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jeudi, 29 septembre 2016

29 septembre. Fête de Saint Michel archange et de tous les saints anges. 493.

- Saint Michel archange et tous les saints anges. 493*.

" Michael clarissima stella angelici ordinis."
Saint Clément d'Alexandrie.

" Si l'orgueil a été le principe de la rébellion et de la chute de Lucifer, l'humilité a fait de saint Michel le prince de la milice céleste et de la milice chrétienne."
M. l'abbé Martin. Panégyriques.

C’est à la tête de sa glorieuse armée qu'apparaît aujourd'hui l'Archange : Il y eut un grand combat dans le ciel ; Michel et ses Anges combattaient le dragon, et le dragon et ses anges combattaient contre lui (Apoc XII, 7.). Au VIe siècle, la dédicace des églises du mont Gargan et du Cirque romain sous le nom de saint Michel accrut la gloire de ce jour ; mais il ne fut choisi pour cet honneur, dont il garde à jamais le souvenir, qu'en raison de la fête plus ancienne déjà consacrée par Rome à cette date aux Vertus des cieux.

L'Orient, qui célèbre au six du présent mois l'apparition personnelle du vainqueur de Satan à Chône en Phrygie, renvoie au huit novembre, sous le titre qui suit, la solennité plus générale correspondant à la fête de ce jour : Synaxe de Michel, le prince de la milice, et des autres puissances incorporelles. Or, bien que ce terme de synaxe s'applique d'ordinaire aux assemblées liturgiques d'ici-bas, nous sommes avertis que, dans la circonstance, il exprime encore le ralliement des anges fidèles au cri de leur chef, leur union pour toujours affermie par la victoire (Menolog. Basilii.).

Quelles sont donc ces puissances des cieux dont la lutte mystérieuse ouvre l'histoire ? Les traditions de tous les peuples, aussi bien que l'autorité de nos Ecritures révélées, attestent leur existence. Si, en effet, nous interrogeons l'Eglise, elle nous enseigne qu'au commencement Dieu créa simultanément deux natures, la spirituelle et la corporelle, puis l'homme, unissant l'une et l'autre (Concil. Lateran. IV, cap. Firmitcr.). Ordre grandiose, graduant l'être et la vie du voisinage de la cause suprême aux confins du néant. De ces lointaines frontières, la création remonte vers Dieu par ces mêmes degrés.

Dieu, infini : sans limitation aucune, intelligence et amour. La créature, à jamais finie : mais s'élevant dans l'homme jusqu'à la raison discursive, dans l'ange jusqu'à l'intuition directe de la vérité ; dans chacun d'eux, reculant par la purification incessante dé son être initial les bornes provenant de l'imperfection de sa nature, pour arriver par plus de lumière à la perfection d'un plus grand amour.

Car Dieu seul est simple, de cette simplicité immuable et féconde qui est la perfection absolue excluant tout progrès : acte pur, en qui substance, puissance, opération, ne diffèrent pas. L'ange, si dégagé qu'il soit de la matière, n'échappe pas à la faiblesse native résultant pour tout être créé de la composition qui nous montre en lui l'action distincte de la puissance, et celle-ci de l'essence (St Thom. Aqu. Summ. theol. Ia P. qu. LIV, art. 1-3.). Autre encore est chez l'homme l'infirmité de sa nature mixte, avec les sens pour introducteurs obligés aux régions de l'intelligible !

Près de la notre, dit un des plus lumineux frères du Docteur angélique, " comme elle est tranquille et lumineuse la science des purs esprits ! Ils ne sont pas condamnés à ces pénibles chevauchées de la raison qui court après la vérité, compose, divise, et arrache péniblement les conclusions aux principes. Ils saisissent d'un seul coup d'œil toute la portée des vérités premières. Leur intuition est si prompte, si vive, si profonde qu'il leur est impossible d'être, comme nous, surpris par l'erreur. S'ils se trompent, c'est qu'ils le veulent bien. — La perfection de la volonté est en eux égale à la perfection de l'intelligence. Ils ne savent pas ce que c'est que d'être troublés par la violence des appétits. Leur amour ne les agite point. Tranquille et sagement mesurée comme leur amour est leur haine du mal. Une volonté ainsi dégagée ne peut connaître ni la perplexité des desseins, ni l'inconstance des résolutions. Tandis qu'il nous faut de longues et anxieuses méditations avant de nous décider, le propre des anges est de se fixer par un seul acte à l'objet de leur choix. Dieu leur a proposé comme à nous une béatitude infinie dans la vision de son essence, et pour les égaler à une si grande fin il leur a donné la grâce en même temps qu'il leur donnait l'être. En un instant ils ont dit oui ou non, en un instant ils ont librement déterminé leur sort (Monsabré, XVe conférence, Carême 1875.)."


Saint Michel. E. Delacroix. Eglise Saint-Sulpice. Paris.

Ne soyons point envieux. Par sa nature, l'ange nous est supérieur. A qui des anges pourtant fut-il dit jamais : Vous êtes mon fils (Heb. I, 5 ; ex Psalm. II, 7.) ? Le premier-né (Heb. I, 6.) n'a point choisi pour lui la nature des anges (Ibid. II, 16.). Sur terre, lui-même reconnut la subordination qui soumet dans le temps l'humaine faiblesse à ces purs esprits ; il reçut d'eux, comme ses frères dans la chair et le sang (Heb. II, 11-17.), notification des décrets divins (Dionys. Areop. De coelesti hierarchia, IV,4 ; ex Matth. II, 13-15, 19-21.), secours et réconfort (Luc. XXII, 43.) ; mais ce n'est point aux anges qu'est soumis le monde de l'éternité, dit l'Apôtre (Heb. II, 5.). Attrait de Dieu pour ce qu'il y a de plus faible, comment vous comprendre, sans l'humble acquiescement de la foi s'inclinant dans l'amour ? Vous fûtes, au jour du grand combat, l'écueil de Lucifer. Mais se re-evant de leur adoration joyeuse aux pieds de l'Enfant-Dieu, qui d'avance leur était montré sur le trône des genoux de Marie (Ibid. I, 6 ; ex Psalm. XCVI.), les Anges fidèles chantèrent : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté (Luc. II, 14.).

PRIERE

" Ô Christ, mon Christ, ainsi vous nomme l'Aigle d'Athènes (Dionys. De coelesti hierarchia, II, 5.) : l'Eglise, ravie, vous proclame en cette fête la beauté des saints Anges (Hymne des Laudes). Vous êtes l'humain et divin sommet d'où pureté, lumière, amour, s'épanchent sur la triple hiérarchie des neuf chœurs. Hiérarque suprême, unité des mondes, vous présidez aux mystères déifiants de la fête éternelle.

Séraphins embrasés, étincelants Chérubins, inébranlables Trônes ; noble cour du Très-Haut, possesseurs de la meilleure part : au témoignage du sublime Aréopagite, c'est dans une communion plus immédiate aux vertus du Sauveur (Dionys. ubi supra, VII, 2.) que s'alimentent votre justice, vos splendeurs et vos feux. De lui, par vous, déborde toute grâce sur la cité sainte.


Saint Michel. Gérard David. Retable sur bois. Vienne. XVe.

Dominations, Vertus, Puissances ; ordonnateurs souverains, moteurs premiers, régulateurs des mondes (St Thom. Aqu. Summ. theol. Ia P. qu. CVIII, art. 6 ; Contra Gent. III, 80.) : pour qui gouvernez-vous cet univers ?

Pour celui, sans nul doute, dont il est l'apanage : le Roi de gloire, l'Homme-Dieu, le Seigneur fort et puissant, le Seigneur des vertus (Psalm. XXIII.), anges, archanges, Principautés ; messagers, ambassadeurs, surintendants du ciel ici-bas : tous aussi, n'êtes-vous pas, au dire de l'Apôtre (Heb. I. 14.), les ministres du salut accompli sur terre par Jésus le Pontife des cieux ?

Nous aussi, parce même Jésus (Préface commune), Trinité sainte, nous vous glorifions avec ces trois augustes hiérarchies dont les neuf cercles immatériels entourent votre Majesté comme un multiple rempart. Tendre à vous et vous ramener toutes choses est leur commune loi. Purification, illumination, union : voies successives ou simultanées, par lesquelles leurs nobles essences, attirées vers Dieu, attirent celles qui les suivent. Sublimes esprits, c'est le regard en haut que vous agissez au-dessous de vous comme à l'entour. Pour vous et pour nous, puisez largement au foyer divin : purifiez-nous, non point seulement, hélas ! de l'involontaire défectuosité de notre nature ; éclairez-nous ; embrasez-nous des célestes flammes. Pour la même raison que Satan nous déteste, vous nous aimez; protégez contre l'ennemi commun la race du Verbe fait chair. Gardez-nous dignes d'occuper parmi vous les places laissées vides par ceux que perdit l'orgueil."


Le Mont-Saint-Michel. Bâti par des Bretons pour l'oraison,
les Normands en ont fait un centre commercial...

SÉQUENCE

Adam de Saint-Victor chante dans sa plénitude le mystère de ce jour :

" Empressée soit la louange ; que notre chœur, du fond de rame, chante en présence des citoyens des cieux : agréée sera-t-elle et convenable, cette louange, si la pureté des âmes qui chantent est à l'unisson de la mélodie.

Que Michaël soit célébré par tous ; que nul ne s'excommunie de la joie de ce jour : fortuné jour, où des saints Anges est rappelée la solennelle victoire !

L'ancien dragon est chassé, et son odieuse légion mise en fuite avec lui ; le troubleur est troublé à son tour, l'accusateur est précipité du sommet du ciel.

Sous l'égide de Michel, paix sur la terre,paix dans les cieux, allégresse et louange ; puissant et fort, il s'est levé pour le salut de tous, il sort triomphant du combat.

Banni des éternelles collines, le conseiller du crime parcourt les airs, dressant ses pièges, dardant ses poisons ; mais les Anges qui nous gardent réduisent à néant ses embûches.

Leurs trois distinctes hiérarchies sans cesse contemplent Dieu et sans cesse le célèbrent en leurs chants ; ni cette contemplation, ni cette perpétuelle harmonie ne font tort à leur incessant ministère.

Ô combien admirable est dans la céleste cité la charité des neuf chœurs ! Ils nous aiment et ils nous défendent, comme destinés à remplir leurs vides.

Entre les hommes, diverse est la grâce ici-bas ; entre les justes, divers seront les ordres dans la gloire au jour de la récompense. Autre est la beauté du soleil, autre celle de la lune ; et les étoiles diffèrent en leur clarté : ainsi sera la résurrection.

Que le vieil homme se renouvelle, que terrestre il s'adapte à la pureté des habitants des cieux : il doit leur être égal un jour ; bien que non pleinement pur encore, qu'il envisage ce qui l'attend.

Pour mériter le secours de ces glorieux esprits, vénérons-les dévotement, multipliant envers eux nos hommages ; un culte sincère rend Dieu favorable et associe aux Anges.

Taisons-nous des secrets du ciel, en haut cependant élevons et nos mains et nos âmes purifiées :

Ainsi daigne l'auguste sénat voir en nous ses cohéritiers ; ainsi puisse la divine grâce être célébrée par le concert de l'angélique et de l'humaine nature.

Au chef soit la gloire, aux membres l'harmonie ! Amen."


* Date de la dédicace de l'église Saint-Michel au mont Gargan.

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mercredi, 28 septembre 2016

28 septembre. Saint Wenceslas, duc de Bohême, martyr à Boleslaw, près de Prague. 936.

- Saint Wenceslas, duc de Bohême, martyr à Boleslaw, près de Prague. 936.
 
Pape : Léon VII. Roi de France : Louis IV d'Outremer.
 
" La vie des bons est toujours à charge à ceux dont les moeurs sont corrompus."
Saint Grégoire le Grand.
 

Saint Wenceslas.

Wenceslas nous rappelle, au Cycle sacré, l'entrée d'une valeureuse nation dans l'Eglise. Boulevard avancé du monde slave au milieu de la Germanie, les Tchèques en furent de tout temps la tribu la plus résistante. On sait quel caractère de périlleuse âpreté, mais aussi d'énergie féconde, revêtent en nos jours les revendications sociales de ce peuple, affermi, semble-t-il, contre toute épreuve par la lutte pour la vie des premiers siècles de son histoire.
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La foi de ses apôtres et de ses martyrs, la foi romaine, sera le salut comme elle est l'union des pays de la couronne de saint Wenceslas. L'hérésie, qu'elle naisse du sol avec les Hussites, qu'elle soit importée d'Allemagne avec les Réformés de la guerre de trente ans, ne sait que mener la nation aux abîmes ; puissent les avances du schisme et ses flatteries intéressées ne jamais lui devenir funestes ! Le petit-fils de la sainte martyre Ludmilla, le grand-oncle de l'évêque moine et martyr, Adalbert, Wenceslas, lui aussi martyr, convie ses fidèles à s'attacher à lui dans l'unique voie où se trouvent l'honneur et la sécurité de ce monde et de l'autre.
 

Statue de saint Wencesla à Prague.

La conversion de la Bohême remonte aux dernières années du IXe siècle, où saint Méthodius baptisa Borzivoi, premier duc chrétien de la descendance de Prémysl, et son épouse sainte Ludmilla. La réaction païenne autant que fratricide qui valut en 936 la couronne du martyre à saint Wenceslas ne se soutint pas.

Wenceslas, duc de Bohème, naquit de Wratislas et de Drahomira, celle-ci païenne, celui-là chrétien. Il fut élevé dans la piété par sa très sainte aïeule Ludmilla ; toutes les vertus brillaient en lui ; il garda précieusement toute sa vie la virginité. Or, sa mère ayant criminellement fait mourir Ludmilla, s'empara de l'administration du royaume, et elle vivait dans l'impiété avec son plus jeune fils Boleslas ; d'où indignation des grands qui, fatigués de ce gouvernement tyrannique et impie, secouèrent le joug de l'un et de l'autre, et saluèrent Wenceslas comme roi dans la ville de Prague.


Saint Wenceslas. Monnaie Tchèque.

Conduisant le royaume plus par la bonté que par l'autorité, telle était sa grande charité pour les orphelins, les veuves, les nécessiteux, que quelquefois il portait de nuit aux indigents du bois sur ses épaules, que souvent il assistait à la sépulture des pauvres ; il délivrait les captifs, visitait au milieu de la nuit les prisonniers, les aidant fréquemment de ses dons et de ses conseils. Toute condamnation à mort, si méritée qu'elle fût, atteignait cruellement l'âme du très doux prince. Souveraine était sa religieuse vénération pour les prêtres ; de ses mains il semait le blé et pressait le vin destinés au sacrifice de l'autel. La nuit, nu-pieds sur la neige et la glace, il faisait le tour des églises, laissant après lui des traces sanglantes sur la terre réchauffée.

Les anges veillaient sur sa vie. Comme, pour épargner le sang des siens, il s'avançait en combat singulier contre Radislas, duc de Gurim, on vit ces esprits célestes lui fournir des armes et dire à l'adversaire : " Ne frappe pas !". Epouvanté, celui-ci tomba à ses pieds, demandant grâce. Dans un voyage qu'il fit en Germanie, l'empereur aperçut, au moment où il se présentait à lui, deux anges qui l'ornaient d'une croix d'or ; s'élançant aussitôt de son trône, il reçut le Saint dans ses bras, le décora des insignes royaux et lui fit don du bras de saint Vite. Cependant, poussé par sa mère, l'impie Boleslas, ayant invité son frère à un festin, le tua, avec l'aide de complices, comme il priait ensuite à l'église, n'ignorant point la mort qu'on lui préparait. Son sang jaillit sur les murs, et on l'y voit encore. Dieu le vengea : la terre engloutit l'ignoble mère ; les meurtriers périrent misérablement de diverses sortes.


Statue de saint Wenceslas à Prague.
 
PRIERE
 
" Cette église où vous fûtes couronné, Ô Martyr, était celle des saints Côme et Damien, dont la fête vous avait attiré vous-même au lieu du triomphe (Christian de Scala, fils du fratricide Boleslas le Cruel et neveu du Saint, qui, devenu moine, écrivit la vie de saint Wenceslas avec celle de sainte Ludmilla).
 
Comme vous les honoriez, nous vous honorons à votre tour. Comme vous encore, nous saluons l'approche de cette autre solennité qu'annonçaient vos dernières paroles, au festin fratricide :
" En l'honneur du bienheureux Archange Michel, buvons cette coupe, et prions-le qu'il daigne introduire nos âmes dans la paix de l'allégresse éternelle." (Ibid.).

Tout sublime, quand déjà vous teniez en mains le calice du sang ! Ô Wenceslas, pénétrez-nous de cette intrépidité dont l'humble douceur ne dévie jamais, simple comme Dieu à qui elle tend, calme comme les anges à qui elle se confie. Secourez l'Eglise en nos jours malheureux : tout entière, elle vous glorifie ; tout entière, elle a droit de compter sur vous. Mais, spécialement, gardez-lui le peuple dont vous êtes la gloire ; fidèle comme il l'est à votre mémoire sainte, se réclamant de votre couronne en toutes ses luttes de la terre, les écarts pour lui ne sauraient être mortels."

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mardi, 27 septembre 2016

27 septembre. Saint Côme et saint Damien, frères, martyrs à Ege en Cilicie. Vers 284.

- Saint Côme et saint Damien, frères, martyrs à Ege en Cilicie. Vers 284.

Pape : Saint Caïus. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule.

" L'homme ne peut mieux se donner à Dieu qu'en se livrant à la mort pour l'honorer."
Saint Anselme.


Saint Côme et saint Damien.
Gravure de confrérie de médecin de la ville de Toulouse. XVe.

" Honorez le médecin ; car sa mission n'est pas superflue. Le Très-Haut l'a créé ; il a créé les médicaments : les repousser n'est pas d'un sage.
Les plantes ont leurs vertus ; l'homme à qui la science en est donnée glorifie Dieu, admirable en ce qu'il fait. La douleur est par elles adoucie ; l'art en fait des compositions sans nombre, où réside la santé.
Malade, ô mon fils, ne te néglige pas. Prie le Seigneur qu'il te guérisse ; éloigne-toi du péché, purifie ton cœur ; offre tes dons à l'autel ; puis, au médecin d'agir. Son intervention s'impose ; à une heure ou à l'autre, ne compte pas l'éviter.
Mais lui aussi doit prier le Seigneur de diriger ses soins pour apaiser la souffrance, écarter le mal, rendre les forces à celui qui l'appelle."
(Eccli. XXXVIII, 1- 15.).


Saint Côme et saint Damien exercant leur art. Fra Angelico. XIVe.

Paroles de la Sagesse, qu'il était bon de citer en cette fête. Fidèle la première au précepte divin, l'Eglise honore aujourd'hui dans Côme et Damien cette carrière médicale où beaucoup d'autres acquirent la sainteté, où nul cependant ne personnifia comme eux la grandeur du rôle qui s'offre au médecin dans la société baptisée.

Chrétiens dès l'enfance, l'étude d'Hippocrate et de Galien développa en eux l'amour du Dieu qui révèle ses perfections invisibles dans les magnificences de la création (Rom. I, 20.), dans ce palais surtout, dans ce temple du corps de l'homme (I Cor. VI, 19-20.) qu'il se propose d'habiter à jamais. Leur science fut un hymne à la gloire du Créateur, leur art un ministère sacré : service de Dieu dans leurs frères souffrants; rôle du gardien veillant sur le sanctuaire pour éloigner tout désordre de ses abords, pour au besoin en réparer les ruines. Vie de religion comme de charité, que ces deux reines des vertus amenèrent dans nos Saints jusqu'au martyre, sommet privilégié de l'une et de l'autre, consommation du sacrifice et de l'amour.

L'Orient et l'Occident rivalisèrent d'hommages envers les Anargyres (qui ne reçoit pas d'argent) ; appellation que leur avait value la gratuité de leurs soins. Partout des églises s'élevèrent sous leurs noms. Dans sa vénération pour eux, l'empereur Justinien embellissait et fortifiait l'obscure ville de Cyre, qui renfermait leurs reliques sacrées.

En plein forum romain, dans le même temps, le Souverain Pontife Félix IV substituait la mémoire sainte des Martyrs jumeaux au souvenir moins heureusement fraternel que rappelait l'ancien temple de Romulus et de Rémus. Peu d'années s'étaient écoulées depuis le jour où Benoît, inaugurant sa mission de patriarche des moines, dédiait aux saints Côme et Damien le premier des monastères qu'il fondait à l'entour de sa grotte bénie de Sublac, celui-là même qui, sous le nom de sainte Scholastique, a subsisté jusqu'à nous.

Mais, une fois de plus véritablement Maîtresse et Mère universelle, combien l'Eglise Romaine n'a-t-elle pas dépassé ces honneurs en inscrivant les deux saints frères arabes, de préférence à tant de milliers de ses propres héros, dans ses Litanies solennelles et au diptyque sacré des Mystères !

On sait comment, au moyen âge, médecins et chirurgiens s'organisèrent en confréries chargées de promouvoir la sanctification de leurs membres par la prière commune, la charité envers les délaissés, l'accomplissement de tous les devoirs de leur importante vocation pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien de l'humanité souffrante. Aux applaudissements de la société chrétienne, après un siècle d'interruption, la Société de Saint-Luc (Lucas medicus carissimus. Col. IV, 14.), Saint-Côme et Saint-Damien a pris chez nous à tâche de rattacher le présent aux traditions du passé.


Sépulture de saint Côme, de saint Damien et de
leurs compagnons martyrs. Fra Angelico. XIVe.

Voici les lignes consacrées par l'Eglise aux deux frères.

Côme et Damien étaient frères. Arabes d'origine, et de noble extraction, ils naquirent dans la ville d'Eges. Médecins de profession, ils guérissaient les maladies même incurables, autant par la puissance de Jésus-Christ que grâce à leur science. Or, sous les empereurs Dioclétien et Maximien, le préfet Lysias ayant eu connaissance de leur religion, se les fit amener pour les interroger sur leur foi et leur genre de vie. Comme ils s'avouaient hautement chrétiens et proclamaient que la foi chrétienne était nécessaire au salut, Lysias leur ordonne d'adorer les dieux ; sinon des supplices et une mort cruelle les attendent.

Mais, comprenant bientôt l'inutilité de ses menaces : " Pieds et poings liés, s'écrie-t-il, qu'on les torture par les plus raffinés tourments !".

L'ordre s'exécute, et Côme et Damien cependant restent fermes. Toujours enchaînés, on les précipite au fond de la mer ; ils en sortent sains et saufs et déliés. Ce qu'attribuant à la magie, le préfet ordonne de les conduire en prison, d'où, tirés le lendemain, il les fait jeter sur un bûcher en feu ; mais la flamme s'écarte des Saints. Après donc divers autres essais cruels, il commande qu'on les frappe de la hache. Ainsi leur fut acquise, dans la confession de Jésus-Christ, la palme du martyre.

PRIERE

" Illustres frères, voici donc accomplie en vous la divine parole : " La science du médecin relèvera en gloire, et il sera loué en présence des grands " (Eccli. XXXVIII, 3.). Les grands sont les princes des célestes hiérarchies, témoins en ce jour des hommages reconnaissants de l'Eglise de la terre ; la gloire composant l'auréole de vos têtes fortunées est celle de Dieu même, de ce roi magnifique dont parle au même lieu l'Ecriture (Eccli. XXXVIII, 2.), et qui rémunère votre désintéressement d'autrefois par le don de sa propre vie bienheureuse.

Au foyer de l'amour éternel, votre charité ne saurait s'être amoindrie : secourez-nous toujours. Justifiez la confiance des malades qui recourent à vous. Maintenez la santé des enfants de Dieu ; qu'ils puissent faire honneur à leurs obligations de ce monde, et porter vaillamment le joug léger des préceptes de notre Mère l'Eglise. Bénissez les médecins fidèles à leur baptême, et qui se recommandent de votre patronage ; augmentez leur nombre.

Voyez les études médicales s'égarer dans nos temps sur les pentes du matérialisme et du fatalisme, au grand détriment de la science et de l'humanité. Il est faux que la nature soit pour l'homme toute l'explication de la souffrance et de la mort (Ibid. 15. ; I Cor. XI, 3.) ; malheur à ceux dont le médecin ne voit en ses clients que le sang et la chair ! C'était plus haut, qu'elle-même l'école païenne cherchait le dernier mot de toute chose ; c'est de plus haut que s'inspirait le respect religieux qui transformait votre art.

Par la vertu de votre mort glorieuse, ô témoins du Seigneur, obtenez dans notre société si malade le retour de la foi, de la pensée de Dieu, de cette piété utile à tout et à tous, qui a les promesses de la vie présente comme de l'éternité (I Tim. IV, 8.)."

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lundi, 26 septembre 2016

26 septembre. Saint Cyprien d'Antioche, évêque, et sainte Justine, vierge et abbesse, martyrs à Nicomédie en Bythinie. 304.

- Saint Cyprien d'Antioche, évêque, et sainte Justine, vierge et abbesse, martyrs à Nicomédie en Bythinie. 304.

Pape : Saint Marcellin. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule.

" Où est la crainte de Dieu, là est la chasteté. Sans cette crainte de Dieu, la chasteté n'existe pas."
Saint Jean Chrysostome.


Saint Cyprien et sainte Justine. Légende dorée.
Bx J. de Voragine. J. de Vignay. XIVe.

" Qui que vous soyez que séduisent les mystères des démons, nul de vous ne surpassera mon zèle pour ces faux dieux, ni mes recherches à leur sujet, ni la vaine puissance qu'ils m'avaient communiquée, moi, Cyprien, dès l'enfance au service du dragon dans la citadelle Palladique. Apprenez de moi la tromperie de leurs illusions. Une vierge m'a montré que leur pouvoir n'est que fumée. Le roi des démons s'est arrêté à la porte d'une enfant, sans pouvoir la franchir. Celui qui tant promet, n'est que menteur. Une femme se joue de celui qui se vante d'agiter la terre et les deux. Le lion rugissant n'est qu'un, moucheron qui se dérobe, devant Justine la chrétienne et la vierge." (Confessio Cypriani Antiocheni, I, II.).

" Ô Vierge, celui-là même qui tentait de vous perdre est aujourd'hui votre vivant trophée de victoire. Ô Cyprien, la carrière du crime est devenue pour vous l'entrée du salut. Puissiez-vous triompher ensemble à nouveau de Satan, dans ce siècle où les sciences occultes recommencent à séduire tant d'âmes, déséquilibrées par la perte de la foi. Contre un danger si grand, contre tout péril, puissent les chrétiens s'armer comme vous du signe de la Croix ; et l'ennemi sera contraint de redire : " J'ai vu un signe terrible, et j'ai tremblé ; j'ai vu le signe du Crucifié, et ma force a fondu comme la cire "." (Acta Cypriani et Justinae).

Justine est ainsi nommée de justice ; car par sa justice, elle a rendu à chacun ce qui lui appartient à Dieu l’obéissance, à son supérieur le respect, à son égal la concorde, à son inférieur la discipline, à ses ennemis la patience, aux misérables et aux affligés la compassion, à elle-même de saintes oeuvres et au prochain la charité.

Justine, vierge de la ville d'Antioche, était la fille d'un prêtre des idoles*. Tous les jours étant assise à sa fenêtre, elle entendait lire l’évangile par le diacre Proctus, qui enfin la convertit. La mère en informa son père au lit, puis s'étant endormis tous deux, Notre Seigneur Jésus-Christ leur apparut avec des anges et leur dit :
" Venez à moi, et je vous donnerai le royaume des cieux."
Aussitôt éveillés, ils se firent baptiser avec leur fille. C'est cette vierge Justine tant tourmentée par Cyprien qu'elle finit par convertir à la foi.


Baptême de sainte Justine et martyre de saint Cyprien.
Vies de saints. R. de Montbaston. XIVe.

Cyprien s'était adonné à la magie dès son enfance ; car il n'avait que sept ans quand il fut consacré au diable par ses parents. Comme donc il exerçait l’art magique, il paraissait changer les matrones en bête de somme, et faisait une infinité d'autres prestiges. Il s'éprit d'un amour brûlant pour la vierge Justine, et il eut recours à la magie afin de la posséder soit pour lui, soit pour un homme nommé Acladius, qui s'était également épris d'amour pour elle. Il invoque donc le démon afin qu'il vienne à lui et qu'il puisse par son entremise jouir de Justine.

Le diable vient et lui dit :
" Pourquoi m’as-tu appelé ?"
Cyprien lui répondit :
" J'aime une vierge du nombre des Galiléens ; peux-tu faire que je l’aie et accomplisse avec elle ma volonté ?"
Le démon lui dit :
" Moi qui ai pu chasser l’homme du paradis, qui ai amené Caïn à tuer son frère, qui ai fait crucifier Jésus-Christ par les Juifs, et qui ai jeté le trouble parmi les hommes ; je ne pourrais donc pas faire que tu aies une jeune fille, et que tu obtiennes d'elle ce qu'il te plait ? Prends cet onguent et épars-le autour de sa maison en dehors ; puis je surviendrai, j'embraserai son coeur de ton amour, et je la pousserai à se rendre à toi."

La nuit suivante le démon vient auprès de Justine et s'efforce de porter son coeur à un amour illicite. Quand elle s'en aperçut, elle se recommanda dévotement au Seigneur et elle protégea tout son corps. du signe de la croix. Mais au signe de la sainte Croix, le diable effrayé s'enfuit, vint trouver Cyprien et resta debout devant lui.
Cyprien lui dit :
" Pourquoi ne m’as-tu pas amené cette vierge ?"
Le démon lui répondit :
" J'ai vu sur elle un certain signe ; j'ai été pétrifié, et toutes les forces, m’ont manqué."

Alors Cyprien le congédiai et en appela un plus fort. Celui-ci lui dit :
" J'ai entendu ton ordre, et j'en ai saisi l’impossibilité : mais je le rectifierai, et je remplirai ta volonté : je l’attaquerai, et je blesserai son coeur d'un amour de débauche et tu feras d'elle ce que tu désires."

Le diable vint et s'efforça de persuader Justine en enflammant son esprit d'un amour coupable. Mais elle se recommanda dévotement à Dieu et par un signe de croix, elle éloigna entièrement la tentation ; ensuite elle souffla sur le démon qui fut chassé aussitôt. Alors le démon confus s'en alla, s'enfuit se tenir debout devant Cyprien. Cyprien lui dit :
" Et où est la vierge à laquelle je t'ai envoyé ?
- Je m’avoue vaincu, répondit le démon, et je tremble de dire de quelle manière : car j'ai vu un certain signe terrible sur elle, et, aussitôt j'ai perdu toute force."

Alors Cyprien se moqua de lui et le renvoya. Il évoqua ensuite le prince des démons. Quand celui-ci fut arrivé, Cyprien lui dit :
" Quelle est donc votre puissance ? elle est bien chétive pour qu'elle soit annihilée par une jeune fille ?"
Le démon lui dit :
" J'y vais aller et je la tourmenterai par différentes fièvres, ensuite j'enflammerai son esprit avec plus de force ; je répandrai dans tout son corps une ardeur violente, je la rendrai frénétique, je lui présenterai divers fantômes, et à minuit je te l’amènerai."


Martyre de sainte Justine et saint Cyprien. Bréviaire romain. XVe.

Alors le diable prit la figure d'une vierge et il vint dire à Justine :
" Je viens vous prouver, parce que je désire vivre avec vous dans la chasteté : néanmoins, dites-moi, je vous prie, quelle sera la récompense de notre combat ?"
Cette sainte vierge lui répondit :
" La récompense sera grande et le labeur bien petit."
Le démon lui dit :
" Qu'est-ce donc que ce commandement de Dieu " Croissez et multipliez et remplissez la terre ?" Je crains donc, bonne compagne, que si nous restons dans la virginité, nous ne rendions vaine la parole de Dieu et que nous ne soyons exposées à la rigueur d'un jugement sévère comme désobéissantes et comme contemptrices : et ensuite que nous ne soyons pressées gravement, par le moyen sur lequel nous comptons pour obtenir une récompense."

Alors le coeur de Justine commença à être agité de pensées étranges, par les suggestions du démon, et à être enflammé plus fortement de l’ardeur de la concupiscence ; en sorte qu'elle voulait se lever et s'en aller. Mais cette sainte vierge revenue à elle, et connaissant celui qui lui parlait, se munit aussitôt du signe de la croix, puis soufflant sur le diable, elle le fit fondre comme cire : or, elle se sentit délivrée à l’instant de toute tentation.

Peu après, le diable prit la figure d'un très beau jeune homme ; il entra dans la chambre où Justine reposait sur un lit ; il sauta avec impudence sur son lit et voulut se jeter sur elle pour l’embrasser. Justine voyant cela et reconnaissant que c'était l’esprit malin fit de suite le signe de la croix et fit fondre le diable comme de la cire. Alors le diable, par la permission de Dieu, l’abattit par la fièvre, causa la mort de plusieurs personnes, et, en même temps, des troupeaux et des bêtes de trait, et fit annoncer par les démoniaques qu'il régnerait une grande mortalité dans tout Antioche, si Justine ne consentait pas à se marier.

C'est pourquoi tous les citoyens malades se rassemblèrent à la porte des parents de Justine, en leur criant qu'il fallait la marier et qu'ils délivreraient par là toute la Ville d'un si grand péril. Mais comme Justine refusait absolument de consentir et que pour ce prétexte tout le monde la menaçait de mort, la septième année de l’épidémie, Justine pria pour ses concitoyens et elle éloigna toute pestilence.

Le diable voyant qu'il ne gagnait rien, prit la figure de Justine elle-même afin de salir sa réputation ; puis se moquant de Cyprien il se vantait de lui avoir amené Justine. Le diable courut donc trouver Cyprien sous l’apparence de Justine et il voulut l’embrasser comme si elle eût langui d'amour pour lui.

Cyprien en le voyant crut que c'était Justine, et s'écria, rempli de joie :
" Soyez la bienvenue, Justine, vous qui êtes belle entre toutes les femmes."
A l’instant que Cyprien eut prononcé le nom de Justine, le diable ne le put endurer, mais dès que ce mot fut proféré, il s'évanouit aussitôt comme de la fumée. C'est pourquoi Cyprien, qui se voyait joué, resta tout triste. Il en résulta que Cyprien fut encore plus enflammé d'amour pour Justine ; il veilla longtemps à sa porte, et comme à l’aide de la magie il se changeait tantôt en femme, tantôt en oiseau, selon qu'il le voulait, dès qu'il était arrivé à la porte de Justine, ce n'était pas une femme, ni un oiseau, mais bien Cyprien qui paraissait aussitôt. Acladius se changea aussi par art diabolique en passereau et vint voltiger à la fenêtre de Justine. Aussitôt que la vierge l’aperçut, ce ne fut plus un passereau qui parut, mais Acladius lui-même qui fut rempli alors d'angoisses extrêmes et de terreur, parce qu'il ne pouvait ni fuir, ni sauter. Mais Justine, dans la crainte qu'il ne tombât et qu'il ne crevât, le fit descendre avec une échelle en lui conseillant de cesser ses folies, pour qu'il ne fût pas puni par les lois comme magicien. Tout cela se faisait avec une certaine apparence au moyen dès illusions du diable.

Le diable, vaincu en toutes circonstances, revint trouver Cyprien et resta plein de confusion devant lui. Cyprien lui dit :
" N'es-tu pas vaincu aussi, toi ? Quelle est donc votre force, misérable, que vous ne puissiez vaincre une jeune fille, ni l’avoir sous votre puissance ; tandis qu'au contraire elle vous vainc elle-même et vous écrase si pitoyablement ? Dis-moi cependant, je te prie, en quoi consiste la grande force qu'elle possède ?"
Le démon lui répondit :
" Si tu me jures que tu ne m’abandonneras jamais, je te découvrirai la vertu qui la fait vaincre.
- Par quoi jurerai-je, dit Cyprien ?
- Jure-moi par mes grandes puissances, dit le démon, que tu ne m’abandonneras en aucune façon."

Cyprien lui dit :
" Par tes grandes puissances, je te jure de ne jamais t'abandonner."
Alors comme s'il eût été rassuré, le diable lui dit :
" Cette fille a fait le signe du crucifié, et à l’instant j'ai été pétrifié ; j'ai perdu toute force, et j'ai fondu comme la cire devant le feu."
Cyprien lui dit :
"Donc le crucifié est plus grand que toi ?
- Oui, reprit le démon, il est plus grand que tous, et il nous livrera au tourment d'un feu qui ne s'éteindra pas, nous et tous ceux que nous trompons ici."

Et Cyprien reprit :
" Donc et moi aussi, je dois me faire l’ami du crucifié afin que je ne m’expose pas à un pareil châtiment."
Le diable répartit :
" Tu m’as juré, par les puissances de mon armée, que nul ne peut parjurer, de ne jamais me quitter."
Cyprien lui dit :
" Je te méprise toi et toutes tes puissances qui se tournent en fumée : je renonce à toi et à tous tes diables, et je me munis du signe salutaire du crucifié."
Et à l’instant le diable se retira tout confus. Cyprien alla alors trouver l’évêque. En le voyant, celui-ci crut qu'il venait pour induire les chrétiens en erreur et lui dit :
" Contente-toi de ceux qui sont au dehors, car tu ne pourras rien contre l’église de Dieu ; la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ est en effet invincible."

Cyprien reprit :
" Je suis certain que la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ est invincible."
Et il raconta ce qui lui était arrivé et se fit baptiser par l’évêque.


Saint Grégoire de Naziance edifiant les fidèles en
rapportant les actes de sainte Justine. Oraisons de
saint Grégoire de Naziance. Constantinople. XIe.

Dans la suite il fit de grands progrès tant dans la science que dans sa conduite, et quand l’évêque fut mort, il fut ordonné lui-même pour le remplacer. Quant à sainte Justine il la mit dans un monastère et l’y fit abbesse d'un grand nombre de vierges sacrées. Or, saint Cyprien envoyait fréquemment des lettres aux martyrs qu'il fortifiait dans leurs combats.

Le comte de ce pays aux oreilles duquel la réputation de Cyprien et de Justine arriva, les fit amener par devant lui, et leur demanda s'ils voulaient sacrifier. Comme ils restaient fermes dans la foi, il les fit jeter dans une chaudière pleine de cire, de poix et de graisse ; elle ne fut pour eux qu'un admirable rafraîchissement et ne leur fit éprouver aucune douleur. Alors le prêtre des idoles dit au préfet :
" Commandez que je me tienne vis-à-vis de la chaudière et aussitôt je vaincrai toute leur puissance."
Et quand il fut venu auprès de la chaudière, il dit :
" Vous êtes un grand Dieu, Hercule, et vous, Jupiter, le père des dieux !"
Et voilà que tout à coup du feu sorti de la chaudière le consuma entièrement : alors saint Cyprien et sainte Justine sont retirés de la chaudière, et une sentence ayant été portée contre eux, ils furent décapités.

Leurs corps, étant restés l’espace de sept jours exposés aux chiens, furent dans la suite transférés à Rome ; on dit qu'ils sont maintenant à Plaisance. Ils souffrirent le 6 des calendes d'octobre, vers l’an du Seigneur 304, sous Dioclétien.

* Saint Grégoire de Nazianze et l’impératrice Eudoxie ont écrit les actes de saint Cyprien et de sainte Justine, sur lesquels a été compilée cette légende.

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dimanche, 25 septembre 2016

25 septembre. Saint Firmin, Ier évêque d'Amiens, martyr. IIe siècle.

- Saint Firmin, Ier évêque d'Amiens, martyr. IIe.

Pape : Saint Eleuthère. Empereur romain : Marc-Aurèle.

" Firmin quitte sa patrie : il court, missionnaire intrépide, annoncer la bonne nouvelle dans les villes et les campagnes de notre France ; Et à sa voix éloquente et convaincue, des milliers de voix répondent : Nous croyons au Christ !"


Saint Firmin. Vies de saints. XVe.

Firmin naquit à Pampelune dans la seconde moitié du premier siècle. Son père, nommé Firme, était, par le rang et la naissance, le premier des sénateurs de la cité ; sa mère s'appelait Eugénie : tous deux étaient, quoique païens, remarquables entre tous leurs concitoyens par l'honnêteté de leur vie et la douceur de leur caractère. Ils avaient trois enfants, deux fils et une fille ; Firrnin, l'aîné des trois, était destiné à opérer ici-bas de grandes choses et à fonder l'Eglise d'Amiens, dont il est la première et la plus grande gloire.

Sous le règne de l'empereur Claude, en l'an 48, quelques années après l'ascension de Notre-Seigneur, le bienheureux Pierre, prince des Apôtres, qui avait reçu la charge de paitre les brebis et les agneaux, avait envoyé dans les Gaules l'évêque Saturnien, son disciple, qui établit son siége à Toulouse. Aidé de ses deux disciples Honeste et Papoul, il eut le bonheur de convertir un grand nombre des habitants de cette vaste cité. Quand il commença à y voir la foi un peu répandue, il chargea saint Honeste d'aller prêcher en Espagne le culte du vrai Dieu. Celui-ci s'empressa de franchir les Pyrénées et arriva dans Pampelune, où il annonça l'Evangile.

Le sénateur Firme et sa famille l'ayant entendu, furent surpris de ce langage nouveau pour eux. Touchés de la grâce, ils demandèrent au saint missionnaire quelle religion il voulait leur faire embrasser, ou quel Dieu il voulait leur faire adorer à la place de leurs idoles. Le saint prêtre, après les avoir instruits, se hâta de retourner à Toulouse, et d'informer son maître des heureuses dispositions dans lesquelles il avait laissé à Pampelune le sénateur Firme et sa famille. A cette nouvelle, saint Saturnin quitta Toulouse et se dirigea promptement, avec Honeste, vers la ville de Pampelune. Leurs prédications, accompagnées de miracles éclatants qui venaient confirmer leurs paroles, amenèrent le peuple entier à se convertir ; près de quarante mille personnes vinrent demander le baptême au saint évêque de Toulouse. Saint Firmin fut baptisé par Honeste, et ses parents par saint Saturnin, qui confia à son compagnon le soin de continuer son oeuvre à Pampelune.

Firme devint aussi un ardent propagateur de la foi ; il s'efforça, par de douces exhortations, de soumettre au joug du Seigneur tous ceux sur lesquels il avait quelque autorité. Par la suite des temps, toujours catholique de foi et d'action, il confia à saint Honeste le jeune Firmin, qui était déjà son fils par le baptême, afin qu'il l'instruisît des belles-lettres et de la Foi ; voulant que le prêtre au zèle duquel lui et les siens devaient la grâce du Christianisme, fût le renaître chargé de former le coeur et l'esprit de ce qu'il avait de plus cher au monde, le premier-né de ses enfants. Le choix du maître présageait en quelque sorte les hautes destinées de cet enfant de bénédiction.


Statue de saint Firmin. Porche de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens.

Sous la direction d'un tel guide, le jeune Chrétien ne pouvait qu'avancer à grands pas dans le chemin de la perfection. Firmin fit de rapides progrès dans les sciences et dans la vertu. De jour en jour sa conduite devenait plus exemplaire, en même temps qu'augmentait son amour pour la divine profession qu'il voulait embrasser ; comme le reste de sa vie le montra d'une manière éclatante, il recueillait précieusement les enseignements qu'il puisait à une source si pure, et il était un modèle de bonnes œuvres.

A l'âge d'environ dix-sept ans, il était déjà instruit dans les lettres et dans la doctrine catholique. il allait avec assiduité à l'église chanter, à chaque heure, les louanges de Dieu et de ses saints. Dans un âge aussi peu avancé, il se donnait tout entier à l'étude et à la prière. Il aimait à rester longtemps dans le lieu saint et y allait souvent prier. Insatiable dans l'accomplissement des divins préceptes de la religion, il ne cessait de les méditer. Enfin, tout dans sa conduite respirait un tel parfum de sainteté que saint Honeste, qui commençait à vieillir, ne fut pas longtemps à apprécier les heureuses dispositions de son élève. Son coeur paternel se réjouit de toutes les espérances qu'elles lui faisaient concevoir, et, désireux de le faire encore plus avancer sur les degrés de la vertu, non-seulement il commença bientôt à se faite accompagner par Firmin dans ses courses apostoliques, mais il le fit même ensuite prêcher à sa place dans les faubourgs et dans les villages.

Le jeune Chrétien faisait ainsi l'apprentissage de l'apostolat. Il s'essayait à ce grand combat qu'il devait livrer un jour à l'idolâtrie, dans sa glorieuse conquête évangélique de la Picardie. C'était pour lui une joie de remplir ces saintes fonctions ; il s'en acquittait avec tout le zèle dont il était capable, et, malgré sa jeunesse, avec une pieuse et admirable gravité affermissant les faibles et excitant encore à de meilleures choses ceux qui étaient affermis dans leur foi. Il savait, quand ii le fallait, confondre les incrédules par ses raisonnements ; et en même temps sa parole, douce autant que persuasive, amenait à Jésus-Christ ceux qui étaient encore dans les ténèbres du paganisme.

Sept ans s'étaient écoulés ; Firmin avait continué d'avancer ainsi dans la science de la religion et sur les degrés de la sagesse. Il était parvenu au faîte de la vertu. Il continuait à aider son pieux maître dans son laborieux ministère et allait même prêcher l’Évangile dans les lieux que la distance et la vieillesse empêchaient Honeste de visiter souvent, quand, à l'âge de vingt-quatre ans, il fut jugé digne d'être élevé au sacerdoce.

Alors saint Saturnin n'était plus ; ses vertus apostoliques lui avaient mérité la palme du martyre. Irrités du silence des oracles rendus muets par la présence de l'évêque Chrétien, les habitants de Toulouse l'avaient attaché à un taureau furieux, qui l'avait mis en pièces dans les rues de sa ville épiscopale. Ce fut donc saint Honorat, son successeur qui conféra à 5aint Firmin l'onction sacerdotale.

La prêtrise ne fut pour notre Saint qu'un nouvel aiguillon qui vint exciter davantage son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Son vénérable maître continuait de le faire prêcher à sa place ; il s'acquittait de ce devoir avec une piété et une constance admirables et était fort goûté par le peuple, qui était très-religieux. Aussi, saint Honeste, voyant avec bonheur la sainteté éminente de son élève, prévit sans doute qu'il était destiné à devenu l'un des premiers ouvriers de la vigne du père de famille, et il envoya de nouveau son disciple, devenu son collaborateur à saint Honorat, pour qu'il lui imposât les mains et le sacrât évêque.
Quand Firmin fut arrivé, auprès de l'évêque de Toulouse, celui-ci reconnut qu'il avait été prédestiné à l'épiscopat et choisi par le Seigneur, pour annoncer aux nations la parole de vie et la grâce du salut.

Il lui donna donc la consécration épiscopale pour qu'il allât prêcher le vrai Dieu dans l'Occident. " Réjouissez-vous, mon fils !", lui dit-il publiquement, " parce que vous avez mérité d'être pour le Seigneur un vase d'élection. Allez donc dans toute l'étendue des nations ; vous avez reçu de Dieu la grâce et la fonction de l'apostolat. Ne craignez rien, car le Seigneur est avec vous : mais sachez qu'en toutes choses il vous faudra beaucoup souffrir pour son nom, afin d'arriver à la couronne de gloire ".

Combien le cœur de Firmin dut palpiter de joie eu écoutant ces belles et ces saintes paroles. Désormais sa mission est assignée ; il va quitter le pays qui l'a vu naitre, il abandonnera ses biens et ses parents pour aller fonder une Église bien loin de sa patrie, et faire régner Jésus-Christ sur une terre où le démon régnait en souverain absolu. Pendant le cours de cet apostolat il lui faudra beaucoup souffrir pour le nom du Seigneur ; loin de le décourager, cette pensée l'excite et l'enflamme. Il ne redoute pas les souffrances ; au contraire, il les désire ; car pour celui qui n'a pas combattu il n'est pas de victoire. Et puis ces luttes, saint Honorat vient de le lui dire, il ne les soutiendra contre l'enfer que pour arriver à la couronne de gloire.

Après avoir reçu la plénitude du sacerdoce, Firmin dit adieu à l'évêque de Toulouse et à ses prêtres, et s'en retourna avec joie vers saint Honeste, son maitre et on peut dire son père nourricier. Il lui apprit ce qui lui était arrivé pendant sOn voyage et lui répéta les paroles que saint Honorat lui avait adressées; lui disant comment et do quelle manière il l'avait chargé d'annoncer le nom du Seigneur dans l'étendue des nations; ce qui présageait une prochaine séparation du maître et du disciple, du père et du fils.

Saint Firmin séjourna quelque temps à Pampelune, avant d'accomplir la mission que lui avait donnée saint Honorat pour les contrées de l'Occident. Ce séjour, quoique peu prolongé, peut autoriser jusqu'à un certain point la tradition navarraise qui considère saint Firmin comme le premier évêque de Pampelune. Maïs, à proprement parler, il ne fut jamais qu'évêque régionnaire, et le diocèse d'Amiens lui-même ne pourrait point le considérer comme son premier pontife, s'il n'avait point versé son sang dans les murs de cette ville et reçu, par là même, une sorte de consécration spéciale que devait acclamer le culte de la postérité.

En méditant les Livres saints, Firmin était surtout frappé de ces passages :
" Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit."
" Ne vous inquiétez pas de savoir comment vous parlerez, car ce ne sera point vous qui parlerez, mais l'Esprit de Dieu qui parlera par votre bouche."
" Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix et le salut !"

Il résolut de suivre ces conseils de la perfection chrétienne, et, à l'âge de trente et un ans, il abandonna sa patrie, son père, son frère, sa soeur et tous ses proches pour venir prêcher la foi dans les Gaules.


Saint Firmin. Vies de saints. XVe.

Firmin, après avoir franchi les Pyrénées, commença son apostolat par cette vaste partie de notre France actuelle, connue alors sous le nom d'Aquitaine, qui se subdivisait en première Aquitaine, seconde Aquitaine et Novempopulanie. La partie de la seconde Aquitaine qui porta depuis le nom de Guyenne, fut le premier théâtre de ses exploits. Notre saint, arrivé à Aginum (Agen), où le paganisme était alors très-florissant, raffermit le peuple dans la foi que saint Martial de Limoges y avait prêchée quelques années auparavant. Il y rencontra un prêtre chrétien, nommé Eustache ou Eustage, qui évangélisait ce pays. Notre Saint s'arrêta quelque temps avec lui, pour l'aider dans son ministère apostolique, prêchant le peuple, lui annonçant le vrai Dieu et l'instruisant dans la foi catholique.

D'Agen le Saint se dirigea vers la première Aquitaine ; il parvint chez les Arvernes, passant près de la capitale de ce pays, il convertit au christianisme la plus grande partie des habitants de la contrée, ce qui nous porterait à supposer, avec les Bollandistes, qu'il fit un assez long séjour dans les environs d'Augustonemetum, aujourd'hui Clermont-Ferrand. Les Arvernes à cette époque avaient déjà reçu des semences de foi ; saint Austremoine, premier évêque de Clermont, annonça l’Évangile dans cette cité dés le Ier siècle.

L'apostolat de saint Firmin dans ce pays fut signalé par la conversion de deux personnages qui y occupaient, parait-il, une position assez distinguée. Le saint Évêque fit la rencontre de deux ardents sectateurs des idoles, nommés Arcade et Romule ; il ne dédaigna pas d'engager avec eux une controverse sur la fausseté de leurs dieux, et, après de longues discussions, il finit par les convertir. Ils rendirent les armes, embrassèrent notre religion et détestèrent la leur, rangeant par ce moyen beaucoup de gens sous les enseignes de la Croix.

Ainsi, déjà chaque pas de Firmin était une défaite pour l'idolâtrie. Depuis le moment où il avait franchi les montagnes qui séparent la France, sa seconde patrie, de la Navarre, l'erreur reculait et semblait fuir devant lui ; comme si les puissances infernales eussent craint d'entrer en lutte avec ce redoutable adversaire, certaines d'avance d'être vaincues. La conversion d'Arcacle et de Romule contribua beaucoup à celle d'un grand nombre de leurs compatriotes.

Après ces dernières conquêtes, notre Saint, abandonnant l'Aquitaine et se dirigeant vers l'Ouest, s'en alla chez les Andes, depuis l'Anjou, continuer son fructueux apostolat. Il s'arrêta à Juliomagas, capitale de la contrée (Angers). L'évêque de cette ville, que plusieurs manuscrits et d'anciens Bréviaires d'Amiens nomment Auxilius, heureux d'avoir un tel coopérateur pour travailler à la vigne du Seigneur, voulut qu'il l'aidât à annoncer l’Évangile à ses ouailles encore païennes. Notre Saint resta donc quinze mois dans ce pays, prêchant, baptisant, confirmant. Dieu continua de répandre ses bénédictions sur ses travaux, et quand, voulant porter plus loin le flambeau de la foi et affronter pour Jésus-Christ de plus grands périls, Firmin se sépara d'Auxilius et reprit sa course apostolique, il avait amené à Dieu la plupart des habitants de l'Anjou.

Au milieu de toutes ces conquêtes, Firmin n'avait pas encore " beaucoup souffert " pour le nom du Seigneur. Cependant il les désirait avec ardeur ces souffrances qui, suivant la prédiction de son saint consécrateur, devaient le faire parvenir à la couronne de gloire. Apprenant donc que Valère gouverneur de la cité des Bellovaques, dans les Gaules, persécutait violemment les Chrétiens et qu'un grand nombre d'entre eux y étaient tourmentés de divers supplices, à cause de leur religion, il résolut de se diriger vers cette ville, dans l'espoir d'éprouver sa part de la persécution.

Quittant donc le pays des Andes, l'évêque missionnaire se dirigea vers le Nord-Est. Notre Saint arriva dans cette partie de la Gaule Lyonnaise, appelée depuis la Neustrie ou la Normandie, qui formait, avant la révolution le diocèse de Lisieux. Les environs de Pont-Auderner, en particulier, furent le théâtre de ses exploits apostoliques, et la tradition locale dit que saint Firmin à été arrêté par les païens, non loin de cette dernière ville.


Entrée de saint Firmin à Amiens.
Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens.

Délivré de la captivité, où la tradition nous apprend qu'il fut un instant plongé, le Saint, dont elle n'avait fait qu'exciter le zèle, marchant en droite ligne vers le Nord, traversa la Seine et arriva chez les Calètes (le pays de Caux), au lieu où existe maintenant le village de Somesnil (dans le canton d'Ourville, arrondissement d'Yvetot, dans la verte vallée que traverse la petite rivière de la Durdent ; pays qui, â cette époque reculée, était déjà le siège d'une civilisation assez avancée. C'était non loin des bords de cette rivière que, quelques années auparavant saint Denis, de Paris, avait probablement baptisé les premiers Chrétiens et que saint Mellon de Rouen devait venir, près de cieux siècles plus tard, annoncer aussi les paroles de la vie éternelle. Nous ignorons la durée du temps employé par notre Saint à évangéliser les Calètes et de celui qu'il passa sut' les bords de la Durdent.

Enfin, toujours avide de souffrir pour le Dieu qu'il prêchait et ému par le récit des persécutions de Beauvais, il quitta ces rives enchanteresses, que sa présence avait sanctifiées, et disant adieu à cette contrée, il franchit les limites dc la Gaule Lyonnaise et de la seconde Belgique, pénétra dans le pays des Bellovaques au commencement du second siècle, et fut bientôt dans leur capitale. Il y venait non-seulement pour convertir un peuple idolâtre, mais aussi par consoler et raffermir dans la foi ceux qui avaient déjà embrassé le christianisme. Dès qu'il y fut entré, il commença son apostolat. Son ardente charité embrassa avec ardeur le soin de ces pauvres ouailles abandonnées et environnées d'ennemis. Il les encourageait, les fortifiait, et se portait partout ou une âme pouvait avoir besoin de loi ; et, ne prenait de repos ni jour ni nuit, sans cesse il annonçait l’Évangile. Il s'employait tout entier à raffermir les fidèles, au milieu des embûches de la persécution, et à arracher de nouvelles âmes au culte des fidèles.

Il était impossible que le bruit des prédications de notre Saint et des conversions qu'il opérait ne parvint pas aux oreilles des autorités romaines. En effet, le gouverneur Valère apprit bientôt qu'un nouveau Lucien était survenu tout à coup, pour consoler et fortifier ses enfants désolés. C'était en vain qu'on avait fait périr le compagnon de saint Denis et ses deux disciples, un autre évêque venait encore prêcher sa doctrine et cette secte Chrétienne, qu'on pensait à jamais détruite, menaçait de remplir toute la ville. De semblables nouvelles ne pouvaient trouver Valère insensible : il ordonna d'arrêter Firmin et le fit amener devant lui. Le Saint confessa généreusement Jésus-Christ ; sa récompense ne se fit pas attendre : il fut violemment battu de verges, chargé de chaînes et jeté en prison, dans un fort voisin de la ville. Firmin, dans son cachot, eut longtemps à souffrir de la tains et de la malpropreté. Le Dieu des Martyrs, pour l'amour duquel il endurait ces tourments avec patience, ne l'abandonna point, et un Ange consolateur vint du haut des cieux visiter le Saint prisonnier, qui, même dans les fers, ne cessait d'annoncer l’Évangile à tous ceux qui pouvaient l'approcher et leur devenait de jour en jour plus cher.

Une seconde fois, le missionnaire semblait sur le point de couronner sa belle vie par le martyre ; mais Dieu, qui veillait sur lui, ne lui permit pas de quitter si tôt un champ de bataille où il avait encore d'autres victoires à remporter. Pendant ce temps, Valère mourut malheureusement, tué, dit-on, dans une sédition populaire, et Sergius lui succéda. Ce nouveau préfet ne changea point le système adopté par son prédécesseur ; il ne fit pas ouvrir les postes du cachot de Firmin, et l'on ne pouvait prévoir l'issue de sa captivité, quand tout à coup Sergius fut frappé de mort, d'une manière qui pouvait paraître un châtiment d'en haut. Alors les Chrétiens, volant à la prison, s'empressèrent de rendre la liberté à l'Evêque captif, qui put reprendre l'exercice de son laborieux apostolat.

La persécution n'avait pas refroidi le zèle du Saint ; son courage, au contraire, avait grandi dans les fers, et, s'il était possible, il sortait de son cachot encore plus dévoué au salut de tous. Dès qu'il en eut franchi le seuil, il recommença ss prédications, confirmant par des miracles la foi des Chrétiens et en convertissant chaque jour de nouveaux. Il fit bâtir à Beauvais une église qu'il dédia à saint Étienne, le premier des Martyrs. Elle fut, dit-on, construite au lieu même où notre Saint avait été emprisonné. La persécution, apaisée un moment par la mort du gouverneur Sergius, reprit une nouvelle force. Comme de nouveaux ennemis cherchaient encore le saint Apôtre pour le mettre à mort, les Chrétiens le forcèrent à s'enfuir par nue Voie souterraine ; mais il ne cessa pas pour cela d'annoncer la foi aux Bellovaques et, allant par les bourgs et les villages, toujours il évangélisait.

Pendant le fructueux apostolat dont nous venons de retracer les principales circonstances, Firmin n'avait pas encore eu ce bonheur si désiré, de verser tout son sang pour la foi qu'il prêchait. Il avait bien vu l'immortelle couronne suspendue au-dessus do sa tête, mais toujours elle s'en était éloignée. Il y avait plus au Nord des nations qui avaient besoin d'ètre évangélisées, et il pouvait espérer y trouver enfin la palme du martyre. Il n'hésita pas à aller aussi leur faire entendre la bonne nouvelle. " Allons plus loin, se dit-il, vers les Ambiani, chez les Morins, ces derniers des hommes, dont la cruauté fera couler mon sang."

Quittant donc les Bellovaques, où son passage devait laisser un impérissable souvenir, notre Saint se dirigea vers Samarobriva Ambianorum (aujourd'hui Amiens) où il devait, après de nouvelles conquêtes évangéliques, recueillir à la fin cette palme du martyre si ardemment souhaitée.

C'était dans les premières années du second siècle. Trajan, surnommé le Très-Bon, régnait sur l'Empire. Sébastien et Longalus étaient gouverneurs de la Gaule-Belgique. Jeune encore par l'âge, mais déjà bien vieux par ses œuvres, l'illustre Apôtre est entré dans la ville qui doit être sou siège épiscopal, et l'évêché d'Amiens est fondé. Dix-sept siècles se sont écoulés depuis ce jour à jamais mémorable et l’œuvre de saint Firmin subsiste encore. L'Empire romain, alors à l'apogée de sa gloire, a disparu l'antique monarchie française, moins ancienne cependant que l'évêché de Firmin, s'est abîmée dans le gouffre de 1793 ; les royaumes et les républiques se sont succédés sur notre sol, et l'évêché d'Amiens est toujours debout ; telle l’Église, immuable sur cette terre où tout passe, seule ne passe pas, parce qu'elle n'est pas de ce monde.

Ce fut donc le dix du mois d'octobre que saint Firmin entra dans la ville d'Amiens qu'il devait engendrer Jésus-Christ ; c'est ainsi, dit un ancien Bréviaire, qu'il parvint jusqu'à elle, eu prêchant l'Evangile depuis son départ de Pampelune, pour y recevoir la palme du martyre. Il y pénétra, dit la tradition, par la porte de Beauvais, c'est-à-dire par la porte de Longue Maisière, située à la place Périgord, et y fut reçu avec grande joie par Faustinien, l'un des premiers sénateurs de la cité. Le saint Évêque reçut Faustinien au nombre des catéchumènes, après avoir baptisé toute sa famille, de laquelle devait sortir, environ deux siècles plus tard, un enfant qui reçut au baptême le nom de Firmin, en mémoire de l'Apôtre de sa ville natale, fut l'un de ses successeurs et partage maintenant sa gloire dans les cieux. Une ancienne tradition veut qu'en entrant dans cette cité, Firmin se soit arrêté au lieu où est maintenant la place Saint-Martin, et que là, dominant en quoique sorte la ville gauloise de Samarobrive, qui s'étendait à ses pieds ; ayant en vue, à sa gauche, le Château-Fort dans lequel il devait terminer sa vie par le glaive, et le bois sacré de la rue des Orfèvres, non loin de la prison où, bien des années plus tard, saint Quentin, le second apôtre d'Amiens, devait être renfermé ; et bravant le temple de Jupiter, que l'on peut croire avoir existé à l'endroit où s'élève maintenant la basilique de Notre-Dame, il ait annoncé pour la première fois le Dieu des Chrétiens aux Ambiani étonnés.

Dès que Firmin fut entré dans la cité Amiénoise, il y commença ses prédications. Loin de vouloir se reposer des fatigues de son laborieux apostolat, il en chercha de nouvelles en s'empressant d'enseigner à tous ses habitants la doctrine salutaire du christianisme. Sans avoir un seul instant la pensée de se dérober, par le silence et l'inaction, à une nouvelle persécution, il annonça hautement l’Évangile ; montrant, toujours et partout, ce courage intrépide et ce zèle infatigable dont il avait déjà donné tant de preuves.

Les Amiénois vinrent en foule écouter cet étranger qui prêchait une si étonnante doctrine. La grâce divine ne tarda pas à touches leurs coeur, et bientôt un grand nombre de conversions vinrent récompenser les travaux apostoliques du saint missionnaire. Non-seulement une grande partie du peuple demanda le baptême, mais les premiers de la cité voulurent aussi embrasser la loi de Firmin. Les Actes de sa vie nous ont conservé les noms du sénateur Ausence Hilaire avec toute sa maison ; d'Atilie, d'une illustre famille romaine, veuve d'Agrippin, avec ses enfants, ses serviteurs et ses servantes, qui reçurent le baptême le même jour, des mains du grand Évêque, et, ajoutent ses Actes, " près de trois mille personnes de l'un et l'autre sexe furent baptisées en trois jours consécutifs ".

A peu près à la même époque, le sénateur Faustinien, que saint Firmin avait reçu au nombre des catéchumènes dès son arrivée à Amiens, fut admis à recevoir le baptême, à la grande joie des Chrétiens, Firmin appuya ses prédications par de nombreux miracles. Castus, fils d'un notable habitant d'Amiens nommé André, avait eu un œil crevé, le saint Évêque le guérit et lui rendit la lumière. Deux hommes habitant les environs de la porte Clypéenne étaient malades de la lèpre ; il les guérit. Des personnes atteintes de la fièvre ou d'antres maladies venaient le trouver ; il invoquait sur eux le nom dii Père, du Fils et du Saint-Esprit, et la santé leur reversait.

Par ses prières il chassait les démons, faisait marcher les paralytiques, rendait la vue aux aveugles, la parole aux muets. Enfin, ajoutent ses Actes, le Seigneur opéra par lui une quantité innombrable d'autres prodiges. " Ceux qui croiront, dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, chasseront les démons en mon nom, parleront de nouvelles langues, manieront les serpents ; s'ils boivent quelque poison mortel, ils n'en éprouveront aucun mal ; ils imposeront les mains sur les malades et les malades seront guéris ". Les merveilles accomplies par saint Firmin étaient la réalisation de ces promesses.

Quelque nombreuses que fussent les conversions opérées par Firmin dans l'enceinte du la cité amiénoise, elles ne parvenaient pourtant pas à satisfaire le zèle ardent qui embrasait le cœur du saint Évêque. En voyant ces âmes privilégiées embrasser avec amour la foi Chrétienne, il pensait à celles des autres habitants de l'Ambianum, encore enveloppées des ténèbres du paganisme comme un cadavre de son linceul. Il ne voulut donc pas rester â toujours enfermé dans les murs de Samarobrive, et la quittant seulement pour quelque temps, il alla annoncer également Jésus-Christ au peuple des campagnes. La tradition, qui nous a conservé le souvenir de cette partie de son apostolat, indique plusieurs endroits du diocèse d'Amiens qui furent témoins de ses prédccations : tels sont Picquigny, Vignacourt et les environs de Boves. Picquigny, bourg situé sur la Somme, à trois lieues d'Amiens, remonte à une antiquité assez reculée, On y voit les ruines de l'ancien château des vidames d'Anaiens, dont la construction première remonte au onzième ou douzième siècle. Il est de tradition, à Picquigny, que saint Firmin y a prêché la foi. On y voit encore, à l'entrée de la rue des Chanoines, à gauche, un petit monument en pierre placé à l'endroit où le saint Apôtre a annoncé la parole de Dieu, Vignacourt est un des plus grands villages de France, du canton et à deux lieux au nord-est de Picquigny ; il compte près de quatre mille habitants.

Sans doute, au milieu de ses courses évangéliques, Firmin revenait fréquemment à Amniens ; puis, après avoir encore annoncé pendant quelque temps les vérités du christianisme à ses auditeurs attentifs, il retournait vers les habitants des campagnes, avec lesquels sa tâche devait être plus rude, Le peuple des villes, auquel les conquérants avaient fait abjurer de force le druidisme, pour embrasser le polythéisme gréco-romain, devait moins tenir et tenait moins en effet â ses croyances religieuses. Il n'en était pas de même dans les campagnes, où le druidisme, banni des cités, s'était ancré avec l'énergie du désespoir, et où nous le trouverons encore, plus ou moins caché et défiguré, pendant plusieurs siècles. Car, violemment ébranlé au IIe siècle, par saint Firmin le Confesseur, il ne disparut entièrement que vers le VIe, grâce aux moines, dont les prédications contribuèrent puissamment à effacer ses derniers vestiges dans le coeur des habitants des villages et des hameaux picards.

Notre Saint ne se borna pas à évangéliser les seuls environs de sa ville épiscopale. Il s'avança plus loin et porta le flambeau de la foi chez les Morins. L'étendue du pays des Morins était considérable. Selon l'opinion la plus admissible, il comprenait le Ponthieu et l'ancien et immense diocèse de Thérouanne, qui, après la destruction de cette cité par Charles-Quint, en 1453, forma ceux de Boulogne, de Saint-Orner et d'Ypres. Les bornes de la Morinie étaient donc : au nord, l'Océan germanique ; à l'est, les Ménapii ; au sud, les Atrébates et les Ambianii ; à l'ouest, la mer britannique. D'anciennes traditions locales lui font évangéliser Boulogne-sur-Mer, Thérouanne, Montreuil et une partie du Ponthieu.

De retour à Amiens, sa ville chérie entre toutes les autres, Firmin continua à y annoncer le Dieu des Chrétiens. Lorsqu'il faisait entendre la parole de vie aux Amiénois, dit une ancienne tradition rapportée par les vieux Bréviaires, il répétait souvent :
" Mes petits-fils, sachez que Dieu le Père, Créateur de toutes choses, m'a envoyé vers vous pour purifier cette cité du culte des idoles, et pour vous prêcher Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié selon la faiblesse de la chair, vivant par la force de Dieu."

Cette divine semence tombait sur un terrain bien préparé, qui lui faisait porter des fruits au centuple et comblait d'une douce joie le cœur du fervent missionnaire. La foi Chrétienne s'établissait dans son pays, et y poussait ces racines fortes et profondes que dix-sept siècles n'ont fait qu'affermir, qui ont survécu à toutes les révolutions, à tous les bouleversements, et qui la font encore resplendir de nos jours d'une éternelle jeunesse. Ces merveilles s'opéraient au grand désespoir des prêtres idolâtres, qui voyaient de jour en jour les Ambiani délaisser leurs dieux pour la religion de Firmin, au point qu'il finissait par ne plus se présenter un seul adorateur dans les temples de .Jupiter et de Mercure.

Les oracles des faux dieux, rendus muets par la présence de saint Saturnin à Toulouse, avaient par leur silence causé la mort de ce saint apôtre de la Gaule ; la désertion de leurs temples à Amiens devait occasionner celle de saint Firmin. Notre Saint ne se contenta pas d'annoncer Jésus-Christ aux seuls habitants de la capitale des Ambiani, mais il parcourut en évangélisant une grande partie, sinon l'intégralité de leur lerritoire. Aux lieux que nous avons déjà cités comme désignés par la tradition pour avoir été témoins de son apostolat, nous ajouterons une éminence qui se voit près de Boves, entre la route d'Amiens à Péronne et celle d'Amiens à Montdidier, et qui est appelée dans le pays le Mont d’Évangile, parce que, dit la tradition locale, saint Firmin, du haut de cette élévation, annonça l’Évangile aux populations d'alentour, accourues pour entendre ce merveilleux étranger.

La même tradition ajoute quo saint Firniin vint plusieurs fois d'Amiens annoncer Jésus-Christ en ce lieu.


Martyre de saint Firmin. Vies de saints. XVe.

Cependant, les temples des idoles de Samarobrive restaient vides et les païens eux-mêmes étaient forcés de reconnaître l'éloquence de notre grand Apôtre. Le bruit de ses prédications et des nombreuses conversions qu'il opérait, finit par parvenir jusqu'aux oreilles des gouverneurs de la province, Longulus et Sébastien, qui étaient alors à Trèves, métropole de la première Belgique. Ils se hâtèrent immédiatement de venir à Amiens et y arrivèrent bientôt. C'était dans le courant du mois de septembre. Dès leur entrée dans la cité, ils ordonnèrent que tous les habitants eussent à se réunir sous trois jours au prétoire, dit Cimilien. L'orage se préparait, bientôt il allait éclater sur la tête de Firmin. Les trois jours écoulés, tout le peuple ambianien, les troupes, les tribuns se rendirent au prétoire.

Les prêtres païens n'avaient pas non plus manqué de s'y trouver ; ils voyaient enfin arriver le moment de se débarrasser d'un homme qu'ils regardaient comme un rival qui les importunait depuis longtemps, et comme un adversaire redoutable de leurs dieux. D'après le récit qu'on va lire, il est même permis de supposer qu'ils avaient provoqué cette convocation.

Quand tous furent rassemblés, les gouverneurs ordonnèrent aux membres de la curie de la cité et aux prêtres des temples de s'approcher, et, lorsqu'ils furent devant eux, Sébastien harangua la foule en ces termes :
" Les très-sacrés empereurs ont décrété que l'honneur et le culte des dieux leur soient conservés clans toutes les contrées du monde, par tous les peuples et toutes les nations, Ils veulent qu'on offre de l'encens sur leurs autels et qu'on les vénère, selon les antiques coutumes des princes. Si quelqu'un tente donc de venir contre les décrets des très-sacrés empereurs, ou d'y apporter la moindre opposition, qu'il soit tourmenté de divers supplices, et, d'après les décrets des sénateurs et des princes de la République romaine, qu'il subisse la peine capitale."

Quand Sébastien eut cessé de parler, Auxilius, curial et prêtre des temples de Jupiter et de Mercure, prit la parole pour lui répondre.
" Il y a ici, dit-il, un Pontife des Chrétiens, qui, non-seulement détourne la ville d'Amiens du culte et de la religion des dieux, mais qui paraît séparer l'univers entier et tout l'Empire romain du culte des dieux immortels.
- Quel est, reprit Sébastien étonné, quel est. celui qui ose commettre un si grand crime et une telle profanation ?
- Il se nomme Firrnin, répondit le prêtre païen, c'est un espagnol, très-adroit et très-éloquent et d'une grande sagacité. Il prêche et enseigne au peuple qu'il n'y a aucun autre Dieu, ni aucune autre puissance dans les cieux et sur la terre que le Dieu des Chrétiens, Jésus-Christ, qu'il nomme de Nazareth. Il le dit tout-puissant par-dessus tous les dieux ; quant à nos dieux, il les appelle des démons et les dénonce hautement tous comme des idoles et de vains simulacres, sourds, muets et insensibles. Il détourne tellement le peuple de leur religion, qu'il ne vient plus personne pour offrir de l'encens ni pour prier dans les temples vénérables de Jupiter et de Mercure, et il séduit en faveur de la secte Chrétienne les cœurs de tous les sénateurs. Si vous ne le faites pas périr et si vous ne lui faites pas subir divers supplices, pour l'exemple des autres, il s'en accroîtra un grand danger pour la République, et il s'efforcera de bouleverser la stabilité de l'Empire jusque dans ses fondements, Mais écoutez nos conseils, très-excellent gouverneur ; pour sauver la République et pour retirer nos dieux et nos déesses d'un si grand péril, ordonnez qu'il soit amené à votre tribunal en présence de tous."


Le discours, ou plutôt le réquisitoire d'Auxilius produisit sur Sébastien l'effet que le prêtre païen en attendait.
Le très-excellent gouverneur, désireux de sauver les dieux et les déesses du grand péril qui les menaçait, ordonna à ses soldats de se saisir de Firmin et de le lui amener, deux jours après, aux jeux du théâtre près la porte Clypéenne. Auxilius triomphe, l'heure du martyre va sonner pour le premier évêque d'Amiens ; encore quelques jours, et son éloquente parole ne proclamera plus la vanité des dieux de l'empire et la grandeur du Dieu des Chrétiens.

Firmin apprit bientôt l'arrêt porté contre lui. Sans craindre la mort et sans avoir la pensée de se dérober par la fuite aux tourments dont il était menacé, il alla de lui-même se présenter aux juges. Deux fois déjà il a été près de mourir pour son Dieu, aujourd'hui il espère que son pèlerinage ici-bas va bientôt se terminer. Quand il fut dans le prétoire, il ne craignit pas d'y proclamer La toute-puissance de Jésus-Christ et l'obligation de renverser les sanctuaires des idoles.

Sébastien lui fit alors subir un interrogatoire :
" N'es-tu pas ce malfaiteur qui renverse les temples sacrés des dieux et qui éloigne le peuple de la religion des très-sacrés empereurs ?"
L'Apôtre lui répondit avec assurance :
" Si vous voulez savoir mon nom, je m'appelle Firmin ; né en Espagne, je suis citoyen de Pampelune et issu d'une famille sénatoriale. J'appartiens à la foi Chrétienne et suis revêtu de la dignité épiscopale. J'ai reçu mission de prêcher l'évangile du Fils de Dieu, afin que les nations apprennent qu'il n'y a pas d'autre Dieu, au ciel et sur la terre, que Celui qui a tout fait de rien et par qui tout subsiste. Il tient entre ses mains la vie et la mort, et rien n'échappe à sa puissance. Au ciel, sur la terre et aux enfers, tout genou fléchit devant lui. Entouré des Anges et des Vertus des cieux, il abaisse les royaumes et brise les sceptres des rois. Tandis que les temps et les générations s'écoulent devant son éternité, il reste toujours immuable en face de la mobilité des siècles. Mais les dieux que vous adorez, sous l'influence du démon, ne sont que de vains simulacres, sourds, muets et insensibles, qui abusent leurs victimes et les précipitent aux enfers. Je viens vous déclarer que ces idoles sont l’œuvre du démon reniez-les donc, si vous ne voulez point tomber dans les abîmes éternels, où gémit la puissance infernale."


A ces mots, Sébastien, transporté de colère, jeta une exclamation qui trouva un rapide écho dans l'auditoire, Il s'écria ensuite :
" Au nom des dieux et des déesses, au nom de leur invincible autorité, je t'adjure, Firmin, de renoncer à ta folie et de te soumettre à la religion de tes pères ; sacrifie sur-le-champ aux dieux et aux déesses, si tu ne veux pas encourir des supplices de tout genre et le tourment d'une mort ignominieuse."
Bien loin de se laisser intimider par ces menaces, saint Firmin répondit :
" Je ne redoute pas vos supplices : ce qui m'afflige en ce moment, c'est la folie qui vous fait croire qu'un serviteur de Dieu puisse se laisser ébranler par une coupable crainte. Accumulez les supplices, Dieu y proportionnera les secours pour me faire obtenir, au terme des combats, la couronne de la gloire impérissable. Je ne veux pas échapper aux souffrances dont vous me menacez, en sacrifiant l'éternité de bonheur que le Fils de Dieu me réserve dans son royaume. Mais vous, vous serez condamné aux flammes perpétuelles de l'enfer, à cause des cruautés que vous exercez contre les serviteurs de Dieu."

Le gouverneur, ainsi que toute l'assemblée, était frappé de la constance de Firmin et de la fermeté de ses réponses. Les, Amiénois, qui se rappelaient ses éclatants prodiges, voulaient le délivrer. Aussi Sébastien n'osa-t-il point heurter le sentiment populaire, en ordonnant des tortures publiques qui auraient pu provoquer des troubles. Il feignit de laisser Firmin en liberté, mais il ordonna à ses soldats de l'arrêter prochainement, de le conduire en prison, de lui trancher la tête, en secret, dans son cachot, pendant la nuit, et de prendre soin de cacher son corps, après l'avoir mis en pièces, dans la crainte que les Chrétiens lui rendissent un culte de vénération.

Le saint évêque put donc continuer quelque temps encore ses prédications pour affermir dans la foi les nouveaux convertis ; mais les soldats du gouverneur, fidèles aux ordres qu'ils avaient reçus, les exécutèrent dans toute leur rigueur, en arrêtant saint Firmin ; ils le conduisirent dans ta prison du château, qui fut plus tard désigné sous le nom de Castillon.

Ils frémissaient de rage en entendant leur prisonnier célébrer sans cesse pendant la route, les louanges de Jésus-Christ aussi se hâtèrent-ils de l'enfermer dans un obscur cachot dont ils scellèrent la porte, et devant lequel ils préposèrent des gardes.

Quand Samarobrive fut ensevelie dans les ombres de la nuit, des soldats armés de glaives se rendirent à la prison pour accomplir les ordres de Sébastien. Aussitôt que le saint évêque les eut aperçus, il devina son sort et, versant des larmes de joie, il s'écria :
" Je vous rends grâces, Ô Souverain Rémunérateur de tous les biens, de ce que Vous daignez m'adjoindre à la société de Vos élus. Ô roi miséricordieux et très-clément, Veillez sur ceux que Vous avez appelés à Vous par ma voix, et Daignez exaucer tous ceux qui Vous invoqueront en mon nom."

Cette prière terminée, un soldat tira son glaive dni fourreau et trancha la tête, de l'apôtre.

Ainsi mourut le premier évêque de l'antique Samarobrive, le vingt-cinquième jour du mois de septembre, dans les premières années du second siècle, sous le règne de Trajan. Le sang de saint Firmin, répandu sur le sol humide de sa prison souterraine, était le premier sang versé par le paganisme, dans la capitale des Ambiani. S'il eût été donné au bourreau, qui venait de le faire couler, d'élever ses regards au-dessus de ce monde, il l'eût pu voir monter, comme un suave encens, jusqu'au pied du trône du Tout miséricordieux qui règne dans les cieux, pour retomber ensuite, en une douce rosée de grâce et de sanctification, sur les cœurs encore arides et desséchés de ceux des habitants de Samarobrive, que le zèle et le dévouement du saint apôtre n'avaient pu amener à la connaissance de la foi.

Dieu accepta l'holocauste, bénit la prière du martyr, et la ville, consacrée par le sang de son premier évêque, devint plus tard une des plus Chrétiennes cités de la France.

Saint Firmin est représenté en costume d'évêque, mais rarement tendant sa tête dans les mains. On lui donne parfois, pour attribut, l'épée qui consomma son martyre.

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samedi, 24 septembre 2016

24 septembre. Notre Dame de la Merci et l'Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie de la Merci pour la rédemption des captifs. 1218 ; 1621.

- Notre Dame de la Merci et l'Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie de la Merci pour la rédemption des captifs. 1218 ; 1621.
.
Papes : Honorius III ; Paul V.

" Redemit eos de manu inimici."
" Elle les a délivré des mains de l'ennemi."
Psalm. CV, 10.


Chapelle Notre Dame de la Merci.
Cathédrale Saint-Pierre. Montpellier.

Dans l’expression Notre-Dame de la Merci, le mot Merci traduit l’espagnol merced qui signifie grâce, ou le latin merces qui signifie rançon. A l’origine de l’Ordre des Mercédaires qui s’occupèrent de racheter les chrétiens captifs des musulmans, Notre-Dame apparut à saint Pierre Nolasque (fête le 31 janvier), à saint Raymond de Penyafort (fête le 23 janvier) et au roi Jacques I° d’Aragon.

Au milieu de la nuit du 1er août 1218, alors que l’Eglise célébrait la fête de Saint-Pierre-aux-Liens, la vierge Marie, accompagnée d’anges et de saints, apparut à saint Pierre Nolasque et lui dit :
" Mon fils, je suis la Mère du Fils de Dieu qui, pour le salut et la liberté du genre humain, répandit tout son sang en souffrant la mort cruelle de la Croix ; je viens ici chercher des hommes qui veuillent, à l’exemple de mon Fils, donner leur vie pour le salut et la liberté de leurs frères captifs. C’est un sacrifice qui lui sera très agréable. Je désire donc que l’on fonde en mon honneur un Ordre dont les religieux, avec une foi vive et une vraie charité, rachètent les esclaves chrétiens de la puissance et de la tyrannie des Turcs, se donnant même en gage, s’il est nécessaire, pour ceux qu’ils ne pourront racheter autrement. Telle est, mon fils, ma volonté ; car, lorsque dans l’oraison tu me priais avec des larmes de porter remède à leurs souffrances, je présentais tes vœux à mon Fils qui, pour ta consolation et pour l’établissement de cet Ordre sous mon nom, m’a envoyée du ciel vers toi."


Saint Pierre Nolasque et l'apparition de l'ange.

Saint Pierre Nolasque répondit :
" Je crois d’une foi vive que vous êtes la Mère du Dieu vivant et que vous êtes venue en ce monde pour le soulagement des pauvres chrétiens qui souffrent dans une barbare servitude. Mais que suis-je, moi, pour accomplir une œuvre si difficile au milieu des ennemis de votre divin Fils et pour tirer ses enfants de leurs cruelles mains ?"
Et Notre-Dame de lui répondre :
" Ne crains rien, Pierre, je t’assisterai dans toute cette affaire et, pour que tu aies foi en ma parole, tu verras bientôt l’exécution de ce que je t’ai annoncé et mes fils et mes filles de cet Ordre se glorifieront de porter des habits blancs comme ceux dont tu me vois revêtue."
En disant cela, la Vierge disparut.


Saint Raymond de Penyafort.

Pierre Nolasque passa en prière le reste de la nuit puis rejoignit Raymond de Penyafort qui lui dit :
" J’ai eu cette nuit la même vision que vous : j’ai été aussi favorisé de la visite de la Reine des anges et j’ai entendu de sa bouche l’ordre qu’elle me donnait de travailler de toutes mes forces à l’établissement de cette religion et d’encourager dans mes sermons les catholiques fidèles à venir en aide à une œuvre de charité si parfaite. C’est pour remercier Dieu et la très sainte Vierge que j’étais venu si matin à la cathédrale."
Le roi Jacques Ier d’Aragon entra alors dans la cathédrale et leur dit :
" La glorieuse Reine des anges m’est apparue cette nuit, avec une beauté et une majesté incomparables, m’ordonnant d’instituer, pour la rédemption des captifs, un Ordre qui porterait le nom de Sainte-Marie de la Merci ou de la Miséricorde ; et, comme je connais en toi, Pierre Nolasque, un grand désir de racheter les esclaves, c’est toi que je charge de l’exécution de cette œuvre. Pour toi, Raymond, dont je sais la vertu et la science, tu seras le soutien de l’Ordre par tes prédications."

Le 10 août donc de l'an du Seigneur 1218, le roi Jacques Ier exécuta le dessein précédemment mûri par ces saints personnages ; par un quatrième vœu, les nouveaux religieux s'obligeaient à rester en gage sous puissance des païens, s'il était nécessaire pour la délivrance des chrétiens. Le roi leur accorda de porter sur la poitrine ses propres armes ; il prit soin d'obtenir de Grégoire IX la confirmation d'un institut religieux que recommandait une charité si éminente envers le prochain.

Mais lui aussi Dieu même, par la Vierge Mère, donna tels accroissements à l'œuvre, qu'elle fut bientôt heureusement connue dans le monde entier ; elle compta nombre de sujets remarquables en sainteté, piété, charité, recueillant les aumônes des fidèles du Christ et les employant au rachat du prochain, se livrant eux-mêmes plus d'une fois pour la délivrance d'un grand nombre. Il convenait que pour une telle institution, pour tant de bienfaits, de dignes actions de grâces fussent rendues à Dieu et à la Vierge Mère ; et c'est pourquoi le Siège apostolique, après mille autres privilèges dont il avait comblé cet Ordre, accorda la célébration de cette fête particulière et de son Office.


Statue du roi Jacques Ier d'Aragon. Madrid.

Septembre se termine avec la lecture du livre de Judith et de celui d'Esther en l'Office du Temps. Libératrices glorieuses, qui figurèrent Marie dont la naissance illumine ce mois d'un éclat si pur, dont, sans plus tarder, le secours est acquis au monde.

" Adonaï, Seigneur, Vous êtes grand ; nous Vous admirons, Dieu qui remettez le salut aux mains de la femme " (Ant. ad Magnificat in Iis Vesp. Dom. IV septembr.) : ainsi l'Eglise ou re l'histoire de l'héroïne qui sauva Béthulie par le glaive, tandis que, pour arracher son peuple à la mort, la nièce de Mardochée n'employa qu'attraits et prières. Douceur de l'une, vaillance de l'autre, beauté des deux, la Reine que s'est choisie le Roi des rois éclipse tout dans sa perfection sans rivale ; or, la fête présente est un monument de la puissance qu'elle déploie pour délivrer, elle aussi, les siens.

Le Croissant ne grandissait plus. Refoulé sur la terre des Espagnes, contenu en Orient par le royaume latin de Jérusalem, on le vit, dans le cours du XIIe siècle, demander plus que jamais à la piraterie les esclaves que la conquête avait cessé de lui fournir. Moins inquiétée par les croisés d'alors, l'Afrique sarrasine courut la mer pour alimenter le marché musulman. L'âme frémit à la pensée des innombrables infortunés de toute condition, de tout sexe, de tout âge, enlevés sur les côtes des pays chrétiens ou capturés sur les flots, et subitement distribués entre le harem ou le bagne.

.Il y eut là pourtant, sous l'affreux secret de geôles sans histoire, d'admirables héroïsmes où Dieu ne fut pas moins honoré que dans les luttes des anciens martyrs remplissant à bon droit le monde de leur renommée ; sous l'œil surpris des Anges, après douze siècles, il y eut là pour Marie l'occasion d'ouvrir, dans le domaine de la charité, des horizons nouveaux où les chrétiens restés libres, se dévouant à sauver leurs frères, feraient preuve eux-mêmes d'héroïsmes encore inconnus. Et n'est-ce point là, amplement justifiée, la raison qui permet le mal passager de cette terre ? sans lui, le ciel, qui doit durer toujours, eût été moins beau à jamais.

Lorsque, en 1696, Innocent XII étendit la fête de ce jour à l'Eglise entière, il ne fit qu'offrir à la reconnaissance du monde le moyen de s'exprimer dans un témoignage aussi universel que l'était le bienfait.

A la différence de l'Ordre de la Très Sainte Trinité qui l'avait précédé de vingt ans, celui de la Merci, fondé pour ainsi dire en plein champ de bataille contre les Maures, compta plus de chevaliers que de clercs à son origine. On le nomma l'Ordre royal, militaire et religieux de Notre-Dame de la Merci pour la rédemption des captifs. Ses clercs vaquaient plus spécialement à l'accomplissement de l'Office du chœur dans les commanderies ; les chevaliers surveillaient les côtes, et s'acquittaient de la mission périlleuse du rachat des prisonniers chrétiens. Saint Pierre Nolasque fut le premier Commandeur ou grand Maître de l'Ordre ; on le retrouva, lors de l'invention de ses précieux restes, armé encore de la cuirasse et de l'épée.
 
PRIERE
 
" Soyez bénie, ô vous, l'honneur de votre peuple et notre joie (Judith, XV, 10.) ! Au jour de votre Assomption glorieuse, c'était bien pour nous que vous montiez prendre possession de votre titre de Reine (Esther, IV, 14.) ; les annales de l'humanité sont pleines de vos interventions miséricordieuses. Ils se comptent par millions ceux dont vous fîtes tomber les chaînes, les captifs arrachés par vous à l'enfer du Sarrasin, vestibule de celui de Satan.
 
En ce monde qui tressaille au souvenir récemment renouvelé de votre bénie naissance, votre sourire a suffi toujours pour dissiper les nuages, pour sécher les pleurs. Que de douleurs encore cependant sur cette terre où, dans les jours de votre mortalité, vous-même voulûtes goûter à si longs traits au calice des souffrances ! Douleurs sanctifiantes pour quelques-uns, douleurs fécondes ; hélas ! aussi, douleurs stériles et pernicieuses d'infortunés qu'aigrit l'injustice sociale, pour qui l'asservissement de l'usine, l'exploitation aux mille formes du faible par le fort, apparaît bientôt pire que n'eût été l'esclavage d'Alger ou de Tunis.
 
Vous seule, Ô Marie, pouvez dénouer ces inextricables liens dont l'ironie du prince du monde enserre une société qu'il a dévoyée au nom des grands mots d'égalité et de liberté. Daignez intervenir ; montrez que vous êtes Reine. La terre entière, l'humanité vous dit comme Mardochée à celle qu'il avait nourrie : Parler au Roi pour nous, et délivrez-nous de la mort (Ibid. XV, 1-3.).

24 septembre. Saint Gérard Sagredo, évêque de Chonad en Hongrie, martyr. 1047.

- Saint Gérard Sagredo, saint Gellert pour les Hongrois, évêque de Chonad (Csanád) en Hongrie, martyr. 1047.

Pape : Clément II. Roi de Hongrie : André Ier.

" Ô frères biens-aimés, qui pourra chanter dignement les louanges de la Vierge Marie ?"
Saint Gérard Sagredo.

Saint Gérard Sagredo. Gravure italienne. XVIIIe.

La grâce de Dieu prévint avec tant d'abondance saint Gérard, né de parents vénitiens, qu'il commença dès son enfance à aimer tendrement Notre-Seigneur Jésus-Christ et à pratiquer les maximes de l'Evangile : encore tout jeune, il prit te saint habit de religion ; et, renonçant aux inclinations du vieil Adam, se revêtit de celles du nouveau. Pendant qu'il pratiquait exactement tous les exercices de la vie monastique il lui vint à la pensée de visiter le sépulcre du Sauveur, à Jérusalem, afin d'imiter, dans son pèlerinage, la mortification du fils de Dieu, qui a méprisé toutes les richesses et s'est fait. pauvre pour notre amour. Il quitta donc son pays et sa parenté, et prit le chemin de l'Orient mais en passant par la Hongrie, il plut tellement au roi saint Etienne (997-1038), pour la pureté de ses mœurs et l'excellence de sa doctrine, que ce prince l'obligea de s'arrêter dans ses Etats pour y être la bonne odeur de Jésus-Christ, et même, de crainte qu'il ne lui échappât, il lui donna quelque temps des gardes.

Gérard, se voyant forcé d'y faire sa demeure, se retira dans un lieu appelé le Béel (diocèse de Vesprin), où it se bâtit un petit ermitage pour y vivre séparé du commerce des créatures. Il y passa sept ans dans le jeûne et les oraisons, sans autre compagnie que celle d'un religieux nommé Maur.

Le monastère bénédictin de Saint-Georges-Majeur
où saint Gérard Sagredo fut moine. Venise. Vénétie.

Pendant ce temps, saint Etienne triompha de l'impiété de ces peuples, encore idolâtres ; il adoucit leurs mœurs cruelles et barbares, et prépara les cœurs de la plupart à recevoir la religion chrétienne. Quand il se vit en paix, il fit sortir Gérard de sa solitude et le plaça malgré lui sur le siège épiscopal de la ville de Chonad ou Chzonad, a huit lieues de Temeswar, afin qu'il formât les nouveaux fidèles, selon les règles de l'Evangile. Notre Saint s'acquit une si grande réputation par ses prédications et par sa belle conduite, que les Pannoniens lui portaient un amour extraordinaire et le regardaient comme un nouvel Abraham, qui était devenu leur père dans la foi.

A mesure que les idolâtres se convertissaient il faisait bâtir des églises dans les villes et tes bourgs. La principale fut celle qu'il dédia en l'honneur de saint Georges ; il y dressa un autel sous le vocable de la Mère de Dieu et voulut qu'on y brûlât jour et nuit de l'encens ; pour entretenir cette pieuse cérémonie, il établit deux vieillards qui devaient incessamment y veiller. Tous les samedis de l'année il faisait célébrer un office à neuf leçons, contenant les éloges magnifiques de cette Reine des anges ; et cela avec autant de solennité que le jour de son Assomption dans le ciel.

Les autres jours, après l'office du matin et du soir, il venait avec ses clercs faire sa prière dans cette sainte chapelle. Il avait une dévotion si tendre envers cette auguste Vierge, qu'il ne pouvait rien refuser de tout ce qu'on lui demandait en son nom ; il fondait en larmes lorsqu'il entendait parler d'elle, et il appelait ses " chers enfants " ceux qui l'asssuraient qu'ils croyaient sincèrement qu'elle était la Mère de Dieu. Il la fit appeler par tout le royaume Notre-Dame, afin que tous se regardassent comme ses sujets. Dans le même sens, saint Etienne appelait son royaume la " Famille de Marie ".

Statue de saint Etienne Ier de Hongrie. Esztergom. Hongrie.

Notre Saint avait une adresse merveilleuse pour se mortifier on l'a vu aller la nuit dans la forêt y faire des fagots pour les rapporter ensuite sur ses épaules. Il prévenait souvent le travail de ses domestiques et faisait lui-même leur ouvrage, il portait ordinairement le cilice et des habits faits de poils de chèvre ; il embrassait tendrement les lépreux et les laissait quelquefois coucher dans son lit ; quand il faisait un voyage, il n'allait point à cheval, mais dans un chariot, afin de pouvoir lire et étudier durant le chemin. Un jour, un de ses serviteurs ayant fait une faute notable, il se laissa emporter de colère contre lui, comme il arrive quelquefois aux plus grands serviteurs de Dieu, et le condamna à être fouetté et attaché quelque temps à un pieu. Ses gens, qui connaissaient sa clémence et sa douceur, firent semblant de lui obéir, et, ayant mis du sang d'un animal sur le dos, les épaules et les bras de ce pauvre criminel, ils l'attachèrent en cet état à un endroit par où ils savaient que leur maître devait passer. Ce pitoyable objet toucha si sensiblement le saint pasteur, qu'il descendit de son chariot, accourut vers le patient, et lui baisant tantôt les bras, tantôt les mains, tantôt les pieds ou les liens, le conjura de lui pardonner la sévérité qu'il avait exercée envers lui ; enfin, il le fit délier et ne lui témoigna plus que de l'amour et de la tendresse. C'était là être changé, selon l'esprit de l'Evangile, en la nature des enfants, qui n'ont point de ressentiment et oublient en peu de temps les injures qu'on leur a faites.

Sa dignité et ses fonctions pastorales ne l'empêchaient point de mener une vie presque solitaire. Il se fit bâtir, dans les bois, près des villes où il allait prêcher, de petites cellules, où il se retirait pour se remplir des lumières célestes avant que d'en faire la distribution à son peuple. Il y passait les nuits en oraison et y pratiquait des austérités qui ne sont connues que de Dieu seul. Il avait une joie extraordinaire lorsqu'il voyait des personnes servir Dieu avec allégresse un jour, ayant trouvé dans son hôtellerie une servante qui chantait en tournant avec force un moulin, il s'écria qu'elle était bienheureuse et lui fit donner une grosse somme d'argent.

Légende de saint Gérard Sagredo. Saint Gérard et saint
Etienne de Hongrie. Saint Gérard dans son ermitage.
Saint Gérard sacré évêque. Saint Gérard prêchant.
Manuscrit angevin. Hongrie. XIIIe.

Après la mort de saint Etienne (1038), qui avait confié l'éducation et l'instruction de son fils saint Emeric (Imre pour les Hongrois), à saint Gérard depuis l'âge de 14 ans jusqu'à l'âge de 23 ans, saint Gérard eut de grandes traverses à supporter. Les Hongrois prirent pour roi Pierre le Germanique, neveu de ce saint monarque mais au bout de quelques années, ne pouvant plus endurer sa cruauté et les excès de sa vie déréglée, ils le déposèrent et le chassèrent du royaume (1041).

Ils mirent ensuite à sa place un seigneur appelé Samuel, et surnommé Aba, qui n'était pas meilleur que lui.  Le clergé et le peuple consentirent à son élection mais notre Saint, sachant combien elle était de dangereuse conséquence, s'y opposa et refusa absolument de lui mettre la couronne sur la tête. Il n'appréhenda point sa puissance et ne redouta point sa cruauté ; mais il soutint énergiquement que, le roi étant vivant, il ne devait point monter sur son trône. Son zèle le porta même à le reprendre en public de ses injustices, et surtout de ce qu'abusant de son autorité, il avait déjà fait empaler plusieurs officiers de son conseil. Enfin, il lui prédit que son règne ne serait pas de longue durée, et qu'après deux ans il en irait rendre compte au juste jugement de Dieu Sa prédiction fut véridique ; car Samuel étant devenu plus insolent et plus insupportable que son prédécesseur, les Hongrois se révoltèrent contre lui et le firent honteusement mourir par la main d'un bourreau (1044).

Saint Gérard Sagredo instruisant saint Emeric, fils du
roi saint Etienne de Hongrie. Szekesfehervar. Hongrie.

Par ce moyen, Pierre, qui avait été chassé, fut rétabli dans ses Etats et reprit en main les rênes du gouvernement mais ce ne fut pas pour longtemps. Deux ans après, ses nouveaux crimes le firent rejeter une seconde foi, et André Ier, fils de Ladislas le Chauve, cousin-germain de saint Eiienne, fut élu roi (1046), à condition qu'il rétablirait l'idolâtrie, abolirait la religion chrétienne, en exterminerait les prêtres et les évêques, en démolirait les ég!ises et ruinerait tout ce que saint Etienne avait si sagement établi. Ce prince, lâche et ambitieux, qui préférait un royaume aux devoirs de sa conscience, accéda à toutes les exigences de ses sujets, nourrissant néanmoins le dessein de rétablir toutes choses lorsqu'il serait en paisible possession de ses Etats.

Gérard, apprenant ce que le roi avait fait, crut qu'il était de son devoir de lui remontrer sa faute et de lui faire rétracter ce qu'il avait accordé si lâchement. Il se mit donc en route pour l'aller trouver à l'Albe Royale (aujourd'hui Stuhlweissembourg), avec trois autres évêques transportés du même zèle que lui. Chemin faisant, il eut une vision où il croyait voir Notre-Seigneur qui lui présentait le calice de son sang, à lui et à deux des évêques qui l'accompagnaient. Il reconnut par là que l'honneur du martyr leur était préparé. Après avoir dit tous ensemble la messe au bourg de Gyod, dans l'église de Sainte-Sabine, martyre, ils continuèrent leur voyage et arrivèrent au bord du Danube, où le duc Vatha, le plus méchant apostat et le plus grand ennemi de Jésus-Christ qui fût dans toute la Hongrie, les ayant rencontrés, commanda à ses gens de les assommer à coups de pierres.

Légende de saint Gérard Sagredo. Les païens en révolte offrant
la palme du martyre à la suite de saint Gérard, composée de
deux autres évêques, saint Bezterd de Neitra et saint Buld
d'Erlau, et de nombreux prêtres. Martyre de saint Gérard,
précipité du haut de la colline qui porte aujourd'hui son nom.
Procession du corps de saint Gérard vers son diocèse de Chonad.
Inhumation de saint Gérard. Manuscrit angevin. Hongrie. XIIIe.

Saint Gérard fit le signe de la croix sur ces pierres, et à l'heure même elle demeurèrent suspendues en l'air ; mais ce miracle, ne touchant nullement le despote, il fit tirer le Saint de son chariot, et après qu'on l'eu traîné avec beaucoup d'indignité sur la pointe du rocher qui donnait sur le Danube, il le fit précipiter du haut en bas. Ce coup était sufSsant pour le faire mourir ; mais ces apostats, voyant qu'il avait encore quelque souffle de vie qu'il employait, à l'exemple de Jésus-Christ et de saint Etienne, à prier pour ses meurtriers, l'achevèrent à coups de javeline (24 septembre 1047). Bezterd de Neitra et Buld d'Erlau, deux des évêques qui l'accompagnaient et un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques furent martyrisés avec lui.

Les gouttes de son sang demeurèrent sept ans imprimées sur le caillou où il s'était bnsé la tête en tombant, sans que ni les pluies du ciel, ni les inondations de la rivière en pussent eitacer la trace. C'était comme une marque permanente de l'injustice et de la cruauté des idolâtres, et une invocation muette de la vengeance de Dieu contre les auteurs du meurtre.

Statue monumentale de saint Gérard Sagredo bénissant Budapest et
la Hongrie. Mont Saint-Gérard (saint Gellert). Budapest. Hongrie.

CULTE ET RELIQUES

Le roi, qui n'y avait pas consenti en particulier, et qui ; depuis, promulgua de nombreux édits pour le rétablissement du Christianisme dans toutes ses terres, fit lever le corps du Saint et ordonna qu'il fût enterré dans l'église de Saint-Georges et dans la chapelle de la Sainte-Vierge, que lui-même avait fait bâtir. Cette chapelle se trouvait près du lieu où le Saint avait rendu le dernier soupir. On y transposa aussi la pierre arrosée et teinte de son sang, que l'on fit entrer dans la structure de l'autel pour mémoire éternelle de son martyre. Plus lard ses reliques furent transférées dans la cathédrale de de Chonad. 5ous le règne de saint Ladislas, elles furent renfermées dans une châsse. Les Vénitiens les ayant obtenues du roi de Hongrie, après bien des sollicitations, les firent transporter solennellement dans leur ville et les déposèrent dans l'église de Notre-Dame de Murano.

Reliquaire de saint Gérard Sagredo. Trésor de
la basilique Saint-Etienne. Estergom. Hongrie.

On le représente :
1. avec l'encensoir à la main devant un autel de la très-sainte Vierge ; c'est pour rappeler, comme nous l'avons insinué plus haut, qu'il fonda devant l'autel de Notre-Dame, dans l'église dédiée a saint Georges, un encensoir d'argent confié aux soins de deux vieillards chargé de veiller à ce que l'encens y brûlât toujours ;
2. en compagnie de saint Etienne de Hongrie, dont il fut le coopérateur pour la conversion des Magyars ;
3. portant une image de la sainte Vierge, on devine pourquoi ;
4. percé d'une lance ;
5. instruisant saint Emeric (Imre pour les Hongrois), le fils de saint Etienne de Hongrie, assassiné à 25 ans avant de pouvoir monter sur le trône, et canonisé pour sa vie particulièrement pieuse et chrétienne par le pape saint Grégoire VII en 1084.

Basilique primatiale Saint-Etienne. Esztergom. Hongrie.

Saint Gérard, saint Gellert pour les Honrois, jouit encore d'une très grande popularité chez les Hongrois. Sur la colline qui porte son saint nom et qui domine Budapest, un magnifique mémorial veille toujours sur la ville et par là sur le pays, orné d'une statue monumentale de notre Saint bénissant la Hongrie. On ne compte pas les statues et autres lieux de dévotion à saint Gellert (Estergom, Shekesvehervar, Temeswar, etc.) dans ce pays qui fut appelé par saint Etienne, rappelons-le, la " Famille de Marie ".

La vie de saint Gérard Sagrado a été écrite par un auteur de son temps ; elle est rapportée par Surius. Bonfinius parle aussi de lui au livre II de la seconde décade de son Histoire de Hongrie. Baronius en fait mention dans ses Annales, où il dit qu'on l'appelle le Premier Martyr de Hongrie, depuis que saint Etienne, roi, l'avait rendue chrétienne.

Saint Gérard Sagredo prêchant. Statue. Hongrie.

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