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samedi, 07 mai 2016

6 mai. Saint Jean Porte Latine. Vers 95.

- Saint Jean, martyr devant la Porte Latine. Vers 95.
 
Pape : Saint Anaclet. Empereur : Domitien.
 
" Sic eum volo manere, donem veniam."
" Je veux qu'il survive au martyre afin qu'il meure de sa mort naturelle et que je vienne le chercher."
Johan., XXI, 22.
 

Martyre de saint Jean devant la porte Latine.
Bartolommeo Di Giovanni. XVe.

Par l’ordre de Domitien, il est conduit à Rome, où, après lui avoir coupé tous les cheveux par dérision, on le jette dans une chaudière d'huile bouillante sous laquelle on entretenait un feu ardent : c'était devant la porte de la ville qu'on appelle Latine.

Il n'en ressentit cependant aucune douleur, et en sortit parfaitement sain.
 
En ce lieu donc, les Chrétiens bâtirent une église, et ce jour est solennisé comme le jour du martyre de saint Jean. Or, comme le saint apôtre n'en continuait pas moins à prêcher Notre Seigneur Jésus-Christ, il fut, par l’ordre de Domitien, relégué dans l'île de Pathmos.

La mère de Jean, apprenant que son fils était détenu à Rome, et poussée par une compassion de mère, s'y rendit pour le visiter. Mais quand elle fut arrivée, elle apprit qu'il avait été relégué en exil. Alors elle se retira dans la ville de Vétulonia eu Campanie, où elle rendit son âme à Dieu. Son corps resta longtemps enseveli dans un endroit inconnu, mais dans la suite, il fut révélé à saint Jacques, son fils. Il répandit alors une grande et suave odeur et opéra de nombreux et éclatants miracles ; il fut transféré avec grand honneur dans la ville qu'on vient de nommer.
 

Bible. Colins Chadewe. Flandres. XIIIe.

Jean, le disciple bien-aimé, que nous avons prévus du berceau de l'enfant de Bethléhem reparaît en ce jour sur le Cycle pour faire sa cour au glorieux triomphateur de la mort et de l'enfer. Couvert de la pourpre du martyre, il marche d'un pas égal avec Philippe et Jacques, dont la double palme a réjoui nos regards au début de ce mois si fécond en héros.

Dans son ambition maternelle, Salomé avait un jour présenté ses deux fils à Jésus, demandant pour eux les deux premières places de son royaume. Le Sauveur avait alors parlé du calice qu'il devait boire, et prédit qu'un jour ces deux disciples le boiraient à leur tour. L'aîné, Jacques le Majeur, a le premier donné à son Maître cette marque de son amour ; nous célébrerons sa victoire sous le signe du Lion ; Jean, le plus jeune, a été appelé aujourd'hui à sceller de sa vie le témoignage qu'il a rendu à la divinité de Jésus.

Mais il fallait au martyre d'un tel Apôtre un théâtre digne de lui. L'Asie-Mineure, évangélisée par ses soins, n'était pas une contrée assez illustre pour porter dignement la gloire d'un tel combat. Rome seule, Rome où Pierre a déjà transféré sa chaire et répandu son sang, où Paul a courbé sous le glaive sa tête vénérable, méritait l'honneur de voir dans ses murs l'auguste vieillard, le disciple que Jésus aima, le dernier survivant du Collège apostolique, s'avancer vers le martyre avec cette majesté et cette douceur qui forment le caractère de ce vétéran de l'Apostolat.


Bible. Maître de Sarum. Salisbury. Angleterre. XIIIe.

Domitien régnait en tyran sur Rome et sur le monde. Soit que Jean ait entrepris librement le voyage de la cité reine pour y saluer l'Eglise principale, soit qu'un édit impérial ait amené chargé de chaînes dans la capitale de l'empire l'auguste fondateur des sept Eglises de l'Asie-Mineure, Jean a comparu en présence des faisceaux de la justice romaine. Il est convaincu d'avoir propagé dans une vaste province de l'empire le culte d'un Juif crucifié sous Ponce-Pilate. Il doit périr ; et la sentence porte qu'un supplice honteux et cruel débarrassera l'Asie d'un vieillard superstitieux et rebelle. S'il a su échapper à Néron, du moins il ne fuira pas la vengeance du césar Domitien.

En face de la Porte Latine, une chaudière remplie d'huile brûlante a été préparée ; un ardent brasier fait bouillonner dans le vase immense la liqueur homicide. L'arrêt porte que le prédicateur du Christ doit être plongé dans ce bain affreux. Le moment est donc arrivé où le fils de Salomé va participer au calice de son Maître. Le cœur de Jean tressaille de bonheur à la pensée que lui, le plus aimé et cependant le seul des Apôtres qui n'ait pas souffert la mort pour ce Maître divin, est enfin appelé à lui donner ce témoignage de son amour.

Départ en exil de saint Jean sur l'île de Pathmos.
Bible. Maître de Sarum. Salisbury. Angleterre. XIIIe.

Après une cruelle flagellation, les bourreaux saisissent le vieillard, ils le plongent avec barbarie dans la chaudière mortelle ; mais, Ô prodige ! L'huile brûlante a perdu tout à coup ses ardeurs ; aucune souffrance ne se fait sentir aux membres épuisés de l'Apôtre ; bien plus, lorsqu'on l'enlève enfin de la chaudière impuissante, il a recouvré toute la vigueur que les années lui avaient enlevée. La cruauté du Prétoire est vaincue, et Jean, martyr de désir, est conservé à l'Eglise pour quelques années encore. Un décret impérial l'exile dans l'île sauvage de Pathmos, où le ciel doit lui manifester les futures destinées du christianisme jusqu'à la fin des temps.

A propos des premières persécutions, relevons que les empereurs romains, qui ne rejetaient aucun Dieu, ne persécutaient pas les Apôtres parce que ceux-ci prêchaient Notre Seigneur Jésus-Christ ; mais parce que les Apôtres proclamaient la divinité de Jésus-Christ sans l’autorisation du Sénat qui avait défendu que cela ne se fît de personne.

Martyre de saint Jean. En bas, à droite, est-ce bien
un " chien qui dort " ? Bible. Flandres. XVe.

C'est pourquoi dans l’Histoire ecclésiastique, on lit que Pilate envoya une fois une lettre à Tibère au sujet de Jésus-Christ (Eusèbe, 1. II, ch. II.). Tibère alors consentit à ce que la foi fût reçue par les Romains, mais le Sénat s’y opposa formellement, parce que Jésus-Christ n'avait pas été appelé Dieu d'après son autorisation.

Une autre raison rapportée par une chronique, c'est que Notre Seigneur Jésus-Christ n'avait pas tout d'abord apparu aux Romains. Un autre motif c'est que Jésus-Christ rejetait le culte de tous les dieux qu'honoraient les Romains. Un nouveau motif encore, c'est que Jésus-Christ enseignait le mépris du monde et que les Romains étaient des avares et des ambitieux.
 
Maître Jean Beleth assigne de son côté une autre cause pour laquelle les empereurs et le Sénat repoussaient Notre Seigneur Jésus-Christ et les apôtres : c'était que Jésus-Christ leur paraissait un Dieu trop orgueilleux et trop jaloux, puisqu'il ne daignait pas avoir d'égal.
 
Voici encore une autre raison donnée par Orose (liv. VII, ch. IV.) :
" Le Sénat vit avec peine que c'était à Tibère et non pas à lui que Pilate avait écrit au sujet des miracles de Jésus-Christ et c'est sur ce prétexte qu'il ne voulut pas le mettre au rang des dieux. Aussi Tibère irrité fit périr un grand nombre de sénateurs, et en condamna d'autres à l’exil."
 

Les bourreaux coupent les cheveux de saint Jean par dérision.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Notons enfin que la fête de saint Jean devant la Porte Latine a longtemps été chômée en plusieurs église. Elle a été d'obligation en Angleterre, au moins depuis le XIIe siècle jusqu'à la prétendue réforme ; mais on la mettait seulement au nombre des fêtes de second rang, auxquelles toute oeuvre servile était défendue, excepté le labour des terres.

Les Saxons, qui s'établirent dans la Grande Bretagne, avaient une dévotion singulière pour saint Pierre et saint Jean l'Evangéliste.
 
En plusieurs lieux, les imprimeurs honorent saint Jean devant la Porte Latine comme leur patron ; en d'autres, ce sont les vignerons et les tonneliers, à cause de la cuve ; ailleurs, ce sont les chandeliers et lampistes, à cause de l'huile bouillante.

En mémoire de son supplice, on l'invoque efficacement contre les brûlures.

L'Eglise Romaine, dont les fastes conservent entre ses plus glorieux souvenirs le séjour et le martyre de Jean, a marqué par une Basilique le lieu où l'Apôtre rendit à la foi chrétienne son noble témoignage. Cette Basilique est située près de la Porte Latine, et un Titre cardinalice y est attaché.
 

Saint Jean est plongé dans la chaudière d'huile bouillante.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

SÉQUENCE

A la gloire du grand Apôtre de la charité nous consacrerons cette Séquence attribuée à Adam de Saint-Victor :



Saint Jean. Simone Martini. XIVe.

" L'heureux séjour de la grâce, dont les habitants contemplent d'un œil ferme le souverain Roi de gloire, voit Jean tout rempli de Dieu, rendu semblable aux Anges, lui qui expliquait aux hommes les plus hauts mystères du ciel.

Ici-bas il reposa sur la poitrine du Seigneur, et se désaltéra à la source des eaux vives et jaillissantes. Il parut entouré de l'éclat des prodiges, et brava les ardeurs du feu et de l'huile embrasée.

Les infidèles sont saisis de stupeur, voyant le témoin de Dieu affronter un si affreux tourment, et n'en pas sentir la rigueur.

Ô martyr ! Ô vierge ! Ô gardien de cette Vierge de laquelle est sortie la gloire du monde, implore pour nous celui qui est le principe de tous les êtres, celui en qui et par qui ils existent.

Ô toi qui fus aimé plus que les autres, supplie en notre faveur le Christ qui t'aima : réconcilie-nous avec lui.

Ruisseau, conduis-nous à la source ; colline, introduis-nous à la montagne ; toi en qui la grâce a opéré la virginité parfaite, fais-nous contempler l'Epoux.

Amen."


Missel à l'usage de l'abbaye Saint-Didier d'Avignon. XIVe.
 
PRIERE
 
" Avec quel bonheur nous vous voyons reparaître, disciple chéri de notre divin Ressuscité ! Autrefois vous nous apparûtes près de la crèche où dormait paisiblement le Désiré des nations, le Sauveur promis. Nous repassions alors tous vos titres de gloire : Apôtre, Evangéliste, Prophète, Aigle au vol sublime, Vierge, Docteur de charité, et, par-dessus toutes ces grandeurs, Disciple bien-aimé de Jésus. Aujourd'hui, c'est comme Martyr que nous vous saluons ; car si l'ardeur de votre amour a vaincu celle du tourment qu'on vous avait préparé, vous n'en aviez pas moins accepté de toute l'énergie de votre dévouement le calice que Jésus vous avait annoncé dans vos jeunes années. En ces jours du Temps pascal qui s'écoulent si rapidement, nous vous voyons sans cesse près de ce divin Sauveur, qui vous comble de ses dernières caresses.

Qui pourrait s'étonner de sa prédilection envers vous ? Ne vous êtes-vous pas trouvé, seul de ses disciples, au pied de la croix ? N'est-ce pas à vous qu'il a remis sa mère, désormais la vôtre ? N'étiez-vous pas présent lorsque son coeur fut ouvert par la lance sur la croix ? Lorsque vous êtes allé au Sépulcre avec Pierre, au matin de la Pâque, n'avez vous pas, par votre foi, avant tous les disciples, rendu hommage à la résurrection de votre Maître que vous n'aviez pas vu encore ? Jouissez donc auprès de ce Maître ineffable des délices dont il est prodigue envers vous ; mais priez-le aussi pour nous, bienheureux Apôtre ! Nous devons l'aimer pour tous les bienfaits qu'il a répandus sur nous ; et nous reconnaissons avec confusion que nous sommes tièdes dans son amour. Vous nous avez fait connaître Jésus enfant, vous nous avez dépeint Jésus crucifié ; montrez-nous Jésus ressuscité, attachez-nous à ses pas dans ces dernières heures de son séjour sur la terre ; et quand il sera monté au ciel, fortifiez notre cœur dans la fidélité, afin qu'à votre exemple nous soyons prêts à boire le calice des épreuves qu'il nous a préparé.
 

Saint Jean à Patmos. Jérôme Bosch. XVe.

Rome a été le théâtre de votre glorieuse confession, Ô saint Apôtre ! Aimez-la toujours ; et à l'heure de sa tribulation, unissez-vous à Pierre et à Paul pour la protéger. Si la palme du martyre brille en votre main à côté de la plume de l'évangéliste, souvenez-vous que c'est devant la Porte Latine que vous l'avez conquise. L'Orient vous a possédé pendant votre vie presque tout entière ; mais l'Occident revendique l'honneur de vous compter au premier rang de ses martyrs. Bénissez nos Eglises, ranimez chez nous la foi, réchauffez la charité, et délivrez-nous de ces antechrists que vous signaliez aux fidèles de votre temps, et qui causent parmi nous tant de ravages. Fils adoptif de Marie, qui contemplez maintenant votre mère dans toute sa gloire, présentez-lui nos vœux durant ce mois que nous lui consacrons, et obtenez pour nous de sa bonté maternelle les grâces que nous osons lui demander."

00:15 Publié dans J | Lien permanent | Commentaires (0)

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