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vendredi, 11 novembre 2016

11 novembre. Saint Martin, évêque de Tours. 400.

- Saint Martin, évêque de Tours. 400.

Pape : Saint Anastase Ier. Empereur romain d'Occident : Flavius Honorius.

" Martin a vu et compris la vanité des idoles, et il s'est fait Chrétien, l'horreur et les suites déplorables du péché, et il l'a chassé de son coeur. En possession de la vérité et de la grâce du Seigneur, il a veillé toute sa vie sur ces précieux trésors, et il n'a cessé de puiser dans la prière la force de les défendre."
Eloge de saint Martin.

Saint Martin partageant son manteau.
Benvenuto Tisi da Gorofalo : Il Garofalo. XVe.
 

Trois mille six cent soixante églises dédiées à saint Martin au seul pays de France (une liste par diocèses s'en trouve dans le Saint Martin de Lecoy de la Marche, en l'Appendice), presque autant dans le reste du monde, attestent l'immense popularité du grand thaumaturge. Dans les campagnes, sur les montagnes, au fond des forêts, arbres, rochers, fontaines, objets d'un culte superstitieux quand l'idolâtrie décevait nos pères, reçurent en maints endroits et gardent toujours le nom de celui qui les arracha au domaine des puissances de l'abîme pour les rendre au vrai Dieu. Aux fausses divinités, romaines, celtiques ou germaniques, enfin dépossédées, le Christ, seul adoré par tous désormais, substituait dans la mémoire reconnaissante des peuples l'humble soldat qui les avait vaincues.

C'est qu'en effet, la mission de Martin fut d'achever la déroute du paganisme, chassé des villes par les Martyrs, mais jusqu'à lui resté maître des vastes territoires où ne pénétrait pas l'influence des cités.

Cathédrale Saint-Martin de Bratislava. Slovaquie.

Aussi, à l'encontre des divines complaisances, quelle haine n'essuya-t-il point de la part de l'enfer ! Dès le début, Satan et Martin s'étaient rencontrés : " Tu me trouveras partout sur ta route ", avait dit Satan (Sulpit. Sever. Vita, vi.) ; et il tint parole. Il l'a tenue jusqu'à nos jours : de siècle en siècle, accumulant les ruines sur le glorieux tombeau qui attirait vers Tours le monde entier ; dans le XVIe livrant aux flammes, par la main des huguenots, les restes vénérés du protecteur de la France ; au XIXe enfin, amenant des hommes à ce degré de folie que de détruire eux-mêmes, en pleine paix, la splendide basilique qui faisait la richesse et l'honneur de leur ville.

Reconnaissance du Christ roi, rage de Satan, se révélant à de tels signes, nous disent assez les incomparables travaux du Pontife apôtre et moine que fut saint Martin.

Statue de saint Martin. Georges-Raphaël Donner. XVIIIe.
Cathédrale Saint-Martin de Bratislava. Slovaquie.

Moine, il le fut d'aspiration et de fait jusqu'à son dernier jour.
" Dès sa première enfance, il ne soupire qu'après le service de Dieu. Catéchumène à dix ans, il veut à douze s'en aller au désert ; toutes ses pensées sont portées vers les monastères et les églises. Soldat à quinze ans, il vit de telle sorte qu'on le prendrait déjà pour un moine (Ita ut, jam illo tempore, non miles sed monachus putaretur. Ibid. II.). Après un premier essai en Italie de la vie religieuse, Martin est enfin amené par Hilaire dans cotte solitude de Ligugé qui fut, grâce à lui, le berceau de la vie monastique dans les Gaules.

Et, à vrai dire, Martin, durant tout le cours de sa carrière mortelle, se sentit étranger partout hormis à Ligugé. Moine paraîtrait, il n'avait été soldat que par force ; il ne devint évêque que par violence ; et alors, il ne quitta point ses habitudes monastiques. Il satisfaisait à la dignité de l'évêque, nous dit son historien, sans abandonner la règle et la vie du moine (Ita implebat episcopi dignitatem, ut non tamen propositum monachi virtutemque desereret. Sulpit. Sev. Vita, X.) ; s'étant fait tout d'abord une cellule auprès de son église de Tours ; bientôt se créant à quelque distance de la ville un second Ligugé sous le nom de Marmoutier ou de grand monastère." (Cardinal Pie, Homélie prononcée à l'occasion du rétablissement de l'Ordre de saint Benoît à Ligugé, 25 novembre 1853.).

Charité de saint Martin. Eglise Saint-Martin de Donzenac. Limousin.

C'est à la direction reçue de l'ange qui présidait alors aux destinées de l'Eglise de Poitiers, que la sainte Liturgie renvoie l'honneur des merveilleuses vertus manifestées par Martin dans la suite (Hilarium secutus est Martinus, qui tantum illo doctore profecit, quantum ejus postca sanctitas declaravit. In festo S. Hilarii, Noct. II, Lect. II.).

Quelles furent les raisons de saint Hilaire pour conduire par des voies si peu connues encore de l'Occident l'admirable disciple que lui adressait le ciel, c'est ce qu'à défaut d'Hilaire même, il convient de demander à l'héritier le plus autorisé de sa doctrine aussi bien que de son éloquence :

" Ce fut, dit le Cardinal Pie, la pensée dominante de tous les saints, dans tous les temps, qu'à côté du ministère ordinaire des pasteurs, obligés parleurs fonctions de vivre mêlés au siècle,il fallait dans l'Eglise une milice séparée du siècle et enrôlée sous le drapeau de la perfection évangélique, vivant de renoncement et d'obéissance, accomplissant nuit et jour la noble et incomparable fonction de la prière publique.

Saint Martin de Tours. Le Greco. XVIIe.

Ce fut la pensée des plus illustres pontifes et des plus grands docteurs, que le clergé séculier lui-même ne serait jamais plus apte à répandre et à populariser dans le monde les pures doctrines de l'Evangile, que quand il se serait préparé aux fonctions pastorales en vivant de la vie monastique ou en s'en rapprochant le plus possible.

Lisez la vie des plus grands hommes de l'épiscopat, dans l'Orient comme dans l'Occident, dans les temps qui ont immédiatement précédé ou suivi la paix de l'Eglise comme au moyen âge ; tous, ils ont professé quelque temps la vie religieuse, ou vécu en contact ordinaire avec ceux qui la pratiquaient. Hilaire, le grand Hilaire, de son coup d'œil sûr et exercé, avait aperçu ce besoin ; il avait vu quelle place devait occuper l'ordre monastique dans le christianisme,et le clergé régulier dans l'Eglise. Au milieu de ses combats, de ses luttes, de ses exils, témoin oculaire de l'importance des monastères en Orient, il appelait de tous ses vœux le moment où, de retour dans les Gaules, il pourrait jeter enfin auprès de lui les fondements de la vie religieuse. La Providence ne tarda pas à lui envoyer ce qui convenait pour une telle entreprise : un disciple digne du maître, un moine digne de l'évêque."

Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Vignay. XVe.

On ne saurait présumer d'essayer mieux dire ; pour le plus grand honneur de saint Martin, l'autorité de l'Evêque de Poitiers, sans égale en un tel sujet, nous fait un devoir de lui laisser la parole. Comparant donc ailleurs Martin, et ceux qui le précédèrent, et Hilaire lui-même, dans leur œuvre commune d'apostolat des Gaules :

" Loin de moi, s'écrie le Cardinal, que je méconnaisse tout ce que la religion de Jésus-Christ possédait déjà de vitalité et de puissance dans nos diverses provinces, grâce à la prédication des premiers apôtres, des premiers martyrs, des premiers évoques, dont la série remonte aux temps les plus rapprochés du Calvaire. Toutefois, je ne crains pas de le dire, l'apôtre populaire de la Gaule, le convertisseur des campagnes restées en grande partie païennes jusque-là, le fondateur du christianisme national, c'a été principalement saint Martin. Et d'où vint à Martin, sur tant d'autres grands évoques et serviteurs de Dieu, cette prééminence d'apostolat ? Placerons-nous Martin au-dessus de son maître Hilaire ? S'il s'agit de la doctrine, non pas assurément ; s'il s'agit du zèle, du courage, de la sainteté, il ne m'appartient pas de dire qui fut plus grand du maître ou du disciple ; mais ce que je puis dire, c'est qu'Hilaire fut surtout un docteur, et que Martin fut surtout un thaumaturge. Or, pour la conversion des peuples, le thaumaturge a plus de puissance que le docteur; et, par suite, dans le souvenir et dans le culte des peuples, le docteur est éclipsé, il est effacé par le thaumaturge." (Cardinal Pie, ubi supra.).

Buste reliquaire de saint Martin. XIIe.

" On parle beaucoup aujourd'hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c'est oublier l'Ecriture et l'histoire ; et, de plus, c'est déroger. Dieu n'a pas jugé qu'il lui convînt déraisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n'est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole.
Mais comment l'a-t-il autorisée ?

" En Dieu, non point en homme ; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d'une philosophie humainement persuasive " : " non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, mais par le déploiement d'une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis ".
Et pourquoi ? En voici la raison profonde : " Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei " : " afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l'homme, mais sur la force de Dieu ". (
I Cor. II, 4.).

La charité de saint Martin. Grandes Heures d'Etienne Chevalier.
Jean Fouquet. XVe.

On ne le veut plus ainsi aujourd'hui ; on nous dit qu'en Jésus-Christ le théurge fait tort au moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n'abolira point cet ordre, on n'abolira ni l'Evangile ni l'histoire. N'en déplaise aux lettrés de notre siècle, n'en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l'appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l'oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l'Eglise, et pour jusqu'à la fin, la vertu des miracles. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.

Elément d'un dyptique en ivoire. XIIIe.

" Opérer des prodiges semblait un jeu pour lui ; la nature entière pliait à son commandement. Les animaux lui étaient soumis : " Hélas ! s'écriait un jour le saint, les serpents m'écoutent, et les hommes refusent de m'entendre !".

Cependant les hommes l'entendaient souvent. Pour sa part, la Gaule entière l'entendit ; non seulement l'Aquitaine, mais la Gaule Celtique, mais la Gaule Belgique. Comment résister à une parole autorisée par tant de prodiges ? Dans toutes ces provinces, il renversa l'une après l'autre toutes les idoles, il réduisit les statues en poudre, brûla et démolit tous les temples, détruisit tous les bois sacrés, tous les repaires de l'idolâtrie. Etait-ce légal, me demandez-vous ? Si j'étudie la législation de Constantin et de Constance, cela l'était peut-être. Mais ce que je puis dire, c'est que Martin, dévoré du zèle de la maison du Seigneur, n'obéissait en cela qu'à l'Esprit de Dieu.

Cathédrale Saint-Martin. Mayence. Allemagne.

Et ce que je dois dire, c'est que Martin, contre la fureur de la population païenne, n'avait d'autres armes que les miracles qu'il opérait, le concours visible des anges qui lui était parfois accordé, et enfin, et surtout, les prières et les larmes qu'il répandait devant Dieu lorsque l'endurcissement de la multitude résistait à la puissance de sa parole et de ses prodiges. Mais, avec ces moyens, Martin changea la face de notre pays.

Là où il y avait à peine un chrétien avant son passage, à peine restait-il un infidèle après son départ. Les temples du Dieu vivant succédaient aussitôt aux temples des idoles ; car, dit Sulpice Sévère, aussitôt qu'il avait renversé les asiles de la superstition, il construisait des églises et des monastères. C'est ainsi que l'Europe entière est couverte de temples qui ont pris le nom de Martin."
(Cardinal Pie, Sermon prêché dans la cathédrale de Tours le dimanche de la solennité patronale de saint Martin, 14 novembre 1858.).

Saint Hilaire remettant les ordres mineurs à saint Martin.
Cathédrale Saint-Gatien de Tours.
 
La mort ne suspendit pas ses bienfaits ; eux seuls expliquent le concours ininterrompu des peuples à sa tombe bénie. Ses nombreuses fêtes au cours de l'année, Déposition ou Natal, Ordination, Subvention, Réversion, ne parvenaient point à lasser la piété des fidèles. Chômée en tous lieux (Concil. Mogunt. an. 813, can. XXXVI.), favorisée par le retour momentané des beaux jours que nos aïeux nommaient l'été de la Saint-Martin, la solennité du XI novembre rivalisait avec la Saint-Jean pour les réjouissances dont elle était l'occasion dans la chrétienté latine. Martin était la joie et le recours universels.

Aussi Grégoire de Tours n'hésite pas à voir dans son bienheureux prédécesseur le patron spécial du monde entier (Greg. Tur. De miraculis S. Martini, IV, in Prolog.) !

Matrice de sceau en ivoire. XIIe.

Cependant moines et clercs, soldats, cavaliers, voyageurs et hôteliers en mémoire de ses longues pérégrinations, associations de charité sous toutes formes en souvenir du manteau d'Amiens, n'ont point cessé de faire valoir leurs titres aune plus particulière bienveillance du grand Pontife.

La Hongrie, terre magnanime qui nous le donna sans épuiser ses réserves d'avenir, le range à bon droit parmi ses puissants protecteurs. Mais notre pays l'eut pour père : en la manière que l'unité de la foi fut chez nous son œuvre, il présida à la formation de l'unité nationale ; il veille sur sa durée ; comme le pèlerinage de Tours précéda celui de Compostelle en l'Eglise, la chape de saint Martin conduisit avant l'oriflamme de saint Denis nos armées au combat (quel qu'ait pu être le vêtement de saint Martin désigné par cette appellation, on sait que l'oratoire des rois de France tira de lui son nom de chapelle, passé ensuite à tant d'autres).

Or donc, disait Clovis :
" Où sera l'espérance de la victoire, si l'on offense le bienheureux Martin (Et ubi erit spes victoriae, si beatus Martinus offenditur ? Greg. Tur. Historia Francorum, II, XXXVII.) ?"

Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

Martin, c'est comme si on disait qui tient Mars, c'est-à-dire la guerre contre les vices et les péchés ; ou bien encore l’un des martyrs ; car il fut martyr au moins de volonté et par la mortification de sa chair. Martin peut encore s'interpréter excitant, provoquant, dominant. En effet, par le mérite de sa sainteté, il excita le diable a l’envie, il provoqua Dieu à la miséricorde, et il dompta sa chair par des macérations continuelles.

La chair doit être dominée par la raison ou l’âme, dit saint Denys dans l’épure à Démophile, comme un maître domino un serviteur, et un vieillard un jeune débauché. Sévère surnommé Sulpice, disciple de saint Martin, a écrit sa vie et cet auteur est compté au nombre des hommes illustres par Gennacle.

Martin, originaire de Sabarie, ville de Pannonie, mais élevé à Pavie en Italie, servit en qualité de militaire avec son père, tribun des soldats, sous les césars Constantin et Julien. Ce n'était pas cependant de son propre mouvement, car, tout jeune encore ; poussé par l’inspiration de Dieu, à l’âge de douze ans, malgré ses parents, il alla à l’église et demanda, qu'on le fit catéchumène ; et dès lors il se serait retiré dans un ermitage, si la faiblesse de sa constitution ne s'y fût opposée.

Mais les empereurs ayant porté un décret par lequel tous les fils des vétérans étaient obligés à servir à la place de leurs pères, Martin, âgé de quinze ans, fut forcé d'entrer au service, se contentant d'un serviteur seulement qu'il servirait du reste lui-même le plats souvent, et dont il ôtait et nettoyait la chaussure.

Bas-relief de saint Martin. Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

Un jour d'hiver, passant à la porte d'Amiens, il rencontra un homme nu qui n'avait reçu l’aumône de personne. Martin comprit que ce pauvre lui avait été réservé : il prit son épée, et partagea en deux le manteau qu'il avait sur lui, en donna une moitié au pauvre, et se recouvrit de l’autre moitié qui lui restait. La nuit suivante, il vit Notre Seigneur Jésus-Christ, revêtu de la partie du manteau dont il avait couvert le pauvre, et l’entendit dire aux anges qui l’entouraient :
" Martin, qui n'est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement."

Le saint homme ne s'en glorifia point, mais connaissant par là combien Dieu est bon il se fit baptiser, à l’âge de dix-huit ans, et cédant aux instances de son tribun, qui lui promettait de renoncer au monde à l’expiration de son tribunat, il servit encore deux ans.

Saint Martin enseignant. Verrière de l'église Saint-Martin.
Trémeheuc. Bretagne.
 
Pendant ce temps, les barbares firent irruption dans la Gaule, et Julien César qui devait lui livrer bataille, donna de l’argent aux soldats ; mais Martin, dont l’intention était de ne plus rester au service, ne voulut pas recevoir cette gratification, et dit à César :
" Je suis soldat de Notre Seigneur Jésus-Christ ; il ne m’est pas permis de me battre."
Julien indigné répondit que ce n'était pas par religion, mais par peur de la bataille dont on était menacé, qu'il renonçait au service militaire. Martin répliqua avec intrépidité :
" Si c'est à la lâcheté et non à la foi que l’on attribue ma démarche, demain je me placerai, sans armes, au-devant des rangs, et au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec le signe de la croix pour me protéger, et sans bouclier, ni casque, je pénétrerai sans crainte dans les bataillons ennemis."
On le fit garder, pour l’exposer sans armes, comme il l’avait dit, au-devant des barbares. Mais le jour suivant, les ennemis envoyèrent une ambassade pour se rendre eux et tout ce qu'ils possédaient. Il n'y a pas de doute que ce ne fut aux mérites du saint personnage que cette victoire ait été remportée sans effusion de sang. Il quitta donc le service pour se retirer auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers qui l’ordonna acolyte.

" De moine, toi, Martin, tu as été appelé à devenir évêque."
 
Quand Martin fut ordonné évêque, comme il ne pouvait supporter le bruit que faisait le peuple, il établit un monastère à deux milles environ de Tours, et il y vécut avec quatre-vingts disciples dans une grande : abstinence; personne en effet n'y buvait du vin, à moins d'y être forcé par le besoin : être habillé trop délicatement, y passait pour un crime : Plusieurs villes venaient choisir là leurs évêques.

Un homme était honoré comme martyr, et Martin n'avait pu trouver aucun renseignement sur sa vie et ses mérites ; un jour donc que le saint était debout en prières sur son tombeau, il supplia le Seigneur de lui faire connaître qui était cet homme et quel mérite il pouvait avoir. Et s'étant tourné à gauche, il vit debout un fantôme tout noir qui ayant été adjuré par Martin, répondit, qu'il avait été larron et qu'il avait subi le supplice pour son crime. Aussitôt donc, Martin fit détruire l’autel.

" Tu guéris quelqu'un de possédé du démon."
Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

On lit encore dans le Dialogue de Sévère et de Gallus, disciples de saint Martin, livre où se trouvent rapportés une multitude de faits que Sévère avait laissés de côté (Ce Dialogue est l’oeuvre de Sulpice Sévère qui y prend le nom de Gallus), que, un jour, Martin fut obligé d'aller trouver l’empereur Valentinien ; mais celui-ci sachant que Martin venait solliciter une faveur. qu'il ne voulait pas accorder, lui fit fermer les portes du palais. Martin, ayant supporté un premier et un second affront, s'enveloppa d'un cilice, se couvrit de cendres pendant une semaine et se mortifia par l’abstinence du boire et du manger. Après quoi, averti par un ange, il alla au palais, et sans que personne l’en empêchât, il parvint jusqu'à l’empereur.

Bannière de saint Martin.
Eglise Saint-Martin d'Acigné. Haute-Bretagne.
 
Quand celui-ci le vit venir, il se mit en colère de ce qu'on l’avait laissé passer, et ne voulut pas se lever devant lui, jusqu'au moment où le feu se mit au fauteuil impérial et brûla l’empereur lui-même dans la partie du corps sur laquelle il était assis. Alors il fut forcé de se lever devant Martin, en avouant qu'il avait ressenti une force divine ; il l’embrassa tendrement, lui accorda tout, avant même qu'il le demandât, et lui offrit de nombreux présents que saint Martin n'accepta point.
Dans le même Dialogue (ch. V.), on voit comment il ressuscita le troisième mort. Un jeune homme venait de mourir et sa mère conjurait avec larmes saint Martin de le ressusciter. Alors le saint, au milieu d'un champ où se trouvait une multitude innombrable de gentils, se mit à genoux, et sous les yeux de tout ce monde, l’enfant ressuscita. C'est pourquoi tous ces gentils furent convertis à la foi.

" Un feu apparaît sur la tête de Martin accomplissant le saint sacrifice."
Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

Les choses insensibles, les végétaux, les créatures privées de raison obéissaient à ce saint homme :
1. Les choses insensibles, comme l’eau et, le feu. Il avait mis le feu à un temple, et la flamme poussée par le vent se portait sur une maison voisine. Martin monta sur le toit de la maison et se mit au-devant des flammes qui s'avançaient : tout à coup elles rebroussèrent contre la violence du vent, de sorte qu'il paraissait exister un conflit entre les éléments qui luttaient l’un contre l’autre.
Un navire était en péril, lit-on dans le même Dialogue (c. XVII.) ; un marchand qui n'était pas encore chrétien, s'écria :
" Dieu de Martin, sauvez-nous !"
Et aussitôt il se fit un grand calme.
2. Les végétaux lui obéissaient aussi de même. Dans un bourg, il avait fait abattre un temple fort ancien, et il voulait couper un pin consacré au diable, malgré les paysans et les gentils, quand l’un d'eux dit :
" Si tu as confiance en ton Dieu, nous couperons cet arbre, et toi tu le recevras, et si ton Dieu est avec toi, ainsi que tu le dis, tu échapperas au péril."
Martin consentit ; l’arbre était coupé et tombait déjà sur le saint qu'on avait lié de ce côté, quand il fit le signe de la croix vers l’arbre qui se renversa. de l’autre côté et faillit écraser les paysans qui s'étaient mis à l’abri. A la vue de ce miracle, ils se convertirent à la foi (Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, c. X.).
3. Les créatures privées de raison, comme les animaux, lui obéirent, aussi plusieurs fois, ainsi. qu'on le voit dans le Dialogue cité plus haut (c. X.).

Saint Martin renonce aux armes. Simone Martini. XVIe.

Avant vu des chiens qui poursuivaient un levreau, il leur commanda de cesser de le poursuivre : et aussitôt les chiens s'arrêtèrent et restèrent droits comme s'ils eussent été attachés par leurs pattes. Un serpent passait un fleuve à la nage et Martin lui dit :
" Au nom du Seigneur, je t'ordonne de retourner."
Aussitôt et à la parole du saint, le serpent se retourna et passa sur l’autre rive. Alors Martin dit en gémissant :
" Les serpents m’écoutent et les hommes ne m’écoutent pas."
Un chien encore aboyait contre un disciple de saint Martin : et se tournant vers lui, le disciple lui dit :
" Au nom de Martin, je t'ordonne de te taire."
Et le chien se tut aussitôt, comme si on lui eût coupé la langue .

Saint Martin battu par des soldats.
Speculum historiale. J. de Vignay. XVe.

Le bienheureux Martin posséda une grande humilité ; car un lépreux qui faisait horreur, s'étant rencontré sur son chemin à Paris, il l’embrassa, le bénit, et cet homme fut guéri de suite (Dialogue, III, ch. IV.).
Quand il était dans le sanctuaire, jamais il ne se servit de la chaire, car personne ne le vit jamais s'asseoir dans l’église : il se mettait sur un petit siège rustique, qu'on appelle trépied.

Il jouissait d'une grande considération ; car on disait qu'il était l’égal des apôtres, et cela pour la grâce du Saint-Esprit qui descendit en forme de feu sur lui afin de lui donner de la vigueur, comme cela eut lieu pour lés apôtres. Ceux-ci le visitaient fréquemment comme s'il eût été leur égal. On lit en effet, dans le livre (Ibid., II, c. XIV.) cité plus haut, qu'une fois saint Martin étant dans sa cellule, Sévère et Gallus, ses disciples, qui attendaient à la porte, furent frappés tout à coup d'une merveilleuse frayeur, en entendant plusieurs personnes en conversation dans la cellule.
Ayant questionné plus tard à ce sujet saint Martin :
" Je vous le dirai, répondit-il, mais vous, ne le dites à personne, je vous prie. Ce sont sainte Agnès, sainte Thècle et la sainte Vierge Marie qui sont venues vers moi."
Et il avoua que ce n'était pas ce jour-là seulement, ni la seule fois qu'il eût reçu leur visite. Il raconta de plus que les apôtres saint Pierre et saint Paul lui apparaissaient souvent.

Saint Martin guérissant un possédé. Jacob Joardens. XVIIe.

Il pratiquait une haute justice ; car ayant été invité par l’empereur Maxime et ayant reçu le premier la coupe, tout le monde attendait qu'après avoir bu, il la passerait à l’empereur, mais il la donna à son prêtre, ne jugeant personne plus digne de boire après lui, et pensant commettre une chose indigne que, de préférer à ce prêtre ou bien l’empereur, ou bien ceux qui venaient après ce dernier.

Il était doué d'une grande patience. Tout évêque qu'il fût, souvent les clercs lui manquaient impunément ; il ne les privait cependant pas de sa bienveillance. Personne ne le vit jamais en colère, jamais triste, jamais riant.

Il n'avait jamais à la bouche que le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ ; jamais dans le coeur que la pitié, la paix, la miséricorde. On lit encore, dans ce Dialogue, qu'un jour Martin, revêtu d'un habit à longs poils et couvert d'un manteau noir qui pendait deçà et de là, s'avançait, monté sur un petit âne : des chevaux venant du côté opposé s'en étant effrayés, les soldats qui les conduisaient tombèrent à terre immédiatement ; puis saisissant Martin, ils le frappèrent rudement.

Or, le saint resta comme un muet, présentant le dos à ceux qui le maltraitaient : ceux-ci étaient d'autant plus furieux que le saint semblait les mépriser en ne paraissant pas ressentir les coups qu'ils lui portaient : mais à l’instant, leurs chevaux restèrent attachés par terre ; on avait beau les frapper à coups redoublés ; ils ne pouvaient pas plus remuer que des pierres, jusqu'au moment où les soldats revenus vers saint Martin confessèrent le péché qu'ils avaient commis contre lui, sans le connaître ; il leur donna aussitôt la permission de partir : alors leurs chevaux s'éloignèrent d'un pas rapide.

Saint Martin. Eglise Saint-Martin de Tohogne, Belgique. XVIe.

Il fut très assidu à la prière ; car, ainsi qu'on le dit dans sa légende, jamais il ne passa une heure, un moment sans se livrer ou à la prière ou à la lecture. Pendant la lecture ou le travail, jamais il ne détournait son esprit de la prière. Et comme c'est la coutume des forgerons, de frapper de temps en temps sur l’enclume pendant qu'ils battent le fer, pour alléger leur labeur, de même saint Martin, au milieu de chacune de ses actions, priait toujours.

Il exerçait sur lui-même de grandes austérités. Sévère rapporte, en effet, dans sa lettre à Eusèbe, que Martin étant venu dans 'un village de son diocèse, ses clercs lui avaient préparé un lit avec beaucoup de paille. Quand le saint se fut couché, il eut horreur de cette délicatesse inaccoutumée, lui qui se reposait d'ordinaire sur la terre nue, couvert seulement d'un cilice. Alors ému de l’injure qu'il croyait avoir reçue, il se leva, jeta de côté toute la paille et se coucha sur la terre nue. Or, vers minuit, cette paille prend feu ; saint Martin éveillé cherche à sortir, sans pouvoir le faire ; le feu le saisit et déjà ses vêtements brûlent. Mais il a recours, comme d'habitude, à la prière ; il fait le signe de la croix et reste au milieu du feu qui ne le touche pas ; les flammes lui semblaient alors une rosée, quand tout à l’heure il venait d'en ressentir la vivacité. Aussitôt les moines éveillés accourent et tirent des flammes Martin sain et sauf, tandis qu'ils le croyaient consumé.

Il témoignait une grande compassion pour les pécheurs, car il recevait dans son sein tous ceux qui voulaient se repentir.
Le diable lui reprochait en effet clé recevoir à la pénitence ceux qui étaient tombés une fois ; alors Martin lui dit :
" Si toi-même, misérable, tu cessais de tourmenter les hommes et si tu te repentais de tes actions, j'ai assez de confiance dans le Seigneur pour pouvoir te promettre la miséricorde de Notre Seigneur Jésus-Christ."

Statue de saint Martin. Eglise Saint-Martin de Nolay. Bourgogne.

Il avait une grande pitié à l’égard des pauvres.
On lit dans le même Dialogue (II, ch. I.) que saint Martin, un jour de fête, allant à l’église, fut suivi par un pauvre qui était nu. Le saint ordonna à son archidiacre de revêtir cet indigent ; mais celui-là ayant tardé à le faire, Martin entra dans la sacristie (Secretarium, c'était un lieu attenant à l’église où les clercs se réunissaient pour vaquer à la prière et à la lecture), donna sa tunique au pauvre en lui commandant de sortir aussitôt.

Or, comme l’archidiacre l’avertissait qu'il était temps de commencer les saints mystères, saint Martin répondit qu'il n'y pouvait aller avant que le pauvre n'eût reçu un habit. C'était de lui-même qu'il parlait. L'archidiacre qui ne comprenait pas, parce qu'il voyait saint Martin revêtu de sa chape de dessus, sans se douter qu'il eût été nu sur lui, répond qu'il n'y a pas de pauvre. Alors le saint dit :
" Qu'on m’apporte un habit, et il n'y aura pas de pauvre à vêtir."
L'archidiacre fut forcé d'aller au marché et prenant pour cinq pièces d'argent une tunique sale et courte, qu'on appelle pénule, comme on dirait presque nulle, il la jeta en colère : aux pieds de Martin, qui se retira à l’écart pour la mettre : or, les manches de la pénule n'allaient que jusqu'au coude et elle descendait seulement à ses genoux. Néanmoins, Martin s'avança ainsi revêtu pour célébrer la messe. Mais pendant le saint sacrifice, un globe de feu apparut sur, sa tête, et beaucoup de personnes l’y remarquèrent. C'est pour cela qu'on dit qu'il était l’égal des apôtres.

A ce miracle, Maître Jean Beleth ajoute (ch. CLXIII) que le saint levant les mains vers Dieu à la préface de la messe, comme c'est la coutume, les manches de toile venant à retomber sur elles-mêmes, parce que ses bras n'étaient ni gros, ni gras et que la tunique dont il vient d'être parlé, n'allait que jusqu'aux coudes, ses bras restèrent nus. Alors des bracelets miraculeux, couverts d'or et de pierreries, sont apportés par des anges pour couvrir ses bras avec décence. En apercevant un jour une religieuse :
" Celle-ci, dit-il, a accompli le commandement évangélique : elle possédait deux tuniques, et elle en a donné une à qui n'en avait point. Et vous ; ajouta-t-il, vous devez faire de même."

Messe de saint Martin. Eustache Le Sueur. XVIIe.

Il eut une grande puissance pour chasser les démons du corps des hommes. On lit dans le même Dialogue (II, ch. IX) qu'une vache, agitée par le démon, exerçait partout sa fureur, tuait beaucoup de monde et accourait, pleine de rage, dans un chemin ; contre Martin et ses compagnons le saint leva la main en lui commandant de s'arrêter. Cette bête resta immobile et Martin vit un démon assis sur son dos, et lui insultant :
" Va-t-en, méchant, lui dit-il ; sors de cet animal inoffensif, et cesse de l’agiter."

Le démon s'en alla aussitôt, et la vache vint se prosterner aux pieds du saint qui lui commanda de retourner tranquillement à son troupeau. Il avait une grande adresse pour connaître les démons qui devenaient pour lui si faciles à distinguer qu'il les voyait sous quelque forme qu'ils prissent. En effet les démons se présentaient à lui sous la figure de Jupiter, le plus souvent de Mercure, quelquefois de Vénus et de Minerve ; à l’instant il les gourmandait par leur nom : il regardait Mercure comme acharné à nuire ; il disait que Jupiter était un brutal et un hébété.

Saint Martin à la table de l'empereur Maxime.
Vie de saint Martin. Sulpice Sévère. XIVe.

Une fois le démon lui apparut encore sous la forme d'un roi, orné de la pourpre, avec un diadème, et des chaussures dorées ; la bouche sereine et le visage gai. Tous les deux se turent pendant longtemps.
" Reconnais, Martin, dit enfin le démon, celui que tu adores. Je suis le Christ qui vais descendre sur la terre ; mais auparavant, j'ai voulu me manifester à toi... "
Et comme Martin étonné gardait encore le silence, le démon ajouta :
" Martin, pourquoi hésites-tu de croire, puisque tu me vois ? Je suis Jésus-Christ."
Alors Martin, éclairé par le Saint-Esprit, répondit :
" Notre Seigneur Jésus-Christ n'a jamais prédit qu'il viendrait revêtu de pourpre et ceint d'un diadème éclatant. Je croirai que c'est le Christ, quand je le verrai avec l’extérieur et la figure sous lesquels il a souffert, quand il portera les stigmates de la croix."
A ces paroles, le démon disparut, en laissant dans la cellule du saint une odeur infecte (Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, ch. XXV.).

Saint Martin démasquant le diable.
Vie de saint Martin. Sulpice Sévère. XIVe.

Martin connut longtemps d'avance l’époque de sa mort, qu'il révéla aussi à ses frères. Sur ces entrefaites, il visita la paroisse (Le texte copié sur Sulpice Sévère porte diocesin ; on appelait ainsi les paroisses éloignées de l’église cathédrale. de Candé pour apaiser des querelles (Sulp. Sév., ép. à Bassula). Dans sa route, il vit, sur la rivière, des plongeons (les plongeons sont des oiseaux au mode de pêche est éloquemment évoqué par leur nom...) qui épiaient les poissons et qui en prenaient quelques-uns :
" C'est, dit-il, la figure des démons : ils cherchent à surprendre ceux qui ne sont point sur leur garde ; ils les prennent sans qu'ils s'en aperçoivent ; ils dévorent ceux qu'ils ont saisis ; et plus ils en dévorent moins ils sont rassasiés."
Alors il commanda à ces oiseaux de quitter ces eaux profondes et d'aller dans des pays déserts.
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Saint Martin agenouillé devant le corps de saint Gatien.
Couvent des Ursulines Notre-Dame de l'Assomption. Tours.

Etant resté quelque temps dans cette paroisse, ses forces commencèrent à baisser, et il annonça à ses disciples que sa fin était prochaine. Alors tous se mirent à pleurer :
" Père, pourquoi nous quitter, et à qui confiez-vous des gens désolés ? Les loups ravisseurs se jetteront sur votre troupeau."
Martin, ému par leurs prières et par leurs larmes, se mit à prier ainsi en pleurant lui-même :
" Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail ; que votre volonté soit faite."
Il balançait sur ce qu'il avait à préférer ; car il ne voulait pas les quitter comme aussi il ne voulait pas être séparé plus longtemps de Notre Seigneur Jésus-Christ.
La fièvre l’ayant tourmenté pendant quelque temps, ses disciples le priaient de leur laisser mettre un peu de paille sur le lit où il était couché sur la cendre et sous le silice :
" Il n'est pas convenable, mes enfants, leur dit-il, qu'un chrétien meure autrement que sous un silice et sur la cendre si je vous laisse un autre exemple, je suis un pécheur."

Toujours les yeux et les mains élevés au ciel, il ne sait pas donner de relâche à son esprit infatigable dans la prière ; or, comme il était toujours étendu sur le dos et que ses prêtres le suppliaient de se soulager en changeant de position :
" Laissez, mes frères, laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, afin que l’esprit se dirige vers le Seigneur."
Et en disant ces mots, il vit le diable auprès de lui :
" Que fais-tu, ici, dit-il, bête cruelle? tu ne trouveras en moi rien de mauvais : c'est le sein d'Abraham qui me recevra."

En disant ces mots, sous Ariade et Honorius, qui commencèrent à régner vers l’an du Seigneur 395, et de sa vie la quatre-vingt-unième, il rendit son esprit à Dieu. Le visage du saint devint resplendissant; car il était déjà dans la gloire. Un choeur d'anges se fit entendre, dans l’endroit même, de beaucoup de personnes.

Saint Martin chassant le démon. Speculum historiale. J. de Vignay. XVe.

A son trépas lés Poitevins comme les Tourangeaux se rassemblèrent, et il s'éleva entre eux une grande contestation. Les Poitevins disaient :
" C'est un moine de notre pays ; nous réclamons ce qui nous a été confié."
Les Tourangeaux répliquaient :
" Il vous a été enlevé, c'est Dieu qui nous l’a donné."
Mais au milieu de la nuit, les Poitevins s'endormirent tous sans exception ; alors les Tourangeaux faisant passer le corps du saint par une fenêtre, le transportèrent dans une barque, sur la Loire, jusqu'à la ville de Tours, avec une grande joie.

Enlèvement du corps de saint Martin. Vie de saint Martin.
Sulpice Sévère. Le Mans. XVe.

Saint Séverin, évêque de Cologne, faisait par un dimanche, selon sa coutume, le tour des lieux saints, quand, à l’heure de la mort du saint homme, il entendit les Anges qui chantaient dans le ciel, et il appela l’archidiacre pour lui demander s'il entendait quelque chose. Sur sa réponse qu'il n'entendait rien, l’archevêque l’engagea à prêter une sérieuse attention ; il se mit donc à allonger le cou, à tendre les oreilles et à se tenir sur l’extrémité de ses pieds en se soutenant sur son bâton.

Et tandis que l’archevêque priait pour lui, il dit qu'il entendait quelques voix dans le ciel, et l’archevêque lui dit :
" C'est monseigneur Martin qui est sorti de ce monde et en ce moment les anges le portent dans le ciel. Les diables se sont présentés aussi, et voulaient le retenir, mais ne trouvant rien en lui qui leur appartînt, ils se sont retirés confus."

Alors l’archidiacre prit note dit jour et de l’heure et il apprit qu'à cet instant saint Martin mourait. Le moine Sévère, qui a écrit sa vie, s'étant endormi légèrement après matines, comme il le raconte lui-même dans une épître, vit lui apparaître saint Martin revêtu d'habits blancs, le visage en feu, les veux étincelants, les cheveux comme de la pourpre et tenant, à la main droite le livre que Sévère avait écrit sur sa vie : et comme il le voyait monter au ciel, après l’avoir béni, et qu'il souhaitait y monter avec lui, il s'éveilla. Alors, des messagers vinrent lui apprendre que, saint Martin était mort cette nuit-là.

Translation de saint Martin. Speculum historiale. J. de Vignay. XVe.

Le même jour encore, saint Ambroise, évêque de Milan, en célébrant la messe, s'endormit sur l’autel entre la prophétie et l’épître : personne n'osait le réveiller, et le sous-diacre ne voulait pas lire l’épître, sans en avoir reçu l’ordre; après deux ou trois heures écoulées on éveilla Ambroise en disant :
" L'heure est passée, et le peuple se lasse fort d'attendre ; que notre Seigneur ordonne au clerc de lire l’épître."
Saint Ambroise leur répondit :
" Ne vous troublez point : car mon frère Martin est passé à Dieu ; j'ai assisté à ses funérailles, et je lui ai rendu les derniers devoirs ; mais vous m’avez empêché, en me réveillant, d'achever le dernier répons."
Alors on prit note à l’instant de ce jour, et on apprit que saint Martin était trépassé en ce moment.

Signalons que Baronius attaqua l’authenticité de cette vision en se basant sur ce que, d'après lui, saint Ambroise était mort lors du décès de saint Martin; mais saint Martin étant mort le 9 nov. 395 pouvait apparaître à saint Ambroise ne mourut qu’en 397 Baronius allait contre la tradition appuyée sur la liturgie, sur des historiens dignes de foi. Honorius d'Autun.

Cathédrale Saint-Gatien de Tours.

Maître Jean Beleth dit que les rois de France ont coutume de porter sa chape dans les combats ; de là le nom de chapelains donné aux gardiens de cette chape. Soixante-quatre ans après sa mort, le bienheureux Perpet ayant agrandi l’église de saint Martin, voulut y faire la translation de son corps; et après trois jours passés dans le jeûne et l’abstinence, on ne put jamais remuer le sépulcre.
On allait renoncer à ce projet, quand apparut un vieillard magnifique qui dit :
" Que tardez-vous ? vous ne voyez pas saint Martin prêta vous aider, si vous approchez les mains ?"
Alors ce vieillard souleva de ses mains le tombeau avec les assistants qui l’enlevèrent avec la plus grande facilité, et le placèrent à l’endroit où il est honoré maintenant. Or, après cela on ne rencontra ce vieillard en aucun lieu.
On célèbre la fête de cette translation le 4 juillet.

Scènes de la vie de saint Martin. Legenda aurea
Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Saint Odon, abbé de Cluny, rapporte (De Translatione B. Martini a Burgundia, ch. X.) qu'alors toutes les cloches étaient en branle dans toutes les églises, sans que personne n'y touchât, et toutes les lampes s'allumèrent par miracle. Il rapporte encore qu'il y avait deux camarades dont l’un était aveugle et l’autre paralytique., L'aveugle portait le paralytique et celui-ci indiquait le chemin à l’autre, et en mendiant de cette façon, ils amassaient beaucoup d'argent.

Quand ils apprirent qu'une multitude d'infirmes étaient guéris auprès du corps de saint Martin, qu'on conduisait à l’église en procession ; ils se prirent à craindre que le saint corps ne fût amené vis-à-vis de la maison où ils demeuraient et que peut-être ils fussent guéris aussi ; car ils ne voulaient pas recouvrer la santé pour ne rien perdre de leurs bénéfices. Alors ils se sauvaient, d'une rue à l’autre, où ils pensaient que le corps ne serait pas conduit. Or, au milieu de leur course, ils se rencontrèrent tout à coup, à l’improviste avec le corps ; et parce que Dieu accorde beaucoup de faveurs à ceux qui n'en veulent pas recevoir, tous les deux furent guéris à l’instant malgré eux, quoiqu'ils s'en affligeassent grandement.
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L'église Saint-Martin de Tours profanée par les bêtes féroces
calvinistes en 1564. Dessin de Sébastien Leclerc. XVIIe.
 

Saint Ambroise s'exprime ainsi au sujet de saint Martin :
" Saint Martin abattit les temples de l’erreur, païenne, il leva les étendards de la piété, il ressuscita les morts, il chassa les démons cruels du corps des possédés ; il rendit le bienfait de la santé à des malades attaqués de nombreuses infirmités. Il fut jugé tellement parfait qu'il mérita de couvrir Notre Seigneur Jésus-Christ dans la personne d'un pauvre, et qu'il revêtit le Seigneur du monde d'un habit que pauvre il avait reçu lui-même. Ô l’heureuse largesse qui couvrit la divinité ! Ô glorieux partage de chlamide qui couvrit un soldat et son roi tout à la fois ! Ô présent inestimable qui mérita de revêtir la divinité. Il était digne, Seigneur, que vous lui accordassiez la récompense octroyée à vos confesseurs ; il était digne que les barbares ariens fussent vaincus par lui. L'amour du martyre ne lui a pas fait redouter les tourments d'un persécuteur. Que doit-il recevoir pour s'être offert tout entier, celui qui pour une part de manteau a mérité de revêtir Dieu et de le voir ? A ceux qui avaient l’espoir, il accorda la santé, aux uns par ses prières, aux autres par son regard."

Saint Martin. Jean Bourdichon.
Grandes heures d'Anne de Bretagne. XVIe.

Rq : On peut télécharger et lire la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère sur le site de la Bibliothèque nationale : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102665j

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jeudi, 10 novembre 2016

10 novembre. Saint André Avellin de Castronuovo, clerc régulier théatin. 1608.

- Saint André Avellin de Castronuovo, clerc régulier théatin. 1608.

Pape : Paul V. Roi de France : Henri IV. Roi d'Espagne : Philippe III.

" Ô heureuse l'âme qui, dépouillée de sa propre volonté, sait se soumettre en tout et pour tout au vouloir divin."
Saint André Avellin.


Portrait d'après nature de saint André AVellin,
quelques temps avant son décès. 1608.

On sait quelle moisson l'Esprit-Saint fit germer du sol de l'Eglise au XVIe siècle, en réponse au reproche d'épuisement formulé contre elle. André fut l'un des plus méritants coopérateurs de l'Esprit dans l'œuvre de sainte réformation, de renaissance surnaturelle, qui s'accomplit alors. L'éternelle Sagesse avait comme, toujours laissé l'enfer s'essayer le premier, mais pour sa honte, à se parer de ces grands noms de renaissance et de réforme.

Depuis neuf ans saint Gaétan avait quitté la terre, la laissant réconfortée déjà par ses œuvres, tout embaumée de ses vertus ; l'ancien évêque de Théate, son auxiliaire et compagnon dans la fondation des premiers Clercs réguliers, avait ceint la tiare et gouvernait l'Eglise sous le nom de Paul IV : c'était l'heure (1556) où une nouvelle faveur du ciel donnait aux Théatins, dans la personne de notre bienheureux, un héritier des dons surnaturels et de l'héroïque sainteté qui avaient fait de Gaétan le zélateur du sanctuaire.


Castronuovo di Sant'Andrea, la ville qui vit naître saint André Avellin.
Basilicate. Royaume des Deux-Sicile.

Il fut l'ami et l'appui du grand évêque de Milan, Charles Borromée, qu'il rejoint aujourd'hui dans la gloire. Ses pieux écrits continuent de servir l'Eglise. Lui-même sut se former d'admirables disciples, comme ce Laurent Scupoli qui fut l'auteur du Combat spirituel, si grandement apprécié par l'Evêque de Genève (1).

André Avellino, appelé d'abord Lancellotti, naquit à Castro Nuovo, bourg de la Basilicate. Il donna, encore tout enfant, des marques non équivoques de sa future sainteté. Sorti de la maison paternelle pour apprendre les lettres, il passa de telle sorte l'âge glissant de l'adolescence au milieu des études libérales, qu'il n'omit jamais d'avoir surtout devant les yeux le commencement de la sagesse, c'est-à-dire la crainte du Seigneur.


Saint André Avellin d'après nature. XVIIe.

Son grand amour de la pureté le fit ainsi triompher d'embûches réitérées, parfois d'attaques à force ouverte, qu'une physionomie avantageuse lui attirait de la part de femmes éhontées. Il était clerc depuis quelque temps déjà quand, se rendant à Naples pour y étudier le droit, il y prit ses degrés. Honoré du sacerdoce sur ces entrefaites, il arrêta de ne plaider qu'au for ecclésiastique et pour quelques particuliers, voulant en cela se conformer aux prescriptions des saints canons.

Or il arriva qu'ayant laissé échapper un léger mensonge en une plaidoirie, et lisant par hasard peu après l'Ecriture, il tomba sur ces mots : " La bouche qui ment tue l'âme ". Si vifs furent les sentiments de douleur et de repentir qu'il conçut de sa faute, qu'il jugea devoir aussitôt renoncer à ce genre de vie, et que, disant adieu au barreau, il se donna désormais tout entier au culte divin et au saint ministère.


Maison natale de saint André Avellin. Elle est aujourd'hui
une chapelle dédiée à notre saint. Castronuovo.
Basilicate. Royaume des Deux-Siciles.

Il présentait en lui le modèle des vertus ecclésiastiques , et l'archevêque de Naples en ce temps lui confia le gouvernement des religieuses. Sa fidélité en cette charge lui valut la haine d'hommes pervers qui cherchèrent à ie faire mourir ; il échappa une fois au danger, mais n'évita pas, dans une autre circonstance, trois blessures que l'assassin lui fit au visage, sans que l'atrocité de l'attentat parvînt à troubler son âme. Ce fut alors qu'embrasé du désir d'une vie plus parfaite, il sollicita humblement son admission parmi les Clercs réguliers, et qu'étant exaucé, il obtint par ses prières qu'on lui donnât le nom d'André, en raison du grand amour dont il brûlait pour la croix.

Embrassant donc avec courage la voie étroite, et se dévouant à la vertu, il ne craignit pas de s'astreindre par vœu, d'une part à toujours combattre sa volonté propre, de l'autre à progresser sans relâche dans le chemin de la perfection chrétienne. Très observant de la discipline régulière, il s'en montra le zélateur attentif quand il fut supérieur. Tout ce qu'il lui restait de temps en dehors de sa charge etde la règle était consacré à la prière et au salut des âmes. Dans les confessions qu'il entendait, sa piété et sa prudence étaient admirables ; il parcourait fréquemment bourgs et villages autour de Naples, y exerçant le ministère évangélique au grand profit des âmes.


Statue de saint André Avellin. Eglise Saint-Antoine Abate, Milan.

On vit le Seigneur lui-même illustrer par des prodiges l'ardente charité du saint homme pour le prochain. Une nuit d'orage, en effet, qu'il revenait de confesser un malade et que la violence de l'ouragan avait éteint la lumière, non seulement ses compagnons ne furent pas plus que lui mouillés par la pluie qui tombait à torrents, mais encore une clarté insolite rayonnant miraculeusement de son corps leur montra le chemin au milieu des ténèbres épaisses. Il excella dans l'abstinence et la patience, l'amour de l'abjection, la haine de soi. Il supporta d'une âme tranquille la mort violente du fils de son frère, détournâtes siens de tout désir de vengeance, et alla jusqu'à implorer des magistrats pour les meurtriers grâce et protection.

Il propagea en plusieurs lieux l'Ordre des Clercs réguliers, et fonda leurs maisons de Milan et de Plaisance. Ami des cardinaux saint Charles Borromée et Paul d'Arezzo, théatin, il fut leur aide dans les soucis de la charge pastorale. Tout spécial était son amour et son culte pour la Vierge Mère de Dieu. Il mérita de s'entretenir avec les Anges, et témoigna les avoir entendus, quand il s'acquittait de la louange divine, l'accompagner en chœur.


On se recommande particulièrement à saint André Avellin
pour éviter une mort brutale afin de pouvoir se préparer
au mieux à faire son salut.

Ayant donc donné d'héroïques exemples de vertu, brillé par le don de prophétie qui lui faisait connaître les secrets des cœurs, les choses absentes, les événements futurs,il succomba enfin sous le poids des années et l'épuisement du labeur. Voulant célébrer la sainte Messe, et ayant par trois fois au pied de l'autel répété ces mots : " J'entrerai à l'autel de Dieu ", il fut frappé d'une attaque subite d'apoplexie. Muni sans tarder des sacrements de l'Eglise, il rendit l'âme en grande paix au milieu des siens. Son corps repose à Naples, en l'église de Saint-Paul, honore jusqu'à nos temps du même grand concours au milieu duquel il y fut porté. Insignes furent ses miracles après la mort comme durant la vie, et le Souverain Pontife Clément XI l'inscrivit solennellement au catalogue des Saints.

Combien furent suaves et fortes à votre endroit les voies de l'éternelle Sagesse (Sap. VIII, I.), Ô bienheureux André, quand de la légère faute où vous étiez tombé par surprise en cette vallée des larmes, elle fit le point de départ de la sainteté qui resplendit en vous ! La bouche qui ment tue l’âme (Ibid. I, 11.), disait-elle ; et comme elle ajoutait : " Ne mettez pas votre zèle en cette vie par une erreur funeste à poursuivre la mort, n'employez pas vos œuvres à acquérir la perdition " (Ibid. 12.), elle fut pleinement comprise ; le but de la vie vous apparut tout autre, ainsi que le montrèrent les vœux qu'elle-même vous inspira pour sans cesse vous éloigner de vous-même, et sans cesse vous rapprocher du souverain Bien. Avec l'Eglise (Collecta diei.), nous glorifions le Seigneur qui disposa de si admirables ascensions dans votre âme (Psalm.LXXXIII, 6.).


Le corps incorrompu de saint André Avellin est
conservé dans l'église Saint-Paul de Naples.

Comme l'annonçait le Psaume, cette marche toujours progressive de vertu en vertu vous amène aujourd'hui dans Sion, où vous voyez le Dieu des dieux (Psalm. LXXXIII, 8.).

Votre cœur, votre chair, tressaillaient pour le Dieu vivant ; votre âme, absorbée dans l'amour des parvis sacrés, défaillait à leur pensée (Ibid. 2, 3.). Quoi d'étonnant qu'une suprême défaillance au pied des autels du Seigneur des armées, vous donne entrée dans sa maison bienheureuse ? Avec quelle joie vos angéliques associés de ce monde en la divine louange vous accueillent dans les chœurs éternels (Ibid. 4, 5.) !

Ayez égard aux hommages de la terre. Daignez répondre à la confiance de Naples et de la Sicile, qui se recommandent de votre puissant patronage auprès du Seigneur. Unissez-vous, pour bénir la pieuse famille des Clercs réguliers Théatins, à saint Gaétan, son père et le vôtre. Pour nous tous, implorez une part dans les bénédictions qui vous furent si abondamment départies (Ibid. 8.).


Plaque commémorative dédiée à saint André Avellin à
Castronuovo di Sant'Andrea.
Basilicate, royaume des Deux-Siciles.

Puissent les vains plaisirs que Ton goûte sous les tentes des pécheurs ne nous séduire jamais, l'humilité de la maison de Dieu avoir nos préférences sur toute grandeur mondaine (Ibid. 11.). Si comme vous nous aimons la miséricorde et la vérité, le Seigneur nous donnera comme à vous la grâce et la gloire (Ibid. 12.). Au souvenir des circonstances où s'accomplit votre fin bienheureuse, le peuple chrétien honore en vous un protecteur contre la mort subite et imprévue : gardez-nous dans le dernier passage ; que l'innocence de notre vie ou la pénitence en préparent l'issue fortunée ; que notre soupir final s'exhale, pareil au vôtre, dans l'espérance et l'amour (Ibid. 13.).

(1). " Il est clair et tout practiquable. Ouy, ma fille, le Combat spirituel est un grand livre, et mon cher livre, que je porte en ma poche il y a bien dix-huit ans et que je ne relis jamais sans profit."
S. François de Sales, Lettres spirit. LXXI, LXXIX, LXXXI, édition Vives.

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mercredi, 09 novembre 2016

9 novembre. Dédicace de l'église du Sauveur, aujourd'hui archibasilique Saint-Jean de Latran. 324.

- Dédicace de l'église du Sauveur, aujourd'hui archibasilique Saint-Jean de Latran. 324.

Pape : Saint Sylvestre Ier. Empereur romain d'Occident : Constantin Ier. Empereur romain d'Orient : Licinius.

" Domus Dei nos ipsi ; nos in hoc saeculo aedificamur, ut in fine saeculi edificemur."
" Nous sommes les temples de Dieu, nous avons été édifiés dans le temps pour être dédiés à la fin des temps."
Saint Augustin. Serm. CCCXXXVI in dedicat.


Archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Le Maître-autel, sur lequel seul le pape peut offrir le saint sacrifice de la messe, est l'autel sur lequel saint Pierre disait la messe lorsqu'il était à Rome. C'est l'unique autel sous lequel il n'y ait point de relique.
Au trésor de lapremière église du monde, on trouve entre autre la table sur laquelle Notre Seigneur institua le saint sacrifice de la Messe, un morceau du linge de pourpre dont les soldat le revêtirent lors de Sa Passion, les crânes de saint Pierre et de saint Paul, etc.
Jean Sobieski, après sa victoire à Vienne contre les Mahométans, insista pour que sa bannière fut exposée dans la première église du monde en signe de son dévouement à l'Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Au quatrième siècle de notre ère, la fin des persécutions sembla au monde un avant-goût de sa future entrée dans la cité de la paix sans fin. " Gloire au Tout-Puissant ! gloire au Rédempteur de nos âmes !" s'écrie, en tête du dixième et dernier livre de son Histoire, le contemporain Eusèbe. Et témoin du triomphe, il décrit l'admirable spectacle auquel donna lieu partout la dédicace des sanctuaires nouveaux.

De villes en villes, s'assemblaient les évêques et s'empressaient les foules. De peuples à peuples, une telle bienveillance de mutuelle charité, de commune foi, d'allégresse recueillie harmonisait les cœurs, que l'unité du corps du Christ apparaissait aux yeux, dans cette multitude animée d'un même souffle de l'Esprit-Saint ; c'était l'accomplissement des anciennes prophéties : cité vivante du Dieu vivant où tout sexe et tout âge exaltaient l'auteur de tous biens. Combien augustes apparurent alors les rites de notre Eglise ! La perfection achevée qu'y déployaient les Pontifes, l'élan de la psalmodie, les lectures inspirées, la célébration des ineffables Mystères formaient un ensemble divin (Euseb. Hist. eccl. X, I-IV.).


Frontispice de l'archibasilique Saint-Jean de Latran (détail). Rome.

Constantin avait mis les trésors du fisc à la disposition des évêques, et lui-même stimulait leur zèle pour ce qu'il appelait dans ses édits impériaux l'œuvre des églises (Euseb. De Vita Constantini, II, XLV, XLVI.). Rome surtout, lieu de sa victoire par la Croix et capitale du monde devenu chrétien, bénéficia de la munificence du prince. Dans une série de dédicaces à la gloire des Apôtres et des saints Martyrs, Silvestre, Pontife de la paix, prit possession de la Ville éternelle pour le vrai Dieu.

Aujourd'hui fut le jour natal de l'Eglise Maîtresse et Mère, dite du Sauveur, Aula Dei (Palais de Dieu.), Basilique d'or ; nouveau Sinaï (Inscriptio vetus olim in apside majori.), d'où les oracles apostoliques et tant de conciles notifièrent au monde la loi du salut. Qu'on ne s'étonne pas d'en voir célébrer la fête en tous lieux.


Choeur de l'archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Si depuis des siècles les Papes n'habitent plus le palais du Latran, la primauté de sa Basilique survit dans la solitude à tout abandon. Comme au temps de saint Pierre Damien, il est toujours vrai de dire qu'" en la manière où le Sauveur est le chef des élus, l'Eglise qui porte son nom est la tête des églises ; que celles de Pierre et de Paul sont, à sa droite et à sa gauche, les deux bras par lesquels cette souveraine et universelle Eglise embrasse toute la terre, sauvant tous ceux qui désirent le salut, les réchauffant, les protégeant dans son sein maternel ". (Petr. Dam. Epist. L. II, 1.).

Et Pierre Damien appliquait conjointement au Sauveur et à la Basilique, sacrement de l’unité, les paroles du prophète Zacharie : Voici l’ homme dont le nom est Orient ; il germera de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur ; il bâtira, dis-je, un temple au Seigneur, et il aura la gloire, et il s'assiéra : et sur son trône il sera Roi, et sur son trône il sera Pontife (Zach. VI, 12, 13.).


Abside de saint Jean. Archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

C'est au Latran que, de nos jours encore, a lieu la prise de possession officielle des Pontifes romains. Là s'accomplissent chaque année en leur nom, comme Evêques de Rome, les fonctions cathédrales delà bénédiction des saintes Huiles au Jeudi saint et, le surlendemain, de la bénédiction des fonts, du baptême solennel, de la confirmation, de l'ordination générale.

Prudence, le grand poète de l'âge du triomphe, reviendrait en nos temps qu'il dirait toujours :
" A flots pressés le peuple romain court à la demeure de Latran, d'où l'on revient marqué du signe sacré, du chrême royal ; et il faudrait douter encore, Ô Christ, que Rome te fût consacrée !" (Prudent. Lib. I contra Symmachum, 586-588.).

Ce fut le bienheureux Pape Silvestre qui établit le premier les rites observés par l'Eglise romaine dans la consécration des églises et des autels. Il y avait bien dès le temps des Apôtres, en effet, certains lieux voués à Dieu, et nommés Oratoires par les uns, Eglises par d'autres ; on y tenait l'assemblée le premier jour de la semaine, et le peuple chrétien avait la coutume d'y prier, d'y entendre la parole de Dieu, d'y recevoir l'Eucharistie : cependant on ne les consacrait pas avec autant de solennité ; on n'y élevait pas d'autel fixe qui, oint du chrême, exprimât le symbole de notre Seigneur Jésus-Christ, pour nous autel, hostie et pontife.


Abside de saint Jean (détail).
Archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Mais lorsque l'empereur Constantin eut par le sacrement du baptême obtenu la santé du corps et le salut de l'Âme, une loi émanant de lui fut portée qui pour la première fois permettait dans tout l'univers aux Chrétiens de bâtir des églises. Non content de cet édit, le prince voulut même leur donner l'exemple et inaugurer les saints travaux. C'est ainsi que dans son propre palais de Latran, il dédia une église au Sauveur, et fonda le baptistère contigu sous le nom de saint Jean-Baptiste, dans le lieu où lui-même, baptisé par saint Silvestre, avait été guéri de la lèpre.

C'est cette église que le Pontife consacra le cinq des ides de novembre ; et nous en célébrons la mémoire en ce même jour où pour la première fois à Rome une église fut ainsi publiquement consacrée, où l'image du Sauveur apparut visible sur la muraille aux yeux du peuple romain.


Baldaquin de l'archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Plus tard, ayant à consacrer l'autel du Prince des Apôtres, le bienheureux Silvestre ordonna que les autels ne fussent plus désormais que de pierre. Si cependant l'autel de la basilique de Latran fut de bois, on ne doit pas s'en étonner : de saint Pierre à Silvestre, en effet, les persécutions ne laissaient pas aux Pontifes de demeure stable ; partout donc où les amenait la nécessité, soit dans les cryptes ou les cimetières, soit dans les maisons des chrétiens, c'était sur cet autel de bois, creux en forme de coffre, qu'ils offraient le Sacrifice.

Quand la paix fut rendue à l'Eglise, par honneur pour le Prince des Apôtres qu'on dit avoir célébré sur cet autel, et les autres Pontifes qui jusqu'alors s'en étaient servis de même dans les Mystères sacrés, saint Silvestre le plaça dans la première église, au Latran, défendant que nul autre n'y célébrât par la suite, si ce n'est le Pontife romain. Ebranlée et ruinée par les incendies, les incursions ennemies, les tremblements de terre, cette église fut toujours réparée avec grand zèle parles Souverains Pontifes ; à la suite d'une nouvelle restauration, le Pape Benoît XIII, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, la consacra derechef en grande pompe, le vingt-huitième jour d'avril de l'an mil sept cent vingt-six, assignant à la mémoire de cette solennité le présent jour.


Vue du cloître de l'archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

De grands travaux que Pie IX avait entrepris furent menés à bonne fin par Léon XIII ; à savoir : l'agrandissement et le prolongement de l'abside qui tombait de vétusté ; la réfection sur le modèle primitif de l'antique mosaïque déjà précédemment renouvelée dans beaucoup de ses parties, et son transfert dans ta nouvelle abside magnifiquement et à grands frais décorée ; le renouvellement delà charpente et des lambris du transept embelli ; œuvre complétée, l'an mil huit cent quatre-vingt-quatre, d'une sacristie, d'habitations pour les chanoines et d'un portique rejoignant les nouvelles constructions au baptistère de Constantin.

Tant de détails courent le risque de sembler superflus aux profanes. En la manière cependant que le Pape est notre premier et propre pasteur à tous, son Eglise de Latran est aussi notre Eglise ; rien de ce qui la concerne ne saurait, ne devrait du moins, laisser le fidèle indifférent. Inspirons-nous à son endroit des belles formules qui suivent, et que nous donne le Pontifical romain au jour de la consécration des Eglises ; elles ne sauraient s'appliquer mieux qu'à l'Eglise Mère.


Entrée de Martin V au château Saint-Ange (détail). Il mit fin au
schisme d'Occident. Son tombeau se trouve dans l'archibasilique
Saint-Jean de Latran. Giovanni di Palolo. XVe.

ANTIENNES ET REPONS

R/. " La maison du Seigneur est fondée au sommet des monts; elle est élevée sur les collines ; toutes les nations viendront à elle. Et elles diront : Gloire à vous, Seigneur !"
V/. " Elles viendront avec transport, portant leurs moissons. Et elles diront."
R/. " Seigneur de toutes choses, qui n'avez nul besoin, vous voulez avoir au milieu de nous votre temple. Gardez pure à jamais cette maison, Seigneur."
V/. " Seigneur, c'est la maison que vous choisîtes pour qu'y fût invoqué votre nom : maison de la prière et des supplications de votre peuple. * Gardez."
Ant. " Paix éternelle à cette maison par l'Eternel! Paix soit à cette maison la Paix sans fin, Verbe du Père ! Paix donne à cette maison le divin Consolateur !"
Ant. " Oh ! combien redoutable est ce lieu ! c'est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel."
Ant. " C'est la maison du Seigneur solidement bâtie, bien établie sur la pierre ferme."
Ant. " Jacob vit une échelle dont le sommet atteignait les cieux, et les Anges qui descendaient, et il dit : Ce lieu est vraiment saint."
R/. " Voici Jérusalem, la grande cité, céleste, ornée comme l'Épouse de l'Agneau. C'est le vrai tabernacle. Alléluia."
V/. " Ses portes ne se fermeront point durant le jour ; quant à la nuit, elle y sera inconnue. C'est le vrai."
R/. " Vos places, Jérusalem, seront pavées d'or pur, Alléluia, et l'on chantera en vous le cantique de joie, Alléluia. * Et par vos rues chacun dira : Alléluia, Alléluia."
V/. " Vous brillerez d'une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. Et par vos rues."
Ant. " Faites le tour de Sion , parcourez son enceinte , racontez ses merveilles en ses tours."
V/. " Le Seigneur est grand, et digne de toute louange en la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte."
R/. " Le Seigneur vous a revêtue d'un vêtement d'allégresse ; à votre front il a mis le diadème. Il vous a parée de saints ornements."
V/. " Vous brillerez d'une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. Il vous a parée."
V/. " Les nations viendront à vous des plus lointains pays, apportant leurs dons et adorant le Seigneur ; votre terre sera pour elles la sainte terre ; elles invoqueront en vous le grand Nom. Il vous a parée."
V/. " Bénis seront vos constructeurs. Pour vous, vos fils seront votre joie ; car la bénédiction sera sur eux tous, et tous ensemble ils viendront au Seigneur. Il vous a parée."

Saint André Corsini (détail). La majeure partie de ses reliques sont
dans la chapelle que le pape Clément XII lui dédia dans l'archibasilique.
Guido Reni. XVIIe.

ORAISON

" Dieu tout-puissant et éternel, qui par Votre Fils, la Pierre d'angle, Avez joint les deux murs divergents de la circoncision et de la gentilité, qui, sous un même et seul pasteur, Avez uni par Lui les deux troupeaux distincts ; Ayez égard à notre dévotion : Donnez à Vos serviteurs l'indissoluble lien de la charité, pour qu'aucune division des âmes, pour qu'aucune perversion d'aucune sorte ne vienne à séparer ceux que rassemble en un troupeau unique la houlette de l’unique pasteur, ceux que gardent sous Votre protection les barrières de l'unique bercail. Par le même Jésus-Christ, ... "


L'obélisque de Saint-Jean de Latran. Rome.

" L'obélisque de Saint-Jean de Latran, destiné à symboliser le triomphe, après trois siècles de combats, du christianisme sur le paganisme, a 99 pieds d'élévation au-dessus du piédestal. Amené d'Egypte par les empereurs Constantin et Constance, son fils, il fut brisé par les barbares, puis réédifier, en 1588, à la place qu'il occupe aujourd'hui, par le génie si puissant et si poétique de Sixte V."
Mgr J.-J. Gaume in " Les trois Rome ".


Rq : On lira avec fruits les lignes superbes d'érudition, de style et de pénétration chrétiennes de Mgr Jean-Joseph Gaume dans le tome I de son livre " Les trois Rome " pages 324 à 354 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k105827c/f237.table

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mardi, 08 novembre 2016

8 novembre. Les Quatre Saints Couronnés, martyrs, Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin, frères, sur la voie Lavicane à Rome. On fête en même temps qu'eux les saints martyrs Claude, Nicostrate, Symphorien, Castorius et Simplice. 302, 304.

- Les Quatre Saints Couronnés, martyrs, Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin, frères, sur la voie Lavicane à Rome. On fête en même temps qu'eux les saints martyrs Claude, Nicostrate, Symphorien, Castorius et Simplice. 302, 304.

Pape : Saint Marcelin. Empereur romain d'Occident : Maximien Hercule. Empereur romain d'Orient : Dioclétien.

" Martyres Christi occidi possunt, fecti nequeunt."
" On peut tuer les martyrs du Christ ; les vaincre jamais."
Gilbert de Hollande.


Martyre des Quatre Couronnés (détail), associés aux cinq autres
martyrs fêtés en ce jour. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Les quatre couronnés furent Sévère, Séverin, Carpophore et Victorin qui, par l’ordre de Dioclétien, furent fouettés à coups d'escourgées de plomb jusqu'à ce qu'ils en moururent. D'abord leurs noms furent inconnus, mais longtemps après Dieu les révéla. On décida donc que leur mémoire serait honorée sous les noms de cinq autres martyrs, Claude, Castorius, Symphorien, Nicostrate et Simplicien, qui souffrirent deux ans après eux.


Martyre des Quatre Couronnés (détail), associés aux cinq autres martyrs
fêtés en ce jour. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Le pape Melchiade ordonna d'honorer sous les noms de ces cinq martyrs les quatre précédents qu'il fit appeler les Quatre Couronnés, avant que l’on découvrît leurs noms ; et l’usage en a toujours prévalu, même quand on eut su comment ils se nommaient réellement.


Les Quatre Couronnés. Missel romain. Niccolo di Giacomo. XIVe.

Ils furent fouettés jusqu'à la mort avec des plombeaux, sous Dioclétien. Leurs noms, qui ont depuis été connus par révélation divine, n'ayant pu être découverts, il fut statué que leur fête se célébrerait tous les ans avec celle des saints martyrs Claude, Nicostrate, Symphorien, Castorius et Simplice, sculpteurs, dont on fait la fête le même jour, sous ce nom de Quatre Couronnés.


Basilique des saints martyrs Quatre Couronnés. XIIIe. Rome.

Les saints Claude, Nicostrate, Symphorien, Castorius et Simplice étaient les plus excellents sculpteurs de Rome, et leurs ouvrages étaient si naturels et si délicats que les empereurs eux-mêmes en voulaient avoir dans leurs palais et dans leurs lieux de plaisance. Simplice, qui était le dernier, adorait au commancement les idoles ; mais, voyant que ses quatre compagnons, en faisant le signe de la croix, réussissaient admirablement en tous ce qu'ils entreprenaient, il leur demanda quelle vertu avait cette cérémonie qu'ils faisaient avant de travailler.


Tabernacle et Bas-relief. Nanni di Banco.
Eglise Saint-Michel. Florence. 1408.

Symphorien saisit cette occasion pour lui parler de des erreurs de l'idolâtrie, de la merveilleuse puissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la nécessité de reconnaître un seul Dieu et des récompenses qui étaient préparées à ceux qui étaient à son service.

Il ajouta que Notre Seigneur Jésus-Christ nous ayant rachetés par la croix, sa seule représentation était si puissante, que, par elle, on venait facilement à bout de tout ce que l'on entreprenait.

Cette remontrance fit ouvrir les yeux à Simplice ; il détesta les idoles qu'il avait adorées et se soumit à Notre Seigneur Jésus-Christ, et reçut le saint baptême.


Les Quatre Couronnés associés aux cinq autres martyrs fêtés ce jour.
Vies de saints. Jeanne De Monbaston. XIVe.

Quelques temps après cette conversion, l'empereur Dioclétien, qui ne savait pas de quelle religion ils étaient, leur fit dire qu'ils eussent à faire une image en porphyre du Dieu Esculape. Ils répondirent généreusement qu'ils ne pouvaient travailler à cette statue sans contribuer à l'idolâtrie et se rendre coupables de tous les sacrilèges que l'on commettrait en l'adorant ; que cela n'était nullement permis à des Chrétiens ; qu'ainsi, faisant profession du christianisme, on ne devait pas s'attendre qu'ils employassent leur art à un ouvrage si abominable. On informa l'empereur de cette réponse, et il en fut tellement irrité, qu'il les livra à un juge nommé Lampade, pour les faire passer par les plus rudes supplices.


Bas-relief (détail). Nanni di Banco, Eglise Saint-Michel. Florence. 1408.

Ce juge fit d'abord ses efforts pour les obliger de changer de résolution ; mais, les voyant inébranlables, après quelques jours de prison il les condamna à être cruellement flagellés avec des fouets garnis de pointes de fer. L'xécution fut très cruelle ; mais pendant que le sang sortait de tous les côtés de leurs veines, et qu'on ne faisait qu'une plaie de tous leurs membres, un démonse saisit du juge et l'étouffa. Dioclétien, averti de ce qui se passait, pensa en mourir de rage. Il anvoya aussitôt Nicétius arrêter les Martyrs, et donna ordre qu'ils fussent enfermés vifs dans des cercueils de plomb et jetés ensuite dans la rivière. La sentence fut exécutée, et, par ce moyen, nos Martyrs trouvèrent tout ensemble leur mort, leur sépulture et leur couronne.

La Providence divine permit que 42 jours après, un Chrétien nommé Nicomède, ayant trouvé leurs saintes reliques, que le plomb même avait amenées hors de l'eau, les enlevât et les enterrât honorablement dans sa propre maison. Ainsi un Nicomède avait donné la sépulture à Notre Seigneur Jésus-Christ, notre souverain Maître, et un autre Nicomède la donna à cinq de ses plus fidèles serviteurs.

On peut les représenter avec les instruments ou outils de leur profession. Ils sont les patrons légitimes des sculpteurs, bien qu'on ai fait honneur de ce patronage aux Quatre Couronnés.

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lundi, 07 novembre 2016

7 novembre. Saint Willibrord, apôtre de la Frise, de la Zélande, de la Flandre et du Brabant. 738.

- Saint Willibrord, apôtre de la Frise, de la Zélande, de la Flandre et du Brabant. 738.

Pape : Saint Grégoire III. Roi des Francs : Thierry IV.

" C'est à la moisson qu'ils savent faire des âmes que l'on juge de la vertu des prédicateurs."
Saint Grégoire le Grand.


Saint Willibrord. Peinture sur bois.
Eglise Saint-Willibrord. Gravelines. Flandres.

Né en Northumbrie, Angleterre, 658 ; mort à Echternach, Luxembourg, 739. Son nom indique qu'il est de lignée Saxonne (Willi est une grande divinité de la mythologie nordique ; brord indique " sous la protection de ").

Willibrord, premier archevêque d'Utrecht, est un des missionnaires envoyés par les Chrétiens Anglo-Saxons un siècle après qu'ils aient eux-même été Christinianisés par des missionnaires dans le Sud et l'Est de l'Angleterre, venus de Rome et du Continent, et par le nord et l'ouest via les peuples Celtiques d'Ecosse, Irlande et Pays de Galles.

Notre information sur Willibrord provient de Bède le Vénérable (Histoire de l'Eglise et du peuple Anglais, 5, 10-11.) et d'une biographie de son jeune parent, le bienheureux Alcuin, ministre de l'éducation sous l'empereur Charlemagne. Willibrord naquit en Northumbrie vers 658, et étudia en France et en Irlande.

Bien que leur nom de famille était clairement païen, ses parents étaient Chrétiens. Le père de Willibrord était un si pieu Chrétien qu'à ses frais, il fonda un petit monastère près de la mer et partit y vivre.


Basilique Saint-Willibrord : ancienne abbatiale bénédictine fondée
par saint Willibrord. Echternach, Grand-duché de Luxembourg.

Comme beaucoup d'enfants de l'époque, à 7 ans, Willibrord fut envoyé dans un autre monastère, à Ripon, pour y être éduqué sous saint Wilfrid. (La Règle de saint Benoît parle d'oblats offerts au monastère par leurs parents. La mère de Willibrord était soit morte, soit avait pris le voile.

A cette époque, les moines interprétaient fort librement leur voeu d'attachement à une communauté, et nombre d'entre eux partaient complèter leur éducation en Irlande, si célèbre pour son érudition. Durant 12 ans, Willibrord étudia à Rathmelsigi sous les Saints Egbert et Wigbert, et y fut ordonné prêtre en 688.

C'est à Rathmelsigi que commence la véritable histoire de Willibrord, car Egbert avait un but favori qu'il partageait avec nombre de ses moines. Il planifiait d'envoyer des missionnaires sur le Continent, et en particulier auprès des païens Germains en Frise. C'était une excellente opportunité pour gagner un peuple entier à Dieu, et aussi pour gagner la couronne du martyr. Willibrord, âgé de 32 ans, fut choisit par Egbert pour diriger 11 autres moines Anglais, par delà la Merd du Nord jusqu'en Frise.


Saint Willibrord. Troparium epternacense prov. de sacramentarium. Xe.

On décrit Willibrord comme plus petit que la moyenne et joyeux. Il apprenait vite une langue, avait bonne éducation, soif d'aventure, et un grand sens de l'humour. Et surtout, Foi, espérance et charité.

A l'automne 690, les 12 arrivèrent à Katwijk-aan-Zee, à l'une des embourchures du Rhin. De là ils suivirent le fleuve jusque Wij-bij Duurstede (Hollande), et cherchèrent Pépin II d'Herstal, maire du palais de Clovis II, roi des Francs. Pépin venait juste d'arracher la Basse Frise au duc païen Radbod, considéré comme un ours sauvage, qui régnait en tyran sur des étendues de boues sabloneuses et empoisonnait ses ennemis.

A peine avait-il rencontré Pépin et reçut son soutien pour la conversion des Frisons, qu'il partit pour Rome afin de demander conseil au pape Serge Ier, et recevoir ses ordres pour la mission. Avant son départ, il fut consacré pour cette oeuvre par ce pape.

Pour sa seconde visite à Rome, en 695, Willibrord arriva à convaincre le pape Serge II que la jeune mission avait besoin d'un évêque indépendant tant de York que de Pépin II ; et Serge, pour sa part, réalisa que la seule personne capable de remplir une telle tâche, qui nécessitait autant de tact que d'énergie, était Willibrord.


Consécration de saint Willibrod. Gravure du XVIIIe.

Et c'est ainsi qu'il fut consacré archevêque le 22 novembre - le jour de la fête de sainte Cécile, dans l'église Sainte-Cécile. Probablement parce qu'un Sicilien ne parvenait pas à prononcer convenablement " Willibrord ", Serge insista pour changer le nom du saint en " Clément ", un choix qui pourrait avoir été influencé par la douceur flegmatique de l'Anglois. Serge le renvoya dans son troupeau, avec quelques reliques et le titre d'archevêque des Frisons.

De retour dans ses brumes nordiques, Clément-Willibrord, qui utilisait rarement son nom latin, créa son siège à Utrecht. Ainsi, il inaugura une colonie anglaise en Europe continentale, qui eut une forte influence religieuse durant 100 ans.

Au contraire des évêchés modernes, remplis d'administrateurs et d'équipement, l'archiépiscopat de Willibrord était vivant. Il était sans arrêt en chemin, comme ses moines missionnaires, prêchant de village en village. Progressivement, il fonda dans chaque hameau une paroisse, avec son propre prêtre et les liturgies illuminées par l'esprit Bénédictin. Willibrord et saint Boniface de Crediton furent ensemble responsables de l'institution de chorepiscopi, " évêques régionnaires ", dans cette partie de l'Europe occidendale, afin de les aider dans leur travail.

Willibrord était adroit pour traiter avec les puissants du lieu, qui avaient les terres, l'argent et la puissance nécessaire pour soutenir son oeuvre. Il utilisa ces grands, en fit des serviteurs de l'Evangile, mais ne leur fut jamais subordonné, ni prêt à donner sa bénédiction pour leurs folies. Il obtint d'eux de grandes étendues de terres qu'il transforma en villages et paroisses, comme Alphen dans le nord Brabant. Avec leur argent, il fonda des monastères qui servirent de centres d'illumination intellectuelle et religieuse.
Willibrord était apparement opposé au travail des Culdees, qu'il rencontra.


Eglise Saint-Willibrord. Gravelines. Flandres.

Vers 700, il fonda un second important centre missionnaire, à Echternach, sur les bords de la Sure, dans l'actuelle jonction entre le Grand-Duché de Luxembourg et l'Allemagne. Il continua à évangéliser, en particulier la zone nord des pays de l'actuel Benelux, bien qu'il semble qu'il aie aussi exploré le Danemark et peut-être la Thuringe (Haute Frise). Un jour, il faillit mourrir en mission - il fut attaqué par un prêtre païen à Walcheren, pour avoir détruit une idole.

C'est en 714 que Willibrord baptisa Charles Martel, le fils de Pépin le Bref.

Durant la période 715-719, Willibrord expérimenta des revers durant la révolte des Frisons contre les Francs. A la mort de Pépin 2, le 16 décembre 714, le duc Radbod, qui lui avait fait allégeance mais n'avait jamais été convertit, envahit les territoires qu'il avait perdus contre Pépin d'Herstal. Il massacra, pilla, brûla et vola tout ce qu'il put trouver portant la marque Chrétienne.


Tombeau de saint Willibrord.
Basilique Saint-Willibrord. Grand-duché de Luxembourg.

Mais bien vite, la querelle de succession interne à la famille de Pépin ayant été résolue par l'habileté de Charlemagne, Radbod et ses alliés de Neustrie furent battus par Charlemagne et ses Austrasiens, dans la forêt de Compiègne, le 26 septembre 715. Il y aura encore d'autres soulèvements jusqu'à la mort de Radbod en 719, mais Willibrord et ses missionnaires seront à même de réparer les dégâts et de renouveller leur oeuvre. Vers 719, Boniface les rejoignit et travailla avec eux en Frise durant 3 ans, avant de partir pour la Germanie.

La réussite missionnaire de Willibrord ne fut pas spectaculaire - la rapidité et le nombre des conversions ont été exagérées par les auteurs postérieurs - mais ce furent de solides fondations posées ; " sa charité était manifeste dans son incessant travail quotidien pour l'amour du Christ " (Alcuin). On l'appelle l'Apôtre des Frisons.

Il mourrut alors qu'il faisait retraite à Echternach, le 7 novembre 739. Son maigre corps fut placé dans un sarcophage de pierre, que l'on peut toujours y voir.

Durant le début du VIIIe siècle, un moine d'Echternarch composa un calendrier des saints, dont nombre étaient en relation avec les passages de la vie de Willibrord. Le Calendrier de saint Willibrord est à présent à la Bibliothèque Nationale à Paris, manuscrit latin ms. 10.837, et est du plus haut intérêt pour les étudiants en hagiographie ; à la date du 21 novembre 728 (folio 39) on trouve plusieurs lignes autobiographiques rédigées par Willibrord en personne, donnant les dates de son arrivée en France et son ordination comme évêque. (Attwater, Delaney, Encyclopaedia, Grieve, Verbist).


Buste reliquaire de saint Willibrord.
Eglise Saint-Willibrord. Gravelines. Flandres.

Dans l'art, l'emblème de Saint Willibrord est un tonneau sur lequel il pose sa croix. L'abbaye d'Echternach est derrière lui, et il est vêtu de la tenue épiscopale. On trouve aussi les variantes suivantes :
1. en tenue épiscopale, il pose sa croix sur une source, avec un tonneau, 4 flacons, et l'abbaye en arrière-plan ;
2. évêque portant un enfant, ou avec un enfant à proximité ;
3. évêque avec la cathédrale d'Utrecht derrière lui ;
4. en moine, avec un bateau et un arbre.

On l'invoque contre les convulsions et l'épilepsie (Roeder).

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dimanche, 06 novembre 2016

6 novembre. Saint Léonard de Noblat, solitaire en Limousin, patron des prisonniers. seconde moitié du VIe siècle.

- Saint Léonard, solitaire en Limousin, patron des prisonniers. seconde moitié du VIe siècle.

Papes : Saint Symmaque ; Pélage II. Rois des Francs : Clovis Ier ; Sigebert Ier.

" Les dons de Dieu ne s'achètent pas à prix d'argent ; c'est la foi qui les mérite, et le Seigneur les distribue aux fidèles suivant la mesure de leur foi."
Saint Léonard.

" Baiser de paix " représentant saint Léonard. Filippo de Sulmone.
Italie. XVIe. Le Baiser de paix est un objet de culte que l'on baise
lors des solennités liées au saint qu'il représente et par l'intercession
duquel on a quelque faveur ou action de grâce à présenter à
Notre Père des Cieux.

Léonard veut dire odeur du peuple, de Leos, peuple, et nardus, nard, herbe odoriférante, parce que l’odeur d'une bonne renommée attirait le peuple à lui. Léonard peut encore venir de Legens ardua, qui choisit les lieux escarpés, ou bien il vient de Lion. Or, le lion possède quatre qualités :

1. La force qui, selon Isidore, réside dans sa poitrine et dans sa tète. De même, saint Léonard posséda la force dans son coeur, en mettant un frein aux mauvaises pensées, et dans la tête, par la contemplation infatigable des choses d'en haut ;
2. Il possède la sagacité en deux circonstances, savoir en dormant les yeux ouverts et en effaçant les traces de ses pieds quand il s'enfuit. De même, Léonard veilla par l’action du travail ; en veillant, il dormit dans le repos de la contemplation, et il détruisit en lui les traces de toute affection mondaine ;
3. Il possède une grande puissance dans sa voix, au moyen de laquelle il ressuscite au bout de trois jours son lionceau qui vient mort-né, et son rugissement fait arrêter court toutes les bêtes. De même, Léonard ressuscita une infinité de personnes mortes dans le péché, et il fixa dans la pratique des bonnes oeuvres beaucoup de morts qui vivaient en bêtes ;
4. Il est craintif au fond du coeur, car, d'après Isidore, il craint le bruit des roues et le feu. De même, Léonard posséda la crainte qui lui fit éviter le bruit des tracas du monde, c'est pour cela qu'il s'enfuit au désert ; il craignit le feu de la cupidité terrestre : voilà pourquoi il méprisa tous les trésors qu'on lui offrit. (Bréviaire de Limoges).

Léonard vécut, dit-on, vers l’an 500. Il naquit dans la province des Gaules au temps de l'empereur Anastase (491-518), de nobles francs, alliés du roi Clovis qui, " d'après des témoignages véridiques ", voulut bien être le parrain de l'enfant. Ce fut saint Remi, archevêque de Reims, qui le tint sur les fonts sacrés du baptême et, qui l’instruisit dans la science du salut.

Saint Léonard devant Clovis.
Vies de saints. Richard de Montbaston. XIVe.

Devenu grand, Léonard refusa de servir dans l'armée royale comme tous ses parents, mais voulut suivre saint Remi, évêque de Reims.

Saint Remi avait obtenu des rois que, chaque fois qu'ils viendraient à Reims ou qu'ils y passeraient, tous les prisonniers seraient aussitôt libérés. Léonard pour imiter cette charité demanda que tous les prisonniers qu'il visiterait soient aussitôt libérés : le roi accorda cette faveur dont le saint usa largement.

Or, comme la renommée de sa sainteté allait toujours croissant, le roi le fit rester longtemps auprès de lui, jusqu'à ce qu'il se présentât une occasion favorable de lui donner un évêché. Léonard le refusa, car, préférant la solitude, il quitta tout et vint avec son frère Liphard à Orléans où ils se livrèrent à la prédication.

Saint Léonard et saint Jacques. Domenico del Mazziere. Florence. XVe.

Après avoir passé quelque temps dans un monastère, Liphard ayant voulu rester solitaire sur les rives de la Loire, et Léonard, d'après l’inspiration du Saint-Esprit, se disposant à prêcher dans l’Aquitaine, ils se séparèrent après s'être embrassés mutuellement. Léonard prêcha donc en beaucoup d'endroits, fit un grand nombre de miracles et se fixa dans une forêt voisine de la ville de Limoges, où se trouvait un château royal bâti à cause de la chasse.

Or, il arriva qu'un jour le roi étant venu y chasser, la reine, qui l’avait accompagné pour son amusement, fut saisie par les douleurs de l’enfantement et se trouva en péril. Pendant que le roi et sa suite étaient en pleurs à raison du danger qui menaçait la reine, Léonard passa à travers la forêt et entendit leurs gémissements.
Emu de pitié, il alla au palais où on l’introduisit auprès du roi qui l’avait appelé. Celui-ci lui ayant demandé qui il était, Léonard lui répondit qu'il avait été disciple de saint Remi. Le roi conçut alors bon espoir et pensant qu'il avait été élevé par un bon maître, il le conduisit auprès de la, reine en le priant de lui obtenir par ses prières deux sujets de joie, savoir : la délivrance de son épouse et la naissance de l’enfant.

Léonard fit donc une prière et obtint à l’instant ce qu'il demandait. Or, comme le roi lui offrait beaucoup d'or et d'argent, il s'empressa de refuser et conseilla au prince de distribuer ces richesses aux pauvres :

" Pour moi, lui dit-il, je n'en ai aucun besoin, je ne désire qu'une chose : c'est de vivre dans quelque forêt, en méprisant les richesses de ce monde, et en ne servant que Notre Seigneur Jésus-Christ."
Et comme le roi voulait lui donner toute la forêt, Léonard lui dit :
" Je ne l’accepte pas tout entière, mais je vous prie seulement de me concéder la portion dont je pourrai, la nuit, faire le tour avec mon âne."
Ce à quoi le roi consentit bien volontiers.

Enseigne de pélerinage. Saint Léonard. XIVe.

Léonard construisit un oratoire en l'honneur de Notre-Dame et y dédia un autel en mémoire de saint Remi. Il se rendait souvent au tombeau de saint Martial.

On y éleva ensuite un monastère où Léonard vécut longtemps dans la pratique d'une abstinence sévère, avec deux personnes qu'il s'adjoignit.

Or, comme on ne pouvait se procurer de l’eau qu'à une demie-lieue de distance, il fit percer un puits sec dans son monastère et il le remplit d'eau par ses prières. Il appela ce lieu Nobiliac parce qu'il lui avait été donné par un noble roi. Il s'y rendit illustre par de si grands miracles que tout prisonnier, invoquant son nom, était délivré de ses chaînes et s'en allait libre, sans que personne n'osât s'y opposer ; il venait ensuite présenter à Léonard les chaînes ou les entraves dont il avait été chargé. Plusieurs de ces prisonniers restaient avec lui et servaient le Seigneur. Sept familles de ses parents, nobles comme lui, vendirent tout ce qu'elles possédaient pour le joindre : il distribua à chacune une portion de la forêt et leur exemple attira beaucoup d'autres personnes.

Notre Dame et son divin Fils entourée de saint Léonard à sa droite
et de saint Pierre à sa gauche. Maître de Madeleine. Italie. XIIIe.

Enfin, le saint homme Léonard, tout éclatant de nombreuses vertus, trépassa au Seigneur le 8 des Ides de novembre. Comme il s'opérait beaucoup de miracles au lieu où il reposait, il fut révélé aux clercs de faire construire une autre église ailleurs, parce que celle qu'ils avaient là leur était trop petite à raison de la multitude des pèlerins, puis d'y transférer avec honneur le corps de saint Léonard.

Quand les clercs et le peuple eurent passé trois jours dans le jeûne et la prière, ils virent tout le pays couvert de neige, mais ils remarquèrent que le lieu où voulait reposer saint Léonard en était entièrement dépourvu. Ce fut donc là qu'il fut transporté. L'immense quantité de différentes chaînes de fer suspendues devant son tombeau témoigne combien de miracles le Seigneur opèra par son intercession, surtout à l’égard de ceux qui sont incarcérés.

Saint Léonard. Vies de saints. Maître de Fauvel. XIVe.

Le vicomte de Limoges, pour effrayer les malfaiteurs, avait fait forger une chaîne énorme qu'il avait commandé de fixer au pied de sa tour. Quiconque avait cette chaîne au cou restait exposé à toutes les intempéries de l’air, c'était donc endurer mille morts à la fois.
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Or, il arriva qu'un serviteur de saint Léonard fut attaché à cette chaîne, sans l’avoir mérité. Il allait rendre le dernier soupir, quand il se recommanda, le mieux qu'il put et de tout coeur, à saint Léonard, en le priant, puisqu'il délivrait les autres, de venir aussi au secours de son serviteur.
A l’instant saint Léonard lui apparut, revêtu d'un habit blanc, et lui dit :
" Ne crains point, car tu ne mourras pas. Lève-toi et porte cette chaîne avec toi à mon église. Suis-moi, je te précéderai."
Cet homme se leva, prit la chaîne et suivit jusqu'à son église saint Léonard qui marchait en avant. Au moment où il arrivait vis-à-vis la porte, le bienheureux prit congé de lui. Le serviteur entra donc dans l’église et raconta à tout le monde le service que saint Léonard lui avait rendu, et il suspendit devant le tombeau cette chaîne énorme.

Un habitant de Nobiliac, qui était fort fidèle à saint Léonard, fut pris par un tyran, qui se dit en lui-même :
" Ce Léonard délivre tous ceux qui sont enchaînés et toute espèce de fer, quelle qu'en soit la force, fond en sa présence comme la cire devant le feu. Si donc je fais enchaîner cet homme, aussitôt Léonard viendra le délivrer ; mais si je pouvais le garder, j'en tirerais mille sous pour sa rançon. Je sais ce que j'ai à faire. Je ferai creuser au fond de ma tour une fosse profonde et j'y plongerai cet homme après l’avoir chargé d'entraves. Ensuite sur l’orifice de la fosse, je ferai construire une geôle de bois où veilleront des soldats en armes. Bien que Léonard brise le fer, cependant il n'est pas encore entré sous terre."
Ce tyran exécuta tout ce qu'il s'était proposé, et comme le prisonnier se recommandait à chaque instant à saint Léonard, le bienheureux vint la nuit et retournant la geôle où se trouvaient les soldats, il les y renferma dessous comme des morts dans un sépulcre. Ensuite étant entré dans la fosse, environné d'une grande lumière, il prit son fidèle serviteur par la main et lui dit :
" Dors-tu, ou veilles-tu ? Voici Léonard que tu désires voir."
Alors cet homme s'écria plein d'admiration :
" Seigneur, aidez-moi."
Aussitôt le saint brisa les chaînes, prit le prisonnier dans ses bras et le porta hors de la tour. Ensuite, s'entretenant avec lui, comme un ami le fait avec son ami, il le conduisit jusqu'à Nobiliac et même jusqu'à sa maison.

Saint Léonard. Détail. Antonio Allegri (Le Corrège). XVIe.

Un pèlerin qui revenait d'une visite à saint Léonard, fut pris en Auvergne et renfermé dans une cave. Il conjurait ses geôliers de le relâcher, par amour pour saint Léonard, car jamais il ne les avait offensés en rien. Ils répondirent que s'il ne donnait une somme importante pour sa rançon, il ne sortirait pas.
" Eh bien, dit le pèlerin, que l'affaire se vide entre vous et saint Léonard auquel vous saurez que je me suis recommandé."
Or, la nuit suivante, saint Léonard apparut au maître du château et lui commanda de laisser partir son pèlerin. Le matin à son réveil, cet homme n'estimant pas la vision qu'il avait eue plus qu'il n'eût fait d'un songe, ne voulut pas lâcher son prisonnier. La nuit suivante, saint Léonard lui apparut encore, en lui réitérant les mêmes ordres ; mais il refusa de nouveau d'y obtempérer ; alors la troisième nuit, le saint prit le pèlerin et le conduisit hors de la place.
Un instant après, la tour s'écroula avec la moitié du château ; plusieurs personnes furent écrasées et le seigneur, qui n'eut que les deux jambes cassées, fut préservé afin qu'il pût survivre à sa confusion.

Un soldat, prisonnier en Bretagne, invoqua saint Léonard, qui apparut au milieu de la maison, entra dans la prison, et après avoir brisé les chaînes qu'il remit entre les mains de cet homme, l’emmena en lui faisant traverser la foule frappée à cette vue de stupeur et d'effroi.

Saint Etienne, saint Laurent et saint Léonard. Anonyme.
Basilique San-Lorenzo. Florence. XVe.

A 22 kilomètres à l'est de Limoges, la petite ville de Saint-Léonard-de-Noblat a gardé l'aspect pittoresque que lui a donné au Moyen-Age sa grande prospérité. La vaste église, un des plus beaux monuments romans limousins, construite à la fin du XIe siècle et au XIIe, est flanquée au Nord par un splendide clocher à 5 étages et une curieuse chapelle du Saint-Sépulcre qui rappelle que saint Léonard fut souvent invoqué avec succès par les Croisés.

On regrette les malheureuses modifications dont cette église fut victime, surtout celles de 1603, qui défigurèrent le choeur. La prospérité a été apportée à la ville par les pèlerins qui, venant en foule au tombeau de saint Léonard, créèrent un important mouvement commercial.Selon certaines sources, l'église actuelle aurait été reconstruite sur l'emplacement d'une église du IXe siècle.

Dans sa Chronique écrite vers 1028, Adhémar raconte que lorsque, vers 1017, fut découvert à Saint-Jean-d'Angély le chef de saint Jean-Baptiste, les clercs et les fidèles accoururent en foule pour le vénérer en apportant les reliques de leurs saints. On vit celles de saint Martial, de saint Cybard, de saint Léonard, confesseur en Limousin, de saint Antonin, martyr du Quercy, etc., qui accomplirent tous beaucoup de miracles.

Adhémar se contente de présenter saint Léonard comme " confesseur limousin ", ce qui signifie que ses reliques reposaient dans ce diocèse, sans rien préjuger de son origine, puisque saint Antonin, qualifié de " martyr du Quercy ", n'appartient à cette région que parce que ses reliques avaient été déposées à l'abbaye Saint-Antonin de Noble-Val, à la limite du Rouergue et du Quercy.

Collégiale Saint-Léonard. Saint-Léonard-de-Noblat. Limousin. France.

Exactement à l'époque où Adhémar écrivait sa Chronique, peu avant 1028, un clerc, nommé Hildegaire, fit de la part de l'évêque de Limoges, Jourdain de Laron, une requête assez inattendue à l'évêque de Chartres, Fulbert : il lui demandait de lui envoyer la Vie de saint Léonard, s'il pouvait la trouver. Les Limousins s'adressaient à Fulbert comme à un savant habile à découvrir les trésors des bibliothèques - de nos jours encore, on s'adresse à des chercheurs lointains pour connaître ses gloires locales. Pour ne pas commettre d'impair, Hildegaire avançait prudemment : on dit que ce saint repose dans notre diocèse.

Le renom de la sainteté de Léonard se répandit dans toute l'Aquitaine, la Grande-Bretagne et la Germanie. Dieu glorifiait son serviteur, de sorte que si quelque prisonnier invoquait son nom, ses chaînes se brisaient et nul ne pouvait l'empêcher de partir. Beaucoup venaient de tous pays lui apporter leurs chaînes et certains voulaient se fixer auprès de lui. Le saint leur donnait un lopin de terre pour qu'ils puissent vivre honnêtement de la culture et éviter de nouveaux vols qui les ramèneraient en prison. Il guérissait aussi les nombreux malades qui venaient à lui.

A la fin du XIe siècle, la dévotion à saint Léonard se répandit très vite en France, sa fête fut célébrée à Limoges, dans les diocèses voisins, Bourges, Clermont, Le Puy, Rodez, Bordeaux, Saintes, Poitiers, dans l'Ouest à Angers et à Nantes, dans la région parisienne et en Normandie, d'où elle passa en Angleterre au moment de la conquête. La Flandre, l'Italie la reçurent également, mais sa popularité atteignit son maximum en Bavière, en Autriche et en Souabe.
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Chapelle Saint-Léonard. Guingamp. XIIe - XIIIe. Cette chapelle fut
édifiée à Guingamp, au diocèse de Saint-Brieuc-Tréguier,
par des croisés qui, revenant de Terre sainte,
l'élevèrent en action de grâce et en reconnaissance à saint Léonard
par l'intercession duquel ils avaient été délivrés des mahométans.

Un des grands dévots du saint fut d'ailleurs un Allemand, l'évêque Waléran de Naumbourg en Saxe (+ 1111), qui séjourna quelques années à Noblat, où les chanoines le reçurent fort bien ; il leur en garda une profonde reconnaissance, copia pour eux la Vie et les Miracles du saint, puis en donna une nouvelle édition légèrement remaniée, qu'il dédia à une noble dame nommée Gertrude, peut-être la marquise de ce nom, belle-mère de Lothaire, duc de Saxe.

Saint Léonard fut très populaire auprès des Croisés. Pris dans une embuscade en août 1100, le " prince d'Antioche ", Bohémond, fut libéré seulement en 1103 ; l'année suivante, il partit pour l'Occident et passa à Saint-Léonard de Noblat, où il raconta à sa façon son aventure et sa délivrance qu'il attribuait au saint.

Les miracles de saint Léonard sont surtout des libérations miraculeuses de prisonniers et son église est remplie de leurs ex-voto : ceps, doubles boucles. Par allusion à ces doubles boucles, les fabricants de boucles le choisirent comme patron, ainsi que les fruitiers, beurriers, fromagers et coquetiers qui, courant la campagne pour ramasser leurs denrées, risquaient en temps de troubles d'être pris par des voleurs.

Collégiale Saint-Léonard. Saint-Léonard-de-Noblat. Limousin. France.
 
LA COLLEGIALE SAINT-LEONARD A SAINT-LEONARD-DE-NOBLAT
 
Chef d’œuvre d’art roman limousin, cette Collégiale romane fut construite au XIe siècle sur l’emplacement du tombeau du Saint.
L’une des particularités de l’édifice réside dans son clocher-porche à " gâbles ". C’est le plus bel exemple de clocher dit limousin. Il s’élève sur 3 étages principaux, puis sur 2 étages au plan octogonal, surmontés d’une flèche en pierre. Sa hauteur totale atteint 52 mètres. Il guidait les pèlerins faisant étape, et se rendant vers Saint-Jacques-de-Compostelle par la Voie limousine.

L’édifice est bâti sur le plan d’une croix latine. Son choeur est entouré de 7 chapelles rayonnantes percées de baies limousines. A la croisée du transept, une tour-lanterne éclaire l’intérieur. Une chapelle ronde, ou rotonde, accolée à la nef, sert de baptistère. Elle fut édifiée à la fin du XIe selon les souhaits d’un chevalier revenant de Croisade, et évoque le Saint Sépulcre de Jérusalem.

Le portail Ouest du XIIIe, est orné de mouluration limousine remarquable. La Collégiale conserve les reliques de Saint Léonard dans deux châsses en cuivre ornées d’émaux peints. Elles sont abritées dans une cage en fer forgé du XVe, au-dessus du maître-autel.

Dans le croisillon sud, se trouve dans un enfeu le tombeau de Saint Léonard. Il possède un couvercle de sarcophage de style mérovingien, en serpentine verte. Juste au-dessus, est suspendue au mur la célèbre chaîne, nommée " Verrou " (il figure d'ailleurs sur les armoiries de la ville de Saint-Léonard-de-Noblat). Elle enserrait la cheville et le cou des prisonniers. Le " Verrou " est lié à de très nombreux miracles obtenus par l’intercession de Léonard.

Tombeau de saint Léonard. On y voit la fameuse chaîne,
attribut de notre Saint. Elle est appelée le  Verrou.
Collégiale Saint-Léonard. Saint-Léonard-de-Noblat.
 
Cette chaîne en fer forgé reliant un collier cadenassé à une double entrave, accrochée au-dessus du tombeau du Saint, reste l’ultime ex-voto d’un culte et d’une dévotion très populaire et répandue en Europe. Saint Léonard a spécialement été invoqué en 1094, lors de l’épidémie du mal des Ardents qui a s'abbatit sur la région.

Saint Léonard est aussi imploré pour les problèmes de maladies et de stérilité féminine. La tradition dispose les femmes voulant se marier ou enfanter touchent le " Verrou " pour être exaucées.
Certes, la prière par l'intercession de saint Léonard libéra miraculeusement bien des captifs, retenu physiquement dans des prisons humaines, mais encore, elle libère efficacement le pécheur, retenu dans la prison de ses passions et de ses vices. On se recommandera avec ferveur à saint Léonard.

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vendredi, 04 novembre 2016

4 novembre. Saint Charles Borromée, archevêque de Milan, cardinal. 1584.

- Saint Charles Borromée, archevêque de Milan, cardinal. 1584.

Pape : Grégoire XIII. Roi de France : Henri III.

" Sèche tes pleurs, terre de Milan, celui dont tu portes le deuil est revenu parmi tes enfants : Ambroise revit dans Borromée."
Hugues Vaillant, Fasti Sacri.
 

Saint Charles Borromée. Carlo Dulci. Dijon. 1659.

HUMILITAS

A sa naissance le 2 octobre 1538 au château d'Arone situé sur le lac Majeur, Charles trouvait inscrit en chef de l'écu de famille ce mot couronné d'or (le chef de l'écu d'argent, chargé du mot humilitas, en lettres gothiques de sable, surmonté d'une couronne d'or). Parmi les pièces nombreuses du blason des Borromée, on disait de celle-ci qu'ils ne connaissaient l'humilité que dans leurs armes.

Le temps était venu où l'énigmatique devise de la noble maison se justifierait dans son membre le plus illustre ; où, au faîte des grandeurs, un Borromée saurait vider de soi son coeur pour le remplir de Dieu : en sorte pourtant que, loin de renier la fierté de sa race, plus intrépide qu'aucun, cet humble éclipserait dans ses entreprises les hauts faits d'une longue suite d'aïeux. Nouvelle preuve que l'humilité ne déprime jamais.

Charles naquit au territoire de Milan, de la noble famille des Borromée. Une lumière divine, qui brilla de nuit sur la chambre où sa mère le mettait au monde, fit présager combien éclatante serait sa sainteté. Inscrit dès l'enfance dans les rangs de la milice cléricale, et pourvu bientôt d'une abbaye, il avertit son père qu'on ne devait pas convertir ses revenus en bien familial, prenant grand soin, dès que l'administration lui en fut remise, de distribuer lui-même tout le surplus aux pauvres. Pavie le vit adolescent s'adonner aux études libérales. Son amour de la chasteté lui fit repousser avec une invincible constance des femmes perdues envoyées plus d'une fois pour ébranler sa pureté. Agrégé dans sa vingt-troisième année au sacre collège des Cardinaux par Pie IV, son oncle, il l'illustra par la splendeur d'une piété insigne et de toutes les vertus. Pie IV le créa bientôt archevêque de Milan. On le vit dès lors employer tout son zèle pour appliquer dans l'Eglise à lui confiée le saint concile de Trente, dont l'achèvement récent était dû surtout à ses soins. Pour réformer les dérèglements de son peuple, il célébra de nombreux synodes, et se montra lui-même un modèle achevé de sainteté. Il se donna beaucoup de peine pour chasser l'hérésie de la Suisse et du pays des Grisons ; grand nombre d'habitants de ces contrées furent ainsi ramenés à la foi véritable.
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Saint Charles Borromée. Détail. Eglise Saint-Pierre-&-Saint-Paul.
Châtillon-Coligny. Orléanais. XVIIe.

Une des circonstances où la charité du bienheureux se signala davantage, fut lorsqu'en un seul jour il donna aux pauvres tout le prix provenant de la vente de la principauté d'Oria, lequel se montait à quarante mille écus d'or. Une autre fois, c'était vingt autres mille, reçus en legs, qu'il distribuait non moins généreusement. Abondamment pourvu de revenus d'Eglise par son oncle, il se démit de ses bénéfices, n'en retenant quelques-uns que pour subvenir à ses propres nécessités et aux besoins des malheureux. Au temps où la peste sévissait à Milan, il aliéna en faveur de ceux-ci le mobilier de sa maison, sans se réserver même un lit, et coucha dorénavant sur une planche nue. Les pestiférés eurent en lui un père dont la tendresse et le dévouement leur furent d'un merveilleux secours ; il les visitait assidûment, leur administrait les Sacrements de ses propres mains ce pendant que, s'interposant comme médiateur entre eux et le ciel, il s'abîmait dans la prière : on le vit présider des supplications publiques qu'il avait ordonnées, les pieds nus et en sang, la corde au cou, chargé d'une croix, s'offrant comme victime pour les péchés du peuple, s'évertuant à détourner la colère de Dieu. Il se montra l'intrépide défenseur de la liberté de l'Eglise. Son zèle pour le rétablissement de la discipline amena des rebelles à tirer sur lui un coup d'arquebuse, pendant qu'il était en prières ; mais par la protection divine, la balle, qui l'avait atteint, ne lui fit aucun mal.

Charles atteignait à peine sa vingt-deuxième année, quand Pie IV, dont sa mère était la sœur, l'appelait au poste difficile qu'on nomme aujourd'hui la Secrétairerie d'Etat, et bientôt le créait cardinal, archevêque de Milan, semblait se complaire à entasser honneurs et responsabilités sur ses jeunes épaules. On était au lendemain du règne de Paul IV, si mal servi par une confiance pareille, que ses neveux, les Caraffa, y méritèrent le dernier supplice. Mais l'événement devait montrer que son doux successeur recevait en cela ses inspirations de l'Esprit-Saint, non de la chair et du sang.
 

Saint Charles Borromée baptisant un enfant.
Ludovico Carracci. Début du XVIIe.

Soixante ans déjà s'étaient écoulés de ce siècle de Luther qui fut si fatal au monde, et les ruines s'amoncelaient sans fin, tandis que chaque jour menaçait l'Eglise d'un danger nouveau. Les Protestants venaient d'imposer aux catholiques d'Allemagne le traité de Passau qui consacrait leur triomphe, et octroyait aux dissidents l'égalité avec la liberté.

L'abdication de Charles-Quint découragé donnait l'empire à son frère Ferdinand, tandis que l'Espagne et ses immenses domaines des deux mondes allaient à Philippe II son fils ; or Ferdinand Ier inaugurait la coutume de se passer de Rome, en ceignant soi-même le diadème mis au front de Charlemagne par saint Léon III ; et Philippe, enserrant l'Italie par la possession de Naples au Sud, du Milanais au Nord, semblait à plusieurs une menace pour l'indépendance de Rome elle-même. L'Angleterre, un instant réconciliée sous Marie Tudor, était replongée par Elisabeth dans le schisme où elle demeure jusqu'à nos jours. Des rois enfants se succédaient sur le trône de saint Louis, et la régence de Catherine de Médicis livrait la France aux guerres de religion.

Telle était la situation politique que le ministre d'Etat de Pie IV avait mission d'enrayer, d'utiliser au mieux des intérêts du Siège apostolique et de l'Eglise. Charles n'hésita pas. Appelant la foi au secours de son inexpérience, il comprit qu'au déluge d'erreurs sous lequel le monde menaçait de périr, Rome se devait avant tout d'opposer comme digue l'intégrale vérité dont elle est la gardienne ; il se dit qu'en face d'une hérésie se parant du grand nom de Réforme et déchaînant toutes les passions, l'Eglise, qui sans cesse renouvelle sa jeunesse (Psalm. CII, 5.), aurait beau jeu de prendre occasion de l'attaque pour fortifier sa discipline, élever les mœurs de ses fils, manifester à tous les yeux son indéfectible sainteté. C'était la pensée qui déjà, sous Paul III et Jules III, avait amené la convocation du concile de Trente, inspiré ses décrets de définitions dogmatiques et de réformation. Mais le concile, deux fois interrompu , n'avait point achevé son œuvre, qui restait contestée.
 

Saint Charles Borromée. Joseph Vaudechamp.
Langres. Champagne. XIXe.

Depuis huit ans qu'elle demeurait suspendue, les difficultés d'une reprise ne faisaient que s'accroître, en raison des prétentions discordantes qu'affichaient à son sujet les princes. Tous les efforts du cardinal neveu se tournèrent à vaincre l'obstacle. Il y consacra ses jours et ses nuits, pénétrant de ses vues le Pontife suprême, inspirant son zèle aux nonces accrédités près des cours, rivalisant d'habileté autant que de fermeté avec les diplomates de carrière pour triompher des préjugés ou du mauvais vouloir des rois. Et quand, après deux ans donnés à ces négociations épineuses, les Pères de Trente se réunirent enfin, Charles apparut comme la providence et l'ange tutélaire de l'auguste assemblée ; elle lui dut son organisation matérielle, sa sécurité politique, la pleine indépendance de ses délibérations, leur continuité désormais ininterrompue. Retenu à Rome, il est l'intermédiaire du Pape et du concile. La confiance des légats présidents lui est vite acquise ; les archives pontificales en gardent la preuve : c'est à lui qu'ils recourent journellement, dans leurs sollicitudes et parfois leurs angoisses, comme au meilleur conseil, à l'appui le plus sûr.

Le Sage disait de la Sagesse :
" A cause d'elle, ma jeunesse sera honorée des vieillards ; les princes admireront mes avis : si je me tais, ils attendront que je parle; quand j'ouvrirai la bouche, ils m'écouteront attentifs, les mains sur leurs lèvres." (Sap. VIII, 10-12.).
Ainsi en fut-il de Charles Borromée, à ce moment critique de l'histoire du monde ; et l'on comprend que la Sagesse divine qu'il écoutait si docilement, qui l'inspirait si pleinement, ait rendu son nom immortel dans la mémoire reconnaissante des peuples (Ibid. 13.).
 

Saint Charles Borromée administrant le sacrement de la
sainte communion aux pestiférés. Agostino Carracci. Fin du XVIe.

C'est de ce concile de Trente dont l'achèvement lui est dû, que Bossuet reconnaît, en sa Défense de la trop fameuse Déclaration, qu'il ramena l'Eglise à la pureté de ses origines autant que le permettait l'iniquité des temps (Gallia orthodoxa, Pars III, Lib. XI, c. 13 ; VII, c. 40.). Ecoutons ce qu'à l'heure où les assises œcuméniques du Vatican venaient de s'ouvrir, l'évêque de Poitiers, le futur cardinal Pie, disait " de ce concile de Trente, qui, à meilleur titre que celui même de Nicée, a mérité d'être appelé le grand concile ; de ce concile dont il est juste d'affirmer que, depuis la création du monde, aucune assemblée d'hommes n'a réussi à introduire parmi les hommes une aussi grande perfection ; de ce concile dont on a pu dire que, comme un arbre de vie, il a pour toujours rendu à l'Eglise la vigueur de sa jeunesse. Plus de trois siècles se sont écoulés depuis qu'il termina ses travaux, et sa vertu curative et fortifiante n'a point cessé de se faire sentir ". (Discours prononcé à Rome, dans l'église de Saint-André della Valle, le 14 janvier 1870.).

" Le concile de Trente est demeuré comme en permanence dans l'Eglise au moyen des congrégations romaines chargées d'en perpétuer l'application, ainsi que de procurer l'obéissance aux constitutions pontificales qui l'ont suivi et complété." (Instruction pastorale à l'occasion du prochain concile de Bordeaux, 26 juin 1830).
Charles inspira les mesures adoptées dans ce but par Pie IV, et au développement desquelles les Pontifes qui suivirent attachèrent leurs noms. La revision des livres liturgiques, la rédaction du Catéchisme romain l'eurent pour promoteur. Avant tout, et sur toutes choses, il fut l'exemplaire vivant delà discipline renouvelée, acquérant ainsi le droit de s'en montrer envers et contre tous l'infatigable zélateur. Rome, initiée par lui à la réforme salutaire où il convenait qu'elle précédât l'armée entière des chrétiens, se transforma en quelques mois. Les trois églises dédiées à saint Charles en ses murs (Saint-Charles aux Catinari, l'une des plus belles de Rome ; Saint-Charles au Corso, qui garde son cœur ; Saint-Charles aux Quatre-Fontaines), les nombreux autels qui portent son nom dans les autres sanctuaires de la cité reine, témoignent de la gratitude persévérante qu'elle lui a vouée.
 

Saint Charles Borromée priant pour les malades de la peste.
Eglise Saint-Maurice. Jacques Van Oost Le Jeune. Lille. Flandres. XVIIe.

Son administration cependant et son séjour n'y dépassèrent pas les six années du pontificat de Pie IV. A la mort de celui-ci, malgré les instances de saint Pie V, qu'il contribua plus que personne à lui donner pour successeur, Charles quitta Rome pour Milan où l'appelait son titre d'archevêque de cette ville. Depuis près d'un siècle, la grande cité lombarde ne connaissait guère que de nom ses pasteurs, et cet abandon l'avait, comme tant d'autres en ces temps, livrée au loup qui ravit et disperse le troupeau (Johan. X, 12.).

Notre Saint comprenait autrement le devoir de la charge des âmes. Il s'y donnera tout entier, sans ménagement de lui-même, sans nul souci des jugements humains, sans crainte des puissants. Traiter dans l'esprit de Jésus-Christ les intérêts de Jésus-Christ sera sa maxime (Acta Eccl. Mediolanensis, Oratio habita in concil. prov. VI.), son programmées ordonnances édictées à Trente. L'épiscopat de saint Charles fut la mise en action du grand concile ; il resta comme sa forme vécue, son modèle d'application pratique en toute Eglise, la preuve aussi de son efficacité, la démonstration effective qu'il suffisait à toute réforme, qu'il pouvait sanctifier à lui seul pasteur et troupeau.


Saint Charles Borromée donnant la sainte communion
à des pestiférés. Dôle. Franche-Comté. XVIIIe.

Son abstinence fut admirable : il jeûnait le plus souvent au pain et à l'eau, y ajoutant parfois quelques légumes. Il domptait son corps par les veilles, un âpre cilice, des disciplines sans fin. L'humilité et la douceur lui étaient deux vertus très chères. Bien qu'occupé des plus graves soins, il n'omit jamais de prier ni de prêcher. Il bâtit nombre d'églises, de monastères, de maisons d'enseignement. Nombreux furent ses écrits, et précieux, pour l'instruction surtout des évêques ; on doit aussi à son intervention le catéchisme des prêtres à charge d'âmes. Enfin s'étant retiré dans la solitude du mont Varallo, où les mystères de la Passion sont représentés au vif en de pieuses sculptures, il y passa quelques jours moins durs par ses macérations volontaires qu'ils n'étaient doux en la méditation des souffrances du Seigneur. Saisi de la fièvre en ce lieu, il revint à Milan ; mais le mal s'aggravant, on le couvrit du cilice et de la cendre, et les yeux sur le crucifix il passa au ciel. C'était le trois des nones de novembre, en la quarante-septième année de son âge, qui était l'an du Seigneur mil cinq cent quatre-vingt-quatre. Des miracles éclatèrent bientôt à son invocation, et le Souverain Pontife Paul V le mit au nombre des Saints.


Saint Charles Borromée donnant des constitutions aux Ursulines.
Hôtel-Dieu. Jean Tassel et Nicolas Antoine. Dijon. Bourgogne. XVIIe.

Nous eussions voulu donner mieux qu'un souvenir à ces Acta Ecclesiae Mediolanensis, pieusement rassemblés par des mains fidèles, et où notre Saint paraît si grand ! C'est là qu'à la suite des six conciles de sa province et des onze synodes diocésains qu'il présida, se déroule l'inépuisable série des mandements généraux ou spéciaux que lui dicta son zèle ; lettres pastorales, où brille le Mémorial sublime qui suivit la peste de Milan ; instructions sur la sainte Liturgie, la tenue des Eglises, la prédication, l'administration des divers Sacrements, et entre lesquelles se détache l'instruction célèbre aux Confesseurs ; ordonnances concernant le for archiépiscopal, la chancellerie, les visites canoniques; règlements pour la famille domestique de l'archevêque et ses vicaires ou officiers de tous rangs, pour les prêtres des paroisses et leurs réunions dans les conférences dont il introduisit l'usage, pour les Oblats qu'il avait fondés, les séminaires, les écoles, les confréries ; édits et décrets, tableaux enfin et formulaires universels. Véritable encyclopédie pastorale, dont l'ampleur grandiose ne laisse guère soupçonner la brièveté de cette existence terminée à quarante-six ans, ni les épreuves et les combats qui, semble-t-il, auraient dû l'absorber tout entière.


Tentative d'assassinat sur saint Charles Borromée. Montauban. XVIIe.

PRIERE

" Successeur d'Ambroise, vous fûtes l'héritier de son zèle pour la maison de Dieu ; votre action fut puissante aussi dans l'Eglise ; et vos deux noms, à plus de mille ans d'intervalle, s'unissent dans une commune gloire. Puissent de même s'unir au pied du trône de Dieu vos prières, en faveur de nos temps amoindris ; puisse votre crédit au ciel nous obtenir des chefs dignes de continuer, de reprendre au besoin, votre œuvre sur terre ! Elle éclata de vos jours en pleine évidence, cette parole des saints Livres : Tel le chef de la cité, tels sent les habitants (Eccli. X, 2.). Et cette autre non moins : J'enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens, dit le Seigneur (Jerem. XXXI, 14.).


Saint Charles Borromée. Orazio Borgianni. Début du XVIIe.

Combien justement vous disiez, Ô Charles :
" Jamais Israël n'entendit pire menace que celle-ci : Lex peribit a sacerdote
(La loi périra, s'éteindra, sera muette, au cœur du prêtre et sur ses lèvres. Ezech.vii, 26. Acta Eccl. Mediolan. Constitutiones et régula ; societatis scholarum doctrina: christianae, Cap. III.). Prêtres, instruments divins, desquels dépend le bonheur du monde : leur abondance est la richesse de tous ; leur nullité, le malheur des nations." (Concio I ad Clerum, in Synod. diœces. XI.).


Statue de saint Charles Borromée. Giovanni-Batista Crespi.
Arona. Lac Majeur. 1697. Cette statue mesure 35 mètres de hauteur.

Et lorsque, du milieu de vos prêtres convoqués en synode, vous passiez à l'auguste assemblée des dix-sept pontifes, vos suffragants ; réunis en concile, votre voix se faisait, s'il se peut, plus forte encore :
" Craignons que le Juge irrité ne nous dise : Si vous étiez les éclaireurs de mon Eglise, pourquoi donc fermiez-vous les yeux ? Si vous vous prétendiez les pasteurs du troupeau, pourquoi l’avez-vous laissé s'égarer ? Sel de la terre, vous vous êtes affadis. Lumière du monde, ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort n'ont point vu vos rayons. Vous étiez Apôtres ; mais qui donc éprouva votre vigueur apostolique, vous qui jamais n'avez rien fait que pour complaire aux hommes ? Vous étiez la bouche du Seigneur, et l'avez rendue muette. Si votre excuse doit être que le fardeau dépassait vos forces, pourquoi fut-il l'objet de vos brigues ambitieuses ?"
(Oratio habita in Concil. prov II.).

Mais, par la grâce du Seigneur Dieu bénissant votre zèle pour l'amendement des brebis comme des agneaux, vous pouviez ajouter, Ô Charles :
" Province de Milan, reprends espoir. Voici que, venus à toi, tes pères se sont rassemblés dans le but de guérir tes maux ; ils n'ont plus d'autre souci que de te voir porter des fruits de salut, multipliant à cette fin leurs efforts communs."
(Oratio habita in Concil. prov. VI.).


Chapelle Saint-Charles-Borromée. Manoir de Kérigou.
Trégondern. Saint-Pol-de-Léon. Léon. Bretagne. XVIIe.

Mes petits enfants que j’enfante de nouveau, jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous (Gal. IV, 19.) ! C'est l'aspiration de l'Epouse, le cri qui ne cessera qu'au ciel : et synodes, visites, réformation, décrets concernant prédication, gouvernement, ministère, ne sont à vos yeux que la manifestation de cet unique désir de l'Eglise, la traduction du cri de la Mère (Apoc. XII, 2.) en travail de ses fils (Concio I ad Clerum, in Synod. diœces. XI.)."

Daignez, bienheureux Pontife, ranimer en tous lieux l'amour de cette discipline sainte, où la sollicitude pastorale qui vous rendit glorieux (Collecte de la fête) trouva le secret de sa fécondité merveilleuse. Il peut suffire aux simples fidèles de n'ignorer point que parmi les trésors de l'Eglise leur Mère existe, à côté de la doctrine et des Sacrements, un corps de droit incomparable, œuvre des siècles, objet de légitime fierté pour tous ses fils dont il protège les privilèges divins ; mais le clerc, qui se voue à l'Eglise, ne saurait la servir utilement sans l'étude approfondie, persévérante, qui lui donnera l'intelligence du détail de ses lois ; mais fidèles etclercs doivent supplier Dieu que le malheur des temps ne mette plus obstacle à la tenue par nos chefs vénérés de ces assemblées conciliaires et synodales prescrites à Trente (Sessio XXIV, de Reformatione cap. II.), magnifiquement observées par vous, Ô Charles, qui fîtes l'expérience de leur vertu pour sauver la terre. Veuille le ciel exaucer en votre considération notre prière, et nous pourrons redire avec vous (Concio I ad Clerum, in Synod. XI.) à l'Eglise :
" Ô bénigne Mère, ne pleurez plus ; vos peines seront récompensées, vos fils vous reviendront de la contrée ennemie. Et moi, dit le Seigneur, j'enivrerai de grâce les âmes sacerdotales, et mon peuple sera rempli de mes biens." (Jerem. XXXI, 16, 14.).


Saint Charles Borromée. Orazio Borgianni.
Eglise Saint-Charles-des-Quatre-Fontaines. Rome. 1612.

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