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vendredi, 07 avril 2017

7 avril. Le Bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, Prémontré. 1230.

- Le Bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, Prémontré. 1230.

Papes : Grégoire IX. Empereur : Frédéric II.

" A periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et benedicta."
" De tous les dangers, délivrez-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie."

Sub tuum praesidium.


Statue de saint Hermann-Joseph. Détail.
Basilique Saint-Hermann-Joseph. Steinfeld.

Le bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, à cause de sa chasteté, eut pour patrie la ville de Cologne. Il y naquit en 1150.

Ses parents étaient de bonne condition et vivaient dans la plus extrême pauvreté après quelque revers de fortune. Il nommèrent leurs fils Hermann qui signidie homme d'arme mais aussi homme d'honneur, comme pour marquer qu'il ferait une guerre continuelle au démon et que les victoires qu'il remporterait lui vaudrait un honneur éternel dans le ciel.

En plus de son inclination précoce pour les sciences, son enfance fut remarquable par une piété vraiment angélique. Il passait de longs moments chaque jour dans les églises, devant l'image de Marie, à laquelle il confiait, ainsi qu'à Son divin Enfant, avec une naïveté charmante, tous ses petits secrets, ses petits chagrins, ses désirs. Il disait souvent, en terminant sa visite :
" Mon cher petit Jésus, je resterais bien avec Vous et avec Votre Sainte Mère ; mais il faut que j'aille à l'école ; bénissez-moi et pensez à moi en attendant mon retour !"

Un jour, il présenta une pomme à la Sainte Vierge, et la statue étendit sa main pour la recevoir. Tout enfant, il jouissait déjà de visions et de révélations célestes, et une fois il passa plusieurs heures dans un pieux entretien avec Jésus et Marie.

C'est pour lui, et à l'occasion d'une oraison, que Notre Dame a composé le Sub tuum praesidium confuginus, Sancta Dei Genitrix ; cette prière aujourd'hui encore si répandue dans l'Eglise catholique.

Dès l'âge de douze ans, Hermann se présenta aux Prémontrés, qui, ravis par la maturité et la douceur de cet humble et si jeune homme, l'acceptèrent dans leur Ordre. Après ses études, il remplit successivement avec régularité et charité les offices de réfectorier et de sacristain.

Les grâces extraordinaires étaient pour lui quotidiennes ; il était sans cesse embaumé de parfums célestes ; Marie lui apparut et mit l'Enfant Jésus dans ses bras. Une autre fois Elle lui fit savoir qu'Elle était très heureuse qu'on lui donnât le surnom de Joseph, qu'il n'osait accepter par humilité. Cette humilité était si parfaite, qu'il se croyait digne de l'anathème éternel, qu'il s'appelait un zéro, une pomme pourrie, un poids inutile sur la terre ; il ne se plaisait qu'à porter des habits usés et des chaussures rapiécées.

Dieu lui envoya des Croix si terribles et des souffrances si aiguës, qu'il devint comme une image vivante de Jésus crucifié. Jamais une plainte ne sortit de sa bouche ; il souffrit tout, le sourire sur son visage ; il ajoutait même à ces Croix des sacrifices volontaires et de terribles mortifications. Son historien (religieux prémontré contemporain de notre Bienheureux, du même monastère, de sorte qu'il le connut intimement, et le premier de soixante-douze biographes selon Pierre de Waghenaer qui composa sa vire en vers et la dédia au pape Alexandre IV), voulant donner une idée de sa charité, dit que " son coeur était comme un hôpital général où tous les affligés et les misérables trouvaient place ".


Tombeau de saint Hermann-Joseph. Basilique de Steinfeld.
Il s'y presse chaque année en ce jour de très nombreux pélerins.

C'est au monastère d'Holfen, de l'Ordre de Cîteaux, où ses supérieurs l'avaient envoyé pour y célébrer les divins Mystères aux religieuses qui y demeuraient, que notre Saint acheva son pélerinage ici-bas, le 7 avril 1230.

Les Prémontrés de Steinfeld obtinrent de l'archevêque de Cologne de lever son corps quelques mois plus tard et de le rapporter avec eux.


Notre Dame reçoit la pomme offerte par saint Hermann-Joseph.
Antonius Van Dick. XVIIe.

Un pieux poëte allemand a donné ces vers touchants sur l'enfance toute sainte de saint Hermann-Joseph :

" Sainte innocence de l'enfance, colombe du Bon Dieu, compagne aimable des anges, le ciel, fermé par le péché, est toujours ouvert pour toi. Sainte innocence de l'enfance, fleur du ciel, oubliée sur la terre, tu es semblable à une rose gracieuse dans un désert, tourmentée par le froid aquilon !


Jeune encore, saint Joseph Hermann s'en allait à l'école avec d'autres enfants, et, comme eux, il aimait à jouer. Mais, en le bien regardant, on voyait déjà que le ciel le désignait à une haute piété. Tel, dans le Temple antique, le rayon matinal perce à traver les vitraux anciens ;

Telle la source d'un grand fleuve jaillit inconnue du creux du rocher ; telle la harpe, riche d'harmonie, sommeille encore entre les bras de l'artiste rêveur. A l'école il avait apprit que Jésus a dit : " L'ornement de la sagessse, ce sont l'amour et l'humilité ".


Il avait entendu parler de l'Agneau divin mort sur la croix, mort pour ceux qui l'ont crucifié. Comme, à l'heure matinale, quand le soleil levant dore la cime des arbres et le sommet des montagnes, les chantres ailés remplissent, de leurs concerts argentins, les monts et les vallées ;


Ainsi la doctrine du Christ avait réveillé dans le coeur de l'enfant des sentiments assoupis, et son âme bientôt ressembla à un paradis céleste. Et, chaque jour, en allant à l'école, il allait d'abord saluer à genoux la Mère divine et son Enfant.


Avec son plus doux sourire, il leur apporte des fleurs, il leuir parle un dous langage, et il invite l'Enfant divin à venir partager ses jeux. Et cela dura ainsi des jours, des semaines, des mois.

Un jour enfin, de grand matin, Joseph aborde l'Enfant Jésus, une pomme à la main, et le sourire sur les lèvres ? Qui n'eût souri aussi en voyant le naïf offrir une pomme à la Sainte Vierge ?

" Bonne Vierge Marie, et vous, mon doux Jésus, prenez, je vous prie, cette pomme que je vous apporte, cette pomme blanche et rouge !"
La statue d'airain n'entendit pas la prière de l'enfant, mais la Sainte Vierge au ciel l'avait entendue.

La Vierge d'airain s'anime, sourit, se penche vers l'enfant, tend son bras, et reçoit le fruit ; puis elle remercie avec un sourire. Et, de ce jour, elle le combla, toute sa vie, de grâces et de faveurs.

Sainte innocence de l'enfance, colombe du Bon Dieu, compagne aimable des anges, pour toi le ciel, fermé par le péché, est toujours ouvert !"

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samedi, 01 avril 2017

1er avril. Saint Hugues, évêque de Grenoble. 1132.

- Saint Hugues, évêque de Grenoble. 1132.
 
Papes : saint Léon IX ; saint Grégoire VII ; Innocent II. Rois de France : Henri Ier ; Louis VI le Gros.
 
" La sagesse qui vient d'en haut est avant tout chaste, amie de la paix, modérée, équitable, portée au bien, pleine de miséricorde et pleine de fruits de bonnes oeuvres."
Saint Jacques. III, 17.
 

Saint Hugues. Anonyme. XVe.

Saint Hugues naquit à Châteauneuf-d'Isère, près de Valence, en Dauphiné. Pendant que sa mère le portait dans son sein, elle eut un songe où il lui semblait mettre au monde un bel enfant que saint Pierre, accompagné d'autres saints, emportait dans le Ciel et présentait devant le trône de Dieu. Cette vision fut pour ses parents un présage de hautes et saintes destinées; aussi soignèrent-ils son éducation et n'hésitèrent-ils pas à favoriser sa vocation ecclésiastique.

Choisi, jeune encore, par l'évêque de Valence, pour être chanoine de sa cathédrale, il se vit, à vingt-sept ans, obligé d'accepter le siège épiscopal de Grenoble, devenu vacant. Il voulut recevoir l'onction épiscopale des mains du Pape Grégoire VII, qui, connaissant à l'avance son mérite et ses vertus, lui dévoila toute son âme et lui inspira un zèle ardent pour la liberté de l'Église et pour la sanctification du clergé.


Prise d'habit de saint Hugues et de saint Bruno.
Maître de Saint-Bruno. Flandres. XVe.

Hugues trouva son évêché dans le plus lamentable état ; tous les abus de l'époque y régnaient en maîtres. Le nouveau Pontife fit d'incroyables efforts pour raviver la foi et relever les moeurs ; ses efforts étant infructueux, il résolut de quitter sa charge et se réfugia au monastère de la Chaise-Dieu ; mais bientôt le Pape, instruit de ce qui se passait, lui ordonna de retourner à son évêché et de préférer le salut des âmes à son repos personnel.

C'est dans les années suivantes que saint Bruno vint fonder dans son diocèse l'admirable institution de la Chartreuse. Hugues allait souvent dans cet ermitage et vivait avec les Chartreux comme le dernier d'entre eux ; son attrait pour la solitude était si fort, qu'il ne pouvait se décider à quitter cette austère retraite, et Bruno se voyait obligé de lui dire :
" Allez à votre troupeau ; il a besoin de vous ; donnez-lui ce que vous lui devez."

Cependant Hugues, par la puissance de sa sainteté, opérait un grand bien dans les âmes ; ses prédications véhémentes remuaient les foules et touchaient les coeurs ; au confessionnal, il pleurait souvent avec ses pénitents et les excitait à une plus grande contrition. Après quelques années d'épiscopat, son diocèse avait changé de face.


Saint Hugues au réfectoire. Francisco de Zurbarán. XVIe.

Parmi ses hautes vertus, on remarqua particulièrement sa modestie et sa charité. Dur pour lui-même, il se montrait prodigue pour les pauvres et alla jusqu'à vendre pour eux son anneau et son calice. Toujours il se montra d'une énergie indomptable pour la défense des intérêts de l'Église ; il restera toujours comme l'un des beaux modèles de noble indépendance et de fier courage. Son exemple apprend aussi que si le salut des âmes est une chose inestimable, il ne s'opère souvent qu'au prix d'une longue persévérance et d'une grande abnégation.

Innocent II le canonisa le 22 avril 1134.

Pendant les guerres de religion, son corps fut brûlé sur la place publique par les bêtes féroces protestantes du non moins bestial  et non moins protestant baron des Adrets.

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samedi, 14 janvier 2017

14 janvier. Saint Hilaire, évêque de Poitiers, docteur de l'Eglise, patron du diocèse de Poitiers. 368.

- Saint Hilaire, évêque de Poitiers, docteur de l'Eglise, patron du diocèse de Poitiers. 368.
 
Pape : Saint Damase Ier. Empereur romain d'Occident : Valentinien Ier. Empereur romain d'Orient : Valens.

" Se taire quand on doit parler est de la pusillanimité, non de la modestie."
Lib. contra Constantium.


Saint Hilaire de Poitiers. Grandes heures d'Etienne Chevalier.
Jean Fouquet. XVe.

Hilaire vient d'hilarité, parce qu'il servit Dieu avec un coeur plein de joie. Ou bien Hilaire vient de altus, haut, élevé, et arès vertu, parce qu'il fut élevé en science et en vertu, durant sa vie. Hilaire viendrait encore de hylè, qui veut dire matière primordiale, qui fut obscure, et en effet, dans ses oeuvres, il y a grande obscurité et profondeur.

Saint Hilaire naquit en Aquitaine seconde, qui " surpassait alors toutes les autres provonces gauloises en urbanité ". Son père se nommait Francaire et était d'une famille de grande noblesse. Il fut élevé dans le paganisme et ne se fit chrétien que dans l'âge mûr. Il mena une vie honnête et pure. Après la grâce de Dieu, l'étude de la philosophie puis de l'Ecriture sainte furent les causes de sa conversion :

" Je considérais que l'état le plus désirable, selon les sens, est le repos dans l'abondance, mais que ce bonheur est commun avec les bêtes. Je compris donc que le bonheur de l'homme devait être plus relevé, et je mettais dans la pratique de la vertu et dans la connaissance de la vérité. La vie présente n'étant qu'une suite de misères, il me parut que nous l'avions reçue pour exercer la patience, la modération, la douceur, et que Dieu, tout bon, ne nous avait point donner la vie pour nous rendre plus misérables en nous l'otant. 
Mon âme se portait donc avec ardeur à connaître ce Dieu, auteur de tout bien, car je voyais clairement l'absurdité de tout ce que les païens enseignaient touchant la divinité, la partageant entre plusieurs personnes, de l'un et de l'autre sexe, l'attribuant à des animaux, à des statues et à d'autres objets insensibles. Je reconnus qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul Dieu, éternel, tout-puissant, immuable."
 

Sacre de saint Hilaire. Vies de saints. J. de Monbaston. XIVe.

Le fait qu'il semble avoir reçu le baptême peu de temps avant l'épiscopat n'indique pas qu'il n'était pas chrétien bien avant. En effet, un usage en ce temps était de ne le recevoir que dans un âge avancé ou après une longue préparation. Il avait tellement peur de perdre le trésor de la foi qu'il ne fréquentait ni les Juifs ni les hérétiques. Plus tard par charité, cette auxiliaire indispensable à la foi, le porta à modifier, le cas échéant, cette attitude.

Saint Hilaire avait une femme dont la vertu était remarquable. Ils eurent une fille Abra, qu'il engagea à demeurer vierge et à vivre pour Notre Seigneur. En ce temps, il arrivait que l'on prît des clercs ches les hommes marié mais on es engageait à ne plus avoir de commerce avec elles, sous peine d'adultère. Il reçut l'épiscopat à la fin des années 340.

Saint Hilaire était tellement conscient de la dignité de l'épiscopat que lorsqu'il voulut représenter à l'empereur qu'il méritait à ses yeux une grande considération, il lui dit :
" Episcopus ego sum !"
" Je suis évêque !"
Il considérait l'évêque comme " le prince parfait de l'Eglise, lequel doit posséder dans leur perfection les plus grandes vertus ".
" Dans un évêque, l'innocence de la vie ne suffit pas sans la science, et sans la sainteté, la plus grande science ne suffit pas davantage ; en effet, comme il est institué pour l'utilité des autres, à quoi leur sert-il, s'il ne les instruit, et ses instructions ne seront-elles pas stériles, si elle ne sont pas d'accord avec sa vie ?"
D'un prêtre, il dit sans cesse :
" Qu'il orne sa vie en prêchant, qu'il orne sa prédication en vivant ; car innocent, il n'est utile qu'à lui-même s'il n'est pas savant, sa science n'a aucune autorité s'il n'est pas innocent."
 

Concile de Séleucie. Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Il commença sa prédication avec l'évangile de saint Matthieu car " le Nouveau Testament est caché dans l'ancien et l'Ancien Testament est manifesté dans le Nouveau ". Puis il continua par saint Jean pour affirmer la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C'est aussi, et surtout, par le combat contre les Ariens et le faible et tyrannique empereur Constance, que saint Hilaire mérita d'être le saint Athanase de l'Occident. Il entra dans le combat au moment du concile d'Arles (353), où l'empereur était présent, qui demanda aux évêques de souscrire aux hérésies ariennes. Paulin, évêque de Trèves, reffusa et fut exilé.

Plus tard dans la même année, dans un concile réunit à Milan, l'empereur fit renouveler ses admonestations et les assortit de l'ordre de condamner saint Athanase.

Il est difficile de savoir si notre saint assista à ce concile, mais, alors que les légat du pape saint Libère était exilés eux-aussi pour avoir refusé selon la mission que leur avait donner le Pontife suprême de signer cette condamnation, saint Hilaire fit parvenir à l'empereur son premier livre à Constance.
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En 356, les Ariens, emmenés par Saturnin d'Arles, convoquèrent un concile à Bézier. Saint Hilaire s'y rendit en vue de réfuter leurs erreurs. Mais Saturnin interdit qu'il fût entendu et envoya une fausse relation u concile à l'empereur. Saint Hilaire fut exilé en Phrygie avec saint Rodhane, évêque de Toulouse. De là, par ses écrits et ses ambassades, il poursuivit le gouvernement de son diocèse mais aussi son combat contre l'hérésie.
 

Saint Hilaire combattant les hérétiques. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Richard de Monbaston. XIVe.

C'est en cet exil qu'il composa son Traîté de la Trinité, afin de démasquer l'erreur et de défendre la vérité. Notre saint y prouve de la manière la plus ferme la consubstantialité du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Il y fait voir aussi que l'Arianisme ne peut être la vérité car cette doctrine n'a point été révélée à saint Pierre, dont la foi sera indéfectible car Jésus-Christ à prié précisément pour cela.

Pendant son exil, il se tint deux nouveaux conciles. L'un à Rimini, où les ignominies touchant à la vraie foi et l'autre à Séleucie (359). L'empereur ayant ordonnée que tous les évêques y fussent, saint Hilaire s'y trouva et put providentiellement s'opposer aux Ariens. Au point que ceux-ci furent même condamnés par les semi-Ariens.

A la suite, des points de désaccords grâves demeurant, on envoya une ambassade, à laquelle saint Hilaire se joignit, à Constantinople. Là les Ariens qui pulullaient trouvèrent l'occasion de tenir un nouveau concile qu'ils organisèrent à leur main (360). Saint Hilaire alors envoya une requête à Constance lui demandant, d'être confronté directement et publiquement à Saturnin d'Arles, l'auteur de son exil, et de conférer avec lui devant tout le concile de la vérité intégrale de la foi. Les Ariens persuadèrent à l'empereur de ne point accéder à ces requêtes et saint Hilaire fut renvoyé dans les Gaules et à son diocèse (360).

Sur le chemin, saint Hilaire aborda l'île de Gallinaria (aujourd'hui connue sous le nom d'Isoletta d'Albenga, qui n'était alors pas habitable par les hommes car elle était infestée de serpents venimeux. Lesquels serpents se retirèrent et disparurent dès que notre saint eût mis le pied sur l'île.


Saint Hilaire remettant les ordres mineurs à saint Martin. Marquet.
Cathédrale Saint-Gatien de Tours. XVIIe.

C'est de cette île que saint Martin, qui était déjà son disciple, l'alla chercher à Rome, sur la nouvelle qu'il était renvoyé dans les Gaules. Saint Martin manqua son maître mais le rejoignit bientôt sur la route et termina le voyage jusqu'à Poitiers avec saint Hilaire.

Saint Martin avait quitter le service militaire en 356, et c'est pour ne plus quitter saint Hilaire qu'il fonda le deuxième monastère des Gaules à Ligugé où il y passa 15 ans.

De son diocèse, saint Hilaire poursuivit son combat. Il restaura la vraie foi et remit de l'ordre dans des églises qui avaient beaucoup souffert des persécutions des Ariens. Il fut appelé bientôt " Sauveur et Père de la Patrie ".
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Clovis, quelque 150 ans plus tard, marchant au combat contre Alaric, roi des Goths, vit une grande lumière émaner de la basilique s'avancer vers lui et une voix lui dire de se hâter une fois qu'il aurait fait sa prière. Clovis comprit que saint Hilaire marcherait avec lui. La victoire fut acquise en trois heures et la défaite d'Alaric fut un désastre.

En 361, il rédigea un ouvrage destiné à Constance afin de l'exhorter avec vigueur à revenir sur ses errements et sur le soutien scandaleux qu'il donnait aux Ariens. La mrot de Constance cette même année ne lui permit pas de le lui adresser.

En 364, saint Hilaire passa en Italie où il retrouva entre autres saint Eusèbe de Verceil, pour continuer d'y combattre les hérétiques. une grande souffrance fut pour lui de voir Lucifer de Cagliari, qui avait été un intrépide défenseur de l'orthodoxie à ses côtés, faire un schisme avec quelques évêques. Contre le pape Damase, au motif qu'il trouvait trop légères les peines qu'encouraient les hérétiques et les voies de réintégration dans l'orthodoxie trop peu exigeantes.
 

Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers.

Saint Hilaire trouva à Milan l'usurpateur Auxence, Arien, contre lequel il écrivit d'ailleurs, après avoir obtenu une confrontation publique avec Auxence en présence de l'empereur qui se termina par la déroute de l'Arien, mais n'obtint que peu de résultat car la profession de foi que fut obligé de signer Auxence le fut en termes aussi équivoques que subtils.

L'empereur le renvoya alors à Poitiers où saint Hilaire s'éteignit le 13 janvier 368 après avoir poursuivit sans relâche le combat contre les hérétiques et le gouvernement de son diocèse.

Saint Hilaire, dont des reliques sont toujours conservées à Poitiers, mais aussi au Puy-en-Velay, est représenté en évêque, terrassant des serpents (ceux qui figurent ausssi bien les hérésies que les antichrist).

ORAISON

L'Eglise de Poitiers, toujours fidèle à la mémoire de son héroïque Pontife, célèbre sa fête avec une religion filiale. Pour honorer avec plus d'éclat le témoignage rendu par le grand Docteur des Gaules, au mystère qui fait la base du Christianisme tout entier, elle chante en ce jour, à la Messe, la Préface de la Sainte Trinité. Nous donnerons ici quelques pièces liturgiques empruntées aux anciens livres de cette illustre Eglise. Les Répons suivants sont tirés en partie de la Légende du Saint, rédigée par saint Venance Fortunat, l'un de ses plus illustres successeurs :

R/. Le bienheureux Hilaire, distingué au-dessus de tous par l'honneur de la naissance, plus éclatant encore par la pureté de son cœur,
Brillant comme l'étoile du matin, a paru au milieu des astres,
R/. Le bienheureux Hilaire, Evêque de la ville de Poitiers, sorti de la région d'Aquitaine,
Brillant comme l'étoile du matin, a paru au milieu des astres.

R/. Oh ! Qu'il fut parfait dans l'état de laïque ! Les prêtres mêmes eussent désiré être ses imitateurs.
L'occupation de sa vie n'était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l'aimer avec crainte,
V/. Ceux qui marchent sur ses traces, courent à la gloire ;
ceux qui s'en écartent, encourent la peine : au croyant la récompense ; à l'incrédule, les supplices. L'occupation de sa vie n'était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l'aimer avec crainte.

R/. Le très saint Hilaire fut donc exilé dans la Phrygie, contrée d'Asie, pour l'accroissement de sa vertu ;
Car plus il s'éloignait, pour l'amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s'approcher du ciel.
V/. Etant arrivé au lieu de ses désirs, nous devons célébrer les faveurs qui lui furent accordées.
Car plus il s'éloignait pour l'amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s'approcher du ciel.

R/. De retour de son exil, le saint Pontife Hilaire rentra dans Poitiers, au milieu de la joie et des applaudissements de tout son peuple ;
Car l'Eglise recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur,
V/. La perle des Prélats, il est rentré dans son héritage ; louons le Seigneur, et que le chœur des Anges aussi se réjouisse.
Car l'Eglise recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur.

HYMNE

De nos jours, l'Eglise de Poitiers chante en l'honneur de son grand Evoque ces deux Hymnes composées par le pieux Simon Gourdan, chanoine régulier de cette même abbaye de Saint-Victor de Paris, tant illustrée par les Séquences de son immortel Adam :

" Depuis le jour où l'Eglise, mère féconde de tant d'hommes illustres, réunit les Gaulois à son immense troupeau, quel homme parmi eux a été comparable à Hilaire ? Quel docteur a vengé avec plus de courage le Fils engendré par le Père ?

Célèbre, Ô peuple fidèle, les titres de gloire qui le recommandent, la dignité de son élocution, les qualités nombreuses qui brillèrent en lui ; mais son suprême honneur, c'est la foi, par laquelle il proclame hautement le Fils de Dieu.

La mitre qui brille sur son auguste front n'a pas été teinte de son sang ; mais sa vie a été en proie à mille épreuves ; ses fatigues incessantes ont compense pour lui l'honneur du martyre.

La foi de Nicée resplendit par les efforts d'un tel vengeur ; en vain la fureur des enfers s'efforce d'en renverser le Symbole ; Hilaire lance les éclairs de sa parole semblable à un glaive d'or ; il chasse les loups dévastateurs.

Avec quel transport le fidèle troupeau reçoit, à son retour, le Pontife exilé. Après ses longs combats, que de lauriers Hilaire moissonne ! Ô Martin ! c'est alors qu'il t'enseigne à marcher d'un pas ferme dans le sentier des vertus.

Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin !

Amen."

HYMNE

" Ni la fraude, ni la faveur des princes, ni leurs menaces, n'ébranlent l'athlète magnanime ; Pasteur, il est contraint par un ordre tyrannique de quitter son troupeau. Qui désormais repoussera la fureur des loups ?

Tu pars, Ô Pontife ! Mais tandis que ton grand cœur se soumet à l'exil, la Gaule est baignée dans les larmes ; et la terre de Phrygie, qui reçoit en toi un père, va se réjouir de posséder en toi le vengeur du Verbe.

Puissant Docteur, il illumine du flambeau d'une lumière nouvelle les ténèbres sous lesquelles se cachait l'erreur ; ses eaux vives nettoient les pâturages souillés d'un impur limon ; il éclaire des nations que l'infidélité rendait encore féroces.

Il confirme dans la foi des pasteurs chancelants : on voit revenir vers leurs troupeaux les gardiens timides que l'audace de l'hérésie en avait éloignés ; la voix d'Hilaire est pour eux la voix d'un père.

Sublime Pontife, qui, au plus haut des cieux, contemples de près le Soleil de justice, obtiens qu'il daigne nous éclairer, ce Verbe dont tu nous as fait connaître l'essence.

Qu'ils tremblent en présence du prince de ce monde ceux qui ne goûtent que les choses terrestres ; pour Hilaire, il dédaigne les fureurs d'un César irrité ; il n'affirme qu'avec plus de liberté la pure foi du Christ.

Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin.

Amen."

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mercredi, 11 janvier 2017

11 janvier. Saint Hygin, pape et martyr. 142.

- Saint Hygin, pape et martyr. 142.
 
Papes : Saint Télesphore (prédécesseur) ; saint Pie Ier (successeur). Empereur romain : Antonin le Pieux.

" Que celui qui ne reçoit pas les conciles oecuméniques comme les Evangiles soit excommunié."
Saint Théodore le Cénobiarque.


Saint Hygin. Rationnal des divins offices.
Guillaume Durantis. Bourgogne. XVe.

L’Eglise fait aujourd'hui la mémoire de saint Hygin, Pape et Martyr. Ce saint Pontife occupa la Chaire Apostolique sous le règne d'Antonin, et termina par le martyre un Pontificat de quatre années. Nous vénérons en lui un des anneaux de cette sublime succession de Pontifes qui nous rattache, par saint Pierre, à Notre Seigneur Jésus-Christ. Plein de fidélité et de force, il porta tout le poids de l'Eglise, à cet âge des persécutions durant lequel le Pontife suprême fut constamment une victime vouée à la mort. Il obtint de bonne heure la palme immortelle, et alla rejoindre, aux pieds de l'Emmanuel, les trois Mages qui avaient annoncé le salut à la Grèce, sa patrie. Prions-le d'accompagner de ses vœux l'offrande que nous faisons au divin Enfant, dans ces jours où il ne nous demande pas notre sang par le martyre, mais nos cœurs par la charité.

Sept jours après le martyre du pape saint Télesphore, dont nous solennisons la mémoire au 5e jour de janvier, saint Hygin, dont le père faisait profession d'enseigner la philosophie dans la ville d'Athènes, et qui l'avait cultivée lui-même; fut mis sur la chaire de Pierre au temps de l'empereur Antonin, surnommé le Pieux.

Durant quatre ans, trois mois et huit jours, ce très saint Pontife gouverna l'Eglise ; laquelle fut battue par deux horribles tempêtes. Premièrement, de la part des Gentils qui tenaient les Chrétiens pour des scrilèges et des magiciens et s'imaginaient que toutes les disgrâces du mondes venaient en punition du mépris des idoles ; aussi ne laissaient-ils échapper aucune occasion de leur faire du mal quand ils en avaient le pouvoir. Secondement, de la part des hérétiques qui faisaient une guerre intestine à l'Eglise ; car, dans ce temps-là, Valentin, après avoir publié ses rêveries en Egypte - la pluralité des dieux, jusqu'au nombre de trente, " d'où descendait Jésus-Christ " -, vint à Rome pour y semer la zizanie. Et quouqu'il feignît d'être catholique et n'osât publier ouvertement ses blasphèmes, il les faisait néanmoins secrètement glisser en des conférences particulières.


Authentica. Etienne Bodart. Abbaye Saint-Aubin. Angers. XIIIe.

D'ailleurs, Cerdo, arrivé depuis peu des pays orientaux, où il avait prêché publiquement qu' " il y avait plusieurs premiers principes ", et nié la " réalité du corps de Jésus-Christ ", ne laissait pas de répandre son venin en cachette. Il admettait " l'existence de deux dieux, rejetait la plus grande partie des Ecriture et soutenait que Notre Seigneur Jésus-Christ n'était pas réellement né de la vierge Marie et ne s'était revêtu de la cjair qu'en apparence ". Le saint pape Hygin, l'ayant découvert, le chassa de l'Eglise. Cerdon feignit d'être repentant de ses fautes, rétracta ses impiétés et fut reçu dans la communion des fidèles. Mais, comme sa pénitence n'avait point été sincère, il continua de dogmatiser en secret et fut excommunié une nouvelle fois.

Pour remédier plus efficacement à cette pernicieuse peste, Hygin écrivit sur ce même sujet quelques épîtres dont deux ont été conservées ; il y explique admirablement bien le mystère de l'incarnation, que les hérétiques entendaient si mal.

On y voit aussi qu'il établit un ordre parmi le clergé, le distribuant en de certain degrés : ce n'est pas que cet ordre ne fût déjà en l'Eglise dès le temps des Apôtres, mais il ajouta quelque chose et mit quelque nouvel ornement dans les cérémonies de leur ministère. Il déclara, de plus, de quelle manière le saint chrême devait être consacré et ordonna qu'il n'y eût qu'un parrain et une marr&aine au baptême. Il fit encore plusieurs autres réglements touchant la discipline ecclésiastique.

Enfin, après avoir consommé sa course, il reçut la couronne du martyre en l'an 142, le 11 janvier, comme il est remarqué dans tous les Martyrologes, et comme l'Eglise en fait la mémoire dans l'office. Il fut enterré au Vatican.


Decretum. Bartholomaeus Brixiensis. XIIIe.

ORAISON

Célébrons ce saint Pape, en disant avec l'Eglise :

Ant. " Ce saint a combattu jusqu'à la mort pour la loi de son Dieu, et n'a point craint les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme."

" Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité, et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Hygin, votre Martyr et Pontife. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen."

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jeudi, 03 novembre 2016

3 novembre. Saint Hubert d'Aquitaine, évêque de Maastricht et Liège, patron des chasseurs. 727.

- Saint Hubert d'Aquitaine, évêque de Maastricht et Liège, patron des chasseurs. 727.

Pape : Saint Grégoire II. Roi des Francs : Thierry IV.

" Nihil Deo et angelis gratius animae conversione."
" Rien n'est plus agréable à Dieu et aux Anges que la conversion d'une âme."
Saint Ambroise, évêque de Milan.


Vision de saint Hubert. Grandes heures d'Anne de Bretagne.
Jean Bourdichon. XVIe.

La noblesse, la sainteté, le zèle apostolique et le don des miracles ont rendu ce grand homme un des plus illustres évêques de l'Eglise Indivise. L'Aquitaine le reconnaît pour un de ses anciens seigneurs ; la plus ancienne lignée des rois de France, pour un de ses princes, et le pays des Ardennes, pour un de ses Apôtres. Il eut pour père Bertrand, que Molanus et Baronius font duc d'Aquitaine, et que quelques autres font descendre de Clotaire Ier, roi des Francs, et pour mère Hugberne, ou Afre, soeur de sainte Ode, noble comme son mari.

On l'éleva dans les lettres et dans tous les autres exercices d'une personne de sa qualité, et il y devint si adroit, qu'il était estimé comme un des jeunes seigneurs les plus accomplis du royaume.

Lorsqu'il fut en âge de paraître à la cour, ses parents l'envoyèrent à celle de Thierry III, fils de Clovis II ; il s'y rendit si recommandable par sa prudence, son honnêteté et ses manières agréables, qu'il mérita d'être élevé à la dignité de comte du palais. Cette haute fonction lui fournit l'occasion de montrer la sagesse et la probité qui le distinguaient et qui l'élevèrent bien haut dans l'estime de ses compagnons de cour. Ici encore il fut témoin des plus beaux exemples de piété, d'abnégation et de dévouement.

Plusieurs de ces nobles seigneurs quittaient la cour, et renonçaient aux honneurs et à l'éclat du monde pour se vouer aux travaux apostoliques, ou devenir moines. Mais Hubert n'imita pas d'abord ces beaux exemples de vertu qu'il avait sous les yeux. Vivant à la cour, entouré des séductions qui en font un séjour si dangereux, même pour le plus sage, sa jeunesse fut enveloppée dans les troubles de ces fréquentes révolutions qui, grâce à l'indolence des rois fainéants, bouleversèrent si souvent le royaume de France, et permirent tantôt aux factions, tantôt à l'intrigue de se mettre au-dessus des lois.


Statue de saint Hubert. Cathédrale Saint-Paul de Liège. XVIIe.

Le jeune Hubert passa quelque temps à la cour de Thierry ; cependant la tyrannie du ministre Ebroïn rendit odieuse la domination du maître. Les sujets se révoltèrent et en vinrent jusqu'à déposer leur roi. Celui-ci ayant remonté sur le trône quelque temps après, Hubert passa encore plusieurs années à la cour de ce roi, son protecteur.

Là, sa vie, sans être celle d'un prince déréglé, se ressentit néanmoins du tumulte au milieu duquel il acceptait de vivre. A la vérité on ne remarquait pas en lui des vices grossiers ni des actes bien répréhensibles ; mais toute sa " religion " se bornait à observer ce que dictent les principes de la probité naturelle. Ses vertus étaient purement humaines : c'était dans le Christianisme un honnête homme selon le monde. Il ne connaissait pas encore cet esprit d'humilité pratique, d'ascèse et de prière qui est la base de la Foi Chrétienne, et sans lequel le Chrétien ne l'est que de nom et d'apparence.

Il aimait la chasse avec passion, et il y perdait un temps précieux qu'il aurait dû consacrer au service de Dieu. Il se livrait aveuglément aux plaisirs d'une vie mondaine, lorsque tout à coup le cruel Ebroïn s'échappe de sa prison, recouvre son pouvoir de maire du palais, et en exerce tyranniquement le pouvoir. Rien ne l'empêche de suivre ses mouvements d'avarice et d'oppression contre les grands et les évêques : il pille les églises et les couvents, et donne un libre cour à ses vengeances impies et cruelles.

Une sorte de migration, causée par les cruautés d'Ebroïn, s'établit de la Neustrie vers l'Austrasie. Pépin d'Herstal, qui exerçait dans ce dernier pays les fonctions de maire du palais, recevait les transfuges à bras ouverts. Le jeune comte Hubert, voulant se soustraire à la tyrannie d'Ebroïn, quitta la cour du roi de Neustrie, et se retira en Austrasie, auprès de Pépin, son parent, qui l'accueillit favorablement. Il lui donna des emplois et le créa grand-maître de sa maison.

Hubert dut suivre son protecteur dans les différents voyages qu'il faisait, tantôt à son château de Landen et de Jupille, et à sa terre d'Amberloux, tantôt dans les guerres qu'il avait à soutenir contre les princes, ses voisins ce qui donna à Pépin l'occasion de reconnaître la valeur du jeune Hubert. Il voulut alors qu'il s'établît dans le pays par les liens du mariage. C'est en effet vers cette époque (682), qu'eut lieu son mariage avec Floribanne, fille de Dagobert, comte de Louvain, princesse recommandable autant par ses vertus que par ses rares qualités.


Saint Charlemagne au tombeau de saint Hubert. Liège.

Cependant Hubert, lancé dans la dissipation de la cour, continuait à se livrer aux folles joies d'une vie mondaine. Ce n'est pas qu'il manquât, à la cour, d'avis salutaires et d'exemples édifiants de piété chrétienne. Saint Lambert y prêchait avec force les saintes maximes de la Foi Chrétienne ; Plectrude, femme de Pépin, pratiquait les plus héroïques vertus : elle vivait, il est vrai, au sein des grandeurs ; mais elle avait à déplorer la vie criminelle de son mari, et tâchait de dissiper par des voyages et par son éloignement de la cour, les affronts qu'elle recevait à cause de la maîtresse de son mari, la belle mais ambitieuse Alpaïde, mère adultérine de Charles-Martel.

Il ne fallait rien moins qu'un coup extraordinaire de la grâce pour ramener Hubert d'une vie toute mondaine à une vie plus Chrétienne. Ce coup arriva. Dieu, qui avait sur lui des desseins secrets, et touché sans doute par les prières de tant de saints parents d'Hubert, l'arrêta dans la plus grande impétuosité de son aveugle passion. Il le transforma de chasseur d'animaux sauvages, en apôtre zélé qui devait porter la lumière de l'Evangile dans ces contrées mêmes, devenues le théâtre de ses vains amusements.

Ainsi, un jour de fête solennelle, que les fidèles s'assemblaient en foule dans les églises, pour y entendre la Parole de Dieu et y assister aux saints Mystères, ce jeune seigneur, accompagné de ses gens et précédé d'une meute de chiens, s'en alla dans la forêt d'Ardennes pour y chasser. Son chapelain, saint Bérégise, avait tout tenté, mais en vain, pour l'empêcher de priver ses gens de la Semaine Sainte, puisque lui n'en avait cure.

Hubert partit donc pour une chasse effreinée. Mais Notre Seigneur se servit de cette occasion pour lui toucher le coeur et le gagner entièrement. Pendant qu'il chassait, un cerf d'une beauté remarquable se présenta devant lui, et à son grand étonnement il aperçut un crucifix entre les branches de son bois, et il entendit une voix qui lui dit :
" Hubert, Hubert, jusques à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts ? Jusques à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le Salut de ton âme ? Ignores-tu que tu es sur la terre pour connaître et aimer ton Créateur et ainsi le posséder dans le Ciel ?... Si tu ne te convertis au Seigneur, en embrassant une sainte vie, tu tomberas dans les abîmes de l'enfer."

Ce spectacle et cette voix le remplirent en même temps d'admiration et de frayeur ; il descendit de cheval, se prosterna contre terre, adora la Croix de son Maître que le cerf lui présentait, et promit qu'il abandonnerait le monde et se consacrerait entièrement à la sainte vie chrétienne.


Saint Hubert. Chêne sculpté polychromé et doré.
Cathédrale Saint-Paul de Liège. XIIe.

Après cette décision, ce retournement radical, il mit un terme à la chasse et rentra chez lui. Puis, il alla trouver saint Lambert, évêque de Tongres, Liège & Maastricht (un seul et même siège épiscopal), dont les vertus et la sainteté lui étaient d'ailleurs bien connues ; il le choisit pour maître dans les voies du Salut.

Saint Lambert le reçut avec une grande bonté, le retint auprès de lui plusieurs jours, pour l'instruire plus parfaitement dans la perfection Chrétienne, et pour lui parler de Dieu et des choses célestes. Quoique le miracle de la grâce eût changé le coeur d'Hubert, et qu'il aspirât aussitôt à quitter le monde et ses folles joies, des liens consacrés par la religion et la justice, l'y retinrent encore quelques années (683-685).
Il lui fallait d'ailleurs encore ce temps d'épreuve pour correspondre à la grâce, pour crucifier le vieil homme, pour en détruire tous les sentiments, et pour préparer la voie à l'accomplissement des desseins que Notre Seigneur Jésus-Christ avait sur lui.

Sous la direction de saint Lambert, il fit des progrès rapides dans la vocation qu'il avait reçue du Ciel. Il travaillait et priait sans cesse pour faire régner Dieu dans son âme. Il aurait volontiers fait le sacrifice de ses biens, si cela eut été possible dans le moment pour suivre saint Lambert dans le ministère de la parole de Dieu et la sanctification des âmes.

Au moment où Hubert, ne faisant qu'obéir à l'influence de la grâce divine dans son coeur, concevait la pensée et le violent désir d'abandoner la vie mondaine et les obligations princières, arriva la mort de Floribanne, son épouse bien-aimée. Cette princesse mourut (685) en donnant le jour à Floribert, qui succèdera à saint Hubert sur le siège épiscopal de Liège.
Dès lors, Hubert évitait avec soin les célébrations mondaines. Son coeur en était déjà détaché, mais cela ne suffisait pas à son ardeur; son âme avait encore trop de points de contact avec le monde, et ce monde lui faisait mal. L'exemple et les paroles de saint Lambert l'enflammaient tellement de l'amour divin, qu'il en vint jusqu'à former le projet d'abandonner le monde et d'embrasser la vie monastique, afin de mener une vie plus parfaite, et plus rapprochée de Dieu. Il se sentait le même courage que son maître, le même amour de Dieu, le même zèle pour le Salut des âmes. Il voulut devenir son disciple.


Saint Hubert. Manuscrit bourguignon du XVIe.

Il renonce à toutes ses dignités et dépose les insignes militaires, pour se revêtir de l'humble tunique du pèlerin Chrétien. Il remet au roi Thierry le collier et la ceinture de soldat ; il ne pense plus qu'à fouler aux pieds par quelque action généreuse, la gloire et les appâts du monde. Devenu héritier du duché d'Aquitaine par la mort de son père (688), il cède ses droits à son frère Eudon, et lui confie son fils Floribert âgé de 3 ans. Il renonce ainsi aux affections les plus légitimes.

Rempli de mépris pour les richesses et les biens du monde, Hubert distribua aux pauvres ce qu'il possédait : il trouvait que c'était acheter à bon compte le Salut éternel de son âme, que de lui sacrifier ces périssables richesses. Il ne retint du monde qu'une haire et un corselet dont il se revêtit, pour se retirer dans la solitude. Voilà donc son sacrifice accompli et son divorce avec la vie mondaine consommé. Les mondains le poursuivent de leurs attaques et de leurs railleries ; mais, à l'exemple d'autres nobles contemporains, ses modèles, il ne répond aux invectives dont on l'accable, que par ces paroles : " Ô heureux affronts que de déplaire avec Jésus-Christ !"

Hubert avait vaincu son premier ennemi, le monde, en le fuyant. Il lui avait été assez longtemps dévoué ; il en avait connu les attaques et les innombrables pièges; il avait été victime de ses fausses hontes, de ses préjugés, de ses mensonges. C'en était trop. Maintenant il lui dénie ses prétendus droits sur lui : il désobéit à ses lois; il brave ses calomnies ; il méprise ses faux raisonnements. Il se retire loin de son ennemi à jamais terrassé et va jouir du prix de sa victoire au sein des mystérieuses joies de la pénitence.

Il avait arrêté le projet de vivre dans la retraite, à l'exemple de tant de ses contemporains et d'autres nobles compagnons de cour. Mais avant d'agir, il consulta Dieu et prit l'avis de saint Lambert, à qui il était parfaitement soumis. Ce fut par les conseils du saint évêque qu'il se conduisit dans cette affaire. Il choisit pour séjour de sa pénitence volontaire les lieux mêmes qui avaient été le théâtre de son divertissement favori ; voulant désormais expier sur les lieux, par une vie pénitente, l'attache trop violente qu'il avait eue aux plaisirs de la chasse. Il alla donc (689) fixer sa demeure dans la grande forêt d'Ardennes, dans un endroit non éloigné du futur monastère d'Andage (aujourd'hui Saint-Hubert), où, pendant plusieurs années, il mena la vie la plus austère. D'autres prétendent que saint Hubert se retira au monastère de Stavelot, qui est aussi dans la forêt d'Ardennes ; mais qu'après un certain temps d'épreuve de fidélité, il put quitter cette maison, et aller mener dans une solitude complète un genre de vie plus austère.

Attentif à veiller sur lui-même et à joindre la solitude de l'âme à celle du corps, il ne craignait rien tant que de tomber dans la lâcheté et de perdre par là les avantages qu'il s'était procurés. Après avoir vaincu le monde, il travailla à se vaincre lui-même. Sachant que Dieu agrée principalement le sacrifice du coeur, et que les sacrifices qu'il avait faits jusque-là seraient défectueux, qu'ils seraient même un acte d'hypocrisie, s'il n'y joignait la pratique des vertus et le renoncement intérieur, il commença par s'établir solidement dans l'humilité et le mépris de soi-même ; il employa toute l'activité dont son âme était capable à examiner le déréglement de ses affections, à veiller sur ses sens et sur tous les mouvements de son coeur.


Tryptique de saint Hubert. Hubert Le Pévost. XVIe.

Dès lors, la prière, les veilles, l'ascèse devinrent les délices de ce héros de la pénitence. Son vêtement était tout sauf un abri contre la rigueur du climat qu'il habitait. Sa nourriture, comme celle d'autres pénitents qui l'avaient précédé, consistait en un peu d'herbes et de racines ; l'eau pure était sa boisson. Il cherchait ainsi à se rapprocher de Dieu. Si, dans les combats incessants que le vieil homme livre au nouveau, sa pensée se reportait malgré lui au milieu des joies et des fastes d'une vie mondaine, cette voix qui l'avait une première fois appelé résonnait encore dans son coeur, et cela suffisait pour étouffer le cri de la nature.

Quoiqu'il fût caché au sein de la solitude, il ne laissa pas que d'éprouver les assauts du tentateur. On a beau fuir le monde, le démon nous suit partout, et lors même que nous nous sommes retranchés sous la protection du Très-Haut, toujours il entretient des intelligences secrètes avec cet ennemi domestique qui réside dans notre propre coeur, qui ne mourra qu'avec nous et qui cherche à lui livrer la place. C'est par son exacte vigilance sur ses sens, par ses austérités continuelles, son humilité profonde, sa confiance en Dieu et sa prière fervente que notre Saint triomphait des tentations violentes du démon. Les fréquentes attaques et les ruses nouvelles de l'ennemi du salut ne l'empêchèrent point de vivre dans la plus intime union avec Dieu, et dans une inaltérable tranquillité d'âme : avantages précieux que ne manque pas d'obtenir l'homme qui est accoutumé à mortifier ses passions. Cette sainte vie lui rendait comme sensible la présence de Dieu et de ses Anges.

Nous apprenons la légende suivante de Gilles d'Orval, composée plusieurs siècles après, dans ses additions à la vie de notre Saint, composée par Anselin, chanoine de Liège, que saint Lambert, désirant qu'un si cher disciple reçût de nouveaux accroissements de grâces par les prières des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, lui persuada de faire un voyage à Rome pour y rendre honneur à leurs cendres et y implorer, au pied de leurs tombeaux, la faveur de leur assistance et de leur protection. Hubert obéit au désir de son maître.

Il quitta sa solitude, se rendit à Rome et y honora les dépouilles sacrées. Pendant qu'il y était, saint Lambert fut martyrisé pour le sujet et de la manière que nous l'avons dit en sa vie, et à la même heure un Ange apparut au pape romain Serge Ier qui, après l'office des Matines et une longue prière, prenait un peu de sommeil, et lui présentant le bâton pastoral de ce glorieux martyr, il le pressa d'ordonner en sa place Hubert qu'il découvrirait le matin à certains signes dans l'église de Saint-Pierre. Le pape eût pu douter de cette révélation si elle n'eût été accompagnée d'un signe extérieur qui l'eût rendue indubitable ; mais il en connut évidemment la vérité, lorsqu'à son réveil il trouva auprès de lui cette précieuse crosse qui avait été la marque de la vigilance et de la fermeté intrépides de ce grand martyr.


Bas-relief de saint Hubert. XIIe.

Il ne fut plus question que de trouver cet excellent homme que le Ciel voulait lui donner pour successeur. On observa diligemment tous les étrangers qui entraient dans Saint-Pierre, et aux marques que l'Ange avait données on le reconnut facilement. Le pape, l'ayant fait venir devant lui, lui fit savoir le martyre de son maître et lui exposa comment Dieu lui avait révélé qu'il devait lui succéder. Il lui présenta en même temps le bâton pastoral dont il s'était servi et qu'Hubert pouvait aisément reconnaitre, et l'exhorta à plier le cou sous ce fardeau que la divine Providence voulait lui imposer.

Alors Hubert protesta de son indignité et pria instamment de l'exempter de cette obéissance. La révélation qu'il avait eue ne l'obligeait point de passer outre: ce n'était peut-être que pour l'éprouver et pour voir s'il savait se tenir dans le dernier rang que la vie trop libre qu'il avait menée dans le monde lui devait faire garder jusqu'à la mort. Tandis qu'il était dans cette contestation d'humilité, l'Ange de Dieu, pour confirmer son élection surnaturelle par un nouveau prodige, apporta au Pape de Rome, en sa présence, les habits pontificaux de saint Lambert, et comme il y manquait une étole, il en présenta une de soie blanche qu'il dit avoir été envoyée au Saint par la sainte Vierge.

Ces miracles lui ôtèrent tout moyen de résister et l'obligèrent enfin de se rendre. Le pape lui mettant ensuite en main la crosse de saint Lambert, il le consacra évêque de Tongres et de Maastricht. On dit que, pendant cette consécration, il arriva une autre merveille : saint Pierre lui apparut et lui présenta une clef d'or, comme il avait fait autrefois à saint Servais, l'un de ses prédécesseurs et celui qui avait transféré l'évêché de Tongres à Maastricht. Dieu lui donna en même temps, par infusion, les sciences qui lui étaient nécessaires pour l'instruction de son peuple, avec la grâce des guérisons et surtout un don particulier de guérir les malheureux atteints de fureur et de rage. Cette légende, fort tardive, a pour but évident de rattacher fictivement l'Eglise de Liège à celle de Rome. Elle était totalement inconnue des contemporains de saint Hubert, ainsi que des siècles suivants.

Toujours est-il que saint Hubert devint évêque à la suite de saint Lambert. Les habitants de Maastricht n'eurent nulle peine à le recevoir, et ils se soumirent avec joie à son autorité pastorale. Hubert, sachant la différence qui doit exister entre l'évêque et le peuple, par l'exemple qu'il doit donner à ses fidèles, s'étudia plus que jamais à donner en sa personne des exemples de toutes les vertus évangéliques. Il était humble, sobre, chaste, vigilant, modeste, retenu dans ses paroles, assidu à la prière, fervent en toutes ses actions, patient dans les injures, ennemi des délices et grand ami de la croix.

Sa vie était une ascèse continuelle ; il avait un désir extrême du martyre et ne pouvait assez exalter le bonheur de son prédécesseur d'avoir donné son sang et sa vie pour la défense de la justice et de la piété. Il était l'asile des pauvres et des affligés ; tous les malheureux étaient bienvenus chez lui, il les recevait comme ses enfants, il les secourait de toutes les manières qu'il lui était possible et les soutenait de sa protection; enfin, il a mérité le surnom glorieux de " Refuge des veuves et de Père des orphelins ".

Une des actions les plus mémorables de saint Hubert, c'est l'invention et la translation des reliques de saint Lambert. Il fut porté à faire cette translation, d'abord par les grands miracles qui se faisaient à son tombeau, ensuite par diverses révélations. Pour être encore plus certain de la volonté de Dieu, il ordonna un jeûne général par tout son diocèse. Lorsqu'il fut certain que la divine Providence l'ordonnait ainsi, il convoqua les évêques ses voisins, savoir : ceux de Cologne, de Reims, de Tournai, d'Arras, d'Amiens, de Thérouanne et d'Utrecht et, en leur présence, il fit l'ouverture du saint tombeau.

Il trouva le corps du saint martyr aussi frais et aussi entier que le jour de son décès et exhalant une odeur très-agréable ; puis, assisté de ces vénérables évêques, qui portaient tour à tour le cercueil, il fit la cérémonie de cette translation. On ne peut décrire l'honneur avec lequel cette précieuse relique fut reçue dans toute la marche. Aussi elle fit partout de grands miracles et elle apporta à Liège une grande abondance de bénédictions. Saint Hubert fit bâtir en ce lieu une église magnifique sous le nom de la sainte Vierge et sous celui de saint Lambert, pour lui servir de sépulture et pour faire retentir jusqu'à la fin des siècles les cantiques de louanges que l'on donnerait à sa mémoire.


Exhumation du corps de saint Hubert (détail).
Rogier van der Weyden. XVe.

Depuis, ne pouvant demeurer séparé des dépouilles de son bienheureux maître, il transféra le siège de son évêché en ce petit bourg. Saint Servais était déjà parti de Tongeren (Tongres) pour Maastricht, cependant sans transfert officiel du siège, plus pour répondre aux problèmes du moment, dûs aux persécutions. Puis saint Lambert était revenu dans la région proche, à la petite bourgade de ce qui allait devenir Liège, tout en continuant à oeuvrer à Maastricht. Saint Hubert viendra s'installer à Liège, mais puisque le siège n'était pas officiellement à Maastricht, ce fut un simple déménagement.
Liège en profita bien.

Ce fut saint Hubert qui commença de la faire accroître par de nouveaux bâtiments, qui lui donna le nom et les privilèges de ville, qui en régla les poids et les mesures pour le pain, le vin et les autres marchandises. Une légende tardive, datant du bas Moyen-Age dit qu'il voulut aussi qu'elle eût pour sceau l'image de saint Lambert, avec cette inscription Sancta Legia, romanae Ecclesiae filia, Liège la sainte, fille de l'Eglise romaine. Légende tardive, buts politiques...

Il y fit bâtir une seconde église en l'honneur de saint Pierre, prince des Apôtres, pour lequel il avait une extrême dévotion, et y mit 15 chanoines. Mais depuis elle a été donnée à des chanoines et changée en collégiale. Enfin, il ennoblit encore cette ville par la translation de saint Théodat, un de ses prédécesseurs, et de sainte Madelberte, vierge, qu'il plaça dans une même châsse, auprès de saint Lambert. Mais rien n'égalait la tendre dévotion de notre saint évêque envers la sainte Vierge. Il l'honorait d'un culte plein d'une pieuse reconnaissance. Pendant sa résidence à Maastricht, il allait fréquemment passer les nuits dans l'église dédiée à la très-sainte Vierge, entièrement occupé à la prier et à l'honorer.

Sa piété ne se borna pas là. Il donna publiquement des marques éclatantes de son amour affectueux pour la Mère de Dieu. Il chercha à allumer et à entretenir dans les fidèles confiés à ses soins, cette dévotion si agréable à Dieu. La première église qu'il bâtit, fut dédiée, comme nous rayons dit, à la sainte Vierge ; il lui en consacra une seconde (712) au hameau d'Emal, non loin de Maastricht.

Il exigeait que ceux qui lui demandaient quelque grâce recourussent à la toute-puissante intercession de la Reine du Ciel ; et il a voulu que la mémoire de sa dévotion envers elle fût attachée au bienfait signalé qu'il nous a légué avec son étole miraculeuse, et se perpétuât avec lui pour nous être plus sûrement transmise. Et aujourd'hui encore, le répit se donne au Nom de la très-sainte Trinité ; et la neuvaine se fait en l'honneur de la sainte Vierge, tant il est vrai que dans tous les siècles on a toujours reconnu dans l'Eglise que la sainte Vierge est remplie le secours et la consolatrice des affligés. Dieu permettant que nombre de bienfaits et de grâces que les hommes attendent du Ciel passent par les mains de Marie et soient dus à son intercession.


Tryptique de saint Hubert (détail). Hubert Le Prévost. XVIe.

Ces actions si solennelles l'ont fait appeler, par quelques auteurs, le fondateur et le premier évêque de Liège, quoique en considérant cet épiscopat comme une continuation de celui de Tongres et de Maastricht, il n'en ait été que le 30e. Dès lors, il ne pensa plus qu'à étendre la Foi de Jésus-Christ dans tous les endroits de son diocèse et aux environs, en détruisant ce qui restait des superstitions du paganisme.

Il parcourut pour cela la grande forêt des Ardennes et le pays du Brabant, qui avait alors d'autres limites qu'aujourd'hui, et y fit partout tant de conversions qu'il a mérité d'être appelé l'Apôtre de l'un et de l'autre. Les merveilles qu'il opérait à tous moments contribuaient beaucoup à cet heureux succès.

Faisant la visite de son diocèse, il rencontra dans un village, nommé Vivoch, une femme qui, pour avoir travaillé le dimanche, avait perdu l'usage des mains ; ses doigts et ses ongles s'étaient tellement serrés contre les paumes qu'il n'était pas possible de les en séparer. Il pria donc pour elle et, sur la promesse qu'elle lui fit d'avoir désormais plus de respect pour les fêtes, il commanda à ces mains de se dénouer et, par ce seul commandement, il les remit en leur premier état.

La Somme étant extrêmement basse et ne pouvant commodément porter les bateaux chargés qui servaient à quelque édifice qu'il avait entrepris, il leva les yeux au ciel, qui se couvrit aussitôt de nuages, et au bout de quelques jours, les eaux avaient repris leur niveau ordinaire.
Par la vertu du signe de la croix, il chassa du corps d'une femme un démon qui s'en était emparé, pour troublerune procession qu'il faisait faire dans la campagne avec les châsses des saints.

Il éteignit par le même signe de la croix, un grand feu qui avait pris à son palais et qui le menaçait d'un embrasement général. Il délivra du nauffrage, bien qu'il fût absent, plusieurs de ses disciples qui étaient déjà presque submergés en mer et qui imploraient son assistance. Il rendit aussi la santé à quantité de malades, par ses prières et par d'autres moyens qui étaient toujours efficaces.

Il appris à son peuple à recourir aux processions et à porter les reliques des saints pour avoir de la pluie, pour obtenir la sérénité, pour nettoyer les champs des insectes qui les gâtent et pour toutes sortes de nécessités publiques.


Statue de saint Hubert. Cathédrale Saint-Paul de Liège. XVIe.

Jamais les prodiges que Dieu opérait par ses mains ne le firent devenir infidèle à cette profonde humilité qui le rendait si agréable devant le Seigneur. Toujours occupé de l'abîme de son néant, il rapportait à Dieu la gloire du bien qui était en lui et qu'il opérait en faveur des autres. Il ne se glorifiait que dans ses infirmités ; en même temps qu'il mettait ses complaisances dans son abjection, il se réjouissait que Dieu seul fût grand dans lui et dans toutes les créatures. Au milieu des bienfaits éclatants que Dieu répndait dans ses mains, il n'attendait que d'en haut le succès de son ministère. Sa ferveur, loin de diminuer, augmentait de jour en jour et se manifestait par la continuité de ses jeûnes, de ses veilles et de ses prières.

Pour donner à sa prière la force invincible dont elle était douée, Hubert n'avait pas trouvé de meilleur moyen que l'exercice continuel de cette précieuse vertu. Du lieu de son exil, il entretenait un commerce habituel avec son Père céleste. Dans toutes les circonstances de sa vie, il invoquait avec confiance son secours tout-puissant, et il en recevait tous les jours de nouvelles grâces et de nouvelles faveurs, pour prix de sa fidélité et de sa persévérance. Malgré ses nombreuses focntions et ses courses lointaines, pour porter à son peuple le pain de la parole sainte, il savait trouver au milieu de ses fatigues, de longues heures pour la méditation et la prière ; il savait unir avec un rare bonheur la vie active et la vie contemplative.

Après avoir pourvu, comme son divin Maître, avec une laborieuse sollicitude, aux besoins de son peuples, il se retirait comme lui dans la solitude pour se perdre dans la contemplation de ses grâces et de ses miséricordes. Il priait tantôt sur le tombeau de saint Lambert, afin de nourir sa piété par le souvenir du courage qui avait éclaté dans le martyre se vouant à la défense de la vérité et de la chasteté ; tantôt c'était dans la forêt, où la voix de son Bien-Aimé l'avait appelé, afin de déplorer le malheur de ne pas avoir aimé plus tôt cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle. D'autres fois, c'était dans les champs, pendant la nuit, sous a voûte du ciel, au milieu de cette nature dont chaque détail lui rappelait la grandeur et la clémence du Créateur.

Tous les objets qui l'environnaient lui servaient admirablement pour élever son coeur vers son Dieu, centre unique de son amour. Son âme élevée au-dessus des sens découvrait un nouveau monde, dont les richesses et les beautés la ravissaient hors d'elle-même. Les grandeurs et les plaisirs de la terre, dont les prestiges trompeurs séduisent leurs malheureux partisans, ne lui paraissaient plus que néant ; les affections, les délices terrestres n'avaient plus de charmes et ne pouvaient pas même arriver jusqu'à la région élevée où l'esprit de la prière et de la méditation l'avait porté.

Pendant qu'il avait tant de douceur et d'indulgence pour les autres, il n'avait de la sévérité que pour lui-même. Un ouvrier lui ayant par hasard écrasé la main sur un pieu de bois, il souffrit cette douleur et cette peine avec une constance merveilleuse et sans en demander la guérison ; il répétait seulement ce verset du psaume L. :
" Seigneur, Ayez pitié de moi selon votre grande miséricorde."
Son mal lui ayant donné un peu de relâche, il s'endormit, et, pendant son sommeil, il aperçut Notre Seigneur Jésus-Christ qui, lui montrant le beau palais de l'éternité bienheureuse, lui dit :
" Tu vois plusieurs demeures dans la maison de Mon Père, mais voilà celle que Je t'ai préparé en particulier. Dans un an, Je dénouerai le lien de ta tribulation, Je te délivrerai, et tu Me glorifieras."
Cet avertissement lui donna de nouvelles forces pour travailler au grand ouvrage de son salut. Il redoubla ses veilles, ses prières et ses aumônes, et se rendit plus attentif à faire toutes ses actions avec perfection.

Souvent il baignait le sépulcre de saint Lambert de ses larmes, et de là il passait dans l'église de Saint-Pierre, où il se prostermait contre terre devant l'autel qu'il avait consacré en l'honneur de saint Aubin.
Un jour qu'il avait fait une longue prière accompagnée de larmes et entrecoupées de sanglots, il se leva en prononçant ces paroles :
" Le juste sera dans une mémoire éternelle."
Ensuite, se tournant vers la paroi, en mesurant avec ses bras la grandeur de son sépulcre, il dit :
" Voilà l'endroit où je serai bientôt placé."


Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège. Gravure du XVIIIe.

Cependant il fut prié par plusieurs personnes considérables du Brabant de venir chez eux faire la dédicace d'une nouvelle église. Il ne voulut pas les refuser, quoiqu'il s'aperçut bien de la proximité de sa mort, et il s'acquita de cette fonction avec son zèle et sa piété ordinaires ; mais, comme il remontait sur la rivière pour s'en retourner à Liège, la fièvre le saisit avec tant de violence, qu'il fut contraint de s'arrêter dans une de ses métairies appelée Tervueren (Fura Ducis), entre Bruxelles et Louvain.

Le saint prélat, pressé des douleurs de l'agonie, vit paraître au milieu de la nuit l'ennemi des hommes qui s'efforçait de l'effrayer par des figures horribles ; mais il le repoussa vigoureusement en récitant le psaume Qui habitat in adjutorio Altissimi, et par le moyen de l'eau bénite qu'il se fit apporter par un de ses domestiques. Le jour commençant à paraître, il fit venir son fils Floribert et tous ceux de sa famille, et leur dit un dernier adieu.

Ensuite, étant muni des saints sacrements de l'Eglise, il récita devant tout le monde le Symbole de la foi, et comme il voulait aussi réciter l'Oraison dominicale , à ces paroles, " Notre père qui êtes aux cieux ", il termina sa vie terrestre et mortelle pour en aller posséder une éternelle et immortelle dans le ciel, le 30 mai 727.

Il faut signaler, que l'antique et sublime cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège, en 1794, sous le régime révolutionnaire des bêtes féroces venues de Françe, on entama la démolition du monument, décidée l’année précédente.
On s’en prit d’abord aux plombs de la toiture, afin d'en faire des armes et des munitions, ainsi qu'à la charpente. On nomma même une " Commission destructive de la cathédrale " !

La démolition de la grande tour fut mise en adjudication en 1795.

En 1803, on abattit les tours occidentales. Le terrain fut définitivement nivelé en 1827, à l’exception d’un pan de muraille de l’ancien passage entre le palais et la cathédrale, qui était encore debout en 1929.


Cathédrale Saint-Paul de Liège. On y conserve
un trésor d'une grande et pieuse richesse.

L'énervement et le " défoulement " de ces bêtes sauvages passé, il fallu se résoudre à retrouver une cathédrale pour la ville et on choisit la collégiale Saint-Paul, la plus au centre de la ville. On la modernisa sensiblement et on y transféra les trésors sauvés. Ceux-ci peuvent être visités aujourd'hui, dans le cloître de la cathédrale.

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vendredi, 21 octobre 2016

21 octobre. Saint Hilarion de Tabathe, patriarche des solitaires en Palestine. 372.

- Saint Hilarion de Tabathe, patriarche des solitaires en Palestine. 372.

Pape : Saint Damase Ier. Empereur romain d'Orient : Valens Ier. Empereur romain d'Occident : Valentinien Ier.

" La Solitude est la mère de la paix, un port tranquille, un lieu où le trouble ne saurait pénétrer."
Saint Jean Chrysostome.
 
Adoration de Notre Seigneur Jésus-Christ. Saint Hilarion, saint Jérôme,
Notre Dame et sainte Marie-Madeleine. Fra Filippo Lippi. Florence. XVe.

Né à Tabathe, en Palestine, de parents infidèles, Hilarion fut envoyé pour ses études à Alexandrie ; il y brilla par la pureté de sa vie et par ses talents, que relevèrent encore d'admirables progrès dans la foi et la chanté, quand il eut embrassé la religion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Assidu à l'église, persévérant dans le jeûne et la prière, il méprisait tous les faux plaisirs et foulait aux pieds les désirs terrestres.

Le nom d'Antoine était célèbre alors en toute l'Egypte ; il entreprit pour le voir un voyage au désert ; deux mois qu'il passa près de lui apprirent pleinement à Hilarion sa manière de vie. De retour chez lui, ses parents étant morts, il distribua leur héritage aux pauvres, et, non encore sorti de sa quinzième année, reprit le chemin de la solitude. L'étroite case qu'il s'y construisit le contenait à peine. Il y couchait par terre. Jamais il ne lava ou changea le sac revêtu alors, disant qu'il était superflu de mettre de la recherche dans un cilice.
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Saint Hilarion. Bréviaire romain. Auvergne. XVe.

La lecture et l'étude des saintes Lettres prenait une bonne part de sa vie. Quelques figues et le suc des herbes étaient sa nourriture, qu'il ne prenait jamais avant le coucher du soleil. Sa mortification, son humilité dépassaient toute croyance ; vertus qui, avec d'autres, le firent triompher d'effrayantes et multiples tentations de l'enfer, comme elles lui donnèrent puissance pour chasser en beaucoup de pays d'innombrables démons des corps qu'ils possédaient.

" On ne connaissait pas de moine en Syrie avant saint Hilarion, dit saint Jérôme son historien. Il fut en ce pays l'instituteur de la vie monastique et le maître de ceux qui l'embrassèrent. Le Seigneur Jésus avait son Antoine en Egypte, en Palestine son Hilarion, le premier chargé d'ans, le second jeune encore." (Hieron. in Vita S. Hilarionis, cap. II.).
Or le Seigneur ne tardait pas d'élever à tel point celui-ci en gloire, qu'Antoine disait aux malades qu'attirait de Syrie la renommée de ses miracles :
" Pourquoi vous fatiguer à venir de si loin, quand vous avez près de vous mon fils Hilarion ?" (Ibid. III.).
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Saint Hilarion. Vitae sanctorum. Bourgogne. XIIe.

Hilarion cependant n'avait passé auprès d'Antoine que deux mois ; lesquels étant écoulés, le patriarche lui avait dit :

" Persévère jusqu'à la fin, mon fils ; et ton labeur te vaudra les délices du ciel."
Après quoi, remettant un cilice et un vêtement de peau à cet enfant de quinze ans qu'il ne devait plus revoir, il l'avait renvoyé sanctifier les solitudes de sa patrie, pendant que lui-même s'enfonçait plus avant dans le désert. (Ibid. I, ex graeca versione).

L'ennemi du genre humain, qui pressentait un adversaire redoutable dans le nouveau venu de la solitude, engagea contre lui de terribles combats. La chair même du jeune ascète, malgré ses jeûnes, fut la première complice de l'enfer. Mais, sans merci pour un corps si délicat et si frêle, au témoignage de l'historien, que tout effort eût paru devoir le réduire à néant, Hilarion s'écriait indigné :
" Âne, je saurai faire que tu ne regimbes plus ; je te materai par la famine, je t'écraserai sous les fardeaux, je te ferai marcher par tous les temps ; tu crieras tant la faim, que tu ne songeras pas au plaisir." (Hieron. Vita S. Hilarionis, I.).
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Saint Hilarion et les démons tentateurs.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Vaincu de ce côté, l'ennemi trouva d'autres alliés pour, croyait-il, ramener par la crainte Hilarion vers les lieux habités. Mais aux voleurs se jetant sur sa pauvre cabane de joncs, le Saint disait en souriant :

" Celui qui est nu ne craint pas les voleurs."
Et ceux-ci, touchés d'une si grande vertu, ne cachaient pas leur admiration, et promettaient d'amender leur vie. (Ibid.).

C'était l'heure pour Satan d'entrer lui-même en lice, comme il l'avait fait avec Antoine, et sans plus de succès. Nul trouble ne pouvait plus atteindre aux régions sereines où la simplicité de cette âme l'avait portée. Un jour que le démon, entré dans le corps d'un chameau rendu par lui furieux, se précipitait sur le Saint avec d'horribles cris, il s'attirait la réponse :
" Tu ne m'effraies pas ; renard ou chameau, avec toi c'est tout un."
Et l'énorme bête tombait, domptée, à ses pieds. (Ibid. II.).

L'épreuve fut plus dure, et la ruse plus habile du côté de l'enfer, lorsque voulant se dérober à l'immense concours qui ne cessait point d'assiéger sa pauvre cellule, Hilarion vit l'ennemi se faire malicieusement le porte-voix de sa renommée, et lui ramener sous tous les cieux ces foules qui opprimaient son âme.
" Vainement quitte-t-il la Syrie, pour parcourir l'Egypte en tous sens ; vainement, traqué de désert en désert, il traverse la mer, espérant se cacher en Sicile, en Dalmatie, en Chypre. Du navire qui le promène au milieu des Cyclades, il entend dans chaque île les esprits infernaux s'appeler par les villes et les bourgs, et courir aux rivages près desquels il passe. A Paphos où il aborde, c'est le même concours de démons amenant à leur suite des multitudes humaines ; jusqu'à ce que Dieu, prenant en pitié son serviteur, lui fait trouver un lieu inaccessible à ses semblables, où il est seul enfin en la compagnie des légions diaboliques qui jour et nuit l'entourent. Loin de trembler, dit son biographe, il prenait plaisir à ce voisinage des habitués bien connus de ses luttes de jadis, et il vécut là en grande paix les cinq années qui précédèrent sa mort." (Hieron. Vita S. Hilarionis, III, IV, V.).
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Saint Hilarion. Bréviaire françiscain. Savoie. XVe.

Fondateur de nombreux monastères, illustre par ses miracles, il était dans sa quatre-vingtième année, quand la maladie l'arrêta ; sous la violence du mal, prêt à rendre le dernier souffle, il disait :

" Sors, que crains-tu ? Sors, mon âme, pourquoi hésiter ? Il y a près de soixante-dix ans que tu sers le Christ, et tu crains la mort ?"

Il expira en prononçant ces mots.

Saint Hilarion fut en Orient l'un des premiers Confesseurs, sinon le premier d'entre eux, honoré d'un culte public à côté des Martyrs. En Occident, la blanche armée qu'Ursule conduisit à cette date au triomphe, relève de sa gloire l'auréole du saint moine auquel l'Eglise Mère a maintenu les premiers honneurs de cette journée.


Eglise Saint-Hilarion. Saint-Hilarion. Île-de-France. France.

PRIERE

" Être Hilarion, et redouter de mourir !
" S'il en est ainsi du bois vert, que sera-ce du bois sec ?" (Luc. XXIII, 31.).
Illustre Saint, pénétrez-nous de l'attente des jugements de Dieu. Apprenez-nous que la crainte chrétienne ne bannit pas l'amour. C'est elle, bien au contraire, qui dégage ses abords et y conduit, pour ensuite l'escorter sur la route de la vie comme une garde attentive et fidèle. Elle fut votre sécurité à l'heure suprême ; puisse-t-elle, après avoir comme les vôtres assuré nos sentiers, nous introduire nous-mêmes directement aux cieux !"

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samedi, 17 septembre 2016

17 septembre. Sainte Hildegarde de Bingen, vierge et abbesse du Mont Saint-Rupert. 1179.

- Sainte Hildegarde de Bingen, vierge et abbesse du Mont Saint-Rupert. 1179.

Pape : Alexandre III. Empereur d'Allemagne : Frédéric Barberousse. Roi de France : Louis VII le Jeune.

" L'espérance est comme l'oeil de la charité, l'amour céleste est comme son coeur, et l'abstinence comme leur liaison."
Sainte Hildegarde.

Sainte Hildegarde. Gravure. Angleterre. XVIIIe.

Sainte Hildegarde naquit en 1098, à Bickelnheim, bourg d'Allemagne, au comte, de Spanheim. Son père, qui se nommait Hildebert, et sa mère, appelée Melchtide, tous deux considérables par leur noblesse et par leurs grands biens, ayant reconnu, par plusieurs indices, qu'elle était appelée à une singulière familiarité avec Dieu, et que toutes ses inclinations la portaient au seul amour de Jésus-Christ et au mépris du monde, la mirent, dès l'âge de huit ans, sous la conduite d'une sainte vierge, nommée Jutte, qui lui donna l'habit de l'Ordre de Saint-Benoît. Cette illustre fille, qui était sœur de Méginhard, comte de Spanheim, à la cour duquel vivait Hildebert, demeurait recluse dans un ermitage, sur le mont de Saint-Disibode. Elle eut un soin extraordinaire pour l'élever dans l'innocence et dans l'humilité et, pour toute science, elle lui apprit les psaumes de David, afin qu'elle pût les réciter et les chanter à la louange de Dieu.

Hildegarde protita admirablement à une si sainte école, et, par les progrès qu'elle fit dans la vertu aussi bien que par les lumières divines qu'elle recevait sans cesse du ciel, elle se confirma dans le dessein de ne rechercher que les choses célestes. Mais Dieu, pour l'épurer encore davantage et éprouver sa fidélité, lui envoya de grandes maladies ; car elle était dans une langueur continuelle accompagnée de douleurs très aiguës. Rarement elle pouvait marcher, et son corps devint si exténué, qu'elle n'était plus qu'un squelette et une image de la mort. Cependant, plus elle s'affaiblissait extérieurement, plus son esprit se fortifiait par les intimes communications qu'elle avait avec Dieu ; de sorte que la chaleur ne semblait se retirer de ses membres que pour échauffer de plus en plus son cœur et augmenter la ferveur de son amour pour Jésus-Christ.

Comme elle était ainsi uniquement appliquée à Dieu, auquel seul elle tâchait de se rendre agréable, elle entendit une voix divine qui lui commanda de mettre à l'avenir par écrit toutes les choses qu'on lui ferait connaître. Le délai qu'elle apporta à obéir à cet ordre du ciel, de peur de n'être pas approuvée des hommes, fut cause que sa maladie redoubla. L'inquiétude où elle se trouva là-dessus l'obligea d'avoir recours à un religieux elle lui découvrit le sujet de son infirmité et le commandement qu'elle avait reçu et, par le conseil qu'il lui donna, après avoir proposé l'affaire à son abbé et à d'autres personnes spirituelles, elle fut entièrement déterminée à suivre cette céleste inspiration. Dès qu'elle se fut mise en devoir de commencer, ses forces lui revinrent tout à coup et quoiqu'elle n'eût jamais appris à écrire, elle fit un livre des visions et des révélations qu'elle avait eues jusqu'alors, et le mit entre les mains de l'abbé pour l'examiner.

Il ne se fia point à son propre jugement dans une matière si délicate et si importante mais il alla à Mayence pour en conférer avec l'archevêque et les savants de son Eglise. De là il alla à Trèves, où il sut que le pape Eugène III s'était rendu après le concile de Reims, auquel il avait présidé. Ce Pape, pour ne rien décider sans une mûre délibération, envoya vers Hildegarde l'évêque de Verdun avec d'autres personnes fort éclairées, afin d'examiner par quel esprit elle avait découvert tant de merveilles. Ils rapportèrent que l'humilité et la simplicité de la Sainte étaient des marques assurées qu'elle n'était conduite que par l'Esprit de Dieu ainsi il lut lui-même ces divins écrits en présence d'Adalbéron, archevêque de Trèves, des cardinaux et de tout le clergé, et il n'y eut personne de cette savante compagnie qui ne fût ravi de leur solidité, et qui ne bénît la bonté de Dieu de s'être communiqué d'une manière si rare et si admirable a une simple fille. Saint Bernard, abbé de Clairvaux, qui était de l'assemblée, représenta au Pape qu'il ne devait pas laisser dans l'obscurité une personne à qui Dieu communiquait tant de belles lumières, mais qu'il devait employer son autorité pour confirmer ce qu'elle avait déjà dicté, et pour l'exciter à continuer d'écrire des choses semblables. Eugène, acquiesçant à ce sentiment, lui écrivit une lettre pour l'exhorter à recueillir soigneusement toutes les choses que le Saint-Esprit lui révélerait ; et, afin de l'autoriser davantage, il en écrivit une autre à l'abbé et aux religieux, pour leur faire savoir la bonne opinion qu'il avait de la sainte recluse.

L'abbé Trithème dit que saint Bernard alla la voir lui-même pour avoir le bonheur de l'entretenir ; qu'il en fut pleinement satisfait, confessa hautement qu'elle était inspirée de Dieu, l'exhorta a la persévérance, la fortifia dans les voies de son attrait, et lia même avec elle une sainte amitié, qu'il entretint par plusieurs lettres qu'il les lui écrivit, soit pour la consoler dans les continuelles maladies dont elle était attaquée, soit pour lui donner les instructions qu'il jugeait lui être nécessaires dans la conduite extraordinaire que la divine Providence gardait sur elle. Mais le P. Stilting, au tome V de septembre des Acta sanctorum, a démontré que ce fait était tout à fait faux.

Sainte Hildegarde écrivant ses visions. Livre des Scivias,
dans lequel sont rassemblées ses principales visions. XIIIe.

Cette enquête ordonnée par le Pape, et suivie d'une approbation si authentique, répandit partout le bruit de la sainteté d'Hildegarde l'odeur de ses vertus lui attira bientôt après un grand nombre de personnes, qui vinrent la consulter sur les difficultés de leur conscience, sur les moyens de faire leur salut et d'avancer dans la perfection. Plusieurs jeunes. Elles lui demandèrent l'habit religieux, et il s'en présenta un si grand nombre que son ermitage, dont sainte Jutte l'avait laissée supérieure, ne pouvant les contenir toutes, elle fut obligée d'en faire bâtir un plus spacieux. Le mont de Saint-Robert ou Rupert (près de Bingen), ainsi appelé parce qu'il était du domaine de ce saint duc, et qu'il y avait saintement fini ses jours avec la bienheureuse Berthe, sa mère, et saint Guibert, confesseur, fut le lieu de cette nouvelle retraite, qui lui fut montré divinement dans une vision.

Le comte Méginhard, dont la fille, nommée Hiltrude, s'était faite religieuse sous la conduite de notre Sainte, lui en fit la donation, après l'avoir acheté des chanoines de Mayence et du comte de Hildesheim, dont il dépendait. L'abbé et les religieux eurent bien de la peine à consentir qu'elle quittât leur voisinage; ils s'y opposèrent quelque temps mais elle tomba dans une langueur surnaturelle qui la réduisit à ne pouvoir plus se remuer ; cela lui arrivait ordinairement lorsqu'on l'empêchait d'exécuter les ordres qu'elle recevait du ciel, ou qu'elle dilférait elle-même de le faire tandis que, quand elle se mettait en état de s'y conformer, et qu'on ne la contrariait plus, ses forces lui revenaient tout à coup. L'abbé lui permit donc de se rendre au nouveau monastère de Saint-Rupert alors elle se leva de son lit, comme si elle n'eût point été malade, et s'y rendit. Ce changement causa autant de douleur aux personnes qu'elle quittait, qu'il apporta de joie à celles qu'elle allait honorer de sa présence.

Dieu continua, dans cette nouvelle demeure, de l'éclairer de ses lumières célestes. Il serait impossible d'expliquer par d'autres paroles que par les siennes de quelle manière elle les recevait ; voici ce qu'elle en dit dans une lettre à un religieux de Gemblac :
" Je suis toujours pénétrée d'une sainte frayeur, parce que je ne reconnais en moi aucun pouvoir de faire le bien mais j'étends vers Dieu mes mains comme deux ailes, et, le vent de sa grâce soufflant au milieu, je me sens puissamment soutenue de sa force divine. Depuis mon enfance jusqu'à présent, que j'ai soixante-dix ans, j'ai sans cesse dans mon esprit cette vision il me semble que je suis élevée jusqu'au firmament et que je me répands dans l'air vers les régions fort éloignées, et, en cet état, je vois dans mon âme de grandes merveilles qui me sont manifestées; je ne les vois point des yeux du corps je ne les entends point de mes oreilles je ne les découvre point par aucun de mes sens, non pas même par les pensées de mon cœur, ni par des extases, car je n'en ai jamais eu mais, ayant les yeux ouverts et étant parfaitement éveillée, je les vois clairement, jour et nuit, dans le plus profond de mon âme."

Il ne faut pas s'étonner si, dans cette heureuse disposition, elle avait tant de facilité à mettre par écrit toutes les choses que le Saint-Esprit lui révélait, non seulement dans l'ordre naturel, mais aussi dans l'ordre surnaturel.

Sainte Hildegarde composa nombre de pièces musicales sacrées.

Cet état de contemplation continuelle ne l'empêchait point de s'acquitter des fonctions de la vie active et de travailler, autant qu'il lui était possible, au salut des âmes. Elle écoutait les personnes qui venaient la trouver, pénétrait le fond de leur conscience et leur donnait toujours des avis salutaires et conformes à la situation de leur cœur. Elle répondait aux autres qui la consultaient par lettres. Le religieux Wilbert lui proposa trente questions très-épineuses, qu'elle résolut par des lumières si profondes et si sublimes, qu'on ne peut lire cet écrit sans admiration. A l'instance de l'abbé et des religieux de Saint-Disibode, elle écrivit la vie de ce saint confesseur, et, à la prière de quelques autres, elle fit celle de saint Rupert.

Elle composa sur tous les évangiles de l'année des homélies dont la lecture fait voir qu'elle ne parlait que par l'inspiration divine. Elle expliqua particulièrement l'Evangile de saint Jean dont les mystères sont incompréhensibles aux plus grands génies. Elle écrivit plus de deux cent cinquante lettres pour exhorter diverses personnes à des actes héroïques de vertu. Elle y découvre, par un don singulier de Dieu, les secrets de leur intérieur, et y donne des instructions convenables à leur état. Celles qu'elle adressa aux archevêques de Trèves, de Mayence et de Cologne contiennent plusieurs prédictions sur les calamités qui devaient arriver dans le monde.

En un mot, il n'y eut point de personnes considérables de son temps à qui elle ne donnât des conseils tout divins. Elle écrivit à Eugène III, à Anastase IV, à Adrien IV et à Alexandre III, souverains pontifes aux empereurs Conrad III et Frédéric Ier ; aux évêques de Bamberg, de Spire, de Worms, de Constance, de Liége, de Maëstricht, de Prague et de toute la Germanie ; à l'évêque de Jérusalem, à plusieurs prélats de France et d'Italie à un grand nombre d'abbés ; à sainte Elisabeth de l'Ordre de Cîteaux ; à une quantité de prêtres, de théologiens et de philosophes de l'Europe ; toutes ces épîtres sont remplies de mystères et de secrets que le Saint-Esprit lui avait révélés, et les réponses de tant de grands hommes ont été conservées au monastère de Saint-Rupert.

Elle parcourut plusieurs villes d'Allemagne pour annoncer aux ecclésiastiques et au peuple des choses que Dieu lui avait ordonné de leur manifester. Les plus pauvres avaient part à ses lumières, aussi bien que les puissants du siècle elle ne leur refusait point des lettres de consolation, quand ils lui en demandaient, et, par ses prières, elle obtenait pour eux les grâces dont ils avaient besoin dans leurs maladies, leurs misères et leurs afflictions.

Sainte Hildegarde bénissant ses religieuses. Manuscrit du XIIIe.

Elle convainquit des Juifs qui la vinrent interroger sur la loi et les Prophètes, et leur prouva que le mystère de l'Incarnation, qu'ils attendaient encore, était accompli. Elle connaissait le cœur de ceux qui venaient à elle par un esprit do curiosité, et leur disait des vérités si touchantes, qu'ils changeaient aussitôt de sentiment. Elle donnait des remèdes aux personnes qui la consultaient sur leurs maladies corporelles ou spirituelles. Elle avait souvent des révélations touchant le salut ou la damnation de ceux qui venaient la visiter. Elle voyait la gloire à laquelle les uns devaient être élevés dans le ciel, et les peines que d'autres devaient souffrir dans les enfers. Elle se servait utilement de ce discernement des esprits et des consciences pour gouverner ses religieuses. Elle prévenait leurs petits différends, leur tristesse dans leur vocation, leur paresse et leur lâcheté dans leurs fonctions régulières. Tout ce qu'elle disait était accompagné de tant de douceur et d'onction, que l'on ne pouvait résister aux impressions qu'elle faisait jusque dans. le plus intime des âmes.

Mais, quoique Notre Seigneur Jésus-Christ favorisât sa bien-aimée Hildegarde par des grâces si extraordinaires et des bénédictions si abondantes, et qu'il l'honorât presque continuellement de ses saintes visites, il ne laissa pas de permettre qu'elle fût extrêmement persécutée et affligée de plusieurs manières. Elle eut des maladies que l'on peut dire avoir été au-dessus de la nature. Elle fut une fois trente jours dans un état si pitoyable, que l'on ne savait si elle était morte, ou si son âme animait encore ses membres, tant ils paraissaient desséchés et raides. D'autres fois son corps était réduit à une telle faiblesse, qu'on n'osait pas même le toucher, de crainte de la faire mourir. Tantôt il était flétri et comme gelé, tantôt il était tout en feu par l'ardeur des fièvres violentes qui la tourmentaient. C'était néanmoins dans ces cuisantes douleurs qu'elle avait les plus belles visions et que Dieu lui communiquait de plus grandes lumières.

Nous avons déjà remarqué que son mal augmentait visiblement lorsqu'elle n'exécutait pas promptement ce qui lui était prescrit dans ses révélations. Un jour, elle devint aveugle pour n'avoir pas manifesté une chose qu'elle avait eu ordre de déclarer, et elle ne recouvra la vue qu'après y avoir satisfait. Elle souffrit aussi beaucoup de la part des démons, qui employèrent tous leurs artifices pour lui ravir son humilité, pour ébranler sa patience et pour lui faire perdre sa confiance en Jésus-Christ. Ils l'attaquèrent par d'horribles tentations de blasphème et par des pensées de désespoir. Ils se mêlèrent, par permission divine, dans ses maladies, et la traitèrent, sans pourtant toucher à son âme, avec toute la cruauté que leur rage leur put suggérer ; mais elle eut la consolation de voir des anges destinés pour la défendre contre leur fureur. Elle vit plusieurs fois un chérubin, avec un glaive de feu à la main, qui les chassait de sa présence et les obligeait de se retirer dans les enfers. Elle voyait souvent ces esprits de ténèbres dans des furies effroyables, de ce qu'au lieu de remporter la moindre victoire sur sa faiblesse, elle triomphait toujours de leur malice et s'en servait pour s'unir davantage à son Dieu.

Ruines du cloître du monastère du mont Saint-Disibode.

Aussi, ce ne furent point là les plus sanglantes persécutions qu'elle souffrit, quoiqu'elles paraissent si terribles les traits des langues médisantes lui furent bien sensibles, parce qu'elles combattaient les faveurs insignes qu'elle recevait de son Epoux. Elle était honorée, applaudie et approuvée de la manière que nous avons dite cependant la Providence permit encore au démon de susciter plusieurs personnes qui lui causèrent d'étranges peines intérieures. Les uns doutaient si ces révélations n'étaient pas plutôt des illusions que des inspirations divines. Les autres disaient hautement qu'elle était trompée et séduite, et, qu'au reste, ce n'était point à une fille simple, ignorante et sans lettres, à se mêler de composer des ouvrages de piété que ses prétendues familiarités avec le Saint-Esprit n'étaient que des imaginations creuses que les visions qu'elle débitait ne devaient passer que pour des idées chimériques, sans aucun fondement valable, et qu'enfin il fallait l'empêcher de parler, au lieu de la consulter comme un oracle. Quelques-unes même de ces religieuses se laissèrent emporter au murmure contre elle, se plaignant de son exactitude, comme trop scrupuleuse, à leur faire garder les observances régulières, et lui reprochant que, par une rêverie plutôt que par une vision, elle les avait retirées du mont de Saint-Disibode, où rien ne leur manquait, et qui était la demeure du monde la plus agréable, pour les transférer sur la colline de Saint-Rupert, lieu malsain et marécageux à cause du voisinage de la rivière de Naha, qui se décharge dans le Rhin, et où elles manquaient de toutes choses.

Mais Hildegarde demeura toujours ferme, constante et tranquille au milieu de ces tempêtes. Et si elles furent assez violentes pour la toucher à leur début, elles n'eurent jamais la force de l'abattre, ni même de l'ébranler. Comme elle ne s'était pas élevée lorsqu'on lui avait donné des louanges, elle ne se laissa pas abattre quand elle se vit calomniée. Elle regarda cette adversité du même œil qu'elle avait envisagé la prospérité, adorant sans cesse en l'une et en l'autre la divine Providence, de laquelle seule elle attendait tout son secours. Aussi Dieu, prenant sa défense en main, la mit au-dessus de l'envie il fit paraître son innocence avec éclat, châtia ses persécuteurs et les obligea de reconnaître leur faute enfin, il montra, par plusieurs merveilles, qu'elle ne faisait et n'avait rien fait que par le mouvement et la conduite de son Esprit-Saint.

Elle guérit plusieurs malades qui implorèrent, son assistance, délivra un enfant de sept mois d'une étrange tumeur qui l'affligeait dans tous ses membres, et rendit la santé à une jeune fille et à un jeune homme moribonds, en leur faisant boire de l'eau qu'elle avait auparavant bénite. Deux femmes qui avaient perdu l'esprit le recouvrèrent par ses mérites. Une autre, d'Italie, travaillée d'un flux de sang, fut guérie par une de ses lettres.

Basilique Saint-Martin.
Bingen-sur-le-Rhin. Hesse. Allemagne.

Le seul attouchement de ses habits et des choses qui lui avaient servi opérait des guérisons admirables. Elle chassa les démons du corps des possédés, et rendit la vue à un enfant aveugle.
Une jeune personne, nommée Lutgarde, eut une passion si violente, qu'elle tomba dans une langueur qui la mit à deux doigts de la mort. Ses parents, apprenant de sa propre bouche la cause de sa maladie, l'envoyèrent vers la Sainte pour lui découvrir son mal et lui demander le secours de ses prières. Hildegarde se mit aussitôt en oraison, puis elle bénit du pain, l'arrosa de ses larmes et l'envoya à la malade. La jeune fille n'en eut pas plus tôt goûté qu'elle fut entièrement délivrée de la passion qui la desséchait.

Enfin notre Sainte fit quantité d'autres miracles qu'il serait trop long de rapporter ici. Il faut observer avec une tendre dévotion que, quand elle avait fait quelque action miraculeuse, Dieu permettait que ses douleurs et ses maladies augmentassent extraordinairemeni, afin, comme elle-même le confesse dans ses écrits, qu'elle se maintînt toujours dans les sentiments d'une véritable humilité et que la grandeur de ses révélations et l'éclat des merveilles qu'elle opérait ne fissent point naître dans son esprit des pensées d'orgueil et de bonne estime d'elle-même.

Voilà quelle, fut la vie de sainte Hildegarde jusqu'à l'âge de quatre-vingt-deux ans ; après avoir prédit sa mort, par une révélation qu'elle en eut, elle alla rejoindre son Epoux céleste, qu'elle avait uniquement recherché sur la terre. Ce fut le 17 septembre, l'an de Notre-Seigneur 1179.

A l'heure de son décès, qui arriva à la pointe du jour, on vit dans le ciel deux arcs-en-ciel, se croisant l'un sur l'autre sur tout l'hémisphère, vers les quatre parties du monde et, au point de leur jonction, il paraissait un corps lumineux de la grandeur du disque de la lune, du milieu duquel il sortait une croix qui, d'abord, était assez petite, mais ensuite s'élargissait sans mesure et était encore environnée d'autres cercles lumineux, chargés aussi de croix éclatantes il en jaillissait une clarté merveilleuse dont toute la montagne était illuminée. Dieu voulait sans doute montrer par ces symboles combien cette sainte vierge avait souffert pendant sa vie, combien, par ses souffrances, elle s'était rendue agréable à Notre Seigneur Jésus-Christ, et de quelle gloire elle était récompensée dans le ciel.

Son corps, qui exhalait une très-suave odeur, fut très honorablement inhumé au monastère d'Eibingen ou Bingen, qu'elle avait si longtemps sanctifié parla pratique des plus excellentes vertus. Son tombeau a été honoré de plusieurs miracles.

La châsse contenant les reliques de sainte Hildegarde.
Abbatiale de Eibingen. Hesse. Allemagne.

On la représente :
1. au moment où, rendant le dernier soupir, une croix éclatante apparut dans le ciel ;
2. portant une église, comme fondatrice d'un monastère, celui d'Eibingen ;
3. visitée par un solitaire
4. donnant un calice et de l'argent à un pauvre prêtre ou ermite.

CULTE ET RELIQUES

Sainte Hildegarde fut ensevelie au monastère de Saint-Rupert, où on lui éleva un riche mausolée. Ce monastère ayant été pillé et brûlé, en 1632, par les protestants suédois, les religieuses bénédictines qui l'occupaient se retirèrent et emportèrent avec elles les reliques de leur sainte abbesse au prieuré d'Eibingen, au diocèse de Mayence, dont sainte Hiidegarde était la fondatrice.

C'est là qu'elle a reçu depuis les honneurs que le grand nombre de ses miracles lui ont fait rendre. Son nom est célèbre dans les fastes de l'Eglise d'Allemagne. Sa canonisation, deux fois reprise, n'a pas été terminée pour des raisons secondaires et qui ne saurait mettre en cause son haut degré de sainteté ; mais son culte est permis et le décret de béatification a été rendu. Son nom est inséré dans le martyrologe romain.

Une des visions de sainte Hildegarde, décrite par ses soins.
Maître de Sainte-Hildegarde. Livre des Scivias. XIIIe.

ECRITS

Signalons que bien des ésotéristes contemporains, la tête farcie de fausses et de mauvaises sciences et de ruineuses fantaisies de toutes sortes, sont férus de certains ouvrages de sainte Hildegarde. Ils en donnent, dans l'édition comme sur l'Internet, des interprétations truffées de sottises obscures et dangereuses.

D'autres, au fil du temps ont composé des faux qu'ils ont attribué à notre grande Sainte. D'autres reproduisent incomplètement, retranche, ajoute, etc. aux textes de l'abbesse du Mont-Rupert. On s'éloignera bien entendu de toutes les variétés d'escrocs correspondant à ces caractéristiques et à ces pratiques.

Les ouvrages que nous avons de sainte Hildegarde sont :
1. ses Lettres, au nombre de cent quarante-cinq, en y comprenant celles que diverses personnes lui adressèrent ;
2. les Scivias, ou ses visions et ses révélations, en trois livres ;
3. le livre des Ouvrages divins de l'homme simple, ou Visions sur tous le points de la théologie, en trois parties :
4. la Solution de trente-huit questions ;
5. l'explication de la Règle de saint Benoît ;
6. l'explication du symbole de saint Athanase ;
7. la Vie de saint Rupert ou Robert ;
8. la Vie de saint Disibode ;
9. Des subtilités des diverses natures des créatures, en neuf livres.

Tous ces ouvrages sont réunis au tome CXCVII de la Patrologie latine de Migne par les soins et avec les notes du docteur Heuss.

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