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mardi, 23 septembre 2025

23 septembre. Saint Lin de Volterra, pape et martyr. 67.

- Saint Lin de Volterra, pape et martyr. 67.

Papes : Saint Pierre (prédécesseur) ; saint Clet (successeur). Empereur romain : Néron.

" Il y a beaucoup plus de mérite à supporter l'adversité qu'à faire des actes de vertus."
Thomas à Kempis.

Saint Lin bénissant des fidèles.
Bréviaire romain. XVe.

Une obscurité mystérieuse entoure la vie des premiers Vicaires de l'Homme-Dieu ; ainsi se dérobent aux yeux les premières assises d'un monument fait pour défier la durée. Porter l'Eglise éternelle est assez pour leur gloire ; assez pour justifier notre confiance, animer notre gratitude. Cette fête était réclamée par le cœur de l'Epouse : elle est le témoignage de sa vénération émue pour l'humble et doux Pontife qui, le premier, rejoignit Pierre aux cryptes Vaticanes.

Saint Lin était fils d'Herculanus, homme noble et fort considérable de la ville de Volterra (Volaterrae) en Toscane (province de Pise). S'étant converti à Rome, où saint Pierre prêchait l'Evangile, il quitta son père et renonça à tous ses biens pour pratiquer plus parfaitement la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Peu de temps après sa conversion, il donna de si grandes preuves de son zèle, de son érudition et de sa prudence, que le saint Apôtre l'employa à la prédication de la parole de Dieu et à l'administration des Sacrements.

Il fut d'abord envoyé dans les Gaules pour y porter le flambeau de la foi, et la ville de Besançon eut le bonheur de le recevoir et de l'avoir pour premier évêque. Onasius, qui en était le tribun, le logea chez lui, et, en récompense de cette hospitalité, Dieu lui fit la grâce de le convertir à la religion chrétienne par les exhortations de notre Saint, qui changea cette maison en une petite église consacrée en l'honneur de la résurrection du Sauveur, de la sainte Vierge et de saint Etienne, premier martyr.

Buste-reliquaire de saint Lin.
Eglise Saint-Lin. Volterra. Toscane. XVIIIe.

Le nombre des fidèles s'augmentait déjà de jour en jour par la conversion de plusieurs idolâtres, qui sortaient des ténèbres de leurs erreurs pour entrer dans les clartés admirables de l'Evangile, mais ces heureux progrès furent arrêtés tout à coup par la malice du démon. Les païens firent une fête solennelle en l'honneur de leurs dieux, dans laquelle ils devaient leur otfrir beaucoup de sacrifices. Le Saint, dont le cœur brûlait du zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, entreprit de les détourner de ce culte abominable, et, s'étant transporté sur la place, il leur dit généreusement :
" Que faites-vous, mes chers enfants ? Quelle marque de divinité voyez-vous dans ces simulacres que vous adorez ? Ce ne sont que des statues qui n'ont ni esprit ni sentiment, et qui ne représentent que des hommes dont l'incontinence et l'impiété ont été toutes publiques. Ces idoles de pierre et de cuivre ne méritent nullement vos respects c'est à Dieu seul, créateur du ciel et de la terre, que vous devez offrir des victimes. Quittez donc ce culte sacrilége et acquiescez aux vérités que je vous prêche."

Ces paroles, qu'il prononça avec une ferveur apostolique, furent comme un coup de tonnerre qui jeta par terre l'une des colonnes du temple et mit en poudre l'idole qu'elle soutenait. Un si grand prodige devait sans doute ouvrir les yeux à ces peuples et leur faire reconnaître la véritable religion que le Saint leur annonçait, mais, au lieu d'en protiter, ils s'endurcirent davantage, et, se jetant tumultueusement sur leur apôtre, ils le chassèrent à l'heure même de la ville. Voilà quelle est la tradition de Besançon qui honore saint Lin comme son premier évêque et comme celui par le ministère duquel elle a reçu les premiers rayons de la foi.

Saint Lin baptisant saint Nazaire. Legenda aurea.
Bx J. de Voragine.  R. de Montbaston. XIVe.

Lorsqu'il fut retourné à Rome, saint Pierre se servit utilement de lui pour la conduite de l'Eglise, et il s'acquitta avec tant de gloire de toutes les fonctions qui lui furent commises, qu'après la mort du prince des Apôtres, il fut jugé digne de remplir sa place où il donna d'excellents témoignages de son zèle et de sa vigilance pastorale.

En deux fois qu'il fit les Ordres au mois de décembre, il créa quinze évêques et dix-huit prêtres. Il défendit aux femmes d'entrer dans l'église sans avoir la tête couverte d'un voile, ce que saint Pierre avait aussi défendu. Et saint Paul jugeait cela si nécessaire pour l'édification des fidèles, qu'il en fit une loi expresse ; comme on le voit dans le chapitre VII de sa première Epître aux Corinthiens. C'est encore de saint Lin que nous tenons l'histoire de la dispute du prince des Apôtres avec Simon le Magicien, quoique l'original ait disparu. Il écrivit aussi deux livres du martyre de saint Pierre et de saint Paul, qui sont au VIIe tome de la Bibliothèque des Pères ; mais les erreurs dont ils sont remplis, en certains endroits, font assez voir que nous ne les avons pas dans leur pureté, et on peut voir ce qu en dit le cardinal Bellarmin dans son Traité des Ecrivains ecclésiastiques.

Le Bréviaire romain dit que la foi et la sainteté de ce bienheureux Pape fut si grande, qu'il ressuscita et chassa les démons des corps de plusieurs énergumènes. Enfin, après avoir gouverné l'Eglise pendant un an, trois mois et douze jours, il versa son sang pour servir de semence à de nouveaux fidèles.

Le corps de ce bienheureux Pontife fut enterré au Vatican, auprès de celui de saint Pierre, le 9 des calendes d'octobre. L'apôtre saint Paul fait mention de lui au chapitre IVe de sa seconde Epître à Timothée, et il le met entre les premiers et les principaux chrétiens de la ville de Rome et le martyrologe romain, avec ceux d'Usuard et d'Adon, le livre des souverains Pontifes, en parlent aussi fort honorablement.

Eglise Saint-Lin, bâtie au lieu où se trouvait la
maison natale de saint Lin. Volterra. Toscane.

En 1630,quand le pape Urbain VIII fit achever les travaux de la Confession de saint Pierre, dans la basilique du Vatican, on découvrit une tombe sur laquelle se lisait cette inscription Linus. C'était le premier successeur de saint Pierre, dont la sépulture apparaissait, après tant de siècles, à côté de celle de son glorieux maître.

On représente saint Lin délivrant des possédés et ressuscitant un mort ; on rapporte en effet qu'il délivra du démon la fille du consul Saturninus.

PRIERE

" Ce fut personnellement et à la vue de tous, que le Seigneur investit Simon, fils de Jean, du pontificat suprême ; non moins directement, bienheureux Pontife, mais invisiblement, vous reçûtes de Jésus les clefs du royaume des cieux. A vous commence ce règne complet de la foi pure où l'Eglise, sans ouïr derechef l'Homme-Dieu dire à Pierre : " Pais mes brebis ", s'incline pourtant devant la permanence de son autorité en l'homme dûment désigné comme représentant de l'Epoux. Ô saint Lin, obtenez que les ombres d'ici-bas ne rendent jamais incertaine notre obéissance ; faites qu'au jour de l'éternité, nous méritions de contempler avec vous le Chef divin dans la lumière."

Acta Sanctorum et Liber Pontificalis.

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lundi, 22 septembre 2025

22 septembre. Saint Maurice et ses compagnons, martyrs à Agaune (Saint-Maurice), en Valais. 286.

- Saint Maurice et ses compagnons, martyrs à Agaune (Saint-Maurice), en Valais. 286.
 
Pape : Saint Caïus. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule.
 
" Caeditur ergo phalanx invicta, jubente tyranno,
Et cruor effusus fluminis instar iit.
Prodigium Alpino natura in culmine vidit,
Spectavit rubeas nam stupefacta nives."

" Sur l'ordre du tyran, la phalange invincible tombe foudroyée,
Et des fleuves de sang courent annoncer au monde son héroïque martyre.
Stupéfaite, la nature contemple un spectacle inouï :
Des neiges rouges au sommet des Alpes !"
P. Hugues Vaillant, Fast Sacri.
 
Saint Maurice. XIIe. Abbaye de Saint-Maurice-en-Valais.
 
Sous Maximien-Hercule, qui partageait avec Dioclétien, et comme son collègue, l'empire de la république romaine, presque toutes les provinces virent déchirer et massacrer des peuples entiers de martyrs. Car non-seulement ce prince se livrait avec une sorte de fureur à l'avarice, à la débauche, à la cruauté, en un mot à tous les vices ; mais encore il était passionné pour les rites abominables des gentils, et dans la rage de son impiété contre le Roi du Ciel, il s'était armé pour détruire le nom Chrétien.

Tous ceux qui osaient faire profession de la Foi au vrai Dieu, des corps de troupes qu'il envoyait partout à leur recherche les enlevaient pour les traîner au supplice et à la mort. On eût dit qu'il avait fait trève avec les peuples barbares, afin de tourner toutes ses forces contre la Foi.

Il y avait alors dans les armées romaines une légion de soldats qu'on appelait les Thébains. La légion était un corps de 6.600 hommes sous les armes. On les avait fait venir du fond de l'Orient pour renforcer l'armée de Maxirnien. C'étaient des guerriers intrépides dans les combats, d'un courage magnanime, d'une Foi plus magnanime encore ; ils se montraient avec une noble émulation, pleins de générosité pour l'empereur et de dévouement au Christ ; car ils n'avaient point oublié dans les camps le précepte de l’Évangile, rendant fidèlement à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César.
 
Comme les autres soldats de l'armée, ils reçurent la mission de se livrer à la poursuite des Chrétiens et de les amener devant l'empereur. Seuls ils osèrent refuser de prêter leurs bras à ce ministère de cruauté, et répondirent qu'ils n'obéiraient point à de pareils ordres. Maximien n'était pas loin ; fatigué de la route, il s'était arrêté à Octodurum, aujourd'hui Martigny, à l'entrée de l'Entremont, sur la Dranse. Quand on vint lui annoncer dans cette ville qu'une légion rebelle à ses ordres avait suspendu sa marche et s'était arrêtée à Tarnade, appelé depuis Agaune, et enfin Saint-Maurice en Valais, il s'emporta tout à coup à un violent accès de fureur. Mais avant de continuer notre récit, nous croyons utile de donner ici une exacte description des lieux.
 
Martyre de saint Maurice et de la légion thébaine.
Ils refusent tous d'adorer l'empereur.
 
Nous n'avons pas oublié que c'est pour protéger nos concitoyens, et non pour les frapper, que nous avons pris les armes. Toujours nous avons combattu pour la justice, pour la piété, pour le salut des innocents. Jusqu'ici, au milieu des dangers que nous avons affrontés, nous n'avons pas ambitionné d'autre récompense. Nous avons combattu, par respect pour la foi que nous vous avons promise ; mais comment pourrions-nous la garder, si nous refusions à notre Dieu celle que nous Lui avons donnée ?
 
Nos premiers serments, c'est à Dieu que nous les avons faits ; et ce n'est qu'en second lieu que nous vous avons juré de vous être fidèles. Ne comptez pas sur notre fidélité à ces seconds serments, si nous venions à violer les premiers. Ce sont des Chrétiens que vous ordonnez de rechercher pour les punir ; mais nous sommes Chrétiens, nous, et nous voici ; vos voeux sont satisfaits, et vous n'avez plus besoin d'en chercher d'autres ; vous avez en nous des hommes qui confessent Dieu le Père, l'Auteur de toutes choses, et qui croient en Jésus-Christ Son Fils comme en un Dieu.
 
Nous avons vu tomber sous le glaive les compagnons de nos travaux et de nos dangers, et leur sang a rejailli jusque sur nous. Cependant nous n'avons point pleuré la mort, le cruel massacre de ces bienheureux frères ; nous n'avons pas même plaint leur sort ; au contraire, nous les avons félicités de leur bonheur, nous avons accompagné leur sacrifice des élans de notre joie, parce qu'ils ont été trouvés dignes de souffrir pour leur Seigneur et leur Dieu.
 
Quant à nous, nous ne sommes pas des rebelles que l'impérieuse nécessité de vivre a jetés dans la révolte ; nous ne sommes pas armés contre vous par le désespoir, toujours si puissant dans le danger. Nous avons des armes en main, et nous ne résistons pas. Nous aimons mieux mourir que de donner la mort, périr innocents que vivre coupables. Si vous faites encore des lois contre nous, s'il vous reste de nouveaux ordres à donner, de nouvelles sentences à prononcer, le feu, la torture, le fer ne nous effraient pas ; nous sommes prêts à mourir.
 
Nous confessons hautement que nous sommes Chrétiens et que nous ne pouvons pas persécuter des Chrétiens." (cf. Rq).
 
Martyre de saint Maurice et de la légion thébaine. El Greco. XVIIe.
 
En recevant cette réponse, Maximien comprit qu'il avait à lutter contre des cœurs inflexibles dans la Foi du Christ. C'est pourquoi, désespérant de triompher de leur généreuse constance, il résolut de faire périr d'un seul coup la légion tout entière. De nombreux bataillons de soldats reçurent l'ordre de l'entourer pour la massacrer. Arrivés devant la bienheureuse légion, les impies qu'envoyait l'empereur tirèrent leurs glaives contre ces milliers de saints que l'amour de la vie n'avait point fait fuir devant la mort. Le fer les moissonnait dans tous les rangs, et il ne leur échappait pas une plainte, pas un murmure.
 
Ils avaient déposé leurs armes ; les uns tendaient le cou, les autres présentaient la gorge à leurs persécuteurs ; tous offraient aux bourreaux un corps sans défense. Malgré leur nombre et leur puissante armure, ils ne se laissèrent point emporter au désir de faire triompher la justice et leur cause par le fer. Une seule pensée les animait : le Dieu qu'ils confessaient S'était laissé traîner à la mort sans un murmure ; comme un agneau, Il n'avait point ouvert la bouche.
 
Eux de même, les brebis du Seigneur, ils se laissèrent déchirer par des loups furieux.
 
La terre fut couverte des cadavres de ces saintes victimes, et leur noble sang y coulait en longs ruisseaux. Jamais, en dehors des combats, la rage d'un barbare entassa-t-elle tant de débris humains ? Jamais la cruauté frappa-t-elle par une seule sentence tant de victimes à la fois, même en punissant des scélérats ? Pour eux, ils étaient punis, malgré leur innocence et leur multitude, quoique souvent on laisse des crimes sans vengeance, à cause du grand nombre des coupables. Ainsi l'odieuse cruauté d'un tyran sacrifia tout un peuple de saints, qui dédaignaient les biens de cette vie présente dans l'espérance du bonheur futur. Ainsi périt cette légion vraiment digne des Anges. C'est pour cela que notre Foi nous les montre aujourd'hui réunis aux légions des Anges, et chantant éternellement avec eux dans le Ciel le Seigneur, le Dieu des armées.
 

Retable représentant le martyr de la légion thébaine. XIVe.
Église Saint-Pierre de Crozon. Crozon. Bretagne.
 
Quant au martyr Victor, il ne faisait pas partie de cette légion ; même il n'était plus soldat, ayant obtenu, après de longs services, son congé de vétéran. Mais dans un voyage qu'il faisait, il tomba, sans le savoir, au milieu des bourreaux qui, joyeux de leur butin, se livraient aux orgies d'un grand festin. Ils l'invitèrent à partager avec eux les joies de la fête. Quand il eut appris de ces malheureux, dans l'exaltation de l'ivresse, la cause qui les réunissait, il refusa avec horreur et méprisa le festin et les convives. On lui demanda alors s'il était Chrétien ; à peine eut-il répondu qu'il l'était et le serait toujours, que tout aussitôt on se jeta sur lui et on le massacra. Ainsi frappé au même lieu que les autres martyrs, il partagea avec eux et leur mort et leurs honneurs. De ce grand nombre de saints, 4 noms seulement nous sont connus : les saints martyrs Maurice, Exupère, Candide et Victor.
 
Un vitrail de la cathédrale de Strasbourg représente saint Maurice vêtu en chevalier. On le peint tenant un étendard crucifère, une grande épée et la couronne d'épines. Dans la collection des Saints du cabinet des estampes de Paris, on le voit tantôt représenté à cheval ; tantôt en tête des officiers de sa légion ; tantôt avec ses compagnons d'armes, refusant de sacrifier aux idoles, puis massacré par ordre de l'empereur.
 
ORAISON
 
" Dieu tout-puissant, daignez nous entendre : que la solennité festive de vos saints Martyrs Maurice et ses compagnons soit pour nous source d'allégresse ; comme leur suffrage est notre appui, que leur naissance au ciel soit notre gloire. Par Jésus-Christ Notre Seigneur..."
 
CULTE ET RELIQUES
 
Les corps des bienheureux martyrs d'Agaune furent découverts par révélation à saint Théodore, évêque de Sion en Valais. Il fit élever en leur honneur une basilique adossée d'un côté à un énorme rocher. Or, pendant qu'on la bâtissait, il arriva un miracle que nous ne pouvons passer sous silence.
 
Parmi les ouvriers qui, sur la convocation de l'évêque, s'étaient réunis pour ce grand travail, il y en avait un qui était encore païen. Un dimanche que les autres avaient quitté leurs travaux à cause de la solennité du jour, il était resté seul à continuer son travail. Tout à coup, au milieu de cette solitude où il se trouve, les saints, environnés de lumière, l'enlèvent et l'étendent par terre pour le soumettre au châtiment de son impiété. Il voyait de ses yeux la foule des Martyrs ; il sentait les coups dont ils le frappaient et entendait leurs reproches, parce que seul, au Jour du Seigneur, il avait manqué à l'église, et, de plus, osé, quoique païen, travailler à la construction d'un édifice sacré. Ces châtiments et ces reproches étaient de la part des saints une miséricordieuse bonté ; car l'ouvrier, tremblant et consterné, voulut aussitôt demander qu'on invoquât sur lui le Nom du Salut et se fît Chrétien.
 

Cathédrale Saint-Maurice de Vienne. Dauphiné. France.
 
Parmi les miracles des saints Martyrs, nous ne devons point oublier un fait qui a eu du retentissement, et que tous ont connu. Une dame, épouse de Quincius, personnage d'un rang distingué, était atteinte d'une paralysie qui lui avait enlevé l'usage de ses pieds. Elle sollicita son mari de la faire conduire à Agaune, quoique la distance fût considérable. A son arrivée, des serviteurs la portèrent dans leurs bras jusqu'à la basilique des saints martyrs ; elle revint à pied à son hôtellerie. Et aujourd'hui, dans ces mêmes membres que la mort avait déjà frappés, elle porte partout le témoignage du miracle qui l'a guérie.
 
Aux miracles racontés par saint Eucher (évêque de Lyon, célèbre saint et ascète), nous ajouterons celui qui arriva à saint Martin. Ce grand prélat, qui portait une singulière dévotion à nos glorieux martyrs, se rendit à Agaune pour tâcher d'avoir de leurs reliques ; mais n'ayant pu en obtenir des moines qui possédaient ce lieu, il se transporta à l'endroit où ils avaient enduré la mort. Et là, après avoir fait une oraison très-fervente, il prit un couteau et en enleva, en forme de couronne, un morceau de terre, et aussitôt, ô prodige admirable il en sortit du sang en abondance, qu'il reçut dans un vase apporté exprès pour cela, et en laissa une partie à Agaune avec ce même couteau ; il apporta le reste à Tours, et le distribua ensuite à plusieurs églises, particulièrement à sa cathédrale et à celle d'Angers. Il en conserva seulement pour lui une petite fiole, qu'il porta toujours depuis par dévotion, et avec laquelle il voulut être enterré.
 
La mémoire de saint Maurice et de ses compagnons a toujours été très-célèbre dans l'Église. Les fidèles ont coutume, dans les guerres contre les ennemis de la Foi, de l'invoquer avec saint Georges, pour en obtenir la victoire par la force de leur intercession.
 
Les Grecs ont eu aussi un martyr du nom de saint Maurice, qui souffrit dans Apamée, le 4 juillet, et dont Métaphraste a décrit le combat. Plusieurs l'ont confondu avec celui dont nous parlons, et le cardinal Baronius confesse qu'il avait suivi cette opinion ; mais il l'a rétractée dans ses Notes sur le martyrologe romain, au 22 septembre.
 

Cathédrale Saint-Maurice d'Angers. France.
 
Le culte de Saint-Maurice et de ces compagnons, né en Valais sous les yeux des témoins de leur martyre, passa dans les Gaules vers la fin du IVe siècle ; il s'étendit plus tard en Italie ; aujourd'hui il est connu et répandu dans toute la Chrétienté. Déjà vers l'an 390, saint Théodore, évêque de Sion, envoie des ossements des Thébéens [ou Thébains] à saint Victrice, évêque de Rouen. Saint Germain, évêque d'Auxerre, fait bâtir en 420, dans sa ville épiscopale, une église en l'honneur de saint Maurice et de ses compagnons.
 
Les églises paroissiales élevées sous le vocable de saint Maurice et de ses illustres frères d'armes, soit dans les diocèses voisins, soit à l'étranger, sont innombrables ; il y a en Suisse peu d'églises où l'on n’aperçoive quelque part la statue de Maurice ou le signe qui le rappelle, la croix tréflée qui porte son nom figure partout; on la voit peinte aux voûtes des sanctuaires sur les vieux drapeaux, gravée sur les armoiries des villes et jusque sur les monnaies anciennes et modernes qui ont subsisté jusque dans ces derniers temps.
 
L'église actuelle de l'abbaye de Saint-Maurice-en-Valais, dans laquelle les reliques des martyrs thébéens furent transférées solennellement au milieu d'un concours immense de peuple, possède :
- 1. Une grande châsse plaquée en argent, ornée de nombreuses pierres précieuses, renfermant plusieurs parties du corps de saint Maurice ;
- 2. 2 bustes, l'un en argent, renfermant la tête de saint Candide, un des lieutenants de saint Maurice ; l'autre en argent doré, surmonté des armes de la maison de Savoie, renferme la tête de saint Victor, vétéran romain martyrisé avec les Thébéens ;
- 3. une statue équestre, de 50 centimètres, en argent, représentant saint Maurice ;
- 4. 2 bras en argent, enrichi de pierres précieuses, dont l'un renferme une côte et un ossement de saint Bernard de Menthon ; l'autre, les reliques de saint Innocent, martyr thébéen ;
- 5. 2 châsses plaquées argent, plus petites que celle de saint Maurice. L'une renferme des ossements des martyrs thébéens ; l'autre, les reliques des enfants de saint Sigismond, patron de la paroisse ;
- 6. 2 coupes en argent, renferment des reliques de saint Séverin, premier abbé de Saint-Maurice (478), des Thébéens, de saint François de Sales, etc. ;
- 7. un vase d’agate d'une seule pièce, don de saint Charlemagne, travail Grec de l'ère païenne, très-remarqué des connaisseurs, contenant de la terre imbibée du sang des martyrs thébéens ;
- 8. une aiguière, travail arabe non moins précieux que l’agate, présent aussi de l'empereur saint Charlemagne ; c'est émail sur or, orné de superbes saphirs ; elle contient aussi du sang de nos Martyrs ;
- 9. l'anneau de saint Maurice, véritable anneau des chevaliers romains du IIIe au IVe siècle ; c'est un saphir brut monté sur or ;
- 10. un reliquaire renfermant 127 dents des martyrs thébéens, et un autre renfermant des reliques du chef de la légion.
 
Les reliques de ces glorieux martyrs furent distribuées en divers endroits de la Chrétienté. Le diocèse de Troyes en possède une partie. L'église de l'abbaye de Larrivour avait une châsse dans laquelle se trouvaient des restes de saint Maurice et de ses compagnons. Cette châsse est actuellement dans l'église de Lusigny, à la muraille de la chapelle Saint-Nicolas, du côté de l’Évangile. Une relique de saint Maurice est également dans une des châsses qui proviennent de l'abbaye de Montiéramey et qui sont exposées dans l'église paroissiale.
 
Saint Maurice est le patron de plusieurs paroisses dans le diocèse de Nevers. Le monastère de la Visitation de Nevers possède le corps de saint Ours, un des compagnons de saint Maurice.
 
En 1837 une société militaire, sous le nom de Saint-Maurice, a été fondée au Mans par des officiers en retraite. Elle avait pour but de venir en aide à ceux de ses membres qui, par suite de maladies, se trouvaient dans une position fâcheuse ; de leur faire rendre les derniers devoirs d'une manière convenable ; d'assister leurs veuves et leurs orphelins ; mais elle n'existe plus.
 
Rq : Cette déclaration est d'une clarté admirable. Le premier maître servi est Notre Père des Cieux et le maître temporel qu'est l'empereur ne saurait être obéi s'il contrevient à des droits de la Très Sainte Trinité.

Aujourd'hui, on peut s'interroger quant au sens de l'obéissance des Chrétiens qui servent dans l'armée de la république dite française (régime illégitime et satanique, cause et instrument de tant de martyrs religieux ou laïcs qui piétine sans cesse les droits du Souverain Maître), à l'entendement qu'ils forment de leur vocation et à la manière fausse qu'ils ont de concilier l'inconciliable...
 
Précision des rédacteurs des Petits Bollandistes :
 
Cette histoire authentique du martyre de saint Maurice et de ses compagnons a été écrite 150 ans après leur mort, par saint Eucher, évêque de Lyon, qui cite leurs Actes et la relation d'Isaac, évêque de Genève : Isaac avait été instruit par Théodore, évêque d'Octodurum. Nous avons reproduit, intégralement ce monument, un des plus beaux de l'antiquité Chrétienne, tel qu'il se trouve dans les " Actes des Martyrs ", traduits et publiés par les rr.pp. Bénédictins, de la Congrégation de France (T. III, p.20 et suiv.). Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, d'une " Notice sur la ville de Saint-Maurice et son abbaye ", par m. le chanoine Beck ; de " l'Hagiologie Nivernaise ", par Mgr Crosnier, et des " Saints de Troyes ", par M. l'abbé Defer.

03:00 Publié dans M | Lien permanent | Commentaires (1)