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samedi, 18 mars 2017

18 mars. Saint Cyrille de Jérusalem, évêque de Jérusalem, Docteur de l'Eglise. 386.

- Saint Cyrille de Jérusalem, évêque de Jérusalem, Docteur de l'Eglise. 386.

Papes : Saint Sylvestre Ier, saint Sirice. Empereurs : Constantin, Licinius, Valentinien II.
 
" Si jamais notre foi s'alarme, qu'il suffise de ces paroles de notre divin Maître pour calmer nos inquiétudes : " Le ciel et la terre passeront, mais ma parole ne passera pas "."
Matth., XXIV, 35.


Saint Jérôme apparaissant à saint Cyrille de Jérusalem.
(Détail). Sano di Pietro. Sienne. XVe.
 
Il était juste qu'en ces jours consacrés à l'instruction des catéchumènes, la sainte Eglise honorât le Pontife dont le nom rappelle, mieux qu'aucun autre, le zèle et la science que doivent déployer les pasteurs dans la préparation de ses futurs membres au baptême.

Longtemps cependant, la chrétienté latine borna ses hommages envers un si grand Docteur à la mention faite de lui, chaque année, en son martyrologe. Mais voici qu'à l'antique expression de sa reconnaissance pour des services rendus en des temps éloignés déjà de quinze siècles, se joint chez elle aujourd'hui, vis-à-vis de Cyrille, la demande d'une assistance rendue maintenant non moins nécessaire qu'aux premiers âges du christianisme Le baptême, il est vrai, se confère aujourd'hui dès l'enfance ; il met l'homme, par la foi infuse, en possession de la pleine vérité avant que son intelligence ait pu rencontrer le mensonge. Mais trop souvent, de nos jours, l'enfant ne trouve plus près de lui la défense dont ne peut se passer sa faiblesse ; la société moderne a renié Jésus-Christ, et son apostasie la pousse à étouffer, sous l'hypocrite neutralité de prétendues lois, le germe divin dans toute âme baptisée, avant qu'il ait pu fructifier et grandir.

En face de la société comme dans l'individu, le baptême a ses droits cependant ; et nous ne pouvons honorer mieux saint Cyrille, qu'en nous rappelant, au jour de sa fête, ces droits du premier Sacrement au point de vue de l'éducation qu'il réclame pour les baptisés. Durant quinze siècles les nations d'Occident, dont l'édifice social reposait sur la fermeté de la foi romaine, ont maintenu leurs membres dans l'heureuse ignorance de la difficulté qu'éprouve une âme pour s'élever des régions de l'erreur à la pure lumière. Baptisés comme nous à leur entrée dans la vie, et dès lors établis dans le vrai, nos pères avaient sur nous l'avantage de voir la puissance civile défendre en eux, d'accord avec l'Eglise, cette plénitude de la vérité qui formait leur plus grand trésor, en même temps qu'elle était la sauvegarde du monde.

La protection des particuliers est en effet le devoir du prince ou de quiconque, à n'importe quel titre, gouverne les hommes, et la gravité de ce devoir est en raison de l'importance des intérêts à garantir ; mais cette protection n'est-elle pas aussi d'autant plus glorieuse pour le pouvoir, qu'elle s'adresse aux faibles, aux petits de ce monde ? Jamais la majesté de la loi humaine n'apparut mieux que sur les berceaux, où elle garde à l'enfant né d'hier, à l'orphelin sans défense, sa vie, son nom, son patrimoine. Or, l'enfant sorti de la fontaine sacrée possède des avantages qui dépassent tout ce que la noblesse et la fortune des ancêtres, unies à la plus riche nature, auraient pu lui donner. La vie divine réside en lui ; son nom de chrétien le fait l'égal des anges ; son patrimoine est cette plénitude de la vérité dont nous parlions tout à l'heure, c'est-à-dire Dieu même, possédé par la foi ici-bas, en attendant qu'il se découvre à son amour dans le bonheur de l'éternelle vision.
 
Mort de saint Jérôme. Saint Jérôme apparaissant à
saint Cyrille de Jérusalem. Sano di Pietro. Sienne. XVe.
 
Saint Cyrille naquit à Jérusalem ou aux environs. Il s'adonna diligemment dès l'âge le plus tendre à l'étude des divines Ecritures, et il fit tant de progrès dans leur connaissance, qu'il devint pour la foi orthodoxe un vaillant défenseur. Formé à la discipline monastique, il s'astreignit à la continence perpétuelle et au plus sévère genre de vie. Il se rendit la sainte doctrine si familière, que ses discours, même ceux qu'il n'écrivait pas, n'étaient qu'un tissu de passages des Livres inspirés. Il joignit à cette étude celle des saints Pères et même celle des auteurs profanes, où il trouvait de puissantes armes contre l'erreur et pour la défense de la vérité.
 
Saint Maxime, Evêque de Jérusalem, l'ordonna prêtre et lui confia la charge de prêcher la parole de Dieu aux fidèles et d'instruire les catéchumènes. Ce fut avec la plus grande gloire qu'il s'en acquitta et composa ces Catéchèses vraiment admirables, dans lesquelles, embrassant avec abondance et clarté toute la doctrine de l'Eglise, il établit solidement tous les dogmes de la religion contre les ennemis de la foi. Il y parle avec tant d'évidence et de précision, que non seulement les hérésies déjà nées, mais celles encore à venir y sont réfutées comme par une sorte de présage, par exemple dans son affirmation de la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus-Christ au merveilleux sacrement de l'Eucharistie.


Saint Cyrille de Jérusalem. Francesco Bartolozzi. XVIIIe.

Saint Maxime étant mort, il fut établi en sa place par les évêques de la province. Dans son épiscopat, non moins que saint Athanase, son contemporain, il subit pour la cause de la foi de nombreuses injustices et des persécutions de la part des Ariens. Souffrant impatiemment la véhémence de Cyrille contre l'hérésie, ils le poursuivirent de leurs calomnies, et, l'ayant déposé dans un conciliabule, le chassèrent de son siège. Pour se soustraire à leur fureur, il s'enfuit à Tarse de Cilicie et supporta la rigueur de l'exil tout le temps que vécut Constance. Après la mort de celui-ci, Julien l'Apostat étant devenu empereur, il put revenir à Jérusalem où il employa toute l'ardeur de son zèle à retirer son troupeau de l'erreur et du vice.

Mais sous l'empire de Valens, il dut de nouveau prendre la route de l'exil, jusqu'à ce que Théodose le Grand eût rendu la paix à l'Eglise et réprimé la cruauté et l'audace des Ariens. Cet empereur reçut Cyrille avec de grands honneurs, comme le très courageux athlète du Christ, et le rendit à son siège. Avec quelle force et quelle sainteté il accomplit les devoirs de son sublime office, c'est ce qui ressort nettement de l'état prospère alors de l'Eglise de Jérusalem, tel que le décrit saint Basile qui, étant venu vénérer les saints lieux, y demeura quelque temps.

Saint Cyrille de Jérusalem et la destruction du Temple
rebâti sur les ordres de Julien l'Apostat. Gravure. XVIIe.

Dieu fit ressortir la sainteté du vénérable Pontife par des signes célestes dont la mémoire est venue jusqu'à nous. On compte parmi eux la merveilleuse apparition d'une croix plus brillante que les rayons du soleil, qui illustra les commencements de son épiscopat. Ce prodige eut les païens et les chrétiens pour témoins oculaires avec Cyrille lui-même, qui, en ayant rendu grâces à Dieu dans l'église, le raconta ensuite par lettre à l'empereur Constance.

Non moins digne d'admiration est ce qui arriva aux Juifs, lorsque, par l'ordre impie de l'empereur Julien, ils voulurent relever le temple que Titus avait renversé. Car il se fit sentir un violent tremblement de terre, et, d'immenses tourbillons de flammes sortant de terre, le feu dévora tous les travaux, de telle sorte que les Juifs et Julien épouvantés durent renoncer à l'entreprise, selon que Cyrille l'avait prédit comme devant arriver infailliblement.
 
Enfin, peu de temps avant sa mort, il assista au concile œcuménique de Constantinople, dans lequel fut condamnée l'hérésie de Macédonius et, de nouveau, celle des Ariens. De retour à Jérusalem, il mourut saintement presque septuagénaire, la trente-cinquième année de son épiscopat.


Saint Athanase et saint Cyrille de Jérusalem.
Questions d'Athanase d'Alexandrie, réponses de Cyrille de Jérusalem.
Proche-Orient. XVIIe.

Il nous reste de lui vingt-trois instructions familières sur l'ensemble des vérités chrétiennes, le symbole de la foi et les sacrements. Ces instructions sont une de ses gloires les plus pures, car c'est un arsenal où l'apologiste chrétien trouve, même aujourd'hui, des armes puissantes et invincibles. Nous y voyons en particulier, que l'usage de faire le signe de la Croix était connu dès les premiers siècles :
" Ne rougissez pas, disait-il, de la Croix de Jésus-Christ ; imprimez-la sur votre front, afin que les démons, apercevant l'étendard du Roi, s'enfuient en tremblant. Faites ce signe, et quand vous mangez, et quand vous buvez, et quand vous êtes debout ou assis, quand vous vous couchez, quand vous vous levez et quand vous marchez ; en un mot, faites-le dans toutes vos actions."

La gloire de saint Cyrille est d'avoir été l'ami et le défenseur de saint Athanase et du dogme chrétien contre les hérétiques. Trois fois exilé de Jérusalem, dont il était devenu évêque, trois fois rétabli sur son siège, il restera comme l'un des beaux modèles de la fermeté pastorale.

Le Souverain Pontife Léon XIII a ordonné qu'on en célébrât l'Office et la Messe dans l'Eglise universelle.


Saint Augustin et saint Cyrille de Jérusalem.
Enluminure d'un manuscrit du XVIe.

PRIERE

" Vous avez été, Ô Cyrille, un vrai fils de la lumière (Eph. V, 8.). La Sagesse de Dieu avait dès l'enfance conquis votre amour ; elle vous établit comme le phare éclatant qui brille près du port, et sauve, en l'attirant au rivage, le malheureux ballotté dans la nuit de l'erreur. Au lieu même où s'étaient accomplis les mystères de la rédemption du monde, et dans ce IVe siècle si fécond en docteurs, l'Eglise vous confia la mission de préparer au baptême les heureux transfuges que la victoire récente du christianisme amenait à elle de tous les rangs de la société. Nourri ainsi que vous l'étiez des Ecritures et des enseignements de la Mère commune, la parole s'échappait de vos lèvres, abondante et pure, comme de sa source ; l'histoire nous apprend qu'empêché par les autres charges du saint ministère de consacrer vos soins exclusivement aux catéchumènes, vous dûtes improviser ces vingt-trois admirables discours, vos Catéchèses, où la science du salut se déroule avec une sûreté, une clarté, un ensemble inconnus jusque-là et, depuis lors, jamais surpassés. La science du salut, c'était pour vous, saint Pontife, la connaissance de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, contenue dans le symbole de la sainte Eglise ; la préparation au baptême, à la vie, à l'amour, c'était pour vous l'acquisition de cette science unique, seule nécessaire, profonde d'autant plus et gouvernant tout l'homme, non par l'impression d'une vaine sentimentalité, mais sous l'empire de la parole de Dieu reçue comme elle a droit de l'être, méditée jour et nuit, pénétrant assez l'âme pour l'établir à elle seule dans la plénitude de la vérité, la rectitude morale et la haine de l'erreur.

Sûr ainsi de vos auditeurs, vous ne craigniez point de leur dévoiler les arguments et les abominations des sectes ennemies. Il est des temps, des circonstances dont l'appréciation reste aux chefs du troupeau, et où ils doivent passer par-dessus le dégoût qu'inspirent de telles expositions, pour dénoncer le danger et tenir leurs brebis en garde contre les scandales de l'esprit ou des mœurs. C'est pour cela, Ô Cyrille, que vos invectives indignées poursuivaient le manichéisme au fond même de ses antres impurs ; vous pressentiez en lui l'agent principal de ce mystère d'iniquité (II Thess. II, 7.) qui poursuit sa marche ténébreuse et dissolvante à travers les siècles, jusqu'à ce qu'enfin le monde succombe par lui de pourriture et d'orgueil. Manès en nos temps règne au grand jour ; les sociétés occultes qu'il a fondées sont devenues maîtresses. L'ombre des loges continue, il est vrai, de cacher aux profanes son symbolisme sacrilège et les dogmes qu'il apporta de Perse jadis ; mais l'habileté du prince du monde achève de concentrer dans les mains de ce fidèle allié toutes les forces sociales. Dès maintenant, le pouvoir est à lui ; et le premier, l'unique usage qu'il en fasse, est de poursuivre l'Eglise en haine du Christ. Voici qu'à cette heure il s'attaque à la fécondité de l'Epouse du Fils de Dieu, en lui déniant le droit d'enseigner qu'elle a reçu de son divin Chef ; les enfants mêmes qu'elle a engendrés, qui déjà sont à elle par le droit du baptême, on prétend les lui arracher de vive force et l'empêcher de présider à leur éducation.


Papyrus grec de saint Cyrille. IVe, Ve.

Ô saint Cyrille, vous qu'elle appelle à son secours en ces temps malheureux, ne faites pas défaut à sa confiance. Vous compreniez si pleinement les exigences du sacrement qui fait les chrétiens ! Protégez le saint baptême en tant d'âmes innocentes où l'on veut l'étouffer. Soutenez, réveillez au besoin, la foi des parents chrétiens ; qu'ils comprennent que si leur devoir est de couvrir leurs enfants de leur propre corps plutôt que de les laisser livrer aux bêtes, l'âme de ces chers enfants est plus précieuse encore. Déjà plusieurs, et c'est la grande consolation de l'Eglise en même temps que l'espoir de la société battue en brèche de toutes parts, plusieurs ont compris la conduite qui s'imposait a mute âme généreuse en de telles circonstances : s'inspirant de leur seule conscience, et forts de leur droit de pères de famille, ils subiront la violence de nos gouvernements de force brutale, plutôt que de céder d'un pas aux caprices d'une réglementation d'Etat païen aussi absurde qu'odieuse. Bénissez-les, Ô Cyrille ; augmentez leur nombre. Bénissez également, multipliez, soutenez, éclairez les fidèles qui se dévouent à la tâche d'instruire et de sauver les pauvres enfants que trahit le pouvoir ; est-il une mission plus urgente que celle des catéchistes, en nos jours ? En est-il qui puisse vous aller plus au cœur ?

La sainte Eglise nous rappelait, tout à l'heure, l'apparition de la Croix qui vînt marquer les débuts de votre épiscopat glorieux. Notre siècle incrédule a été, lui aussi, favorisé d'un prodige semblable, lorsque, à Migné, au diocèse d'Hilaire, votre contemporain et votre émule dans la lutte pour le Fils de Dieu, le signe du salut parut au ciel, resplendissant de lumière, à la vue de milliers de personnes. Mais l'apparition du 7 mai 351 annonçait le triomphe : ce triomphe que vous aviez prévu sans nul doute pour la sainte Croix, lorsque sous vos yeux, quelques années plus tôt, Hélène retrouvait le bois rédempteur; ce triomphe qu'en mourant vous laissiez affermi par le dernier accomplissement des prophéties sur le temple juif. L'apparition du 17 décembre 1826 n'aurait-elle, hélas ! Annonce que défaites et ruines ? Confiants dans votre secours si opportun, nous voulons espérer mieux, saint Pontife ; nous nous souvenons que ce triomphe de la Croix dont vous fûtes le témoin heureux, a été le fruit des souffrances de l'Eglise, et que vous dûtes l'acheter pour votre part au prix de trois dépositions de votre siège et de vingt ans d'exil. La Croix, dont le Cycle sacré nous ramène les grands anniversaires, la Croix n'est point vaincue, mais grandement triomphante au contraire, dans le martyre de ses fidèles et leurs épreuves patiemment supportées ; c'est victorieuse à jamais qu'elle apparaîtra sur les ruines du monde, au dernier jour."
 
Rq :
- On trouvera une notice très complète sur notre Saint dans les Petits Bollandistes : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30733g
- On trouvera les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem ainsi que les cinq Mystagogiques et quelques autres monuments dans le tome I de la Patrologie de M. l'abbé Migne établie par M. l'abbé Sevestre (pp. 1183 à 1205) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209868f.pagination

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samedi, 04 mars 2017

4 mars. Saint Casimir, duc de Lithuanie, confesseur. 1483.

- Saint Casimir, duc de Lithuanie, confesseur. 1483.

Papes : Pie II, Sixte IV. Empereur d'Allemagne : Frédéric III.

" La chasteté est la vertu qui représente ici-bas l'état glorieux de l'immortalité."
St. Bernard, Ep. XLIII, à Henri, archv. de Sens.


Saint Casimir de Lithuanie. Anonyme. XVIIe.

C'est du sein même d'une cour mondaine que l'exemple des plus héroïques vertus nous est offert aujourd'hui. Casimir est prince de sang royal ; toutes les séductions de la jeunesse et du luxe l'environnent ; cependant, il triomphe des pièges du monde avec la même aisance que le ferait un Ange exilé sur la terre. Profitons d'un tel spectacle ; et si, dans une condition bien inférieure à celle où la divine Providence avait placé ce jeune prince, nous avons sacrifié à l'idole du siècle, brisons ce que nous avons adoré, et rentrons au service du Maître souverain qui seul a droit à nos hommages. Une vertu sublime, dans les conditions inférieures de la société, nous semble quelquefois trouver son explication dans l'absence des tentations, dans le besoin de chercher au ciel un appui contre une fortune inexorable : comme si, dans tous les états, l'homme ne portait pas en lui des instincts qui, s'ils ne sont combattus, l'entraînent à la dépravation. En Casimir, la force chrétienne paraît avec une énergie qui montre que sa source n'est pas sur la terre, mais en Dieu.


Statue de saint Casimir. Statuaire populaire lithuanienne.
Chapelle campagnarde lithuanienne.

C'est là qu'il faut aller puiser, dans ce temps de régénération. Un jour, Casimir préféra la mort au péché. Fit-il autre chose, dans cette circonstance, que ce qui est exigé du chrétien, à toute heure de sa vie ? Mais tel est l'attrait aveugle du présent, que sans cesse on voit les hommes se livrer au péché qui est la mort de l'âme, non pas même pour sauver cette vie périssable, mais pour la plus légère satisfaction, quelquefois contre l'intérêt même de ce monde auquel ils sacrifient tout le reste. Tel est l'aveuglement que la dégradation originelle a produit en nous. Les exemples des saints nous sont offerts comme un flambeau qui doit nous éclairer : usons de cette salutaire lumière, et comptons, pour nous relever, sur les mérites et l'intercession de ces amis de Dieu qui, du haut du ciel, considèrent notre dangereux état avec une si tendre compassion.


Saint Casimir. Baldassare Franceschini. XVIIe.

Casimir, fils de Casimir, roi de Pologne, et d'Elisabeth d'Autriche, fut élevé dans la piété et les belles-lettres par d'excellents maîtres. Dès sa jeunesse, il domptait sa chair par un rude cilice et par des jeûnes fréquents. Dédaignant la mollesse d'un lit somptueux, il couchait sur la terre nue, et s'en allait secrètement au milieu de la nuit implorer, prosterné contre terre, la divine miséricorde, devant les portes des églises. La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ était l'objet continuel de sa méditation, et il assistait à la sainte Messe avec un esprit tellement uni à Dieu, qu'il semblait ravi hors de lui-même.


Saint Casimir. Anonyme. XVIe.

Il s'appliqua avec un grand zèle à l'augmentation de la foi catholique et à l'extinction du schisme des Ruthènes : c'est pourquoi il porta le roi Casimir son père à défendre par une loi aux schismatiques de bâtir de nouvelles églises, et de réparer les anciennes qui tombaient en ruine. Libéral et miséricordieux envers les pauvres et tous ceux qui souriraient quelque misère, il s'acquit le nom de père et de défenseur des indigents. Ayant conservé intacte la virginité depuis son enfance, il la défendit courageusement sur la fin de sa vie, lorsque, pressé par une grande maladie, il résolut fermement de mourir plutôt que de rien faire contre la chasteté, en acceptant les conseils des médecins.


Statue de saint Casimir. Cathédrale Saint-Stanislas de Vilnius.
Lithuanie. XVIIe.

Ayant ainsi consommé sa course en peu de temps, plein de vertus et de mérites, après avoir prédit le jour de sa mort, il rendit son âme à Dieu, entouré de prêtres et de religieux, en la vingt-cinquième année de son âge. Son corps fut porté à Vilna, où il éclate par un grand nombre de miracles. Une jeune fille qui était morte recouvra la vie au tombeau du saint; les aveugles y reçurent la vue, les boiteux la marche, et de nombreux malades la santé. Il apparut dans les airs à une armée lithuanienne effrayée de son petit nombre, au moment de l'invasion inopinée d'un ennemi puissant, et il lui fit remporter une victoire signalée. Frappé de tant de merveilles, Léon X inscrivit Casimir au catalogue des Saints.

Funérailles de saint Casimir. Chapelle Saint-Casimir de la
cathédrale Saint-Stanislas de Vilnius. Lithuanie. XVIIe.

PRIERE

" Reposez maintenant au sein des félicités éternelles, Ô Casimir, vous que les grandeurs de la terre et toutes les délices des cours n'ont pu distraire du grand objet qui avait ravi votre cœur. Votre vie a été courte en durée, mais féconde en mérites. Plein du souvenir d'une meilleure patrie, celle d'ici-bas n'a pu attirer vos regards ; il vous tardait de vous envoler vers Dieu, qui sembla n'avoir fait que vous prêter à la terre. Votre innocente vie ne fut point exempte des rigueurs de la pénitence : tant était vive en vous la crainte de succomber aux attraits des sens !


Verrière de saint Casimir. Eglise Saint-Casimir. Baltimore.
Maryland. Etats-Unis d'Amérique.

Faites-nous comprendre le besoin que nous avons d'expier les péchés qui nous ont séparés de Dieu. Vous préférâtes mourir plutôt que d'offenser Dieu ; détachez-nous du péché, qui est le plus grand mal de l'homme, parce qu'il est en même temps le mal de Dieu. Assurez en nous les fruits de ce saint temps qui nous est accordé pour faire enfin pénitence. Du sein de la gloire où vous régnez, bénissez la chrétienté qui vous honore ; mais souvenez-vous surtout de votre patrie terrestre. Autrefois, elle eut l'honneur d'être un boulevard assuré pour l'Eglise contre le schisme, l'hérésie et l'infidélité ; allégez ses maux, délivrez-la du joug, et, rallumant en son sein l'antique zèle de la foi, préservez-la des séductions dont elle est menacée."

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lundi, 13 février 2017

13 février. Sainte Catherine de Ricci, de l'Ordre de Saint-Dominique, vierge. 1590.

- Sainte Catherine de Ricci, de l'Ordre de Saint-Dominique, vierge. 1590.
 
Pape : Sixte Quint (V). Grand-duc de Toscane : Ferdinand Ier de Médicis. Roi de France : Empereur du Saint-Empire : Rodolphe II de Habsbourg. Roi de France : Henri de Navarre (usurpateur sous le nom d'Henri IV. C'est Louis XIII qui légitimera les Bourbons sur le trône Très Chrétien en consacrant la France à Notre Dame et en faisant de la fête de l'Assomption la fête nationale de la France).

" Non est mortale quod opto."
" Mes voeux s'élèvent bien au-dessus des chose mortelles."
Sainte Catherine de Ricci.

" On ne donne pas des joyaux et des perles à ceux qui n'en connaissent pas le prix. Ni moi non plus, je ne livre pas mes dons et mes faveurs à ceux qui ne savent pas les apprécier. Je ne les donne qu'aux âmes qui les recherchent et me les demandent instamment."
Notre Seigneur Jésus-Christ à Sainte Catherine de Ricci.


Sainte Catherine de Ricci.

La vie de notre grande sainte est l'une des plus prodigieuses, par les ravissements, les extases, les grâces extraordinaires et variées qui la remplissent.

Sainte Catherine (" Alexandrine " avant d'entrer en religion) de Ricci naquit à Florence en 1522.
Dès l'âge de trois ans, on la voyait s'exercer à la prière, rechercher la solitude et le silence pour s'y livrer plus à l'aise, et sa prière était si recueillie, qu'elle y paraissait l'esprit absorbé en Dieu, et comme plongée dans la contemplation de Ses mystères.

La Passion de Jésus-Christ était déjà l'objet des vives ardeurs de son amour, et elle préludait par ses exercices enfantins à cette admirable dévotion envers Jésus crucifié, qui est le caractère le plus éclatant de sa vie.

Elle prit le voile à treize ans, chez les Dominicaines. C'est à l'âge de dix-neuf ans qu'elle reçut cette grâce inouïe de voir changer par Notre-Seigneur son coeur en celui de Marie. Quelques mois après, elle eut une mémorable extase de la Passion, qui dura vingt-huit heures, et dans laquelle elle assista successivement au détail de toutes les scènes de la Passion du Sauveur, paraissant elle-même, par ses gestes, subir chacun des supplices dont elle était témoin. Ce spectacle devait se renouveler toutes les semaines pendant les douze dernières années de sa vie. On entendait, dans ces extases, la Sainte pousser des exclamations de douleur et d'amour. Quelle impression pour les innombrables témoins de ces merveilles !

Le cachet de la vertu véritable, c'est l'humilité ; un seul fait montrera que Catherine était bien conduite par l'esprit de Dieu. Elle avait appris que ses soeurs s'étaient plu à écrire, pour en garder le souvenir, la relation de toutes les grâces et faveurs extraordinaires dont le Ciel l'avait comblée. Elle n'eut point de repos avant d'avoir mis la main sur tous ces écrits. Un jour, pendant que ses soeurs étaient à l'office, elle entra dans leurs cellules, s'empara de tous les manuscrits qu'elle put rencontrer, les mit dans un sac, et, le portant à la soeur boulangère, qui chauffait le four :
" Tenez, lui dit-elle, brûlez vite tout ceci, car malheur à nous si on le trouvait dans la maison !"

Notre sainte eut une influence très importante sur saint Pie V, saint Charles Borromée, saint Philippe Neri et sainte Marie-Madeleine de Pazzi.

Au cours de l'une de ses extases, la Sainte Vierge la prend par la main et l'amène à son Fils :
" Ô mon Fils, voici que je vous présente notre très chère vierge Catherine, qui sollicite de votre tendresse la grâce de changer son cœur de chair en un cœur tout céleste, afin qu'elle soit plus digne de vous, en prenant un cœur semblable au vôtre. O ma chère Mère, vous ai-je jamais refusé quelque chose, et votre cœur n'est-il pas le chemin naturel qui mène à mon cœur ? Il sera fait comme vous avez demandé. Et vous, ma très chère fille Catherine, souvenez-vous que dès cet instant vous ne vous appartenez plus, et que vous êtes toute à moi ; car voici que je purifie votre cœur de toute affection qui n'est pas la mienne, et que je le remplis de mon seul amour."

Extase et vision de sainte Catherine de Ricci.
Bronze de Massimiliano Soldani Benzi. Florence. XVIIe.

Sa dernière prière fut le Pater Noster. Le couvent retentit alors des chants harmonieux des anges. En différents lieux, de saints personnages eurent la vision d'une magnifique procession de Saints et de Saintes ; au bout du cortège, Jésus conduisait en triomphe Sa glorieuse épouse.

Il faut relever que sainte Catherine de Ricci était une amie de saint Philippe de Néri, le fondateur de l'Oratoire, avec lequel elle entretint des rapports épistolaires, et qu'elle communia avec lui dans un même culte pour la mémoire de Savonarole.

On représente sainte Catherine de Ricci recevant de Notre Seigneur Jésus Christ l'anneau des vierges, une couronne d'épines sur la tête, priant devant le crucifix - Notre Seigneur semblant s'en détaché pour embrasser notre sainte.

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samedi, 28 janvier 2017

28 janvier. Le bienheureux Charlemagne, roi de france, empereur d'Occident. 814.

- Le bienheureux Charlemagne, roi de France, empereur d'Occident. 814.
 
Pape : Saint Léon III.

" A asseoir les sociétés humaines, Dieu a voulu ces deux mains, le Pape et l'Empereur. D'accord, ces deux mains peuvent tout bien ; contraires, elles sont impuissantes contre tout mal. Sans l'Empereur, le Pape n'est qu'un martyr immortel ; sans le Pape, l'Empereur n'est qu'un dieu de prétoriens, une idole souvent refondue."
Louis Veuillot, Parfums de Rome, ch. 22.


Le bienheureux Charlemagne. A. Dürer. XVIe.

Au gracieux souvenir de la douce martyre Agnès, un grand nombre d'Eglises, surtout en Allemagne, associent aujourd'hui la mémoire imposante du pieux Empereur Charlemagne. L'Emmanuel, en venant en ce monde, doit recevoir le titre de Roi des rois et de Seigneur des seigneurs ; il doit ceindre l'épée et tenir sous son sceptre la multitude des nations : quoi de plus juste que d'amener à son berceau le plus grand des princes chrétiens, celui qui se fit toujours gloire de mettre son épée au service du Christ et de son Eglise !

Le respect des peuples était déjà préparé en faveur de la sainteté de Charlemagne, lorsque Frédéric Barberousse fit rendre le décret de sa canonisation par l'antipape Pascal III, en 1165 : c'est pourquoi le Siège Apostolique, sans vouloir approuver une procédure irrégulière, ni la recommencer dans les formes, puisqu'on ne lui en a pas fait la demande, a cru devoir respecter ce culte en tous les lieux où il fut établi. Cependant les nombreuses Eglises qui honorent, depuis plus de sept siècles, la mémoire du grand Charles, se contentent, par respect pour le martyrologe Romain où son nom ne se lit pas, de le fêter sous le titre de Bienheureux.


Agostino Cornacchini. Facade de la
basilique Saint-Pierre. Rome. XVIIIe (1725).

Avant l'époque de la Réforme, le nom du Bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d'un grand nombre de nos Eglises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen l'avaient conservé jusqu'à nos jours. L'Eglise de Paris le sacrifia, de bonne heure, aux préjugés des Docteurs dont les opinions avancées se manifestèrent dans son Université, dès la première moitié du XVIe siècle.
La Réforme avait conçu de l'antipathie contre un homme qui avait été la plus magnifique et la plus complète représentation du Prince catholique ; et ce fut bien moins le défaut d'une canonisation en règle que l'on mit en avant pour effacer du calendrier le nom de Charlemagne, que la prétendue licence de ses mœurs, dont on affecta de relever le scandale. Sur cette question comme sur bien d'autres, le sentiment public se forma à la légère ; et nous ne nous dissimulons pas que les personnes qui se sont le moins occupées d'étudier les titres de Charlemagne à la sainteté, seront les plus étonnées de trouver son nom dans cet ouvrage.

Plus de trente Eglises, en Allemagne, célèbrent encore aujourd'hui la fête du grand Empereur ; sa chère Eglise d'Aix-la-Chapelle garde son corps et l'expose à la vénération des peuples. Les Vies des Saints publiées en France, même celle de Baillet et de Godescard, n'ont point été infidèles à sa mémoire. Par un étrange retour, l'Université de Paris le choisit pour son Patron en 1661 ; mais sa fête, qui était abrogée depuis plus d'un siècle, ne se releva que comme solennité civile, sans aucune mention dans la Liturgie.
 

Sacre du bienheureux Charlemagne.
Grandes heures d'Etienne Chevalier. Jean Fouquet. XVe.

Il n'entre point dans le plan de cet ouvrage de discuter les raisons pour lesquelles un culte a été attribué aux Saints sur lesquels nous réunissons les éloges liturgiques ; on ne doit donc pas attendre de nous une démonstration en forme de la sainteté de Charlemagne. Cependant nous avouerons, en passant, que nous inclinons avec Bossuet, dont la sévérité en morale est assez connue, à croire que les moeurs de Charlemagne furent toujours pures :
" Vaillant, savant, modéré, guerrier sans ambition, et exemplaire dans sa vie, je le veux bien dire en passant, malgré les reproches des siècles ignorants, ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu, et il se montra très chrétien dans toutes ses oeuvres." (Bossuet, Sermon sur l'unité de l'Eglise.).
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Le préjugé contraire, qui n'a pour lui que quelques textes assez vagues et contradictoires de certains auteurs du moyen âge, a dû ses développements à la malheureuse influence de l'esprit protestant. Nous rappellerons que dom Mabillon, qui insiste sur le fait de la répudiation d'Hermengarde, que cet Empereur quitta pour reprendre Himiltrude, sa première femme, comme sur une action qui fut justement blâmée, conclut le récit des actions de Charlemagne, dans ses Annales Bénédictines, en avouant qu'il n'est pas démontré que la pluralité des femmes de ce prince ait été simultanée. Le père Le Cointe et le père Noël Alexandre, auteurs non suspects de partialité, et qui ont examiné à fond la question, montrent, avec évidence, que le seul reproche qui puisse être adressé à Charlemagne, au sujet des femmes, est relatif à la répudiation d'Himiltrude, qu'il quitta momentanément pour prendre Hermengarde, par complaisance pour sa mère, et qu'il reprit, l'année suivante, pour obéir à son devoir, et céder aux remontrances du Pape Etienne IV. Nous avouons volontiers qu'après la mort de Liutgarde, la dernière de ses femmes qui ait eu les honneurs de Reine, Charlemagne en a eu plusieurs autres, qui sont appelées concubines par Eginhard, parce qu'elles ne portaient point la couronne, et que leurs enfants n'étaient pas considérés comme princes du sang ; mais nous disons, avec dom Mabillon, que Charlemagne a pu avoir successivement ces femmes : ce qui, dit-il, est tout à fait croyable de la part d'un prince si religieux, et à qui les lois de l'Eglise étaient tant à cœur (Annales Benedictini. Tome II, pag. 408.).
 

Le bienheureux Charlemagne après la bataille de Paderborn.
Les Saxons, soumis, se convertissent à la vraie religion.

Indépendamment du sentiment des auteurs si graves que nous venons de citer, un fait incontestable suffit pour garantir Charlemagne de tout reproche sérieux au sujet de la pluralité des femmes, du moins depuis le renvoi d'Hermengarde, pour reprendre Himiltrude. Le prince avait alors vingt-huit ans. On connaît la sévérité des Pontifes romains sur le respect dû au mariage par les princes. L'histoire du moyen âge est remplie du récit des luttes qu'ils ont soutenues pour venger un point si essentiel de la morale chrétienne contre les monarques même les plus puissants, et quelquefois les plus dévoués à l'Eglise. Comment serait-il possible que saint Adrien Ier, qui siégea de 772 à 795, et fut honoré par Charlemagne comme un père, dont celui-ci requérait l'avis en toutes choses, eût laissé ce prince s'abandonner aux plus graves désordres, sans réclamer, tandis qu'Etienne IV, qui n'a siégé que trois ans, et n'a pas eu la même influence sur Charlemagne, a bien su procurer le renvoi d'Hermengarde ? Comment serait-il possible que saint Léon III, qui a siégé de 795 jusqu'après la mort de Charlemagne, dont il a récompensé la piété en lui mettant sur la tête la couronne impériale, n'eût fait aucun effort pour le détacher des concubines qui auraient succédé à la dernière reine Liutgarde ? Or, nous ne trouvons aucune trace de telles réclamations de la part des deux Pontifes qui ont occupé, à eux seuls, le Saint-Siège pendant plus de quarante ans, et que l'Eglise universelle a placés sur ses autels ; nous sommes donc en droit de conclure que l'honneur de l'Eglise est intéressé dans cette question, et il est de notre devoir de catholiques de n'être pas indifférents à la cause des mœurs de Charlemagne.


Le bienheureux Charlemagne et des écoliers. Karl von Blaas. XIXe.

Quoi qu'il en soit des motifs de conscience qui légitimèrent, aux yeux de ce prince, la répudiation d'Himiltrude, dont il paraît, par la lettre d'Etienne IV, que le mariage avait pu être cassé comme invalide, quoique à tort, Charlemagne trouva, plus tard, dans sa propre conduite, assez de confiance pour insister avec la plus grande énergie contre le crime d'adultère, et même de simple fornication, dans ses Capitulaires. Nous nous contenterons de citer un seul exemple de cette vigueur chrétienne ; et nous demanderons à tout homme de bonne foi s'il eût été possible à un prince compromis lui-même dans ses mœurs, de s'exprimer, non seulement avec cette simplicité tout évangélique, mais encore avec cette assurance d'honnête homme, en présence des évêques et des abbés de son empire, en face des Princes et des Barons dont il voulait contenir les passions, et qui auraient été en mesure d'opposer à ses exhortations et à ses menaces le spectacle humiliant de sa propre conduite :

" Nous défendons, sous peine de sacrilège, dit-il dans un Capitulaire publié sous le pontificat de saint Léon III, l'envahissement des biens de l'Eglise, les injustices de tout genre, les adultères, les fornications, les incestes, les unions illicites, les homicides injustes, etc., par lesquels nous savons que périssent, non seulement les royaumes et les rois, mais encore les simples particuliers. Et comme, par le secours de Dieu, par le mérite et l'intercession des Saints et des serviteurs de Dieu, que nous avons toujours honorés, nous avons acquis jusqu'ici grand nombre de royaumes, et remporté beaucoup de victoires, c'est à nous tous de prendre garde de ne pas mériter de perdre ces biens par les susdits crimes et luxures honteuses. En effet, nous savons que beaucoup de contrées, dans lesquelles ont eu lieu ces envahissements des biens des Eglises, ces injustices, ces adultères, ces prostitutions, n'ont su être ni braves dans la guerre, ni stables dans la foi. Chacun peut, en lisant leurs histoires, connaître comment le Seigneur a permis aux Sarrasins et autres peuples de subjuguer les ouvriers de telles iniquités ; et nous ne doutons pas que semblables choses ne nous arrivassent, si nous ne nous gardions de tels méfaits ; car Dieu a coutume de les venger. Que chacun de nos sujets sache donc que celui qui sera surpris et convaincu de quelqu'un de ces crimes, perdra tous ses honneurs, s'il en a ; qu'il sera mis en prison, jusqu'à ce qu'il se soit amendé et qu'il ait fait la satisfaction d'une pénitence publique ; et aussi qu'il sera séparé de toute société des fidèles, tant nous devons craindre la fosse dans laquelle nous savons que d'autres sont tombés."


Trône du bienheureux Charlemagne. Aix-la-Chapelle. IXe.
Les reliques du bx Charlemagne sont toujours à Aix-la-Chapelle.

Charlemagne eût-il tenu ce langage, si, comme on l'a prétendu, sa vieillesse eût été livrée à la débauche, au temps même où il publiait ce Capitulaire, c'est-à-dire après la mort de Liutgarde ?

Quand bien même on admettrait que ce grand prince eût commis des fautes, c'est aux premières années de son règne qu'il faudrait les reporter; alors il serait juste, en même temps, de considérer dans le reste de sa vie les traces admirables de la plus sincère pénitence. N'est-ce pas un spectacle merveilleux que devoir un si grand guerrier, parvenu à la monarchie universelle, s'exercer continuellement, non seulement à la sobriété, si rare dans sa race, mais encore à des jeûnes comparables à ceux des plus fervents solitaires, porter le cilice jusqu'à la mort, assister de jour et de nuit aux Offices de l'Eglise, jusque dans ses campagnes, sous la tente ; secourir par l'aumône, qui, comme parle l'Ecriture, couvre la multitude des péchés, non seulement tous les pauvres de ses Etats, qui venaient implorer sa charité, mais jusqu'aux chrétiens de l'Afrique, de l'Egypte, de la Syrie, de la Palestine, en faveur desquels il épuisa souvent ses trésors ? Mais, ce qui dépasse tout, et nous découvre dans Charlemagne, d'un seul trait, l'ensemble des vertus chrétiennes que l'on peut désirer dans un prince, c'est qu'il ne parut avoir reçu le pouvoir suprême que pour le faire servira l'extension du règne de Jésus-Christ sur la terre. Si l'on cherche un autre mobile dans tout ce qu'il a fait par ses victoires et par sa législation, on ne le trouvera pas.


Antoine Coysevox. Eglise Saint-Louis des Invalides. XVIIe.

Cet homme qui tenait en sa main, non seulement la France, mais encore la Catalogne, la Navarre et l'Aragon ; la Flandre, la Hollande et la Frise ; les provinces de la Westphalie et de la Saxe, jusqu'à l'Elbe ; la Franconie, la Souabe, la Thuringe et la Suisse ; les deux Pannonies, c'est-à-dire l'Autriche et la Hongrie, la Dacie, la Bohème, l'Istrie, la Liburnie, la Dalmatie et jusqu'à l'Esclavonie ; enfin toute l'Italie jusqu'à la Calabre-Inférieure ; cet homme, disons-nous, est le même qui s'intitulait ainsi dans ses Capitulaires :
" Moi, Charles, par la grâce de Dieu et le don de sa miséricorde, Roi et gouverneur du Royaume des Français, dévot défenseur de la sainte Eglise de Dieu, et son humble champion."

Tant d'autres, moins puissants que lui, et qu'on sait encore admirer malgré leurs crimes, dont on dissimule avec tant d'art les dépravations, n'ont vécu, pour ainsi dire, que pour l'asservissement de l'Eglise. On a vu jusqu'à des princes pieux tenter de mettre la main sur sa liberté ; Charles l'a toujours respectée comme l'honneur de sa propre mère. C'est lui qui, marchant sur les traces de Pépin son père, a préparé généreusement l'indépendance du Siège Apostolique. Jamais les Pontifes Romains n'eurent de fils plus dévoué et plus obéissant. Bien au-dessus des jalousies de la politique, il rendit au clergé et au peuple les élections épiscopales qu'il avait trouvées aux mains du prince. Ses conquêtes eurent pour principale intention d'assurer la propagation de la foi chez les nations barbares ; on le vit entrer en Espagne pour affranchir les Chrétiens opprimés par les Sarrasins. Il voulut resserrer les liens des Eglises de son Royaume avec le Siège Apostolique, en établissant pour jamais dans tous les Etats de sa domination la Liturgie romaine. Dans sa législation tout entière, rendue dans des assemblées où les Evêques et les Abbés avaient la prépondérance, on ne trouve aucune trace de ces prétendues Libertés Gallicanes, qui consistent dans l'intervention du prince ou du magistrat civil en des matières purement ecclésiastiques.


Sacre du bienheureux Charlemagne. Elèves de Raphaël.
Basilique Saint-Pierre. Rome. XVIe.

" Charles eut tant d'amour pour l'Eglise Romaine, que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Eglise de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul, et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire, ce qui fut répété depuis par tout un Concile, sous l'un de ses descendants, que quand cette Eglise imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir." (Bossuet, Sermon sur l'Unité de l'Eglise.).

D'où pouvait donc provenir cette modération sublime, avec laquelle Charlemagne inclinait son glaive victorieux devant la force morale, cet apaisement des mouvements de l'orgueil qui croit ordinairement en proportion de la puissance, si ce n'est de la sainteté ? L'homme seul, sans le secours d'une grâce qui habite son cœur, n'arrive point à cette élévation, et surtout n'y demeure pas durant une vie entière. Charlemagne a donc été choisi par l'Emmanuel lui-même pour être la plus admirable représentation du prince chrétien sur la terre ; et les cœurs catholiques aimeront à proclamer sa gloire en présence de l'Enfant qui vient régner sur toutes les nations, pour les régir dans la sainteté et la justice. Notre Seigneur Jésus-Christ est venu apporter du ciel l'idée de la royauté chrétienne ; et nous sommes encore à chercher dans l'histoire l'homme qui l'aurait conçue et réalisée avec autant de plénitude et de majesté que Charles le Victorieux, toujours Auguste, couronné de Dieu.


Sceptre de Charlemagne. Réalisé pour le sacre de Charles VI. XIVe.

Le Bienheureux Charles eut pour père Pépin, qui était fils du duc de Brabant, et qui fut dans la suite élu au trône de France, et pour mère Bertrade, fille de l'Empereur des Grecs. Il se montra digne, par ses hauts faits et son zèle pour la Religion chrétienne, d'être surnommé le Grand ; et un Concile de Mayence lui donna le titre de Très Chrétien. Après avoir expulsé les Lombards de l'Italie, il fut le premier qui mérita d'être couronné Empereur, par les mains du Pape Léon III.

A la prière d'Adrien, prédécesseur de Léon, il entra en Italie avec une armée et rendit à l'Eglise son patrimoine, et l'Empire à l'Occident. Il vengea le Pape Léon des violences des Romains qui l'avaient traité injurieusement, durant la grande Litanie, et chassa de la ville ceux qui s'étaient rendus coupables de ce sacrilège. Il fit beaucoup de règlements pour la dignité de l'Eglise ; entre autres il renouvela cette loi, ordonnant que les causes civiles seraient remises au jugement de l'Eglise, lorsque l'une des parties le demanderait. Quoiqu'il fût de mœurs très douces, il réprimait cependant les vices avec une grande sévérité, surtout l'adultère et l'idolâtrie, et établit des tribunaux particuliers revêtus d'un pouvoir étendu, qui, jusqu'à ce jour, existent encore dans la Basse-Saxe.

Après avoir combattu trente-trois ans contre les Saxons, il les soumit enfin, et ne leur imposa d'autre loi que de se faire chrétiens ; il obligea à perpétuité les possesseurs de terres à élever des croix de bois dans leurs champs, afin de confesser ouvertement leur foi au Christ. Il purgea la Gascogne, l'Espagne et la Galice des idolâtres qui s'y trouvaient, et il remit en honneur le tombeau de saint Jacques, comme il l'est aujourd'hui.


Sacre du bienheureux Charlemagne.
Pièce centrale d'un tryptique. XIXe.

Dans la Hongrie, pendant huit ans entiers, il soutint le Christianisme par ses armes ; et il se servait contre les Sarrasins de cette lance toujours victorieuse dont un soldat avait ouvert le côté du Christ. Dieu favorisa de plusieurs prodiges tant d'efforts pour l'extension de la foi : ainsi les Saxons qui assiégeaient Sigisbourg, frappés de terreur par la main de Dieu, prirent la fuite ; et, dans la première révolte de ce peuple, il sortit de terre un fleuve abondant qui désaltéra l'armée des Francs privée d'eau depuis trois jours.

Un si grand Empereur se montrait vêtu d'un habit qui le distinguait à peine du peuple ; presque habituellement il portait le cilice ; et ce n'était qu'aux principales fêtes de Jésus-Christ et des Saints que l'or paraissait sur lui. Il défrayait les pauvres et les pèlerins, tant dans son propre palais que dans les autres contrées, par les aumônes qu'il, envoyait de toutes parts. Il bâtit vingt-quatre Monastères, et remit à chacun ce qu'on appelait îa bulle d'or, du poids de deux cents livres. Il établit deux Sièges Métropolitains et neuf Evêchés. Il construisit vingt-sept Eglises ; enfin, il fonda deux Universités, celle de Pavie et celle de Paris.

Comme Charles cultivait les lettres, il employa le docteur Alcuin pour l'éducation de ses enfants dans les sciences libérales, avant de les former aux armes et à la chasse. Enfin la soixante-huitième année de son âge, après avoir fait couronner et élire roi Louis son fils, il se donna tout entier à la prière et à l'aumône. Sa coutume était de se rendre à l'Eglise le matin et le soir, souvent même aux heures de la nuit ; car ses délices étaient d'entendre le chant grégorien, qu'il établit le premier en France et en Germanie, après avoir obtenu des chantres d'Adrien Ier.


Statue de saint Charlemagne. Parvis de la cathédrale Notre-Dame.
Île de la Cité. Paris. XIXe.

Il eut soin aussi de faire transcrire en tous lieux les hymnes de l'Eglise. Il écrivît les Evangiles de sa propre main, et les conféra avec les exemplaires grecs et syriaques. Il fut toujours très sobre dans le boire et dans le manger, ayant coutume de traiter les maladies par le jeûne, qu'il prolongea quelquefois jusqu'à sept jours. Enfin, après avoir beaucoup souffert de la part des méchants, il tomba malade en la soixante-douzième année de son âge.

Ayant reçu la sainte communion des mains de l'Evêque Hildebalde, et fait lui-même, sur chacun de ses membres, le signe de la croix, il récita ce verset :
" Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ", et rendit son âme à Dieu le cinq des calendes de février, plein de nombreux mérites. Il fut enseveli dans la Basilique d'Aix-la-Chapelle, qu'il avait bâtie et enrichie de reliques des Saints. Il y est honoré par la piété et l'affluence des pèlerins, et par les faveurs que Dieu accorde à son intercession. Sa fête est célébrée dans la plupart des diocèses d'Allemagne, du consentement de l'Eglise, depuis le pontificat d'Alexandre III, comme celle du principal propagateur de la foi dans le Nord.
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A suivre le récit d'Eginhard, Charlemagne n'avait rien marqué touchant sa sépulture ; mais, après quelques délibérations, on jugea que le lieu le plus convenable était la magnifique église qu'il avait fait bâtir à Aix-la-Chapelle, en l'honneur de la Mère de Dieu. Il y fut enterré le jour même.
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On embauma son corps ; on le revêtit premièrement du cilice qu'il portait toujours, et presque secrètement (son confesseur et quelques rares familiers le savaient), et puis de ses habits impériaux, par-dessus lesquels on lui mit la pannetière d'or qu'il portait à ses voyages de Rome, comme pèlerin ; on l'assit dans son tombeau sur un siège d'or ; on ceignit son épée d'or à son côté on plaça sur sa tête une couronne où il y avait du bois de la vraie croix ; on lui mit entre les mains et sur les genoux un livre des Evangiles couvert d'or, et l'on suspendit devant lui son sceptre et son bouclier, bénits par le pape saint Léon III. Après quoi on remplit le sépulcre de divers aromates, et on le ferma.

HYMNE

L'Hymne suivante fait partie de l'Office du Bienheureux Charlemagne, d'où sont tirées les Leçons qu'on vient de lire :

Reliquaire de saint Charlemagne. Trésor d'Aix-la-Chapelle.

" Ô Roi triomphateur de l'univers, Empereur des rois de la terre, du séjour des bienheureux, daignez écouter nos gémissements.

Par vos prières la mort s'enfuit, les maladies s'éloignent, la vie est rendue ; vous désaltérez ceux qui ont soif, vous purifiez les nations par le baptême.

Votre prière renverse les murailles que l'art et la nature rendaient inexpugnables ; aux nations que vous avez vaincues, vous enseignez à porter le joug suave du Christ.

Ô digne serviteur du ciel, serviteur prudent et fidèle ! Du sein des camps, vous êtes monté aux cieux, vous êtes allé au séjour de la paix.

De votre épée frappez le rocher ; faites-en sortir pour nous une fontaine vive; implorez Dieu pour nous, par vos pieuses prières, et rendez-le clément envers nous.

Gloire et louange à la Trinité, honneur à l'Unité, qui, dans la vertu souveraine, règnent d'un droit égal.

Amen."

ANTIENNE

Cette Antienne appartient à la même Liturgie :

Ant. " Espoir des affligés, terreur des ennemis, douceur pour les vaincus, règle de vertu, sentier du droit, forme du salut, Ô Charles, recevez les pieux hommages de vos serviteurs."

SÉQUENCE

Parmi les Séquences consacrées à notre grand Empereur, nous trouvons la suivante, extraite d'un ancien Missel d'Aix-la-Chapelle :


" Joyeuse ". Epée du bienheureux Charlemagne ;
utilisée pour le Sacre des rois de France. Xe.

" Cité d'Aix, cité royale, siège principal de la royauté, palais préféré de nos princes ;

Chante gloire au Roi des rois, aujourd'hui que tu célèbres la mémoire du grand roi Charles.

Que notre chœur chante dans l'allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.

Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, le cœur médite douce psalmodie.

En ce jour de fête, que l'Eglise honore les grands gestes du grand Roi.

Rois et peuples de la terre, que tous applaudissent d'un concert joyeux.

Charles est le fort soldat du Christ, le chef de l'invincible cohorte ; à lui seul il renverse dix mille combattants.

De l'ivraie il purge la terre ; il affranchit la moisson, en sarclant de son glaive cette herbe maudite.

C'est là le grand Empereur, bon semeur d'une bonne semence, et prudent agriculteur.

Il convertit les infidèles, il renverse temples et dieux ; sa main brise les idoles.

Il dompte les rois superbes, il fait régner les saintes lois avec la justice ;

La justice : mais il lui donne pour compagne la miséricorde.

Il est sacré de l'huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.

Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l'Impériale Majesté.

Ô Roi triomphateur du monde, toi qui règnes avec Jésus-Christ, Ô père saint ! Ô Charles ! Sois notre intercesseur ;

Afin que, purs de tout péché, dans le royaume de la lumière, nous, ton peuple, soyons les habitants du ciel avec les bienheureux.

Etoile de la mer, Ô Marie, salut du monde, voie de la vie ! Dirige nos pas vacillants et donne-nous accès auprès du Roi suprême, dans la gloire sans fin.

Ô Christ ! splendeur du Dieu Père, fils de la Mère immaculée, par ce Saint dont nous fêtons le jour, daigne nous accorder l'éternelle joie.

Amen."

COLLECTE

Nous conclurons les hommages rendus par les diverses Eglises au Bienheureux Charlemagne, en donnant ici la Collecte de sa fête :


Statuette équestre de Charlemagne.
Trésor de la cathédrale Saint-Etienne de Metz. IXe siècle.

" Ô Dieu, qui, dans la surabondante fécondité de votre bonté, avez décoré du manteau de la glorieuse immortalité le bienheureux Empereur Charlemagne, après qu'il a eu déposé le voile de la chair : accordez à nos prières de mériter pour pieux intercesseur dans les cieux, celui que vous avez élevé sur la terre à l'honneur de l'Empire, pour la propagation de la vraie foi. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen."


Empire du bienheureux Charlemagne à sa mort.
 
PRIERE
 
" Salut, Ô Charles, bien-aimé de Dieu, Apôtre du Christ, rempart de son Eglise, protecteur de la justice, gardien des mœurs, terreur des ennemis du nom Chrétien ! Le diadème souillé des Césars, mais purifié par les mains de Léon, couronne votre front auguste ; le globe de l'empire repose en votre forte main ; l'épée des combats du Seigneur, toujours victorieuse, est suspendue à votre baudrier ; et l'onction impériale est venue s'unir à l'onction royale dont la main du Pontife avait déjà consacré votre bras puissant. Devenu la figure du Christ dans sa royauté temporelle, vous avez voulu qu'il régnât en vous et par vous. Il vous récompense maintenant de l'amour que vous avez eu pour lui, du zèle que vous avez montré pour sa gloire, du respect et de la confiance que vous avez témoignés à son Epouse. Pour une royauté de la terre, caduque et périssable, vous avez reçu une royauté immortelle, au sein de laquelle tant de millions d'âmes, arrachées par vous à l'idolâtrie, vous honorent comme l'instrument de leur salut.

Dans ces jours où nous célébrons le divin enfantement de la Reine des deux, vous lui présentez le temple gracieux et magnifique que vous élevâtes en son honneur, et qui fait encore sur la terre notre admiration. C'est dans ce saint lieu que vos pieuses mains placèrent les langes de son divin Fils ; en retour, l'Emmanuel a voulu que vos ossements sacrés y reposassent avec gloire, afin d'y recevoir les témoignages de la vénération des peuples. Glorieux héritier de la foi des trois Rois de l'Orient, présentez-nous à Celui qui daigna revêtir ces humbles tissus. Demandez pour nous une part de cette humilité avec laquelle vous aimiez à vous incliner devant la crèche, de cette pieuse joie que goûtait votre cœur dans les solennités que nous célébrons, de ce zèle ardent qui vous fit entreprendre tant de travaux pour la gloire du Fils de Dieu, de cette force qui ne vous abandonna jamais dans la recherche de son Royaume.
 

Antoine Etex. Palais du Luxembourg. Hémicycle du Sénat. Paris. XIXe.

Puissant Empereur, qui fûtes autrefois l'arbitre de la famille européenne réunie tout entière sous votre sceptre, prenez en pitié cette société qui s'écroule aujourd'hui de toutes parts. Après mille ans, l'Empire que l'Eglise avait confié à vos mains est tombé : tel a été le châtiment de son infidélité envers l'Eglise qui l'avait fondé. Mais les nations sont restées, et s'agitent dans l'inquiétude. L'Eglise seule peut leur rendre la vie par la foi ; seule, elle est demeurée dépositaire des notions du droit public ; seule, elle peut régler le pouvoir, et consacrer l'obéissance. Faites que le jour luise bientôt, où la société rétablie sur ses bases cessera de demander aux révolutions l'ordre et la liberté.
 
Protégez d'un amour spécial la France, le plus riche fleuron de votre splendide couronne. Montrez que vous êtes toujours son Roi et son Père.

Arrêtez les progrès des faux empires qui s'élèvent au Nord sur le schisme et l'hérésie, et ne permettez pas que les peuples du Saint Empire Romain deviennent à jamais leur proie."
 
CULTE ET RELIQUES

Son corps fut solennellement enterré dans la cathédrate qu'il avait fait bâtir, et trois cent cinquante-un ans après, il fut levé de terre par les soins de Frédéric Ier, Barberousse, et son chef fut transféré à Osnabruck où il avait fondé une école religieuse de littératures grecque et latine. L'essentiel des reliques restèrent à Aix-la-Chapelle où elles sont toujours conservées.

Dans nos églises de France nous ne nous faisons aucun scrupule de donner le titre de saints et d'honorer comme tels un nombre considérable d'évêques sur la sainteté desquels aucun décret n'a été rendu par personne et dont le culte n'est jamais sortit de la limite de leurs diocèses ; les nombreuses églises qui honorent, depuis près de sept siècles, la mémoire du grand empereur Charlemagne, se contentent, par respect pour le Martyrologe romain, où son nom ne se lit pas, de le fêter sous le titre de Bienheureux. Pour ne citer qu'un exemple, une église lui est encore dédiée dans l'ancien diocèse de Sarlat, en Périgord.

Avant l'époque de la Réforme, le nom du bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d'un grand nombre de nos églises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen sont les seuls qui l'aient conservé aujourd'hui. Plus de trente églises en Allemagne célèbrent encore aujourd'hui la fête du grand empereur ; sa chère église d'Aix-la-Chapelle garde son corps et l'expose à la vénération des peuples. Il est conservé dans une châsse de vermeil. Un de ses bras est dans un reliquaire à part. On trouve dans la grosseur des os de ce bras la preuve de ce que les auteurs racontent sur la haute taille et la force corporelle du grand empereur. Dans le trésor de la même église se trouve aussi son cor de chasse, et dans une galerie, le siège de pierre sur lequel il était assis dans son tombeau.

On sait que c'est sur ce siège que les empereurs d'Allemagne étaient installés, le jour de leur couronnement.
 
L'Université de Paris le choisit pour patron en 1661.
 
Le pape d'Alexandre III (1159 - 1181) et le pape saint Lucius III ne se prononcèrent pas sur sa canonisation illicite par l'antipape Pascal III, mais préférèrent ne pas le compter au nombre des saints. En revanche, son culte resta toléré et sa qualité de bienheureux reconnue par le pape Benoît XIV.

Plusieurs Martyrologes de France, d'Allemagne et de Flandre font mémoire de saint Charlemagne le 28 janvier, Ferrarius ne l'a pas oublié dans son supplément des Saints qui ne sont pas dans le Martyrologe romain, non plus qn'Usoald ni Molan. Nous avons tiré ce que nous en avons dit en ce recueil, d'Eginhard, qui a été son chancelier et qui se fit religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, après la mort de son mattre, et des autres mémoires que Bollandus rapporte dans le second tome des Actes des Saints, où l'on peut voir quelques miracles qui ont été faits par les mérites de notre saint roi. Sur la vie de saint Charlemagne, en peut encore consulter ce qu'en a écrit le bienheureux Notker, moine de Saint-Gall, au IXe siècle.
 
Rq : L'immense auteur de l'Histoire universelle de l'Eglise catholique, l'abbé René-François Rohrbacher, rassembla et présenta, dans une lettre adressée aux parlementaires en 1851 alors que se (re)constituait l'empire avec un Bonaparte à sa tête, plusieurs monuments utiles aux réflexions et aux délibérations des Parlementaires français. Cette lettre de sept pages est passionnantes et corrige opportunément des erreurs graves quant aux Institutions/constitutions françaises :

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jeudi, 19 janvier 2017

19 janvier. Saint Canut, roi de Danemark, martyr. 1086.

- Saint Canut IV (ou Knut), roi de Danemark, martyr. 1086.
 
Pape : Saint Victor III. Roi d'Ecosse : Malcolm III. Roi d'Angleterre : Guillaume Ier le Conquérant. Roi de France : Philippe Ier. Empereur du Saint-Empire : Henri IV.

" Il a imité la passion du Seigneur : marchons sur ses traces."
Brev. rom.


Statue de saint Canut à Odensée - Royaume de Danemark.

Les Rois Mages, comme nous l'avons dit, ont été suivis, à la crèche du Sauveur, par les saints Rois chrétiens ; il est juste que ceux-ci soient représentés sur le Cycle, dans cette saison consacrée au mystère de sa Naissance. Parmi les saints Rois que donna en si grand nombre à l'Eglise et à la société européenne le onzième siècle, si fécond en toutes sortes de merveilles catholiques, Canut IV, sur le trône de Danemark, se distingue entre les autres par l'auréole du martyre. Propagateur zélé de la foi du Christ, législateur habile, guerrier intrépide, pieux et aumônier, il eut tous les genres de gloire d'un prince chrétien. Son zèle pour l’Eglise, dont les droits alors étaient en même temps ceux des peuples, fut le prétexte de sa mort violente ; et il expira, dans une sédition, avec le caractère sublime d'une victime immolée pour sa nation.

Son offrande au Roi nouveau-né fut l'offrande du sang ; et il échangea la couronne périssable pour cette autre couronne dont l'Eglise orne le front de ses martyrs, et qui ne se fane jamais. Les annales du Danemark, au onzième siècle, sont peu familières à la plupart des habitants de la terre ; mais l'honneur qu'a eu cette contrée de posséder un Roi martyr est connu dans toute l'étendue de l'Eglise, et l'Eglise habite le monde entier. Cette puissance de l'Epouse de Jésus-Christ pour honorer le nom et les mérites des serviteurs et des amis de Dieu, est un des plus grands spectacles qui soient sous le ciel ; car les noms qu'elle proclame deviennent immortels chez les hommes, qu'ils aient été portés par des rois, ou qu'ils n'aient servi qu'à distinguer les derniers de ses enfants.

Saint Canut était fils naturel de Suenon II, dont le grand-oncle nommé aussi Canut, avait régné en Angleterre. Suénon, qui n'avait pas d'enfant légitimes, prit un soin particulier de l'éducation du jeune Canut qui alliait de belles qualités d'âme à celles du corps. Suénon le mit sous la conduite de maîtres habiles qui remarquèrent bientôt une profonde piété qui relevait ses autres qualités.

Dès qu'il fut en âge de commander les armées, il le fit avec supériorité et assurance. Ses premiers coups d'essais furent de purger les mers des pirates qui désolaient les côtes de Danemark et de soumettre les peuples qui s'adonnaient à ces forfaits.

A la mort de Suénon en 1074, plusieurs Danois voulurent placer notre saint sur le trône (le trône en Danemark a presque toujours été électif jusqu'en 1660), mais, par crainte de son esprit guerrier, ils lui préférèrent l'un de ses frères Harald (Suénon II eut treize fils naturels), septième du nom, bientôt surnommé le fainéant, et qui régna jusqu'en 1080.

Saint Canut s'était retiré en Norvège auprès du roi Halstan qui l'avait reçu avec de vives démonstrations d'estime. Ce roi engagea souvent saint Canut à prendre les armes contre son jeune frère, mais notre saint s'y refusa toujours avec constance. Il chercha toujours, depuis la Norvège, à se rendre utile à sa patrie. Cette attitude résolue et sans faiblesse lui gagna le coeur des Danois qui l'élirent à la mort d'Harald VII en 1080.

Le début de son règne fut marqué par de très retentissants succès militaires sur les Sembes, les Estons et les Curètes qui ravageaient régulièrement ses Etats et que la molesse honteuse d'Harald n'avait pas su arrêtés. Il fit porter avec détermination les lumières de la foi à tous les peuples qui ne la connaissaient pas encore, en particulier en Courlande, en Samogitie et en Livonie.

Les succès ne l'enorgueillissaient pas et il déposait toujours sa couronne aux pieds du Roi des Rois, Notre Seigneur Jésus-Christ en lui faisant offrande de sa personne et de son royaume. Il s'unit avec Adélaïde, fille de Robert comte de Flandres. De cette union naquit Charles, surnommé plus tard dans sa maturité Le Bon.
 

Saint Canut IV de Danemark. Manuscrit flamand du XIIe.

Il eut à connaître des abus qui s'étaient développés dans son royaume et les corrigea avec une extrême sévérité et en prenant toujours le parti du faible contre le puissant. Il édicta des lois très sévères (et les fit appliquer) pour réduire toutes sortes de crimes auxquels s'adonnaient ses peuples, enclins il est vrai à une extrême violence.

L'Angleterre étant passée sous le contrôle de Guillaume le Conquérant en 1066, saint Canut n'en fit pas moins valoir ses droits sur l'île. Hélas, toutes les opérations qu'il monta échouèrent par défaut d'allié. Une dernière opération échoua par la faute de son frère Olas, duc de Schleswig, qui tergiversant et retardant la mise en route, provoqua la désertion quasi-complète des troupes. A cette occasion, au plan intérieur, le saint roi voulut instaurer la dîme ecclésiastique. Il décrêta qu'en cas de désertion, les Danois paieraient soit la dîme soit une forte taxe. Par détestation de la dîme, les Danois préférèrent s'acquiter de fortes taxes.
 
Saint Canut en fut mortifié et exigea dans le recouvrement de la taxe une grande fermeté en espérant ainsi que ses sujets reviendraient sur leur choix. Le recouvrement de la taxe donna lieu bientôt à une mutinerie importante, emmenée par deux gouverneurs de la province de Wensyssel. Le roi, instruit de l'approche des révoltés, engagea la reine et ses enfants à se retirer auprès de son beau-père et alla avec un corps de troupes important dans l'île de Fionie et plus exactement dans la ville d'Odensée, capitale de l'île.

Bientôt, les mutins ne voulant pas affronter un prince dont ils connaissaient les qualités de commandement et la qualité de ses troupes, lui envoyèrent une ambassade qui fit serment que tout les révoltés cessaient le combat et qu'ils rentraient dans les résolutions du roi. Saint Canut crut ces protestations, malgré les avertissements de son frère Benoît qui avait éventé la fourberie de cette ambassade. Quelques temps plus tard, alors que le roi avait relâché sa vigilance et que ses troupes étaient éparses, il apprit que l'armée des mutins marchait vers Odensée pour l'y surprendre.

Selon la coutume, il alla à l'église Saint-Alban pour entendre la messe, communier et faire ses dévotions pour se préparer au combat. Pendant que son frère Benoît faisait des prodiges aux portes de l'église pour en défendre l'accès, une pierre vint atteindre le front de saint Canut.
Comme les révoltés ne pouvaient entrer dans l'église, défendue par un Benoît, frère du roi, assisté par saint Michel, le chef des forcenés demanda à rencontrer le roi afin de négocier des conditions de paix. Canut ordonna qu'on le laissât entrer. Le traître, Egwind Blancon, se baissa profondément devant le roi et se releva brutalement et poignarda saint Canut.
 
L'assassin monta sur l'autel pour s'enfuir par la fenêtre du choeur mais Palmar, un des principaux officiers du roi, le trancha en deux de sorte que la moitié du corps d'Egwind tomba dehors et l'autre resta dans l'église. Ce spectacle ranima la fureur des mutins qui massacrèrent le reste de la troupe après une résistance héroïque. Outre saint Canut qui fut achevé d'un lancer de javelot alors qu'il recommandait son âme à Dieu à l'autel, Benoît fut tué ainsi que dix-sept autres vaillants soldats.
 

Le martyr de saint Canut - Christian-Arlbrecht von Benzon.

Dieu vengea la mort de son serviteur en affligeant le Danemark d'une famine qui dura les huit années du règne suivant (celui d'Olas II, le même qui avait fait échouer l'opération en Angleterre à l'origine de l'établissement de la dîme ecclésiastique).
 
A l'issue de ce règne funeste, Eric III, prince religieux, déplaça les restes de saint Canut pour les mettre dans un lieu plus digne et envoya une ambassade à Rome afin de représenter au Souverain Pontife la sainteté de notre saint.

La chasse des reliques de saint Canut fut magnifiquement ornée et on y lit l'inscription suivante :
" L'an de Jésus-Christ 1086, dans la ville d'Odensée, le glorieux roi Canut, trahi, comme Jésus-Christ, à cause de son zèle pour la religion, et de son amour pour la justice, par Blancon [Edwig], l'un de ceux qui mangeaient à sa table, après s'être confessé, et avoir participé au sacrifice du corps du Seigneur, eut le côté percé, et tomba contre terre devant l'autel, les bras étendu en croix. Il mourut pour la gloire de Jésus-Christ, et reposa en lui le vendredi 7 juin, dans la basilique de Saint-Alban, martyr, dont quelques temps auparavant il avait apporté des reliques d'Angleterre en Danemark."
 

La cathédrale Saint-Canut à Odensée. Royaume de Danemark.

Saint Canut a un office particulier dans le bréviaire romain, le 19 janvier.
Ses attributs sont les flèches et la lance, instruments de son supplice.
 
PRIERE

" Le Soleil de justice s'était déjà levé sur votre contrée, Ô saint Roi, et tout votre bonheur était de voir ses rayons illuminer votre peuple. Comme les Mages de l'Orient, vous aimiez à déposer votre couronne aux pieds de l'Emmanuel; et, un jour, vous avez offert jusqu'à votre vie pour son service et pour celui de son Eglise. Mais votre peuple n'était pas digne de vous ; il répandit votre sang, comme l'ingrat Israël versera le sang du Juste qui nous est né, et dont nous honorons, en ces jours, l'aimable enfance. Cette mort violente que vous avez rendue profitable à votre peuple, en l'offrant pour ses péchés, offrez-la encore pour le royaume que vous avez illustré.

Depuis longtemps, le Danemark a oublié la vraie foi ; priez, afin qu'il la recouvre bientôt. Obtenez pour les princes qui gouvernent les Etats chrétiens, la fidélité à leurs devoirs, le zèle de la justice, et le respect de la liberté de l'Eglise. Demandez aussi pour nous au divin Enfant le dévouement dont vous étiez animé pour sa gloire ; et si nous n'avons pas, comme vous, une couronne à mettre à ses pieds, aidez-nous à lui soumettre nos cœurs."

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jeudi, 15 décembre 2016

15 décembre. Sainte Chrétienne, vierge et esclave, apôtre des Ibériens. 309.

- Sainte Chrétienne, ou Christiane, ou Nina ou Ninon, vierge et esclave, apôtre des Ibériens. 309.

Papes : Saint Marcel Ier (+ 309) ; saint Eusèbe Ier. Empereur romain d'Orient : Maximin II Daïa (+ 310) . Empereur romain d'Occident : Constantin Ier. Roi d'Ibérie (Géorgie) : Mirian III.

" Etonnante est la puissance de la prière."
Saint Bonaventure.

Sainte Chrétienne ou Nina. Icone du XXe.

Parmi les industries dont la sagesse divine s'est servie pour convertir les peuples les plus barbares qui étaient hors les bornes de l'empire romain, une des plus merveilleuses a été d'y envoyer des bannis, des fugitifs, des captifs et des esclaves chrétiens, lesquels, par la pureté de leurs moeurs, par l'éclat de leurs miracles et par la lumière de leurs exhortations, ont converti leurs propres maîtres et leur ont fait ouvrir les yeux pour connaître la vérité de l'Evangile.

Nous en avons un grand nombre d'exemples dans toute l'histoire ecclésiastique ; mais un des principaux et des plus illustres est celui de sainte Chrétienne, qui se trouva captive et esclave chez les Ibériens, au-delà du Pont-Euxin, du temps de l'empereur Constantin le Grand. On ne dit point de quel pays elle était, ni par quel malheur elle tomba entre les mains de ces barbares ; son nom même n'a pu être connu, et celui de Chrétienne est plutôt le nom de la religion qu'elle professait et qu'elle fit recevoir dans l'Ibérie, que celui de son baptême.

Dans la servitude, son esprit ne fut point captif ; elle y servait Dieu avec une innocence et une pureté admirables. L'oraison était sa vie et le jeûne sa nourriture. Elle obéissait à son maître et à sa maîtresse avec une douceur, une patience et une modestie qui les ravissaient ; elle méprisait l'or, l'argent et les ornements du corps, et ne se mettait en peine que de parer son âme des plus nobles vertus ; on la voyait, après avoir fait le devoir de sa condition, se rtirer dans un coin de la maison et y passer des heures entières, tant de jour que de nuit, les larmes aux yeux, et dans une prière très fervente.

Mtskheta. Géorgie : autrefois appelée Ibérie.

Cette conduite étonna d'abord les femmes du pays. Elles ne pouvaient assez admirer qu'elle vécût chaste dans un corps corruptible, et qu'elle fût joyeuse et contente dans une condition si misérable. Ses prières et ses abstinences, si longues et si constantes, les effrayaient, et elles ne comprenaient pas pourquoi elle refusait tous les plaisirs de la vie, lors même qu'ell en pouvait jouir et qu'ils lui étaient offerts. Elles l'interrogèrent sur toutes ces choses, et elle leur dit que le Dieu qu'elle adorait était un Dieu d'une pureté infinie ; que Notre Seigneur Jésus-Christ, son Fils, étant descendu sur la terre pour le salut des hommes, leur avait donné, par son exemple et sa parole, des leçons de mortification et de pénitence qu'elle était obligée de pratiquer, et qu'elle attendait après cette vie de misère un bonheur éternel, qui récompenserait abondamment toutes ses bonnes actions.

Cette réponse les étonna encore davantage, mais elles n'y comprenaient rien. Comme elles avaient coutume, lorsqu'un enfant était malade, de le porter à leurs voisines pour savoir si elles n'avaient point quelque remède à son mal, une de ces barbares lui apporta un jour son fils et lui demanda si elle ne savait point un moyen pour le guérir. Elle lui dit qu'elle n'en savait point de naturel, mais que Jésus-Christ, son Seigneur et son Dieu, le pouvait faire, et qu'elle espérait qu'il ne lui refuserait point cette grâce. En effet, elle le prit, le mit sur le cilice qui lui servait de lit et par une fervente prière, elle le rendit à la santé.

Ce miracle fit grand bruit dans la ville. La reine, qui était extrêmement malade, en fut avertie, et elle envoya aussitôt chercher la captive pour recevoir d'elle le même bienfait ; mais cette sage Chrétienne refusant d'y aller par modestie et par humilité, la reine se fit porter dans sa chambre, où, s'étant couchée sur son cilice, elle guérit semblablement par sa prière.

Mirian III, premier roi chrétien d'Ibérie.
Fresque de la cathédrale de Mtskheta. Géorgie. Ve.

Notre sainte lui dit aussitôt que Jésus-Christ l'ayant guérie, elle devait croire en Lui si elle voulait éviter les peines éternelles préparées aux idolâtres et aux infidèles. Dès qu'elle fut retournée au palais, elle raconta au roi ce qui s'était passé, et ce prince voulant envoyer de grands présents à Chrétienne, en reconnaissance d'une grâce si considérable, la reine lui dit que la captive ne voulait ni or, ni argent, ni habits précieux, parce qu'elle aimait la pauvreté et les souffrances ; mais qu'elle demandait seulement que l'on reconnût Jésus-Christ pour vrai Dieu, et que l'on quittât la superstition de l'idolâtrie, qui n'est qu'un culte abominable des démons.

Le roi fit d'abord la sourde oreille à ces propositions ; mais étant allé à la chasse et s'y trouvant en grand danger de mort, il fit voeu, s'il en était délivré, d'embrasser la religion de la captive et de croire en Jésus-Christ. Sa délivrance suivit aussitôt son voeu ; ainsi, étant retourné sain et sauf dans son palais, il fit appeler notre Sainte et lui demanda les avis nécessaires pour embrasser cette nouvelle religion. Elle lui expliqua nos mystères, selon les instructions qu'elle avait reçues dans l'Eglise et les lumières surnaturelles qui lui avaient été données dans l'oraison, et le pria de faire bâtir une église dont elle lui donna le plan. Il se rendit à tout ce qu'elle voulut, assembla son peuple avec les seigneurs de son Etat, leur fit la proposition de tout ce qu'il avait appris d'une si sainte femme, leur rapporta les miracles que Jésus-Christ avait déjà faits par son moyen, et les exhorta comme un apôtre à quitter les erreurs où il avait vécu jusqu'alors, pour reconnaître la vérité d'un seul Dieu.

Cathédrale de Mtskheta. Géorgie. IVe-Xe.

La reine, de son côté, et notre sainte, prêchèrent les femmes d'une manière très forte et très touchante. Ainsi, tout le monde convint qu'il fallait embrasser le Christianisme, détruire les idoles et leurs temples et bâtir une église où on adorerait Notre Seigneur Jésus-Christ. Le roi et la reine s'appliquèrent avec un grand zèle à cette construction, où il arriva que l'enceinte des murs étant faite et deux colonnes déjà placées sur leur base et leur piédestal, la troisième devint tellement immobile, que ni les hommes, ni les boeufs ne la purent jamais remuer ; mais la nuit, à la prière de la captive, elle s'éleva d'elle-même au-dessus de sa base, de telle sorte, néanmoins, qu'elle était suspendue en l'air à un pied au-dessus de son assiette. Le matin, tout le monde fut témoin de cette merveille, et l'on vit la colonne descendre peu à peu au lieu où elle devait être placée. Les Ibériens ayant vu ce nouveau miracle, furent parfaitement confirmés dans la foi. Le roi, par le conseil de  sainte Chrétienne, envoya des ambassadeurs à Constantin pour avoir un évêque et des prêtres, et il obtint ce qu'il demandait, avec de grands honneurs que l'empereur lui fit de son propre mouvement. Il se fit baptiser avec tout son peuple, et se maintint toute sa vie dans le zèle ardent qu'il avait pour la religion chrétienne.

Quant à notre bienheureuse captive, elle continua jusqu'à la mort la vie sainte qu'elle avait menée parmi ces peuple, et elle les confirma toujours de plus en plus dans la foi par ses paroles et ses miracles. Enfin, Notre Père des Cieux, le Grand Père de famille l'appela dans le ciel pour la récompenser des services qu'elle lui avait rendus sur la terre, et tout le pays l'honora depuis comme une sainte.

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lundi, 12 décembre 2016

12 décembre. Saint Corentin, premier évêque de Quimper. 460.

- Saint Corentin, premier évêque de Quimper-Corentin. 460.

Pape : Saint Léon Ier le Grand. Roi de Cornouailles : Salomon Ier ; Aldrien.

" Surpassez les autres par le mérite autant que vous les surpassez par le rang."
Saint Isidore d'Espagne.


Statue de saint Corentin. Institution
Notre-Dame de Kerbertrand. Quimperlé. Bretagne.

Nous empruntons au Frère Albert Le Grand, prêtre de l'Ordre des Frères Prêcheurs de Morlaix et de sa Vie des Saints de la Bretagne Armorique (1636) la notice qu'il a composée pour notre grand et saint évêque :

Saint Corentin, premier Evesque de Cornoüaille, en la Bretagne Armorique, nasquit au même Diocese, environ l'an 375, treize ans avant que le tyran Maxime passast ès Gaules, et fut, dés son enfance, instruit par ses parents en la Religion Chrestienne ; ayant esté, par une grace et protection speciale de Dieu, preservé pendant les guerres que le Roy Conan Meriadec fit aux garnisons Romaines, qu'il chassa entierément de Bretagne, il s'adonna tout de bon au service de Dieu ; et, pour mieux y vacquer, et faire un perpétuel divorce avec le monde, il se retira en une solitude, dans une forest en la Paroisse de Plou-Vodiern, au pied de la montagne de saint Cosme, où il bastit un petit Hermitage près d'une fontaine, et, tout joignant un petit Oratoire ; passant en ce lieu les nuits & les jours en prieres et Oraisons, inconnu et retiré de toute conversation humaine, mais chery et consolé de Dieu, qui jamais n'oublie ceux qui, pour son Amour, oublient toutes choses, et fortifié de sa grace contre les attaques et tentations de ses ennemis, et comblé de ses celestes et divines caresses. Pour sa nourriture et sustentation en cette solitude, Dieu faisoit un miracle admirable et continuel ; car, encore qu'il se contentast de quelques morceaux de gros pain, qu'il mendioit quelques fois és villages prochains, et quelques herbes et racines sauvages, que la terre produisait d'elle-mesme, sans travail ny industrie humaine, Dieu luy envoya un petit poisson en sa fontaine, lequel, tous les matins, se presentoit au Saint, qui le prenoit et en coupoit une piece pour sa pitance, et le rejetoit dans l'eau, et, tout à l'instant, il se trouvoit tout entier, sans lesion ny blesseure, & ne manquoit, tous les matins, à se présenter à saint Corentin, qui faisoit toûjours de mesme.

En mesme temps, vivoit un saint Prestre solitaire, nommé Primael, ou Primel, lequel menoit une vie fort sainte dans une forest en Cornoüaille (1). Saint Corentin l'alla visiter, pour recevoir de luy quelques salutaires instructions ; saint Primaël le recueillit gracieusement, et passerent les deux Saints le reste de la journée en saints propos et colloques spirituel, & la nuit suivante en prieres et Oraisons. Le matin, saint Corentin desira dire la Messe en l'Oratoire de saint Primael, qui, luy ayant disposé tout ce qui estoit requis & necessaire, s'en alla querir de l'eau à une fontaine assez éloignée de son Hermitage ; Saint Corentin l'ayant longtemps attendu, sortit de la Chapelle et vit venir le saint vieillard tout doucement et à petits pas tant pour sa lassitude et que la fontaine estoit loin de là, que parce qu'il estoit boiteux. Saint Corentin, le voyant tout hors d'haleine, en prit pitié et supplia Nostre Seigneur de luy octroyer de l'eau plus prés de son Hermitage ; puis, dit la Messe, pendant laquelle il reïtera son Oraison ; Dieu exauça sa priere, car au lieu mesme où il mit son baston en terre, après la Messe, il rejaillit une source d'eau, dont les deux Saints rendirent graces à Dieu ; et, ayant séjourné quelques jours avec saint Primaël, il s'en retourna en son Hermitage à Plovodiern.

Encore qu'il tâchast à se derober de la hantise et conversation des hommes, si ne se peut-il tellement cacher, que la reputation de sa Sainteté ne retentit par toute la Bretagne, de sorte que deux Personnages de grande sainteté le vinrent visiter en son Hermitage (2) ; saint Corentin les receut fort humainement ; et, pour les festoyer, leur dressa des crépes (à la mode du païs) qu'il accomoda de quelque peu de farine qu'on luy avoit donnée par aumône és villages prochains ; mais Dieu, qui ne délaisse ceux qui ont jetté en luy toute leur espérance, pourveut miraculeusement à la nourriture de ses serviteurs ; car saint Corentin, estant allé puiser de l'eau à la fontaine, la trouva pleine de belles et grosses anguilles, dont il en prit autant qu'il luy fut nécessaire pour festoïer ses hotes, lesquels se retirerent, loüans Dieu qui, par des miracles si signalez, témoignait la Sainteté de son serviteur saint Corentin.


Saint Corentin. Faïencerie Henriot. Quimper. XIXe.

En ce temps-là, le Roy Grallon, qui avoit succedé à Conan Meriadek, se tenoit, avec toute sa Cour, en la Ville de Kemper-Odetz, capitale du Comté de Cornoüaille. Un jour, estant allé à la chasse, il donna jusques dans la forest de Nevet (qui n'est plus), en la Paroisse de Plovodiern, proche l'Hermitage de saint Corentin ; et, ayant chassé tout le jour, sur le soir, il s'égara dans la forest, et enfin se trouva prés l'Hermitage du Saint, avec une partie de ses gens, ayans tous bon appétit ; ils descendirent et s'adresserent au Saint Hermite, luy demanderent s'il ne les pourroit pas assister de quelques vivres ?
" Oüy (répondit-il), attendez un petit, & je vous en vays querir."

Il s'en alla à sa fontaine, où son petit poisson se représenta à luy, duquel il en coupa une piece de dessus le dos et la donna au maistre d'hôtel du Roy, luy disant qu'il l'apprestast pour son maistre & les Seigneurs de sa suite; le maistre d'hôtel se prit à rire et se mocquer du Saint, disant que cent fois autant ne suffiroit pour le train du Roy. Neanmoins, contraint par la nécessité, il prit ce morceau de poisson, lequel (chose étrange !) se multiplia de telle sorte, que le Roy et toute sa suite en furent suffisamment rassasiez. Le Roy, ayant vu ce grand Miracle, voulut voir le poisson duquel le Saint avoit coupé ce morceau et alla à la fontaine, où il le vit, sans aucune blessure, dans l'eau ; mais quelque indiscret (que la Prose, qui se chante le jour de la Feste du Saint, dit avoir esté de l'Evesché de Leon) en coupa une pièce pour voir s'il deviendrait entier, dont il resta blessé, jusqu'à ce que saint Corentin y vint, qui, de sa Benediction, le guerit, et luy commanda de se retirer de là, de peur de semblable accident, à quoy il obéït (3).

Le Roy Grallon, ravy de ces merveilles, se prosterna aux pieds du saint Hermite et luy donna toute sa forest & une maison de plaisance qu'il avoit en ladite paroisse de Plovodiern ; puis, s'étant recommandé à ses prières, il se retira à Kemper-Odetz. Saint Corentin convertit cette maison que le Roy luy avait donnée en un Monastere, où, ayant amassé nombre de saint Religieux, il vivoit en grande sainteté & austerité.


Cathédrale Saint-Corentin. Quimper. Bretagne.

Le Saint, sachant combien il importoit au bien de la république que les enfans des seigneurs et gentilshommes fussent, de bonne heure, élevez et dressez à la vertu, prenoit le soin de les instruire ; et, à cette fin, il avoit un nombre de pensionnaires en son Monastere, entre lesquels les plus signalez furent Wennolé, Tugdin et Jacut, lesquels, depuis, furent Abbez en trois celebres Monasteres. Quelque temps après, le Roy Grallon fut supplié par les seigneurs et tout le Peuple de procurer l'erection d'un Evesché à Kemper-Odetz, pour le Comté de Cornoüaille, le Roy s'y accorda, et, ayant fait toutes les dépêches requises, nomma saint Corentin à ce nouveau Evesché, et, l'ayant mandé, l'envoya à Tours vers saint Martin, Archevesque dudit lieu, pour estre par luy sacré, luy donnant pour compagnons Gwennolé & Tugdin (4), pour estre benits Abbez de deux Monasteres qu'il vouloit édifier. Ils furent gracieusement receus du saint Archevesque, lequel, au desir des lettres du Roy, consacra saint Corentin, mais ne voulut benir les deux autres, disant que c'estoit à faire à luy à benir les Abbez de son Diocese. Les Saints, ayans achevé leur legation, s'en retourneront à Kemper-Odetz, où le Roy, avec toute sa Cour, les receut, et fut dressé une entrée Episcopale et solemnelle à saint Corentin, qui prit possession de son Siège et celebra Pontificalement la Messe.

Le Roy vint à l'offrande & offrit à Dieu et au saint Prélat son palais qu'il avoit dans Kemper (5) et grand nombre de terres et possessions ; les princes et seigneurs de sa Cour, à son exemple, en firent de mesme, chacun selon ses moyens et facultez. Le lendemain, saint Corentin benit solennellement ses deux saints disciples, Abbez, destinant Gwennolé pour le Monastere de Land-Tevenec, que le Roy Grallon fonda quelque temps après. Ce pieux prince, non content des dons qu'il avoit faits au saint Evesque, fonda la Cathedrale, arrenta nombre de Chanoines ; et, pour laisser la Ville libre à saint Corentin, il en retira sa Cour et la transfera en la fameuse ville d'Is.

Saint Corentin, considérant que cette nouvelle dignité requeroit de luy une nouvelle sollicitude, commença, à bon escient, à cultiver son Diocese ; il confera les saints Ordres à bon nombre de vertueux personnages, lesquels il instruisoit pour les faire Recteurs de son Diocese, lequel il visita et distribua par paroisses et trèves, preschant partout d'une ardeur et zele admirables, non moins d'exemple que de vive voix, n'ayant relasché rien de ses austeritez ordinaires. Ayant saintement gouverné son troupeau quelques années, Dieu le voulut récompenser de ses travaux et luy envoya une maladie, qui l'affaiblit tellement, que, prévoyant l'heure tant désirée s'approcher, il fit venir tous ses Chanoines et Religieux, et, les ayant exhortez à l'Amour de Dieu et perseverance en leur vocation, il receut, en leur presence, ses Sacremens ; puis, leur ayant donné sa benediction, il rendit son Ame beniste és mains de son Createur, le 12 décembre l'an 401.

Son corps lavé fut revétu de ses Ornemens Pontificaux et porté dans son Eglise Cathedrale ; et son décez estant sceu par le Pays circonvoisin, il se rendit une si grande affluence de peuple à Kemper-Odetz, pour voir son saint Corps et le baiser, qu'on ne le pût si-tost enterrer qu'on s'estoit proposé ; les malades y alloient et estoient gueris ; les muets, sourds, boëteux, aveugles y receurent l'usage de leurs membres ; les demoniacles y furent délivrez, et plusieurs autres miracles s'y firent en témoignage de sa sainteté. Le Roy Grallon, qui s'estoit rendu à Kemper-Odetz, quand il eut avis de sa maladie, assista, avec sa cour, à son enterrement, qu'il fit faire avec autant de pompe et magnificence, que si c'eust esté pour luy mesme, et défraya le tout ; il fut ensevely dans le Choeur de sa Cathedrale devant le grand Autel, où Dieu a fait plusieurs miracles par son intercession, aucuns desquels nous rapporterons icy, à la gloire de Dieu & de son Saint, duquel la memoire fut si douce à ses citoyens, qu'ils donneront son Nom à leur Ville, l'appelans KEMPER-CORENTIN, & non plus KEMPER-ODETZ.


Cathédrale Saint-Corentin. Quimper. Bretagne.

Une damoiselle, ayant receu quelque faveur par les merites et intercessions de saint Corentin, fit voeu d'offrir quelque quantité de cire à son Eglise, et vint rendre son voeu ; comme elle s'approcha de l'Autel pour l'y présenter, le diable la tenta de le retenir, ce qu'elle fit ; mais la misérable fut punie sur le champ ; car la main qu'elle avoit tirée se ferma si fort, que, quelque effort qu'elle fit, elle ne la pût ouvrir ; se voyant punie de la sorte, elle s'en retourna au logis fort désolée, suppliant saint Corentin de luy impetrer l'usage de la main. Une nuit qu'elle prioit de grande ferveur, saint Corentin luy apparut, glorieux et resplendissant, et luy dit :
" Ma fille, quand vous aurez promis quelque chose à Dieu, ou à ses serviteurs, ne vous en dédites pas, mais accomplissez le gayement ; allez demain à mon Eglise et priez devant mon tombeau, et vous recevrez guerison."

Le lendemain, la femme alla prier au Sepulchre du Saint, où s'estant endormie, saint Corentin lui apparut de rechef et luy dit qu'elle estoit guerie ; elle, se reveillant là dessus, se trouva avoir le maniement de sa main libre, dont elle rendit graces à Dieu et à saint Corentin. Il apparut à un larron et le frappa de Paralysie, dont il ne pût jamais estre guery, qu'il n'eut restitué ce qu'il avoit dérobé. Quelques méchans, estans entrez de violence dans la maison d'un honneste Personnage, l'enfermerent dans un coffre, à dessein de l'y laisser mourir de faim ; ce pauvre homme eut recours à Dieu par l'entremise de saint Corentin, lequel parut en la chambre, tout éclatant et glorieux, et, du bout de sa Crosse, leva la serrure de ce coffre et délivra ce pauvre homme, qui, de ce pas, alla à son Eglise remercier Dieu et son serviteur saint Corentin. L'an de grace 1018, Alain Caignard, comte de Cornoüaille, pensa devenir aveugle, à cause d'une défluxion qui luy tomba sur les yeux ; à laquelle les médecins ne pouvoient remédier ; en cette affliction, la Comtesse Judith, sa femme, fille de Judicaël, Comte de Nantes, luy conseilla de faire voeu à saint Corentin, et promettre de donner quelques terres et heritages à son Eglise : il la crût, et ainsi, ayant fait dresser et signé les contrat des terres qu'il disposoit donner, il se fit porter à Kemper-Corentin, où il visita l'Eglise et fit sa priere, puis mit ces contrats sur l'Autel, offrant à Dieu et à saint Corentin les terres et héritages qui y estoient mentionnez, et, aussi-tost la défluxion se dissipa, et, du depuis, n'eut plus mal aux yeux. Ce saint corps demeura à Kemper jusques à l'an 878. que les Normands ayans pris terre en Cornoüaille, les Chanoines et Ecclesiastiques de Kemper se retirerent à Tours, emportans le tresor de leur Eglise, et, entre autres Reliques, le Corps de saint Corentin, qu'ils mirent en l'Eglise de saint Martin ; depuis, il fut transporté à Marmoutier, où il est reverement conservé.


Statue de saint Corentin. Eglise Saint-Méen. Arzano Bretagne.

(1) En voyant saint Corentin vivre en ermite dans la forêt de Névet, et aller faire visite à un autre solitaire plusieurs ont supposé que leurs ermitages étaient voisins ; c'est une erreur. M. de Kerdanet a très bien désigné le lieu sanctifié par saint Primael ; il est marqué par une chapelle aujourd'hui en ruines, dans la paroisse de Saint-Thois, non loin de la route de Quimper à Châteauneuf, sur un des points les plus pittoresques de cette contrée accidentée.

(2) L'ancienne Vie dit que ces visiteurs étaient saint Malo et saint Patern ; au nom du premier, dom Plaine a substitué le nom de saint Melaine dans la traduction ; encore aurait-il mieux valu qu'il se contentât de la note chronologique qu'il a placée sur le texte latin. - A.-M. T.

(3) Ce n'est pas du tout l'ancienne Vie qui indique la nationalité du serviteur de Grallon coupable d'avoir mutilé le poisson de saint Corentin. Et d'abord, ce personnage n'est pas un voleur ; Albert Le Grand l'appelle plus judicieusement " un indiscret " ; ce n'est donc pas à lui qu'il faut appliquer la fameuse strophe que l'on chantait trois fois dans la séquence ou prose usitée pour la fête de saint Corentin.

" Aperitur clausa manus,
Reddit furtum et fit sanus
Latro de Leonia."


Il s'agissait là d'un voleur de profession, et vraiment Léonard de naissance, qui étant venu à Quimper afin de pouvoir faire son métier dans la foule le jour où l'on consacrait la cathédrale, n'empara d'un peloton de fil de soie au détriment d'un pèlerin. Sa main se ferma sur l'objet du larcin et ne put s'ouvrir que quand le larron eut réclamé l'intervention du saint patron de la Cornouaille et promis la restitution. Non-seulement ce malheureux se convertit, mais il devint un zélé propagateur de la dévotion à saint Corentin. La tradition populaire (malencontreusement suivie par Albert Le Grand) a confondu le Léonard voleur de soie (illustré par la séquence) et le mutilateur du poisson. - A.-M. T.


Saint Corentin. Eglise Saint-Léger. Saint-Léger-des-Prés.
Diocèse de Rennes. Bretagne. XVIIIe.

(4) On sait peu de choses sur saint Tudy : il débuta dans la vie religieuse sous la discipline de saint Mandat, puis il vécut en solitaire à l'île qui porte son nom, et fonda une abbaye là où est aujourd'hui la belle église paroissiale de Loctudy (XIIe siècle). M. de la Borderie (tome III , p. 166) suppose que cette abbaye subsista peu de temps et qu'elle fut, non pas restaurée, mais remplacée par un nouveau monastère avant la fin du XIe siècle où l'on voit figurer dans deux chartes du duc Alain Fergent, les noms de deux abbés de saint Tudi : Guégon et Daniel. Ce nom d'abbé indique bien, il est vrai, des chefs de maisons monastiques ; mais il y eut à une époque très reculée un collège de chanoines ou de chapelains desservant l'importante église que les barons du Pont (Pont-l'Abbé) avaient érigée dans les dépendances de leur château, en l'honneur de saint Tudy ; on pourrait se demander si l'abbé de saint Tudy n'était pas le prélat de ce collège canonial. Parmi les reliques dont il a été parlé aux annotations de la Vie de saint Guénolé figurent celles de saint Tudy, portées du monastère d'Anaurot à l'île de Groix, et retrouvées au XIe siècle, sur les indications d'un moine de Sainte-Croix de Quimperlé. Conservées dans l'île, du moins en partie, jusqu'à la Révolution, elles sont aujourd'hui perdues. Saint Tudy est le patron de Groix, des deux paroisses qui portent son nom, et de plusieurs chapelles. Avec saint Primael, il est représenté dans un beau vitrail à la chapelle du Grand-Séminaire de Quimper. - A.-M. T.

(5) C'est-à-dire le château, situé au confluent de l'Odet et du ruisseau appelé le Frout. C'est en effet à cette place que saint Corentin bâtit la cathédrale et le monastère où il devait vivre entouré de ses religieux. Ce fut là le centre d'une ville nouvelle appelée en latin Corisopitum, (parce que les habitants de la contrée s'appelaient les Corisopites), et en breton Kemper qui veut dire confluent ; l'ancienne ville s'étendait sur les deux rives de l'Odet, mais en aval, là où sont les faubourgs de Locmaria et de Bourlibou, rejoints alors par un pont. Cette vieille cité s'appelait Civitas Aquilae ou Civitas Aquilonia.

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