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lundi, 03 octobre 2022

3 octobre. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, vierge, carmélite. 1897.

- Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, vierge, carmélite. 1897.

Pape : Léon XIII. Président de la République révolutionnaire et donc anti-catholique en France : Félix Faure.

" Je comprends si bien qu’il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j’ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine, ce chemin c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père."
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face.

Sainte Thérèse de Lisieux est de ces saints qui ont excité une admiration et un enthousiasme immédiat dès après leur mort ; acquérant une étonnante popularité dans le monde entier.

Thérèse Martin naquit à Alençon, en Normandie, de parents très chrétiens, qui regardaient leurs neuf enfants comme des présents du Ciel et les offraient au Seigneur avant leur naissance au point que chacun de leur neuf enfants (dont quatre moururent en bas âge) recurent comme premier prénom celui de Marie. Elle fut la dernière fleur de cette tige bénie qui donna quatre religieuses au Carmel de Lisieux, et elle montra, dès sa plus petite enfance, des dispositions à la piété qui faisaient présager les grandes vues de la Providence sur elle.


Monsieur Louis Martin, père de notre sainte.

Atteinte, à l'âge de neuf ans, d'une très grave maladie, elle fut guérie par la Vierge Marie, dont elle vit la statue s'animer et lui sourire auprès de son lit de douleur, avec une tendresse ineffable.

Thérèse eût voulu, dès l'âge de quinze ans, rejoindre ses trois soeurs au Carmel, mais il lui fallut attendre une année encore (1888). Sa vie devint alors une ascension continuelle vers Dieu, mais ce fut au prix des plus douloureux sacrifices toujours acceptés avec joie et amour ; car c'est à ce prix que Jésus forme les âmes qu'Il appelle à une haute sainteté.

Madame Louis Martin, née Zélie Guérin, mère de notre sainte.

Elle s'est révélée ingénument tout entière elle-même dans son Histoire d'une âme qu'elle a laissés par ordre de sa supérieure : " Jésus, comme elle l'a écrit, dormait toujours dans Sa petite nacelle ". Elle pouvait dire : " Je n'ai plus aucun désir, si ce n'est d'aimer Jésus à la folie ". C'est, en effet, sous l'aspect de l'amour infini que Dieu Se révélait en elle.

La voie de l'Amour, telle fut, en résumé, la voie de la " petite " Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face ; mais c'était en même temps la voie de l'humilité parfaite, et par là, de toutes les vertus. C'est en pratiquant les " petites vertus ", en suivant ce qu'elle appelle sa " petite Voie ", Voie d'enfance, de simplicité dans l'amour, qu'elle est parvenue en peu de temps à cette haute perfection qui a fait d'elle une digne émule de sa Mère, la grande Thérèse d'Avila.

Sa vie au Carmel pendant neuf ans seulement fut une vie cachée, toute d'amour et de sacrifice. Elle quitta la terre le 30 septembre 1897. Comme elle l'a prédit, " elle passe son Ciel à faire du bien sur la terre ".

Son procés de béatification et de cannonisation débuta en 1910 sous saint Pie X. Elle fut béatifiée le 29 avril 1923 par le Pape Pie XI qui la cannonisa le 17 mai 1925, puis la proclama Patronne des Missions le 14 décembre 1927. Le 30 septembre 1929 est posée la premiere pierre de la Basilique de Lisieux. Le 3 Mai 1944, Pie XII la proclama Patronne secondaire de la France.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face ne fut pas et n'est pas une âme légère dont les écrits sont niais ou doucereux. Hélas, depuis quelques dizaines d'années, c'est parfois ainsi qu'elle peut être ressentie à cause des commentateurs modernes - clercs ou laïcs - qui professent (de bonne ou de mauvaise foi peu importe) une religion abrutie et anti-catholique : une fausse religion à la portée, au mieux, des caniches ou des cochons d'Inde !

Sainte Thérèse fut une âme d'élite, une âme de combattante pour la cité du Bien. C'est avec une foi de soldat du Christ qu'il faut lire notre grande Sainte.


" Comment réaliser les désirs de ma pauvre petite âme ?... Ah ! malgré ma petitesse, je voudrais éclairer les âmes comme les Prophètes, les Docteurs, j’ai la vocation d’être Apôtre... Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais, Ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées... (Is. LXVI, 19.). Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles... Mais je voudrais par-dessus tout, Ô mon Bien-Aimé Sauveur, je voudrais verser mon sang pour Toi jusqu’à la dernière goutte... Le Martyre, voilà le rêve de ma jeunesse, ce rêve il a grandi avec moi sous les cloîtres du Carmel... Mais là encore, je sens que mon rêve est une folie, car je ne saurais me borner à désirer un genre de martyre... Pour me satisfaire, il me les faudrait tous... Comme toi, mon Epoux Adoré, je voudrais être flagellée et crucifiée... Je voudrais mourir dépouillée comme Saint Barthélémy... Comme Saint Jean, je voudrais être plongée dans l’huile bouillante, je voudrais subir tous les supplices infligés aux martyrs... Avec Sainte Agnès et Sainte Cécile, je voudrais présenter mon cou au glaive et comme Jeanne d’Arc, ma soeur chérie, je voudrais sur le bûcher murmurer Ton nom, Ô Jésus... En songeant aux tourments qui seront le partage des chrétiens au temps de l’Antéchrist, je sens mon coeur tressaillir et je voudrais que ces tourments me soient réservés... Jésus, Jésus, si je voulais écrire tous mes désirs, il me faudrait emprunter Ton livre de vie, (Ap. XX, 12.) là sont rapportées les actions de tous les Saints et ces actions, je voudrais les avoir accomplies pour Toi... Ô mon Jésus !"


Basilique Sainte-Thérère-de-l'Enfant-Jésus-et-de-la-Sainte-Face.
Lisieux.

Prière inspirée par une image représentant sainte Jeanne d'Arc :

" Seigneur, Dieu des armées qui nous avez dit dans Votre Évangile : " Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive ". Armez-moi pour la lutte, je brûle de combattre pour Votre gloire, mais je Vous en supplie, fortifiez mon courage.... Alors avec le Saint roi David je pourrai m'écrier : " C'est Vous seul qui êtes mon bouclier, c'est Vous, Seigneur, qui dressez mes mains à la guerre... "
Ô mon Bien-Aimé ! Je comprends à quel combat Vous me destinez, ce n'est point sur les champs de bataille que je lutterai........
Je suis prisonnière de Votre Amour, j'ai librement rivé la chaîne qui m'unit à Vous et me sépare à jamais du monde que Vous avez maudit.... Mon glaive n'est autre que l'Amour, avec lui je chasserai l'étranger du royaume. Je Vous ferai proclamer Roi dans les âmes qui refusent de se soumettre à Votre Divine Puissance.
Sans doute, Seigneur, un aussi faible instrument que moi ne vous est pas nécessaire, mais Jeanne votre virginale et valeureuse épouse l'a dit : " Il faut batailler pour que Dieu donne victoire ".
Ô mon Jésus, je bataillerai donc pour Votre Amour jusqu'au soir de ma vie. Puisque Vous n'avez pas voulu goûter de repos sur la terre, je veux suivre Votre exemple et j'espère ainsi que cette promesse sortie de Vos lèvres Divines se réalisera pour moi : " Si quelqu'un Me suit, en quelque lieu que Je sois il y sera aussi, et Mon Père l'élèvera en honneur ".
Être avec Vous, être en Vous, voilà mon unique désir.... Cette assurance que Vous me donnez de sa réalisation me fait supporter l'exil en attendant le radieux jour du Face à Face éternel !"

On trouvera et lira avec fruit les oeuvres complètes de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face sur le site suivant : http://www.jesusmarie.com/therese_de_lisieux.html

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dimanche, 02 octobre 2022

2 octobre. Saints Anges gardiens. 1608.

- Fête des saints Anges gardiens. 1608.

" Angelis suis mandavit de te, ut custodiant te in omnibusviis tuis."
Ps. CV, II.

" Dieu vous a mis sous la garde de ses anges. Cette parole doit vous inspirer pour eux du respect, de la reconnaissance et de la confiance."

Saint Bernard.


Notre Dame, reine des Anges.

Bien que la solennité du 29 septembre ait pour but d'honorer tous les bienheureux esprits des neuf chœurs, la piété des fidèles s'est portée dans les derniers siècles à désirer qu'un jour spécial fût consacré par la terre à célébrer les Anges gardiens. Différentes Eglises ayant pris l'initiative de cette fête, qu'elles plaçaient sous divers rites à diverses dates de l'année, Paul V (à la prière de Ferdinand d'Autriche en 1608), tout en l'autorisant, crut devoir la laisser facultative ; Clément X (1670) mit fin à cette variété au sujet de la fête nouvelle, en la fixant obligatoirement du rite double (double majeur depuis 1883) au 2 octobre, premier jour libre après la Saint-Michel, dont elle demeure ainsi comme une dépendance.


Le pape Paul V.

Il est de foi qu'en cet exil, Dieu confie aux Anges la garde des hommes appelés à le contempler ainsi qu'eux-mêmes dans la commune patrie ; c'est le témoignage des Ecritures, l'affirmation unanime de la Tradition. Les conclusions les plus assurées de la théologie catholique étendent le bénéfice de cette protection précieuse à tous les membres de la race humaine, sans distinction de justes ou de pécheurs, d'infidèles ou de baptisés. Ecarter les dangers, soutenir l'homme dans sa lutte contre le démon, faire naître en lui de saintes pensées, le détourner du mal et parfois le châtier, prier pour lui et présenter à Dieu ses propres prières : tel est le rôle de l'Ange gardien. Mission à ce point spéciale, que le même Ange ne cumule pas la garde simultanée de plusieurs ; à ce point assidue, qu'il suit son protégé du premier jour au dernier de sa mortelle existence, recueillant l'âme au sortir de cette vie pour la conduire, des pieds du juge suprême, à la place méritée par elle dans les cieux ou au séjour temporaire de purification et d'expiation.

C'est dans le voisinage plus immédiat de notre nature, parmi les rangs pressés du dernier des neuf chœurs, que se recrute surtout la milice sainte des Anges gardiens. Dieu, en effet, réserve les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, à l'honneur de former son auguste cour. Les Dominations président des abords de son trône au gouvernement de l'univers ; les Vertus veillent à la fixité des lois de la nature, à la conservation des espèces, aux mouvements des cieux ; les Puissances retiennent enchaîné l'enfer. La race humaine, dans son ensemble et ses grands corps sociaux, les nations, les églises, est confiée aux Principautés ; tandis que le rôle des Archanges, préposés aux communautés moindres, semble être aussi de transmettre aux Anges les ordres du ciel, avec l'amour et la lumière descendant pour nous de la première et suprême hiérarchie. Profondeurs de la Sagesse de Dieu (Rom. XI, 33.) ! Ainsi donc l'admirable ensemble de ministères ordonné entre les différents chœurs des esprits célestes aboutit, comme fin, à cette garde immédiatement remise aux plus humbles, la garde de l'homme, pour qui subsiste l'univers. C'est l'affirmation de l'Ecole (Suarez. De Angelis, Lib. VI, c. XVIII, 5.) ; c'est le mot de l'Apôtre : " Tout esprit n'a-t-il pas pour mission de servir les futurs héritiers du salut ?" (Heb. I, 14.).

Mais Dieu, tout magnifique qu'il daigne se montrer pour l'humanité entière, ne sait pas moins que les gouvernements de ce monde honorer d'une garde spéciale les princes de son peuple, privilégiés de sa grâce, ou régissant pour lui la terre ; au témoignage des Saints, une perfection suréminente, une mission plus haute dans l'Etat ou l'Eglise, assurent à qui en est revêtu l'assistance d'un esprit également supérieur, sans que l'Ange de la première heure, si l'on peut ainsi parler, soit nécessairement pour cela relevé de sa propre garde.
Il s'en faut d'ailleurs que, sur le terrain des opérations du salut, le titulaire céleste du poste à lui confié dès l'aube puisse redouter jamais de se voir isolé ; à sa demande, à l'ordre d'en haut, les troupes de ses bienheureux compagnons, qui remplissent la terre et les cieux, sont toujours prêtes à lui prêter main forte. Il est pour ces nobles esprits, sous l'œil du Dieu dont ils aspirent par tous moyens à seconder l'amour, de secrètes alliances amenant parfois sur terre entre leurs clients mêmes des rapprochements dont le mystère se révélera au jour de l'éternité.

" Mystère profond que le partage des âmes entre les Anges destinés à leur garde ; divin secret, relevant de l'économie universelle qui repose sur l'Homme-Dieu ! Ce n'est point non plus sans d'ineffables dispositions que se répartissent entre les Vertus des cieux les services de la terre, les départements multiples de la nature : fontaines et fleuves, vents et forêts, plantes, êtres animés des continents ou des mers, dont les rôles s'harmonisent par le fait des Anges dirigeant au but commun leurs offices variés." (Origen. in Josue, Hom. XXIII.).
" Telle subsiste, en sa puissante unité, l'œuvre du Créateur. Et sur ces mots de Jérémie : Jusques à quand pleurera la terre ?" (Jerem. XII, 4.).
Origène reprend, soutenu de l'autorité de saint Jérôme, son traducteur en la circonstance (Origen. in Jerem. Hom. X, juxta Hieron VIII.) : " C'est par chacun de nous que la terre se réjouit ou qu'elle pleure ; et non seulement la terre, mais l'eau, le feu, l'air, tous les éléments, qu'il ne faut point entendre ici de la matière insensible, mais des Anges préposés à toutes choses sur terre. Il y a un Ange de la terre, et c'est lui, avec ses compagnons, qui pleure de nos crimes. Il y a un Ange des eaux, à qui s'applique le Psaume : " Les eaux vous ont vu, et elles ont été dans la crainte ; le trouble a saisi les abîmes ; voix des grandes eaux, voix de l'orage : l'éclair comme la flèche a sillonné la nue (Psalm. LXXVI, 17-18.)."

Ainsi considérée, la nature est grande. Moins dépourvue que nos générations sans vérité comme sans poésie, l'antiquité ne voyait pas autrement l'univers. Son erreur fut d'adorer ces puissances mystérieuses, au détriment du seul Dieu sous lequel fléchissent ceux qui portent le monde (Job. IX, 13.).

" Air, terre, océan, tout est plein d'Anges, dit saint Ambroise à son tour (Ambr. in Psalm. CXVIII, Sermo I, 9, 11, 12.). Assiégé par une armée, Elisée demeurait sans crainte ; car il voyait d'invisibles cohortes qui l'assistaient. Puisse le Prophète ouvrir aussi tes yeux ; et que l'ennemi, fût-il légion, ne t'effraie pas : tu te crois investi, et tu es libre ; il y en a moins contre nous que pour nous (IV Reg. VI, 16.)."

Revenons à l'Ange particulièrement détaché près de nous tous, et méditons cet autre témoignage :
" Il ne dort pas, on ne le trompe pas, le noble gardien de chacun d'entre nous. Ferme ta porte, et fais la nuit ; mais souviens-toi que tu n'es jamais seul : lui, pour voir tes actions, n'a pas besoin de lumière."
Qui parle ainsi ? non quelque Père de l'Eglise, mais un païen, l'esclave philosophe Epictète (Ap. Arrian. Diss. I, 14.).

De préférence toutefois et pour finir, écoutons aujourd'hui comme fait l'Eglise l'Abbé de Clairvaux, dont l'éloquence se donne ici carrière :
" En tous lieux, sois respectueux de ton Ange. Que la reconnaissance pour ses bienfaits excite ton culte pour sa grandeur. Aime ce futur cohéritier, tuteur présentement désigné par le Père à ton enfance. Car bien que fils de Dieu, nous ne sommes pour l'heure que des enfants, et longue et périlleuse est la route. Mais Dieu a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies ; ils te porteront dans leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre ; tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon (Psalm. XC, 11 -13.). Oui donc ; là où la route est praticable pour un enfant, ils borneront leur concours à te guider, à te soutenir comme on fait les enfants. L'épreuve menacera-t-elle de dépasser tes forces ? ils te porteront dans leurs mains. Ces mains des Anges ! combien d'impasses redoutées, franchies grâce à elles comme sans y penser, et ne laissant à l'homme par delà que l'impression d'un cauchemar soudainement évanoui (Bernard, in Psalm. XC, Sermo XII.) !"

Mais où l'Ange triomphe, c'est dans la rencontre chantée au Cantique sacré.
" Lui, l'un des compagnons de l'Epoux, dit saint Bernard, envoyé pour cela des cieux à l'élue, négociateur, témoin du mystère accompli, comme il tressaille, et dit : Je vous rends grâces, Dieu de majesté, qui avez exaucé le désir de son cœur ! Or, c'était lui qui, sur la route, ami persévérant, ne cessait de murmurer à l'oreille de l'âme : " Mets tes délices dans le Seigneur, et il t'exaucera " (Psalm. XXXVI, 4.) ; et de nouveau : " Attends le Seigneur, et garde ses sentiers " (Ibid 34.) ; puis, encore : " S'il tarde, attends toujours, car il viendra sûrement et bientôt " (Habac. II, 3.). Cependant qu'il remontrait au Seigneur : " Comme le cerf aspire à l'eau des fontaines, ainsi cette âme aspire après vous, Ô Dieu (Psalm. XLI, 2.) ! soyez-lui pitoyable, écoutez ses cris, visitez sa désolation. Et maintenant, paranymphe fidèle, confident d'ineffables secrets, il n'est point jaloux. Il va du bien-aimé à la bien-aimée, offrant les vœux, rapportant les dons ; il excite l'une, il apaise l'autre ; dès ce monde parfois il les met en présence, soit qu'il ravisse l'Epouse , soit qu'il amène l'Epoux : car il est de la maison et connu dans le palais ; il ne redoute point de rebut, lui qui voit tous les jours la face du Père (Bernard, in Cantic. Sermo XXXI.)."

Unissons-nous à l'Eglise offrant aux Anges gardiens cette Hymne des Vêpres du jour :

" Nous célébrons les Anges qui gardent les humains. Le Père céleste les donnés pour compagnons à notre faible nature , de crainte qu'elle ne succombât dans les embûches ennemies. Car, depuis que l'ange mauvais fut justement précipité de ses honneurs, l’envie le ronge et il s'efforce de perdre ceux que le Seigneur appelle aux cieux.
Vous donc volez vers nous, gardien qui jamais ne dormez ; écartez de la terre à vous confiée les maladies de l'âme et toute menace pour la paix de ses habitants. Soit toujours louange et amour à la Trinité sainte, dont la puissance éternelle gouverne ce triple monde des cieux, de la terre et de l'abîme, dont la gloire domine les siècles. Amen."

Avant rétablissement de la fête spéciale des saints Anges gardiens, il se chantait cette Séquence à la Messe du 29 septembre en quelques églises :

" Appelons de nos vœux les paranymphes du Roi suprême, les défenseurs du troupeau du Christ ; ce sont les monts dont il est dit qu'ils entourent le trône, privilège qu'ils possèdent entre tous. C'est la triple hiérarchie des cieux, sous la Sagesse unique développant ses rameaux, s'épanouissant à la trine lumière ; nous purifiant, nous éclairant, elle nous parfait : ainsi notre âme se dégage du péché.

Leur contemplation les rapproche, leur mission ne les éloigne pas : c'est au dedans de Dieu qu'ils courent, contenant l'ennemi, guidant les justes ; ils gardent leurs dévots clients, les protégeant, les consolant dans leurs peines.

Leur béatitude déjà consommée n'empêche pas que, députés vers nous cependant, ils ne rapportent à Dieu nos prières ; ils n'abandonnent pas les saints de ce monde, désirant voir par eux se combler leurs vides et s'accroître leur société fortunée.
Bienheureux citoyens qui, remplissant leur rôle sur terre, ne perdent rien des joies de la vraie patrie ! Supplions-les avec confiance de nous aider près de Dieu toujours.
Amen."


" Saints Anges, soyez bénis de ce que les crimes des hommes ne lassent point votre charité ; parmi tant d'autres bienfaits, nous vous rendons grâces pour celui de maintenir la terre habitable, en daignant y rester toujours.
La solitude, souvent, menace de se faire lourde au cœur des fils de Dieu, dans ces grandes villes et sur ces routes du monde où ne se coudoient qu'inconnus ou ennemis ; mais si le nombre des justes a baissé, le vôtre ne diminue pas. Au sein de la multitude enfiévrée comme au désert, il n'est pas d'être humain qui n'ait près de lui son Ange, représentant de la Providence universelle sur les méchants comme sur les bons.

Bienheureux esprits, nous n'avons avec vous qu'une patrie, qu'une pensée, qu'un amour : pourquoi les bruits confus d'une foule frivole agiteraient-ils la vie des deux que nous pouvons mener dès maintenant avec vous ? Le tumulte des places publiques vous empêche-t-il d'y former vos chœurs, ou le Très-Haut d'en percevoir les harmonies ?


Vivant nous aussi par la foi dans le secret de cette face du Père
(Psalm. XXX, 21 : Col. III, 3.), dont l'incessante contemplation vous ravit (Matth. XVIII, 10.), nous voulons de même chanter en tous lieux au Seigneur, unir aux vôtres en tout temps nos adorations. Ainsi pénétrés des mœurs angéliques, la vie présente n'aura pour nous nul trouble, l'éternité nulle surprise."

PRIERES

" Ange de Dieu, qui êtes mon gardien,
A qui la Bonté Divine m'a confié,
éclairez-moi, gardez-moi, dirigez-moi et gouvernez-moi.
Amen."

Pie VI (20 septembre 1796).

" Ô saint Ange de Dieu à qui j’ai été donné en garde par une miséricordieuse providence, je vous remercie pour tant de secours dont vous avez environné ma vie temporelle, et la vie bien plus précieuse de mon âme. Je vous rends grâces de ce que vous m’assistez si fidèlement, me protégez si constamment, me défendez si puissamment contre les attaques de l’ange des ténèbres. Bénie soit l’heure depuis laquelle vous travaillez à mon salut ; que le Cœur de Jésus rempli d’amour pour ses enfants, vous en récompense.

Ô mon ange tutélaire, que j’ai de regret de mes résistances à vos inspirations, de mon peu de respect pour votre sainte présence, de tant de fautes par lesquelles je vous ai contristé, vous mon meilleur, mon plus fidèle ami. Pardonnez-moi ; ne cessez pas de m’éclairer, de me guider, de me reprendre. Ne m’abandonnez pas un seul instant, jusqu’à celui qui sera le dernier de ma vie ; et qu’alors mon âme, portée sur vos ailes, trouve miséricorde auprès de son juge, et la paix éternelle parmi les élus. Amen."
Sainte Gertrude.

" Ô saint Anges Gardiens de mes bons parents, de mes chers amis, de mes bienfaiteurs et de mes serviteurs affectionnés et fidèles, je vous conjure de les toujours entourer de votre protection céleste en les abritant avec vigilance sous vos chastes ailes, afin qu’ils y soient bien préservés de tout péché et de toute affliction. Obtenez pour eux la santé de l’âme et du corps, je vous en supplie, secourables anges. Amen."
Saint François de Sales.

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samedi, 01 octobre 2022

1er octobre. Saint Remi, XVe archevêque de Reims, apôtre des Francs. 533.

- Saint Remi, XVe archevêque de Reims, apôtre des Francs. 533.

Pape : Jean II. Roi de France : Thierry Ier.

" Tu, quas tot annos, alme Sennex, regis,
Adhuc benignus respice Gallias,
Francique reges, quos sacrasti,
Mente pii tueantur aras."

" Avec des yeux d'amour regarde cette France,
Dont ta main a sacré les invincibles rois :
Fais que des saints autels ils prennent la défense,
Et conservent les droits."


Santeuil.

 


Baptême de Clovis. Tapisserie (détail). XVe.
 

On peut dire de la famille de saint Remi, évêque de Reims et apôtre des Francs, ce que l'on écrit ordinairement de celles de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze, que c'était une race de personnes remplies de la crainte de Dieu. Son père, Émile, comte de Laon, fut un seigneur d'une vertu extraordinaire. Sa mère, Céline ou Célinie, sut si bien allier la piété à l'éminence de sa condition, que le peuple Chrétien l'a reconnue sainte, et que l’Église l'honore en cette qualité au XXIe jour de ce mois. Leur mariage fut béni du Ciel dès le commencement, par la naissance de 2 garçons. L'aîné fut Principe, qui devint évêque de Soissons. On ne sait pas le nom du plus jeune, mais on sait qu'il eut un fils nommé Loup, qui succéda à son oncle dans son évêché ; et l'un et l'autre, reconnus pour saints par le peuple, sont donc dans les tables ecclésiastiques.

 

Un ange et saint Montan annoncent la naissance
de saint Remi à ses parents déjà âgés. Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame de Reims.
 

Pour saint Remi, dont nous voulons donner la vie, sa naissance fut toute miraculeuse. Ses parents étaient déjà fort âgés et ne s'attendaient point à avoir d'autres enfants que ces deux que la divine Providence leur avait donnés ; un saint ermite nommé Montan, qui était aveugle, mais moins affligé de cette infirmité que de l'état déplorable où il voyait la Foi Chrétienne dans les Églises des Gaules, reçut ordre du Ciel, par 3 fois, de les avertir qu'ils auraient encore un fils qui serait la lumière des Francs, et qui retirerait ces nouveaux conquérants de l'abîme de l'idolâtrie où ils étaient plongés. Il vint donc trouver Émile et Céline, et leur fit part de cette heureuse nouvelle ; la prédiction du solitaire s'accomplit. Notre Saint naquit à Laon, demeure seigneuriale de ses parents, et fut nommé Remi.

Il fut envoyé de bonne heure aux écoles, où il fit de si grands progrès dans les lettres divines et humaines et dans la pratique des vertus Chrétiennes, qu'à l'âge de 22 ans il fut forcé, malgré toutes ses résistances, après la mort de Bennagius, d'accepter l'évêché de Reims. Un rayon de lumière qui parut sur son front et une onction céleste qui embauma et consacra sa tête, firent voir que cette élection venait de Dieu ; mais on en fut encore plus convaincu par la manière dont il s'acquitta d'une charge de cette importance ; car il n'en fut pas plus tôt chargé, qu'il en remplit excellemment tous les devoirs. Il était assidu aux veilles, constant et attentif à l'oraison, soigneux d'instruire son peuple et de l'amener au Salut, charitable envers les pauvres, les prisonniers et les malades, austère pour lui-même, sobre, chaste, modeste, prudent, retenu, ne s'emportant jamais de colère et pardonnant facilement à ceux qui l'avaient offensé ; il est vrai qu'il paraissait quelquefois sur son visage une espèce de sévérité, mais il savait la tempérer par la douceur de son esprit ; et s'il avait pour les pécheurs le zèle ardent d'un saint Paul, il avait pour les gens de bien le regard bénin et amoureux d'un saint Pierre ; en un mot, il possédait toutes les vertus, quoiqu'il en cachât plusieurs par la profonde humilité dont il faisait une singulière profession.

 


Le miracle du vin par saint Remi.
Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame de Reims.
 

Le don des miracles qu'il reçut de Dieu releva encore merveilleusement l'éclat de sa sainteté. Pendant ses repas, les oiseaux venaient sans crainte prendre du pain de sa main. Faisant ses visites à Chaumuzy, il guérit et délivra un aveugle qui, depuis longtemps, était possédé du démon. A Cernay, il remplit de vin, par le signe de la Croix, un muid qui était presque vide, pour reconnaître la charité de Celse, une de ses cousines, qui l'avait reçu avec beaucoup de dévotion dans son logis. N'ayant point d'huile sacrée pour administrer le saint Baptême à un seigneur qui se mourait, il en obtint subitement du Ciel ; cette huile fut si salutaire, qu'ayant contribué à la santé de l'âme du malade, elle lui rendit aussi la santé du corps. Il réprima par sa présence un grand incendie qui menaçait la ville de Reims d'une ruine complète. En descendant pour cela de l'église de Saint-Nicaise, il imprima si fortement ses vestiges sur une pierre, qu'ils y sont toujours demeurés depuis ce temps-là ; et à peine parut-il devant les flammes, faisant le Signe de Croix et invoquant le nom de Jésus-Christ, qu'elles s'enfuirent devant lui aussi vite qu'il put les poursuivre.

 


Scènes de la vie de saint Remi liées au baptême de Clovis.
Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame de Reims.
 

Une jeune fille de Tours étant possédée du malin esprit, fut menée par ses parents, d'abord au tombeau de saint Pierre, à Rome, puis à saint Benoît, qui était alors à Sublac ou Mont-Cassin ; mais Dieu ne lui accordant point sa délivrance dans l'un et dans l'autre lieu, saint Benoît l'envoya à saint Remi et lui écrivit pour le prier d'exercer son pouvoir et sa charité envers cette malheureuse. Alaric, roi des Goths, lui écrivit aussi pour le même sujet. Le Saint résista longtemps à cette demande, ne s'estimant pas digne d'obtenir de Dieu ce qu'un aussi grand homme que l'abbé Benoît n'avait pu obtenir ; mais il fut enfin forcé par les prières de son peuple de faire son oraison sur la possédée ; le démon fut aussitôt obligé de s'enfuir et de la laisser en liberté ; mais, peu après, elle mourut des fatigues que ce monstre infernal lui avait occasionnées.

On eut incontinent recours au saint prélat, qui s'était déjà retiré. Il revint à l'église de Saint-Jean où il l'avait laissée ; il la trouva couchée par terre, sans respiration et sans vie, et sa parole, qui avait eu la force de la délivrer des chaînes de Satan, eut aussi la force de la retirer des portes de la mort. Nous avons dans les Notes de Colvénérius sur Flodoard, la lettre que le glorieux patriarche saint Benoît lui écrivit.

Cependant, la plus grande merveille de saint Remi fut sans doute le parachèvement de la conversion de Clovis, qui mena à celles des Francs par la suite. Elle est rapportée tout au long dans l'histoire de ce grand prince ; mais il est nécessaire d'en donner ici un abrégé.

Clovis était le cinquième roi de cette nation belliqueuse, qui, après avoir forcé le passage du Rhin, s'était emparée de la meilleure partie des Pays-Bas, de la Picardie et de l'Ile-de-France, et poussait toujours ses conquêtes sur les Gaules, auparavant occupées par les Romains. Le trône des Francs Saliens se situait à Tournai. Il parvint à la couronne en 481, âgé seulement de 14 ou 15 ans ; mais, tout jeune qu'il était, il ne laissa pas de suivre les traces de ses prédécesseurs et de se mettre d'abord à la tête de ses armées pour se rendre le maître des provinces voisines, afin d'en former un vaste royaume.

Il livra bataille à Syagrius, qui défendait les débris de l'empire romain dans les Gaules. Il le défit et le tua, et par ce moyen, ne trouvant plus rien qui résistât à la force de ses armes, il assujettit une grande partie des Gaules à son empire. Il était encore païen ; cependant, il ne persécutait pas les Chrétiens, et il avait même du respect pour les évêques et pour les prêtres des villes qu'il prenait ou qui se soumettaient à sa domination.

 


Syagrius est livré par Alaric II à Clovis. Gravure du XIXe.
 

Saint Remi fut celui dont il honora davantage la vertu. En effet, un jour ses soldats, passant auprès de Reims, en avaient pillé une église et emporté les ornements et les vases sacrés ; à la seule prière que notre saint lui envoya faire de lui rendre, de tout le butin, au moins un vase d'argent que son poids et sa ciselure rendaient fort précieux, il vint au lieu où l'on partageait les dépouilles et demanda par grâce à son armée que ce vase lui fût donné par préférence sans le tirer au sort. La plupart des soldats y consentirent ; un seul, ne voulant pas que son roi puisse bénéficier d'un traitement autre que leurs coutumes ne le prévoyaient, déchargea un coup de hache sur ce vase, disant vertement que le roi n'aurait, comme les autres, que ce qui lui écherrait au sort.

Chacun fut surpris de cet acte ; le roi la dissimula pour un temps, et ne laissa pas de prendre le vase et de le rendre à celui que saint Remi lui avait envoyé. Mais au bout de l'an, faisant la revue de ses troupes pour voir si leurs armes étaient en bon ordre, et ayant reconnu le soldat téméraire qui lui avait fait cet affront, il lui jeta une de ses armes à terre, sous prétexte qu'elle n'était pas luisante comme elle devait l'être ; puis, pendant qu'il se baissait pour la ramasser, il lui déchargea un coup de hache sur la tête et le tua de sa main, en lui disant :
" Tu frappas ainsi le vase à Soissons !"

 


" Tu frappas ainsi le vase de Soissons !" Gravure du XIXe.
 

Lorsque ce grand conquérant eut encore subjugué la Thuringe, ce qu'il fit, selon saint Grégoire de Tours, la 10e année de son règne, il épousa Clotilde, fille de Chilpéric, frère de Gondebaud, roi de Burgondie (future Bourgogne), promettant en vue de cette alliance qu'il embrasserait la Foi Chrétienne dont elle faisait profession. Clotilde le pressa souvent d'exécuter sa promesse, ayant beaucoup de peine de vivre avec un prince idolâtre et qui se souillait tous les jours par des sacrifices impies et abominables qu'il offrait aux démons, et dans les débauches dégoûtantes coutumières des tribus païennes de toutes les époques de l'humanité ; mais ses prières et ses instances furent inutiles pendant 5 ans.

Enfin, les Germains ayant fait une grande irruption sur les terres des Francs Ripuaires, le roi fut obligé de marcher contre eux avec de nombreuses troupes. Il leur livra bataille à Tolbiac, que l'on croit être Zulpich ou Zulch. Les Francs, après quelques instants de combat, tournèrent le dos, et il s'en faisait une grande boucherie lorsque le seigneur Aurélien, qui avait négocié le mariage du roi avec Clotilde, s'adressa à lui et lui conseilla de faire sur-le-champ voeu à Jésus-Christ d'embrasser le Christianisme s'Il changeait le sort de la bataille et lui faisait remporter la victoire. Le roi, surtout dans le désir de vaincre, mais peut-être aussi touché intérieurement, fit aussitôt ce vœu, et en même temps les Francs tournèrent tête, se jetèrent impétueusement sur les Germains, rompirent leurs rangs et les défirent complètement. Le roi même des Allemands fut tué dans la mêlée, de sorte que Clovis demeura entièrement victorieux et se rendit tributaires ceux dont le nombre et la puissance avaient déjà donné de l'effroi à toute la Franoe. La reine apprit avec beaucoup de joie ce succès et le changement de son époux. Elle en fit aussi tôt donner avis à saint Remi, elle pria de se rendre promptement à la cour pour achever ce que la crainte et le désir de vaincre avaient commencé, et pour disposer le roi au baptême.

Le saint ne manqua pas d'obéir. Il trouva Clovis déjà évangélisé par les soins de saint Vaast, que ce grand monarque avait pris à Toul pour être son catéchiste. Il acheva de lui ouvrir les yeux et de lui découvrir l'excellence et la sainteté de nos Mystères. L'ardeur de la foi s'alluma si fortement dans ce cœur martial, qu'il se fit apôtre de ses sujets avant d'être Chrétien ; il assembla les grands de sa cour, leur remontra la folie et l'extravagance du culte des idoles, et les sollicita de ne plus adorer que l'unique Dieu, Créateur du ciel et de la terre, dans la Trinité de Ses Personnes. Il en fit de même à son armée, et sa prédication fut si puissante, que la plupart des Francs voulurent imiter son exemple. Ou, plus probablement comme on le verra dans d'autres conversions de peuples, suivre la religion du prince, pour ne pas s'en retrouver l'ennemi déclaré.

 

Certains à l'époque le demandaient clairement, comme 6 siècles plus tard saint Wladimir, en Russie, intimera aux foules l'ordre de choisir entre le Christ avec lui, ou l'exil. La Foi ne s'intimant pas de la sorte dans le cœur de l'homme, nombre de peuples officiellement christianisés montreront vite la persistance profonde du paganisme dans leurs mœurs. Et il s'en suivra inévitablement de grands et violents retours du culte païen, avec sa cohorte d'horreurs, à chaque fois qu'un chef, prince ou roi, se détournera, le plus souvent pour raisons politiques, de l’Église du Christ, Église qui n'aura pas assez été Jean-Baptiste et trop docile.

La nuit avant son baptême, saint Remi vint le trouver dans son palais, et l'ayant conduit avec la reine et un grand nombre de princes et d'officiers dans la chapelle de saint Pierre, il leur fit une admirable prédication sur l'Unité de Dieu, la vanité des idoles, l'incarnation du Verbe éternel, le Salut de l'humanité, le Jugement dernier, le paradis des justes et l'enfer des impies. Alors la chapelle fut remplie de lumière et d'une odeur inestimable, et l'on entendit une voix céleste qui disait :
" La paix soit avec vous! ne craignez rien, persévérez dans Mon amour."

 

Le visage du Saint devint aussi tout éclatant ; le roi, la reine, tous les seigneurs et les dames se jetèrent à ses pieds. Saint Remi les releva et leur prédit les grandeurs futures du royaume et des rois de France, à condition qu'ils restent fidèles à Dieu et ne fassent rien d'indigne de l'auguste qualité de rois chrétiens.

 


Baptême de Clovis.
 

Le lendemain, Clovis marcha à l'église de Notre-Dame, à travers les rues ornées de tapisseries. Lorsqu'il fut sur les fonts, saint Remi lui dit :
" Courbe la tête, fier Sicambre ; brûle ce que tu as adoré et adore ce que tu as brûlé."


Après quelques exhortations, comme il fut question de consacrer l'eau baptismale, il ne se trouva point de chrême, parce que le clerc qui le portait n'avait pu passer à cause de la foule. Le Saint, dans cette nécessité, leva les yeux au ciel, et demanda à Dieu qu'il daignât pourvoir à ce défaut, et, à l'heure même, une colombe plus blanche que la neige descendit d'en haut, portant dans son bec une fiole pleine d'un baume céleste fermé par le ministère des Anges, qu'elle mit entre les mains du saint prélat. Il le reçut avec admiration et action de grâces, en versa une partie dans les fonts, et oignit ensuite la tête du roi. En même temps, la colombe s'envola et disparut ; mais la fiole demeura, et c'est ce que nons appelons la sainte Ampoule.

Outre l'onction baptismale, saint Remi conféra donc aussi au roi l'onction royale qui, depuis, a toujours été faite à nos rois, séparément de leur baptême, par l'auguste cérémonie de leur sacre ; c'est à quoi a servi jusqu'à présent l'huile céleste de cette Ampoule, conservée intacte jusqu'à la Révolution française.

La vérité de cette Ampoule, apportée par un Ange, sous la forme d'une colombe, a été combattue par quelques auteurs ; mais elle a été soutenue et prouvée avec beaucoup de force et d'éloquence par plusieurs savants, qui ont cru que le témoignage d'Hincmar, de Flodoard, d'Aimonius, de Gerson, de Gaguin et d'autres anciens historiens, avec la tradition immémoriale de nos pères, approuvée mème par un grand nombre d'écrivains d'autres pays, était suffisante pour en convaincre tous les esprits un peu raisonnables.

 


Statue de saint Remi donnant le saint Baptême à Clovis.
Parvis de la cathédrale Notre-Dame de Reims.
 

Deux soeurs de Clovis furent aussi baptisées avec lui : Alboflède, qui était païenne, et Lanthilde, qui était arienne ; la même grâce fut encore accordée à trois mille seigneurs, et à une infinité de soldats, de femmes et d'enfants qui voulurent avoir part au bonheur de la régénération spirituelle. On croit plus communément que ce fut le jour de Noël ; mais comme alors te baptême ne se conférait qu'au temps de Pâques, ce n'est pas sans raison que plusieurs croient, avec Hincmar et Flodoald, que ce fut le samedi saint. Culvénérius dit même que cela est constant, et qu'il n'en faut nullement douter.

On ne peut représenter assez dignement l'amour que Clovis eut pour saint Remi, et les faveurs dont il combla sa personne et tous ceux qui lui appartenaient. Il lui donna une foule de seigneuries autour de Soissons et en d'autres lieux, dont il enrichit sa cathédrale et d'autres églises, tant métropolitaines que collégiales.

A sa prière, il pardonna à Euloge, seigneur d’Épernay, coupable de lèse-majesté ; ce seigneur, en reconnaissance, offrit au saint sa terre, pour en faire l'héritage de la maison de Dieu ; mais le bienheureux prélat le remercia, estimant indigne d'un homme généreux, et surtout d'un bon pasteur, de recevoir des présents pour prix de son intercession ; cependant, comme Euloge voulut quitter le monde et se défaire de son bien, saint Remi l'accepta et le lui paya, et, par ce moyen, Épernay appartint à l'église de Reims.

 


Baptême de Clovis.
 

Le même Clovis ne faisait rien de considérable sans prendre l'avis et la bénédiction de cet homme de Dieu : il la prit pour aller combattre Gondebaud et Gondegisil, en Bourgogne ; il la prit pour faire la guerre à Alaric, roi des Goths ; et, par la force de cette bénédiction, il remporta d'illustres victoires sur ces trois princes, tua Alaric de sa propre main, et joignit à son empire une grande partie des provinces des Gaules jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées.

 

Ce fut aussi par la même vertu que les murailles d'Angoulême tombèrent d'elles-mêmes devant son armée, comme celles de Jéricho devant l'armée de Josué, et qu'il emporta cette place sans être obligé de l'assiéger. Aussi, dans chacune de ces expéditions, saint Remi lui avait donné on flacon de vin bénit pour son usage, lui marquant qu'il serait victorieux tant que ce vin durerait ; et par un grand miracle, ce vin ne diminua point jusqu'à son retour. Enfin, cette bénédiction empêcha ce grand conquérant d'être tué par deux soldats goths qui l'attaquèrent par derrière et firent tous leurs efforts pour le percer de leurs lances.

L'empereur Anastase ayant créé Clovis patrice et consul, lui envoya, avec les marques de cette dignité, ce qui était autrefois le comble de l'ambition des Romains, une couronne d'or de grand prix. Et saint Remi érigea en évêché l'église de Notre-Dame de Laon, lieu de sa naissance, qui n'était auparavant qu'une simple paroisse de son diocèse. Il y mit pour premier évêque Génebaud, dont nous avons donné la vie au 5 septembre.

 


Galerie des rois. Cathédrale Notre-Dame de Reims.
Clovis est au centre.
 

Peu de temps après l'ambassade à Rome, Clovis mourut chargé de trophées. Saint Remi apprit, par révélation, sa mort avant qu'elle arrivât, et peut-être qu'il apprit aussi que son âme avait reçu la récompense de tant de conversions dont il avait été la cause par ses exhortations et par son exemple, et de l'établissement de la Foi Chrétienne dans une infinité d'endroits où le démon était adoré. Savaron, président de Clermont, en Auvergne, a fait un traité exprès sur sa sainteté, que les lecteurs peuvent consulter.

Ce fut vers ce temps-là, l'an de grâce 511, que se tint le premier Concile d'Orléans. Saint Remi ne manqua pas de s'y trouver avec 33 évêques de diverses provinces. Lorsqu'il entra dans l'assemblée, tous les prélats, qui étaient venus avant lui, se levèrent pour lui faire honneur ; un seul, qui était arien et très-orgueilleux, se tint assis par mépris, et ne daigna pas même le saluer lorsqu'il passa devant lui.

Mais son incivilité, aussi bien que sa perfidie, fut punie sur-le-champ; cas il perdit l'usage de la langue et ne put plus parler. Alors il reconnut sa faute, et se prosternant aux pieds du Saint, il le pria, par tous tes signes du corps qu'il put faire, de lui obtenir miséricorde :
" A la bonne heure lui dit saint Remi, si tu as de véritables sentiments de la divinité de Jésus-Christ et que tu le reconnaisses consubstantiel à son Père ; autrement l'usage de la voix ne ferait que contribuer à tes blasphèmes."


A ces mots, l'évêque renonça intérieurement et par geste à l'arianisme, et sa langue se déliant on même temps, il recouvra la parole pour confesser que Jésus-Christ était un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit.

Nous apprenons de Sidoine Apollinaire et de plusieurs auteurs que saint Remi était un des plus savants et des plus éloquents hommes des premiers siècles, et qu'il a fait quelques commentaires sur la sainte Écriture, remplis d'une doctrine très-profonde et d'un style très-doux et très-relevé.

La difficulté est de savoir si les Commentaires sur saint Paul, qui portent son nom, sont de ce nombre. On doute moins des deux Épitres qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères ; l'une à Clovis, sur la mort de sa soeur Alboflède, l'autre à sainte Geneviève, pour laquelle il avait un amour et un respect particuliers.

 


Basilique Saint-Remi. Reims.
 

A la fin de sa vie, il fut attaqué de plusieurs maux très-douloureux et perdit aussi la vue ; mais, bien loin de s'en affliger, il en rendait continuellement grâces à Dieu, regardant ces afflictions comme de grands bienfaits qui lui donnaient occasion d'exercer sa patience et le rendaient plus semblable à Jésus-Christ souffrant et mourant sur la croix.

Il était sans cesse en oraison, et les larmes de componction lui coulaient des yeux à tous moments. Il eut connaissance du temps de son décès, mais, avant qu'il y arrivât, la vue lui fut rendue, et il eut la consolation de célébrer encore une fois les saints Mystères.

Enfin, ayant embrassé ses enfants spirituels et leur ayant donné sa bénédiction, il rendit sa belle âme à Dieu, sans qu'il parût avoir aucune maladie mortelle, mais étant seulement épuisé et consommé de vieillesse.

Ce fut le 13 janvier 533. Il avait environ quatre-vingt-seize ans, quelques jours après l'élection du pape Jean II (2 janvier).

 


Tombeau de saint Remi. Basilique Saint-Remi. Reims.
 

On le représente :
- 1. guérissant une jeune fille ;
- 2. recevant la sainte Ampoule ;
- 3. baptisant Clovis ;
- 4. apparaissant à un évêque de Mayence à qui il inflige des coups de discipline en punition d'une infraction à ses devoirs ;
- 5. ayant près de sa tête une colombe tenant la sainte Ampoule.

On voit à Reims, dans la nouvelle sacristie de l'église de Saint-Remi, des tapisseries fort curieuses et d'une grande perfection, données en 1581 par Robert de Lenoncourt, archevêque de Reims. Elles représentent les principaux faits de la vie de l'apôtre des Francs : la naissance de saint Remi ; la vue rendue à un ermite, des exorcismes, des miracles ; Clovis catéchisé ; la prison et la délivrance de saint Génebaud ; un concile où est confondu un évêque arien qui ne recouvre la parole que par l'invocation de Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu ; saint Remi chantant Matines devant la sainte Vierge et les Apôtres ; ses funérailles.

 

Déambulatoire de la basilique Saint-Remi.

Reims. Champagne. France.

 

LE TESTAMENT DE SAINT REMI

Migne, t. 135, p. 60 à 68. Flodoard, Historia Remensis Ecclesiae lib. I. ch. XVIII, Testamentum ab ipso editum.

" Que le présent testament que j'ai écrit pour être gardé respectueusement intact par mes successeurs les évêques de Reims, mes frères, soit aussi défendu, protégé partout envers et contre tous par mes très chers fils les rois de France par moi consacrés au Seigneur à leur baptême, par un don gratuit de Jésus-Christ et la grâce du Saint-Esprit.

Qu'en tout et toujours il garde la perpétuité de sa force et l'inviolabilité de sa durée...

Mais par égard seulement pour cette race royale qu'avec tous mes frères et coévêques de la Germanie, de la Gaule et la Neustrie, j'ai choisie délibérément pour régner jusqu'à la fin des temps, au sommet de la majesté royale pour l'honneur de la Sainte Église et la défense des humbles.

Par égard pour cette race que j'ai baptisée, que j'ai reçue dans mes bras ruisselante des eaux du baptême : cette race que j'ai marquée des sept dons du Saint-Esprit, que j'ai ointe de l'onction des rois, par le Saint Chrême du même Saint-Esprit ;

J'ai ordonné ce qui suit :

MALÉDICTIONS

Si un jour cette race royale que j'ai tant de fois consacrée au Seigneur, rendant le mal pour le bien, lui devenait hostile; envahissait ses Églises, les détruisait, les dévastait :

Que le coupable soit averti une première fois par tous les évêques réunis du diocèse de Reims.

Une deuxième fois par les églises réunies de Reims et de Trêves.

Une troisième fois par un tribunal de trois ou quatre archevêques des Gaules.

Si à la septième monition il persiste dans son crime, trêve à l'indulgence ! Place à la menace !

S'il est rebelle à tout, qu'il soit séparé du corps de l’Église, par la formule inspirée aux évêques par l'Esprit-Saint : parce qu'il a persécuté l'indigent, le pauvre, au cœur contrit ; parce qu'il ne s'est point souvenu de la miséricorde ; parce qu'il a aimé la malédiction, elle lui arrivera ; et n'a point voulu de la bénédiction, elle s'éloignera.

Et tout ce que l’Église à l'habitude de chanter de Judas le traitre et des mauvais évêques, que toutes les Eglises le chantent de ce roi infidèle.

Parce que le Seigneur a dit : " Tout ce que vous avez fait au plus petit des Miens, c'est à Moi que vous l'avez fait, et tout ce que vous ne leur avez pas fait, c'est à Moi que vous ne l'avez pas fait ".

Qu'à la malédiction finale on remplace seulement, comme il convient à la personne, le mot épiscopat par le mot royauté :

Que ses jours soient abrégés et qu'un autre reçoive sa royauté !

Si les archevêques de Reims, mes successeurs, négligent ce devoir que je leur prescris, qu'ils reçoivent pour eux la malédiction destinée au prince coupable : que leurs jours soient abrégés et qu'un autre occupe leur siège.

BÉNÉDICTIONS

Si Notre-Seigneur Jésus-Christ daigne écouter les prières que je répands tous les jours en sa présence, spécialement pour la persévérance de cette race royale, suivant mes recommandations, dans le bon gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie de la Sainte Eglise de Dieu.

Qu'aux bénédictions de l'Esprit-Saint déjà répandues sur la tête royale s'ajoute la plénitude des bénédictions divines !

Que de cette race sortent des rois et des empereurs qui, confirmés dans la vérité et la justice pour le présent et pour l'avenir suivant la volonté du Seigneur pour l'extension de la Sainte Église, puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance et méritent ainsi de s'asseoir sur le trône de David dans la céleste Jérusalem où ils règneront éternellement avec le Seigneur. Ainsi soit-il."

 

Choeur de la basilique Saint-Remi.

Reims. Champagne. France.

 

Ce testament signé du grand Évêque le fut également par six autres Évêques et d'autre Prêtres. Trois de ces Évêques sont réputés pour leur sainteté : Saint Vaast, Évêque d'Arras, Saint Médard, Évêque de Noyon, Saint Loup, Évêque de Soissons. Ils le signèrent sous la formule suivante :
" X..., Évêque.
Celui que mon Père Rémi a maudit, je le maudis, celui qu'il a béni, je le bénis.
et j'ai signé."

L'authenticité indiscutable de ce document capital pour notre Histoire a été prouvée par l'Abbé Dessailly, de l'Académie de Reims, dans un ouvrage fondamental et décisif sur la question : L'authenticité du grand Testament de Saint Rémi, publié au siècle dernier, chez Dumoulin, à Paris.

Baronius, le savant Cardinal (Caesar Baronius, Annales Ecclesiastici, tome VI, Bibl. Nation. H. 106, p. 635 et 636.), après onze siècles d'expérience, de constater :

 
" Malgré les crimes de ses rois, le Royaume de France n'est jamais passé sous une domination étrangère et le peuple Français n'a jamais été réduit à servir d'autre Peuples.


C'est cela qui a été accordé par une promesse divine, aux prières de Saint Rémi, suivant la parole de David (Ps. 8 : " Si mes Fils abandonnent ma loi ; s'ils ne marchent point dans la voie de mes Jugements ; s'ils profanent mes justices et ne gardent point mes commandements, je visiterai leurs iniquités avec la verge et leurs péchés avec le fouet ; mais Je n'éloignerai jamais ce peuple de Ma miséricorde."

 

Pour résumer, ce testament marque de manière indubitable que c'est le sacre qui fait le roi de France et non sa naissance.

 
La dévolution de la couronne de père en fils est un usage pratique destiné à asseoir la stabilité du pouvoir mais elle est conditionnée au sacre, à ses promesses et au respect par le prince sacré de ses missions chrétiennes.

Quels que soient aujourd'hui les inclinations des monarchistes et/ou royalistes en France, on constate à tous le moins qu'ils en tiennent pour une doctrine étrangère et en tous cas incompatible avec les exigences du sacre d'un roi de France...

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vendredi, 30 septembre 2022

30 septembre. Saint Jérôme de Strido, prêtre, docteur de l'Eglise. 420.

- Saint Jérôme de Strido, prêtre, docteur de l'Eglise. 420.

Pape : Saint Boniface Ier. Empereur romain d'Orient : Théodose II. Empereur romain d'Occident : Flavius Honorius.

" Saint Jérôme a été un soleil dans le monde car il a terrassé les hérétiques, converti les mondain, ouvert aux vertueux de nouveaux horizons ; un ange dans le désert par sa pureté, sa mortification et son esprit d'oraison ; un prodige dans l'Eglise par les livres qu'il a composés, les oracles qu'il a rendus, les vertus dont il a donné l'exemple."
Laselve. Conciones.

Saint Jérôme. Domenico Ghirlandaio. XVe.

Jérôme tire son étymologie de gerar, saint, et de nemus, bois, comme on dirait bois saint, ou bien de norna, qui veut dire loi. C'est pour cela que sa légende dit que Jérôme signifie loi sainte. En effet il fut saint, c'est-à-dire, ferme, ou pur, ou couvert de sang, ou destiné aux fonctions sacrées, comme l’on dit des vases sacrés du temple, qu'ils sont destinés à des usages saints. Il fut saint, c'est-à-dire, ferme en bonnes oeuvres, à cause de la longanimité de sa persévérance, et pur en son esprit : et couvert de sang, par la méditation de la passion du Seigneur : il fut consacré à de saints usages, en interprétant et en expliquant l’Écriture sainte. Il signifie bois ; parce qu'il habita quelque temps dans un bois ; il veut dire loi, par rapport à la discipline régulière qu'il enseigna, à ses moines, ou bien encore parce qu'il expliqua et interpréta la loi sainte.

Saint Grégoire, saint Jérôme, saint Ambroise et
saint Augustin. Livre de méditation. Robert Ciboule. Flandres. XVe.

Jérôme signifie encore, vision de beauté, ou juge des discours. La beauté est multiple ; la première est la spirituelle, qui réside dans l’âme ; la seconde est la morale, qui consiste dans l’honnêteté des mœurs ; la troisième est l’intellectuelle, qui est la beauté des anges : la quatrième est la supersubstantielle, qui appartient à Dieu ; la cinquième est la céleste, qui réside dans la patrie des saints. Jérôme vit en lui et posséda cette quintuple beauté. Il posséda la spirituelle, dans ses différentes vertus ; la morale, par l’honnêteté de sa vie ; l’intellectuelle, dans sa pureté éminente ; la supersubstantielle, dans son ardente charité ; la céleste, dans sa charité éternelle ou excellente. Il fut juge des discours, des siens et de ceux des autres ; des siens, en ne parlant qu'avec poids ; de ceux des autres, en approuvant ce qu'ils contenaient de vrai, en réfutant ce qui s'y rencontrait de faux, et en exposant les choses douteuses.

Saint Jérôme écrivant. Psautier de Charles le Chauve. IXe.

Jérôme fut le fils d'un homme noble nommé Eusèbe, et originaire de la ville de Stridonie, sur les confins de la Dalmatie et de la Pannonie. Jeune encore, il alla à Rome où il étudia à fond les lettres grecques, latines et hébraïques. Son maître de grammaire fut Donat, et celui de rhétorique, l’orateur Victorin. Il s'adonnait nuit et jour à l’étude des saintes Ecritures. Il y puisa avec avidité ces connaissances qu'il répandit dans la suite avec abondance.

Saint Jérôme écrivant. Bible. Hainaut. XVe.

A une époque, il le dit dans une lettre à Eustachius, comme il passait le jour à lire Cicéron et la nuit à lire Platon, parce que le style négligé des livres des Prophètes ne lui plaisait pas, vers le milieu du carême, il fut saisi d'une fièvre tellement subite et violente, que son corps se refroidit, et la chaleur vitale s'était retirée dans sa poitrine. Déjà qu’on préparait ses funérailles, quand tout à coup, il est traîné au tribunal du souverain juge qui lui demanda quelle était sa qualité, il répondit ouvertement qu'il était chrétien.
" Tu mens, lui dite juge ; tu es cicéronien, tu n'es pas chrétien car où est ton trésor, là est ton coeur."
Jérôme se tut alors et aussitôt le juge le fit fouetter fort rudement Jérôme se mit à crier :
" Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié de moi."
Ceux qui étaient présents se mirent en même temps à prier le juge de pardonner à ce jeune homme. Celui-ci proféra ce serment :
" Seigneur, si jamais je possède des livres profanes, si j'en lis, c'est que je vous renierai."
Sur ce serment, il fut renvoyé et soudain il revint à la vie. Alors il se trouva tout baigné de larmes, et il remarqua que ses épaules étaient affreusement livides des coups reçus devant le tribunal de Dieu. Depuis, il lut les livres divins avec le même zèle qu'il avait lu auparavant les livres païens.

Saint Jérôme. Vies de Saints. Bourgogne. XIIe.

Il avait vingt-neuf ans quand il fut ordonné cardinal prêtre dans l’église romaine. A la mort du pape saint Libère, saint Jérôme fut acclamé par tous digne du souverain pontificat. Mais ayant repris la conduite lascive de quelques clercs et des moines, ceux-ci, indignés à l’excès, lui tendirent des pièges. D'après Jean Beleth, ce fut au moyen d'un vêtement de femme qu'ils se moquèrent de lui d'une façon honteuse. En effet, saint Jérôme s'étant levé comme de coutume pour les matines trouva un habit de femme que ses envieux avaient mis auprès de son lit, et croyant que c'était le sien, il s'en revêtit et s'en alla ainsi à l’église. Or, ses ennemis avaient agi de la sorte afin qu'on crût à la présence d'une femme dans la chambre du saint. Celui-ci, voyant jusqu'où ils allaient, céda à leur fureur et se retira chez saint Grégoire de Nazianze, évêque de la ville de Constantinople.

Saint Jérôme recevant des instructions
de saint Damase. Bible. Avranches. XIIIe.

Après avoir appris de lui les saintes lettres, il courut au désert et il y souffrit pour Notre Seigneur Jésus-Christ tout ce qu'il raconte lui-même à Eustochium en ces termes :
" Tout le temps que je suis resté au désert et dans ces vastes solitudes qui, brûlées par les ardeurs du soleil, sont pour les moines une habitation horrible, je me croyais être au milieu des délices de Rome. Mes membres déformés étaient recouverts d'un cilice qui les rendait hideux ; ma peau, devenue sale, avait pris la couleur de la chair des Ethiopiens. Tous les jours se passaient dans les larmes ; tous les jours des gémissements, et si quelquefois un sommeil importun venait  m’accabler, la terre nue servait de lit à mes os desséchés. Je ne parle point du boire ni du manger, quand les malades eux-mêmes usent d'eau froide, et quand manger quelque chose de cuit est un péché de luxure : et tandis que je n'avais pour compagnons que les scorpions et les bêtes sauvages, souvent je me trouvais en esprit dans les assemblées des jeunes filles ; et dans un corps froid, dans une chair déjà morte, le feu de la débauche  m’embrasait. De là des pleurs continuels. Je soumettais ma chair rebelle à des jeûnes pendant des semaines entières. Les jours et les nuits étaient tout un le plus souvent, et je ne cessais de me frapper la poitrine que quand le Seigneur  m’avait rendu à la tranquillité. Ma cellule elle-même me faisait peur, comme si elle eût été le témoin de mes pensées. Je  m’irritais contre moi, et seul je  m’enfonçais dans les déserts les plus affreux. Alors, Dieu  m’en est témoin, après ces larmes abondantes il me semblait quelquefois être parmi les chœurs des anges."

Saint Jérôme au désert avec son lion.
Benvenutto di Giovanni. XVe.

Saint Paulin, évêque d'Antioche, l'ordonna prêtre ; ce fut en sa compagnie et celle de saint Epiphane, qu'à l'occasion de certaines controverses entre évêques il revint à Rome, où Damase, souverain Pontife, se l'attacha comme secrétaire dans la rédaction de ses lettres aux Eglises. Mais regrettant la solitude dont il jouissait auparavant, il reprit le chemin de la Palestine, et se fixa à Bethléhem près de la crèche du Sauveur. Il y menait une vie toute céleste dans le monastère que Paula de Rome avait bâti ; et bien qu'éprouvé par diverses maladies et souffrances, son pieux labeur d'étude et d'écriture sans fin avait raison de l'infirmité du corps.

Saint Jérôme au désert. Jacopo Bassano. XVIe.

Il fit ainsi pénitence pendant quatre ans, après quoi il revint à Bethléem, où il s'offrit à rester comme un animal domestique auprès de la crèche du Seigneur. Il relisait les ouvrages de sa bibliothèque qu'il avait rassemblée avec le plus grand soin, ainsi que d'autres livres ; et jeûnait jusqu'à la fin du jour. Il réunit autour de lui un grand nombre de disciples, et consacra quarante-cinq ans et six mois à traduire les Ecritures ; il demeura vierge jusqu'à la fin de sa vie. Bien que dans cette légende, il soit dit qu'il fut toujours vierge, il s'exprime cependant ainsi dans une lettre à Pammachius :
" Je porte la virginité dans le ciel, non pas que je l’aie."

Saint Jérôme remettant ses travaux à saint Damase.
Bible. Hainaut. XVe.

On recourait à lui de toutes parts comme à un oracle, dans les questions d'Ecriture sainte. Le Pape Damase, saint Augustin, le consultèrent souvent sur les endroits difficiles, à cause de sa science éminente et de la connaissance qu'il avait, non seulement des langues latine et grecque, mais aussi de l'hébreu et du chaldéen ; au témoignage du même saint Augustin, il avait lu presque tous les auteurs. La vigueur de ses écrits en faisait le fléau des hérétiques, tandis que son appui tut toujours assuré aux catholiques fidèles. Il traduisit de l'hébreu l'ancien Testament ; par ordre de Damase, il revisa le nouveau sur l'original grec ; il commenta une grande partie de l'Ecriture. Il traduisit encore en latin plusieurs savants ouvrages ; lui-même enrichit la science chrétienne d'autres monuments de son propre génie. Ce fut sous l'empire d'Honorius, qu'ayant atteint une vieillesse extrême, illustre autant par la sainteté que par la doctrine, il passa au ciel. Son corps, enseveli à Bethléhem, fut par la suite transporté à Rome dans la basilique de Sainte-Marie-de-la-Crèche.

Enfin sa faiblesse l’abattit au point que couché en son lit, il était réduit, pour se lever, à se tenir par les mains à une corde attachée à une poutre, afin de suivre comme il le pouvait, les offices du monastère.

Saint Jérôme écrivant. Préfaces de la Bible. Bourgogne. XVe.

Autrefois chacun chantait à l’église ce qu'il voulait mais l’empereur Théodose, d'après Jean Beleth (ch. XIX), pria le pape Damase de confier à quelque savant le soin de régler l’office ecclésiastique. Le pape qui savait saint Jérôme instruit à fond dans les langues grecque et hébraïque et dans toutes les sciences, le chargea de cette rédaction. Alors saint Jérôme partagea le psautier entre les féries et assigna à chacune d'elles un nocturne particulier ; il institua de chanter à la fin de chaque psaume le Gloria Patri, selon que le rapporte Sigebert. Ensuite il mit dans un ordre convenable les épîtres et les évangiles qu'on devait chanter dans tout le cours de l’année, enfin tout ce qui concerne l’office, excepté le chant.

De Bethléem il envoya son travail au souverain Pontife qui en fit de grands éloges ainsi que les cardinaux et qui en confirma l’usage pour la suite. Après quoi saint Jérôme se fit construire un tombeau à l’entrée de la grotte où Notre-Seigneur fut enseveli ; et ce fut là, après avoir accompli quatre-vingt-dix ans et six mois, qu'il reçut la sépulture.

Saint Jerôme avec sainte Paula de Rome, dont on fait aussi
la fête aujourd'hui, et sainte Eustochie. F. de Zurbaran. XVIIe.

On voit quel profond respect eut pour lui saint Augustin par les lettres qu'il lui adressa. Dans l’une d'elles, il lui écrit en ces termes :
" Au, seigneur très cher, et très honoré, et honorable ami Jérôme, Augustin, salut, etc."
Autre part, il écrit ainsi de lui :
" Le prêtre Jérôme, très versé dans le grec, le latin et l’hébreu, vécut jusqu'à une extrême vieillesse dans les saints lieux, se livrant à l’étude des saintes lettres. La sublimité de ses discours brille de l’Orient à l’Occident comme la lumière du soleil."
Saint Prosper en ses chroniques en parle ainsi :
" Jérôme, prêtre illustre dans le monde entier, habitait Bethléem, il rendit des services à l’église par son génie éminent et ses travaux."
Le saint parle aussi de soi-même en ces termes à Albigensis :
" Il n'y a rien que je n'aie évité avec soin dès mon enfance comme l’esprit d'orgueil et la fierté de caractère qui attirent la colère de Dieu."
Il dit autre part :
" J'ai de l’appréhension dans les choses qui paraissent certaines."
Plus loin :
" Dans le monastère, nous exerçons l’hospitalité de tout coeur ; tous ceux qui viennent à nous, excepté les hérétiques, nous les recevons avec un visage gai et nous leur lavons les pieds à leur arrivée."

Saint Jérôme. Murillo. XVIe.

Saint Isidore s'exprime ainsi dans son livre des Etymologies (Liv. VI) :
" Jérôme possédait trois langues ; son interprétation est préférée à celle des autres, parce qu'il saisit mieux la valeur des termes, et que ses expressions sont claires et nettes ; en outre, parce qu'il est chrétien, il est plus sûr."
Sévère Sulpice, disciple de saint Martin, dans un de ses dialogues, parle, en ces termes, de saint Jérôme, son contemporain :
" Saint Jérôme, indépendamment du mérite de sa foi et de ses vertus, était instruit dans le latin, le grec et même l’hébreu, à tel point que personne n'oserait se comparer à lui pour telle science que ce fût : ses combats et ses luttes contre les méchants étaient de tous les jours et de tous les instants : les hérétiques le haïrent parce que toujours il les attaqua ; les clercs le haïrent parce qu'il reprit leurs crimes et leur manière de vivre : mais les gens de bien, sans exception, ne cessent de l’admirer et de l’aimer. En effet, tous ceux qui le pensent hérétique sont des extravagants. Toujours occupé à lire, toujours au milieu des livres, il ne se repose ni le jour, ni, la nuit. Toujours ou bien il lit ou bien il écrit."

Saint Jérôme au désert avec son lion.
Bréviaire romain. Auvergne. XVe.

Ainsi qu'on peut s'en assurer par ce qu'il en dit lui-même, il eut à souffrir d'un grand nombre de persécuteurs et de détracteurs. Mais il supporta de bon coeur ces persécutions. C'est ce qu'il écrit à Asella :
" Je rends grâce à Dieu d'être digne de la haine du monde. On se moque de moi comme d'un malfaiteur ; mais je sais que, pour arriver au ciel, il faut supporter la bonne comme la mauvaise renommée. Plût à Dieu que, pour le nom de mon Seigneur et pour la justice, la foule entière des infidèles me poursuivît. Que le monde ne peut-il s'élever encore avec plus de fureur pour  m’avilir ! Je n'espère qu'une récompense : c'est de mériter les éloges de Notre Seigneur Jésus-Christ et la réalisation de ses promesses. Il est doux, il est bon d'être éprouvé, quand on peut en attendre la rémunération de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le ciel. Les malédictions ont beau être grandes, si elles sont compensées par les encouragements de Dieu."

Il mourut vers l’an du Seigneur 420.

Saint Jérôme écrivant inspiré par le Saint-Esprit.
Bible. Avranches. XIIIe.

PRIERE

" Vous complétez, illustre Saint, la brillante constellation des Docteurs au ciel de la sainte Eglise. Voici que se lèvent, au Cycle sacré, les derniers astres manquant encore à sa gloire. Déjà s'annonce l'aurore du jour éternel ; le Soleil de justice apparaîtra bientôt sur la vallée du jugement. Modèle de pénitence, enseignez-nous la crainte qui préserve ou répare, dirigez-nous dans les voies austères de l'expiation. Moine, historien de grands moines
(Paul ermite, Hilarion, Malch.) père des solitaires attirés comme vous en Ephrata par les parfums de la divine Enfance, maintenez l'esprit de travail et de prière en cet Ordre monastique dont plusieurs familles ont pris de vous leur nom. Fléau des hérétiques, attachez-nous à la foi Romaine ; zélateur du troupeau, préservez-nous des loups et des mercenaires ; vengeur de Marie, obtenez que fleurisse toujours plus sur terre l'angélique vertu.

Ô Jérôme, votre gloire participe surtout de la gloire de l'Agneau ouvrant pour les habitants des cieux le livre plein de mystères
(Apoc. V.). La clef de David (Ibid. III, 7.) vous fut aussi donnée pour ouvrir les sceaux multiples des Ecritures, et nous montrer Jésus enfermé sous la lettre (Hier. Epist. LIII, al. CIII, ad Paulinum.). C'est pourquoi l'Eglise de la terre chante aujourd'hui vos louanges, et vous présente à ses fils comme l'interprète officiel du Livre inspiré qui la conduit à ses destinées. En même temps que l'hommage de  l'Epouse et de la Mère, daignez agréer notre personnelle gratitude. Puisse le Seigneur, à votre prière, nous renouveler dans le respect et l'amour que mérite sa divine parole. Par vos mérites, puissent, autour du dépôt sacré, se multiplier les doctes et leurs recherches savantes. Mais que nul ne l'oublie : c'est à genoux qu'on doit écouter Dieu, si l'on veut le comprendre. Il s'impose, et ne se discute pas : bien qu'entre les interprétations diverses auxquelles peuvent donner lieu ses divins messages, il soit permis de chercher, sous le contrôle de son Eglise, à dégager la vraie ; bien qu'il soit louable d'en scruter sans fin les augustes profondeurs. Heureux qui vous suit dans ces études saintes ! Vous le disiez : " vivre au milieu de pareils trésors, s'y absorber, ne savoir, ne chercher rien autre, n'est-ce pas habiter déjà plus aux cieux qu'en terre ? Apprenons dans le temps ce dont la science doit nous demeurer toujours " (Hier. Epist. LIII, al. CIII, ad Paulinum.)."

Saint Jérôme soignant le lion.
Vies de Saints. Maître de Fauvel. XIVe.

LA LEGENDE DU LION DE SAINT JERÔME

Voici la légende de saint Jérôme qui explique poursuoi il est souvent représenté avec un lion :

Une fois, vers le soir, alors que saint Jérôme était assis avec ses frères pour écouter une lecture de piété, tout à coup un lion entra tout boitant dans le monastère. A sa vue, les frères prirent tous la fuite ; mais Jérôme s'avança au-devant de lui comme il l’eût fait pour un hôte. Le lion montra alors qu'il était blessé au pied, et Jérôme appela les frères en leur ordonnant de laver les pieds du lion et de chercher avec soin la place de la blessure. On découvrit que des ronces lui avaient déchiré la plante des pieds. Toute sorte de soins furent employés et le lion guéri, s'apprivoisa et resta avec la communauté comme un animal domestique. Mais Jérôme voyant que ce n'était pas tant pour guérir le pied du lion que pour l’utilité qu'on en pourrait retirer que le Seigneur le leur avait envoyé, de l’avis des frères, il lui confia le soin de mener lui-même au pâturage et d'y garder l’âne qu'on emploie à apporter du bois de la forêt. Ce qui se fit : car l’âne ayant été confié au lion, celui-ci, comme un pasteur habile, servait de compagnon à l’âne qui allait tous les jours aux champs, et il était son défenseur le plus vigilant durant qu'il paissait çà et là. Néanmoins, afin de prendre lui-même sa nourriture et pour que l’âne pût se livrer à son travail d'habitude, tous les jours, à des heures fixes, il revenait avec lui à la maison.

Saint Jérôme soignant le lion.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XVe.

Or, il arriva que comme l’âne était à paître, le lion s'étant endormi d'un profond sommeil, passèrent des marchands avec des chameaux : ils virent l’âne seul et l’emmenèrent au plus vite. A son réveil, le lion ne trouvant plus son compagnon, se mit à courir çà et là en rugissant. Enfin, ne le rencontrant pas, il s'en vint tout triste aux portes du monastère, et n'eut pas la hardiesse d'entrer comme il le faisait d'habitude, tant il était honteux. Les frères le voyant rentrer plus tard que de coutume et sans l’âne, crurent que, poussé par la faim, il avait mangé cette bête ; et ils ne voulurent pas lui donner sa pitance accoutumée, en lui disant :
" Va manger ce qui t'est resté de l’ânon, va assouvir ta gloutonnerie."

Saint Jérôme. Retable de saint Michel. Détail. Anonyme aragonais. XVe.

Cependant comme ils n'étaient pas certains qu'il eût commis cette mauvaise action, ils allèrent aux pâtures voir si, par hasard, ils ne rencontreraient pas un indice prouvant que l’âne était mort, et comme ils ne trouvèrent rien, ils vinrent raconter le tout à saint Jérôme. D'après les avis du saint, on chargea le lion de remplir la fonction de l’âne ; on alla couper du bois et on le lui mit sur le dos. Le lion supporta cela avec patience : mais un jour qu'il avait rempli sa tâche, il alla dans la campagne et se mit à courir çà et là, dans le désir de savoir ce qui était advenu de son compagnon, quand il vit venir au loin des marchands conduisant des chameaux chargés et un âne en avant. Car l’usage de ce pays est que quand on va au loin avec des chameaux, ceux-ci afin de pouvoir suivre une route plus directe, soient précédés par un âne qui les conduit au moyen d'une corde attachée à son cou. Le lion ayant reconnu l’âne, se précipita sur ces gens avec d'affreux rugissements et les mit tous en fuite. En proie à la colère, frappant avec force la terre de sa queue, il força les chameaux épouvantés d'aller par devant lui à l’étable du monastère, chargés comme ils l’étaient.

Saint Jérôme soignant le lion. Bréviaire à l'usage de Paris. XIVe.

Quand les frères virent cela, ils en informèrent saint Jérôme :
" Lavez, très chers frères, dit le saint, lavez les pieds de nos hôtes ; donnez-leur à manger et attendez là-dessus la volonté du Seigneur."
Alors le lion se mit à courir plein de joie dans le monastère comme il le faisait jadis, se prosternant aux pieds de chaque frère. Il paraissait, en folâtrant avec sa queue, demander grâce pour une faute qu'il n'avait pas commise. Saint Jérôme, qui savait ce qui allait arriver, dit aux frères :
" Allez, mes frères, préparer ce qu'il faut aux hôtes qui viennent ici."
Il parlait encore quand un messager annonça qu'à la porte se trouvaient des hôtes qui voulaient voir l’abbé. Celui-ci alla les trouver ; les marchands se jetèrent de suite à ses pieds, lui demandant pardon pour la faute dont ils s'étaient rendus coupables. L'abbé les fit relever avec bonté et leur commanda de reprendre leur bien et de ne pas voler celui des autres. Ils se mirent alors à prier saint Jérôme d'accepter la moitié de leur huile et de les bénir. Après bien des instances, ils contraignirent le saint à accepter leur offrande. Or, ils promirent de donner aux frères, chaque année, une pareille quantité, d'huile et d'imposer la même obligation à leurs héritiers.

Saint Jérôme. Le Caravage. XVIe.

Rq : On ira avec fruit la remarquable notice des Petits Bollandistes au tome XI, pages 559 et suivantes :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k307413.image.r=peti...

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jeudi, 29 septembre 2022

29 septembre. Saint Michel archange et tous les saints anges. 493.

- Saint Michel archange et tous les saints anges. 493*.

" Michael clarissima stella angelici ordinis."
Saint Clément d'Alexandrie.

" Si l'orgueil a été le principe de la rébellion et de la chute de Lucifer, l'humilité a fait de saint Michel le prince de la milice céleste et de la milice chrétienne."
M. l'abbé Martin. Panégyriques.

C’est à la tête de sa glorieuse armée qu'apparaît aujourd'hui l'Archange : Il y eut un grand combat dans le ciel ; Michel et ses Anges combattaient le dragon, et le dragon et ses anges combattaient contre lui (Apoc XII, 7.). Au VIe siècle, la dédicace des églises du mont Gargan et du Cirque romain sous le nom de saint Michel accrut la gloire de ce jour ; mais il ne fut choisi pour cet honneur, dont il garde à jamais le souvenir, qu'en raison de la fête plus ancienne déjà consacrée par Rome à cette date aux Vertus des cieux.

L'Orient, qui célèbre au six du présent mois l'apparition personnelle du vainqueur de Satan à Chône en Phrygie, renvoie au huit novembre, sous le titre qui suit, la solennité plus générale correspondant à la fête de ce jour : Synaxe de Michel, le prince de la milice, et des autres puissances incorporelles. Or, bien que ce terme de synaxe s'applique d'ordinaire aux assemblées liturgiques d'ici-bas, nous sommes avertis que, dans la circonstance, il exprime encore le ralliement des anges fidèles au cri de leur chef, leur union pour toujours affermie par la victoire (Menolog. Basilii.).

Quelles sont donc ces puissances des cieux dont la lutte mystérieuse ouvre l'histoire ? Les traditions de tous les peuples, aussi bien que l'autorité de nos Ecritures révélées, attestent leur existence. Si, en effet, nous interrogeons l'Eglise, elle nous enseigne qu'au commencement Dieu créa simultanément deux natures, la spirituelle et la corporelle, puis l'homme, unissant l'une et l'autre (Concil. Lateran. IV, cap. Firmitcr.). Ordre grandiose, graduant l'être et la vie du voisinage de la cause suprême aux confins du néant. De ces lointaines frontières, la création remonte vers Dieu par ces mêmes degrés.

Dieu, infini : sans limitation aucune, intelligence et amour. La créature, à jamais finie : mais s'élevant dans l'homme jusqu'à la raison discursive, dans l'ange jusqu'à l'intuition directe de la vérité ; dans chacun d'eux, reculant par la purification incessante dé son être initial les bornes provenant de l'imperfection de sa nature, pour arriver par plus de lumière à la perfection d'un plus grand amour.

Car Dieu seul est simple, de cette simplicité immuable et féconde qui est la perfection absolue excluant tout progrès : acte pur, en qui substance, puissance, opération, ne diffèrent pas. L'ange, si dégagé qu'il soit de la matière, n'échappe pas à la faiblesse native résultant pour tout être créé de la composition qui nous montre en lui l'action distincte de la puissance, et celle-ci de l'essence (St Thom. Aqu. Summ. theol. Ia P. qu. LIV, art. 1-3.). Autre encore est chez l'homme l'infirmité de sa nature mixte, avec les sens pour introducteurs obligés aux régions de l'intelligible !

Près de la notre, dit un des plus lumineux frères du Docteur angélique, " comme elle est tranquille et lumineuse la science des purs esprits ! Ils ne sont pas condamnés à ces pénibles chevauchées de la raison qui court après la vérité, compose, divise, et arrache péniblement les conclusions aux principes. Ils saisissent d'un seul coup d'œil toute la portée des vérités premières. Leur intuition est si prompte, si vive, si profonde qu'il leur est impossible d'être, comme nous, surpris par l'erreur. S'ils se trompent, c'est qu'ils le veulent bien. — La perfection de la volonté est en eux égale à la perfection de l'intelligence. Ils ne savent pas ce que c'est que d'être troublés par la violence des appétits. Leur amour ne les agite point. Tranquille et sagement mesurée comme leur amour est leur haine du mal. Une volonté ainsi dégagée ne peut connaître ni la perplexité des desseins, ni l'inconstance des résolutions. Tandis qu'il nous faut de longues et anxieuses méditations avant de nous décider, le propre des anges est de se fixer par un seul acte à l'objet de leur choix. Dieu leur a proposé comme à nous une béatitude infinie dans la vision de son essence, et pour les égaler à une si grande fin il leur a donné la grâce en même temps qu'il leur donnait l'être. En un instant ils ont dit oui ou non, en un instant ils ont librement déterminé leur sort (Monsabré, XVe conférence, Carême 1875.)."


Saint Michel. E. Delacroix. Eglise Saint-Sulpice. Paris.

Ne soyons point envieux. Par sa nature, l'ange nous est supérieur. A qui des anges pourtant fut-il dit jamais : Vous êtes mon fils (Heb. I, 5 ; ex Psalm. II, 7.) ? Le premier-né (Heb. I, 6.) n'a point choisi pour lui la nature des anges (Ibid. II, 16.). Sur terre, lui-même reconnut la subordination qui soumet dans le temps l'humaine faiblesse à ces purs esprits ; il reçut d'eux, comme ses frères dans la chair et le sang (Heb. II, 11-17.), notification des décrets divins (Dionys. Areop. De coelesti hierarchia, IV,4 ; ex Matth. II, 13-15, 19-21.), secours et réconfort (Luc. XXII, 43.) ; mais ce n'est point aux anges qu'est soumis le monde de l'éternité, dit l'Apôtre (Heb. II, 5.). Attrait de Dieu pour ce qu'il y a de plus faible, comment vous comprendre, sans l'humble acquiescement de la foi s'inclinant dans l'amour ? Vous fûtes, au jour du grand combat, l'écueil de Lucifer. Mais se re-evant de leur adoration joyeuse aux pieds de l'Enfant-Dieu, qui d'avance leur était montré sur le trône des genoux de Marie (Ibid. I, 6 ; ex Psalm. XCVI.), les Anges fidèles chantèrent : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté (Luc. II, 14.).

PRIERE

" Ô Christ, mon Christ, ainsi vous nomme l'Aigle d'Athènes (Dionys. De coelesti hierarchia, II, 5.) : l'Eglise, ravie, vous proclame en cette fête la beauté des saints Anges (Hymne des Laudes). Vous êtes l'humain et divin sommet d'où pureté, lumière, amour, s'épanchent sur la triple hiérarchie des neuf chœurs. Hiérarque suprême, unité des mondes, vous présidez aux mystères déifiants de la fête éternelle.

Séraphins embrasés, étincelants Chérubins, inébranlables Trônes ; noble cour du Très-Haut, possesseurs de la meilleure part : au témoignage du sublime Aréopagite, c'est dans une communion plus immédiate aux vertus du Sauveur (Dionys. ubi supra, VII, 2.) que s'alimentent votre justice, vos splendeurs et vos feux. De lui, par vous, déborde toute grâce sur la cité sainte.


Saint Michel. Gérard David. Retable sur bois. Vienne. XVe.

Dominations, Vertus, Puissances ; ordonnateurs souverains, moteurs premiers, régulateurs des mondes (St Thom. Aqu. Summ. theol. Ia P. qu. CVIII, art. 6 ; Contra Gent. III, 80.) : pour qui gouvernez-vous cet univers ?

Pour celui, sans nul doute, dont il est l'apanage : le Roi de gloire, l'Homme-Dieu, le Seigneur fort et puissant, le Seigneur des vertus (Psalm. XXIII.), anges, archanges, Principautés ; messagers, ambassadeurs, surintendants du ciel ici-bas : tous aussi, n'êtes-vous pas, au dire de l'Apôtre (Heb. I. 14.), les ministres du salut accompli sur terre par Jésus le Pontife des cieux ?

Nous aussi, parce même Jésus (Préface commune), Trinité sainte, nous vous glorifions avec ces trois augustes hiérarchies dont les neuf cercles immatériels entourent votre Majesté comme un multiple rempart. Tendre à vous et vous ramener toutes choses est leur commune loi. Purification, illumination, union : voies successives ou simultanées, par lesquelles leurs nobles essences, attirées vers Dieu, attirent celles qui les suivent. Sublimes esprits, c'est le regard en haut que vous agissez au-dessous de vous comme à l'entour. Pour vous et pour nous, puisez largement au foyer divin : purifiez-nous, non point seulement, hélas ! de l'involontaire défectuosité de notre nature ; éclairez-nous ; embrasez-nous des célestes flammes. Pour la même raison que Satan nous déteste, vous nous aimez; protégez contre l'ennemi commun la race du Verbe fait chair. Gardez-nous dignes d'occuper parmi vous les places laissées vides par ceux que perdit l'orgueil."


Le Mont-Saint-Michel. Bâti par des Bretons pour l'oraison,
les Normands en ont fait un centre commercial...

SÉQUENCE

Adam de Saint-Victor chante dans sa plénitude le mystère de ce jour :

" Empressée soit la louange ; que notre chœur, du fond de rame, chante en présence des citoyens des cieux : agréée sera-t-elle et convenable, cette louange, si la pureté des âmes qui chantent est à l'unisson de la mélodie.

Que Michaël soit célébré par tous ; que nul ne s'excommunie de la joie de ce jour : fortuné jour, où des saints Anges est rappelée la solennelle victoire !

L'ancien dragon est chassé, et son odieuse légion mise en fuite avec lui ; le troubleur est troublé à son tour, l'accusateur est précipité du sommet du ciel.

Sous l'égide de Michel, paix sur la terre,paix dans les cieux, allégresse et louange ; puissant et fort, il s'est levé pour le salut de tous, il sort triomphant du combat.

Banni des éternelles collines, le conseiller du crime parcourt les airs, dressant ses pièges, dardant ses poisons ; mais les Anges qui nous gardent réduisent à néant ses embûches.

Leurs trois distinctes hiérarchies sans cesse contemplent Dieu et sans cesse le célèbrent en leurs chants ; ni cette contemplation, ni cette perpétuelle harmonie ne font tort à leur incessant ministère.

Ô combien admirable est dans la céleste cité la charité des neuf chœurs ! Ils nous aiment et ils nous défendent, comme destinés à remplir leurs vides.

Entre les hommes, diverse est la grâce ici-bas ; entre les justes, divers seront les ordres dans la gloire au jour de la récompense. Autre est la beauté du soleil, autre celle de la lune ; et les étoiles diffèrent en leur clarté : ainsi sera la résurrection.

Que le vieil homme se renouvelle, que terrestre il s'adapte à la pureté des habitants des cieux : il doit leur être égal un jour ; bien que non pleinement pur encore, qu'il envisage ce qui l'attend.

Pour mériter le secours de ces glorieux esprits, vénérons-les dévotement, multipliant envers eux nos hommages ; un culte sincère rend Dieu favorable et associe aux Anges.

Taisons-nous des secrets du ciel, en haut cependant élevons et nos mains et nos âmes purifiées :

Ainsi daigne l'auguste sénat voir en nous ses cohéritiers ; ainsi puisse la divine grâce être célébrée par le concert de l'angélique et de l'humaine nature.

Au chef soit la gloire, aux membres l'harmonie ! Amen."


* Date de la dédicace de l'église Saint-Michel au mont Gargan.

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vendredi, 12 août 2022

12 août. Sainte Claire d'Assise, vierge et abbesse, institutrice des Pauvres Dames de l'ordre de Saint-François. 1253.

- Sainte Claire d'Assise, vierge et abbesse, institutrice des Pauvres Dames de l'ordre de Saint-François. 1253.

Pape : Innocent IV. Roi de France : Saint Louis. Roi de Castille : Alphonse X, le Sage. Roi d'Aragon : Jacques Ier, le Conquérant. Empereur d'Allemagne : Guillaume de Hollande.

" Une âme solide et vraiment pénétrée de la grandeur de ses destinées, est bien éloignée de mettre son bonheur à satisfaire sa sensualité."
Esprit de sainte Claire d'Assise.

Sainte Claire d'Assise. Piero Della Francesca. XVe.

L'année même où, préalablement à tout projet de réunir des fils, saint Dominique fondait le premier établissement des Sœurs de son Ordre, le compagnon destiné du ciel au père des Prêcheurs recevait du Crucifix de Saint-Damien sa mission par ces mots :
" Va, François, réparer ma maison qui tombe en ruines."
Et le nouveau patriarche inaugurait son œuvre en préparant, comme Dominique, à ses futures filles l'asile sacré où leur immolation obtiendrait toute grâce à l'Ordre puissant qu'il devait fonder. Sainte-Marie de la Portioncule, berceau des Mineurs, ne devait qu'après Saint-Damien, maison des Pauvres-Dames, occuper la pensée du séraphin d'Assise. Ainsi une deuxième fois dans ce mois, l'éternelle Sagesse veut-elle nous montrer que tout fruit de salut, qu'il semble provenir de la parole ou de l'action, procède premièrement de la contemplation silencieuse.

Sainte Claire fut pour saint François l'aide semblable à lui-même (Gen. II, 18.) dont la maternité engendra au Seigneur cette multitude d'héroïques vierges, d'illustres pénitentes, que l'Ordre séraphique compta bientôt sous toutes les latitudes, venant à lui des plus humbles conditions comme des marches du trône.

Dans la nouvelle chevalerie du Christ, la Pauvreté, que le père des Mineurs avait choisie pour Dame, était aussi la souveraine de celle que Dieu lui avait donnée pour émule et pour fille. Suivant jusqu'aux dernières extrémités l'Homme-Dieu humilié et dénué pour nous, elle-même pourtant déjà se sentait reine avec ses sœurs au royaume des cieux (Regula Damianitarum, VIII.). Dans le petit nid de son dénûment, répétait-elle avec amour, quel joyau d'épouse égalerait jamais la conformité avec le Dieu sans nul bien que la plus pauvre des mères enserra tout petit de viles langes en une crèche étroite ! (Regula, II ; Vita S. Clarae coeva, II.).

Sainte Claire d'Assise reçoit une palme de l'évêque d'Assise
et l'instrument de la pénitence de saint François d'Assise.
Ecole allemande. XIVe.

Aussi la vit-on défendre intrépidement, contre les plus hautes interventions, ce privilège de la pauvreté absolue dont la demande avait fait tressaillir le grand Pape Innocent III, dont la confirmation définitive, obtenue l'avant-veille de la mort de la sainte, apparut comme la récompense ambitionnée de quarante années de prières et de souffrances pour l'Eglise de Dieu.

La noble fille d'Assise avait justifié la prophétie qui, soixante ans plus tôt, l'annonçait à sa pieuse mère Hortulana comme devant éclairer le monde ; bien inspiré avait été le choix du nom qu'on lui donnait à sa naissance (Clara claris praeclara meritis, magnas in cœlo claritate glorias ac in terra splendore miraculorum sublimium, clare claret, Bulla canonizationis.).

" Oh ! comme puissante fut cette clarté de la vierge, s'écrie dans la bulle de sa canonisation le Pontife suprême ! Comme pénétrants furent ses rayons ! Elle se cachait au plus profond du cloître, et son éclat, transperçant tout, remplissait la maison de Dieu." (Ibid.).

Sainte Claire d'Assise portant le Très Saint Sacrement.
Dessin. Anonyme français. XVIIe.

De sa pauvre solitude qu'elle ne quitta jamais, le nom seul de Claire semblait porter partout la grâce avec la lumière, et, pour Dieu et son père saint François, fécondait les cités les plus lointaines.

Vaste comme le monde, où se multipliait l'admirable lignée de sa virginité, son cœur de mère débordait d'ineffable tendresse pour ces filles qu'elle n'avait jamais vues. A ceux qui croient que l'austérité embrassée pour Dieu dessèche l'âme, citons ces lignes de sa correspondance avec la Bienheureuse Agnès de Bohême. Fille d'Ottocare Ier, Agnès avait répudié pour la bure d'impériales fiançailles et renouvelait à Prague les merveilles de Saint-Damien :
" Ô ma Mère et ma fille, lui disait notre sainte, si je ne vous ai pas écrit aussi souvent que l'eût désiré mon âme et la vôtre, n'en soyez point surprise : comme vous aimaient les entrailles de votre mère, ainsi je vous chéris ; mais rares sont les messagers, grands les périls des routes. Aujourd'hui que l'occasion m'en est présentée, mon allégresse est entière, et je me réjouis avec vous dans la joie du Saint-Esprit. Comme la première Agnès s'unit à l'Agneau immaculé, ainsi donc vous est-il donné, Ô fortunée, de jouir de cette union, étonnement des cieux, avec Celui dont le désir ravit toute âme, dont la bonté est toute douceur, dont la vision fait les bienheureux, lui la lumière de l'éternelle lumière, le miroir sans nulle tache ! Regardez-vous dans ce miroir, Ô Reine, Ô Epouse ! Sans cesse, à son reflet, relevez vos charmes ; au dehors, au dedans, ornez-vous des vertus, parez comme il convient la fille et l'épouse du Roi suprême : Ô bien-aimée, les yeux sur ce miroir, de quelles délices il vous sera donné de jouir en la divine grâce!... Souvenez-vous cependant de votre pauvre Mère, et sachez que pour moi j'ai gravé à jamais votre bienheureux souvenir en mon cœur." (S. Clarae ad B. Agnetem, Epist. IV.).

La famille franciscaine n'était pas seule à bénéficier d'une charité qui s'étendait à tous les nobles intérêts de ce monde. Assise, délivrée des lieutenants de Frédéric II et de la horde sarrasine à la solde de l'excommunié, comprenait quel rempart est une sainte pour sa patrie de la terre. Mais c'étaient surtout les princes de la sainte Eglise, c'était le Vicaire du Christ, que le ciel aimait à voir éprouver la puissance toute d'humilité, l'ascendant mystérieux dont il plaisait au Seigneur de douer son élue.

Stigmates de saint François et sainte Claire bénit une religieuse.
Détail d'un tryptique. Bonifazio Bembo. XVe.

Saint François, le premier, ne lui avait-il pas, dans un jour de crise comme en connaissent les saints, demandé direction et lumière pour son âme séraphique ? De la part des anciens d'Israël arrivaient à la vierge, qui n'avait pas trente ans alors, des messages de cette sorte :
" A sa très chère sœur en Jésus-Christ, à sa mère, Dame Claire servante du Christ, Hugolin d'Ostie, évêque indigne et pécheur.
Depuis l'heure où il a fallu me priver de vos saints entretiens, m'arracher à cette joie du ciel, une telle amertume de cœur fait couler mes larmes que, si je ne trouvais aux pieds de Jésus la consolation que ne refuse jamais son amour, mon esprit en arriverait à défaillir et mon âme à se fondre. Où est la glorieuse allégresse de cette Pâque célébrée en votre compagnie et en celle des autres servantes du Christ ?... Je me savais pécheur ; mais au souvenir de la suréminence de votre vertu, ma misère m'accable, et je me crois indigne de retrouver jamais cette conversation des saints, si vos larmes et vos prières n'obtiennent grâce pour mes péchés. Je vous remets donc mon âme ; à vous je confie mon esprit, pour que vous m'en répondiez au jour du jugement. Le Seigneur Pape doit venir prochainement à Assise ; puissé-je l'accompagner et vous revoir ! Saluez ma sœur Agnès (c'était la sœur même de Claire et sa première fille en Dieu) ; saluez toutes vos sœurs dans le Christ."
(Wadding, ad an. 1221.).

Le grand cardinal Hugolin, âgé de plus de quatre-vingts ans, devenait peu après Grégoire IX. Durant son pontificat de quatorze années, qui fut l'un des plus glorieux et des plus laborieux du XIIIe siècle, il ne cessa point d'intéresser Claire aux périls de l'Eglise et aux immenses soucis dont la charge menaçait d'écraser sa faiblesse. Car, dit l'historien contemporain de notre sainte, " il savait pertinemment ce que peut l'amour, et que l'accès du palais sacré est toujours libre aux vierges : à qui le Roi des cieux se donne lui-même, quelle demande pourrait être refusée " (Vita S. Clarae coaeva, III.) ?

Sainte Claire d'Assise. Carte marine. Lyon. XVIIe.

L'exil, qui après la mort de François s'était prolongé vingt-sept ans pour la sainte, devait pourtant finir enfin. Des ailes de feu, aperçues par ses filles au-dessus de sa tête et couvrant ses épaules, indiquaient qu'en elle aussi la formation séraphique était à son terme. A la nouvelle de l'imminence d'un tel départ intéressant toute l'Eglise, le Souverain Pontife d'alors, Innocent IV, était venu de Pérouse avec les cardinaux de sa suite. Il imposa une dernière épreuve à l'humilité de la sainte, en lui ordonnant de bénir devant lui les pains qu'on avait présentés à la bénédiction du Pontife suprême (Wadding, ad an. 1253, bien que le fait soit rapporté par d'autres au pontificat de Grégoire IX.) ; le ciel, ratifiant l'invitation du Pontife et l'obéissance de Claire au sujet de ces pains, fit qu'à la bénédiction  de la vierge, ils parurent tous marqués d'une croix.

La prédiction que Claire ne devait pas mourir sans avoir reçu la visite du Seigneur entouré de ses disciples, était accomplie. Le Vicaire de Jésus-Christ présida les solennelles funérailles qu'Assise voulut faire à celle qui était sa seconde gloire devant les hommes et devant Dieu. Déjà on commençait les chants ordinaires pour les morts, lorsqu'Innocent voulut prescrire qu'on substituât à l'Office des défunts celui des saintes vierges ; sur l'observation cependant qu'une canonisation semblable, avant que le corps n'eût même été confié à la terre, courrait risque de sembler prématurée, le Pontife laissa reprendre les chants accoutumés. L'insertion de la vierge au catalogue des Saints ne fut au reste différée que de deux ans.

Le mariage mystique de sainte Catherine d'Alexandrie.
Sainte Claire et saint François y sont reconnaissables.
Tryptique. Jacopo di Cione. XIVe.

La noble vierge Claire naquit à Assise en Ombrie, dans les Etats de l'Eglise. Tout comme saint François, d'une famille noble et riche dont presque tous les garçons avaient fait profession des armes, son père se nommait Favorino Sciffi et sa mère, Hortolana, était de l'antique maison de Fiumi.

Hortolana était une dame très pieuse qui entreprit par dévotion les pèlerinages de Jérusalem, de Saint-Michel au mont Gargan et de Saint-Pierre de Rome, et, après la mort de son mari, entra dans l'Ordre que sa fille avait fondé, où elle vécut et mourut en odeur de sainteté. Un jour qu'elle faisait ses prières devant un crucifix pour mériter l'assistance du ciel dans ses couches, elle entendit une voix qui lui disait :
" Ne craignez rien, Hortolana ; vous mettrez heureusement au jour une lumière qui éclairera tout le monde."
Cette voix fut cause qu'elle fit donner à sa fille, au baptême, le nom de Claire. Elle eut encore deux autres filles, Agnès et Béatrix, que nous verrons bientôt, à l'exemple de leur aînée, renoncer à toutes les choses de la terre pour se faire pauvres disciples de saint François.

L'enfance de Claire fut parfaitement innocente la grâce la prévint tellement, qu'on ne vit rien en elle de la pétulance ordinaire à cet âge. Elle était modeste, tranquille, docile, véridique en ses paroles, obéissante et toujours prête à prier Dieu et à s'acquitter des dévotions que sa mère lui prescrivait.

Lorsque la raison se fut développée, elle fit bientôt paraître qu'elle suivrait toujours le parti de la vertu le jeûne, l'aumône et l'oraison étaient ses plus chers exercices ; devenue plus grande, elle fut obligée, pour contenter ses parents, de s'habiller comme les personnes de son rang ; mais elle portait sous ses habits un petit cilice pour crucifier sa chair virginale.

Sainte Claire d'Assise. Missel romain. Touraine. XVIe.

Ses parents firent de vains efforts pour l'engager dans le mariage. Elle ne voulut point d'autre époux que Jésus-Christ. Avide d'entendre saint François d'Assise, elle put se procurer ce bonheur et en fut ravie. Elle désira même avoir une entrevue avec lui. L'ayant obtenue, elle vint le voir dans son petit couvent de la Portioncule, et lui découvrit les sentiments que Dieu imprimait dans son coeur. Le Saint la confirma dans le dessein de garder inviolablement sa pureté virginale et de quitter tous les biens de la terre pour n'avoir plus d'autre héritage que Jésus-Christ. Comme Claire lui rendit ensuite d'autres visites, il la forma de plus en plus selon son esprit de pénitence et de pauvreté, et lui fit concevoir la résolution de faire pour son sexe ce que lui-même avait fait pour les hommes.

Ainsi, l'an 1212, le jour des Rameaux, qui tombait au 19 mars, où l'on célèbre ordinairement la fête de saint Joseph, elle parut le matin dans l'église cathédrale d'Assise, avec ce qu'elle avait de joyaux et d'habits précieux ; elle se rendit le soir dans la petite église de la Portioncule, où, ayant été reçue avec une très grande joie par le saint patriarche et par ses religieux, qui avaient tous un cierge a la main, elle se dépouilla de tous ses ornements de vanité, donna ses cheveux à couper, et fut revêtue d'un sac et d'une corde comme des véritables livrées d'un Dieu pauvre, souffrant et humilié. Après une action si généreuse, le Saint, qui ne la pouvait pas retirer dans son couvent, et qui, d'ailleurs, n'avait pas encore de maison où il la pût loger en particulier, la conduisit chez les Bénédictines de Saint-Paul.

Sainte Claire d'Assise portant le Très Saint Sacrement.
Dessin. Ennemond Petitot. XVIIIe.

Lorsque cette résolution de Claire fut divulguée, chacun en parla selon son caprice. Les uns l'attribuaient à une légèreté de jeunesse, car elle n'avait encore que dix-huit ans les autres à une ferveur indiscrète et une dévotion mal réglée. Ses proches surtout en furent extrêmement irrités, et ils n'épargnèrent rien pour lui persuader de revenir au logis de son père et d'accepter une alliance avantageuse dont on lui avait déjà fait la proposition. Ils voulurent user de violence et la tirer par force de l'asile sacré où elle s'était réfugiée ; mais, pour leur ôter toute espérance de la revoir jamais dans le monde, elle leur fit voir ses cheveux coupés et s'attacha si fort aux ornements de l'autel, qu'on ne pouvait pas sans sacrilége et profanation l'en arracher. Ils cessèrent donc de la tourmenter, après plusieurs jours de poursuites, et saint François, qui veillait toujours à sa sanctification, la fit passer du monastère de Saint-Paul, où il l'avait mise, dans celui de Saint-Ange de Panso, aussi de l'Ordre de Saint-Benoît, qui était hors de ville.

Ce fut là que cette chère amante de Jésus, prosternée aux pieds de son Epoux, le pria instamment de lui donner pour compagne celle qu'il lui avait donnée pour soeur, savoir, la petite Agnès de Sciffi. Sa prière fut exaucée, et seize jours seulement après cette retraite, cette chère soeur sortit secrètement de la maison de ses parents et vint se rendre auprès de Claire, pour pratiquer avec elle les exercices de la pénitence et de la mortification, dont elle donnait de si rares exemples. Si la fuite de l'aînée avait si fort irrité leurs parents, celle de la cadette les offensa encore davantage.

Ils viennent au nombre de douze au monastère de Saint-Ange, et, comme Agnès refuse de les suivre, ils l'accablent de coups de pieds et de poings, la traînent par les cheveux et l'enlèvent de force, comme un lion ou un loup enlève une brebis après l'avoir saisie au milieu du bercail. Tout ce que peut faire cette innocente vierge, c'est de crier à sa soeur qu'elle ait pitié d'elle et qu'elle ne souffre pas un enlèvement si injuste. Claire se met en oraison, et aussitôt, par un grand miracle de la divine Providence, la petite Agnès, qu'on avait déjà emportée assez loin, devient si pesante et si immobile, que ces douze hommes ne peuvent la lever de terre ni la remuer.

La Sainte Famille adorée par saint François et sainte Claire.
Dessin. Carlo Bononi. XVIIIe.

De rage, Monalde, son oncle, veut la tuer mais il est saisi à l'heure même d'une si grande douleur au bras, qu'il ne peut presque plus se soutenir. Enfin, lorsqu'ils sont tous dans la confusion, Claire arrive et les oblige par ses remontrances de lui rendre sa chère soeur elle la ramène donc au monastère, et, peu de temps après, elle reçoit l'habit des mains de saint François, quoiqu'elle n'ait que quatorze ans. Il mit ensuite les deux soeurs dans une petite maison qui était contiguë à l'église de Saint-Damien.

Ce fut donc là proprement que commença l'Ordre des religieuses du Saint-François, comme celui des religieux avait commencé dans l'église de la Portioncule. Les deux soeurs eurent bientôt un grand nombre de compagnes car, l'odeur de la sainteté de la vierge Claire se répandant partout, beaucoup de femmes et de filles voulurent l'avoir pour leur mère. Les principales, outre Hortolana, sa mère, et Béatrix, sa dernière soeur, furent les vénérables dames Pacifique, Aimée, Christine, Agnès, Françoise, Bienvenue, Balbine, Benoîte, une autre Balbine, Philippa, Cécile et Luce, toutes excellentes religieuses et que Dieu a rendues illustres par des miracles, comme il est écrit au martyrologe des Saints de cet Ordre.

Claire fut d'abord établie leur supérieure par saint François, entre les mains duquel elles promirent toutes obéissance mais lorsqu'elle vit leur nombre augmenter, elle voulut se démettre de cette charge, aimant mieux servir Dieu dans l'humilité et la soumission, que commander à des filles qu'elle croyait plus vertueuses qu'elle mais le Saint, qui connaissait combien sa nouvelle plante profiterait par la culture d'une si sainte abbesse, la confirma pour toute sa vie dans son office la communauté applaudit à cette mesure car, bien qu'elle fût remplie d'excellents sujets qui ont même été employés à de nouveaux établissements, nulle néanmoins n'était si capable de gouverner que Claire, qui possédait éminemment l'esprit du bienheureux patriarche.

Sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Marguerite et sainte Claire.
Fresque. Chapelle Sainte-Claire. Eglise Saint-Sébastien.
Venanson. Comté de Nice. XIVe.

Aussi, bien loin de s'enorgueillir de sa prélature, elle ne s'en servit que pour s'humilier davantage. Elle était la première à pratiquer les exercices de mortification et de pénitence. Les emplois les plus bas étaient ceux qui lui semblaient les plus agréables. Elle donnait elle-même à laver à ses soeurs, et souvent, lorsqu'elles étaient à table, elle demeurait debout et les servait. Elle lavait aussi les pieds des filles de service qui venaient du dehors, et les baisait avec respect et humilité. Rien n'est si dégoûtant ni si contraire à la délicatesse des jeunes filles que les ministères qu'il faut rendre aux malades dans les infirmeries ; mais elle ne croyait pas que sa dignité de supérieure l'en dût exempter, et si elle députait quelques s?urs pour en avoir la charge, c'était à condition que souvent elles lui laissassent faire ce qui était plus difficile et dont les autres auraient eu plus d'aversion.

De cette grande humilité naissait dans son coeur un ardent amour pour la sainte pauvreté. La succession de son père lui étant échue au commencement de sa conversion, elle n'en retint rien pour elle-même, ni pour son monastère, mais la fit distribuer tout entière aux pauvres. Non seulement elle ne voulut point que sa maison possédât aucune rente et revenu, mais elle ne souffrait pas même qu'on y gardât de grandes provisions, se contentant de ce qui était nécessaire pour vivre chaque jour.

Elle aimait mieux que les frères qui quêtaient pour son monastère, apportassent des morceaux de pain déjà sec que des pains entiers. Enfin, tout son dessein était de ressembler à Jésus-Christ pauvre, qui n'a jamais rien possédé sur la terre, et qui, né tout nu dans une pauvre étable, est mort tout nu sur le pauvre lit de la croix. Elle obtint du pape Innocent III, le privilége de la pauvreté, c'est-à-dire le droit de s'établir sur le seul fondement de la charité des fidèles, avec l'excellente qualité de pauvre, comme un titre d'honneur et de gloire c'est pourquoi son Ordre est communément appelé l'Ordre des Pauvres Dames. Et lorsque le pape Grégoire IX, jugeant qu'une si grande pauvreté était trop rigoureuse pour des femmes, voulut la mitiger en les dispensant du v?u qu'elles en avaient fait et en leur donnant des rentes, elle remercia Sa Sainteté de cette offre, et la pria instamment de ne rien changer aux premières dispositions de son établissement ce qu'il lui accorda. Dieu a souvent justifié par des miracles cette conduite de sa servante, et fait voir qu'il veille au secours de ceux qui se confient en lui.

Sainte Claire d'Assise. Bréviaire franciscain. Savoie. XVe.

Un jour, il n'y avait qu'un pain assez médiocre dans le monastère, et le temps du dîner étant arrivé, elle ordonna à la s?ur dépensière d'en envoyer la moitié aux religieux qui les assistaient et de partager l'autre moitié en cinquante morceaux, pour autant de pauvres dames qui composaient alors sa communauté. La dépensière fit avec une obéissance aveugle ce qui lui était commandé, et, par une merveille surprenante, ces morceaux se grossirent tellement, qu'ils furent suffisants pour nourrir toutes les religieuses. Une autre fois, il n'y avait plus d'huile dans le monastère Claire prit un baril, le lava, et envoya chercher le frère quêteur, afin qu'il l'allât faire remplir d'huile par aumône. Il vint aussitôt, mais, au lieu de le trouver vide, il le trouva tout plein. Cela lui fit croire que les bonnes dames s'étaient voulu moquer de lui, et il s'en plaignit; mais il changea ses plaintes en admiration et en actions de grâces, lorsqu'on lui apprit qu'on avait mis le baril vide sur le tour, et que l'huile qu'il y avait vue était une huile miraculeuse.

Pour les austérités de notre Sainte, elle n'était vêtue que d'une vile tunique et d'un petit manteau de grosse étoffe et elle marchait toujours les pieds nus, sans socques ni sandales, couchait sur la dure, jeûnait toute l'année, excepté le dimanche, et souvent au pain et à l'eau. Elle gardait un perpétuel silence hors les devoirs indispensables de la nécessité et de la charité ; il est vrai que ces pratiques lui étaient communes avec ses soeurs. Mais quel rapport entre un corps délicat comme le sien et un vêtement de peau de porc, dont elle appliquait le côté velu et hérissé et les soies dures et piquantes sur sa chair, pour lui faire endurer un martyre continuel. Elle se servait aussi d'un cilice fait de crin de cheval, qu'elle serrait encore plus étroitement avec une corde de semblable tissure, armée de treize noeuds.

Son abstinence était si sévère, que ce qu'elle mangeait n'aurait pas été suffisant pour sa nourriture, si la vertu de Dieu ne l'eût soutenue. Pendant le grand Carême et celui de Saint-Martin, elle ne vivait que de pain et d'eau encore ne mangeait-elle point du tout les lundis, les mercredis et les vendredis. La terre nue, ou un tas de sarments de vigne, avec un morceau de bois pour oreiller, firent au commencement tout l'appareil de son lit ; depuis, se sentant trop faible, elle coucha sur un tapis de cuir et mit de la paille sous sa tête. Enfin, elle était tellement insatiable de peines et de souffrances, que saint François fut obligé de modérer cette ardeur et de la faire modérer par l'évoque d'Assise. Ils lui ordonnèrent donc de coucher sur une paillasse et de ne point passer de jour sans manger. Mais son repas des lundis, des mercredis et des vendredis, en Carême, se composait d'une once et demie de pain et d'une gorgée d'eau, qui servaient plutôt à irriter sa faim et sa soif qu'à les apaiser.

Sainte Claire d'Assise. Statue en bois de noyer. Bourgogne. XVe.

Comme elle était entièrement morte au monde, et qu'elle avait le coeur parfaitement pur, rien ne l'empêchait de vaquer à l'oraison et de s'occuper en tous temps et en tous lieux des grandeurs et des bontés de son Dieu. Son ordinaire était de passer plusieurs heures en prières après Complies, avec ses soeurs, devant le Saint-Sacrement, où elle répandait beaucoup de pleurs et excitait les autres à gémir et à soupirer par l'exemple de sa ferveur. Lorsqu'elles se retiraient pour aller prendre un peu de repos, elle demeurait encore constamment au choeur, pour y entendre, comme furtivement, dans la solitude, les mouvements secrets de l'Esprit de Dieu. Là, toute baignée dans ses larmes et prosternée contre terre, tantôt elle détestait ses offenses, tantôt elle implorait la divine miséricorde pour son peuple, tantôt elle déplorait les douleurs de Jésus-Christ, son bien-aimé.

Une nuit, l'ange des ténèbres lui apparut sous la figure d'un petit enfant tout noir et lui dit :
" Si tu ne mets fin à tes larmes, tu perdras bientôt la vue."
Et elle lui répondit sur-le-champ :
" Celui-là verra bien clair qui aura l'honneur de voir Dieu."
Ce qui obligea ce monstre de se retirer avec confusion.
Il revint néanmoins après Matines, et ajouta qu'à force de pleurs elle se rendrait malade. Mais elle le repoussa encore vigoureusement, lui disant que celui qui sert Dieu ne craint aucune incommodité.

On ne saurait décrire les faveurs qu'elle recevait dans ce saint exercice. Un jour, soeur Bienvenue, une de ses religieuses, aperçut durant ce temps un globe de feu qui se reposait sur sa tête et qui la rendait admirablement belle et lumineuse. Une autre fois, soeur Françoise vit sur ses genoux un enfant parfaitement beau, lui faisant de très aimables caresses. Malade, une nuit de Noël, il lui fut impossible de se lever pour aller à Matines cependant elle se mit en prières ; dans son pauvre lit, elle entendit distinctement tout l'office qui fut chanté par les religieux de saint François, dans l'église de Notre-Dame de la Portioncule, fort éloignée de son monastère et, ce qui est plus merveilleux, elle eut le bonheur de voir l'Enfant Jésus couché dans sa crèche.

Lorsqu'elle sortait de ses communications avec Dieu, ses paroles étaient toutes de feu, et elles répandaient une certaine onction qui gagnait et emportait les coeurs de tous ceux qui avaient le bonheur de l'entendre.

D'ailleurs, elle avait tant de crédit auprès de Dieu qu'elle obtenait aisément tout ce qu'elle lui demandait. Il n'en faut point d'autre preuve que ce qui arriva à l'égard de l'armée des Sarrasins que l'empereur Frédéric II, dans ses démêlés avec le Saint-Siège, envoya dépeupler le duché de Spolète, et qui vint pour assiéger la ville d'Assise et pour piller le couvent de Saint-Damien. Tout était à craindre, pour des femmes sans défense, de la part de Barbares sans pudeur ni religion. Dans un si grand sujet de terreur et d'effroi, elles coururent toutes à sainte Claire, qui était malade à l'infirmerie, comme les poussins courent sous les ailes de leur mère lorsqu'ils aperçoivent le milan qui vient fondre sur eux.

Sainte Claire bénissant ses religieuses lors de l'attaque des
Sarrasins, que l'empereur prévaricateur Frédéric II avait
envoyé pour ravager les Etats de l'Eglise. Anonyme français. XVIIe.

Elle leur dit de ne rien craindre, et, dans la confiance dont elle était remplie, elle se traîna le mieux qu'elle put, soutenue par leurs bras, à la porte du couvent, où elle fit mettre devant elle le très-saint Sacrement renfermé dans un ciboire d'argent et dans une boîte d'ivoire. Là, se prosternant devant son souverain Seigneur, elle lui dit les larmes aux yeux :
" Souffrirez-vous, mon Dieu, que vos servantes faibles et sans défense, que j'ai nourries du lait de votre amour, tombent entre les mains des infidèles ? Je ne puis plus les garder, mais je vous les remets entre les mains, et je vous supplie de les protéger dans une extrémité si terrible et si pressante."
A peine eut-elle achevé ces mots, qu'elle entendit une petite voix, comme d'un enfant, qui lui répondit :
" Je vous garderai toujours."
Alors, se sentant plus hardie, elle ajouta :
" Permettez-moi, mon Seigneur, d'implorer aussi votre miséricorde et votre secours pour la ville d'Assise, qui nous nourrit de ses aumônes.
- Elle souffrira plusieurs dommages, répondit le Sauveur, mais j'empêcherai qu'elle soit prise."

Après des réponses si avantageuses, la Sainte leva la tête et dit à ses filles :
" Je vous donne ma parole, mes soeurs, que vous n'aurez point de mal seulement confiez-vous en Dieu."

Les Sarrasins avaient déjà escaladé le monastère, et quelques-uns étaient entrés dans le cloître mais, à l'instant même où cette prière fut achevée, ils furent saisis d'une terreur panique, remontèrent précipitamment les mêmes murs et laissèrent les servantes de Dieu en paix, et, peu de temps après, ils levèrent le siége d'Assise et quittèrent entièrement l'Ombrie.

La même ville était une autre fois extrêmement pressée par Vital d'Averse, capitaine de l'armée impériale il avait juré de ne point s'en retourner qu'il ne l'eût emportée de force, ou qu'elle ne se fût rendue à discrétion. La Sainte, touchée de ce malheur, assembla toutes ses filles et leur remontra que ce serait une ingratitude à elles, si, après avoir reçu tant de charités des habitants d'Assise, elles n'employaient tout ce qu'elles avaient de crédit auprès de Dieu pour obtenir la délivrance de cette ville. Elle fit donc venir de la cendre, s'en couvrit la tête la première et en couvrit ensuite la tête à toutes les autres, puis, en cet état, elles pressèrent si efficacement la bonté de Dieu de regarder cette ville d'un oeil de pitié et de miséricorde, que la nuit même toute l'armée de ce nouvel Holopherne fut mise en déroute, et, obligé lui-même de se retirer avec confusion, il mourut peu de temps après d'une mort violente, juste punition de son orgueil.

Sainte Claire d'Assise. Bréviaire romain. Auvergne. XVe.

La dévotion de sainte Claire envers le Très Saint Sacrement était admirable. Dans ses plus grandes maladies, elle se faisait mettre sur son séant, afin de travailler à des corporaux pour les paroisses des environs d'Assise. Elle faisait aussi des corporaliers de soie ou de pourpre, et, quoiqu'elle aimât souverainement la pauvreté, elle ne laissait pas d'employer les plus riches étoffes lorsqu'il était question de faire quelque ornement pour la célébration de ce grand mystère.

Elle communiait toute baignée de larmes n'ayant pas moins de respect pour son Dieu renfermé sous les voiles du Sacrement que pour lui-même tonnant dans les cieux et gouvernant tout le monde visible et invisible. Elle sentait aussi une tendresse extrême pour le mystère de la Passion et pour les plaies de son Sauveur crucifié, qu'elle contemplait avec une ardeur et un amour qui né se peuvent exprimer. Un jour, elle fut tellement abîmée dans la considération des bontés de son Dieu mourant qu'elle demeura en extase depuis le jeudi saint jusqu'à la nuit du samedi saint. Le démon, ne pouvant souffrir cette affection pour un mystère dont il a tant d'horreur, lui donna une fois un soufflet qui lui ensanglanta l'oeil et lui rendit la joue toute livide ; mais la Sainte n'en fit que rire et eut une joie extrême de souffrir du démon même ce que son Sauveur a souffert de l'un de ses ministres dans la maison de Caïphe.

Sainte Claire d'Assise. Estampes. Pellerin imprimeur. Epinal. XIXe.

Elle fit de grands miracles par la vertu du signe de la croix. Surtout elle guérit par ce moyen un nommé Etienne, malade de fièvre chaude, que saint François lui avait envoyé et elle rendit la santé à plusieurs de ses filles affligées de diverses infirmités. Un jour, un enfant lui ayant été amené, dont l'oeil était tout défiguré, elle le fit conduire à la bienheureuse Hortolana, sa mère, afin qu'elle fît elle-même ce signe salutaire sur son oeil ; cela fut si efficace, que l'enfant reçut la guérison en même temps.

Comme elle était extrêmement affamée du pain de la parole de Dieu, elle écoutait avec joie les prédicateurs qui la distribuaient dans son Eglise et ayant ouï dire que le Pape avait défendu aux religieux de son Ordre d'aller chez les religieuses sans sa permission, elle renvoya aussi ceux qui faisaient la quête, disant qu'il n'était pas raisonnable d'avoir des religieux qui apportassent le pain matériel et de n'en point avoir qui apportassent le pain spirituel, ce qui fit que Sa Sainteté révoqua aussitôt cette défense.

Elle donnait des instructions admirables à ses filles elle leur apprenait à mépriser les demandes importunes et les feintes nécessités du corps, à retenir leur langue et à garder soigneusement le silence intérieur et extérieur ; à se détacher de l'affection de leurs parents, et à mettre leur inclination et leur amour en Jésus-Christ seul ; à secouer toutes sortes de paresse et de négligence, et à faire continuellement succéder l'oraison au travail. Quelque sévère qu'elle fût à elle-même, et quelque soin qu'elle eût que sa règle fût inviolablement observée, elle était néanmoins pleine de compassion et de bonté pour ses soeurs, et elle avait un soin extrême de tous leurs besoins corporels. Aussi ne vit-on jamais de communauté plus unie que la sienne, ni de religieuses plus affectionnées à leur supérieure que ses filles l'étaient envers elle.

Sainte Claire d'Assise recevant le corps de
saint François au couvent de Sainte-Marie-des-Anges.
Léon Bénouville. France. XIXe.

Enfin, il plut à Notre-Seigneur de contenter les désirs de son Epouse, qui demandait, avec une ardeur incroyable, de jouir de lui dans l'éternité bienheureuse. Il y avait déjà quarante-deux ans qu'elle était dans la pratique fidèle et assidue de tous les exercices de la religion, sans que plusieurs maladies violentes, qu'elle avait endurées durant vingt-huit ou trente ans, eussent arraché de sa bouche un mot de plainte et de murmure, ni eussent été capables de diminuer le feu de son zèle et de sa charité.

Elle avait aussi prédit, il y avait deux ans, qu'elle ne mourrait point avant que le Seigneur ne fût venu la visiter avec ses disciples. Le temps donc de sa récompense étant arrivé, le pape Innocent IV, qui avait une estime extraordinaire pour sa vertu et qui l'aimait parfaitement en Jésus-Christ comme la plus fidèle Epouse que cet aimable Sauveur eût sur la terre, revint de Lyon à Pérouse avec le collége sacré des cardinaux. Il apprit, dans cette ville, que Claire était dangereusement malade, et qu'il y avait beaucoup d'apparence que sa fin était proche. Il se transporta au plus tôt à Assise, avec sa cour, et dans son couvent de Saint-Damien, accompagné de ses cardinaux, comme Notre-Seigneur de ses disciples, il lui donna sa bénédiction apostolique avec l'indulgence plénière de tous ses péchés, que cette âme déjà toute céleste lui demanda avec grande instance et reçut avec une très profonde humilité.

Elle avait reçu le même jour le saint Viatique des mains du provincial des Mineurs, et, lorsqu'on le lui avait administré, on avait vu, dans la sainte hostie, un enfant d'une beauté inestimable, avec un globe de feu au dessus.

Lorsque Sa Sainteté fut retirée, sainte Claire, toute baignée de larmes, les mains jointes et les yeux levés vers le ciel, dit à ses soeurs :
" Rendez grâces à Dieu, mes chères filles, de ce que j'ai eu aujourd'hui un honneur que le ciel et la terre ne pourraient jamais payer, ayant été si heureuse que de recevoir mon Sauveur, et d'être visitée de son vicaire."
Sa soeur Agnès la pria de ne la point laisser sur la terre, mais de l'emmener avec elle dans le ciel :
" Ton heure n'est pas encore venue, répondit-elle, mais réjouis-toi, car elle n'est pas nëe, et, avant de mourir, tu recevras de ton Epoux bien-aimé une grande consolation."
La chose arriva selon cette prédiction.

Sainte Claire d'Assise. Fresque. Détail.
Basilique Sainte-Ckaire. Assise. Ombrie. XIIIe.

Ses religieuses ne l'abandonnèrent point, et ne se mettaient point en peine ni de manger, ni de dormir, pourvu qu'elles perdissent pas une parole d'une mère si chère et d'une si sainte amante du Sauveur. A l'exemple de saint François, elle dicta un testament, non pas pour léguer à ses flles des biens temporels dont elle était entièrement dépourvue, mais pour leur léguer la sainte pauvreté et le parfait dépouillement de toutes choses, qui est un plus grand trésor que tous les biens de ce monde.

Frère Regnault s'étant approché de son lit pour lui faire une petite exhortation sur les avantages de la patience, elle lui dit, avec une force héroïque, que, depuis que Notre-Seigneur l'avait appelée à son service par le moyen de son ami saint François, nulle peine, par sa grâce, ne lui avait été fâcheuse, nulle pénitence difficile, et nulle maladie désagréable. Plusieurs cardinaux et plusieurs évêques la visitèrent en particulier et, ce qui est merveilleux, bien qu'il lui fût impossible de rien prendre, ce qui dura dix-sept jours, on vit toujours en elle une présence d'esprit et une vigueur extraordinaires elle reçut ces prélats avec toute la piété et la dévotion que demandait l'honneur de leur visite, et elle exhortait même à la piété tous ceux qui l'approchaient, de même que si elle eût joui d'une parfaite santé.

Elle fut encore assistée, dans cette extrémité, par frère Junipère, frère Ange et frère Léon, trois excellents compagnons de saint François, lesquels, mêlant leurs flammes avec celles de la Sainte, en firent un brasier d'amour qui ne se peut exprimer.

Enfin Claire, étant près de mourir, parla elle-même à son âme et lui dit :
" Sors hardiment, mon âme, ne crains rien, tu as un bon guide et un bon sauf-conduit. Sors, dis-je, hardiment ; car celui qui t'a créée, qui t'a sanctifiée, et qui t'a aimée comme une mère aime sa fille, est lui-même disposé à te recevoir."
Puis adressant la parole à son Sauveur, elle lui dit :
" Et vous, mon Seigneur et mon Dieu, qui m'avez donné l'être et la vie, soyez béni."


Au même instant Notre-Seigneur lui apparut, avec une compagnie bienheureuse de vierges couronnées de fleurs d'une beauté et d'une odeur sans pareilles ; l'une d'elles, dont la couronne était fermée, et rendait plus de lumière que le soleil (c'était la très sainte Vierge Marie), s'approcha d'elle pour l'embrasser. Les autres à l'envi étendirent sur son corps un tapis d'une étoffe inestimable, et, pendant cette action, dont elle fit part à ses soeurs, son âme toute pure s'envola dans le sein de la Divinité, pour y posséder éternellement son souverain bonheur.

Ce fut l'an 1253, le onzième jour du mois d'août, qui est le lendemain de la fête de saint Laurent, bien que l'on ait remis la sienne au 12, où l'on fit son enterrement.

Sainte Claire d'Assise. Lorenzo d'Alessandro. XVe.

Le bruit de ce bienheureux décès étant divulgué, toute la ville d'Assise, pour ainsi dire, accourut au monastère de Saint-Damien afin d'y voir le corps qui avait logé une âme si sainte. Le Pape même, assisté des cardinaux, s'y transporta pour être présent à ses funérailles. Les religieux de l'Ordre de Saint-François v furent aussi appelés pour chanter l'office : ils commencèrent à entonner celui des morts mais le Pape les arrêta et leur dit qu'il fallait chanter l'office d'une sainte Vierge, comme la voulant canoniser avant qu'elle fut inhumée, et cela eût été fait si le cardinal d'Ostie n'eût fait observer à Sa Sainteté que dans une affaire de cette importance il fallait toujours prendre du temps pour la décider. Ce même cardinal fit l'oraison funèbre, où, après avoir montré la vanité de toutes les choses du monde, il releva avec beaucoup de force et d'éloquence le mérite de cette Sainte.

Au reste, quoique sainte Claire ne soit point sortie durant sa vie de son monastère de Saint-Damien, son Ordre néanmoins s'est étendu dès son vivant en plusieurs endroits de l'Europe, et elle a envoyé quelques-unes de ses filles en divers lieux pour fonder de nouveaux monastères. Il s'est depuis multiplié jusqu'à l'infini, et s'est partagé en diverses branches, dont les unes se sont maintenues inviolablement dans l'ancienne observance, ou l'ont reprise par la réforme de sainte Colette, et retiennent le premier nom de Pauvres-Dames de Sainte-Claire ; d'autres, qui ont dégénéré de la grande pauvreté du premier institut, en prenant des rentes par la permission du pape Urbain IV, sont nommées Urbanistes ; d'autres, qui ont ajouté aux unes ou aux autres quelques constitutions particulières, sont appelées ou Capucines, ou de la Conception, ou Annonciades, ou Récollettes, ou Cordelières. Il y avait de tous ces Ordres ensemble près de quatre mille couvents et près de cent mille religieuses dans les années 1900 *.

Le nombre des saintes qu'ils ont données à l'Eglise ne peut se compter. Surtout, l'on ne pouvait assez admirer l'austérité des religieuses de l'Ave Maria de Paris, qui vivaient dans un corps comme si elles n'en eussent point, et qui étaient sur la terre comme si elles eussent été déjà entièrement séparées de la terre. Cette communauté n'existe plus depuis la révolution, et la maison est devenue une caserne.

On représente sainte Claire d'Assise ordinairement au pied du très-saint sacrement de l'autel quelquefois avec saint François d'Assise, ravis tous les deux en extase pendant qu'ils s'entretenaient ensemble en diverses circonstances devant un pape, soit lorsqu'elle refuse la dispense de l'étroite pauvreté dont elle avait fait profession, soit lorsque, bénissant la table au réfectoire par ordre du souverain Pontife, il arriva que tous les pains se trouvèrent marqués d'une croix, soit quand le Pape voulut se charger de lui donner le viatique, et assister solennellement à ses obsèques avec les cardinaux.

Sainte Claire d'Assise. Faïence. Manufacture des Fauchiers.
Sèvres. France. XVIIIe.

CULTE ET RELIQUES

Son corps fut inhumé à Assise, au couvent de Saint-Georges, que le pape Grégoire IX lui avait donné, et où celui de saint François avait aussi été transporté, afin qu'ils fussent plus en
sûreté et moins exposés aux courses et aux insultes des ennemis. Il s'y fit aussitôt un si grand nombre de miracles par l'intercession de la Sainte, que le pape Alexandre IV, successeur d'Innocent, ne fit point de difnculte de la canoniser deux ans seulement après son décès (1253).

Depuis 1260, ses dépouilles sacrées ont été transférées dans une église bâtie en son honneur, qui lui fut dédiée en 1266, en présence du pape Clément IV. Elles restèrent là, non pas exposées à la vénération des fidèles, mais inhumées. Après cinq cents ans, c'est-à-dire le 23 août 1850, on résolut de tirer ce saint corps de l'obscurité du tombeau. On fit les fouilles nécessaires à cet effet on le découvrit la tombe fut ouverte avec toute la pompe qui convenait à une si grande fête. et les ossements reconnus juridiquement. Ils étaient conservés entiers, et non pulvérisés, malgré l'humidité du caveau ; on les mit dans une châsse, à l'exception d'une côte, la plus rapprochée dn coeur destinée au souverain Pontife, et des fragments réservés pour les Clarisses de France (23 septembre 1850). Plusieurs miracles furent opérés en cette occasion. Le réduit obscur où avaient reposé pendant des siècles les reliques de sainte Claire, fut changé en une église souterraine.

Le voile de sainte Claire est conservé en entier au couvent de Florence, et Dieu s'en sert encore pour opérer plusieurs miracles, particulièrement en faveur des enfants tombés en léthargie.

Sainte Claire d'Assise. Huile sur bois.
Jan Provost. Bourgogne. XVe-XVIe.

PRIERE

" Ô Claire, le reflet de l'Epoux dont l'Eglise se pare en ce monde ne vous suffit plus ; c'est directement que vous vient la lumière. La clarté du Seigneur se joue avec délices dans le cristal de votre âme si pure, accroissant l’allégresse du ciel, donnant joie en ce jour à la vallée d'exil. Céleste phare dont l'éclat est si doux, éclairez nos ténèbres. Puissions nous avec vous, par la netteté du cœur, par la droiture de la pensée, par la simplicité du regard, affermir sur nous le rayon divin qui vacille dans l'âme hésitante et s'obscurcit de nos troubles, qu'écarte ou brise la duplicité d'une vie partagée entre Dieu et la terre.

Votre vie, Ô vierge, ne fut pas ainsi divisée. La très haute pauvreté, que vous eûtes pour maîtresse et pour guide, préservait votre esprit de cette fascination de la frivolité qui ternit l'éclat des vrais biens pour nous mortels
(Sap. IV, 12.). Le détachement de tout ce qui passe maintenait votre œil fixé vers les éternelles réalités ; il ouvrait votre âme aux ardeurs séraphiques qui devaient achever de faire de vous l'émule de François votre père. Aussi, comme celle des Séraphins qui n'ont que pour Dieu de regards, votre action sur terre était immense ; et Saint-Damien, tandis que vous vécûtes, fut une des fermes bases sur lesquelles le monde vieilli put étayer ses ruines.

Daignez nous continuer votre secours. Multipliez vos filles, et maintenez-les fidèles à suivre les exemples qui feront d'elles, comme de leur mère, le soutien puissant de l'Eglise. Que la famille franciscaine en ses diverses branches s'échauffe toujours à vos rayons ; que tout l'Ordre religieux s'illumine à leur suave clarté. Brillez enfin sur tous, Ô Claire, pour nous montrer ce que valent cette vie qui passe et l'autre qui ne doit pas finir."

Sainte Claire d'Assise. Volet intérieur d'un tryptique.
Ecole flamande. XVIe.

* A ce point, doit-on préciser que ces ordres, pas plus que l'immense majorité des ordres religieux hélas, n'ont pas résisté à l'ouragan révolutionnaire libéral et moderniste qui a vu l'Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ être éclipsée ? Doit-on, entre autres épouvantables profanations, rappeler les réunions d'Asssise de 1987 et de 2002, lors desquelles le chef de la secte conciliaire prétendument catholique convoqua un grand nombre de fausses religions - lesquelles adorent des démons -, au prétexte, insultant pour Notre Seigneur Jésus-Christ, d'un faux oecuménisme ? Doit-on rappeler que chacune de ces rencontres furent suivies d'un violent tremblement de terre qui ruina et dégrada nombre de saints lieux de la ville d'Assise ?

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vendredi, 05 août 2022

5 août. Notre-Dame des Neiges, dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure. 366.

- Notre-Dame des Neiges, dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure. 366.

" La neige la plus pure n'est qu'un emblème imparfait de la pureté virginale de la très-sainte Virge Marie."
Sophrom. epise., de Assumpt. B. M. V.


Fresque du couronnement de la très-sainte Vierge Marie. Détail.
Basilique Sainte-Marie-Majeure. Rome.

Rome, que Pierre, au premier de ce mois, a délivrée de la servitude, offre un spectacle admirable au monde. Sagesse, qui depuis la glorieuse Pentecôte avez parcouru la terre, en quel lieu fut-il vrai à ce point de chanter que vous avez foulé de vos pieds victorieux les hauteurs superbes (Eccli. XXIV, 8-11.) ? Rome idolâtre avait sur sept collines étalé son faste et bâti les temples de ses faux dieux ; sept églises apparaissent comme les points culminants sur lesquels Rome purifiée appuie sa base désormais véritablement éternelle.

Or cependant, par leur site même, les basiliques de Pierre et de Paul, celles de Laurent et de Sébastien, placées aux quatre angles extérieurs de la cité des Césars, rappellent le long siège poursuivi trois siècles autour de l'ancienne Rome et durant lequel la nouvelle fut fondée. Hélène et son fils Constantin, reprenant le travail des fondations de la Ville sainte, en ont conduit plus avant les tranchées ; toutefois l'église de Sainte-Croix-en-Jérusalem, celle du Sauveur au Latran, qui furent leur œuvre plus spéciale, n'en restent pas moins encore au seuil de la ville forte du paganisme, près de ses portes et s'appuyant aux remparts : tel le soldat qui, prenant pied dans une forteresse redoutable, investie longtemps, n'avance qu'à pas comptés , surveillant et la brèche qui vient de lui donner passage, et le dédale des voies inconnues qui s'ouvrent devant lui.


Façade de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Rome.

Qui plantera le drapeau de Sion au centre de Babylone ? Qui forcera l'ennemi dans ses dernières retraites, et chassant les idoles vaincues, fera son palais de leurs temples ? Ô vous à qui fut dite la parole du Très-Haut : Vous êtes mon Fils, je vous donnerai les nations en héritage (Psalm. II.) ; Ô très puissant, aux flèches aiguës renversant les phalanges (Psalm. XLIV.), écoutez l'appel que tous les échos de la terre rachetée vous renvoient eux-mêmes : Dans votre beauté, marchez au triomphe, et régnez (Ibid.) Mais le Fils du Très-Haut a aussi une mère ici-bas ; le chant du Psalmiste, en l'appelant au triomphe, exalte aussi la reine qui se tient à sa droite en son vêtement d'or (Ibid.) : si de son Père il tient toute puissance (Matth. XXVIII, 18.), de son unique mère il entend recevoir sa couronne (Cant. III, 11.), et lui laisse en retour les dépouilles des forts (Psalm. LXVII, 13 ; Isai. LIII, 12.). Filles de la nouvelle Sion, sortez donc, et voyez le roi Salomon sous le diadème dont l'a couronné sa mère au jour joyeux où, prenant par elle possession de la capitale du monde, il épousa la gentilité (Cant. III, 11.).

Jour, en effet, plein d'allégresse que celui où Marie pour Jésus revendiqua son droit de souveraine et d'héritière du sol romain ! A l'orient, au plus haut sommet de la Ville éternelle, elle apparut littéralement en ce matin béni comme l'aurore qui se lève, belle comme la lune illuminant les nuits, plus puissante que le soleil d'août surpris de la voir à la fois tempérer ses ardeurs et doubler l'éclat de ses feux par son manteau de neige, terrible aussi plus qu'une armée (Cant. VI, 9.) ; car, à dater de ce jour, osant ce que n'avaient tenté apôtres ni martyrs, ce dont Jésus même n'avait point voulu sans elle prendre pour lui l'honneur, elle dépossède de leurs trônes usurpés les divinités de l'Olympe. Comme il convenait, l'altière Junon, dont l’autel déshonorait l'Esquilin, la fausse reine de ces dieux du mensonge fuit la première à l'aspect de Marie, cédant les splendides colonnes de son sanctuaire souillé à la seule vraie impératrice de la terre et des deux.


Arrière de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Rome.

Quarante années avaient passé depuis ces temps de Silvestre où " l'image du Sauveur, tracée sur les murs du Latran, apparut pour la première fois, dit l'Eglise, au peuple romain " (Lectiones IIi Noct. in Dedic. basilicae Salvatoris.). Rome, encore à demi païenne, voit aujourd'hui se manifester la Mère du Sauveur; sous la vertu du très pur symbole qui frappe au dehors ses yeux surpris, elle sent s'apaiser les ardeurs funestes qui firent d'elle le fléau des nations dont maintenant elle aussi doit être la mère, et c'est dans l'émotion d'une jeunesse renouvelée qu'elle voit les souillures d'autrefois céder la place sur ses collines au blanc vêtement qui révèle l'Epouse (Apoc. XIX, 7-8.).

Déjà, et dès les temps de la prédication apostolique, les élus que le Seigneur, malgré sa résistance homicide, recueillait nombreux dans son sein, connaissaient Marie, et lui rendaient à cet âge du martyre des hommages qu'aucune autre créature ne reçut jamais: témoin, aux catacombes, ces fresques primitives où Notre-Dame, soit seule, soit portant l'Enfant-Dieu, toujours assise, reçoit de son siège d'honneur, la louange, les messages, la prière ou lès dons des prophètes, des archanges et des rois (Cimetières de Priscille, de Néréc et Achillée, etc.). Déjà dans la région transtibérine, au lieu où sous Auguste avait jailli l'huile mystérieuse annonçant la venue de l'oint du Seigneur, Calliste élevait vers l'an 222 une église à celle qui demeure à jamais le véritable fons olei, la source d'où sort le Christ et s'écoule avec lui toute onction et toute grâce. La basilique que Libère, aimé de Notre-Dame, eut la gloire d'élever sur l'Esquilin, ne fut donc pas le plus ancien monument dédié par les chrétiens de Rome à la Mère de Dieu ; la primauté qu'elle prit dès l'abord, et conserva entre les églises de la Ville et du monde consacrées à Marie, lui fut acquise par les circonstances aussi solennelles que prodigieuses de ses origines.
 
PRIERE
 
" Es-tu entré dans les trésors de la neige, dans mes réserves contre l'ennemi pour le jour du combat ? Disait à Job le Seigneur (Job. XXXVIII, 22-23.). Au cinq août donc, pour continuer d'emprunter leur langage aux Ecritures (Eccli. XLIII, 14-15,19-20.), à l’ordre d'en haut, les trésors s'ouvrirent, et la neige s envolant comme l'oiseau précipita son arrivée, et sa venue fut le signal soudain des jugements du ciel contre les dieux des nations. La tour de David (Cant. IV, 4.) domine maintenant les tours de la cité terrestre ; inexpugnable en la position qu'elle a conquise, elle n'arrêtera qu'avec la prise du dernier fort ennemi ses sorties victorieuses. Qu'ils seront beaux vos pas dans ces expéditions guerrières, Ô fille du prince (Cant. VII, 1.), Ô reine dont l'étendard, par la volonté de votre Fils adoré, doit flotter sur toute terre enlevée à la puissance du serpent maudit ! L'ignominieuse déesse qu'un seul de vos regards a renversée de son piédestal impur, laisse Rome encore déshonorée par la présence de trop de vains simulacres.
 
 
Ô notre blanche triomphatrice, aux acclamations des nations délivrées, prenez la voie fameuse qu'ont suivie tant de triomphateurs aux mains rougies du sang des peuples ; traînant à votre char les démons démasqués enfin, montez à la citadelle du polythéisme, et que la douce église de Sainte-Marie in Ara cœli remplace au Capitole le temple odieux de Jupiter. Vesta, Minerve, Cérès, Proserpine, voient leurs sanctuaires et leurs bois sacrés prendre à l'envi le titre et les livrées de la libératrice dont leur fabuleuse histoire offrit au monde d'informes traits, mêlés à trop de souillures. Le Panthéon, devenu désert, aspire au jour où toute noblesse et toute magnificence seront pour lui dépassées par le nom nouveau qui lui sera donné de Sainte-Marie-des-Martyrs. Au triomphe de votre Assomption dans les cieux, quel préambule, Ô notre souveraine, que ce triomphe sur terre dont le présent jour ouvre pour vous la marche glorieuse !"

La basilique de Sainte-Marie-des-Neiges, appelée aussi de Libère son fondateur, ou de Sixte troisième du nom qui la restaura, dut à ce dernier de devenir le monument de la divine maternité proclamée à Ephèse ; le nom de Sainte-Marie-Mère, qu'elle reçut à cette occasion, fut complété sous Théodore Ier (642-649), qui l'enrichit de sa relique la plus insigne, par celui de Sainte-Marie de la Crèche : nobles appellations que résume toutes celle de Sainte-Marie Majeure, amplement justifiée par les faits que nous avons rapportés, la dévotion universelle, et la prééminence effective que lui maintinrent toujours les Pontifes romains.


Fresque du couronnement de la très-sainte Vierge Marie.
Dôme de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Rome.

La dernière dans l'ordre du temps parmi les sept églises sur lesquelles Rome chrétienne est fondée, elle ne cédait le pas au moyen âge qu'à celle du Sauveur ; dans la procession de la grande Litanie au 25 avril, les anciens Ordres romains assignent à la Croix de Sainte-Marie sa place entre la Croix de Saint-Pierre au-dessous d'elle et celle de Latran qui la suit (Museum italicum : Joann. Diac. Lib. de Eccl. Lateran. XVI, de episcopis et cardinal, per patriarchatus dispositis ; romani Ordin. XI, XII.). Les importantes et nombreuses Stations liturgiques indiquées à la basilique de l'Esquilin, témoignent assez de la piété romaine et catholique à son endroit. Elle eut l'honneur de voir célébrer des conciles en ses murs et élire les vicaires de Jésus-Christ ; durant un temps ceux-ci l'habitèrent, et c'était la coutume qu'aux mercredis des Quatre-Temps, où la Station reste toujours fixée dans son enceinte, ils y publiassent les noms des Cardinaux Diacres ou Prêtres qu'ils avaient résolu de créer (Paulus de Angelis, Basilicae S. Mariœ Maj. descriptio, VI, v.).

Quant à la solennité anniversaire de sa Dédicace, objet de la fête présente, on ne peut douter qu'elle n'ait été célébrée de bonne heure sur l'Esquilin. Elle n'était pas encore universelle en l'Eglise, au XIIIe siècle ; Grégoire IX en effet, dans la bulle de canonisation de saint Dominique qui était passé le six août de la terre au ciel, anticipe sa fête au cinq de ce mois comme étant libre encore, à la différence du six occupé déjà, comme nous le verrons demain, par un autre objet. Ce fut seulement Paul IV qui, en 1558, fixa définitivement au quatre août la fête du fondateur des Frères Prêcheurs ; or la raison qu'il en donne est que la fête de Sainte-Marie-des-Neiges, s'étant depuis généralisée et prenant le pas sur la première, aurait pu nuire dans la religion des fidèles à l'honneur dû au saint patriarche, si la fête de celui-ci continuait d'être assignée au même jour (Pauli IV Const. Gloriosus in Sanctis suis.). Le bréviaire de saint Pie V promulguait peu après pour le monde entier l'Office dont voici la Légende.

Sous le pontificat du Pape Libère, Ie patrice romain Jean et son épouse d'égale noblesse, n'ayant point eu d'enfants auxquels ils pussent laisser leurs biens après eux, vouèrent leur héritage à la très sainte Vierge Mère de Dieu, la suppliant par de ferventes et assidues prières de signifier en quelque manière l'œuvre pie à laquelle elle préférait qu'on employât cet argent. La bienheureuse Vierge Marie, écoutant avec bonté ces prières et ces vœux partis du cœur, y répondit par un miracle.


Fresque de l'Epiphanie. Basilique Sainte-Marie-Majeure. Rome.

Aux nones d'août, époque habituelle pour Rome des plus grandes chaleurs, la neige couvrit de nuit une partie de la colline Esquiline. Cette même nuit, la Mère de Dieu donnait en songe avis à Jean et à son épouse, séparément, qu'ils eussent à construire au lieu qu'ils verraient couvert de neige une église qui serait consacrée sous le nom de la Vierge Marie : ainsi voulait-elle être instituée leur héritière. Jean l'ayant fait savoir au Pape Libère, celui-ci déclara avoir eu la même vision.

Solennellement accompagné des prêtres et du peuple, il vint donc à la colline couverte de neige, et y détermina l'emplacement de l'église qui fut élevée aux frais de Jean et de son épouse. Sixte III la restaura plus tard. On l'appela d'abord de divers noms, basilique de Libère, Sainte-Marie de la Crèche. Mais de nombreuses églises ayant été bâties dans la Ville sous le nom de la sainte Vierge Marie, pour que la basilique qui l'emportait sur les autres de même nom en dignité et par l'éclat de sa miraculeuse origine, fût aussi distinguée par l'excellence de son titre, on la désigna sous celui d'église de Sainte-Marie- Majeure. On célèbre la solennité anniversaire de sa dédicace en souvenir du miracle de la neige tombée en ce jour.


Monument du Pape Paul V. Chapelle Borghese.
Basilique Sainte-Marie-Majeure. Rome.
 
PRIERE

" Quels souvenirs, Ô Marie, ravive en nous cette fête de votre basilique Majeure ! Et quelle plus digne louange, quelle meilleure prière pourrions-nous vous offrir aujourd'hui que de rappeler, en vous suppliant de les renouveler et de les confirmer à jamais, les grâces reçues par nous dans son enceinte bénie ? N'est-ce pas à son ombre, qu'unis à notre mère l'Eglise en dépit des distances, nous avons goûté les plus douces et les plus triomphantes émotions du Cycle inclinant maintenant vers son terme ?

C'est là qu'au premier dimanche de l'Avent a commencé l'année, comme dans " le lieu le plus convenable pour saluer l'approche du divin Enfantement qui devait réjouir le ciel et la terre, et montrer le sublime prodige de la fécondité d'une Vierge " (Temps de l'Avent). Débordantes de désir étaient nos âmes en la Vigile sainte qui, dès le matin, nous conviait dans la radieuse basilique " où la Rose mystique allait s'épanouir enfin et répandre son divin parfum. Reine de toutes les nombreuses églises que la dévotion romaine a dédiées à la Mère de Dieu, elle s'élevait devant nous resplendissante de marbre et d'or, mais surtout heureuse de posséder en son sein, avec le portrait de la Vierge Mère peint par saint Luc, l'humble et glorieuse Crèche que les impénétrables décrets du Seigneur ont enlevée à Bethléhem pour la confier à sa garde. Durant la nuit fortunée, un peuple immense se pressait dans ses murs, attendant l'heureux instant où ce touchant monument de l'amour et des abaissements d'un Dieu apparaîtrait porté sur les épaules des ministres sacrés, comme une arche de nouvelle alliance, dont la vue rassure le pécheur et fait palpiter le cœur du juste " (Le Temps de Noël).
 

Tombeau de saint Pie V. Détail. Chapelle Sixtine.
Basilique Sainte-Marie-Majeure. Rome.

Hélas ! Quelques mois écoulés à peine nous retrouvaient dans le noble sanctuaire, " compatissant cette fois aux douleurs de notre Mère dans l'attente du sacrifice qui se préparait " (La Passion ; Station du Mercredi saint). Mais bientôt, quelles allégresses nouvelles dans l'auguste basilique !
" Rome faisait hommage delà solennité pascale à celle qui, plus que toute créature, eut droit d'en ressentir les joies, et pour les angoisses que son cœur maternel avait endurées, et pour sa fidélité à conserver la foi de la résurrection durant les cruelles heures que son divin Fils dut passer dans l'humiliation du tombeau." ( Le Temps Pascal, t. I,p. 185.).

Eclatant comme la neige qui vint du ciel marquer le lieu de votre prédilection sur terre, Ô Marie, un blanc troupeau de nouveau-nés sortis des eaux formait votre cour gracieuse et rehaussait le triomphe de ce grand jour. Faites qu'en eux comme en nous tous, ô Mère, les affections soient toujours pures comme le marbre blanc des colonnes de votre église aimée, la charité resplendissante comme l’or qui brille à ses lambris, les œuvres lumineuses comme le cierge de la Pâque, symbole du Christ vainqueur de la mort et vous faisant hommage de ses premiers feux.
"