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lundi, 25 mars 2019

25 mars. Saint Richard de Paris, enfant, martyr. 1180.

- Saint Richard de Paris, enfant, martyr. 1180.

Pape : Alexandre III. Roi de France : Philippe II, Auguste.

" Salvete, flores martyrum,
Quo lucis ipso in limine
Christi insecutor sustulit,
Ceu turbo nascentes rosas."
" Salut, fleurs des martyrs,
Moissonnées au seuil de la vie
Par le glaive de l'ennemi du Christ,
Comme la tempête en fureur brise les roses qui viennent d'éclore."
Prudence.

Sur la fin du règne de Louis VII, en France, et au commencement de celui de Philippe-Auguste, son fils, qui régna quelque temps avec lui, on vit à Paris un fait presque semblable à celui dont nous parlions hier, arrivé dans la ville de Norwich ; le martyr était aussi en âge de raison, et ainsi sa victoire fut plus remarquable et plus glorieuse.

C'était un jeune garçon appelé Richard, de fort bonne famille, âgé seulement de douze ans. Les Juifs s'en étant saisis vers la fête de Pâques, l'attirèrent en leur maison et le conduisirent en un caveau sous terre. Le chef de la synagogue, l'interrogeant sur sa croyance et sur ce que lui enseignaient ses parents, il répondit avec une fermeté digne d'un vrai Chrétien :
" Je ne crois qu'en Dieu le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ, son Fils unique, né de la Vierge Marie, crucifié et mort sous Ponce-Pilate."

Le rabbin, offensé de cette profession de foi si pleine de candeur, adressa la parole aux Juifs complices de son crime, et leur commanda de le dépouiller et de le fouetter cruellement. L'exécution suivit aussitôt le commandement le saint jeune homme étant dépouillé, fut battu avec une fureur qui ne pouvait convenir qu'à des enfants de la race de Chanaan. Tandis que quelques-uns le traitaient de la sorte, les autres, qui étaient spectateurs de la tragédie, lui crachaient au visage, et, par un horrible mépris de la foi chrétienne qu'il professait, proféraient mille blasphèmes contre la divinité de Jésus-Christ, au lieu que le martyr le bénissait sans cesse, ne prononçant point d'autres paroles, parmi tous ces tourments, que le nom sacré de JÉSUS.

Lorsque ces tigres se furent suffisamment délectés de ce premier supplice, ils relevèrent sur une croix, et lui firent souffrir toutes les indignités que leurs, sacrilèges ancêtres avaient autrefois fait endurer sur le Calvaire a notre divin Sauveur cependant leur barbarie ne put ébranler le courage du Martyr; mais, retenant toujours l'amour de Jésus en son cœur, il ne cessa jamais de l'avoir en la bouche, jusqu'à ce qu'enfin son petit corps, affaibli par la douleur, laissa sortir son âme avec un soupir, et avec le même nom adorable de Jésus.

Une impiété si détestable, commise au milieu d'un royaume très-chrétien, ne demeura pas impunie. Le roi voulait même exterminer tous les Juifs qui se trouvaient en France, parce que presque partout on les accusait de crimes semblables, outre leurs usures il se contenta de les bannir du royaume.

Dieu voulut rendre illustre la mémoire du saint Martyr, qui était mort pour la cause de son fils. Le tombeau qu'on lui avait érigé en un cimetière appelé des Petits-Champs, devint célèbre par les miracles qui s'y opéraient tous les jours ; ce qui engagea les chrétiens de lever son saint corps de terre et de le porter solennellement en l'église des Innocents, où il a demeuré jusqu'à ce que les Anglais, s'étant rendus en quelque façon les maîtres de la France, et particulièrement de Paris, sous le faible roi Charles VI, enlevèrent ce précieux trésor pour l'honorer en leur pays, alors catholique, et ne nous laissèrent que son chef. Il se voyait encore au XVIIIe siècle, en cette même église des Innocents, enchâssé dans un riche reliquaire.

L'histoire du martyre de saint Richard a été composée par Robert Gaguin, général de l'Ordre de la Très-Sainte Trinité elle se trouve aussi dans les Annales et les Antiquités de Paris ; dans le martyrologe des Saints de France, et dans plusieurs historiens qui ont écrit les gestes de nos rois.

Particulièrement dans Scipion Duplex, lorsqu'il traite du règne de Philippe-Auguste, en l'année 1180, cet auteur remarque, avec le cardinal Baronius, au deuxième tome de ses Annales, que, huit ans auparavant, d'autres Juifs avaient commis un crime semblable en la ville de Nordwich, en Angleterre, en la personne d'un enfant, appelé Guillaume, comme nous l'avons vu hier.

Polydore Virgile parle de cet enfant en son Histoire d'Angleterre, ainsi que le religieux Robert du Mont, en son supplément à Sigebert.

Nous avons déjà cinq saints innocents martyrisés par les Juifs : Siméon, à Trente, Janot, au diocèse de Cologne, Guillaume, à Nordwich, Hugues à Lincoln, et notre Richard, à Paris.

Nous pouvons encore y en ajouter un cinquième, dont parle Raderus en sa Bavière sainte, à savoir, un nommé Michel, jeune enfant de trois ans et demi, fils d'un paysan, nommé Georges, du village de Sappendelf, auprès de la ville de Naumbourg. Les Juifs l'ayant enlevé le dimanche de la Passion, pour satisfaire leur rage contre les chrétiens, l'attachèrent à une colonne, où ils le tourmentèrent, l'espace de trois jours, par d'étranges cruautés ainsi ils lui ouvraient les poignets et le dessus des pieds, et lui faisaient diverses incisions en forme de croix, par tout le corps, pour en tirer tout le sang. Il mourut dans ce supplice l'an de Notre-Seigneur 1340.

Ajoutons que les Juifs étant devenus l'objet d'une telle haine générale, les Papes et les conciles les sauvèrent seuls, souvent du moins, de la fureur du peuple et des édits de proscription des princes. On en fit dans certaines contrées, dans certaines villes, d'affreux massacres, ou on les obligea, par les menaces et les tortures, d'embrasser le christianisme.

Alexandre II, pour ne citer que deux exemples, loua les évêques espagnols qui s'étaient opposés à ces violences ; le cinquième concile de Tours (1273), défendit aux croisés de persécuter les Juifs.

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dimanche, 24 mars 2019

24 mars 2019. IIIe dimanche de Carême.

- IIIe dimanche de Carême.



Notre Seigneur Jésus-Christ délivrant un possédé.
Sermons. Maurice de Sully. XIVe.

Le troisième Dimanche de Carême est appelé Oculi, du premier mot de l'Introït de la Messe.

Dans l'Eglise primitive, on le nommait le Dimanche des scrutins, parce que c'était en ce jour que l'on commençait l'examen des Catéchumènes qui devaient être admis au Baptême dans la nuit de Pâques. Tous les fidèles étaient invités à se présenter à l'église pour rendre témoignage de la vie et des mœurs de ces aspirants à la milice chrétienne. A Rome, ces examens, auxquels on donnait le nom de Scrutins, avaient lieu en sept séances, à raison du grand nombre des aspirants au Baptême ; mais le principal Scrutin était celui du Mercredi de la quatrième semaine. Nous en parlerons plus loin.

Le Sacramentaire Romain de saint Gélase nous donne la forme de la convocation des fidèles pour ces assemblées ; elle est conçue en ces termes :
" Frères très chers, vous savez que le jour du Scrutin dans lequel nos élus doivent recevoir l'instruction divine est proche; vous voudrez donc bien vous réunir avec zèle tel jour de cette semaine, à l'heure de Sexte, afin que nous soyons en mesure, avec l'aide de Dieu, d'accomplir sans erreur le mystère céleste qui ouvre la porte du royaume des cieux, et anéantit le diable avec toutes ses pompes."

Cette invitation se répétait, s'il était besoin, chacun des Dimanches suivants. Dans celui que nous célébrons aujourd'hui, le Scrutin ayant déjà procuré l'admission d'un certain nombre de candidats, on plaçait leurs noms dans les diptyques de l'autel, ainsi que ceux de leurs parrains et marraines, et on les récitait au Canon de la Messe.



Notre Seigneur Jésus-Christ chassant le diable.
Pontifical à l'usage de Beauvais adapté à l'usage de Lisieux. XIIIe.

A LA MESSE

Ce Dimanche est célèbre, dans l'Eglise grecque, par la solennelle adoration de la Croix qui précède la semaine appelée Mésonestime, c'est à-dire milieu des jeûnes.

La Station avait lieu et se tient encore dans la Basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs. On voulait, en reveillant le souvenir du plus célèbre des Martyrs de Rome, rappeler aux Catéchumènes quels sacrifices la foi dans laquelle ils allaient s'enrôler pourrait exiger d'eux.

ÉPÎTRE

Lecture de l'Epître de saint Paul, Apôtre, aux Ephésiens. Chap. V.



Bestiaire divin. Guillaume Le Clerc. XIIIe.

" Mes Frères, soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, et marchez dans la charité comme Jésus-Christ nous a aimés, et s'est livré lui-même pour nous, s'offrant à Dieu comme une oblation et une victime d'agréable odeur. Qu'on n'entende même pas nommer parmi vous la fornication, ni quelque impureté que ce soit, ni l'avarice, ainsi qu'il convient à des saints. Qu'on n'entende chez vous ni paroles déshonnêtes, ni propos insensés, ni bouffonneries, ce qui ne convient pas à votre état, mais plutôt les paroles d'actions de grâces. Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, ce qui est une idolâtrie, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c'est pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur les enfants de l'infidélité. N'ayez donc rien de commun avec eux. Car vous étiez autrefois ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme les fils de la lumière. Or le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité."

L’Apôtre, s'adressant aux fidèles d'Ephèse, leur rappelle qu'ils étaient autrefois ténèbres, et qu'ils sont devenus lumière dans le Seigneur. Quelle joie pour nos Catéchumènes d'apprendre que le même sort leur est réservé! Jusqu'à présent, ils ont vécu dans la dépravation païenne, et maintenant ils possèdent les arrhes de la sainteté par leur admission au Baptême. Asservis naguère à ces faux dieux dont le culte était l'aliment du vice, ils entendent aujourd'hui l'Eglise exhorter ses enfants à imiter la sainteté du Dieu des chrétiens ; et la grâce qui les rendra capables d'aspirer à reproduire en eux les perfections divines est sur le point de leur être communiquée.



Verrière de la cathédrale Notre-Dame. Chartres.

Mais il leur faudra combattre pour se maintenir à cette élévation ; et deux ennemis surtout chercheront à se relever : l'impureté et l'avarice. Le premier de ces vices, l'Apôtre ne veut même pas qu'il soit nommé désormais; le second, il le tiétrit en le comparant au culte des idoles, auquel les élus vont renoncer. Tels sont les enseignements que l'Eglise prodigue à ses futurs enfants ; mais nous qui avons été sanctifiés dès notre entrée en ce monde, sommesnous demeurés fidèles à notre Baptême ? Nous avons été lumière ; pourquoi sommes-nous ténèbres aujourd'hui ? que sont devenus les traits de la ressemblance divine qui avait été imprimée en nous ? Hâtons-nous de les faire revivre, en renonçant à Satan et à ses idoles ; et faisons en sorte que la pénitence nous rétablisse dans cet état de lumière dont le fruit consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. XI.



Ivoire. Ve siècle. Italie.


" En ce temps-là, Jésus chassa un démon, et ce démon était muet. Et lorsqu'il eut chassé le démon, le muet parla, et la foule fut dans l’admiration. Mais quelques-uns d'entre eux dirent :
" C'est par Béelzébuth, prince des démons, qu'il chasse les démons."
Et d'autres, pour le tenter, lui demandaient un signe du ciel. Mais lui, ayant vu leurs pensées, leur dit :
" Tout royaume divisé contre lui-même sera dévasté, et toute maison divisée contre elle-même s'écroulera. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son royaume tiendra-t-il debout ? Cependant vous dites que c'est par Béelzébuth que je chasse les démons. Mais si je chasse les démons par Béelzébuth, par qui vos enfants les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront vos juges. Que si je chasse les démons par le doigt de Dieu, le royaume de Dieu est donc venu jusqu'à vous. Lorsque le fort armé garde sa maison, tout ce qu'il possède. Mais s'il survient un plus fort que lui qui le surmonte, il emporte toutes ses armes dans lesquelles il se confiait, et il distribue ses dépouilles. Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui ne recueille pas avec moi dissipe. Lorsqu'un esprit immonde est sorti d'un homme, il s'en va errant par des lieux arides, cherchant le repos ; et comme il ne le trouve pas, il dit : " Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ". Et quand il revient, il la trouve nettoyée et parée. Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et, étant entrés dans cette maison, ils y demeurent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier."
Comme il disait ces choses, une femme élevant la voix du milieu de la foule, lui dit :
" Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont nourri !"
Et Jésus dit :
" Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent !"


Le démon dont Jésus délivra le possédé de notre Evangile rendait cet homme muet ; et la sortie de l'esprit de ténèbres affranchit la langue du malheureux qu'il tyrannisait. Ce fait nous donne une image du pécheur captif de son redoutable vainqueur, et réduit par lui au mutisme. Si ce pécheur parlait pour confesser ses fautes, pour demander grâce, il serait délivré. Que de démons muets, répandus de toutes parts, empêchent les hommes de faire cet aveu salutaire qui les sauverait ! Cependant, la sainte Quarantaine avance dans son cours, les jours de grâce s'écoulent ; profitons du temps favorable ; et si nous sommes dans l'amitié de Dieu, prions instamment pour les pécheurs, afin qu'ils parlent, qu'ils s'accusent et qu'ils soient pardonnés.



Notre Seigneur Jésus-Christ chassant le diable.
Pontifical à l'usage de Beauvais adapté à l'usage de Lisieux. XIIIe.

Ecoutons aussi dans une religieuse terreur ce que nous apprend le Sauveur sur nos ennemis invisibles. Avec leur puissance, leur adresse, leurs moyens de nuire, qui pourrait subsister devant eux, si Dieu ne nous soutenait pas, s'il n'avait pas député ses Anges pour veiller sur nous et pour combattre avec nous ? Par le péché cependant, nous nous étions livrés à ces impurs et odieux esprits ; nous avions préféré leur empire tyrannique au joug si suave et si léger de notre compatissant Rédempteur. Maintenant nous sommes affranchis, ou nous allons bientôt l'être ; remercions notre libérateur ; mais prenons garde de ne plus retomber au pouvoir de ces hôtes infernaux.

Le Sauveur nous avertit du péril qui nous menace. Ils reviendront, ils essaieront de forcer la demeure de notre âme sanctifiée par l'Agneau de la Pâque. Si nous sommes vigilants, si nous sommes fidèles, ils se retireront pleins de confusion ; mais si nous étions tièdes et lâches, si nous perdions de vue le prix de la grâce et les obligations qui nous enchaînent à celui qui nous a sauvés, notre perte serait certaine ; et. selon la terrible parole de Jésus-Christ, " le second état deviendrait pire que le premier ".

Voulons-nous éviter un si grand malheur ? méditons cette autre parole du Sauveur dans notre Evangile : " Qui n'est pas avec moi est contre moi ". Ce qui fait que l'on retombe dans les liens du démon, que l'on oublie tout ce que l'on doit au divin libérateur, c'est qu'on ne prend pas franchement parti pour Jésus-Christ en présence des occasions où le devoir exige que le chrétien se prononce avec fermeté. On ménage, on dissimule, on temporise : cependant l'énergie de l'âme s'affaiblit ; Dieu ne donne plus qu'avec mesure ses grâces d'abord si abondantes ; et la rechute devient imminente. Marchons donc d'un pas ferme et assuré, et souvenons-nous que le soldat de Jésus-Christ doit toujours se faire honneur de son divin Chef.



Bible. Constantinople. XIIe.

COMMENTAIRE

La sainte Eglise, qui, au premier Dimanche de Carême, nous a proposé la tentation de Jésus-Christ au désert pour sujet de nos méditations, afin de nous éclairer sur la nature de nos propres tentations, et sur la manière dont nous en devons triompher, nous fait lire aujourd'hui un passage de l'Evangile de saint Luc, dont la doctrine est destinée à compléter notre instruction sur la puissance et les manœuvres de nos ennemis invisibles. Durant le Carême, le chrétien doit réparer le passé et assurer l'avenir ; il ne pourrait se rendre compte du premier, ni défendre efficacement le second, s'il n'avait des idées saines sur la nature des périls auxquels il a succombé, et sur ceux qui le menacent encore. Les anciens liturgistes ont donc reconnu un trait de la sagesse maternelle de l'Eglise dans le discernement avec lequel elle propose aujourd'hui à ses enfants cette lecture, qui est comme le centre des enseignements de la journée.

Nous serions assurément les plus aveugles et les plus malheureux des hommes, si, environnés comme nous le sommes d'ennemis acharnés à notre perte et très supérieurs à nous en force et en adresse, nous en étions venus à ne pas songer souvent à leur existence, peut-être même à n'y réfléchir jamais. Tel est cependant l'état dans lequel vivent un nombre immense de chrétiens de nos jours : tant " les vérités sont diminuées parmi les enfants des hommes " (Psalm. XI, 2.).

Cet état d'insouciance et d'oubli sur un objet que les saintes Ecritures nous rappellent à chaque page, est tellement répandu, qu'il n'est pas rare de rencontrer des personnes aux yeux desquelles l'action continue des démons autour de nous n'est rien autre chose qu'une croyance gothique et populaire qui n'appartient point aux dogmes de la religion. Tout ce qu'en racontent l'histoire de l'Eglise et la vie des Saints est pour eux comme s'il n'existait pas. Pour eux, Satan semble n'être qu'une pure abstraction sous laquelle on aurait personnifié le mal.



Notre Seigneur Jésus-Christ exorcisant un possédé.
Gustave Doré. XIXe.

S'agit-il d'expliquer le péché en eux-mêmes ou dans les autres ? ils vous parlent du penchant que nous avons au mal, du mauvais usage de notre liberté ; et ils ne veulent pas voir que l'enseignement chrétien nous révèle en outre dans nos prévarications l'intervention d'un agent malfaisant, dont la puissance est égale à la haine qu'il nous porte. Cependant, ils savent, ils croient sincèrement que Satan a conversé avec nos premiers parents et les a entraînés dans le mal, en se montrant à eux sous la forme d'un serpent. Ils croient que ce même Satan a osé tenter le Fils de Dieu incarné, qu'il l'a enlevé par les airs jusque sur le sommet du temple, et de là sur une haute montagne. Ils lisent aussi dans l'Evangile et ils croient qu'un des malheureux possédés qui furent délivrés par le Sauveur était assiégé d'une légion entière d'esprits infernaux, que l'on vit, sur la permission qu'ils en reçurent, fondre sur un troupeau de porcs et le précipiter dans le lac de Génézareth. Ces faits et mille autres sont l'objet de leur foi ; et avec cela tout ce qu'ils entendent dire de l'existence des démons, de leurs opérations, de leur adresse à séduire les âmes, leur semble fabuleux. Sont-ils chrétiens, ou ont-ils perdu le sens ?

On ne saurait répondre, surtout lorsqu'on les voit se livrerde nos jours à desconsultations sacrilèges du démon, à l'aide de moyens renouvelés des siècles du paganisme, sans qu'ils paraissent se rappeler, ni même savoir qu'ils commettent un crime que Dieu, dans l'ancienne loi, punissait de mort, et que la législation de tous les peuples chrétiens, durant un grand nombre de siècles, a frappé du dernier supplice.

Mais s'il est une époque de l'année où les fidèles doivent méditer ce que la foi et l'expérience nous apprennent sur l'existence et les opérations des esprits de ténèbres, c'est assurément ce temps où nous sommes, durant lequel nous avons tant à réfléchir sur les causes de nos péchés, sur les dangers de notre âme, sur les moyens de la prémunir contre de nouvelles chutes et de nouvelles attaques. Ecoutons donc le saint Evangile. Il nous apprend d'abord que le démon s'était emparé d'un homme, et que l'effet de cette possession avait été de rendre cet homme muet. Jésus délivre ce malheureux, et l'usage de la parole revient aussitôt que l'ennemi a été chassé. Ainsi, la possession du démon non seulement est un monument de l'impénétrable justice de Dieu ; mais elle peut produire des effets physiques sur ceux qui en sont l'objet.



Notre Seigneur Jésus-Christ exorcisant un possédé.
Guiard des Moulins, Bible historiale. XIVe.

L'expulsion du malin esprit rend l'usage de la langue à celui qui gémissait sous ses liens. Nous n'insistons pas ici sur la grossière malice des ennemis du Sauveur, qui veulent attribuer son pouvoir surles démons à l'intervention de quelque prince de la milice infernale; nous voulons seulement constater le pouvoir des esprits de ténèbres sur les corps, et confondre par le texte sacré le rationalisme de certains chrétiens. Qu'ils apprennent donc à connaître la puissance de nos adversaires, et qu'ils évitent de leur donner prise sur eux, par l'orgueil de la raison.

Depuis la promulgation de l'Evangile, le pouvoir de Satan sur les corps s'est trouvé restreint par la vertu de la Croix, dans les pays chrétiens ; mais il reprend une nouvelle extension, si la foi et les œuvres de la piété chrétienne diminuent. De là toutes ces horreurs diaboliques qui, sous divers noms plus ou moins scientifiques, se commettent d'abord dans l'ombre, sont ensuite acceptées dans une certaine mesure par les gens honnêtes, et pousseraient au renversement de la société, si Dieu et son Eglise n'y mettaient enfin une digue. Chrétiens de nos jours, souvenez-vous que vous avez renoncé à Satan, et prenez garde qu'une ignorance coupable ne vous entraîne dans l'apostasie. Ce n'est pas à un être de raison que vous avez renoncé sur les fonts baptismaux: c'est à un être réel, formidable, et dont Jésus-Christ nous dit qu'il a été homicide dès le commencement (Johan. VIII, 44.).

Mais si nous devons redouter l'affreux pouvoir qu'il peut exercer sur les corps, et éviter tout intact avec lui dans les pratiques auxquelles il préside, et qui sont le culte auquel il aspire, nous devons aussi craindre son influence sur nos âmes. Voyez quelle lutte la grâce divine a dû engager pour l'arracher de votre âme. En ces jours, l'Eglise nous offre tous ses moyens pour triompher de lui : le jeûne uni à la prière et à l'aumône. Vous arriverez à la paix ; et votre cœur, vos sens purifiés, redeviendront le temple de Dieu. Mais n'allez pas croire que vous ayez anéanti votre ennemi. Il est irrité ; la pénitence l’a expulsé honteusement de son domaine, et il a juré de tout tenter pour y rentrer. Craignez donc la rechute dans le péché mortel ; et pour fortifier en vous cette crainte salutaire, méditez la suite des paroles de notre Evangile.



Notre Seigneur Jésus-Christ exorcisant un possédé.
Gravure du XVIIe.

Le Sauveur nous y apprend que cet esprit immonde, chassé d'une âme, s'en va errant dans les lieux arides et déserts. C'est là qu'il dévore son humiliation, et qu'il sent davantage les tortures de cet enfer qu'il porte partout avec lui, et dont il voudrait se distraire, s'il le pouvait, par le meurtre des âmes que Jésus-Christ a rachetées. L'Ancien Testament nous montre déjà les démons vaincus, réduits à fuir dans des solitudes éloignées : c'est ainsi que le saint Archange Raphaël relégua dans les déserts de l'Egypte supérieure l'esprit infernal qui avait fait périr les sept maris de Sara (Tob. VIII, 3.). Mais l'ennemi de l'homme ne se résigne pas à rester ainsi toujours éloigné de la proie qu'il convoite. La haine le pousse, comme au commencement du monde, et il se dit :
" Il faut que je retourne à ma maison d'où je suis sorti."

Mais il ne viendra pas seul ; il veut triompher, et pour cela il amènera, s'il le faut, avec lui sept autres démons plus pervers encore. Quel choc se prépare pour la pauvre âme, si elle n'est pas vigilante, fortifiée ; si la paix que Dieu lui a rendue n'a pas été une paix armée! L'ennemi sonde les abords de la place; dans sa perspicacité, il examine les changements qui se sont opérés pendant son absence. Qu'aperçoit-il dans cette âme où il avait naguère ses habitudes et son séjour ? Notre Seigneur nous le dit : le démon la trouve sans défense, toute disposée à le recevoir encore; point d'armes dirigées contre lui. Il semble que l'âme attendait cette nouvelle visite. C'est alors que, pour être plus sûr de sa conquête, l'ennemi va chercher ses renforts. L'assaut est donné ; rien ne résiste ; et bientôt, au lieu d'un hôte infernal, la pauvre âme en recèle une troupe ; et, ajoute le Sauveur, " le dernier état de cet homme devient pire que le premier ".

Comprenons l'avertissement que nous donne la sainte Eglise, en nous faisant lire aujourd'hui ce terrible passage de l'Evangile. De toutes parts, des retours à Dieu se ménagent ; la réconciliation va s'opérer dans des millions de consciences ; le Seigneur va pardonner sans mesure ; mais tous persévéreront-ils ? Lorsque le Carême reviendra dans un an convoquer les chrétiens à la pénitence, tous ceux qui, dans ces jours, vont se sentir arraches à la puissance de Satan, auront-ils maintenu leurs âmes franches et libres de son joug ? Une triste expérience ne permet pas à l'Eglise de l'espérer. Beaucoup retomberont, et peu de temps après leur délivrance, dans les liens du péché. Oh ! S'ils étaient saisis par la justice de Dieu en cet état ! Cependant, tel sera le sort de plusieurs, d'un grand nombre peut-être. Craignons donc la rechute ; et pour assurer notre persévérance, sans laquelle il nous eût peu servi de rentrer pour quelques jours seulement dans la grâce de Dieu, veillons désormais, prions, défendons les abords de notre âme, résignons-nous au combat ; et l'ennemi, déconcerté de notre contenance, ira porter ailleurs sa honte et ses fureurs.

24 mars. Saint Simon de Trente, ou Siméon, enfant, martyr. 1475.

- Saint Simon de Trente, ou Siméon, enfant, martyr. 1475.

Pape : Sixte IV. Empereur : Frédéric III.

" Salvete, flores martyrum,
Quo lucis ipso in limine
Christi insecutor sustulit,
Ceu turbo nascentes rosas."

" Salut, fleurs des martyrs,
Moissonnées au seuil de la vie
Par le glaive de l'ennemi du Christ,
Comme la tempête en fureur brise les roses qui viennent d'éclore."

Prudence.

La ville de Trente, limitrophe de l'Italie et de l'Allemagne, et très renommée pour le fameux Concile général qui y a été célébré dans le XVIe siècle, s'est vue ensanglantée, près de cent ans auparavant, par le meurtre d'un innocent, que les Juifs firent mourir. Cet enfant s'appelait Pierre Stéphane Simon (ou, comme disent quelques auteurs, Siméon). Son père se nommait André, et sa mère Marie étaient catholiques ; pauvres, ils demeuraient en un lieu appelé le Fossé, au bout de la même ville. Notre Saint était né l'an 1472, le 26 novembre, un vendredi, jour particulièrement destiné à la mémoire de la Passion du Sauveur, dont il devait porter la ressemblance.

Il arriva donc que des Juifs, qui demeuraient à Trente, se disposant a leurs cérémonies pascales, voulurent avoir un enfant chrétien pour le faire mourir.

Ils engagèrent un d'entre eux, appelé Tobie, à commettre ce détestable larcin, et à leur amener, à quelque prix que ce fût, quelqu'un des petits enfants chrétiens qu'il trouverait dans la ville. Celui-ci n'y manqua pas rencontrant ce petit Siméon, qui était beau comme un ange, âgé seulement de vingt-neuf mois, moins trois jours, il le déroba à la porte même de la maison de ses parents, en ce lieu du Fossé, et l'apporta sans bruit chez un Juif appelé Samuel, où tous les autres de cette nation réprouvée avaient rendez-vous. Il n'est pas aisé d'exprimer les hurlements que jetèrent ces loups en voyant en leur pouvoir cet innocent agneau.

Le soir du jeudi au vendredi de la semaine sainte, ils le portèrent en leur synagogue à un vieillard nommé Moïse, qui le dépouilla d'abord, et, de crainte que, par ses petits cris, il ne se fît entendre du voisinage, et qu'il ne fit découvrir ainsi leur cruauté, ce malheureux lui entoura le cou d'un mouchoir pour étouffer sa voix. Le tenant de la sorte sur ses genoux, après des cruautés que des oreilles chastes ne peuvent entendre, il lui coupa un morceau de la joue droite, qu'il mit dans un bassin ensuite tous les assistants enlevèrent chacun une partie de sa chair vive et recueillirent son sang pour le sucer et s'en repaître.

Martyre de saint Simon de Trente.
Gravure. Schedelsche Weltchronik. XVIe.

Lorsque le misérable chef de ces infanticides se fût rassasié de la chair et du sang de cet enfant, il l'éleva droit sur ses pieds, quoique déjà demi-mort ; et, ayant commandé à un de ses bourreaux, nommé Samuel, de le tenir les bras étendus en forme de crucifix, il exhorta tous les autres à le percer à coups d'aiguilles en tous ses membres innocents, sans lui laisser une seule place, depuis la plante des pieds jusqu'à la tête, qui n'eût sa propre plaie.

Ce martyre ne dura pas moins d'une heure, pendant laquelle ces tigres furieux, afin de n'être point touchés par les plaintes mourantes de ce pauvre enfant, hurlaient eux-mêmes comme des forcenés, disant ces paroles en leur langage :
" Tuons celui-ci comme Jésus, le Dieu des chrétiens, qui n'est rien, et qu'ainsi nos ennemis soient à jamais confondus."

Enfin, cet innocent Martyr leva les yeux au ciel comme pour le prendre à témoin des supplices qu'on lui faisait injustement endurer, puis, les rabaissant vers la terre, il rendit son esprit à Celui pour la gloire de qui il mourait. Ce fut le vendredi saint, le 24 mars, l'an de Notre Seigneur Jésus-Christ 1475.

Les Juifs, croyant couvrir leur crime, cachèrent ce petit corps sous des tonneaux de vin, dans un cellier mais le bruit s'en répandait déjà dans la ville, par la voix des autres enfants qui, voyant les parents de Siméon en peine, criaient publiquement qu'il le fallait chercher dans les maisons des Juifs. Ces malheureux, de peur d'être découverts, le jetèrent dans un ruisseau qui coulait au-dessous de la synagogue et pour paraître encore plus innocents, donnèrent avis aux juges qu'en tel endroit il paraissait un corps sur l'eau.

Enlèvement et martyre de saint Simon de Trente.
Gravure. Rudolf Schilling. XVIIe.

La justice y alla et trouva cette victime traitée de la manière qu'il vient d'être dit. L'évêque, assisté de son clergé, le fit transporter comme une précieuse relique en l'église de Saint-Pierre. Dieu, que ce bienheureux Siméon, vierge, martyr et innocent, avait glorifié, non pas en parlant, mais en souffrant, comme autrefois les petits innocents qu'Hérode fit massacrer en Judée. Dieu l'a aussi gloriné de son côté, par la multitude des miracles qui ont été faits par l'attouchement et à la présence de ses dépouilles sacrées.

Pour les Juifs qui avaient commis ce meurtre, ils n'échappèrent pas, même dès ce monde, à la main vengeresse de Dieu parce que la justice, les ayant saisis, leur fit payer les peines qui étaient dues à une Cruauté si inouïe.

Le martyre de ce très saint Innocent se trouve excellemment écrit au deuxième tome de Surius, par Jean-Mathias Tibérin, docteur en médecine, qui avait visité son saint corps par ordre de revenue, et qui dédia son histoire au Sénat et au peuple de Brescia. L'Eglise romaine en a fait tant d'état, qu'elle l'a inséré en son martyrologe, le 24 mars, jour auquel il arriva.

Voir aussi Surius et les Bollandistes, qui ont inséré l'instruction du procès et le rapport du médecin Tibérin, qui visita le corps du jeune Martyr. Voir encore Martène, coll., t. II ; Benolt XIV, de canonis., liv. Ier, ch. XIV, et la vie de saint Guillaume de Norwtch, que nous fêtons aussi aujourd'hui.

Martyre de saint Simon de Trente.
Médaillon sculpté. XVIe.

Enfin, en février 2007, le professeur et chercheur Ariel Toaff, israëlite et fils d'un ancien Grand-rabbin de Rome, a publié un livre dont le titre est Pasque di sangue : Ebrei d'Europa e omicidi rituali (Pâques sanglantes : Juifs d'Europe et meurtres rituels). Dans ce livre, il conclut, entre autres, que les crimes rituels imputés aux Juifs ne furent pas des inventions, que le sang récupéré avait vocation à être utilisé pour des pratiques talmudiques et magiques, pour l'incorporer au pain azyme confectionné et consommé pour la Pâques que célèbrent les Israëlites post-christiques, et, séché, qu'il était utilisé à des fins médicales et qu'un marchant itinérant juif venant de Venise, impliqué dans le procès qui eut lieu à la suite de la découverte du meurtre rituel de saint Simon de Trente, en faisait commerce. Un commentaire intéressant d'Israël Shamir, écrivain israëlien, sur les recherches du professeur Toaff est consultable sur le lien suivant : http://www.israelshamir.net/French/Fr21.htm.

Faut-il préciser que ses conclusions sont contestées, que son livre fit, et fait encore scandale, et que, surtout, le professeur Toaff a subit de la part de certains de ses correligionnaires une persécution terrible ? Cette persécution a " porté " ses fruits hélas, puisque le professeur Toaff, après cinq années de résistance, a du modérer son propos et la dernière réédition de son livre a été amputée et une nouvelle introduction du professeur vient amender son premier propos qui ne souffrait pourtant, comme l'ont soutenu, et le soutiennent toujours, de nombreux universitaires de tous horizons.

Rq : Sur ce sujet grave, nous recommandons aux seuls lecteurs adultes la lecture et le téléchargement du livre " Le mystère du sang ", de monsieur l'abbé Henri Desportes, paru à la fin du XIXe siècle.
Ce livre, très sérieux et documenté, était encore consultable sur le site Gallica - site de la Bibliothèque nationale de France - voilà encore un an-et-demi environ : il a été retiré de la consultation.
Il est désormais disponible sur ce lien :
http://ia351424.us.archive.org/3/items/LeMystreDuSangChez...

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24 mars 2019. L’Annonciation de la sainte Vierge Marie et l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

- L’Annonciation de la sainte Vierge Marie et l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 
" Ipsa tenente, non corruis ; protogente, non metuis ; propitia pervenis."
" Soutenu par Marie, on ne tombe pas ; protégé par Marie, on ne craint pas ; aidé par Marie, on arrive au port."

Saint Bernard de Clairvaux.


Maître du retable des Rois Catholiques. Flandres. XVe.

Cette journée est grande dans les annales de l’humanité ; elles est grande aux yeux même de Dieu : car elle est l'anniversaire du plus solennel événement qui se soit accompli dans le temps. Aujourd'hui, le Verbe divin, par lequel le Père a créé le monde, " s'est fait chair au sein d'une Vierge, et il a habité parmi nous " (Johan.  I, 14.). Suspendons en ce jour nos saintes tristesses ; et en adorant les grandeurs du Fils de Dieu qui s'abaisse, rendons grâces au Père " qui a aimé le monde jusqu'à lui donner son Fils unique " (Ibid.  III, 16.), et au Saint-Esprit dont la vertu toute-puissante opère un si profond mystère Au sein même de l'austère Quarantaine, voici que nous préludons aux joies ineffables de la fête de Noël ; encore neuf mois, et notre Emmanuel conçu en ce jour naîtra dans Bethléhem, et les concerts des Anges nous convieront à venir saluer sa naissance fortunée.


Albrecht Bouts. Flandres. XVIe.

Dans la semaine de la Septuagésime, nous avons contemplé avec terreur la chute de nos premiers parents ; nous avons entendu la voix de Dieu dénonçant la triple sentence, contre le serpent, contre la femme, et enfin contre l'homme. Nos cœurs ont été glacés d'effroi au bruit de cette malédiction dont les effets sont arrives sur nous, et doivent se taire sentir jusqu'au dernier jour du monde. Cependant, une espérance s'est fait jour dans notre aine ; du milieu des anathèmes, une promesse divine a brillé (August. De Trinit. Lib. IV, cap. V.) tout à coup comme une lueur de salut. Notre oreille a entendu le Seigneur irrite dire au serpent infernal qu'un jour sa tête altière serait brisée, et que le pied d'une femme lui porterait ce coup terrible.
 

Fra Angelico. XIVe.
 
Le moment est venu où le Seigneur va remplir l'antique promesse. Durant quatre mille ans, le monde en attendit l'effet ; malgré ses ténèbres et ses crimes, cette espérance ne s'éteignit pas dans son sein. Dans le cours des siècles, la divine miséricorde a multiplié les miracles, les prophéties, les figures, pour rappeler l'engagement qu'elle daigna prendre avec l'homme. Le sang du Messie a passé d'Adam à Noé ; de Sem à Abraham, Isaac et Jacob ; de David et Salomon à Joachim ; il coule maintenant dans les veines de Marie, tille de Joachim. Marie est cette femme par qui doit être levée la malédiction qui pèse sur notre race. Le Seigneur, en la décrétant immaculée, a constitué une irréconciliable inimitié entre elle et le serpent ; et c'est aujourd'hui que cette tille d'Eve va réparer la chute de sa mère, relever son sexe de l'abaissement dans lequel il était plongé, et coopérer directement et efficacement à la victoire que le Fils de Dieu vient remporter en personne sur l'ennemi de sa gloire et du genre humain.


Annonciation avec Louis XII et Anne de Bretagne.

Maître du tryptique de Louis XII. XVIe.

La tradition apostolique a signalé à la sainte Eglise le vingt-cinq mars, comme le jour qui vit s'accomplir l'auguste mystère. Ce fut à l'heure de minuit que la très pure Marie, seule, et dans le recueillement de la prière, vit apparaître devant elle le radieux Archange descendu du ciel pour venir recevoir son consentement, au nom de la glorieuse Trinité. Assistons à l'entrevue de l'Ange et de la Vierge, et reportons en même temps notre pensée aux premiers jours du monde. Un saint Evêque martyr du IIe siècle, fidèle écho de l'enseignement des Apôtres, saint Irenée, nous a appris à rapprocher cette grande scène de celle qui eut lieu sous les ombrages d'Eden (Adv. haeres. Lib. V, cap XIX.).


Gérard David. XVIe

Dans le jardin des délices, c'est une vierge qui se trouve en présence d'un ange, et un colloque s'établit entre l'ange et la vierge. A Nazareth, une vierge est aussi interpellée par un ange, et un dialogue s'établit entre eux; mais l'ange du Paradis terrestre est un esprit de ténèbres, et celui de Nazareth est un esprit de lumière Dans les deux rencontres, c'est l'ange qui prend le premier la parole :

" Pourquoi, dit l'esprit maudit à la première femme, pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres de ce jardin ?"
On sent déjà dans cette demande impatiente la provocation au mal, le mépris, la haine envers la faible créature dans laquelle Satan poursuit l'image de Dieu.
Voyez au contraire l'ange de lumière avec quelle douceur, quelle paix, il approche de la nouvelle Eve ! Avec quel respect il s'incline devant cette fille des hommes !
" Salut, Ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes."
Qui ne reconnaît l'accent céleste dans ces paroles où tout respire la dignité et la paix !


Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.

Mais continuons de suivre le mystérieux parallèle.

La femme d'Eden, dans son imprudence, écoute la voix du séducteur ; elle s'empresse de répondre. Sa curiosité l'engage dans une conversation avec celui qui l'invite à scruter les décrets de Dieu. Elle n'a pas de défiance à l'égard du serpent qui lui parle, tout à l'heure, elle se défiera de Dieu même.

Marie a entendu les paroles de Gabriel ; mais cette Vierge très prudente, comme parle l'Eglise, demeure dans le silence. Elle se demande d'où peuvent venir ces éloges dont elle est l'objet. La plus pure, la plus humble des vierges craint la flatterie; et l'envoyé céleste n'obtiendra pas d'elle une parole qu'il n'ait éclairci sa mission par la suite de son discours :
" Ne craignez pas, Ô Marie, dit-il à la nouvelle Eve : car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Voici que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n'aura pas de fin."

Quelles magnifiques promesses descendues du ciel, de la part de Dieu ! Quel objet plus digne de la noble ambition d'une fille de Juda, qui sait de quelle gloire doit être entourée l'heureuse mère du Messie ? Cependant, Marie n'est pas tentée par tant d'honneur. Elle a pour jamais consacré sa virginité au Seigneur, afin de lui être plus étroitement unie par l'amour ; la destinée la plus glorieuse qu'elle ne pourrait obtenir qu'en violant ce pacte sacré, ne saurait émouvoir son âme. " Comment cela pourrait-il se faire, répond-elle à l'Ange, puisque je ne connais pas d'homme ?"


Johann Koerbecke. XVe.
 
La première Eve ne montre pas ce calme, ce désintéressement. A peine l'ange pervers lui a-t-il assuré qu'elle peut violer, sans crainte de mourir, le commandement de son divin bienfaiteur, que le prix de sa désobéissance sera d'entrer par la science en participation delà divinité même : tout aussitôt, elle est subjuguée. L'amour d'elle-même lui a fait oublier en un instant le devoir et la reconnaissance ; elle est heureuse de se voir affranchie au plus tôt de ce double lien qui lui pèse.

Telle se montre cette femme qui nous a perdus ; mais combien différente nous apparaît cette autre femme qui devait nous sauver ! La première, cruelle à sa postérité, se préoccupe uniquement d'elle-même; la seconde s'oublie, pour ne songer qu'aux droits de Dieu sur elle. L'Ange, ravi de cette sublime fidélité, achève de lui dévoiler le plan divin :
" L'Esprit-Saint, lui dit-il, surviendra en vous ; la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; et c'est pour cela que ce qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Elisabeth votre cousine a conçu un fils, malgré sa vieillesse ; celle qui fut stérile est arrivée déjà à son sixième mois : car rien n'est impossible à Dieu."

L'Ange arrête ici son discours, et il attend dans le silence la résolution de la vierge de Nazareth.


Lorenzo d'Andrea d'Oderigo. XVe.

Reportons nos regards sur la vierge d'Eden. A peine l'esprit infernal a-t-il cessé de parler, qu'elle jette un œil de convoitise sur le fruit défendu ; elle aspire à l'indépendance dont ce fruit si délectable va la mettre en possession. Sa main désobéissante s'avance pour le cueillir ; elle le saisit, elle le porte avidement à sa bouche, et au même instant la mort prend possession d'elle : mort de l'âme par le péché qui éteint la lumière de vie; mort du corps qui séparé du principe d'immortalité, devient désormais un objet de honte  et de confusion, en attendant qu'il tombe en poussière.

Mais détournons nos yeux de ce triste spectacle, et revenons à Nazareth. Marie a recueilli les dernières paroles de l'Ange ; la volonté du ciel est manifeste pour elle. Cette volonté lui est glorieuse et fortunée : elle l'assure que l'ineffable bonheur de se sentir Mère d'un Dieu lui est réservé, à elle humble tille de l'homme, et que la fleur de virginité lui sera conservée. En présence de cette volonté souveraine, Marie s'incline dans une parfaite obéissance, et dit au céleste envoyé : " Voici  la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole ".


Maître de la Vie de Marie. Allemagne. XVe.

Ainsi, selon la remarque de notre grand saint Irenée, répétée par toute la tradition chrétienne, l'obéissance de la seconde femme répare la désobéissance de la première ; car la Vierge de Nazareth n'a pas plus tôt dit : " Qu'il me soit fait ", Fiat, que le Fils éternel de Dieu qui, selon le décret divin, attendait cette parole, se rend présent, par l'opération de l'Esprit-Saint, dans le chaste sein de Marie, et vient y commencer une vie humaine. Une Vierge devient Mère, et la Mère d'un Dieu ; et c'est l'acquiescement de cette Vierge à la souveraine volonté qui la rend féconde, par l'ineffable vertu de l'Esprit-Saint. Mystère sublime qui établit des relations de fils et de mère entre le Verbe éternel et une simple femme ; qui fournit au Tout-Puissant un moyen digne de lui d'assurer son triomphe contre L'esprit infernal, dont l'audace et la perfidie semblaient avoir prévalu jusqu'alors contre le plan divin !

Jamais défaite ne fut plus humiliante et plus complète que celle de Satan, en ce jour Le pied de la femme, de cette humble créature qui lui offrit une victoire si facile, ce pied vainqueur, il le sent maintenant peser de tout son poids sur sa tête orgueilleuse qui en est brisée. Eve se relève dans son heureuse fille pour écraser le serpent. Dieu n'a pas choisi l'homme pour cette vengeance : l'humiliation de Satan n'eût pas été assez profonde. C'est la première proie de l'enfer, sa victime la plus faible, la plus désarmée, que le Seigneur dirige contre cet ennemi. Pour prix d'un si haut triomphe, une femme dominera désormais non seulement sur les anges rebelles, mais sur toute la race humaine ; bien plus, sur toutes les hiérarchies des Esprits célestes. Du haut de son trône sublime, Marie Mère de Dieu plane au-dessus de toute la création. Au fond des abîmes infernaux Satan rugira d'un désespoir éternel, en songeant au malheur qu'il eut de diriger ses premières attaques contre un être fragile et crédule que Dieu a si magnifiquement vengé ; et dans les hauteurs du ciel, les Chérubins et les Séraphins lèveront timidement leurs regards éblouis vers Marie, ambitionneront son sourire, et se feront gloire d'exécuter les moindres désirs de cette femme, la Mère du grand Dieu et la sœur des hommes.


Maître de Moulins. XVe.

C'est pourquoi nous, enfants de la race humaine, arrachés à la dent du serpent infernal par l'obéissance de Marie, nous saluons aujourd'hui l'aurore de notre délivrance. Empruntant les paroles du cantique de Debbora, où cette femme, type de Marie victorieuse, chante son triomphe sur les ennemis du peuple saint, nous disons :

" La race des forts avait disparu d'Israël, jusqu'au jour où s'éleva Debbora, où parut celle qui est la mère dans Israël. Le Seigneur a inauguré un nouveau genre de combat ; il a forcé les portes de son ennemi." (Judic. V, 7, 8.).
Prêtons l'oreille, et entendons encore, à travers les siècles, cette autre femme victorieuse, Judith. Elle chante à son tour :
" Célébrez le Seigneur notre Dieu, qui n'abandonne pas ceux qui espèrent en lui. C'est en moi, sa servante, qu'il a accompli la miséricorde promise à la maison d'Israël ; c'est par ma main qu'il a immolé, cette nuit même, l'ennemi de son peuple. Le Seigneur tout-puissant a  frappé cet ennemi ; il l'a livré aux mains d'une femme, et il l'a percé de son glaive." (Judith, XIII, 17, 18, XVI, 7.).


L'Incarnation. Gérard David. XVIe.

A LA MESSE

La sainte Eglise emprunte la plus grande partie des chants du Sacrifice au sublime épithalame dans lequel le Roi-Prophète célèbre l'union de l'Epoux et de l'Epouse.

EPÎTRE

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. VII.


Petrus Christus. XVe.

" En ces jours-là, le Seigneur parla à Achaz, et lui dit : Demande au Seigneur ton Dieu un prodige au fond de la terre, ou au plus haut du ciel. Et Achaz dit : " Je n'en demanderai point, et ne tenterai point le Seigneur ". Et Isaïe dit : " Ecoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous délasser la patience des hommes, qu'il vous faille lasser aussi celle de mon Dieu ? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voici qu'une Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Il mangera le laitage et le miel, avant d'arriver à l'âge où l'enfant sait rejeter le mal et choisir le bien."
 
C'est en parlant à un roi impie qui refusait un prodige que Dieu daignait lui offrir, en signe de sa miséricordieuse protection sur Jérusalem, que le Prophète annonce à Juda la sublime merveille qui s'accomplit aujourd'hui : Une vierge concevra et enfantera un fils. C'est dans un siècle où le genre humain semblait avoir comblé la mesure de tous ses crimes, où le polythéisme et la plus affreuse dépravation régnaient par toute la terre, que le Seigneur réalise ce prodige. La plénitude des temps est arrivée ; et cette antique tradition qui a fait le tour du monde: qu'une Vierge deviendrait mère, se réveille dans le souvenir  des peuples En ce jour où un si profond mystère s'est accompli, révérons la puissance du Seigneur, et sa fidélité à ses promesses. L'auteur des lois de la nature les suspend pour agir lui-même ; la virginité et la maternité s'unissent dans une même créature : c'est qu'un Dieu va naître. Une Vierge ne pouvait enfanter qu'un Dieu : " c'est pourquoi le fils de Marie aura nom Emmanuel, Dieu avec nous ".


Rogier van der Weyden. XVe.

Adorons dans son infirmité volontaire le Dieu créateur du monde visible et invisible, qui veut désormais que toute créature confesse non seulement sa grandeur infinie, mais encore la vérité de cette nature humaine qu'il daigne prendre pour nous sauver. A partir de cette heure, il est bien le Fils de l’Homme : neuf mois il habitera le sein maternel, comme les autres enfants ; comme eux après sa naissance, il goûtera le lait et le miel, et sanctifiera tous les états de l'humanité: car il est l'homme nouveau qui a daigné descendre du ciel pour relever l'ancien. Sans rien perdre de sa divinité, il vient subir toutes les conditions de notre être infirme et borné, afin de nous rendre à son tour " participants de la nature divine " (II Petr. I, 4.).

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. I.


Saint Gabriel archange. Gérard David. XVIe.

" En ce temps-là, l'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie Et l'Ange, étant entré où elle était, lui dit :

" Salut, Ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes."
Elle, l'ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Et l'Ange lui dit :
" Ne craignez point, Marie : car vous avez trouve grâce devant Dieu : voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n'aura point de fin."
Alors Marie dit à l'Ange :
" Comment cela se fera-t-il : car je ne connais point d'homme."
Et l'Ange lui répondit :
" L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voilà qu'Elisabeth votre parente a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse : et ce mois est le sixième de celle qui était appelée stérile : car rien n'est impossible à Dieu."
Et Marie dit :
" Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole."


Simone Martini. Détail. Tryptique. XIVe.
 
Par ces dernières paroles, Ô Marie, notre sort est fixé. Vous consentez au désir du Ciel : et votre acquiescement assure notre salut. O Vierge ! Ô Mère ! Bénie entre les femmes, recevez avec les hommages des Ailles les actions de grâces du genre humain Par vous, notre ruine est réparée, en vous notre nature se relève, car vous êtes le trophée de la victoire de l'homme sur son ennemi. " Réjouis-toi, Ô Adam, notre père, mais triomphe surtout, toi notre mère, Ô Eve ! Vous qui, ancêtres de nous tous, fûtes aussi envers nous tous des auteurs de mort : meurtriers de votre race avant d'en être les pères. Consolez-vous désormais en cette noble tille qui vous est donnée ; mais, toi surtout, Ô Eve ! Sèche tes pleurs: toi de qui le mal sortit au commencement, toi qui jusqu'aujourd'hui avais communiqué ta disgrâce à ton sexe tout entier."

Voici l'heure où cet opprobre va disparaître, où l'homme va cesser d'avoir droit de se plaindre de la femme. Un jour, cherchant à excuser son propre crime, il fit tout aussitôt peser sur elle une accusation cruelle : " La femme que j'ai reçue de vous, dit-il à Dieu, cette femme m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé ". Ô Eve, cours donc à Marie ; mère, réfugie-toi près de ta fille. C'est la fille qui va répondre pour la mère ; c'est elle qui va a enlever la honte de sa mère, elle qui va satisfaire pour la mère auprès du père : car si c'est par la femme que l'homme est tombé, voici qu'il ne peut plus se relever que par la femme. Que disais-tu donc, Ô Adam ? La femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé. Ces paroles sont mauvaises ; elles augmentent ton péché ; elles ne l'effacent pas. Mais la divine Sagesse a vaincu ta malice ; elle a pris dans le trésor de son inépuisable bonté le moyen de te procurer un pardon qu'elle avait essayé de te faire mériter, en te fournissant l'occasion de répondre dignement à la question qu'elle t'adressait. Tu recevras femme pour femme : une femme prudente pour une femme insensée ; une femme humble pour une femme orgueilleuse ; une femme qui, au lieu d'un fruit de mort, te présentera l'aliment de la vie ; qui, au lieu d'une nourriture empoisonnée, enfantera pour toi le  fruit des délices éternelles. Change donc en paroles d'actions de grâces ton injuste excuse, et dis maintenant : " Seigneur, la femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit de l'arbre de vie, et j'en ai mangé ; et ce fruit a été doux à ma bouche : car c'est en lui que vous m'avez rendu  la vie " (Bernard. Homil. II super Missus est.).

L'ANGELUS
 
Cette grande journée est l’occasion de rappeler et de recommander ici la pieuse et salutaire institution que la chrétienté solennise chaque jour dans tout pays catholique, en l'honneur de l'auguste mystère de l'Incarnation et de la divine maternité de Marie. Trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la cloche se fait entendre, et les fidèles, avertis par ses sons, s'unissent à l'Ange Gabriel pour saluer la Vierge-Mère, et glorifier l'instant où le propre Fils de Dieu daigna prendre chair en elle. La terre devait bien cet hommage et ce souvenir de chaque jour à l'ineffable événement dont elle fut l'heureux témoin un vingt-cinq mars, lorsqu'une attente universelle avait saisi les peuples que Dieu allait sauvera leur insu.
 

L'Angelus. Millet. XIXe.
 
Depuis, le nom du Seigneur Christ a retenti dans le monde entier ; il est grand de l'Orient à l'Occident ; grand aussi est celui de sa Mère. De là est né le besoin d'une action de grâces journalière pour le sublime mystère de l'Annonciation qui a donné le Fils de Dieu aux hommes. Nous rencontrons déjà la trace de ce pieux  usage au XIVe siècle, lorsque Jean XXII ouvre Le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui réciteront l’Ave Maria, le soir, au son de la cloche qui  retentit pour les inviter à penser à la Mère de Dieu. Au XVe siècle, nous apprenons de saint Antonin, dans sa Somme, que la sonnerie avait déjà lieu soir et matin dans la Toscane. Ce n'est qu'au commencement du XVIe siècle que l'on trouve sur un document français cité par Mabillon le son à midi venant se joindre à ceux du lever et du coucher du soleil. Ce fut en cette forme que Léon X approuva cette dévotion, en 1513, pour l'abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris. Dès lors  la chrétienté tout entière accepta le pieux usage avec ses développements ; les Papes multiplièrent les indulgences ; après celles de Jean XXII et de Léon X, le XVIIIe siècle vit publier celles de Benoît XIII ; et telle parut l'importance de cette pratique que Rome statua qu'en l'année du jubilé, où toutes les indulgences, sauf celles du pèlerinage de Rome, demeurent suspendues, les trois salutations sonnées en l'honneur de Marie, le matin, à midi et le soir, continueraient chaque jour de convier tous les fidèles à s'unir dans la glorification du Verbe fait chair. Quant à Marie, l'Epouse du Cantique, l'Esprit-Saint semblait avoir désigné à l'avance les trois termes de cette touchante dévotion, en nous invitant à la célébrer, parce qu'elle est douce « comme l'aurore » à son lever, resplendissante « comme le soleil » en son midi, et belle « comme la lune » au reflet argenté.

samedi, 23 mars 2019

23 mars. Saint Victorien de Carthage et ses saints compagnons, martyrs. 484.

- Saint Victorien de Carthage et ses saints compagnons, martyrs. 484.

Pape : Saint Félix III. Empereur : Zénon.

" L'homme prudent est celui qui voit de loin..."
Saint Isidore de Séville.

http://i84.servimg.com/u/f84/11/64/82/51/saint_11.jpg

Saint Victorien de Carthage. Vitrail de l'église Saint-Joseph.
Jatibonico y Arroyo Blanco. Île de Cuba. XIXe.

Le combat de ces glorieux confesseurs du nom de Jésus-Christ est trop illustre et trop touchant pour n'en pas édifier les lecteurs. Voici à peu près ce que Victor d'Utique en dit dans l'histoire qu'il a composée sur la persécution des Vandales (nous verrons dans la vie de saint Fulgence, le 1er janvier, une note sur les Vandales).

Où trouverai-je des paroles pour représenter dignement ce qui se passa en la personne de Victorien, proconsul de Carthage, natif de la ville d'Adrumète ? Il était le plus riche de l'Afrique, et il avait toujours fait paraître beaucoup de fidélité dans les emplois dont le roi Hunéric l'avait chargé. Ce prince impie lui manda, avec des termes fort civils, que s'il obéissait sans résistance à ses volontés, il l'aimerait particulièrement et lui donnerait le premier rang entre ses officiers.

Mais ce grand serviteur de Dieu lui fit répondre, par le même envoyé que :
" Rien n'était capable de le séparer de la foi et de l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dans la confiance qu'il avait au secours d'un maître si puissant, il était prêt à souffrir plutôt toutes sortes de tourments que de consentir jamais à l'impiété des Ariens. Il pouvait le faire brûler et exposer aux bêtes, ou accabler par d'autres supplices ; mais il ne gagnerait jamais sur lui qu'il quittât l'Eglise catholique, dans laquelle il avait été baptisé. Une action si détestable l'exposerait comme un ingrat et un perfide, à des peines qui ne finiraient jamais mais quand cela ne serait pas, et qu'il n'y aurait point d'autre vie que la vie présente, ni de récompense éternelle préparée pour ceux qui auront vaincu, il ne pourrait se résoudre à quitter la véritable et unique religion, et à manquer de fidélité a celui qui lui avait confié le précieux dépôt de sa grâce."

Et encore :
" Confiant en Dieu et dans le Christ mon Seigneur, vous direz de ma part au roi qu'il peut dresser ses bûchers, lâcher contre moi ses bêtes féroces, et me livrer, s'il le veut, à mille tourments : ce serait mépriser le baptême que m'a donné l'Eglise catholique, que d'accéder à son désir. Quand bien même tout finirait avec la vie présente et que nous n'aurions pas à espérer cette vie éternelle, qui est pourtant réelle, jamais je ne consentirais à jouir d'une gloire caduque et transitoire au prix d'une infidélité envers celui qui m'a donné sa foi."

Ces réponses irritèrent de telle sorte la fureur du tyran, qu'il lui fit souffrir des tourments dont la longueur et la cruauté surpassent tout ce que l'on en pourrait dire. Le Saint les endura tous dans la vue de Dieu avec une joie incomparable, et ayant heureusement achevé sa course, il alla recevoir dans le ciel la couronne du martyre qu'il avait si justement méritée.

Qui pourrait aussi expliquer, comme il faut, les combats des autres martyrs qui furent exécutés en la ville de Tabaye, et surtout de deux frères de la ville d'Aquae regiae ? S'étant promis, par serment, dans l'humble confiance qu'ils avaient en Dieu, de mourir tous deux d'un même supplice, ils obtinrent des bourreaux de n'être point séparés, ni de lieu, ni de peine.

Martyre de saint Victorien et de ses saints compagnons.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

On commença par les pendre avec de gros poids attachés à leurs pieds et, lorsqu'ils eurent été près d'un jour en cette gêne, un d'eux, succombant à la douleur, pria qu'on le détachât et qu'on lui donnât quelque trève. L'autre, voyant cela du gibet où il était aussi pendu et craignant qu'il ne renonçât à la foi, lui cria :
" Gardez-vous bien, mon frère, de faire cette demande ce n'est pas là ce que nous avons promis à Jésus-Christ, et je vous accuserais moi-même d'infidélité devant son tribunal redoutable, si vous y persistiez ; car nous avons juré sur son corps et sur son sang de souffrir la mort ensemble pour la confession de son nom."
Par ces paroles et d'autres semblables, il encouragea tellement son compagnon à soutenir le combat, que celui-ci, au lieu de chanceler comme auparavant, cria d'une voix forte :
" Ajoutez supplices à supplices, et qu'il n'y ait point de cruautés que vous n'exerciez contre nous quelques tourments que mon frère souffre, je suis prêt à les souffrir."

On les brûla ensuite avec des lames de fer toutes rouges, on les déchira avec des ongles de fer, on les tourmenta longtemps et en mille manières les bourreaux, craignant enfin que leur patience servît plutôt à convertir les ariens qu'à ébranler les catholiques, furent contraints de les quitter, d'autant plus qu'on ne voyait en eux ni meurtrissures, ni aucune autre marque des tourments qu'ils enduraient. Ils arrivèrent néanmoins heureusement à la palme du martyre. Et en même temps, deux marchands, qui étaient de la ville de Carthage, et qui portaient tous deux le nom de Frumence, furent mis à mort ; et, par un heureux négoce, achetèrent, avec le prix de leur sang, la perle évangélique et le royaume des cieux.

Les Ariens exilèrent encore un grand nombre d'ecclésiastiques de Carthage. Il se trouva parmi eux beaucoup d'enfants destinés au service des autels ; on en alla chercher douze pour les ramener à Carthage. A la vue des persécuteurs, ils embrassèrent les genoux de leurs compagnons, et il fallut employer la violence pour les en arracher. Chaque jour on les fouettait cruellement, et on les frappait avec des bâtons mais il fut impossible d'obtenir d'eux quelque chose de contraire à leur foi ils confessèrent généreusement Jésus-Christ jusqu'à la fin.

Victor d'Utique rapporte encore les victoires de beaucoup d'autres Saints, martyrisés sous le tyran Hunéric ; mais, comme il n'y a que ceux-ci de nommés en ce jour dans le martyrologe romain, nous nous contenterons du récit que nous venons de faire. La persécution de ce prince sévit particulièrement en l'année 481.

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24 mars. Saint Guillaume de Norwich, martyr en Angleterre. 1137.

- Saint Guillaume de Norwich, martyr en Angleterre. 1137.

Pape : Innocent II. Roi d'Angleterre : Etienne Ier.

" Salvete, flores martyrum,
Quo lucis ipso in limine
Christi insecutor sustulit,
Ceu turbo nascentes rosas."
" Salut, fleurs des martyrs,
Moissonnées au seuil de la vie
Par le glaive de l'ennemi du Christ,
Comme la tempête en fureur brise les roses qui viennent d'éclore."
Prudence.

Saint Guillaume de Norwich. Détail d'un vitrail de l'église Saint-Edmond.
Norfolk. Angleterre. XIXe.

Saint Guillaume fut aussi la victime de la haine implacable des Juifs contre notre sainte religion. Il souffrit dans la douzième année de son âge.

Il était fils de riches paysans très pieux ; plusieurs prodiges avaient accompagné sa naissance et illustré son enfance. Il menait la vie la plus pure et la plus sainte et sa réputation étant connue, c'est ainsi qu'il mérita d'être distingué par les Juifs pour le  sacrifice pascal.

Il était depuis peu apprenti chez un tanneur de Norwich. Les Juifs l'attirèrent chez eux quelques temps avant la fête de Pâques de l'an 1137.

Lorsqu'ils en furent les maîtres,ils lui lient les membres et la tête de manière à empêcher tout mouvement et ils lui mirent un baîllon dans la bouch. Après cela, ils lui rasèrent la tête et la blessèrent à coups multipliés d'épines ; puis ils mirent l'innocent sur un gibet et s'efforcèrent de lui arracher la vie. Au côté gauche, jusqu'au plus intime du cœur, ils firent une blessure cruelle, et, pour apaiser l'écoulement du sang qui se faisait par tout le corps, ils lui versèrent sur la tête de l'eau très chaude.

Martyre de saint Guillaume de Norwich.
Détail d'une fresque du XIVe. Loddon church. Norfolk.

Le jour de Pâques ils lièrent son corps dans un sac, et le portèrent dans une forêt voisine des portes de la ville dans le dessein de l'y brûler ; mais ayant été surpris par un bourgeois de la ville nommé Eiluerdus, ils le laissèrent suspendu à un arbre (on bâtit d'ailleurs à l'endroit où il avait été trouvé une chapelle connue sous le nom de Saint-Guillaume-aux-Bois).

Pour conjurer ce mal, ils gagnèrent à prix d'argent le gouverneur de la ville qui se chargea d'imposer silence à Eiluerdus. Mais il n'y réussit que pour un temps ; et bientôt le crime fut découvert et puni comme il devait l'être : les Juifs coupables et leurs complices.

Le corps du Saint, qui avait été glorifié par des miracles, fut porté, en 1144, dans le cimetière de l'église cathédrale, dédiée à la Sainte-Trinité ; on le mit six ans après dans le chœur de la même église.

Nous apprenons de M. Weever qu'autrefois les Juifs des principales villes d'Angleterre enlevaient des enfants mâles pour les circoncire, les couronner d'épines, les fouetter et les crucifier en dérision de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce fut de cette manière que mourut saint Richard de Pontoise. Matthieu Pâris et Capgrave rapportent aussi que saint Hugues, enfant, fut crucifié par les Juifs à Lincoln, en 1254.

Le nom de saint Guillaume de Norwich est marqué au 24 mars dans les calendriers anglais.

Saint Guillaume de Norwich. Détail d'un panneau peint.
Eglise Saint-Jacques. Norwich. XIVe.

Le pape Benoît XIV montre (liv. 1 de Canoniz., ch. XIV, p. 103) que l'on ne doit point canoniser les enfants qui meurent après le baptême et avant l'usage de raison, quoiqu'ils soient Saints. Il se fonde :
1° sur ce qu'ils n'ont point pratiqué des vertus dans le degré d'héroïsme requis pour la canonisation ;
2° sur ce que de telles canonisations n'ont jamais été en usage dans l'Eglise.

On en excepte les enfants, même non baptisés, qui ont été massacrés en haine du saint nom de Jésus-Christ.

Nous en avons un exemple dans les saints Innocents, auxquels saint Irénée, Origène, etc., et les plus anciens Missels, donnent le titre de martyrs, et dont le culte date des premiers siècles de l'Eglise, comme nous le voyons par les homélies des Pères sur leur fête. C'est pour la même raison qu'on a mis au nombre des martyrs les enfants massacrés par les Juifs, en haine de Jésus-Christ, tels que saint Simon de Trente, saint Guillaume de Norwich, saint Richard de Paris, saint Vernier, etc.

L'évêque diocésain décerna au premier un culte public avec la qualité de martyr, et ce culte fut confirmé par les décrets des papes Sixte V et Grégoire XIII. Le second, qui avait douze ans, et par conséquent l'âge de raison, devrait plutôt être appelé adulte qu'enfant.

Saint Guillaume de Norwich.
Panneau peint d'un polyptique anglais du XIVe.

Voyez l'histoire de son martyre et de ses miracles, par Thomas de Monmouth, auteur contemporain, très savant et saint religieux, qui écrit notamment à propos des prélèvements de sang effectué par certains Juifs sur des enfants chrétiens (que ces mauvais traitements soit suivis de meurtres ou pas) :
" Le sang de ces enfants est gardé par les femmes juives qui croient ne pouvoir enfanter sans cela. Quant à ceux qui ne vivent pas parmi les chrétiens on leur envoie du sang durci et réduit en poussière. Cette imagination diabolique doit avoir pour but d'exalter l'imagination des femmes enceintes, de les rappeler, par ce souvenir,à la haine contre les chrétiens et de communiquera leur fruit les mêmes affections, pendant qu'elles le  portent dans leur sein."

Ce monument, fruit de l'enquête serrée du Bénédictin, est disponible en anglais sur le lien suivant - et téléchargeable - dans une version commentée de la fin du XIXe de bonne qualité même s'i elle est quelque peu relativiste. quant au commentaire. Agrémentée d'une intéressante iconographie hagiographique de saint Guillaume de Norwich dans les premiers temps qui suivirent son martyre et qui furent marqués par un grand nombre de miracles obtenus par son intercession, le texte latin, traduit en anglais, suffit lui-même à rejeter les cris hystériques de dénégations systématiques d'une certaine (ne suivons aucun regard...) critique contemporaine : " The life and miracles of Saint William of Norwich."

On verra aussi la chronique saxonne, qui est du même siècle, et l'histoire de Norfolk, par Bromfield.

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vendredi, 22 mars 2019

22 mars. Sainte Catherine de Suède, reine et veuve. 1381.

- Sainte Catherine de Suède, reine et veuve. 1381.
 
Pape : Clément VII. Roi de Danemark, de Norvège et de Suède : Oluf IV.
 
" La Croix est l'échelle du ciel."
 

Sainte Catherine de Suède et sa mère sainte Brigitte.

Sainte Catherine eut pour père un prince de Suède et pour mère sainte Brigitte, cette femme si célèbre par ses Révélations. La fille devait être l'émule, sinon l'égale de sa mère, par ses vertus comme par les lumières qu'elle reçut du Ciel. On vit Catherine, encore au berceau, repousser une nourrice de vie coupable et ne point vouloir de son lait. Le démon la poursuivit dès sa plus tendre enfance, prenant la forme d'un taureau pour l'épouvanter et s'acharnant contre son petit corps frêle et délicat.

Lorsque Catherine, après la sainte éducation qu'elle reçut dans un monastère, fut en âge de se marier, son père lui donna de force un noble et vertueux époux qu'elle eut le bonheur de faire consentir à garder avec elle le voeu de virginité parfaite.

Cependant Brigitte, après la mort de son mari, était allée demeurer à Rome, qu'une inspiration divine lui avait montrée comme un lieu spécialement propre à sa sanctification. Catherine eut bientôt le désir de rejoindre sa mère et obtint cette grâce de son époux, qui, du reste, mourut pieusement quelques temps après.


Sainte Catherine de Suède.

Dans la Ville éternelle, on pouvait voir la mère et la fille visiter avec ferveur les églises et les tombeaux des martyrs et s'adonner ensemble à tous les exercices de la mortification et de la piété. Catherine sut résister aux obsessions de plusieurs seigneurs romains qui la recherchaient en mariage, et Dieu la défendit parfois d'une manière merveilleuse.

Sa joie était de paraître vile aux yeux des hommes ; quatre heures par jour à genoux sans interruption, elle contemplait les souffrances du Sauveur; elle flagellait cruellement son corps pour devenir plus semblable à son divin modèle ; soigner les malades et panser leurs plaies hideuses dans les hôpitaux, était sa plus douce satisfaction ; la terre nue et quelques pierres formaient la couche de sa mère, elle s'en approchait pendant la nuit et la faisait reposer doucement sur sa poitrine.


Sainte Catherine de Suède. Malning. XVe.

Un jour vint où elle fut privée de la compagnie de sa mère chérie ; elle fit transporter en Suède les restes mortels de cette sainte femme, qui y furent reçus en triomphe ; elle-même se fixa dans un monastère de sa patrie, où sa vertu s'épura dans le sacrifice: sa vie dès lors ne fut qu'une longue suite de douleurs corporelles. C'est dans un transport d'amour que son âme s'envola vers le Ciel. Depuis le moment de sa mort jusqu'à sa sépulture, une étoile brilla jour et nuit sur le monastère.

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