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mercredi, 24 décembre 2025

24 décembre. La Vigile de Noël.

- La Vigile de Noël.


Le Sacrifice de Melchisédech. Tiepolo. XVIe.

" Enfin, dit saint Pierre Damien dans son Sermon pour ce jour, nous voici arrivés de la haute mer dans le port, de la promesse à la récompense, du désespoir à l'espérance, du travail au repos, de la voie à la patrie. Les courriers de la divine promesse s'étaient succédé ; mais ils n'apportaient rien avec eux, si ce n'est le renouvellement de cette même promesse. C'est pourquoi notre Psalmiste s'était laissé aller au sommeil, et les derniers accents de sa harpe semblaient accuser les retards du Seigneur. Vous nous avez repoussés, disait-il, vous nous avez dédaignés ; et vous avez différé l'arrivée de votre Christ. (Psaume LXXXVIII.)

Puis, passant de la plainte à l'audace, il s'était écrié d'une voix impérative : " Manifestez-vous donc, Ô vous qui êtes assis sur les Chérubins ! (Psaume LXXIX.) En repos sur le trône de votre puissance, entouré des bataillons volants de vos Anges, ne daignerez-vous pas abaisser vos regards sur les enfants des hommes, victimes d'un péché commis par Adam, il est vrai, mais permis par vous-même ? Souvenez-vous de ce qu'est notre nature ; c'est à votre ressemblance que vous l'avez créée ; et si tout homme vivant est vanité, ce n'est pas du moins en ce qu'il a été fait à votre image. Abaissez donc vos cieux et descendez ; abaissez les cieux de votre miséricorde sur les misérables qui vous supplient, et du moins ne nous oubliez pas éternellement. Isaïe à son tour, dans la violence de ses désirs, disait :
" A cause de Sion, je ne me tairai pas ; à cause de Jérusalem, je ne me reposerai pas, jusqu'à ce que le Juste quelle attend se lève enfin dans son éclat. Forcez donc les deux et descendez !"

Enfin , tous les Prophètes, fatigués d'une trop longue attente, n'ont cessé de faire entendre tour à tour les supplications, les plaintes, et souvent même les cris de l'impatience. Quant à nous, nous les avons assez écoutés ; assez longtemps nous avons répété leurs paroles : qu'ils se retirent maintenant ; il n'est plus pour nous de joie, ni de consolation, jusqu'à ce que le Sauveur, nous honorant du baiser de sa bouche, nous dise lui-même : Vous êtes exaucés.

Mais que venons-nous d'entendre ? Sanctifiez-vous, enfants d'Israël, et soyez prêts : car demain descendra le Seigneur. Le reste de ce jour, et à peine la moitié de la nuit qui va venir nous séparent de cette entrevue glorieuse, nous cachent encore l'Enfant-Dieu et son admirable Naissance. Courez, heures légères ; achevez rapidement votre cours, pour que nous puissions bientôt voir le Fils de Dieu dans son berceau et rendre nos hommages à cette Nativité qui sauve le monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes de vrais enfants d'Israël, purifiés de toutes les souillures de la chair et de l'esprit, tout prêts pour les mystères de demain, pleins d'empressement à témoigner de votre dévotion.

C'est du moins ce que je puis juger, d'après la manière dont vous avez passé les jours consacrés à attendre l'Avènement du Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques gouttes du fleuve de la mortalité avaient touché votre cœur, hâtez-vous aujourd'hui de les essuyer et de les couvrir du blanc linceul de la Confession. Je puis vous le promettre de la miséricorde de l'Enfant qui va naître : celui qui confessera son péché avec repentir, la Lumière du monde naîtra en lui ; les ténèbres trompeuses s'évanouiront, et la splendeur véritable lui sera donnée. Car comment la miséricorde serait-elle refusée aux malheureux, en cette nuit même où prend naissance le Seigneur miséricordieux ? Chassez donc l'orgueil de vos regards, la témérité de votre langue, la cruauté de vos mains, la volupté de vos reins ; retirez vos pieds du chemin tortueux, et puis venez et jugez le Seigneur, si, cette nuit, il ne force pas les Cieux, s'il ne descend pas jusqu'à vous, s'il ne jette pas au fond de la mer tous vos péchés."


Saint Michel archange, prince de la milice céleste, terrasse Lucifer devenu Satan.

Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d'espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L'Eglise, dérogeant à tous ses usages habituels, veut que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l'Office et la Messe de la Vigile l'emportent sur l'Office et la Messe du quatrième Dimanche de l'Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles !

Dans les autres Fêtes, si importantes qu'elles soient, la solennité ne commence qu'aux premières Vêpres ; jusque-là l'Eglise se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice suivant le rite quadragésimal. Aujourd'hui, au contraire, dès le point du jour, à l'Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L'intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l'on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux comme dans les autres Fériés de l'Avent ; et il n'y a plus qu'une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.

Entrons dans l'esprit de la sainte Eglise, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n'ayons vu naître, à l'heure sacrée, Celui qui vient illuminer toute créature ; car c'est un devoir, pour tout fidèle enfant de l'Eglise Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l'univers entier veille encore à l'arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s'effacerait qu'au grand malheur de la terre.

Parcourons en esprit de prière les principales parties de l'Office de cette Vigile. D'abord, la sainte Eglise éclate par un cri d'avertissement qui sert d'Invitatoire à Matines, d'Introït et de Graduel à la Messe. C'est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.

A l'Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l'annonce solennelle de la fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu'à l'endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu'à ce que la grande nouvelle ait été totalement annoncée.


Manuscrit commandé par saint Charlemagne.
Illustration représentant les quatre Evangélistes. IXe.

LE HUIT DES CALENDES DE JANVIER

L'an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre, cinq mille cent quatre-vingt-dix-neuf : du déluge, l'an deux mille neuf cent cinquante-sept : de la naissance d'Abraham, l'an deux mille quinze : de Moïse et de la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte, l'an mille cinq cent dix : de l'onction du roi David, l'an mille trente-deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre-vingt-quatorzième Olympiade : de la fondation de Rome, l'an sept cent cinquante-deux : d'Octavien Auguste, l'an quarante-deuxième : tout l'univers étant en paix : au sixième âge du monde : Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avènement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s'étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITE DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST SELON LA CHAIR !

Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous. L'Eglise, en ce seul jour et en cette seule circonstance, adopte la Chronologie des Septante, qui place la naissance du Sauveur après l'an cinq mille, tandis que la version Vulgate ne donne que quatre mille ans jusqu'à ce grand événement ; en quoi elle est d'accord avec le texte hébreu. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer cette divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître le fait comme une preuve de la liberté qui nous est laissée par l'Eglise sur cette matière.

Interrogées si elles auraient vu passer Celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu'à ce que le nom de Marie s'étant d'abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée. " Une voix d'allégresse a retenti sur notre terre ", dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile de Noël ; " une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs ". Nous venons d'entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours plein de charmes, digne d'être recueilli avec le plus grand empressement. Montagnes, faites retentir la louange ; battez des mains, arbres des forêts, devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient.

PRIERE

" Cieux, écoutez ; terre, prête l'oreille ; créatures, soyez dans l'étonnement et la louange ; mais toi surtout, Ô homme ! Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! Quel cœur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle plus douce nouvelle ? Quel plus délectable avertissement ? Qu'entendit-on jamais de semblable ? Quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ? Jésus Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée ! Ô parole brève qui nous annonce le Verbe dans son abaissement ! Mais de quelle suavité n'est-elle pas remplie ! Le charme d'une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce discours, que si j'essaie d'en changer un iota, j'en affaiblis la saveur :
" Jésus-Christ, Fils de Dieu, naît en Bethléhem de Judée !"

A LA MESSE


Manuscrit copte du XIIIe.

PRIONS

Dans la Collecte, l'Eglise semble encore préoccupée de la venue du Christ comme Juge ; mais c'est la dernière fois qu'elle fera allusion à ce dernier Avènement. Désormais, elle sera toute à ce Roi pacifique, à cet Epoux qui vient à elle ; et ses enfants doivent imiter sa confiance :

" Ô Dieu ! Qui nous comblez de joie tous les ans, par l'attente de notre Rédemption ; faites que, comme nous recevons avec allégresse votre Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu'il vient nous racheter, nous puissions pareillement le contempler avec assurance lorsqu'il viendra nous juger : Lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen."

EPÎTRE

Dans l'Epître, l'Apôtre saint Paul, s'adressant aux Romains, leur annonce la dignité et la sainteté de l’Evangile, c'est-à-dire de cette bonne Nouvelle que les Anges vont faire retentir dans la nuit qui s'approche. Or, le sujet de cet Evangile, c'est le Fils qui est né à Dieu de la race de David selon la chair, et qui vient pour être dans l'Eglise le principe de la grâce et de l'Apostolat, par lesquels il fait qu'après tant de siècles, nous sommes encore associés aux joies d'un si grand Mystère :


Saint Paul prêchant aux Romains.

Lecture de l'Epître de saint Paul aux Romains. Chap. I.

" Paul, serviteur de Jésus-Christ, Apôtre par la vocation divine, choisi pour prêcher l'Evangile de Dieu (que Dieu avait promis longtemps auparavant par ses prophètes, dans les Ecritures saintes), au sujet du Fils qui lui est né, de la race de David selon la chair ; lequel a été prédestiné Fils de Dieu dans la puissance, selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection d'entre les morts ; au sujet, dis-je, de Jésus-Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu la Grâce et l'Apostolat, pour rendre obéissantes à la foi, parla vertu de son Nom, toutes les nations, au nombre desquelles vous aussi avez été appelés par Jésus-Christ notre Seigneur."

EVANGILE

L'Evangile de cette Messe est le passage dans lequel saint Matthieu raconte les inquiétudes de saint Joseph et la vision de l'Ange. Il convenait que cette histoire, l'un des préludes de la Naissance du Sauveur, ne fût pas omise dans la Liturgie ; et jusqu'ici le lieu de la placer ne s'était pas présenté encore. D'autre part, cette lecture convient à la Vigile de Noël, à raison des paroles de l'Ange, qui indique le nom de Jésus comme devant être donné à l'Enfant de la Vierge, et qui annonce que cet enfant merveilleux sauvera son peuple du péché :


Couronnement de la Vierge Marie. Retable de la chartreuse
de Villeneuve-les-Avignon.Enguerrand Quarton.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. I.

" Marie, mère de Jésus, ayant épousé Joseph, se trouva enceinte par l'opération du Saint-Esprit, avant qu'ils eussent été ensemble. Joseph, son époux, qui était juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la quitter secrètement. Mais lorsqu'il était dans cette pensée, l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :
" Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie ton épouse ; car ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit ; et elle enfantera un fils à qui tu donneras le nom de Jésus : car ce sera lui qui sauvera son peuple, en le délivrant de ses péchés."

HYMNE POUR LA VIGILE DE NOËL

Les Liturgies Ambrosienne et Mozarabe ont peu de choses saillantes dans l'Office et la Messe de la Vigile de Noël : nous ne leur emprunterons donc rien, et nous nous bornerons à puiser dans l’Anthologie des Grecs quelques strophes du chant qu'ils ont intitulé : l commencement des Heures de la Nativité ; Tierce, Sexte et None :


Le roi David en prière. Heures à l'usage de Paris. Jean Colombe. XVe.

Tirée de l'Anthologie des Grecs :

" On inscrivit un jour à Bethléhem avec le vieillard Joseph, comme issue de la race de David, Marie qui portait en son sein virginal un fruit divin. Le temps d'enfanter était arrivé; et il n'y avait plus de place en l'hôtellerie une grotte restait pour auguste palais à la vierge Reine.

Voici venir tout à l'heure l'accomplissement de la mystique promesse du Prophète : " Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre entre les principautés, toi qui la première ornes la divine grotte : de toi me viendra le chef des Nations, né selon la chair d'une tendre Vierge, le Christ Dieu qui régira son nouveau peuple d'Israël ". Donnons-lui nos louanges.

Celui-ci est notre Dieu, né d'une Vierge et conversant parmi les hommes ; nous n'en connaîtrons point d'autre ; le Fils unique gisant dans une pauvre étable apparaît sous la forme d'un mortel, et le Seigneur de gloire est enveloppé de langes : l'Etoile invite les Mages à le venir adorer ; et nous, disons en nos chants: Ô Trinité sainte ! Sauvez nos âmes.

Venez, Fidèles, livrons-nous à de divins transports ; venez voir un Dieu descendre vers nous du haut du ciel en Bethléhem : élevons nos âmes en haut ; pour la myrrhe apportons les vertus de notre vie ; ornons-en d'avance son entrée en ce monde, et disons : Gloire au plus haut des cieux, à Dieu qui est un en trois personnes, lequel daigne manifester aux hommes sa grande miséricorde ! car, Ô Christ ! Vous avez racheté Adam et relevé l'œuvre de vos mains, Ô ami des hommes !

Ecoutez, Ô cieux ! Terre, prête l'oreille ; que l'univers s'ébranle jusque dans ses fondements, et que tout ce qu'il renferme soit saisi de frayeur. Le Dieu auteur de la chair prend lui-même une forme, et Celui qui de sa main créatrice corrobora toute créature, par une miséricordieuse compassion, parait revêtu d'un corps. Ô abîme des richesses de la sagesse et science de Dieu ! Combien ses jugements sont incompréhensibles, combien ses voies impénétrables !

Venez, peuples chrétiens, voyons le prodige qui dépasse toute pensée, qui frappe d'étonnement toute imagination ; et pieusement prosternés, chantons avec foi des hymnes de louange. Aujourd'hui la Vierge vient à Béthléhem mettre au monde le Seigneur ; les chœurs des Anges la précèdent ; Joseph son époux la voit et s'écrie : " Quel prodige aperçois-je en toi, Ô Vierge ! Comment pourras-tu enfanter, tendre génisse qui ne connus point le joug ?"

Aujourd'hui naît d'une Vierge Celui dont la main contient toute créature ; Celui qui par essence est insaisissable, devenu semblable à un mortel, est enveloppé de langes ; il gît dans une crèche, Celui qui au commencement posa les cieux sur leurs fondements ; Celui qui au désert faisait pleuvoir la manne pour son peuple, est nourri du lait de la mamelle ; l'Epoux de l'Eglise invite les Mages, et le Fils de la Vierge accepte leurs présents. Nous adorons votre Nativité, Ô Christ ! Favorisez-nous de vos divines manifestations."

" Considérons la très pure Marie, toujours accompagnée de son fidèle époux Joseph, sortant de Jérusalem et se dirigeant vers Béthléhem. Ils y arrivent après quelques heures de marche, et, pour obéira la volonté céleste, ils se rendent au lieu où ils devaient être enregistrés, selon l'édit de l'Empereur. On inscrit sur le registre public un artisan nommé Joseph, charpentier à Nazareth de Galilée ; sans doute on ajoute le nom de son épouse Marie qui l'a accompagné dans le voyage ; peut-être même est-elle qualifiée de femme enceinte, dans son neuvième mois : c'est là tout. Ô Verbe incarné ! Aux yeux des hommes, vous n'êtes donc pas encore un homme ? Vous visitez cette terre, et vous y êtes inconnu ; et pourtant, tout ce mouvement, toute l'agitation qu'entraîne le dénombrement de l'Empire, n'ont d'autre but que d'amener Marie, votre auguste Mère, à Bethléhem, afin qu'elle vous y mette au monde.

Ô Mystère ineffable ! Que de grandeur dans cette bassesse apparente ! Que de puissance dans cette faiblesse ! Toutefois, le souverain Seigneur n'est pas encore descendu assez. Il a parcouru les demeures des hommes, et les hommes ne Font pas reçu. Il va maintenant chercher un berceau dans l’étable des animaux sans raison : c'est là qu'en attendant les cantiques des Anges, les hommages des Bergers, les adorations des Mages, il trouvera le bœuf qui connaît son Maître, et l'âne qui s'attache à la crèche de son Seigneur. Ô Sauveur des hommes, Emmanuel, Jésus, nous allons nous rendre aussi à l'étable ; nous ne laisserons pas s'accomplir solitaire et délaissée la nouvelle Naissance que vous allez prendre en cette nuit qui s'approche. A cette heure, vous allez frappant aux portes de Bethléhem, sans que les hommes consentent à vous ouvrir ; vous dites aux âmes, par la voix du divin Cantique :
" Ouvre-moi, ma sœur, mon amie ! car ma tête est pleine de rosée, et mes cheveux imbibés des gouttes de la nuit."

Nous ne voulons pas que vous franchissiez notre demeure : nous vous supplions d'entrer ; nous nous tenons vigilants à notre porte.

" Venez donc, Ô Seigneur Jésus ! Venez !"

FIN DE L’AVENT

mardi, 23 décembre 2025

23 décembre. " O Emmanuel ".

- " O Emmanuel ".

" Ecce completa sunt omnia quae dicta sunt per Angelum, de Virgine Maria."
" Voici que sont accomplies toutes les choses que l'Ange avait dites, au sujet de la Vierge Marie."
Antienne de l'office des Laudes de ce jour.
 

L'Annonciation. Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.

VIIe ANTIENNE


" O Emmanuel, Rex et Legifer noster, exspectatio gentium, et salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine Deus noster.

" Ô Emmanuel ! Notre Roi et notre Législateur ! L'attente des nations et leur sauveur ! Venez nous sauver, Seigneur notre Dieu !"

PRIERE

" Ô Emmanuel ! Roi de Paix ! Vous entrez aujourd'hui dans Jérusalem, la ville de votre choix ; car c'est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d'elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n'est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s'accomplit, pour la première fois, l'oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment posséder une Arche d'Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire qu'au ciel même, parla dignité de Celui qu'elle contient.

C'est le Législateur lui-même qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l'Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléhem, où l'appellent d'autres oracles. Nous adorons, Ô Emmanuel ! Tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, Ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l'heure est près de sonner, que toutes choses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d'être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c'est-à-dire Sauveur."
 

Jugement dernier. Ivoire du XIIIe.

GRANDE ANTIENNE A JÉRUSALEM

" O Jérusalem ! Ville du grand Dieu, lève les yeux autour de toi, et regarde ton Seigneur ; car il va bientôt venir te délivrer de tes liens."

lundi, 22 décembre 2025

22 décembre. " O Rex gentium ".

- " O Rex gentium ".

" O Rex gentium, et desideratus earum,
Lapisque angularis, qui facis utraque unum :
Veni, et salva hominem quem de limo formasti."

" Ô Roi des nations, objet de leurs désirs !
Pierre angulaire qui réunissez en vous les deux peuples !
Venez et sauvez l'homme que vous avez formé du limon."


PRIERE

" Ô Roi des nations ! Vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu'un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d'avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s'estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l'heure approche où, sans cesser d'être son fils, vous sortirez d'elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l'amour maternel se confondant avec l'amour qu'elle a pour son Dieu, elle est au moment d'expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur.

Mais vous la soutenez, Ô Désiré des nations ! Car vous voulez qu'elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, Ô divin Roi ! Venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l'homme vous est cher, puisque vous l'avez pétri de vos mains. Oh ! Venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la; car vous l'aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage."


Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi, devant Pilate. Duccio di Buoninsegna. XIVe.

GRANDE ANTIENNE EN L’HONNEUR DU CHRIST

" Ô Roi Pacifique ! Vous qui êtes né avant les siècles, hâtez-vous de sortir par la porte d'or : visitez ceux que vous devez racheter, et faites-les remonter au lieu d'où le péché les a précipités."

dimanche, 21 décembre 2025

21 décembre. " O Oriens ".

- " O Oriens ".

O ORIENS

" O Oriens, splendor lucis aeternae, et Sol justitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis."

" Ô Orient ! Splendeur de la lumière éternelle ! Soleil de justice ! Venez, et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort."


Adoration. Fabriano da Gentile. XVe.

" Divin Soleil, Ô Jésus ! Vous venez nous arracher à la nuit éternelle : Soyez à jamais béni ! Mais combien Vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute Votre splendeur ! Combien Vous aimez à voiler Vos rayons, jusqu'à l'instant marqué par Votre Père céleste, où Vous devez épanouir tous Vos feux ! Voici que Vous traversez la Judée ; Vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme. Sur le chemin, Vous rencontrez une multitude d'hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d'origine, pour satisfaire à l'Edit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne Vous a soupçonné si près de lui, Ô divin Orient ! Marie, Votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s'ils remarquent la majesté et l'incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S'ils voient avec tant d'indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ?

Et cependant ce fils, c'est Vous-même, Ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais Accroissez aussi l'amour. Si ces hommes Vous aimaient, Ô libérateur du genre humain, Vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne Vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils Vous désireraient, et ils hâteraient Votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs. Ô Jésus qui traversez ainsi ce monde que Vous avez fait, et qui ne Forcez point l'hommage de Vos créatures, nous voulons Vous accompagner dans le reste de votre Voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point Vous quitter jusqu'à ce que nous soyons arrivés avec Vous à l'heureuse Bethléem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux Vous verront, Ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !"


La Virgen de las Cuevas. F. de Zurbaran. XVIIe.

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT

Bréviaire Mozarabe, au Lundi de la Ve Semaine de l’Avent, Oraison :

" Ô Dieu notre Père ! Quel crime énorme vois-je commettre sous Vos yeux par les Juifs réprouvés ! Ils méprisent Votre Fils annoncé dans la Loi, et ils demeurent dans le gouffre de leur incrédulité ; tandis que ceux auxquels il n'avait pas été annoncé l'ont vu, et que ceux qui n'en ont point entendu parler l'ont contemplé dans leur intelligence. Arrachez donc de nous, nous Vous en supplions, tout ce qui Vous résiste dans nos œuvres afin que les dons que Vous avez implantés dans notre cœur docile prennent un accroissement fécond, et que la racine de l'humilité ne s'y dessèche jamais. Amen."

samedi, 20 décembre 2025

20 décembre. " O Clavis David ".

- " O Clavis David ".

" O Clavis David et sceptrum domus Israël, qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris, et umbra mortis."

" Ô Clef de David, ô sceptre de la maison d'Israël ! Qui ouvrez, et nul ne peut fermer; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort."

Notre Seigneur Jésus-Christ en majesté. Ière Bible de
Charles le Chauve. Vivien. Abbaye Saint-Martin de Tours. IXe.

PRIERE

" Ô Fils de David, héritier de son trône et de sa puissance, vous parcourez, dans votre marche triomphale, une terre soumise autrefois à votre aïeul, aujourd'hui asservie par les Gentils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la route, tant de lieux témoins des merveilles de la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre Père envers son peuple, au temps de cette ancienne Alliance qui tire à sa fin. Bientôt, le nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous entreprendrez de nouveaux voyages sur cette même terre ; vous y passerez en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, et cependant n'ayant pas où reposer votre tête. Du moins, aujourd'hui, le sein maternel vous offre encore un asile doux et tranquille, où vous ne recevez que les témoignages de l'amour le plus tendre et le plus respectueux. Mais, Ô Seigneur ! Il vous faut sortir de cette heureuse retraite ; il vous faut, Lumière éternelle, luire au milieu des ténèbres ; car le captif que vous êtes venu délivrer languit dans sa prison. Il s'est assis dans l'ombre de la mort, et il y va périr, si vous ne venez promptement en ouvrir les portes avec votre Clef toute-puissante ! Ce captif, Ô Jésus, c'est le genre humain, esclave de ses erreurs et de ses vices : venez briser le joug qui l'accable et le dégrade ; ce captif, c'est notre cœur trop souvent asservi à des penchants qu'il désavoue : venez, Ô divin Libérateur, affranchir tout ce que vous avez daigné faire libre par votre grâce, et relever en nous la dignité de vos frères."


L'Annonce faite à Marie par saint Gabriel archange.
Maître de la Vie de Marie. Allemagne. XVe.

ANTIENNE A L’ANGE GABRIEL

" O Gabriel ! messager des cieux, qui es entré près de moi les portes fermées, et m'as dit cette parole : Vous concevrez et enfanterez ; on l'appellera Emmanuel !"

vendredi, 19 décembre 2025

19 décembre. " O Radix Jesse ".

- " O Radix Jesse ".

" O Radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare."

" Ô Rejeton de Jessé, qui êtes comme un étendard pour les peuples ; devant qui les rois se tiendront dans le silence ; à qui les nations offriront leurs prières : venez nous délivrer ; ne tardez plus."


Arbre de Jessé. Bréviaire à l'usage de Besançon. XVe.

PRIERE

" Vous voici donc en marche, Ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L'Arche du Seigneur s'est levée et s'avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. " Qu'ils sont beaux vos pas, Ô Fille du Rot, dans l'éclat de votre chaussure " (Cant. VII, 1), lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Epoux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l'heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine.


Avancez, Ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l'homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre, nous jurons " de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu'à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob ".

Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l'Arche sacrée, Ô rejeton de Jessé, jusqu'à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, Ô Messie ! Venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous."


Arbre de Jessé. Bible historiale. Petrus Comestor. XVe.

REPONS DE L'AVENT

Tiré du Bréviaire Ambrosien, VIe Dimanche de l’Avent :

R/. Heureux le sein de la Vierge Marie qui porta le Dieu invisible ! Celui que sept trônes ne peuvent contenir a daigne habiter en elle ;
Et elle le portait comme un léger fardeau dans son sein.

V/. Le Seigneur lui a donné le trône de David son père ; il régnera dans la maison de Jacob à jamais ; son règne n'aura pas de fin.
Et Marie le portait comme un léger fardeau dans son sein.


Arbre de Jessé. Speculum virginum. Troyes. XIIe.

mercredi, 17 décembre 2025

Mercredi des Quatre-Temps de l'Avent. 14 décembre 2022.

- Mercredi des Quatre-Temps de l'Avent.

" Prope est jam Dominus : venite, adoremus."
" Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le."
Office du jour.


L'Annonciation. Francisco de Zurbarán. XVIe.

L'Eglise commence à pratiquer en ce jour le jeûne appelé des Quatre-Temps, lequel s'étend aussi au Vendredi et au Samedi suivants. Cette observance n'appartient point à l'économie liturgique de l'Avent : elle est une des institutions générales de l'Année Ecclésiastique. On peut la ranger au nombre des usages qui ont été imités de la Synagogue par l'Eglise ; car le prophète Zacharie parle du Jeûne du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois. L'introduction de cette pratique dans l'Eglise chrétienne semble remonter aux temps apostoliques ; c'est du moins le sentiment de saint Léon, de saint Isidore de Séville, de Rhaban Maur et de plusieurs autres écrivains de l'antiquité chrétienne: néanmoins, il est remarquable que les Orientaux n'observent pas ce jeûne.

Dès les premiers siècles, les Quatre-Temps ont été fixés, dans l'Eglise Romaine, aux époques où on les garde encore présentement ; et si l'on trouve plusieurs témoignages des temps anciens dans lesquels il est parlé de Trois Temps et non de Quatre, c'est parce que les Quatre-Temps du printemps, arrivant toujours dans le cours de la première semaine de Carême, n'ajoutent rien aux observances de la sainte Quarantaine déjà consacrée à une abstinence et à un jeûne plus rigoureux que ceux qui se pratiquent dans tout autre temps de l'année.

Les intentions du jeûne des Quatre-Temps sont les mêmes dans l'Eglise que dans la Synagogue : c'est-à-dire de consacrer par la pénitence chacune des saisons de l'année. Les Quatre-Temps de L'Avent sont connus, dans l'antiquité ecclésiastique, sous le nom de Jeûne du dixième mois ; et saint Léon nous apprend, dans un des Sermons qu'il nous a laissés sur ce jeûne, et dont l'Eglise a placé un fragment au second Nocturne du troisième dimanche de l'Avent, que cette époque a été choisie pour une manifestation spéciale de la pénitence chrétienne, parce que c'est alors que la récolte des fruits de la terre étant terminée, il convient que les chrétiens témoignent au Seigneur leur reconnaissance par un sacrifice d'abstinence, se rendant d'autant plus dignes d'approcher de Dieu, qu'ils sauront dominer davantage l'attrait des créatures.


Vision de saint Léon. Legenda aurea. Bx J. de Voragine.
R. de Monbaston. XIVe.

" Car, ajoute le saint Docteur, le jeûne a toujours été l'aliment de la vertu. Il est la source des pensées chastes, des résolutions sages, des conseils salutaires. Par la mortification volontaire, la chair meurt aux désirs de la concupiscence, l'esprit se renouvelle dans la vertu. Mais parce que le jeûne seul ne nous suffit pas pour acquérir le salut de nos âmes, suppléons au reste par des œuvres de miséricorde envers les pauvres. Faisons servir la vertu ce que nous retrancherons au plaisir ; et que l'abstinence de celui qui jeûne devienne la nourriture de l'indigent."

Prenons notre part de ces avertissements, nous qui sommes les enfants de la sainte Eglise ; et puisque nous vivons à une époque où le jqoeûne de l'Avent n'existe plus, portons-nous avec d'autant plus de ferveur à remplir le précepte des Quatre-Temps, que ces trois jours, en y joignant la Vigile de Noël, sont les seuls auxquels la discipline actuelle de l'Eglise nous enjoigne d'une manière précise, en cette saison, l'obligation du jeûne.

Ranimons en nous, à l'aide de ces légères observances, le zèle des siècles antiques, nous souvenant toujours que si la préparation intérieure est surtout nécessaire pour l'Avènement de Jésus-Christ dans nos âmes, cette préparation ne saurait être véritable en nous, sans se produire à l'extérieur par les pratiques de la religion et de la pénitence.


L'Annonciation. Jan van Eyck. XVe.

Le jeûne des Quatre-Temps a encore une autre fin que celle de consacrer, par un acte de piété, les diverses saisons de l'année ; il a une liaison intime avec l'Ordination des Ministres de l'Eglise, qui reçoivent le samedi leur consécration, et dont la proclamation avait lieu autrefois devant le peuple à la Messe du Mercredi. Dans l'Eglise Romaine, l'Ordination du mois de Décembre fut longtemps célèbre ; et il paraît, par les anciennes Chroniques des Papes, que, sauf les cas tout à fait extraordinaires, le dixième mois fut, durant plusieurs siècles, le seul où l'on conférât les saints Ordres à Rome. Les fidèles doivent s'unir aux intentions de l'Eglise, et présenter à Dieu l'offrande de leurs jeûnes et de leurs abstinences, dans le but d'obtenir de dignes Ministres de la Parole et des Sacrements, et de véritables Pasteurs du peuple chrétien.

En l'Office des Matines, l'Eglise ne lit rien aujourd'hui du prophète Isaie ; elle se contente de rappeler le passage de l'Evangile de saint Luc dans lequel est racontée l'Annonciation de la Sainte Vierge, et lit ensuite un fragment du Commentaire de saint Ambroise sur ce même passage.

Le choix de cet Evangile, qui est le même que celui de la Messe, selon l'usage de toute l'année, a donné une célébrité particulière au Mercredi de la troisième semaine de l'Avent. On voit, par d'anciens Ordinaires à l'usage de plusieurs Eglises insignes, tant Cathédrales qu'Abbatiales, que l'on transférait les fêtes qui tombaient en ce Mercredi ; qu'on ne disait point ce jour-là, à genoux, les prières fériales ; que l'Evangile Missus est, c'est-à-dire de l'Annonciation, était chanté à Matines par le Célébrant revêtu d'une chape blanche, avec la croix, les cierges et l'encens, et au son de la grosse cloche ; que, dans les Abbayes, l'Abbé devait une homélie aux Moines, comme aux fêtes solennelles. C'est même à cet usage que nous sommes redevables des quatre magnifiques Sermons de saint Bernard sur les louanges de la Sainte Vierge, et qui sont intitulés : Super Missus est.


Vision de saint Bernard.
Pietro di Cristoforo Vannucci : Le Pérugin. XVIe.

Fin de la première homélie Super Missus est de saint Bernard :

[...] Ô homme, apprends à obéir, terre et poussière apprends à plier et à te soumettre. En parlant de ton Créateur, l'Evangéliste dit : " et il leur était soumis ", c'est-à-dire à Marie et à Joseph. Rougis donc, Ô cendre orgueilleuse ! Un Dieu s'abaisse et toi tu t'élèves ! Un Dieu se soumet aux hommes, et toi, non content de dominer tes semblables, tu vas jusqu'à te préférer à ton Créateur ? Ah ! Pussé-je, si jamais je suis dans ces dispositions, avoir la grâce que Dieu lui-même me dise comme il le fit un jour, mais sur le ton du reproche, à son Apôtre :
" Retirez-vous de moi, Satan, car vous ne goûtez point les choses de Dieu." (Matth., XVI, 23).

En effet, toutes les fois que j'ambitionne de commander aux hommes, je veux m'élever au dessus de Dieu même, et il est vrai de dire alors que je ne goûte point les choses de Dieu, car c'est de lui qu'il est dit : " et il leur était soumis ". Ô homme, si tu ne trouves pas qu'il soit digne de toi de prendre modèle sur un de tes semblables, certainement il l'est de marcher du moins sur les pas de ton Créateur. Si tu ne peux le suivre partout où il va, daigne au moins le suivre partout oit il condescend à ta bassesse. C'est-à-dire si tu ne peux t'engager dans les sentiers élevés de la virginité, suis au moins Dieu dans les voies parfaitement sûres de l'humilité, dont les vierges mêmes ne peuvent s'écarter, à vrai dire, et continue de suivre l'Agneau partout où il va. Sans doute, celui qui a perdu son innocence, s'il est humble ; l'orgueilleux s'il a conservé sa pureté, suivent l'Agneau ; mais ils ne le suivent point partout où il va.

En effet, le premier ne peut s'élever à la pureté de l'Agneau sans tache, et le second ne saurait descendre à la douceur de Celui qui a gardé le silence, non-seulement devant celui qui le dépouillait de sa toison, mais même sous la main de celui qui le mettait à mort. Toutefois, le pécheur a pris, pour marcher sur ses pas, en suivant les sentiers de l'humilité, un chemin plus sûr que l'homme qui, dans sa virginité, suit les voies de l'orgueil, car l'humilité de l'un le purifiera de ses souillures, tandis que l'orgueil de l'autre ne peut manquer de souiller sa pureté.

Mais heureuse est Marie, à qui ni l'humilité ni la virginité n'ont fait défaut. Et quelle virginité que celle que la fécondité a rendue plus éclatante au lieu de la flétrir. De même quelle incomparable fécondité que celle que la virginité et l'humilité accompagnent. Y a-t-il là quelque chose qui ne soit point admirable ? Qui ne soit point incomparable ? Qui ne soit point unique ? Je serais bien surpris si vous n'étiez embarrassé pour décider en y réfléchissant lequel des deux est le plus étonnant de voir une vierge féconde ou une mère demeurant vierge ; et ce qu'on doit plus admirer de cette sublime fécondité ou de cette humilité dans une elle élévation ; ou plutôt si vous ne préfériez sans hésiter toutes ces choses réunies, à chacune d'elles en particulier, et si vous ne regardiez comme incomparablement meilleur et préférable de les posséder toutes, que de ne posséder que l'une ou l'autre d'elles.

Après tout je serais bien surpris si le Dieu que les saintes Lettres nous montrent et que nous voyons nous-mêmes admirable dans ses saints (Psalm., LXVII, 36), ne s'était pas surpassé dans sa mère. Ô vous qui êtes mariés, respectez la pureté dans une chair corruptible ; mais vous, Ô vierges sacrées, admirez la fécondité dans une Vierge : enfin nous tous ô hommes admirons l'humilité de la Mère de Dieu. Anges saints, honorez la Mère de votre Roi, vous qui adorez le Fils de notre Vierge, qui est en même temps notre roi et le vôtre, le réparateur de notre race et l'architecte de votre cité. A ce Dieu si humble parmi nous si grand au milieu de vous, rendons également les uns et les autres les hommages qui lui sont dus. Honneur et gloire soient rendus à sa grandeur, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il."


Vision de saint Léon. Ta'amra Mâryâm. Ethiopie. XVIIe.

Rappels sur le jeûne et l'abstinence :

Le jeûne :
C'est ne faire qu'un repas complet par jour. On peut prendre une légère collation, le matin et le soir.

L'abstinence :
C'est s'abstenir de viande et de jus de viande.

Aliments défendus :
- La viande, les produits laitiers, les oeufs, bien sûr les friandises et ces choses dont nul n'a besoin pour vivre.
- Pas d'alcool non plus en ce jour béni, ni de ces boissons sucrées dont nul n'a besoin pour vivre.

Repas conseillé :
- Eau, pain, soupe.

Jours de jeûne et d'abstinence :
- Obligatoires (de 21 à 60 ans) sous peine de péché mortel : mercredi des Cendres, vendredi Saint, vigile de l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge Marie (7 décembre), Vigile de Noël (24 décembre).
- Outre ces 4 jours, l'Eglise désire que tous ceux qui le peuvent observent l'ancienne discipline : jeûne tous les jours du Carême (du mercredi des Cendres au samedi Saint, sauf les dimanches) ; les jours des Quatre-Temps ; les vigiles de la Pentecôte et de la Toussaint.

Jours d'abstinence :
- Obligatoire (dès l'âge de 7 ans) sous peine de péché mortel : tous les vendredis de l'année.
- Outre les vendredis, l'Eglise désire que tous ceux qui le peuvent observent l'ancienne discipline : abstinence les samedis de Carême, les jours des Quatre-Temps, les vigiles de la Pentecôte et de la Toussaint.

Le jeûne eucharistique :
Avec la Sainte Communion, il est obligatoire de s'abstenir, sous peine de péché mortel :
- pendant 3 heures, de toute nourriture solide et de toute boisson alcoolisée,
- pendant 1 heure, de toute boisson non alcoolisée..
L'eau et les vrais médicaments peuvent être pris sans limite de temps.

Par respect pour le Saint Sacrement, l'Eglise désire que tous ceux qui le peuvent observent l'ancienne discipline : ne rien manger ni boire depuis minuit.

" Si vous m'aimez, gardez mes commandements." (Saint Jean, XIV,15.).

Extraits du catéchisme de Saint Pie X :

Q. Que nous ordonne le second précepte de l’Eglise par les mots : Jeûner aux jours commandés ?
R. Le second précepte de l’Eglise par les mots : Jeûner aux jours commandés nous ordonne de jeûner :
1. pendant le Carême ;
2. à certains jours de l’Avent, là où le jeûne est prescrit ;
3. aux Quatre-Temps ;
4. à certaines vigiles.

Q. En quoi consiste le jeûne ?
R. Le jeûne consiste à ne faire qu’un seul repas par jour et à s’abstenir des aliments défendus.

Q. Aux jours de jeûne, peut-on faire le soir une petite collation ?
R. Par une condescendance de l’Eglise on peut, les jours de jeûne, faire le soir une petite collation.

Q. A quoi sert le jeûne ?
R. Le jeûne sert à mieux nous préparer à la prière, à faire pénitence des péchés commis, et à nous préserver d’en commettre de nouveaux.

Q. Qui est obligé au jeûne ?

R. Sont obligés au jeûne tous les chrétiens qui ont vingt-et-un ans accomplis, et qui ne sont ni dispensés ni excusés par un empêchement légitime.

Q. Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne sont-ils absolument dispensés de toute mortification ?

R. Ceux qui ne sont pas obligés au jeûne ne sont pas absolument dispensés de toute mortification, parce que nous sommes tous obligés à faire pénitence.

Q. Dans quel but a été institué le jeûne de l’Avent ?
R. Le jeûne de l’Avent a été institué pour nous disposer à célébrer saintement la fête de Noël.

Q. Dans quel but a été institué le jeûne des quatre-temps ?
R. Le jeûne des quatre-temps a été institué :
- pour consacrer chaque saison de l’année par une pénitence de quelques jours ;
- pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre ;
- pour le remercier des fruits qu’il nous a déjà donnés ;
- pour le prier de donner à son Eglise de saints ministres, dont l’ordination est faite les samedis des quatre-temps.

Q. Dans quel but a été institué le jeûne des vigiles ?
R. Le jeûne des vigiles a été institué pour nous préparer à célébrer saintement les fêtes principales.

Q. Qu’est-ce qui nous est défendu le vendredi, et les samedis où il n’y a pas de dispense ?

R. Le vendredi et les samedis où il n’y a pas de dispense, il nous est défendu de manger de la viande, sauf en cas de nécessité.

Q. Pourquoi l’Eglise a-t-elle voulu que nous nous abstenions ces jours-là de manger de la viande ?

R. Afin que nous fassions pénitence chaque semaine, et surtout le vendredi en l’honneur de la Passion, et le samedi en souvenir de la sépulture de Jésus-Christ, et en l’honneur de la très sainte Vierge Marie.