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samedi, 24 décembre 2016

24 décembre. La Vigile de Noël.

- La Vigile de Noël.


Le Sacrifice de Melchisédech. Tiepolo. XVIe.

" Enfin, dit saint Pierre Damien dans son Sermon pour ce jour, nous voici arrivés de la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à l'espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la divine promesse s'étaient succédé ; mais ils n'apportaient rien avec eux, si ce n'est le renouvellement de cette même promesse. C'est pourquoi notre Psalmiste s'était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous avez dédaignés ; et vous avez différé l'arrivée de votre Christ. (Psaume LXXXVIII.)

Puis, passant de la plainte à l'audace, il s'était écrié d'une voix impérative : " Manifestez-vous donc, Ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! (Psaume LXXIX.) En repos sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges, ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes d'un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ? Souvenez-vous de ce qu'est notre nature ; c'est à votre ressemblance que vous l'avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n'est pas du moins en ce qu'il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du moins ne nous oubliez pas éternellement. Isaïe à son tour, dans la violence de ses désirs, disait :
" A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu'à ce que le Juste quelle attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez !"

Enfin , tous les Prophètes, fatigués d'une trop longue attente, n'ont cessé de faire entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris de l'impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps nous avons répété leurs paroles : qu'ils se retirent maintenant ; il n'est plus pour nous de joie, ni de consolation, jusqu'à ce que le Sauveur, nous honorant du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.

Mais que venons-nous d'entendre ? Sanctifiez-vous, enfants d'Israël, et soyez prêts : car demain descendra le Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l'Enfant-Dieu et son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes de vrais enfants d'Israël, purifiés de toutes les souillures de la chair et de l'esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins d'empressement à témoigner de votre dévotion.

C'est du moins ce que je puis juger, d'après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre l'Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd'hui de les essuyer et de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de la miséricorde de l'Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses s'évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la miséricorde serait-elle refusée aux malheureux, en cette nuit même où prend naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l'orgueil de vos regards, la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ; retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si, cette nuit, il ne force pas les Cieux, s'il ne descend pas jusqu'à vous, s'il ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés."


Saint Michel archange, prince de la milice céleste, terrasse Lucifer devenu Satan.

Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d'espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L'Eglise, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l'Office et la Messe de la Vigile l'emportent sur l'Office et la Messe du quatrième Dimanche de l'Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles !

Dans les autres Fêtes, si importantes qu'elles soient, la solennité ne commence qu'aux premières Vêpres ; jusque-là l'Eglise se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal. Aujourd'hui, au contraire, dès le point du jour, à l'Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L'intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l'on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres Fériés de l'Avent ; et il n'y a plus qu'une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.

Entrons dans l'esprit de la sainte Eglise, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n'ayons vu naître, à l'heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c'est un devoir, pour tout fidèle enfant de l'Eglise Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l'univers entier veille encore à l'arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s'effacerait qu'au grand malheur de la terre.

Parcourons en esprit de prière les principales parties de l'Office de cette Vigile. D'abord, la sainte Eglise éclate par un cri d'avertissement qui sert d'Invitatoire à Matines, d'Introït et de Graduel à la Messe. C'est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.

A l'Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l'annonce solennelle de la fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu'à l'endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu'à ce que la grande nouvelle ait été totalement annoncée.


Manuscrit commandé par saint Charlemagne.
Illustration représentant les quatre Evangélistes. IXe.

LE HUIT DES CALENDES DE JANVIER

L'an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre, cinq mille cent quatre-vingt-dix-neuf : du déluge, l'an deux mille neuf cent cinquante-sept : de la naissance d'Abraham, l'an deux mille quinze : de Moïse et de la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte, l'an mille cinq cent dix : de l'onction du roi David, l'an mille trente-deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade : de la fondation de Rome, l'an sept cent cinquante-deux : d'Octavien Auguste, l'an quarante-deuxième : tout l'univers étant en paix : au sixième âge du monde : Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s'étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITE DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST SELON LA CHAIR !

Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous. L'Eglise, en ce seul jour et en cette seule circonstance, adopte la Chronologie des Septante, qui place la naissance du Sauveur après l'an cinq mille, tandis que la version Vulgate ne donne que quatre mille ans jusqu'à ce grand événement ; en quoi elle est d'accord avec le texte hébreu. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer cette divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître le fait comme une preuve de la liberté qui nous est laissée par l'Eglise sur cette matière.

Interrogées si elles auraient vu passer Celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu'à ce que le nom de Marie s'étant d'abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée. " Une voix d'allégresse a retenti sur notre terre ", dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile de Noël ; " une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs ". Nous venons d'entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours plein de charmes, digne d'être recueilli avec le plus grand empressement. Montagnes, faites retentir la louange ; battez des mains, arbres des forêts, devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient.

PRIERE

" Cieux, écoutez ; terre, prête l'oreille ; créatures, soyez dans l'étonnement et la louange ; mais toi surtout, Ô homme ! Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! Quel cœur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle plus douce nouvelle ? Quel plus délectable avertissement ? Qu'entendit-on jamais de semblable ? Quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ? Jésus Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! Ô parole brève qui nous annonce le Verbe dans son abaissement ! Mais de quelle suavité n'est-elle pas remplie ! Le charme d'une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce discours, que si j'essaie d'en changer un iota, j'en affaiblis la saveur :
" Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée !"

A LA MESSE


Manuscrit copte du XIIIe.

PRIONS

Dans la Collecte, l'Eglise semble encore préoccupée de la venue du Christ comme Juge ; mais c'est la dernière fois qu'elle fera allusion à ce dernier Avènement. Désormais, elle sera toute à ce Roi pacifique, à cet Epoux qui vient à elle ; et ses enfants doivent imiter sa confiance :

" Ô Dieu ! Qui nous comblez de joie tous les ans, par l'attente de notre Rédemption ; faites que, comme nous recevons avec allégresse votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il vient nous racheter, nous puissions pareillement le contempler avec assurance lorsqu'il viendra nous juger : Lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen."

EPÎTRE

Dans l'Epître, l'Apôtre saint Paul, s'adressant aux Romains, leur annonce la dignité et la sainteté de l’Evangile, c'est-à-dire de cette bonne Nouvelle que les Anges vont faire retentir dans la nuit qui s'approche. Or, le sujet de cet Evangile, c'est le Fils qui est né à Dieu de la race de David selon la chair, et qui vient pour être dans l'Eglise le principe de la grâce et de l'Apostolat, par lesquels il fait qu'après tant de siècles, nous sommes encore associés aux joies d'un si grand Mystère :


Saint Paul prêchant aux Romains.

Lecture de l'Epître de saint Paul aux Romains. Chap. I.

" Paul, serviteur de Jésus-Christ, Apôtre par la vocation divine, choisi pour prêcher l'Evangile de Dieu (que Dieu avait promis longtemps auparavant par ses prophètes, dans les Ecritures saintes), au sujet du Fils qui lui est né, de la race de David selon la chair ; lequel a été prédestiné Fils de Dieu dans la puissance, selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection d'entre les morts ; au sujet, dis-je, de Jésus-Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu la Grâce et l'Apostolat, pour rendre obéissantes à la foi, parla vertu de son Nom, toutes les nations, au nombre desquelles vous aussi avez été appelés par Jésus-Christ notre Seigneur."

EVANGILE

L'Evangile de cette Messe est le passage dans lequel saint Matthieu raconte les inquiétudes de saint Joseph et la vision de l'Ange. Il convenait que cette histoire, l'un des préludes de la Naissance du Sauveur, ne fût pas omise dans la Liturgie ; et jusqu'ici le lieu de la placer ne s'était pas présenté encore. D'autre part, cette lecture convient à la Vigile de Noël, à raison des paroles de l'Ange, qui indique le nom de Jésus comme devant être donné à l'Enfant de la Vierge, et qui annonce que cet enfant merveilleux sauvera son peuple du péché :


Couronnement de la Vierge Marie. Retable de la chartreuse
de Villeneuve-les-Avignon.Enguerrand Quarton.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. I.

" Marie, mère de Jésus, ayant épousé Joseph, se trouva enceinte par l'opération du Saint-Esprit, avant qu'ils eussent été ensemble. Joseph, son époux, qui était juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la quitter secrètement. Mais lorsqu'il était dans cette pensée, l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :
" Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie ton épouse ; car ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit ; et elle enfantera un fils à qui tu donneras le nom de Jésus : car ce sera lui qui sauvera son peuple, en le délivrant de ses péchés."

HYMNE POUR LA VIGILE DE NOËL

Les Liturgies Ambrosienne et Mozarabe ont peu de choses saillantes dans l'Office et la Messe de la Vigile de Noël : nous ne leur emprunterons donc rien, et nous nous bornerons à puiser dans l’Anthologie des Grecs quelques strophes du chant qu'ils ont intitulé : l commencement des Heures de la Nativité ; Tierce, Sexte et None :


Le roi David en prière. Heures à l'usage de Paris. Jean Colombe. XVe.

Tirée de l'Anthologie des Grecs :

" On inscrivit un jour à Bethléhem avec le vieillard Joseph, comme issue de la race de David, Marie qui portait en son sein virginal un fruit divin. Le temps d'enfanter était arrivé; et il n'y avait plus de place en l'hôtellerie une grotte restait pour auguste palais à la vierge Reine.

Voici venir tout à l'heure l'accomplissement de la mystique promesse du Prophète : " Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre entre les principautés, toi qui la première ornes la divine grotte : de toi me viendra le chef des Nations, né selon la chair d'une tendre Vierge, le Christ Dieu qui régira son nouveau peuple d'Israël ". Donnons-lui nos louanges.

Celui-ci est notre Dieu, né d'une Vierge et conversant parmi les hommes ; nous n'en connaîtrons point d'autre ; le Fils unique gisant dans une pauvre étable apparaît sous la forme d'un mortel, et le Seigneur de gloire est enveloppé de langes : l'Etoile invite les Mages à le venir adorer ; et nous, disons en nos chants: Ô Trinité sainte ! Sauvez nos âmes.

Venez, Fidèles, livrons-nous à de divins transports ; venez voir un Dieu descendre vers nous du haut du ciel en Bethléhem : élevons nos âmes en haut ; pour la myrrhe apportons les vertus de notre vie ; ornons-en d'avance son entrée en ce monde, et disons : Gloire au plus haut des cieux, à Dieu qui est un en trois personnes, lequel daigne manifester aux hommes sa grande miséricorde ! car, Ô Christ ! Vous avez racheté Adam et relevé l'œuvre de vos mains, Ô ami des hommes !

Ecoutez, Ô cieux ! Terre, prête l'oreille ; que l'univers s'ébranle jusque dans ses fondements, et que tout ce qu'il renferme soit saisi de frayeur. Le Dieu auteur de la chair prend lui-même une forme, et Celui qui de sa main créatrice corrobora toute créature, par une miséricordieuse compassion, parait revêtu d'un corps. Ô abîme des richesses de la sagesse et science de Dieu ! Combien ses jugements sont incompréhensibles, combien ses voies impénétrables !

Venez, peuples chrétiens, voyons le prodige qui dépasse toute pensée, qui frappe d'étonnement toute imagination ; et pieusement prosternés, chantons avec foi des hymnes de louange. Aujourd'hui la Vierge vient à Béthléhem mettre au monde le Seigneur ; les chœurs des Anges la précèdent ; Joseph son époux la voit et s'écrie : " Quel prodige aperçois-je en toi, Ô Vierge ! Comment pourras-tu enfanter, tendre génisse qui ne connus point le joug ?"

Aujourd'hui naît d'une Vierge Celui dont la main contient toute créature ; Celui qui par essence est insaisissable, devenu semblable à un mortel, est enveloppé de langes ; il gît dans une crèche, Celui qui au commencement posa les cieux sur leurs fondements ; Celui qui au désert faisait pleuvoir la manne pour son peuple, est nourri du lait de la mamelle ; l'Epoux de l'Eglise invite les Mages, et le Fils de la Vierge accepte leurs présents. Nous adorons votre Nativité, Ô Christ ! Favorisez-nous de vos divines manifestations."

" Considérons la très pure Marie, toujours accompagnée de son fidèle époux Joseph, sortant de Jérusalem et se dirigeant vers Béthléhem. Ils y arrivent après quelques heures de marche, et, pour obéira la volonté céleste, ils se rendent au lieu où ils devaient être enregistrés, selon l'édit de l'Empereur. On inscrit sur le registre public un artisan nommé Joseph, charpentier à Nazareth de Galilée ; sans doute on ajoute le nom de son épouse Marie qui l'a accompagné dans le voyage ; peut-être même est-elle qualifiée de femme enceinte, dans son neuvième mois : c'est là tout. Ô Verbe incarné ! Aux yeux des hommes, vous n'êtes donc pas encore un homme ? Vous visitez cette terre, et vous y êtes inconnu ; et pourtant, tout ce mouvement, toute l'agitation qu'entraîne le dénombrement de l'Empire, n'ont d'autre but que d'amener Marie, votre auguste Mère, à Bethléhem, afin qu'elle vous y mette au monde.

Ô Mystère ineffable ! Que de grandeur dans cette bassesse apparente ! Que de puissance dans cette faiblesse ! Toutefois, le souverain Seigneur n'est pas encore descendu assez. Il a parcouru les demeures des hommes, et les hommes ne Font pas reçu. Il va maintenant chercher un berceau dans l’étable des animaux sans raison : c'est là qu'en attendant les cantiques des Anges, les hommages des Bergers, les adorations des Mages, il trouvera le bœuf qui connaît son Maître, et l'âne qui s'attache à la crèche de son Seigneur. Ô Sauveur des hommes, Emmanuel, Jésus, nous allons nous rendre aussi à l'étable ; nous ne laisserons pas s'accomplir solitaire et délaissée la nouvelle Naissance que vous allez prendre en cette nuit qui s'approche. A cette heure, vous allez frappant aux portes de Bethléhem, sans que les hommes consentent à vous ouvrir ; vous dites aux âmes, par la voix du divin Cantique :
" Ouvre-moi, ma sœur, mon amie ! car ma tête est pleine de rosée, et mes cheveux imbibés des gouttes de la nuit."

Nous ne voulons pas que vous franchissiez notre demeure : nous vous supplions d'entrer ; nous nous tenons vigilants à notre porte.

" Venez donc, Ô Seigneur Jésus ! Venez !"

FIN DE L’AVENT

vendredi, 23 décembre 2016

23 décembre. Sainte Victoire de Rome ou de Tivoli, vierge et martyre. 253.

- Sainte Victoire de Rome ou de Tivoli, vierge et martyre. 253.

Pape : Saint Lucius Ier. Empereurs romains (période de l'anarchie militaire) : Trébonien Galle (+353) ; Hostilien (+351) ; Volusien (+353) ; Emilien (+353). Empereurs romains (période des trente tyrans) : Valérien ; Galien.

" Il est plus beau d'imiter dans sa chair la vie des anges que d'augmenter de sa chair le nombre des mortels."
Saint Augustin.


Sainte Victoire. Eglise Sainte-Victoire. Ficcule. Italie. XIVe.

Sainte Victoire était de Tivoli, ville proche de Rome. Elle naquit de parents illustres selon le monde et encore plus par la religion chrétienne dont ils faisaient profession. Lorsqu'elle fut nubile, ils la promirent en mariage, de son consentement, à un gentilhomme nommé Eugène, qui avait de très bonnes qualités, mais était encore engagé dans les superstitions de l'idolâtrie ; car alors, la différence du culte n'était pas un empêchement au mariage. Une autre fillen nommée Anatolie, que quelques auteurs font sa soeur selon la chair, et d'autres seulement selon l'esprit, fut en même temps accordée à Tite Aurèle, seigneur romain, mais païen. Celle-ci avait fait voeu de virginité et ne voulait aucunement consentir à cette alliance qui, en la ravissant à Notre Seigneur Jésus-Christ, devaitla faire épouse d'un profane, d'un sacrilège et d'un esclave du démon.

Le seigneur Aurèle, qui avait une extrême passion pour elle, employa divers moyens pour la résoudre ; mais voyant qu'il n'en pouvait venir à bout, il pria Victoire, comme accordée à son ami Eugène, d'entreprendre cette affaire et de persuader à Anatolie de ne point différer davantage ses noces. Victoire ne put lui refuser ce service ; elle alla voir Anatolie et lui tint ce discours :
" Vous savez, ma soeur, que je suis chrétienne comme vous, et qu'en cette qualité je suis bien éloignée de vouloir vous donner uin mauvais conseil ; cependant, si vous voulez me croire, vous consentirez au plus tôt à votre mariage. Dieu n'a point condamné les noces ; nous voyons au contraire dans l'Ecriture que les Patriarches et les Prophètes, ses amis et fidèles serviteurs, ont eu des femmes et que Dieu a béni leur postérité? D'ailleurs, celui que vos parents vous ont destiné est un homme d'honneur, il ne vous accusera point comme chrétienne, il n'empêchera point que vous fassiez tous les exercices de votre religion ; il y a même espérance que, par l'amour conjugal qu'il aura pour vous, il embrassera le culte du vrai Dieu dont vous faites profession."



Sainte Victoire. Imagerie populaire. Lemercier & Basset. XIXe.

Anatolie écouta patiemment ce discours, mais Victoire s'étant tue, elle repit la parole et dit :
" Ô ma chère Victoire, triomphez de la malice du démon et soyez Victoire d'effet comme vous l'êtes de nom ! Quand il fallut peupler le monde, Dieu dit aux hommes : " Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre " ; mais maintenant que l'univers ne manque point d'habitants, le Fils de Dieu, descendu du ciel sur la terre pour nous donner une doctrine céleste, ne cesse point de crier : " Croissez dans la foi, augmentez dans la charité et remplissez le ciel, car le royaume des cieux approche ".
Elle lui dit encore d'autres choses très pressantes, et, pour la persuader davantage, elle ajouta :
" Ma chère soeur, le jour que je distribuai aux pauvres le prix de mes joyaux, j'eus une vision dans laquelle un jeune homme m'apparut avec un diadème d'or sur la tête, vêtu de pourpre et couvert de pierres précieuses, et me dit d'un air agréable et d'un visage plein de gaieté :
" Ô virginité qui êtes toujours dans la lumière et jamais dans les ténèbres !"
A ces paroles, je m'éveillai fort triste de n'avoir pas entendu le reste et je me jetai à terre, les larmes aux yeux, priant Notre Seigneur Jésus-Christ que celui qui m'avait dit ce peu de mot continuât de m'instruire. Comme j'étais ainsi prosternée, le même jeune homme ajouta :
" La virginité est une pourpre royale qui relève celles qui en sont revêtues au-dessus de toutes les autres. La virginité est une pierre d'un prix inestimable ; la virginité est le trésor immense du Roi des rois. Les voleurs tâchent de la ravir à qui la possèdent ; conservez-là avec toute la diligence possible, et soyez d'autant plus sur vos gardes pour la conserver, que vous la possédez dans un degré plus éminent."


Fresque-mosaïque des saintes vierges et martyres, dont sainte Victoire
et sainte Anatolie. Basilique Saint-Apollinaire-la-Neuve. Ravenne. VIe.

Un discours si puissant et si pathétique toucha vivement sainte Victoire ; elle fut heureusement vaincue par celle qu'elle avait entrepris de vaincre, et, ayant pris la résolution de demeurer vierge, elle vendit, comme Anatolie, ce qu'elle avait de bagues et d'autres vains ornements et en donna tout l'argent aux pauvres.

Dès que les seigneurs Eugène et Aurèle surent la résolution de ces deux généreuses filles, ils n'épargnèrent rien pour les obliger à en venir au mariage? Ils s'adressèrent pour cela à l'empereur même : ils obtinrent la permission de les enlever et de les mener dans leur maison de campagne, pour tâcher de les gagner, ou par la douceur, ou par les menaces et même par les mauvais traitements.

Sainte Anatolie se distingua par sa constance et subit le martyre, comme nous le voyons au 9 juillet.


Sainte Victoire. Imagerie populaire. Picard imprimeur. XIXe.

Pour sainte Victoire, elle fut à l'épreuve de toutes les sollicitations et de tous les outrages d'Eugène. Il la garda quelques années dans son château, pendant lesquelles il ne lui faisait donner pour nourriture qu'un morceau de pain bis le soir. Il lui fit aussi endurer beaucoup d'autres mauvais traitements indignes de sa naissance et de sa vertu, pour la réduire à l'épouser ou à adorer les idoles, mais inutilement. Sainte Victoire demeura invincible au milieu de tant de supplices. Elle eut même l'adresse, dans le peu de liberté qu'elle avait, de gagner plusieurs épouses à Notre Seigneur Jésus-Christ, en persuadant à de jeunes demoiselles qui venaient la voir de lui consacrer leur pureté virginale.

Adelme, évêque des Saxons occidentaux, qui a composé son histoire en vers héroïques, rapportés par Surirus en ce jour, dit qu'elle en assembla jusqu'à 60 qui menaient une vie angélique et qui chantaient jours et nuits des hymnes et des psaumes à l'honneur du vrai Dieu. Il ajoute qu'elle fit plusieurs miracles, et que, entre autres, elle chassa un horrible dragon qui infectait tout ce pays, après avoir fait promettre au peuple qu'il embrasserait la religion chrétienne.


Martyre de sainte Victoire. Anonyme. Collegiale Sainte-Victoire.
Santa-Vittoria-in-Matenano. Acoli. Italie. XVIIIe.

Enfin, Eugène, lassé de sa persévérance, obtint de Julien, pontife du Capitole et comte des temples, un bourreau nommé Tiliarque pour la faire mourir. Celui-ci donna un coup d'épée dans le coeur de sainte Victoire, et en fit une glorieuse martyre de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce fut sous la persécution de Dèce, le 23 décembre 253.
Le malheureux qui lui avait donné le coup de la mort devint aussitôt lépreux, et au bout de six jours, il mourut rongé par les vers.

Le corps de sainte Victoire fut enterré où elle avait été exécutée. Sa mémoire est marquée dans les quatre martyrologes, et principalement dans celui d'Adon. Des reliques de notre Sainte sont conservées dans une magnifique châsse dans l'église Notre-Dame-des-Victoires de Rome.


Châsse et reliquaire de sainte Victoire.
Basilique Notre-Dame-des-Victoires. Rome.

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23 décembre. " O Emmanuel ".

- " O Emmanuel ".

" Ecce completa sunt omnia quae dicta sunt per Angelum, de Virgine Maria."
" Voici que sont accomplies toutes les choses que l'Ange avait dites, au sujet de la Vierge Marie."
Antienne de l'office des Laudes de ce jour.
 

L'Annonciation. Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.

VIIe ANTIENNE


" O Emmanuel, Rex et Legifer noster, exspectatio gentium, et salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine Deus noster.

" Ô Emmanuel ! Notre Roi et notre Législateur ! L'attente des nations et leur sauveur ! Venez nous sauver, Seigneur notre Dieu !"

PRIERE

" Ô Emmanuel ! Roi de Paix ! Vous entrez aujourd'hui dans Jérusalem, la ville de votre choix ; car c'est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d'elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n'est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s'accomplit, pour la première fois, l'oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment posséder une Arche d'Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire qu'au ciel même, parla dignité de Celui qu'elle contient.

C'est le Législateur lui-même qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l'Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléhem, où l'appellent d'autres oracles. Nous adorons, Ô Emmanuel ! Tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, Ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l'heure est près de sonner, que toutes choses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d'être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c'est-à-dire Sauveur."
 

Jugement dernier. Ivoire du XIIIe.

GRANDE ANTIENNE A JÉRUSALEM

" O Jérusalem ! Ville du grand Dieu, lève les yeux autour de toi, et regarde ton Seigneur ; car il va bientôt venir te délivrer de tes liens."

jeudi, 22 décembre 2016

22 décembre. Bienheureuse Marie Mancini, de Pise, de l'ordre de Saint-Dominique. 1431.

- Bienheureuse Marie Mancini, de Pise, de l'ordre de Saint-Dominique. 1431.

Papes : Martin V (+1431) ; Eugène IV.

" Placez vos richesses dans le ciel, et le poids de votre veuvage deviendra tolérable."
Saint Jean Chrysostome.


Bienheureuse Marie Mancini. Imagerie populaire.
D'après un anonyme italien du XVIIe.

La bienheureuse Marie, que le monde appelait Catherine, naquit à Pise vers la fin du XIVe siècle. Son père, nommé Barthélémy, était de la noble famille des Mancini, fameuse alors en Toscane. Humble et pure, ses premières années s'écoulèrent dans la paix et les soins pieux de la famille. Encore au berceau, elle reçut de son ange un avertissement qui préserva ses jours. Plus tard, ce même ange lui apparut dans une autre vision, et dès lors entre elle et lui s'établit un mystérieux échange de prières, de grâces et de pieux avis.

Bien jeune encore, notre bienheureuse - qui était d'une grande beauté - fut mariée, et de cette union eut deux filles qui, après quelques jours de vie, s'envolèrent au ciel. Son mari lui-même passa bientôt de ce monde à l'autre. La bienheureuse avait pris un époux non par choix mais par obéissance ; l'obéïssance lui fit accepter un second mariage. Elle en eut cinq fille et un fils.

Marie sut joindre à ses travaux de mère, à ses devoirs d'épouse, la contemplation la plus haute, la plus large, et la plus tendre charité. Les pauvres étrangers et les malades trouvaient dans la maison de cette pieuse dame les secours les plus empressés et les soins les plus affectueux : elle aimait à remplir envers les membres souffrants de Notre Seigneur Jésus-Christ tous les devoirs de la charité.


Primatiale Notre-Dame-de-l'Assomption. Pise.

Veuve une seconde fois, et ayant vu mourir tous ses enfants, elle refusa désormais les alliances terrestres et résolut de mener une vie plus austère. Aussi fit-elle voeu de jeûner quatre fois la semaine, de flageller son corps par des disciplines quotidiennes, de ne s'accorder que le sommeil nécessaire sur un lit de bois, et de s'adonner nuit et jour à l'oraison. Elle ajoutait à ces pieux exercice le travail manuel qui lui procurait les aliments nécessaires, et souvent elle les donnait, pleine de joie, aux malades et aux indigents. Elle demandaient sans cesse à Dieu de se conformer en tout à sa sainte volonté.

Vers ce temp-là, sainte Catherine de Sienne vint à Pise : Marie eut avec elle des rapports très intimes et en reçut de salutaires avis. A son exhortation, elle prit l'habit des soeurs de l'ordre de Saint-Dominique, que l'on nommait alors soeurs de la Pénitence, et peu après elle résolut d'entrer dans une maison d'observance. Car, comme toutes les religieuses vivaient de leurs propres revenus, Marie mena une vie commune avec six compagnes qui étaient à sa charge, et qu'elle dirigeait avec prudence. Son amour pour la perfection lui fit quitter ce couvent pour passer, avec la bienheureuse Claire, dans celui de Saint-Dominique que venait de fonder Pierre Gambacorti, père de celle-ci.


Bienheureuse Claire Gambacorti.
Imagerie populaire. D'après un anonyme italien du XVIIe.

Alors, de concert avec quelques compagnes embrasées de la même ardeur, elle fit tous ses efforts pour mettre en vigueur la stricte observance de la règle, et tel fut son zèle qu'à la moirt de la bienheureuse Claire, les religieuses l'urent prieure.

On raconte mille choses merveilleuses dont fut remplie la vie cloîtrée de notre bienheureuse Marie Mancini : visions célestes, étranges et terribles assauts de l'enfer, excès héroïques de pénitence, immense charité, tendre et généreuse compassion pour les pauvres âmes du purgatoire.

Enfin, avancée en âge, elle s'envola au ciel en l'année 1431.

Son corps, tiré du tombeau quelques années après sa mort, fut placé sur les autels et devint l'objet d'un culte perpétuel. La souverain pontife Pie IX, après avoir consulté la sacrée Congrégation des Rites, l'approuva canoniquement le 2 août 1855, et accorda à tout l'ordre des Frères Prêcheurs, ainsi qu'au diocèse de Pise, le privilège d'une messe et d'un office en l'honneur de la bienheureuse Marie Mancini. Cette fête a été fixée le 30 janvier.

Elle est considérée comme une des saintes patronnes des familles et des religieuses.

Rq : On veillera à éviter l'outrage de confondre notre merveilleuse bienheureuse avec son homonyme, nièce de Mazarin, maîtresse du jeune Bourbon, Louis, XIVe du nom, roi de France...

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22 décembre. " O Rex gentium ".

- " O Rex gentium ".

" O Rex gentium, et desideratus earum,
Lapisque angularis, qui facis utraque unum :
Veni, et salva hominem quem de limo formasti."

" Ô Roi des nations, objet de leurs désirs !
Pierre angulaire qui réunissez en vous les deux peuples !
Venez et sauvez l'homme que vous avez formé du limon."


PRIERE

" Ô Roi des nations ! Vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu'un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d'avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s'estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l'heure approche où, sans cesser d'être son fils, vous sortirez d'elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l'amour maternel se confondant avec l'amour qu'elle a pour son Dieu, elle est au moment d'expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur.

Mais vous la soutenez, Ô Désiré des nations ! Car vous voulez qu'elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, Ô divin Roi ! Venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l'homme vous est cher, puisque vous l'avez pétri de vos mains. Oh ! Venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la; car vous l'aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage."


Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi, devant Pilate. Duccio di Buoninsegna. XIVe.

GRANDE ANTIENNE EN L’HONNEUR DU CHRIST

" Ô Roi Pacifique ! Vous qui êtes né avant les siècles, hâtez-vous de sortir par la porte d'or : visitez ceux que vous devez racheter, et faites-les remonter au lieu d'où le péché les a précipités."

mercredi, 21 décembre 2016

21 décembre. Saint Thomas de Galilée, Apôtre, martyr à Méliapour, dans les Indes. Ier siècle.

- Saint Thomas de Galilée, Apôtre, martyr à Méliapour, dans les Indes. Ier siècle.

Pape : Saint Ckément. Empereur romain : Domitien.

" L'infidélité de saint Thomas en a fait un témoin irréprochable de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ ; la foi de saint Thomas, devenue plus vive et plus courageuse après son infidélité, en a fait un prédicateur zélé et un glorieux martyr de la résurrection."
Du Jarry, Essai de panégyriques.


Saint Thomas. Georges de La Tour. XVIe.

Voici la dernière Fête que va célébrer l'Eglise avant celle de la Nativité de son Seigneur et Epoux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu'ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d'exercer leur Foi.


L'infidélité de saint Thomas. Cima da Conegliano. XVe.

Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu'après avoir passé parles ombres de l'incrédulité : il est juste qu'il vienne maintenant en aide aux enfants de l'Eglise, et qu'il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d'une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l'ont placé, il demandera pour nous la docilité d'esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l'attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n'annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d'un enfant, e. non par la voix tonnante d'un maître. Mais lisons d'abord le récit des Actes de notre saint Apôtre. L'Eglise a jugé à propos de nous le présenter sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.


Saint Thomas et saint Mathieu. Robert Malnoury.
Cathédrale Saint-Gatien. Tours. XVIIe.

Thomas signifie abyme, ou jumeau, en grec Dydime : ou bien il vient de thomos qui veut dire division, partage. Il signifie abyme, parce qu'il mérita de sonder les profondeurs de la divinité, quand, à sa question, Notre Seigneur Jésus-Christ répondit :
" Je suis la voie, la vérité et la vie."

On l’appelle Dydime pour avoir connu de deux manières la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. Les autres en effet, connurent le Sauveur en le voyant, et lui, en le voyant et en le touchant. Il signifie division, soit parce qu'il sépara son âme de l’amour des choses du monde, soit parce qu'il se sépara des autres dans la croyance à la résurrection.

On pourrait dire encore qu'il porte le nom de Thomas, parce qu'il se laissa inonder tout entier par l’amour de Dieu.
Il posséda ces trois qualités qui distinguent ceux qui ont cet amour et que demande Prosper au livre de la vie contemplative : Aimer Dieu, qu'est-ce ? Si ce n'est concevoir au fond du coeur un vif désir de voir Dieu, la haine du péché et le mépris du monde. Thomas pourrait encore venir de Theos, Dieu, et meus, mien, c'est-à-dire, mon Dieu, par rapport à ces paroles qu'il prononça lorsqu'il fut convaincu, et eut la foi :
" Mon Seigneur et mon Dieu."


L'infidélité de saint Thomas. Andrea del Verrocchio. XVe.

L'apôtre Thomas était à Césarée quand le Seigneur lui apparut et lui dit :
" Le roi des Indes Gondoforus a envoyé son ministre Abanès à la recherche d'un habile architecte. Viens et je t'adresserai à lui." (On a des médailles de Gondoforus).
" Seigneur, répondit Thomas, partout où vous voudrez, envoyez-moi, excepté aux Indes."
Dieu lui dit :
" Va sans aucune appréhension, car je serai ton gardien. Quand tu auras converti les Indiens, tu viendras à moi avec la palme du martyre."
Et Thomas lui répondit :
" Vous êtes mon maître, Seigneur, et moi votre serviteur : que votre volonté soit faite."
Comme le prévôt ou l’intendant se promenait sur la place, le, Seigneur lui dit :
" Que vous faut-il, jeune homme ?
- Mon maître, dit celui-ci, m’a envoyé pour lui ramener des ouvriers habiles en architecture, qui lui construisent un palais à la romaine."
Alors le Seigneur lui offrit Thomas comme un homme très capable en cet art.


Saint Thomas, architecte. Nicolaes Maes. XVIIe.

Ils s'embarquèrent, et arrivèrent à une ville où le roi célébrait le mariage de sa fille. Il avait fait annoncer que tous prissent part à la noce, sous peine d'encourir sa colère. Abanès et l’apôtre s'y rendirent. Or, une jeune fille juif, qui tenait une flûte à la main, adressait quelques paroles flatteuses à chacun. Quand elle vit l’apôtre, elle reconnut qu'il était juif parce qu'il ne mangeait point et qu'il tenait les yeux fixés vers le ciel. Alors elle se mit à chanter en hébreu devant lui :
" C'est le Dieu des Hébreux qui seul a créé l’univers, et creusé les mers." Et l’apôtre voulait lui faire répéter ces mêmes paroles.

L'échanson remarquant qu'il ne mangeait ni ne buvait, mais tenait constamment les yeux vers le ciel, donna un soufflet à l’apôtre de Dieu.
" Mieux vaudrait pour toi d'être épargné plus tard, lui dit l’apôtre, et d'être puni ici-bas d'un châtiment passager. Je ne me lèverai point que la main qui m’a frappé n'ait été ici même apportée par les chiens."
Or, l’échanson étant allé puiser de l’eau à ta, fontaine, un lion l’étrangla et but son sang. Les chiens déchirèrent son cadavre, et l’un d'eux, qui était noir, en apporta la main droite au milieu du festin. A cette vue toute la foule fut saisie, et la pucelle se rappelant ses paroles, jeta sa flûte et vint se prosterner aux pieds de l’apôtre.


Saint Thomas au repas de noce.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Cette vengeance est blâmée par saint Augustin dans son livre contre Fauste où il déclare qu'elle a été intercalée ici par un faussaire ; aussi cette légende est tenue pour suspecte en bien des points. On pourrait dire néanmoins, que ce ne fut pas une vengeance mais une prédiction. En examinant au reste avec soin les paroles de saint Augustin, cette action ne paraît pas improuvée tout à fait. Or voici ce qu'il dit dans le même livre :
" Les Manichéens se servent de livres apocryphes, écrits sous le nom des apôtres, je ne sais par quels compilateurs de fables. Au temps de leurs auteurs, il auraient joui de quelque autorité dans l’Église, si de saints docteurs qui vivaient alors et qui pouvaient les examiner en eussent reconnu l’authenticité. Ils racontent donc que l’apôtre Thomas se trouvant à un repas de noces comme pèlerin inconnu, il avait été frappé de la main d'un serviteur contre lequel il aurait exprimé aussitôt le souhait d'une cruelle vengeance. Car cet homme, étant sorti afin d'aller puiser de l’eau à une fontaine pour les convives, aurait été tué par un lion qui se serait jeté sur lui ; et la main qui avait frappé légèrement la figure de l’apôtre, arrachée du corps d'après son voeu et ses imprécations, aurait été apportée par un chien sur la table où l’apôtre était placé. Peut-on voir quelque chose de plus cruel ?

Or, si je ne me trompe, cela veut dire qu'en obtenant son pardon pour la vie future, il y eut une certaine compensation par un plus grand service qu'il lui rendait. L'apôtre, chéri et honoré de Dieu, était, par ce moyen, rendu recommandable et à ceux qui ne le connaissaient pas et à celui en faveur duquel il obtenait la vie éternelle à la place d'une vie qui devait finir. Il m’importe peu si ce récit est vrai ou faux : ce qu'il y a de certain, c'est que les Manichéens, qui reçoivent comme vraies et sincères ces écritures que le canon de l’Église rejette, sont du moins forcés d'avouer que la vertu de patience enseignée par le Seigneur lorsqu'il dit que " si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche ", peut exister réellement au fond du coeur, quand bien même on n'en ferait pas montre par ses gestes et ses paroles, puisque l’apôtre, qui avait été souffleté, pria le Seigneur d'épargner l’insolent dans la vie future, en ne laissant pas sa faute impunie ici-bas, plutôt que de lui présenter l’autre joue ou de l’avertir de le frapper une seconde fois. Il avait l’amour de la charité intérieurement, et extérieurement il réclamait une correction qui servit d'exemple.


Saint Thomas au repas de noce.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Que ceci soit vrai ou que ce ne soit qu'une fable, pourquoi refuseraient-ils de louer dans l’apôtre ce qu'ils approuvent dans le serviteur de Dieu Moïse qui égorgea les fabricateurs et les adorateurs d'une idole.
Si nous comparons les châtiments, être tué par le glaive ou être déchiré sous la dent des bêtes féroces, c'est chose semblable, puisque les juges, d'après les lois publiques, condamnent îles grands coupables à périr ou sous la dent des bête, ou bien par l’épée."

Voilà ce que dit saint Augustin.

Alors l’apôtre, sur la demande du roi, bénit l’époux et l’épouse en disant :
" Accordez, Seigneur, la bénédiction de votre droite à ces jeunes gens, et semez au fond de leurs coeurs les germes féconds de la vie."
Quand l’apôtre se retira, l’époux se trouva tenir une branche chargée de dattes. Les époux après avoir mangé de ces fruits s'endormirent tous deux et eurent le même songe. Il leur semblait qu'un roi couvert de pierreries les embrassait en disant :
" Mon apôtre vous a bénis pour que vous ayez part à la vie éternelle."
S'étant éveillés ils se racontaient l’un à l’autre leur songe, quand l’apôtre se présenta, il leur dit :
" Mon roi vient de vous apparaître, il m’a introduit ici les portes fermées, pour que ma bénédiction vous profitât. Gardez la pureté du corps, c'est la reine de toutes lesvertus et le salut éternel en est le fruit. La virginité est la sueur des Anges, comble de biens, elle donne la victoire sur les passions mauvaises, c'est le trophée de la foi, la fuite des démons et le gage des joies éternelles. La luxure engendre la corruption, de la corruption naît la souillure, de la souillure vient la culpabilité, et la culpabilité produit la confusion."
Pendant qu'il exposait ces maximes, apparurent deux anges qui leur dirent :
" Nous sommes envoyés pour être vos anges gardiens : si vous mettez en pratique les avis de l’apôtre avec fidélité, nous offrirons tous vos souhaits à Dieu."
Alors Thomas les baptisa et leur enseigna chacune des vérités de la foi. Longtemps après, l’épouse, nommée Pélage, se consacra à Dieu en prenant le voile, et l’époux, qui s'appelait Denys, fut ordonné évêque de cette ville.


L'infidélité de saint Thomas.
Le Caravage (Michelangelo Merisi). XVIe.

Après cela, Thomas et Abanès allèrent chez le roi des Indes. L'apôtre traça le plan d'un palais magnifique : le roi, après lui avoir remis de considérables trésors, partit pour une autre province. L'apôtre distribua aux pauvres le trésor tout entier. Pendant les deux ans que dura l’absence du roi, Thomas se livra avec ardeur à la prédication et convertit à la foi un monde innombrable. A son retour, le roi s'étant informé de ce qu'avait fait Thomas, l’enferma avec Abanès au fond d'un cachot, en attendant qu'on les fit écorcher et livrer aux flammes.

Sur ces entrefaites, Gab, frère du roi, meurt. On se préparait à lui élever un tombeau magnifique, quand le quatrième jour, le mort ressuscita ; tout le monde effrayé fuyait sur ses pas ; alors il dit à son frère :
" Cet homme, mon frère, que tu te disposais à faire écorcher et brûler, c'est un ami de Dieu et tous les anges lui obéissent. Ceux qui me conduisaient en paradis me montrèrent un palais admirable bâti d'or, d'argent et, de pierres précieuses ; j'en admirais la beauté, quand ils me dirent :
" C'est le palais que Thomas avait construit pour ton frère."
Et comme je disais :
" Que n'en suis-je le portier !"
Ils ajoutèrent alors :
" Ton frère s'en est rendu indigne ; si donc tu veux y demeurer, nous prierons le Seigneur de vouloir bien te ressusciter afin que tu puisses l’acheter à ton frère en lui remboursant l’argent qu'il pense avoir perdu."


L'infidélité de saint Thomas. Ivoire. XIIe.

En parlant ainsi, il courut à la prison de l’apôtre, le priant d'avoir de l’indulgence pour son frère. Il délia ses chaînes et le pria de recevoir un vêtement précieux.
" Ignores-tu, lui répondit l’apôtre, que rien de charnel, rien de terrestre n'est estimé de ceux qui désirent avoir puissance en choses célestes ?"
Il sortait de la prison quand le roi, qui venait au-devant de lui, se jeta à ses pieds en lui demandant pardon.
Alors l’apôtre dit :
" Dieu t'a accordé une grande faveur que de te révéler ses secrets. Crois en Notre Seigneur Jésus-Christ et reçois le baptême pour participer au royaume éternel."
Le frère du roi lui dit :
" J'ai vu le palais que tu avais bâti pour mon frère et il me ferait plaisir de l’acheter." L'apôtre repartit : « Cela est au pouvoir de ton frère. » Et le roi lui dit :
" Je le garde pour moi : que l’apôtre t'en bâtisse un autre, ou bien s'il ne le peut, nous le posséderons en commun."
L'apôtre répondit :
" Ils sont innombrables dans le ciel, les palais préparés aux élus depuis le commencement du monde ; on les achète par les prières et au prix de la foi et des aumônes. Vos richesses peuvent vous y précéder, mais elles ne sauraient vous y suivre."

Un mois après, l’apôtre ordonna de rassembler tous les pauvres de cette province, et quand ils furent réunis, il en sépara les malades et les infirmes, fit une prière sur eux. Et après que ceux qui avaient été instruits eurent répondu " Amen ", un éclair parti du ciel éblouit aussi bien l’apôtre que les assistants pendant une demi-heure, au point que tous se croyaient tués par la foudre ; mais Thomas se leva et dit :
" Levez-vous, car mon Seigneur est venu comme la foudre et vous a guéris."


Saint Thomas prêchant. Livre des merveilles. Paris. XVe.

Tous se levèrent alors guéris et rendirent gloire à Dieu et à l’apôtre. Thomas s'empressa de les instruire et leur démontra les douze degrés des vertus :
- Le 1er, c'est de croire en Dieu, qui est un en essence et triple en personnes ; il leur donna trois exemples sensibles pour prouver que dans une essence, il y a trois personnes. Le 1er est que dans l’homme il y a une sagesse et d'elle seule et unique procèdent intelligence, mémoire et génie. Par ce génie, dit-il, vous découvrez ce que vous n'avez pas appris ; par la mémoire, vous retenez ce que vous avez appris et avec l’intelligence vous comprenez ce qui peut être démontré et enseigné.
Le 2e est que dans une vigne il se trouve trois parties : le bois, les feuilles et le fruit et ces trois ensemble font une seule et même vigne.
Le 3e est qu'une tête contient quatre sens, savoir : la vue, le goût, l’ouïe et l’odorat ; ce qui est multiple et ne fait cependant qu'une tête.
- Le 2e degré est de recevoir le baptême.
- Le 3e est de s'abstenir de la fornication.
- Le 4e c'est de fuir l’avarice.
- Le 5e de se préserver de la gourmandise.
- Le 6e de vivre dans la pénitence.
- Le 7e de persévérer dans ces bonnes Oeuvres.
- Le 8e d'aimer à pratiquer l’hospitalité.
- Le 9e de chercher et de faire la volonté de Dieu dans ses actions.
- Le 10e de rechercher ce que la volonté de Dieu défend et de l’éviter.
- Le 11e de pratiquer la charité envers ses amis comme envers ses ennemis.
- Le 12e d'apporter un soin vigilant à garder ces degrés.

Après cette prédication furent baptisés neuf mille hommes, sans compter les enfants et les femmes. De là Thomas alla dans l’Inde supérieure, où il se rendit célèbre par un grand nombre de miracles. L'apôtre donna la lumière de la foi à Sintice, qui était amie de Migdomie, épouse de Carisius, cousin du roi et Migdomie dit à Sintice :
" Penses-tu que je le puisse voir ?"
Alors Migdomie, de l’avis de Sintice, changea de vêtement et vint se joindre aux pauvres femmes dans le lieu où l’apôtre prêchait.
Or le saint se mit à déplorer la misère de la vie et dit entre autres choses que cette vie est misérable, qu'elle est fugitive et sujette aux disgrâces ! Quand on croit la tenir, elle s'échappe et se disloque, et il commença à exhorter par quatre raisons à écouter volontiers la parole de Dieu, qu'il compara à quatre sortes de choses, savoir :
- à un collyre, parce qu'elle éclaire l’œil de notre intelligence ;
- à une potion, parce qu'elle purge et purifie notre affection de tout amour charnel ;
- à un emplâtre, en ce qu'elle guérit les blessures de nos péchés ;
- à la nourriture, parce qu'elle nous fortifie dans l’amour des choses célestes.
 
" Or de même, ajouta-t-il, que ces objets ne font de bien à un malade qu'autant qu'il les prend, de même la parole de Dieu ne profite pas à une âme languissante si elle ne l’écoute avec dévotion."

L'infidélité de saint Thomas.
Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Or tandis que l’apôtre prêchait, Migdomie crut et dès lors elle eut horreur de partager la couche de son mari. Mais Carisius demanda au roi et obtint que l’apôtre fût mis en prison. Migdomie l’y vint trouver et le pria de lui pardonner d’avoir été emprisonné par rapport à elle. Il la consola avec bonté et l’assura qu'il souffrait tout de bon coeur. Or Carisius demanda au roi d'envoyer la reine, soeur de sa femme, pour qu'elle tâchât de la ramener, s'il était possible. La reine fut envoyée et convertie par celle qu'elle voulait pervertir ; après avoir vu tant de prodiges opérés par l’apôtre :
" Ils sont maudits de Dieu, dit-elle, ceux qui ne croient pas à de si grands miracles et à de pareilles oeuvres."
Alors l’apôtre instruisit brièvement tous les auditeurs sur trois points, savoir : d'aimer l’Église, d'honorer les prêtres et de se réunir assidûment pour écouter la parole de Dieu.
La reine étant revenue, le roi lui dit :
" Pourquoi être restée si longtemps ?"
Elle répondit :
" Je croyais Migdomie folle et elle est très sage ; en me conduisant à l’apôtre de Dieu, elle m’a fait connaître la voie de la vérité et ceux-là sont bien insensés qui ne croient pas en Jésus-Christ."

Or la reine refusa d'avoir désormais commerce avec le roi. Celui-ci, stupéfait, dit à son parent :
" En voulant recouvrer ta femme, j'ai perdu la mienne qui se comporte envers moi de pire façon que ne fait la tienne à ton égard."
Alors le roi ordonna de lier les mains de l’apôtre, le fit amener en sa présence et lui enjoignit de ramener leurs femmes à leurs maris. Mais l’apôtre lui démontra par trois exemples qu'elles ne le devaient pas faire, tant qu'ils persisteraient dans l’erreur, savoir par l’exemple du roi, l’exemple de la tour et l’exemple de la fontaine :
" D'où vient, dit-il, que vous, qui êtes roi, vous ne voudriez pas que votre service se fit d'une manière sale et que vous exigez la propreté dans vos serviteurs et dans vos servantes ? Combien plus devez-vous croire que Dieu exige un service très chaste et très propre ? Pourquoi me faire un crime de prêcher aux serviteurs de Dieu de l’aimer, quand vous désirez la même chose dans les vôtres ?
J'ai élevé une tour très haute et vous me dites, à moi qui l’ai bâtie, de la détruire ?
J'ai creusé profondément la terre et fait jaillir une, fontaine de l’abîme et vous me dites de la combler ?"



Martyre de saint Thomas. Bernaert van Orley. XVe.

Le roi, en colère, fit apporter des lames de fer brûlantes et placer l’apôtre nu-pieds sur elles ; mais aussitôt, par l’ordre de Dieu, une fontaine surgit en cet endroit-là même et les refroidit.
Alors le roi, d'après le conseil de son parent, fit jeter Thomas dans une fournaise ardente, qui s'éteignit, de telle sorte que le lendemain il en sortit sain et frais.
Carisius dit au roi :
" Fais-lui offrir un sacrifice au soleil, afin qu'il encoure la colère de son Dieu qui le préserve."
Comme on pressait l’apôtre de le faire, il dit au roi :
" Tu vaux mieux que ce que tu fais exécuter, puisque tu négliges le vrai Dieu pour honorer une image. Tu penses, comme te l’a dit Carisius, que Dieu s'irritera contre moi quand j'aurai adoré ton dieu ; il sera bien plus irrité contre ton idole, car il la brisera : adore-le donc. Que si en adorant ton Dieu, le mien ne le renverse pas, je sacrifie à l’idole ; mais s'il en arrive ainsi que je le dis, tu croiras à mon Dieu."
Le roi lui dit :
" Tu me parles comme à un égal."
Alors l’apôtre commanda en langue hébraïque au démon renfermé dans l’idole, qu'aussitôt qu'il aurait fléchi le genou devant lui, à l’instant il brisât l’idole. Or l’apôtre, en fléchissant le genou, dit :
" Voici que j'adore, mais ce n'est pas l’idole ; voici que j'adore, mais ce n'est pas le métal ; voici que j'adore, mais ce n'est pas un simulacre, car Celui que j'adore, c'est mon Seigneur Jésus-Christ, au nom duquel je te commande, démon, qui te caches dans cette image, de la briser."
Et aussitôt elle disparut comme une cire qui se fond.


Saint Thomas devant l'idole.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Tous les prêtres poussèrent des hurlements et le pontife du temple saisit un glaive avec lequel il perça l’apôtre en disant :
" C'est moi qui tirerai vengeance de l’affront fait à mon Dieu."
Pour le roi et Carisius, ils s'enfuirent en voyant le peuple s'apprêtant à venger l’apôtre et à brûler vif le pontife. Les chrétiens emportèrent le corps du saint et l’ensevelirent honorablement. Longtemps après, c'est-à-dire environ l’an 230, il fut transporté en la ville d'Edesse, qui s'appelait autrefois Ragès des Mèdes. Ce fut l’empereur Alexandre qui le fit à la prière des Syriens. Or, en cette ville, aucun hérétique, aucun juif, aucun Païen n'y peut vivre, pas plus qu'aucun tyran ne saurait y faire de mal, depuis que Abgare, roi de cette cité, eut l’honneur de recevoir une lettre écrite de la main du Sauveur (Eusèbe rapporte au Ier livre de son Histoire ecclésiastique et la lettre d'Abgare et la réponse de Notre Seigneur Jésus-Christ. (chap. XIII). Il a pris, dit-il, ces deux pièces dans les archives d'Edesse).

Car aussitôt que l’ennemi vient attaquer cette ville, un enfant baptisé, debout sur la porte, lit cette lettre et le jour même, tant par l’écrit du Sauveur, que par les mérites de l’apôtre Thomas, les ennemis sont mis en fuite ou font la paix. Voici ce que dit de cet apôtre Isidore, dans son livre de la vie et de la mort des saints :
" Thomas, disciple et imitateur de Notre Seigneur Jésus-Christ, fut incrédule en entendant et fidèle en voyant. Il prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdès, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens : en entrant dans l’Orient et en pénétrant dans l’intérieur du pays, il prêcha jusqu'à l’heure de son martyre. Il fut percé à coups de lances."
 
Ainsi parle Isidore (Isidore raconte des faits conformes à cette légende). Et saint Jean Chrysostome dit, de son côté, que quand Thomas fut arrivé au pays des Mages qui étaient venus adorer Notre Seigneur Jésus-Christ, il les baptisa, puis ils devinrent ses coadjuteurs dans l’établissement de la foi chrétienne.

GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS

" Ô Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l'Avènement du Juge."

Infidélité de saint Thomas. Sermons. Maurice de Sully. Italie. XIVe.

HYMNE DE SAINT THOMAS

Tirée des Menées des Grecs :

" Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu'une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.

Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation , en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.

Tu as fais resplendir la terre des Indiens d'un vif éclat, Ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l'Esprit-Saint, et tu les fis s'élever, Ô très prudent, jusqu'à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l'Eglise, Ô bienheureux intercesseur de nos âmes !

Ô contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! Ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! Tu retiras les peuples de l'abime de l'ignorance avec les filets du divin Esprit : c'est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d'eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l'immortalité : supplie-le d'avoir pitié de nos âmes."


Saint Thomas. Albrecht Dürer. XVIe.

PRIERE

" Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c'est à vous maintenant que s'adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Eglise. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d'une lumière qui nous conduise jusqu'à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi.

Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu'il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, Ô saint Apôtre, ce n'est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous :

" Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui cependant ont cru !"

Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu'en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, Ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l'œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons."

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21 décembre. " O Oriens ".

- " O Oriens ".

O ORIENS

" O Oriens, splendor lucis aeternae, et Sol justitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis."

" Ô Orient ! Splendeur de la lumière éternelle ! Soleil de justice ! Venez, et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort."


Adoration. Fabriano da Gentile. XVe.

" Divin Soleil, Ô Jésus ! Vous venez nous arracher à la nuit éternelle : Soyez à jamais béni ! Mais combien Vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute Votre splendeur ! Combien Vous aimez à voiler Vos rayons, jusqu'à l'instant marqué par Votre Père céleste, où Vous devez épanouir tous Vos feux ! Voici que Vous traversez la Judée ; Vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme. Sur le chemin, Vous rencontrez une multitude d'hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d'origine, pour satisfaire à l'Edit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne Vous a soupçonné si près de lui, Ô divin Orient ! Marie, Votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s'ils remarquent la majesté et l'incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S'ils voient avec tant d'indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ?

Et cependant ce fils, c'est Vous-même, Ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais Accroissez aussi l'amour. Si ces hommes Vous aimaient, Ô libérateur du genre humain, Vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne Vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils Vous désireraient, et ils hâteraient Votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs. Ô Jésus qui traversez ainsi ce monde que Vous avez fait, et qui ne Forcez point l'hommage de Vos créatures, nous voulons Vous accompagner dans le reste de votre Voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point Vous quitter jusqu'à ce que nous soyons arrivés avec Vous à l'heureuse Bethléem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux Vous verront, Ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !"


La Virgen de las Cuevas. F. de Zurbaran. XVIIe.

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT

Bréviaire Mozarabe, au Lundi de la Ve Semaine de l’Avent, Oraison :

" Ô Dieu notre Père ! Quel crime énorme vois-je commettre sous Vos yeux par les Juifs réprouvés ! Ils méprisent Votre Fils annoncé dans la Loi, et ils demeurent dans le gouffre de leur incrédulité ; tandis que ceux auxquels il n'avait pas été annoncé l'ont vu, et que ceux qui n'en ont point entendu parler l'ont contemplé dans leur intelligence. Arrachez donc de nous, nous Vous en supplions, tout ce qui Vous résiste dans nos œuvres afin que les dons que Vous avez implantés dans notre cœur docile prennent un accroissement fécond, et que la racine de l'humilité ne s'y dessèche jamais. Amen."