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lundi, 29 décembre 2025

29 décembre. Saint Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, martyr. 1170.

- Saint Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, martyr. 1170.
 
Pape : Alexandre III. Roi d'Angleterre : Henri II Court-Manteau. Roi de France : Louis VII.

" Je connais vos oeuvres, les travaux que vous avez entrepris et l'héroïque constance qui en a assuré le succès ; je sais tout ce que vous avez souffert pour mon nom, sans faiblir jamais devant mes ennemis."
Apoc., II, 2.


Sainte conversation avec saint Thomas Becket. Le Nain. XVIIe.

Un nouveau Martyr vient réclamer sa place auprès du berceau de l'Enfant-Dieu. Il n'appartient point au premier âge de l'Eglise ; son nom n'est point écrit dans les livres du Nouveau Testament, comme ceux d'Etienne, de Jean, et des enfants de Bethléhem. Néanmoins, il occupe un des premiers rangs dans cette légion de Martyrs qui n'a cessé de se recruter à chaque siècle, et qui atteste la fécondité de l'Eglise et la force immortelle dont l'a douée son divin auteur. Ce glorieux Martyr n'a pas versé son sang pour la foi ; il n'a point été amené devant les païens, ou les hérétiques, pour confesser les dogmes révélés par Jésus-Christ et proclamés par l'Eglise. Des mains chrétiennes l'ont immolé ; un roi catholique a prononcé son arrêt de mort ; il a été abandonné et maudit par le grand nombre de ses frères, dans son propre pays : comment donc est-il Martyr ? comment a-t-il mérité la palme d'Etienne ? C'est qu'il a été le Martyr de la Liberté de l'Eglise.

En effet, tous les fidèles de Jésus-Christ sont appelés à l'honneur du martyre, pour confesser les dogmes dont ils ont reçu l'initiation au Baptême. Les droits du Christ qui les a adoptés pour ses frères s'étendent jusque-là. Ce témoignage n'est pas exigé de tous ; mais tous doivent être prêts de rendre, sous peine de la mort éternelle dont la grâce du Sauveur les a rachetés. Un tel devoir est, à plus forte raison, imposé aux pasteurs de l'Eglise ; il est la garantie de l'enseignement qu'ils donnent à leur propre troupeau : aussi, les annales de l'Eglise sont-elles couvertes, à chaque page, des noms triomphants de tant de saints Evêques qui ont, pour dernier dévouement, arrosé de leur sang le champ que leurs mains avaient fécondé, et donné, en cette manière, le suprême degré d'autorité à leur parole.


Martyre de saint Thomas Becket. Fresque.
Eglise Saint-Vincent de Saint-Flour. Auvergne. XIVe.

Mais si les simples fidèles sont tenus d'acquitter la grande dette de la foi par l'effusion de leur sang ; s'ils doivent à l'Eglise de confesser, à travers toute sorte de périls, les liens sacrés qui les unissent à elle, et par elle, à Jésus-Christ, les pasteurs ont un devoir de plus à remplir, le devoir de confesser la Liberté de l'Eglise. Ce mot de Liberté de l’Eglise sonne mal aux oreilles des politiques. Ils y voient tout aussitôt l'annonce d'une conspiration ; le monde, de son côté, y trouve un sujet de scandale, et répète les grands mots d'ambition sacerdotale ; les gens timides commencent à trembler, et vous disent que tant que la foi n'est pas attaquée, rien n'est en péril. Malgré tout cela, l'Eglise place sur ses autels et associe à saint Etienne, à saint Jean, aux saints Innocents, cet Archevêque anglais du XIIe siècle, égorgé dans sa Cathédrale pour la défense des droits extérieurs du sacerdoce.

Elle chérit la belle maxime de saint Anselme, l'un des prédécesseurs de saint Thomas, que " Dieu n'aime rien tant en ce monde que la Liberté de son Eglise " ; et au XIXe siècle [que dire du XXe et du XXIe...], comme au XIIe, le Siège Apostolique s'écrie, par la bouche de Pie VIII, comme elle l'eût fait par celle de saint Grégoire VII. C'est par l'institution même de Dieu que l'Eglise, Epouse sans tache de l'Agneau immaculé Jésus-Christ, est LIBRE, et qu'elle n'est soumise à aucune puissance terrestre (Libera est institutione divina, nullique obnox laterrenae potestati, Ecclesia intemerata sponsa immaculati Agni Christi Jesu. Litterae Apostolicae ad Episcopos provinciae Rhenanae, 30 Junii 1830).

Or, cette Liberté sacrée consiste en la complète indépendance de l'Eglise à l'égard de toute puissance séculière, dans le ministère de la Parole, qu'elle doit pouvoir prêcher, comme parle l'Apôtre, à temps et à contre-temps, à toute espèce de personnes, sans distinction de nations, de races, d'âge, ni de sexe ; dans l'administration de ses Sacrements, auxquels elle doit appeler tous les hommes sans exception, pour les sauver tous ; dans la pratique, sans contrôle étranger, des conseils aussi bien que des préceptes évangéliques ; dans les relations, dégagées de toute entrave, entre les divers degrés de sa divine hiérarchie ; dans la publication et l'application des ordonnances de sa discipline ; dans le maintien et le développement des institutions qu'elle a créées ; dans la conservation et l'administration de son patrimoine temporel ; enfin dans la défense des privilèges que l'autorité séculière elle-même lui a reconnus, pour assurer l'aisance et la considération de son ministère de paix et de charité sur les peuples.


Martyre de saint Thomas Becket. Détail. Fresque.
Eglise Saint-Vincent de Saint-Flour. Auvergne. XIVe.

Telle est la Liberté de l'Eglise : et qui ne voit qu'elle est le boulevard du sanctuaire lui-même ; que toute atteinte qui lui serait portée peut mettre à découvert la hiérarchie, et jusqu'au dogme lui-même ? Le Pasteur doit donc la défendre d'office, cette sainte Liberté : il ne doit ni fuir, comme le mercenaire ; ni se taire, comme ces chiens muets qui ne savent pas aboyer, dont parle Isaïe (LVI, 10). Il est la sentinelle d'Israël ; il ne doit pas attendre que l'ennemi soit entré dans la place pour jeter le cri d'alarme, et pour offrir ses mains aux chaînes, et sa tête au glaive. Le devoir de donner sa vie pour son troupeau commence pour lui du moment où l'ennemi assiège ces postes avancés, dont la franchise assure le repos de la cité tout entière.

Que si cette résistance entraîne de graves conséquences, c'est alors qu'il faut se rappeler ces belles paroles de Bossuet, dans son sublime Panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry, que nous voudrions pouvoir ici citer tout entier :
" C'est une loi établie, dit-il, que l'Eglise ne peut jouir d'aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants, et que, pour affermir ses droits, il faut qu'elle répande du sang. Son Epoux l'a rachetée par le sang qu'il averse pour elle, et il veut qu'elle achète par un prix semblable les grâces qu'il lui accorde. C'est par le sang des Martyrs qu'elle a étendu ses conquêtes bien loin au. delà de l'empire romain ; son sang lui a procuré et la paix dont elle a joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu'elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il paraît donc qu'elle devait du sang à l'affermissement de son autorité, comme elle en avait donné à l'établissement de sa doctrine ; et ainsi la discipline, aussi bien que la foi de l'Eglise, a dû avoir ses Martyrs."

Il ne s'est donc pas agi, pour saint Thomas et pourtant d'autres Martyrs de la Liberté ecclésiastique, de considérer la faiblesse des moyens qu'on pourrait opposer aux envahissements des droits de l'Eglise. L'élément du martyre est la simplicité unie à la force ; et n'est-ce pas pour cela que de si belles palmes ont été cueillies par de simples fidèles, par de jeunes vierges, par des enfants ? Dieu a mis au coeur du chrétien un élément de résistance humble et inflexible qui brise toujours toute autre force. Quelle inviolable fidélité l'Esprit-Saint n'inspire-t-il pas à l'âme de ses pasteurs qu'il établit comme les Epoux de son Eglise, et comme autant de murs imprenables de sa chère Jérusalem ?
" Thomas, dit encore l'Evêque de Meaux, ne cède pas à l'iniquité, sous prétexte qu'elle est armée et soutenue d'une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d'un lieu éminent, d'où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s'élever contre, comme une digue que l'on élève à mesure que l'on voit les ondes enflées."

Chasuble de soie portée par saint Thomas Becket lors de
sa visite à Tournai en 1170. Trésor de la cathédrale de Tournai.

Mais, dans cette lutte, le Pasteur périra peut-être ? Et, sans doute, il pourra obtenir cet insigne honneur. Dans sa lutte contre le monde, dans cette victoire que le Christ a remportée pour nous, il a versé son sang, il est mort sur une croix ; et les Martyrs sont morts aussi ; mais l'Eglise, arrosée du sang de Jésus-Christ, cimentée parle sang des Martyrs, peut-elle se passer toujours de ce bain salutaire qui ranime sa vigueur, et forme sa pourpre royale ? Thomas l'a compris ; et cet homme, dont les sens sont mortifiés par une pénitence assidue, dont les affections en ce monde sont crucifiées par toutes les privations et toutes les adversités, a dans son cœur ce courage plein de calme, cette patience inouïe qui préparent au martyre. En un mot, il a reçu l'Esprit de force, et il lui a été fidèle.

" Selon le langage ecclésiastique, continue Bossuet, la force a une autre signification que dans le langage du monde. La force selon le monde s'étend jusqu'à entreprendre ; la force selon l'Eglise ne va pas plus loin que de tout souffrir : voilà les bornes qui lui sont prescrites. Ecoutez l'Apôtre saint Paul : " Nondum usque ad sanguinem restitistis " ; comme s'il disait : Vous n'avez pas tenu jusqu'au bout, parce que vous ne vous êtes pas défendus jusqu'au sang. Il ne dit pas jusqu'à attaquer, jusqu'à verser le sang de vos ennemis, mais jusqu'à répandre le vôtre.

Au reste, saint Thomas n'abuse point de ces maximes vigoureuses. Il ne prend pas par fierté ces armes apostoliques, pour se faire valoir dans le monde : il s'en sert comme d'un bouclier nécessaire dans l'extrême besoin de l'Eglise. La force du saint Evêque ne dépend donc pas du concours de ses amis, ni d'une intrigue finement menée. Il ne sait point étaler au monde a sa patience, pour rendre son persécuteur plus odieux, ni faire jouer de secrets ressorts pour soulever les esprits. Il n'a pour lui que les prières des pauvres, les gémissements des veuves et des orphelins. Voilà, disait saint Ambroise, les défenseurs des Evêques ; voilà leurs gardes, voilà leur armée. Il est fort, parce qu il a un esprit également incapable et de crainte et de murmure. Il peut dire véritablement à Henri, roi d'Angleterre, ce que disait Tertullien, au nom de toute l'Eglise, à un magistrat de l'Empire, grand persécuteur de l'Eglise : " Non te terremus, qui nec timemus ". Apprends à connaître quels nous sommes, et vois quel homme c'est qu'un chrétien : Nous ne pensons pas à te faire peur, et nous sommes incapables de te craindre. Nous ne sommes ni redoutables ni lâches : nous ne sommes pas redoutables, parce que nous ne savons pas cabaler ; et nous ne sommes pas lâches, parce que nous savons mourir."


Martyre de saint Thomas Becket. Bréviaire à l'usage de Paris. XIVe.

Mais laissons encore la parole à l'éloquent prêtre de l'Eglise de France, qui fut lui-même appelé aux honneurs de l'épiscopat dans l'année qui suivit celle où il prononça ce discours ; écoutons-le nous raconter la victoire de l'Eglise par saint Thomas de Cantorbéry :
" Chrétiens, soyez attentifs : s'il y eut jamais un martyre qui ressemblât parfaitement à un sacrifice, c'est celui que je dois vous représenter. Voyez les préparatifs : l'Evêque est à l'église avec son clergé, et ils sont déjà revêtus. Il ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint Pontife est préparé, et c'est la victime que Dieu a choisie. Ainsi tout est prêt pour le sacrifice, et je vois entrer dans l'église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d'eux, à l'imitation de Jésus-Christ ; et pour a imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. " Si c'est moi que vous cherchez, laissez, dit Jésus, retirer ceux-ci ".
Ces choses étant accomplies, et l'heure du sacrifice étant arrivée, voyez comme saint Thomas en commence la cérémonie. Victime et Pontife tout ensemble, il présente sa tête et fait sa prière. Voici les vœux solennels et les paroles mystiques de ce sacrifice : " Et ego pro Deo mori paratus sum, etpro assertione justitiœ, et pro Ecclesiae libertate ; dummodo effusione sanguinis mei pacem et libertatem consequatur ". " Je suis prêt à mourir, dit-il, pour la cause de Dieu et de son Eglise ; et toute la grâce que je demande, c'est que mon sang lui rende la paix et la liberté qu'on veut lui ravir ". Il se prosterne devant Dieu ; et comme dans le Sacrifice solennel nous appelons les Saints nos intercesseurs, il n'omet pas une partie si considérable de cette cérémonie sacrée : il appelle les saints Martyrs et la sainte Vierge au secours de l'Eglise opprimée ; il ne parle que de l'Eglise ; il n'a que l'Eglise dans le cœur et dans la bouche ; et, abattu par le coup, sa langue froide et inanimée semble encore nommer l'Eglise."


Martyre de saint Thomas Becket. Legenda aurea. Bx J. de Voragine.
Jacques de Besançon. XVe.

Ainsi ce grand Martyr, ce type des Pasteurs de l'Eglise, a consommé son sacrifice ; ainsi il a remporté la victoire ; et cette victoire ira jusqu'à l'entière abrogation de la coupable législation qui devait entraver l'Eglise, et l'abaisser aux yeux des peuples. La tombe de Thomas deviendra un autel ; et au pied de cet autel, on verra bientôt un Roi pénitent solliciter humblement sa grâce. Que s'est-il donc passé ? La mort de Thomas a-t-elle excité les peuples à la révolte ? le Martyr a-t-il rencontré des vengeurs ? Rien de tout cela n'est arrivé. Son sang a suffi à tout. Qu'on le comprenne bien : les fidèles ne verront jamais de sang-froid la mort d'un pasteur immolé pour ses devoirs ; et les gouvernements qui osent faire des Martyrs en porteront toujours la peine. C'est pour l'avoir compris d'instinct, que les ruses de la politique se sont réfugiées dans les systèmes d'oppression administrative , afin de dérober habilement le secret de la guerre entreprise contre la Liberté de l'Eglise.

C'est pour cela qu'ont été forgées ces chaînes non moins déliées qu'insupportables, qui enlacent aujourd'hui tant d'Eglises. Or, il n'est pas dans la nature de ces chaîner de se dénouer jamais ; elles ne sauraient être que brisées ; mais quiconque les brisera, sa gloire sera grande dans l'Eglise de la terre et dans celle du ciel ; car sa gloire sera celle du martyre. Il ne s'agira ni de combattre avec le fer, ni de négocier par la politique ; mais de résister en face et de souffrir avec patience jusqu'au bout.

Ecoutons une dernière fois notre grand orateur, relevant ce sublime élément qui a assuré la victoire à la cause de saint Thomas :
" Voyez, mes Frères, quels défenseurs trouve l'Eglise dans sa faiblesse, et combien elle a raison de dire avec l'Apôtre : Cum infirmor, tunc potens sum. Ce sont ces bienheureuses faiblesses qui lui donnent cet invincible secours, et qui arment en sa faveur les plus valeureux soldats et les plus puissants conquérants du monde, je veux dire, les saints Martyrs. Quiconque ne ménage pas l'autorité de l'Eglise, qu'il craigne ce sang précieux des Martyrs, qui la consacre et la protège."


Buste reliquaire de saint Thomas Becket.
Chanac-les-Mines. Limousin. XIVe.

Or, toute cette force, toute cette victoire émanent du berceau de l'Enfant-Dieu ; et c'est pour cela que Thomas s'y rencontre avec Etienne. Il fallait un Dieu anéanti, une si haute manifestation d'humilité, de constance et de faiblesse selon la chair, pour ouvrir les yeux des hommes sur la nature de la véritable force. Jusque-là on n'avait soupçonné d'autre vigueur que celle des conquérants à coups d'épée, d'autre grandeur que la richesse, d'autre honneur que le triomphe ; et maintenant, parce que Dieu venant en ce monde a apparu désarmé, pauvre et persécuté, tout a changé de face. Des cœurs se sont rencontrés qui ont voulu aimer, malgré tout, les abaissements de la Crèche ; et ils y ont puisé le secret d'une grandeur d'âme que le monde, tout en restant ce qu'il est, n'a pu s'empêcher de sentir et d'admirer.

Il est donc juste que la couronne de Thomas et celle d'Etienne, unies ensemble, apparaissent comme un double trophée aux côtés du berceau de l'Enfant de Bethléhem ; et quant au saint archevêque, la Providence de Dieu a marqué divinement sa place sur le Cycle, en permettant que son immolation s'accomplît le lendemain de la fête des saints Innocents, afin que la sainte Eglise n'éprouvât pas d'incertitude sur le jour qu'elle devrait assigner à sa mémoire. Qu'il garde donc cette place si glorieuse et si chère à toute l'Eglise de Jésus-Christ ; et que son nom reste, jusqu'à la fin des temps, la terreur des ennemis de la Liberté de l'Eglise, l'espérance et la consolation de ceux qui aiment cette Liberté que le Christ a acquise aussi par son sang.


Martyre de saint Thomas Becket. Estampe du début du XXe. France.

Thomas veut dire abyme, jumeau, et coupé. Abyme, c'est-à-dire, profond en humilité, ce qui est clair par son cilice, et, en lavant les pieds des pauvres ; jumeau, car dans sa prélature, il eut deux qualités éminentes, celle de la parole et celle de l’exemple. Il fut coupé dans son martyre.

Thomas de Cantorbéry, né à Londres, restant à la cour du roi d'Angleterre vit commettre différentes actions contraires à la religion ; il se retira alors pour se mettre sous la conduite de l’archevêque de Cantorbéry, Thibault, qui le nomma son archidiacre. Il se rendit cependant aux instances de l’archevêque qui lui conseilla de conserver la charge de chancelier du roi, afin que, par la prudence, dont il était excellemment doué, il devînt un obstacle au mal que les méchants pourraient exercer contre l’église.

Le roi avait pour lui tant d'affection que, lors du décès de l’archevêque, il voulut l’élever sur le siège épiscopal. Après de longues résistances, il consentit à recevoir ce fardeau sur les épaules. Mais tout aussitôt il fut changé en un autre homme : il était devenu parfait, il mortifiait sa chair par le cilice et parles jeûnes ; car il portait non seulement un cilice au lieu de chemise, mais il avait des caleçons de poil de chèvre qui le couvraient jusqu'aux genoux. Il employait une telle adresse à cacher sa sainteté que, tout en conservant une honnêteté exquise, sous des habits convenables et n'ayant que des meubles décents, il se conformait aux moeurs de chacun. Tous les jours, il lavait à genoux les pieds de treize pauvres auxquels il donnait un repas et quatre pièces d'argent.


Martyre de saint Thomas Becket. Heures à l'usage d'Angers. XIIIe.

Le roi s'efforçait de le faire plier à sa volonté au détriment de l’église, en exigeant qu'il sanctionnât, lui aussi, des coutumes dont ses prédécesseurs avaient joui contre les libertés ecclésiastiques. Il n'y voulut jamais consentir, et il s'attira ainsi la haine du roi et des princes. Pressé un jour par le roi, lui et quelques évêques, sous l’influence de la mort dont on les menaçait et trompé par les conseils de plusieurs grands personnages, il consentit de bouche à céder au voeu du monarque ; mais s'apercevant qu'il pourrait en résulter bientôt un grand détriment pour les âmes, il s'imposa dès lors de plus rigoureuses mortifications il cessa de dire la messe, jusqu'à ce qu'il eût pu obtenir d'être relevé, par le souverain Pontife, des suspenses qu'il croyait avoir encourues.

Requis de confirmer par écrit ce qu'il avait promis de bouche, il résista au roi avec énergie, prit lui-même sa croix pour sortir de la cour, aux clameurs des impies qui disaient :
" Saisissez le voleur, à mort le traître !"
Deux personnages éminents et pleins de foi vinrent alors lui assurer avec serment qu'une foule de grands avaient juré sa mort. L'homme de Dieu, qui craignait pour l’église plus encore que pour lui, prit la fuite, et vint trouver à Sens le pape Alexandre III, qui le reçut avec bonté, et le recommanda aux moines du monastère de Pontigny, Ordre de Citeaux, chez lesquels il se rendit. Henri , l'ayant connu, écrivit des lettres menaçantes au Chapitre de Citeaux, à l'effet de faire chasser Thomas du monastère de Pontigny. Le saint homme, craignant que cet Ordre n'eût à souffrir quelque persécution à cause de lui, se retira de lui-même, et, sur l'invitation de Louis, roi de France, il alla demeurer auprès de lui.

De son côté, le roi Henri envoya à Rome demander des légats afin de terminer le différend mais il n'éprouva que dés refus, ce qui l’irrita plus encore contre le prélat. Il mit la saisie sur tous ses biens et sur ceux de ses amis, exila tous es membres de sa famille, sans avoir aucun égard pour la condition ou le sexe, le rang ou l’âge des individus. Quant au saint, tous les jours, il priait pour le roi et pour le royaume d'Angleterre. Il eut alors une révélation qu'il rentrerait dans son église, et qu'il recevrait du Christ la palme du martyre.
Il resta donc en France jusqu'à ce que, par l'intervention du souverain Pontife et du roi, il fût rappelé de l'exil, après sept ans, et revînt pour être reçu avec de grands honneurs et à la grande satisfaction du royaume entier.

Comme il s'appliquait, sans rien craindre, à remplir les devoirs d'un bon pasteur, des calomniateurs viennent rapporter au roi qu'il entreprend beaucoup de choses contre le royaume et la tranquillité publique : en sorte que ce prince se plaignait souvent de ce que, dans tout son royaume, il n'y avait qu'un évêque avec qui il ne pût avoir la paix.


Martyre de saint Thomas Becket.
Livre d'images de Madame Marie. XIIIe.

Quelques jours avant le martyre de Thomas, un jeune homme mourut et ressuscita miraculeusement et il disait avoir été conduit jusqu'au rang le plus élevé des saints où il avait vu une place vide parmi les apôtres. Il demanda à qui appartenait cette place, un ange lui répondit qu'elle était réservée par le Seigneur à un illustre prêtre anglais.

Un ecclésiastique qui tous les jours célébrait la messe en l’honneur de, la Bienheureuse Vierge, fut accusé auprès de l’archevêque qui le fit comparaître devant lui et le suspendit de son office, comme idiot et ignorant. Or, le bienheureux Thomas avait caché sous son lit son cilice qu'il devait recoudre quand il en aurait le temps ; la bienheureuse Marie apparut au prêtre et lui dit :
" Allez dire à l’archevêque que celle pour l’amour de laquelle vous disiez vos messes a recousu son cilice qui est à tel endroit et qu'elle y a laissé le fil rouge dont elle s'est servi. Elle vous envoie pour qu'il ait à lever, l’interdit dont il vous a frappé."
Thomas en entendant cela et trouvant tout ainsi qu'il avait été dit, fut saisi, et en relevant le prêtre de son interdit, il lui recommanda de tenir cela sous le secret.

Il défendit, comme auparavant les droits de l’Église et il ne se laissa fléchir ni par la violence, ni par les prières du roi. Comme donc on ne pouvait l’abattre en aucune manière, voici venir avec leurs armes des soldats du roi qui demandent à grands cris où est l’archevêque.
Il alla au-devant d'eux et leur dit :
" Me voici, que voulez-vous ?
- Nous venons pour te tuer tu n'as pas plus long temps à vivre."
Il leur dit :
" Je suis prêt à mourir pour Dieu, pour la défense de la justice et la liberté de l’Église. Donc si c'est, à moi que vous en voulez, de la part du Dieu tout-puissant et sous peine d'anathème, je vous défends de faire tel marque ce soit à ceux qui sont ici, et je recommande la cause de l’Église et moi-même à Dieu, à la bienheureuse Marie, à tous les saints et à saint Denys."

Médaillon de pèlerin orné de la tombe de
saint Thomas Becket à Cantorbéry. Etain. XIVe.

Après quoi sa tête vénérable tombe sous le glaive des impies, la couronne de son chef est coupée, sa cervelle jaillit sur le pavé de l’église et il est sacré martyr du Seigneur l’an 1174. Comme les clercs commençaient Requiem aeternam de la messe des morts qu'ils allaient célébrer pour lui, tout aussitôt, dit-on, les choeurs des anges interrompent la voix des chantres et entonnent la messe d'un martyr : Laetabitur justus in Domino, que les autres clercs continuent.

Ce changement est vraiment l’ouvrage de la droite du Très-Haut, que le chant de la tristesse ait été changé en un cantique de louange, quand celui pour lequel on venait de commencer les prières des morts, se trouve à l’instant partager les honneurs des hymnes des martyrs. Il était vraiment doué d'une haute sainteté ce martyr glorieux du Seigneur auquel les anges donnent ce témoignage d'honneur si éclatant en l’inscrivant eux-mêmes par avance au catalogue des martyrs.
Ce saint souffrit donc la mort pour l’Église, dans une église ; dans le lieu saint, dans un temps saint, entre les mains des prêtres et des religieux, afin que parussent au grand jour et la sainteté du patient et la cruauté des persécuteurs.

Le Seigneur daigna opérer beaucoup d'autres miracles par son saint, car en considération de ses mérites, furent rendus aux aveugles la vue, aux sourds l’ouïe, aux boiteux le marcher, aux morts la vie. L'eau dans laquelle on lavait les linges trempés de son sang, guérit beaucoup de malades. Par coquetterie et afin de paraître plus belle, une dame d'Angleterre désirait avoir des yeux vairons et pour cela elle vint, après en avoir fait le veau, nu-pieds au tombeau de saint Thomas. En se levant après sa prière, elle se trouva tout à fait aveugle ; elle se repentit alors et commença à prier saint Thomas de lui rendre au moins les yeux tels qu'elle les avait, sans parler d'yeux vairons, et ce fut à peine si elle put l’obtenir.


Martyre de saint Thomas Becket.
Vies de saints. Maître de Fauvel. XIVe.

Un plaisant avait apporté dans un vase, à son maître à table, de l’eau ordinaire au lieu de l’eau de saint Thomas. Ce maître lui dit :
" Si tu ne m’as jamais rien volé, que saint Thomas te laisse apporter l’eau, mais si tu es coupable de vol, que cette eau s'évapore aussitôt."
Le serviteur, qui savait avoir rempli le vase ; il n'y avait qu'un instant, y consentit. Chose merveilleuse ! On découvrit le vase, et il fut trouvé vide et de cette manière le serviteur fut reconnu menteur et convaincu d'être fin voleur.

Un oiseau, auquel on avait appris à parler, était poursuivi par un aigle, quand il se mit à crier ces mots qu'on lui avait fait retenir :
" Saint Thomas, au secours, aide-moi !"
L'aigle tomba mort à l’instant et l’oiseau fut sauvé.

Un particulier que saint Thomas avait beaucoup aimé tomba gravement malade ; il alla à son tombeau prier pour recouvrer la santé : ce qu'il obtint à souhait. Mais en revenant guéri, il se prit à penser que cette guérison n'était peut-être pas avantageuse à son âme. Alors il retourna prier au tombeau et demanda que si sa guérison ne devait pas lui être utile pour son salut, son infirmité lui revînt, et il en fut ainsi qu'auparavant.

La vengeance divine s'exerça sur ceux qui l’avaient massacré : les uns se mettaient les doigts en lambeaux avec les dents, le corps des autres : tombait en pourriture ; ceux-ci moururent de paralysie, ceux-là succombèrent misérablement dans des accès de folie.


Martyre de saint Thomas Becket. Léon Comerre.
Hôtel de ville de Trélon. Pas-de-Calais. XIXe.
 
SEQUENCE

La Liturgie de l'Eglise d'Angleterre rendait à saint Thomas un culte plein de tendresse et d'enthousiasme. Nous extrairons plusieurs pièces de l'ancien Bréviaire de Salisbury, et nous donnerons d'abord un ensemble formé de la plupart des Antiennes des Matines et des Laudes. Tout l'Office est rimé, suivant l'usage du XIVe siècle, auquel ces compositions appartiennent :

" Thomas, élevé au souverain sacerdoce, se trouve tout à coup changé en un autre homme.

Sous ses vêtements de clerc, il revêt secrètement le cilice du moine ; plus fort que la chair, il réprime les révoltes de la chair.

Agriculteur fidèle, il arrache les ronces du champ du Seigneur ; de ses vignes il repousse et il chasse les renards.

Il ne souffre point que les loups dévorent les agneaux, ni que les animaux malfaisants traversent le jardin confié à sa garde.

On l'exile ; ses biens sont la proie des méchants ; mais, au milieu du feu de la tribulation, Thomas n'est pas atteint.

Des satellites de Satan pénètrent dans le temple ; ils en font le théâtre d'un forfait inouï.

Thomas marche au-devant des épées menaçantes ; il ne cède ni aux menaces, ni aux glaives, pas même à la mort.

Lieu fortuné, heureuse église où vit la mémoire de Thomas ! Heureuse terre qui a produit un tel prélat ! Heureuse contrée qui, avec amour, recueillit son exil !

Le grain tombe, et c'est pour produire une abondance de froment ; le vase d'albâtre est brisé, et c'est pour répandre la suavité du parfum.

L'univers entier s'empresse à témoigner son amour pour le Martyr ; ses prodiges multipliés excitent en tout lieu l'étonnement.

Les pièces qui suivent ne sont pas moins dignes de mémoire, pour l'affection et la confiance qu'elles expriment à notre grand Martyr."

Ant. " Le Pasteur immolé, au milieu de son troupeau achète la paix au prix de son sang. O douleur pleine d'allégresse ! Ô joie remplie de tristesse par la mort du Pasteur, le troupeau respire ; la mère en pleurs applaudit à son fils, vivant et victorieux sous le glaive."
R/. " Cesse tes plaintes, ô Rachel cesse de pleurer sur la fleur de ce monde, que le monde a brisée ; Thomas immolé, enseveli est un nouvel Abel qui succède à l'ancien."

Ant. " Salut, Thomas ! Sceptre de justice, splendeur du monde, vigueur de l'Eglise, amour du peuple, délices du clergé. Tuteur fidèle du troupeau, salut ! Daignez sauver ceux qui applaudissent à votre gloire."


Reliquaire de saint Thomas Becket.
Email champlevé, cuivre doré. XIIe (entre 1170 et 1180).

SEQUENCE

L'Eglise de France témoigna aussi par la Liturgie sa vive admiration pour l'illustre Martyr. Adam de Saint-Victor composa jusqu'à trois Séquences pour célébrer un si noble triomphe (nous en donnons ici la deuxième).
Elles respirent la plus ardente sympathie pour le sublime athlète de Cantorbéry, et montrent à quel point était chère la Liberté de l'Eglise aux fidèles de ces temps, et comment la cause dont saint Thomas fut le martyr était regardée alors comme celle de la société chrétienne tout entière :


" Ô Eglise, Ô tendre Mère, déplore dans tes chants le forfait commis naguère par la Grande-Bretagne.

Ô France, sois émue de compassion ; le ciel lui-même, la terre et les mers, pleurent sur ce crime exécrable.

Oui, l'Angleterre a commis un crime qu'on n'ose raconter, un forfait immense et qui saisit d'horreur. Elle a condamné son propre père ; elle l'a massacré sur son siège, auquel il venait d'être rendu.

Thomas, lui, la fleur vermeille de l'Angleterre, la gloire première de l'Eglise, a été immolé dans le temple de Cantorbéry ; prêtre et victime, il a succombé pour la justice.

Entre le temple et l'autel, sur le seuil même de l'église, on l'a atteint, mais non vaincu ; le voile du temple a été fendu en deux par le glaive. Elisée a reçu le coup sur sa tête vénérable ; Zacharie a été égorgé ; la paix qui venait de se conclure a été violée ; et les chants d'allégresse se sont changés en lamentations.

Le lendemain de la fête des Innocents, le Pontife innocent comme eux est traîné à la mort ; on le frappe, on répand sa cervelle sur le pavé avec la pointe du glaive. Le temple acquiert une nouvelle gloire par le sang qui rougit ses dalles, au moment où le Pontife revêt la robe empourprée du martyre.

La fureur des meurtriers est au comble ; ils ont conspiré contre la vie du juste, et leur épée s'est abattue sur sa tête en présence même du Seigneur. Le Pontife accomplissait l'œuvre de sanctification : là même il est sanctifié ; il immolait, et on l'immole. Il laisse ainsi aux hommes l'exemple de son sublime courage.

Cet holocauste choisi devient célèbre dans tout l'univers ; c'est le Pontife lui-même offert à Dieu, comme une victime d'agréable odeur ; on a frappé sa tête à l'endroit où la couronne la rendait plus sacrée ; en retour, il a reçu une double tunique d'honneur ; et le privilège de son trône archiépiscopal est désormais reconnu.

Le Juif regarde avec insolence, le païen idolâtre poursuit de ses sarcasmes des chrétiens qui ont violé le pacte sacré, et dont la rage n'a pas su épargner même un des pères de la chrétienté Rachel repousse les consolations ; elle pleure le fils qu'elle a vu immoler jusque sur son sein maternel, le fils dont le trépas arrache tant de larmes aux chrétiens pieux.

C'est là le Pontife que le suprême architecte a placé glorieux au faite de l'édifice céleste, parce qu'il a triomphé du glaive homicide des Anglais.

Pour n'avoir pas craint la mort, pour avoir livré sa tête avec son sang, au sortir de ce séjour terrestre, il est entré pour jamais dans le Saint des Saints.

Les prodiges attestent combien fut précieuse sa mort ; que ses prières, nous soient un secours favorable pour l'éternité.

Amen."


Reliquaire de saint Thomas Becket. Verre, argent niellé et doré.
XIIe (entre 1170 et 1180).

Ainsi s'épanchait, par la voix sacrée de la Liturgie, l'amour du peuple catholique pour saint Thomas de Cantorbéry. Ainsi la victoire de l'Eglise était-elle réputée la victoire de l'humanité elle-même, dans les siècles catholiques. Il n'entre point dans notre plan d'écrire la vie des Saints dans cette Année liturgique dé]à si remplie ; nous ne pourrons donc développer ici en détail le caractère de ce grand Martyr de la plus sacrée des libertés.

Cependant, nous croyons faire plaisir à nos lecteurs, en produisant sous leurs yeux un témoignage touchant de l'affection et de l'estime qu'avait inspirées Thomas à ceux qui avaient été témoins des vertus évangéliques de ce prélat fidèle et désintéressé, auquel le roi son ami, et plus tard son meurtrier, ne pardonna jamais de s'être démis des hautes fonctions de Chancelier du royaume d'Angleterre, le jour où il fut promu à l'archevêché de Cantorbéry.

La lettre qu'on va lire fut écrite par un Français, Pierre de Blois, Archidiacre de Bath, et adressée aux Chanoines de Beauvoir, peu de jours après le martyre du Saint, quand son sang était encore chaud sur le pavé de l'Eglise Primatiale de l'Angleterre. Cette lettre est un cri de victoire ; mais combien la victoire de l'Eglise, dans laquelle elle ne verse d'autre sang que le sien, est pure et paisible :

Reliquaire de saint Thomas Beckett. Sont représentés la mise au
tombeau de Notre Seigneur Jésus-Christ et le martyre de
saint Thomas Becket. Email champlevé or et cuivre. Début du XIIIe.

" Il est décédé, le Pasteur de nos âmes, lui dont je voulais pleurer le trépas ; mais que dis-je ? Il s'est retiré plutôt qu'il n'est décédé ; il s'en est allé, il n'est pas mort. En effet, la mort par laquelle le Seigneur a glorifié son Saint n'est pas une mort, mais un sommeil. C'est un port, c'est la porte de la vie, l'entrée dans les délices de la patrie céleste, dans les puissances du Seigneur, dans l'abîme de l'éternelle clarté.

Prêt à partir pour un voyage lointain, il a pris a avec lui les subsides de la route, pour revenir à la pleine lune. Son âme, qui s'est retirée de son corps riche de mérites, rentrera, opulente, dans cette ancienne demeure, au jour de la résurrection générale. La mort envieuse et pleine de ruse a voulu voir si, dans ce trésor, il se trouvait quelque chose qui appartînt à son domaine. Lui, en homme prudent et circonspect, n'avait pas voulu risquer sa vraie vie. Dès longtemps il t désirait la dissolution de son corps pour être avec Jésus-Christ ; dès longtemps il aspirait à sortir de ce corps de mort. Il a donc jeté un peu de poussière à la face de cette vieille ennemie, comme un tribut. C'est delà qu'est sortie cette rumeur populaire et fausse qu'une bête féroce avait dévoré Joseph. La tunique dont on l'a dépouillé n'était donc qu'une fausse messagère de sa mort ; car Joseph est vivant, et il domine sur toute la terre d'Egypte. Sa bienheureuse âme, débarrassée de l'enveloppe de cette poussière corruptible, s'est envolée libre au ciel.

Oui, il a été appelé au ciel, cet homme dont le monde n'était pas digne. Cette lumière n'est pas éteinte ; un souffle passager l'a inclinée, afin qu'elle brillât ensuite avec plus de clarté, afin qu'elle ne fût plus sous le boisseau, mais éclatât davantage aux yeux de ceux qui sont dans la maison. Aux regards des insensés, il a paru mourir ; mais sa vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. La mort a semblé l'avoir vaincu et dévoré ; mais la mort a été ensevelie dans a son triomphe. Vous lui avez accordé, Seigneur, le désir de son cœur ; car longtemps il milita pour vous, fidèle à votre service, à travers les voies les plus dures. Dès son adolescence, il montra la maturité de la vieillesse ; et on le vit réprimer les révoltes de la chair par les veilles, par les jeûnes, par les disciplines, par le cilice et la garde d'une continence perpétuelle.

Le Seigneur se le choisit pour Pontife, afin qu'il fût, au milieu de son peuple, un chef, un docteur, un miroir de vie, un modèle de pénitence, un exemplaire de sainteté. Le Dieu des sciences lui avait donné une langue éloquente, et avait répandu en lui avec abondance l'esprit d'intelligence et de sagesse, afin qu'il fût entre les doctes le plus docte, entre les sages le plus sage, entre les bons le meilleur, entre les grands le plus grand. Il était le héraut de la parole divine, la trompette de l'Evangile, l'ami de l'Époux, la colonne du clergé, l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux, le sel de la terre, la lumière de la patrie, le ministre du Très-Haut, le vicaire du Christ, le Christ même du Seigneur.

Il était droit dans le jugement, habile dans le gouvernement, discret dans le commandement, modeste dans le parler, circonspect dans les conseils, tempérant dans la nourriture, pacifique dans la colère, un ange dans la chair, doux au milieu des injures, timide dans la prospérité, ferme dans l'adversité, prodigue dans les aumônes, tout entier à la miséricorde. Il était la gloire des moines, les délices du peuple, la terreur des princes, le Dieu de Pharaon. D'autres, quand ils sont élevés sur le siège éminent de l'Episcopat, se montrent tout aussitôt enclins à flatter la chair ; ils craignent toute souffrance du corps comme un supplice ; leur désir en toutes choses est de jouir longtemps de la vie. Celui-ci, au contraire, dès le jour de sa promotion, désira avec passion la fin de cette vie, ou plutôt le commencement d'une vie meilleure ; c'est pour cela que, se revêtant de la livrée du pèlerin, il a bu, sur la voie, l'eau du torrent, et pour cela, son nom est élevé en gloire dans la patrie. Ainsi, nos seigneurs et frères, les Moines de l'Eglise cathédrale, sont-ils devenus tout à coup des pupilles qui ont perdu leur Père."


Martyre de saint Thomas Becket.
Vies de saints. Richard de Montbaston. XIVe.

Le XVIe siècle vint encore ajouter à la gloire de saint Thomas, lorsque l'ennemi de Dieu et des hommes, Henri VIII d'Angleterre, osa poursuivre de sa tyrannie le Martyr de la Liberté de l'Eglise jusque dans la châsse splendide où il recevait depuis près de quatre siècles les hommages de la vénération de l'univers chrétien. Les sacrés ossements du Pontife égorgé pour la justice furent arrachés de l'autel ; un procès monstrueux fut instruit contre le Père de la patrie, et une sentence impie déclara Thomas criminel de lèse-majesté royale.

Ces restes précieux furent placés sur un bûcher ; et dans ce second martyre, le feu dévora la glorieuse dépouille de l'homme simple et fort dont l'intercession attirait sur l'Angleterre les regards et la protection du ciel. Aussi, il était juste que la contrée qui devait perdre la foi par une désolante apostasie ne gardât pas dans son sein un trésor qui n'était plus estimé à son prix ; et d'ailleurs le siège de Cantorbéry était souillé.

Cranmer s'asseyait sur la chaire des Augustin, des Dunstan, des Lanfranc, des Anselme, de Thomas enfin ; et le saint Martyr, regardant autour de lui, n'avait trouvé parmi ses frères de cette génération que le seul Jean Fischer, qui consentît à le suivre jusqu'au martyre. Mais ce dernier sacrifice, tout glorieux qu'il fût, ne sauva rien. Dès longtemps la Liberté de l'Eglise avait péri en Angleterre : la foi n'avait plus qu'à s'éteindre.
 
PRIERE
 
" Invincible défenseur de l'Eglise de votre Maître, glorieux Martyr Thomas ! Nous venons à vous, en ce jour de votre fête, pour honorer les dons merveilleux que le Seigneur a déposés en votre personne. Enfants de l'Eglise, nous aimons à contempler celui qui l'a tant aimée, et qui a tenu à si grand prix l'honneur de cette Epouse du Christ, qu'il n'a pas craint de donner sa vie pour lui assurer l'indépendance. Parce que vous avez ainsi aimé l'Eglise aux dépens de votre repos, de votre bonheur temporel, de votre vie même ; parce que votre sacrifice sublime a été le plus désintéressé de tous, la langue des impies et celle des lâches se sont aiguisées contre vous, et votre nom a souvent été blasphémé et calomnié."

" Ô véritable Martyr ! Digne de toute croyance dans son témoignage, puisqu'il ne parle et qu'il ne résiste que contre ses intérêts terrestres. Ô Pasteur associé au Christ dans l'effusion du sang et dans la délivrance du troupeau ! Nous vous vénérons de tout le mépris que vous ont prodigué les ennemis de l'Eglise ; nous vous aimons de toute la haine qu'ils ont versée sur vous, dans leur impuissance. Nous vous demandons pardon pour ceux qui ont rougi de votre nom, et qui ont regardé votre martyre comme un embarras dans les Annales de l'Eglise. Que votre gloire est grande, Ô Pontife fidèle ! D'avoir été choisi pour accompagner avec Etienne, Jean et les Innocents, le Christ, au moment où il fait son entrée en ce monde ! Descendu dans l'arène sanglante à la onzième heure, vous n'avez pas été déshérité du prix qu'ont reçu vos frères de la première heure ; loin de là, vous êtes grand parmi les Martyrs. Vous êtes donc puissant sur le cœur du divin Enfant qui naît en ces jours mêmes pour être le Roi des Martyrs."

" Permettez que, sous votre garde, nous pénétrions jusqu'à lui. Comme vous, nous voulons aimer son Eglise, cette Eglise chérie dont l'amour l'a forcé à descendre du ciel ; cette Eglise qui nous prépare de si douces consolations dans la célébration des grands mystères auxquels votre nom se trouve si glorieusement mêlé. Obtenez-nous cette force qui fasse que nous ne reculions devant aucun sacrifice, quand il s'agit d'honorer notre beau titre de Catholiques."

" Assurez l'Enfant qui nous est né, Celui qui doit porter sur son épaule la Croix comme le signe de sa principauté, que, moyennant sa grâce, nous ne nous scandaliserons jamais ni de sa cause, ni de ses défenseurs ; que, dans la simplicité de notre attachement envers la sainte Eglise qu'il nous a donnée pour Mère, nous placerons toujours ses intérêts au-dessus de tous les autres ; car elle seule a les paroles de la vie éternelle, elle seule a le secret et l'autorité de conduire les hommes vers ce monde meilleur qui seul est notre terme, seul ne passe pas, tandis que tous les intérêts de la terre ne sont que vanité, illusion, et le plus souvent obstacles à l'unique fin de l'homme et de l'humanité."

" Mais, afin que cette Eglise sainte puisse accomplir sa mission et sortir victorieuse de tant de pièges qui lui sont tendus dans tous les sentiers de son pèlerinage, elle a besoin par-dessus tout de Pasteurs qui vous ressemblent, Ô Martyr du Christ ! Priez donc afin que le Maître de la vigne envoie des ouvriers, capables non seulement de la cultiver et de l'arroser, mais encore de la défendre à la fois du renard et du sanglier qui, comme nous en avertissent les saintes Ecritures, cherchent sans cesse à y pénétrer pour la ravager. Que la voix de votre sang devienne de plus en plus tonnante en ces jours d'anarchie, où l'Eglise du Christ est asservie sur tant de points de cette terre qu'elle est venue affranchir."

" Souvenez-vous de l'Eglise d'Angleterre qui lit un si triste naufrage, il y a trois siècles, par l'apostasie de tant de prélats, tombés victimes de ces mêmes maximes contre lesquelles vous aviez résisté jusqu'au sang. Aujourd'hui qu'elle semble se relever de ses ruines, tendez-lui la main, et oubliez les outrages qui furent prodigués à votre nom, au moment où l'Ile des Saints allait sombrer dans l'abîme de l'hérésie.

Souvenez-vous aussi de l'Eglise de France qui vous reçut dans votre exil, et au sein de laquelle votre culte fut si florissant autrefois. Obtenez pour ses Pasteurs l'esprit qui vous anima ; revêtez-les de cette armure qui vous rendit invulnérable dans vos rudes combats contre les ennemis de la Liberté de l'Eglise. Enfin, quelque part, en quelque manière que cette sainte Liberté soit en danger, accourez au secours, et que vos prières et votre exemple assurent une complète victoire à l'Epouse de Jésus-Christ."

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dimanche, 21 décembre 2025

21 décembre. Saint Thomas de Galilée, Apôtre, martyr à Méliapour, dans les Indes. Ier siècle.

- Saint Thomas de Galilée, Apôtre, martyr à Méliapour, dans les Indes. Ier siècle.

Pape : Saint Ckément. Empereur romain : Domitien.

" L'infidélité de saint Thomas en a fait un témoin irréprochable de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ ; la foi de saint Thomas, devenue plus vive et plus courageuse après son infidélité, en a fait un prédicateur zélé et un glorieux martyr de la résurrection."
Du Jarry, Essai de panégyriques.


Saint Thomas. Georges de La Tour. XVIe.

Voici la dernière Fête que va célébrer l'Eglise avant celle de la Nativité de son Seigneur et Epoux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu'ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d'exercer leur Foi.


L'infidélité de saint Thomas. Cima da Conegliano. XVe.

Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu'après avoir passé parles ombres de l'incrédulité : il est juste qu'il vienne maintenant en aide aux enfants de l'Eglise, et qu'il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d'une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l'ont placé, il demandera pour nous la docilité d'esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l'attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n'annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d'un enfant, e. non par la voix tonnante d'un maître. Mais lisons d'abord le récit des Actes de notre saint Apôtre. L'Eglise a jugé à propos de nous le présenter sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.


Saint Thomas et saint Mathieu. Robert Malnoury.
Cathédrale Saint-Gatien. Tours. XVIIe.

Thomas signifie abyme, ou jumeau, en grec Dydime : ou bien il vient de thomos qui veut dire division, partage. Il signifie abyme, parce qu'il mérita de sonder les profondeurs de la divinité, quand, à sa question, Notre Seigneur Jésus-Christ répondit :
" Je suis la voie, la vérité et la vie."

On l’appelle Dydime pour avoir connu de deux manières la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. Les autres en effet, connurent le Sauveur en le voyant, et lui, en le voyant et en le touchant. Il signifie division, soit parce qu'il sépara son âme de l’amour des choses du monde, soit parce qu'il se sépara des autres dans la croyance à la résurrection.

On pourrait dire encore qu'il porte le nom de Thomas, parce qu'il se laissa inonder tout entier par l’amour de Dieu.
Il posséda ces trois qualités qui distinguent ceux qui ont cet amour et que demande Prosper au livre de la vie contemplative : Aimer Dieu, qu'est-ce ? Si ce n'est concevoir au fond du coeur un vif désir de voir Dieu, la haine du péché et le mépris du monde. Thomas pourrait encore venir de Theos, Dieu, et meus, mien, c'est-à-dire, mon Dieu, par rapport à ces paroles qu'il prononça lorsqu'il fut convaincu, et eut la foi :
" Mon Seigneur et mon Dieu."


L'infidélité de saint Thomas. Andrea del Verrocchio. XVe.

L'apôtre Thomas était à Césarée quand le Seigneur lui apparut et lui dit :
" Le roi des Indes Gondoforus a envoyé son ministre Abanès à la recherche d'un habile architecte. Viens et je t'adresserai à lui." (On a des médailles de Gondoforus).
" Seigneur, répondit Thomas, partout où vous voudrez, envoyez-moi, excepté aux Indes."
Dieu lui dit :
" Va sans aucune appréhension, car je serai ton gardien. Quand tu auras converti les Indiens, tu viendras à moi avec la palme du martyre."
Et Thomas lui répondit :
" Vous êtes mon maître, Seigneur, et moi votre serviteur : que votre volonté soit faite."
Comme le prévôt ou l’intendant se promenait sur la place, le, Seigneur lui dit :
" Que vous faut-il, jeune homme ?
- Mon maître, dit celui-ci, m’a envoyé pour lui ramener des ouvriers habiles en architecture, qui lui construisent un palais à la romaine."
Alors le Seigneur lui offrit Thomas comme un homme très capable en cet art.


Saint Thomas, architecte. Nicolaes Maes. XVIIe.

Ils s'embarquèrent, et arrivèrent à une ville où le roi célébrait le mariage de sa fille. Il avait fait annoncer que tous prissent part à la noce, sous peine d'encourir sa colère. Abanès et l’apôtre s'y rendirent. Or, une jeune fille juif, qui tenait une flûte à la main, adressait quelques paroles flatteuses à chacun. Quand elle vit l’apôtre, elle reconnut qu'il était juif parce qu'il ne mangeait point et qu'il tenait les yeux fixés vers le ciel. Alors elle se mit à chanter en hébreu devant lui :
" C'est le Dieu des Hébreux qui seul a créé l’univers, et creusé les mers." Et l’apôtre voulait lui faire répéter ces mêmes paroles.

L'échanson remarquant qu'il ne mangeait ni ne buvait, mais tenait constamment les yeux vers le ciel, donna un soufflet à l’apôtre de Dieu.
" Mieux vaudrait pour toi d'être épargné plus tard, lui dit l’apôtre, et d'être puni ici-bas d'un châtiment passager. Je ne me lèverai point que la main qui m’a frappé n'ait été ici même apportée par les chiens."
Or, l’échanson étant allé puiser de l’eau à ta, fontaine, un lion l’étrangla et but son sang. Les chiens déchirèrent son cadavre, et l’un d'eux, qui était noir, en apporta la main droite au milieu du festin. A cette vue toute la foule fut saisie, et la pucelle se rappelant ses paroles, jeta sa flûte et vint se prosterner aux pieds de l’apôtre.


Saint Thomas au repas de noce.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Cette vengeance est blâmée par saint Augustin dans son livre contre Fauste où il déclare qu'elle a été intercalée ici par un faussaire ; aussi cette légende est tenue pour suspecte en bien des points. On pourrait dire néanmoins, que ce ne fut pas une vengeance mais une prédiction. En examinant au reste avec soin les paroles de saint Augustin, cette action ne paraît pas improuvée tout à fait. Or voici ce qu'il dit dans le même livre :
" Les Manichéens se servent de livres apocryphes, écrits sous le nom des apôtres, je ne sais par quels compilateurs de fables. Au temps de leurs auteurs, il auraient joui de quelque autorité dans l’Église, si de saints docteurs qui vivaient alors et qui pouvaient les examiner en eussent reconnu l’authenticité. Ils racontent donc que l’apôtre Thomas se trouvant à un repas de noces comme pèlerin inconnu, il avait été frappé de la main d'un serviteur contre lequel il aurait exprimé aussitôt le souhait d'une cruelle vengeance. Car cet homme, étant sorti afin d'aller puiser de l’eau à une fontaine pour les convives, aurait été tué par un lion qui se serait jeté sur lui ; et la main qui avait frappé légèrement la figure de l’apôtre, arrachée du corps d'après son voeu et ses imprécations, aurait été apportée par un chien sur la table où l’apôtre était placé. Peut-on voir quelque chose de plus cruel ?

Or, si je ne me trompe, cela veut dire qu'en obtenant son pardon pour la vie future, il y eut une certaine compensation par un plus grand service qu'il lui rendait. L'apôtre, chéri et honoré de Dieu, était, par ce moyen, rendu recommandable et à ceux qui ne le connaissaient pas et à celui en faveur duquel il obtenait la vie éternelle à la place d'une vie qui devait finir. Il m’importe peu si ce récit est vrai ou faux : ce qu'il y a de certain, c'est que les Manichéens, qui reçoivent comme vraies et sincères ces écritures que le canon de l’Église rejette, sont du moins forcés d'avouer que la vertu de patience enseignée par le Seigneur lorsqu'il dit que " si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche ", peut exister réellement au fond du coeur, quand bien même on n'en ferait pas montre par ses gestes et ses paroles, puisque l’apôtre, qui avait été souffleté, pria le Seigneur d'épargner l’insolent dans la vie future, en ne laissant pas sa faute impunie ici-bas, plutôt que de lui présenter l’autre joue ou de l’avertir de le frapper une seconde fois. Il avait l’amour de la charité intérieurement, et extérieurement il réclamait une correction qui servit d'exemple.


Saint Thomas au repas de noce.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Que ceci soit vrai ou que ce ne soit qu'une fable, pourquoi refuseraient-ils de louer dans l’apôtre ce qu'ils approuvent dans le serviteur de Dieu Moïse qui égorgea les fabricateurs et les adorateurs d'une idole.
Si nous comparons les châtiments, être tué par le glaive ou être déchiré sous la dent des bêtes féroces, c'est chose semblable, puisque les juges, d'après les lois publiques, condamnent îles grands coupables à périr ou sous la dent des bête, ou bien par l’épée."

Voilà ce que dit saint Augustin.

Alors l’apôtre, sur la demande du roi, bénit l’époux et l’épouse en disant :
" Accordez, Seigneur, la bénédiction de votre droite à ces jeunes gens, et semez au fond de leurs coeurs les germes féconds de la vie."
Quand l’apôtre se retira, l’époux se trouva tenir une branche chargée de dattes. Les époux après avoir mangé de ces fruits s'endormirent tous deux et eurent le même songe. Il leur semblait qu'un roi couvert de pierreries les embrassait en disant :
" Mon apôtre vous a bénis pour que vous ayez part à la vie éternelle."
S'étant éveillés ils se racontaient l’un à l’autre leur songe, quand l’apôtre se présenta, il leur dit :
" Mon roi vient de vous apparaître, il m’a introduit ici les portes fermées, pour que ma bénédiction vous profitât. Gardez la pureté du corps, c'est la reine de toutes lesvertus et le salut éternel en est le fruit. La virginité est la sueur des Anges, comble de biens, elle donne la victoire sur les passions mauvaises, c'est le trophée de la foi, la fuite des démons et le gage des joies éternelles. La luxure engendre la corruption, de la corruption naît la souillure, de la souillure vient la culpabilité, et la culpabilité produit la confusion."
Pendant qu'il exposait ces maximes, apparurent deux anges qui leur dirent :
" Nous sommes envoyés pour être vos anges gardiens : si vous mettez en pratique les avis de l’apôtre avec fidélité, nous offrirons tous vos souhaits à Dieu."
Alors Thomas les baptisa et leur enseigna chacune des vérités de la foi. Longtemps après, l’épouse, nommée Pélage, se consacra à Dieu en prenant le voile, et l’époux, qui s'appelait Denys, fut ordonné évêque de cette ville.


L'infidélité de saint Thomas.
Le Caravage (Michelangelo Merisi). XVIe.

Après cela, Thomas et Abanès allèrent chez le roi des Indes. L'apôtre traça le plan d'un palais magnifique : le roi, après lui avoir remis de considérables trésors, partit pour une autre province. L'apôtre distribua aux pauvres le trésor tout entier. Pendant les deux ans que dura l’absence du roi, Thomas se livra avec ardeur à la prédication et convertit à la foi un monde innombrable. A son retour, le roi s'étant informé de ce qu'avait fait Thomas, l’enferma avec Abanès au fond d'un cachot, en attendant qu'on les fit écorcher et livrer aux flammes.

Sur ces entrefaites, Gab, frère du roi, meurt. On se préparait à lui élever un tombeau magnifique, quand le quatrième jour, le mort ressuscita ; tout le monde effrayé fuyait sur ses pas ; alors il dit à son frère :
" Cet homme, mon frère, que tu te disposais à faire écorcher et brûler, c'est un ami de Dieu et tous les anges lui obéissent. Ceux qui me conduisaient en paradis me montrèrent un palais admirable bâti d'or, d'argent et, de pierres précieuses ; j'en admirais la beauté, quand ils me dirent :
" C'est le palais que Thomas avait construit pour ton frère."
Et comme je disais :
" Que n'en suis-je le portier !"
Ils ajoutèrent alors :
" Ton frère s'en est rendu indigne ; si donc tu veux y demeurer, nous prierons le Seigneur de vouloir bien te ressusciter afin que tu puisses l’acheter à ton frère en lui remboursant l’argent qu'il pense avoir perdu."


L'infidélité de saint Thomas. Ivoire. XIIe.

En parlant ainsi, il courut à la prison de l’apôtre, le priant d'avoir de l’indulgence pour son frère. Il délia ses chaînes et le pria de recevoir un vêtement précieux.
" Ignores-tu, lui répondit l’apôtre, que rien de charnel, rien de terrestre n'est estimé de ceux qui désirent avoir puissance en choses célestes ?"
Il sortait de la prison quand le roi, qui venait au-devant de lui, se jeta à ses pieds en lui demandant pardon.
Alors l’apôtre dit :
" Dieu t'a accordé une grande faveur que de te révéler ses secrets. Crois en Notre Seigneur Jésus-Christ et reçois le baptême pour participer au royaume éternel."
Le frère du roi lui dit :
" J'ai vu le palais que tu avais bâti pour mon frère et il me ferait plaisir de l’acheter." L'apôtre repartit : « Cela est au pouvoir de ton frère. » Et le roi lui dit :
" Je le garde pour moi : que l’apôtre t'en bâtisse un autre, ou bien s'il ne le peut, nous le posséderons en commun."
L'apôtre répondit :
" Ils sont innombrables dans le ciel, les palais préparés aux élus depuis le commencement du monde ; on les achète par les prières et au prix de la foi et des aumônes. Vos richesses peuvent vous y précéder, mais elles ne sauraient vous y suivre."

Un mois après, l’apôtre ordonna de rassembler tous les pauvres de cette province, et quand ils furent réunis, il en sépara les malades et les infirmes, fit une prière sur eux. Et après que ceux qui avaient été instruits eurent répondu " Amen ", un éclair parti du ciel éblouit aussi bien l’apôtre que les assistants pendant une demi-heure, au point que tous se croyaient tués par la foudre ; mais Thomas se leva et dit :
" Levez-vous, car mon Seigneur est venu comme la foudre et vous a guéris."


Saint Thomas prêchant. Livre des merveilles. Paris. XVe.

Tous se levèrent alors guéris et rendirent gloire à Dieu et à l’apôtre. Thomas s'empressa de les instruire et leur démontra les douze degrés des vertus :
- Le 1er, c'est de croire en Dieu, qui est un en essence et triple en personnes ; il leur donna trois exemples sensibles pour prouver que dans une essence, il y a trois personnes. Le 1er est que dans l’homme il y a une sagesse et d'elle seule et unique procèdent intelligence, mémoire et génie. Par ce génie, dit-il, vous découvrez ce que vous n'avez pas appris ; par la mémoire, vous retenez ce que vous avez appris et avec l’intelligence vous comprenez ce qui peut être démontré et enseigné.
Le 2e est que dans une vigne il se trouve trois parties : le bois, les feuilles et le fruit et ces trois ensemble font une seule et même vigne.
Le 3e est qu'une tête contient quatre sens, savoir : la vue, le goût, l’ouïe et l’odorat ; ce qui est multiple et ne fait cependant qu'une tête.
- Le 2e degré est de recevoir le baptême.
- Le 3e est de s'abstenir de la fornication.
- Le 4e c'est de fuir l’avarice.
- Le 5e de se préserver de la gourmandise.
- Le 6e de vivre dans la pénitence.
- Le 7e de persévérer dans ces bonnes Oeuvres.
- Le 8e d'aimer à pratiquer l’hospitalité.
- Le 9e de chercher et de faire la volonté de Dieu dans ses actions.
- Le 10e de rechercher ce que la volonté de Dieu défend et de l’éviter.
- Le 11e de pratiquer la charité envers ses amis comme envers ses ennemis.
- Le 12e d'apporter un soin vigilant à garder ces degrés.

Après cette prédication furent baptisés neuf mille hommes, sans compter les enfants et les femmes. De là Thomas alla dans l’Inde supérieure, où il se rendit célèbre par un grand nombre de miracles. L'apôtre donna la lumière de la foi à Sintice, qui était amie de Migdomie, épouse de Carisius, cousin du roi et Migdomie dit à Sintice :
" Penses-tu que je le puisse voir ?"
Alors Migdomie, de l’avis de Sintice, changea de vêtement et vint se joindre aux pauvres femmes dans le lieu où l’apôtre prêchait.
Or le saint se mit à déplorer la misère de la vie et dit entre autres choses que cette vie est misérable, qu'elle est fugitive et sujette aux disgrâces ! Quand on croit la tenir, elle s'échappe et se disloque, et il commença à exhorter par quatre raisons à écouter volontiers la parole de Dieu, qu'il compara à quatre sortes de choses, savoir :
- à un collyre, parce qu'elle éclaire l’œil de notre intelligence ;
- à une potion, parce qu'elle purge et purifie notre affection de tout amour charnel ;
- à un emplâtre, en ce qu'elle guérit les blessures de nos péchés ;
- à la nourriture, parce qu'elle nous fortifie dans l’amour des choses célestes.
 
" Or de même, ajouta-t-il, que ces objets ne font de bien à un malade qu'autant qu'il les prend, de même la parole de Dieu ne profite pas à une âme languissante si elle ne l’écoute avec dévotion."

L'infidélité de saint Thomas.
Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Or tandis que l’apôtre prêchait, Migdomie crut et dès lors elle eut horreur de partager la couche de son mari. Mais Carisius demanda au roi et obtint que l’apôtre fût mis en prison. Migdomie l’y vint trouver et le pria de lui pardonner d’avoir été emprisonné par rapport à elle. Il la consola avec bonté et l’assura qu'il souffrait tout de bon coeur. Or Carisius demanda au roi d'envoyer la reine, soeur de sa femme, pour qu'elle tâchât de la ramener, s'il était possible. La reine fut envoyée et convertie par celle qu'elle voulait pervertir ; après avoir vu tant de prodiges opérés par l’apôtre :
" Ils sont maudits de Dieu, dit-elle, ceux qui ne croient pas à de si grands miracles et à de pareilles oeuvres."
Alors l’apôtre instruisit brièvement tous les auditeurs sur trois points, savoir : d'aimer l’Église, d'honorer les prêtres et de se réunir assidûment pour écouter la parole de Dieu.
La reine étant revenue, le roi lui dit :
" Pourquoi être restée si longtemps ?"
Elle répondit :
" Je croyais Migdomie folle et elle est très sage ; en me conduisant à l’apôtre de Dieu, elle m’a fait connaître la voie de la vérité et ceux-là sont bien insensés qui ne croient pas en Jésus-Christ."

Or la reine refusa d'avoir désormais commerce avec le roi. Celui-ci, stupéfait, dit à son parent :
" En voulant recouvrer ta femme, j'ai perdu la mienne qui se comporte envers moi de pire façon que ne fait la tienne à ton égard."
Alors le roi ordonna de lier les mains de l’apôtre, le fit amener en sa présence et lui enjoignit de ramener leurs femmes à leurs maris. Mais l’apôtre lui démontra par trois exemples qu'elles ne le devaient pas faire, tant qu'ils persisteraient dans l’erreur, savoir par l’exemple du roi, l’exemple de la tour et l’exemple de la fontaine :
" D'où vient, dit-il, que vous, qui êtes roi, vous ne voudriez pas que votre service se fit d'une manière sale et que vous exigez la propreté dans vos serviteurs et dans vos servantes ? Combien plus devez-vous croire que Dieu exige un service très chaste et très propre ? Pourquoi me faire un crime de prêcher aux serviteurs de Dieu de l’aimer, quand vous désirez la même chose dans les vôtres ?
J'ai élevé une tour très haute et vous me dites, à moi qui l’ai bâtie, de la détruire ?
J'ai creusé profondément la terre et fait jaillir une, fontaine de l’abîme et vous me dites de la combler ?"



Martyre de saint Thomas. Bernaert van Orley. XVe.

Le roi, en colère, fit apporter des lames de fer brûlantes et placer l’apôtre nu-pieds sur elles ; mais aussitôt, par l’ordre de Dieu, une fontaine surgit en cet endroit-là même et les refroidit.
Alors le roi, d'après le conseil de son parent, fit jeter Thomas dans une fournaise ardente, qui s'éteignit, de telle sorte que le lendemain il en sortit sain et frais.
Carisius dit au roi :
" Fais-lui offrir un sacrifice au soleil, afin qu'il encoure la colère de son Dieu qui le préserve."
Comme on pressait l’apôtre de le faire, il dit au roi :
" Tu vaux mieux que ce que tu fais exécuter, puisque tu négliges le vrai Dieu pour honorer une image. Tu penses, comme te l’a dit Carisius, que Dieu s'irritera contre moi quand j'aurai adoré ton dieu ; il sera bien plus irrité contre ton idole, car il la brisera : adore-le donc. Que si en adorant ton Dieu, le mien ne le renverse pas, je sacrifie à l’idole ; mais s'il en arrive ainsi que je le dis, tu croiras à mon Dieu."
Le roi lui dit :
" Tu me parles comme à un égal."
Alors l’apôtre commanda en langue hébraïque au démon renfermé dans l’idole, qu'aussitôt qu'il aurait fléchi le genou devant lui, à l’instant il brisât l’idole. Or l’apôtre, en fléchissant le genou, dit :
" Voici que j'adore, mais ce n'est pas l’idole ; voici que j'adore, mais ce n'est pas le métal ; voici que j'adore, mais ce n'est pas un simulacre, car Celui que j'adore, c'est mon Seigneur Jésus-Christ, au nom duquel je te commande, démon, qui te caches dans cette image, de la briser."
Et aussitôt elle disparut comme une cire qui se fond.


Saint Thomas devant l'idole.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Tous les prêtres poussèrent des hurlements et le pontife du temple saisit un glaive avec lequel il perça l’apôtre en disant :
" C'est moi qui tirerai vengeance de l’affront fait à mon Dieu."
Pour le roi et Carisius, ils s'enfuirent en voyant le peuple s'apprêtant à venger l’apôtre et à brûler vif le pontife. Les chrétiens emportèrent le corps du saint et l’ensevelirent honorablement. Longtemps après, c'est-à-dire environ l’an 230, il fut transporté en la ville d'Edesse, qui s'appelait autrefois Ragès des Mèdes. Ce fut l’empereur Alexandre qui le fit à la prière des Syriens. Or, en cette ville, aucun hérétique, aucun juif, aucun Païen n'y peut vivre, pas plus qu'aucun tyran ne saurait y faire de mal, depuis que Abgare, roi de cette cité, eut l’honneur de recevoir une lettre écrite de la main du Sauveur (Eusèbe rapporte au Ier livre de son Histoire ecclésiastique et la lettre d'Abgare et la réponse de Notre Seigneur Jésus-Christ. (chap. XIII). Il a pris, dit-il, ces deux pièces dans les archives d'Edesse).

Car aussitôt que l’ennemi vient attaquer cette ville, un enfant baptisé, debout sur la porte, lit cette lettre et le jour même, tant par l’écrit du Sauveur, que par les mérites de l’apôtre Thomas, les ennemis sont mis en fuite ou font la paix. Voici ce que dit de cet apôtre Isidore, dans son livre de la vie et de la mort des saints :
" Thomas, disciple et imitateur de Notre Seigneur Jésus-Christ, fut incrédule en entendant et fidèle en voyant. Il prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdès, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens : en entrant dans l’Orient et en pénétrant dans l’intérieur du pays, il prêcha jusqu'à l’heure de son martyre. Il fut percé à coups de lances."
 
Ainsi parle Isidore (Isidore raconte des faits conformes à cette légende). Et saint Jean Chrysostome dit, de son côté, que quand Thomas fut arrivé au pays des Mages qui étaient venus adorer Notre Seigneur Jésus-Christ, il les baptisa, puis ils devinrent ses coadjuteurs dans l’établissement de la foi chrétienne.

GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS

" Ô Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l'Avènement du Juge."

Infidélité de saint Thomas. Sermons. Maurice de Sully. Italie. XIVe.

HYMNE DE SAINT THOMAS

Tirée des Menées des Grecs :

" Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu'une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.

Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation , en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.

Tu as fais resplendir la terre des Indiens d'un vif éclat, Ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l'Esprit-Saint, et tu les fis s'élever, Ô très prudent, jusqu'à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l'Eglise, Ô bienheureux intercesseur de nos âmes !

Ô contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! Ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! Tu retiras les peuples de l'abime de l'ignorance avec les filets du divin Esprit : c'est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d'eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l'immortalité : supplie-le d'avoir pitié de nos âmes."


Saint Thomas. Albrecht Dürer. XVIe.

PRIERE

" Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c'est à vous maintenant que s'adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Eglise. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d'une lumière qui nous conduise jusqu'à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi.

Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu'il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, Ô saint Apôtre, ce n'est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous :

" Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui cependant ont cru !"

Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu'en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, Ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l'œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons."

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dimanche, 19 octobre 2025

19 octobre. Le Bienheureux Thomas Hélye de Biville, prêtre, aumônier de saint Louis. 1257.

- Le Bienheureux Thomas Hélye de Biville, prêtre, aumônier de saint Louis. 1257.

Pape : Innocent VI. Roi de France ; Saint Louis.

" Dieu se sert des instrument les plus vils et les plus misérables selon le monde, pour accomplir son oeuvre, afin que nul homme ne se glorifie devant lui."
Bx Thomas Hélye de Biville.

Le bienheureux Thomas Hélie. Détail. Bannière de procession. France. XVIIe.

Si c'est un honneur pour cet excellent prêtre d'avoir été aumônier d'un si grand monarque, nous pouvons dire aussi que c'est un honneur pour saint Louis d'avoir fait choix d'un prêtre si sage et si pieux pour approcher de sa personne et pour prendre soin de la distribution de ses aumônes.

Il vint au monde ers l'an 1187, dans la paroisse de Biville, petit village de la Basse-Normandie, au diocèse de Coutances et Avranches, d eparents plus recommandables par leurs éminentes qualités que par leur naissance. Mathilde, la pieuse mère de cet enfant prédestiné, le plaça, dès le berceau, sous le patronnage de la très sainte Vierge Marie, et, dès qu'il put articuler quelques sons, elle lui apprit à prononcer les doux nom de Jésus et de Marie, ce qu'il faisait avec une docilité charmante.

Ses parents, remarquant en lui des dispositions précoces pour l'étude, le confèrent à des maîtres habiles, sous lesquels il fit de rapides progrès. Il n'apprenait pas pour mériter la réputation de savant, mais uniquement pour répondre aux desseins de ses parents, et remplir la loi rigoureuse et sacrée du travail ; le devoir était pour le jeune élève un de ces mots magiques qui opèrent des merveilles. Le digne fils de la pieuse Mathilde joignait à un maintien grave une expression de physionnomie pleine de candeur et de sérénité. Jamais on n'apercut en lui cette impétuosité de mouvements, cette mobilité d'impressions, cette légèreté de conduite, apanage ordinaire du jeune âge. On eût dit, en le voyant, qu'il appartenait plus au ciel qu'à la terre ; et un sentiment de respect venait se mêler à l'admiration, quand on apercevait ce doux visage au sortir de la prière, comme illuminé d'une clarté surnaturelle.

Eglise Saint-Pierre de Biville. Cotentin, Normandie.

Cependant, les études du Bienheureux une fois terminées, il songea devant Dieu à la manière d'employer utilement les connaissances qu'il avait acquises. Plusieurs carrières honorables s'ouvraient devant lui, mais elles avaient toutes un but humain : dès lors elles ne pouvaient lui offrir aucun attrait ; d'ailleurs, à l'exemple du Sauveur de monde, Thomas aimait l'enfance, la jeunesse. Il éprouvait une joir sensible à se voir entouré de ces petits, auxquels le Chrétien doit ressembler, pour obtenir le royaume des Cieux. Ce fut donc les humbles, mais utiles fnctions d'instituteur de village, que Thomas choisit de préférence à d'autres plus honorifiques et plus lucratives, afin de ses dévouer corps et âme à l'instruction de la jeunesse.

Le matin, devançant l'aurore, il s'acheminait vers le temple du Seigneur, où il restait à s'entretenir avec l'adorable Solitaire de nos autels, jusqu'au moment de commencer la classe. Le soir, il venait encore Bien-Aimé de son âme, afin de se délasser avec lui de ses fatigues du jour, et se désaltérer à cette source d'eau vive qui découle du coeur de Dieu même. La vie du Bienheureux n'avait alors rien d'austère, mais elle était si réglée et si parfaite, qu'elle excitait, non seulement l'admiration de tous ceux qui en était les heureux témoins, mais provoquait encore chez eux une pieuse émulation pour pratiquer les commandements de Notre Seigneur Jésus-Christ.

En peu d'année, le petit village de Biville fut presque transformé en une chrétienté, rappelant les premiers âges de l'Eglise. Les habitants de Cherbourg, ville située non loin de Biville, entendant parler de toutes les merveilles opérées dans cette obscure localité par le bienheureux Thomas, éprouvèrent le désir d'en être eux-mêmes les objets : en conséquences, une députation des notables de Cherbourg fut envoyée à Biville, afin de décider Thomas Hélye à venir porter le flambeau de ses lumières dans une cité si digne d'en apprécier les bienfaits. Le Bienheureux céda à leurs instances pressantes et se rendit à Cherbourg. Son principal soin fut d'inspirer la piété à ses écoliers et de leur apprendre à craindre Dieu, sans quoi la science ne peut servir qu'à rendre un homme plus inexcusable. Il commençait et finissait toutes ses actions par la prière, et dans son exercice même il avait souvent l'esprit et le coeur élevés vers Dieu, pour recevoir ses lumières et pour concevoir de nouvelles flammes de son amour.

Saint Louis. Bas-relief dans l'église Saint Pierre de Biville.
Cotentin, Normandie.

Après qu'il eut exercé quelques temps cette oeuvre de charité, il tomba très grièvement malade : ce qui lui fit quitter Cherbourg et retourner à la maison de son père. Dieu lui inspira dès lors une vie tout extraordinaire. A peine fut-il en convalescence qu'il se revêtit d'un cilice, commença à jeûner trois fois la semaine au pain d'orge et à l'eau pure, et entreprit trois Carêmes par an avec la même austérité. Il était aussi presque toujours en prières, et, comme le curé lui avait donné une clef de l'église, il y passait souvent la lus grande partie du jour et de la nuit dans ce saint exercice. L'évêque de Coutances et Avranches, son prélat, étant informé d'une conduite si sainte, l'exhorta à embrasser l'état ecclésiastique, afin de pouvoir travailler au salut des âmes, puisque plusieurs périssaient faute de bons pasteurs pour les conduire.

Thomas reçut cette exhortation comme un ordre du Ciel ; mais il pria l'évêque de lui permettre de consulter longuement le Seigneur avant de prendre une décision. L'évêque le releva avec bonté, et lui accorda le délai qu'il sollicitait avec de si touchantes instances, lui faisant toutefois promettre de venir le retrouver pour lui communiquer le parti que l'Esprit de Dieu lui aurait inspiré de prendre. Thomas, après avoir reçu la bénédiction de son évêque, le quitta pour retourner dans sa chère solitude.

Quelque temps après il reprit à pied le chemin de Coutances où le saint évêque l'accueillit avec l'effusion d'un tendre père qui reçoit un fils bien-aimé ; en apprenant de la bouche du Bienheureux tout ce qui s'était passé dans son coeur, Hugues de Morville adora en silence les desseins de Dieu sur cette âme privilégiée ; puis, il donna la tonsure à Thomas, qui reçut successivement de sa main, tout en gardant les inetrvalles prescrit par les saints canons, les Ordres mineurs, le sous-diaconnat et enfin le diaconnat. Le bon prélat ne put le décider à passer plus loin.

Le Bienheureux pria alors son évêque de lui permettre de faire auparavant le voyage de Rome et de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, et de venir ensuite faire son cours de théologie à Paris. L'évêque lui accorda aisément ce qu'il voulut. Il fit donc l'un et l'autre pèlerinage avec une dévotion singulière, et, en étant revenu en pleine santé, il demeura encore quatre ans à Paris, pour y acquérir les lumières qu'il devait ensuite répandre sur les peuples.

Le bienheureux Thomas Hélye donnant la sainte communion
à saint Louis. Imagerie populaire. XIXe.

Au bout de quatre ans il retourna dans son pays et fut promu au sacerdoce. Si jusqu'alors il avait été très austère, on peut dire qu'étant prêtre il devint cruel et impitoyable à lui-même. Il ne se couchait jamais, et, s'il dormait quelques moments, ce n'était que sur le coin d'un banc de l'église. Il prenait tous les jours très rudement la discipline, et quelque faible qu'il fût par la rigueur extrême de ses jeûnes, il ne laissait pas de se mettre le corps en sang, afin de l'assujétir parfaitement aux désirs de l'esprit. Il était presque toute la nuit en oraison mentale, goûtant à loisir les délices inestimables de la conversation avec Dieu. A la pointe du jour il disait ses Matines, avec l'office des morts, le graduel, les sept psaumes de la pénitence, et sept autre psaumes qu'il récitait avec son clerc. Il clébrait ensuite la messe avec une dévotion angélique, et quelquefois avec une telle abondance de larmes, qu'il semblait que ses yeux se dussent fondre à force de pleurer. Il avait aussi ses heures pour dire l'offfice de Notre-Dame, et il s'en acquittait de même avec tant d'attention, que le démon, ne pouvant souffrir une si grande ferveur, faisait quelquefois d'horribles bruits pour l'en distraire. Pour le reste de son temps, ille sacrifiait au secours du prochain, à annoncer la parole de Dieu, à faire le cathéchisme, à entendre les confessions, à consoler les affligés, à visiter les malades, à aider ceux qui étaient à l'agonie et à procurer le soulagement des pauvres ; et, comme si le diocèse de Coutances eût été trop petit pour satisfaire à l'ardeur de son zèle, il l'étendait à ceux d'Avranches, de Bayeux et de Lisieux. Notre Seigneur Jésus-Christ donna toujours une grande bénédiction à ses travaux ; il faisait des conversions sans nombre, et sa parole était si puissante, soit lorsqu'il montrait la malice et l'indignité du péché, soit lorsqu'il menaçait des rigueurs du jugement de Dieu, soit lorsqu'il proposait les récompenses qui sont préparées aux justes dans le Ciel, queles pécheurs les plus opiniâtres et les plus endurcis n'y pouvait nullement résister. On voyait même ses auditeurs, pendant qu'il prêchait, ou ses pénitents, lorsqu'il écoutait leur confession, verser des torrents de larmes, et on les entendait crier miséricorde, dans la crainte du jugement de Dieu, dont ils étaient pénétrés.

Le clocher de l'église Saint-Pierre de Biville. Cotentin, Normandie. XIIIe.

Le roi saint Louis, étant informé des mérites d'un si grand prédicateur, le voulut voir auprès de sa personne et l'appela à sa cour pour être son aumônier. Thomas Hélye n'osa pas d'abord résiter à un prince si sage et si pieux ; il vint le trouver et exerça quelque temps l'office dont Sa Majesté l'avait honoré ; mais, ne pouvant s'accoutumer à l'air de la cour qui, toute sainte qu'elle était, lui paraissait bien différente de l'aimable secret de sa solitude, il demanda enfin son congé pour retourner à Biville, où, dans la maison même de son père, il s'était fait une sorte d'ermitage. A son retour, son prélat le chargea de la cure de Saint-Maurice, dont il s'acquitta avec toute la vigilance et la sollicitude du bon pasteur. Cependant il ne la garda que peu de temps ; car, voulant être libre pour courir au secours des âmes qui avaient besoin d'être éclairées des lumières de l'Evangile, il s'en déchargea sur un autre ecclésiastique qu'il jugea digne de la remplir.

Peu de temps après, il tomba dans une telle langueur, qu'il ne pouvait pas se lever pour dire sa messe. Il ne cessa point néanmoins de communier tous les jours, et il le faisait avec de si grands sentiments de dévotion, qu'il semblait qu'il jouît déjà des embrasements de son Bien-Aimé dans Sa gloire.

Enfin, après avoir donné beaucoup d'autres témoignages de sa sainteté, il reçut pour la dernière fois ce pain des anges qui le remplit d'une force merveilleuse pour le voyage important de l'éternité. Il se fit lire l'Evangile de saint Jean, la Passion de Notre Seigneur Jésus-Chrit et le psaume In te, Domine, speravi ; et, lorsque son clerc fut à ces mots : " Je remets, Seigneur, monesorit entre vos mains ", il cessa de vivre sur la terre pour aller vivre éternellement dans le Ciel. Cette mort arriva un vendredi 19 octobre 1257, au château de Vauville, où l'avait surpris sa dernière maladie.

Un ancien monument le représente prêchant en présence des deux évêques de Coutances et d'Avranches. On le représente encore, tantôt les mains jointes, les yeux levés vers le Ciel ; tantôt assistant en qualité d'aumônier, à genous auprès de saint Louis, à la messe d'un des chapelains royaux.

CULTE ET RELIQUES


A la nouvelle de la mort du Bienheureux, les peuples accoururent de tous côtés, pour contempler et vénérer sa dépouille mortelle ; on déposa sur son corps des gants, des ceintures, des colliers, des anneaux, pour les conserver comme des reliques. Une foule immense assista à son convoi, qui ressemblait plutôt à une marhce triomphale qu'à une pompe funèbre.

Un incident miraculeux vint encore augmenter le saint enthousiasme dont la foule était animée, tandis que le pieux cortège s'avançait vers Biville. La dame de Vauville, qui avait une main desséchée, l'apliqua avec confiance sur la main du bienheureux Thomas Hélye et fut aussitôt guérie. Le corps de Thomas fut inhumé dans le cimetierre de Biville, ainsi qu'il l'avait demandé.

Dès sa mort, un procès en béatification fut ouvert à l'initiatibe de l'évêque Jean d'Essey.

Tombeau renfermant les saintes reliques du Bx Thomas Hélye.
Eglise Saint-Pierre de Biville. Cotentin, Normandie.

En 1261, il fut transféré dans une chapelle, construite en 1260, près de l'église paroissiale, dont elle était toutefois encore séparée en 1325. C'est là que l'archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, le visita en 1266. L'église, d'après Arthur Dumoustier, fut reconstruite dans le courant du XVIe siècle, et, alors sans doute, on fit de la chapelle le choeur actuel, au milieu duquel le curé Michel Leverrier éleva, en 1533, le monument en carreaux sculptés et peints, qui a subsisté jusqu'en 1778. Alors, Jacques Dujardin, lieutenant-colonel d'artillerie, seigneur de Biville, aidé des offrandes du curé et des paroissiens, remplaça ce tombeau, que la piété indiscrète des fidèles avait mutilé, par celui que nous voyons encore aujourd'hui et qui, malgré la tablette de marbre sur laquelle repose l'image en relief du Bienheureux, est encore bien peu digne de renfermer de si précieuses reliques.

Le saint corps y a reposé jusqu'au 13 juillet 1794. Ce trésor, si cher aux catholiques, allait être profané et dispersé par quelques terroristes et autres bêtes féroces impies et insensées, quand M. Lemarié d'Yvetot, ancien supérieur de l'hôpital de la Trinité à Paris, puis vivaire général auprès de Mgr de Talaru, évêque de Coutances, alors en exil pour la foi, conçut avecquelques catholiques fidèles et courageux, le projet d'empêcher ce honteux sacrilège.

A l'heure indiquée (22h15), tous se réunirent ; le prêtre intrépide portait sur sa poitrine la sainte Hostie, suivant la permission reçue par son évêque. Ils pénétrèrent dans l'église dévastée ; les administrateurs révolutionnaires avaient placé sur le tombeau, au lieu de la tablette de marbre, une sorte de bureau à leur usage : mais deux larges pierres superposées fermaient encore le monument. Quand elles eurent cédé aux efforts d'un des compagnons de M. Lemarié, ils apercurent avec un mélange de joie et de religieuse frayeur, les ossements du bienheureux Thomas Hélye bien conservés et rangés presque tous dans leur situation naturelle. Le confesseur de la foi les tira respectueusement du cercueil de pierre, et les déposa dans des linges blancs avec la poussière dont ils étaient entouré. Il les plaça ensuite dans un cercueil de chêne qu'il scella de son sceau, après avoir rédigé, dans la forme canonique, un procès verbal qui fut signé par ses coopérateurs, témoins irrécusables de cette édifiante translation. Le corps saint fut placé à Virandeville, sous un autel, autour duquel les catholiques persécutés se réunissaient en secret, pendant tout le temps de la révolution.

Furieux de voir leurs odieux projets ainsi déjoués, les bêtes féroces intentèrent des poursuites judiciaires, afin de connaître les auteurs de ce prétendu crime. Tous leurs efforts furent inutiles, et n'aboutirent qu'à faire emprosonner le curé schismatique comme suspect d'avoir, au moins par sa négligence, favorisé la soustraction des reliques et comme coupable d'un refus obstiné d'en nommer les auteurs.

En 1803, le 14 septembre, M. Closet, vicaire général de Mgr Rousseau, de concert avec M. Bonté, son collègue, autorisa les habitants de Virandeville, en mémoire de leur courageux dévouement, à conserver la tête du bienheureux Thomas dans leur église, conformément au désir exprimé par M. Lemarié. Le reste du corps fut rendu aux habitants de Biville, excepté quelques ossements accordés aux paroisses de Vauville, Saint-Maurice et Yvetot. Le 16 septembre, M. Leverrier, curé de Biville, après avoir assisté à l'ouverture du cercueil à Virandeville, déposait dans leur ancien tombeau les saintes reliques, en présence de plusieurs témoins et selon toutes les formes juridiques.

Par temps clair, on peut voir le phare de la Hague depuis Biville.
Le Bx Thomas de Biville en est un autre, et des plus sûrs.

La tête resta à Virandeville jusqu'en 1811. Alors, le 31 mars, Mgr Dupont, terminant une discussion très longue et très vive entre les deux paroisses, ordonna que cette relique insigne fût réunie aux autres ossement du Bienheureux, ce qui fut exécuté le jeudi 18 avril de la même année, avec toute la publicité et les formes prescrites. Le tonbeau de biville contient donc aujourd'hui les restes précieux du saint prêtre, qui sont demeurés, jusqu'au 18 octobre 1859, dans deux caisses séparées : l'une renfermant le chef, munie du sceau de Mgr Dupont, et l'autre renfermant les ossements, munie du sceau de Mgr Rousseau.

Ajoutons à ces reliques le calice avec sa patène en vermeil, et la chasuble que l'église de Biville regarde de temps immémorial comme donnés par saint Louis au bienheureux Thomas, et quelques ornements, chasuble, aube et ceinture, que la paroisse de Saint-Maurice vénère comme ayant appartenu à son saint pasteur. Pie IX a béatifié Thomas Hélye en 1859.

La puissance d'inetrcession du bienheureux Thomas ne s'est pas démentie depuis cette époque, ce qui explique son glorieux surnom de thaumaturge et la popularité de son culte, dans cette partie de la Normandie qui lui donna le jour, et où tout rappelle son souvenir béni. Ici, c'est la fontaine où il venait se désaltéré, quand de Cherbourg il se rendait dans son pays natal ; là, c'est la Charrière, le chemin par lequel on approta, du château de Vauvilla à l'église de Biville, le corps saint du Bienheureux.

L'église, dont une partie est formée de l'ancienne chapelle élevée au XIIIe siècle en l'honneur de Thomas Hélye, est aussi un perpétuel memorandum de ce grand serviteur de Dieu, et les mille feux allumés autour de son tombeau, en particulier le 19 octobre, jour de sa fête, témoignent de la confiance, de la reconnaissance, de l'amour des nombreux pèlerins accourus à Biville pour solliciter les faveurs du bienheureux Thomas Hélye, ou le remercier de celles obtenues par sa médiation.

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mercredi, 15 octobre 2025

15 octobre. Sainte Thérèse d'Avila, vierge, fondatrice des Carmes et des Carmélites déchaussés. 1582.

- Sainte Thérèse d'Avila, vierge, fondatrice des Carmes et des Carmélites déchaussés. 1582.

Pape : Grégoire XIII. Roi d'Espagne : Philippe II.

" Nous n'obtenons pas un pur et parfait amour de Dieu, parce que nous ne donnons pas tout à Dieu, mais seulement l'usufruit, et que nous nous réservons le fonds et l'héritage de nos affections."
Sainte Thérèse d'Avila.

Sainte Thérèse d'Avila. Anonyme. Savoie. XVIIe.

Thérèse de Cepeda y Ahumada naquit à Avila en Espagne, de parents illustres par leur piété comme par leur noblesse. Nourrie par eux du lait de la crainte du Seigneur, elle fournit dès le plus jeune âge un indice admirable de sa sainteté future.

Comme, en effet, elle lisait les actes des saints Martyrs, le feu du Saint-Esprit embrasa son âme au point que, s'étant échappée de la maison paternelle, elle voulait gagner l'Afrique afin d'y donner sa vie pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. Ramenée par un de ses oncles, elle chercha dans l'exercice de l'aumône et autres œuvres pies une compensation à son désir ardent du martyre ; mais ses larmes ne cessaient plus, de s'être vu enlever la meilleure part.

Sainte Thérèse d'Avila. Pierre-Paul Rubens. XVIIIe.

A la mort de sa mère, la bienheureuse Vierge, suppliée par Thérèse de lui en tenir lieu, exauça le désir de son cœur ; toujours dès lors elle éprouva comme sa vraie fille la protection de la Mère de Dieu. Elle entra, dans sa vingtième année, chez les religieuses de Sainte-Marie du Mont Carmel ; dix-huit années durant, sous le faix de graves maladies et d'épreuves de toutes sortes, elle y soutint dans la foi les combats de la pénitence, sans ressentir le réconfort d'aucune de ces consolations du ciel dont l'abondance est, sur terre même, l'habituel partage de la sainteté.

Ses vertus étaient angéliques ; le zèle de sa charité la poussait, à travailler au salut, non d'elle seule, mais de tous. Ce fut ainsi que, sous l'inspiration de Dieu et avec l'approbation de Pie IV, elle entreprit de ramener la règle du Carmel à sa sévérité première, en s'adressant d abord aux femmes, aux hommes ensuite.

Extase de sainte Thérèse d'Avila. Jean-Baptiste Santerre. XVIIIe.

Entreprise sur laquelle resplendit la bénédiction toute-puissante du Dieu de bonté ; car, dans sa pauvreté, dénuée de tout secours humain, bien plus, presque toujours malgré l'hostilité des puissants , l'humble vierge put édifier jusqu'à trente-deux monastères. Ses larmes coulaient sans trêve à la pensée des ténèbres où infidèles et hérétiques étaient plongés ; et dans le but d'apaiser la divine colère qu'ils avaient encourue, elle offrait à Dieu pour leur salut les tortures qu'elle s'imposait dans sa chair.

Tel était l'incendie d'amour divin dont brûlait son cœur, qu'elle mérita de voir un Ange transpercer ce cœur en sa poitrine d'un dard enflammé, et qu'elle entendit le Christ, prenant sa main droite en la sienne, lui adresser ces mots :
" C'est à titre d'épouse que désormais tu prendras soin de mon honneur."

Par son conseil, elle émit le difficile vœu de faire toujours ce qui lui semblerait le plus parfait. Elle a laissé beaucoup d'ouvrages remplis d'une sagesse céleste ; en les lisant, l'âme fidèle se sent grandement excitée au désir de l'éternelle patrie.

Communion de sainte Thérèse d'Avila. Claudio Coelo. XVIIe.

Tandis qu'elle ne donnait que des exemples de vertus, telle était l'ardeur du désir qui la pressait de châtier son corps, qu'en dépit des maladies dont elle se voyait affligée, elle joignait à l'usage du cilice et des chaînes de fer celui de se flageller souvent avec des orties ou de dures disciplines, quelquefois de se rouler parmi les épines.

Sa parole habituelle était : " Seigneur, ou souffrir, ou mourir " ; car cette vie qui prolongeait son exil loin de la patrie éternelle et de la vie sans fin, lui paraissait la pire des morts.

Elle possédait le don de prophétie ; et si grande était la prodigalité du Seigneur à l'enrichir de ses dons gratuits, que souvent elle le suppliait à grands cris de modérer ses bienfaits, de ne point perdre de vue si promptement la mémoire de ses fautes. Aussi fût-ce moins de maladie que de l'irrésistible ardeur de son amour pour Dieu qu'elle mourut a Albe, au jour prédit par elle, munie des sacrements de l'Eglise, et après avoir exhorté ses disciples à la paix, à la charité, à l'observance régulière.

Extase de sainte Thérèse d'Avila. Le Bernin. XVIIe.

Ce fut sous la forme d'une colombe qu'elle rendit son âme très pure à Dieu, âgée de soixante-sept ans, l'an mil cinq cent quatre-vingt-deux , aux ides d'octobre selon le calendrier romain réformé (1). On vit Jésus-Christ assister, entouré des phalanges angéliques, à cette mort ; un arbre desséché, voisin de la cellule mortuaire, se couvrit de fleurs au moment même qu'elle arriva.

Le corps de Thérèse, demeuré jusqu'à ce jour sans corruption et imprégné d'une liqueur parfumée, est l'objet de la vénération des fidèles. Les miracles qu'elle opérait durant sa vie continuèrent après sa mort, et Grégoire XV la mit au nombre des Saints en 1622 en même temps que saint François-Xavier, saint Philippe de Néri, saint Ignace de Loyola et saint Isidore de Séville.

Sainte Thérèse d'Avila, saint François-Xavier, saint Philippe Néri,
saint Ignace de Loyola et saint Isidore de Séville aux pieds de
Notre Seigneur Jésus-Christ. Ces saints furent tous canonisés en
1622 par Grégoire XV. Guy François. Le Puy-en-Velay. XVIIe.

PRIERE

" Vous le trouviez déjà dans la souffrance de cette vie, ô Thérèse, le Bien-Aimé qui se révèle à vous dans la mort. " Si quelque chose pouvait vous ramener sur la terre, ce serait le désir d'y souffrir encore plus (Apparition au P. Gratien.)."

" Je ne m'étonne pas, dit en cette fête à votre honneur le prince des orateurs sacrés, je ne m'étonne pas que Jésus ait voulu mourir : il devait ce sacrifice à son Père. Mais qu'était-il nécessaire qu'il passât ses jours, et ensuite qu'il les finît parmi tant de maux ?
C'est pour la raison qu'étant l'homme de douleurs, comme l'appelait le Prophète
(Isai. LIII, 3.), il n'a voulu vivre que pour endurer ; ou, pour le dire plus fortement par un beau mot de Tertullien, il a voulu se rassasier, avant que de mourir, par la volupté de la patience : Saginari voluptate patientiae discessurus volebat (Tertull. De Patientia). Voilà une étrange façon de parler. Ne diriez-vous pas que, selon le sentiment de ce Père, toute la vie du Sauveur était un festin, dont tous les mets étaient des tourments ? Festin étrange, selon le siècle, mais que Jésus a jugé digne de son goût. Sa mort suffisait pour notre salut ; mais sa mort ne suffisait pas à ce merveilleux appétit qu'il avait de souffrir pour nous. Il a fallu y joindre les fouets, et cette sanglante couronne qui perce sa tête, et tout ce cruel appareil de supplices épouvantables; et cela pour quelle raison ? C'est que ne vivant que pour endurer, il voulait se rassasier, avant que de mourir, de la volupté de souffrir pour nous (Bossuet, Panegyr. de sainte Thérèse.)."

Jusque-là que, sur sa croix, " voyant dans les décrets éternels qu'il n'y a plus rien à souffrir pour lui : Ah ! dit-il, c'en est fait, tout est consommé (Johan. XIX, 3e.) : sortons, il n'y a plus rien à faire en ce monde ; et aussitôt il rendit son âme à son Père (Bossuet, Ibid.)."

Or, si tel est l'esprit du Sauveur Jésus, ne faut-il pas qu'il soit celui de Thérèse de Jésus, son épouse ? " Elle veut aussi souffrir ou mourir ; et son amour ne peut endurer qu'aucune cause retarde sa mort sinon celle qui a différé la mort du Sauveur (Ibid.)."

Sainte Thérèse d'Avila. Filippo della Valle.
Basilique Saint-Pierre, Rome. XVIIIe.

A nous d'échauffer nos cœurs par la vue de ce grand exemple.
" Si nous sommes de vrais chrétiens, nous devons désirer d'être toujours avec Jésus-Christ. Or, où le trouve-t-on, cet aimable Sauveur de nos âmes ? En quel lieu peut-on l'embrasser ? On ne le trouve qu'en ces deux lieux : dans sa gloire ou dans ses supplices, sur son trône ou bien sur sa croix. Nous devons donc, pour être avec lui, ou bien l'embrasser dans son trône, et c'est ce que nous donne la mort, ou bien nous unir à sa croix, et c'est ce que nous avons par les souffrances ; tellement qu'il faut souffrir .ou mourir, afin de ne quitter jamais le Sauveur. Souffrons donc, souffrons, chrétiens, ce qu'il plaît à Dieu de nous envoyer : les afflictions et les maladies, les misères et la pauvreté, les injures et les calomnies ; tâchons de porter d'un courage ferme telle partie de sa croix dont il lui plaira de nous honorer (Bossuet, Ibid.)."

" Vous que l'Eglise présente comme maîtresse et mère à ses fils dans les sentiers de la vie spirituelle, enseignez-nous ce fort et vrai christianisme. La perfection sans doute ne s'acquiert pas en un jour ; et, vous le disiez, " nous serions bien à plaindre, si nous ne pouvions chercher et trouver Dieu qu'après être morts au monde : Dieu nous délivre de ces gens si spirituels qui veulent, sans examen et sans choix, ramener tout à la contemplation parfaite (A l'évêque d'Avila, mars 1577, une des plus gracieuses lettres de la Sainte.) !"
Mais Dieu nous délivre aussi de ces dévotions mal entendues, puériles ou niaises, comme vous les appeliez, et qui répugnaient tant à la droiture, à la dignité de votre âme généreuse (Vie, XIII.) !

Vous ne désiriez d'autre oraison que celle qui vous ferait croître en vertus ; persuadez-nous, en effet, du grand principe en ces matières, à savoir que " l'oraison la mieux faite et la plus agréable à Dieu est celle qui laisse après elle de meilleurs effets s'annonçant par les œuvres, et non pas ces goûts qui n'aboutissent qu'à notre propre satisfaction (Au Père Gratien, 23 octobre 1377.)."
Celui-là seul sera sauvé qui aura observé les commandements, accompli la loi ; et le ciel, votre ciel, Ô Thérèse, est la récompense des vertus que vous avez pratiquées, non des révélations ni des extases qui vous furent accordées (Apparition à la Prieure de Véas.).

De ce séjour où votre amour s'alimente au bonheur infini comme il se rassasiait ici-bas de souffrances, faites que l'Espagne, où vous naquîtes, garde chèrement en nos temps amoindris son beau titre de catholique. N'oubliez point la si large part que la France, menacée dans sa foi, eut à votre détermination de rappeler le Carmel à son austérité primitive (Chemin de la perfect. I.). Puisse la bénédiction du nombre favoriser vos fils, non moins que celle du mérite et de la sainteté. Sous toutes les latitudes où l'Esprit a multiplié vos filles, puissent leurs asiles bénis rappeler toujours " ces premiers colombiers de la Vierge où l'Epoux se plaisait à faire éclater les miracles de sa grâce (Fondations, IV.)."

Carmel d'Avila où l'on vénère le corps de
sainte Thérèse d'Avila. Espagne.

Vous fîtes du triomphe de la foi, du soutien de ses défenseurs, le but de leurs oraisons et de leurs jeûnes (Chemin de la perfect. I, III.) : quel champ immense ouvert à leur zèle en nos tristes jours ! Avec elles, avec vous, nous demandons à Dieu " deux choses : la première, que parmi tant d'hommes et de religieux, il s'en rencontre qui aient les qualités nécessaires pour servir utilement la cause de l'Eglise, attendu qu'un seul homme parfait rendra plus de services qu'un grand nombre qui ne le seraient pas ; la seconde que dans la mêlée Notre-Seigneur les soutienne de sa main, pour qu'ils échappent aux périls et ferment l'oreille aux chants des sirènes... Ô Dieu ayez pitié de tant d'âmes qui se perdent, arrêtez le cours de tant de maux qui affligent la chrétienté et, sans plus tarder, faites briller votre lumière au milieu de ces ténèbres (Chemin de la perfection, I, III.)."

Rq : On trouvera la presque totalité des oeuvres de sainte Thérèse d'Avila sur la page de ce site :
http://www.jesusmarie.com/therese_d_avila.html

(1) Grégoire XIII avait arrêté que, pour opérer cette réforme, on supprimerait dix jours de l'année 1582, et que le lendemain du 4 octobre s'appellerait le 15 du même mois ; ce fut dans cette nuit historique du 4 au 15 que mourut sainte Thérèse.

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vendredi, 03 octobre 2025

3 octobre. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, vierge, carmélite. 1897.

- Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, vierge, carmélite. 1897.

Pape : Léon XIII. Président de la République révolutionnaire et donc anti-catholique en France : Félix Faure.

" Je comprends si bien qu’il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j’ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine, ce chemin c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père."
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face.

Sainte Thérèse de Lisieux est de ces saints qui ont excité une admiration et un enthousiasme immédiat dès après leur mort ; acquérant une étonnante popularité dans le monde entier.

Thérèse Martin naquit à Alençon, en Normandie, de parents très chrétiens, qui regardaient leurs neuf enfants comme des présents du Ciel et les offraient au Seigneur avant leur naissance au point que chacun de leur neuf enfants (dont quatre moururent en bas âge) recurent comme premier prénom celui de Marie. Elle fut la dernière fleur de cette tige bénie qui donna quatre religieuses au Carmel de Lisieux, et elle montra, dès sa plus petite enfance, des dispositions à la piété qui faisaient présager les grandes vues de la Providence sur elle.


Monsieur Louis Martin, père de notre sainte.

Atteinte, à l'âge de neuf ans, d'une très grave maladie, elle fut guérie par la Vierge Marie, dont elle vit la statue s'animer et lui sourire auprès de son lit de douleur, avec une tendresse ineffable.

Thérèse eût voulu, dès l'âge de quinze ans, rejoindre ses trois soeurs au Carmel, mais il lui fallut attendre une année encore (1888). Sa vie devint alors une ascension continuelle vers Dieu, mais ce fut au prix des plus douloureux sacrifices toujours acceptés avec joie et amour ; car c'est à ce prix que Jésus forme les âmes qu'Il appelle à une haute sainteté.

Madame Louis Martin, née Zélie Guérin, mère de notre sainte.

Elle s'est révélée ingénument tout entière elle-même dans son Histoire d'une âme qu'elle a laissés par ordre de sa supérieure : " Jésus, comme elle l'a écrit, dormait toujours dans Sa petite nacelle ". Elle pouvait dire : " Je n'ai plus aucun désir, si ce n'est d'aimer Jésus à la folie ". C'est, en effet, sous l'aspect de l'amour infini que Dieu Se révélait en elle.

La voie de l'Amour, telle fut, en résumé, la voie de la " petite " Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face ; mais c'était en même temps la voie de l'humilité parfaite, et par là, de toutes les vertus. C'est en pratiquant les " petites vertus ", en suivant ce qu'elle appelle sa " petite Voie ", Voie d'enfance, de simplicité dans l'amour, qu'elle est parvenue en peu de temps à cette haute perfection qui a fait d'elle une digne émule de sa Mère, la grande Thérèse d'Avila.

Sa vie au Carmel pendant neuf ans seulement fut une vie cachée, toute d'amour et de sacrifice. Elle quitta la terre le 30 septembre 1897. Comme elle l'a prédit, " elle passe son Ciel à faire du bien sur la terre ".

Son procés de béatification et de cannonisation débuta en 1910 sous saint Pie X. Elle fut béatifiée le 29 avril 1923 par le Pape Pie XI qui la cannonisa le 17 mai 1925, puis la proclama Patronne des Missions le 14 décembre 1927. Le 30 septembre 1929 est posée la premiere pierre de la Basilique de Lisieux. Le 3 Mai 1944, Pie XII la proclama Patronne secondaire de la France.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face ne fut pas et n'est pas une âme légère dont les écrits sont niais ou doucereux. Hélas, depuis quelques dizaines d'années, c'est parfois ainsi qu'elle peut être ressentie à cause des commentateurs modernes - clercs ou laïcs - qui professent (de bonne ou de mauvaise foi peu importe) une religion abrutie et anti-catholique : une fausse religion à la portée, au mieux, des caniches ou des cochons d'Inde !

Sainte Thérèse fut une âme d'élite, une âme de combattante pour la cité du Bien. C'est avec une foi de soldat du Christ qu'il faut lire notre grande Sainte.


" Comment réaliser les désirs de ma pauvre petite âme ?... Ah ! malgré ma petitesse, je voudrais éclairer les âmes comme les Prophètes, les Docteurs, j’ai la vocation d’être Apôtre... Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais, Ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées... (Is. LXVI, 19.). Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles... Mais je voudrais par-dessus tout, Ô mon Bien-Aimé Sauveur, je voudrais verser mon sang pour Toi jusqu’à la dernière goutte... Le Martyre, voilà le rêve de ma jeunesse, ce rêve il a grandi avec moi sous les cloîtres du Carmel... Mais là encore, je sens que mon rêve est une folie, car je ne saurais me borner à désirer un genre de martyre... Pour me satisfaire, il me les faudrait tous... Comme toi, mon Epoux Adoré, je voudrais être flagellée et crucifiée... Je voudrais mourir dépouillée comme Saint Barthélémy... Comme Saint Jean, je voudrais être plongée dans l’huile bouillante, je voudrais subir tous les supplices infligés aux martyrs... Avec Sainte Agnès et Sainte Cécile, je voudrais présenter mon cou au glaive et comme Jeanne d’Arc, ma soeur chérie, je voudrais sur le bûcher murmurer Ton nom, Ô Jésus... En songeant aux tourments qui seront le partage des chrétiens au temps de l’Antéchrist, je sens mon coeur tressaillir et je voudrais que ces tourments me soient réservés... Jésus, Jésus, si je voulais écrire tous mes désirs, il me faudrait emprunter Ton livre de vie, (Ap. XX, 12.) là sont rapportées les actions de tous les Saints et ces actions, je voudrais les avoir accomplies pour Toi... Ô mon Jésus !"


Basilique Sainte-Thérère-de-l'Enfant-Jésus-et-de-la-Sainte-Face.
Lisieux.

Prière inspirée par une image représentant sainte Jeanne d'Arc :

" Seigneur, Dieu des armées qui nous avez dit dans Votre Évangile : " Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive ". Armez-moi pour la lutte, je brûle de combattre pour Votre gloire, mais je Vous en supplie, fortifiez mon courage.... Alors avec le Saint roi David je pourrai m'écrier : " C'est Vous seul qui êtes mon bouclier, c'est Vous, Seigneur, qui dressez mes mains à la guerre... "
Ô mon Bien-Aimé ! Je comprends à quel combat Vous me destinez, ce n'est point sur les champs de bataille que je lutterai........
Je suis prisonnière de Votre Amour, j'ai librement rivé la chaîne qui m'unit à Vous et me sépare à jamais du monde que Vous avez maudit.... Mon glaive n'est autre que l'Amour, avec lui je chasserai l'étranger du royaume. Je Vous ferai proclamer Roi dans les âmes qui refusent de se soumettre à Votre Divine Puissance.
Sans doute, Seigneur, un aussi faible instrument que moi ne vous est pas nécessaire, mais Jeanne votre virginale et valeureuse épouse l'a dit : " Il faut batailler pour que Dieu donne victoire ".
Ô mon Jésus, je bataillerai donc pour Votre Amour jusqu'au soir de ma vie. Puisque Vous n'avez pas voulu goûter de repos sur la terre, je veux suivre Votre exemple et j'espère ainsi que cette promesse sortie de Vos lèvres Divines se réalisera pour moi : " Si quelqu'un Me suit, en quelque lieu que Je sois il y sera aussi, et Mon Père l'élèvera en honneur ".
Être avec Vous, être en Vous, voilà mon unique désir.... Cette assurance que Vous me donnez de sa réalisation me fait supporter l'exil en attendant le radieux jour du Face à Face éternel !"

On trouvera et lira avec fruit les oeuvres complètes de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face sur le site suivant : http://www.jesusmarie.com/therese_de_lisieux.html

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dimanche, 13 juillet 2025

13 juillet. Saint Thuriau, évêque de Dol-de-Bretagne. 749.

- Saint Thuriau*, évêque de Dol-de-Bretagne. 749.
 
Pape : Saint Zacharie. Roi du Bro Waroch, prince de Domnonée, roi de Cornouailles, roi de Léon : Morvan-lez-Breizh. Roi des Francs : Childéric III.
 
" Quand on ne recherche point avec un désir déréglé les emplois extérieurs, l'on s'en peut acquiter avec une paix et une modération d'esprit exemptes de trouble et de confusion."
Dom Lobineau. Eloge du saint.
 

Saint Thuriau. Chapelle Saint-Thuriau en Saint-Barthélémy.
Diocèse de Vannes.

Saint Thuriau naquit de parents nobles et riches, auprès du monastère de Ballon. Ce monastère était de la dépendance de celui de Dol. Dès son plus bas âge, son âme fut éclairée des lumières surnaturelles. Il méprisa de bonne heure les biens temporels, avant que son coeur eût eu le temps d'être séduit par leur usage ; et il commença à pratiquer les conseils les plus parfaits de l'Evangile, en abandonnant ses parents, sa maison, son pays et ses biens, pour chercher le royaume des cieux.

Il s'achemina du côté de Dol, et s'étant égaré, il fut rencontré par un homme charitable, qui le mena chez lui, et lui donna ses troupeaux à garder. Mais comme le saint enfant avait voué au Roi des siècles un service plus essentiel, il voulut, pour s'en rendre capable, être instruit dans les lettres. Un ecclésiastique, qu'il pria de lui en tracer les caractères sur des tablettes, lui rendit ce service. Il les eut bientôt appris, de même que la grammaire et les éléments de la langue latine. Il y joignit la science du chant, qu'il affectionnait d'autant plus, qu'il avait une voix éclatante et mélodieuse. Le goût qu'il prenait à l'employer, à faire retentir de tous côtés les louanges de Dieu, lui donna lieu d'être connu de l'évêque de Dol, nommé Thiarmail ou Armael, qui, touché des excellentes qualités qu'il trouva dans cet enfant, l'adopta pour son fils, l'emmena à Dol, lui donna tous ses soins, et lui enseigna les lettres sacrées.

Les progrès de ce jeune disciple furent si grands, que l'évêque ne trouva pas de difficulté à l'ordonner prêtre et à le mettre à la tête du clergé de son Eglise. Thuriau, élevé à cette dignité, fit de nouveaux efforts pour se surpasser lui-même, et pour devenir par ses vertus la règle vivante des autres. Thiarmail eut sujet de présumer que son choix était approuvé de Dieu, quand il vit les vertus de son cher disciple accompagnées du rare et précieux don des miracles. La confiance que lui donna l'approbation céleste l'engagea, à l'exemple de quelques-uns des plus saints de ses prédécesseurs, à mettre Thuriau à sa place, pour y exercer les fonctions pénibles de l'épiscopat, qui, à cause de son âge trop avancé, lui devenait désormais un poids trop difficile à soutenir.


Intronisation de saint Thuriau.
Cathédrale Saint-Samson. Dol-de-Bredtagne.

Le mérite extraordinaire de Thuriau rendit son élection et son ordination très-agréables aux autres évêques de Bretagne, au clergé et au peuple, qui se flattèrent de voir revivre saint Samson et saint Magloire dans ce nouveau prélat, déjà si favorisé du Ciel. Quant à lui, il avait déjà tout mis en usage dès qu'il était entré dans la carrière ecclésiastique pour acquérir la perfection des vertus de son saint état. Ses Actes rapportent qu'il se distinguait surtout par une humilité profonde, un zèle infatigable pour le salut des âmes, une ardente charité et une simplicité admirable, jointe à une grande innocence de moeurs. Il passait le jour à instruire son peuple, et presque toute la nuit en prière.

L'homme ennemi, qui veille toujours pour troubler l'Eglise et y semer le désordre et la division, profita, peu de temps après l'ordination de Thuriau, des dispositions qu'avaient à la violence un seigneur du pays, nommé Rivallon, et le porta à mettre le feu dans un monastère de la dépendance de l'évêché, distant de 7 à 8 lieues de Dol. On vint aussitôt annoncer à Thuriau que l'église, les livres sacrés, les ornements et les vases précieux avaient été pillés ou réduits en cendres ; il n'y eut que le missel qui fut épargné par miracle. Pénétré de douleur, il prit avec lui 12 de ses religieux, et se rendit à pied chez Rivallon, au lieu nommé " Kanfrut " ou " Lan-Kafrut ", qui paraît être le même que celui où cet homme violent venait de brûler le monastère.


Conversion de Rivallon. Saint Thuriau bénit Rivallon.
Autel de saint Gilles et saint Roch.
Cathédrale Saint-Samson. Dol-de-Bredtagne.

Rivallon, en le voyant, se sentit touché de repentir et, se jetant tout tremblant à ses pieds, lui fit des offres si avantageuses pour la réparation du mal qu'il avait commis, que Thuriau, qui ne cherchait que sa conversion, ne lui refusa pas le remède de la pénitence. Thuriau, satisfait, retourna dans son Eglise, et Rivallon, aidé des princes du pays, répara au septuple tout le dommage qu'il avait causé, à quoi il employa les sept années de pénitence que son prélat lui avait imposées.

On rapporte qu'il opéra plusieurs guérisons miraculeuses et qu'il rappela à la vie la fille unique d'un seigneur du pays, après s'être mis en prière avec tout son clergé.

Saint Thuriau, après avoir rempli tous les devoirs d'un bon pasteur, mourut saintement, dans un âge très-avancé, le 13 juillet, et son corps fut enterré dans son église cathédrale. Il a été depuis transporté en France, à l'époque où les Normands ravageaient la Bretagne, et déposé à Paris, dans l'église de Saint-Germain des Prés, qui l'a conservé jusqu'en 1793, époque à laquelle il a été détruit.


Saint Thuriau rescussitant une jeune fille.
Legenda aurea. J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Ce saint corps ne s'y trouvait pas tout entier ; l'église cathédrale de Chartres en possédait une partie, renfermée depuis l'an 1230 dans une châsse de vermeil très-curieuse. Cette partie a également été détruite pendant la révolution.

Il ne reste peut-être plus maintenant des reliques de saint Thuriau qu'un fragment d'ossement, qui se trouve dans l'église paroissiale de Quintin, ville du diocèse de Saint-Brieuc ; ce fragment est renfermé dans un chef en argent. Le saint évêque, nommé dans ce pays saint Thurian, est patron de cette église. Les anciens Bréviaires de Saint-Meen, de Saint-Brieuc, de Nantes et de Léon, mettent tous la fête de saint Thuriau au même jour, 13 juillet.

On le représente :
1. en habit de berger, pour rappeler ses premières années ;
2. avec une colombe sur l'épaule : il s'était mis en prière pour un seigneur emporté, qui s'offrait à faire pénitence, quand une colombe se reposa sur son épaule comme pour lui dire que le pécheur obtiendrait son pardon s'il tenait ses promesses.


Chapeau de saint Thuriau. Crac'h. Pays d'Auray. Bretagne.
Il se raconte depuis des temps immémoriaux que saint Thuriau, à la faveur d'un déplacement, avait perdu lors d'une tempête son " chapeau " entre Carnac et Crac'h. Un fort vent vint le poser en ce lieu. La tradition populaire en a fait une expression :
" C'est un vent à déchapeauter saint Thuriau."

*Thuriaf, Thurian, Thurien, Thuriave, Thivisien, Thivisian.

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vendredi, 07 mars 2025

7 mars. Saint Thomas d'Aquin, Dominicain, docteur de l'Eglise. 1274.

- Saint Thomas d'Aquin, Dominicain, docteur de l'Eglise. 1274.

Pape : Saint Grégoire X. Roi de France : Saint Louis. Roi de Naples : Charles Ier.

" Ange de l'école... c'est-à-dire vierge et docteur."


Saint Thomas d'Aquin. Effigie. XVIe.

Saluons aujourd'hui l'un des plus sublimes et des plus lumineux interprètes de la Vérité divine. L'Eglise l'a produit bien des siècles après l'âge des Apôtres, longtemps après que la parole des Ambroise, des Augustin, des Jérôme et des Grégoire, avait cessé de retentir ; mais Thomas a prouvé que le sein de la Mère commune était toujours fécond ; et celle-ci, dans sa joie de l'avoir mis au jour, l'a nommé le Docteur Angélique. C'est donc parmi les chœurs des Anges que nos yeux doivent chercher Thomas; homme par nature, sa noble et pure intelligence l'associe aux Chérubins du ciel ; de même que la tendresse ineffable de Bonaventure, son émule et son ami, a introduit ce merveilleux disciple de François dans les rangs des Séraphins.


Glorification de saint Thomas d'Aquin. Détail.
Maître des effigies dominicaines. XIVe.

La gloire de Thomas d'Aquin est celle de l'humanité, dont il est un des plus grands génies ; celle de l'Eglise, dont ses écrits ont exposé la doctrine avec une lucidité et une précision qu'aucun Docteur n'avait encore atteintes ; celle du Christ lui-même, qui daigna de sa bouche divine féliciter cet homme si profond et si simple d'avoir expliqué dignement ses mystères aux hommes. En ces jours qui doivent nous ramener à Dieu, le plus grand besoin de nos âmes est de le connaître, comme notre plus grand malheur a été de ne l'avoir pas assez connu. Demandons à saint Thomas " cette lumière sans tache qui convertit les âmes, cette doctrine qui donne la sagesse même aux enfants, qui réjouit le cœur et éclaire les yeux " (Psalm. XVIII.). Nous verrons alors la vanité de tout ce qui est hors de Dieu, la justice de ses préceptes, la malice de nos infractions, la bonté infinie qui accueillera notre repentir.


Bernardo Daddi. XIVe.

Admirable ornement du monde chrétien et lumière de l'Eglise, le bienheureux Thomas naquit de Landolphe, comte d'Aquin, et de Théodora de Naples, tous deux de noble extraction. Il montra, encore au berceau, quelle devait être l'ardeur de sa dévotion envers la Mère de Dieu ; car ayant trouvé un papier sur lequel on avait écrit la Salutation angélique, il le retint dans sa main fermée malgré les efforts de sa nourrice, et sa mère l'ayant arraché de force, il le redemanda par pleurs et par gestes, jusqu'à ce qu'on le lui rendît, ce qui étant fait, il l'avala.


Apothéose de saint Thomas d'Aquin. F. de Zurbaran. XVIIe.

Il fut confié à l'âge de cinq ans aux soins des moines Bénédictins du Mont-Cassin. De là, il fut envoyé à Naples pour faire ses études ; il y découvre sans doute Aristote avec des traductions à partir de l'arabe fournies par Frédéric II. Etant encore adolescent, il entra dans l'Ordre des Frères-Prêcheurs en 1244 - l'ordre fondé par saint Dominique était alors jeune et suscitait l'enthousiasme religieux et intellectuel de notre Saint.

Cette résolution ayant excité le mécontentement de sa mère et de ses frères, on le fit partir pour Paris. Durant le voyage, il fut enlevé par ses frères qui l'entraînèrent dans le château-fort de Saint-Jean. On s'y prit de diverses manières pour le détourner de sa sainte résolution, jusqu'à envoyer près de lui une femme de mauvaise vie, afin d'ébranler sa constance. Thomas la mit en fuite avec un tison. Après cette victoire le saint jeune homme, s'étant mis à genoux devant une croix, fut saisi d'un sommeil durant lequel il sentit ceindre ses reins par les Anges ; et, depuis ce temps, il fut exempt des révoltes de la chair. Ses sœurs étaient venues aussi au château dans l'intention de le détourner de son pieux dessein ; il leur persuada de mépriser les embarras du siècle, et d'embrasser les exercices d'une vie toute céleste.


La tentation de saint Thomas d'Aquin et le secours des anges.
Diego Velasquez. XVIIe.

On l'aida à s'échapper du château par une fenêtre, et on le ramena à Naples. Ce fut de là que Frère Jean le Teutonique, Maître général de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, le conduisit à Rome, puis à Paris, où il étudia la philosophie et la théologie. Il suit un temps son maître Albert le Grand à Cologne jusqu'en 1252. De retour à Paris, il fut bientôtt bachelier biblique (lectures commentées des Écritures) de 1252 à 1254, puis bachelier sententiaire (commentateur du Livre des Sentences de Lombard) de 1254 à 1256. Il enseigna l'Écriture sainte, rédiga le de Ente et Essentia, reçut sa maîtrise en théologie, fut nommé Maître-Régent, défendit et rédigea les Questions Disputées : de Veritate, les Quodlibet (7 à 11) ; commenta le de Trinitate de Boèce, etc.

Après d'âpres luttes avec les séculiers de l'Université, il fut enfin admis, avec saint Bonaventure, dans le Consortium Magistrorum, non sans quelque pression pontificale en leur faveur, et de 1256 à 1259, il fut maître en théologie (choisi avant l’âge requis). En 1259, saint Thomas avait trente-quatre ans lorsqu'il partit pour l'Italie, où il resta dix ans. Il y enseigna la théologie jusqu'en 1268.


Saint Thomas d'Aquin débattant contre un hérétique.
Bartolomeo degli Erri. XVe.

Rappelons-le, élevé au degré de Docteur dès l'âge de vingt-cinq ans, il expliquait publiquement, et avec une grande réputation, les écrits des philosophes et des théologiens. Jamais il ne se livra à la lecture ou à la composition sans avoir prié. Pour obtenir l'intelligence des passages difficiles de l'Ecriture sainte, il joignait le jeûne à la prière. Il avait même coutume de dire à Frère Réginald, son compagnon, que ce qu'il savait, il l'avait moins acquis par son étude et son travail qu'il ne l'avait reçu du Ciel.


Saint Thomas d'Aquin inspiré par saint Pierre et saint Paul.
Bartolomeo degli Erri. XVe.

Saint Thomas revint à Paris de 1269 à 1272. Il avait quarante-quatre ans lorsqu'il rédigea la seconde partie (IIa Pars) de la Somme théologique et la plus grande partie des Commentaires des oeuvres d'Aristote. Il dut faire face à des attaques des Ordres Mendiants, dont des rivalités avec les franciscains et à des disputes avec certains maîtres ès arts (en particulier Siger de Brabant).

Le travail incroyable accompli à la fois pour l'enseignement et la rédaction de son oeuvre, les luttes continuelles qu'il dut mener au sein même de l'Université, le départ de quelques-uns de ses amis (Robert de Sorbon, Eudes de Saint-Denys, etc.), tout cela contribua à miner la santé de saint Thomas, qui, à quarante-sept ans (1272) repartit à Naples, où il fut nommé maître Régent en théologie de l’école dominicaine. Il y termina la troisième partie (IIIa Pars) de la Somme, la lectio de l’Épître aux Romains, les commentaires des Psaumes, du Credo, du Pater, de l'Ave Maria.

Sa santé déclina encore et, aphasique, en se rendant au concile de Lyon, convoqué par le pape Grégoire X, qui devait se tenir en mai, il mourut le 7 mars 1274, au monastère cistercien de Fossa Nova, où il reposa jusqu'à la translation de sa dépouille mortelle en 1369 à Toulouse, aux Jacobins, où il repose toujours aujourd'hui.


Saint Thomas d'Aquin prêchant en présence de Grégoire X.
Bartolomeo degli Erri. XVe.

Le 6 décembre 1273, à Naples, alors qu'il priait avec ardeur devant le crucifix du tabernacle, à l'issue de la sainte messe, il entendit cette voix :
" Tu as bien écrit de moi, Thomas : quelle récompense en désires-tu recevoir ?"
A quoi il répondit :
" Point d'autre que vous-même, Seigneur."
A la suite de cet épisode, lors duquel il avait vu Notre Seigneur face à face, il lui parut toute la vanité de son oeuvre et arrêta ses écrits.

Comme il se rendait au Concile de Lyon par ordre du Bienheureux Grégoire X, nous l'avons vu, il tomba malade dans l'abbaye de Fosse-Neuve, où, malgré son infirmité, il donna l'explication du Cantique des cantiques. Ce fut là qu'il mourut, âgé de cinquante ans, l'an du salut 1274, aux nones de mars. Il éclata, même après sa mort, par des miracles, lesquels étant prouvés, Jean XXII le mit au nombre des Saints, en 1323 ; son corps fut ensuite transporté à Toulouse par l'ordre du Bienheureux Urbain V.

Le plus grand des miracles de sa courte vie de quarante-huit ans, ce sont les ouvrages incomparables et immenses qu'il trouva le temps d'écrire au milieu d'accablantes occupations. Les admirables hymnes de la fête du Très Saint-Sacrement sont l'oeuvre de ce grand Docteur, dont la piété égalait la science.


Tombeau de Saint Thomas d'Aquin.
Couvent des Jacobins (Dominicains). Toulouse.

Comparé aux esprits angéliques non moins pour son innocence que pour son génie, il a mérité le titre de Docteur Angélique, qui lui fut confirmé par l'autorité de saint Pie V. Enfin Léon XIII, agréant avec grande joie les prières et les voeux de presque tous les évêques du monde catholique : pour éloigner le fléau de tant de systèmes, philosophiques principalement, qui s'écartent de la vérité, pour le progrès des sciences et la commune utilité du genre humain, de l'avis de la Congrégation des Rites Sacrés, l'a par Lettres Apostoliques déclaré et institué céleste Patron de toutes les Ecoles Catholiques et donc " Docteur commun ".

Ce grand docteur fut l'ami de saint Louis et le bras droit des Papes.

HYMNE

" Célèbre, Ô Eglise Mère, l'heureuse mort de Thomas, lorsqu'il fut admis à l'éternel bonheur par les mérites du Verbe de vie.

Fosse-Neuve reçut la dépouille mortelle de celui qui était un trésor de grâces, au jour où le Christ appela Thomas à l'héritage du royaume de gloire.

Sa doctrine de vérité nous reste avec son corps précieux, le parfum merveilleux qu'il exhale, et la santé qu'il rend aux infirmes.

Ses prodiges le rendent digne des louanges de la terre, des mens et des cieux ; qu'il daigne nous aider par ses prières, nous recommander à Dieu par ses mérites.

Louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas, nous réunir aux chœurs célestes !

Amen."


Saint Thomas entre saint Marc et saint Louis de Toulouse.
Vittore Carpaccio. XVIe.

PRIERE

" Gloire à vous, Thomas, lumière du monde ! Vous avez reçu les rayons du Soleil de justice, et vous les avez rendus à la terre. Votre oeil limpide a contemplé la vérité, et en vous s'est accomplie cette parole : " Heureux ceux dont le coeur est pur ; car ils verront Dieu " (Matth. V, 8.). Vainqueur dans la lutte contre la chair, vous avez obtenu les délices de l'esprit ; et le Sauveur, ravi des charmes de votre âme angélique, vous a choisi pour célébrer dans l'Eglise le divin Sacrement de son amour. La science n'a point tari en vous la source de l'humilité ; la prière fut toujours votre secours dans la recherche de la vérité ; et après tant de travaux vous n'aspiriez qu'à une seule récompense, celle de posséder le Dieu que votre coeur aimait.

Votre carrière mortelle fut promptement interrompue, et vous laissâtes inachevé le chef-d'oeuvre de votre angélique doctrine ; mais, Ô Thomas, Docteur de vérité, vous pouvez luire encore sur l'Eglise de Dieu. Assistez-la dans les combats contre l'erreur. Elle aime à s'appuyer sur vos enseignements, parce qu'elle sait que nul ne connut plus intimement que vous les secrets de son Epoux. En ces jours où " les vérités sont diminuées parmi les enfants des hommes " (Psalm. XI.), fortifiez, éclairez la foi des croyants. Confondez l'audace de ces vains esprits qui croient savoir quelque chose, et qui profitent de l'affaissement général des intelligences, pour usurper dans la nullité de leur savoir le rôle de docteurs. Les ténèbres s'épaississent autour de nous ; la confusion règne partout ; ramenez-nous à ces notions qui dans leur divine simplicité sont la vie de l'esprit et la joie du coeur.


Saint Thomas d'Aquin, fontaine de la sagesse. Antoine Nicolas. XVIIe.

Protégez l'Ordre illustre qui se glorifie de vous avoir produit ; fécondez-le de plus en plus ; car il est un des premiers auxiliaires de l'Eglise de Dieu. N'oubliez pas que la France a eu l'honneur de vous posséder dans son sein, et que votre chaire s'est élevée dans sa capitale : obtenez pour elle des jours meilleurs. Sauvez-la de l'anarchie des doctrines, qui a enfanté pour elle cette désolante situation où elle périra, si la véritable science, celle de Dieu et de sa Vérité, ne lui est rendue.

La sainte Quarantaine doit voir les enfants de l'Eglise se disposer à rentrer en grâce avec le Seigneur leur Dieu ; révélez-nous, Ô Thomas, cette souveraine Sainteté que nos péchés ont offensée ; faites-nous comprendre l'état d'une âme qui n'est plus en rapport avec la justice éternelle. Saisis d'une sainte horreur à la vue des taches qui nous couvrent, nous aspirerons à purifier nos cœurs dans le sang de l'Agneau immaculé, et à réparer nos fautes par les œuvres de la pénitence.
"


Le triomphe de saint Thomas d'Aquin. Gozzoli. XVe.

Rq : On lira et téléchargera avec fruit la vie et les oeuvres complètes de saint Thomas d'Aquin : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/thomas/index.htm

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