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mardi, 16 janvier 2018

16 janvier. Saint Marcel Ier, pape et martyr. 304 à 310.

- Saint Marcel Ier, pape et martyr. 308-309.

Papes : Saint Marcelin (prédécesseur, +304, puis vacance jusqu'au début de l'année 308) ; Saint Eusèbe Ier (successeur).  Empereur romain à Rome : Maxence. Empereur romain d'Occident : Licinius. Empereur romain d'Orient : Galère.

" Cette vie me plait, mais elle trompe."
Saint Honorat, évêque d'Arles et fondateur de l'abbaye de Lérins. Il est fêté aussi ce 16 janvier.


Saint Marcel Ier. Missel à l'usage de Saint-Didier d'Avignon. XIVe.
 
Marcellus vient de arcens malum a se, qui éloigne le mal de soi, ou de maria percellens, qui frappe la mer, c'est-à-dire qui éloigne et foule aux pieds les adversités du monde, le monde étant comparé à la mer ; car, comme dit saint Jean Chrysostome sur saint Mathieu : " Sur la mer, il y a un bruit confus, une crainte continuelle, l’image de la mort, une véhémence infatigable des eaux, et une agitation constante ".
 
Au glorieux Pape et Martyr Hygin, vient s'adjoindre sur le Cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au Chef invisible de l'Eglise ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des Mages, ils ont offert leur vie en don à l'Emmanuel.

Marcel a gouverné l'Eglise à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le Labarum des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme jusqu'au sang, et méritera d'être associé à Etienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l'Enfant divin. Il soutiendra la majesté du Pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s'enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son Vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethléhem, où elle mit au monde un humble enfant : aujourd'hui, l'empire de cet enfant a dépassé les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater. Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l'Eglise.

Romain d'origine, Marcel fut choisi le 21 mai 308, pour succéder à saint Marcellin, martyrisé deux mois auparavant. (Il siégea sous le règne de Maxence, cinq ans, six mois et vingt-et-un jours.)
 

Saint Marcel Baptisant. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Devenu Pape, saint Marcel n'oublia point les exemples de vertus et de courage de son prédécesseur. Il obtint d'une pieuse matrone nommée Priscille, un endroit favorable pour y rétablir les catacombes nouvelles, et pour pouvoir y célébrer les divins mystères à l'abri des profanations des païens. Les vingt-cinq titres de la ville de Rome furent érigés en autant de paroisses distinctes, afin que les secours de la religion fussent plus facilement distribués aux fidèles. A la faveur d'une trève dans la persécution, Marcel s'efforça de rétablir la discipline que les troubles précédents avaient altérée. Sa juste sévérité pour les chrétiens qui avaient apostasié durant la persécution lui attira beaucoup de difficultés.

L'Église subissait alors la plus violente des dix persécutions. Dioclétien venait d'abdiquer en 305, après avoir divisé ses États en quatre parties, dont chacune avait à sa tête un César. Maxence, devenu César de Rome en 306, ne pouvait épargner le chef de l'Église universelle. L'activité du Saint Pontife pour la réorganisation du culte sacré au milieu de la persécution qui partout faisait rage, était aux yeux du cruel persécuteur, un grief de plus.

Maxence le fit arrêter par ses soldats et comparaître à son tribunal, où il lui ordonna de renoncer à sa charge et de sacrifier aux idoles. Mais ce fut en vain: saint Marcel répondit hardiment qu'il ne pouvait désister un poste où Dieu Lui-même l'avait placé et que la foi lui était plus chère que la vie. Le tyran, exaspéré par la résistance du Saint à ses promesses comme à ses menaces, le fit flageller cruellement. Il ne le condamna point pourtant à la mort ; pour humilier davantage l'Église et les fidèles, il l'astreignit à servir comme esclave dans les écuries impériales.


Saint Marcel Ier dans l'étable. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Richard de Montbaston. XIVe.

Le Pontife passa de longs jours dans cette dure captivité, ne cessant dans la prière et le jeûne, d'implorer la miséricorde du Seigneur. Après neuf mois de détention, les clercs de Rome qui avaient négocié secrètement son rachat avec les officiers subalternes, vinrent pendant la nuit et le délivrèrent. Une pieuse chrétienne nommée Lucine, qui depuis dix-neuf ans avait persévéré dans la viduité, donna asile au Pontife. Sa maison devint dès lors un titre paroissial de Rome, sous le nom de Marcel, où les fidèles se réunissaient en secret.

Maxence en fut informé, fit de nouveau arrêter Marcel, et le condamna une seconde fois à servir comme palefrenier dans un haras établi sur l'emplacement même de l'église. Saint Marcel, Pape, mourut au milieu de ces vils animaux, à peine vêtu d'un cilice. Il est le saint patron des palefrenier et des valets d'écuries. La bienheureuse Lucine l'ensevelit dans la catacombe de Priscille, sur la voie Salaria. Les reliques de ce Souverain Pontife reposent dans l'ancienne église de son nom, illustrée par son martyre, mais son chef, après avoir été conservé longtemps par l'abbaye de Cluny est toujours aujourd'hui au trésor de la cathédrale d'Autun. Il fut le dernier des Papes persécutés par le paganisme.


Vision et martyre de saint Marcel Ier. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Jacques de Besançon. XVe.
 
PRIERE

" Quelles furent vos pensées, Ô glorieux Marcel, lorsque l'impie dérision d'un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethléhem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n'est pas au-dessus du maître. Mais de l'ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du Siège Apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n'attendait plus qu'un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n'avait pas encore le secret de sa destinée.


Saint Marcel Ier. Missel romain. XIVe.

Comme l'Enfant de Bethléhem, Ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l'Eglise qui vous est toujours chère ; bénissez Rome qui visite avec tant d'amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d'être admis à faire leur cour au Roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l'orgueil, l'amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves."

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lundi, 15 janvier 2018

15 janvier. Saint Paul, premier ermite. 342.

- Saint Paul, premier ermite. 342.
 
Pape : Saint Jules Ier. Empereur romain d'Occident : Constant Ier. Empereur romain d'Orient : Constance II.

" Le mien et le tien ; cette froide parole est la source de tous les maux de cette vie."
Saint Jean Chrysostome. Oratione de S. Philogonio.


Saint Paul ermite. Dans le ciel, le corbeau préposé par Dieu
lui apporte sa nourriture. Giuseppe de Ribeira. XVIIe.

L’Eglise honore aujourd'hui la mémoire d'un des hommes le plus spécialement choisis pour représenter la pensée de ce détachement sublime que l'exemple du Fils de Dieu, né dans une grotte, à Bethléhem. révéla au monde. L'ermite Paul a tant estimé la pauvreté de Jésus-Christ, qu'il s'est enfui au désert, loin de toute possession humaine et de toute convoitise. Une caverne pour habitation, un palmier pour sa nourriture et son vêtement, une fontaine pour y désaltérer sa soif, un pain journellement apporté du ciel par un corbeau pour prolonger cette vie merveilleuse : c'est ainsi que Paul servit, pendant soixante ans, étranger aux hommes, Celui qui n'avait pas trouvé de place dans la demeure des hommes, et qui fut contraint d'aller naître dans une étable abandonnée.

Mais Paul habitait avec Dieu dans sa grotte ; et en lui commence la race sublime des Anachorètes, qui, pour converser avec le Seigneur, ont renoncé à la société et même à la vue des hommes : anges terrestres dans lesquels a éclaté, pour l'instruction des siècles suivants, la puissance et la richesse du Dieu qui suffit lui seul aux besoins de sa créature. Admirons un tel prodige ; et considérons, avec reconnaissance, à quelle hauteur le mystère d'un Dieu incarné a pu élever la nature humaine tombée dans la servitude des sens, et tout enivrée de l'amour des biens terrestres.


Saint Paul et saint Antoine.
Très belles heures de Notre Dame de Jean de Berry. XVe.

N'allons pas croire cependant que cette vie de soixante ans passée au désert, cette contemplation surhumaine de l'objet de la béatitude éternelle, eussent désintéressé Paul de l'Eglise et de ses luttes glorieuses. Nul n'est assuré d'être dans la voie qui conduit à la vision et à la possession de Dieu, qu'autant qu'il se tient uni à l'Epouse que le Christ s'est choisie, et qu'il a établie pour être la colonne et le soutien de la vérité. (II Tim. III, 15.).

Or, parmi les enfants de l'Eglise, ceux qui doivent le plus étroitement se presser contre son sein maternel, sont les contemplatifs ; car ils parcourent des voies sublimes et ardues, où plusieurs ont rencontré le péril.


Saint Paul et saint Antoine s'entretenant au désert.
Maître des prélats bourguignon. XVe.

Du fond de sa grotte, Paul, éclairé d'une lumière supérieure, suivait les luttes de l'Eglise contre l'arianisine ; il se tenait uni aux défenseurs du Verbe consubstantiel au Père : et afin de montrer sa sympathie pour saint Athanase, le vaillant athlète de la foi, il pria saint Antoine, à qui il laissait sa tunique de feuilles de palmier, de l'ensevelir dans un manteau dont l'illustre patriarche d’Alexandrie, qui aimait tendrement le saint abbé, lui avait fait présent.

Le nom de Paul, père des Anachorètes, est donc enchaîné à celui d'Antoine, père des Cénobites ; les races fondées par ces deux apôtres de la solitude sont sœurs ; toutes deux émanent de Bethléhem comme d'une source commune. La même période du Cycle réunit, à un jour d'intervalle, les deux fidèles disciples de la crèche du Sauveur.


Saint Antoine cherchant saint Paul ermite et rencontrant le satyre.
Secrets de l'histoire naturelle. XIVe.

Paul, premier ermite, au témoignage de saint Jérôme qui a écrit sa vie, se retira, pendant la persécution violente de Dèce, dans un vaste désert où il demeura 60 ans, au fond d'une caverne, tout à fait inconnue des hommes. Ce Dèce, qui eut, deux noms, pourrait bien être Gallien qui commença à régner l’an du Seigneur 256.

Saint Paul voyant donc les chrétiens en butte à toutes sortes de supplices, s'enfuit au désert. A la même époque, en effet, deux jeunes chrétiens sont pris, l’un d'eux a tout le corps enduit de miel et est exposé sous l’ardeur du soleil aux piqûres des mouches, des insectes et des guêpes ; l’autre est mis sur un lit des plus mollets, placé dans un jardin charmant, où une douce température, le murmure des ruisseaux, le chant des oiseaux, l’odeur des fleurs étaient enivrants. Le jeune homme est attaché avec des cordes tissées de la couleur des fleurs, de sorte qu'il ne pouvait s'aider ni des mains, ni des pieds.
 
Vient une jouvencelle d'une exquise beauté, mais impudique, qui caresse impudiquement le jeune homme rempli de l’amour de Dieu. Or, comme il sentait dans sa chair des mouvements contraires à la raison, mais qu'il était privé d'armes, pour se soustraire à son ennemi, il se coupa la langue avec les dents et la cracha au visage de cette courtisane : il vainquit ainsi la tentation par la douleur, et mérita un trophée digne de louanges. Saint Paul effrayé par de pareils tourments et par d'autres encore, alla au désert.

Saint Antoine cherchant saint Paul ermite et rencontrant le satyre.
Livre des merveilles. Jean Mandeville. XVe.

Antoine se croyait alors le premier des moines qui vécût en ermite ; mais averti en songe qu'il y en a un meilleur que lui de beaucoup, lequel vivait dans un ermitage, il se mit à le chercher à travers les forêts ; il rencontra un hippocentaure cet être moitié homme, moitié cheval, lui indiqua qu'il fallait prendre à droite. Bientôt après, il rencontra un animal portant des fruits de palmier, dont la partie supérieure du corps avait la figure d'un homme et la partie inférieure, la forme d'une chèvre. Antoine le conjura de la part de Dieu de lui dire qui il était ; l’animal répondit qu'il était un satyre, le dieu des bois, d'après la croyance erronée des gentils. Enfin il rencontra un loup qui le conduisit à la cellule de saint Paul. Mais celui-ci ayant deviné que c'était Antoine qui venait, ferma sa porte. Alors Antoine le prie de lui ouvrir, l’assurant qu'il ire s'en ira pas de là, mais qu'il y mourra plutôt. Paul cède et lui ouvre, et aussitôt ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre en s'embrassant.


Saint Paul et saint Antoine tombent dans les bras l'un de l'autre.
Détail. Sano di Pietro. XVe.

Quand l’heure du repas fut arrivée, un corbeau apporta une double ration de pain : or, comme Antoine était dans l’admiration, Paul répondit que Dieu le servait tous les jours de la sorte, mais qu'il avait doublé la pitance en faveur de son hôte. Il y eut un pieux débat entre eux pour savoir qui était le plus digne de rompre ce pain : saint Paul voulait déférer cet honneur à son hôte et saint Antoine à son ancien. Enfin ils tiennent le pain chacun d'une main et le partagent égaleraient en deux. Saint Antoine, à son retour, était déjà près de sa cellule, quand il vit des anges portant l’âme de Paul, il s'empressa de revenir, et trouva le corps de Paul droit sur ses genoux fléchis, comme s'il priait ; en sorte qu'il le pensait vivant ; mais s'étant assuré qu'il était mort, il dit :
" Ô sainte âme, tu as montré par ta mort ce que tu étais dans ta vie."


La dépouille de saint Paul et saint Antoine.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Or, comme Antoine était dépourvu de ce qui était nécessaire pour creuser une fosse, voici venir deux lions qui en creusèrent une, puis s'en retournèrent à la forêt, après l’inhumation. Antoine prit à Paul sa tunique tissue avec da palmier, et il s'en revêtit dans la suite aux jours de solennité. Il mourut environ l’an 287.

XV DIE JANUARII

Nous donnons ici les trois strophes suivantes, consacrées par l'Eglise Grecque, dans ses Menées, à la louange du premier des Ermites :

" Quand, par l'inspiration divine, tu as abandonné avec sagesse, Ô Père, les sollicitudes de la vie pour embrasser les travaux de l'ascèse ; alors, enflammé de l'amour du Seigneur, plein de joie, tu t'es emparé du désert, laissant derrière toi les passions de l'homme, et poursuivant avec persévérance ce qu'il y a de meilleur, semblable à un Ange, tu as accompli ta vie.

Séparé volontairement de toute société humaine, dès ton adolescence, Ô Paul, notre père, tu as, le premier de tous, embrassé la complète solitude, dépassant tous les autres solitaires, et tu as été inconnu pendant toute ta vie : c'est pourquoi Antoine, par un mouvement divin, t'a découvert, toi qui étais comme caché, et il t'a manifesté à l'univers.

Livré, Ô Paul, à un genre de vie inaccoutumé sur la terre, tu as habité avec les bêtes, assisté du ministère d'un oiseau, par la volonté divine ; à cette vue, le grand Antoine stupéfait, au jour où il te découvrit, te célébra sans relâche, comme le Prophète et le Maître de tous comme un être divin."


Scènes de la vie de saint Paul ermite avec saint Antoine.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
PRIERE
 
" Vous contemplez maintenant dans sa gloire, Ô prince des Anachorètes, le Dieu dont vous avez médité, durant soixante années, la faiblesse et les abaissements volontaires ; votre conversation avec lui est éternelle. Pour cette caverne, qui fut le théâtre de votre pénitence, vous avez l'immensité des cieux ; pour cette tunique de feuilles de palmier, un vêtement de lumière ; pour ce pain matériel, l'éternel Pain de vie ; pour cette humble fontaine, la source de ces eaux qui jaillissent jusque dans l'éternité.

Dans votre isolement sublime, vous imitiez le silence du Fils de Dieu en Bethléhem ; maintenant, votre langue est déliée, et la louange s'échappe à jamais de votre bouche avec le cri de la félicité. Souvenez-vous cependant de cette terre dont vous n'avez connu que les déserts ; rappelez à l'Emmanuel qu'il ne l'a visitée que dans son amour, et faites descendre sur nous ses bénédictions. Obtenez-nous la grâce d'un parfait détachement des choses périssables, l'estime de la pauvreté, l'amour de la prière, et une continuelle aspiration vers la patrie céleste."

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dimanche, 14 janvier 2018

14 janvier. Saint Hilaire, évêque de Poitiers, docteur de l'Eglise, patron du diocèse de Poitiers. 368.

- Saint Hilaire, évêque de Poitiers, docteur de l'Eglise, patron du diocèse de Poitiers. 368.
 
Pape : Saint Damase Ier. Empereur romain d'Occident : Valentinien Ier. Empereur romain d'Orient : Valens.

" Se taire quand on doit parler est de la pusillanimité, non de la modestie."
Lib. contra Constantium.


Saint Hilaire de Poitiers. Grandes heures d'Etienne Chevalier.
Jean Fouquet. XVe.

Hilaire vient d'hilarité, parce qu'il servit Dieu avec un coeur plein de joie. Ou bien Hilaire vient de altus, haut, élevé, et arès vertu, parce qu'il fut élevé en science et en vertu, durant sa vie. Hilaire viendrait encore de hylè, qui veut dire matière primordiale, qui fut obscure, et en effet, dans ses oeuvres, il y a grande obscurité et profondeur.

Saint Hilaire naquit en Aquitaine seconde, qui " surpassait alors toutes les autres provonces gauloises en urbanité ". Son père se nommait Francaire et était d'une famille de grande noblesse. Il fut élevé dans le paganisme et ne se fit chrétien que dans l'âge mûr. Il mena une vie honnête et pure. Après la grâce de Dieu, l'étude de la philosophie puis de l'Ecriture sainte furent les causes de sa conversion :

" Je considérais que l'état le plus désirable, selon les sens, est le repos dans l'abondance, mais que ce bonheur est commun avec les bêtes. Je compris donc que le bonheur de l'homme devait être plus relevé, et je mettais dans la pratique de la vertu et dans la connaissance de la vérité. La vie présente n'étant qu'une suite de misères, il me parut que nous l'avions reçue pour exercer la patience, la modération, la douceur, et que Dieu, tout bon, ne nous avait point donner la vie pour nous rendre plus misérables en nous l'otant. 
Mon âme se portait donc avec ardeur à connaître ce Dieu, auteur de tout bien, car je voyais clairement l'absurdité de tout ce que les païens enseignaient touchant la divinité, la partageant entre plusieurs personnes, de l'un et de l'autre sexe, l'attribuant à des animaux, à des statues et à d'autres objets insensibles. Je reconnus qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul Dieu, éternel, tout-puissant, immuable."
 

Sacre de saint Hilaire. Vies de saints. J. de Monbaston. XIVe.

Le fait qu'il semble avoir reçu le baptême peu de temps avant l'épiscopat n'indique pas qu'il n'était pas chrétien bien avant. En effet, un usage en ce temps était de ne le recevoir que dans un âge avancé ou après une longue préparation. Il avait tellement peur de perdre le trésor de la foi qu'il ne fréquentait ni les Juifs ni les hérétiques. Plus tard par charité, cette auxiliaire indispensable à la foi, le porta à modifier, le cas échéant, cette attitude.

Saint Hilaire avait une femme dont la vertu était remarquable. Ils eurent une fille Abra, qu'il engagea à demeurer vierge et à vivre pour Notre Seigneur. En ce temps, il arrivait que l'on prît des clercs ches les hommes marié mais on es engageait à ne plus avoir de commerce avec elles, sous peine d'adultère. Il reçut l'épiscopat à la fin des années 340.

Saint Hilaire était tellement conscient de la dignité de l'épiscopat que lorsqu'il voulut représenter à l'empereur qu'il méritait à ses yeux une grande considération, il lui dit :
" Episcopus ego sum !"
" Je suis évêque !"
Il considérait l'évêque comme " le prince parfait de l'Eglise, lequel doit posséder dans leur perfection les plus grandes vertus ".
" Dans un évêque, l'innocence de la vie ne suffit pas sans la science, et sans la sainteté, la plus grande science ne suffit pas davantage ; en effet, comme il est institué pour l'utilité des autres, à quoi leur sert-il, s'il ne les instruit, et ses instructions ne seront-elles pas stériles, si elle ne sont pas d'accord avec sa vie ?"
D'un prêtre, il dit sans cesse :
" Qu'il orne sa vie en prêchant, qu'il orne sa prédication en vivant ; car innocent, il n'est utile qu'à lui-même s'il n'est pas savant, sa science n'a aucune autorité s'il n'est pas innocent."
 

Concile de Séleucie. Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Il commença sa prédication avec l'évangile de saint Matthieu car " le Nouveau Testament est caché dans l'ancien et l'Ancien Testament est manifesté dans le Nouveau ". Puis il continua par saint Jean pour affirmer la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C'est aussi, et surtout, par le combat contre les Ariens et le faible et tyrannique empereur Constance, que saint Hilaire mérita d'être le saint Athanase de l'Occident. Il entra dans le combat au moment du concile d'Arles (353), où l'empereur était présent, qui demanda aux évêques de souscrire aux hérésies ariennes. Paulin, évêque de Trèves, reffusa et fut exilé.

Plus tard dans la même année, dans un concile réunit à Milan, l'empereur fit renouveler ses admonestations et les assortit de l'ordre de condamner saint Athanase.

Il est difficile de savoir si notre saint assista à ce concile, mais, alors que les légat du pape saint Libère était exilés eux-aussi pour avoir refusé selon la mission que leur avait donner le Pontife suprême de signer cette condamnation, saint Hilaire fit parvenir à l'empereur son premier livre à Constance.
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En 356, les Ariens, emmenés par Saturnin d'Arles, convoquèrent un concile à Bézier. Saint Hilaire s'y rendit en vue de réfuter leurs erreurs. Mais Saturnin interdit qu'il fût entendu et envoya une fausse relation u concile à l'empereur. Saint Hilaire fut exilé en Phrygie avec saint Rodhane, évêque de Toulouse. De là, par ses écrits et ses ambassades, il poursuivit le gouvernement de son diocèse mais aussi son combat contre l'hérésie.
 

Saint Hilaire combattant les hérétiques. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Richard de Monbaston. XIVe.

C'est en cet exil qu'il composa son Traîté de la Trinité, afin de démasquer l'erreur et de défendre la vérité. Notre saint y prouve de la manière la plus ferme la consubstantialité du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Il y fait voir aussi que l'Arianisme ne peut être la vérité car cette doctrine n'a point été révélée à saint Pierre, dont la foi sera indéfectible car Jésus-Christ à prié précisément pour cela.

Pendant son exil, il se tint deux nouveaux conciles. L'un à Rimini, où les ignominies touchant à la vraie foi et l'autre à Séleucie (359). L'empereur ayant ordonnée que tous les évêques y fussent, saint Hilaire s'y trouva et put providentiellement s'opposer aux Ariens. Au point que ceux-ci furent même condamnés par les semi-Ariens.

A la suite, des points de désaccords grâves demeurant, on envoya une ambassade, à laquelle saint Hilaire se joignit, à Constantinople. Là les Ariens qui pulullaient trouvèrent l'occasion de tenir un nouveau concile qu'ils organisèrent à leur main (360). Saint Hilaire alors envoya une requête à Constance lui demandant, d'être confronté directement et publiquement à Saturnin d'Arles, l'auteur de son exil, et de conférer avec lui devant tout le concile de la vérité intégrale de la foi. Les Ariens persuadèrent à l'empereur de ne point accéder à ces requêtes et saint Hilaire fut renvoyé dans les Gaules et à son diocèse (360).

Sur le chemin, saint Hilaire aborda l'île de Gallinaria (aujourd'hui connue sous le nom d'Isoletta d'Albenga, qui n'était alors pas habitable par les hommes car elle était infestée de serpents venimeux. Lesquels serpents se retirèrent et disparurent dès que notre saint eût mis le pied sur l'île.


Saint Hilaire remettant les ordres mineurs à saint Martin. Marquet.
Cathédrale Saint-Gatien de Tours. XVIIe.

C'est de cette île que saint Martin, qui était déjà son disciple, l'alla chercher à Rome, sur la nouvelle qu'il était renvoyé dans les Gaules. Saint Martin manqua son maître mais le rejoignit bientôt sur la route et termina le voyage jusqu'à Poitiers avec saint Hilaire.

Saint Martin avait quitter le service militaire en 356, et c'est pour ne plus quitter saint Hilaire qu'il fonda le deuxième monastère des Gaules à Ligugé où il y passa 15 ans.

De son diocèse, saint Hilaire poursuivit son combat. Il restaura la vraie foi et remit de l'ordre dans des églises qui avaient beaucoup souffert des persécutions des Ariens. Il fut appelé bientôt " Sauveur et Père de la Patrie ".
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Clovis, quelque 150 ans plus tard, marchant au combat contre Alaric, roi des Goths, vit une grande lumière émaner de la basilique s'avancer vers lui et une voix lui dire de se hâter une fois qu'il aurait fait sa prière. Clovis comprit que saint Hilaire marcherait avec lui. La victoire fut acquise en trois heures et la défaite d'Alaric fut un désastre.

En 361, il rédigea un ouvrage destiné à Constance afin de l'exhorter avec vigueur à revenir sur ses errements et sur le soutien scandaleux qu'il donnait aux Ariens. La mrot de Constance cette même année ne lui permit pas de le lui adresser.

En 364, saint Hilaire passa en Italie où il retrouva entre autres saint Eusèbe de Verceil, pour continuer d'y combattre les hérétiques. une grande souffrance fut pour lui de voir Lucifer de Cagliari, qui avait été un intrépide défenseur de l'orthodoxie à ses côtés, faire un schisme avec quelques évêques. Contre le pape Damase, au motif qu'il trouvait trop légères les peines qu'encouraient les hérétiques et les voies de réintégration dans l'orthodoxie trop peu exigeantes.
 

Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers.

Saint Hilaire trouva à Milan l'usurpateur Auxence, Arien, contre lequel il écrivit d'ailleurs, après avoir obtenu une confrontation publique avec Auxence en présence de l'empereur qui se termina par la déroute de l'Arien, mais n'obtint que peu de résultat car la profession de foi que fut obligé de signer Auxence le fut en termes aussi équivoques que subtils.

L'empereur le renvoya alors à Poitiers où saint Hilaire s'éteignit le 13 janvier 368 après avoir poursuivit sans relâche le combat contre les hérétiques et le gouvernement de son diocèse.

Saint Hilaire, dont des reliques sont toujours conservées à Poitiers, mais aussi au Puy-en-Velay, est représenté en évêque, terrassant des serpents (ceux qui figurent ausssi bien les hérésies que les antichrist).

ORAISON

L'Eglise de Poitiers, toujours fidèle à la mémoire de son héroïque Pontife, célèbre sa fête avec une religion filiale. Pour honorer avec plus d'éclat le témoignage rendu par le grand Docteur des Gaules, au mystère qui fait la base du Christianisme tout entier, elle chante en ce jour, à la Messe, la Préface de la Sainte Trinité. Nous donnerons ici quelques pièces liturgiques empruntées aux anciens livres de cette illustre Eglise. Les Répons suivants sont tirés en partie de la Légende du Saint, rédigée par saint Venance Fortunat, l'un de ses plus illustres successeurs :

R/. Le bienheureux Hilaire, distingué au-dessus de tous par l'honneur de la naissance, plus éclatant encore par la pureté de son cœur,
Brillant comme l'étoile du matin, a paru au milieu des astres,
R/. Le bienheureux Hilaire, Evêque de la ville de Poitiers, sorti de la région d'Aquitaine,
Brillant comme l'étoile du matin, a paru au milieu des astres.

R/. Oh ! Qu'il fut parfait dans l'état de laïque ! Les prêtres mêmes eussent désiré être ses imitateurs.
L'occupation de sa vie n'était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l'aimer avec crainte,
V/. Ceux qui marchent sur ses traces, courent à la gloire ;
ceux qui s'en écartent, encourent la peine : au croyant la récompense ; à l'incrédule, les supplices. L'occupation de sa vie n'était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l'aimer avec crainte.

R/. Le très saint Hilaire fut donc exilé dans la Phrygie, contrée d'Asie, pour l'accroissement de sa vertu ;
Car plus il s'éloignait, pour l'amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s'approcher du ciel.
V/. Etant arrivé au lieu de ses désirs, nous devons célébrer les faveurs qui lui furent accordées.
Car plus il s'éloignait pour l'amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s'approcher du ciel.

R/. De retour de son exil, le saint Pontife Hilaire rentra dans Poitiers, au milieu de la joie et des applaudissements de tout son peuple ;
Car l'Eglise recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur,
V/. La perle des Prélats, il est rentré dans son héritage ; louons le Seigneur, et que le chœur des Anges aussi se réjouisse.
Car l'Eglise recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur.

HYMNE

De nos jours, l'Eglise de Poitiers chante en l'honneur de son grand Evoque ces deux Hymnes composées par le pieux Simon Gourdan, chanoine régulier de cette même abbaye de Saint-Victor de Paris, tant illustrée par les Séquences de son immortel Adam :

" Depuis le jour où l'Eglise, mère féconde de tant d'hommes illustres, réunit les Gaulois à son immense troupeau, quel homme parmi eux a été comparable à Hilaire ? Quel docteur a vengé avec plus de courage le Fils engendré par le Père ?

Célèbre, Ô peuple fidèle, les titres de gloire qui le recommandent, la dignité de son élocution, les qualités nombreuses qui brillèrent en lui ; mais son suprême honneur, c'est la foi, par laquelle il proclame hautement le Fils de Dieu.

La mitre qui brille sur son auguste front n'a pas été teinte de son sang ; mais sa vie a été en proie à mille épreuves ; ses fatigues incessantes ont compense pour lui l'honneur du martyre.

La foi de Nicée resplendit par les efforts d'un tel vengeur ; en vain la fureur des enfers s'efforce d'en renverser le Symbole ; Hilaire lance les éclairs de sa parole semblable à un glaive d'or ; il chasse les loups dévastateurs.

Avec quel transport le fidèle troupeau reçoit, à son retour, le Pontife exilé. Après ses longs combats, que de lauriers Hilaire moissonne ! Ô Martin ! c'est alors qu'il t'enseigne à marcher d'un pas ferme dans le sentier des vertus.

Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin !

Amen."

HYMNE

" Ni la fraude, ni la faveur des princes, ni leurs menaces, n'ébranlent l'athlète magnanime ; Pasteur, il est contraint par un ordre tyrannique de quitter son troupeau. Qui désormais repoussera la fureur des loups ?

Tu pars, Ô Pontife ! Mais tandis que ton grand cœur se soumet à l'exil, la Gaule est baignée dans les larmes ; et la terre de Phrygie, qui reçoit en toi un père, va se réjouir de posséder en toi le vengeur du Verbe.

Puissant Docteur, il illumine du flambeau d'une lumière nouvelle les ténèbres sous lesquelles se cachait l'erreur ; ses eaux vives nettoient les pâturages souillés d'un impur limon ; il éclaire des nations que l'infidélité rendait encore féroces.

Il confirme dans la foi des pasteurs chancelants : on voit revenir vers leurs troupeaux les gardiens timides que l'audace de l'hérésie en avait éloignés ; la voix d'Hilaire est pour eux la voix d'un père.

Sublime Pontife, qui, au plus haut des cieux, contemples de près le Soleil de justice, obtiens qu'il daigne nous éclairer, ce Verbe dont tu nous as fait connaître l'essence.

Qu'ils tremblent en présence du prince de ce monde ceux qui ne goûtent que les choses terrestres ; pour Hilaire, il dédaigne les fureurs d'un César irrité ; il n'affirme qu'avec plus de liberté la pure foi du Christ.

Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin.

Amen."

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samedi, 13 janvier 2018

13 janvier. Le Baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ. L'octave de l'Epiphanie.

- Le Baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ. L'octave de l'Epiphanie.

Psautier cistercien. Besançon. XIIIe.

Le second Mystère de l'Epiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd'hui tout spécialement l'attention de l'Eglise. L'Emmanuel s'est manifesté aux Mages après s'être montré aux bergers ; mais cette manifestation s'est passée dans l'enceinte étroite d'une étable à Bethléhem, et les hommes de ce monde ne l'ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d'éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s'empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Epiphanie ?

Elle a pour objet, comme la première, l'avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des Mystères. L'étoile a conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l'eau. " Celui qui a croira et qui sera baptisé sera sauvé " (Marc, XVI, 16.) : il est donc temps qu'une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.

Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l'eau pour l'instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C'est pourquoi, à l'origine des choses, l'Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l'Eglise au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d'être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l'exception d'une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.

Ars moriendi. Marseille. XVe.

Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l'arche du salut, y rentra, ponant un rameau d'olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l'effusion de l'eau. Mais l'accomplissement du mystère annoncé était loin encore.

En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l'attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la Terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d'Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.

Mais le contact des membres humains d'un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l'homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut, mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux ; et c'était au sein de cet élément sacré qu'il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.

Jésus donc, âgé de trente ans, s'avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l'enlevait pas. Notre divin Roi s'avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d'enfanter, comme chante l'Eglise, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l'environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquera l'élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Echauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du Rédempteur est plongée dans leur sein parla main tremblante du Précurseur.

Bible glosée. Rouen. XIIIe.

Mais, dans ce prélude d'une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s'ouvrent ; la Colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l'Esprit d'amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s'arrête et se repose sur la tête de l'Emmanuel, planant à la fois sur l'humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.

Cependant le Dieu-Homme n'était pas manifesté encore avec assez d'éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette Voix qu'avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l'orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge (Psalm. XXVIII.), un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances ".

Ainsi fut manifestée la Sainteté de l'Emmanuel par la présence de la divine Colombe et par la voix du Père,comme sa Royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l'Etoile. Le mystère accompli,l'élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des Pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.

Bréviaire à l'usage de Paris. Conches. XVe.

Elle est grande, cette fête de l'Epiphanie, dont l'objet est d'honorer de si hauts mystères ; et nous n'avons pas lieu de nous étonner que l'Eglise orientale ait fait de ce jour une des époques de l'administration solennelle du Baptême. Les anciens monuments de l'Eglise des Gaules nous apprennent que cet usage s'observa aussi chez nos aïeux ; et plus d'une fois dans l'Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d'une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l'administration du Baptême. L'Eglise Romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l'honneur d'être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des Sacrements ; mais l'usage se conserva et dure encore, en plusieurs l’Occident, de bénir l'eau avec une solennité toute particulière, au jour de l'Epiphanie.

L'Eglise d'Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l'ordinaire, dans l'Eglise; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le Pontife se rend sur les bords d'un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d'une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le Pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l'action du Précurseur. A Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c'est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s'observe pareillement dans les Eglises de l'Occident qui ont retenu l'usage de bénir l'eau à la Fête de l'Epiphanie.

Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son Homélie vingt-quatrième, sur le Baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.

Evangeliarium. Malatya. Actuelle Turquie. XIe.

Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Eglise, de nous avoir donné, après l'Etoile de la foi qui nous illumine, l'Eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l'humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d'un homme mortel, afin d'accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu'il en portât l'humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du Baptême qui nous a ouvert les portes de l'Eglise de la terre et de l'Eglise du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissance.

Psautier-heures. Avignon. XIVe.

A LA MESSE DE L'OCTAVE DE L'EPIPHANIE

ÉPÎTRE

Lecture du Prophète Isaïe, chap. LX. :

" Lève-toi, Jérusalem, sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. Les ténèbres couvriront la terre, une nuit sombre enveloppera les peuples ; mais sur toi le Seigneur se lèvera, et sa gloire éclatera sur toi. Et les Nations marcheront à ta lumière, et les Rois à la splendeur de ta clarté naissante. Lève les yeux, considère autour de toi, et vois : tous ceux-ci, que tu vois rassemblés, sont venus pour toi. Des fils te sont venus de loin, et des filles se lèvent à tes côtés. En ce jour tu verras, et tu seras dans l'opulence, et ton cœur sera dans l'admiration, et il se dilatera en ce jour où la multitude des nations qui habitent les bords de la mer se tournera vers toi. Les chameaux, les dromadaires de Madian et d'Epha arriveront chez toi comme un déluge : la foule viendra de Saba t'apporter l'or et l'encens, en chantant la louange du Seigneur."

Graduel à l'usage de Saint-Dié. XVIe.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Jean, chap. I. :

" En ce temps-là, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu ; voici Celui qui ôte les péchés du monde. C'est Celui duquel j'ai dit : Il vient après moi un homme qui a été préféré à moi, parce qu'il était avant moi. Je ne le connaissais pas ; mais je suis venu baptiser dans l'eau, afin qu'il soit connu dans Israël. Et Jean rendit alors ce témoignage : " J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et demeurer sur lui. Pour moi, je ne le connaissais pas ; mais Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'a dit : " Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est Celui qui baptise dans le Saint-Esprit ". Et je l'ai vu, et j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu "."

Céleste Agneau ! vous êtes descendu dans le fleuve pour le purifier ; la divine Colombe est venue des hauteurs du ciel unir sa douceur à la vôtre, et vous êtes remonté sur la rive. Mais, Ô prodige de votre miséricorde ! les loups sont descendus après vous dans les eaux sanctifiées ; et voilà qu'ils reviennent vers vous transformés en agneaux. Nous tous, immondes par le péché, nous devenons, au sortir de la fontaine sacrée, ces blanches brebis de votre divin Cantique, qui remontent du lavoir, toutes fécondes, pas une stérile ; ces pures colombes qui semblent s'être baignées dans le lait, et qui ont fixé leurs demeures auprès des claires fontaines : tant est puissante la vertu de purification que votre divin contact a donnée à ces eaux ! Conservez en nous cette blancheur qui vient de vous, Ô Jésus! et si nous l'avons perdue, rendez-nous-la par le baptême de la Pénitence, qui seul peut nous restituer la candeur de notre premier vêtement. Epanchez plus encore ce fleuve d'amour, Ô Emmanuel ! Que ses flots aillent chercher jusqu'au fond de leurs déserts sauvages ceux qu'ils n'ont pas touchés jusqu'ici ; inondez la terre, ainsi que vous l'avez promis. Souvenez-vous de la gloire dans laquelle vous fûtes manifesté au milieu du Jourdain ; oubliez les crimes qui depuis trop longtemps retardent la prédication de votre Evangile sur ces plages désolées ; le Père céleste ordonne à toute créature de vous écouter : parlez à toute créature, Ô Emmanuel !

Heures à l'usage de Rome. Dijon. XVe.

HYMNE

Chantons encore la divine Théophanie, en réunissant dans un seul concert la voix de toutes les Eglises. Saint Hilaire de Poitiers ouvrira nos cantiques par l'Hymne où il célèbre à la fois les trois Mystères de cette grande Octave :

" Le miséricordieux Rédempteur des peuples, Jésus , brille aujourd'hui d'une triple splendeur. Que la race entière des fidèles lui consacre ses louanges et ses cantiques.

Une étoile brillante, qui scintille au ciel, annonce sa Naissance; elle précède les Mages et les conduit à son berceau.

Ils tombent aux pieds de cet enfant ; ils l'adorent dans les langes, ils le confessent pour un Dieu, et lui offrent de mystiques présents.

Ayant trente fois parcouru le cycle de l'année, et avancé dans les jours de sa vie mortelle, Jésus demande l'eau du baptême, lui qui est exempt de toute souillure.

L'heureux Jean frémit à la pensée de plonger dans le fleuve Celui dont le sang a la vertu d'effacer les péchés du monde.

La voix imposante du Père proclame le Fils du haut des cieux, et la vertu de l'Esprit, source des dons sacrés, descend visiblement.

Vous dont les ordres tout-puissants font rougir l'eau dans les vases du festin, Ô Christ, nous vous en supplions , étendez sur nous tous votre protection.

A la souveraine Trinité, louange, honneur, puissance et gloire, à jamais, dans tous les siècles des siècles.

Amen."

Prosaire à l'usage de l'abbaye Saint-Pierre de Corbie. XIVe.

ANTIENNES

Les vénérables Antiennes que nous donnons ci-après, restes précieux de l'antique Liturgie Gallicane, ont une origine orientale, et sont encore conservées au Bréviaire de Cîteaux :

" Le Sauveur, voulant renouveler l'homme ancien, vient au Baptême, afin de régénérer par l'eau la nature corrompue ; il nous revêt d'un vêtement incorruptible.

Vous qui, dans l'Esprit et dans le feu, purifiez l'humaine contagion, nous vous glorifions, notre Dieu et Rédempteur !

Jean-Baptiste tremble et n'ose toucher la tête sacrée de son Dieu. Dans sa frayeur, il s'écrie : Sanctifiez-moi vous-même, Ô Sauveur !

Le Sauveur a brisé, dans le fleuve du Jourdain, la tête du dragon ; il nous a arrachés tous à sa puissance.

Un grand Mystère est déclaré aujourd'hui : le créateur de toutes choses lave nos crimes dans le Jourdain.

Le soldat baptise son Roi, l'esclave son maître, Jean son Sauveur ; l'eau du Jourdain s'est émue, la Colombe a rendu témoignage, la voix du Père s'est fait entendre : Celui-ci est mon Fils.

Les sources des eaux furent sanctifiées au moment où le Christ apparaissait dans sa gloire. Toute la terre, venez puiser les eaux dans la source du Sauveur ; car le Christ notre Dieu sanctifie aujourd'hui toute créature."

Psautier à l'usage de Reims. XIIIe.

SÉQUENCE

Le moyen âge des Eglises d'Occident a produit cette Séquence, que nous empruntons aux anciens Missels de Paris. Elle chante les trois Mystères de l'Epiphanie :

" Un astre au lever merveilleux, annoncé par les Prophètes, signale aujourd'hui le lever du divin Soleil.

Cet astre vient éclairer les Mages ; Hérode en est ébranlé ; la Gentilité aborde à Jésus, le port de la paix.

L'étoile annonce l'Enfant créateur des astres, vengeur des crimes, le Dieu fort.

Des présents mystiques le proclament arbitre du monde, et notre Rédempteur par sa mort.

Il est plongé dans les eaux, et dans les eaux il répand une vertu qui efface le péché d'Adam.

La Colombe paraît, la voix du Père adopte le Fils, dont la gloire éclate par ces prodiges.

La parole de Jean rend son témoignage, et la loi d'amour prend commencement.

Les conviés sont dans la joie, quand l'eau des fontaines vient faire l'office d'un vin généreux.

Au sein d'une Vierge, épouse sans tache, le Verbe du Père contracte une alliance d'amour.

Qu'il daigne laver nos crimes, délier nos chaînes,nous protéger à jamais, par les prières de sa Mère. Amen."

Roman de Dieu et de sa Mère. H. de Valenciennes. Besançon. XVe.

VI DIE JANUARII, IN THEOPHANIA

L'Eglise Grecque nous fournit, dans ses Menées, ce magnifique ensemble de poésie, de doctrine et de piété, en l'honneur du Baptême de l'Agneau dans le Jourdain :

" Le Jourdain remonta un jour vers sa source à l'attouchement de la melote d'Elisée, lorsqu'Elie fut enlevé au ciel ; les ondes du fleuve se divisèrent, et une voie solide s'ouvrit au Prophète, et cette voie était à travers les eaux en figure du Baptême par lequel nous traversons le fleuve de la vie. Le Christ est apparu : il vient renouveler toute créature.

Aujourd'hui la nature des eaux est sanctifiée, le Jourdain est divisé ; il suspend le cours de ses sources à l'aspect du Seigneur qui vient s'y baigner.

Ô Christ Roi ! Tu es venu au fleuve comme un homme, recevoir le Baptême des serviteurs ; tu t'empresses, Ô miséricordieux, de te placer sous la main du Précurseur, pour nos péchés, Ô ami des hommes !

A la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, tu es venu, Seigneur, prenant la forme d'esclave, implorant le Baptême, toi qui ignores le péché.

Les eaux t'ont vu, et elles ont tremblé. Le Précurseur a été saisi de crainte, et il s'est écrié, disant : " Comment la faible lampe allumera-t-elle la Lumière ? Comment le serviteur imposera-t-il la main sur le Maître ? Sanctifie-moi, et sanctifie les eaux, Ô Sauveur ! qui effaces le péché du monde."

La main tremblait, la main du Précurseur, du Baptiste, du Prophète, honoré plus que tous les Prophètes ; car il contemplait l'Agneau de Dieu qui lave le péché du monde, et, dans son trouble, il s'écriait : " Ô Verbe ! je n'ose mettre ma main sur ta tête : sanctifie-moi et m'éclaire, Ô miséricordieux ! Car tu es la vie, la lumière, et la paix du monde."

C'était chose merveilleuse de voirie Seigneur du ciel et de la terre, dépouillé, dans le fleuve, recevant de sa créature le baptême pour notre salut, comme un serviteur ; et les chœurs des Anges étaient muets dans la crainte et l'allégresse : unis à eux, nous t'adorons ; sauve-nous.

Lève vers lui pour nous, Ô Baptiste, lève ta main, comme ayant puissance, cette main qui toucha la tête du Seigneur que personne n'avait touchée, cette main dont un doigt nous désigna l'Agneau ; car par lui tu as été déclaré le plus grand des Prophètes.

Tourne aussi vers lui, Ô Baptiste, tes yeux qui ont vu l'Esprit très saint descendre en forme de colombe ; montre-toi miséricordieux envers nous, assiste-nous de ton concours dans nos chants, et entonne le premier l'hymne de louange.

Sacramentaire de Marmoutier à l'usage d'Autun. IXe.

Le fleuve du Jourdain t'a reçu dans ses eaux, Ô Christ, fontaine de vie ! et le Paraclet est descendu en forme de colombe. Il incline la tête, Celui qui a incliné les cieux; la créature, pétrie de terre, se plaint et crie à son auteur : " Pourquoi me commander des choses au-dessus de moi ? c'est moi qui ai besoin de ton baptême, Ô impeccable !"

Tu as incliné la tête devant le Précurseur, Ô Christ ! Tu as brisé la tête du dragon ; tu es descendu dans le fleuve ; tu as illuminé toutes choses pour ta gloire, Ô Sauveur, lumière de nos âmes !

Celui qui se revêt de la lumière comme d'un vêtement a daigné, pour l'amour de nous, se faire semblable à nous ; il s'est couvert des eaux du Jourdain comme d'un vêtement, lui qui n'avait pas besoin de ces eaux pour se purifier, et qui répand sur nous, de son propre fonds, la grâce de la régénération, Ô prodige !

Venez, imitons les vierges sages ; venez, allons au-devant du Seigneur manifesté ; car, en sa qualité d'Epoux, il vient vers Jean, son ami. A ta vue, le Jourdain a remonté vers sa source, il s'est replié sur lui-même et s'est arrêté. Jean s'écriait : " Je n'ose toucher la tête immortelle ". L'Esprit descendait en forme de colombe pour sanctifier les eaux, et la voix du ciel disait : " Celui-ci est mon Fils venu dans le monde pour sauver le genre humain ". Ô Christ, gloire à toi !

Le Christ est baptisé, il remonte de l'eau, relevant 'avec lui le monde entier ; il voit ouverts les cieux qu'Adam avait fermés pour lui-même et sa postérité. L'Esprit proclame la divinité du baptisé, la voix du ciel se fait entendre : il est déclaré Sauveur de nos âmes.

Seigneur, pour accomplir ton décret éternel, tu as emprunté à toute créature son concours à l'accomplissement de ton mystère. Aux Anges, tu as demandé Gabriel ; aux hommes, la Vierge ; aux cieux, l’étoile ; aux eaux, le Jourdain. Tu as pris sur toi le péché du monde : gloire à toi, notre Sauveur !

Fleuve du Jourdain, pourquoi es-tu ému de voir sans voile Celui qui est invisible ? Tu réponds : " Je l'ai vu, et j'en ai été saisi de crainte. Comment n'aurais-je pas tremblé ? A cette vue, les Anges ont frémi, les cieux ont été ébranlés, la terre a tremblé, la mer s'est soulevée, toutes les choses visibles et invisibles ont été dans l'agitation ".

" Qui a vu des taches sur le soleil, sur le plus resplendissant des astres ? s'écriait le Précurseur. Comment te laverais-je dans les eaux, splendeur de la gloire, image du Père éternel, moi qui ne suis qu'une herbe faible et desséchée ! Comment porterais-je mes mains sur les feux de ta divinité ? Car tu es le Christ, Sagesse et Vertu de Dieu."

La grande lumière, le Christ, s'est levée sur la Galilée des nations, sur la région de Zabulon et sur la terre de Nephtali ; une éclatante splendeur à lui en Bethlehem la lumineuse, sur ceux qui étaient dans les ténèbres ; mais avec plus d'éclat encore, le  Seigneur, le Soleil de justice, sorti de Marie, a répandu ses rayons sur l'univers entier.

Vous donc qui étiez nus dans Adam, venez tous, revêtez-vous du Christ pour réchauffer vos membres. Ô Christ ! Tu es venu, vêtement de ceux qui sont nus, splendeur de ceux qui étaient dans les ténèbres ; lumière inaccessible, tu t'es manifestée aujourd'hui.

Amen."

Speculum humanae salvationis. Lyon. XVe.

SEQUENCE

A la gloire de l'auguste Mère de l'Agneau, consacrons cette ancienne Séquence de nos vieux Missels. C'est l'imitation d'une des Proses de Notker pour la Pentecôte, longtemps attribuée au pieux roi de France Robert, et que nous donnerons en son lieu :

" Daigne nous assister la grâce de l'Esprit-Saint,

Qui, pour la rendre Mère d'un Dieu, féconda la Vierge Marie ;

Par qui l'auguste Virginité a fleuri en Marie.

Esprit d'amour, qui daignas remplir Marie,

Tu répandis la rosée sacrée sur Marie.

Céleste amant, sans l'offenser tu fécondas Marie.

Ton ombre sacrée, tes caresses divines sanctifièrent Marie.

Tu veillas pour que la faute originelle ne fût point transmise à Marie.

Tu consacras l'habitation du sein béni de Marie,

Afin qu'elle devînt enceinte et mère, Marie,

Et qu'elle enfantât sans perdre sa fleur, Marie.

Tu inspiras les Prophètes qui chantèrent qu'un Dieu serait conçu par Marie.

Tu donnas ta force aux Apôtres, afin qu'ils prêchassent ce Dieu qu'a enfanté Marie.

Quand Dieu créa l'ensemble de cet univers, il y figura Marie.

La terre, vierge encore, fut appelée à produire le premier homme, qui était vierge et pur : ainsi elle a produit le second, Marie.

Tu es l'espoir des âmes affligées, Ô douce Marie !

Délie les chaînes de tes serviteurs, Ô Marie !

Le monde tout brisé par ses crimes, tu l'as rappelé à la vie, Ô Marie !

Tu as triomphé des idoles et des lois impies, Ô Marie !

Donc, nous te supplions de nous secourir de ta main bénigne, Ô Marie !

Et de prier ton Fils pour nous qui chantons à ta gloire : Salut, Ô Marie !

Ta félicité surpasse toute félicité, Ô Marie !

Ton trône domine les chœurs sublimes des Anges, Ô Marie !

Tu as revêtu du vêtement de la chair un homme, Ô Marie!

Pour lui tu devins féconde, sans le secours humain, Ô Marie !

Il est Dieu ; apaise-le pour nous, Ô Marie !"

Statuts de la confrérie de Saint-Jean-Baptiste. Avignon. XVIe.

vendredi, 12 janvier 2018

12 janvier. Saint Benoît Biscop, abbé en Angleterre. 690.

- Saint Benoît Biscop, abbé en Angleterre. 690.
 
Pape : Saint Serge Ier. Roi de Northumbrie : Aldfith. Roi des Francs : Thierry III.

" Le culte catholique est le vrai foyer de la civilisation et des beaux-arts."
" Mes enfants, dites tout ce que vous voudrez, pourvu que de votre bouche il ne sorte ni plainte contre Dieu ni parole malséante, ni discours désobligeant à l'endroit du prochain."


Icône de Terre Sainte représentant saint Benoît Biscop.

Benoît (de son vrai nom Biscop Baducing) était anglais d'origine, d'une famille fort considérable par sa noblesse. Ses parents le firent élever dans les exercices militaires, à dessein d'en faire, dans la suite, un grand capitaine ; et, comme il était naturellement fort et courageux, il acquit bientôt beaucoup de réputation dans les armes.

Oswy, roi de Northumberland, pays septentrional de l'Angleterre, l'ayant appelé à sa cour, le saint y passa quelques années ; mais Notre Seigneur Jésus-Christ, qui le destinât à d'autres emplois, lui parla dans le secret du coeur et le fit résoudre d'abandonner le monde. Il sortit non seulement de la cour, mais aissi du lieu de sa naissance, et entreprit le voyage de Rome pour honorer les tombeaux de des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul et pour être mieux instruit des principes de la foi et des règles de la perfection chrétienne, que l'on enseignait que fort imparfaitement dans son pays nouvellement converti.

Etant arrivé en cette ville, il visita avec une singulière piété tous les sanctuaires qui la rendent si vénérable ; à son retour, il s'appliqua entièrement à l'étude des saintes Ecritures et aux exercices de piété. Cinq ou six ans après, Alcfrid, fils du roi Oswy, eut envie de visiter les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul ; il pria le saint de l'accompagner, mais le père du prince s'étant opposé à ce pèlerinage, Benoît parti seul pour Rome, afin de s'y perfectionner de plus en plus dans la science du salut. En revenant d'Italie, il passa par le célèbre monastère de Lérins, où il prit l'habit religieux. Après y être resté deux ans, il revint à Rome, l'an 658. Son dessein n'était pas d'en sortir ; mais le pape Vitalien voulut qu’il accompagnât saint Théodore, archevêque de Cantorbéry, et saint Adrien, qu’il envoyait en Angleterre afin de travailler à l’instruction de ce nouveau peuple chrétien.


Saint Benoît Biscop. Codex Amiatinus. VIIe, VIIIe.

Saint Benoît fut chargé du monastère de Saint-Pierre et de Saint-Paul, qui n’était pas éloigné de la ville de Cantorbéry : laissant cette charge quelques temps après à saint Adrien, il fit un nouveau voyage à Rome. Il voulait acquérir de nouvelles lumières sur la discipline de l’Eglise et sur les diverses constitutions monastiques : ce qui l’engagea à rester un temps assez considérable en divers endroits de l’Italie. A son retour, ayant trouvé grâce auprès de son prince, Egfrid, successeur d’Oswy, il bâtit deux monastères : l’un près de la rivière de la Were en l’honneur du prince des Apôtres, appelé pour cette raison Weremouth (674) ; l’autre, sous l’invocation de saint Paul, près de la rivière de Tyne ; ce dernier porta d’abord le Girwy, puis celui de Jarrow (677).
 
Comme ils étaient proche l’un de l’autre, il fut supérieur des deux, mais il lui fut bientôt nécessaire, à cause des voyages et des diverses occupations de saint Benoit qui ne lui permettait pas de tout faire par lui-même, d’avoir soin de mettre sous lui des personnes d’une éminente sainteté, à savoir : Esterwin et Céolfrid, que l’Eglise d’Angleterre honore en qualité de saints. Il enseigna à ses religieux toutes les pratiques de piété qui s’observaient dans les couvents de Rome et dans ceux qu’il avait visités en chemin, souhaitant passionnément de voir la vie monastique fleurir dans son pays comme elle florissait en France et en Italie ; il établit même en son abbaye un collège où il enseigna publiquement ; et il s’est trouvé en même temps jusqu’à 600 moines qui prenaient ses leçons. On lui confia le vénérable Bède dès l’âge de sept ans, afin que, étant élevé sous sa discipline, il répondît aux grandes espérances que l’on concevait de son beau naturel : ce qui réussit très avantageusement.

Ce bienheureux abbé fit encore d’autres fois le voyage de France et d’Italie, tant pour le bien de son ordre que pour l’utilité de toute l’Eglise d’Angleterre, dont il s’occupa toujours avec le plus grand soin. Il avait surtout un zèle extraordinaire pour tout ce qui pouvait relever la gloire et la beauté de la maison de Dieu, et rendre les cérémonies ecclésiastiques pompeuses et magnifiques. Il n’y avait presque point alors, en Angleterre, de temples ni de chapelles bâtis en pierre ; l’usage des vitres aux fenêtres y était inconnu, les peintures sacrées y étaient fort rares, et l’on n’y trouvait les livres des saints Pères qu’en très petite quantité.
 
Mais cet homme industrieux pourvut admirablement à tous ces besoins. Il amena avec lui, d’outre-mer, des architectes, des vitriers et des peintres, les plus habiles qu’il put trouver, et fit bâtir des basiliques de pierres solides, orner les fenêtres de vitres historiées, et décorer les autels et les parois de belles peintures. Il apporta aussi un grand nombre de livres dont il enrichit les bibliothèques de ses monastères, et beaucoup de tableaux où nos mystères étaient représentés ; il les exposa aux yeux des fidèles, afin que les ignorants y apprissent ce que nous croyons, comme les autres l’apprennent dans les livres. Les tableaux qu’il mit à Weremouth représentant la sainte Vierge, les douze Apôtres, l’histoire évangélique et les visions mystérieuses de l’Apocalypse. On voyait dans ceux de Jarrow plusieurs sujets tirés de l’Ecriture sainte et disposés de telle manière qu’ils montraient les rapports des deux Testaments, et que les figures étaient expliquées par la réalité. Par exemple, Notre Seigneur Jésus-Christ, chargé de la croix sur laquelle il allait consommer son sacrifice, se trouvait en regard d’Isaac portant le bois qui devait servir à son immolation.

Reste du prieuré Saint-Pierre de Weremouth.

Il ne manqua pas non plus de procurer à son pays des reliques fort considérables qui lui furent données par les Papes, à qui son ardeur pour les choses saintes fut fort agréable. Mais ce qui le satisfit principalement, fut que le Pape saint Agathon envoya avec lui Jean, abbé de Saint-Martin, maître de la musique et des cérémonies de Saint-Pierre, pour introduire ces cérémonies en Angleterre, et y apprendre la méthode de bien chanter. Aussi, tant qu’il fut dans l’Île, saint Benoît eut un soin extraordinaire de lui et ne permit pas que d’autres que ses religieux pourvussent à sa subsistance ; de là vient qu’ils furent les mieux instruits sur tout ce qui appartenait à la célébration des offices ecclésiastiques. Lui-même y devint si habile, qu’il composa un livre sur ce sujet, intitulé De la célébration des fêtes, afin que l’on oubliât pas ce qu’on avait appris de ce chantre de l’Eglise romaine. Le vénérable Bède, parlant de cette prévoyance charitable de son maître saint Benoît, dit qu’il a travaillé avec tant de zèle, afin que les siens vécussent en repos, et qu’il a entrepris tant de voyages, afin que, étant fournis des choses nécessaires, ils pussent s’en servir paisiblement Notre Seigneur dans l’enceinte de leurs monastères, sans être obligés d’en sortir. Il fit un cinquième voyage à Rome mais il est difficile d’en préciser la date.

Enfin, étant devenu vieux et infirme, il donna de rares exemples de patience à ses disciples, souffrant sans chagrin et avec beaucoup de tranquillité et de joie des maladies très douloureuses. Sa plus grande récréation était de parler quelquefois des lieux saints qu’il avait visités, de l’exacte observance des maisons religieuses, et du bonheur des personnes qui aiment leur vocation. Les trois dernières années de sa vie, une cruelle paralysie le priva de l’usage de ses membres et l’obligea enfin à garder le lit. Lorsqu’il ne lui fut plus possible d’assister à l’office canonial, quelques moines, partagés en deux chœurs, vinrent chanter à côté de lui les psaumes de chaque heure du jour et de la nuit ; il s’unissait à eux autant qu’il el pouvait, mêlant sa voix avec les leurs. Son esprit ne s’occupait que de Dieu et de la perfection de ses disciples qu’il exhortait fréquemment à observer leur règle avec exactitude :
" Mes enfants, n’allez pas regarder comme une invention de mon esprit les constitutions que je vous ai données. Après avoir visité dix-sept monastères bien disciplinés, dont j’ai tâché de connaître parfaitement les lois et les usages, j’ai formé un recueil de toutes les règles qui m’ont paru les meilleures : c’est ce recueil que je vous ai donné."
 

Abbaye de Thorney ou se conservèrent longtemps
une partie des reliques de saint Benoît Biscop.
Île de Thorney. Cambridgeshire. Angleterre.

Il mourut après avoir reçu le saint Viatique, le 12 janvier 690. On transféra ses reliques à l’abbaye de Thorney, en 970. Les moines de Glastonbury prétendaient en avoir une partie. Les Bénédictins anglais honorent ce saint comme un de leurs patrons.
 
Les abbayes de Weremouth et de Jarrow furent détruites par les Danois. Rétablies en partie, elles existaient encore sous le titre de prieurés, lorsque les monastères d’Angleterre furent détruits l’an 37 du règne de Henri VIII. Ces deux prieurés ont été à l’origine des deux villes de Weremouth et de Jarrow.

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jeudi, 11 janvier 2018

11 janvier. Saint Hygin, pape et martyr. 142.

- Saint Hygin, pape et martyr. 142.
 
Papes : Saint Télesphore (prédécesseur) ; saint Pie Ier (successeur). Empereur romain : Antonin le Pieux.

" Que celui qui ne reçoit pas les conciles oecuméniques comme les Evangiles soit excommunié."
Saint Théodore le Cénobiarque.


Saint Hygin. Rationnal des divins offices.
Guillaume Durantis. Bourgogne. XVe.

L’Eglise fait aujourd'hui la mémoire de saint Hygin, Pape et Martyr. Ce saint Pontife occupa la Chaire Apostolique sous le règne d'Antonin, et termina par le martyre un Pontificat de quatre années. Nous vénérons en lui un des anneaux de cette sublime succession de Pontifes qui nous rattache, par saint Pierre, à Notre Seigneur Jésus-Christ. Plein de fidélité et de force, il porta tout le poids de l'Eglise, à cet âge des persécutions durant lequel le Pontife suprême fut constamment une victime vouée à la mort. Il obtint de bonne heure la palme immortelle, et alla rejoindre, aux pieds de l'Emmanuel, les trois Mages qui avaient annoncé le salut à la Grèce, sa patrie. Prions-le d'accompagner de ses vœux l'offrande que nous faisons au divin Enfant, dans ces jours où il ne nous demande pas notre sang par le martyre, mais nos cœurs par la charité.

Sept jours après le martyre du pape saint Télesphore, dont nous solennisons la mémoire au 5e jour de janvier, saint Hygin, dont le père faisait profession d'enseigner la philosophie dans la ville d'Athènes, et qui l'avait cultivée lui-même; fut mis sur la chaire de Pierre au temps de l'empereur Antonin, surnommé le Pieux.

Durant quatre ans, trois mois et huit jours, ce très saint Pontife gouverna l'Eglise ; laquelle fut battue par deux horribles tempêtes. Premièrement, de la part des Gentils qui tenaient les Chrétiens pour des scrilèges et des magiciens et s'imaginaient que toutes les disgrâces du mondes venaient en punition du mépris des idoles ; aussi ne laissaient-ils échapper aucune occasion de leur faire du mal quand ils en avaient le pouvoir. Secondement, de la part des hérétiques qui faisaient une guerre intestine à l'Eglise ; car, dans ce temps-là, Valentin, après avoir publié ses rêveries en Egypte - la pluralité des dieux, jusqu'au nombre de trente, " d'où descendait Jésus-Christ " -, vint à Rome pour y semer la zizanie. Et quouqu'il feignît d'être catholique et n'osât publier ouvertement ses blasphèmes, il les faisait néanmoins secrètement glisser en des conférences particulières.


Authentica. Etienne Bodart. Abbaye Saint-Aubin. Angers. XIIIe.

D'ailleurs, Cerdo, arrivé depuis peu des pays orientaux, où il avait prêché publiquement qu' " il y avait plusieurs premiers principes ", et nié la " réalité du corps de Jésus-Christ ", ne laissait pas de répandre son venin en cachette. Il admettait " l'existence de deux dieux, rejetait la plus grande partie des Ecriture et soutenait que Notre Seigneur Jésus-Christ n'était pas réellement né de la vierge Marie et ne s'était revêtu de la cjair qu'en apparence ". Le saint pape Hygin, l'ayant découvert, le chassa de l'Eglise. Cerdon feignit d'être repentant de ses fautes, rétracta ses impiétés et fut reçu dans la communion des fidèles. Mais, comme sa pénitence n'avait point été sincère, il continua de dogmatiser en secret et fut excommunié une nouvelle fois.

Pour remédier plus efficacement à cette pernicieuse peste, Hygin écrivit sur ce même sujet quelques épîtres dont deux ont été conservées ; il y explique admirablement bien le mystère de l'incarnation, que les hérétiques entendaient si mal.

On y voit aussi qu'il établit un ordre parmi le clergé, le distribuant en de certain degrés : ce n'est pas que cet ordre ne fût déjà en l'Eglise dès le temps des Apôtres, mais il ajouta quelque chose et mit quelque nouvel ornement dans les cérémonies de leur ministère. Il déclara, de plus, de quelle manière le saint chrême devait être consacré et ordonna qu'il n'y eût qu'un parrain et une marr&aine au baptême. Il fit encore plusieurs autres réglements touchant la discipline ecclésiastique.

Enfin, après avoir consommé sa course, il reçut la couronne du martyre en l'an 142, le 11 janvier, comme il est remarqué dans tous les Martyrologes, et comme l'Eglise en fait la mémoire dans l'office. Il fut enterré au Vatican.


Decretum. Bartholomaeus Brixiensis. XIIIe.

ORAISON

Célébrons ce saint Pape, en disant avec l'Eglise :

Ant. " Ce saint a combattu jusqu'à la mort pour la loi de son Dieu, et n'a point craint les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme."

" Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité, et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Hygin, votre Martyr et Pontife. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen."

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mercredi, 10 janvier 2018

10 janvier. Saint Guillaume, archevêque de Bourges.

- Saint Guillaume, archevêque de Bourges. 1209.
 
Pape : Innocent III. Roi de France : Philippe II Auguste.

" Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme les hypocrites ; ils montrent un visage exténués afin que leurs jeûnes paraissent devant les hommes."
Math., VI, 16.


Saint Guillaume. Heures à l'usage de Rome. Paris. XVe.

Guillaume de Donjeon (ou Berruyer), issu de l'antique maison des comtes de Nevers, vint au monde vers le milieu du XIIe siècle au bourg d'Arthel. Il fut élevé avec soin dans la crainte de Dieu sous la conduite de son oncle, Guillaume, archidiacre de Soissons et surnommé l'Ermite à cause de ses vertus, auquel sa mère Maëncia l'avait confié. Le Seigneur lui avait donné toutes les dispositions de la nature et de la grâce nécessaires à l'accomplissement des grands desseins qu'Il avait sur lui ; aussi fit-il des progrès rapides et acquit-il en peu de temps des connaissances au-dessus de son âge et un trésor croissant de sainteté.

Le monde lui souriait, avec sa gloire et ses plaisirs ; il renonça à tout, il s'éloigna même des honneurs ecclésiastiques qui semblaient le poursuivre, tant comme chanoine à Soissons qu'ensuite à Paris. Il résigna ses bénéfices et parti au monastère de Grand-Mont d'abord, au diocèse de Limoges, puis à l'abbaye de Pontigny, deuxième fondation de Cîteaux à Chablis, car il avait fuit Grand-Mont à cause des querelles qui opposaient les moines autour de la place des affaires spirituelles soutenues par les moines de choeur par rapport aux affaires temporelles, soutenues par les frères converts.


Abbaye cistercienne de Pontigny.
IIe fondation de l'ordre de Citeaux. 1114.

Après avoir édifié Pontigny par ses vertus où il fut amené à en devenir l'abbé, il alla implanter deux fondations de Pontigny, l'abbaye de Fontaine-Jean au diocèse de Sens, où saint Guillaume fit tant l'admiration de ses frères qu'ils en firent leur prieur claustral. Il fut ensuite élu abbé de Fontaine-Saint-Jean, au diocèse de Sens. Et plus tard abbé de Chalis en 1136, qu'il fonda aussi. Ces monastères durent leur naissance, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, à la générosité du grand et trop méconnu roi Louis VI.

Tous les frères conservèrent de lui le souvenir d'un moine doux et gai, encore que constamment préoccupé de la mortification des sens et des passions. Au demeurant, il exerçait avec talent ses fonctions de gouvernement et enseignait bien. Il vécut dans cette sainte retraite de Chalis jusqu'en 1099.

Non content d'avoir quitté le monde, il en perdit jusqu'au souvenir, et vécut dans la présence continuelle de Dieu ; sa modestie, sa dévotion, sa régularité, ranimaient la ferveur de ses frères ; il suffisait de le regarder au choeur ou à l'autel pour être embrasé du saint désir de marcher sur ses traces. Il avait surtout un grand amour pour le Saint-Sacrement, près duquel il trouvait ses délices, et ses larmes ne tarissaient pas durant le saint sacrifice de la Messe.


Saint Guillaume. Chapelle Saint-Jean-Baptiste.
Saint Merd-la-Breuille. Limousin. XVIIe.

Or, il advint que mourut Henry de Sully, l'archevêque de Bourges, dont la succession s'avérait si difficile que le chapitre s'en remit à Eudes de Sully, évêque de Paris, pour choisir le nouvel archevêque entre les trois abbés de l'Ordre de Cîteaux.

Eudes de Sully se retira dans la prière puis s'en vint à Notre-Dame-de-Sales où, après écrit le nom de chaque abbé sur un papier différent, les déposa sur l'autel avant que de célébrer la messe. A la fin de la messe, il tira au sort et Guillaume fut désigné comme le nouvel archevêque de Bourges ; Eudes de Sully se rendit à Saint-Etienne de Bourges où l'attendait le chapitre qui proclama son nouvel archevêque le 23 novembre 1200.

Effrayé par le poids de sa nouvelle charge, il ne l'accepta, à la demande du légat pontifical, qu'en obéissance à l'abbé de Cîteaux. Il fut sacré en présence des évêques dont il devenait le primat pour la part de l'Aquitaine qui lui revenait. Notre saint dut donc bientôt se résigner à s'élever et répondre à l'appel du Ciel clairement manifesté. Sacré archevêque de Bourges, Guillaume montra, dès les premiers jours, toutes les vertus des plus illustres Pontifes. Il demeura moine dans son palais, moine par l'habit et plus encore par les austérités. Il sut concilier les exercices de sa piété avec les immenses occupations de sa charge ; il parcourait son diocèse, prêchait, instruisait les petits et les humbles, administrait les sacrements, visitait les hôpitaux, délivrait les captifs, et multipliait les prodiges. Quand on lui demandait un miracle, il disait : " Je ne suis qu'un pauvre pécheur " ; mais il cédait aux larmes des malades et les guérissait par sa bénédiction.


Saint Guillaume agenouillé devant l'évêque de Soissons.
Dessin de Giovanni Francesco Barbieri. XVIIe.

Archevêque, il continuait de vivre comme un moine, dans une grande austérité, touchant les cœurs par sa grande humilité, sa douceur et sa joie, autant que par ses mortifications et sa grande charité.

Dans l'exercice de sa charge pastorale, il se montrait toujours si ferme sur les principes qu'il s'attira la colère de Philippe II Auguste quand le roi était interdit par Innocent III pour avoir répudié Ingelburge et épousé Agnès de Méranie et que l'archevêque suspendit le culte dans son diocèse. Il connut aussi la haine d'une large partie de son clergé qui ne voulait pas se plier à la discipline. Philippe Auguste rentra enfin en lui-même et fit pénitence, recouvra par là la pleine amitié de saint Guillaume, et bien des clercs depuis firent pénitence publique.


Eglise Saint-Guillaume. Saint-Gonlay. Bretagne.

Saint Guillaume gouverna l'archidiocèse de Bourges pendant dix ans où il fut remarquable dans les missions qu'il prêchait contre des hérétiques de l'espèce manichéenne, et c'est en se préparant à partir pour une nouvelle tournée pastorale qu'il fut saisi par la maladie et dut s'aliter pour la première fois de sa vie, le 9 janvier 1209. Il dicta son testament, reçut les derniers sacrements et entra en agonie ; il eut encore la force de se lever pour recevoir la Sainte Communion à genoux sur le pavé ; il fit jurer à son chapitre de remettre son cadavre aux cisterciens, puis, au moment d'expirer, exigea qu'on le couchât par terre, sur la cendre, et mourut le 10 janvier 1209.


Saint Guillaume. Faïence de Nevers. Bourgogne. XVIIIe.

On a conservé de lui quelques belles paroles :
" Tel pasteur, telles brebis."
" J'ai à expier et mes propres péchés et ceux de mon peuple."

Sa mort fut digne de sa vie ; il expira revêtu du cilice qu'il avait toujours porté, et couché sur la cendre. Il avait commencé par ses écrits à mener le combat contre les ignobles cathares. Au moment de sa mort, il vit distinctement les anges battant des ailes au-dessus de sa tête, et il rendit l'âme en leur tendant les bras. Pendant ses obsèques, la foule aperçut au-dessus de l'église un globe de feu planant dans les airs.


Retable de saint Guillaume. Bas-relief en bois polychrome.
Chapelle Saint-Guillaume de Loudéac. Bretagne. XVIIe.

La population prit le deuil et refusa de rendre la dépouille du saint aux moines de Chalis qui s'inclinèrent à partir du moment où le pape Honorius III l'inscrivit au livre des saints, en 1218, et que son corps fut déposé dans une chasse magnifique derrière le maître-autel de sa cathédrale. Les moines de Chalis eurent un os du bras, et le collège de Navarre, puisque l'université de Paris avait choisi saint Guillaume comme patron et protecteur, eut une côte. Pendant les guerres de religion, les bêtes féroces calvinistes détruisirent la chasse, mais les reliques furent recueillies et exposées en l'église Saint-Léger-d'Auvergne, au diocèse du Puy, où elles opérèrent de nombreux miracles avant que d'être profanées et détruites par les non moins féroces bêtes de la révolution.

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