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mercredi, 03 août 2016

3 août. Le bienheureux Pierre-Julien Eymard, confesseur, fondateur des Pères du Saint-Sacrement. 1868.

- Le bienheureux Pierre-Julien Eymard, confesseur, fondateur des Pères du Saint-Sacrement et de celle des Servantes du Saint-Sacrement. 1868.

Pape : Pie IX. Empereur des français : Napoléon III.

" Les miracles visibles n'apparaissent que pour élever les coeurs à la foi des choses invisibles, afin que la merveille extérieure fasse
connaître la merveille, beacoup plus grand, de l'intérieur."

Saint Grégoire le Grand.

" Donnez-moi la croix, Seigneur, pourvu que vous me donniez aussi votre amour et votre grâce."
Le bienheureux Pierre-Julien Eymard.

Le bienheureux Pierre-Julien Eymard naquit le 4 février 1811 à La Mure d’Isère. Il y mourut, le 1er août  1868, à l’âge de 57 ans. Il fut béatifié par Pie XI, le 12 juillet 1925.

Mis en contact avec toutes les classes de la société et tous les états de vie, Pierre-Julien avait été providentiellement préparé à sa mission eucharistique. Tour à tour vicaire, curé, religieux et provincial chez les Frères Maristes, supérieur de collège et directeur du Tiers-ordre de Marie, catéchiste des chiffonniers de Paris, et, enfin, fondateur des Prêtres du Très Saint Sacrement, il a connu tous les besoins de toutes les catégories d’âmes et a compris l’influence et la force, pour elles, de l’Eucharistie.

Pierre-Julien eut une vie débordante d’activité. Ce fut cependant un grand mystique. En effet, dès l’âge de vingt six ans, alors qu’il n’était encore que vicaire à la Chatte, il fut, au cours d’une méditation devenue extase, favorisé d’une grâce mystique qui lui fit pénétrer la réalité de l’amour et de la bonté du Père. Pendant longtemps il en parla avec reconnaissance. Cette grâce fut le point de départ d’un apostolat dominé par une pensée dominante: devenir l’apôtre infatigable de l’amour de Dieu et travailler à la glorification du Sacrement de l’Amour du Fils : l’Eucharistie.

L’enfance et la jeunesse de Pierre-Julien Eymard furent relativement tristes. Il était le dixième enfant de Julien Eymard, son père, et  quatrième de sa mère, deuxième femme de Julien devenu veuf. Un destin cruel semble avoir marqué la famille Eymard. Successivement moururent ses frères et sœurs aînés : Cécile, en 1805, François-Julien en 1807, Joseph-Justin-Julien en 1809. Du premier lit quatre enfants sur six étaient également morts. De ce qui aurait pu être sa grande famille, Pierre-Julien, notre futur saint, ne connut qu’Antoine et Marianne, respectivement âgés de dix-sept et de douze ans à sa naissance en 1811. On croit savoir que la mère de Julien était très pieuse. Quant à son père, Julien Eymard, coutelier de son état, il fut reçu dans la Confrérie des Pénitents du Saint-Sacrement le 8 décembre 1817.

Dans ce milieu sérieux et fervent, il n’est pas étonnant que la piété de Pierre-Julien ait été précoce. Un fait est dûment attesté : vers l’âge de cinq ans, le petit garçon fait une fugue. On le cherche partout... On le retrouve dans l’église, grimpé sur l’escabeau placé derrière l’autel :

" Que fais-tu là, demande  sa sœur, impatiente.
– Je suis près de Jésus, et je l’écoute, répond naïvement le petit garçon."


A mesure qu’il grandit, Pierre-Julien est de plus en plus attiré par l’Eucharistie. Très jeune il désirera  devenir prêtre. Son père,  meurtri par tant de deuils subis, refusa : il ne pouvait pas accepter de perdre encore le dernier garçon qui lui restait et qui aurait dû prendre la succession de son entreprise.

Pierre-Julien connut donc des difficultés énormes pour faire ses études. Il apprit seul le latin, en cachette de son père. Le 5 août 1828, sa mère mourait ; le pauvre père restait seul avec sa fille Marianne et Pierre-Julien. Pierre-Julien se devait d’aider son père.

Enfin la foi du papa l’emporta, et Pierre-Julien fut reçu chez les Oblats de Marseille de Mgr de Mazenod, le 7 juin 1829...

Pour rattraper son retard scolaire, Pierre-Julien travaillait comme quatre. Il tomba rapidement malade ; on crut qu’il allait mourir. Mais il se rétablit lentement et, après la mort de son père, il entra au grand séminaire. Il fut ordonné prêtre le 20 juillet 1834 et nommé vicaire à la Chatte, dans l’Isère. Le 10 juin 1835 il était reçu tertiaire de l’Ordre des Capucins. C’est à la Chatte qu’il fut gratifié d’une grâce mystique exceptionnelle qu’il garda lontemps secrète, mais qui nourrit toute sa vie spirituelle.

Pierre-Julien crachait le sang. Il dut quitter la Chatte ; on le nomma curé de Monteynard où il resta deux ans. Fin 1839, il entra chez les Frères Maristes de Lyon et fut nommé directeur du collège de Belley. En janvier 1845, on lui conféra la charge de provincial dans sa congrégation, charge qu’il exerça pendant deux ans avant de devenir Visiteur Général.

En décembre 1845 le Père Eymard prit la direction de Tiers-Ordre de Marie au sein duquel il fonda de nombreuses branches.

Au sujet de la cérémonie de la Fête-Dieu à Lyon, le 25 mai 1845, le Père Eymard écrit, entre autres : “Je sens dans moi un grand attrait vers Notre-Seigneur ; jamais je ne l’avais éprouvé si fort. Cet attrait m’inspire dans mes prédications, conseils de piété, de porter tout le monde à la connaissance et à l’amour de Notre-Seigneur, de ne prêcher que Jésus-Christ et Jésus-Christ Eucharistique... ”

Cette grâce exceptionnelle est une grâce de foi et d’amour envers le Christ-Eucharistique. L’amour de Dieu est premier, mais il se concentre sur la contemplation du mystère de Jésus dans son Eucharistie.

En juin 1848 le Père Eymard est vivement frappé par l’intensité du culte eucharistique qui se déploie à Paris, grâce à l’adoration nocturne des hommes et à la création, par Adeline Dubouché, d’un Tiers-Ordre qui deviendra l’Adoration Réparatrice.

C’est ce que notre saint appellera une grâce de vocation. Emu à la vue du délaissement de tant de prêtres séculiers, et par le manque de direction spirituelle des hommes, le Père Eymard envisage la création “ d’un corps d’hommes comparable à l’Adoration Réparatrice en cours de création pour les femmes ".

L’époque était rude alors : le décret du 13 mars 1848 avait supprimé les congrégations religieuses en France, et de très nombreux religieux vivaient dispersés. À Mme Tholin-Bost qui avait créé l’Association de l’Adoration du Saint Sacrement à domicile, le Père Eymard écrivit, en octobre 1851 : “ J’ai souvent réfléchi sur les remèdes à cette indifférence universelle qui s’empare d’une manière effrayante de tant de catholiques, et je n’en trouve qu’un: l’Eucharistie, l’amour à Jésus Eucharistique. La perte de la foi vient de la perte de l’amour.”

Et en février 1852, à la même personne : “ Maintenant il faut se mettre à l’œuvre, sauver les âmes par la divine Eucharistie, et réveiller la France et l’Europe engourdies dans un sommeil l’indifférence parce qu’elles ne connaissent pas le don de Dieu : Jésus, l’Emmanuel Eucharistique. C’est la torche de l’amour qu’il faut porter dans les âmes fidèles et qui se croient pieuses, et ne le sont pas parce qu’elles n’ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus au saint Tabernacle.”

Les événements se succèdent, et en avril 1856, le Père Eymard est relevé de ses vœux qui le liaient à l’Ordre des Maristes. Il allait pouvoir travailler à la fondation d’une nouvelle congrégation. Le 13 mai 1956, il reçoit, de l’archevêque de Paris, Mgr Sibour, l’autorisation de fonder son œuvre, la Société du Saint-Sacrement. Mgr Sibour était, en effet, très désireux de voir commencer une Œuvre de la Première communion des adultes. Le Père Eymard sera assisté, pour cette fondation, par le Père de Cuers.

Le dénuement matériel des premiers temps sera extrême et les vocations se firent longtemps attendre. Enfin, le 6 janvier 1857, l’Adoration du Saint-Sacrement exposé était inaugurée dans l’Institut. Les épreuves detoutes sortes se multiplièrent...

Parallèlement à la Société du Saint-Sacrement, une communauté féminine se mettait en place : Les Servantes du Saint-Sacrement, et l’Œuvre de la Première Communion des adultes était fondée dès 1858.

Le Père Eymard décrit la situation des jeunes ouvriers parisiens de cette époque : “ A peine capables de travailler, les enfants pauvres de Paris sont placés dans les fabriques pour y gagner quelques sous d’abord, puis dix, puis un franc ; et cela aide à avoir un peu de pain pour sa pauvre famille, et à payer les quarante sous de loyer par semaine. S’il n’y a pas de place dans les fabriques de boutons, de papier, etc, l’enfant, avec sa petite hotte, part le matin ou le soir, chiffonner dans la ville. Que de centaines d’enfants en sont là dans Paris !...

Si du moins la vie religieuse compensait la misère de la vie du corps ! Mais, hélas ! elle est encore plus déplorable. Le petit ouvrier ne va pas à l’Église apprendre à connaître, à aimer et à servir Dieu ; ses parents ne lui en parlent pas. Ils ont été élevés ainsi, ou bien l’indigence les rend honteux et les abrutit.  
Car Paris a son côté de missions étrangères, sa population nomade, sans autre religion que le culte des morts... Non, rien ne ressemble à ce Paris de la misère et de l’indifférence ! ”

Malgré les difficultés l’œuvre se développe et essaime en province. L’adoration du Saint-Sacrement est toujours la base de la vie de la congrégation.

Entre temps, au bord du découragement, le Père Eymard avait consulté le Saint Curé d’Ars. Le Père A.Tesnières raconte la rencontre :
“ ...Le Curé d’Ars éclata en sanglots et répondit : “ Mon bon ami, vous voulez que je prie le bon Maître pour vous ? Mais vous l’avez, vous, vous l’avez toujours devant vous ! ” Le Père touché des larmes du Curé laissa jaillir les siennes à son tour, et il s’efforçait de le consoler en lui disant : “ Pardonnez-moi, Monsieur le Curé, je ne voulais pas vous faire de peine, pardonnez-moi, je vous en prie. Et ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre.”

Le 10 juin 1863, Pierre-Julien Aymard recevait le décret d’approbation de son institut, La Congrégation du Très Saint-Sacrement. L’approbation avait été donnée par le pape Pie IX le 8 mai précédent.

Le but essentiel de cette congrégation était double :

– rendre un culte solennel et perpétuel d’adoration à Notre Seigneur Jésus-Christ, demeurant perpétuellement au. Très-Saint-Sacrement de l’autel, pour l’amour de l’homme.

– se dévouer à l’amour et à la gloire de ce très auguste Sacrement par l’apostolat de chacun de ses membres qui, sous les auspices et la conduite de l’Immaculée Vierge Marie, doivent s’y appliquer dans la mesure de leur grâce et de leurs vertus.

Il convient d’ajouter que cette congrégation doit être, de par la volonté de son fondateur, entièrement dévouée au Successeur de Pierre.

Parallèlement à la fondation de la Congrégation du Très Saint-Sacrement, Pierre-Julien Eymard, de 1858 à 1865, oeuvra activement à la fondation d’une congrégation féminine : Les Servantes du Saint-Sacrement, entièrement centrée sur l’Eucharistie, tout en étant au service des pauvres. Les épreuves, là aussi, furent nombreuses et parfois très douloureuses.

En plus des activités liées au développement de ses communautés religieuses, le Père Eymard prêche beaucoup: il veut faire connaître l’Eucharistie, l’Amour qui institua l’Eucharistie, c’est-à-dire le Cœur de Jésus, le Cœur Eucharistique. Il n’hésitait pas à dire, au cours des retraites eucharistiques qu’il prêchait : “ Quand on veut donner un mouvement plus puissant, on double, on triple, on centuple la puissance du moteur. Le moteur divin, c’est l’amour, l’amour eucharistique.”

Il écrivait aussi à des correspondants : “ J’ai eu la consolation de parler de Jésus au Très Saint Sacrement à Rouen et à Tours; on est bien venu, on a écouté avec dévotion: ce sera la semence.”

“ Le Cœur Eucharistique de Jésus a eu sa belle part à Rouen et Tours. J’ai fait un sermon spécial à Tours. C’est la semence.”

“ Je viens de prêcher la neuvaine solennelle du Sacré-Cœur. Vous pensez bien que c’est surtout du Cœur Eucharistique de Notre Seigneur que j’ai parlé ; il n’est que là vivant, puis au ciel ! J’ai parlé de son amour, de l’ingratitude des hommes, du peu d’âmes fidèles et dévouées qui se donnent entièrement à lui.”

Au cours d’une retraite à Rome, en janvier 1865, le Père Eymard fait retour sur lui-même et écrit : “ J’ai vu comment je ne me suis donné à Notre Seigneur au Très Saint-Sacrement que par le dévouement de l’amour, que par le service, le culte, le zèle. La nature y trouvait son élément ; la vanité et l’activité de l’esprit aussi.”

Car la vie avec Jésus-Eucharistie doit être contemplation et don du coeur : “ Notre Seigneur m’a fait comprendre qu’il préfère le don de mon cœur à tous les dons extérieurs que je pourrais lui faire, quand même je lui donnerais les cœurs de tous les hommes, sans lui donner le mien.”

Sur sa vocation eucharistique il s’émerveille : “ Comme le Bon Dieu m’a aimé! Il m’a conduit par la main jusqu’à la Société du Très Saint-Sacrement ! Toutes mes grâces ont été des grâces de préparation, tous mes états, un noviciat ! Toujours le Saint-Sacrement a dominé. C’est la Très Sainte Vierge qui m’a conduit à Notre-Seigneur : à la communion de tous les dimanches par le Laus à 12 ans ; de la Société de Marie à celle du Très Saint Sacrement.”

À la messe d’action de grâce de cette longue retraite, le 21 mars 1865, saint Pierre-Julien Eymard écrit : “ ... de même je dois être anéanti à tout désir, à tout propre intérêt, et n’avoir plus que ceux de Jésus-Christ qui est en moi afin d’y vivre pour son Père. Et c’est pour être ainsi en moi qu’il se donne dans la Sainte Communion. C’est comme si le Sauveur disait : " En m’envoyant par l’Incarnation, le Père m’a coupé toute racine de recherche de moi-même, en ne me donnant pas la personne humaine, mais en m’unissant une personne divine afin de me faire vivre pour lui, ainsi par la communion tu vivras pour moi, car je serai vivant en toi. Je remplirai ton âme de mes désirs et de ma vie qui consumera et anéantira en toi tout ce qui est propre; tellement que ce sera moi qui vivrai et désirerai tout en moi, au lieu de toi. Et ainsi tu seras le corps de mon cœur ; ton âme, les facultés actives de mon âme; ton cœur, le réceptacle, le mouvement de mon cœur. Je serai la personne de ta personnalité, et ta personnalité sera la vie de la mienne en toi ".”

Le Père Eymard, dès lors, fait un vœu qui le livre définitivement au Christ Jésus dans une configuration au mystère de son Incarnation, à l’exemple de Marie : “ Oh ! Que je voudrais adorer Notre-Seigneur comme l’adorait cette bonne Mère !... Je vais faire toutes mes adorations en union avec cette Mère des adorateurs, cette Reine du Cénacle.”

Sur sa Congrégation : “ Ne serait-il pas nécessaire dans la Société d’avoir les contemplatifs et les apôtres ? D’avoir des adorateurs et des incendiaires, puisque Notre-Seigneur veut voir ce feu eucharistique incendier le monde... ”

Dans les constitutions de la Société du Saint-Sacrement, P.J.Eymard avait clairement indiqué la raison suprême de l’Institut : “ Afin que le Seigneur Jésus soit toujours adoré dans son Sacrement et glorifié socialement dans le monde entier.”

Voici quelques-unes de ses réflexions : “ Le mal du temps, c’est qu’on ne va pas à Jésus-Christ comme à son Sauveur et à son Dieu... L’amour divin qui n’a pas de vie, son centre, dans le Sacrement de l’Eucharistie, n’est point dans les vraies conditions de sa puissance : il s‘éteindra bientôt.
Que faire donc ? Remonter à la source, à Jésus... et surtout à Jésus dans l’Eucharistie.”


Les forces du Père Eymard commencent à décliner ; il sent la mort approcher. À l’une de ses dirigées il écrit, le 26 avril 1868 : “ Plus les années se multiplient, plus elles affaiblissent la nature : c’est la mort par degrés, il faut s’y résigner ! Mais heureusement que le coeur ne vieillit pas ; il se rajeunit, au contraire, en héritant de ce que les autres facultés perdent. Aimez bien Notre Seigneur.”
C’était comme son testament.

Le 21 juillet 1868 au soir, le Père Eymard usé, amaigri, incapable de prendre la moindre nourriture, arrive à La Mure, sur ordre formel du médecin, pour se reposer. Il a célébré la dernière Messe de sa vie à Grenoble, dans la chapelle consacrée à l'adoration perpétuelle. Sans un mot, il se met péniblement au lit: sa soeur descend vite chercher le médecin qui diagnostique une hémorragie cérébrale doublée d'un épuisement général. Le Père se confesse par signes. Le samedi 1er août, il reçoit l'Extrême-Onction à une heure du matin. Dès le lever du jour, un Père de sa Congrégation célèbre la Messe dans sa chambre et lui donne la Sainte Communion. On lui présente l'image de Notre-Dame de La Salette. Il la presse sur son coeur. Au début de l'après-midi, c'est à peine si l'on entend son dernier soupir: son âme est entrée au Ciel dans le Bonheur infini de Dieu, pour toujours. Il est mort à 57 ans dans la maison où il était né.

On connaît relativement peu la vie mystique de Pierre-Julien Eymard, ni ses combats avec Satan. Seul le frère Tesnière qui le soignait a pu apporter des témoignages. En voici un : “ Trois semaines avant sa mort le Père m’a dit avec l’accent de quelqu’un qui a besoin de se soulager d’un mauvais coup reçu : " Oh! que le diable est mauvais quand il vous bat. Ses soufflets sont secs, comme s’il frappait sur du marbre. Ah ! c’est qu’il frappe vraiment et non pas seulement d’une manière imaginaire ".”

Saint Pierre-Julien Eymard connut aussi les terribles épreuves de la nuit de l’esprit. C’est encore le Père Tesnière qui témoigne, lors lors du procès ordinaire de Paris : “ Il entra dans une voie d’oraison douloureuse : sécheresse du cœur, impuissance de l’esprit à raisonner sur les vérités ou même à se représenter les mystères : obscurité de la foi, insensibilité absolue, vains efforts pour formuler une prière dans son cœur, vains appels à Dieu qui semblait sourd à ses cris et s’éloignait à mesure qu’il le cherchait davantage... vues très claires de l’inutilité de ses efforts dans la prière comme de toutes ses actions dont il ne voyait que lacunes, défauts et fautes, et par suite tentations de découragement et de désespoir qui le poussaient à abandonner au moins la prière comme inutile ou même injurieuse à Dieu.

Telle fut la voie du Serviteur de Dieu durant ses dernières années... C’était donc plusieurs heures par jour qu’il devait affronter ce combat de la prière, mais il n’en abandonna jamais l’exercice ni par fatigue, ni par dégoût, et surmonta ainsi cette longue et rude épreuve. Mais aller à la prière équivalait pour lui à aller au sacrifice pour y immoler son âme sur le plus cruel des bûchers.”


SAINT PIERRE-JULIEN EYMARD ET L'EUCHARISTIE

Le Père Eymard, s’extasiant sur les merveilles de l’Eucharistie s’écrie :

“ L’institution de la divine Eucharistie est, au dire de Saint Thomas d’Aquin, le plus grand des miracles de Jésus-Christ : il les surpasse tous par son objet, il les domine par la durée. C’est l’Incarnation permanente, c‘est le sacrifice perpétuel de Jésus-Christ ; c’est le buisson ardent qui brûle toujours sur l’autel ; c’est la manne, véritable pain de vie, qui descend tous les jours du Ciel... Celui qui, du limon de la terre, a fait le corps de l’homme, peut bien changer le pain et le vin en son Corps et en son Sang. D’ailleurs l’homme change bien, naturellement, le pain qu’il mange et le vin qu’il boit, en sa chair et en son sang.”

Pour le Père Eymard, l’Eucharistie c’est Jésus passé, présent et futur. C’est la fin de sa vie mortelle, c’est l’expression de son Amour. Dans l’Eucharistie, tous les mystères divins sont glorifiés, et toutes les vertus sont présentes. “ L’Eucharistie est le royal mystère de la foi où toutes les vérités aboutissent comme les fleuves dans l’océan. Dire l’Eucharistie, c’est tout dire.”

Le Père Eymard envisageait l’Eucharistie, Pain de vie, sous tous ses aspects et, en particulier, sous celui de ses fruits et de son efficacité dans les âmes. Il ne craignait pas de déclarer : “ C’est le jansénisme qui, fermant les tabernacles, a préparé l’apostasie des peuples, dont la Révolution a été la manifestation ; c’est en ouvrant les tabernacles qu’on ramènera les nations à Dieu.”

Saint Pierre-Julien écrit :  “ Je pose en principe que plus on doit être pur, plus on doit être saint, et plus on a besoin de communier...
Plus la vie que vous menez est sainte et difficile, plus vous devez vous approcher de la Table sainte.”


Pour être fort, il faut communier, il faut avoir faim. “ Vous dites : donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Désirez donc le pain de votre âme, et alors, venez le chercher.

Communiez donc, mais en regardant le Cœur de Notre-Seigneur qui vous appelle... Sans doute, lorsque la Communion sacramentelle ne vous sera pas possible, Dieu la remplacera par la communion de sa présence de grâce et d’amour; il faut cependant désirer la première, parce que Jésus et l’Église la veulent.”


“ Ni le Baptême qui donne la vie de la grâce, ni la Confirmation qui l’augmente, ni la Pénitence qui la restaure, ne suffisent. Tous ces sacrements sont une préparation à l’Eucharistie qui les complète et les couronne...

Jésus a dit: Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruits. Mais Comment demeurer en Jésus ? Il l’a bien précisé : celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.“


“ L’Eucharistie est le pain des faibles, et elle est aussi le pain des forts. Elle est nécessaire aux uns comme aux autres. Aux faibles, c’est évident. Aux forts car l’Apôtre les avertit : ” Que celui qui a l’impression d’être debout prenne garde de tomber.” Ils portent leur trésor dans des vases d’argile; leur route est entourée de brigands.”


“ Jésus-Christ ne se cache dans ce mystère que par égard pour la faiblesse de l’homme, pour se manifester graduellement à lui, à mesure qu’il grandit dans l’amour...

Ainsi en l’Eucharistie l’âme n’épuise jamais Jésus. À mesure qu’elle entre dans les profondeurs insondables de sa bonté, elle y découvre toujours des trésors nouveaux. Jésus est toujours plus aimable à ses yeux. “ Celui qui m’aime, dit-il, sera aimé de mon Père, et moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui.

Qu’est-ce que cette manifestation de Jésus ? C’est le mystère de son amour qui devient lumière, douceur, force, joie, bonheur : le Ciel dans l’âme.”

“ Une seule chose est nécessaire ici-bas: aimer Dieu et le servir, et c’est la sainte Communion qui, en nous faisant vivre de Notre-Seigneur, alimente en nous cet amour et nous fait avancer dans la voie de la sainteté... La sainte Communion est la fin de la vie et sa perfection, elle est la dévotion royale et qui remplace tout. Elle est pour vous le grand exercice des vertus chrétiennes, l’acte souverain de l’amour, la pluie du matin.”

“ Jésus, par l’Eucharistie, répand d’abord dans notre âme, et, par elle dans nos sens, la grâce et l’onction de son amour... C’est une attraction délicieuse vers Jésus, qui nous fait désirer de le mieux connaître...

La Communion, voilà aussi le grand triomphe de Jésus-Christ en l’homme ; par elle, il l’unit à son corps et à son sang. C’est une fusion par l’amour et dans l’amour ; c’est un foyer d’amour divin qui s’allume dans l’homme et dont les étincelles embraseront toutes ses facultés pour le bien."


Etre prêtre

“ Pour être prêtre, dit notre Saint, il faut avoir le pouvoir d’offrir le sacrifice, qui est essentiel à la religion et au sacerdoce... C’est à la Cène que le Sauveur a consacré les premiers prêtres, lui, le souverain Prêtre selon l’ordre de Melchisédech... ”


Saint Pierre-Julien Eymard précise : " Jésus donne une victime à ses prêtres : Lui-même : “ L’autel, ce sont les mains de Jésus-Christ ; ce seront les mains des apôtres et, bientôt, les corps des martyrs sur lesquels on célébrera la sainte Messe. Le temple, c’est le Cénacle et toutes les églises catholiques de l’avenir. Jésus ajoute alors ces paroles effrayantes par leur puissance, adorables dans leurs effets : “ Faites ceci en mémoire de moi.” Faites ceci. Voilà l’ordre qui donne le pouvoir et imprime le caractère sacerdotal.

Oh ! comme Jésus fut heureux quand il eut fait, de ses apôtres, ses prêtres ! Comme son Cœur tressaillit de joie !... A peine eut-il institué l’Eucharistie et le sacerdoce... Jésus s’écria : Maintenant le Fils de l’Homme a été glorifié... ”


Ce qui frappe saint Pierre-Lulien, c‘est la condition humaine du prêtre revêtu d’un tel pouvoir. Il écrit : “ Quand je regarde le prêtre, que vois-je ? Jésus lui a laissé toutes les conséquences du péché originel dont il était souillé en naissant. Aussi puis-je trouver un prêtre pécheur, esclave de Satan, tout en gardant sa dignité et sa puissance. Quel contraste ! Quel déshonneur pour Jésus-Christ ! Le sacerdoce ne rend donc pas impeccable.

Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il laissé au prêtre une humanité d’origine pécheresse ?

1. Par miséricorde pour lui, et par amour pour les fidèles... ;

2. Pour le tenir
– dans l’humilité : il se perdrait par orgueil, comme le séraphin Lucifer ;
– dans la vigilance : il se perdrait au milieu du monde ; il a besoin de ce voile de la pauvre humanité pour lui rappeler qu’il est homme, même au pied de l’autel ;

3. Par égard pour les âmes et pour que leur foi soit simple et forte ; car si la validité de la consécration était attachée à la perfection du consécrateur, qui oserait monter à l’autel ? Les prêtres les plus saints seraient les premiers à s’en croire indignes...

L’amour de Jésus-Christ a tranché la difficulté. Le pouvoir consécrateur est attaché au caractère de l’Ordre et à la volonté du prêtre. C’est un acte humain et divin du prêtre.

Les mauvais prêtres

Et que dire du mauvais prêtre, publiquement pécheur ? Consacrera-t-il l’Eucharistie ? Offrira-t-il Jésus en oblation au Père céleste ? Pourra-t-il donner Jésus comme pain de vie aux foules affamées ? Jésus répond :“ Oui, j’obéirai à un Judas comme à un saint, à un ennemi de mon amour comme au disciple de ma dilection... Comme j’ai obéi à mes bourreaux sur la Croix pour être la victime du salut du monde, j’obéirai de même au sacrificateur de mon Corps sur l’autel pour être un holocauste d’amour... ”

La Passion sera renouvelée par le divin Sacrement, tous les jours et partout dans le monde. Cela, Jésus le sait et il “ se voit trahi par l’apostasie, vendu par l’intérêt, crucifié par le vice qui le recevra dans un cœur coupable.”

Mais tout prêtre est sacré

Les chrétiens ne doivent donc pas s’arrêter à l’homme faible et même pécheur. Aussi le père Eymard a-t-il soin de les mettre en garde : “ Que les chrétiens se gardent de mépriser ce Jésus-Christ humilié ; leur plus grande punition serait de perdre la foi dans le sacerdoce ; qu’ils se gardent de naturaliser cet être divin ; ils épuiseraient pour eux les bienfaits de son ministère sacré. En voyant un prêtre, il faut se dire : que Jésus-Christ est bon, qu’il est grand !...

Pour avoir foi en l’Eucharistie, il faut d’abord avoir foi au sacerdoce. Le prêtre peut se présenter à nous comme un homme ordinaire, simple, pauvre, pécheur même. Le monde s’en montre scandalisé. Et cependant c’est le prêtre qui est le ministre consécrateur de l’Eucharistie. Pour croire à l’Eucharistie, il faut avant tout, croire à ce pouvoir du prêtre... C’est un pouvoir  de glorification, car une messe rend plus de gloire à Dieu que les hommages de tous les êtres créés réunis, sur la terre et dans le ciel... Et ce pouvoir est attaché au caractère sacerdotal et non à la sainteté du prêtre.”

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Commentaires

Le lendemain de la clôture de la 1re session du concile Vatican II, le 9 décembre 1962, Jean XXIII, en présence de 1 500 pères conciliaires, l'inscrivait au catalogue des saints.

On attendra encore pour l'appeler saint.

Écrit par : Diego | samedi, 28 juin 2008

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Vous avez raison cher Don Diego.
La correction est faite.

Écrit par : Hodie | samedi, 28 juin 2008

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Pardonnez-moi de vous importuner, ayant habité rue de Tilsitt, proche de la Chambre de Commerce de Paris et étant un fidèle de la chapelle de l'avenue Friedland, de l'époque du frère Pascal, pour qui j'avais beaucoup de respect, je me souviens de saluer la chasse du bon et saint père Pierre-Julien Eymard.
Certes, je sais que tout évolue, malgré tout, je serais heureux de savoir où il repose et où je puis le saluer.

En vous remerciant de tout coeur pour votre réponse. Je réside en Lorraine bien
loin de Paris.
Merci de tout coeur.

M. André Silba Loebnitz

Écrit par : André Silba Loebnitz | samedi, 20 août 2011

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Merci, Don Diego et HODIE : car cela veut signifier que les actes de l'anti-Christ Roncalli, alias l'antipape Jean XXIII sont nuls. Cela invalide a posteriori son élection comme pseudo-pape et sa convocation du conciliabule qui est en toute certitude l'acte officiel de l'apostasie du clergé catholique, comme prédit dans le troisième secret de Fatima, raison pour laquelle il ne sera jamais publié par les apostats qui usurpent le Siège de Pierre. Il est à noter que Pie XII se serait refusé à en prendre connaissance, ce qui est révélateur pour une personne qui affirmait être le "pape de Fatima" !

Écrit par : Michel Mottet | mercredi, 03 août 2016

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