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vendredi, 25 septembre 2020

25 septembre. Saint Firmin, Ier évêque d'Amiens, martyr. IIe siècle.

- Saint Firmin, Ier évêque d'Amiens, martyr. IIe.

Pape : Saint Eleuthère. Empereur romain : Marc-Aurèle.

" Firmin quitte sa patrie : il court, missionnaire intrépide, annoncer la bonne nouvelle dans les villes et les campagnes de notre France ; Et à sa voix éloquente et convaincue, des milliers de voix répondent : Nous croyons au Christ !"


Saint Firmin. Vies de saints. XVe.

Firmin naquit à Pampelune dans la seconde moitié du premier siècle. Son père, nommé Firme, était, par le rang et la naissance, le premier des sénateurs de la cité ; sa mère s'appelait Eugénie : tous deux étaient, quoique païens, remarquables entre tous leurs concitoyens par l'honnêteté de leur vie et la douceur de leur caractère. Ils avaient trois enfants, deux fils et une fille ; Firrnin, l'aîné des trois, était destiné à opérer ici-bas de grandes choses et à fonder l'Eglise d'Amiens, dont il est la première et la plus grande gloire.

Sous le règne de l'empereur Claude, en l'an 48, quelques années après l'ascension de Notre-Seigneur, le bienheureux Pierre, prince des Apôtres, qui avait reçu la charge de paitre les brebis et les agneaux, avait envoyé dans les Gaules l'évêque Saturnien, son disciple, qui établit son siége à Toulouse. Aidé de ses deux disciples Honeste et Papoul, il eut le bonheur de convertir un grand nombre des habitants de cette vaste cité. Quand il commença à y voir la foi un peu répandue, il chargea saint Honeste d'aller prêcher en Espagne le culte du vrai Dieu. Celui-ci s'empressa de franchir les Pyrénées et arriva dans Pampelune, où il annonça l'Evangile.

Le sénateur Firme et sa famille l'ayant entendu, furent surpris de ce langage nouveau pour eux. Touchés de la grâce, ils demandèrent au saint missionnaire quelle religion il voulait leur faire embrasser, ou quel Dieu il voulait leur faire adorer à la place de leurs idoles. Le saint prêtre, après les avoir instruits, se hâta de retourner à Toulouse, et d'informer son maître des heureuses dispositions dans lesquelles il avait laissé à Pampelune le sénateur Firme et sa famille. A cette nouvelle, saint Saturnin quitta Toulouse et se dirigea promptement, avec Honeste, vers la ville de Pampelune. Leurs prédications, accompagnées de miracles éclatants qui venaient confirmer leurs paroles, amenèrent le peuple entier à se convertir ; près de quarante mille personnes vinrent demander le baptême au saint évêque de Toulouse. Saint Firmin fut baptisé par Honeste, et ses parents par saint Saturnin, qui confia à son compagnon le soin de continuer son oeuvre à Pampelune.

Firme devint aussi un ardent propagateur de la foi ; il s'efforça, par de douces exhortations, de soumettre au joug du Seigneur tous ceux sur lesquels il avait quelque autorité. Par la suite des temps, toujours catholique de foi et d'action, il confia à saint Honeste le jeune Firmin, qui était déjà son fils par le baptême, afin qu'il l'instruisît des belles-lettres et de la Foi ; voulant que le prêtre au zèle duquel lui et les siens devaient la grâce du Christianisme, fût le renaître chargé de former le coeur et l'esprit de ce qu'il avait de plus cher au monde, le premier-né de ses enfants. Le choix du maître présageait en quelque sorte les hautes destinées de cet enfant de bénédiction.


Statue de saint Firmin. Porche de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens.

Sous la direction d'un tel guide, le jeune Chrétien ne pouvait qu'avancer à grands pas dans le chemin de la perfection. Firmin fit de rapides progrès dans les sciences et dans la vertu. De jour en jour sa conduite devenait plus exemplaire, en même temps qu'augmentait son amour pour la divine profession qu'il voulait embrasser ; comme le reste de sa vie le montra d'une manière éclatante, il recueillait précieusement les enseignements qu'il puisait à une source si pure, et il était un modèle de bonnes œuvres.

A l'âge d'environ dix-sept ans, il était déjà instruit dans les lettres et dans la doctrine catholique. il allait avec assiduité à l'église chanter, à chaque heure, les louanges de Dieu et de ses saints. Dans un âge aussi peu avancé, il se donnait tout entier à l'étude et à la prière. Il aimait à rester longtemps dans le lieu saint et y allait souvent prier. Insatiable dans l'accomplissement des divins préceptes de la religion, il ne cessait de les méditer. Enfin, tout dans sa conduite respirait un tel parfum de sainteté que saint Honeste, qui commençait à vieillir, ne fut pas longtemps à apprécier les heureuses dispositions de son élève. Son coeur paternel se réjouit de toutes les espérances qu'elles lui faisaient concevoir, et, désireux de le faire encore plus avancer sur les degrés de la vertu, non-seulement il commença bientôt à se faite accompagner par Firmin dans ses courses apostoliques, mais il le fit même ensuite prêcher à sa place dans les faubourgs et dans les villages.

Le jeune Chrétien faisait ainsi l'apprentissage de l'apostolat. Il s'essayait à ce grand combat qu'il devait livrer un jour à l'idolâtrie, dans sa glorieuse conquête évangélique de la Picardie. C'était pour lui une joie de remplir ces saintes fonctions ; il s'en acquittait avec tout le zèle dont il était capable, et, malgré sa jeunesse, avec une pieuse et admirable gravité affermissant les faibles et excitant encore à de meilleures choses ceux qui étaient affermis dans leur foi. Il savait, quand ii le fallait, confondre les incrédules par ses raisonnements ; et en même temps sa parole, douce autant que persuasive, amenait à Jésus-Christ ceux qui étaient encore dans les ténèbres du paganisme.

Sept ans s'étaient écoulés ; Firmin avait continué d'avancer ainsi dans la science de la religion et sur les degrés de la sagesse. Il était parvenu au faîte de la vertu. Il continuait à aider son pieux maître dans son laborieux ministère et allait même prêcher l’Évangile dans les lieux que la distance et la vieillesse empêchaient Honeste de visiter souvent, quand, à l'âge de vingt-quatre ans, il fut jugé digne d'être élevé au sacerdoce.

Alors saint Saturnin n'était plus ; ses vertus apostoliques lui avaient mérité la palme du martyre. Irrités du silence des oracles rendus muets par la présence de l'évêque Chrétien, les habitants de Toulouse l'avaient attaché à un taureau furieux, qui l'avait mis en pièces dans les rues de sa ville épiscopale. Ce fut donc saint Honorat, son successeur qui conféra à 5aint Firmin l'onction sacerdotale.

La prêtrise ne fut pour notre Saint qu'un nouvel aiguillon qui vint exciter davantage son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Son vénérable maître continuait de le faire prêcher à sa place ; il s'acquittait de ce devoir avec une piété et une constance admirables et était fort goûté par le peuple, qui était très-religieux. Aussi, saint Honeste, voyant avec bonheur la sainteté éminente de son élève, prévit sans doute qu'il était destiné à devenu l'un des premiers ouvriers de la vigne du père de famille, et il envoya de nouveau son disciple, devenu son collaborateur à saint Honorat, pour qu'il lui imposât les mains et le sacrât évêque.
Quand Firmin fut arrivé, auprès de l'évêque de Toulouse, celui-ci reconnut qu'il avait été prédestiné à l'épiscopat et choisi par le Seigneur, pour annoncer aux nations la parole de vie et la grâce du salut.

Il lui donna donc la consécration épiscopale pour qu'il allât prêcher le vrai Dieu dans l'Occident. " Réjouissez-vous, mon fils !", lui dit-il publiquement, " parce que vous avez mérité d'être pour le Seigneur un vase d'élection. Allez donc dans toute l'étendue des nations ; vous avez reçu de Dieu la grâce et la fonction de l'apostolat. Ne craignez rien, car le Seigneur est avec vous : mais sachez qu'en toutes choses il vous faudra beaucoup souffrir pour son nom, afin d'arriver à la couronne de gloire ".

Combien le cœur de Firmin dut palpiter de joie eu écoutant ces belles et ces saintes paroles. Désormais sa mission est assignée ; il va quitter le pays qui l'a vu naitre, il abandonnera ses biens et ses parents pour aller fonder une Église bien loin de sa patrie, et faire régner Jésus-Christ sur une terre où le démon régnait en souverain absolu. Pendant le cours de cet apostolat il lui faudra beaucoup souffrir pour le nom du Seigneur ; loin de le décourager, cette pensée l'excite et l'enflamme. Il ne redoute pas les souffrances ; au contraire, il les désire ; car pour celui qui n'a pas combattu il n'est pas de victoire. Et puis ces luttes, saint Honorat vient de le lui dire, il ne les soutiendra contre l'enfer que pour arriver à la couronne de gloire.

Après avoir reçu la plénitude du sacerdoce, Firmin dit adieu à l'évêque de Toulouse et à ses prêtres, et s'en retourna avec joie vers saint Honeste, son maitre et on peut dire son père nourricier. Il lui apprit ce qui lui était arrivé pendant sOn voyage et lui répéta les paroles que saint Honorat lui avait adressées; lui disant comment et do quelle manière il l'avait chargé d'annoncer le nom du Seigneur dans l'étendue des nations; ce qui présageait une prochaine séparation du maître et du disciple, du père et du fils.

Saint Firmin séjourna quelque temps à Pampelune, avant d'accomplir la mission que lui avait donnée saint Honorat pour les contrées de l'Occident. Ce séjour, quoique peu prolongé, peut autoriser jusqu'à un certain point la tradition navarraise qui considère saint Firmin comme le premier évêque de Pampelune. Maïs, à proprement parler, il ne fut jamais qu'évêque régionnaire, et le diocèse d'Amiens lui-même ne pourrait point le considérer comme son premier pontife, s'il n'avait point versé son sang dans les murs de cette ville et reçu, par là même, une sorte de consécration spéciale que devait acclamer le culte de la postérité.

En méditant les Livres saints, Firmin était surtout frappé de ces passages :
" Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit."
" Ne vous inquiétez pas de savoir comment vous parlerez, car ce ne sera point vous qui parlerez, mais l'Esprit de Dieu qui parlera par votre bouche."
" Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix et le salut !"

Il résolut de suivre ces conseils de la perfection chrétienne, et, à l'âge de trente et un ans, il abandonna sa patrie, son père, son frère, sa soeur et tous ses proches pour venir prêcher la foi dans les Gaules.


Saint Firmin. Vies de saints. XVe.

Firmin, après avoir franchi les Pyrénées, commença son apostolat par cette vaste partie de notre France actuelle, connue alors sous le nom d'Aquitaine, qui se subdivisait en première Aquitaine, seconde Aquitaine et Novempopulanie. La partie de la seconde Aquitaine qui porta depuis le nom de Guyenne, fut le premier théâtre de ses exploits. Notre saint, arrivé à Aginum (Agen), où le paganisme était alors très-florissant, raffermit le peuple dans la foi que saint Martial de Limoges y avait prêchée quelques années auparavant. Il y rencontra un prêtre chrétien, nommé Eustache ou Eustage, qui évangélisait ce pays. Notre Saint s'arrêta quelque temps avec lui, pour l'aider dans son ministère apostolique, prêchant le peuple, lui annonçant le vrai Dieu et l'instruisant dans la foi catholique.

D'Agen le Saint se dirigea vers la première Aquitaine ; il parvint chez les Arvernes, passant près de la capitale de ce pays, il convertit au christianisme la plus grande partie des habitants de la contrée, ce qui nous porterait à supposer, avec les Bollandistes, qu'il fit un assez long séjour dans les environs d'Augustonemetum, aujourd'hui Clermont-Ferrand. Les Arvernes à cette époque avaient déjà reçu des semences de foi ; saint Austremoine, premier évêque de Clermont, annonça l’Évangile dans cette cité dés le Ier siècle.

L'apostolat de saint Firmin dans ce pays fut signalé par la conversion de deux personnages qui y occupaient, parait-il, une position assez distinguée. Le saint Évêque fit la rencontre de deux ardents sectateurs des idoles, nommés Arcade et Romule ; il ne dédaigna pas d'engager avec eux une controverse sur la fausseté de leurs dieux, et, après de longues discussions, il finit par les convertir. Ils rendirent les armes, embrassèrent notre religion et détestèrent la leur, rangeant par ce moyen beaucoup de gens sous les enseignes de la Croix.

Ainsi, déjà chaque pas de Firmin était une défaite pour l'idolâtrie. Depuis le moment où il avait franchi les montagnes qui séparent la France, sa seconde patrie, de la Navarre, l'erreur reculait et semblait fuir devant lui ; comme si les puissances infernales eussent craint d'entrer en lutte avec ce redoutable adversaire, certaines d'avance d'être vaincues. La conversion d'Arcacle et de Romule contribua beaucoup à celle d'un grand nombre de leurs compatriotes.

Après ces dernières conquêtes, notre Saint, abandonnant l'Aquitaine et se dirigeant vers l'Ouest, s'en alla chez les Andes, depuis l'Anjou, continuer son fructueux apostolat. Il s'arrêta à Juliomagas, capitale de la contrée (Angers). L'évêque de cette ville, que plusieurs manuscrits et d'anciens Bréviaires d'Amiens nomment Auxilius, heureux d'avoir un tel coopérateur pour travailler à la vigne du Seigneur, voulut qu'il l'aidât à annoncer l’Évangile à ses ouailles encore païennes. Notre Saint resta donc quinze mois dans ce pays, prêchant, baptisant, confirmant. Dieu continua de répandre ses bénédictions sur ses travaux, et quand, voulant porter plus loin le flambeau de la foi et affronter pour Jésus-Christ de plus grands périls, Firmin se sépara d'Auxilius et reprit sa course apostolique, il avait amené à Dieu la plupart des habitants de l'Anjou.

Au milieu de toutes ces conquêtes, Firmin n'avait pas encore " beaucoup souffert " pour le nom du Seigneur. Cependant il les désirait avec ardeur ces souffrances qui, suivant la prédiction de son saint consécrateur, devaient le faire parvenir à la couronne de gloire. Apprenant donc que Valère gouverneur de la cité des Bellovaques, dans les Gaules, persécutait violemment les Chrétiens et qu'un grand nombre d'entre eux y étaient tourmentés de divers supplices, à cause de leur religion, il résolut de se diriger vers cette ville, dans l'espoir d'éprouver sa part de la persécution.

Quittant donc le pays des Andes, l'évêque missionnaire se dirigea vers le Nord-Est. Notre Saint arriva dans cette partie de la Gaule Lyonnaise, appelée depuis la Neustrie ou la Normandie, qui formait, avant la révolution le diocèse de Lisieux. Les environs de Pont-Auderner, en particulier, furent le théâtre de ses exploits apostoliques, et la tradition locale dit que saint Firmin à été arrêté par les païens, non loin de cette dernière ville.


Entrée de saint Firmin à Amiens.
Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens.

Délivré de la captivité, où la tradition nous apprend qu'il fut un instant plongé, le Saint, dont elle n'avait fait qu'exciter le zèle, marchant en droite ligne vers le Nord, traversa la Seine et arriva chez les Calètes (le pays de Caux), au lieu où existe maintenant le village de Somesnil (dans le canton d'Ourville, arrondissement d'Yvetot, dans la verte vallée que traverse la petite rivière de la Durdent ; pays qui, â cette époque reculée, était déjà le siège d'une civilisation assez avancée. C'était non loin des bords de cette rivière que, quelques années auparavant saint Denis, de Paris, avait probablement baptisé les premiers Chrétiens et que saint Mellon de Rouen devait venir, près de cieux siècles plus tard, annoncer aussi les paroles de la vie éternelle. Nous ignorons la durée du temps employé par notre Saint à évangéliser les Calètes et de celui qu'il passa sut' les bords de la Durdent.

Enfin, toujours avide de souffrir pour le Dieu qu'il prêchait et ému par le récit des persécutions de Beauvais, il quitta ces rives enchanteresses, que sa présence avait sanctifiées, et disant adieu à cette contrée, il franchit les limites dc la Gaule Lyonnaise et de la seconde Belgique, pénétra dans le pays des Bellovaques au commencement du second siècle, et fut bientôt dans leur capitale. Il y venait non-seulement pour convertir un peuple idolâtre, mais aussi par consoler et raffermir dans la foi ceux qui avaient déjà embrassé le christianisme. Dès qu'il y fut entré, il commença son apostolat. Son ardente charité embrassa avec ardeur le soin de ces pauvres ouailles abandonnées et environnées d'ennemis. Il les encourageait, les fortifiait, et se portait partout ou une âme pouvait avoir besoin de loi ; et, ne prenait de repos ni jour ni nuit, sans cesse il annonçait l’Évangile. Il s'employait tout entier à raffermir les fidèles, au milieu des embûches de la persécution, et à arracher de nouvelles âmes au culte des fidèles.

Il était impossible que le bruit des prédications de notre Saint et des conversions qu'il opérait ne parvint pas aux oreilles des autorités romaines. En effet, le gouverneur Valère apprit bientôt qu'un nouveau Lucien était survenu tout à coup, pour consoler et fortifier ses enfants désolés. C'était en vain qu'on avait fait périr le compagnon de saint Denis et ses deux disciples, un autre évêque venait encore prêcher sa doctrine et cette secte Chrétienne, qu'on pensait à jamais détruite, menaçait de remplir toute la ville. De semblables nouvelles ne pouvaient trouver Valère insensible : il ordonna d'arrêter Firmin et le fit amener devant lui. Le Saint confessa généreusement Jésus-Christ ; sa récompense ne se fit pas attendre : il fut violemment battu de verges, chargé de chaînes et jeté en prison, dans un fort voisin de la ville. Firmin, dans son cachot, eut longtemps à souffrir de la tains et de la malpropreté. Le Dieu des Martyrs, pour l'amour duquel il endurait ces tourments avec patience, ne l'abandonna point, et un Ange consolateur vint du haut des cieux visiter le Saint prisonnier, qui, même dans les fers, ne cessait d'annoncer l’Évangile à tous ceux qui pouvaient l'approcher et leur devenait de jour en jour plus cher.

Une seconde fois, le missionnaire semblait sur le point de couronner sa belle vie par le martyre ; mais Dieu, qui veillait sur lui, ne lui permit pas de quitter si tôt un champ de bataille où il avait encore d'autres victoires à remporter. Pendant ce temps, Valère mourut malheureusement, tué, dit-on, dans une sédition populaire, et Sergius lui succéda. Ce nouveau préfet ne changea point le système adopté par son prédécesseur ; il ne fit pas ouvrir les postes du cachot de Firmin, et l'on ne pouvait prévoir l'issue de sa captivité, quand tout à coup Sergius fut frappé de mort, d'une manière qui pouvait paraître un châtiment d'en haut. Alors les Chrétiens, volant à la prison, s'empressèrent de rendre la liberté à l'Evêque captif, qui put reprendre l'exercice de son laborieux apostolat.

La persécution n'avait pas refroidi le zèle du Saint ; son courage, au contraire, avait grandi dans les fers, et, s'il était possible, il sortait de son cachot encore plus dévoué au salut de tous. Dès qu'il en eut franchi le seuil, il recommença ss prédications, confirmant par des miracles la foi des Chrétiens et en convertissant chaque jour de nouveaux. Il fit bâtir à Beauvais une église qu'il dédia à saint Étienne, le premier des Martyrs. Elle fut, dit-on, construite au lieu même où notre Saint avait été emprisonné. La persécution, apaisée un moment par la mort du gouverneur Sergius, reprit une nouvelle force. Comme de nouveaux ennemis cherchaient encore le saint Apôtre pour le mettre à mort, les Chrétiens le forcèrent à s'enfuir par nue Voie souterraine ; mais il ne cessa pas pour cela d'annoncer la foi aux Bellovaques et, allant par les bourgs et les villages, toujours il évangélisait.

Pendant le fructueux apostolat dont nous venons de retracer les principales circonstances, Firmin n'avait pas encore eu ce bonheur si désiré, de verser tout son sang pour la foi qu'il prêchait. Il avait bien vu l'immortelle couronne suspendue au-dessus do sa tête, mais toujours elle s'en était éloignée. Il y avait plus au Nord des nations qui avaient besoin d'ètre évangélisées, et il pouvait espérer y trouver enfin la palme du martyre. Il n'hésita pas à aller aussi leur faire entendre la bonne nouvelle. " Allons plus loin, se dit-il, vers les Ambiani, chez les Morins, ces derniers des hommes, dont la cruauté fera couler mon sang."

Quittant donc les Bellovaques, où son passage devait laisser un impérissable souvenir, notre Saint se dirigea vers Samarobriva Ambianorum (aujourd'hui Amiens) où il devait, après de nouvelles conquêtes évangéliques, recueillir à la fin cette palme du martyre si ardemment souhaitée.

C'était dans les premières années du second siècle. Trajan, surnommé le Très-Bon, régnait sur l'Empire. Sébastien et Longalus étaient gouverneurs de la Gaule-Belgique. Jeune encore par l'âge, mais déjà bien vieux par ses œuvres, l'illustre Apôtre est entré dans la ville qui doit être sou siège épiscopal, et l'évêché d'Amiens est fondé. Dix-sept siècles se sont écoulés depuis ce jour à jamais mémorable et l’œuvre de saint Firmin subsiste encore. L'Empire romain, alors à l'apogée de sa gloire, a disparu l'antique monarchie française, moins ancienne cependant que l'évêché de Firmin, s'est abîmée dans le gouffre de 1793 ; les royaumes et les républiques se sont succédés sur notre sol, et l'évêché d'Amiens est toujours debout ; telle l’Église, immuable sur cette terre où tout passe, seule ne passe pas, parce qu'elle n'est pas de ce monde.

Ce fut donc le dix du mois d'octobre que saint Firmin entra dans la ville d'Amiens qu'il devait engendrer Jésus-Christ ; c'est ainsi, dit un ancien Bréviaire, qu'il parvint jusqu'à elle, eu prêchant l'Evangile depuis son départ de Pampelune, pour y recevoir la palme du martyre. Il y pénétra, dit la tradition, par la porte de Beauvais, c'est-à-dire par la porte de Longue Maisière, située à la place Périgord, et y fut reçu avec grande joie par Faustinien, l'un des premiers sénateurs de la cité. Le saint Évêque reçut Faustinien au nombre des catéchumènes, après avoir baptisé toute sa famille, de laquelle devait sortir, environ deux siècles plus tard, un enfant qui reçut au baptême le nom de Firmin, en mémoire de l'Apôtre de sa ville natale, fut l'un de ses successeurs et partage maintenant sa gloire dans les cieux. Une ancienne tradition veut qu'en entrant dans cette cité, Firmin se soit arrêté au lieu où est maintenant la place Saint-Martin, et que là, dominant en quoique sorte la ville gauloise de Samarobrive, qui s'étendait à ses pieds ; ayant en vue, à sa gauche, le Château-Fort dans lequel il devait terminer sa vie par le glaive, et le bois sacré de la rue des Orfèvres, non loin de la prison où, bien des années plus tard, saint Quentin, le second apôtre d'Amiens, devait être renfermé ; et bravant le temple de Jupiter, que l'on peut croire avoir existé à l'endroit où s'élève maintenant la basilique de Notre-Dame, il ait annoncé pour la première fois le Dieu des Chrétiens aux Ambiani étonnés.

Dès que Firmin fut entré dans la cité Amiénoise, il y commença ses prédications. Loin de vouloir se reposer des fatigues de son laborieux apostolat, il en chercha de nouvelles en s'empressant d'enseigner à tous ses habitants la doctrine salutaire du christianisme. Sans avoir un seul instant la pensée de se dérober, par le silence et l'inaction, à une nouvelle persécution, il annonça hautement l’Évangile ; montrant, toujours et partout, ce courage intrépide et ce zèle infatigable dont il avait déjà donné tant de preuves.

Les Amiénois vinrent en foule écouter cet étranger qui prêchait une si étonnante doctrine. La grâce divine ne tarda pas à touches leurs coeur, et bientôt un grand nombre de conversions vinrent récompenser les travaux apostoliques du saint missionnaire. Non-seulement une grande partie du peuple demanda le baptême, mais les premiers de la cité voulurent aussi embrasser la loi de Firmin. Les Actes de sa vie nous ont conservé les noms du sénateur Ausence Hilaire avec toute sa maison ; d'Atilie, d'une illustre famille romaine, veuve d'Agrippin, avec ses enfants, ses serviteurs et ses servantes, qui reçurent le baptême le même jour, des mains du grand Évêque, et, ajoutent ses Actes, " près de trois mille personnes de l'un et l'autre sexe furent baptisées en trois jours consécutifs ".

A peu près à la même époque, le sénateur Faustinien, que saint Firmin avait reçu au nombre des catéchumènes dès son arrivée à Amiens, fut admis à recevoir le baptême, à la grande joie des Chrétiens, Firmin appuya ses prédications par de nombreux miracles. Castus, fils d'un notable habitant d'Amiens nommé André, avait eu un œil crevé, le saint Évêque le guérit et lui rendit la lumière. Deux hommes habitant les environs de la porte Clypéenne étaient malades de la lèpre ; il les guérit. Des personnes atteintes de la fièvre ou d'antres maladies venaient le trouver ; il invoquait sur eux le nom dii Père, du Fils et du Saint-Esprit, et la santé leur reversait.

Par ses prières il chassait les démons, faisait marcher les paralytiques, rendait la vue aux aveugles, la parole aux muets. Enfin, ajoutent ses Actes, le Seigneur opéra par lui une quantité innombrable d'autres prodiges. " Ceux qui croiront, dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, chasseront les démons en mon nom, parleront de nouvelles langues, manieront les serpents ; s'ils boivent quelque poison mortel, ils n'en éprouveront aucun mal ; ils imposeront les mains sur les malades et les malades seront guéris ". Les merveilles accomplies par saint Firmin étaient la réalisation de ces promesses.

Quelque nombreuses que fussent les conversions opérées par Firmin dans l'enceinte du la cité amiénoise, elles ne parvenaient pourtant pas à satisfaire le zèle ardent qui embrasait le cœur du saint Évêque. En voyant ces âmes privilégiées embrasser avec amour la foi Chrétienne, il pensait à celles des autres habitants de l'Ambianum, encore enveloppées des ténèbres du paganisme comme un cadavre de son linceul. Il ne voulut donc pas rester â toujours enfermé dans les murs de Samarobrive, et la quittant seulement pour quelque temps, il alla annoncer également Jésus-Christ au peuple des campagnes. La tradition, qui nous a conservé le souvenir de cette partie de son apostolat, indique plusieurs endroits du diocèse d'Amiens qui furent témoins de ses prédccations : tels sont Picquigny, Vignacourt et les environs de Boves. Picquigny, bourg situé sur la Somme, à trois lieues d'Amiens, remonte à une antiquité assez reculée, On y voit les ruines de l'ancien château des vidames d'Anaiens, dont la construction première remonte au onzième ou douzième siècle. Il est de tradition, à Picquigny, que saint Firmin y a prêché la foi. On y voit encore, à l'entrée de la rue des Chanoines, à gauche, un petit monument en pierre placé à l'endroit où le saint Apôtre a annoncé la parole de Dieu, Vignacourt est un des plus grands villages de France, du canton et à deux lieux au nord-est de Picquigny ; il compte près de quatre mille habitants.

Sans doute, au milieu de ses courses évangéliques, Firmin revenait fréquemment à Amniens ; puis, après avoir encore annoncé pendant quelque temps les vérités du christianisme à ses auditeurs attentifs, il retournait vers les habitants des campagnes, avec lesquels sa tâche devait être plus rude, Le peuple des villes, auquel les conquérants avaient fait abjurer de force le druidisme, pour embrasser le polythéisme gréco-romain, devait moins tenir et tenait moins en effet â ses croyances religieuses. Il n'en était pas de même dans les campagnes, où le druidisme, banni des cités, s'était ancré avec l'énergie du désespoir, et où nous le trouverons encore, plus ou moins caché et défiguré, pendant plusieurs siècles. Car, violemment ébranlé au IIe siècle, par saint Firmin le Confesseur, il ne disparut entièrement que vers le VIe, grâce aux moines, dont les prédications contribuèrent puissamment à effacer ses derniers vestiges dans le coeur des habitants des villages et des hameaux picards.

Notre Saint ne se borna pas à évangéliser les seuls environs de sa ville épiscopale. Il s'avança plus loin et porta le flambeau de la foi chez les Morins. L'étendue du pays des Morins était considérable. Selon l'opinion la plus admissible, il comprenait le Ponthieu et l'ancien et immense diocèse de Thérouanne, qui, après la destruction de cette cité par Charles-Quint, en 1453, forma ceux de Boulogne, de Saint-Orner et d'Ypres. Les bornes de la Morinie étaient donc : au nord, l'Océan germanique ; à l'est, les Ménapii ; au sud, les Atrébates et les Ambianii ; à l'ouest, la mer britannique. D'anciennes traditions locales lui font évangéliser Boulogne-sur-Mer, Thérouanne, Montreuil et une partie du Ponthieu.

De retour à Amiens, sa ville chérie entre toutes les autres, Firmin continua à y annoncer le Dieu des Chrétiens. Lorsqu'il faisait entendre la parole de vie aux Amiénois, dit une ancienne tradition rapportée par les vieux Bréviaires, il répétait souvent :
" Mes petits-fils, sachez que Dieu le Père, Créateur de toutes choses, m'a envoyé vers vous pour purifier cette cité du culte des idoles, et pour vous prêcher Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié selon la faiblesse de la chair, vivant par la force de Dieu."

Cette divine semence tombait sur un terrain bien préparé, qui lui faisait porter des fruits au centuple et comblait d'une douce joie le cœur du fervent missionnaire. La foi Chrétienne s'établissait dans son pays, et y poussait ces racines fortes et profondes que dix-sept siècles n'ont fait qu'affermir, qui ont survécu à toutes les révolutions, à tous les bouleversements, et qui la font encore resplendir de nos jours d'une éternelle jeunesse. Ces merveilles s'opéraient au grand désespoir des prêtres idolâtres, qui voyaient de jour en jour les Ambiani délaisser leurs dieux pour la religion de Firmin, au point qu'il finissait par ne plus se présenter un seul adorateur dans les temples de .Jupiter et de Mercure.

Les oracles des faux dieux, rendus muets par la présence de saint Saturnin à Toulouse, avaient par leur silence causé la mort de ce saint apôtre de la Gaule ; la désertion de leurs temples à Amiens devait occasionner celle de saint Firmin. Notre Saint ne se contenta pas d'annoncer Jésus-Christ aux seuls habitants de la capitale des Ambiani, mais il parcourut en évangélisant une grande partie, sinon l'intégralité de leur lerritoire. Aux lieux que nous avons déjà cités comme désignés par la tradition pour avoir été témoins de son apostolat, nous ajouterons une éminence qui se voit près de Boves, entre la route d'Amiens à Péronne et celle d'Amiens à Montdidier, et qui est appelée dans le pays le Mont d’Évangile, parce que, dit la tradition locale, saint Firmin, du haut de cette élévation, annonça l’Évangile aux populations d'alentour, accourues pour entendre ce merveilleux étranger.

La même tradition ajoute quo saint Firniin vint plusieurs fois d'Amiens annoncer Jésus-Christ en ce lieu.


Martyre de saint Firmin. Vies de saints. XVe.

Cependant, les temples des idoles de Samarobrive restaient vides et les païens eux-mêmes étaient forcés de reconnaître l'éloquence de notre grand Apôtre. Le bruit de ses prédications et des nombreuses conversions qu'il opérait, finit par parvenir jusqu'aux oreilles des gouverneurs de la province, Longulus et Sébastien, qui étaient alors à Trèves, métropole de la première Belgique. Ils se hâtèrent immédiatement de venir à Amiens et y arrivèrent bientôt. C'était dans le courant du mois de septembre. Dès leur entrée dans la cité, ils ordonnèrent que tous les habitants eussent à se réunir sous trois jours au prétoire, dit Cimilien. L'orage se préparait, bientôt il allait éclater sur la tête de Firmin. Les trois jours écoulés, tout le peuple ambianien, les troupes, les tribuns se rendirent au prétoire.

Les prêtres païens n'avaient pas non plus manqué de s'y trouver ; ils voyaient enfin arriver le moment de se débarrasser d'un homme qu'ils regardaient comme un rival qui les importunait depuis longtemps, et comme un adversaire redoutable de leurs dieux. D'après le récit qu'on va lire, il est même permis de supposer qu'ils avaient provoqué cette convocation.

Quand tous furent rassemblés, les gouverneurs ordonnèrent aux membres de la curie de la cité et aux prêtres des temples de s'approcher, et, lorsqu'ils furent devant eux, Sébastien harangua la foule en ces termes :
" Les très-sacrés empereurs ont décrété que l'honneur et le culte des dieux leur soient conservés clans toutes les contrées du monde, par tous les peuples et toutes les nations, Ils veulent qu'on offre de l'encens sur leurs autels et qu'on les vénère, selon les antiques coutumes des princes. Si quelqu'un tente donc de venir contre les décrets des très-sacrés empereurs, ou d'y apporter la moindre opposition, qu'il soit tourmenté de divers supplices, et, d'après les décrets des sénateurs et des princes de la République romaine, qu'il subisse la peine capitale."

Quand Sébastien eut cessé de parler, Auxilius, curial et prêtre des temples de Jupiter et de Mercure, prit la parole pour lui répondre.
" Il y a ici, dit-il, un Pontife des Chrétiens, qui, non-seulement détourne la ville d'Amiens du culte et de la religion des dieux, mais qui paraît séparer l'univers entier et tout l'Empire romain du culte des dieux immortels.
- Quel est, reprit Sébastien étonné, quel est. celui qui ose commettre un si grand crime et une telle profanation ?
- Il se nomme Firrnin, répondit le prêtre païen, c'est un espagnol, très-adroit et très-éloquent et d'une grande sagacité. Il prêche et enseigne au peuple qu'il n'y a aucun autre Dieu, ni aucune autre puissance dans les cieux et sur la terre que le Dieu des Chrétiens, Jésus-Christ, qu'il nomme de Nazareth. Il le dit tout-puissant par-dessus tous les dieux ; quant à nos dieux, il les appelle des démons et les dénonce hautement tous comme des idoles et de vains simulacres, sourds, muets et insensibles. Il détourne tellement le peuple de leur religion, qu'il ne vient plus personne pour offrir de l'encens ni pour prier dans les temples vénérables de Jupiter et de Mercure, et il séduit en faveur de la secte Chrétienne les cœurs de tous les sénateurs. Si vous ne le faites pas périr et si vous ne lui faites pas subir divers supplices, pour l'exemple des autres, il s'en accroîtra un grand danger pour la République, et il s'efforcera de bouleverser la stabilité de l'Empire jusque dans ses fondements, Mais écoutez nos conseils, très-excellent gouverneur ; pour sauver la République et pour retirer nos dieux et nos déesses d'un si grand péril, ordonnez qu'il soit amené à votre tribunal en présence de tous."


Le discours, ou plutôt le réquisitoire d'Auxilius produisit sur Sébastien l'effet que le prêtre païen en attendait.
Le très-excellent gouverneur, désireux de sauver les dieux et les déesses du grand péril qui les menaçait, ordonna à ses soldats de se saisir de Firmin et de le lui amener, deux jours après, aux jeux du théâtre près la porte Clypéenne. Auxilius triomphe, l'heure du martyre va sonner pour le premier évêque d'Amiens ; encore quelques jours, et son éloquente parole ne proclamera plus la vanité des dieux de l'empire et la grandeur du Dieu des Chrétiens.

Firmin apprit bientôt l'arrêt porté contre lui. Sans craindre la mort et sans avoir la pensée de se dérober par la fuite aux tourments dont il était menacé, il alla de lui-même se présenter aux juges. Deux fois déjà il a été près de mourir pour son Dieu, aujourd'hui il espère que son pèlerinage ici-bas va bientôt se terminer. Quand il fut dans le prétoire, il ne craignit pas d'y proclamer La toute-puissance de Jésus-Christ et l'obligation de renverser les sanctuaires des idoles.

Sébastien lui fit alors subir un interrogatoire :
" N'es-tu pas ce malfaiteur qui renverse les temples sacrés des dieux et qui éloigne le peuple de la religion des très-sacrés empereurs ?"
L'Apôtre lui répondit avec assurance :
" Si vous voulez savoir mon nom, je m'appelle Firmin ; né en Espagne, je suis citoyen de Pampelune et issu d'une famille sénatoriale. J'appartiens à la foi Chrétienne et suis revêtu de la dignité épiscopale. J'ai reçu mission de prêcher l'évangile du Fils de Dieu, afin que les nations apprennent qu'il n'y a pas d'autre Dieu, au ciel et sur la terre, que Celui qui a tout fait de rien et par qui tout subsiste. Il tient entre ses mains la vie et la mort, et rien n'échappe à sa puissance. Au ciel, sur la terre et aux enfers, tout genou fléchit devant lui. Entouré des Anges et des Vertus des cieux, il abaisse les royaumes et brise les sceptres des rois. Tandis que les temps et les générations s'écoulent devant son éternité, il reste toujours immuable en face de la mobilité des siècles. Mais les dieux que vous adorez, sous l'influence du démon, ne sont que de vains simulacres, sourds, muets et insensibles, qui abusent leurs victimes et les précipitent aux enfers. Je viens vous déclarer que ces idoles sont l’œuvre du démon reniez-les donc, si vous ne voulez point tomber dans les abîmes éternels, où gémit la puissance infernale."


A ces mots, Sébastien, transporté de colère, jeta une exclamation qui trouva un rapide écho dans l'auditoire, Il s'écria ensuite :
" Au nom des dieux et des déesses, au nom de leur invincible autorité, je t'adjure, Firmin, de renoncer à ta folie et de te soumettre à la religion de tes pères ; sacrifie sur-le-champ aux dieux et aux déesses, si tu ne veux pas encourir des supplices de tout genre et le tourment d'une mort ignominieuse."
Bien loin de se laisser intimider par ces menaces, saint Firmin répondit :
" Je ne redoute pas vos supplices : ce qui m'afflige en ce moment, c'est la folie qui vous fait croire qu'un serviteur de Dieu puisse se laisser ébranler par une coupable crainte. Accumulez les supplices, Dieu y proportionnera les secours pour me faire obtenir, au terme des combats, la couronne de la gloire impérissable. Je ne veux pas échapper aux souffrances dont vous me menacez, en sacrifiant l'éternité de bonheur que le Fils de Dieu me réserve dans son royaume. Mais vous, vous serez condamné aux flammes perpétuelles de l'enfer, à cause des cruautés que vous exercez contre les serviteurs de Dieu."

Le gouverneur, ainsi que toute l'assemblée, était frappé de la constance de Firmin et de la fermeté de ses réponses. Les, Amiénois, qui se rappelaient ses éclatants prodiges, voulaient le délivrer. Aussi Sébastien n'osa-t-il point heurter le sentiment populaire, en ordonnant des tortures publiques qui auraient pu provoquer des troubles. Il feignit de laisser Firmin en liberté, mais il ordonna à ses soldats de l'arrêter prochainement, de le conduire en prison, de lui trancher la tête, en secret, dans son cachot, pendant la nuit, et de prendre soin de cacher son corps, après l'avoir mis en pièces, dans la crainte que les Chrétiens lui rendissent un culte de vénération.

Le saint évêque put donc continuer quelque temps encore ses prédications pour affermir dans la foi les nouveaux convertis ; mais les soldats du gouverneur, fidèles aux ordres qu'ils avaient reçus, les exécutèrent dans toute leur rigueur, en arrêtant saint Firmin ; ils le conduisirent dans ta prison du château, qui fut plus tard désigné sous le nom de Castillon.

Ils frémissaient de rage en entendant leur prisonnier célébrer sans cesse pendant la route, les louanges de Jésus-Christ aussi se hâtèrent-ils de l'enfermer dans un obscur cachot dont ils scellèrent la porte, et devant lequel ils préposèrent des gardes.

Quand Samarobrive fut ensevelie dans les ombres de la nuit, des soldats armés de glaives se rendirent à la prison pour accomplir les ordres de Sébastien. Aussitôt que le saint évêque les eut aperçus, il devina son sort et, versant des larmes de joie, il s'écria :
" Je vous rends grâces, Ô Souverain Rémunérateur de tous les biens, de ce que Vous daignez m'adjoindre à la société de Vos élus. Ô roi miséricordieux et très-clément, Veillez sur ceux que Vous avez appelés à Vous par ma voix, et Daignez exaucer tous ceux qui Vous invoqueront en mon nom."

Cette prière terminée, un soldat tira son glaive dni fourreau et trancha la tête, de l'apôtre.

Ainsi mourut le premier évêque de l'antique Samarobrive, le vingt-cinquième jour du mois de septembre, dans les premières années du second siècle, sous le règne de Trajan. Le sang de saint Firmin, répandu sur le sol humide de sa prison souterraine, était le premier sang versé par le paganisme, dans la capitale des Ambiani. S'il eût été donné au bourreau, qui venait de le faire couler, d'élever ses regards au-dessus de ce monde, il l'eût pu voir monter, comme un suave encens, jusqu'au pied du trône du Tout miséricordieux qui règne dans les cieux, pour retomber ensuite, en une douce rosée de grâce et de sanctification, sur les cœurs encore arides et desséchés de ceux des habitants de Samarobrive, que le zèle et le dévouement du saint apôtre n'avaient pu amener à la connaissance de la foi.

Dieu accepta l'holocauste, bénit la prière du martyr, et la ville, consacrée par le sang de son premier évêque, devint plus tard une des plus Chrétiennes cités de la France.

Saint Firmin est représenté en costume d'évêque, mais rarement tendant sa tête dans les mains. On lui donne parfois, pour attribut, l'épée qui consomma son martyre.

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jeudi, 17 septembre 2020

17 septembre. Les stigmates de saint François d'Assise. 1224.

- Les stigmates de saint François d'Assise. 1224.
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Pape : Honorius III. Roi de France : Louis VIII le Lion. Empereur germanique : Frédéric II Hohenstaufen.
 
" Que veulent dirent ces plaies ? Ce sont des bouches éloquentes qui persuadent le mépris du monde et la gloire de la croix."
R. P. Nouet. Méditations.
 

Saint François d'Assise. Francisco de Zurbaran. XVIIe.

Bientôt la grande figure du patriarche d'Assise reparaîtra au ciel de la sainte Liturgie ; nous aurons alors à louer Dieu pour les merveilles que sa grâce opéra en lui. Aujourd'hui, si personnel que soit à François le glorieux épisode, objet de la fête, il le dépasse pourtant par ce qu'il exprime.

L'Homme-Dieu vit toujours dans son Eglise ; la reproduction de ses mystères en cette Epouse qu'il se veut semblable, est l'explication de l'histoire. Or, au XIIIe siècle, on dirait que la charité, rebutée par plusieurs, concentre en quelques-uns les feux qui suffisaient jadis à embraser des multitudes ; autant que jamais la sainteté resplendit, et cependant l'heure du refroidissement a sonné pour les peuples.


Saint François d'Assise recevant les stigmates. Giotto.

C'est aujourd'hui même l'affirmation de l'Eglise (Collecte de la fête), pour laquelle, en effet, commence la série des défections sociales avec leurs reniements, leurs trahisons, leurs dérisions, soufflets, crachats du prétoire, aboutissant à la mise hors la loi dont nous sommes témoins. L'ère de la Passion est ouverte ; l'exaltation de la sainte Croix, jusqu'ici triomphante aux yeux des nations, prend du ciel, d'où regardent les Anges, un aspect d'adaptation plus intime de l'Epouse aux souffrances de l'Epoux crucifié. Ne soyons pas étonnés si, comme fait l'artiste en présence d'un marbre précieux, l'Esprit choisit la chair du séraphin d'Assise pour y rendre pleinement sa divine pensée.

Il manifeste ainsi au monde la direction plus spéciale qu'il entend maintenant donner aux âmes ; il offre au ciel un premier exemplaire, un exemplaire complet de l'ouvrage nouveau qu'il médite : l'union plénière, sur la Croix même, du corps mystique au Chef divin. François est le premier qu'honore l'élection d'en haut ; mais après lui le signe sacré sera recueilli par d'autres, qui personnifieront également l'Eglise ; les Stigmates du Seigneur Jésus seront toujours ici ou là, désormais, visibles sur terre.

Deux ans avant sa mort, saint François s'était retiré dans la Toscane avec cinq de ses Frères, sur le mont Alverne, afin d'y célébrer l'Assomption de la Très Sainte Vierge et préparer la fête de l'archange saint Michel par quarante jours de jeûne.

C'était aux environs de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, François priait les bras étendus dans l'attente de l'aube, agenouillé devant sa cellule.
" Ô Seigneur Jésus-Christ, disait-il, accorde-moi deux grâces avant que je meure. Autant que cela est possible, que dans mon âme et aussi dans mon corps, je puisse éprouver les souffrances que Toi, Tu as dû subir dans Ta cruelle Passion, et ressentir cet amour démesuré qui T'a conduit, Toi, le Fils de Dieu, à souffrir tant de peines pour nous, misérables pécheurs !"


Saint François d'Assise recevant les stigmates. El Greco. XVIIe.

Tandis qu'il contemplait avec grand recueillement les souffrances du Sauveur, voici qu'il vit descendre du ciel un séraphin sous la forme d'un homme crucifié, attaché à une croix. Cet esprit céleste portait six ailes de feu dont deux s'élevaient au-dessus de sa tête, deux s'étendaient horizontalement, tandis que deux autres se déployaient pour voler et les deux dernières recouvraient tout le corps. Devant cet étrange spectacle, l'âme de François éprouva une joie mêlée de douleur. Le séraphin s'approcha de lui et cinq rayons de lumière et de feu jaillirent des cinq plaies de l'ange crucifié pour venir frapper le côté, les deux mains et les deux pieds du Saint, y imprimant pour toujours la trace des sacrés stigmates de Notre-Seigneur.

La mystérieuse apparition disparut aussitôt, laissant le pauvre d'Assise en proie à d'inexprimables souffrances. Son côté droit laissait paraître une large plaie pourpre dont le sang sortait avec une telle abondance que ses habits en étaient tout imprégnés. Les têtes des clous apparaissaient au-dessus des mains ainsi qu'au-dessus des pieds ; leurs pointes étaient repliées de l'autre côté et enfoncées dans la chair.

Saint Bonaventure qui a écrit la vie de saint François une trentaine d'années après sa mort, affirme que ceux qui virent et touchèrent ces stigmates constatèrent que les clous étaient miraculeusement formés de sa chair et tellement adhérants que lorsqu'on les pressait d'un côté, ils avançaient tout d'une pièce de l'autre. Ces clous se trouvaient si bien unis à la chair et à la peau de saint François que même après sa mort, on essaya vainement de les en arracher. Des milliers de témoins oculaires ont contemplé les fascinantes empreintes pendant la vie et après la mort du grand dévot de la Passion de Jésus.

Attentif à tenir ses stigmates cachées, saint François couvrait ses mains et marchait chaussé. Il ne put cependant les dissimuler longtemps, car il lui devint trop douloureux de poser la plante des pieds par terre, aussi devait-il recourir malgré lui à la continuelle assistance de ses frères. Dieu qui pour la première fois, décorait un homme des stigmates de Son Fils unique, voulut manifester leur origine céleste en accordant quantités de miracles par leur vertu surnaturelle et divine.

Le pape Benoît XI voulut honorer par un anniversaire solennel et un office public, cette grâce qui n'avait jamais été accordée auparavant à la sainte Eglise. Le souverain pontife Sixte V ordonna d'insérer, dans le martyrologe romain, la mémoire des Stigmates de saint François, au 17 septembre. Le pape Paul V étendit cette fête à l'Eglise universelle dans le but d'éveiller l'amour de Jésus crucifié dans tous les coeurs.

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vendredi, 10 juillet 2020

10 juillet. Sainte Félicité et ses sept fils, martyrs à Rome. 150.

- Sainte Félicité et ses sept fils, martyrs à Rome. 150.

Pape : Saint Pïe Ier. Empereur romain : Antonin le Pieux.

" Admirez la bienheureuse Félicité dont nous célébrons aujourd'hui la naissance au ciel ; servante du Christ par sa foi, elle devient sa mère par sa prédication auprès de ses fils : elle ne les perd pas, mais ne fait que les envoyer avant elle au paradis."
Saint Grégoire le Grand, hom. III ; saint Augustin, serm. CX.


Vitrail de sainte Félicité et ses sept fils.
Cathédrale Saint-Samson. Dol-de-Bretagne.

Trois fois en quelques jours, à la gloire de la Trinité, le septénaire va marquer dans la sainte Liturgie le règne de l'Esprit aux sept dons. Félicité, Symphorose, la Mère des Machabées, échelonnent sur la route qui conduit au mois de l'éternelle Sagesse le triple bataillon des sept fils que leur donna le ciel. L'Eglise, que Pierre et Paul viennent de quitter par la mort, poursuit sans crainte ses destinées ; car les martyrs font de leur corps un rempart au dépôt sacré du témoignage apostolique. Vivants, ils sont la force de l'Epouse ; leur trépas ne saurait l'appauvrir : semence de chrétiens (Tertull. Apolog. 50.), leur sang versé dans les tourments multiplie l'immense famille des fils de Dieu. Mystère sublime du monde des âmes ; c'est donc au temps où la terre pleure l'extinction de ses races les plus généreuses, qu'elles font souche dans les cieux pour les siècles sans fin. Ainsi en sera-t-il toujours ; devenue plus rare avec la suite des âges, la consécration du martyre laissera en ce point sa vertu à l'holocauste de la virginité dans la voie des conseils.

La foi d’Abraham fut grande d'avoir espéré, contre toute espérance, qu'il serait le père des nations en cet Isaac qu'il reçut l'ordre un jour d'immoler au Seigneur ; la foi de Félicité aujourd'hui est-elle moindre, lorsqu'à l'immolation sept fois renouvelée des fruits de son sein, elle reconnaît le triomphe de la vie et la bénédiction suprême donnée à sa maternité ? Honneur à elle, comme à ses devancières, comme aux émules que suscitera son exemple ! Nobles sources, épanchant l'abondance de leurs eaux sur le sable aride du désert, elles recueillent le dédain des sages de ce siècle ; mais c'est par elles que la stérile gentilité se transforme à cette heure en un paradis du Seigneur, par elles encore qu'après le défrichement du premier âge le monde verra sa fertilité maintenue.

Marc Aurèle venait de monter sur le trône impérial, où dix-neuf ans de règne n'allaient montrer en lui que le médiocre écolier des rhéteurs sectaires du second siècle. En politique comme en philosophie, le trop docile élève ne sut qu'épouser les étroites et haineuses idées de ces hommes pour qui la lumineuse simplicité du christianisme était l'ennemie. Devenus par lui préfets et proconsuls, ils firent de ce règne si vanté le plus froidement persécuteur que l'Eglise ait connu. Le scepticisme du césar philosophe ne l'exemptait pas au reste de la loi qui, chez tant d'esprits forts, ne dépossède le dogme que pour mettre en sa place la superstition. Par ce côté la foule, tenue à l'écart des élucubrations de l'auteur des Pensées, retrouvait son empereur ; césar et peuple s'entendaient pour ne demander de salut, dans les malheurs publics, qu'aux rites nouveaux venus d'Orient et à l'extermination des chrétiens. L'allégation que les massacres d'alors se seraient perpétrés en dehors du prince, outre qu'elle ne l'excuserait pas, ne saurait se soutenir ; c'est un fait aujourd'hui démontré : parmi les bourreaux de tout ce que l'humanité eut jamais de plus pur, avant Domitien, avant Néron lui-même, stigmatisé plus qu'eux de la tache du sang des martyrs, doit prendre place Marc Aurèle Antonin.


Sainte Félicité et ses fils devant leur juge. Bernardino Pocetti. XVIe.

La condamnation des sept fils de sainte Félicité fut la première satisfaction donnée par le prince à la philosophie de son entourage, à la superstition populaire, et, pourquoi donc hésiter à le dire si l'on ne veut en plus faire de lui le plus lâche des hommes, à ses propres sentiments. Ce fut lui qui, personnellement, donna l'ordre au préfet Publius d'amener à l'apostasie cette noble famille dont la piété irritait les dieux ; ce fut lui encore qui, sur le compte rendu de la comparution, prononça la sentence et arrêta qu'elle serait exécutée par divers juges en divers lieux, pour notifier solennellement les intentions du nouveau règne. L'arène, en effet, s'ouvrait à la fois sur tous les points, non de Rome seule, mais de l'empire ; l'intervention directe du souverain signifiait aux magistrats hésitants la ligne de conduite qui ferait d'eux les bienvenus du pouvoir. Bientôt Félicité suivait ses fils ; saint Justin le Philosophe expérimentait la sincérité de l'amour apporté par César à la recherche de la vérité ; toutes les classes fournissaient leur appoint aux supplices que le salut de l'empire réclamait de la haute sagesse du maître du monde : jusqu'à ce que sur la fin de ce règne qui devait se clore, comme il avait commencé, comme il s'était poursuivi, dans le sang, un dernier rescrit du doux empereur amenât les hécatombes où Blandine l'esclave et Cécile la patricienne réhabilitaient par leur courage l'humanité, trop justement humiliée des flatteries données jusqu'à nos temps à ce triste prince.

Jamais encore le vent du midi n'avait à ce point fait de toutes parts couler la myrrhe et les parfums dans le jardin de l'Epoux (Cant. IV, 16 ; V, 1.) ; jamais contre un effort aussi prolongé de tousses ennemis, sous l'assaut combiné du césarisme et de la fausse science donnant la main aux hérésies du dedans, jamais pareillement l'Eglise ne s'était montrée invincible dans sa faiblesse comme une armée rangée en bataille (Ibid. VI, 3.). L'espace nous manque pour exposer une situation qui commence à être mieux étudiée de nos jours, mais reste loin d'être pleinement comprise encore. Sous le couvert de la prétendue modération antonine, la campagne de l'enfer contre le christianisme atteint son point culminant d'habileté à l'époque même qui s'ouvre par le martyre des sept Frères honorés aujourd'hui. Les attaques furibondes des césars du troisième siècle, se jetant sur l'Eglise avec un luxe d'atrocités que Marc Aurèle ne connut pas, ne seront plus qu'un retour de bête fauve qui sent lui échapper sa proie.


Sainte Félicité et ses fils devant leur juge.
Vie de saints. R. de Montbaston.

Les choses étant telles, on ne s'étonnera pas que l'Eglise ait dès l'origine honoré d'un culte spécial le septénaire de héros qui ouvrit la lutte décisive dont le résultat fut la preuve qu'elle était bien désormais invincible à tout l'enfer. Et certes, le spectacle que les saints de la terre ont pour mission de donner au monde (I Cor. IV, 9.) eut-il jamais scène plus sublime ? S'il fut combat auquel purent applaudir de concert et les anges et les hommes, n'est-ce pas celui du 10 juillet 162, où, sur quatre points à la fois des abords de la Ville éternelle, conduits par leur héroïque mère, ces sept fils de l'antique patriciat engagèrent l'assaut qui devait, dans leur sang, arracher Rome aux parvenus du césarisme et la rendre à ses immortelles destinées ?

Quatre cimetières, après le triomphe, obtinrent l'honneur d'accueillir dans leurs cryptes sacrées les dépouilles des martyrs ; tombes illustres, qui devaient en nos temps fournir à l'archéologie chrétienne l'occasion des plus belles découvertes et l'objet des plus doctes travaux. Aussi loin qu'il est possible de remonter à la lumière des plus authentiques monuments, le VI des ides de juillet apparaît, dans les fastes de l'Eglise Romaine, comme un jour célèbre entre tous, en raison de la quadruple station conviant les fidèles aux tombeaux de ceux que par excellence on nommait les Martyrs. L'âge de la paix maintint aux sept Frères une dénomination d'autant plus glorieuse, au sortir de la mer de sang où sous Dioclétien l'Eglise s'était vue plongée; des inscriptions relevées dans les cimetières mêmes qui n'avaient pas eu la faveur de garder leurs restes, désignent encore au IVe siècle le 11 juillet sous l'appellation de lendemain du jour des Martyrs.


Gravure du XVIIIe.

En cette fête de la vraie fraternité qu'exalte l'Eglise (Resp. VIII ad Matut., et Versus alleluia.), deux sœurs vaillantes partagent l'honneur rendu aux sept Frères. Un siècle avait passé sur l'empire. Les Antonins n'étaient plus. Valé-rien, qui d'abord sembla vouloir comme eux mériter pour sa modération les éloges de la postérité, venait de glisser sur la pente sanglante à son tour : frappant à la tête, il décrétait du même coup l'extermination sans jugement des chefs de l'Eglise, et l'abjuration sous les peines les plus graves de tout chrétien d'une illustre origine.

Rufine et Seconde durent aux édits nouveaux de croiser leurs palmes avec celles de Sixte et de Laurent, de Cyprien et d'Hippolyte. Elles étaient de la noble famille des Turcii Asterii que de modernes découvertes ont également remis en lumière. En s'en tenant aux prescriptions de Va-lérien, qui n'ordonnait contre les femmes chrétiennes que la confiscation et l'exil, elles eussent paru devoir échapper à la mort ; mais leur crime de fidélité au Seigneur était aggravé par le vœu de la sainte virginité qu'elles avaient embrassée : leur sang mêla sa pourpre à la blancheur du lis qui avait leur amour. La Basilique Mère et Maîtresse garde, près du baptistère de Constantin, les reliques des deux sœurs ; le second siège cardinalice des princes de la sainte Eglise est placé sous leur protection puissante, et joint à son titre de Porto celui de Santa-Rufina.


Sainte Félicité encourage ses saints fils.
Dessin. Ecole florentine du XVIe.

Sainte Félicité était une dame romaine distinguée par sa vertu et par sa naissance. Mère de sept enfants, elle les éleva dans la crainte du Seigneur. Après la mort de son mari, elle servit Dieu dans la continence et ne s'occupa plus que de bonnes oeuvres. Ses exemples, ainsi que ceux de sa famille, arrachèrent plusieurs païens à leurs superstitions, en même temps qu'ils encourageaient les chrétiens à se montrer dignes de leur vocation. Les prêtres païens, furieux de l'abandon de leurs dieux, la dénoncèrent.

Elle comparut, avec ses pieux enfants, devant le juge, qui l'exhorta à sacrifier aux idoles, mais reçut en réponse une généreuse confession de foi :
" Malheureuse femme, lui dit-il alors, comment avez-vous la barbarie d'exposer vos enfants aux tourments et à la mort ? Ayez pitié de ces tendres créatures, qui sont à la fleur de l'âge et qui peuvent aspirer aux premières charges de l'État.
– Mes enfants, reprit Félicité, vivront éternellement avec Jésus-Christ, s'ils sont fidèles ; ils doivent s'attendre à d'éternels supplices, s'ils sacrifient aux idoles. Votre pitié apparente n'est donc qu'une cruelle impiété."

Se tournant ensuite vers ses enfants :
" Regardez, leur dit-elle, regardez le Ciel, où Jésus-Christ vous attend avec Ses Saints."
Le juge, prenant les enfants séparément, essaya d'ébranler leur constance. Il commença par Janvier; mais il en reçut cette réponse :
" Ce que vous me conseillez de faire est contraire à la raison ; le Sauveur Jésus, je l'espère, me préservera d'une telle impiété."
Félix, le second, fut ensuite amené. Comme on le pressait de sacrifier, il répondit :
" Il n'y a qu'un seul Dieu, et c'est à Lui que nous devons offrir le sacrifice de nos coeurs ; employez tous les artifices, tous les raffinements de la cruauté, vous ne nous ferez pas trahir notre foi !"
Les autres frères, interrogés, répondirent avec la même fermeté. Martial, qui parla le dernier, dit :
" Tous ceux qui ne confessent pas que Jésus-Christ est le vrai Dieu seront jetés dans un feu qui ne s'éteindra jamais."

L'interrogatoire fini, les Saints souffrirent la peine du fouet et furent ramenés en prison; bientôt ils achevèrent leur sacrifice de différentes manières. Janvier fut frappé jusqu'à la mort avec des fouets garnis de plomb ; Félix et Philippe furent tués à coups de massue ; Sylvain fut jeté, la tête en bas, dans un précipice ; Alexandre, Vital et Martial eurent la tête tranchée. Félicité, mère de ces nouveaux Macchabées, subit le martyre la dernière.


Martyre de sainte Félicité et de ses saints fils.
Speculum historiale. V. de Beauvais. François. XVe.

Il y avait sur la voie Salarienne une église bâtie en l'honneur et sur la tombe de sainte Félicité. C'est dans cette église que saint Grégoire le Grand prêcha sa troisième homélie sur les évangiles le jour de la fête de la sainte martyre.

Comme sainte Félicité n'eut que des garçons, on l'invoque pour en obtenir. Rappelons que selon une antique tradition, constatée dans les faits à de multiples reprises, le septième garçon d'une fratrie chrétienne possède des dons de thaumaturge.

PRIERE

" Enfants, louez le Seigneur ; chantez celui qui, dans sa maison, donne à la stérile une couronne de fils." ( Introit. diei.).
Ainsi l'Eglise ouvre aujourd'hui ses chants. Etait-elle donc stérile, Ô Martyrs, la mère glorieuse qui vous avait donnés tous les sept à la terre ? Mais la fécondité qui s'arrête à ce monde ne compte pas devant Dieu ; ce n'est point elle qui répond à la bénédiction tombée des lèvres du Seigneur, au commencement, sur l'homme fait par lui son semblable (Gen. I, 26-28.). Saint et fils de Dieu, c'était une lignée sainte, une race divine (Act. XVII, 29.), qu'il recevait mission de propager par le Croissez et multipliez du premier jour. Ce que fut la première création, toute naissance devait l'être : l'homme était réservé à ce degré d'honneur de ne communiquer sa propre existence à d'autres hommes ses semblables, qu'en leur donnant avec elle la vie du Père qui est aux cieux ; celle-ci devait être aussi inséparable de la vie naturelle qu'un édifice l'est du fondement qui le porte, et, dans l'intention de Dieu, la nature appelait la grâce non moins que le cadre appelle l'œuvre d'art pour laquelle il est fait.

Trop tôt le péché brisa l'harmonie des lignes du plan divin ; la nature fut violemment séparée de la grâce, et ne produisit plus que des fils de colère (Eph. II, 3.). Le Dieu riche en miséricorde (Ibid. 4.) n'abandonnait point cependant les projets de son amour immense ; lui qui dès la première création nous eût voulus pour fils, nous créait comme tels à nouveau dans son Verbe fait chair (Ibid. 10.). Ombre d'elle-même, ne donnant plus directement naissance aux fils de Dieu, l'union d'Adam et d'Eve était découronnée de cette gloire près de laquelle eussent pâli les sublimes prérogatives des esprits angéliques ; mais elle restait la figure du grand mystère du Christ et de l'Eglise (Ibid. V. 32.).

La maternité s'était dédoublée. Stérile pour Dieu, confinée dans la mort qu'elle avait attirée sur sa race, l'ancienne Eve ne pouvait plus qu'en participation de la nouvelle mériter son titre de mère des vivants (Gen. III, 20.). A cette condition toutefois de s'incliner devant les droits de celle que l'Adam nouveau a choisie comme Epouse, l'honneur demeurait grand pour elle, et il lui était loisible de réparer en partie sa déchéance. Mieux que la fille de Pharaon sauvant Moïse et le confiant à Jochabed, l'Eglise allait dire à toute mère au sortir des eaux :
" Recevez cet enfant, et me le nourrissez." ( Ex. II, 9.).
Et humblement soucieuse de répondre à la confiance de l'Eglise, saintement fière de revenir aux intentions premières de Dieu pour elle-même, toute mère chrétienne allait faire sienne, en son labeur redevenu plus qu'humain, cette parole d'un amour dépassant la nature :
" Mes petits enfants, que j'enfante de nouveau, " jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous !" ( Gal. IV, 19.).


Martyre de sainte Félicité et de ses fils. Ecole française du XVIIe.

Honte à celle qui mettrait en oubli la destinée supérieure appelant le fruit de son sein aux honneurs de la filiation divine ! Le crime serait pire que d'étouffer en lui par négligence ou calcul, dans une éducation exclusivement préoccupée des sens, l'intelligence qui distingue l'homme des animaux soumis à son empire. La vie divine n'est pas moins nécessaire à l'homme, en effet, pour atteindre sa fin, que la vie raisonnable ; n'en point tenir compte, laisser dépérir le germe divin déposé dans l'âme d'un enfant à sa nouvelle naissance au bord de la fontaine sacrée, serait pour une mère replonger dans la mort l'être fragile qui lui devait l'existence.

Elle avait autrement compris sa mission votre illustre mère, Ô Martyrs ! Et c'est pourquoi l'Eglise, qui se réserve de nous rappeler sa mémoire sainte au jour où, quatre mois après vous, elle quitta notre terre, fait néanmoins de la fête présente le principal monument de sa gloire. C'est elle que célèbrent surtout et les lectures et les chants du Sacrifice (Introit., Epist., Evang., Commun.), et les instructions de l'Office de la nuit (Lect. VI, et Homil. diei.). C'est qu'en effet servante du Christ par la foi, proclame saint Grégoire, elle est aujourd'hui devenue sa mère, selon la parole du Seigneur même, en l'engendrant sept fois dans les fils que lui avait donnés la nature. Après vous avoir rendus si pleinement tous les sept à votre Père du ciel, que sera son propre martyre, sinon la fin trop longtemps retardée du veuvage, l'heure toute de joie (Prov. XXXI, 25.) qui la réunira dans la gloire à ceux qui sont devenus doublement ses fils ?

Dès ce jour donc qui fut pour elle la journée du labeur sans être encore celle de la récompense, à cette date où la mère passa sept fois par les tortures et la mort et dut accepter par surcroît la continuation de l'exil, il convenait qu'on vît se lever les fils (Ibid. 28.) et renvoyer à qui de droit l'honneur du triomphe. Car dès maintenant, tout exilée qu'elle reste encore, la pourpre, teinte non pas deux (Ex. XXV, 4, etc.) mais sept fois, est son vêtement (Prov. XXXI, 22.) ; les plus riches des filles d'Eve (Ibid. 29.) s'avouent dépassées par cette débordante fécondité du martyre ; ce sont ses œuvres mêmes qui la louent aujourd'hui dans l'assemblée des Saints (Ibid. 31.). Puissent donc en ce jour et les fils et la mère, puissent les deux nobles sœurs associées à leur triomphe, écouter nos vœux, protéger l'Eglise, rappeler le monde aux enseignements contenus dans les exemples de leur vie !"

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jeudi, 04 juin 2020

4 juin. Saint François Caracciolo, fondateur des Clerc régulier Mineur. 1608.

- Saint François Caracciolo, fondateur des Clerc régulier Mineur. 1608.
 
Papes : Pie IV ; Paul V. Rois de France : Charles IX ; Henri IV.
 
" L'Ordre des Mineurs est la grande famille des pauvres de Jésus-Christ."
 

Saint François Caracciolo. Romano Corradetti.
Eglise des Saints-Anges. Rome. XVIIe.

François, de la famille Caracciolo, l'une des plus illustres du royaume de Naples, entra dès son enfance dans le chemin de la perfection, par l'amour de la pénitence et une tendre dévotion à la Sainte Vierge. Il récitait chaque jour le petit Office et le Rosaire et jeûnait tous les samedis en l'honneur de sa bonne Mère. Cependant, jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, il ne songeait point à quitter le siècle. Il fallut l'horrible maladie de la lèpre pour le détacher du monde et le décider à se donner à Dieu dans la vie religieuse. La Providence lui fit rencontrer bientôt deux vertueux prêtres, Jean-Augustin Adorno, jeune homme qui avait renoncé aux vanités du monde après les avoir éprouvées et Frabrice Carraciolo, son oncle, abbé de la collégiale Sainte-Marie Majeure de Naples.

Dès ses premières années il brilla par sa piété ; il était encore dans son adolescence , lorsque pendant une grave maladie il prit la résolution de s'attacher entièrement au service de Dieu et du prochain. Il se rendit à Naples, y fut ordonné prêtre, et ayant donné son nom à une pieuse confrérie, il se livra tout entier à la contemplation et au salut des pécheurs ; il s'adonnait assidûment à la fonction d'exhorter les criminels condamnés au dernier supplice.


Villa Santa Maria. Ville natale de saint François Caracciolo.
Royaume de Naples.

François, encore tout jeune, fut bientôt supérieur général de l'Ordre, qui prenait de rapides accroissements. Il profita de la liberté que lui donnait cette charge pour augmenter ses exercices de piété et de mortification. Trois fois la semaine il jeûnait au pain et à l'eau, portait habituellement un rude cilice, prenait toutes les nuits la discipline, et passait le temps du repos partie au pied du Très Saint-Sacrement et partie dans l'étude. Quand le sommeil le pressait, c'était souvent sur le marchepied de l'autel qu'il prenait le peu de repos qu'il accordait à la nature, et qui ne durait jamais plus de trois ou quatre heures. Il donnait sept heures chaque jour à la contemplation et à la méditation de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ami de la pauvreté, si on lui donnait des vêtements neufs, il les changeait avec les habits les plus usés des simples frères ; il évitait avec soin toutes les marques de distinction et d'honneur, disant :
" Je n'en suis pas digne ; la Compagnie ne me supporte que par charité."
Il signait ordinairement ses lettres :
" François, pécheur."

Il arriva un jour qu'une lettre destinée à un autre lui fut remise par erreur de nom ; on y invitait le destinataire à prendre part à la fondation d'un nouvel institut religieux, et l'invitation venait de deux pieux personnages. C'est Jean-Agustin Adorno qui eut le premier l'idée de la fondation d'un nouvel Ordre, c'est Fabrice Carraciolo qui bénit, encouragea et s'associa à la fondation et notre saint qui, recevant par inadvertance une communication entre les deux précédents - ne portaient-ils pas le même patronyme ? - se joignit pour l'établissement des Clercs réguliers Mineurs. Frappé de la nouveauté du fait et admirant les conseils de la volonté divine, François se joignit à eux avec allégresse. Ils se retirèrent dans une solitude des Camaldules pour y arrêter les règles du nouvel Ordre, et se rendirent ensuite à Rome où ils en obtinrent la confirmation de Sixte-Quint. Celui-ci voulut qu'on les appelât Clercs Réguliers Mineurs. Ils ajoutèrent aux trois voeux ordinaires celui de ne point rechercher les dignités.

A la suite de sa profession solennelle, notre saint prit le nom de François à cause de sa dévotion particulière envers saint François d'Assise. Adorno étant venu à mourir deux ans après, il fut mis, malgré lui, à la tète de tout l'Ordre, et, dans cet emploi, il donna les plus beaux exemples de toutes les vertus. Zélé pour le développement de son institut, il demandait à Dieu cette grâce par des prières continuelles, des larmes et de nombreuses mortifications. Il fit trois fois dans ce but le voyage d'Espagne, couvert d'un habit de pèlerin et mendiant sa nouriture de porte en porte.

Le Saint alla lui-même établir son Ordre à Madrid, en Espagne, où il obtint un succès extraordinaire ; il y fit trois voyages et s'acquit une telle réputation, qu'on ne l'appelait que le Prédicateur de l'amour divin. A toutes les instances du Pape Paul V, qui voulait l'élever aux dignités ecclésiastiques, il faisait répondre :
" Je veux faire mon salut dans mon petit coin."

Il eut dans la route grandement à souffrir, mais éprouva aussi d'une façon merveilleuse l'appui du Tout-Puissant. Par le secours de sa prière, il arracha au danger imminent du naufrage le navire sur lequel il était monté. Pour arriver aux fins qu'il s'était proposées dans ce royaume, il dut peiner longtemps ; mais la renommée de sa sainteté et la très large munificence dont il fut favorisé par les rois Catholiques Philippe II et Philippe III, l'aidèrent à surmonter avec une force d'âme singulière l'opposition de ses ennemis, et il fonda plusieurs maisons de son Ordre ; ce qu'il fit également en Italie avec le même succès.


Son humilité était si profonde, que lorsqu'il vint à Rome, il fut reçu dans un hospice de pauvres où il choisit la compagnie d'un lépreux, et qu'il refusa constamment les dignités ecclésiastiques que lui offrait Paul V. Il conserva toujours sans tache sa virginité, et gagna à Jésus-Christ des femmes dont l'impudence avait osé lui tendre des pièges. Enflammé du plus ardent amour envers le divin mystère de l'Eucharistie, il passait les nuits presque entières en adoration devant lui ; et il voulut que ce pieux exercice, qu'il établit comme devant être pratiqué à jamais dans son Ordre, en fût le lien principal. Il fut un propagateur zélé de la dévotion envers la très sainte Vierge Mère de Dieu. Sa charité envers le prochain fut aussi ardente que généreuse.

Il fut doué du don de prophétie et connut le secret des cœurs. Etant âge de quarante-quatre ans, un jour qu'il priait dans la sainte maison de Lorette, il eut connaissance que la fin de sa vie approchait. Aussitôt il se dirigea vers l'Abruzze, et étant arrivé dans la petite ville d'Agnoni, il fut atteint d'une fièvre mortelle dans la maison de l'Oratoire de saint Philippe Néri.

Près de mourir, on l'entendait crier en se soulevant de son lit :
" Seigneur Jésus, que Vous êtes bon. Seigneur, ne me refusez pas ce précieux sang que Vous avez répandu pour moi... Ô Paradis ! Ô Paradis !..."
Après avoir fait ses adieux à ses frères, tenant le crucifix d'une main et l'image de Marie de l'autre, il mourut le 4 juin 1608, à l'âge de quarante-quatre ans, en disant :
" Allons ! Allons !
- Et où ? lui répondit-on.
- Au Ciel ! Au Ciel !"


Ayant donc reçu les sacrements de l'Eglise avec la plus tendre dévotion, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur la veille des nones de juin de l'an mil six cent huit, le jour d'avant la fête du Saint-Sacrement. Son saint corps fut porté à Naples et enseveli avec honneur dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, où il avait jeté les premiers fondements de son Ordre. L'éclat de ses miracles détermina le Souverain Pontife Clément XIV à l'inscrire solennellement au nombre des bienheureux ; et de nouveaux prodiges ayant déclaré de plus en plus sa sainteté, Pie VII le mit au nombre des Saints l'an mil huit cent sept.
 
PRIERE
 
" Votre amour pour le divin Sacrement de nos autels fut bien récompensé, Ô François ; vous eûtes la gloire d'être appelé au banquet de l'éternelle patrie à l'heure même où l'Eglise de la terre entonnait la louange de l'Hostie sainte, aux premières Vêpres de la grande fête qu'elle lui consacre chaque année. Toujours voisine de la solennité du Corps du Seigneur, votre fête à vous-même continue d'inviter les hommes, comme vous le faisiez durant votre vie, à scruter dans l'adoration les profondeurs du mystère d'amour. C'est la divine Sagesse qui dispose mystérieusement l'harmonie du Cycle, en couronnant les Saints dans les saisons fixées par sa Providence ; vous méritiez le poste d'honneur qu'elle vous assigne dans le sanctuaire, près de l'Hostie.

Sans cesse, sur la terre, vous vous écriiez au Seigneur avec le Psalmiste : " Le zèle de votre maison m'a dévoré " (Psalm. LXVIII, 10.). Ces paroles, qui étaient moins encore les paroles de David que celles de l'Homme-Dieu dont il était la figure (Johan. II, 17.), remplissaient bien réellement votre cœur; après la mort, on les trouva gravées dans la chair même de ce cœur inanimé, comme ayant été la règle unique de ses battements et de vos aspirations. De là ce besoin de la prière continuelle, avec cette ardeur toujours égale pour la pénitence, dont vous fîtes le trait particulier de votre famille religieuse, et que vous eussiez voulu faire partager à tous. Prière et pénitence ; elles seules établissent l'homme dans la vraie situation qui lui convient devant Dieu. Conservez-en le dépôt précieux dans vos fils spirituels, Ô François ; que par leur zèle à propager l'esprit de leur père, ils fassent, s'il se peut, de ce dépôt sacré le trésor de la terre entière."

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vendredi, 24 avril 2020

24 avril. Saint Fidèle de Sigmaringen, Capuçin, martyr. 1622.

- Saint Fidèle de Sigmaringen, Capuçin, martyr. 1622.
 
Papes : Grégoire XIII ; Grégoire XV. Empereurs : Rodolphe II ; Ferdinand II. Roi de France : Louis XIII, le Juste.
 
" Soyez fidèle jusqu'à la mort et je vous donnerai la couronne de vie."
Paroles du Père gardien de Fribourg adressées à notre saint le jour où il reçu l'habit de novice.
 

Marc Rey naquit en 1577 à Sigmaringen, une petite ville de la principauté de Hohenzollern. Son père Jean Rey et sa mère Geneviève de Rosenberg étaient catholique et noble et lui donnèrent une éducation digne de ces deux titres.
 
Il fit ses premières études à Fribourg en Brisgaü. Il édifia ses compagnons et ses professeurs par sa sagesse et sa science, au point qu'on l'appela le philosophe chrétien. Il fut reçu docteur dans les deux droits.
 
Dès lors il s'approchait souvent des sacrements, visitait et soignait les malades dans les hôpitaux et passait des heures entières au pied des autels, dans une intime conversation avec Jésus-Christ.

De 1604 à 1610, à la tête d’un groupe de trois jeunes nobles souabes, il voyagea en Italie, en France et en Espagne. Durant les six ans que dura le voyage, il restait fidèle à ses résolutions et donna de grand exemples de vertu, attentif à soulager les malades dans les hôpitaux, à visiter les églises, à donner aux pauvres jusqu’à ses propres habits ; déjà, sa piété était toute remise aux mains de la Sainte Vierge dont il méditait longuement les mystères.
 

Maison natale de saint Fidèle. Sigmaringen.

Au retour, il alla se perfectionner dans la connaissance des lois à Dillingen et se préparer à la profession d’avocat. Docteur utriusque juris, il fut nommé avocat-conseiller de la Cour de justice d’Autriche, dans la ville alsacienne d’Ensisheim (1611).

Il exerça quelques temps la profession d'avocat à Colmar, en Alsace, et s'y fit remarquer par sa loyauté, sa haine du mensonge et la sagesse de ses plaidoyers ; il mérita le surnom d'Avocat des pauvres.

Bientôt pourtant la Lumière divine lui fit comprendre qu'il était difficile d'être en même temps riche avocat et bon chrétien : aussi il quitta sans hésiter le monde, où il eût fait bonne figure.

Il renonça donc au barreau, fut ordonné prêtre à Constance (septembre 1612) et, moins d’un mois après, il entra chez les Capucins où il reçut le nom de Fidèle (4 octobre 1612) :
" Afin d’imiter parfaitement mon Sauveur, je vivrai constamment dans une extrême pauvreté, dans la chasteté et l’obéissance, dans les souffrances et les persécutions, dans une austère pénitence, une grande humilité, une sincère charité."

Ayant parfait ses études ecclésiastiques, à partir de 1617, il fut un prédicateur prestigieux, tout en remplissant, au sein de son Ordre, les fonctions de gardien (supérieur) de couvent à Rheinfeldn (1618-1619), à Feldkirch (1619-1620 et 1621-1622) et à Fribourg (1620-1621). Il déploya une intense activité parmi les catholiques de ces régions menacés par le protestantisme, surtout aux environs de Coire et dans la vallée du Praetigau.

Les premières années de sa vie religieuse, d'abord remplies de consolations, furent bientôt éprouvées par de rudes et persistantes tentations de doutes sur sa vocation. Des doutes, il eut la prudence de les confier au guide de son âme, qui le rassura et lui dit de prier Dieu avec ferveur pour connaître Sa Volonté définitive. Dieu lui rendit dès lors la force et la paix ; il fit vendre tous ses biens, dont il distribua le prix en bonnes oeuvres, et dépouillé de tout, il se réjouit d'être désormais un véritable enfant de saint François. Il se félicitait souvent depuis de l'heureux échange qu'il avait fait avec Dieu :
" J'ai rendu les biens de la terre, et Dieu me donne en retour le royaume du Ciel !"

Fidèle ajoutait aux mortifications de la règle bien d'autres mortifications. Les meubles les plus pauvres, les habits les plus usés étaient l'objet de son ambition ; les haires, les cilices, les ceintures armées de pointes de fer, les disciplines, suppléaient au martyre après lequel il soupirait ; l'Avent, le Carême, les vigiles, il ne vivait que de pain, d'eau et de fruits secs. Il résumait sa vocation, qui est la vocation du Chrétien, ainsi :
" Quel malheur si je combattais mollement sous ce Chef couronné d'épines !"

Voué au culte fervent de la Vierge Mère de Dieu et propagateur de son saint Rosaire, il demanda à Dieu par son intercession et celle des autres saints la grâce de donner sa vie et de verser son sang pour le service de la foi catholique.


Saint Fidèle prêchant la vraie foi et abattant l'hérésie.
Giovanni Battista Tiepolo. XVIIIe.

Cet ardent désir prenait de nouvelles forces chaque jour dans la célébration du saint Sacrifice, lorsque, par une admirable providence de Dieu ses supérieurs l'envoyèrent prêcher, et ses succès furent tels, que la Congrégation de la Propagande, établie par Grégoire XV, le choisit pour être le chef des missions dans les Grisons. Fidèle reçut cette charge laborieuse d'un coeur zélé et plein d'allégresse, et la remplit avec tant d'ardeur, qu'ayant réussi en peu de temps à convertir un grand nombre d'hérétiques à la foi orthodoxe, il fit concevoir l'espérance de voir cette province se réconcilier avec l'Eglise et avec le Christ.

Une fièvre contagieuse étant venue à sévir sur les troupes autrichiennes, on le vit se livrer avec la plus vive ardeur aux oeuvres de la charité à l'égard des malades dont les besoins étaient extrêmes. Il excellait à réconcilier ceux que des querelles avaient divisés, à soulager les nécessités du prochain par son action et ses conseils, et mérita ainsi le nom de Père de la patrie.

Doué du don de prophétie, il prédit plus d'une lois son martyre et les malheurs qui menaçaient le pays, dont la défaite militaire des Calvinistes.

Son zèle fut celui d'un apôtre, sa vie sainte et austère était une prédication si éloquente, qu'elle convertit beaucoup plus d'âmes que les sermons et les raisonnements. Parmi des sectaires furieux, il était chaque jour exposé à la mort. Le martyre vint enfin couronner ses voeux et ses mérites.

Il se rendit le 6 avril 1622, de Grusch à Sévis, pour exhorter les catholiques à demeurer fidèle. Alors qu'il prêchait en public, un Calviniste lui déchargea un coup de mousquet qui ne l'atteignit pas.
On l'engagea à se mettre à l'abri, mais il répondit qu'il ne craignait pas de professer la vraie foi.


Martyre de saint Fidèle de Sigmaringen. Robert Séri.
Eglise de Saint-Agnant-de-Versillat. Limousin. XVIIIe.

Retournant à Grusch, une troupe de Calviniste avec un de leurs ministres à leur tête s'emparèrent de lui, le traitèrent de séducteur et l'engagèrent à rejoindre l'hérésie :
" Je suis venu pour réfuter vos erreurs et non pour les embrasser, et je n'ai garde de renoncer à la doctrine catholique qui est la doctrine de tous les siècles. Au reste, sachez que je ne crains point la mort."

Un de la troupe l'ayant renversé par terre d'un coup d'estramaçon, il se mit à genoux et fit cette prière :
" Seigneur Jésus, ayez pitié de moi, sainte Marie, Mère de Dieu, assistez-moi."
Saint Fidèle reçut ensuite plusieurs coups de couteau et expira. Il était âgé de 45 ans.

Quelques temps plus tard, les Calvinistes furent défaits par les Impériaux, ainsi que saint Fidèles le leur avait prédit. Le ministre calviniste qui commandait ses bourreaux fut si frappé par cette prédiction de notre saint, qu'il se convertit et abjura bientôt publiquement l'hérésie.

Le corps de saint Fidèle fut transporté à Weltkirchen, à l'exception de son chef et de sa jambe gauche qui en avaient été détachés par les bêtes féroces calvinistes, et qui furent placés dans la cathédrale de Coire. De très nombreux miracles s'y opérèrent. Benoît XIII le béatifia en 1729 et Benoît XIV le canonisa en 1745.
 
Saint Fidèle est le premier martyr d'entre les missionaires envoyés par la Congrégation pour la Propagande. Il est représenté avec l'instrument de son martyr, l'estramaçon ou massue, mais aussi avec un crucifix à la main et une large blessure à la tête.
 

Imagerie populaire allemande. XIXe.
 
PRIERE
 
" Vous avez accompli votre course avec gloire, Ô Fidèle ! et la fin de votre carrière a été plus belle encore que n'avait été son cours. Avec quelle sérénité vous êtes allé au trépas ! Avec quelle joie vous avez succombe sous les coups de vos ennemis qui étaient ceux de la sainte Église ! Semblable à Etienne, vous vous êtes affaisse en priant pour eux ; car le catholique qui doit détester l'hérésie, doit aussi pardonner à l'hérétique qui l'immole.

Priez, Ô saint Martyr, pour les enfants de l'Eglise ; obtenez qu'ils connaissent mieux encore le prix de la foi, et la grâce insigne que Dieu leur a faite de naître au sein de la seule vraie Eglise ; qu'ils soient en garde contre les doctrines perverses qui retentissent de toutes parts à leurs oreilles ; qu'ils ne se scandalisent pas des tristes défections qui se produisent si souvent dans ce siècle de mollesse et d'orgueil. C'est la foi qui doit nous conduire à Jésus ressuscité ; il nous la recommande, quand il dit à Thomas :
" Heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui cependant ont cru !"

Nous voulons croire ainsi, et c'est pour cela que nous nous attachons à la sainte Eglise qui est la souveraine maîtresse de la foi. C'est à elle que nous voulons croire, et non à la raison humaine qui ne saurait atteindre jusqu'à la parole de Dieu, et moins encore la juger. Cette sainte foi, Jésus a voulu qu'elle nous arrivât appuyée sur le témoignage des martyrs, et chaque siècle a produit ses martyrs.

Gloire à vous, Ô Fidèle, qui avez conquis la palme en combattant les erreurs de la prétendue réforme ! Vengez-vous en martyr, et demandez sans cesse à Jésus que les sectateurs de l'erreur reviennent à la foi et à l'unité de l'Eglise. Ils sont nos frères dans le baptême ; priez afin qu'ils rentrent au bercail, et que nous puissions célébrer un jour tous ensemble la véritable Cène de la Pâque, dans laquelle l'Agneau divin se donne en nourriture, non d'une manière figurée, comme dans la loi ancienne, mais en réalité, comme il convient à la loi nouvelle."

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vendredi, 10 avril 2020

10 avril. Saint Fulbert, évêque de Chartres. 1028.

- Saint Fulbert, évêque de Chartres. 1028.
 
Pape : Jean XIX. Roi de France : Robert II, le Pieux.
 
" Cherchez d'abord le royaume de Dieu et la justice qui y mène, et les autres choses dont vous avez besoin vous serons données par surcroît."
Math. VI, 33.
 

Saint Fulbert de Chartres. Manuscrit du XIIe.

Parmi tous les grands hommes qui ont paru sur le trône épiscopal de l'église de Chartres, saint Fulbert est de ceux qqui se sont rendus les plus recommandables. Ses historiens en parlent toujours en termes avantageux ; ses écrits respirent la piété et l'érudition, et ses vertus héroïques confirment tout le bien que la postérité nous a dit de ce grand Saint.

Il possédait les qualités de l'esprit les plus avantageuses ; et il fut si fidèle à faire profiter les talents naturels dont Dieu l'avait favorisé, qu'il devint l'un des plus grands hommes de son siècle. Il donna des preuves de sa grande capacité et de l'étendue de son esprit, avant même d'entrer dans les Ordres et d'être admis au nombre des clercs. Il contribua beaucoup en France à renforcer l'étude des sciences, et spécialement de la philosophie, dont l'étude s'était considérablement corrompue.

Ce qui rendait cet homme digne d'une plus grande admiration, c'était de voir qu'il n'avait pas de jugement moins solide pour les affaires qui demandaient de la conduite, que l'esprit vif et pénétrant pour exceller dans les hautes sciences. Cependant il ne se prévalut jamais de l'avantage qu'il possédait au-dessus des autres, fuyant, au contraire, la vaine gloire, et évitant les vains applaudissements dans les assemblées. Il ne se servait de ses belles connaissances que pour mieux pénétrer les devoirs de la religion, et pour inspirer aux autres de l'estima et du respect pour la majesté souveraine de Dieu et pour toutes les choses qui pouvaient contribuer à sa gloire.
 
On est mal renseigné sur la famille et le lieu de naissance de Fulbert ; on a voulu déduire de ses écrits qu'il était Romain d'origine (P. Giry, Petits Bollandistes), on serait mieux fondé à le croire originaire d'Aquitaine (divers autres hagiographes tout aussi hésitants sur le sujet). Qouiqu'il en soit, il était né, comme il le dit lui-même dans " les rangs de la société le splus humbles ".
 

Gerbert d'AUrillac, le futur pape Sylvestre II, enseignant à
saint Fulbert et à ses condisciples, dont le futur roi de France,
Robert le Pieux. Codex allemand du XIIe.

Jeune, on le trouve étudiant à Reims, où il eut pour professeur de mathématiques et de philosophie, Gerbert, le futur pape, Silvestre II, et pour condisciple le futur roi Robert II le Pieux. Après son élévation sur le trône pontifical romain, Sylvestre II se souvint de son disciple et le fit venir à Rome auprès de lui et se servit de ses grands talents pour gouverner l'Eglise.

A la mort de Gerbert, Fulbert rentra en France pour la plus grande joie de ses nombreux amis qui avait admiré sa sagesse, son humilité et sa sagacité dans ses fonctions auprès du défunt pape.

Il devint chancelier de l'Eglise de Chartres en 1003 sous la conduite de l'évêque Odon, puis sous celle de Rodolphe son successeur, et établit dans cette ville une école de théologie qui ne tarda pas à devenir célèbre.

C'est à cette époque que des troubles s'élevèrent dans l'abbaye de Saint-Pierre de Chartres. Abbon de Fleury, pour être renseigné, s'adressa à Fulbert. Celui-ci, dans une lettre remarquable, exposa comment, à la mort de l'abbé Gislebert, un moine ambitieux, nommé Magenard, se fit installer à sa place. L'intrus, chassé du monastère, se réfugia à l'évêché : sa disgrâce contribua à le rendre plus édifiant, au point que les moines eux-mêmes le rappelèrent et lui restituèrent le bâton pastoral.
 

Statue de Sylvestre II (Gerbert d'Aurillac). Aurillac.

Devenu évêque de Chartres en 1007, et sacré par son métropolitain Léothéric de Sens, Fulbert continua son enseignement et l'école de Chartres devint la plus célèbre académie de France. Elle formera une élite théologique qui comptera dans ses rang, entre autres, Bernard de Chartres, Gilbert de La Porrée, Thierry de Chartres, Guillaume de Conches et Jean de Salisbury.

L'évêque vit le danger de l'erreur de l'hérésiarque Bérenger (dont nous avons vu dans la vie de saint Gautier de Pontoise qu'il finit sa vie repentant sur l'île Saint-Côme non loin de Tours) sur la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie, il se mit en devoir de réfuter celui qui avait été son élève ; il prévint en même temps Léothéric de Sens de ce que la nouvelle formule pour donner la sainte communion, présentait de dangereux au point de vue de la foi orthodoxe :
" Pilote du vaisseau du Roi, lui écrivit-il, soyez circonspect et sur vos gardes : si vous vous, écartez de la route prescrite par la foi, vous ferez certainement un triste naufrage."

Fulbert, évêque, devint l'oracle de presque toute la France. Les princes, les évêques, les simples fidèles avaient recours à ses conseils et ils trouvaient en lui une source de lumière. C'est ce qui ressort du recueil de ses lettres. Peu après son élévation à l'épiscopat, en mai 1008, il se trouva au Concile que le roi Robert avait convoqué dans son palais de Chelles. On voulut qu'il souscrivît immédiatement après les métropolitains, et avant 11 évêques dont plusieurs, comme Adalbéron de Laon, étaient très anciens dans l'épiscopat ; ce qui nous montre en quelle estime le tenaient ses collègues.


Le roi Robert II le Pieux et saint Fulbert de Chartres.
Grandes Chroniques de France. XIVe.

Sa correspondance dénote en sa personne l'alliance d'une fermeté vraiment épiscopale avec une noble douceur et une humilité sans bassesse. Obligé de recourir à un zèle ardent pour réprimer les désordres ou corriger les abus, il le faisait toujours sans blesser le respect dû aux autorités civiles. Il aimait tendrement son prince, le roi Robert, et lui témoigna toujours un sincère attachement : quand il eut encouru sa disgrâce, il fit tous ses efforts pour gagner de nouveau son amitié.

Tout en s'occupant beaucoup à l'extérieur, Fulbert ne négligea pas pour cela le soin de son diocèse : il prêcha la parole de Dieu à son peuple, dressa des canons pénitentiaux, composa des hymnes et des proses. L'an 1020, l'ancienne cathédrale fut consumée dans l'incendie de la ville de Chartres. Fulbert entreprit de la rebâtir avec une magnificence qui dépassait de beaucoup les ressources d'un évêque sans patrimoine. Il fut aidé dans cette oeuvre par des princes, comme saint Canut IV de Danemark, Guillaume comte de Poitiers. Il la plaça sous le vocable de Notre-Dame pour laquelle il avait une dévotion particulière ; il établit dans son église la fête de la Nativité de Marie dont l'institution était assez récente.

Saint Fulbert mourut, comblé de grâces et de mérites, le 10 avril 1028, après avoir gouverné l'Église de Chartres pendant près de 14 ans. Il fut enterré à Saint-Père-en-Vallée, monastère où, durant sa vie, il aimait à se retirer, pour se dérober au tumulte des affaires, et donner à son âme les moyens de se retremper dans la retraite spirituelle.


Saint Fulbert enseignant.
Vitrail de la crypte de la cathédrale de Chartres.

CULTE

On trouve en deux épitaphes l'éloge de ce saint évêque. Cependant l'Eglise de Chartres fut longtemps sans lui décerner un culte public : on se contentait de rappeler sa mémoire par un anniversaire pour le repos de son âme. On lui a attribué plusieurs miracles après sa mort ; G. Bucelin, dans son ménologe bénédictin, lui a donné le titre de bienheureux. De nos jours on trouve sa mémoire dans les nouveaux propres de Chartres et de Poitiers.

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jeudi, 02 avril 2020

2 avril. Saint François de Paule, fondateur de l'Ordre des Minimes. 1507.

- Saint François de Paule, fondateur de l'Ordre des Minimes. 1507.

Papes : Grégoire XII ; Baldassarre Cossa (Jean XXIII : antipape) ; Jules II. Rois de Naples : Louis II ; Ferdinand II.

" Ô que la paix est une sainte marchandise qui mérite d'être achetée bien chèrement."
" Confessons ingénûment que les propérités et les bonheurs du monde sont souventes fois cause de notre perdition."

Saint François de Paule.

Vision de saint François de Paule avec sainte Catherine
et sainte Claire. Pietro Bianchi. XVIIIe.

François de Paule, homme tout céleste, apparaît aujourd'hui sur le Cycle, et vient nous apprendre par son exemple qu'il est possible à l'homme aidé de la grâce d'imiter le Rédempteur ressuscité. Dans une chair encore mortelle, il a mené une vie qui n'avait rien de terrestre. Ses austérités ont été rigoureuses ; mais son âme a joui de la paix et de la liberté. Le don des miracles était en lui avec une plénitude qui a rarement été surpassée ; la nature semblait obéir avec empressement à un homme si fidèle à Dieu. La France le vit dans son sein, lorsque Louis XI, ayant sollicité cette faveur auprès du Saint-Siège, le fit venir près de sa personne, l'établit avec ses religieux au Plessis-lez-Tours, et voulut mourir entre ses bras.

François de Paule rendit son âme à Dieu le Vendredi saint de l'an 1507. Cette conformité avec le Sauveur crucifié était une récompense de son amour pour la Croix ; mais le Seigneur voulut donner un signe de l'union que ce serviteur fidèle avait contractée pour jamais avec le divin Ressuscité. Ce fut au milieu des joies pascales que Léon X, en 1518, célébra la canonisation de François de Paule. Le dimanche de Quasimodo fut choisi par le Pontife pour cette pompe solennelle dans la basilique Vaticane ; et la gloire de l'homme humble qui avait donné à ses disciples le nom de Minimes s'éleva, en ce jour, au-dessus de celle des Césars de l'ancienne Rome.

Le 27 mars 1416, dans la petite ville de Paola qui appartient au duché de Calabre, dans le royaume de Naples, tandis que Viane de Fuscaldo, femme de Jacques Martotille, est en train d’accoucher, des gens aperçoivent sa maison environnée de flammes, comme une auréole de feu, et ils entendent des musiques surnaturelles. Les oracles prédisent que ce nouveau-né étonnerait la chrétienté. Viane et Jacques qui, habillés de bure, sans linge ni chaussures, mènent une vie sainte et mortifiée, ont une dévotion si particulière pour saint François d'Assise, qu’ils mettent leur fils sous sa protection en lui donnant son prénom.

Saint François de Paule traversant le détroit de Messine
sur son manteau. Ecole italienne du XVIIe.

Quelques mois après sa naissance, comme François a un œil envahi d’une tumeur et manque de perdre la vue, sa mère promet à Dieu que, si son fils guérit, elle le consacrerait toute une année à son service. A douze ans, François est confié pour un an aux Cordeliers de Notre-Dame de Saint-Marc (Cosenza) qui sont charmés par sa modestie, son zèle et sa piété. A la fin de l'année, Jacques et Viane reprennent leur fils qu’ils emmènent en pèlerinage à Assise, à Rome et au mont Cassin. C'est pendant ce pèlerinage que François prend la résolution de se retirer du monde.

A quatorze ans, avec l’approbation de ses parents, François s’installe à quelques lieues de Paola, dans un de leurs domaines qu'on appelle le Patrimoine. Pendant six ans, il vit dans le désert, couchant à dans une caverne, se nourrissant d'herbes et buvant l'eau des sources, disant, comme saint Jérôme, que les villes lui étaient des prisons et la solitude un paradis de délices. Bientôt, la précoce sainteté de cette existence émerveille les alentours : des disciples viennent se présenter à lui et le supplient de les garder à ses côtés. François comprend que la Providence lui marque le devoir de ne pas éloigner ceux qui viennent à lui et il conçoit l'idée de leur donner une règle de vie commune. En 1435, avec ses douze premiers compagnons, François Martotille construit son premier couvent qu’il consacre à Notre-Dame-des-Anges. Ces nouveaux religieux qui se font appeler les ermites de saint François d'Assise, reçoivent, en 1471, l'exemption de Pirro Caracciolo, archevêque de Cosenza, que ratifie Sixte IV, en 1474, en les plaçant sous sa juridiction directe avec les privilèges des ordres mendiants.

Sa charité, déjà prodigue en bienfaits, s'enrichit peu à peu d'une puissance extraordinaire et sous sa bénédiction jaillissent les miracles : des aveugles voient, des lépreux sont purifiés, des déments recouvrent la raison ; toutes les tares, toutes les misères de l'humanité viennent à ses pieds implorer une aide surnaturelle, et sont guéries. On peut dire, écrit le Frère minime François Dondé, que les mains de ce bienheureux patriarche étaient un médicament souverain pour guérir toutes sortes de maladie et comme un céleste antidote pour prévenir et remédier aux accidents qui pourraient arriver. Il ressuscita sept morts dont l'un, Nicolas d'Alesso, était le fils de sa sœur Brigitte.


Miracle de saint François de Paule. Francesco Cappella. XVIIIe.

Dès lors, la célébrité de François Martotile se propage de ville en ville et la congrégation dont il était l'âme se développe chaque jour, au point que le couvent de Notre-Dame-des-Anges ne suffit plus à contenir les frères ermites. Tour à tour, d'autres maisons s'ouvrent (l'Annonciade à Paterne, la Très-Sainte-Trinité à Coriliane, Jésus et Marie à Cortone) que François dirige, après avoir participé à leur construction.

Les mémoires du temps nous apprennent que François, bien qu'il fût plus grand que la moyenne, semblait petit tant son corps se courbait sous le poids des mortifications. Il portait la barbe très longue : ses cheveux étaient blonds, son nez aquilin et un peu gros, ses yeux verts. Il allait toujours nu-pieds, vêtu d'une seule robe de bure, couchant sur le sol et se nourrissant à peine. Son corps était naturellement odoriférant, comme s'il eût été parfumé d'ambre gris ou de musc.

En 1481, revenant de Sicile où il avait fondé le couvent de Milazzo, François de Paule est appelé à la cour de Ferdinand Ier de Naples qui, après l’avoir quelque peu inquiété, s'attache étroitement à lui.

Louis XI qui régne depuis vingt ans sur la France, souffre cent misères : il est goutteux, congestif et harassé de continuelles fièvres ; il a des troubles digestifs, des crises de rein, d'affreux malaises de l'estomac et du foie. Ayant entendu parler des miraculeuses guérisons obtenues par François de Paule, il le fait mander à sa cour, pensant que le ciel ne résisterait pas à une pareille intercession. A la demande du roi de France, le roi Ferdinand de Naples transmet à François de Paule une invitation qui prenait les allures d'un ordre que le saint décline :
" Ma place est sur ce coin de terre où des couvents se fondent de jour en jour pour fortifier la congrégation dont Dieu m'a donné charge. Je n'ai que faire au royaume de France."

Louis XI s'adresse au pape Sixte IV et François de Paule obéit aussitôt au Saint-Père. Avant de partir pour la France, il délégue l'un de ses religieux dans les fonctions de général de l'Ordre et en choisit deux autres pour l'accompagner, avec son neveu, André d'Alesso.


Louis XI. Jean-Léonard Lugardon. XVIe.

A petites journées, de Paola à Paterne, de Paterne à Coriliano, de Coriliano à Salerne, de Salerne à Castelmare, de Castelmare à Stibia, de Stibia à Naples, il vient se mettre à la disposition de Guynot de Bousières, maître d'hôtel de Louis XI, qui doit le conduire jusqu’au Roi.

François de Paule, qui a été chaleureusement accueilli à Rome par Sixte IV, s'embarque à Ostie sur un léger navire. Au milieu d'une tempête, le navire est attaqué par des pirates mais un coup de vent providentiel l’éloigne tout à coup de la galère ennemie les met bientôt hors d'atteinte. Ils ne peuvent débarquer ni à Marseille ni à Toulon dont les ports sont fermés parce que les villes sont ravagées par la peste. Bormes refuse de les laisser entrer mais François intervient :
" Dieu est avec nous, permettez-nous d'entrer."

Un tel rayonnement émanait du saint homme que les gardes pressentent un secours providentiel et ouvrent toute grande la porte des remparts. François de Paule, fidèle à sa parole, va de maison en maison, de malade en malade, pose ses mains libératrices sur les corps décharnés et guérit autant de gens qu’il touche. La nouvelle de ses miracles se répand au-delà de Bormes et les habitants de Fréjus, frappés par la noire maladie, le supplient de venir jusqu'à eux. En reconnaissance de ces bienfaits, Fréjus fonde le couvent Notre-Dame-de-la-Pitié qui fut, sur la terre de France, l'un des premiers asiles des Frères minimes.

Dès que Louis XI qui a ordonné qu'on le reçoive comme si c'était notre Saint-Père, apprend l'arrivée de François de Paule dans son royaume, il ressent une satisfaction sans pareille :
" Je sens une telle joie, dit-il à son écuyer Jean Moreau, qui lui apporta la nouvelle, et une si grande consolation pour les approches de ce saint personnage que je ne sais si je suis au ciel ou en la terre, et pour cette nouvelle si agréable, demandez-moi telle récompense que vous voudrez."
L'heureux messager sollicite un évêché pour son frère et dix mille écus d'or pour lui.


Vision de saint François de Paule. Bartolomé Esteban Murillo. XVIIe.

La petite troupe quitte Fréjus, traverse la Provence et le Dauphiné, entre à Lyon où François est reçu avec de grandes marques de respect et de dévotion : tous s'empressent autour de lui pour toucher sa robe. Par le Bourbonnais et l'Orléanais, on passe en Touraine où, près du château du Plessis-les-Tours, le Roi, accompagné des seigneurs de sa cour, vient à la rencontre saint François de Paule, se jette à ses pieds et implore ses bénédictions (24 avril 1482). Puis, tenant le saint par la main, il le conduit au logement préparé pour lui dans une aile du château, près de la chapelle de Saint-Mathias.

Les premières cajoleries passées, Louis XI juge que le moment est venu d'obtenir du saint homme les faveurs qu'il en escompte. Il le fait appeler auprès de lui, et, par le truchement de l'indispensable interprète, Ambroise Rombault, le Roi au corps terrassé par l'âge, mais à l'esprit bouillonnant de convoitises, humblement prosterné devant le villageois calabrais et lui dit, la voix pleine des angoisses de la mort :
" Saint homme, saint homme, empêche-moi de mourir !"

François de Paule accueille les supplications royales avec une calme sérénité mais, pas un instant, il ne laisse au monarque le moindre espoir d'un miracle. Tout ce qu'il veut lui apporter, c'est le sentiment de la confiance en Dieu ; quand Louis XI parle d'éternelle guérison, François de Paule parle de la mort inévitable.

Louis XI n'insiste pas mais son espoir est brisé. Le soupçon l'envahit d’autant mieux que le médecin Coitier, craignant de trouver un rival, attise sa méfiance :
" Ce soi-disant saint homme est un fourbe, ce qu'il cherche, c'est à vous faire payer les miracles. Tentez-le avec de l'or, et vous verrez bien !"
Louis XI qui, faute de mieux, trouve l'idée recevable, tend à François de Paule un bonnet rempli d'écus en disant :
" Acceptez cet argent, mon Père, il vous servira à construire à Rome un monastère."
Le moine refuse et Louis XI, voyant en lui un homme de bonne foi, s'il ne le considére plus comme un sauveur, lui conserve son estime et sa confiance.


Saint François de Paule prophétisant un fils - le futur François Ier -
à Louise de Savoie, épouse de Charles d'Angoulême.
Théodore Van Thulden. XVIIe.

Il lui accorde une pension de 300 livres et charge l'intendant Briçonnet de veiller à ses besoins ; souvent, il le fait venir ou va le trouver dans sa chambre pour causer avec lui. Comynes raconte, dans ses Mémoires :
" Je l'ai maintes fois ouï devant le roi, qui est de présent, où étaient tous les grands du royaume... Mais il semblait qu'il fût inspiré de Dieu des choses qu'il disait et remontrait, car autrement n'eut su parler de choses dont il parlait."
Et le prudent chroniqueur d'ajouter :
" Il est encore vif par quoi se pourrait bien changer ou en mieux ou en pire et pour ce m'en tai."
Devant la pure simplicité de la vie du moine, Louis XI peut se convaincre que celui-ci n'est pas plus capable de ruse qu'il n'avait été - envers lui - capable de miracle... Et cependant c'est sur Louis XI peut-être que le saint accomplit le plus beau, le plus charitable de ses miracles.

Bien qu’il fut formellement interdit de prononcer le cruel mot de la mort devant le Roi, François de Paule lui en parle et, en août 1483, lorsque Louis XI sent qu'il est perdu, le moine calabrais ne quitte plus le chevet du malade et lui fait accepter le parti de trépasser. Aux exhortations de saint François de Paule, Louis XI se résigne chrétiennement. L'âme inquiète et tourmentée à laquelle le saint calabrais ouvre tranquillement les chemins de l'au-delà, peu à peu, avec la certitude de la mort, trouve la confiance et la paix. Lucide jusqu'au dernier instant, le Roi prend lui-même ses ultimes dispositions : il remet les sceaux au Dauphin, appelle les Beaujeu pour leur confier le Royaume et son fils le futur Charles VIII. le 30 août, à 9 heures du soir, tandis que François de Paule récite la prière des agonisants, Louis XI murmure une dernière fois :
" Notre-Dame d'Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi."
Puis il rend l’esprit.


Saint François de Paule guérissant Jean Catarello.
Théodore Van Thulden. XVIIe.

Charles VIII continue à François de Paule les bonnes grâces de son père, Anne de Beaujeu, régente du Royaume, le protége ouvertement et lui conserve son logement au château de Plessis-les-Tours. Sous le règne de Charles VIII, l'Ordre des Minimes prend un développement considérable : en 1489, le roi fait bâtir les couvents de Tours et d'Amboise qu’il dote de précieux privilèges ; A Rome, il donne aux Frères minimes la maison de la Très-Sainte-Trinité, sur la colline des Jardins ; la reine Anne de Bretagne fonde, à Chaillot, le couvent royal de Notre-Dame-de-Toutes-les-Grâces et un monastère à Gien.

Après la mort de Charles VIII, saint François de Paule, âgé de quatre-vingt-deux ans, veut retourner en Calabre pour revoir sa maison familiale, les arbres à l'ombre desquels il a tant prié, le premier couvent dont il a, de ses mains, posé les pierres sur les pierres. Louis XII y consent, mais, dit le père Hilarion de Coste, dès que cette nouvelle fut sue à la cour, plusieurs princes et seigneurs, entre autres Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, remontrèrent à Sa Majesté que l'absence d'un homme de vie si exemplaire, et si sainte, que l'es rois ses prédécesseurs avaient fait rechercher avec tant de soin, serait une grande perte pour la France, de sorte que ce Prince, qui était la bonté même, révoqua aussitôt le pouvoir qu'il lui avait donné de sortir de ce royaume pour se retirer en Calabre.

François de Paule renonce à son projet et le nouveau roi comble le chef des Minimes de faveurs. L'Ordre se répand du royaume de Naples en Sicile, de Rome en France, en Espagne, où les religieux reçoivent le nom de Pères de la Victoire, leur arrivée ayant coïncidé avec les succès remportés par Ferdinand V sur les Maures ; en Allemagne, où l'empereur Maximilien les accueille avec dévotion.


Miracles de saint François de Paule. Pierre-Paul Rubens. XVIIe.

C'est en 1493 que les règles de l'Ordre sont nettement établies par le saint. François de Paule rédige successivement quatre règles approuvées par Rome pour son Ordre (1493, 1501, 1502 et 1507), propose une règle pour les gens du monde qui veulent vivre selon son esprit, le tiers-ordre, (1501) et donne une règle pour des religieuses (1506) dont le premier couvent est fondé en Espagne. La mortification nouvelle qu'elles apportent et qui, jusqu'alors, n'a jamais été imposée, consiste dans l'obligation de prononcer le vœu de jeûne perpétuel ou de la vie quadragésimale. Il est interdit aux Minimes non seulement de consommer de la viande, mais encore de manger quoi que ce soit provenant d'animaux. Les seuls aliments tolérés sont le pain, l'eau et l'huile. La règle exige aussi l'entière pauvreté, la robe noire taillée dans la plus grossière des laines ; les religieux ne doivent rompre un continuel silence que par le chant des offices divins et la confession publique de leurs fautes.

Admirable prédicateur vanté par Commynes, saint François de Paule toujours pauvre et austère, recherchant sans cesse la solitude pour prier, est, au dire de ses contemporains, humble et doux, suave et plein de bénignité, mais aussi ferme que patient.


Les quatre voeux de saint François de Paule.
Jérémie Le Pileur. Eglise Notre-Dame-la-Riche. Tours. XVIIe.

Ayant établi des lois purifiantes, ayant autour de lui soulagé d'innombrables misères, tourné vers Dieu d'innombrables repentirs, François de Paule sent que l'heure de son repos va sonner. Il attend, avec une grande humilité, les approches, si belles pour lui, de la mort. Le dimanche des rameaux de l'an 1507, étant en son couvent de Plessis-lez-Tours, déjà épuisé par l'âge et par les mortifications, il est pris d'une petite fièvre perfide. Couché comme à l'ordinaire sur une planche, il réunit ses religieux pour leur faire part de ses ultimes recommandations. Cinq jours après, le vendredi saint, 2 avril 1507, vers 10 heures du matin, l'ancien ermite des forêts de Calabre, devenu, par la grâce de Dieu, le consolateur des rois et des indigents, expire dans la plus douce sérénité, en murmurant le verset du psaume :
" Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains."

Jules II, en 1512, permet l’ouverture d’un procès apostolique en vue de la canonisation de François de Paule. Léon X qui, par le bref Illius, daté du 7 juillet 1513, avait autorisé son culte privé, le canonise, le 12 mai 1519, par la bulle Excelsus Dominus, la première canonisation de son pontificat, qui loue en saint François de Paule la force confondue par la faiblesse, la science qui enfle cédant à la simplicité qui édifie.

Le 2 avril 1745, à Paris, dans l’église des Minimes, Massillon prononça le panégyrique de saint François de Paule devant le chancelier d’Aguesseau et sa femme, Jeanne d’Ormesson, qui descendait de la sœur du saint, Brigitte d’Alesso.

Il faut préciser que, hélas, comme pour tant de saints, la dépouille de saint François de Paule fut ignoblement profanée et détruite par les bêtes féroces calvinistes en 1594 à Plessis-lez-Tours...
 

La glorification de saint François de Paule. Louis XII et Anne de Bretagne.
Guillaume Perrier. Collégiale Notre-Dame. Beaune. Bourgogne. XVIIe.

PRIERE

" Apôtre de la Pénitence, François de Paule, vous êtes entré au bonheur éternel par la Croix, et durant toute votre vie vous avez eu présente à la pensée cette parole de Jésus ressuscité aux disciples d'Emmaüs :
" Il fallait que le Christ souffrît et qu'il entrât ainsi dans sa gloire."
Il vous a semblé que la loi du Maître devait être aussi la loi du disciple, et le jour est venu où le disciple a été glorifié en vous comme le Maître. Votre triomphe sur la terre fut illuminé des splendeurs de la résurrection de Jésus, et vous êtes l'un de nos protecteurs au Temps pascal. Daignez donc bénir le peuple fidèle qui implore vos suffrages, et confirmer en lui par votre intercession puissante le principe de vie qu'il a puisé dans le festin sacré de l'Agneau. Conservez les restes précieux du saint Ordre que vous avez fondé.

Notre patrie eut l'honneur de vous posséder, Ô François ! C'est de son sein que votre âme bénie s'éleva vers les cieux, laissant à la piété de nos pères sa dépouille mortelle, qui devint bientôt pour la France une source de faveurs et un gage de votre protection. Mais, hélas ! Ce corps sacré, temple de l'Esprit-Saint, nous ne le possédons plus ; la rage des hérétiques le poursuivit, il y a trois siècles, et un bûcher sacrilège le réduisit en cendres. Homme de mansuétude et de paix, pardonnez aux fils ce crime de leurs pères. Vous qui contemplez au ciel les miséricordes divines, soyez-nous propice, et ne vous souvenez des iniquités anciennes que pour appeler sur la génération présente ces faveurs célestes qui convertissent les peuples,et font revivre chez eux la foi et la piété."

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