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vendredi, 13 janvier 2017

13 janvier. Le Baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ. L'octave de l'Epiphanie.

- Le Baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ. L'octave de l'Epiphanie.

Psautier cistercien. Besançon. XIIIe.

Le second Mystère de l'Epiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd'hui tout spécialement l'attention de l'Eglise. L'Emmanuel s'est manifesté aux Mages après s'être montré aux bergers ; mais cette manifestation s'est passée dans l'enceinte étroite d'une étable à Bethléhem, et les hommes de ce monde ne l'ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d'éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s'empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Epiphanie ?

Elle a pour objet, comme la première, l'avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des Mystères. L'étoile a conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l'eau. " Celui qui a croira et qui sera baptisé sera sauvé " (Marc, XVI, 16.) : il est donc temps qu'une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.

Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l'eau pour l'instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C'est pourquoi, à l'origine des choses, l'Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l'Eglise au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d'être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l'exception d'une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.

Ars moriendi. Marseille. XVe.

Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l'arche du salut, y rentra, ponant un rameau d'olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l'effusion de l'eau. Mais l'accomplissement du mystère annoncé était loin encore.

En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l'attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la Terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d'Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.

Mais le contact des membres humains d'un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l'homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut, mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux ; et c'était au sein de cet élément sacré qu'il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.

Jésus donc, âgé de trente ans, s'avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l'enlevait pas. Notre divin Roi s'avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d'enfanter, comme chante l'Eglise, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l'environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquera l'élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Echauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du Rédempteur est plongée dans leur sein parla main tremblante du Précurseur.

Bible glosée. Rouen. XIIIe.

Mais, dans ce prélude d'une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s'ouvrent ; la Colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l'Esprit d'amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s'arrête et se repose sur la tête de l'Emmanuel, planant à la fois sur l'humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.

Cependant le Dieu-Homme n'était pas manifesté encore avec assez d'éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette Voix qu'avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l'orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge (Psalm. XXVIII.), un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances ".

Ainsi fut manifestée la Sainteté de l'Emmanuel par la présence de la divine Colombe et par la voix du Père,comme sa Royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l'Etoile. Le mystère accompli,l'élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des Pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.

Bréviaire à l'usage de Paris. Conches. XVe.

Elle est grande, cette fête de l'Epiphanie, dont l'objet est d'honorer de si hauts mystères ; et nous n'avons pas lieu de nous étonner que l'Eglise orientale ait fait de ce jour une des époques de l'administration solennelle du Baptême. Les anciens monuments de l'Eglise des Gaules nous apprennent que cet usage s'observa aussi chez nos aïeux ; et plus d'une fois dans l'Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d'une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l'administration du Baptême. L'Eglise Romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l'honneur d'être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des Sacrements ; mais l'usage se conserva et dure encore, en plusieurs l’Occident, de bénir l'eau avec une solennité toute particulière, au jour de l'Epiphanie.

L'Eglise d'Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l'ordinaire, dans l'Eglise; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le Pontife se rend sur les bords d'un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d'une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le Pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l'action du Précurseur. A Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c'est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s'observe pareillement dans les Eglises de l'Occident qui ont retenu l'usage de bénir l'eau à la Fête de l'Epiphanie.

Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son Homélie vingt-quatrième, sur le Baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.

Evangeliarium. Malatya. Actuelle Turquie. XIe.

Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Eglise, de nous avoir donné, après l'Etoile de la foi qui nous illumine, l'Eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l'humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d'un homme mortel, afin d'accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu'il en portât l'humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du Baptême qui nous a ouvert les portes de l'Eglise de la terre et de l'Eglise du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissance.

Psautier-heures. Avignon. XIVe.

A LA MESSE DE L'OCTAVE DE L'EPIPHANIE

ÉPÎTRE

Lecture du Prophète Isaïe, chap. LX. :

" Lève-toi, Jérusalem, sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Les ténèbres couvriront la terre, une nuit sombre enveloppera les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lèvera, et sa gloire éclatera sur toi. Et les Nations marcheront à ta lumière, et les Rois à la splendeur de ta clarté naissante. Lève les yeux, considère autour de toi, et vois : tous ceux-ci, que tu vois rassemblés, sont venus pour toi. Des fils te sont venus de loin, et des filles se lèvent à tes côtés. En ce jour tu verras, et tu seras dans l'opulence, et ton cœur sera dans l'admiration, et il se dilatera en ce jour où la multitude des nations qui habitent les bords de la mer se tournera vers toi. Les chameaux, les dromadaires de Madian et d'Epha arriveront chez toi comme un déluge : la foule viendra de Saba t'apporter l'or et l'encens, en chantant la louange du Seigneur."

Graduel à l'usage de Saint-Dié. XVIe.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Jean, chap. I. :

" En ce temps-là, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu ; voici Celui qui ôte les péchés du monde. C'est Celui duquel j'ai dit : Il vient après moi un homme qui a été préféré à moi, parce qu'il était avant moi. Je ne le connaissais pas ; mais je suis venu baptiser dans l'eau, afin qu'il soit connu dans Israël. Et Jean rendit alors ce témoignage : " J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et demeurer sur lui. Pour moi, je ne le connaissais pas ; mais Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'a dit : " Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est Celui qui baptise dans le Saint-Esprit ". Et je l'ai vu, et j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu "."

Céleste Agneau ! vous êtes descendu dans le fleuve pour le purifier ; la divine Colombe est venue des hauteurs du ciel unir sa douceur à la vôtre, et vous êtes remonté sur la rive. Mais, Ô prodige de votre miséricorde ! les loups sont descendus après vous dans les eaux sanctifiées ; et voilà qu'ils reviennent vers vous transformés en agneaux. Nous tous, immondes par le péché, nous devenons, au sortir de la fontaine sacrée, ces blanches brebis de votre divin Cantique, qui remontent du lavoir, toutes fécondes, pas une stérile ; ces pures colombes qui semblent s'être baignées dans le lait, et qui ont fixé leurs demeures auprès des claires fontaines : tant est puissante la vertu de purification que votre divin contact a donnée à ces eaux ! Conservez en nous cette blancheur qui vient de vous, Ô Jésus! et si nous l'avons perdue, rendez-nous-la par le baptême de la Pénitence, qui seul peut nous restituer la candeur de notre premier vêtement. Epanchez plus encore ce fleuve d'amour, Ô Emmanuel ! Que ses flots aillent chercher jusqu'au fond de leurs déserts sauvages ceux qu'ils n'ont pas touchés jusqu'ici ; inondez la terre, ainsi que vous l'avez promis. Souvenez-vous de la gloire dans laquelle vous fûtes manifesté au milieu du Jourdain ; oubliez les crimes qui depuis trop longtemps retardent la prédication de votre Evangile sur ces plages désolées ; le Père céleste ordonne à toute créature de vous écouter : parlez à toute créature, Ô Emmanuel !

Heures à l'usage de Rome. Dijon. XVe.

HYMNE

Chantons encore la divine Théophanie, en réunissant dans un seul concert la voix de toutes les Eglises. Saint Hilaire de Poitiers ouvrira nos cantiques par l'Hymne où il célèbre à la fois les trois Mystères de cette grande Octave :

" Le miséricordieux Rédempteur des peuples, Jésus , brille aujourd'hui d'une triple splendeur. Que la race entière des fidèles lui consacre ses louanges et ses cantiques.

Une étoile brillante, qui scintille au ciel, annonce sa Naissance; elle précède les Mages et les conduit à son berceau.

Ils tombent aux pieds de cet enfant ; ils l'adorent dans les langes, ils le confessent pour un Dieu, et lui offrent de mystiques présents.

Ayant trente fois parcouru le cycle de l'année, et avancé dans les jours de sa vie mortelle, Jésus demande l'eau du baptême, lui qui est exempt de toute souillure.

L'heureux Jean frémit à la pensée de plonger dans le fleuve Celui dont le sang a la vertu d'effacer les péchés du monde.

La voix imposante du Père proclame le Fils du haut des cieux, et la vertu de l'Esprit, source des dons sacrés, descend visiblement.

Vous dont les ordres tout-puissants font rougir l'eau dans les vases du festin, Ô Christ, nous vous en supplions , étendez sur nous tous votre protection.

A la souveraine Trinité, louange, honneur, puissance et gloire, à jamais, dans tous les siècles des siècles.

Amen."

Prosaire à l'usage de l'abbaye Saint-Pierre de Corbie. XIVe.

ANTIENNES

Les vénérables Antiennes que nous donnons ci-après, restes précieux de l'antique Liturgie Gallicane, ont une origine orientale, et sont encore conservées au Bréviaire de Cîteaux :

" Le Sauveur, voulant renouveler l'homme ancien, vient au Baptême, afin de régénérer par l'eau la nature corrompue ; il nous revêt d'un vêtement incorruptible.

Vous qui, dans l'Esprit et dans le feu, purifiez l'humaine contagion, nous vous glorifions, notre Dieu et Rédempteur !

Jean-Baptiste tremble et n'ose toucher la tête sacrée de son Dieu. Dans sa frayeur, il s'écrie : Sanctifiez-moi vous-même, Ô Sauveur !

Le Sauveur a brisé, dans le fleuve du Jourdain, la tête du dragon ; il nous a arrachés tous à sa puissance.

Un grand Mystère est déclaré aujourd'hui : le créateur de toutes choses lave nos crimes dans le Jourdain.

Le soldat baptise son Roi, l'esclave son maître, Jean son Sauveur ; l'eau du Jourdain s'est émue, la Colombe a rendu témoignage, la voix du Père s'est fait entendre : Celui-ci est mon Fils.

Les sources des eaux furent sanctifiées au moment où le Christ apparaissait dans sa gloire. Toute la terre, venez puiser les eaux dans la source du Sauveur ; car le Christ notre Dieu sanctifie aujourd'hui toute créature."

Psautier à l'usage de Reims. XIIIe.

SÉQUENCE

Le moyen âge des Eglises d'Occident a produit cette Séquence, que nous empruntons aux anciens Missels de Paris. Elle chante les trois Mystères de l'Epiphanie :

" Un astre au lever merveilleux, annoncé par les Prophètes, signale aujourd'hui le lever du divin Soleil.

Cet astre vient éclairer les Mages ; Hérode en est ébranlé ; la Gentilité aborde à Jésus, le port de la paix.

L'étoile annonce l'Enfant créateur des astres, vengeur des crimes, le Dieu fort.

Des présents mystiques le proclament arbitre du monde, et notre Rédempteur par sa mort.

Il est plongé dans les eaux, et dans les eaux il répand une vertu qui efface le péché d'Adam.

La Colombe paraît, la voix du Père adopte le Fils, dont la gloire éclate par ces prodiges.

La parole de Jean rend son témoignage, et la loi d'amour prend commencement.

Les conviés sont dans la joie, quand l'eau des fontaines vient faire l'office d'un vin généreux.

Au sein d'une Vierge, épouse sans tache, le Verbe du Père contracte une alliance d'amour.

Qu'il daigne laver nos crimes, délier nos chaînes,nous protéger à jamais, par les prières de sa Mère. Amen."

Roman de Dieu et de sa Mère. H. de Valenciennes. Besançon. XVe.

VI DIE JANUARII, IN THEOPHANIA

L'Eglise Grecque nous fournit, dans ses Menées, ce magnifique ensemble de poésie, de doctrine et de piété, en l'honneur du Baptême de l'Agneau dans le Jourdain :

" Le Jourdain remonta un jour vers sa source à l'attouchement de la melote d'Elisée, lorsqu'Elie fut enlevé au ciel ; les ondes du fleuve se divisèrent, et une voie solide s'ouvrit au Prophète, et cette voie était à travers les eaux en figure du Baptême par lequel nous traversons le fleuve de la vie. Le Christ est apparu : il vient renouveler toute créature.

Aujourd'hui la nature des eaux est sanctifiée, le Jourdain est divisé ; il suspend le cours de ses sources à l'aspect du Seigneur qui vient s'y baigner.

Ô Christ Roi ! Tu es venu au fleuve comme un homme, recevoir le Baptême des serviteurs ; tu t'empresses, Ô miséricordieux, de te placer sous la main du Précurseur, pour nos péchés, Ô ami des hommes !

A la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, tu es venu, Seigneur, prenant la forme d'esclave, implorant le Baptême, toi qui ignores le péché.

Les eaux t'ont vu, et elles ont tremblé. Le Précurseur a été saisi de crainte, et il s'est écrié, disant : " Comment la faible lampe allumera-t-elle la Lumière ? Comment le serviteur imposera-t-il la main sur le Maître ? Sanctifie-moi, et sanctifie les eaux, Ô Sauveur ! qui effaces le péché du monde."

La main tremblait, la main du Précurseur, du Baptiste, du Prophète, honoré plus que tous les Prophètes ; car il contemplait l'Agneau de Dieu qui lave le péché du monde, et, dans son trouble, il s'écriait : " Ô Verbe ! je n'ose mettre ma main sur ta tête : sanctifie-moi et m'éclaire, Ô miséricordieux ! Car tu es la vie, la lumière, et la paix du monde."

C'était chose merveilleuse de voirie Seigneur du ciel et de la terre, dépouillé, dans le fleuve, recevant de sa créature le baptême pour notre salut, comme un serviteur ; et les chœurs des Anges étaient muets dans la crainte et l'allégresse : unis à eux, nous t'adorons ; sauve-nous.

Lève vers lui pour nous, Ô Baptiste, lève ta main, comme ayant puissance, cette main qui toucha la tête du Seigneur que personne n'avait touchée, cette main dont un doigt nous désigna l'Agneau ; car par lui tu as été déclaré le plus grand des Prophètes.

Tourne aussi vers lui, Ô Baptiste, tes yeux qui ont vu l'Esprit très saint descendre en forme de colombe ; montre-toi miséricordieux envers nous, assiste-nous de ton concours dans nos chants, et entonne le premier l'hymne de louange.

Sacramentaire de Marmoutier à l'usage d'Autun. IXe.

Le fleuve du Jourdain t'a reçu dans ses eaux, Ô Christ, fontaine de vie ! et le Paraclet est descendu en forme de colombe. Il incline la tête, Celui qui a incliné les cieux; la créature, pétrie de terre, se plaint et crie à son auteur : " Pourquoi me commander des choses au-dessus de moi ? c'est moi qui ai besoin de ton baptême, Ô impeccable !"

Tu as incliné la tête devant le Précurseur, Ô Christ ! Tu as brisé la tête du dragon ; tu es descendu dans le fleuve ; tu as illuminé toutes choses pour ta gloire, Ô Sauveur, lumière de nos âmes !

Celui qui se revêt de la lumière comme d'un vêtement a daigné, pour l'amour de nous, se faire semblable à nous ; il s'est couvert des eaux du Jourdain comme d'un vêtement, lui qui n'avait pas besoin de ces eaux pour se purifier, et qui répand sur nous, de son propre fonds, la grâce de la régénération, Ô prodige !

Venez, imitons les vierges sages ; venez, allons au-devant du Seigneur manifesté ; car, en sa qualité d'Epoux, il vient vers Jean, son ami. A ta vue, le Jourdain a remonté vers sa source, il s'est replié sur lui-même et s'est arrêté. Jean s'écriait : " Je n'ose toucher la tête immortelle ". L'Esprit descendait en forme de colombe pour sanctifier les eaux, et la voix du ciel disait : " Celui-ci est mon Fils venu dans le monde pour sauver le genre humain ". Ô Christ, gloire à toi !

Le Christ est baptisé, il remonte de l'eau, relevant 'avec lui le monde entier ; il voit ouverts les cieux qu'Adam avait fermés pour lui-même et sa postérité. L'Esprit proclame la divinité du baptisé, la voix du ciel se fait entendre : il est déclaré Sauveur de nos âmes.

Seigneur, pour accomplir ton décret éternel, tu as emprunté à toute créature son concours à l'accomplissement de ton mystère. Aux Anges, tu as demandé Gabriel ; aux hommes, la Vierge ; aux cieux, l’étoile ; aux eaux, le Jourdain. Tu as pris sur toi le péché du monde : gloire à toi, notre Sauveur !

Fleuve du Jourdain, pourquoi es-tu ému de voir sans voile Celui qui est invisible ? Tu réponds : " Je l'ai vu, et j'en ai été saisi de crainte. Comment n'aurais-je pas tremblé ? A cette vue, les Anges ont frémi, les cieux ont été ébranlés, la terre a tremblé, la mer s'est soulevée, toutes les choses visibles et invisibles ont été dans l'agitation ".

" Qui a vu des taches sur le soleil, sur le plus resplendissant des astres ? s'écriait le Précurseur. Comment te laverais-je dans les eaux, splendeur de la gloire, image du Père éternel, moi qui ne suis qu'une herbe faible et desséchée ! Comment porterais-je mes mains sur les feux de ta divinité ? Car tu es le Christ, Sagesse et Vertu de Dieu."

La grande lumière, le Christ, s'est levée sur la Galilée des nations, sur la région de Zabulon et sur la terre de Nephtali ; une éclatante splendeur à lui en Bethlehem la lumineuse, sur ceux qui étaient dans les ténèbres ; mais avec plus d'éclat encore, le  Seigneur, le Soleil de justice, sorti de Marie, a répandu ses rayons sur l'univers entier.

Vous donc qui étiez nus dans Adam, venez tous, revêtez-vous du Christ pour réchauffer vos membres. Ô Christ ! Tu es venu, vêtement de ceux qui sont nus, splendeur de ceux qui étaient dans les ténèbres ; lumière inaccessible, tu t'es manifestée aujourd'hui.

Amen."

Speculum humanae salvationis. Lyon. XVe.

SEQUENCE

A la gloire de l'auguste Mère de l'Agneau, consacrons cette ancienne Séquence de nos vieux Missels. C'est l'imitation d'une des Proses de Notker pour la Pentecôte, longtemps attribuée au pieux roi de France Robert, et que nous donnerons en son lieu :

" Daigne nous assister la grâce de l'Esprit-Saint,

Qui, pour la rendre Mère d'un Dieu, féconda la Vierge Marie ;

Par qui l'auguste Virginité a fleuri en Marie.

Esprit d'amour, qui daignas remplir Marie,

Tu répandis la rosée sacrée sur Marie.

Céleste amant, sans l'offenser tu fécondas Marie.

Ton ombre sacrée, tes caresses divines sanctifièrent Marie.

Tu veillas pour que la faute originelle ne fût point transmise à Marie.

Tu consacras l'habitation du sein béni de Marie,

Afin qu'elle devînt enceinte et mère, Marie,

Et qu'elle enfantât sans perdre sa fleur, Marie.

Tu inspiras les Prophètes qui chantèrent qu'un Dieu serait conçu par Marie.

Tu donnas ta force aux Apôtres, afin qu'ils prêchassent ce Dieu qu'a enfanté Marie.

Quand Dieu créa l'ensemble de cet univers, il y figura Marie.

La terre, vierge encore, fut appelée à produire le premier homme, qui était vierge et pur : ainsi elle a produit le second, Marie.

Tu es l'espoir des âmes affligées, Ô douce Marie !

Délie les chaînes de tes serviteurs, Ô Marie !

Le monde tout brisé par ses crimes, tu l'as rappelé à la vie, Ô Marie !

Tu as triomphé des idoles et des lois impies, Ô Marie !

Donc, nous te supplions de nous secourir de ta main bénigne, Ô Marie !

Et de prier ton Fils pour nous qui chantons à ta gloire : Salut, Ô Marie !

Ta félicité surpasse toute félicité, Ô Marie !

Ton trône domine les chœurs sublimes des Anges, Ô Marie !

Tu as revêtu du vêtement de la chair un homme, Ô Marie!

Pour lui tu devins féconde, sans le secours humain, Ô Marie !

Il est Dieu ; apaise-le pour nous, Ô Marie !"

Statuts de la confrérie de Saint-Jean-Baptiste. Avignon. XVIe.

vendredi, 06 janvier 2017

6 janvier. Epiphanie de Notre Seigneur Jésus-Christ.

- Epiphanie de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Extraits de L'année liturgique de dom Prosper Guéranger :


L'adoration des mages. Rogier van der Weyden. XVe.

Le jour des Mages, le jour du Baptême, le jour du Festin nuptial est arrivé ; les trois puissants rayons du Soleil de justice luisent sur nous. Les ténèbres matérielles sont aussi moins épaisses ; la nuit a déjà perdu de son empire, la lumière progresse de jour en jour. Dans son humble berceau, les membres sacrés du divin Enfant prennent accroissement et force. Aux Bergers, Marie le fit voir étendu dans la crèche ; aux Mages, elle va le présenter sur ses bras maternels. Les présents que nous avons à lui offrir doivent être préparés : suivons donc nous aussi l'étoile, et mettons-nous en marche pour Bethléhem, la Maison du Pain de vie.

CAPITULE
(Isaïe, LX.).


Lorenzo Monaco. XVe.

" Lève-toi, Jérusalem ! sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi."

R/. br. " Les Rois de Tharsis et des îles lointaines lui offriront des présents : Alleluia, alleluia. Les Rois de Tharsis."

V/. " Les Rois de l'Arabie et de Saba lui apporteront des dons. * Alleluia, alleluia. Gloire au Père. Les Rois de Tharsis."

V/. " La foule viendra de Saba, alleluia, "

R/. " Lui apporter l'or et l'encens, alleluia."

A LA MESSE

A Rome, la station est à Saint-Pierre, au Vatican, près de la tombe du Prince des Apôtres, à qui toutes les nations ont été données en héritage dans le Christ.

EPÎTRE

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. LX.


Joos van Wassenhove. Flandres. XVe.

" Lève-toi, Jérusalem ; sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Les ténèbres couvriront la terre, une nuit sombre enveloppera les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lèvera, et sa gloire éclatera sur toi. Et les Nations marcheront à ta lumière, et les Rois à la splendeur de ta clarté naissante. Lève les yeux, considère autour de toi, et vois : tous ceux-ci, que tu vois rassemblés, sont venus pour toi. Des fils te sont venus de loin, et des filles se lèvent à tes côtés. En ce jour, tu verras, et tu seras dans l'opulence, et ton cœur sera dans l'admiration, et il se dilatera : en ce jour où la multitude des nations qui habitent les bords de la mer se tournera vers toi, quand la force des Gentils viendra à toi. Les chameaux, les dromadaires de Madian et d'Epha, arriveront chez toi comme un déluge : la foule viendra de Saba t'apporter l'or et l'encens, en chantant la louange du Seigneur."

Ô gloire infinie de ce grand jour, dans lequel commence le mouvement des nations vers l'Eglise, la vraie Jérusalem ! Ô miséricorde du Père céleste qui s'est souvenu de tous ces peuples ensevelis dans les ombres de la mort et du crime ! Voici que la gloire du Seigneur s'est levée sur la Cité sainte ; et les Rois se mettent en marche pour l'aller contempler. L'étroite Jérusalem ne peut plus contenir ces flots des nations ; une autre ville sainte est inaugurée ; et c'est vers elle que va se diriger cette inondation des peuples gentils de Madian et d'Epha. Dilate ton sein, dans ta joie maternelle, Ô Rome ! Tes armes t'avaient assujetti des esclaves ; aujourd'hui ce sont des enfants qui arrivent en foule à tes portes ; lève les yeux, et vois : tout cela est à toi ; l'humanité tout entière vient prendre dans ton sein une nouvelle naissance. Ouvre tes bras maternels ; et accueille-nous, nous tous qui venons du Midi et de l'Aquilon, apportant l'encens et l'or à Celui qui est ton Roi et le nôtre.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. II.


Adoration des rois mages. Gérard David. Flandres. XVIe.

" Jésus étant né en Bethléhem de Juda, aux jours du roi Hérode, voici que des Mages vinrent d'Orient à Jérusalem, et ils disaient :
" Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer."
A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et toute la ville de Jérusalem avec lui. Et rassemblant tous les Princes des prêtres et les Docteurs du peuple, il leur demandait où le Christ devait naître.
Et ils lui dirent :
" En Bethléhem de Juda ; car il est écrit par le Prophète : " Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre entre les principales villes de Juda ; car de toi sortira le Chef qui régira mon peuple d'Israël."
Alors Hérode, ayant appelé les Mages en secret, s'enquit d'eux avec grand soin du temps auquel l'étoile leur avait apparu.
Et les envoyant à Bethléhem, il leur dit :
" Allez et informez-vous exactement de cet enfant, et lorsque vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que je vienne aussi l'adorer."

Ayant ouï ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait, jusqu'à ce que, étant arrivée sur le lieu où était l'enfant, elle s'y arrêta. Lorsqu'ils revirent l'étoile, ils furent transportés de joie, et étant entrés dans la maison, ils trouvèrent l'Enfant avec Marie sa mère, et se prosternant (ici on se met à genoux), ils l'adorèrent, et ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent pour présents l'or, l'encens et la myrrhe. Et ayant reçu en songe l'ordre de ne point aller trouver Hérode, ils s'en retournèrent dans leur pays par un autre chemin."


Albrecht Dürer. XVIe.

Les Mages, prémices de la Gentilité, ont été introduits auprès du grand Roi qu'ils cherchaient, et nous les avons suivis. L'Enfant nous a souri comme à eux. Toutes les fatigues de ce long voyage qui mène à Dieu sont oubliées ; l'Emmanuel reste avec nous, et nous avec lui. Bethléhem, qui nous a reçus, nous garde à jamais ; car à Bethléhem nous possédons VEnfant et Marie sa Mère. En quel lieu du monde trouverions-nous des biens aussi précieux ?

Supplions cette Mère incomparable de nous présenter elle-même ce Fils qui est notre lumière, notre amour, notre Pain de vie, au moment où nous allons approcher de l'autel vers lequel nous conduit l'Etoile de la foi. Dès ce moment ouvrons nos trésors ; tenons à la main notre or, notre encens et notre myrrhe, pour le nouveau-né. Il agréera ces dons avec bonté ; il ne demeurera point en retard avec nous. Quand nous nous retirerons comme les Mages, comme eux aussi nous laisserons nos cœurs sous le domaine du divin Roi ; et ce sera aussi par un autre chemin, par une voie toute nouvelle, que nous rentrerons dans cette patrie mortelle qui doit nous retenir encore, jusqu'au jour où la vie et la lumière éternelle viendront absorber en nous tout ce qui est de l'ombre et du temps.

 
SEQUENCE

Pour honorer la pure et glorieuse Mère de notre divin Roi, empruntons cette Séquence au pieux moine Herman Contract :

" Salut, glorieuse Etoile de la mer ; votre lever divin, Ô Marie, présage la lumière aux nations.

Salut, Porte céleste, fermée à tout autre qu'à Dieu ! Vous introduisez en ce monde la Lumière de vérité, le Soleil de justice, revêtu de notre chair.

Vierge, beauté du monde, Reine du ciel, brillante comme le soleil, belle comme l'éclat de la lune, jetez les yeux sur tous ceux qui vous aiment.

Dans leur foi vive, les anciens Pères et les Prophètes vous désirèrent sous l'emblème de ce rameau qui devait naître sur l'arbre fécond de Jessé.

Gabriel vous désigna comme l'arbre de vie qui devait produire, par la rosée de l'Esprit-Saint, l'amandier à la divine fleur.

C'est vous qui avez conduit l'Agneau-Roi, le Dominateur de la terre, de la pierre du désert de Moab à la montagne de la fille de Sion.

Vous avez écrasé Léviathan, malgré ses fureurs, et brisé les anneaux de ce tortueux serpent, en délivrant le monde du crime qui causa sa damnation.

Nous donc, restes des nations, pour honorer votre mémoire, nous appelons sur l'autel, pour l'immoler mystérieusement, l'Agneau de propitiation, Roi éternel des cieux, le fruit de votre enfantement merveilleux.

Les voiles étant abaissés, il nous est donné à nous, vrais Israélites, heureux fils du véritable Abraham, de contempler, dans notre admiration, la manne véritable que figurait le type mosaïque : priez, Ô Vierge, que nous soyons rendus dignes du Pain du ciel.

Donnez-nous de nous désaltérer, avec une foi sincère, à cette douce fontaine représentée par celle qui sortit de la pierre du désert; que nos reins soient ceints de la ceinture mystérieuse ; que nous traversions heureusement la mer, et qu'il nous soit donné de contempler sur la croix le serpent d'airain.

Les pieds mystérieusement dégagés de leurs chaussures, les lèvres pures, le cœur sanctifié, donnez-nous d'approcher du feu saint, le Verbe du Père, que vous avez porté, comme le buisson porta la flamme, Ô Vierge devenue mère !

Ecoutez-nous ; car votre Fils aime à vous honorer en vous exauçant toujours.

Sauvez-nous, Ô Jésus ! nous pour qui la Vierge-Mère vous supplie.

Donnez-nous de contempler la source de tout bien, d'arrêter sur vous les yeux purifiés de notre âme.

Que notre âme, désaltérée aux sources de la Sagesse, puisse aussi percevoir la saveur de la vraie Vie.

Qu'elle orne par les œuvres la foi chrétienne qui habite en elle, et que, par une heureuse fin, elle passe de cet exil vers vous, Auteur du monde.

Amen."


Il Corregio, le Corrège. Italie. XVe.

PRIERE

" Nous venons à notre tour vous adorer, Ô Christ, dans cette royale Epiphanie qui rassemble aujourd'hui à vos pieds toutes les nations. Nous nous pressons sur les pas des Mages ; car, nous aussi, nous avons vu l'étoile, et nous sommes accourus. Gloire à vous, notre Roi ! A vous qui dites dans le Cantique de votre aïeul David : " C'est moi qui ai été établi Roi sur Sion, sur la montagne sainte, pour annoncer la loi du Seigneur. Le Seigneur m'a dit qu'il me donnerait les nations pour héritage, et l'empire jusqu'aux confins de la terre. Maintenant donc, Ô rois, comprenez ; instruisez-vous, arbitres du monde !" (Psalm. II.).

Bientôt vous direz, Ô Emmanuel, de votre propre bouche : " Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre " (Matth. XXVIII) ; et, quelques années plus tard, l'univers entier sera sous vos lois. Déjà Jérusalem s'émeut ; Hérode tremble sur son trône ; mais l'heure approche où les hérauts de votre avènement iront annoncer à la terre entière que Celui qui était l'attente des nations est arrivé. La parole qui doit vous soumettre le monde partira ; elle s'étendra au loin comme un vaste incendie. En vain les puissants de la terre tenteront de l'arrêter dans son cours. Un Empereur, pour en finir, proposera au Sénat de vous inscrire solennellement au rang de ces dieux que vous venez renverser ; d'autres croiront qu'il est possible de refouler votre domination par le carnage de vos soldats. Vains efforts ! Le jour viendra où le signe de votre puissance ornera les enseignes prétoriennes, où les Empereurs vaincus déposeront leur diadème à vos pieds, où cette Rome si fière cessera d'être la capitale de l'empire de la force, pour devenir à jamais le centre de votre empire pacifique et universel.

Ce jour merveilleux, nous en voyons poindre l'aurore ; vos conquêtes commencent aujourd'hui, Ô Roi des siècles ! Du fond de l'Orient infidèle, vous appelez les prémices de cette gentilité que vous aviez délaissée, et qui va désormais former votre héritage. Plus de distinction de Juif ni de Grec, de Scythe ni de barbare. Vous avez aimé l'homme plus que l'Ange, puisque vous relevez l'un, et laissez l'autre dans sa chute. Mais si, durant de longs siècles, votre prédilection fut accordée à la race d'Abraham, désormais votre préférence est pour nous Gentils. Israël ne fut qu'un peuple, et nous sommes nombreux comme les sables de la mer, comme les étoiles du firmament. Israël fut placé sous la loi de crainte ; vous avez réservé pour nous la loi d'amour.

Dès aujourd'hui vous commencez, Ô divin Roi, à éloigner de vous la Synagogue qui dédaigne votre amour ; aujourd'hui vous acceptez pour Epouse la Gentilité, dans la personne des Mages. Bientôt votre union avec elle sera proclamée sur la croix, du haut de laquelle, tournant le dos à l'ingrate Jérusalem, vous étendrez les bras vers la multitude des peuples. Ô joie ineffable de votre Naissance ! Mais joie plus ineffable encore de votre Epiphanie, dans laquelle il nous est donné à nous, déshérités jusqu'ici, d'approcher de vous, de vous offrir nos dons, et de les voir agréés par votre miséricorde, Ô Emmanuel !

Grâces vous soient donc rendues, Enfant tout-puissant, " pour l'inénarrable don de la foi " (II Cor. IX, 15) qui nous transfère de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière ! Mais donnez-nous de comprendre toujours toute l'étendue d'un si magnifique présent, et la sainteté de ce grand jour où vous formez alliance avec la race humaine tout entière, pour arriver avec elle à ce mariage sublime dont parle votre éloquent Vicaire, Innocent III : " mariage, dit-il, qui fut promis au patriarche Abraham, juré au roi David, accompli en Marie devenue Mère, et aujourd'hui consommé, confirmé et déclaré : consommé dans l'adoration des Mages, confirmé dans le baptême du Jourdain, déclaré dans le miracle de l'eau changée en vin ". Dans cette fête nuptiale où l'Eglise votre Epouse, née à peine, reçoit déjà les honneurs de Reine, nous chanterons, Ô Christ, dans tout l'enthousiasme de nos cœurs, cette sublime Antienne des Laudes, où les trois mystères se fondent si merveilleusement en un seul, celui de votre Alliance avec nous :
" Aujourd'hui l'Eglise s'unit au céleste Epoux : ses péchés sont lavés par le Christ dans le Jourdain ; les Mages accourent aux Noces royales, apportant des présents ; l'eau est changée en vin, et les convives du festin sont dans la joie. Alleluia."

jeudi, 05 janvier 2017

5 janvier. La Vigile de l'Epiphanie.

- La Vigile de l'Epiphanie.


Adoration des bergers. Andrea Mantegna. XVIe.

La fête de Noël est terminée ; les quatre Octaves ont achevé leur cours ; et nous voici en présence de la solennité de l'Epiphanie du Seigneur. Une seule journée nous reste pour nous préparer à la Manifestation pleine de mystère que nous doit faire de sa gloire celui qui est l'Ange du grand Conseil. Encore quelques heures, et l'étoile se sera arrêtée, et les Mages frapperont à la porte de la maison de Bethléhem.

Cette Vigile n'est pas, comme celle de Noël, un jour de pénitence. L'Enfant que nous attendions alors, dans la componction et dans l'ardeur de nos désirs, est venu ; il reste avec nous et nous prépare de nouvelles faveurs. Ce jour d'attente d'une nouvelle solennité est un jour de joie comme ceux qui l'ont précédé. Cette Vigile ne sera donc point marquée par le jeûne ; et la sainte Eglise n'y revêtira point ses habits de deuil. Aujourd'hui, elle se pare de la couleur blanche, comme elle le fera demain. Ce jour est le douzième de la Naissance de l'Emmanuel.

Célébrons donc cette Vigile dans l'allégresse de nos cœurs, et préparons nos âmes aux nouvelles faveurs qui leur sont réservées.


Adoration des bergers. Anonyme flamand. XVIe.

L'Eglise Grecque observe le jeûne aujourd'hui, en mémoire de la préparation au Baptême qui s'administrait autrefois, principalement en Orient, dans la nuit qui précédait le saint jour de l'Epiphanie. Elle bénit encore les eaux avec une grande solennité en cette fête ; nous parlerons avec détail de cette cérémonie dont les vestiges ne sont pas encore entièrement effacés dans l'Occident.

La sainte Eglise Romaine fait mémoire en ce jour d'un de ses Papes Martyrs, saint Télesphore. Ce Pontife monta sur le Siège Apostolique l'an 127 ; et parmi les décrets qu'il rendit, on remarque celui par lequel il établissait l'usage de célébrer la Messe durant la nuit de Noël, pour honorer l'heure delà Naissance du Christ, et un autre dans lequel il décrète que l'Hymne Angélique Gloria in excelsis Deo serait chantée ordinairement au commencement du saint Sacrifice. Cette piété du saint Pape envers le grand mystère que nous célébrons en ces jours, rend sa mémoire plus vénérable encore à l'époque de l'année où elle tombe. Télesphore souffrit un glorieux martyre, selon l'expression de saint Irénée, et fut couronné de la gloire céleste, l'an 138.


Adoration des bergers. Jacopo Negretti. Début du XVIe.

A LA MESSE

La Messe de la Vigile de l'Epiphanie est la même que celle du Dimanche dans l'Octave de Noël, sauf la commémoration de saint Télesphore et l'Evangile.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. II.


Adoration des bergers. Luca Signorelli. XVIe.

" En ce temps-là, Hérode étant mort, voici que l'Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Egypte, lui disant : " Lève-toi, et prends l'Enfant et sa Mère, et va dans la terre d'Israël " ; car ils sont morts, ceux qui poursuivaient la vie de l'Enfant. Joseph, s'étant levé, prit l'Enfant et sa Mère, et vint dans la terre d'Israël. Mais ayant appris qu'Archélaüs régnait en Judée, en la place d'Hérode son père , il craignit d'y aller ; et averti en songe, il se retira dans la Galilée. Et il vint habiter dans la ville qui est appelée Nazareth, afin que fût accompli ce qui avait été dit par les Prophètes : Il sera appelé Nazaréen."

IN CHRISTI NATIVITATE

Pour couronnement des pièces liturgiques qui nous ont aidé si suavement à pénétrer le mystère de Noël, nous avons réservé les strophes suivantes. Nulles autres ne pouvaient mieux convenir à ce jour qui prépare l'introduction des Mages près de la Crèche. Elles sont tirées du poème que le prince des mélodes de l'Eglise Grecque, saint Romanus, consacra, comme prémices de son génie, à la Vierge Mère. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici le texte même, remis dans nos temps en honneur par un illustre prince de l'Eglise (Analecta sacra spicilegio solesmensi parata, I.), et dont aucune traduction ne saurait rendre l'incomparable harmonie.

La Vierge aujourd'hui met au monde Celui qui dépasse la nature ; la terre donne une grotte pour gîte à l'inaccessible. Les Anges avec les bergers font assaut de louanges ; les Mages sont en route à la suite de l'étoile. Car pour nous voici qu'est né, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.


Adoration des bergers. Francesco de Rossi. XVIe.

Voici qu'en Bethléhem Eden est ouvert ; venez donc, et voyons : quel mets suave est là caché pour nous ! Venez : dans cette grotte, abreuvons-nous des délices du paradis. Là fleurit, sans être arrosée, la tige qui produit la grâce. Là est le puits qu'aucune main n'a creusé , et dont David un jour eût voulu boire. Ici tout d'un coup, grâce à la Vierge qui enfante, d'Adam et de David la soif est apaisée. Donc hâtons-nous d'aller où vient de naître, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.

Le père de la mère a voulu être son fils ; le sauveur des enfants gît enfant dans une crèche. Fixant ses yeux sur lui, celle qui l'enfante a dit :
" Qu'est-ce cela, Ô mon fils ! En quelle manière as-tu pris germe en moi ? En quelle manière as-tu trouvé en moi vie et croissance ? Je te vois, Ô fruit de mes entrailles, et suis dans la stupeur ; mon sein s'emplit de lait, et je n'ai point connu d'homme. Et tandis que je t'admire en ces langes, je contemple la fleur de ma virginité toujours sauve, Ô toi qui l'as gardée, en daignant naître, enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles.

Roi très-haut, qui t'attire au milieu des mendiants ? Créateur des cieux, pourquoi viens-tu chez les habitants de la terre ? Une grotte fait tes délices, une crèche est ton amour ! Voici bien que pour ta servante il n'y a point de place dans l'hôtellerie ; et non seulement pas de place : pas de grotte même, car celle-ci est à d'autres. Pourtant à Sara, quand elle eut un fils, beaucoup de terre fut donnée : à moi, pas une tanière ; pour tout j'ai cet antre où tu as voulu habiter, enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles."


Adoration des bergers. Lorenzo d'Andrea d'Oderigo. XVIe.

Tandis qu'elle formule ces pensées dans son cœur et s'adresse suppliante à Celui qui connaît les mystères, elle apprend que les Mages sont là, cherchant le nouveau-né. Venant à eux :
" Qui êtes-vous ?" dit la Vierge.
Ceux-ci lui répondent :
" Bien plutôt, quelle est ta naissance, Ô toi qui as mis au monde un tel enfant ? De quel père, de quelle mère es-tu descendue, toi qui nourris un fils dont tu es la mère sans qu'il ait eu de père ? A la vue de son étoile, nous avons prononcé de concert qu'elle annonçait, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.
Balaam en effet nous avait avec soin préparés à comprendre les oracles dont il fut le prophète, lorsqu'il prédit le lever d'une étoile : étoile éteignant toutes divinations et présages ; étoile résolvant les paraboles des sages, leurs énigmes et sentences ; étoile dont la lumière l'emporte d'autant mieux sur le soleil qui nous éclaire, qu'elle-même a créé tous les astres ; par elle il était annonce que de Jacob sortirait comme la lumière, l’enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles."

Ayant entendu si merveilleux discours , Marie prosternée adora l'enfant né de ses entrailles, et dit en pleurs :
" Grandes pour moi, Ô mon fils, grandes sont toutes les choses que vous avez faites avec mon indigence. Car voici que dehors se tiennent les Mages, et ils vous cherchent ; les rois des nations de l'Orient désirent votre visage ; le contempler est la prière des riches de votre peuple. Ce peuple n'est-il pas vôtre, en effet, pour qui vous êtes né, enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles ?
Puis donc qu'ils sont vôtres, Ô mon fils, ordonnez qu'ils entrent sous votre toit, pour voir cette opulente pauvreté, cette noble indigence ; car je vous ai pour richesses et pour gloire, aussi n'ai-je point à rougir, en vous sont la grâce et la vérité ; et maintenant permettez qu'ils viennent en cet abri : comment m'inquiéterais-je de ma misère, vous possédant, vous le trésor que viennent contempler les princes, l'objet de l'étude des rois et des Mages cherchant où est né, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles ?"


Adoration des bergers. Jacob Jordaens. Début du XVIIe.

Jésus le Christ et notre vrai Dieu se fit entendre intérieurement au cœur de sa mère, et lui dit :
" Introduis ceux qu'amène ma parole ; car cette parole est la lumière de ceux qui me cherchent, étoile aux yeux, force pour l'âme intelligente. C'est elle qui, comme mon serviteur, a conduit les Mages, et maintenant elle s'est arrêtée pour remplir son office et désigner par ses rayons l'endroit où est né, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.
Maintenant donc reçois-les, ô toute belle, reçois ceux qui m'ont reçu ; car je suis en eux, comme je suis dans tes bras, et, en les accompagnant, je ne t'ai point quittée."
Elle donc ouvre la porte et reçoit l'assemblée des Mages ; elle ouvre, celle qui est la porte fermée à tous, que seul le Christ a traversée ; elle ouvre, celle qui fut toujours close, celle qui jamais rien ne perdit des trésors de la virginité ; elle ouvre, celle par qui fut donnée au monde, porte des cieux, l'enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles.

Les dernières paroles de notre Avent étaient celles de l'Epouse, dans la prophétie du Disciple bien-aimé :
" Venez, Seigneur Jésus ! Venez !"
Nous terminerons cette première partie du Temps de Noël par ces paroles d'Isaïe que la sainte Eglise a répétées avec triomphe :
" Un petit Enfant nous est né! Les cieux ont envoyé leur rosée, le juste est descendu du ciel, la terre a enfanté son Sauveur, LE VERBE S'EST FAIT CHAIR, la Vierge a produit son doux fruit, Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. Le Soleil de justice brille maintenant sur nous, les ténèbres sont passées ; au ciel, Gloire à Dieu ! Sur la terre, Paix aux hommes !"


Adoration des bergers. Jusepe de Ribeira. XVIIe.

" Tous ces biens nous sont venus par l'humble et glorieuse Naissance de cet Enfant. Adorons-le dans son berceau, aimons-le pour tant d'amour ; et préparons les présents que nous irons demain lui offrir avec les Mages. L'allégresse de la sainte Eglise continue, la nature angélique est dans l'étonnement, toute la création tressaille de bonheur : Un petit Enfant nous est né !"

dimanche, 01 janvier 2017

1er janvier. Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ. L'an 1. Octave de Noël.

- Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ et du Saint Nom adorable qui lui fut donné. La première année de Son règne.

" Qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et aux enfers."
Saint Paul. Lettre aux Philippiens. II.

" Il n'a pas été donné sous le ciel d'autre nom qui ait la vertu de sauver les hommes."
Actes des Apôtres. III.


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ. Giulio Romano. XVIe.

Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l'étoile qui conduit les Mages approche de Bethléhem ; encore cinq jours, et elle s'arrêtera sur le lieu où repose l'Enfant divin. Aujourd'hui, ce Fils de l'Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd'hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos coeurs.

Mais ce jour n'est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d'un plus grand encore, celui de l'Incarnation et de l'Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d'occuper l'Eglise, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D'autre part, l'imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d'émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd'hui, l'Eglise célèbre spécialement l'auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes.

Autrefois la sainte Eglise Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l'une pour l'Octave de Noël, l'autre en l'honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu'elle a mélangé dans le reste de l'Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Bartolomeo Veneto. Italie. Début du XVIe.

Pour payer son tribut d'hommages à celle qui nous adonné l'Emmanuel, l'Eglise Grecque n'attend pas le huitième jour de la Naissance de ce Verbe fait chair. Dans son impatience, elle consacre à Marie le propre lendemain de Noël, le 26 décembre, sous le titre de Synaxe de la Mère de Dieu, réunissant ces deux solennités en une seule, en sorte qu'elle n'honore saint Etienne que le 27 décembre.

Pour nous, fils aînés de la sainte Eglise Romaine, épanchons aujourd'hui tout l'amour de nos cœurs envers la Vierge-Mère, et conjouissons-nous à la félicité qu'elle éprouve d'avoir enfanté son Seigneur et le nôtre. Durant le saint Temps de l'Avent, nous l'avons considérée enceinte du salut du monde ; nous avons proclamé la souveraine dignité de cette Arche de la nouvelle alliance qui offrait dans ses chastes flancs comme un autre ciel à la Majesté du Roi des siècles. Maintenant, elle l'a mis au jour, ce Dieu enfant ; elle l'adore ; mais elle est sa Mère. Elle a le droit de l'appeler son Fils ; et lui, tout Dieu qu'il est, la nomme en toute vérité sa Mère.

Ne nous étonnons donc plus que l'Eglise exalte avec tant d'enthousiasme Marie et ses grandeurs. Comprenons au contraire que tous les éloges qu'elle peut lui donner, tous les hommages qu'elle peut lui offrir dans son culte, demeurent toujours beaucoup au-dessous de ce qui est dû à la Mère du Dieu incarné. Personne sur la terre n'arrivera jamais à décrire, pas même à comprendre tout ce que cette sublime prérogative renferme de gloire. En effet, la dignité de Marie provenant de ce qu'elle est Mère d'un Dieu, il serait nécessaire, pour la mesurer dans son étendue, de comprendre préalablement la Divinité elle-même.


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Bernardino Zenale. Début du XVIe.

C'est à un Dieu que Marie a donné la nature humaine ; c'est un Dieu qu'elle a eu pour Fils ; c'est un Dieu qui s'est fait gloire de lui être soumis, selon l'humanité ; la valeur d'une si haute dignité dans une simple créature ne peut donc être estimée qu'en la rapprochant de la souveraine perfection du grand Dieu qui daigne ainsi se constituer sous sa dépendance. Anéantissons-nous donc en présence de la Majesté du Seigneur ; et humilions-nous devant la souveraine dignité de celle qu'il s'est choisie pour Mère.

Que si nous considérons maintenant les sentiments qu'une telle situation inspirait à Marie à l'égard de son divin Fils, nous demeurons encore confondus par la sublimité du mystère. Ce Fils, qu'elle allaite, qu'elle tient dans ses bras, qu'elle presse contre son cœur, elle l'aime, parce qu'il est le fruit de ses entrailles ; elle l'aime, parce qu'elle est mère, et que la mère aime son fils comme elle-même et plus qu'elle-même ; mais si elle vient à considérer la majesté infinie de Celui qui se confie ainsi à son amour et à ses caresses, elle tremble et se sent près de défaillir, jusqu'à ce que son coeur de Mère la rassure au souvenir des neuf mois que cet Enfant a passés dans son sein, et du sourire filial avec lequel il lui sourit au moment où elle l'enfanta. Ces deux grands sentiments de la religion et de la maternité se confondent dans ce cœur sur ce seul et divin objet. Se peut-il imaginer quelque chose de plus sublime que cet état de Mère de Dieu ; et n'avions-nous pas raison de dire que, pour le comprendre tel qu'il est en réalité, il nous faudrait comprendre Dieu lui-même, qui seul pouvait le concevoir dans son infinie sagesse, et seul le réaliser dans sa puissance sans bornes ?


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Détail. Bernardino Zenale. Début du XVIe.

Une Mère de Dieu! tel est le mystère pour la réalisation duquel le monde était dans l'attente depuis tant de siècles ; l'œuvre qui, aux yeux de Dieu, dépassait à l'infini, comme importance, la création d'un million de mondes. Une création n'est rien pour sa puissance ; il dit, et toutes choses sont faites. Au contraire, pour qu'une créature devienne Mère de Dieu, il a dû non seulement intervertir toutes les lois de la nature en rendant féconde la virginité, mais se placer divinement lui-même dans des relations de dépendance, dans des relations filiales, à l'égard de l'heureuse créature qu'il a choisie. Il a dû lui conférer des droits sur lui-même, accepter des devoirs envers elle ; en un mot, en faire sa Mère et être son Fils.

Il suit de là que les bienfaits de cette Incarnation que nous devons à l'amour du Verbe divin, nous pourrons et nous devrons, avec justice, les rapporter dans un sens véritable, quoique inférieur, à Marie elle-même. Si elle est Mère de Dieu, c'est qu'elle a consenti à l'être. Dieu a daigné non seulement attendre ce consentement, mais en faire dépendre la venue de son Fils dans la chair. Comme ce Verbe éternel prononça sur le chaos ce mot FIAT, et la création sortit du néant pour lui répondre ; ainsi, Dieu étant attentif, Marie prononça aussi ce mot FIAT, qu'il me soit fait selon votre parole, et le propre Fils de Dieu descendit dans son chaste sein. Nous devons donc notre Emmanuel, après Dieu, à Marie, sa glorieuse Mère.


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Maître de la Sainte Parenté. XVe.

Cette nécessité indispensable d'une Mère de Dieu, dans le plan sublime du salut du monde, devait déconcerter les artifices de l'hérésie qui avait résolu de ravir la gloire du Fils de Dieu. Selon Nestorius, Jésus n'eût été qu'un homme ; sa Mère n'était donc que la mère d'un homme : le mystère de l'Incarnation était anéanti. De là, l'antipathie de la société chrétienne contre un si odieux système. D'une seule voix, l'Orient et l'Occident proclamèrent le Verbe fait chair, en unité de personne, et Marie véritablement Mère de Dieu, Deipara, Theotocos, puisqu'elle a enfanté Jésus-Christ. Il était donc bien juste qu'en mémoire de cette grande victoire remportée au concile d'Ephèse, et pour témoigner de la tendre vénération des chrétiens envers la Mère de Dieu, des monuments solennels s'élevassent qui attesteraient aux siècles futurs cette suprême manifestation. Ce fut alors que commença dans les Eglises grecque et latine le pieux usage de joindre, dans la solennité de Noël, la mémoire de la Mère au culte du Fils. Les jours assignés à cette commémoration furent différents ; mais la pensée de religion était la même.

A Rome, le saint Pape Sixte III fit décorer l'arc triomphal de l'Eglise de Sainte-Marie ad Praesepe, de l'admirable Basilique de Sainte-Marie-Majeure, par une immense mosaïque à la gloire de la Mère de Dieu. Ce précieux témoignage delà foi du cinquième siècle est arrivé jusqu'à nous ; et au milieu du vaste ensemble sur lequel figurent, dans leur mystérieuse naïveté, les événements racontés par les saintes Ecritures et les plus vénérables symboles, on peut lire encore la noble inscription par laquelle le saint Pontife dédiait ce témoignage de sa vénération envers Marie, Mère de Dieu, au peuple fidèle : XISTUS EPISCOPUS PLEBI DEI.


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ottoviano Nelli. XVe.

Des chants spéciaux furent composés aussi à Rome pour célébrer le grand mystère du Verbe fait homme par Marie. De sublimes Répons, de magnifiques Antiennes, ornés d'un chant grave et mélodieux, vinrent servir d'expression à la piété de l'Eglise et des peuples, et ils ont porté cette expression à travers tous les siècles. Entre ces pièces liturgiques, il est des Antiennes que l'Eglise Grecque chante avec nous, dans sa langue, en ces mêmes jours, et qui attestent l'unité de la foi en même temps que la communauté des sentiments, en présence du grand mystère du Verbe incarné.

Considérons, en ce huitième jour de la Naissance du divin Enfant, le grand mystère de la Circoncision qui s'opère dans sa chair. C'est aujourd'hui que la terre voit couler les prémices du sang qui doit la racheter ; aujourd'hui que le céleste Agneau, qui doit expier nos péchés, commence à souffrir pour nous. Compatissons à notre Emmanuel, qui s'offre avec tant de douceur à l'instrument qui doit lui imprimer une marque de servitude.

Marie, qui a veillé sur lui dans une si tendre sollicitude, a vu venir cette heure des premières souffrances de son Fils, avec un douloureux serrement de son coeur maternel. Elle sent que la justice de Dieu pourrait ne pas exiger ce premier sacrifice, ou encore se contenter du prix infini qu'il renferme pour le salut du monde ; et cependant, il faut que la chair innocente de son Fils soit déjà déchirée, et que son sang coule déjà sur ses membres délicats.

Elle voit avec désolation les apprêts de cette dure cérémonie ; elle ne peut ni fuir, ni considérer son Fils dans les angoisses de cette première douleur. Il faut qu'elle entende ses soupirs, son gémissement plaintif, qu'elle voie des larmes descendre sur ses tendres joues.


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il Garofalo. XVIe.

" Mais lui pleurant, dit saint Bonaventure, crois-tu que sa Mère pût contenir ses larmes ? Elle pleura donc quant et quant elle-même. La voyant ainsi pleurer, son Fils, qui se tenait debout sur le giron d'icelle, mettait sa petite main à la bouche et au visage de sa Mère, comme la priant par signe de ne pas pleurer ; car celle qu'il aimait si tendrement, il la voulait voir cesser de pleurer. Semblablement de son côté, cette douce Mère, de qui les entrailles étaient totalement émues par la douleur et les larmes de son Enfant, le consolait parle geste et les paroles. Et de vrai, comme elle était moult prudente, elle entendait bien la volonté d'icelui, jaçoit qu'il ne parlât encore. Et elle disait : " Mon Fils, si vous me voulez voir cesser de pleurer, cessez vous-même ; car je ne puis, vous pleurant, ne point pleurer aussi ". Et lors, par compassion pour sa Mère, le petit Fils désistait de sangloter. La Mère lui essuyait alors les yeux, et aussi les siens à elle, et puis elle appliquait son visage sur le visage de son Enfant, l'allaitait et le consolait de toutes les manières qu'elle pouvait (Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par saint Bonaventure. Tome Ier, page 51.)."

Maintenant, que rendrons-nous au Sauveur de nos âmes, pour la Circoncision qu'il a daigné souffrir, afin de nous montrer son amour ? Nous devrons suivre le conseil de l'Apôtre (Coloss. II, II), et circoncire notre cœur de toutes ses mauvaises affections, en retrancher le péché et ses convoitises, vivre enfin de cette nouvelle vie dont Jésus enfant nous apporte du ciel le simple et sublime modèle. Travaillons à le consoler de cette première douleur ; et rendons-nous de plus en plus attentifs aux exemples qu'il nous donne.

SEQUENCE

A la louange du Dieu circoncis, nous chanterons cette belle Séquence empruntée aux anciens Missels de l'Eglise de Paris :


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Federico Baroccio. Italie. XVIe.

" Aujourd'hui, est apparue la merveilleuse vertu de la grâce, dans la Circoncision d'un Dieu.

Un Nom céleste, un Nom de salut, le Nom de Jésus lui est donné.

C'est le Nom qui sauve l'homme, le Nom que la bouche du Seigneur a prononcé dès l'éternité.

Dès longtemps, à la Mère de Dieu, dès longtemps, à l'époux de la Vierge, un Ange l'a révélé.

Nom sacré, tu triomphes de la rage de Satan et de l'iniquité du siècle.

Jésus, notre rançon, Jésus, espoir des affligés, guérissez nos âmes malades.

A tout ce qui manque à l'homme suppléez par votre Nom, qui porte avec lui le salut.

Que votre Circoncision épure notre cœur, cautérise ses plaies.

Que votre sang répandu lave nos souillures, rafraîchisse notre aridité, qu'il console nos afflictions.

En ce commencement d'année, pour étrennes fortunées, préparez notre récompense, Ô Jésus !

Amen."

SEQUENCE

Adam de Saint-Victor nous offre, pour louer dignement la Mère de Dieu, cette gracieuse composition liturgique qui a été longtemps un des plus beaux ornements des anciens Missels Romains-Français :


La Circoncision de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Maître de Saint-Séverin. Flandres. XVIe.

" Salut ! Ô Mère du Sauveur ! Vase élu, vase d'honneur, vase de céleste grâce.

Vase prédestiné éternellement, vase insigne, vase richement ciselé par la main de la Sagesse.

Salut ! Mère sacrée du Verbe, fleur sortie des épines, fleur sans épines ; fleur, la gloire du buisson.

Le buisson, c'est nous ; nous déchirés par les épines du péché ; mais vous, vous n'avez pas connu d'épines.

Porte fermée, fontaine des jardins, trésor des parfums, trésor des aromates,

Vous surpassez en suave odeur la branche du cinnamome, la myrrhe, l'encens et le baume.

Salut ! la gloire des vierges, la Médiatrice des hommes, la mère du salut.

Myrte de tempérance, rose de patience, nard odoriférant.

Vallée d'humilité, terre respectée par le soc, et abondante en moissons.

La fleur des champs, le beau lis des vallons, le Christ est sorti de vous.

Paradis céleste, cèdre que le fer n'a point touché, répandant sa douce vapeur.

En vous est la plénitude de l'éclat et de la beauté, de la douceur et des parfums.

Trône de Salomon, à qui nul trône n'est semblable, pour l'art et la matière.

En ce trône, l'ivoire par sa blancheur figure le mystère de chasteté, et l'or par son éclat signifie la charité.

Votre palme est à vous seule, et vous demeurez sans égale sur la terre et au palais du ciel.

Gloire du genre humain, en vous sont les privilèges des vertus, au-dessus de tous.

Le soleil brille plus que la lune, et la lune plus que les étoiles ; ainsi Marie éclate entre toutes les créatures.

La lumière sans éclipse, c'est la chasteté de la Vierge ; le feu qui jamais ne s'éteint, c'est sa charité immortelle.

Salut ! Mère de miséricorde, et de toute la Trinité l'auguste habitation.

Mais à la majesté du Verbe incarné vous avez offert un sanctuaire spécial.

Ô Marie ! Etoile de la mer, dans votre dignité suprême, vous dominez sur tous les ordres de la céleste hiérarchie.

Sur votre trône élevé du ciel, recommandez-nous à votre Fils ; obtenez que les terreurs ou les tromperies de nos ennemis ne triomphent pas de notre faiblesse.

Dans la lutte que nous soutenons, défendez-nous par votre appui ; que la violence de notre ennemi plein d'audace et de fourberie cède à votre force souveraine ; sa ruse, à votre prévoyance.

Jésus ! Verbe du Père souverain, gardez les serviteurs de votre Mère ; déliez les pécheurs, sauvez-les par votre grâce, et imprimez sur nous les traits de votre clarté glorieuse.

Amen."

mercredi, 14 septembre 2016

14 septembre. Fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, après Sa délivrance du joug des Perses. 627.

- Fête de l'exaltation de la Sainte Croix, après sa délivrance du joug des Perses. 627.

Pape : Honorius Ier. Empereur romain d'Orient : Héraclius Ier. Roi des Francs : Clotaire II.

" Dieu a glorifié la Croix en faisant l'autel de Son Sacrifice, le trône de Son amour, Son lit de justice, la chaire de Son enseignement, le siège de Sa royauté, le trophée de Sa gloire; nous devons la glorifier à notre tour en lui rendant un culte de respect et de reconnaissance, un culte de confiance et d'amour."
M. l'abbé C. Martin, Panégyriques.

Sous le règne de l'empereur d'Orient Héraclius Ier (610-641), Chosroès II (590-628), roi des Perses, entra dans la Syrie, prit la ville de Jérusalem, la pilla, la brûla, et emmena en Perse Zacharie, qui en était patriarche. Ce qu'il y eut de plus déplorable dans ce pillage, ce fut la prise et l'enlèvement de la principale partie de la vraie Croix de Notre-Seigneur, que sainte Hélène, mère de l'empereur saint Constantin le Grand, avait laissée en ce lieu de notre Rédemption.

Chosroès néanmoins lui rendit ce respect, qu'il ne la voulut point voir à découvert, ni permettre qu'elle fût tirée de l'étui où elle était enfermée et cachetée ; et les Perses furent aussi divinement frappés d'une terreur religieuse à son égard ; ils la conservèrent précieusement, disant que le Dieu des Chrétiens était arrivé dans leur pays.


Invention de la Sainte Croix par sainte Hélène. Détail.
Agnolo Gaddi. XVe.

Héraclius, pour réparer de si grands malheurs et délivrer les Chrétiens d'Orient du joug des Perses, résolut de porter à son tour la guerre au coeur de la Perse, non-seulement par des levées de troupes, mais par plusieurs actions de piété. Avant de partir de Constantinople, il vint à la grande église, les pieds couverts de noir et non d'écarlate, pour montrer sa pénitence. Il se prosterna devant le saint autel et pria Dieu ardemment de bénir ses bonnes intentions.

Georges Pisidès lui prédit alors, qu'au lieu des chaussures noires qu'il avait prises par humilité, il reviendrait avec des chaussures rougies du sang des Perses : ce que l'événement vérifia. Il recommanda la ville à Dieu et à la sainte Vierge, et son fils Constantin au patriarche Sergius. Enfin, il emporta avec lui une image miraculeuse de Notre-Seigneur, protestant qu'il combattrait avec elle jusqu'à la mort.


Chosroès II. Drachme perse.

En cet état, Héraclius, plus fort encore par la confiance qu'il avait en Dieu que par le nombre de ses soldats, entra dans la Perse et battit Chosroès, qui fut obligé de prendre honteusement la fuite. Plus il était victorieux, plus il implorait le secours du Ciel, auquel il attribuait de si heureux succès, faisant faire à son armée des processions solennelles pour demander à Dieu la continuation de Sa protection et de Sa bénédiction. Il marcha de victoire en victoire.


Héraclius. Monnaie d'or byzantine.

Chosroês, craignant de tomber entre les mains de son vainqueur, prit le parti de la fuite, et se retira avec ses femmes et ses trésors à Séleucie, au-delà du Tigre ; là, son fils aîné Siroès se saisit de lui et le mit en prison où il mourut de faim, de mauvais traitements et d'outrages. Ainsi finit Chosroès, qui avait désolé tout l'Orient et fait aux Chrétiens la plus inhumaine et la plus sanglante guerre qu'ils eussent jamais soufferte, enlevé et emporté la Croix du Fils de Dieu, pillé Ses églises, profané Ses autels et commis un nombre infini de sacrilèges.


Héraclius décapitant Chosroès II. Peinture sur cuivre d'un reliquaire.
Atelier de Godefroy de Huy. XIIe.

Siroès, se voyant élevé sur le trône de Perse par des voies si condamnables et si tyranniques, ne demanda pas mieux que de faire la paix avec les Romains : il envoya donc des dépêches à Héraclius pour l'obtenir. Ce prince la lui accorda volontiers ; mais entre les conditions du traité, il l'obligea surtout de rendre la Croix de Notre-Seigneur dans le même état que son père l'avait emportée, et de mettre en liberté le patriarche Zacharie et tous les esclaves Chrétiens.

Il revint ensuite tout triomphant à Constantinople, où il fut reçu avec de grandes acclamations du peuple ; on applaudissait celui qui avait réparé l'honneur de l'empire romain par la défaite des barbares. On alla au-devant de lui avec des rameaux d'olivier et des flambeaux, et on n'oublia rien qui pût témoigner l'allégresse et la joie publiques de voir la Croix du Sauveur entre les mains des Chrétiens.


Le triomphe d'Héraclius rapportant la Sainte Croix de Perse.
Peinture sur cuivre d'un reliquaire. Atelier de Godefroy de Huy. XIIe.

Héraclius, pour rendre à Dieu des actions de grâces solennelles des grandes et insignes victoires qu'il avait remportées, voulut conduire lui-même à Jérusalem le bois de la vraie Croix qui avait été 14 ans sous la puissance des barbares. Lorsqu'il y fut arrivé, il la chargea sur ses propres épaules, pour la reporter avec plus de pompe sur le Calvaire, d'où elle avait été enlevée ; mais, quand il fut à la porte qui mène à cette sainte montagne, il se trouva tellement immobile qu'il ne put avancer un seul pas.
Cette merveille, dont on ne connaissait point la cause, étonna tout le monde ; il n'y eut que la patriarche Zacliarie qui, jugeant d'où cela provenait, lui dit : " Prenez garde, Ô empereur, qu'avec cet habit impérial dont vous êtes revêtu, vous ne soyez pas assez conforme à l'état pauvre et humilié qu'avait Jésus-Christ lorsqu'Il portait Sa Croix ".


Héraclius rapportant la Sainte Croix à Jérusalem.
Bréviaire à l'usage de Besançon. XIVe.

Héraclius, touché de ces paroles et en reconnaissant la vérité, quitta aussitôt son habit couvert d'or et de pierreries, ôta ses souliers et se revêtit de la robe d'un homme pauvre, après quoi il marcha sans difficulté et alla jusqu'au Calvaire, où il replaça la Croix au même endroit d'où on l'avait enlevée.

Héraclius rapportant la Sainte Croix à Jérusalem. Sur l'avis de
Zacharie, patriarche de Jérusalem, il s'est dépouillé de ses
vêtements impériaux. Bréviaire romain. XVe.

Enfin, pour rendre ce triomphe encore plus mémorable et exalter davantage la gloire de la Croix, il se fit, ce jour-là, plusieurs miracles par la vertu de ce bois sacré : un mort fut ressuscité, 4 paralytiques furent guéris, 10 lépreux purifiés, 15 aveugles illuminés, quantité de possédés délivrés et une infinité de malades remis en parfaite santé.

Dans la suite, il fut ordonné que tous les ans on ferait la fête solennelle de ce rétablissement, et l'Eglise la célèbre encore, le 14 septembre, sous le nom de l'Exaltation de la sainte Croix. Elle fut très célèbre en Orient, et, ce jour-là, il accourait à Jérusalem des pèlerins de tous les endroits du monde.

Voilà pour ce qui regarde l'institution de cette fête, en mémoire du recouvrement de la Croix fait par Héraclius ; mais longtemps auparavant on faisait, dans l'Eglise grecque et dans l'Eglise latine, une solennité en l'honneur de la Croix, sous le nom d'Exaltation, pour se remémorer les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui dit, en parlant de sa mort :
" Lorsque Je serai exalté, c'est-à-dire élevé au-dessus de la terre, J'attirerai toutes choses à Moi. Tout ainsi que Moïse a exalté le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l'homme soit exalté. Lorsque vous aurez exalté le Fils de l'Homme, vous connaîtrez qui Je Suis."

Le cardinal Baronius, dans ses Notes sur le martyrologe, dit que cette fête fut établie au temps de l'empereur Constantin, pour remercier Dieu de ce qu'alors la Croix fut exaltée dans tout l'univers par la liberté qu'eurent les fidèles de prêcher l'Evangile et de bâtir des églises. Peut-être le fut-elle après que la vraie Croix eut été trouvée par sainte Hélène, et lorsqu'elle fut placée sur le Calvaire.
Mais cette fête peut se fêter tous les jours et à tous moments dans le coeur du Chrétien. C'est l'endroit où Jésus-Christ veut principalement que sa Croix soit exaltée. L'exaltation extérieure qui se fait ou sous les voûtes des temples, ou sur les portes des villes, ou même sur la tête des souverains, n'est qu'un signe de ce qui se doit faire dans ce sanctuaire vivant et animé.

Nous l'exalterons par une haute estime que nous concevrons de son mérite, par un grand zèle à la porter comme Jésus-Christ l'a portée, par un profond respect pour les souffrances que cet aimable Sauveur a endurées, par un soin particulier de la glorifier en toutes nos actions, et par une sainte application à la faire triompher dans le coeur de nos frères. Et qu'y a-t-il de plus noble et de plus salutaire que la dévotion envers ce précieux instrument de notre salut ?

Car la Croix est l'espérance des chrétiens, le soutien des désespérés, le port de ceux qui sont agités par La tempête, et la médecine des infirmes. C'est elle qui éteint le feu des passions, rend la santé aux âmes malades, donne la vie de la grâce à ceux qui étaient morts par le péché, et ruine l'empire du vice et de l'impiété.
Elle nous sert d'épée et de bouclier pour combattre nos adversaires, de sceptre pour triompher de leur malice, de diadème pour nous orner, de boulevard pour défendra notre Foi, de bâton pour nous soutenir dans nos faiblesses, de flambeau pour nous éclairer dans nos ténèbres, de guide pour nous redresser dans nos égarements, et de leçon pour nous apprendre les vérités du salut.
Elle efface les péchés, excite à la pénitence, amortit les flammes de la cupidité, arrête l'ambition, dissipe la vanité, condamna le luxe, réprouve la délicatesse, porte à la confiance en Dieu, nous ouvre le Ciel, nous fortifie contre les tentations, nous préserve des périls, nous assiste dans nos infortunes, nous console dans nos afflictions, nous délasse dans nos travaux, rassasie les faméliques, nourrit ceux qui jeûnent, couvre ceux qui sont dépouillés, enrichit les pauvres, châtie les riches, secourt les nécessiteux, accompagne les voyageurs, protège les veuves, défend les orphelins, garde les villes, conserve les maisons, unit les amis, résiste aux ennemis, est l'honneur des magistrats, la puissance des rois, la victoire des généraux d'armée, la gloire des prêtres, le refuge des religieux, la retraite des vierges et le sceau inviolable de la chasteté.

Les pieux habitants du Liban célèbrent avec une dévotion et une solennité particulière la fête de l'Exallation de la sainte Croix. La veille, à la tombée de la nuit, cent mille feux brillent sur toutes les hauteurs, rivalisant d'éclat avec les étoiles du ciel, et se réfléchissant dans l'azur de la mer. Il n'y a pas une colline, pas un rocher, pas une anse du rivage, pas une habitation, depuis le pied des montagnes jusqu'à leurs cimes les plus élevées, de Sidon jusqu'à Tripoli, partout où bat un coeur chrétien, qui ne rende gloire à Dieu. Toutes les cloches unissent leurs voix aux chants des fidèles, au murmure des ondes, à la joie de la terre, pour exalter l'arbre de vie qui a porté le Salut du monde.

On peut voir les autres effets miraculeux de la Sainte Croix dans les sermons de saint André de Crête et de saint Pierre Damien, rapportés par Surius. Nous en avons traité plus amplement le 3 mai, jour de son invention. Voir aussi la vie de sainte Radegonde.

Extraits de l'Année liturgique de dom Prosper Guéranger :


Vitrail de l'Exaltation de la Sainte Croix. Eglise de
l'Exaltation-de-la-Sainte-Croix. Portieux. Dicèse d'Epinal.

" Par vous la Croix sainte est honorée et adorée dans toute la terre." (1)
Ainsi, au lendemain du jour où fut vengée à Ephèse la divine maternité, Cyrille d'Alexandrie saluait Notre-Dame. L'éternelle Sagesse a voulu que l'Octave de la naissance de Marie n'eût pas de plus bel ornement que celui qu'elle reçoit aujourd'hui de cette fête du triomphe de la Croix. C'est qu'en effet, la Croix est l'étendard de ces milices de Dieu dont Marie est la Reine ; c'est par la Croix qu'elle brise la tête du serpent maudit, et remporte contre l'erreur et les ennemis du nom chrétien tant de victoires.

Tu vaincras par ce signe. Les siècles où Satan avait eu loisir d'essayer contre l'Eglise l'épreuve des tortures, touchaient à leur fin ; par l'édit de Sardique rendant aux chrétiens la liberté, Galère mourant venait d'avouer l'impuissance de l'enfer. Au Christ maintenant de prendre l'offensive ; à sa Croix de revendiquer l'empire. L'année 311 incline vers son terme. Au pied des Alpes, une armée romaine s'apprête à passer des Gaules en Italie ; provoqué par Maxence, son rival politique, Constantin qui la commande ne songe qu'à venger son injure.


Crucifixion. Cosimo Rossetti. XVe.

Mais ses soldats, sans le savoir plus que leur chef, sont d'ores et déjà dévolus au vrai Dieu des batailles : le Fils du Très-Haut, devenu comme homme au sein de Marie Roi de ce monde, va se révéler à son premier lieutenant et du même coup montrer à sa première armée l'étendard qui doit la guider à l'ennemi. Au-dessus des légions, dans un ciel sans nuage, la Croix proscrite trois siècles a soudain resplendi ; les yeux de tous la voient, faisant du soleil qui penche vers l'horizon son piédestal, avec ces mots en traits de feu qui l'entourent : " IN HOC VINCE !", " Par cela sois vainqueur !"

Quelques mois plus tard, 27 octobre 312, du haut des sept collines tous les faux dieux dans la stupeur contemplaient, débouchant sur la voie Flaminienne, au delà du pont Milvius, le labarum au monogramme sacré devenu l'enseigne des armées de l'empire, en attendant la décisive bataille qui, le lendemain, ouvrait au Christ seul Dieu, à jamais Roi, les portes de la Ville éternelle.


La Crucifixion - Les très riches heures du duc de Berry. XIVe.

" Salut, Ô Croix, redoutable aux ennemis, boulevard de l'Eglise, force des princes; salut dans ton triomphe ! La terre cachait encore le bois sacré, et il se montrait dans le ciel, annonçant la victoire ; et un empereur, devenu chrétien, l'arrachait aux entrailles de la terre." (2).

Ainsi dès hier chantait l'Eglise grecque, préludant aux joies de ce jour ; c'est pour l'Orient, qui ne connaît pas notre fête spéciale du trois Mai, tout l'objet de la solennité présente, à savoir : la défaite des idoles par le signe du salut manifesté à Constantin et à son armée, la découverte de la sainte Croix quelques années après dans la citerne du Golgotha.

Mais une autre solennité, dont la mémoire annuelle demeure fixée par le Ménologe au treize septembre, vint en l'année 335 compléter heureusement les souvenirs attachés à ce jour ; ce fut la dédicace des sanctuaires élevés par Constantin sur le Calvaire et le Saint Sépulcre, à la suite des découvertes sans prix qu'avait dirigées la sagace piété de sa mère sainte Hélène.


Crucifixion. Matthias Grünewald. XVIe.

Dans le siècle même de ces événements, une pieuse voyageuse, sainte Silvia, croit-on, la sœur de Rufin ministre de Théodose et d'Arcadius, atteste que l'anniversaire de cette dédicace se célébrait avec les honneurs des fêtes de Pâques et de l'Epiphanie ; on y voyait un concours immense d'évêques et de clercs, de moines et de séculiers de tout sexe et de toute province : et la raison en est, dit-elle, que la Croix fut trouvée ce jour-là ; motif qui fit choisir ledit jour pour celui de la consécration primitive, afin qu'une même date réunît l'allégresse et de cette consécration et de ce souvenir (3).

Pour n'avoir point eu présent à la pensée ce voisinage immédiat de la Dédicace de l'Anastasie, ou Eglise de la Résurrection, précédant la fête de la sainte Croix, plusieurs n'ont pas compris le discours prononcé en cette fête, deux siècles et demi après Silvia, parle saint patriarche de Jérusalem, Sophronius :
" C'est le jour de la Croix ; qui ne tressaillirait ? c'est le triomphe de la Résurrection ; qui ne serait dans la joie ? Jadis, c'était la Croix qui marchait la première ; maintenant, la Résurrection se fait l'introductrice de la Croix. Résurrection et Croix : trophées de notre salut !" (4)
Et le Pontife se complaisait à développer les instructions qui résultaient d'un pareil rapprochement.

C'était, semble-t-il, le temps où l'affinité des deux grands mystères amenait en quelque manière notre Occident à les rapprocher de même sorte ; sans abandonner la mémoire de la Croix au présent jour, la piété des Eglises latines introduisait dans les splendeurs du Temps pascal une première fête de l'instrument du salut, détachant à cette fin du quatorze Septembre le souvenir de l'Invention du bois rédempteur. Par une heureuse compensation, la solennité présente voyait alors son caractère de triomphe puiser un éclat nouveau dans les événements contemporains qui font, ainsi qu'on va le voir, l'objet principal des lectures historiques de ce jour en la Liturgie Romaine.


Crucifixion. Giotto. XVe.

Un siècle auparavant, saint Benoît fixait à cette date de l'année le point de départ de la carrière de pénitence connue sous le nom de Carême monastique (5), et qui s'étend jusqu'à l'ouverture de la période quadragésimale proprement dite, où l'armée entière des chrétiens rejoint les phalanges du cloître dans le labeur de l'abstinence et du jeûne.
" La Croix se rappelle à notre souvenir : quel homme, dit saint Sophronius, ne se crucifiera pas lui-même ? L'adorateur sincère du bois sacré est celui qui soutient son culte de ses œuvres." (6)

Lisons la Légende ci-dessus annoncée :

Sur la fin de l'empire de Phocas, Chosroès, roi des Perses, ayant occupé l'Egypte et l'Afrique, s'empara aussi de Jérusalem où il massacra des milliers de chrétiens. La Croix du Seigneur, dont sainte Hélène avait enrichi le Calvaire, fut par lui emportée en Perse. Héraclius cependant succédait à Phocas. Réduit aux dernières extrémités par les calamités de la guerre, il demandait la paix, sans pouvoir, aux plus dures conditions, l'obtenir de Chosroès qu'enflaient ses victoires. C'est pourquoi, s'absorbant dans le jeûne et la prière, il se tourne vers Dieu, implorant secours en son péril extrême ; avis lui est donné du ciel de rassembler des troupes ; il les mène à l'ennemi, et défait trois généraux de Chosroès avec leurs armées.

Abattu par ces revers, et fuyant vers le Tigre qu'il s'apprête à passer, Chosroès associe au trône son fils Médarsès. Mais Siroès l'aîné, furieux de l'injure, dresse des embûches à son père et à son frère, les arrête dans leur fuite et les tue peu après ; ce qu'étant accompli, il obtint d'être reconnu roi par Héraclius, sous certaines clauses dont la première portait restitution de la Croix du Seigneur. Quatorze ans après qu'elle était tombée au pouvoir des Pères, la Croix fut donc reconquise ; Héraclius, venant à Jérusalem, la reporta en grande pompe sur ses propres épaules à la montagne où le Sauveur l'avait portée.

A cette occasion, eut lieu un insigne miracle bien digne de mémoire. Car Heraclius, couvert comme il l'était d'ornements d'or et de pierreries, ne put franchir la porte qui conduisait au Calvaire ; plus ses efforts pour avancer étaient grands, plus il semblait retenu sur place. D'où stupeur d'Héraclius et de la multitude.

Mais l'évêque de Jérusalem, Zacharie , prenant la parole : Considérez, dit-il, empereur, que cette parure de triomphe, en portant la Croix, ne rappelle pas assez peut-être la pauvreté et l'humilité de Jésus-Christ. Heraclius alors, dépouillant ses habits luxueux, nu-pieds, et vêtu comme un homme du peuple, fit sans difficulté le reste de la route,et replaça la Croix au Calvaire, dans le même lieu d'où les Perses l'avaient enlevée. La fête de l'Exaltation de la sainte Croix, qui se célébrait tous les ans en ce jour, acquit dès lors un éclat nouveau, en mémoire de ce que cette Croix sainte fut de la sorte rétablie par Heraclius à l'endroit où on l'avait d'abord dressée pour le Sauveur.

PRIERE

" La victoire ainsi consignée dans les fastes de l'Eglise ne fut pas, Ô Croix, votre dernier triomphe ; et les Perses non plus ne furent pas vos derniers ennemis. Dans le temps même de la défaite de ces adorateurs du feu, se levait le Croissant, signe nouveau du prince des enfers. Par la sublime loyauté du Dieu dont vous êtes l'étendard et qui, venu sur terre pour lutter comme nous, ne se dérobe devant nul ennemi, l'Islam aussi allait avoir licence d'essayer et d'user contre vous sa force : force du glaive, unie à la séduction des passions. Mais là encore, dans le secret des combats de Satan et de l'âme comme sur les champs de bataille éclairés du grand jour de l'histoire, le succès final était assuré à la faiblesse et à la folie du Calvaire.


Crucifixion. Giotto. XVe.

Vous fûtes, Ô Croix, le ralliement de notre Europe en ces expéditions sacrées qui empruntèrent de vous leur beau titre de Croisades, et portèrent si haut dans l'Orient infidèle le nom chrétien. Tandis qu'alors elles refoulaient au loin la dégradation et la ruine, elles préparaient pour plus tard à la conquête de continents nouveaux l'Occident resté par vous la tête des nations.

Campagnes immortelles dont les soldats, grâce à vos rayons, brillent aux premières pages du livre d'or de la noblesse des peuples. Aujourd'hui même, ces ordres nouveaux de chevalerie qui prétendent grouper en eux l'élite de l'humanité ne voient-ils pas en vous l'insigne le plus élevé du mérite et de l'honneur ? Suite toujours du mystère de cette fête ; exaltation, jusqu'en nos temps amoindris, de la Croix sainte qui dans les siècles antérieurs était passée de l'enseigne des légions au sommet du diadème des empereurs et des rois.

Il est vrai que sur la terre de France des hommes sont apparus, qui se donnent pour tache d'abattre le signe sacré partout où l'avaient honoré nos pères. Problème étrange que cette invasion des valets de Pilate au pays des croisés ; problème pourtant qui s'explique, aujourd'hui qu'on a surpris l'or Poldève soldant leurs exploits. Ceux-là, dit des Juifs saint Léon dans l'Office de ce jour, ceux-là, dans l'instrument du salut, ne peuvent voir que leur crime (7) ; et leur conscience troublée soudoie pour renverser la Croix sainte les mêmes hommes qu'ils payaient jadis pour la dresser.

Hommage encore, que la coalition de tels ennemis ! Ô Croix adorée, notre gloire, notre amour ici-bas, sauvez-nous quand vous apparaîtrez dans les cieux, au jour où le Fils de l'homme, assis dans sa majesté, jugera l'univers."

(1). Cyrill. Al. Hom. IV, Ephesi habita.(2). Ap. Graec. Menae in profesto Exaltationis.(3). Peregrinatio Silviae, in fine.(4). Sophron. in Exaltat, venerandae Crucis.(5). S. P. Benedict. Reg. XLI.(6). Sophron. Ubi supra.(7). Homélie du III° Noct. de la fête, ex Léon. Serm. VIII de Pass.

samedi, 06 août 2016

6 août. La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ. 32.

- La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ. 32.
 
" Que puis-je voir dans la Transfiguration, sinon un symbole de la gloire de la résurrection future ?"
Saint Grégoire le Grand.
 

La Transfiguration. Fra Angelico. Florence. XVe.

Le mont Thabor, où s'accomplit la Transfiguration du Sauveur, est la plus haute montagne de la Galilée ; on y jouit d'un magnifique panorama sur toute cette partie de la Terre Sainte. C'est là que Jésus manifesta Sa gloire aux trois disciples qui devaient être témoins de Sa douloureuse agonie au jardin des Oliviers, Pierre, Jacques et Jean. Son visage devint éclatant comme le soleil, Ses habits blancs comme la neige : la gloire de Sa divinité rejaillit sur tout Son corps. Moïse et Élie parurent à Ses côtés et s'entretenaient avec Lui de la mort qu'Il devait souffrir à Jérusalem.


La Transfiguration. David Gérard. XVIe.

Les Apôtres furent ravis d'un si merveilleux spectacle, et Pierre s'écria :
" Seigneur, nous sommes bien ici ; faisons-y trois tentes, une pour Vous, une pour Moïse et une pour Élie."
Il parlait encore, quand une nuée lumineuse les couvrir, et une voix se fit entendre :
" Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J'ai mis toutes Mes complaisances ; écoutez-Le."
Les trois Apôtres furent saisis de frayeur et tombèrent par terre ; mais Jésus, S'approchant d'eux, les toucha et leur dit de se lever ; ils le firent et n'aperçurent plus que le Sauveur dans Son état ordinaire. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne pas divulguer ce qu'il avaient vu, jusqu'à ce qu'Il fût ressuscité.


La Transfiguration. Pietro Perugini. XVe.

Les trois témoins gardèrent le secret, mais plus tard ce fait extraordinaire servit admirablement à tous les Apôtres pour prouver la divinité du Sauveur ; il leur servit aussi pour supporter avec courage les épreuves de leur apostolat.


Basilique de la Transfiguration. Mont Thabor. Terre Sainte.

Ce mystère confirme plusieurs articles de notre foi. La Trinité nous apparaît dans les trois personnes divines qui interviennent : le Père, qui rend témoignage à Son Fils ; le Fils, qui montre Sa gloire ; le Saint-Esprit, qui couvre tout ce tableau sous la forme d'une nuée resplendissante. L'Incarnation brille avec éclat dans la Transfiguration, puisque Jésus nous apparaît en même temps comme Homme et comme Dieu, vrai Fils de Dieu : " Celui-ci est Mon Fils bien-aimé ".


Nef et choeur de la basilique de la Transfiguration.
Mont Thabor. Terre Sainte.

Enfin nous y voyons une image de la résurrection du Sauveur et de la résurrection de tous les justes à la vie glorieuse ; et c'est ce qui fait dire à l'Église cette belle prière :
" Ô Dieu, qui, dans la glorieuse Transfiguration de Jésus Votre Fils unique, avez confirmé les mystères de notre foi et avez marqué l'adoption parfaite de Vos enfants par la voix céleste qui est partie de la nue, rendez-nous cohéritiers de ce Roi de gloire, et donnez-nous part aux splendeurs de Son règne."


Fresque de la Transfiguration. Basilique de la Transfiguration.
Mont Thabor. Terre Sainte.

Le mont Thabor a toujours été en vénération dans l'Église ; les pèlerins de Terre Sainte ne manquent jamais de le visiter. Une nouvelle basilique y a été construite au début du siècle dernier.


Vue de la vallée depuis le Mont Thabor. Terre Sainte.

vendredi, 01 juillet 2016

1er juillet. Très précieux Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ.

- Fête du Très précieux Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ.
 
" Ayons donc confiance, Ô mes Frères, nous dit l'Apôtre ; et, par le Sang du Christ, entrons dans le Saint des Saints."

Saint Paul. Heb., X, 19-24.

Hendrick ter Brugghen. XVIIe.

Jean-Baptiste a montré l'Agneau, Pierre affermi son trône, Paul préparé l'Epouse: œuvre commune, dont l'unité fut la raison qui devait les rapprocher de si près tous trois sur le Cycle. L'alliance étant donc maintenant assurée, tous trois rentrent dans l'ombre ; et seule, sur les sommets où ils l'ont établie, l'Epouse apparaît, tenant en mains la coupe sacrée du festin des noces.

Tel est le secret de la fête de ce jour. Son lever au ciel de la sainte Liturgie, en la saison présente, est plein de mystère. Déjà, et plus solennellement, l'Eglise a révélé aux fils de la nouvelle Alliance le prix du Sang dont ils furent rachetés, sa vertu nourrissante et les honneurs de l'adoration qu'il mérite. Au grand Vendredi, la terre et les cieux contemplèrent tous les crimes noyés dans le fleuve de salut dont les digues éternelles s'étaient enfin rompues, sous l'effort combiné de la violence des hommes et de l'amour du divin Cœur. La fête du Très-Saint-Sacrement nous a vus prosternés devant les autels où se perpétue l'immolation du Calvaire, et l'effusion du Sang précieux devenu le breuvage des humbles et l'objet des hommages des puissants de ce monde. Voici que l'Eglise, cependant, convie de nouveau les chrétiens à célébrer les flots qui s'épanchent de la source sacrée : qu'est-ce à dire, sinon, en effet, que les solennités précédentes n'en ont point sans doute épuisé le mystère ?

Carlo Crivelli. XVe.

La paix faite par ce Sang dans les bas lieux comme sur les hauteurs ; le courant de ses ondes ramenant des abîmes les fils d'Adam purifiés, renouvelés, dans tout l'éclat d'une céleste parure ; la table sainte dressée pour eux sur le rivage, et ce calice dont il est la liqueur enivrante : tous ces apprêts seraient sans but, toutes ces magnificences demeureraient incomprises, si l'homme n'y voyait les avances d'un amour dont les prétentions entendent n'être dépassées par les prétentions d'aucun autre amour. Le Sang de Jésus doit être pour nous à cette heure le Sang du Testament, le gage de l'alliance que Dieu nous propose (Ex. XXIV, 8 ; Heb. IX, 20.), la dot constituée par l'éternelle Sagesse appelant les hommes à cette union divine, dont l'Esprit de sainteté poursuit sans fin la consommation dans nos âmes. Et c'est pourquoi la présente fête, fixée toujours à quelqu'un des Dimanches après la Pentecôte, n'interrompt point l'enseignement qu'ils ont mission de nous donner en ce sens, mais le confirme merveilleusement au contraire.

" Ayons donc confiance, Ô mes Frères, nous dit l'Apôtre ; et, par le Sang du Christ, entrons dans le Saint des Saints. Suivons la route nouvelle dont le secret est devenu nôtre, la route vivante qu'il nous a tracée au travers du voile, c'est-à-dire de sa chair. Approchons d'un cœur vrai, d'une foi pleine, purs en tout, maintenant ferme la profession de notre inébranlable espérance ; car celui qui s'est engagé envers nous est fidèle. Excitons-nous chacun d'exemple à l'accroissement de l'amour (Heb. X, 19-24.). Et que le Dieu de paix qui a ressuscité d'entre les morts notre Seigneur Jésus-Christ, le grand pasteur des brebis dans le Sang de l'Alliance éternelle, vous dispose à tout bien, pour accomplir sa volonté, pour que lui-même fasse en vous selon son bon plaisir par Jésus-Christ, à qui soit gloire dans les siècles des siècles !" (Ibid. XIII, 20-21.).

La Flagellation. Anonyme. Sceptre de Charles V. XVe.
 
Nous ne devons pas omettre de rappeler ici que cette fête est le monument de l'une des plus éclatantes victoires de l'Eglise au dernier siècle. Pie IX avait été chassé de Rome, en 1848, par la Révolution triomphante ; dans ces mêmes jours, l'année suivante, il voyait rétablir son pouvoir. Les 28, 29 et 3o juin, sous l'égide des Apôtres, la fille aînée de l'Eglise, fidèle à son glorieux passé, balayait les remparts de la Ville éternelle ; le 2 juillet, fête de Marie, s'achevait la conquête. Bientôt un double décret notifiait à la Ville et au monde la reconnaissance du Pontife, et la manière dont il entendait perpétuer par la sainte Liturgie le souvenir de ces événements. Le 10 août, de Gaëte même, lieu de son refuge pendant la tourmente, Pie IX, avant d'aller reprendre le gouvernement de ses Etats, s'adressait au Chef invisible de l'Eglise et la lui confiait par l'établissement de la fête de ce jour, lui rappelant que, pour cette Eglise, il avait versé tout son Sang. Peu après, rentré dans sa capitale, il se tournait vers Marie, comme avaient fait en d'autres circonstances saint Pie V et Pie VII ; le Vicaire de l'Homme-Dieu renvoyait à celle qui est le Secours des chrétiens l'honneur de la victoire remportée au jour de sa glorieuse Visitation, et statuait que la fête du 2 juillet serait élevée du rite double-majeur à celui de seconde classe pour toutes les Eglises : prélude à la définition du dogme de la Conception immaculée, que l'immortel Pontife projetait dès lors, et qui devait achever l'écrasement de la tête du serpent.

A LA MESSE

L'Eglise, que les Apôtres ont rassemblée de toutes les nations qui sont sous le ciel, s'avance vers l'autel de l'Epoux qui l'a rachetée de son Sang, et chante dans l'Introït son miséricordieux amour. C'est elle qui est désormais le royaume de Dieu, la dépositaire de la vérité.

Francesco di Cecco Ghissi. XIVe.
 
EPÎTRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Hébreux. Chap. IX.

" Mes Frères, Jésus-Christ, le Pontife des biens futurs, étant venu à paraître, est entré une fois dans le Sanctuaire par un tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a point été fait de main d'homme, c'est-à-dire qui n'a point été formé par la voie commune et ordinaire. Il est entré, non avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre Sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle ; car si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion de l'eau mêlée avec la cendre d'une génisse, sanctifient ceux qui ont été souillés, et leur donnent une pureté extérieure et charnelle : combien plus le Sang du& Christ, qui par l'Esprit-Saint s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience de ses œuvres mortes, pour nous rendre capables de servir le Dieu vivant ! Et c'est pourquoi il est le médiateur du Testament nouveau, afin que, parla mort qu'il a subie pour racheter les prévarications commises sous le premier Testament, ceux qui y sont appelés reçoivent l'objet de la promesse, l’héritage éternel, en Jésus-Christ notre Seigneur."

Hans Süss von Kulmbach. XVIe.
 
L'Epître qu'on vient de lire est la confirmation de ce que nous avons dit du caractère de cette fête. C'est par son propre Sang que le Fils de Dieu est entré dans les cieux ; le Sang divin reste pour nous l'introducteur à l'Alliance éternelle. Ainsi l'ancienne Alliance, fondée sur l'observation des préceptes du Sinaï, avait-elle consacré dans le sang le peuple et la Loi, le tabernacle et les vases qu'il devait contenir ; mais tout cela n'était que figure.

" Or, dit saint Ambroise, c'est à la vérité que nous devons tendre. Ici est l'ombre, ici l'image, là-haut la vérité. Dans la Loi c'était l'ombre, l'image se trouve dans l'Evangile, la vérité au ciel. Jadis on sacrifiait un agneau ; maintenant c'est le Christ : mais ici sous les signes des Mystères, tandis qu'au ciel il est sans voiles. Là seulement donc est la pleine perfection à laquelle se doivent arrêter nos pensées, parce que toute perfection est dans la vérité sans image et sans ombre." (Ambr. De Offic. I, 48.).
Là seulement sera le repos. Là, dès ce monde, aspirent les fils de Dieu : sans y atteindre pleinement, ils s'en rapprochent chaque jour ; car là seulement se trouve la paix qui fait les saints.

" Seigneur Dieu, dit à son tour un autre grand Docteur, saint Augustin, donnez-nous cette paix, la paix du repos, la paix du septième jour, du sabbat sans couchant. Car, il est vrai, tout cet ordre de la nature et de la grâce est bien beau pour vos serviteurs, et bien bonnes sont les réalités qu'il recouvre ; mais ses images, ses modes successifs, n'auront qu'un temps, et, leur évolution accomplie, il passera. Les. jours que vous avez remplis de vos créations se composent de matin et de soir, le septième excepté qui n'a pas de déclin, parce que vous l'avez sanctifié dans votre reposa jamais. Or ce repos, quel est-il, sinon celui que vous prenez en nous, quand nous-mêmes reposons en vous dans la paix féconde qui couronne en nous la série de vos grâces ? Repos sacré, plus productif que tout labeur, les parfaits seuls vous connaissent, ceux-là qui ont laissé le travail divin accomplir en eux l'œuvre des six jours." (Aug. Confess. XIII, 35-37 ; de Genesi ad litt. IV, 13-17 ; et alibi passim.).

Plaque d'émail peint et de cuivre. Pseudo-Monvearni. XVe.
 
C'est pourquoi, nous dit l'Apôtre, interprétant lui-même à l'aide des autres Ecritures le passage qui vient de lui être emprunté par la sainte Eglise, c'est pourquoi aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs (Heb. III, 7-8, ex Psalm. XCIV.). Le Sang divin nous a rendus participants du Christ (Ibid. 14.) : à nous de ne pas dissiper, comme un bien sans valeur, l'incorporation initiale qui nous unit au Chef divin ; mais livrons-nous, sans défiance ni réserve, à l'énergie de ce ferment précieux qui doit transformer en lui tout notre être. Craignons de manquer la promesse rappelée dans notre Epître, et qui est celle d'entrer dans le repos de Dieu, d'après saint Paul lui-même (Ibid. IV, 1.). Elle regarde tous les croyants, affirme-t-il (Ibid. 3.), et ce divin sabbat est pour le peuple entier du Seigneur (Ibid. 9.). Donc, pour y entrer, faisons diligence (Ibid. 11.) ; n'imitons pas les Juifs que leur incrédulité exclut pour jamais de la terre promise (Ibid. II, IV.).

Ecoutons l'Apôtre s'adressant à tous, dans cette même Epître aux Hébreux que l'Eglise nous fait lire en cette fête :
" Oui, sans doute ; grandes et ineffables sont ces choses. Mais si vous êtes devenus peu capables de les comprendre, c'est par votre fait ; car, depuis le temps, vous devriez y être maîtres. Vous êtes réduits au lait des enfants, quand votre âge réclame la nourriture solide des parfaits. Quant à nous, dans nos instructions, faisant trêve aux discours qui n'ont pour but que d'inoculer les premiers éléments du Christ, nous devons nous porter plus avant, sans revenir sans cesse à poser le fondement, qui consiste à se dégager des œuvres mortes et à ouvrir sur Dieu les yeux de la foi. N'avez-vous pas été illuminés ? N'avez-vous pas goûté le don céleste ? N'avez-vous pas été faits participants de l'Esprit-Saint ? Quelle pluie de grâces, à tous moments, sur la terre de vos âmes ! Il est temps qu'elle rapporte en conséquence à Dieu qui la cultive. Assez tardé ; soyez de ceux qui par la patience et la foi hériteront des promesses, jetant votre espérance, comme une ancre assurée, au delà du voile, aux plus intimes profondeurs, où Jésus n'est entré devant nous que pour nous attirer à sa suite." (Aug. Homil. diei, ex Tract, CXX in Johan.).

La Flagellation et le Couronnement d'épines.
Maître de Cappenberg. XVIe.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. XIX.

" En ce temps-là, Jésus ayant pris le vinaigre, dit : Tout est consommé. Et baissant la tête, il rendit l'esprit. Or ce jour-là étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu'on leur rompit les jambes, et qu'on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. Etant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. Et celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai."

Nardo di Cione. XIVe.
 
C'est au grand Vendredi que nous entendîmes pour la première fois ce passage du disciple bien-aimé. En deuil au pied de la Croix où venait d'expirer son Seigneur, l'Eglise n'avait point alors assez de lamentations et de larmes. Aujourd'hui elle tressaille d'autres sentiments, et le même récit qui attirait ses pleurs la fait déborder dans ses Antiennes en allégresse et chants de triomphe. Si nous voulons en connaître la cause, demandons-la aux interprètes autorisés qu'elle-même a voulu charger de nous donner sa pensée en ce jour. Ils nous apprendront que la nouvelle Eve célèbre aujourd'hui sa naissance du côté de l'Epoux endormi (Aug. Homil. diei, ex Tract, CXX in Johan.); qu'à dater du moment solennel où l'Adam nouveau permit à la lance du soldat d'ouvrir son Cœur, nous sommes devenus en vérité l'os de ses os et la chair de sa chair (Sermo IIi Nocturni.). Ne soyons plus étonnés si, dès lors, l'Eglise ne voit plus qu'amour et vie dans ce Sang qui s'épanche.

Et toi, Ô âme, rebelle longtemps aux touches secrètes des grâces de choix, ne te désole point ; ne dis pas :
" L'amour n'est plus pour moi !"
Si loin qu'ait pu t'égarer l'antique ennemi par ses ruses funestes, n'est-il pas vrai qu'il n'est point de détour, point d'abîme peut-être, hélas ! Où ne t'aient suivie les ruisseaux partis de la source sacrée ? Crois-tu donc que le long trajet qu'il t'a plu d'imposer à leur poursuite miséricordieuse, en ait épuisé la vertu ? Fais-en l'épreuve. Et tout d'abord, baigne-toi dans ces ondes purifiantes ; puis, abreuve à longs traits au fleuve de vie cette pauvre âme fatiguée; enfin, t'armant de foi, remonte le cours du fleuve divin. Car s'il est sûr que, pour arriver jusqu'à toi, il ne s'est point séparé de son point de départ, il est également assuré que, ce faisant, tu retrouveras la source elle-même.

Maître de Westphalie. XIVe.
 
Crois bien, en effet, que c'est là tout le secret de l'Epouse ; que, d'où qu'elle vienne, elle ne procède point autrement pour trouver la réponse à la demande posée au sacré Cantique : " Indiquez-moi, Ô vous que chérit mon âme, le lieu de votre repos en ce Midi dont l'ardeur est si douce !" (Cant. I, 6.). D'autant que, remontant ainsi le fleuve sacré, non seulement elle est sûre d'arriver au divin Cœur, mais encore elle renouvelle sans fin, dans ses flots, la beauté très pure qui fait d'elle pour l'Epoux un objet de complaisance et de gloire (Eph. V, 27.). Pour ce qui est de toi, recueille aujourd'hui précieusement le témoignage du disciple de l'amour ; et félicitant Jésus, avec l'Eglise son Epouse et ta mère, de l'éclat de sa robe empourprée (" Quis est iste qui venit de Edom, tinctis vestibus de Bosra ? Iste formosus in stola sua. Prima Antiphona in Vesperis."), aie bien soin aussi de conclure avec Jean :

" Nous donc aimons Dieu, puisqu'il nous a aimés lui-même le premier." (I Johan. IV, 19.).

L'Eglise, présentant les dons pour le Sacrifice, rappelle en ses chants que le calice offert par elle à la bénédiction des prêtres ses fils devient, par la vertu dès paroles sacrées, l'intarissable réservoir d'où s'épanche sur le monde le Sang du Seigneur.

Si cette fête doit passer comme toute fête ici-bas, son objet reste et fait le trésor du monde. Qu'elle soit pour chacun de nous, comme elle l'est pour l'Eglise, un monument des plus sublimes faveurs du ciel. Puisse chaque année, en ramenant son passage sur le Cycle, trouver en nos cœurs de nouveaux fruits d'amour éclos sous la rosée féconde du Précieux Sang.

Maître du Parlement de Paris. XVe.
 
HYMNE

" Que par les chemins résonnent des accents de tète ; que la joie brille au front des habitants de la cité ; portant des torches enflammées, que s'avancent dans un ordre harmonieux enfants et vieillards.

Mourant sur la dure couche de l'arbre du salut, de plaies sans nombre le Christ a répandu son Sang ; cette fête en garde le souvenir ; sachons au moins, en hommage, y mêler nos larmes.

L'ancien Adam, par son crime, avait perdu le genre humain ; l'Adam nouveau, par son innocence et par son amour, a rendu la vie à tous.

Le Père souverain a entendu des cieux le cri puissant de son Fils expirant ; ce Sang l'apaise, et nous mérite grâce.

Quiconque lave sa robe en ce Sang, n'a plus aucune tache ; l'éclat empourpré qu'il y puise le rend soudain semblable aux Anges et agréable au Roi.

Désormais qu'aucune inconstance ne nous fasse quitter la voie droite ; atteignons le terme suprême : lieu qui nous aide dans la course, récompensera noblement nos efforts.

Père très puissant, soyez-nous propice : achetés du Sang de votre Fils unique, créés à nouveau dans l'Esprit pacificateur, conduisez-nous jusqu'aux sommets des cieux.

Amen."


V/. " Daignez donc secourir vos serviteurs,

R/. Que vous avez rachetés de votre précieux Sang."

Giovanni di Paolo. XIVe.
 
HYMNE

" Le Créateur, dans sa juste colère, a sous les eaux vengeresses englouti l'univers coupable, Noé seul étant sauvé dans l'arche ; puis la merveilleuse violence de l'amour a lavé dans le Sang l'univers.

Imbibée d'une telle pluie de salut, l'heureuse terre, qui n'abondait qu'en épines, a produit des fleurs ; et l'absinthe a pris le goût du nectar.

Soudain le serpent cruel a perdu son poison funeste, et des bêtes féroces est tombée la fureur : du doux Agneau blessé telle fut la victoire.

Ô de la science souveraine profondeur insondable ! Ô suavité jamais assez louée d'un cœur rempli d'amour ! L'esclave était digne de mort, le Roi subit la peine dans sa bonté.

Quand par des fautes nous provoquons la colère du Juge, alors mettons-nous sous l'abri de ce Sang toujours prêt à plaider pour nous : l'armée des maux suspendus sur nos têtes alors se dissipera.

Racheté par vous, plein de vos dons, que l'univers vous loue en sa reconnaissance, Ô guide de l'éternel salut, divin auteur de la grâce, qui possédez avec le Père et l'Esprit les royaumes bienheureux.

Amen."

LITANIES DU PRECIEUX SANG DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST

" Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.
O Christ, ayez pitié de nous. O Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sang du Christ, fils unique du Père Eternel, Sauvez-nous
Sang du Christ, Verbe incarné, Sauvez-nous
Sang du Christ,Nouveau et Ancien Testament, Sauvez-nous
Sang du Christ, répandu sur la terre pendant son agonie, Sauvez-nous
Sang du Christ, versé dans la flagellation, Sauvez-nous
Sang du Christ, émanant de la couronne d'épines, Sauvez-nous
Sang du Christ,répandu sur la Croix, Sauvez-nous
Sang du Christ, prix de notre salut, Sauvez-nous
Sang du Christ, sans lequel il ne peut y avoir de rémission, Sauvez-nous
Sang du Christ, nourriture eucharistisque et purification des âmes, Sauvez-nous
Sang du Christ, fleuve de miséricorde, Sauvez-nous
Sang du Christ, victoire sur les démons, Sauvez-nous
Sang du Christ, force des martyrs, Sauvez-nous
Sang du Christ, vertu des confesseurs, Sauvez-nous
Sang du Christ, source de virginité, Sauvez-nous
Sang du Christ, soutien de ceux qui sont dans le danger, Sauvez-nous
Sang du Christ, soulagement de ceux qui peinent, Sauvez-nous
Sang du Christ, espoir des pénitents, Sauvez-nous
Sang du Christ, secours des mourants, Sauvez-nous
Sang du Christ, paix et douceur des coeurs, Sauvez-nous
Sang du Christ, gage de vie éternelle, Sauvez-nous
Sang du Christ, qui délivre les âmes du Purgatoire, Sauvez-nous
Sang du Christ, digne de tout honneur et de toute gloire, Sauvez-nous

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Jésus.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Jésus.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Jésus.

V- Vous nous avez rachetés, Seigneur par votre Sang..
R- Et vous avez fait de nous le royaume de Dieu.

Prions : Dieu éternel et tout-puissant qui avez constitué votre fils unique, Rédempteur du monde, et avez voulu être apaisé par son sang, faîtes, nous vous en prions, que, vénérant le prix de notre salut et étant par lui protégés sur la terre contre les maux de cette vie, nous recueillions la récompense éternelle dans le Ciel. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi-soit-il."