut qu'après beaucoup de temps et d'efforts que saint Colomban put vaincre une répugnance qui n'était que l'effet de son humilité. Il fut du nombre des 12 moines de Bangor que ce Saint choisit, par la permission de saint Comgall, pour l'accompagner dans le dessein qu'il avait d'aller hors de son pays chercher à se perfectionner dans la vie pénitente. Ils passèrent de l'Irlande en Angleterre, et de là en " France ", du temps des rois Gontran et de ses neveux Clotaire II et Childebert II.

Ils s'arrêtèrent quelque temps dans les Etats du dernier qui régnait en Austrasie : puis, étant entrés dans les déserts des Vosges, ils y bâtirent le monastère d'Annegray, sur les confins des diocèses de Toul et de Besançon. Le pays y était stérile et dépourvu des commodités facilitant la vie. Cela ne pouvait être que favorable au dessein de Colomban et de ses disciples, qui y souffrirent beaucoup pendant près de 2 ans qu'ils y demeurèrent. Mais, ayant été conviés par des personnes de piété, entre autres par Agnoald, de passer sur les terres de Bourgondie qui obéissaient au roi Gontran, saint Colomban, à la faveur de ce prince, bâtit, de l'autre côté des montagnes des Vosges, un nouveau monastère sur les ruines d'une implantation païenne, appelée Luxeuil, au diocèse de Besançon. Saint Gall y embrassa des premiers la Règle que son maître y prescrivit à ses disciples, et y devint un modèle de régularité pour la communauté, qui se multiplia beaucoup, en peu de temps, par l'affluence de ceux qui venaient de France et de Bourgogne servir Dieu sous la conduite de saint Colomban.

Saint Gall et saint Colomban. Manuscrit du XVe.

Notre Saint, attaché à ses devoirs, passa plusieurs années dans le silence et la retraite de ce saint lieu, jusqu'à ce qu'il plut à Dieu de permettre d'autres épreuves à sa vertu dans les traverses et les persécutions qui furent suscitées à saint Colomban. Pendant que Thierry, impie roi de Bourgogne, fils de Childebert II, à l'instigation de sa grand'mère Brunehaut, exerçait la patience de saint Colomban par divers exils, saint Gall, accompagné de saint Eustase, autre religieux de Luxeuil, qui en fut depuis abbé, ne trouvant point de sûreté dans sa communauté contre les insultes de cette princesse, se réfugia auprès de Théodebert, roi d'Austrasie, frère de Thierry. Saint Colomban s'y rendit peu de temps après, au retour de la cour du roi Clotaire, où les vexations de Thierry et de Brunehaut l'avaient obligé de passer. Théodebert les reçut comme des Anges du Seigneur, témoignant être fort satisfait d'entendre leurs instructions et fort joyeux d'avoir auprès de lui de tels serviteurs de Dieu. Saint Colomban lui demanda ensuite permission d'aller en Italie trouver Agilulphe, roi des Lombards.

Mais Théodebert, ne pouvant souffrir qu'il sortît de ses Etats, le pria d'y choisir tel lieu qu'il jugerait à propos pour servir Dieu en paix et instruire les peuples sous sa direction. Le Saint accepta et remonta le long du Rhin avec saint Gall, saint Eustase et quelques autres de ses disciples qui étaient venus le joindre à Metz. Lorsqu'ils furent arrivés au lieu où le Rhin reçoit la rivière d'Aar, entre les diocèses de Bâle et de Constance, ils entrèrent en Suisse, s'avancèrent par la rivière du Limat jusqu'au bout du lac de Zurich, et passèrent au territoire de Zug, où ils croyaient avoir trouvé une solitude propre à leur établissement, lorsqu'ils s'en virent chassés par les habitants. Ces peuples étaient entièrement barbares et idolâtres : nos saints, touchés de compassion pour leur aveuglement et leurs désordres, s'employèrent à les instruire de la Foi chrétienne. Mais ils ne les trouvèrent pas disposés à les écouter.

Théodebert, qui avait donner refuge à saint Gall,
à la bataille de Quierzy contre son frère impie, Thierry.
Chroniques françaises. Guillaume Crétin. XVIe.

Saint Gall, ne pouvant retenir son zèle, mit le feu aux temples de leurs faux dieux et jeta dans le lac qui en était proche les oblations et les autres choses destinées aux sacrifices. Cette action irrita tellement ces barbares, que, pour s'en venger, ils résolurent de le tuer et de fouetter saint Colomban, puis de le chasser de leur pays avec tous les siens. Nos Saints ayant su cette résolution jugèrent à propos de se retirer. Ils s'arrêtèrent au bourg d'Arbon, sur le lac de Constance, où ils furent charitablement reçus par Willimar, qui était un prêtre de grande vertu.

Colomban ayant demandé à cet hôte s'il ne connaissait pas quelque lieu écarté qui pût lui servir de retraite et à sa compagnie, il lui apprit qu'à l'extrémité du lac, vers le levant, il y avait une solitude fort propre à son dessein, parce qu'il y trouverait de vieux bâtiments abandonnés où il pourrait se loger, et que la campagne y était assez abondante en fruits. Suivant cet avis, saint Colomban monta sur une barque avec saint Gall et un diacre et arriva au lieu qui lui avait été indiqué.

C'était un lieu près la ville de Brégentz assez désert, mais dans une solitude fort agréable. Ils y trouvèrent une chapelle dédiée à sainte Aurélie, mais on n'y disait plus la Messe et elle était profanée par un culte impie, idolâtre ; car il y avait 3 statues d'airain, attachées à la muraille, que les habitants adoraient comme les anciennes divinités du pays à qui ils se tenaient redevables de leur fortune et de leur conservation. Saint Colomban, ne pouvant souffrir cette abomination, ordonna à saint Gall de leur annoncer l'Evangile, parce qu'il savait assez bien parler leur langue. Le jour de la grande fête du lieu étant venu, il s'y rendit une multitude de monde de tout âge et de tout sexe, dont le concours fut encore augmenté par le désir de voir ces étrangers.

Saint Gall y signala son zèle : il prêcha fortement contre la superstition païenne, exhorta le peuple à reconnaître et à adorer le vrai Dieu. Puis joignant l'effet aux paroles, il brisa les statues et en jeta les morceaux dans le lac. Plusieurs profitèrent de ces instructions et se convertirent; les autres, demeurant dans leur aveuglement, en furent fort irrités, ce qui n'empêcha point saint Colomban de purifier la chapelle avec de l'eau bénite. Il la dédia pendant que saint GaIl et son autre compagnon chantaient des Psaumes, en reconsacra l'autel avec de l'huile sainte, y mit des reliques de sainte Aurélie, et l'on commença ensuite à y dire la Messe.

Les autres disciples de saint Colomban, qui étaient restés à Arbon, vinrent le rejoindre à Brégentz. Ils bâtirent des cellules autour de la chapelle ; et outre les exercices de piété, les uns s'occupèrent à cultiver un jardin et les autres à pêcher. L'exercice de saint Gall était de faire des filets pour les pêcheurs ou de pêcher souvent lui-même. Par ce moyen, il fournissait du poisson à ceux de sa communauté et aux hôtes qu'ils recevaient dans leur petit monastère.

Saint Gall prêchant aux Païens des bords
du lac de Constance. Gravure du XIXe.

Le diable était furieux de se voir arracher un domaine où il régnait depuis si longtemps. Une nuit, notre Saint entendit le démon de la montagne crier à celui du lac :
" Viens à mon secours, afin que nous chassions ces étrangers; car ils m'ont expulsé de mon temple, brisé mes statues et attiré après eux le peuple qui me suivait."
Le démon du lac de Constance répondit :
" Ce que vous annoncez de votre infortune, je le ressens par la mienne; car un de ces étrangers me presse dans les eaux et dévaste mon domaine ; je ne saurais ruiner ses filets ni le tromper lui-même, car l'invocation du Nom divin est toujours dans sa bouche, et, veillant continuellement sur lui-même, il se rit de nos piéges."
L'homme de Dieu, quand il eut entendu ces choses, se fortifia de toutes parts du Signe de la Croix et dit à ces démons :
" Au Nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je vous adjure de quitter ce lieu et de n'y faire de mal à personne."
Ensuite il s'empressa de raconter à son abbé ce qu'il venait d'entendre. Aussitôt Colomban donna le signal de se réunir à l'église. Mais, avant qu'on eût commencé le chant des Psaumes, on entendit sur le sommet des montagnes les hurlements des démons et les gémissements de leur départ. Sur quoi les serviteurs de Dieu se prosternèrent en oraison et rendirent grâces au Seigneur, qui les avait délivrés de ces malins esprits.

Cependant les païens du pays, irrités que les serviteurs de Dieu eussent brisé leurs idoles, allèrent se plaindre au duc Gonzon, qui était ou seigneur ou gouverneur du lieu, que ces étrangers étaient venus troubler la liberté publique, et que l'on ne pouvait plus chasser aux environs de Brégentz à cause d'eux. D'autres enlevèrent quelques vaches du monastère et tuèrent même 2 des disciples de Colomban. Gonzon, qui n'était pas sans doute idolâtre, mais qui préférait la politique à la religion, lui ordonna de sortir du pays; et Colomban, au lieu de s'aller justifier comme il lui était aisé de le faire, aima mieux obéir, parce que d'ailleurs il s'attendait à voir reprendre en ce lieu la colère de Thierry, roi de Bourgogne, qui, par la défaite et la mort du roi Théodebert, son frère, était devenu roi d'Austrasie, d'où dépendait le lieu où il s'était établi. Il prit le parti de passer en Italie avec ses disciples ; mais saint Gall, se trouvant indisposé lorsqu'on était sur le point de partir, s'excusa de ne pouvoir le suivre. Le saint abbé crut que c'était moins l'infirmité que l'attachement que Gall avait pour ce pays qui lui faisait souhaiter de n'en pas sortir.

Il pensa peut-être que ce disciple, après avoir travaillé en ce lieu, avait envie d'y demeurer. Il lui permit de rester, mais, à titre de pénitence, il lui défendit de dire la Messe tant qu'il saurait qu'il serait en vie. Saint Gall obéit, et sa maladie, qui était réelle, ayant augmenté après le départ de saint Colomban, l'obligea de retourner à Arbon, chez le prêtre Willimar, qui le reçut avec beaucoup de charité. Il lui donna pour gardes et pour infirmiers 2 clercs de son église, Magnoald et Théodore, et prit un soin extrême de lui tout le temps de sa maladie, qui fut longue.

Baptême de Sigebert III.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XIVe.

Après sa guérison, l'amour de la solitude le portant à chercher une autre retraite que celle de Brégentz, lui fit demander quelque lieu écarté à Hiltibod, diacre de Willimar, qui avait une connaissance très particulière de tout le pays.
Celui-ci lui répondit :
" Père, je connais une solitude telle que vous dites ; mais elle est habitée par des bêtes féroces, des ours, des sangliers et des loups sans nombre. Je crains donc de vous y conduire, de peur que vous ne soyez dévoré par ces animaux."
Gall répliqua :
" L'Apôtre a dit : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Nous savons qu'à ceux qui aiment Dieu toutes choses tournent en bien. Celui qui a délivré Daniel de la fosse aux lions peut aussi m'arracher de la griffe des bêtes."
Ils convinrent tous 2 de partir le lendemain. Saint Gall jeûna tout le jour et passa toute la nuit en prières. Le lendemain ils marchèrent jusqu'à l'heure de None, où le diacre dit :
" C'est l'heure de la réfection, prenons un peu de pain et d'eau, afin de faire mieux le reste du chemin."
L'homme de Dieu répondit :
" Prenez ce qui est nécessaire à votre corps. Pour moi, je ne goûterai de rien que le Seigneur ne m'ait montré le lieu de la demeure que je désire."
Le diacre répliqua :
" Puisque nous devons partager la consolation, nous partagerons aussi la peine."
Et ils marchèrent tous 2 sans manger jusqu'au soir. Ils vinrent à une petite rivière appelée Stemaha, et la descendirent jusqu'à un rocher, d'où elle se précipitait dans un gouffre où ils aperçurent beaucoup de poissons. Ils y jetèrent leurs filets et les prirent. Le diacre ayant fait du feu, les fit rôtir et tira du pain de la panetière.

Le bienheureux Gall s'étant un peu écarté pour prier, s'embarrassa dans des ronces et tomba par terre. Le diacre accourut pour le relever ; mais l'homme de Dieu lui dit :
" Laissez-moi, c'est ici mon repos à jamais, c'est ici le lieu que j'habiterai, parce que je l'ai choisi."
Et, se levant après sa prière, il prit une tige de cornouiller, en fit une croix et la fixa en terre. Or, il avait appendu à son cou une boîte où étaient des reliques de la sainte vierge Marie (quelques fragments des vêtements de la sainte Vierge), ainsi que de saint Maurice et de saint Didier.
Il attacha le reliquaire à la croix, se prosterna devant elle avec le diacre et dit :
" Seigneur Jésus-Christ qui, pour le Salut du genre humain, a daigné naître de la Vierge et subir la mort, ne méprise pas mon désir à cause de mes péchés; mais, pour l'honneur de Ta sainte Mère ainsi que de Tes Martyrs et de Tes Confesseurs, prépare en ce lieu une habitation propre à Te servir."
La prière finie, les 2 pèlerins prirent leur nourriture avec actions de grâces, au soleil couchant, et puis ayant prié de nouveau, ils se couchèrent par terre pour reposer quelque peu. Quand le saint homme crut son compagnon endormi, il se prosterna en forme de croix devant le reliquaire et pria le Seigneur avec beaucoup de dévotion.

Cependant un ours, descendu de la montagne, ramassait avec soin les miettes échappées aux 2 convives. L'homme de Dieu, voyant ce que faisait la bête, lui dit :
" Je t'ordonne, au Nom du Seigneur, prends du bois et mets-le dans le feu."
A ce commandement, la bête alla prendre un morceau de bois très considérable et le jeta dans le feu. Sur quoi le saint homme tire de la panetière un pain tout entier, le donne au nouveau servant et lui dit :
" Au Nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, retire-toi de cette vallée et aie en commun les montagnes et les collines environnantes, sous la condition que tu ne feras de mal ici à aucun homme ni à aucune bête."
Cependant le diacre, qui ne faisait que somnoler, considérait avec étonnement ce qui se passait. Il se leva, vint se jeter aux pieds du saint homme et dit :
" Maintenant, je sais que le Seigneur est vraiment avec vous, puisque les bêtes de la solitude vous obéissent."
Le Saint lui répondit :
" Gardez-vous de dire ceci à personne, jusqu'à ce que vous voyiez la gloire de Dieu."

Saint Gall aidé par son ours. Saint Gall récompense son ours
avec un pain. Haut-relif. Abbaye Saint-Gall. Saint-Gall.
Suisse. IXe.

Au matin, le diacre s'en alla vers la fosse de la rivière pour y prendre du poisson et en faire cadeau au prêtre Willimar à son retour. Il était sur le point d'y jeter ses filets, lorsqu'il aperçut sur les bords 2 esprits immondes sous la forme de femmes, qui lui jetèrent des pierres et dirent :
" C'est toi qui as amené dans cette solitude cet homme méchant et plein d'envie, accoutumé à nous vaincre par ses maléfices."
Le diacre retourne aussitôt vers l'homme de Dieu et lui raconte ce qu'il vient de voir et d'entendre. Ils se mettent tous 2 en prière, puis se rendent à la fosse. A leur vue, les démons s'enfuient vers la montagne voisine, pendant que saint Gall leur dit :
" Fantômes impurs, je vous ordonne, par la puissance de l'éternelle Trinité, de quitter ce lieu, de vous en aller dans les montagnes désertes et de n'oser plus jamais revenir ici."
Ils jettent ensuite leurs filets dans la fosse et prennent des poissons tant qu'ils veulent. Mais ils entendent sur le sommet de la montagne la voix comme de 2 femmes en deuil se disant l'une à l'autre :
" Hélas ! que ferons-nous ? ou bien, où irons-nous ? Cet étranger ne nous laisse pas habiter parmi les hommes, il ne nons permet pas même de demeurer dans la solitude."
Ces voix, ces plaintes des démons contre saint Gall furent encore entendues d'autres fois.

Les 2 pèlerins, explorant alors la vallée, trouvèrent entre 2 ruisseaux ce qu'ils souhaitaient : une belle forêt, des montagnes à l'entour, une plaine au milieu ; ils jugèrent ce lieu excellent pour y bâtir des cellules. Gall, se rappelant l'échelle de Jacob et les Anges qui montaient et descendaient, dit comme lui :
" Le Seigneur est vraiment en ce lieu."
Jusqu'alors il y avait dans cette vallée une infinité de serpents. Dès ce jour ils disparurent tellement, qu'on n'y en voyait pas un seul au temps de Walafrid Strabon. Ce miracle s'accorde avec les premiers, dit cet auteur, car le démon étant chassé de là, il était digne que l'animal par lequel il avait trompé l'homme cédât la place à la sainteté.

Quelque éloigné qu'il fût du commerce des hommes, il ne put longtemps demeurer inconnu en ce lieu. Sa réputation lui attira des disciples et porta loin la bonne odeur de sa vertu. Le duc Gonzon en eut lui-même une si bonne opinion sur le récit qu'on lui en fit, qu'il changea entièrement de disposition à son égard. On dit même, qu'ayant une fille possédée d'un démon qui la tourmentait horriblement, il manda au prêtre Willimar de lui envoyer saint Gall pour la guérir. Deux évêques y avaient inutilement employé tous leurs exorcismes, et l'on rejetait la confusion qu'ils avaient eue de leur mauvais succès sur leur défaut de sainteté et sur quelques déréglements particuliers dont ils étaient soupçonnés. Willimar mena donc saint Gall au duc, dont la fille n'avait pris aucune nourriture depuis 3 jours. Elle était étendue sur les genoux de sa mère, les yeux fermés, les membres contournés et comme morte. Une odeur de soufre sortait de sa bouche.

Le Saint se mit en prière et dit avec larmes :
" Seigneur Jésus-Christ Qui, venant en ce monde, a daigné naître d'une Vierge, et Qui a commandé aux vents et à la mer et ordonné à Satan de retourner en arrière, Qui, enfin, a sauvé l'humanité pour la déifier, commande que cet esprit immonde sorte de cette fille."
Puis il prit la main de la malade, lui mit la sienne sur la tête et dit :
" Esprit immonde, je te commande, au Nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de sortir et de t'éloigner de cette créature de Dieu."
A ces mots, elle ouvrit les yeux et le regarda, et l'esprit malin dit :
" Est-ce toi, Gall, qui m'as expulsé de mes premières habitations ? Quoi ! c'est pour te venger que je suis entré dans cette fille, parce que son père t'a chassé toi-même, et tu m'en expulses ! Si donc tu me chasses d'ici, où irai-je ?"
L'homme de Dieu répondit :
" Là où le Seigneur t'a précipité, dans l'abîme !"
Aussitôt, à la vue de tous les assistants, il sortit de la bouche de la frénétique sous la forme d'un oiseau noir et horrible à voir. La fille se leva guérie, et l'homme de Dieu la rendit à sa mère.
Le duc, au comble de la peur et de la joie, offrit au Saint tous les présents que le roi Sigebert avait envoyés à sa fille. En même temps, il le pria de vouloir bien accepter l'évêché de Constance. Le Saint lui répondit :
" Du vivant de mon maître Colomban, je ne célébrerai pas la Messe ; si donc vous voulez me faire endosser une telle charge, permettez que je lui écrive. S'il m'absout, j'accepterai."
Le duc y consentit. Après quoi le Saint distribua tous les présents aux pauvres d'Arbon et rentra dans sa chère solitude. Il y attira même le diacre Jean, et pendant 3 ans, l'instruisit à fond dans les lettres et dans la science des divines Ecritures.

Cependant le roi Sigebert, ayant appris la guérison de sa fiancée, pria son père de la lui envoyer pour en faire son épouse. Elle fut reçue à Metz avec les plus grands honneurs, raconta an roi comment saint Gall l'avait guérie et le pria de favoriser l'homme de Dieu et son nouvel établissement. Sigebert, ayant trouvé que le monastère de saint Gall était situé sur ses terres, lui accorda aussitôt une charte de donation et de protection royale.

Pendant ce temps, on préparait les noces du roi et de la reine. Un grand nombre d'évêques et de seigneurs y furent convoqués. Le roi étant allé inviter la princesse de venir résider au palais, elle se jeta à ses pieds et lui dit :
" Seigneur, j'ai été épuisée par une longue et cruelle maladie, accordez-moi encore 7 jours pour que je reprenne un peu de force et que je puisse vous être présentée convenablement."
Le roi accepta sa demande.

Baptême de Sigebert III.
Chroniques françaises. Guillaume Crétin. XVIe.

Le 7e jour, Frideburge, accompagnée de 2 hommes et de 2 filles, entra vers l'Office du matin dans la cathédrale Saint-Etienne, dépouilla derrière la porte ses vêtements de reine, prit un habit de moniale, saisit un coin du grand autel et fit cette prière :
" Saint Etienne, qui a répandu ton sang pour Jésus-Christ, intercéde aujourd'hui pour moi, indigne, afin que le coeur du roi se tourne à ma volonté et que ce voile ne soit point ôté de ma tête."
Le roi, informé de ce qui se passait, assembla les évêques et les princes pour savoir que faire. Un des évêques dit :
" Cette fille, lorsqu'elle a été délivrée du démon, parait s'être obligée par un voeu de garder la chasteté ; prenez donc garde de l'y faire manquer, de peur qu'il ne lui arrive pis qu'auparavant et que vous ne vous rendiez vous-même coupable d'un si grand crime."

Le roi, de l'avis des princes, acquiesça au conseil de l'évêque.
Il entra dans l'église, fit apporter les vêtements et la couronne de reine et dit à la princesse :
"Venez à moi."
Elle, croyant qu'on voulait la tirer hors de l'église, tenait plus étroitement embrassée le coin de l'autel. Le roi lui dit plus clairement :
" Ne craignez pas de venir à moi ; car tout se fera aujourd'hui suivant votre volonté."

Mais elle, plaçant sa tête sur l'autel, dit :
" Me voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon sa volonté à Lui."

Le roi Sigebert ordonna aux prêtres de l'amener, la fit revêtir des habits de reine avec le voile et la couronne, et la recommanda au Seigneur en ces termes :
" Avec les mêmes ornements que vous avez été préparée pour moi, je vous donne pour épouse à mon Seigneur Jésus-Christ."
En même temps il lui prit la main droite et la posa sur l'autel ; puis il sortit de l'église pour pleurer, car il aimait tendrement la princesse.

Plus tard, il lui donna le gouvernement d'une communauté de religieuses. Après cela, le duc Gonzon convoqua une assemblée d'évêques et de seigneurs à Constance, pour élire un pasteur à cette église. On y vit les évêques d'Augsbourg, de Verdun et de Spire, avec une foule d'ecclésiastiques et de fidèles.

Statue de saint Gall avec son ours.

Le concile dura 3 jours. Saint Gall s'y rendit en tant qu'abbé, accompagné des diacres Jean et Magnoald. Le duc, le voyant entrer, fit tout haut cette prière :
" Le Dieu tout-puissant, dont la providence augmente et régit tout le corps de l'Eglise, veuille, par l'intercession de la sainte Vierge en l'honneur de qui cette église est consacrée, répandre aujourd'hui l'Esprit-Saint sur nous, pour choisir un évêque capable de régir le peuple des fidèles et de gouverner l'Eglise de Dieu !"
Puis il exhorta les évêques et le clergé à choisir, suivant les Canons, celui qu'ils jugeraient à propos.
Après quelques moments de délibération, le clergé s'écria tout d'une voix, avec le peuple :
" Gall que voici est l'homme de Dieu, jouissant d'une bonne renommée dans tout le pays, instruit dans les Ecritures et plein de sagesse, chaste et juste, doux et humble, charitable et patient, père des orphelins et des veuves : c'est lui qui convient pour évêque !"
Le duc dit alors au Saint :
" Entendez-vous ce qu'ils disent ?"
L'homme de Dieu répondit :
" Ils parlent bien ; si seulement ce qu'ils disent était vrai ! Mais ils ne pensent pas que vos règles défendent d'ordonner évêque un étranger. Cependant il y a ici avec moi le diacre Jean, de votre nation, à qui, par la grâce de Jésus-Christ, conviennent toutes les louanges que vous m'avez données, et qui est capable de porter le fardeau du gouvernement."

Aussitôt le duc l'interrogea sur son nom, sa qualité, son origine, etc. Quant à sa vertu et à sa capacité, saint Gall demanda à répondre pour son disciple. Pendant qu'il parlait, Jean se déroba de l'assemblée et s'enfuit dans l'église de Saint-Etienne, hors de la ville. Mais le clergé et le peuple coururent après lui et le ramenèrent malgré ses pleurs, en s'écriant :
" C'est le Seigneur lui-même qui a élu Jean pour Son évêque !"

Jean fut donc consacré par les évêques, et officia pontificalement. Le peuple témoigna un grand désir d'entendre l'homme de Dieu. Saint Gall monta donc à l'ambon avec l'évêque qui lui servait d'interprète. Il prêcha sur l'ensemble de la Foi, depuis la Création du monde jusqu'au Jugement dernier. Le peuple fondait en larmes et se disait : " Le Saint-Esprit a vraiment parlé aujourd'hui par la bouche de cet homme !"

Denier du Canton de Saint-Gall. Suisse. XIe.

Après avoir demeuré quelques jours avec le nouvel évêque, pour l'assister de ses conseils et de ses prières, il retourna dans sa solitude, où il bâtit l'église dont il avait fait le projet, et l'environna de 12 cellules pour ses disciples. Ce fut là l'origine de la célèbre abbaye de Saint-Gall. Plusieurs siècles après, elle passera sous la Règle de Saint-Benoît. Notre Saint commença pour lors à établir une discipline réglée dans sa communauté, sans s'écarter de l'institut de saint Colomban, qu'il regardait toujours comme son maître et son abbé.

Un jour, que ses frères s'étaient remis sur leurs lits, après Matines, saint Gall appela son diacre Magnoald, et lui dit de préparer l'autel, parce qu'il voulait dire la Messe. Le diacre, étonné d'une résolution si subite, crut que le Saint ne songeait pas que cela lui était défendu, et que depuis plus de 2 ans il n'avait approché de l'autel. Saint Gall comprit sa pensée, et, pour le tirer de peine, il lui dit qu'il devait offrir le Sacrifice pour le repos de son Père Colomban, parce qu'il avait appris dans une vision de la nuit qu'il était passé des misères de cette vie à la félicité du Ciel. Après la Messe, il envoya Magnoald au monastère de Bobbio, pour vérifier sa vision. L'historien de sa vie assure qu'elle se trouva vraie, et ajoute que Magnoald rapporta au Saint des lettres des moines de Bobbio, avec la crosse ou le bâton de saint Colomban, qui avait ordonné qu'on le lui envoyât pour marque qu'il était absous de sa suspension, et qu'il avait levé la défense qu'il lui avait faite de dire la Messe. Dix ans après, les moines de Luxeuil ayant perdu leur abbé, saint Eustase, envoyèrent prier saint Gall de vouloir prendre sa place, et lui députèrent 6 de leurs confrères, tous Irlandais de naissance, croyant que ce choix de personnes, toutes de son pays, lui serait plus agréable.

Le Saint, qui avait refusé l'épiscopat, ne crut pas devoir se charger de l'abbaye de Luxeuil, qui était déjà devenue considérable. Les envoyés le pressant trop vivement de consentir à son élection, il leur déclara qu'il aimait mieux servir les autres que de leur commander, et il en appela à leur propre témoignage sur cela. Il les renvoya en paix, après les avoir retenus quelques jours pendant lesquels il les nourrit de sa pêche. Car il n'avait point fait difficulté d'en continuer le métier depuis l'établissement de sa communauté, non plus que les Apôtres après la résurrection du Sauveur : ce qui n'empêchait pas qu'on y vécût fort pauvrement en toute saison, et que la farine n'y manquât souvent autant que les autres provisions.

Il conserva toujours une liaison fort étroite avec le prêtre Willimar, curé d'Arbon, son ancien hôte. Etant l'un et l'autre fort avancés en âge, ils se voyaient plus rarement : Willimar s'en plaignit, et, se croyant proche de sa fin, il obligea saint Gall, par d'instantes prières, à venir encore une fois à Arbon, afin qu'il eût la consolation de l'embrasser avant de mourir. Il avait pris l'occasion de la fête de sa paroisse pour l'y convier. Le Saint y alla et prêcha même devant une multitude de peuple, qui était venue à la solennité.

Restes de l'ancienne abbaye de Saint-Gall aujourd'hui disparue.

Trois jours après il tomba malade chez Willimar, et mourut 4 jours après, le 16 octobre, entre les bras de cet hôte. L'année de cette mort est fort contestée, et l'on ne peut nier qu'il n'y ait de la confusion dans les calculs de ceux qui l'ont rapportée à l'an 625, et de ceux qui ont donné à saint Gall 95 ans de vie. Il suffit pour les ruiner de remarquer que notre Saint était plus jeune que saint Colomban, son maître, qui n'avait guère que 30 ans, lorsqu'il vint en France, vers l'an 590, et qu'il a survécu au roi Dagobert, qui ne mourut point avant l'année 638. C'est ce qui rend assez probable l'opinion de ceux qui mettent la mort de saint Gall vers l'an 646 ; et qui doit nous faire juger qu'il n'a vécu guère plus de 81 ans.

On le représente :
- 1. debout, tenant sa crosse et un livre ;
- 2. quelquefois ayant un ours près de lui à qui il commande d'apporter du bois pour alimenter son foyer ;
- 3. guérissant une possédée ;
- 4. quelquefois avec un bourdon de pèlerin, pour indiquer ses longs voyages depuis l'Irlande jusqu'en Suisse.

CULTE ET RELIQUES. ABBAYE DE SAINT-GALL

Jean, évêque de Constance, voulut prendre soin de ses funérailles, et transporta son corps, d'Arbon dans son ermitage, où Dieu rendit ténoiguage à la sainteté de Son serviteur par les miracles qui se firent à son tombeau. Il fut déposé devant l'autel de l'oratoire, puis inhumé entre le mur et l'autel. Plus tard, le pays fut ravagé par des troupes de mécontents, et un de leurs officiers, ayant pillé l'église de notre Saint, ouvrit et viola encore son sépulcre pour voir s'il n'y avait point d'argent caché. Mais, ayant été saisi d'une terreur subite, il voulut se retirer brusquement, et se blessa de telle sorte contre la porte, qu'après avoir eu beaucoup de peine à se guérir, il porta toute sa vie des marques de son sacrilège.

Plan de l'ancienne abbaye de Saint-Gall.

Boson, évêque de Constance, successeur de Jean, replaca les reliques du Saint dans un endroit plus convenable; mais il ne put rassembler dans son ermitage les moines que les gens de guerre avaient dispersés. Il y trouva seulement ses 2 plus anciens disciples, Magne ou Magnoald, et Théodore. Dans une disette générale de toutes choses, il les pourvut d'habits et de nourriture; mais, comme les soldats ne leur rendaient pas leur ancienne tranquillité, ils quittèrent aussi l'ermitage de Saint-Gall et en allèrent bâtir ailleurs, l'un à Kempten, l'autre à Fussen, tous 2 dans le diocèse d'Augsbourg, qui furent depuis augmentés et convertis en monastères de la Congrégation de Saint-Gall. Cependant Boson pourvut à la garde des reliques de notre Saint par le moyen de quelques ecclésiastiques, qui y attirèrent bientôt les peuples en pèlerinage par la réputation des miracles qu'ils en publiaient.

Du temps de Charles-Martel, Wultramne, riche seigneur du pays, ayant remarqué que l'on ne faisait pas bon usage des offrandes que l'on donnait en l'église de Saint-Gall, voulut y établir une communauté de moines réguliers pour remédier à ce désordre. Il y fit venir un saint prêtre, nommé Othmar, à qui il fournit toutes les choses nécessaires pour bâtir un monastère près du tombeau du Saint Othmar fut ainsi le restaurateur de l'abbaye de Saint-Gall. Cette célèbre abbaye ne subsiste plus aujourd'hui ; elle fut évacuée en 1805.

Les martyrologes du IXe siècle marquent différement la fête de ce Saint. Celui de Wandalbert, conformément à Walafrid, auteur de sa vie du même temps, la met au 16 octobre. Celui de Notker y est conforme, et même celui dUsuard, dans les imprimés ; mais dans celui d'Adon, comme dans celui d'Usuard qui n'est pas corrompu, elle se trouve marquée au 20 février. Il semble que ce soit celle de l'élévation ou rétablissemeut de ses reliques, fait par l'évêque Boson, ou celle de quelque translation plutôt que celle de sa mort, qu'on ne peut pas déplacer du 16 octobre sans une autorité plus forte que celle de Walafrid Strabon.

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samedi, 15 octobre 2016

15 octobre. Sainte Thérèse d'Avila, vierge, fondatrice des Carmes et des Carmélites déchaussés. 1582.

- Sainte Thérèse d'Avila, vierge, fondatrice des Carmes et des Carmélites déchaussés. 1582.

Pape : Grégoire XIII. Roi d'Espagne : Philippe II.

" Nous n'obtenons pas un pur et parfait amour de Dieu, parce que nous ne donnons pas tout à Dieu, mais seulement l'usufruit, et que nous nous réservons le fonds et l'héritage de nos affections."
Sainte Thérèse d'Avila.

Sainte Thérèse d'Avila. Anonyme. Savoie. XVIIe.

Thérèse de Cepeda y Ahumada naquit à Avila en Espagne, de parents illustres par leur piété comme par leur noblesse. Nourrie par eux du lait de la crainte du Seigneur, elle fournit dès le plus jeune âge un indice admirable de sa sainteté future.

Comme, en effet, elle lisait les actes des saints Martyrs, le feu du Saint-Esprit embrasa son âme au point que, s'étant échappée de la maison paternelle, elle voulait gagner l'Afrique afin d'y donner sa vie pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. Ramenée par un de ses oncles, elle chercha dans l'exercice de l'aumône et autres œuvres pies une compensation à son désir ardent du martyre ; mais ses larmes ne cessaient plus, de s'être vu enlever la meilleure part.

Sainte Thérèse d'Avila. Pierre-Paul Rubens. XVIIIe.

A la mort de sa mère, la bienheureuse Vierge, suppliée par Thérèse de lui en tenir lieu, exauça le désir de son cœur ; toujours dès lors elle éprouva comme sa vraie fille la protection de la Mère de Dieu. Elle entra, dans sa vingtième année, chez les religieuses de Sainte-Marie du Mont Carmel ; dix-huit années durant, sous le faix de graves maladies et d'épreuves de toutes sortes, elle y soutint dans la foi les combats de la pénitence, sans ressentir le réconfort d'aucune de ces consolations du ciel dont l'abondance est, sur terre même, l'habituel partage de la sainteté.

Ses vertus étaient angéliques ; le zèle de sa charité la poussait, à travailler au salut, non d'elle seule, mais de tous. Ce fut ainsi que, sous l'inspiration de Dieu et avec l'approbation de Pie IV, elle entreprit de ramener la règle du Carmel à sa sévérité première, en s'adressant d abord aux femmes, aux hommes ensuite.

Extase de sainte Thérèse d'Avila. Jean-Baptiste Santerre. XVIIIe.

Entreprise sur laquelle resplendit la bénédiction toute-puissante du Dieu de bonté ; car, dans sa pauvreté, dénuée de tout secours humain, bien plus, presque toujours malgré l'hostilité des puissants , l'humble vierge put édifier jusqu'à trente-deux monastères. Ses larmes coulaient sans trêve à la pensée des ténèbres où infidèles et hérétiques étaient plongés ; et dans le but d'apaiser la divine colère qu'ils avaient encourue, elle offrait à Dieu pour leur salut les tortures qu'elle s'imposait dans sa chair.

Tel était l'incendie d'amour divin dont brûlait son cœur, qu'elle mérita de voir un Ange transpercer ce cœur en sa poitrine d'un dard enflammé, et qu'elle entendit le Christ, prenant sa main droite en la sienne, lui adresser ces mots :
" C'est à titre d'épouse que désormais tu prendras soin de mon honneur."

Par son conseil, elle émit le difficile vœu de faire toujours ce qui lui semblerait le plus parfait. Elle a laissé beaucoup d'ouvrages remplis d'une sagesse céleste ; en les lisant, l'âme fidèle se sent grandement excitée au désir de l'éternelle patrie.

Communion de sainte Thérèse d'Avila. Claudio Coelo. XVIIe.

Tandis qu'elle ne donnait que des exemples de vertus, telle était l'ardeur du désir qui la pressait de châtier son corps, qu'en dépit des maladies dont elle se voyait affligée, elle joignait à l'usage du cilice et des chaînes de fer celui de se flageller souvent avec des orties ou de dures disciplines, quelquefois de se rouler parmi les épines.

Sa parole habituelle était : " Seigneur, ou souffrir, ou mourir " ; car cette vie qui prolongeait son exil loin de la patrie éternelle et de la vie sans fin, lui paraissait la pire des morts.

Elle possédait le don de prophétie ; et si grande était la prodigalité du Seigneur à l'enrichir de ses dons gratuits, que souvent elle le suppliait à grands cris de modérer ses bienfaits, de ne point perdre de vue si promptement la mémoire de ses fautes. Aussi fût-ce moins de maladie que de l'irrésistible ardeur de son amour pour Dieu qu'elle mourut a Albe, au jour prédit par elle, munie des sacrements de l'Eglise, et après avoir exhorté ses disciples à la paix, à la charité, à l'observance régulière.

Extase de sainte Thérèse d'Avila. Le Bernin. XVIIe.

Ce fut sous la forme d'une colombe qu'elle rendit son âme très pure à Dieu, âgée de soixante-sept ans, l'an mil cinq cent quatre-vingt-deux , aux ides d'octobre selon le calendrier romain réformé (1). On vit Jésus-Christ assister, entouré des phalanges angéliques, à cette mort ; un arbre desséché, voisin de la cellule mortuaire, se couvrit de fleurs au moment même qu'elle arriva.

Le corps de Thérèse, demeuré jusqu'à ce jour sans corruption et imprégné d'une liqueur parfumée, est l'objet de la vénération des fidèles. Les miracles qu'elle opérait durant sa vie continuèrent après sa mort, et Grégoire XV la mit au nombre des Saints en 1622 en même temps que saint François-Xavier, saint Philippe de Néri, saint Ignace de Loyola et saint Isidore de Séville.

Sainte Thérèse d'Avila, saint François-Xavier, saint Philippe Néri,
saint Ignace de Loyola et saint Isidore de Séville aux pieds de
Notre Seigneur Jésus-Christ. Ces saints furent tous canonisés en
1622 par Grégoire XV. Guy François. Le Puy-en-Velay. XVIIe.

PRIERE

" Vous le trouviez déjà dans la souffrance de cette vie, ô Thérèse, le Bien-Aimé qui se révèle à vous dans la mort. " Si quelque chose pouvait vous ramener sur la terre, ce serait le désir d'y souffrir encore plus (Apparition au P. Gratien.)."

" Je ne m'étonne pas, dit en cette fête à votre honneur le prince des orateurs sacrés, je ne m'étonne pas que Jésus ait voulu mourir : il devait ce sacrifice à son Père. Mais qu'était-il nécessaire qu'il passât ses jours, et ensuite qu'il les finît parmi tant de maux ?
C'est pour la raison qu'étant l'homme de douleurs, comme l'appelait le Prophète
(Isai. LIII, 3.), il n'a voulu vivre que pour endurer ; ou, pour le dire plus fortement par un beau mot de Tertullien, il a voulu se rassasier, avant que de mourir, par la volupté de la patience : Saginari voluptate patientiae discessurus volebat (Tertull. De Patientia). Voilà une étrange façon de parler. Ne diriez-vous pas que, selon le sentiment de ce Père, toute la vie du Sauveur était un festin, dont tous les mets étaient des tourments ? Festin étrange, selon le siècle, mais que Jésus a jugé digne de son goût. Sa mort suffisait pour notre salut ; mais sa mort ne suffisait pas à ce merveilleux appétit qu'il avait de souffrir pour nous. Il a fallu y joindre les fouets, et cette sanglante couronne qui perce sa tête, et tout ce cruel appareil de supplices épouvantables; et cela pour quelle raison ? C'est que ne vivant que pour endurer, il voulait se rassasier, avant que de mourir, de la volupté de souffrir pour nous (Bossuet, Panegyr. de sainte Thérèse.)."

Jusque-là que, sur sa croix, " voyant dans les décrets éternels qu'il n'y a plus rien à souffrir pour lui : Ah ! dit-il, c'en est fait, tout est consommé (Johan. XIX, 3e.) : sortons, il n'y a plus rien à faire en ce monde ; et aussitôt il rendit son âme à son Père (Bossuet, Ibid.)."

Or, si tel est l'esprit du Sauveur Jésus, ne faut-il pas qu'il soit celui de Thérèse de Jésus, son épouse ? " Elle veut aussi souffrir ou mourir ; et son amour ne peut endurer qu'aucune cause retarde sa mort sinon celle qui a différé la mort du Sauveur (Ibid.)."

Sainte Thérèse d'Avila. Filippo della Valle.
Basilique Saint-Pierre, Rome. XVIIIe.

A nous d'échauffer nos cœurs par la vue de ce grand exemple.
" Si nous sommes de vrais chrétiens, nous devons désirer d'être toujours avec Jésus-Christ. Or, où le trouve-t-on, cet aimable Sauveur de nos âmes ? En quel lieu peut-on l'embrasser ? On ne le trouve qu'en ces deux lieux : dans sa gloire ou dans ses supplices, sur son trône ou bien sur sa croix. Nous devons donc, pour être avec lui, ou bien l'embrasser dans son trône, et c'est ce que nous donne la mort, ou bien nous unir à sa croix, et c'est ce que nous avons par les souffrances ; tellement qu'il faut souffrir .ou mourir, afin de ne quitter jamais le Sauveur. Souffrons donc, souffrons, chrétiens, ce qu'il plaît à Dieu de nous envoyer : les afflictions et les maladies, les misères et la pauvreté, les injures et les calomnies ; tâchons de porter d'un courage ferme telle partie de sa croix dont il lui plaira de nous honorer (Bossuet, Ibid.)."

" Vous que l'Eglise présente comme maîtresse et mère à ses fils dans les sentiers de la vie spirituelle, enseignez-nous ce fort et vrai christianisme. La perfection sans doute ne s'acquiert pas en un jour ; et, vous le disiez, " nous serions bien à plaindre, si nous ne pouvions chercher et trouver Dieu qu'après être morts au monde : Dieu nous délivre de ces gens si spirituels qui veulent, sans examen et sans choix, ramener tout à la contemplation parfaite (A l'évêque d'Avila, mars 1577, une des plus gracieuses lettres de la Sainte.) !"
Mais Dieu nous délivre aussi de ces dévotions mal entendues, puériles ou niaises, comme vous les appeliez, et qui répugnaient tant à la droiture, à la dignité de votre âme généreuse (Vie, XIII.) !

Vous ne désiriez d'autre oraison que celle qui vous ferait croître en vertus ; persuadez-nous, en effet, du grand principe en ces matières, à savoir que " l'oraison la mieux faite et la plus agréable à Dieu est celle qui laisse après elle de meilleurs effets s'annonçant par les œuvres, et non pas ces goûts qui n'aboutissent qu'à notre propre satisfaction (Au Père Gratien, 23 octobre 1377.)."
Celui-là seul sera sauvé qui aura observé les commandements, accompli la loi ; et le ciel, votre ciel, Ô Thérèse, est la récompense des vertus que vous avez pratiquées, non des révélations ni des extases qui vous furent accordées (Apparition à la Prieure de Véas.).

De ce séjour où votre amour s'alimente au bonheur infini comme il se rassasiait ici-bas de souffrances, faites que l'Espagne, où vous naquîtes, garde chèrement en nos temps amoindris son beau titre de catholique. N'oubliez point la si large part que la France, menacée dans sa foi, eut à votre détermination de rappeler le Carmel à son austérité primitive (Chemin de la perfect. I.). Puisse la bénédiction du nombre favoriser vos fils, non moins que celle du mérite et de la sainteté. Sous toutes les latitudes où l'Esprit a multiplié vos filles, puissent leurs asiles bénis rappeler toujours " ces premiers colombiers de la Vierge où l'Epoux se plaisait à faire éclater les miracles de sa grâce (Fondations, IV.)."

Carmel d'Avila où l'on vénère le corps de
sainte Thérèse d'Avila. Espagne.

Vous fîtes du triomphe de la foi, du soutien de ses défenseurs, le but de leurs oraisons et de leurs jeûnes (Chemin de la perfect. I, III.) : quel champ immense ouvert à leur zèle en nos tristes jours ! Avec elles, avec vous, nous demandons à Dieu " deux choses : la première, que parmi tant d'hommes et de religieux, il s'en rencontre qui aient les qualités nécessaires pour servir utilement la cause de l'Eglise, attendu qu'un seul homme parfait rendra plus de services qu'un grand nombre qui ne le seraient pas ; la seconde que dans la mêlée Notre-Seigneur les soutienne de sa main, pour qu'ils échappent aux périls et ferment l'oreille aux chants des sirènes... Ô Dieu ayez pitié de tant d'âmes qui se perdent, arrêtez le cours de tant de maux qui affligent la chrétienté et, sans plus tarder, faites briller votre lumière au milieu de ces ténèbres (Chemin de la perfection, I, III.)."

Rq : On trouvera la presque totalité des oeuvres de sainte Thérèse d'Avila sur la page de ce site :
http://www.jesusmarie.com/therese_d_avila.html

(1) Grégoire XIII avait arrêté que, pour opérer cette réforme, on supprimerait dix jours de l'année 1582, et que le lendemain du 4 octobre s'appellerait le 15 du même mois ; ce fut dans cette nuit historique du 4 au 15 que mourut sainte Thérèse.

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vendredi, 14 octobre 2016

14 octobre. Saint Calixte Ier, pape et martyr. 222.

- Saint Calixte Ier, pape et martyr. 222.

Papes : Saint Zéphirin ; saint Urbain Ier. Empereur romain : Alexandre Sévère.

" Corona aurea super mitram ejus expressa signo sanctitatis."
" Vous verrez au-dessus de sa mitre une couronne d'or ; ce sera pour vous une preuve de sa sainteté."

Eccli., XXXIX, 14.

Saint Calixte. Missel Romain. Avignon. XIVe.

Celui-là fut un signe de contradiction dans Israël (Luc. II, 34.). Autour de lui ou contre lui se groupèrent de son temps les baptisés ; or, l'émoi qu'excitait son nom il y a seize cents ans n'apparut pas moindre, lorsqu'au milieu du siècle qui finit, la découverte d'un livre fameux offrit aux sectaires de nos jours l'occasion de se compter comme ceux d'autrefois contre Calixte et l'Eglise. Philosophumena ou réfutation des hérésies : c'était le titre du livre, qui remontait par sa date décomposition au troisième siècle de notre ère ; Calixte, dont on présentait le caractère et la vie sousles plus sombres couleurs, y était rangé parmi les pires corrupteurs de la doctrine.

Au IIIe siècle cependant, l'auteur des Philosophumena s'attaquant au Pontife qu'il eût voulu supplanter, dressant dans Rome, comme il l'avoue, chaire contre chaire, ne fit qu'afficher devant l'Eglise sa propre honte, en prenant place lui-même parmi les dissidents dont son ouvrage se donnait comme la réfutation et l'histoire. Le nom de ce premier des antipapes ne devait pas arriver jusqu'à nous ; mais, suprême châtiment ! dédaignée des contemporains, l'oeuvre de sa plume envieuse viendrait à l'heure voulue réveiller l'attention endormie de la lointaine postérité ; l'impartiale critique des derniers âges, écartant les insinuations, mais retenant les faits apportés par l'accusateur, les apprécierait à la lumière des multiples données de la science, et dégagerait de ses perfidies les éléments de la glorification la plus inattendue pour son rival détesté. Ainsi, une fois de plus, l'iniquité se serait menti à elle-même (Psalm. XXVI, 12.) ; ainsi se vérifierait la parole de l'Evangile du jour : Il n'y a rien de caché qui ne se découvre enfin, rien de secret qui ne doive être connu (Matth. X, 26.).

Saint Calixte. Gravure. Rome. XVIe.

Ecoutons le plus grand des archéologues chrétiens ; l'enthousiasme s'empare de son intelligence si sûre, si réservée, à tant de lumière jaillissant d'une telle source :

" Tout cela, s'écrie le Commandeur de Rossi dans l'étude de l'odieux document, tout cela me fait clairement voir pourquoi l'accusateur dit de Calixte avec ironie qu'il fut réputé le très admirable ; pourquoi, lorsque toute connaissance des actes de celui-ci était perdue, son nom pourtant est venu jusqu'à nous si grand et si vénéré ; pourquoi dans les siècles troisième et quatrième, où la mémoire de son gouvernement était fraîche encore, il fut plus honoré qu'aucun de ses prédécesseurs ou successeurs de l'âge des persécutions. Calixte régit l'Eglise quand elle était à l'apogée du premier stade de sa course divine, et s'acheminait à de nouveaux et plus grands triomphes. La foi chrétienne, embrassée d'abord par chaque croyant en son nom propre, était devenue la foi des familles, et les pères en faisaient profession pour eux et pour leurs enfants.

Ces familles formaient la presque majorité déjà dans chaque ville ; la religion du Christ était à la veille de devenir la religion publique du peuple et de l'empire. Que de problèmes nouveaux de droit social chrétien, de droit ecclésiastique, de discipline morale, ne surgissaient pas tous les jours dans le champ de l'Eglise, étant donnée sa grande situation de l'heure présente, étant donné l'avenir encore plus grand qui s'ouvrait devant elle !

Calixte résolut ces doutes ; il régla les jugements relatifs à la déposition des clercs, prit les mesures qui s'imposaient pour ne pas détourner les catéchumènes du baptême, les pécheurs de la pénitence ; il définit la notion de l'Eglise que le génie d'Augustin devait développer plus tard (Quo referendum aiebat Apostoli verbum : Tu quis es qui judices servum alienum ? Atque etiam lolii parabolam, Sinite zizania crescere cum tritico, id est, sinite peccatores in Ecclesia manere. Dicebat etiam Ecclesiae instar arcam Noe fuisse, qua canes, lupi, corvi, aliaque omnia pura et impura animantia comprehendebantur ; oportere autem item esse de Ecclesia. Philosophumena, Lib IX, de Callisto.). En face des lois civiles, il affirma le droit de la conscience chrétienne et celui de l'Eglise touchant le mariage de ses fidèles. Il ne connut esclaves ni libres, grands ou petits, nobles ou plébéiens dans la fraternité évangélique qui minait les bases de la société romaine et adoucissait l'inhumanité des mœurs. Et c'est pourquoi son nom est grand jusqu'à nos jours ; et c'est pourquoi la voix des jaloux ou de ceux qui mesuraient les temps à l'étroitesse de leur esprit superbe, fut étouffée sous le cri de l'admiration et méprisée." (De Rossi, Bullettino, 1866, N. 1, 2, 5, 6.).

Saint Calixte instituant les jeûnes.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Montbaston. XIVe.

L'espace nous manque pour faire suivre des développements qu'il comporterait cet exposé magistral. On sait comment, à l'heure où Cécile vierge et martyre céda aux Pontifes le lieu primitif de son repos dans la mort, Calixte, alors diacre de Zéphyrin, disposa l'hypogée des Cœcilii pour ses destinées nouvelles. Auguste crypte en laquelle, pour la  première fois, l'Etat reconnut à l'Eglise son droit de posséder sur terre ; sanctuaire autant que nécropole, où jusqu'au triomphe de la Croix Rome chrétienne accumula pour le lourde la résurrection ses  trésors. Jugé le plus digne de rappeler tant de gloires, le nom donné à ce Cimetière par excellence fut celui de notre grand Pontife martyr, bien que la Providence eût arrêté que lui-même n'y reposerait jamais. Sous le règne bienveillant d'Alexandre Sévère, il perdit la vie au quartier du Transtévère, dans une sédition des païens contre lui.

La cause en fut sans doute l'acquisition qu'il avait faite de la  fameuse Taberna meritoria du sol de laquelle, au temps d'Auguste, une fontaine d'huile avait jailli  et coulé tout un jour. Le Pontife érigea ce lieu en église, et le dédia à la Mère du Sauveur ; c'est la basilique de Sainte-Marie au delà du Tibre. La propriété en fut disputée à Calixte, et la cause déférée à l'empereur, qui décida pour les chrétiens (Lamprid. in Alex. Severo, C  XIX.), La mort violente de Calixte semble une vengeance des adversaires, et elle eut lieu tout près de l'édifice que sa fermeté avait conservé à l'Eglise. Les séditieux le précipitèrent dans un puits, que l'on  voit encore dans l'église de Saint-Calixte, à quelques pas seulement de la basilique Transtibérine. La sédition ne permit pas de transporter le corps du martyr sur la voie  Appienne; on le déposa dans un cimetière déjà ouvert  sur la voie Aurélia, où sa sépulture donna origine à un nouveau centre historique de Rome souterraine (Histoire de sainte Cécile, 1849, p. 5 ; Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles, 1874, p. 424.).

Saint Calixte baptisant Palmatius et sa famille. Le consul Palmatius
sacrifiait aux idoles, il les brûla désormais. Speculum historiale.
V. de Beauvais. XVe.

Calixte, né à Rome, gouverna l'Eglise au temps de l'empereur Antonin Héliogabale. Il établit les Quatre-Temps, ordonnant que le jeûne dont la tradition venait des Apôtres y serait observé par tous. Il construisit la basilique de Sainte-Marie au delà du Tibre, et agrandit sur la voie Appienne un ancien cimetière où grand nombre de saints Pontifes et de Martyrs furent ensevelis ; on l'appela de lui le cimetière de Calliste.

De son temps, la partie la plus élevée de la ville de Rome fut détruite par un incendie, et la main gauche de la statue d'or de Jupiter fut fondue. Tous les prêtres vinrent alors demander à Alexandre qu'on apaisât la colère des dieux par des sacrifices. Or, pendant la cérémonie, tout à coup, par un ciel calme, le matin du jour de Jupiter (jeudi), quatre prêtres des idoles furent écrasés par la foudre, l’autel de Jupiter fut brûlé et le soleil s'obscurcit, au point que le peuple de Rome s'enfuit hors des murs de la ville.

Sous le prétexte de la purifier, le consul Palmatius, informé que Calixte avec ses clercs était caché au delà du Tibre, sollicita la destruction totale des chrétiens, auxquels on attribuait ces malheurs. Palmatius ayant pris le pouvoir s'y rendit en toute hâte, accompagné de soldats ; mais ceux-ci furent aussitôt frappés d'aveuglement ; alors, le consul effrayé eu apporta de suite la nouvelle à Alexandre.

L'empereur ordonna donc que le jour dédié à Mercure (mercredi), tout le peuple se rassemble pour sacrifier à ce dieu, afin d'obtenir de lui une réponse au sujet de ces accidents. Sur ces entrefaites, une vierge du temple, nommée Julienne, fut saisie par le démon, et s'écria :
" Le Dieu de Calixte est le Dieu vivant et véritable ; il est indigné de notre corruption."
Quand Palmatius eut entendu ces paroles, il alla, au delà du Tibre, trouver à Ravenne saint Calixte et se fit baptiser par lui, avec sa femme et sa famille.

Saint Calixte instituant les jeûnes. Vies de Saints. XIVe.

L'empereur, à cette nouvelle, manda le consul et l’adressa au sénateur Simplicius, afin qu'il le gagnât par des avis insinuants, car ce personnage était fort utile à l’Etat. Or, comme Palmatius persévérait dans les jeûnes et dans la prière, un soldat vint lui promettre que, s'il guérissait sa femme paralytique, il croirait aussitôt. Palmatius ayant prié, la femme fut guérie et accourut lui dire :
" Baptisez-moi an nom du Christ, qui m’a pris par la main et m’a fait lever."
Alors Calixte vint la baptiser avec son mari, Simplicius et beaucoup d'autres.
Quand l’empereur l’apprit, il ordonna de couper la tête de tous les baptisés. Privatus venait à peine d'embrasser la foi, qu'il mourait lui aussi pour elle sous les coups de fouets armés de plomb.

Pour Calixte, il le fit rester cinq jours sans manger ni boire. Mais lorsqu'il vit que le Saint était loin de perdre ses forces, il ordonna de le fouetter chaque jour ; ensuite, il le fit jeter du haut d'une fenêtre dans un puits, avec une pierre attachée au cou.

Le prêtre Astérius retira le corps du saint pape hors du puits, et l’ensevelit dans le cimetière de Calépodius, au troisième mille sur la voie Aurélia. C'était la veille des ides d'octobre. Son corps fut par la suite ramené dans la basilique de Sainte-Marie-Au-Delà-Du-Tibre, qu'il avait bâtie, et placé sous l'autel majeur où on l'entoure d'une grande vénération.
Quelques temps auparavant en effet, le corps du bienheureux Calépodius (ou Callopodius), prêtre et Martyr, ayant été jeté au Tibre, saint Calixte dans sa piété l'avait fait rechercher avec grand soin, et, l'ayant trouvé, ensevelit avec honneur.

Calliste avait siégé cinq ans, un mois et douze jours. Il avait notamment institué et fixé l'essentiel des jeûnes annuels. En cinq ordinations au mois de décembre, il avait créé seize prêtres, quatre diacres, huit évêques.

Abside de la basilique Sainte-Marie-Au-Delà-Tibre, construite par
saint Calixte ; on y vénère toujours ses saintes reliques. Rome IIIe-Ve.

PRIERE

" L'Esprit-Saint, qui garde l'Eglise, vous prépara comme un auxiliaire d'élite dans la souffrance et l'humiliation. Vous naquîtes esclave ; la fourberie judaïque sema de bonne heure les embûches sous vos pas ; jeune encore, les mines de Sardaigne comptaient en vous un forçat déplus, mais c'était pour le Seigneur. Serf de la peine, comme disait l'ancienne Rome, vous ne l'étiez plus de votre ancien maître ; et délivré des mines à l'heure marquée par Celui qui conduit les événements au gré de sa providence, le titre de Confesseur, en vous ennoblissant pour jamais, vous recommandait à l'attention maternelle de l'Eglise.

Tels apparurent dès lors votre mérite et vos vertus, qu'inaugurant le plus long pontificat de l'époque des martyrs, Zéphyrin vous choisit pour le conseiller, l'appui, le suppléant de sa vieillesse ; en attendant que l'Eglise, suffisamment instruite par l'expérience de ces dix-huit années, vous élût à son tour comme pasteur suprême.

Saint Calixte. Missel Romain. Berry. XIVe.

Combien grande vous la laissez aujourd'hui, cette noble Epouse du Fils de Dieu ! Toute la noblesse des anciens âges, toute la valeur morale, tout l'essor intellectuel de l'humanité apparaissent concentrés en elle à cette heure. Où sont les mépris de jadis, les calomnies d'antant ? Le monde n'ignore plus qu'il a devant lui la reine de l'avenir ; l'atrocité des persécutions que l'Etat païen lui réserve encore viendra de cette conviction qu'il s'agit pour lui de la lutte, et d'une lutte désespérée, pour la vie. Aussi hésite-t-il, et semble-t-il plutôt vouloir aujourd'hui transiger avec les chrétiens.

Vous fûtes l'initiateur des voies nouvelles, pleines de péril comme de grandeur, où entrait l'Eglise. De l'absolu et brutal Non licet esse vos (Il ne vous est pas permis d'être) des jurisconsultes bourreaux, vous sûtes le premier amener l'empire à reconnaître en quelque chose officiellement les droits de la communauté chrétienne : Cécile assurait par vous à celle-ci la propriété de la tombe, la faculté de se réunir, de se cotiser, pour honorer ses morts ; à Marie, Fons olei, et ce fut l'occasion de votre martyre, il vous était donné de consacrer le premier sanctuaire légalement acquis dans Rome aux chrétiens. Or, loin de céder, quoi que ce fût des droits de Dieu, en pactisant avec César, vous affirmiez dans le même temps à l'encontre de celui-ci, comme nul ne l'avait fait encore, l'indépendance absolue de l'Eglise concernant cette question du mariage soustraite de par le Christ-roi à la juridiction des pouvoirs civils. D'ores et déjà, " ne dirait-on pas une nation dans la nation ?" oui ; jusqu'à ce que la nation elle-même ait  passé tout entière  dans les rangs de ce peuple nouveau ". (Le Temps pascal, t. II ; Jeudi de la troisième semaine après Pâques).

Crypte des papes. Catacombes Saint-Calixte. IIIe.

Au sein de l'Eglise, autres soucis, l'ardeur des luttes doctrinales est à son comble et s'est portée sur le premier de nos mystères : Sabellius, condamné pour son audace à déclarer incompatible avec l'unité de Dieu la réelle distinction de la Trinité sainte, laisse le champ libre à l'école qui sépare les augustes personnes au risque de multiplier Dieu même. Puis c'est Montan, dont les disciples, ennemis des théories sabelliennes antérieurement à Sabellius même, escomptent la faveur du premier Siège pour leur système de fausse mystique et de réforme outrée. Mais comme le pilote expérimenté déjoue les écueils, entre les subtilités des dogmatisants, les prétentions des rigoristes, les utopies des politiques, vous dirigiez d'une main dont la sûreté était celle de l'Esprit-Saint lui-même la barque de Pierre à ses immortelles destinées. En la mesure où Satan vous déteste et vous poursuit jusqu'à nos jours, soyez glorifié à jamais ; bénissez en nous vos disciples et vos fils."

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jeudi, 13 octobre 2016

13 octobre. Saint Edouard III, le Confesseur, roi d’Angleterre. 1066.

- Saint Edouard le Confesseur, roi d’Angleterre. 1066.

Pape : Alexandre II. Roi de France : Philippe Ier.

" Dans la maison du juste qui vit de la foi, ceux qui commandent sont les serviteurs de ceux auxquels ils paraissent commander."
Saint Augustin.

Saint Edouard le Confesseur. Dyptique de Wilton (détail). XVe.

Dieu donne souvent les mauvais princes dans sa colère ; mais un bon roi est aussi le présent le plus précieux qu’Il puisse faire à une nation.
" Un roi sage est le soutien du peuple ", dit la Sagesse.
Et l’Ecclésiastique :
" Tel qu’est le juge du peuple, tels sont les ministres ; tel qu’est le prince de la ville, tels sont aussi les habitants. Le roi insensé perdra son peuple ; et les villes se peupleront par la sagesse de ceux qui les gouvernent."
La vérité de ces maximes est confirmée par le bonheur qui accompagna le règne d’Edouard le Confesseur.

Le roi Ethelred II eut d’Elvige, sa première femme, Edmond, surnommé Côte de fer, qui lui succéda. Il épousa depuis Emme, fille de Richard Ier, duc de Normandie ; il en eut deux fils, Alfred et Edouard.

Le règne d’Ethelred fut malheureux parce qu’il fut faible. Les Danois, qui depuis environ soixante ans n’avaient point inquiété la Grande-Bretagne, vinrent l’attaquer de toutes parts, et y commirent d’horribles ravages. Ethelred acheta d’eux une paix honteuse, et ne rougit pas de s’engager à leur payer tous les ans un tribut considérable, qui fut levé par une taxe à laquelle on donna le nom de Danegelt.

Swein, ou Suénon, roi des Danois, fit la conquête de toute l’Angleterre peu de temps après, en 1015. Ce prince mourut la même année, laissant un fils nommé Knut ou Canut (que l’on ne confondra pas avec saint Canut III d’Odensée, roi de Danemark et martyr, petit neveu de ce Canut, dont le père fut Suénon II, et que l’on fête au 19 janvier).

Saint Edouard accusant Godwin du meurtre de son frère Alfred.
Godwin jure qu'il n'y est pour rien. Saint Edouard le croit.
Cambridge. Manuscrit du XIIe.

Ethelred, qui s’était retiré en Normandie, revint en Angleterre, lorsqu’il eut été instruit de la mort de Suénon, et il remonta sur le trône ; mais il mourut l’année suivante, laissant encore la Mercie et quelques provinces de ses Etats entre les mains des Danois.

Edmond Côte de fer se présenta pour lui succéder. Malheureusement pour lui, il avait affaire à des ennemis puissants, et il lui fallut livrer plusieurs batailles. Enfin, les choses en vinrent au point que l’on proposa de part et d’autre un traité ; il fut conclu près de Gloucester et l’on arrêta que Canut aurait le royaume de Mercie, de Northumberland (ou Northumbrie) et d’Est-Anglie.

Peu de temps après, Edmond fut indignement assassiné par un Danois qu’il avait comblé de bienfaits. Le Danois Canut profita de cette occasion pour s’emparer de toute l’Angleterre.

Emme s’était retirée en Normandie avec ses deux fils Alfred et Edouard. Canut la demanda en mariage au duc Richard son frère, et elle lui fut accordée ; mais les deux jeunes princes restèrent en Normandie, à la cour de Richard II et de ses successeurs, Richard III, et Guillaume le Conquérant.

Canut régna dix-neuf ans en Angleterre. Il fut magnifique, libéral, brave et zélé pour la religion ; mais l’ambition ternit l’éclat de ses vertus. Il mourut en 1036, et ses Etats furent partagés entre ses enfants : Suénon eut la Norvège, Harold l’Angleterre, et Hardi-Cajut le Danemark.

Alfred et Edouard vinrent de Normandie à Winchester pour voir Emme leur mère. Godwin, qui commandait dans le West-Sex et qui avait contribué principalement à établir l’autorité d’Harold dans cette partie de l’Angleterre, convint avec le roi d’attirer les deux princes à la cour, dans le dessein de les faire périr secrètement. Emme, se défiant de ce qui se tramait, craignit pour ses enfants ; elle se contenta d’envoyer Alfred et garda Edouard près d’elle.

Godwin alla au devant d’Alfred et se saisit de sa personne : il le fit d’abord enfermé au château de Guilford d’où il fut conduit ensuite Ely. On lui creva les yeux, et on le mit dans un monastère où il mourut peu de jours après. Edouard retourna promptement en Normandie et Emme se retira chez le comte de Flandres.

Saint Edouard le Confesseur.

Après la mort d’Harold, qui arriva en 1039, Hardi-Canut vint en Angleterre avec quarante vaisseaux et s’y fit reconnaître roi. Le prince Edouard y vint aussi de Normandie, et il fut reçu par le nouveau roi avec les égards qui lui étaient dus.

Il demanda vengeance de la mort de son frère ; mais Godwin l’évita, en faisant serment qu’il n’avait point eu part dans la triste fin d’Alfred. Hardi-Canut, prince vicieux, mourut subitement en 1041. Suénon, autre fils de Canut, existait encore et régnait en Norvège ; mais les Anglais, las de vivre sous la domination de rois étrangers et qui les traitaient avec indignité, résolurent de rétablir sur le trône leurs princes légitimes. C’était l’unique moyen qu’ils eussent de s’affranchir d’un joug pesant qu’ils portaient avec impatience depuis plus de quarante ans. D’un autre côté, les vertus d’Edouard avaient gagné les ennemis de sa famille, et tout le monde s’accordait à vouloir lui rendre la couronne de ses pères. Léofrick, comte de Mercie, Siward, comte de Northumberland, et Godwin, comte de Kent – qui était en même temps gouverneur du royaume de West-Sex, les trois hommes les plus puissants de la nation, furent les principaux auteurs de la révolution qui fit rentrer l’Angleterre sous la domination de ses véritables maîtres.

Edouard avait été formé à l’école de la vertu, et il en avait fait un bon usage. Il savait apprécier à leur juste valeur les biens de ce monde visible. Jamais il n’avait cherhcé de consolation ailleurs que dans la vertu et la religion. Elevé dans le palais du duc de Normandie, il avait su se préserver de la corruption des vices qui régnaient à la cour de ce prince ; il s’appliqua même à acquérir les vertus contraires dès son enfance ; il était fidèle aux pratiques que prescrit le christianisme, et il aimait à converser avec les personnes de piété. Toutes ses actions étaient extérieures portaient l’empreinte de la modestie. Il parlait peu, mais ce n’était ni par ignorance, ni par défaut de talent ; tous les historiens s’accordent en effet à dire qu’il était d’une gravité et d’une sagesse au-dessus de son âge. Son amour pour le silence venait donc d’un fond d’humilité et de la crainte de perdre le recueillement ou de tomber dans les fautes qu’entraîne ordinairement la démangeaison de parler. Son caractère était composé de l’heureux assemblage de toutes les vertus chrétiennes et morales. On distinguait cependant en lui une douceur admirable, qui avait sa source dans une humilité profonde et dans une tendre charité qui embrassait tous les hommes. Il était aisé de s’apercevoir qu’il était entièrement port à lui-même : de là cette horreur pour l’ambition et pour tout ce qui pouvait flatter les autres passions.

Couronnement de saint Edouard le Confesseur.
Cambridge. Manusrit du XIVe.

S’il monta sur le trône de ses ancêtres, c’est qu’il y fut appelé par la volonté de Dieu ; aussi ne se proposa-t-il d’autre but que de faire aimer la religion et de venir au secours d’un peuple malheureux. Il était si éloigné de tout sentiment d’ambition, qu’il déclara refuser la plus puissante monarchie, si, pour l’obtenir, il fallait faire couler le sang d’un seul homme. Les ennemis mêmes de la famille royale se réjouirent de le voir sur le trône. Tous se félicitaient d’avoir un saint pour roi, surtout après tant de malheurs sous le poids desquels la nation avait gémi ; ils espéraient que les maux publics et particuliers allaient être réparés par sa piété, sa justice et sa bienfaisance. Edouard fut sacré le jour de Pâques de l’année 1042, à l’âge d’environ 40 ans.

Malgré les circonstances critiques dans lesquelles il monta sur le trône, son règne fut l’un des plus heureux qu’on eut jamais vus. Les Danois même établis en Angleterre le craignaient, l’aimaient et le respectaient. Quoiqu’ils se regardassent comme maîtres du pays en vertu d’un prétendu droit de conquête, qu’ils en eussent été maîtres pendant quarante ans, et qu’ils eussent rempli de leurs colonies les royaumes de Northumberland, de Mercie et d’Est-Anglie, on ne les vit cependant s’agiter nulle part, et depuis le temps dont nous parlons, il ne fut plus question d’eux en Angleterre.

Pontan, un de leurs historiens, calomnie les Anglais, lorsqu’il les accuse d’avoir massacré tous les étrangers sous le règne d’Edouard. Une pareille entreprise aurait été aussi dangereuse qu’injuste et barbare ; son exécution aurait sans doute fait plus d’éclat qu’un massacre arrivé sous Ethelred II, dans un temps où les Danois étaient moins puissants et moins nombreux.

Si l’on demande ce que devinrent ceux dont il s’agit, nous répondrons que s’étant mêlés avec les Anglais, ils ne firent plus bientôt qu’un même corps de peuple avec eux, à l’exception de quelques uns d’entre eux qui retournaient de temps en temps dans leur patrie.

Suénon, fils de Canut, qui régnait en Norvège, équipa une flotte pour venir attaquer l’Angleterre. Edouard mit son royaume en état de défense, et envoya en Danemark Gulinde, nièce de Canut, de peur que si elle restait en Angleterre elle ne favorisât secrètement l’invasion projetée.

Sur ces entrefaites, le roi de Danemark, appelé aussi Suénon, fit une irruption dans la Norvège et fit ainsi échouer l’expédition contre les Anglais. Peu de temps après, Suénon fut détrôné par Magnus, fils d’Olaüs le Martyr, que Canut le Grand avait dépouillé de la Norvège.

En 1046, des pirates danois se présentèrent à Sandwich, puis sur les côtes d’Essex ; mais la vigilance des principaux officiers d’Edouard les força de se retirer avant qu’ils eussent pu ravager le pays, et ils n’osèrent plus reparaître par la suite.

Denier d'argent de saint Edouard le Confesseur. XIe.

Edouard n’entreprit qu’une seule guerre, qui eut pour objet de rétablir Malcolm, roi d’Ecosse, et qui se termina par une victoire glorieuse. Il y eut quelques mouvements à l’intérieur du royaume, mais ils furent apaisés avec autant de promptitude que de facilité. On vit alors ce que peut un roi qui est véritablement le père de ses sujets. Tous ceux qui approchaient de sa personne essayaient de régler leur conduite sur ses exemples. On ne connaissait à sa cour i l’ambition, ni l’amour des richesses, ni aucune de ces passions qui, malheureusement, sotn si communes parmi les courtisans et qui préparent peu à peu la ruine des Etats. Edouard paraissait uniquement occupé du soin de rendre ses peuples heureux et d’établir une société qui favorisât le salut du plus grand nombre de ses sujets.

Il diminua les impôts et chercha tous les moyens de ne laisser personne en souffrance. Comme il n’avait point de passion à satisfaire, tous ses revenus étaient employés à récompenser ceux qui le servaient fidèlement, à soulager les pauvres, à doter les églises et les monastères. Il fit un grand nombre de fondations dont le but était de faire chanter à perpétuité les louages de Notre Seigneur Jésus-Christ ; les divers établissements qu’il fit ne furent jamais à la charge du peuple. Les revenus de son domaine lui suffisaient pour toutes les bonnes œuvres qu’il entreprenait. On ne connaissait point encore les taxes, ou l’on y avait recours qu’en temps de guerre ou de nécessités pressantes. Le saint roi abolit le Danegelt.

Denier d'argent de saint Edouard le Confesseur (avers). XIe.

Les grands du royaume, s’imaginant que le saint roi avait épuisé ses finances par ses aumônes, levèrent une somme considérable sur leurs vassaux sans l’en prévenir, et la lui apportèrent comme un don que lui faisaient ses peuples pour l’entretien de ses troupes, et pour les autres frais occasionnés par les dépenses publiques.

Saint Edouard, ayant appris ce qui s’était passé, remercia ses sujets de leur bonne volonté et voulut que l’on rendît l’argent à tous ceux qui avaient contribué à former la somme. Toute sa conduite annonçait qu’il était parfaitement maître de lui-même ; il avait une égalité d’âme qui ne se démentait dans aucune circonstance, sa conversation était agréable mais toujours accompagnée d’une majesté qui inspirait le respect. Il aimait, il est vrai, surtout parler à Dieu et des choses spirituelles.

Edouard avait toujours fait une estime particulière de la pureté, et il conserva cette vertu sur le trône par l’amour de la prière, par la fuite des occasions, par la pratique de l’humilité et de la mortification. Il veillait avec soin sur tous ses sens et prenait les précautions les plus sages pour se garantir de la moindre souillure. Cependant on désirait le voir marié, et il ne put résister aux instances que la noblesse et le peuple lui faisaient à cet égard.

Statue d'Edouard le Confesseur. Abbaye de Westminster. Londres.

Godwin mit tout en œuvre pour que le choix du prince se fixât sur Edithe, sa fille, qui joignait une vertu éminente à toutes les qualités du corps, de du cœur et de l’esprit. Une chose arrêtait le roi : c’est qu’il avait fait vœu de garder une chasteté perpétuelle. Il se recommanda à Dieu, puis il découvrit à celle qu’on lui proposait pour épouse l’engagement qu’il avait contracté. Edithe entra dans ses vues, et ils convinrent l’un et l’autre qu’ils vivraient dans l’état du mariage comme frère et sœur.

C’est par un effet de la calomnie que quelques écrivains ont attribué la résolution de saint Edouard à la haine qu’il aurait portée à Godwin. De tels sentiments sont incompatibles avec la haute vertu dont il faisait profession ; il était d’ailleurs incapable de traiter, avec l’injustice qu’on lui suppose, un princesse accomplie, à laquelle il s’était uni par les liens les plus sacrés.

Godwin était le sujet le plus riche et le plus puissant du royaume. Canut l’avait fait général de son armée, l’avait créé comte de Kent et lui avait fait épouser sa belle-sœur. Il fut ensuite grand trésorier de duc de West-Sex, c’est-à-dire général de toutes les armées au midi de la Mercie. Dévoré par l’ambition, il viola souvent les lois divines et humaines. Swein, le plus jeunes de ses fils, marcha sur ses traces et porta même le libertinage jusqu’aux excès les plus coupables. Edouard le punit par l’exil, mais il lui pardonna dans la suite. Godwin lui-même, s’étant rendu coupables de plusieurs crimes, fut menacé de proscription s’il ne paraissait pas devant le roi alors qu’il était à Gloucester. Il refusa d’abord et prit la fuite ; mais il revint bientôt avec une armée pour attaquer le roi. Quelques uns de ses amis demandèrent sa grâce, et, quoique Edouard fut vainqueur, il lui pardonna et le rétablit dans son premier état.

Pendant la rébellion de Godwin, on crut nécessaire de renfermer Edithe dans un monastère de peur qu’on ne ses servit de sa dignité pour exciter les vassaux et les amis de son père. Malgré cette précaution, saint Edouard n’en était pas moins attaché à la reine, qui de son côté l’aimait tendrement, et ils vécurent toujours l’un de l’autre dans l’union la plus intime et la plus parfaite.

La reine Edithe, épouse de saint Edouard le Confesseur.
Manuscrit du XIIIe.

En 1053, le comte Godwin fut emporté par une mort subite. Harold, son fils, lui succéda dans toutes ses dignités. Il vainquit le roi des Gallois méridionaux, qui faisaient des incursions dans les Etats de saint Edouard. Quelques années après, ce prince fut fait prisonnier et mis à mort par le roi des Gallois septentrionaux. Celui-ci envoya la tête de son ennemi à Harold, afin qu’il la présenta à Edouard. Le saint roi, naturellement généreux, laissa ces provinces conquises par ses troupes, dans le Pays de Galles, aux deux frères du prince qui venait de périr.

En 1058, saint Edouard perdit le pieux et brave Siward. C’était lui qui, l’année précédente, avait rétabli Malcolm III sur le trône d’Ecosse, dont l’usurpateur Macbeth l’avait dépouillé. Dans cette guerre, Siward donna la plus haute idée de son courage. Quelqu’un lui ayant appris que son fils avait été tué sur le champ de bataille, il demanda s’il était blessé par devant ou par derrière ; et comme on lui assura qu’il était tombé les armes à la main et qu’il était blessé par devant, il se consola en disant qu’il avait toujours souhaiter ce genre de mort pour lui et pour son fils. Sa vertu était d’autant plus solide qu’il était d’un caractère bouillonnant et impétueux. Il fut enterré dans l’église Sainte-Marie de York.

Quelques temps après, Léofrick mourut aussi ? C’était un homme d’une piété éminente et d’une prudence consommée. Les abondantes aumônes qu’il distribua aux pauvres, les églises qu’il bâtit ou répara, le célèbre monastère qu’il fonda à Coventry, furent les monuments publics de son zèle et de sa charité ; mais il joignit encore à ses vertus une humilité profonde. Les privilèges qu’il accorda à la ville de Coventry ont rendu son nom immortel dans le pays. Saint Edouard trouvait autant de secours que de consolation dans les pieux et sages conseils de ce grand homme. Algard, fils de Léofrick, fut fait duc de Mercie ; mais il ne se montra pas digne de son père.

Saint Edouard le Confesseur s’est surtout rendu célèbre par ses lois ? Il adopta ce qu’il y avait d’utile dans celles que l’on suivait alors et fit les changements et les additions qu’il crut nécessaires. Depuis, son code devint commun à toute l’Angleterre sous le nom de Lois d’Edouard le Confesseur, titre par lequel elles sont distinguées de celles que donnèrent les rois normands. Elles font partie du droit britannique, excepté en quelques points qui depuis ont subi des changements. Les peines infligées aux coupables par ces lois ne sont point sévères, elles reconnaissent peu de crimes punissables de mort ; les amendes y sont déterminées d’une manière fixe et ne dépendent point de la volonté des juges. Elles pourvoient à la sûreté publique et assurent à chaque particulier la propriété de ce qu’il possède. On était rarement dans le cas de sévir, parce qu’on veillait à l’observation des lois et que la justice était bien administrée.

L’écrivain Gurdon de commenter :
" La sage administration du pieux roi avait autant et même plus de pouvoir sur le peuple que le texte des lois."
" Edouard le Confesseur, ce grand et sage législateur, régnait dans le cœur de ses sujets. L’amour, l’harmonie, l’intelligence qu’il y avait entre lui et l’assemblée générale de la nation, produisirent un bonheur qui devint la mesure de celui que le peuple désirait les siècles suivants. Les barons anglais et normands en appelaient à la loi et au gouvernement d’Edouard."

Guillaume le Conquérant. Il succédera en 1066 à saint Edouard
le Confesseur après le règne de quelques mois de Harold.

On a vu peu de princes qui se soient montrés aussi zélés qu’Edouard pour le bonheur de leurs peuples. Il prenait spécialement les malheureux sous sa protection, faisait observer les lois, et voulait que la justice fut rendue avec autant de d’intégrité que de promptitude. Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, fut lui-même le témoin des vertus et de la sagesse de son parent, lorsqu’en 1052 il vint le voir en Angleterre.

Saint Edouard, pendant son exil en Normandie, avait fait vœu d’aller visiter le tombeau de saint Pierre à Rome, si Dieu mettait fin aux malheurs de sa famille. Lorsqu’il se fut solidement établi sur le trône, il prépara de riches offrandes pour l’autel du Prince des Apôtres, et disposa tout pour se mettre en état de passer en Italie. Ayant convoqué ensuite l’assemblée générale de la nation, il y déclara l’engagement qu’il avait contracté, et fit sentir l’obligation où il était de témoigner à Dieu sa reconnaissance. Il proposa ensuite les moyens qui lui paraissaient les plus propres à faire fleurir le commerce et à maintenir la paix ; il finit par mettre ses sujets sous la protection du Ciel. Les principaux de l’assemblée alléguèrent les raisons les plus fortes pour le dissuader de l’exécution de son dessein. Après avoir loué sa piété, ils lui représentèrent avec larmes les dangers auxquels l’Etat serait exposé ; qu’on aurait à craindre tout à la fois les ennemis du dedans et du dehors ; qu’ils s’imaginaient déjà voir toutes les calamités tomber sur le royaume.

Edouard fut si touché de leurs raisons et de leurs prières, qu’il promit, avant de rien entreprendre, de consulter Léon IX, qui occupait alors la chaire de Pierre. Il envoya à Rome, pour ce sujet, Aëlred, archevêque d’York, Herman, évêque de Winchester, et deux abbés. Le Pape, persuadé que le roi ne pouvait quitter ses Etats sans exposer son peuple à de grands dangers, le dispensa de l’accomplissement de son vœu ; mais ce fut à condition qu’il distribuerait aux pauvres l’argent qu’il aurait dépensé en venant à Rome, et qu’il bâtirait ou doterait un monastère en l’honneur de saint Pierre.

Sébert, roi des Est-Angles, avait fondé la cathédrale de Saint-Paul de Londres. Quelques auteurs lui ont aussi attribué la fondation d’un monastère en l’honneur de saint Pierre, qui était hors les murs et au couchant de la ville. On dit que ce monastère occupait l’emplacement d’un ancien temple d’Apollon, qu’un tremblement de terre avait renversé : mais le silence de saint Bède le Vénérable fait croire qu’il fut bâti quelques années plus tard par quelque particulier et qu’il était peu de chose dans son origine. On l’appelait Torney. Des Danois l’ayant détruit, le roi Edgard le fit reconstruire. Saint Edouard, après l’avoir réparé, y fit des donations considérables ; il voulut encore qu’il fut honoré d’exemptions et de privilèges ; ce qu’il obtint du pape Nicolas II en 1059. On lui donna le nom de Westminster, à cause de sa situation. Il est devenu fort célèbre depuis par le sacre des rois et par la sépulture des grands hommes du royaume. C’était l’abbaye la plus riche de toute l’Angleterre lorsqu’on y détruisit tous les monastères.

Saint Edouard faisait sa résidence à Winchester, à Windsor et à Londres, mais plus communément à Islip, dans la province d’Oxford, où il était né. Anciennement les seigneurs du royaume demeuraient à la campagne et vivaient parmi leurs vassaux ; ils n’allaient à la cour qu’aux grandes fêtes et dans quelques occasions extraordinaires. La fête de Noël était une des principales où la noblesse se rendait auprès du roi. Saint Edouard la choisit pour la dédicace de la nouvelle église de Westminster, afin que la cérémonie s’en fît avec plus de solennité. Les personnes les plus qualifiées du royaume y assistèrent. Le roi signa l’acte de fondation, et y fit insérer à la fin de terribles imprécations contre ceux qui oseraient violer les privilèges de son monastère.

Plusieurs historiens rapportent divers miracles opérés par saint Edouard. Un lépreux le pria instamment de le porter sur son dos royal dans l’église de Saint-Pierre, disant que ce saint avait promis qu’il guérirait par ce moyen. Ce bon prince se prêta à cette cérémonie rebutante et obtint ainsi la guérison du malade. Par le signe de la croix, il guérit une femme d’une tumeur chancreuse reconnue incurable. Trois aveugles ont recouvré la vue en s’appliquant l’eau dont le prince s’était servi pour se laver les mains. Saint Edouard mérita un jour de voir Notre Seigneur Jésus-Christ pendant le saint sacrifice de la messe et de recevoir visiblement sa bénédiction.

Mort de saint Edouard le Confesseur. Déjà, les humbles se
pressent au pied de son tombeau afin de présenter au saint
leurs prières. Manuscrit du XIVe.

Après le Prince des Apôtres, celui des saints auquel saint Edouard avait le plus de dévotion était saint Jean l’Evangéliste, ce parfait modèle de la pureté et de la charité. Voici à ce sujet une histoire charmante.

Saint Edouard ne refusait jamais l’aumône qu’on lui demandait au nom de saint Jean l’Evangéliste. Un jour, n’ayant rien autre chose, il donne son anneau à un étranger qui le priait au nom de saint Jean. Quelque temps après, deux Anglais qui allaient à Jérusalem visiter le Saint Sépulcre, s’égarèrent un soir et se trouvèrent surpris par la nuit. Comme ils ne savaient plus que devenir, un vénérable vieillard les remit dans leur chemin, les conduisit à la ville, et leur dit qu’il était le disciple bien-aimé de Notre Seigneur Jésus-Christ ; qu’il chérissait singulièrement leur prince, Edouard, à cause de sa chasteté, et qu’il les assisterait aussi dans tout leur voyage à sa considération. Ensuite il leur remit entre les mains la bague que ce prince avait donnée au pauvre pèlerin pour l’amour de lui, les assurant que c’était lui-même déguisé en pauvre qui l’avait reçue. Il les chargea de la lui rapporter à leur retour en Angleterre et de dire au saint roi qu’il viendrait le chercher au bout de six mois pour le mener avec lui à l’Agneau sans tâche.

Le roi reçut de ces deux pèlerins sa bague et les promesses de saint Jean en fondant en larmes et en louant Dieu pour une faveur si insigne.

Mort de saint Edouard le Confesseur. Tapisserie de Bayeux. XIIe.

S’étant trouvé mal à la cérémonie de dédicace de l’église de Westminster dont nous avons parlé plus haut, il n’y assista pas moins jusqu’à la fin ; mais fut obligé de se mettre au lit à l’issue de la cérémonie. Il ne pensa plus dès lors qu’à se préparer à la mort par des actes fervents de piété et par la réception des sacrements ? Tous les seigneurs de sa cour témoignaient la douleur la plus vive. Voyant la reine fondre en larmes, saint Edouard lui dit :
" Ne pleurez plus ; je ne mourrai point, mais je vivrai ; j’espère en quittant cette terre de mort entrer dans la terre des vivants pour y jouir du bonheur des saints."
Il la recommanda ensuite à Harold et à d’autres seigneurs, et il leur déclara qu’elle était resté e vierge. Il expira tranquillement le 5 janvier 1066, dans la 64e année de son âge et après un règne de 23 ans.

Saint Edouard le Confesseur est ordinairement représenté, tantôt donnant l’aumône à un pauvre, tantôt portant un malade sur ses épaules.

CULTE ET RELIQUES

Ancienne abbaye de Westminster. Fondée par saint Edouard
le Confesseur, elle est aujourd'hui et depuis le XVIe
siècle occupée par la secte anglicane.

Après sa mort, les miracles qui se firent sur son tombeau contribuèrent beaucoup à l’établissement de son culte. Des aveugles recouvrèrent la vue, des paralytiques guérirent, etc.

Guillaume le Conquérant, qui monta sur le trône en 1066, fit renfermer le corps de saint Edouard dans un cercueil magnifique qui fut à son tour placé dans une châsse d’or et d’argent. 36 ans après, en 1102, le corps de notre saint fut levé de terre par l’évêque de Rochester, qui le trouva entier, flexible et sans corruption, avec ses habits qui paraissaient encore tout neuf.

Châsse renfermant les reliques de saint Edouard le Confesseur.
Ancienne abbaye de Westminster, fondée par saint Edouard et
aujourd'hui occupée par une secte des plus perfides.

Le bienheureux Edouard fut canonisé en 1161 par Alexandre III et sa fête fut marquée au 5 janvier. Deux ans plus tard, saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, en fit une translation plus solennelle, à laquelle le roi Henri II assista accompagné de 14 évêques, de 5 abbés et de toute sa noblesse. Ce prince porta ce saint dépôt sur ses propres épaules dans tout le cloître de l’abbaye de Westminster. Cette translation se fit le 13 octobre, jour auquel on a depuis célébré sa principale fête. Le concile national d’Oxford, tenu en 1222, ordonna qu’elle serait d’obligation en Angleterre.

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mercredi, 12 octobre 2016

12 octobre. Saint Edwin, roi de Northumbrie et martyr, patron d'York. 633.

- Saint Edwin, roi de Northumbrie et martyr, patron d'York. 633.

Pape : Honorius Ier. Rois de Northumbrie : Aethelfrith (prédécesseur), Osric (successeur).

" La preuve la plus éclatante de la vertu des rois, c'est que leur autorité assure au peuple la paix, à l'Eglise la tranquillité, à la religion un accroissement agréable à Notre Seigneur Jésus-Christ."
Jean de Salisbury.

Statue de saint Edwin. Cathédrale d'York.

Né vers 585, fils du roi Aella de Deira (sud de la Northumbrie, région du Yorkshire), Saint Edwin n'avait que 3 ans à la mort de son père. Notre saint fut privé du trône par le roi Ethelfrith de Bernicie (Nord de la Northumbrie), qui s'empara du royaume d'Aella. Edwin passa les 30 années suivantes au Pays de Galles et en Est Anglie. Etant encore jeune homme, il épousa Cwenburg de Mercie qui lui donna 2 fils.

En 616, avec l'aide du roi Baedwald (Redwald) d'Est Anglie, qui l'avait accueilli durant son exil, Edwin fut restauré sur le trône en battant et tuant Ethelfrith à la bataille d'Idle River.

Peuplement de l'île de Bretagne au VIIe siècle.

Edwin dirigea avec compétence, et, en 625, sa première femme étant décédée, il épousa Ethelburge, qui était une Chrétienne, soeur du roi Eadbald de Kent. Son ambassade avait en vue de solliciter cette union avait été repoussée dans un premier temps parce qu'il n'était pas Chrétien. Un contrat fut plus tard établi dans lequel il était reconnu à Ethelburge la liberté de culte, et Edwin s'engageait sérieusement à considérer de la rejoindre dans la foi.

Une fois l'accord trouvé, Ethelburge emmena avec elle en Northumbrie son confesseur, saint Paulin, un moine Romain qui avait été envoyé par saint Grégoire le Grand, pour aider saint Augustin dans son travail de conversion de l'Angleterre, et qui venait juste d'être consacré évêque d'York. L'évêque y vit une opportunité pour répandre la Foi dans les parties nordiques de l'île.

Le pensif et mélancolique roi n'était pas naturellement enclin à des actes irréfléchis, et de ce fait, cela prit du temps avant qu'il ne se convertisse. Les exemples de vertu Chrétienne qu'il voyait en sa femme, et en son chapelain, jouèrent un rôle important dans sa décision.
Mais 3 évènements particuliers furent déterminant dans le processus qui le conduit à la conversion. Le premier fut une tentative ratée d'assassinat contre sa personne par les Saxons de l'Ouest. Ensuite, l'abandon du paganisme par le grand prêtre Coifi dont l'influence religieuse sur les sujets de'Edwin étaiot grande. Enfin, le rappel par saint Paulin d'une expérience mystérieuse qu'Edwin avait vécue quelques années auparavant pendant qu'en exil, il avait vu le recouvrement de son royaume en songe.

Saint Bède le vénérable. Théologien et historien. Contemporain
de saint Edwin et de son successeur saint Oswald (lui aussi martyr),
il composa l'Histoire écclésiastique du peuple anglais.

A la suite de ces faits, Edwin se convertit au Christ en 627, et fut, comme le rapporte Bède, baptisé par saint Paulin à Pâque, après la naissance d'une fille. Nombre de membres de la cour d'Edwin et de ses sujets du Yorkshire et du Lincolnshire vinrent aussi à la Foi. Ainsi s'installa le Christianisme dans la Northumbrie. Les idoles et les faux dieux avaient déjà été détruits par Coifi lui-même, assisté et guidé par saint Paulin.

Le roi Edwin établit la loi et l'ordre dans le royaume, et devint vite le plus puissant roi d'Angleterre. Il étendit son territoire au nord dans le pays des Pictes, à l'ouest dans celui des Cumbriens et des Gallois, et vers Elmet près de Leeds. Le Vénérable Bède rapporte que durant la dernière année du règne du roi Edwin, il y avait une telle paix et un tel ordre dans ses possessions qu'un proverbe disait " une femme pourrait transporter son bébé nouveau-né à travers l'île de mer à mer sans aucun risque ".

Histoire ecclésiastique du peuple anglais.
Saint Bède le vénérable. Xe.

Suite à sa victoire sur le Wessex, Edwin a pu avoir été reconnu comme chef suprême de tous les royaumes Anglo-Saxons (sauf le Kent). Bède rapporte avec certitude qu'Edwin assuma la supériorité au sud de l'Humber. Peu après, il décida d'étendre sa suprématie sur un nombre plus grand encore de royaumes Britanniques. Avec une importante flotte à sa disposition, Edwin conquit l'Ile de Man, forçant le roi Anllech à fuir, avant de faire mouvement vers Gwynedd. Son vieux frère adoptif, le roi Cadfan, était mort récemment, et Edwin semble avoir été décidé à résoudre sa vieille rivalité avec Cadwallon une fois pour toutes. Le roi de Northumbrie conquit Anglesey et assiégea son neveu par alliance sur l'Ile Puffin avant de finallement le forcer à fuir en Bretagne.

Edwin commença à consolider sa position. A la court royale à Yeavering, il autorisa saint Paulin à le convertir au Christianisme. Le roi voyagea ensuite vers York pour être baptisé dans la proto-cathédrale de Paulin et persuada tous ses nobles, ainsi que ses rois subalternes (tel le roi Eorpwald d'Est Anglie) de le suivre : assurant ainsi l'unité du royaume. Ce fut un mouvement prestigieux qui amena des lettres et des dons considérables au pape. Edwin s'occupa aussi de refortifier York et la célèbre " Anglian Tower ", Tour Anglaise, pourrait dater de cette époque. Bien que cette ville puisse être considérée comme la capitale d'Edwin, il tint un nombre important de centres administratifs, résidant alternativement dans chaque, selon un circuit qui sera adopté par la suite par les rois Saxons et Normands. Le plus important furent Yeavering en Bernicie, York et Catterick à Deira, et Campoduno (près de Doncaster) à Elmet. Bède décrit comment Edwin effectuait ses voyages circulaires, précédé par un porte-étendard comme il cheminait à travers ses cités, propriétés et royaumes avec son escorte. Plus encore, quand il allait quelque part sur les routes, il voulait avoir en avant de lui le type d'étendard que les Romains appelaient un " tufa " et les Anglais un " thuf ".

Il ne peut jamais réaliser son intention de bâtir une église en pierre à York - un évènement sans précédent en ce temps-là - parce que son royaume fut envahi par les rois païens Penda de Mercie et Cadwallon du nord du Pays de Galles. Edwin fut battu et tué à la bataille d'Hatfield Chase en 633. L'église fut bâtie, on y enseveli sa tête, et elle devint le centre de son culte.

Saint Edwin et saint Paulin. Gravure du XVIIe.

Après sa mort, la Northumbrie retourna au paganisme et saint Paulin eut à convoyer Ethelburge et ses enfants par mer pour les mettre en sécurité dans le Kent, où durant les 10 dernières années de sa vie, il embellit son diocèse de Rochester. Les massacres et le chaos qui suivirent la mort d'Edwin cessèrent à l'accession de saint Oswald sur le trône de Northumbrie en 634.

Si sa fête n'est pas reprise dans le moindre des anciens livres liturgiques de Northumbrie nous étant parvenus, il y a au moins une ancienne dédicace d'église en son honneur. A Rome, le pape Grégoire XIII approuva implicitement son culte en incluant Edwin parmi les martyrs anglais repris sur les fresques murales du Collège anglais de Rome.

Le culte d'Edwin existe aussi à Whitby, qui avait un tombeau avec son corps, que l'on disait avoir été découvert par révélation et y amené d'Hatfield Chase. L'abbaye de Whitby fut gouvernée par la suite par la fille d'Edwin, sainte Enfleda, et sa petite-fille, sainte Elfleda. Elle devint le lieu de sépulture pour les membres royaux de la maison de Deira et pour la maison du premier biographe de saint Grégoire Ier. (Attwater, Bénédictins, Delaney, Encyclopaedia, Farmer).

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mardi, 11 octobre 2016

11 octobre. Fête de la maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie. 431 - 1931.

- Fête de la maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie. 431 - 1931.

Pape : Pie XI.

" C'est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c'est aussi par elle qu'il doit régner dans le monde. Marie a été très cachée dans sa vie : c'est pourquoi elle est appelée par le Saint-Esprit et l'Eglise Alma Mater : Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu'elle n'a point eu sur la terre d'attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n'être connue que de Dieu seul."
Saint Louis-Marie Grignon de Montfort. Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge Marie.


Couronnement de la Très sainte Vierge Marie. Sano di Pietro. XIVe.

En 431, un concile général convoqué à Ephèse proclama et définit le dogme de la Maternité divine de la très Sainte Vierge. Jusque-là, il n'avait jamais été contesté qu'il y avait deux natures en Notre-Seigneur : la nature divine et la nature humaine, mais qu'il n'y a qu'une seule personne. Notre-Dame étant la Mère de l'unique personne de Jésus-Christ, a le droit d'être appelée Mère de Dieu, au même titre que nos mères, qui, bien qu'elles n'aient point formé nos âmes, mais seulement nos corps, sont cependant appelées les mères de l'homme tout entier, corps et âme. Car, si l'homme n'est homme qu'en tant que son âme est unie à son corps, Jésus-Christ n'est réellement Jésus-Christ qu'autant que Sa Divinité est unie à Son Humanité.

En 1931, à l'occasion du quinzième centenaire du grand concile d'Ephèse, Pie XI institua la fête que nous célébrons aujourd'hui.


Mariage de la très sainte Vierge Marie.
Giampietro Campana di Cavelli. XVe.

La Maternité divine de Marie L'élève au-dessus de toutes les créatures. L'Église honore en ce jour cet incomparable privilège accordé à Marie, dogme fondamental de notre sainte religion. Grande est la dignité de la mère! Mais combien plus digne de vénération est celle de la Mère du Fils de Dieu qui a engendré dans le temps Celui qui est engendré du Père de toute éternité !

" Il y a dans cette maternité, dit saint Thomas, une dignité en quelque sorte infinie, puisqu'Elle a pour Fils Celui que les anges adorent comme leur Dieu et leur Seigneur. Cette suréminente dignité est la raison d'être de Son Immaculée Conception, de Son élévation au-dessus des anges, de la toute-puissance de Son crédit auprès de Dieu."

Cette élévation donne à Marie une autorité qui doit inspirer notre confiance envers Celle que l'Église appelle Mère de Dieu, Mère du Christ, Mère de la divine grâce, Mère très pure, Mère très chaste, Mère aimable, Mère admirable, Mère du Créateur, Mère du Sauveur.

En nous faisant vénérer ainsi la très Sainte Vierge, l'Église veut susciter en nos âmes un amour filial pour Celle qui est devenue notre propre Mère par la grâce. Marie nous a tous enfantés au pied de la croix. Notre prérogative de frères adoptifs de Jésus-Christ doit éveiller en nos coeurs une confiance illimitée envers Marie qui nous a adoptés sur le Calvaire, lorsqu'avant de mourir, le Sauveur nous a présenté à la Co-rédemptrice, en la personne de saint Jean, comme les enfants qu'Il désirait La voir adopter, disant :
" Mère, voilà Votre fils ; fils, voilà votre Mère !"
Ces paroles sont comme le leg testamentaire du Christ.

" Que peut-on concevoir au-dessus de Marie ? demande saint Ambroise, quelle grandeur surpasse celle qu'a choisie pour Mère Celui qui est la grandeur même ?"
" Il a plu à Dieu d'habiter en Vous, ô Marie, dit saint Bernard, lorsque de la substance de Votre chair immaculée, comme du bois incorruptible du Liban, le Verbe S'est édifié une maison par une construction ineffable. C'est en Vous, ô Mère unique et bien-aimée qu'Il S'est reposé et qu'Il a versé sans mesure, tous Ses trésors..."

11 octobre. Saint Gomer d'Emblehem, confesseur. 774.

- Saint Gomer d'Emblehem, confesseur. 774.

Pape : Adrien Ier. Roi de France : Saint Charlemagne.

" L'humilité d'une âme est d'autant plus précieuse qu'elle sort de la source de l'amour ou de la racine de la ferveur."
Richard de Saint-Victor.

Saint Gomer. Gravure du XVIIe.

Gomer, appelé aussi Gomrnaire, naquit à Emblehem, près de Lierre, au diocèse (romain) actuel de Mechelen (Malines), vers le commencement du VIIIe siècle. Ses parents l'élevèrent dans la pratique des maximes de l'Evangile. L'enfance et la jeunesse de notre Saint se passèrent dans l'innocence ; il était pieux, doux, affable et plein de compassion pour les malheureux.

Pépin, étant devenu, de maire du palais, roi des Francs, le fit venir à la cour. Gomer sut y conserver son innocence ; fidèle à tous ses devoirs, il n'avait aucun des vices qui sont si communs parmi les courtisans. Le jeûne et la prière le fortifiaient contre la corruption générale ; il était généreux, et en quelque sorte prodigue, quand il s'agissait d'assister ceux qui étaient dans le besoin. Loin de faire le moindre tort à son prochain, il cherchait à faire du bien à tout le monde.


Collégiale Saint-Gomer (ou Saint-Gommaire) à Lierre (Flandres).
Les reliques de notre saint y sont conservées.

Pépin, qui, malgré ses défauts, savait rendre justice au mérite, lui confia les places les plus importantes ; il lui proposa même un parti considérable pour la naissance et la fortune, dans la personne de Gwinmarie : le mariage fut bientôt conclu et célébré.

Peu de temps après leur mariage, Gomer fut obligé de suivre le prince à la guerre, et de laisser ainsi sa maison sous la conduite de sa femme. Mais il s'en fallait de beaucoup que Gwinmarie ressemblât à Gomer ; c'était une femme acariâtre. Sa conduite devint pour son mari une source continuelle d'épreuves bien pénibles. Gomer souffrait sans se plaindre, n'attendant que de Dieu sa consolation.

Il employa tous les moyens possibles pour gagner celle qui, malgré tous ses travers, était son épouse devant Dieu et les hommes ; mais tous ses efforts furent inutiles. Ayant été obligé de suivre le roi Pépin dans les différentes guerres qu'il fit en Lombardie, en Saxe et en Aquitaine, il fut nécessairement éloigné d'elle pendant l'espace de 8 ans.


Ceinture de saint Gomer conservée dans la collégiale Saint-Gomer
de Lierre. Elle fut l'occasion d'un très grand nombre de miracles.

A son retour, ses peines devinrent encore plus grandes. Il trouva les affaires de sa maison dans l'état le plus déplorable. Ses domestiques, ses fermiers et ses vassaux se plaignirent des indignes traitements qu'ils avaient eu à souffrir. Il leur accorda à tous la satisfaction qu'ils demandaient.

Etant parti en pélerinage vers Rome, notre Saint, un soir, crut pouvoir faire couper un arbre, sur le bord d'une forêt, pour reposer sa tête. Le propriétaire l'injuria, le menaça à cause du dommage qu'il lui avait causé. Gomer s'excusa humblement et promit de le réparer. En effet, il passa la nuit en prières, et le lendemain matin il unit les 2 parties de l'arbre, qui devint tout à coup aussi vigoureux qu'il était. Le propriétaire étant revenu, et voyant son arbre sur pied et plein de verdure comme auparavant, admira la vertu de Gomer, et, ne se croyant pas digne de posséder une terre où un si saint homme avait campé, il la lui donna avec l'arbre qui était dedans. Un Ange apparut aussi à notre saint confesseur, et lui déclara que ce n'était pas la volonté de Dieu qu'il aille à Rome ; mais ce qu'il exigeait de lui, c'était que, dans sa terre de Nivesdonck, il bâtît un ermitage pour lui servir de retraite pendant sa vie et de sépulture après sa mort.

Le Saint obéit aux ordres du Ciel, bâtit une église en l'honneur de saint Pierre, avec un ermitage, et choisit ce lieu pour sa demeure.

Il ne quitta pas pour cela le soin de sa famille : il allait de temps en temps à sa terre d'Emblehem, où il rendait aux pauvres et aux malheureux tous les devoirs de la charité Chrétienne. Il revêtait les uns, et donnait à boire et à manger à ceux qui avaient faim et soif. Il avait un soin extraordinaire des malades, et ne souffrait pas qu'ils manquassent de rien. Il recevait les pèlerins et les traitait avec toute sorte de bienveillance ; il assistait les veuves et se faisait leur protecteur. Enfin il était le père commun de toutes les personnes qui étaient dans la nécessité.


Retable de Saint-Gomer. Collégiale Saint-Gomer de Lierre. XVe.

Cependant, loin d'imiter de si beaux exemples, Gwinmarie continuait ses mauvais traitements envers ses serviteurs. Un jour que ses moissonneurs étaient tourmentés de la soif, elle ne voulut pas souffrir qu'ils prissent un moment de relâche pour aller se rafraîchir. Mais le saint homme, qui vint à passer par là, frappa la terre de son bâton, et fit jaillir, pour les désaltérer, une source que l'on voit encore aujourd'hui au village d'Emblehem. Sa femme fut saisie d'une fièvre si violente qu'elle était sur le point de mourir. Elle en fit avertir le Saint, qui lui rendit au plus tôt la santé par le Signe de la Croix et lui fit prendre un verre d'eau qu'il lui présenta de sa propre main. Par ses bontés et plus encore par ses prières, il la convertit entièrement : Gwinmarie passa dans la pénitence le reste de sa vie et mourut de la mort des justes.

Saint Rombaut, qui avait quitté l'évêché de Dublin, en Irlande, pour venir en Belgique, éclairait toutes ces provinces par sa doctrine et par ses exemples. Il lia une si étroite amitié avec notre Saint, que, pour avoir plus de liberté de s'entretenir avec lui des choses divines, il marqua un lieu, appelé Stadek, entre la demeure de l'un et de l'autre où tous 2 devaient se trouver à jour nommé pour cette pieuse conférence.

La première fois qu'ils s'y assemblèrent, les bâtons secs qu'ils avaient apportés à la main prirent racine et portèrent des fleurs et des feuilles. Tout le voisinage fut extrêmement édifié de leur union. Il se faisait un grand concours de peuple toutes les fois qu'ils s'assemblaient. Enfin, on bâtit en cet endroit un oratoire, où, au jour de la conférence, on célébrait les saints Mystères. Saint Gomer mourut dans la paix et dans le baiser du Seigneur, le 11 octobre, vers l'an 774.

Il est représenté parlant de la Foi avec saint Rombaut (Rumold). Il tient un bâton qui pousse des feuilles comme celui de son compagnon.

CULTE ET RELIQUES


La Tour Zimmer à Lierre, non loin de la collégiale Saint-Gomer,
abrite une horloge astronomique du XVIIIe/XIXe remarquable
(reconstruite et actualisée entièrement au début du XXe siècle).

Son corps fut d'abord inhumé dans l'église d'Emblehem, où il était décédé ; mais, Dieu ayant révélé à une sainte religieuse nommée Vrachilde, qu'il devait être enterré dans l'église de Saint-Pierre, auprès de son ermitage, on le mit dans un bateau pour l'y transporter. Et alors le bateau monta de lui-même, sans voile, sans rames et sans batelier, contre le cours de l'eau, jusqu'à ce qu'il fût arrivé au lieu que la divine Providence lui avait marqué. Ce lieu, appelé Nivesdonck, fut peu après nommé Ledo ou Ledi. C'est le nom qu'on lui donne dans le partage du royaume qui se fit en 870 sous Lothaire, roi d'Austrasie. Enfin, l'affluence des fidèles, que la piété y attira pour honorer la mémoire de saint Gomer, donna naissance à la ville de Lierre.

Les reliques du saint furent conservées pendant plusieurs siècles dans la chapelle qu'il avait bâtie. Elles furent transférées ensuite dans la belle église collégiale de Saint-Jean, qui prit le nom de Saint-Gomer, et qui est aujourd'hui comme autrefois l'église paroissiale. Ces reliques, dont l'authenticité fut constatée en 1804 par l'archévêque de Malines Jean-Armand de Roquelaure, sont conservées dans une magnifique châsse d'argent, faite en 1682, chef-d'oeuvre de ciselure et d'ornementation, que l'esprit religieux des Lierrois a su dérober à la cupidité des révolutionnaires français du XVIIIe siècle.

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