UA-75479228-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 14 février 2017

14 février. Saint Valentin, prêtre et martyr. 268.

- Saint Valentin, prêtre et martyr. 268.

Pape : Saint Denys Ier (dit aussi " de Calabre "). Empereurs romains : Gallien ; Claude II le Gothique.

" Vita carnum, sanitas cordis."
" La santé du coeur est la vie du corps."

Prov., XIV, 80.


Saint Valentin. Legenda aurea. Bx J. de Voragines.
R. de Montbaston. XIVe.

L'Eglise honore aujourd'hui la mémoire de ce saint prêtre de Rome, qui souffrit le martyre vers le milieu du troisième siècle. L'injure du temps nous a privés de la plupart des circonstances de sa vie et de ses souffrances ; à peine quelques traits en sont venus jusqu'à nous. C'est la raison pour laquelle la Liturgie romaine ne contient pas de Légende en son honneur. Le culte de saint Valentin n'en est pas moins célèbre dans l'Eglise, et nous devons le regarder comme l'un de nos protecteurs en la saison liturgique où son nom et ses mérites viennent se joindre à ceux de tant d'autres martyrs, pour nous animer à chercher Dieu, au prix de tous les sacrifices qui peuvent nous faire rentrer en grâce avec lui.La vertu de saint Valentin, prêtre, était si éclatante, qu'il fut arrêté par l'empereur Claude II.

Valentin vient de valorem tenens, c'est-à-dire qui persévère dans la sainteté. Ou bien de valens tiro, soldat vaillant qu'il fut de Notre Seigneur Jésus-Christ. On appelle un soldat vaillant celui qui n'a jamais succombé, qui frappe avec force, qui se défend avec valeur, qui remporte de grandes victoires. Valentin ne succomba pas en fuyant le martyre, il frappa l’idolâtrie. en l’anéantissant, il défendit la foi en la confessant, et il vainquit en souffrant.

Après deux jours de prison, l'empereur le fit comparaître à son tribunal :
" Pourquoi, Valentin, voulez-vous ainsi être l'ami de nos ennemis et rejetez-vous notre amitié ?
- Seigneur, dit le prêtre chrétien, si vous saviez le don de Dieu, vous seriez heureux, et votre empire aussi ; vous rejetteriez le culte que vous rendez aux esprits immondes et à leurs idoles que vous adorez, et vous sauriez qu'il n'y a qu'un Dieu qui a créé le ciel et la terre et que Notre Seigneur Jésus-Christ est son fils unique."

Un des juges, prenant la parole, demanda au martyr ce qu'il pensait de Jupiter et de Mercure :
" Qu'ils ont été des misérables, et qu'ils ont passé toute leur vie dans la débauche et le crime."
Le juge, furieux de cette réponse, s'écria :
" Il a blasphémé contre les dieux et contre l'empire !"

L'empereur continua ses questions avec curiosité, heureux de cette occasion de savoir ce que pensaient les chrétiens ; Valentin, de son côté, avait le courage d'exhorter le prince à faire pénitence pour le sang des chrétiens qu'il avait répandu :
" Croyez en Jésus-Christ, faites-vous baptiser, vous serez sauvé, et dès cette vie vous assurerez la gloire de votre empire et le triomphe de vos armes."
Claude commençait à se laisser persuader, et dit à ceux qui l'entouraient :
" Écoutez la belle doctrine que cet homme nous apprend."
Mais le préfet, mécontent, s'écria :
" Voyez-vous comment ce chrétien séduit notre prince ! Quitterons-nous la religion que nos pères nous ont enseignée ?"


Saint Valentin. Missel romain. XIVe.

Le faible Claude, craignant des troubles, abandonna le martyr, qui eut à subir un autre interrogatoire devant un nouveau juge qui l'interrogea ainsi :
" Comment peux-tu dire que Jésus-Christ est la vraie lumière ?
- Il n'est pas seulement la vraie lumière, mais l'unique lumière.
- S'il en est ainsi, rends la vue à ma petite fille adoptive, aveugle depuis deux ans ; je croirai en Jésus-Christ, et je ferai tout ce que tu voudras."

L'enfant fut amenée ; le prêtre, lui mettant la main sur les yeux, fit cette prière :
" Ô Jésus-Christ, qui êtes la vraie lumière, éclairez cette aveugle."

A ces paroles, l'aveugle voit ; le juge Astérius, avec toute sa famille, confesse Jésus-Christ et reçoit bientôt le baptême. L'empereur, averti de ces merveilles, aurait bien voulu fermer les yeux sur les conversions nouvelles ; mais la crainte lui fit trahir sa conscience et le sentiment de la justice ; Valentin et les autres chrétiens furent livrés aux supplices - saint Valentin fut battu et brisé à coups de bâtons noueux puis décapité - et allèrent recevoir au Ciel la récompense de leur courage, en l'année 268, le 14 février, sur la voie Flaminienne.

Le pape Jean Ier fit construire bientôt une église sous son invocation, près du Ponte Mole. Ruinée, elle fut remplacé par une autre église par le pape Théodose, dont il ne reste plus de trace aujourd'hui. La porte du Peulple à Rome s'appelait autrefois la porte Saint Valentin. Ses reliques sont gardées dans l'église Sainte Praxède.

Il existe encore, à Rome, une catacombe de Saint-Valentin, témoin de la vénération dont fut, de tout temps, entouré cet illustre martyr.


Saint Valentin. Bartholomäus Zeitbloom. Munich. XVIIe.

Saint Valentin, nommé Illustre martyr dans le Sacramentaire de saint Grégoire Le Grand, est représenté tenant une épée et une palme ou guérissant la fille du juge Astérius.
Il est le patron des jeunes gens à marier et l'on se met sous sa protection pour se garder de la peste et de l'épilepsie.

Saint Valentin est le patron de la ville de Tarascon en Provence.


Buste reliquaire conservant le chef de saint Valentin.
Basilique Notre-Dame-de-Bonne-Garde.
Longpont-sur-Orge. Île-de-France.
 

PRIERE

" Priez donc, Ô saint Martyr, pour les fidèles qui, après tant de siècles, conservent encore votre mémoire. Au jour du jugement, nos yeux vous reconnaîtront dans l'éclat de la gloire que vos combats vous ont acquise ; obtenez par votre suffrage que nous soyons placés à la droite et associés à votre triomphe."

00:15 Publié dans V | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 22 janvier 2017

22 janvier. Saint Vincent de Sarragosse, diacre et martyr. 304.

- Saint Vincent de Sarragosse, diacre et martyr. 304.
 
Pape : Saint Marcelin. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule. Empereur romain d'Orient : Dioclétien.

" La pauvreté volontaire soufferte avec patience équivaut au martyre."
Thomas a Kempis, serm. XI, div. 4.
 

Anonyme. Flandres espagnoles. XVIe.

Aujourd'hui Vincent, le Victorieux, couvert de la dalmatique sacrée, et tenant la palme entre ses mains fidèles, vient rejoindre au berceau de l'Emmanuel son chef et son frère Etienne le Couronné. L'Espagne l'a vu naître ; il exerce le ministère du Diaconat dans la glorieuse Eglise de Sarragosse, et, par la force et l'ardeur de sa foi, il présage les destinées du royaume Catholique entre tous les autres. Mais il n'appartient point à l'Espagne seulement; comme Etienne, comme Laurent, Vincent est le héros de l'Eglise entière. C'est à travers les pierres qui pleuvaient sur lui, comme sur un blasphémateur, que le Diacre Etienne a prêché le Christ ; c'est sur le gril embrasé, comme le Diacre Laurent, que le Diacre Vincent a confessé le Fils de Dieu. Ce triumvirat de Martyrs fait l'ornement de la Litanie sacrée, et leurs trois noms symboliques et prédestinés, Couronne, Laurier et Victoire, nous annoncent les plus vaillants chevaliers de l'Emmanuel.

Vincent a triomphé du feu, parce que la flamme de l'amour qui le consumait au dedans était plus ardente encore que celle qui brûlait son corps. Des prodiges admirables l'ont assisté dans ses rudes combats ; mais le Seigneur, qui se glorifiait en lui, n'a cependant pas voulu qu'il perdît la palme ; et, au milieu de ses tortures, le saint Diacre n'avait qu'une pensée, celle de reconnaître, par le don de son sang et de sa vie, le sacrifice du Dieu qui avait souffert la mort pour lui et pour tous les hommes. Avec quelle fidélité et quel amour il garde, en ces saints jours, le berceau de son Maître ! Comme il désire que cet Enfant soit aimé de ceux qui le visitent ! Lui qui n'a pas reculé, quand il s'est agi de se donner à lui à travers tant d'angoisses, comme il accuserait la lâcheté des chrétiens qui n'apporteraient à Jésus naissant que des cœurs froids et partagés ! A lui, on a demandé sa vie par lambeaux, il l'a donnée en souriant ; et nous refuserions de lever les obstacles futiles qui nous empêchent de commencer sérieusement avec Jésus une vie nouvelle ! Que le spectacle de tous ces Martyrs qui se pressent depuis quelques jours sur le Cycle stimule donc nos coeurs ; qu'ils apprennent à devenir simples et forts, comme l'a été le cœur des martyrs.

Une ancienne tradition, dans la chrétienté, assigne à saint Vincent le patronage sur les travaux de la vigne et sur ceux qui les exercent. Cette idée est heureuse, et nous rappelle mystérieusement la part que le Diacre prend au divin Sacrifice. C'est lui qui verse dans le calice ce vin qui bientôt va devenir le sang du Christ. Il y a peu de jours, nous assistions au festin de Cana : le Christ nous y offrait son divin breuvage, le vin de son amour ; aujourd'hui, il nous le présente de nouveau, par la main de Vincent. Pour se rendre digne d'un si haut ministère, le saint Diacre a fait ses preuves, en mêlant son propre sang, comme un vin généreux, dans la coupe qui contient le prix du salut du monde. Ainsi se vérifie la parole de l'Apôtre, qui nous dit que les Saints accomplissent dans leur chair, par le mérite de leurs souffrances, quelque chose qui manquait, non à l'efficacité, mais à la plénitude du Sacrifice du Christ dont ils sont les membres. (Coloss. I, 24.).


Bréviaire à l'usage de Besançon. XIVe.

Vincent voudrait dire incendiant le vice, ou qui vainc les incendies, ou qui tient la victoire. En effet il incendia, c'est-à-dire il consuma les vices parla mortification de la chair ; il vainquit l’incendie allumé pour son supplice en endurant les tortures avec constance ; il se tint victorieux du monde en le méprisant. Il vainquit trois fléaux qui étaient dans le monde : les fausses erreurs, les amours immondes, les craintes mondaines ; par sa sagesse, sa pureté et sa constance. Saint Augustin dit que, pour vaincre le monde avec toutes ses erreurs, ses amours et ses craintes, on a et toujours on a eu pour exemples les martyres des saints.

Vincent, noble par sa naissance, fut plus noble encore par sa foi et sa religion. Il fut diacre de l’évêque Valère, et comme il s'exprimait avec plus de facilité que l’évêque, celui-ci lui confia le soin de la prédication, tandis qu'il vaquerait lui-même à la prière et à la contemplation.

Le président Dacien ordonna de les traîner à Valence, et de les enfermer dans une affreuse prison. Quand il les crut presque morts de faim, il les fit comparaître en sa présence ; mais les voyant sains et joyeux, il fut transporté de colère et parla ainsi :
" Que dis-tu, Valère, toi qui, sous prétexte de religion, agis contre les décrets dès princes ?"
Or, comme Valère lui répondait avec trop de douceur, Vincent se mit à lui dire :
" Père vénérable, veuillez ne pas parler avec tant de timidité et de retenue ; expliquez-vous avec une entière liberté : si vous le permettez, père saint, j'essaierai de répondre au juge."
Valère reprit :
" Depuis longtemps déjà, fils très chéri, je t'avais confié le soin de parler, maintenant encore, je te commets pour répondre de la foi, qui nous amène ici."
Alors Vincent se tourna vers Dacien :
" Jusqu'alors, lui dit-il, tu n'as péroré dans tes discours que pour nier la foi, mais sache-le bien, que chez des Chrétiens, c'est blasphémer et commettre une faute indigne que de refuser de rendre à la divinité l’honneur qui lui est dû."


Saint Vincent prêchant. Vies de saints. Jeanne de Montbaston. XIVe.

A l’instant Dacien irrité ordonna de mener l’évêque en exil : pour Vincent, qu'il regardait comme un arrogant et présomptueux jeune homme, afin d'effrayer les autres par son exemple, il le condamna à être étendu sur un chevalet et à avoir tous ses membres disloqués. Quand tout son corps fut brisé ; Dacien lui dit :
" Réponds-moi, Vincent, de quel oeil regardes-tu ton misérable corps ?"
Et Vincent reprit en souriant :
" C'est ce que j'ai toujours désiré."
Alors le président irrité le menaça de toutes sortes de tourments, s'il n'obtempérait pas à ses demandes.
Vincent lui dit :
" Oh ! Suis-je heureux ! Par cela même que tu penses m’offenser davantage, c'est par là que tu commences à me faire le plus de bien. Allons donc, misérable, déploie toutes les ressources de la méchanceté ; tu verras, que, quand je suis torturé, je puis, avec la force de Dieu, plus que tu ne peux toi-même qui me tortures."

A ces mots le président se mit à crier et à frapper les bourreaux à coups de verges et de bâton ; et Vincent lui dit :
" Qu'en, dis-tu ? Dacien, voici que tu me venges de ceux qui me torturent."
Alors le président hors de lui dit aux bourreaux :
" Grands misérables, vous ne faites rien ; pourquoi vos mains se lassent-elles ? vous avez pu vaincre des adultérés et des parricides de manière à ce qu'ils ne pussent rien cacher au milieu des supplices que vous leur infligiez, et aujourd'hui Vincent seul a pu triompher de vos tourments !"


Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Les bourreaux lui enfoncèrent alors des peignes de fer jusqu'au fond des côtes, de sorte que le sang ruisselait de tout son corps et, que l’on voyait ses entrailles entre les jointures de ses os. Et Dacien dit :
" Aie donc pitié de toi, tu pourras alors recouvrer ta brillante jeunesse, et échapper aux tourments qui t'attendent."
Et Vincent dit :
" Ô venimeuse langue de diable ! Je ne les crains pas tes tourments ; il n'est qu'une chose que je redoute, c'est que tu paraisses vouloir t'apitoyer sur moi, car plus je te vois irrité, plus, oui, plus je tressaille de joie. Je ne veux pas que tu diminues en rien ces supplices afin de te forcer à t'avouer vaincu."

Alors on l’ôta du chevalet, pour le traîner vers un brasier ardent, et il stimulait gaîment la lenteur dès bourreaux et la leur reprochait. Il monte donc lui-même sur le gril, où il est rôti, brûlé et consumé ; on enfonce des ongles de fer et des lames ardentes par tous ses membres ; la flamme était couverte de sang : c'étaient plaies sur plaies ; en outre on sème du sel sur le feu, afin qu'il saute sur chacune de ses plaies et que la flamme pétillante le brûle plus cruellement encore. Déjà ce n'est plus dans ses membres, mais dans ses entrailles que l’on enfonce des dards ; déjà ses intestins s'épanchent hors du corps. Cependant il reste immobile, les yeux tournés vers le ciel et priant le Seigneur.


Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XVe.

Les bourreaux ayant rapporté cela à Dacien :
" Ah ! S'écria-t-il, vous êtes vaincus ; mais à présent pour qu'il vive plus longtemps dans sa torture, enfermez-le dans le plus affreux cachot ; amassez-y des tessons très aigus ; clouez ses pieds à un poteau ; laissez-le couché sur ces tessons, sans personne pour le consoler ; et quand il défaillira, mandez-le-moi."

Tout aussitôt ces ministres cruels secondent un maître plus cruel encore ; mais voici que le roi pour lequel ce soldat souffre change ses peines en gloire, car les ténèbres du cachot sont dissipées par une immense lumière les pointes des tessons sont changées en fleurs d'un parfum suave ; ses entraves sont déliées, et il a le bonheur d'être consolé par des anges. Comme il se promenait sur ces fleurs en chantant avec ces anges, ces modulations délicieuses, et la merveilleuse odeur des fleurs se répandent au loin.

Les gardes effrayés regardent à travers les crevasses du cachot ; ils n'eurent pas plutôt vu ce qui se passait dans l’intérieur qu'ils se convertirent à la foi. A cette nouvelle, Dacien devenu furieux dit :
" Et que lui ferons-nous encore ? Car nous voilà vaincus. Qu'on le porte sur un lit, qu'on le mette sur des coussins moelleux ; ne le rendons pas plus glorieux, s'il arrivait qu'il mourût dans les tourments ; mais lorsque ses forces seront revenues, qu'on lui inflige encore de nouveaux supplices."
Or, lorsqu'il eut été porté sur le lit moelleux, et qu'il y eût pris un peu de repos, il rendit aussitôt l’esprit, vers l’an du Seigneur 287, sous Dioclétien et Maximien.


Dacien fait jeter le corps de saint Vincent à la mer.
Vies de saints. Jeanne de Montbaston. XIVe.

A cette nouvelle, Dacien fut grandement épouvanté, et se reconnaissant battu il dit :
" Puisque je n'ai pu le vaincre vivant, je me vengerai de lui après sa mort ; je me rassasierai de ce tourment, et ainsi la victoire pourra me rester."
Par les ordres donc de Dacien, son corps est exposé dans un champ pour être la pâture des oiseaux et des bêtes : mais aussitôt il est gardé par les anges et préservé des bêtes qui ne le touchèrent point. Enfin, un corbeau, naturellement vorace, chassa à coups d'ailes d'autres oiseaux plus forts que lui, et par ses morsures et ses cris, il mit en fuite un loup qui accourait ; puis il tourna la tête pour regarder fixement le saint corps, comme s'il eût été en admiration devant ses anges gardiens.
Quand Dacien le sut il dit :
" Je pense que je n'aurai pas le dessus sur lui, même après sa mort."
Il fait alors attacher au saint corps une meule énorme et la jeter dans la mer, afin que n'ayant pu être dévoré sur la terre par les bêtes, il fût au moins la proie des monstres marins. Des matelots portent donc le corps du martyr à la mer et l’y jettent ; mais il revint plus vite qu'eux au rivage ; où il fut trouvé par une dame et par quelques autres qui en avaient reçu de lui révélation et qui l’ensevelirent honorablement.


Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Voici sur ce martyr les paroles de saint Augustin :
" Saint Vincent a vaincu en paroles, a vaincu en souffrances, a vaincu dans sa confession, a vaincu dans sa tribulation. Il a vaincu brûlé, il a vaincu noyé, il a vaincu vivant, il a vaincu mort ."
Il ajoute :
" Vincent est torturé pour être exercé ; il est flagellé pour être instruit ; il est battu pour être fortifié ; il est brûlé pour être purifié."

Saint Ambroise s'exprime en ces termes dans sa préface :
" Vincent est torturé, battu, flagellé, brûlé, mais il n'est pas vaincu et son courage à confesser le nom de Dieu n'est pas ébranlé : Le feu de son zèle est plus ardent qu'un fer brûlant ; il est plus lié par la crainte de Dieu que par la crainte du monde ; il voulut plutôt plaire à Dieu qu'au public ; il aima mieux mourir au monde qu'au Seigneur."

Saint Augustin dit encore :
" Un merveilleux spectacle est sous nos yeux ; c'est un juge inique, un bourreau sanguinaire ; c'est un martyr qui n'a pas été vaincu, c'est le combat de la cruauté et de la piété."

Prudence, qui brilla sous le règne de Théodore l’Ancien, en 387, dit que Vincent répondit ainsi à Dacien :
" Tourments, prisons ; ongles, lames pétillantes de feu, et enfin la mort qui est la dernière des peines ; tout cela est jeu pour les chrétiens."
Alors Dacien dit :
" Liez-le, tordez-lui les bras sens dessus dessous, jusqu'à ce que les jointures de ses os soient disloquées pièce par pièce, afin que, par les ouvertures des plaies, on voie palpiter son foie."
Et ce soldat de Dieu riait en gourmandant les mains ensanglantées qui n'enfonçaient pas plus avant dans ses articulations les ongles de fer. Dans sa prison, un ange lui dit :
" Courage, illustre martyr ; viens sans crainte ; viens être notre compagnon dans l’assemblée céleste : Ô soldat invincible, plus fort que les plus forts ; déjà ces tourments cruels et affreux te craignent et te proclament vainqueur !"
Prudence s'écrie :
" Tu es l’illustre par excellence ; seul tu as remporté la palme d'une double victoire, tu t'es préparé deux triomphes à la fois."

SÉQUENCE

Adam de Saint-Victor a composé deux Séquences à la gloire du grand Diacre de Sarragosse ; elles sont si belles l'une et l'autre que nous nous faisons un devoir de les insérer ici :


Ecole de Francisco Ribalta. XVIIe.

" Voici le jour désiré, jour heureux, jour délectable, jour de grande liesse.

Vénérons ce jour, et admirons les combats du Christ dans Vincent.

Tout est illustre en ce Martyr : naissance, foi, sainteté, science, parole, dignité, office.

Dans les honneurs du Diaconat, sous Valère son père, il commandait dans l'Eglise.

Privé du don de la parole, le Pontife vaquait à Dieu, et confiait au Lévite le ministère de l'enseignement.

La droiture des discours brillait dans l'éloquence du Diacre ; une double science s'épanchait de la simplicité de son cœur.

Mais pendant qu'il instruit dans la saine doctrine, par le secours de la grâce, le peuple de Sarragosse,

Un Préfet jaloux, ardent pour l'idolâtrie, se déchaîne contre l'Eglise.

Au bruit de la constance qu'ils montrent dans la foi, il fait traîner les deux apôtres, sous les chaînes, à Valence.

Ni la jeunesse en sa fleur n'obtient grâce, ni l'impie ne considère l'âge du vieillard.

Las du chemin, accablés sous le poids des chaînes, on les enferme dans un sombre cachot sans nourriture.

Jusque-là s'étend le pouvoir du tyran ; pour le reste son désir demeure impuissant ; car le Christ lui-même nourrit ses deux soldats par sa providence.

Lors le Préfet exile le vieillard, mais réserve le jeune homme pour un plus affreux supplice.

Vincent souffre le chevalet et les ongles de fer ; il monte sur le gril d'un cœur assuré.

Il brûle, mais n'est point intimidé ; il n'en confesse que plus hautement le Christ, et il brave en face le tyran.

Le visage de Dacien s'enflamme de colère ; dans sa rage, il balbutie ; sa main tremble, et dans son délire, il ne se contient plus.

Par son ordre, le Martyr est rejeté dans sa prison ; on le couche sur des têts aigus ; mais une lumière éclatante le vient réjouir, et les Anges le visitent.

Enfin, déposé sur un lit, soldat émérite, il s'envole dans les cieux, et son âme triomphante est présentée au Seigneur.

On refuse au corps du héros le droit commun de la sépulture ; la haine du tyran outrage à la fois la loi et la nature.

Ce juge sévit contre un mort ; mais ce mort grandit en gloire ; les bêtes féroces tremblent à l'aspect de l'objet que, d'ordinaire, elles dévorent.

C'est un corbeau qui garde intact ce corps sans sépulture : ainsi est déjouée l'intention barbare du tyran.

C'est alors que le profane Dacien ordonne d'ensevelir, sous le silence des ondes, un corps dont la terre ne peut le défaire.

Ni la meule n'a pu retenir au fond, ni la mer dérober aux regards celui que toute l'Eglise s'empresse d'honorer aujourd'hui de sa louange singulière.

Ce corps, demi-brûlé dans le feu, est devenu fameux sur la terre et sur la mer. Bon Jésus ! Donnez-nous de vous louer dignement, avec vos Saints, dans la patrie.

Amen."

SÉQUENCE


Heures à l'usage de Paris. XVe.

" Il s'est levé, le jour du triomphe, jour auguste qui ramène la solennité du grand Lévite ; livrons-nous tous à la joie, et honorons dans le Christ Vincent le Victorieux.

Porteur d'un si beau nom, il en réalise le présage : vainqueur sur la terre, vainqueur sur les eaux ; tous les tourments, toutes les craintes, sont pour lui l'objet d'un triomphe.

Il a l'éclat de la pourpre deux fois teinte ; de l'hyacinthe il a la splendeur ; aux reins il porte la double ceinture ; sa tunique est de fin lin ; et la palme empourprée qu'il a cueillie montre à quel point il fut invincible au milieu des supplices cruels qu'il endura pour le Christ.

Il est la victime succulente, l'agneau offert dont la dépouille embellie de son sang sert de voile au tabernacle ; il a semé au milieu des larmes, et pour prix de ses sueurs, il rapporte les gerbes de la vie.

On entraîne le serviteur de Dieu au tribunal sanglant du farouche Dacien ; le magistrat pour le tenter emploie tour à tour la prière et la menace ; il fait briller, comme récompense, les honneurs mondains.

Mais l'athlète a dédaigné la fleur passagère du monde ; il en fait autant des offres, des caresses et des terreurs du fier tyran. On l'attache au chevalet ; et le juge qui se sent méprisé fait succéder tortures à tortures.

Les torches ardentes, le lit embrasé, les verges du licteur, le sel brûlant qui pénètre jusqu'aux entrailles mises à nu, tout se réunit pour accroître les angoisses du martyr ; mais ces tourments divers n'ont pas abattu sa constance pleine de joie.

Enfermé dans un cachot, les têts sur lesquels il est étendu déchirent ses membres cruellement ; mais en même temps une joie inspirée par le ciel vient le fortifier, comme l'huile dont l'athlète baigne ses membres. Pour lui,le poids des chaînes devient glorieux, les ténèbres de la prison font place au jour le plus éclatant ; et les pointes qui lacéraient son corps se transforment tout à coup en fleurs souples et odorantes.

Bientôt, on porte le martyr sur un lit commode ; il pousse alors ses soupirs vers le ciel, et entouré du chœur mélodieux des Anges, il rend à Dieu son âme. On jette son corps aux bêtes, mais un gardien lui est donné d'en haut ; on le précipite dans les flots, mais il ne disparaît pas, et la terre entoure de ses honneurs ce précieux dépôt qui lui est rendu.

Ainsi vit-on tous les éléments se réunir pour sa victoire : l'eau, la terre, l'air et le feu. Noble témoin de la vérité, prie le Christ de nous purifier de nos péchés, et de nous faire goûter les joies véritables ; afin que, devenus les cohéritiers de la lumière, nous chantions à notre tour : Alleluia !"


Vies de saints. Maître de Fauvel. XIVe.
 
PRIERE
 
" Nous vous saluons, Ô Diacre Victorieux, tenant entre vos mains le Calice du salut. Autrefois, vous le présentiez à l'autel, afin que la liqueur qu'il contenait fût transformée, par les paroles sacrées, au Sang du Christ ; vous le présentiez aux fidèles, afin que tous ceux qui avaient soif de Dieu se désaltérassent aux sources de la vie éternelle. Aujourd'hui, vous l'offrez vous-même au Christ ; et il est plein jusqu'au bord de votre propre sang. Ainsi avez-vous été un Diacre fidèle, donnant jusqu'à votre vie pour attester les Mystères dont vous étiez le dispensateur. Trois siècles s'étaient écoulés depuis l'immolation d'Etienne ; soixante ans depuis le jour où les membres de Laurent fumaient sur les brasiers de Rome, comme un encens à l'odeur suave et forte ; et dans cette dernière persécution de Dioctétien, à la veille du triomphe de l'Eglise, vous veniez attester, par votre constance, que la fidélité du Diacre n'avait point défailli.

Vous brillez en tête de la phalange des Martyrs, Ô Vincent ! Et l'Eglise est fière de vos victoires ; souvenez-vous que c'est pour elle, après le Christ, que vous avez combattu. Soyez-nous donc propice ; et marquez ce jour de votre fête par les effets de votre protection sur nous. Vous contemplez, face à face, le Roi des siècles dont vous fûtes le Chevalier ; ses splendeurs éternelles luisent à vos regards, fermes quoique éblouis. Nous, dans cette vallée de larmes nous le possédons, nous le voyons aussi ; car il s'appelle Emmanuel, Dieu avec nous. Mais c'est sous la figure d'un faible enfant qu'il se montre à nos regards ; car il craint de nous effrayer par l'éclat de sa gloire. Rassurez cependant nos cœurs troublés quelquefois par la pensée que ce doux Sauveur doit être un jour notre juge. La vue de ce que vous avez fait, de ce que vous avez souffert pour son service, nous émeut, nous si vides de bonnes œuvres, si oublieux des droits d'un tel maître. Obtenez que vos exemples ne passent pas en vain sous nos yeux. Il vient nous recommander la simplicité de l'enfance, cette simplicité qui procède de l'humilité et de la confiance en lui, cette simplicité qui vous fit affronter tant de tourments sans faiblesse et d'un cœur tranquille. Rendez-nous dociles à écouter la voix d'un Dieu qui nous parle par ses exemples, calmes et joyeux dans l'accomplissement de ses volontés, dévoués uniquement à son bon plaisir.

Priez, Ô Vincent, pour tous les Chrétiens ; car tous sont appelés à la lutte contre le monde et les passions de leur propre cœur. Tous nous sommes conviés à la palme, à la couronne, à la victoire. Jésus n'admettra que des vainqueurs au banquet de la gloire éternelle, à cette table où il nous a promis de boire avec nous le vin nouveau, au royaume de son Père. La robe nuptiale, nécessaire pour y avoir entrée, doit être teinte dans le sang de l'Agneau ; nous devons tous être martyrs, sinon d'effet, du moins de désir : car c'est peu d'avoir vaincu les bourreaux, si on ne s'est vaincu soi-même.

Assistez de votre secours les nouveaux martyrs qui versent encore aujourd'hui leur sang sur des plages lointaines, afin qu'ils soient dignes des temps glorieux qui donnèrent Vincent à l'Eglise. Protégez l'Espagne, votre patrie. Priez l'Emmanuel d'y susciter des héros forts et fidèles comme vous, afin que le royaume Catholique, toujours si jaloux de la pureté de la foi, sorte bientôt des épreuves auxquelles il est soumis. Ne souffrez pas que l'illustre Eglise de Sarragosse, fondée par l’Apôtre fils du Tonnerre, visitée par la glorieuse Mère de Dieu, sanctifiée par votre ministère de Diacre, voie s'affaiblir le sentiment de la foi catholique, ou se briser le lien de l'unité. Et puisque la piété des peuples vous révère comme le protecteur des vignobles, bénissez cette partie de la création que le Seigneur a destinée à l'usage de l'homme, et dont il a voulu faire l'instrument du plus profond des mystères et l'un des plus touchants symboles de son amour pour nous."

00:15 Publié dans V | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 23 décembre 2016

23 décembre. Sainte Victoire de Rome ou de Tivoli, vierge et martyre. 253.

- Sainte Victoire de Rome ou de Tivoli, vierge et martyre. 253.

Pape : Saint Lucius Ier. Empereurs romains (période de l'anarchie militaire) : Trébonien Galle (+353) ; Hostilien (+351) ; Volusien (+353) ; Emilien (+353). Empereurs romains (période des trente tyrans) : Valérien ; Galien.

" Il est plus beau d'imiter dans sa chair la vie des anges que d'augmenter de sa chair le nombre des mortels."
Saint Augustin.


Sainte Victoire. Eglise Sainte-Victoire. Ficcule. Italie. XIVe.

Sainte Victoire était de Tivoli, ville proche de Rome. Elle naquit de parents illustres selon le monde et encore plus par la religion chrétienne dont ils faisaient profession. Lorsqu'elle fut nubile, ils la promirent en mariage, de son consentement, à un gentilhomme nommé Eugène, qui avait de très bonnes qualités, mais était encore engagé dans les superstitions de l'idolâtrie ; car alors, la différence du culte n'était pas un empêchement au mariage. Une autre fillen nommée Anatolie, que quelques auteurs font sa soeur selon la chair, et d'autres seulement selon l'esprit, fut en même temps accordée à Tite Aurèle, seigneur romain, mais païen. Celle-ci avait fait voeu de virginité et ne voulait aucunement consentir à cette alliance qui, en la ravissant à Notre Seigneur Jésus-Christ, devaitla faire épouse d'un profane, d'un sacrilège et d'un esclave du démon.

Le seigneur Aurèle, qui avait une extrême passion pour elle, employa divers moyens pour la résoudre ; mais voyant qu'il n'en pouvait venir à bout, il pria Victoire, comme accordée à son ami Eugène, d'entreprendre cette affaire et de persuader à Anatolie de ne point différer davantage ses noces. Victoire ne put lui refuser ce service ; elle alla voir Anatolie et lui tint ce discours :
" Vous savez, ma soeur, que je suis chrétienne comme vous, et qu'en cette qualité je suis bien éloignée de vouloir vous donner uin mauvais conseil ; cependant, si vous voulez me croire, vous consentirez au plus tôt à votre mariage. Dieu n'a point condamné les noces ; nous voyons au contraire dans l'Ecriture que les Patriarches et les Prophètes, ses amis et fidèles serviteurs, ont eu des femmes et que Dieu a béni leur postérité? D'ailleurs, celui que vos parents vous ont destiné est un homme d'honneur, il ne vous accusera point comme chrétienne, il n'empêchera point que vous fassiez tous les exercices de votre religion ; il y a même espérance que, par l'amour conjugal qu'il aura pour vous, il embrassera le culte du vrai Dieu dont vous faites profession."



Sainte Victoire. Imagerie populaire. Lemercier & Basset. XIXe.

Anatolie écouta patiemment ce discours, mais Victoire s'étant tue, elle repit la parole et dit :
" Ô ma chère Victoire, triomphez de la malice du démon et soyez Victoire d'effet comme vous l'êtes de nom ! Quand il fallut peupler le monde, Dieu dit aux hommes : " Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre " ; mais maintenant que l'univers ne manque point d'habitants, le Fils de Dieu, descendu du ciel sur la terre pour nous donner une doctrine céleste, ne cesse point de crier : " Croissez dans la foi, augmentez dans la charité et remplissez le ciel, car le royaume des cieux approche ".
Elle lui dit encore d'autres choses très pressantes, et, pour la persuader davantage, elle ajouta :
" Ma chère soeur, le jour que je distribuai aux pauvres le prix de mes joyaux, j'eus une vision dans laquelle un jeune homme m'apparut avec un diadème d'or sur la tête, vêtu de pourpre et couvert de pierres précieuses, et me dit d'un air agréable et d'un visage plein de gaieté :
" Ô virginité qui êtes toujours dans la lumière et jamais dans les ténèbres !"
A ces paroles, je m'éveillai fort triste de n'avoir pas entendu le reste et je me jetai à terre, les larmes aux yeux, priant Notre Seigneur Jésus-Christ que celui qui m'avait dit ce peu de mot continuât de m'instruire. Comme j'étais ainsi prosternée, le même jeune homme ajouta :
" La virginité est une pourpre royale qui relève celles qui en sont revêtues au-dessus de toutes les autres. La virginité est une pierre d'un prix inestimable ; la virginité est le trésor immense du Roi des rois. Les voleurs tâchent de la ravir à qui la possèdent ; conservez-là avec toute la diligence possible, et soyez d'autant plus sur vos gardes pour la conserver, que vous la possédez dans un degré plus éminent."


Fresque-mosaïque des saintes vierges et martyres, dont sainte Victoire
et sainte Anatolie. Basilique Saint-Apollinaire-la-Neuve. Ravenne. VIe.

Un discours si puissant et si pathétique toucha vivement sainte Victoire ; elle fut heureusement vaincue par celle qu'elle avait entrepris de vaincre, et, ayant pris la résolution de demeurer vierge, elle vendit, comme Anatolie, ce qu'elle avait de bagues et d'autres vains ornements et en donna tout l'argent aux pauvres.

Dès que les seigneurs Eugène et Aurèle surent la résolution de ces deux généreuses filles, ils n'épargnèrent rien pour les obliger à en venir au mariage? Ils s'adressèrent pour cela à l'empereur même : ils obtinrent la permission de les enlever et de les mener dans leur maison de campagne, pour tâcher de les gagner, ou par la douceur, ou par les menaces et même par les mauvais traitements.

Sainte Anatolie se distingua par sa constance et subit le martyre, comme nous le voyons au 9 juillet.


Sainte Victoire. Imagerie populaire. Picard imprimeur. XIXe.

Pour sainte Victoire, elle fut à l'épreuve de toutes les sollicitations et de tous les outrages d'Eugène. Il la garda quelques années dans son château, pendant lesquelles il ne lui faisait donner pour nourriture qu'un morceau de pain bis le soir. Il lui fit aussi endurer beaucoup d'autres mauvais traitements indignes de sa naissance et de sa vertu, pour la réduire à l'épouser ou à adorer les idoles, mais inutilement. Sainte Victoire demeura invincible au milieu de tant de supplices. Elle eut même l'adresse, dans le peu de liberté qu'elle avait, de gagner plusieurs épouses à Notre Seigneur Jésus-Christ, en persuadant à de jeunes demoiselles qui venaient la voir de lui consacrer leur pureté virginale.

Adelme, évêque des Saxons occidentaux, qui a composé son histoire en vers héroïques, rapportés par Surirus en ce jour, dit qu'elle en assembla jusqu'à 60 qui menaient une vie angélique et qui chantaient jours et nuits des hymnes et des psaumes à l'honneur du vrai Dieu. Il ajoute qu'elle fit plusieurs miracles, et que, entre autres, elle chassa un horrible dragon qui infectait tout ce pays, après avoir fait promettre au peuple qu'il embrasserait la religion chrétienne.


Martyre de sainte Victoire. Anonyme. Collegiale Sainte-Victoire.
Santa-Vittoria-in-Matenano. Acoli. Italie. XVIIIe.

Enfin, Eugène, lassé de sa persévérance, obtint de Julien, pontife du Capitole et comte des temples, un bourreau nommé Tiliarque pour la faire mourir. Celui-ci donna un coup d'épée dans le coeur de sainte Victoire, et en fit une glorieuse martyre de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce fut sous la persécution de Dèce, le 23 décembre 253.
Le malheureux qui lui avait donné le coup de la mort devint aussitôt lépreux, et au bout de six jours, il mourut rongé par les vers.

Le corps de sainte Victoire fut enterré où elle avait été exécutée. Sa mémoire est marquée dans les quatre martyrologes, et principalement dans celui d'Adon. Des reliques de notre Sainte sont conservées dans une magnifique châsse dans l'église Notre-Dame-des-Victoires de Rome.


Châsse et reliquaire de sainte Victoire.
Basilique Notre-Dame-des-Victoires. Rome.

00:25 Publié dans V | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 27 octobre 2016

27 octobre. Saint Vincent, sainte Sabine et sainte Christèle, martyrs à Avila en Espagne. 304.

- Saint Vincent, sainte Sabine et sainte Christèle, martyrs à Avila en Espagne. 304.

Pape : Saint Marcelin. Empereur romain d'Occident : Maximien Hercule. Empereur romain d'Orient : Dioclétien.

" Combattons énergiquement, afin que Dieu nous couronne pour l'éternité."
Saint Bonaventure. Serm. XII Pentec.

Martyre de saint Vincent, de sainte Sabine te de sainte Cristèle.
Bas-relief. Basilique Saint-Vincent. Avila, Espagne.

Dacien, ce cruel exécuteur de la rage des empereurs Dioclétien et Maximien, étant venu en Espagne, plutôt pour persécuter les Chrétiens que pour en gouverner les provinces, fit arrêter saint Vincent, qu'en lui déféra comme un des plus zélés défenseurs du culte de Jésus-Christ.

Pour tâcher de corrompre sa Foi, il lui démontra que c'était une folie de s'exposer à perdre la vie à la fleur de son âge par de cruels supplices, pour défendre l'honneur d'un homme que l'on avait crucifié, et qu'il ferait beaucoup mieux d'obéir aux ordres des empereurs qui commandaient de sacrifier aux divinités païennes. Puis, voyant que le saint martyr, bien loin de se rendre à ses désirs, confessait généreusement la divinité de Jésus-Christ, et déclamait contre Jupiter, se moquant de cette idole incestueuse et adultère, il commanda qu'on le menât devant la statue de l'idole, et que s'il ne lui offrait de l'encens, il fût à l'heure même torturé, déchiré, rompu de coups, et enfin mis à mort par le dernier supplice.

Les bourreaux se saisirent aussitôt de lui et l'entraînèrent au lieu désigné par le président ; mais, par un grand miracle, ayant mis le pied sur une pierre dure, Vincent y imprima son vestige, de même que si c'eût été de la cire molle ; les bourreaux en furent tellement touchés, que, pour avoir le temps de se faire instruire des mystères de la Foi Chrétienne, ils retournèrent à Dacien ; et feignant que Vincent demandait 3 jours pour délibérer, ils obtinrent de lui cette surséance.

Pendant ce temps, ils le retirèrent chez eux : Sabine et Christète, soeurs de notre invincible Martyr, le vinrent voir ; et, se jetant à ses pieds, elles le prièrent et le conjurèrent avec larmes, de prendre la fuite avec elles pour leur servir de père et de mère et être leur soutien dans la rigueur de cette persécution. Vincent eut bien de la peine à le faire ; mais, enfin, considérant la jeunesse de ces Vierges, et s'imaginant qu'elles pourraient succomber à la cruauté des supplices si elles n'étaient soutenues par ses exhortations et par son exemple, il usa de la liberté que lui donnèrent ceux qui le retenaient, et se retira avec ses soeurs à Avila.

Basilique Saint-Vincent. Les précieuses reliques de nos Saints
y sont toujours conservées. Avila. Espagne. XIIe.

Le président en fut bientôt averti, et il envoya en même temps des cavaliers pour les suivre. Ils les atteignirent en cette ville ; et, comme ils avaient ordre de les tourmenter et de les faire mourir, ils exercèrent contre ces innocentes victimes toutes les cruautés dont l'impiété est capable. Enfin, après avoir disloqué tous leurs membres sur le chevalet et leur avoir déchiré le corps à coups de fouet, ils leur mirent la tête sur des pierres et la leur écrasèrent avec des cailloux et des leviers.

Leurs dépouilles sacrées demeurèrent ensuite exposées à la voirie pour être dévorées par les animaux ; mais, Ô conduite admirable de la divine Providence ! Un serpent d'une grosseur prodigieuse, qui causait de grands maux dans le pays, sortit des rochers voisins de la ville pour les venir garder.

Un Juif s'étant donc approché pour les insulter, il fut saisi par ce monstre et n'échappa à sa cruauté que par la promesse qu'il fit de se convertir au Christ et de donner honorable sépulture aux saints martyrs, et de faire bâtir une église en leur honneur. Il accomplit depuis lors ce qu'il avait promis.

Le serpent qui garda les dépouilles sacrées des martyrs est leur caractéristique la plus ordinaire.
On les représente aussi en groupe, comme ayant souffert ensemble le martyre.

On trouve l'Office de saint Vincent et de ses soeurs dans les anciens Bréviaires et Missels Mozarabes. Nous avons conservé lé récit du père Giry.

00:25 Publié dans V | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 19 juillet 2016

19 juillet. Saint Vincent de Paul, confesseur, fondateur des Lazaristes et des Filles de la Charité, dites aussi Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. 1660.

- Saint Vincent de Paul, confesseur, fondateur des Lazaristes et des Filles de la Charité, dites aussi Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. 1660.
 
Pape : Alexandre VII. Roi de France : Louis XIV.
 
" L'oraison est l'âme de la dévotion : vous vous plaignez d'être aride, aimez et vous serez bientôt fervent ; l'oraison est la plus excellente occupation de l'âme ; quand on y cherche Dieu, on ne se rassasie point de le faire."
Esprit de saint Vincent de Paul.
 

Ce Saint, dont le nom est devenu synonyme de charité, est l'une des plus pures gloires de la France et de l'humanité tout entière. Il naquit à Pouy (aujourd'hui Saint-Vincent-de-Paul), près de Dax, le 24 août 1576. Ses parents faisaient valoir une petite ferme et vivaient du travail de leurs mains. Les premières années de Vincent se passèrent à la garde des troupeaux. Un jour qu'il avait ramassé jusqu'à trente sous, somme considérable pour lui, il la donna au malheureux qui lui parut le plus délaissé. Quand ses parents l'envoyaient au moulin, s'il rencontrait des pauvres sur sa route, il ouvrait le sac de farine et leur en donnait à discrétion.


Son père, témoin de sa charité et devinant sa rare intelligence, résolut de s'imposer les plus durs sacrifices pour le faire étudier et le pousser au sacerdoce : " Il sera bon prêtre, disait-il, car il a le coeur tendre." A vingt ans, il étudie la théologie à Toulouse et reçoit bientôt le grade de docteur.

Un an après son ordination au sacerdoce, il se rend à Marseille pour recueillir un legs que lui a laissé un de ses amis. Au retour, voyageant par mer pour se rendre à Narbonne, il est pris par des pirates et emmené captif en Afrique. Sa captivité, d'abord très dure et accompagnée de fortes épreuves pour sa foi, se termina par la conversion de son maître, qui lui rendit la liberté. C'est alors que Vincent va se trouver dans sa voie.


Les circonstances le font nommer aumônier général des galères, et il se dévoue au salut de ces malheureux criminels avec une charité couronnée des plus grands succès. La Providence semble le conduire partout où il y a des plaies de l'humanité à guérir.


Saint Vincent de Paul présente les Filles de la Charité
à la reine, Anne d'Autriche.

A une époque où la famine et les misères de toutes sortes exercent les plus affreux ravages, il fait des prodiges de dévouement ; des sommes incalculables passent par ses mains dans le sein des pauvres, il sauve à lui seul des villes et des provinces entières. Ne pouvant se multiplier, il fonde, et divers lieux, des Confréries de Dames de la Charité, qui se transforment bientôt dans cette institution immortelle et incomparable des Filles de la Charité, plus connues sous le nom des Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. Nulle misère ne le laisse insensible ; il trouve le moyen de ramasser lui-même et de protéger partout des multitudes d'enfants, fruits du libertinage, exposés à l'abandon et à la mort, et mérite le nom de Père des enfants trouvés.

On se souvient de la réponse cinglante de saint Vincent de Paul au cardinal Mazarin qui se moquait de son saint dévouement aux pauvres :
" Les pauvres sont notre plus grand trésor ! Les pauvres sont nos maîtres !"

Le roi Louis XIII, à l'agonie, expira dans les bras de notre saint.

Il a formé des légions d'anges de charité ; mais il lui faut des légions d'apôtres, et il fonde les Prêtres de la Mission, destinés à évangéliser la France et même les peuples infidèles.

Son corps intact est conservé dans la chapelle des Lazaristes, au 95 de la rue de Sèvres à Paris.
 

Verrière représentant saint Vincent de Paul
au chevet de Louis XIII pendant son agonie.
Eglise Saint-Séverin. Paris.
 
Le corps de saint Vincent de Paul est revêtu des habits sacerdotaux. La croix placée entre les mains est peut être celle avec laquelle saint Vincent assistera le roi Louis XIII mourant.

Après la Révolution française, les prêtres de la Mission se verront attribuer le 95 de la rue de Sèvres, en remplacement du prieuré Saint Lazare situé du côté des actuelles Gares du Nord et de l'Est. Le peuple de Paris, très attaché à saint Vincent de Paul, se cotisera pour payer la châsse, que l'archevêque de l'époque fera réaliser par l'orfèvre Odiot. Elle sera placée dans la chapelle le 25 avril 1830. La châsse mesure 2,25 m de long et 65 cm de large ; sa hauteur est de 1,05 m au centre. Le groupe sculpté qui la surmonte représente saint Vincent montant au Ciel, accompagné de quatre anges portant les emblèmes de la Foi, l'Espérance et la Charité.

La chapelle garde le souvenir de trois autres prêtres de la Mission : saint Jean Gabriel Perboyre (mort en 1840) et le Bienheureux François Régis Clet (mort en 1820), tous deux martyrisés en Chine. Leurs tombeaux se trouvent dans les bas côtés. La pierre tombale du père Etienne, ancien supérieur général, est située dans l'allée principale. Deux médaillons placés au centre de chaque vitrail, probablement de 1864, évoquent la vie et les oeuvres de saint Vincent. Cavaillé Coll achevera la construction de l'orgue la même année. Dans les tribunes, une série de tableaux exécutés par le Frère François (Frère de la Mission), élève du peintre Ingres, retracent des scènes de la vie de Jésus et de celle de la Vierge Marie. La chapelle de la sainte Vierge, au bas côté gauche, est dédiée à la conservation du Saint Sacrement. La chapelle du bas côté droit est dédiée à saint Joseph.
 

Corps de saint Vincent de Paul. Chapelle des Lazaristes. Paris.
 
PRIERE

" Quelle gerbe, Ô Vincent, vous emportez au ciel (Psalm. CXXV, 6.) ! Quelles bénédictions vous accompagnent, montant de cette terre à la vraie patrie (Prov. XXII, 9 ; Eccli. XXXI, 28.) ! Ô le plus simple des hommes qui furent en un siècle tant célébré pour ses grandeurs, vous dépassez maintenant les renommées dont l'éclat bruyant fascinait vos contemporains. La vraie gloire de ce siècle, la seule qui restera de lui quand le temps ne sera plus (Apoc. X, 6.), est d'avoir eu dans sa première partie des saints d'une pareille puissance de loi et d'amour, arrêtant les triomphes de Satan, rendant au sol de France stérilisé par l'hérésie la fécondité des beaux jours. Et voici que deux siècles et plus après vos travaux, la moisson qui n'a point cessé continue par les soins de vos fils et de vos filles, aidés d'auxiliaires nouveaux qui vous reconnaissent eux aussi pour leur inspirateur et leur père. Dans ce royaume du ciel qui ne connaît plus la souffrance et les larmes (Ibid. XXI, 4.), chaque jour pourtant comme autrefois voit monter vers vous l'action de grâces de ceux qui souffrent et qui pleurent.

Reconnaissez par des bienfaits nouveaux la confiance de la terre. Il n'est point de nom qui impose autant que le vôtre le respect de l'Eglise, en nos temps de blasphème. Et pourtant déjà les négateurs du Christ en viennent, par haine de sa divine domination (Jud. 4.), à vouloir étouffer le témoignage que le pauvre à cause de vous lui rendait toujours. Contre ces hommes en qui s'est incarné l'enfer, usez du glaive à deux tranchants remis aux saints pour venger Dieu au milieu des nations (Psal. CXLIX, 6-9.) : comme jadis les hérétiques en votre présence, qu'ils méritent le pardon ou connaissent la colère ; qu'ils changent, ou soient réduits d'en haut à l'impuissance de nuire. Gardez surtout les malheureux que leur rage satanique s'applaudit de priver du secours suprême au moment du trépas ; eussent-ils un pied déjà dans les flammes, ces infortunés, vous pouvez les sauver encore (Jud. 23.). Elevez vos filles à la hauteur des circonstances douloureuses où l'on voudrait que leur dévouement reniât son origine céleste ou dissimulât sa divine livrée ; si la force brutale des ennemis du pauvre arrache de son chevet le signe du salut, il n'est règlements ni lois, puissance de ce monde ou de l'autre, qui puissent expulser Jésus de l'âme d'une Fille de chanté, ou l'empêcher de passer de son cœur à ses lèvres : ni la mort, ni l'enfer, ni le feu, ni le débordement des grandes eaux, dit le Cantique, ne sauraient l'arrêter (Cant. VIII, 6-7.).

Vos fils aussi poursuivent votre œuvre d'évangélisation ; jusqu'en nos temps leur apostolat se voit couronné du diadème de la sainteté et du martyre. Maintenez leur zèle ; développez en eux votre esprit d'inaltérable dévouement à l'Eglise et de soumission au Pasteur suprême. Assistez toutes ces œuvres nouvelles de charité qui sont nées de vous dans nos jours, et dont, pour cette cause, Rome vous défère le patronage et l'honneur ; qu'elles s'alimentent toujours à l'authentique foyer que vous avez ravivé sur la terre (Luc. XII, 40.) ; qu'elles cherchent avant tout le royaume de Dieu et sa justice (Matth. VI, 33.), ne se départant jamais, pour le choix des moyens, du principe que vous leur donnez de " juger, parler et opérer, comme la Sagesse éternelle de Dieu, revêtue de notre faible chair, a jugé, parlé et opéré "."

Rq :

- Notons que notre triste époque, qui est le reflet de l'inversion morale la plus cynique, nous a donnés en 2005 de constater que rien, ou si peu, n'échappe aux horreurs du prince de ce monde. L'on a " découvert ", le jour de la saint Louis 2005, à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, fondé par lui pour le secours et l'accueil des enfants trouvés, 450 foetus (!!!) dans la chambre mortuaire de l'hôpital.
Ils avaient manifestement été l'objet d'expériences épouvantables. Le parquet avait ouvert une enquête administrative.

En octobre 2005, un rapport de l'Igas (inspection générale des affaires sociales) décrivait « 353 corps entiers et 87 corps partiels (dont 20 têtes) » et ajoutait que « la plupart des corps étaient éviscérés. Sur certains le cerveau avait été retiré, sur d'autres on avait enlevé la colonne vertébrale. » Le rapport pointait « des dérives réelles et préoccupantes. »
Le mercredi 18 juillet 2007, veille donc de la fête de notre saint, l'affaire a été classée sans suite... " Cette enquête préliminaire n'a pas révélé d'infraction pénale ", selon le procureur de la République Jean-Claude Marin.


- Oeuvres complètes et vie de saint Vincent de Paul (on privilégiera la vie de saint Vincent par Abelly) :
http://www.jesusmarie.com/vincent_de_paul.html

00:50 Publié dans V | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 18 mai 2016

18 mai. Saint Venant de Camerino, martyr. 250.

- Saint Venant de Camerino, martyr. 250.

Pape : Saint Fabien. Empereur : Dèce.

" Les dieux que vous adorez ne sont que des inventions du démon. Reconnaissez donc un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre, dont le Fils unique s'est fait homme et est mort sur la croix pour nous délivrer de la tyrannie du péché."
Saint Venant à Antiochus, gouverneur de Camerino.

Nicola di Filotesia. XVe.

Le martyr d'aujourd'hui nous reporte aux persécutions des empereurs romains. C'est en Italie, à Camerino, qu'il a rendu son témoignage ; et la dévotion que lui portent les peuples de cette contrée, soumise au sceptre temporel du Pontife romain, a obtenu que sa fête se célébrerait dans toute l'Eglise. Accueillons donc avec joie ce nouveau champion de notre Emmanuel, et félicitons-le d'avoir soutenu loyalement le combat, en ces jours du Temps pascal, tout retentissant de la victoire que la vie a remportée sur la mort.

Le récit que la Liturgie a consacré aux mérites de saint Venant étincelle de prodiges. Plus d'une fois la puissance de Dieu a semblé faire assaut avec la fureur des bourreaux, afin de glorifier leurs victimes. Ces moyens merveilleux servaient à la conquête des âmes, et souvent les témoins de ces miracles qui sembleraient superflus, s'écriaient tout à coup qu'eux aussi voulaient être chrétiens, et donnaient leurs noms à une religion aussi favorisée du ciel qu'illustrée par la patience surhumaine de ses martyrs.

Saint Venant, né à Camérino, n'était âgé que de quinze ans, lorsqu'il fut accusé d'être chrétien devant Antiochus, qui était gouverneur de la ville sous l'empire de Dèce. Il se présenta lui-même près des portes de la ville à ce magistrat qui, après l'avoir tenté longtemps, mais inutilement, par les promesses et les menaces, le fit fouetter et charger de chaînes. Le saint ayant été délié miraculeusement par un Ange, on le brûla avec des torches ardentes, et on le suspendit la tête en bas, pour recevoir la fumée d'un feu qu'on avait allumé sous lui. Le greffier Anastase, saisi d'admiration pour la constance du saint dans les tourments, et surpris de le voir délié une seconde fois par l'Ange et marchant au-dessus de la fumée avec un habit blanc, crut en Jésus-Christ, et se fit baptiser, ainsi que sa famille, par le bienheureux prêtre Porphyre, dans la compagnie duquel il remporta, peu de temps après, la palme du martyre.

Saint Venant fut de nouveau amené devant le gouverneur, qui l'ayant encore sollicité en vain d'abandonner la foi du Christ, le fit reconduire en prison. Là il lui envoie un héraut nommé Attale, qui vient dire au martyr que lui aussi a été chrétien, mais qu'il a renoncé à cette profession, parce qu'il a reconnu la vaine illusion de cette foi, au nom de laquelle les chrétiens se privent des biens présents dans l'espérance d'autres biens futurs qui ne sont pas réels. Mais le noble athlète du Christ, qui n'ignorait pas les embûches de notre perfide ennemi, rejeta bien loin ce ministre du diable. Il  fut donc ramené devant le président, par ordre duquel on lui cassa toutes les dents, et on lui rompit les mâchoires ; après quoi on le jeta sur un fumier. Ayant encore été tiré de là par un Ange, on le fit comparaître de nouveau devant le juge qui, à la voix de Venant, tomba de son siège, et expira en poussant ce cri :
" Le Dieu de Venant est le vrai Dieu ; vous devez l'adorer et il faut détruire nos fausses divinités."

Martyre de saint Venant. Fresque murale. Eglise Saint-Venant.
Horgenzell. Bade-Würtemberg. Allemagne. XVIIe.

Cette nouvelle ayant été portée au gouverneur, il fit aussitôt exposer Venant aux lions ; mais ces animaux, oubliant leur cruauté naturelle, se jetèrent à ses pieds. Comme le saint profitait de la circonstance pour enseigner au peuple la foi de Jésus-Christ, on l'enleva et on le reconduisit en prison.

Le lendemain, Porphyre ayant raconté au gouverneur une vision qu'il avait eue durant la nuit, et dans laquelle il avait vu Venant tout éclatant de lumière et administrant le baptême au peuple, tandis que le gouverneur était couvert d'un brouillard épais et ténébreux, celui-ci, transporté de colère, lui fit aussitôt trancher la tête, et ordonna que l'on traînât Venant jusqu'au soir par des lieux couverts de buissons épineux et de chardons. On le laissa à demi mort après ce supplice ; mais le lendemain matin il se présenta encore au gouverneur, qui le fit aussitôt précipiter du haut d'un rocher.

Inhumation de saint Venant. Fresque murale. Eglise Saint-Venant.
Horgenzell. Bade-Würtemberg. Allemagne. XVIIe.

Ayant encore été sauvé miraculeusement, on le traîna de nouveau jusqu'à un mille de la ville par les plus rudes sentiers. Les soldats eurent soif ; Venant s'agenouilla sur une pierre dans une vallée, et l’en fit sortir de l'eau par le signe de la Croix. Il laissa sur cette pierre la marque et la forme de ses genoux, ainsi qu'on peut le voir encore dans son église, où elle est conservée. Touchés de ce miracle, plusieurs des soldats crurent en Notre Seigneur Jésus-Christ. Le gouverneur leur fit trancher la tête, ainsi qu'à saint Venant lui-même, dans le lieu du prodige.

Aussitôt des éclairs sillonnèrent le ciel, et il se fit un si terrible tremblement de terre, que le gouverneur prit la fuite ; mais il ne put se dérober à la justice divine, et il périt peu de jours après d'une mort très honteuse.

Cependant les Chrétiens ensevelirent dans un lieu honorable le corps de saint Venant et ceux de ses compagnons, lesquels reposent encore aujourd'hui à Camerino, dans l'église dédiée au saint martyr.

Basilique Saint-Venant. Camerino. Marches. Italie.

PRIERE

" Priez pour nous, jeune martyr, vous que les saints Anges aimaient, et qu'ils assistèrent dans le combat ! Comme vous, nous sommes les soldats du divin Ressuscité, et comme vous nous sommes appelés à rendre témoignage de sa divinité et de ses droits en présence du monde. Si le monde n'est pas toujours armé d'instruments de torture comme aux jours de vos luttes, il n'est pas moins redoutable par ses séductions. A nous aussi il voudrait ravir cette vie nouvelle que Jésus a communiquée à ses membres ; défendez-nous de ses atteintes, Ô Martyr ! La divine chair de l'Agneau vous avait nourri dans les jours de la Pâque, et la force qui a paru en vous était toute à la gloire de ce céleste aliment.

Nous nous sommes assis à la même table ; veillez sur tous les convives du festin pascal. Ainsi que vous, nous avons connu le Seigneur dans la fraction du pain : obtenez-nous l'intelligence du divin mystère dont nous reçûmes les prémices en Bethléhem, et qui s'est développé sous nos yeux et en nous-mêmes par les mérites de la Passion et de la Résurrection de notre Emmanuel. D'autres merveilles nous attendent ; nous ne sortirons pas de la saison pascale sans avoir été initiés à la plénitude du don divin de l'Incarnation. Obtenez, ô saint Martyr, que nos cœurs soient ouverts de plus en plus, et qu'ils gardent fidèlement tous les trésors que les augustes mystères de l'Ascension et de la Pentecôte doivent encore verser en eux."

Saint Venant. Imagerie populaire. Allemagne. XIXe.

00:15 Publié dans V | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 19 avril 2016

19 avril. Saint Vernier, ou Verny, Garnier, Warner, Werner, Wherner ou encore Vherner, martyr. Patron des vignerons. 1287.

- Saint Vernier, ou Verny, Garnier, Warner, Werner, Wherner ou encore Vherner, martyr. Patron des vignerons. 1287.

Pape : Nicolas IV. Empereur d'Allemagne : Rodolphe Ier.

" Je suis la vigne et vous en êtes les sarments : celui-là porte beaucoup de fruits qui demeure en moi et en qui je demeure ; sans moi, vous ne pouvez produire aucun fruit."
Evangile selon saint Jean. XV, 5.


Statue franc-comtoise de saint Vernier.

Vernier était du village de Mammerath, distant seulement de quelques lieues de la ville de Baccarach, dans la basse Allemagne. Cet enfant, très pieux, ayant perdu de trop bonne heure son père qui était vigneron, fut contraint, quand il fut un peu plus grand, de sortir de la maison de sa mère, à cause des mauvais traitements qu'il recevait de son beau-père, homme emporté et sans honneur.

Ayant reçu en chemin un morceau de pain de quelques bergers, il les récompensa très abondamment en leur obtenant de Dieu, par ses prières, une source d'eau vive dans un lieu où l'on n'en pouvait pas espérer.


Saint Verny. Statue. Beaujolais. XVIe.

Lorsqu'il fut dans la ville de Wesel (Oberwese en Allemand), au pays de Trèves, des Juifs, voyant qu'il ne demandait que de l'ouvrage pour gagner sa vie, l'engagèrent aisément à travailler chez eux.

Le Jeudi saint suivant, dans l'année où il avait été engagé, lorsqu'il eut fait ses Pâques avec les autres Chrétiens, ces Juifs l'attirèrent chez eux et le suspendirent par les pieds pour lui faire rendre la sainte hostie ; mais, voyant leurs efforts inutiles, ils lui écorchèrent tout le corps à coups de verges, et lui ouvrirent les veines en plusieurs endroits, afin d'en reccuillir le sang en vue de pratiquer des actes de sorcellerie talmudique.


La chapelle Saint-Werner d'Oberwesel.

Une jeune Chrétienne s'en aperçut, aux cris du pauvre petit Vernier, et courrut en donner avis au bourgmestre qui accourut assez rapidement pour interrompre ces épouvantables tortures et reccueillir les plaintes de cette innocente victime.

Notre Martyr lui représenta qu'il n'avait eu, pendant ses terribles épreuves, recours qu'à Dieu, et, qu'au milieu de ses douleurs, prononçait sans cesse les noms de Jésus et de Marie.

Hélas, ce bourgmestre, corrompu par les bourreaux par une forte somme d'argent, ferma ses oreilles aux plaintes et aux suppliques de notre petit saint Vernier, et l'abandonna à la fureur de ces tigres : ils achevèrent sans crainte leur tragédie dans des conditions que l'on ne peut rapporter ici.


Martyre de saint Vernier. Gravure allemande du XVIe.

Dans la nuit, ils jetèrent le corps du Martyr dans un bateau, avec ordre de remonter le Rhin jusqu'à Mayence (faut-il préciser pourquoi ils demandèrent à remonter et non à descendre le cours du fleuve ?), et de le transporter dans quelque endroit couvert de brousailles. Ces Juifs talmudiques, en effet, selon les prescriptions des livres ignobles dont ils s'inspiraient, ne donnaient pas la sépulture aux Chrétiens, même pour cacher un crime.

Mais la vengeance de Dieu les poursuivait. Après avoir navigué toute la nuit, le bateau, le lendemain matin, avait fait à peine une lieue. Les criminels essayèrent alors de jeter le corps de saint Vernier à l'eau. Vains efforts ! Voyant cela, ils le mirent dans une caverne entourée de buissons, non loin de Baccarac, près de l'endroit où s'éleva ensuite Winsbach. Ils croyaient avoir ainsi bien caché leur meurtre.

Mais Dieu, qui met en évidence les secrets les plus profonds, fit paraître, la nuit suivante, de si grands flambeaux au-dessus et autour de ce buisson, que tout le voisinage y accourut pour reconnaître la cause de ce prodige. Le corps de notre petit et saint martyr Vernier y fut trouvé encore tout baigné dans son sang ; ce qui amena les magistrats à faire la recherche des auteurs de ce meurtre. Il ne fut pas difficile de les connaître par la déposition de la jeune Chrétienne qui avait alerté le bourgmestre corrompu, par celle de ce dernier et celles des coupables.

Les ignobles homicides, ainsi que leur complice le bourgmestre, furent punis comme ils le méritaient.


Saint Vernier. Eglise de Lods. Franche-Comté.

Les honneurs dus aux saints furent rendus immédiatement aux petit Vernier.
Son martyre arriva le 19 avril 1287.

RELIQUES ET CULTE

Ses restes furent déposés dans un cercueil de chêne avec la serpette dont il se servait pour tailler la vigne. Ce cercueil fut porté à Baccarach, sur le Rhin, et mis dans la chapelle de Saint-Cunibert. On peut voir, dans les Bollandistes, les nombreux miracles dont Dieu l'honora. Son culte fut approuvé par le Saint-Siège en 1427. Le diocèse de Trèves célèbre publiquement son office.

Caché dans une muraille, à l'époque où l'on craignait les profanations des bêtes féroces Calvinistes, le corps de de saint Vernier fut découvert en 1621 et porté à Bruxelles.

Le culte de saint Vernier fut en honneur en Franche-Comté dès le XVIe siècle : il y fut probablement importé par Thiébaut de Rougemont qui avait visité les reliques de notre petit martyr en 1426 et qui avait pu constater les nombreux miracles qui s'opéraient à son tombeau.

En 1548, Jean Chuppin, chanoine de l'église Sainte-Madeleine de Besançon, rempli du désir d'honorer Dieu en honrant ses Saints dont saint Vernier, se transporta à Baccarac, et demanda pour son église une parcelle des reliques du Martyr. A la permission de l'Electeur palatin et de Jean, évêque de Trèves, il obtint l'index de la main droite et une partie du suaire teint du sang de saint Vernier.


Eglise Sainte-Madeleine de Besançon.

Quand la précieuse relique arriva à Besançon, les chanoines de Sainte-Madeleine et tout le clergé de la ville allèrent à sa rencontre et la reçurent avec le plus grand respect. L'archevêque de Besançon en fit une reconnaissance authentique et accorda une indulgence de quarante jours à tous les pieux fidèles qui visiteraient dévotement la châsse du martyr, exposée dans l'église Sainte-Madeleine.

Le nom de saint Vernier devint bientôt célèbre dans toute la Franche-Comté. Les vignerons de Besançon le choisirent pour leur patron spécial, et formèrent une confrérie sous son invocation. La fête s'en célébrait avec grande pompe le mardi après Quasimodo, et le prédicateur, choisi par les confrères, devait faire le panégyrique de saint Vernier. Cette confrérie, célèbre en Franche-Comté, fut enrichie d'indulgences par le souverain Pontife Innocent XI, le 10 décembre 1684 et toujours protégée par les archevêques de Besançon, honorée par les magistrats de la cité. Elle conserva longtemps l'amour des pratiques religieuses publiques chères aux Bizontins et aux Francs-Comtois.

Le suaire de saint Vernier ainsi que son index étaient autrefois portés publiquement en procession par toute la ville une fois l'an.

Les précieuses reliques de notre Saint ont hélas disparu pendant la tempête révolutionnaire.


Saint Simon de Trente, petit enfant chrétien, martyrisé par
des Juifs le vendredi saint de 1475. Gravure du XVIIe.

Au sujet de ce martyre caractéristique et singulier, il convient d'ajouter, qu'après un siècle passé à nier les " accusations de crimes rituels perpétrés par des Juifs et forgés par l'antisémistisme chrétien à partir du Moyen-Âge ", un certain nombre d'historiens contemporains, étudiant sérieusement cette délicate question, ont modifié leurs conclusions.

Ainsi, en février 2007, le professeur et chercheur israélien Ariel Toaff, fils d'un ancien Grand-rabbin de Rome, a publié un livre dont le titre est Pasque di sangue : Ebrei d'Europa e omicidi rituali (Pâques sanglantes : Juifs d'Europe et meurtres rituels). Dans ce livre, il conclut, entre autres, que les crimes rituels imputés aux Juifs ne furent pas des inventions, que le sang récupéré avait vocation à être utilisé pour des pratiques talmudiques et magiques, pour l'incorporer au pain azyme confectionné et consommé pour la Pâque que célèbrent les Israëlites post-christiques, et, séché, qu'il était utilisé à des fins médicales et qu'un marchant itinérant juif venant de Venise, impliqué dans le procès qui eut lieu à la suite de la découverte du meurtre rituel de saint Simon de Trente, en faisait commerce.

Faut-il préciser que ses conclusions sont contestées et que son livre fit, et fait encore scandale ?

Rq : Sur ce sujet grave, nous recommandons aux seuls lecteurs adultes la lecture et le téléchargement du livre " Le mystère du sang ", de monsieur l'abbé Henri Desportes, paru à la fin du XIXe siècle.
Ce livre, très sérieux et documenté, était encore consultable sur le site Gallica - site de la Bibliothèque nationale de France - voilà encore un an environ ; il a été retiré de la consultation.
Il est désormais disponible sur ce lien :
http://www.thule-italia.net/religione/Desportes.pdf...

00:10 Publié dans V | Lien permanent | Commentaires (0)