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samedi, 08 juillet 2017

8 juillet. Sainte Elizabeth, reine de Portugal, veuve. 1336.

- Sainte Elizabeth, reine de Portugal, veuve. 1336.

Pape : Benoît XII. Roi de Portugal : Alphonse IV, le Brave. Roi de France : Philippe VI.

" Sainte Elizabeth a été un ange de piété, un ange de charité, un ange de douceur ; jamais moine n'a plus constamment prié que cette sainte, jamais pénitent ne s'est plus mortifié, jamais dévot n'a entrepris de plus grandes choses pour la gloire de Dieu et le bien du prochain."
Père Ceriziers. Eloge de sainte Elizabeth de Portugal.


Sainte Elizabeth distribuant des aumônes aux pauvres.
Daniel Gran. XVIIIe.

Née en 1271, probablement à Saragosse, Isabelle (ou Elisabeth) est la dernière des six enfants de Pierre III d'Aragon (1) et de Constance, petite-fille de Frédéric II. L’enfant reçoit au baptême le nom de sa grand-tante, sainte Elisabeth de Thuringe (ou sainte Elizabeth de Hongrie), que le pape Grégoire IX avait canonisé en 1235. Lors de sa naissance, son père n'est encore qu'infant d'Espagne, constamment opposé à son père, Jacques Ier (2). La naissance d'Isabelle permet la réconciliation familiale. En effet, Pierre confie l’enfant à Jacques Ier qui, pendant cinq ans (1271-1276), veille tendrement sur sa petite-fille. Devenu cistercien, l'aïeul qui n'est nullement gâteux mais lucide, surnomme sa chère Isabelle par une appellation prémonitoire :
" Mon bel ange de la paix."
L'existence entière de l'enfant confirmera ce diagnostic.

En 1283, l'adolescente est demandée en mariage par les princes héritiers d'Angleterre et de Naples, et aussi par le roi Denis de Portugal (3) pour qui opte la chancellerie espagnole. Après avoir magnifiquement accueilli sa jeune fiancée à Bragance, résidence de la cour, le prince paraît d'abord filer le parfait amour, d’autant plus qu’Elisabeth lui donne deux enfants : Constance, le 3 janvier 1290, et Alphonse, le 8 févier 1291, prince-hériter du royaume.

Premier des rois-organisateurs, Denis promeut une parfaite mise en valeur de ses états : plantation de pins pour construire une flotte puissante, développement rationnel du commerce et de l'industrie. Prenant ses distances envers la Castille, il crée à Lisbonne, l'Estudo geral, embryon de l'université future. Sa nationalisation des ordres militaires de Calatrava et de Santiago conforte l'unité de son royaume. En 1312, il transforme et rénove les Templiers en Ordre du Christ.


Le roi Denis (Dinis) de Portugal.

Cependant, un surnom infâmant lui est attribué : Denis, le faiseur de bâtards ; juste reproche. De fait, souverain intelligent et éclairé, bon administrateur autant que brave soldat, bon, pondéré et juste, le roi Denis laisse échapper ses sens dans une sensualité débridée. Et pourtant, il chérit son épouse qu’il trompe régulièrement :
" C'est plus fort que moi, avoue-t-il à Elisabeth, pourtant, je vous aime."
La noble offensée lui rétorque :
" Certes, vous m'offensez et j'en pleure. Pourtant, c'est le divin amour que vous bafouez. Devant lui, nous sommes unis à jamais."

Autant pour se faire pardonner que par bonté, le roi Denis permet que sa femme distribue d'opulentes aumônes que les courtisans reprochent à leur reine :
" Vous en faites trop, Majesté, certains vous comparent à une bonne poire que l'on savoure à volonté."
Elle répond :
" Ami, je ne puis entendre les gémissements de tant de pauvres mères et la voix des petits-enfants. Je ne puis voir les larmes des vieillards et les misères de tant de pauvres gens sans m'employer à soulager les malheurs du pays. Les biens que Dieu m'a confiés, je n'en suis que l'intendante, pour secourir toutes détresses."
Plus encore, la reine prend soin des enfants illégitimes de son époux. On s'exclame autour d'elle :
" N'est-ce pas un comble ?"
L'interpellée fournit ses motivation, couronnées d'excuses sublimes :
" Ces bâtards du roi sont des petits innocents. Je leur procure donc bonnes nourrices et chrétienne éducation. Sans doute ai-je mal su retenir mon mari qui est pourtant si bon !"

Atteint de jalousie morbide, le Roi est irritable, furieux à l'excès par crises subites. Fâché contre lui-même, le malheureux croit devoir séquestrer la Reine au château d'Alemquer.
" Vous êtes plus mère qu'amante en me préférant votre fils."
Alors que les courtisans plaignent l'exilée, elle leur répond :
" La divine providence veillera parfaitement sur mes intérêts. Je les lui abandonne. Finalement, Dieu saura faire éclater mon innocence et enlever de l'esprit du roi, mon seigneur, les mauvaises impressions que j'ai pu lui causer."
De fait, le colérique pour cause d'incontinence, s'excuse bientôt à genoux et la comble de cadeaux :
" La ville de Torres-Vedras en Estrémadure, sur le fleuve côtier Sizandro, sera votre propriété. Que ce don témoigne de ma repentance pour les peines dont je vous ai abreuvée."

Un jour d’hiver le roi Denis en colère, avise son épouse dont il croit le tablier rempli de pièces d'argent destinées aux pauvres. Il l’arrête brusquement lui ordonne :
" Ouvrez votre tablier, Madame, et découvrez votre fardeau."
Au lieu de l'argent qu'il escomptait récupérer, le roi découvre des fleurs magnifiques, spécialement des roses épanouies, totalement hors-saison. Honteux et confus, il s'excuse mais demeure songeur :
" Je croyais bien trouver de l'argent destiné aux gueux. J'ai trouvé une brassée de belles fleurs, largement épanouies en plein hiver. Mon épouse serait-elle une sainte ?"
A cause de ce miracle des fleurs, elle sera représentée : tablier ouvert sur une jonchée de roses.

En 1315, un page, gracieux et vertueux, admire respectueusement la reine dont il est le secrétaire. Un autre page, envieux, dit au souverain :
" Majesté, ne seriez-vous pas enclin à croire que ce jeune et dévoué serviteur de votre gracieuse épouse, suscite en elle plus d'attention affectueuse que ne le permet la loi divine ?"
Le roi Denis qui s'estime trompeur trompé, en éprouve un si vif dépit qu’il projette de faire mourir son rival. Lors d'une promenade à cheval, le roi Denis qui passe près d'un four à chaux, dit au chef du chantier :
" Attention mon ami ; affaire d'état ! Demain matin, se présentera devant vous l'un des mes pages. De ma part, il vous posera la question : Avez-vous exécuté l'ordre du roi Denis ? Assurez-vous de sa personne et jetez-le dans votre four."
Le lendemain, le roi Denis avise le page dévoué à la reine :
" Tu sais où se trouve le four à chaux proche du palais. Vas-y et, sur place, interroge les responsables : " Avez-vous exécuté les ordres du roi Denis ?" Ensuite, reviens vite m'apporter leur réponse."
Le page se met en route sur le champ, mais passant devant une église où la cloche, annonce l'élévation, il entre et s'attarde dans le sanctuaire. Au palais, le souverain s'impatiente ; une voix intérieure insinue :
" Tes ordres ont-il été exécutés ? Il faudrait t'en assurer !"
Le roi appelle un serviteur qui est justement le calomniateur et lui ordonne :
" Prends un bon cheval dans nos écuries et galope jusqu'au four à chaux qui jouxte nos domaines. Là, tu interrogeras les ouvriers par le simple mot-de-passe : Avez-vous exécuté les ordres du roi Denis ?"
Dès son arrivée sur le chantier, il demande :
" Avez-vous exécuté les ordres du roi Denis ?"
Il est saisi et jeté au feu sans autre forme de procès.

Quand survient le pieux page, réconforté par sa longue halte priante, on lui répond :
" Travail accompli. Sa majesté sera satisfaite."
Le vertueux page rentre au palais. Sidéré, le roi Denis lui dit :
" Tu en as mis du temps pour exécuter cette mission de confiance. Qu'est-il arrivé ?"
Le page répond :
" Sire, veuillez me pardonner."
Le Roi ordonne :
" Mais encore : explique-toi franchement."
Et le page de répondre :
" Voilà mon excuse, Sire, veuillez l'accepter."
Le roi insiste :
" Je te somme de me dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité."
Le page répond :
" Mieux vaut tout vous avouer, voici l'affaire. A vos ordres, je faisais diligence lorsque, passant près d'une église où l'on célébrait la messe, j'entendis la clochette de l'élévation. J'entre et attends la fin. Ensuite, j'assiste une seconde, puis à une troisième messe. En effet, mon père mourant me fis jurer sur son lit de mort : " Beau fils, sois fidèle à la tradition des trois messes à la suite. Dieu te protègera !"
Enfin, le roi demande :
" Ensuite, bien sûr, tu es allé au four à chaux."
Et le page répond :
" Certes et rapidement. Là les ouvriers me confièrent le message qui vous rassurera : Travail accompli. Sa majesté sera satisfaite."

Honteux d'avoir pu causer la mort d'un homme par jalousie, le roi Denis s'exclame :
" Le doigt de Dieu est là."
Converti, il s'applique à réparer ses erreurs passées. Quant au page, il comprend parfaitement qu'un autre est mort à sa place, à cause de son providentiel retard. Les courtisans disent au Roi :
" Après tout, le calomniateur est puni. La divine justice y a pourvu."

En 1317, le prince-héritier Alphonse, marié à l'Infante de Castille, craignant d'être supplanté par les bâtards de son père, fomente une conspiration contre Denis et s'avance avec une armée. Elisabeth s'interpose :
" Fils bien-aimé, renoncez à cet affrontement. Je ferai tout pour préserver vos droits. De plus, quant au fond, votre père n'est-il pas juste et bon ?"
Bientôt, la réconciliation est accomplie, et Jean XXII félicite la souveraine :
" Vous êtes admirable d'avoir pu réconcilier votre époux et votre fils, tellement montés l'un contre l'autre !"

Bientôt, elle obtiendra la réconciliation de Ferdinand IV, roi de Castille avec Alphonse de Cerda, son cousin germain, qui se disputent la couronne. Elle réconciliera aussi Jacques II, roi d'Aragon, son propre frère, avec le roi de Castille, son gendre. Toujours apaisante et tutélaire, la reine de Portugal arrange les affaires et réconcilie les antagonistes. Son talent de pacificatrice est tellement connu et reconnu que le bon peuple s'y repose :
" Tant que vivra Dame Elisabeth, nous vivrons en paix."
De fait, ce charisme d'apaiseuse s'exerce jusqu'au seuil de l'éternité.

En 1324, le roi Denis tombe gravement malade et son épouse s'applique à bien le préparer à la mort :
" Somme toute, Majesté, les rois ne sont que les bergers de leur peuple. Ensemble, détestons nos péchés. Ils nous seront remis par la divine Bonté qui nous ouvrira les portes du ciel."
L'année suivante, à Santarem, sur la rive droite du Tage, meurt saintement le roi Denis.

La reine Elisabeth qui rappelle souvent le conseil de saint Paul, " que tout se fasse avec bienséance et dans l'ordre " (I, Corinth., XIV, 10.), assiste aux funérailles solennelles de son époux et accompagne le corps jusqu'au monastère cistercien d'Odiversa, sépulture royale. Pour le salut de son mari, elle fait un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle où elle offre au sanctuaire la couronne d'or qu'elle avait portée le jour de son mariage. Ensuite, elle voudrait se retirer du monde au couvent de Coïmbre, dont elle était la seconde fondatrice pour finir sa vie, mais elle recule par charité réaliste et, sans trêve ni relâche, secourt les pauvres et travaille à établir ou rétablir la paix. Elisabeth prend toutefois l'habit du tiers-ordre de Saint-François, et se contente d'habiter une maison proche du monastère, vivant elle-même selon la règle du tiers-ordre. Ayant obtenu du Saint-Siège le privilège d'entrer dans le cloître, elle va souvent chez les moniales pour s'entretenir avec elles. Dans sa maison il y a toujours cinq religieuses du monastère avec lesquelles elle prie, récite l'office et vit en communauté. Elle le fait à pied, déjà âgée de soixante-quatre ans, un deuxième pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, demandant l'aumône en route.

Alors qu’elle vient de fonder à Lisbonne le couvent de la Trinité, le premier sanctuaire où l'on vénère l'Immaculée Conception, et qu'elle y fait ses dévotions, on lui annonce subitement :
" Noble dame, nouveau malheur ! La guerre paraît imminente entre Alphonse IV, roi du Portugal, votre fils et Alphonse XI, souverain de Castille, votre neveu."
A cette nouvelle, la sexagénaire décide :
" Partons immédiatement pour Extremoz : il faut rétablir la concorde."
Ce qui fut dit, fut fait. Une fois encore, succès de la fine diplomate. Cette bien-avisée meurt irradiée de joie d'avoir pu éviter le conflit. Elle résume sa dernière démarche par une exclamation qui constitue son mot-de-passe pour l'éternité :
" Procedamus in pace ", " avançons en paix ".

Apprenant peu après que son fils Alphonse et son petit-fils, le roi de Castille, entraient en guerre, elle se rendit à Estremoz chez son fils. A peine arrivée, elle tomba malade. Béatrice tient affectueusement la main de sa belle-mère, lorsqu'elle sent une légère pression et entend un appel :
" Approchez donc un siège, mamie."
La princesse répond :
" Mais il n'y a personne pour l'occuper."
La Reine réplique :
" Sûrement que si, en effet, j'aperçois une belle dame radieuse, vêtue d'une robe éclatante de blancheur. Elle vient me chercher. Je la reconnais : c'est Marie, mère de tout grâce."
Ce furent ces dernières paroles, le 4 juillet 1336.


Manuel Ier de Portugal.

Le corps de la reine Elisabeth, transféré d'Estremoz à Coïmbre, est déposé au monastère des Clarisses où le peuple pieux, en foule, le vénère. En 1520, à la demande du roi Manuel Ier de Portugal (4), le pape Léon X autorise le culte, dans le diocèse de Coïmbre ; trente ans après, Paul IV l’étend à tout le royaume. En 1612 on retire du tombeau de marbre le corps entier d'Elisabeth, enseveli dans un drap de soie et placé dans un coffret de bois précieux recouvert de cuir : le visage de la sainte reine est encore régulier et souriant. Alphonse, évêque de Coïmbre, édifie une splendide chapelle. On y dépose les restes de la souveraine, dans une magnifique châsse d'argent massif. Canonisée par Urbain VIII le 25 mai 1625, Elisabeth suscite grande dévotion et se trouve exaltée par de nombreux panégyristes. La fête qui avait été transférée du 4 juillet au 8 juillet, par Innocent XII (1695) fut de nouveau fixée au 4 juillet par Paul VI.

NOTES

1. Pierre III, le Grand (né en 1239), fut roi d'Aragon (1276-1285) et roi de Sicile (1282-1285). Fils de Jacques I° d’Aragon, il acquit des droits sur les anciennes possessions des Hohenstaufen en Italie par son mariage avec Constance, fille de Manfred, roi de Sicile, et héritière des Hohenstaufen (1262). Il accueillit à la cour d'Aragon les chefs siciliens dressés contre la tyrannie angevine, tels Roger de Lauria et Jean de Procida, et fut l'instigateur des Vêpres siciliennes (30 mars 1282) qui renversèrent la domination française. Dès le 4 septembre 1282, il s'emparait du pouvoir à Palerme et prit en Sicile le nom de Pierre I°. Charles d'Anjou obtint du pape Martin IV l'excommunication de Pierre III, et organisa une croisade d'Aragon (1284-1285) qui, menée par Philippe III le Hardi, roi de France, se termina par la victoire de l'Aragonais. Pierre lII avait fait de l'Aragon la pre­miè­re puissance de la Méditerranée occidentale, et c'est avec lui que commença l'intrusion de l'Espagne dans les affaires ita­lien­nes. En Aragon, il se trouva aux prises avec l'opposition de la no­blesse et des villes, qui obtinrent de lui le Grand Privilège (1283). Il mourut à Villafranca del Panadès (Catalogne) le 10 novembre 1285.

2. Jacques Ier le Conquérant (né à Montpellier, en 1208), fils et suc­cesseur de Pierre II, fut roi d'Aragon de 1213 à 1276. Il conquit sur les Maures les royaumes de Valence (1238) et de Murcie (1266) ; il conquit et annexa les îles Baléares (1229-1335). Au trai­té de Corbeil (1258), saint Louis renonça aux comtés de Bar­ce­lone et de Roussillon, tandis que Jacques I° re­nonçait à toute prétention au-delà des Pyrénées, excepté Montpellier. Un de ses fils, Pierre III, régna sur l'Aragon, un autre Jacques I°, régna sur Majorque. Jacques I° qui écrit la chronique de son règne, mourut à Valence le 27 juillet 1276.

3. Denis Ier est le fils et le successeur du roi Alphonse III de Portugal qui mourut à Libonne le 16 novembre 1279.

4. Manuel Ier le Grand ou le Fortuné, né en 1469, était le fils du duc Ferdinand de Viseu qui appartenait à une branche cadette de la maison de Portugal. En 1495, le roi Jean II étant mort sans enfant légitime, Manuel lui succéda sur le trône du Portugal. Il soutint activement les grandes explorations maritimes : sous son règne que Vasco de Gama doubla le cap de Bonne-Espérance et que Cabral aborda au Brésil (1500). Il fit de sa cour un grand centre d'activité littéraire et scientifique réforma les lois, bannit les Juifs et les Maures qui s'étaient réfugiés au Portugal après la prise de Grenade. On appela " manuélin " le style qui in­troduisit de la Renais­sance dans l'architecture portugaise (château de Cintra, église du Christ à Setubal, cloître de Belem). Par sa politique de mariages Manuel espérait assurer à ses héritiers la couronne d’Espagne. Il mourut à Lisbonne le 13 décembre 1521.

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dimanche, 18 juin 2017

18 juin. Saint Ephrem, diacre d'Edesse et Docteur de l'Eglise. 378.

- Saint Ephrem, diacre d'Edesse et Docteur de l'Eglise. 378.
 
Pape : Saint Damase Ier. Empereurs romains d'Orient : Valens ; Théodose Ier. Empereurs romains d'Occident : Valentinien Ier ; Valentinien II.
 
" Ô mon Dieu, je vous bénis... parce que vous m'avez châtié."
Tob. XI, 17.
 

Ce grand Docteur qui illustra l'Église de Syrie, naquit à Nisibe, en Mésopotamie, vers l'an 306. Ephrem fut consacré à Dieu dès son enfance. Quoique pauvre et vivant uniquement des produits de la terre, sa famille possédait l'insigne privilège de compter plusieurs martyrs dans ses rangs et ses parents avaient eu l'insigne honneur de confesser Notre Seigneur Jésus-Christ publiquement - et en en réchappant - pendant la persécution de Dioclétien.

Bien qu'encore jeune, Ephrem alla trouver saint Jacques de Nisibe qui l'éleva comme un fils. Prévenu des lumières de l'Esprit-Saint, il s'ensevelit dans la solitude vers sa dix-huitième année, et établit sa demeure dans une grotte au pied d'un rocher.

Ce précoce anachorète passait ses jours et ses nuits à méditer les Saintes Écritures tout en se livrant aux plus rudes exercices de la pénitence. Il couchait sur la dure et passait des journées entières sans manger. En guise de travail, il tissait des voiles de navire au profit des pauvres. Porté à la colère, par tempérament, il dompta si bien les penchants viciés de sa nature, qu'on le surnomma : la douceur de Dieu.

Ordonné diacre par l'évêque de Nisibe, saint Ephrem fut chargé d'annoncer la parole de Dieu. Prédicateur inspiré, il parlait avec une éloquence qui subjuguait ses auditeurs. Ses discours portaient la lumière et la conviction dans les âmes des fidèles qui accouraient l'entendre prêcher.


Ménées des Grecs. Chypre. XIIIe.

La pensée à laquelle saint Ephrem revient sans cesse dans ses exhortations comme dans ses conversations et ses prières publiques, est celle du jugement dernier. Dans l'une de ses prédications, il engagea un dialogue avec son auditoire sur le grand Jour du Jugement. Il en fit une représentation si terrifiante par l'inquiétude des demandes et l'effrayante précision des réponses, que cette harangue est demeurée célèbre dans toute la chrétienté d'Orient.

Apôtre de la pénitence, saint Ephrem en représentait lui-même un parfait modèle pour tous. Par son exemple et ses paroles, il convertit un grand nombre d'idolâtres et d'hérétiques. Il combattit victorieusement ces derniers par des écrits d'une science magistrale.

Obligé de quitter la ville de Nisibe tombée aux mains des Perses, le saint diacre se retira à Edesse où il passa les dix dernières années de sa vie. Il résolut de s'adonner plus que jamais à la prière.


Saint Ephrem et saint Basile le Grand.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XIVe.

Comme son détachement du monde le portait vers la solitude, il ne voulut quitter sa retraite que pour prêcher la parole de Dieu et exercer la charité envers les pauvres et les malades. Il rédigea de volumineux commentaires sur l'Écriture Sainte, des homélies, des instructions pour les monastères, des hymnes et des poèmes. Ces nombreuses compositions dans lesquelles il chante les mystères de la religion, les gloires du Christ et de Sa Sainte Mère qu'il affectionnait particulièrement, lui ont mérité le surnom de: harpe du Saint-Esprit.

Arrivé dans une extrême vieillesse, il interrompit ses travaux pour visiter saint Basile, archevêque de Césarée. Le grand évêque conçut une profonde vénération pour saint Ephrem et voulut l'ordonner prêtre ; mais le saint diacre avait le sacerdoce en une si haute estime, qu'il ne voulut jamais consentir à être revêtu de cette dignité suréminente.

De retour à Edesse, saint Ephrem s'enferma dans une cellule afin de se préparer au passage du temps à l'éternité. Sur ces entrefaites, la famine et la peste éclatèrent dans la ville. Aussitôt, l'homme de Dieu accourut pour combattre le double fléau. Il secourait nuit et jour les pauvres pestiférés et leur administrait les sacrements. La peste fut finalement vaincue après trois mois d'héroïques efforts.

En retournant dans sa cellule, saint Ephrem y emportait le germe d'une maladie mortelle. La fièvre l'accula bientôt à l'agonie et à une mort imminente. Toute la ville d'Edesse accourut pour saluer une dernière fois cet inestimable bienfaiteur de leurs âmes. Rendu au terme de son pèlerinage terrestre, saint Ephrem s'endormit du sommeil des bienheureux, le 18 juin 378, soit quelques semaines après le décès de saint Basile le Grand.

Interprète des Livres Saints, théologien, orateur et poète sacré, saint Ephrem est assurément le plus illustre écrivain de tout l'Orient chrétien. Saint Ephrem est le patron de l'Eglise Syriaque catholique.
Le titre le plus populaire pour saint Éphrem est " Harpe de l'Esprit ".

Le pape Benoît XV l'a proclamé Docteur de l'Église universelle et a déplacé sa fête en ce jour.


PRIERE POUR LES JOURS DE JEÛNE

" Seigneur et maître de ma vie,
Ne m'abandonnez pas à l'esprit d'oisiveté, d'abattement,
De domination et de vaines paroles.
Mais accordez-moi l'esprit d'intégrité, d'humilité,
De patience et d'amour,
A moi votre serviteur.
Oui, Seigneur Roi,
Donnez-moi de voir mes fautes
Et de ne pas juger mon frère,
car Vous êtes béni dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
Ô Dieu, purifie-moi, pêcheur." (12 fois).


PRIERE A MARIE

" Vierge Souveraine, Génitrice de Dieu, salut de la famille unie des chrétiens, vous ne cessez de jeter sur nous le regard d'une tendre mère. Vous nous aimez comme si nous étions vos enfants, toujours disposée à nous chérir, vous répandez sur nous d'ineffables bienfaits : vous nous protègez et vous nous sauvez ; veillant sur nous avec sollicitude, vous nous délivrez du danger des tentations, et de la multitude des pécheurs qui nous environnent ; pleins de reconnaissance, nous vous remercions, nous célébrons votre munificence, nous publions vos bienfaits, nous chantons à haute voix vos merveilles, nous louons votre sollicitude, votre prévoyance, nous élevons dans nos hymnes votre puissance tutélaire, nous immortalisons votre inépuisable miséricorde.

Les bienfaits que vous avez répandus sur nous par le passé sont gravés dans notre mémoire, et nous nous souvenons à quels dangers imminents vous nous avez arrachés ; nous vous adressons ce cantique de grâces, comme une dette que nous acquittons, cantique toujours au-dessous de voss bienfaits. Eh ! Quelle voix pourrait les célébrer dignement ? Cependant, nous prenons courage, nous implorons humblement votre miséricorde, pour que vous entendiez les cris de détresse de vos serviteurs.

Déposez notre demande aux Pieds de ce Dieu que vous avez engendré, pour qu'Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du saint Esprit ; et aujourd'hui et dans l'éternité des siècles.

Vous voyez, Ô très sainte Souveraine Enfantrice de Dieu, vous voyez tous les pièges dont nous enveloppe l'esprit malin, l'esprit impur. Voyez toutes les passions criminelles qu'il éveille en nous, et dont il nous enlace comme d'un réseau. Apparaissez et ne repoussez point notre prière. Pourquoi détourner votre visage et oublier notre faiblesse ? Écartez les embûches du démon qui nous tente, soyez notre asile dans cette guerre, apaisez par votre intercession bienfaisante la Colère divine que nos égarements ont excitée ; ajoutez ce nouveau bienfait à tant d'autres, et nous célébrerons dans nos cantiques votre nom, celui de votre Fils et notre Dieu qui, de même que son Père, est sans commencement."


Rq : On lira, téléchargera et méditera une grande partie des oeuvres de saint Ephrem sur le site de la Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1106534.pagination

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mercredi, 19 avril 2017

19 avril. Saint Expédit, commandant de la légion Fulminante et martyr. 303.

- Saint Expédit, commandant de la légion Fulminante et martyr. 303.
 
Pape : Saint Marcelin. Empereur romain : Dioclétien.

" Tout me semble une perte auprès de la connaissance de Jésus-Christ pour l'amour duquel je me suis privé de toutes choses."
Saint Paul. Ep. aux Philippiens, III, 8.


Saint Expédit. Eglise Saint-Didier. Brain-sur-Longuenée. Touraine.

C'est du Martyrologium Hieronymianum(1) que l'on tire que saint Expedit est mort martyr sous la persécution de Dioclétien le 19 avril 303. Il était le commandant en chef de la XIIe légion romaine, dénommée la Fulminante, qui tenait ses quartiers dans la ville de Mélitène, chef-lieu de la province romaine d’Arménie. Il avait donc 6821 hommes sous ses ordres. Cette légion était constituée d’Améniens chrétiens et avait déjà protégé Jérusalem contre les assauts des Barbares. En ce temps-là, elle avait pour mission de veiller sur la protection de la frontière orientale. Saint Expédit était donc investi d’une fonction de tout premier ordre.

Le nom de Fulminante donné à cette légion, provenait d’un fait d’armes miraculeux. C’était quelque cent ans plus tôt, sous le règne, et en la présence de Marc-Aurèle lui-même. L’armée romaine, engagée dans la pénible campagne de Germanie, s’était retranchée dans un oppidum fortifié de la région des Quades, dans le nord-est de la Hongrie, mais surprise par les Barbares, elle s’était laissée encercler. On se trouvait en été et l’eau finit par disparaître. Mourants de soif, les soldats romains n’avaient plus la force de combattre ; leur moral déclinait rapidement. L'armée romaine était sur le point de périr tout entière.

Faisant appel aux augures magiques qui accompagnaient inévitablement les troupes en campagne, et prédisaient la bonne ou la mauvaise issue d’une campagne, Marc-Aurèle ordonna que des prières publiques fussent adressées aux dieux. Tandis que le reste de l’armée s’adonnait à de stériles et répugnantes invocations et pratiques, la Fulminante sortit du camp, s’agenouilla dans la plaine et fit monter vers Jésus-Christ, le seul vrai Dieu, des prières ferventes. En voyant ces 6000 soldats à genoux, les bras en croix, l’ennemi interloqué n’osa attaquer.


Miracle de la Légion Fulminante. Sur la partie droite, Dieu est
représenté faisant pleuvoir pluie et grêle sur les Germains.
Détail de la Colonne antonine. Rome. IVe.

Leur prière une fois achevée, d’un même élan, les soldats se dressent et courent sus aux Barbares. A cet instant, une pluie torrentielle se met à tomber. Dans leurs casques, les soldats recueillent cette eau providentielle, s’en abreuvent à longs traits sans cesser de combattre et reprennent des forces. Aussitôt le combat engagé par la Fulminante, un terrible orage éclata. La foudre cribla les rangs des Barbares qui fuirent sous une pluie de grêlons gros comme des pierres alors que les chrétiens ne furent pas touchés. C’est en commémoration de ce miracle que la XIIe légion romaine reçut ce nom de Fulminante.

Ce fait est avéré et rapporté par Marc-Aurèle lui-même. Il aurait lui-même baptisé de Fulminante cette légion. Cette légion, composée très majoritairement de soldats chrétiens, s'était déjà illustrée précédemment par de hauts faits d'armes ; raison pour laquelle Marc-Aurèle, pendant cette terrible sécheresse, avait défendu que les autres troupes, qui l'accusaient d'en être responsable, ne s'en prissent à ses soldats, et même ne l'en accusât publiquement.
 
Nous avons à Rome, sur la Colonne antonine, un haut-relief rapportant ce miracle et en particulier Dieu faisant tomber la pluie et la grêle qui décimèrent les Germains. Ce fait est rappelé d'ailleurs par Apollonius (ou Apollinaire) de Rome, que nous avons fêté hier 18 avril, dans l'appologie de la vraie religion qu'il fit au Sénat pour sa défense. Saint Eusèbe de Césarée rapporte aussi l'événement et Tertullien apporte d'autres détails sur le sujet.
 

Eglise Saint-Briac. Saint-Briac-sur-Mer. Bretagne.

Du supplice de saint Expédit, quelque cent ans plus tard donc, nous ne connaissons que la date et le lieu : Mélitène. Flagellé jusqu’au sang puis décapité par le glaive. Son corps a entièrement disparu, ou du moins n'a pas été retrouvé. Nous n’avons aucune relique de lui.
 
A ce sujet, il en va de l'existence de saint Expédit, et des preuves de celle-ci, comme de celle de sainte Philomène, la " petite et chère sainte " de saint Jean-Marie Vianney, le curé d'Ars. Longtemps, l'Eglise n'avait ratifié le culte de sainte Philomène que sur la foi de la tradition. C'est à la charnière du XIXe et du XXe siècle seulement que des preuves de son existence furent découvertes à la faveur de fouilles entreprises dans les catacombes à Rome.

L'Eglise procède ainsi avec un certain nombre de saints, dont saint Expédit. Sur cette matière, le scepticisme, érigé en religion depuis le XXe siècle, et qui a disposé les usurpateurs du trône de Pierre à rayer un certain nombre de saints de LEUR calendrier, est au moins hasardeux. Ils auraient fait subir le même sort à sainte Philomène...

Quant au calendrier des dits usurpateurs : il n'est pas catholique. Rappelons que ce n'est pas parce qu'ils y conservent des saints authentiquement catholiques - avec lesquels ils ne partagent d'ailleurs presque rien de la vrai foi professée par ceux-ci, et ce qui illustre au passage leur volonté de subvertir sournoisement et de tromper les pauvres fidèles qui les suivent en changeant l'identité catholique de manière rampante et progressive afin de les pervertir " en douceur " -, qu'ils le sont eux-mêmes.
 

Verrière de l'église Saint-Etienne. Saint-Etienne-l'Allier. Normandie.

Bien d'autres sectes issues du Christiannisme, voire d'autres religions, aux tendances syncrétiques notamment, " vénèrent " des saints catholiques : cela n'en fait bien évidemment pas des religions catholiques.

Ce calendrier n'est pas catholique ; il n'est donc pas le nôtre, comme on l'aura compris. Ces notices ne tiennent donc aucun compte en la matière des curiosités et autres scandales postérieurs au pontificat de Pie XII.

Revenons à notre cher saint Expédit. Il a donc rejoint au ciel ses compagnons d’arme, saint Sébastien (que l'on fête le 2 janvier) et saint Maurice (que l'on fête au 22 septembre) de la légion Thébaine. Soldat de grands mérites militaires comme eux, chef courageux et reconnu comme eux, mais aussi et surtout martyr comme eux, pour avoir professé héroïquement Notre Seigneur Jésus-Christ.

On représente saint Expedit vêtu en légionnaire romain, tenant d’une main la palme du martyre, il présente de l’autre la croix sur laquelle est frappée le mot Hodie qui veut dire aujourd’hui. Du pied il écrase un corbeau (ou parfois l'aigle romaine) qui crie : Cras, c'est-à-dire demain.
 
Hodie, la devise de saint Expedit (qui est aussi le premier mot de la réponse de Notre Seigneur Jésus-Christ à la prière du Bon Larron pour aller avec lui en Paradis et qui a été choisit pour présider à ce blog), exprime que nous ne devons jamais attendre au lendemain pour rendre à Dieu l’hommage d’amour et de reconnaissance qui lui est dû, pour implorer sa miséricorde et obtenir ses grâces pour nous convertir.

Demain, en effet, c’est peut-être jamais.
Hodie, Aujourd'hui, nous invite à vivre au jour le jour ; chaque jour suffit sa peine. Vivre en présence de Dieu, voilà l’unique et sage façon de prévoir le demain.
 

Eglise Saint-Nicolas. Milan.

Saint Expedit est plus spécialement invoqué en faveur de trois causes principales (mais on peut le prier pour d’autres grâces) :
- le succès dans les examens, car il est le patron de la jeunesse ;
- l’intercession dans les affaires pressantes, quelles qu’elles soient ;
- la médiation dans les différends et les procès, afin de trouver une heureuse issue.
 
1. Le Martyrologium Hieronymianum (Martyrologe de Jérôme) fut compilé du Ve au VIe siècle par des moines de l'Eglise latine en Italie à la suite de travaux de saint Jérôme lui même et des monuments liturgiques nombreux et fiables (calendriers d'Eglises particulières, actes authentiques de martyres, etc.). Le Martyrologium Hieronymianum est notamment reproduit dans les Acta Sanctorum Novembris, T. II,  par le commandeur Giovanni-Battista de Rossi et le R. P. Louis Duchesne, 1894. La Bibliothèque nationale de France conserve plusieurs exemplaires manuscrits datant du haut Moyen-Âge le reproduisant. On le trouve aussi dans la Patrologie latine de l'abbé Migne et chez bien d'autres commentateurs et compilateurs réputés.

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lundi, 13 mars 2017

13 mars. Sainte Euphrasie, vierge dans la Thébaïde. 412.

- Sainte Euphrasie, vierge dans la Thébaïde. 412.
 
Pape : Innocent Ier. Empereur d'Occident : Honorius.

" O virginalis nuptiae
Per quas caro fit spiritus !
O dulce vinculum, jungitur
Quo mens Deo, menti Deus."
" Ô noces de la virginité
Par laquelle la chair devient esprit !
Ô doux noeuds, par lesquels
Dieu s'unit à l'âme et l'âme à Dieu."
Santeuil. Hymnes.
 

Sainte Euphrasie (ou Eupraxie, ou encore Euphrosine) était de race royale. Son père sénateur, Antigone, occupait l'une des charges les plus importantes à la cour de Constantinople. Sa mère, prénommée Euphrasie aussi, encouragea son époux à renoncer au monde, et à la mort de celui-ci, supplia l'empereur Théodose de prendre sa fille sous sa protection.

Notre sainte renonça bientôt à une brillante alliance, et fit distribuer aux pauvres ses immenses richesses pour ne penser plus qu'à servir Jésus-Christ. C'est un monastère de la Thébaïde qui eut la joie de la recevoir, et elle en devint bientôt, malgré sa jeunesse, l'édification et le modèle.

Dès sa douzième année, elle pratiqua les jeûnes du monastère, et ne mangea qu'une fois le jour ; plus tard, elle demeura jusqu'à deux ou trois jours sans prendre de nourriture ; elle put même parfois jeûner sans manger, une semaine entière. Les occupations les plus viles avaient sa préférence : cette fille de prince balayait le couvent, faisait le lit de ses soeurs, tirait de l'eau pour la cuisine, coupait du bois, et faisait tout cela avec une joie parfaite.


Sainte Euphrasie prenant l'habit. Vies de Saints. Henri. XIIIe.

Pour éprouver son obéissance, l'abbesse lui commanda un jour de transporter d'un endroit du jardin à l'autre d'énormes pierres que deux soeurs ensemble pouvaient à peine mouvoir. Elle obéit sur-le-champ, saisit les pierres les unes après les autres et les transporta sans difficulté au lieu indiqué. Le lendemain, elle dut les reporter à leur première place. Pendant trente jours on l'employa au même travail, sans qu'on put remarquer sur son visage aucune marque d'impatience.

Le démon, furieux de voir tant de vertu dans une frêle créature, lui fit une guerre acharnée. Un jour, il la jetait dans le puits où elle tirait de l'eau ; une autre fois il la renversait sur la chaudière d'eau bouillante où elle faisait cuire le maigre repas de ses soeurs ; mais la jeune sainte appelait Jésus à son secours et se riait des vains efforts de Satan. Les attaques les plus terribles furent celles où le malin esprit lui représentait, pendant son sommeil, les vanités et les plaisirs du siècle qu'elle avait quittés ; mais elle en triomphait par un redoublement de mortifications et par le soin de découvrir à son abbesse tous les pièges de son infernal ennemi.
 

Sainte Euphrasie. Gravure. Jacques Callot. XVIe.
 
L'existence d'Euphrasie était un miracle perpétuel ; car, malgré ses effrayantes austérités, elle n'était jamais malade, et son teint ne perdit rien de sa beauté ni de sa fraîcheur. Pendant un an, on ne la vit jamais s'asseoir, et elle ne prit qu'un peu de sommeil sur la terre nue. Dieu lui accorda le don de guérir les sourds-muets et de délivrer les possédés.
 
La mémoire de sainte Euphrasie est en telle vénération chez les Grecs que lorsqu'on reçoit les voeux d'une religieuse, le prêtre demande à Dieu pour elle qu'Il lui fasse part des grâces et des bénédictions dont Il a comblé sainte Thècle, sainte Euphrasie et sainte Olympiade.
 

On représente sainte Euphrasie embrassant un crucifix, pour rappeler cette circonstance de sa vie où, considérant un crucifix, elle crut voir dans ses bras ouverts une invitation à l'embrasser, et où elle courut l'environner de ses bras d'enfant, pour lui promettre de n'avoir jamais d'autre amour.
 
On la représente aussi foulant aux pieds le démon qui s'efforce de la jeter dans un puits.

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samedi, 11 mars 2017

11 mars. Saint Euloge, prêtre, et sainte Lucrèce, vierge, martyrs à Cordoue. 859.

- Saint Euloge, prêtre, et sainte Lucrèce, vierge, martyrs à Cordoue. 859.
 
Pape : Saint Nicolas Ier.

" En principe, on doit obéir à ses parents, à ses maîtres, aux autorités constituées ; mais quand ils commandent des choses contraires à la loi de Dieu, il faut appliquer la maxime de l'Apôtre saint Pierre : " Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes."


Saint Euloge et sainte Lucrèce. Icône mozarabe du Xe.

Euloge signifie qui parle bien. Saint Euloge, le principal ornement de l'Eglise d'Espagne au IXe siècle, appartenait à une des premières familles de Cordoue, alors capitale du royaume des Maures. Euloge entra, dès sa jeunesse, dans la communauté des prêtres de saint Zoïle, où il apprit les sciences avec la piété, et devint très habile, surtout dans la connaissance de l'Ecriture sainte. Il alla ensuite se mettre sous la direction d'un pieux et savant abbé nommé Espère-en-Dieu, qui gouvernait le monastère de Cute-Clar. Puis il enseigna les lettres dans Cordoue et fut élevé au sacerdoce. Il menait une vie sainte et mortifiée, tout en demeurant dans le monde. En 850, les Maures ayant persécuté les chrétiens, notre saint fut jeté en prison.

Il fut bientôt remis en liberté, et, l'archevêque de Tolède étant mort, le peuple et le clergé de cette ville choisirent Euloge pour lui succéder. Mais il plut à Notre-Seigneur de le couronner avant qu'il fût sacré. Il y avait à Cordoue une vierge chrétienne nommé Lucrèce, convertie fort jeune de l'infidélité de Mahomet à la foi de Jésus-Christ, par le moyen d'une de ses parentes. Elle se voyait extrêmement maltraitée par ses parents, qui voulaient la contraindre à apostasier. Elle se réfugia chez saint Euloge, qui la donna à garder à sa soeur Annulon, puis la fit mettre en sûreté chez un ami. Les parents de Lucrèce obtinrent du magistrat le pouvoir d'informer sur cet enlèvement et de saisir tous ceux qui leur seraient suspects. Beaucoup de personnes furent ainsi arrêtées.
 


Cependant la vierge Lucrèce désirait vivement revoir la soeur d'Euloge qu'elle aimait beaucoup. Elle se rendit pendant la nuit à sa demeure, espérant satisfaire le besoin de consolation qu'elle éprouvait. Elle se proposait de passer la journée auprès de sa compagne et puis de regagner sa retraite la nuit suivante. Elle raconta à Euloge et à sa soeur Annulon que deux fois, pendant qu'elle priait, elle avait senti sa bouche remplie d'une liqueur ressemblant à du miel, que, n'osant pas la cracher, elle l'avait avalée, et avait été ravie de la délicieuse saveur qu'elle y avait trouvée. Le saint lui dit que c'était là un présage e la douceur du royaume céleste, dont elle jouirait bientôt.
 
La vierge se disposait à retourner, le lendemain, en sa cachette, mais il arriva que celui qui devait la conduire ne vint point à l'heure fixée pendant la nuit, mais seulement au point du jour. Il n'y avait plus alors moyen de sortir, car Lucrèce ne voyageait que dans les ténèbres pour éviter les embûches des persécuteurs. Elle résolut donc de passer tout le jour en la demeure d'Euloge et de se mettre en route quand le soleil aurait disparu à l'horizon, lorsque la nuit aurait rétabli le calme et la solitude dans les rues de la ville. Cette décision, qui paraissait prise par la prudence humaine, était en même temps effet de la volonté divine : afin que la vierge et Euloge reçussent ensemble la couronne du martyre.
 

Saint Euloge prêchant. Mosaïque mozarabe du XIVe.
 
Ce jour-là même, en effet, par suite de trahison, d'embûches ou peut-être simplement par instinct, je ne sais, on vint révéler au juge le lieu où se trouvait cachée Lucrèce, et soudain la maison fut envahie par les soldats envoyés à la hâte pour y perquisitionner. Le bienheureux se trouvait heureusement chez lui en ce moment. Les satellites s'emparèrent de la vierge ; puis, saisissant Euloge, ils l'accablèrent de coups et d'outrages, et enfin traînèrent leurs deux captifs devant le tribunal. Le juge, bien résolu de profiter de cette occasion pour faire mourir dans les supplices le saint prêtre, lui lança des regards furibonds et lui demanda avec colère et menaces pourquoi il avait ainsi recélé chez lui la vierge Lucrèce.
 

Sainte Lucrèce. Dossi Dosso. XVIe.

Euloge, conservant le calme et la patience, se mit en devoir d'exposer la vérité avec l'élocution brillante qui le distinguait :
" Président, dit-il, c'est un devoir de notre charge, et il est dans la nature même de notre religion, d'offrir à ceux qui nous la demandent la lumière de la foi, et de ne pas refuser lès sacrements à ceux qui veulent marcher dans les sentiers qui mènent à la vie. C'est là le devoir des prêtres, c'est là une obligation que nous impose notre religion : l'ordre de Notre Seigneur Jésus-Christ est formel sur ce point : quiconque, dans sa soif, désire puiser aux fleuves de la foi, doit trouver deux fois plus de boisson qu'il n'en cherche. Or, cette vierge étant venue nous demander la règle de notre sainte foi, il était nécessaire que nous nous occupassions d'elle en proportion de sa ferveur. Il ne convenait pas de repousser celle qui formulait de si saints désirs ; surtout un tel refus venant de celui qui a été choisi par le Christ pour accomplir ces fonctions auprès des fidèles. J'ai donc, selon mon pouvoir, instruit et éclairé cette vierge ; je lui ai exposé notre foi qui ouvre le chemin du royaume céleste. J'aurais rempli avec grand plaisir le même devoir envers toi, si tu m'en avais prié."
Le président, les traits bouleversés par la fureur, ordonna d'apporter les verges et menaça le saint de le faire périr sous les coups. Euloge dit alors :
" Que désires-tu faire avec ces verges ?"
Le juge :
" T'arracher la vie."
Le saint :
" Apprête plutôt et aiguise ton glaive, tu délivreras plus facilement par ce moyen mon âme des liens du corps, et tu la rendras à son Créateur ; car avec tes verges tu ne peux pas espérer de couper nies membres."
Puis, d'une voix claire et assurée, le saint se mit à flageller la fausseté du prophète et de sa loi, et à proclamer la vérité de notre religion.


Martyre de saint Euloge.

Aussitôt on l'entraîna au palais et on le fit comparaître devant les conseillers du roi. En l'apercevant, un des conseillers, qui connaissait intimement le saint, fut touché de compassion et lui cria :
" Que des fous et des idiots se soient précipités d'une façon lamentable dans ce gouffre de la mort, passe encore. Mais toi qui brilles par la sagesse, qui es renommé pour ta vie exemplaire, quelle démence a pu éteindre en toi l'amour naturel de la vie et t'entraîner dans cette chute mortelle ? Ecoute-moi, je t'en prie ; ne te précipite pas, tête baissée, dans cet abîme, je t'en supplie ; dis seulement une parole dans ce moment, et ensuite, dès que tu le, pourras, tu retourneras à ta foi. Nous promettons de ne pas t'inquiéter dans la suite."
Le martyr sourit en entendant cette exhortation :
" Ô mon ami, lui répondit-il, si tu pouvais savoir ! Quels biens sont réservés à ceux qui professent notre religion ! Si je pouvais faire passer en ton coeur la foi dont est rempli le mien ! Tu cesserais alors d'essayer de me détourner de mon dessein, et tu ne songerais qu'à te débarrasser de ces honneurs mondains !"
Euloge se mit alors à lui exposer le texte de l'Evangile éternel, et à lui prêcher le royaume du ciel avec liberté Les conseillers, ne voulant pas l'entendre, ordonnèrent de le décapiter séance tenante.

Pendant qu'on emmenait le saint, un des eunuques du roi lui donna un soufflet. Euloge présenta l'autre joue, en disant :
" Je t'en prie, frappe maintenant cette joue, afin qu'elle ne soit pas jalouse de l'honneur de sa compagne."
 
L'eunuque frappa une seconde fois, et le saint, sans rien perdre de sa patience et de sa douceur, présenta de nouveau la première. Mais les soldats l'arrachèrent et l'entraînèrent vers le lieu du supplice. Arrivé là, Euloge se mit à genoux pour prier, tendit les mains vers le ciel, fit le signe de la croix, et après une courte prière intérieure il tendit le cou au bourreau. Aussitôt un coup rapide lui donna la vie. Euloge consomma son martyre le 5 des ides de mars, un samedi, à l'heure de none.
 

Martyre de saint Euloge. Sainte Lucrèce. José Segrelles. XXe.

Aussitôt que son cadavre eut été précipité du haut d'un rocher dans le fleuve, une colombe éclatante de blancheur fendit les airs à la vue de tous les spectateurs, et vint en voletant se poser sur la dépouille du martyr. On se mit alors à lui jeter des pierres pour la chasser, mais ce fut en vain. On essaya de l'écarter avec les mains, mais elle alla en sautillant, sans se servir de ses ailes, se percher sur une tour qui dominait le fleuve, et se tint là les yeux tournés vers le corps du bienheureux.

Il ne faut pas omettre ici de rapporter le miracle que le Christ opéra sur ce corps pour la gloire de son nom. Un habitant d'Artyge, qui accomplissait son service mensuel dans le palais et était chargé de veiller pendant la nuit, voulut se désaltérer et se rendit à l'aqueduc qui amène en ce lieu les eaux du fleuve. En arrivant, il aperçut autour du cadavre du bienheureux Euloge, qui était là gisant, des prêtres dont les vêtements étaient plus blancs que la neige : ils tenaient à la main des lampes brillantes et récitaient gravement des psaumes comme on fait à l'office divin. Effrayé par cette vision, le garde regagna son gîte à toutes jambes. Il raconta ce qu'il venait de voir à son compagnon et retourna avec lui en ce même endroit ; mais tout avait disparu. Le lendemain de l'exécution, les chrétiens purent racheter la tête du martyr ; son corps fut recueilli trois jours après, et on l'ensevelit dans l'église du bienheureux Zoïle, martyr lui aussi.
 

Cathédrale Notre-Dame & Saint-Vincent de Cordoue.
Les fanatiques musulmans profanèrent à leur arrivée à Cordoue,
au VIIIe siècle, la basilique Saint-Vincent en en faisant une mosquée.
Dès la reconquête de Cordoue, au XIIIe siècle, l'Eglise,
après l'avoir exorcisée, la rendit au vrai culte et en fit
une église cathédrale. dédiée à Notre Dame et à saint Vincent.

Les juges essayèrent de gagner la bienheureuse Lucrèce par toutes sortes de caresses et de promesses ; mais elle se maintint fermement dans la foi et fut décapitée quatre jours après le bienheureux Euloge. On jeta sa dépouille dans le fleuve, mais les eaux ne purent ni la submerger ni la dérober ; et, au grand étonnement de tout le monde, son corps suivit lentement le courant du fleuve. Les chrétiens purent ainsi l'attirer sur la rive et l'ensevelirent dans la basilique du martyr saint Genès, élevée au lieu dit Tercios.
 
Telle fut la fin du bienheureux docteur Euloge ; telle fut sa mort admirable ; ainsi passa-t-il de ce monde en l'autre, chargé de bonnes oeuvres et de mérites.

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lundi, 20 février 2017

20 février. Saint Eleuthère, évêque de Tournai et martyr. 531.

- Saint Eleuthère, évêque de Tournai et martyr. 531.

Pape : Boniface II. Roi des Francs : Thierry Ier.
 
" Qui suis-je pour aller enseigner les fils d'Israël ? Le Seigneur lui répondit : Je serai toujours avec toi !"
Exod., III, 11.
 

Saint Eleuthère. Portail de la cathédrale de Tournai.

Eleuthère, ou Lehire, selon l’ancienne appellation, vit le jour à Tournai en 454 ou 456. Serenus, son père, et Blanda, sa mère, étaient d’une noble origine et jouissaient d’une grande aisance. Serenus comptait parmi ses ancètres Hirénée, qui fut un des premiers habitants de Tournai qui embrassa le christianisme à la voix de saint Piat, et qui donna le terrain sur lequel s’éleva dans la suite l’église de Notre-Dame.

Eleuthère avait reçu de Dieu un si heureux naturel, qu’il fit autant de progrès dans les lettres que dans la piété. Il fut élevé avec saint Médard, depuis évêque de Noyon, qui lui prédit qu’il serait un jour évèque de Tournai. La prédiction se vérifia en 486, lorsque Eleuthère, àgé de trente ans environ, fut élu pour succéder à l’évèque Théodore.

Déjà avant la mort de Théodore, la violence des païens avait obligé les principaux chrétiens de Tournai de se réfugier à Blandain, village situé à une lieue de Tournai, où les parents d’Eleuthère avaient des propriétés. Les Tournaisiens avaient beaucoup dégénéré depuis la mort de leur apôtre saint Piat. Leur foi s’éteignait de jour en jour, soit par le commerce et la violence des païens, soit par les désordres des rois francs, qui étaient encore idolâtres et qui faisaient leur résidence à Tournai.

Tel était l’état de l’église de cette ville, lorsque saint Eleuthère en fut fait évèque. Les premières années de son épiscopat furent pour lui un temps de troubles et de rudes épreuves. Son troupeau se trouvait mèlé, d’une part avec les Francs maîtres du pays et encore païens, et d’autre part avec divers hérétiques qui répandaient parmi le peuple des doctrines contraires au dogme de l’Incarnation de Jésus-Christ. Ce fut pour Eleuthère un sujet de redoubler sa vigilance pastorale et ses travaux. Il arracha un grand nombre de Francs aux superstitions du paganisme, et défendit de vive voix et par écrit le mystère de l’Incarnation contre les hérétiques.


Saint Eleuthère.

Son zèle pour gagner des âmes à Jésus-Christ le porta plus d’une fois à pénétrer secrètement dans Tournai, où il prêchait l'Evangile à des familles délaissées et à des hommes qui avaient reconnu la vanité des idoles. Telles étaient ses occupations ordinaires, quand un événement singulier, mais que Dieu fit servir au salut d’un grand nombre, vint lui rouvrir, ainsi qu’aux autres exilés, les portes de sa ville natale.

La fille du gouverneur de Tournai, paienne comme son père, avait conçu une secrète affection pour le jeune et vertueux Eleuthère, avant qu'il eût été banni avec sa famille. Jamais elle n’avait communiqué ce sentiment à personne; mais un jour elle se transporta à Blandain pour en faire l’aveu à saint Eleuthère lui-même.
 
L’Esprit de Dieu avertit son serviteur de ce danger qu’il ignorait et auquel il allait être exposé. Aussitôt donc que cette fille païenne fut en sa présence :
" Malheureuse, lui dit-il, n’avez-vous point entendu dire que Satan osa tenter le Seigneur, et que celui-ci répondit : Retire-toi ; oses-tu bien tenter ton Seigneur et ton Dieu ? A l’exemple de mon Sauveur et au nom de la sainte et indivisible Trinité, je vous commande de vous retirer et de ne plus revenir en ce lieu."
 
En entendant ces mots, la jeune tille tomba comme frappée de la foudre et expira sur-le-champ. Le gouverneur, désespéré d’une mort si imprévue, mais reconnaissant la puissance du Dieu d’Eleuthère, promit de se faire chrétien, s’il rendait la vie à sa fille. L’êvêque consentit à prier pour elle, et demanda humblement à Jésus-Christ qu’il lui plût de faire ce miracle pur la conversion de tant de malheureux idolâtres. Après plusieurs jours passés dans le jeûne et la prière, il se rendit au lieu où le cadavre avait été enterré, ordonna de soulever la pierre ; puis il appela trois fois la jeune fille, lui commandant de se lever au nom de Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts.
 
Châsse de saint Eleuthère à Tournai.

Dans le même instant elle sortit du tombeau sous les yeux d’une multitude de spectateurs et demanda à recevoir le baptême. Malgré un prodige si éclatant, le père résistait encore, sans doute par la crainte qu’il avait des autres paiens : c’était le motif ordinaire de ces sortes de résistances à la grâce. Une contagion subite éclata alors parmi eux et fit d’épouvantables ravages. Dans leur aveuglement, les idolâtres attribuèrent ce chatiment du ciel aux artifices de saint Eleuthère, qu’ils traitaient de magicien ; et ayant tenu conseil entre eux, ils résolurent de le faire périr.
 
La nuit venue, une troupe armée alla s’emparer de l’évêque et l’amena devant le gouverneur, qui ordonna de le battre de verges, puis de le jeter en prison. Mais l’ange de Dieu vint l’y visiter, fit tomber ses chaînes, et ouvrant la porte devant lui, le ramena à Blandain. La patience admirable et les prières du saint confesseur de la Foi apaisèrent enfin le Seigneur et attirèrent ses miséricordes sur ce peuple si longtemps rebelle. Changé subitement par un effet de la grâce, le gouverneur alla lui-même trouver saint Eleuthère et le pria de revenir à Tournai. Le Saint accueillit cette demande avec joie, et rentrant dans la ville, il en prit possession an nom de Jésus-Christ, et la régénéra presque aussitôt par le baptême de onze mille païens. Ce beau jour fut consacré par une fête solemnelle qui se célèbre encore chaque année (26 décembre 496). La conversion de Clovis coincida avec cet événement. Peu de temps après, un nouveau miracle augmenta encore l’allégresse et occasionna de nouvelles conversions : ce fut la guérison de l’aveugle Mantilius, opérée le jour de Noël.

La conversion de Clovis, en 496, ayant rendu le temps plus calme, Eleuthère en profita pour rétablir à Tournai le siège épiscopal, fixé depuis quelques années au village de Blandain. II fit trois fois le voyage de Rome pour s’éclaircir sur les moyens propres à remédier aux maux de son église. La dernière fois qu’il en revint, il rapporta les reliques de saint Etienne, premier martyr, et de sainte Marie l’Egyptienne.
 

Châsse de saint Eleuthère à Tournai.

Le retour du Saint au milieu de son troupeau excita partout la joie la plus vive. Le clergé et le peuple, sortis de la ville par la porte Nervienne, étaient allés à sa rencontre, et déjà le cortège descendait la colline du mont Sacré, aujourd’hui le mont Saint-André, lorsque, du haut de cette éminence, le vénérable évêque apparut, tenant élevées dans ses mains les précieuses reliques qu’il portait. Deux cercles de lumière se formèrent au même instant autour de lui sous les yeux du peuple, qui poussait des cris d’admiration ; puis tous se mirent en marche vers la basilique de Notre-Dame en chantant des hymnes et des cantiques. Sur la route, un grand nombre de malades ou d’estropiés furent guéris, et un muet, bien connu des habitants, recouvra l’usage de la parole.

Clovis se distingua par le succès de ses armes et par la protection qu’il accorda à la religion ; mais il souilla sa mémoire par des actes de perfidie et de violence. La légende de saint Eleuthère nous offre une protestation publique de la part du clergé contre les moyens barbares par lesquels le vainqueur de Tolbiac tacha d’étendre et de consolider sa domination. Clovis vint un jour à Tournai ; à peine arrivé, il se rendit à l’église pour remercier Dieu de ses victoires.

Eleuthère l’attendait sur le seuil :
" Seigneur roi, lui dit-il, je sais pourquoi vous venez à moi."
Etonné de ces paroles, Clovis protesta qu’il n’avait rien de particulier à dire à l’évêque.
" Ne parlez pas ainsi, Ô roi, reprit saint Eleuthère, vous avez péché et vous n’osez l’avouer."
Alors le vainqueur s’émut, ses yeux se mouillèrent de larmes, il avoua qu’il se sentait coupable et pria le pieux évêque de célébrer la messe pour lui et d’implorer du ciel le pardon de ses crimes. Eleuthère se mit en prières et y resta toute la nuit, arrosant le sol de ses pleurs.

Le lendemain, pendant qu’il célébrait la messe, et au moment où il se préparait à recevoir l’hostie sainte, une lumière éclatante se répandit dans l’église, et un ange lui apparut :
" Eleuthère, lui dit-il, serviteur de Dieu, tes prières sont exaucées."
.
En même temps il lui remit un écrit où était tracé le pardon accordé aux fautes royales qu’il n’est pas permis de divulguer. Absous par la clémence divine, Clovis rendit gràces à Dieu et au saint évêque, et fit des dons considérables à l’église de Tournai. Les courageuses remontrances d’Eleuthère, le repentir public du prince, l’ange apportant du ciel le pardon des crimes politiques, sont au moins, si l’on tient à contester la certitude de ces faits, une admirable peinture des sentiments populaires de cette époque.


Baptême de Clovis. Chroniques de Burgos.
Gundisalvus de Hinojosa. XIVe.

Pour extirper les dernières racines des doctrines hérétiques qui désolaient son diocèse, Eleuthère réunit vers l’an 520 un synode, dans lequel il parait avoir prononcé un discours sur le mystère de l’Incarnation. Son zèle à maintenir le dépôt de la foi dans sa pureté lui coûta la vie. Un jour, en sortant de l’église, il fut assailli par une bande d’hérétiques qui se jetèrent sur lui et l’accablèrent de coups. Le Saint survécut peu de jours à ses blessures; sa mort arriva en 531, le 20 février, jour auquel l’Eglise honore sa mémoire.

L’illustre ami d’Eleuthère, saint Médard, évêque de Noyon, s’était empressé de venir à Tournai à la nouvelle des violences auxquelles on s’était porté contre lui. Après avoir répandu des larmes abondantes sur son corps inanimé, il se mit en devoir de lui rendre les honneurs de la sépulture.
.
" Lui-même célébra les sacrés mystères, pour remercier Dieu de ce qu’il avait daigné admettre saint Eleuthère dans le séjour de la gloire."

Les cérémonies achevées, on transporta le corps dans l’église de Blandain, où il resta jusqu’à la fin du neuvième siècle. A cette époque, une pieuse dame, qui habitait le lieu appelé Roubaix, eut une révélation, dans laquelle saint Eleuthère lui commanda d’aller de sa part auprès d'Heidilon, évèque de Tournai et de Noyon, pour lui dire de lever de terre son corps et de le transporter à Tournai. Cette sainte femme remplit la mission qui lui était confiée et l'évêque, avec son clergé, se hâta d’accomplir cette volonté de Ciel qui lui était manifestée.

En 1247 ces reliques furent mises dans une nouvelle châsse : la même que la cathédrale possède encore aujourd’hui. Cette châsse, ouvrage d’orfèvrerie de la plus grande délicatesse, a été faussement attribuée à saint Eloi, argentier de Dagobert.


Cathédrale Notre-Dame de Tournai.

Pendant les guerres de religion du XVIe siècle, le Chapitre de Tournai préserva de la profanation les reliques de saint Eleuthère en les enroyant à Douai (1566). Menacées à nouveau pendant la Révolution française, elles furent mises à l'abri dans une maison particulière de Tournai; elle. y restèrent jusqu’en 1801, époque à laquelle Mgr Hirn en fit la translation solenelle à la cathédrale.

On représente saint Eleuthère :
1. recevant la confession de Clovis ;
2. avec une église sur la main pour rappeler qu’il fut, sinon le fondateur, au moins le restaurateur du siége épiscopal de Tournai. II est figuré avec cet attribut par une statuette qui se voit encore aujoud’hui sur l'élégante châsse du Saint, dans la belle église romane de Notre-Dame de Tournai ;
3. avec une verge ou un fouet, symbole des fléaux que la dureté de coeur des Tournaisiens, avant leur conversion, leur attira.


Grande procession annuelle de Tournai.
Chasse contenant les reliques de saint Eleuthère.

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lundi, 26 décembre 2016

26 décembre. Saint Etienne, premier diacre et premier martyr. 35.

- Saint Etienne, premier diacre et premier martyr. 35.
 
Pape : Saint Pierre. Empereur romain : Tibère.
 
" Posuisti Domine, super caput ejus coronam de lapide precioso."
" Les pierres dont les Juifs l'ont accablé se sont changées sur sa tête en une couronne de pierres précieuses."
Ps. XX, 14.
 

Saint Etienne. Giotto di Bondone. XIVe.
 
Étienne ou Stéphane veut dire couronne en grec ; en hébreu il signifie règle. Il fut la couronne, c'est-à-dire le chef des martyrs du Nouveau Testament ; comme Abel de, l’ancien. Il fut encore une règle, c'est-à-dire un exemple aux autres de souffrir pour Notre Seigneur Jésus-Christ ou bien d'agir et de vivre dans la sincérité, ou de prier pour ses ennemis. Stéphane signifierait encore, d'après une autre étymologie, Strenue fans, qui parle avec énergie, comme il appert par son discours et par sa belle prédication de la parole de Dieu. Stéphane signifierait aussi : qui parle avec force aux vieilles, Strenue fans anus, parce qu'il parlait avec énergie, avec dignité aux veuves qu'il instruisait et dirigeait d'après la commission qu'il en avait reçue des apôtres, et qui, à la lettre, étaient vieilles. Il est donc couronné comme chef du martyre, règle du souffrir et du bien vivre, orateur énergique dans sa prédication, riche, et parlant aux vieilles dans ses admirables instructions. (Legenda aurea. Bx J. de Voragine).
Etienne est la version franco-germaine de Stéphane, plus fidèle à ses racines grecques. Esteban en espagnol, Stephen ou Steven en anglais, etc.
 
Saint Pierre Damien ouvre son Sermon sur la présente solennité par ces paroles :

" Nous tenons encore entre nos bras le Fils de la Vierge, et nous honorons par nos caresses l'enfance d'un Dieu. Marie nous a conduits à l'auguste berceau ; belle entre les filles des hommes, bénie entre les femmes, elle nous a présenté Celui qui est beau entre tous les enfants des hommes, et plus qu'eux tous, comblé de bénédictions. Elle soulève pour nous le voile des prophéties, et nous montre les desseins de Dieu accomplis. Qui de nous pourrait distraire ses yeux de la merveille d'un tel enfantement ? Néanmoins, tandis que le nouveau-né nous accorde les baisers de sa tendresse, et nous tient dans l'étonnement par de si grands prodiges, tout à coup, Etienne, plein de grâce et de force, opère des choses merveilleuses au milieu du peuple (Act. VI, 8.).

Laisserons-nous donc le Roi pour tourner nos regards sur un de ses soldats ? Non certes, à moins que le Prince lui-même ne nous le commande. Or, voici que le Roi, Fils de Roi, se lève lui-même, et vient assister au combat de son serviteur. Courons donc à un spectacle auquel il court lui-même, et considérons le porte-étendard des Martyrs."
 

Saint Etienne est fait diacre par saint Pierre. Vittore Carpaccio. XVe.

La sainte Eglise, dans l'Office d'aujourd'hui, nous fait lire ce début d'un Sermon de saint Fulgence sur la fête de saint Etienne :
" Hier, nous avons célébré la Naissance temporelle de notre Roi éternel ; aujourd'hui, nous célébrons la Passion triomphale de son soldat. Hier notre Roi, couvert du vêtement de la chair, est sorti du sein de la Vierge et a daigné visiter le monde ; aujourd'hui, le combattant est sorti de la tente de son corps, et est monté triomphant au ciel. Le premier, tout en conservant la majesté de son éternelle divinité, a ceint l'humble baudrier de la chair, et est entré dans le camp de ce siècle pour combattre ; le second, déposant l’enveloppe corruptible du corps, est monté au palais du ciel pour y régner à jamais.

L'un est descendu sous le voile de la chair, l'autre est monté sous les lauriers empourprés de son sang. L'un est descendu du milieu de la joie des Anges ; l'autre est monté du milieu des Juifs qui le lapidaient. Hier, les saints Anges, dans l'allégresse, ont chanté :
" Gloire à Dieu au plus haut des cieux !"
Aujourd'hui, ils ont reçu Etienne dans leur compagnie avec jubilation. Hier, le Christ a été pour nous enveloppé de langes : aujourd'hui, Etienne a été par lui revêtu de la robe a d'immortalité. Hier, une étroite crèche a reçu le Christ enfant : aujourd'hui l'immensité du ciel a reçu Etienne dans son triomphe."


Saint Etienne. Vincenzo Foppa. XVe.

Ainsi, la divine Liturgie unit les joies de la Nativité du Seigneur avec l'allégresse que lui inspire le triomphe du premier des Martyrs ; et encore Etienne ne sera pas le seul à venir partager les honneurs de cette glorieuse Octave. Après lui, nous célébrerons Jean, le bien-aimé Disciple ; les Innocents de Bethléhem ; Thomas, le Martyr de la liberté de l'Eglise ; Sylvestre, le Pontife delà Paix. Mais, dans cette brillante escorte du Roi nouveau-né, la place d'honneur appartient à Etienne, ce Proto-martyr qui, ainsi que le chante l'Eglise, " a rendu le premier au Sauveur la mort que le Sauveur a soufferte pour lui ". Ainsi méritait d'être honoré le Martyre, ce témoignage sublime qui acquitte avec plénitude envers Dieu les dons octroyés à notre race, et scelle par le sang de l'homme la vérité que le Seigneur a confiée à la terre.

Pour bien comprendre ceci, il est nécessaire de considérer le plan divin pour le salut du monde. Le Verbe de Dieu est envoyé afin d'instruire les hommes ; il sème sa divine parole, et ses œuvres rendent témoignage de lui. Mais, après son Sacrifice, il remonte à la droite de son Père ; et son témoignage, pour être reçu par les hommes qui n'ont pas vu ni entendu ce Verbe de vie, a besoin d'un témoignage nouveau. Or, ce témoignage nouveau, ce sont les Martyrs qui le donneront ; et ce ne sera pas simplement par la confession de leur bouche, mais par l'effusion de leur sang qu'ils le rendront. L'Eglise s'élèvera donc par la Parole et le Sang de Jésus-Christ ; mais elle se soutiendra, elle traversera les âges, elle triomphera de tous les obstacles par le sang des Martyrs, membres du Christ ; et ce sang se mêlera avec celui de leur Chef divin, dans un même Sacrifice.


Saint Etienne. Domenico Ghirlandaio. XVe.

Les Martyrs auront toute ressemblance avec leur Roi suprême. Ils seront, comme il l'a dit, " semblables à des agneaux au milieu des loups " (Matth. X, 16.). Le monde sera fort contre eux ; devant lui, ils seront faibles et désarmés ; mais, dans cette lutte inégale, la victoire des Martyrs n'en sera que plus éclatante et plus divine. L'Apôtre nous dit que le Christ crucifié est la force et la sagesse de Dieu (I Cor. I, 24.) ; les Martyrs immolés, et cependant conquérants du monde, attesteront, d'un témoignage que le monde même comprendra, que le Christ qu'ils ont confessé, et qui leur a donné la constance et la victoire, est véritablement la force et la sagesse de Dieu. Il est donc juste qu'ils soient associés à tous les triomphes de l'Homme-Dieu, et que le cycle liturgique les glorifie, comme l'Eglise elle-même les honore en plaçant sous la pierre de l'autel leurs sacrés ossements, en sorte que le Sacrifice de leur Chef triomphant ne soit jamais célébré sans qu'ils soient offerts avec lui dans l'unité de son Corps mystique.

Or, la liste glorieuse des Martyrs du Fils de Dieu commence à saint Etienne ; il y brille par son beau nom qui signifie le Couronné, présage divin de sa victoire. Il commande, sous le Christ, cette blanche armée que chante l'Eglise, ayant été appelé le premier, avant les Apôtres eux-mêmes, et ayant répondu dignement à l'honneur de l'appel. Etienne a rendu un fort et courageux témoignage à la divinité de l'Emmanuel, en présence de la Synagogue des Juifs ; il a irrité leurs oreilles incrédules, en proclamant la vérité ; et bientôt une grêle de pierres meurtrières a été lancée contre lui par les ennemis de Dieu, devenus les siens. Il a reçu cet affront, debout, sans faiblir ; on eût dit, suivant la belle expression de saint Grégoire de Nysse, qu'une " neige douce et silencieuse tombait sur lui à flocons légers, ou encore qu'une pluie de roses descendait mollement sur sa tête ".


Sermon de saint Etienne à Jérusalem. Vittore Carpaccio. XVIe.

Mais, à travers ces pierres qui se choquaient entre elles en lui apportant la mort, une clarté divine arrivait jusqu'à lui : Jésus, pour qui il mourait, se manifestait à ses regards ; et un dernier témoignage à la divinité de l'Emmanuel s'échappait avec force de la bouche du Martyr. Bientôt, à l'exemple de ce divin Maître, pour rendre son sacrifice complet, le Martyr répand sa dernière prière pour ses bourreaux ; il fléchit les genoux et demande que le péché ne leur soit pas imputé. Ainsi tout est consommé ; et le type du Martyre est montré à la terre pour être imité et suivi dans toutes les générations, jusqu'à la consommation des siècles, jusqu'au dernier complément du nombre des Martyrs. Etienne s'endort dans le Seigneur, et il est enseveli dans la paix, in pace, jusqu'à ce que sa tombe sacrée soit retrouvée, et que sa gloire se répande de nouveau dans toute l'Eglise, par cette miraculeuse Invention, comme par une résurrection anticipée.

Etienne a donc mérité de faire la garde auprès du berceau de son Roi, comme le chef des vaillants champions de la divinité du céleste Enfant que nous adorons. Prions-le, avec l'Eglise, de nous faciliter l'approche de l'humble couche où repose notre souverain Seigneur. Demandons-lui de nous initier aux mystères de cette divine Enfance que nous devons tous connaître et imiter dans le Christ. Dans la simplicité de la crèche, il n'a point compté le nombre de ses ennemis, il n'a point tremblé en présence de leur rage, il n'a point fui leurs coups, il n'a point imposé silence à sa bouche, il a pardonné à leur fureur; et sa dernière prière a été pour eux.


Dispute de saint Etienne avec les Juifs. Vittore Carpaccio. XVe.

Ô fidèle imitateur de l'Enfant de Bethléhem ! Jésus, en effet, n'a point foudroyé les habitants de cette cité qui refusa un asile à la Vierge-Mère, au moment où elle allait enfanter le Fils de David. Il dédaignera d'arrêter la fureur d'Hérode qui bientôt le cherchera pour le faire périr ; il aimera mieux fuir en Egypte, comme un proscrit, devant la face de ce tyran vulgaire ; et c'est à travers toutes ces faiblesses apparentes qu'il montrera sa divinité, et que le Dieu-Enfant sera le Dieu-Fort. Hérode passera, et sa tyrannie ; le Christ demeurera, plus grand dans sa crèche où il fait trembler un roi, que ce prince sous sa pourpre tributaire des Romains ; plus grand que César-Auguste lui-même, dont l'empire colossal a pour destinée de servir d'escabeau à l'Eglise que vient établir cet Enfant si humblement inscrit sur les rôles de la ville de Bethléhem.

Pendant les premières années qui suivirent la mort de Jésus, un grand nombre de convertis, appartenant à toutes les classes de la société juive et même au sacerdoce, portèrent l'Eglise de Jérusalem à un haut point de faveur dans la ville ; par leur assiduité au temple, leur étroite observance de la loi, les fidèles étaient un sujet d'édification pour le peuple. Tout fut changé le jour où l'on soupçonna chez ceux en qui l'on ne voyait que des pharisiens plus parfaits que les autres, l'intention de soustraire la foi nouvelle à l'autorité de la Synagogue. L'introduction des diacres hellénistes dans la hiérarchie précipita les événements. Parmi les apôtres nul ne songeait alors à détacher l'Eglise du tronc sur lequel Jésus l'avait entée. Moins subjugués par les grands souvenirs du passé, les hellénistes avaient compris les premiers certaines paroles du Maître qui annonçaient la séparation des deux Testaments.


Dispute de saint Etienne avec les Juifs. Paolo Ucello.
Cathédrale de Sienne. Italie. XVe.

Le diacre Etienne provoqua un éclat terrible. On ne sait trop quel personnage il était autrefois, l'histoire ne commence pour lui qu'au moment de son élection. Dès lors, son zèle le portait à prêcher beaucoup, et son talent lui amenait des auditoires nombreux. Il soutenait la dispute contre les habitués de la synagogue des Libertini ou affranchis de Rome, des gens de Cyrène, d'Alexandrie, de Cilicie, d'Ephèse, et l'on s'animait fort à ces disputes, dont le sujet était le caractère messianique de Jésus, le crime de ceux qui l'avaient fait mourir, et de tous les Juifs qui refusaient de le reconnaître pour le Messie. Les autorités juives résolurent de perdre ce prédicateur ; elles profitèrent d'un gouvernement intérimaire de Marcellus pour entrer en possession de leurs droits méconnus par les procurateurs. La mort de Tibère et l'éloignement du légat de Syrie poussaient à hâter une entreprise qui rendait au Sanhédrin son autonomie d'autrefois. Des témoins furent apostés pour surprendre dans les discours d'Etienne quelque parole contre Moïse ; ayant trouvé ce qu'ils étaient venus chercher, ils se répandirent dans la ville, répétant qu'Etienne avait proféré des blasphèmes contre Moïse et contre Dieu.

Ils émurent donc le peuple, les anciens et les scribes et se jetant sur Etienne, ils l'enlevèrent et l'amenèrent devant le conseil ; ils produisirent même de faux témoins contre lui, qui dirent :
" Cet homme ne cesse de parler contre le lieu saint et la Loi, car nous lui avons entendu dire que Jésus de Nazareth détruira ce lieu et changera les traditions que Moïse nous a laissées."
Alors tous ceux qui étaient assis dans le conseil arrêtèrent les yeux sur lui, et crurent voir le visage d'un ange.


La lapidation de saint Etienne. Bernardo Daddi.
Eglise Santa Croce de Florence. XIVe.

Le pontife demande à Etienne si ces accusations sont vraies. Celui-ci répondit :
" Mes frères et mes pères, écoutez ! Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham quand il était en Mésopotamie, avant qu'il s'établît à Charan, et il lui dit :
" Sors de ton pays et de ta parenté, et viens dans la terre que je te montrerai." Alors, sortant du pays des Chaldéens, il habita à Charan. Et après la mort de son père, Dieu le fit passer dans cette terre que vous habitez aujourd'hui, où il ne lui donna aucun héritage, pas même où poser le pied, mais il promit de lui en donner la possession et, après lui, à sa postérité, alors qu'il n'avait point encore d'enfant, et Dieu lui prédit que ses descendants iraient demeurer dans un pays étranger, qu'ils y seraient réduits en servitude et qu'on les y traiterait avec dureté pendant quatre cents ans ; mais Dieu ajouta :
" J'exercerai mes jugements sur la nation qui les aura rendus esclaves, ensuite ils sortiront de là, et me serviront dans cette terre."

Depuis il contracta avec lui l'alliance de la circoncision, et ainsi Abraham, ayant engendré Isaac, le circoncit le huitième jour. Isaac circoncit Jacob, et Jacob les douze patriarches. Les patriarches, poussés par l'envie, vendirent Joseph pour être mené en Egypte ; mais Dieu, qui était avec lui, le délivra de toutes ses afflictions, et par la sagesse qu'il lui donna, le rendit agréable au Pharaon, roi d'Egypte, qui l'établit gouverneur de l'Egypte et de toute sa maison. En ce temps survinrent une famine et une grande désolation dans toute l'Egypte et dans le pays de Chanaan, en sorte que nos pères n'avaient pas de quoi vivre. Jacob apprit qu'il y avait du blé en Egypte, il envoya une première fois nos pères, puis une seconde fois, et ils reconnurent Joseph, et sa race fut découverte au Pharaon. Alors Joseph envoya un message à Jacob son père, et le fit venir avec toute sa parenté, qui était de soixante-quinze personnes. Jacob donc descendit en Egypte. Après leur mort, Jacob et nos pères furent transférés à Sichem, et déposés dans le sépulcre qu'Abraham avait acheté à prix d'argent des enfants d'Hémor, fils de Sichem.


La lapidation de saint Etienne. Annibale Carracci. XVIe.

Le temps de la promesse que Dieu avait faite à Abraham s'approchant, le peuple s'augmenta et se multiplia dans l'Egypte, jusqu'à ce que Pharaon eût pour successeur un prince qui ne connaissait pas Joseph. Ce roi, usant d'un artifice pervers contre notre nation, affligea nos pères, en les obligeant d'exposer leurs enfants, afin d'en perdre toute la race. Moïse naquit pendant ce temps-là et fut aimé de Dieu, on le nourrit pendant trois mois dans la maison de son père, et puis on l'exposa ; la fille du Pharaon l'emporta, et l'éleva comme son fils. Il fut instruit dans toute la sagesse des Egyptiens, et devint puissant en paroles et en oeuvres. A l'âge de quarante ans, il eut la pensée d'aller visiter les enfants d'Israël ses frères ; or, il en vit un qui était maltraité ; il le défendit, et pour le venger, tua l'Egyptien qui lui avait fait outrage.

Il croyait que ses frères comprendraient que Dieu les voulait mettre en liberté par son moyen ; mais ils ne le comprirent pas. Le lendemain, il se trouva présent lorsque deux Hébreux se querellaient, et les voulant mettre d'accord, il leur dit :
" Hommes, vous êtes frères, pourquoi vous faites-vous injure l'un à l'autre ?"
Mais celui qui avait tort l'écarta en disant :
" Qui vous a établi prince et juge sur nous ? Ne voudriez-vous point aussi me tuer, comme vous tuâtes hier cet Egyptien ?"
Cette parole fit résoudre Moïse à s'enfuir ; il alla demeurer comme étranger dans le pays Ce Madian, où il eut deux fils.


La lapidation de saint Etienne.
Grandes heures d'Etienne Chevalier. Jean Fouquet. XVe.

Quarante ans après, un ange lui apparut dans les déserts de la montagne de Sina, dans la flamme d'un buisson qui était tout en feu. Etonné de ce spectacle, Moïse s'approcha pour considérer ce que c'était, et entendit la voix du Seigneur qui lui dit :
" Je suis le Dieu de vos pères, le " Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob "."
Moïse fut si effrayé qu'il n'osait considérer ce feu, mais le Seigneur lui dit :
" Otez vos souliers de vos pieds, parce que le lieu où vous êtes est une terre sainte. J'ai vu l'affliction de mon peuple qui est en Egypte ; j'ai entendu ses gémissements, et je suis descendu pour l'en tirer : venez donc maintenant, afin que je vous envoie en Egypte."

Ce Moïse qu'ils écartèrent, en disant :
" Qui vous a établi prince et juge ?"
C'est celui-là même que Dieu leur envoya pour être leur prince et leur libérateur, sous la conduite de l'ange qui lui apparut dans le buisson, c'est lui qui les retira de la servitude en faisant des prodiges et des miracles clans l'Egypte, dans la mer Rouge, et dans le désert pendant quarante ans.
C'est ce Moïse qui dit aux enfants d'Israël :
" Dieu vous suscitera d'entre vos frères un prophète semblable à moi ; c'est lui que vous devez écouter."
C'est ce même Moïse qui fut avec toute l'assemblée du peuple dans le désert, avec l'ange qui lui parlait sur la montagne de Sinaï, et avec nos pères, et qui reçut les paroles de vie pour nous les donner.
C'est lui que nos pères ne voulurent point écouter, mais qu'ils rejetèrent, retournant de coeur en Egypte, en disant à Aaron :
" Faites-nous des dieux qui marchent devant nous, car pour ce Moïse qui nous a tirés du pays d'Egypte, nous ne savons ce qu'il est devenu."


La lapidation de saint Etienne. Paolo Ucello.
Cathédrale de Sienne. Italie. XVe.

Alors ils fondirent un veau et sacrifièrent à l'idole, et mirent leur joie dans cet ouvrage de leurs mains, mais Dieu se détourna d'eux et les abandonna jusqu'à leur laisser adorer les étoiles du ciel, ainsi qu'il est écrit dans les livres des prophètes :
" Maison d'Israël, m'avez-vous offert des victimes, des hosties dans le désert pendant quarante ans ? Non ! mais vous avez élevé le tabernacle de Moloch et l'astre de votre dieu Rempham, qui sont des figures que vous avez faites pour les adorer : c'est pourquoi je vous transporterai au-delà de Babylone."

Nos pères eurent avec eux le tabernacle du témoignage dans le désert, ainsi que Dieu le leur avait ordonné, en disant à Moïse de le construire selon le modèle qu'il lui avait fait voir. Aussi nos pères le reçurent et le portèrent du temps de Josué dans la terre qui avait été possédée par les peuples que Dieu chassa devant eux ; et il y fut jusqu'au temps de David. Comme il était agréable à Dieu, celui-ci lui demanda de pouvoir bâtir une maison au Dieu de Jacob ; mais ce fut Salomon qui édifia le temple, quoique le Très-Haut n'habite point dans les temples faits de la main des hommes, selon la parole du Prophète : " Le ciel est mon trône, et la terre l'appui de mes pieds."
" Quelle maison m'édifiez-vous, dit le Seigneur, ou quel sera le lieu de mon repos ? N'est-ce pas ma main qui a fait toutes ces choses ?"


La lapidation de saint Etienne. Vittore Carpaccio. XVIe.

Ô hommes, à la tête dure, incirconcis de coeur et d'oreilles, vous résistez toujours au Saint-Esprit, et vous êtes tels que vos pères ont été ! Quel est le prophète que vos pères n'aient point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient l'avènement du juste que vous venez de trahir et de mettre à mort, vous qui avez reçu la loi par le ministère des anges, et qui ne l'avez point gardée."

Ces paroles les remplirent d'une rage qui leur déchirait le coeur et ils grinçaient les dents contre Etienne ; mais lui, rempli du Saint-Esprit, leva les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite du Père, et dit :
" Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme qui est debout à la droite de Dieu."

Alors ils poussèrent de grands cris en se bouchant les oreilles et se jetèrent avec impétuosité sur lui, et le traînèrent hors de la ville, où ils le lapidèrent ; les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme qui s'appelait Saut. Pendant qu'on le lapidait, Etienne invoquait Dieu en disant :
" Seigneur Jésus, recevez mon esprit."
Et il se mit à genoux, éleva la voix et dit :
" Seigneur, ne leur imputez point ce péché !"
Et après avoir dit cette parole, il s'endormit dans le Seigneur.


La mise au tombeau de saint Etienne. Juan de Juanes.
Musée du Prado. Madrid. Espagne. XVIe.

Cependant quelques hommes qui craignaient Dieu prirent soin d'ensevelir le corps d'Etienne et conduisirent ses funérailles avec un grand deuil.

Or Saul approuvait qu'on le fît mourir. Il y eut ce jour-là une grande persécution contre la communauté de Jérusalem ; et tous, sauf les apôtres, furent dispersés dans les campagnes de la Judée et de la Samarie. Des hommes pieux ensevelirent Etienne et firent sur lui grande lamentation.
Quant à Saul, il ravageait la communauté, allant de maison en maison ; il (en) arrachait hommes et femmes, qu'il faisait jeter en prison.

Les Pères attribuent à bon droit la future conversion de saint Paul à la prière de saint Etienne, son cousin et condisciple à l'école de Gamaliel.


Cathédrale Saint-Etienne d'Auxerre. Bourgogne.

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