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jeudi, 19 octobre 2017

19 octobre. Saint Pierre d'Alcantara, de l'ordre des frères mineurs, confesseur. 1562.

- Saint Pierre d'Alcantara, de l'ordre des frères mineurs, confesseur. 1562.

Pape : Pie IV. Roi de France : Charles IX. Roi d'Espagne : Philippe II.

" Marchant dès son jeune âge dans l'innocence, évitant la sensualité et les plaisirs dangereux,fuyant le commerce des hommes, il s'adonnait à la contemplation des choses divines, et déjà embrasé de l'amour céleste, il croissait en sagesse et en grâce et, par la maturité de sa conduite, devançait le cours des années."
Bulle de sa canonisation.

Saint Pierre d'Alacantara. Luis Tristan.
Palais archi-épiscopal. Toléde. XVIe.

Pierre naquit à Alcantara, en Espagne, de nobles parents. Il fit présager dès ses plus tendres années sa sainteté future. Entré à seize ans dans l'Ordre des Mineurs, il s'y montra un modèle de toutes les vertus. Chargé par l'obéissance de l'office de prédicateur, innombrables furent les pécheurs qu'il amena à sincère pénitence.

Mais son désir était de ramener la vie franciscaine à la rigueur primitive ; soutenu donc par Dieu et l'autorité apostolique, il fonda heureusement le très étroit et très pauvre couvent du Pedroso, premier de la très stricte observance qui se répandit merveilleusement par la suite dans les diverses provinces de l'Espagne et jusqu'aux Indes. Sainte Thérèse, dont il avait approuvé l'esprit, fut aidée par lui dans son œuvre de la réforme du Carmel. Elle avait appris de Dieu que toute demande faite au nom de Pierre était sûre d'être aussitôt exaucée ; aussi prit-elle la coutume de se recommander à ses prières, et de l'appeler Saint de son vivant.

Extase de saint Pierre d'Alcantara.
Melchior Pérez Holguín. Bolivie. XVIIIe.

Les princes le consultaient comme un oracle ; mais sa grande humilité lui faisait décliner leurs hommages, et il refusa d'être le confesseur de l'empereur Charles-Quint. Rigide observateur de la pauvreté, il ne portait qu'une tunique, et la plus mauvaise qui se pût trouver. Tel était son délicat amour de la pureté, qu'il ne souffrit pas même d'être touché légèrement dans sa dernière maladie par le Frère qui le servait. Convenu avec son corps de ne lui accorder aucun repos dans cette vie, il l'avait réduit en servitude, n'ayant pour lui que veilles, jeûnes, flagellations, froid, nudité, duretés de toutes sortes. L'amour de Dieu et du prochain qui remplissait son cœur, y allumait parfois un tel incendie, qu'on le voyait contraint de s'élancer de sa pauvre cellule en plein air, pour tempérer ainsi les ardeurs qui le consumaient.

Son don de contemplation était admirable ; l'esprit sans cesse rassasié du céleste aliment, il lui arrivait de passer plusieurs jours sans boire ni manger. Souvent élevé au-dessus du sol,il rayonnait de merveilleuses splendeurs. Il passa à pied sec des fleuves impétueux. Dans une disette extrême, il nourrit ses Frères d'aliments procurés par le ciel. Enfonçant son bâton en terre, il en fit soudain un figuier verdoyant. Une nuit que, voyageant sous une neige épaisse, il était entré dans une masure où le toit n'existait plus, la neige, suspendue en l'air, fit l'office de toit pour éviter qu'il n'en fût étouffé.

Sainte Thérèse rend témoignage au don de prophétie et de discernement des esprits qui brillait en lui. Enfin, dans sa soixante-troisième année, à l'heure qu'il avait prédite, il passa au Seigneur, conforté par une vision merveilleuse et la présence des Saints. Sainte Thérèse, qui était loin de là, le vit au même moment porté au ciel ; et, dans une apparition qui suivit, elle l'entendit lui dire : " Ô heureuse pénitence, qui m'a valu si grande gloire !" Beaucoup de miracles suivirent sa mort, et Clément IX le mit au nombre des Saints.

Saint Pierre d'Alcantara (détail). D'après Claudio Coello. XVIIe.

" Le voilà donc le terme de cette vie si austère, une éternité de gloire !" (Ste Thérèse, Vie, XXVII.)
Combien furent suaves ces derniers mots de vos lèvres expirantes : " Je me suis réjoui de ce qui m'a été dit : Nous irons-dans la maison du Seigneur "(Psalm. CXXI, 1.). L'heure de la rétribution n'était pas venue pour ce corps auquel vous étiez convenu de ne donner nulle trêve en cette vie, lui réservant l'autre ; mais déjà la lumière et les parfums d'outre-tombe, dont l'âme en le quittant le laissait investi, signifiaient à tous que le contrat, fidèlement tenu dans sa première partie, le serait aussi dans la seconde. Tandis que, vouée pour de fausses délices à d'effroyables tourments, la chair du pécheur rugira sans fin contre l'âme qui l'aura perdue ; vos membres, entrés dans la félicité de l'âme bienheureuse et complétant sa gloire de leur splendeur, rediront dans les siècles éternels à quel point votre apparente dureté d'un moment fut pour eux sagesse et amour.

Et faut-il donc attendre la résurrection pour reconnaître que, dès ce monde, la part de votre choix fut sans conteste la meilleure ? Qui oserait comparer, non seulement les plaisirs illicites, mais les jouissances permises de la terre, aux délices saintes que la divine contemplation tient en réserve dès ce monde pour quiconque se met en mesure de les goûter ? Si elles demeurent au prix de la mortification de la chair, c'est qu'en ce monde la chair et l'esprit sont en lutte pour l'empire (Gal. V, 17.) ; mais la lutte a ses attraits pour une âme généreuse, et la chair même, honorée par elle, échappe aussi par elle à mille dangers.

Saint Pierre d'Alcantara donnant la sainte communion
à sainte Thérèse d'Avila. Livio Mehus. XVIIe.

Vous qu'on ne saurait invoquer en vain, selon la parole du Seigneur, si vous daignez vous-même lui présenter nos prières, obtenez-nous ce rassasiement du ciel qui dégoûte des mets d'ici-bas. C'est la demande qu'en votre nom nous adressons, avec l'Eglise, au Dieu qui rendit admirable votre pénitence et sublime votre contemplation (Collecte de la fête.). La grande famille des Frères Mineurs garde chèrement le trésor de vos exemples et de vos enseignements ; pour l'honneur de votre Père saint François et le bien de l'Eglise, maintenez-la dans l'amour de ses austères traditions. Continuez au Carmel de Thérèse de Jésus votre protection précieuse ; étendez-la, dans les épreuves du temps présent, sur tout l'état religieux. Puissiez-vous enfin ramener l'Espagne, votre patrie, à ces glorieux sommets d'où jadis la sainteté coulait par elle à flots pressés sur le monde ; c'est la condition des peuples ennoblis par une vocation plus élevée, qu'ils ne peuvent déchoir sans s'exposer à descendre au-dessous du niveau même où se maintiennent les nations moins favorisées du Très-Haut.

" Bienheureuse pénitence, qui m'a mérité une telle gloire !"
C'était la parole du Saint de ce jour, en abordant les cieux ; tandis que Thérèse de Jésus s'écriait sur la terre : " Ah ! quel parfait imitateur de Jésus-Christ Dieu vient de nous ravir, en appelant à la gloire ce religieux béni, Frère Pierre d'Alcantara !"

Le monde, dit-on, n'est plus capable d'une perfection si haute ; les santés sont plus faibles, et nous ne sommes plus aux temps passés. Ce saint était de ce temps, sa mâle ferveur égalait néanmoins celle des siècles passés, et il avait en souverain mépris toutes les choses de la terre. Mais sans aller nu-pieds comme lui, sans faire une aussi âpre pénitence, il est une foule d'actes par lesquels nous pouvons pratiquer le mépris du monde, et que notre Seigneur nous fait connaître dès qu'il voit en nous du courage. Qu'il dut être grand celui que reçut de Dieu le saint dont je parle, pour soutenir pendant quarante-sept ans cette pénitence si austère que tous connaissent aujourd'hui !

Saint Pierre d'Alcantara. Bernardo Strozzi. XVIIe.

" De toutes ses mortifications, celle qui lui avait le plus coûté dans les commencements, c'était de vaincre le sommeil ; dans ce dessein, il se tenait toujours à genoux ou debout. Le peu de repos qu'il accordait à la nature, il le prenait assis, la tête appuyée contre un morceau de bois fixé dans le mur; eût-il voulu se coucher, il ne l'aurait pu, parce que sa cellule n'avait que quatre pieds et demi de long. Durant le cours de toutes ces années, jamais il ne se couvrit de son capuce, quelque ardent que fût le soleil, quelque forte que fût la pluie. Jamais il ne se servit d'aucune chaussure.

Il ne portait qu'un habit de grosse bure, sans autre chose sur la chair ; j'ai appris toutefois qu'il avait porté pendant vingt années un cilice en lames de fer-blanc, sans jamais le quitter. Son habit était aussi étroit que possible ; par-dessus il mettait un petit manteau de même étoffe ; dans les grands froids il le quittait, et laissait quelque temps ouvertes la porte et la petite fenêtre de sa cellule ; il les fermait ensuite, il reprenait son mantelet, et c'était là, nous disait-il, sa manière de se chauffer et de faire sentir à son corps une meilleure température.

Saint Jean de Capistran apparaissant à
saint Pierre d'Alcantara. Luca Giordano. XVIIe.

Il lui était fort ordinaire de ne manger que de trois en trois jours ; et comme j'en paraissais surprise, il me dit que c'était très facile à quiconque en avait pris la coutume. Sa pauvreté était extrême, et sa mortification telle qu'il m'a avoué qu'en sa jeunesse il avait passé trois ans dans une maison de son Ordre sans connaître aucun des Religieux, si ce n'est au son de la voix, parce qu'il ne levait jamais les yeux, de sorte qu'il n'aurait pu se rendre aux endroits où l'appelait la règle, s'il n'avait suivi les autres. Il gardait cette même modestie par les chemins. Quand je vins a le connaître, son corps était tellement exténué, qu'il semblait n'être formé que de racines d'arbres (Ste Thérèse, Vie, ch. XXVII, XXX, traduction Bouix.)."

On sait que trois familles illustres et méritantes composent aujourd'hui le premier Ordre de saint François ; le peuple chrétien les connaît sous le nom de Conventuels, Observantins et Capucins. Une pieuse émulation de réforme toujours plus étroite avait amené, dans l'Observance même, la distinction des Observants proprement ou primitivement dits, des Réformés, des Déchaussés ou Alcantarins, et des Récollets ; d'ordre plushistorique que constitutionnel, sil'onpeut ainsi parler, cette distinction n'existe plus depuis que, le 4 octobre 1897, en la fête du patriarche d'Assise, le Souverain Pontife Léon XIII a cru l'heure venue de ramener à l'unité la grande famille de l'Observance, sous le seul nom d'Ordre des Frères Mineurs qu'elle devra porter désormais (Constit apost. Felicitate quadam.).

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19 octobre. Le Bienheureux Thomas Hélye de Biville, prêtre, aumônier de saint Louis. 1257.

- Le Bienheureux Thomas Hélye de Biville, prêtre, aumônier de saint Louis. 1257.

Pape : Innocent VI. Roi de France ; Saint Louis.

" Dieu se sert des instrument les plus vils et les plus misérables selon le monde, pour accomplir son oeuvre, afin que nul homme ne se glorifie devant lui."
Bx Thomas Hélye de Biville.

Le bienheureux Thomas Hélie. Détail. Bannière de procession. France. XVIIe.

Si c'est un honneur pour cet excellent prêtre d'avoir été aumônier d'un si grand monarque, nous pouvons dire aussi que c'est un honneur pour saint Louis d'avoir fait choix d'un prêtre si sage et si pieux pour approcher de sa personne et pour prendre soin de la distribution de ses aumônes.

Il vint au monde ers l'an 1187, dans la paroisse de Biville, petit village de la Basse-Normandie, au diocèse de Coutances et Avranches, d eparents plus recommandables par leurs éminentes qualités que par leur naissance. Mathilde, la pieuse mère de cet enfant prédestiné, le plaça, dès le berceau, sous le patronnage de la très sainte Vierge Marie, et, dès qu'il put articuler quelques sons, elle lui apprit à prononcer les doux nom de Jésus et de Marie, ce qu'il faisait avec une docilité charmante.

Ses parents, remarquant en lui des dispositions précoces pour l'étude, le confèrent à des maîtres habiles, sous lesquels il fit de rapides progrès. Il n'apprenait pas pour mériter la réputation de savant, mais uniquement pour répondre aux desseins de ses parents, et remplir la loi rigoureuse et sacrée du travail ; le devoir était pour le jeune élève un de ces mots magiques qui opèrent des merveilles. Le digne fils de la pieuse Mathilde joignait à un maintien grave une expression de physionnomie pleine de candeur et de sérénité. Jamais on n'apercut en lui cette impétuosité de mouvements, cette mobilité d'impressions, cette légèreté de conduite, apanage ordinaire du jeune âge. On eût dit, en le voyant, qu'il appartenait plus au ciel qu'à la terre ; et un sentiment de respect venait se mêler à l'admiration, quand on apercevait ce doux visage au sortir de la prière, comme illuminé d'une clarté surnaturelle.

Eglise Saint-Pierre de Biville. Cotentin, Normandie.

Cependant, les études du Bienheureux une fois terminées, il songea devant Dieu à la manière d'employer utilement les connaissances qu'il avait acquises. Plusieurs carrières honorables s'ouvraient devant lui, mais elles avaient toutes un but humain : dès lors elles ne pouvaient lui offrir aucun attrait ; d'ailleurs, à l'exemple du Sauveur de monde, Thomas aimait l'enfance, la jeunesse. Il éprouvait une joir sensible à se voir entouré de ces petits, auxquels le Chrétien doit ressembler, pour obtenir le royaume des Cieux. Ce fut donc les humbles, mais utiles fnctions d'instituteur de village, que Thomas choisit de préférence à d'autres plus honorifiques et plus lucratives, afin de ses dévouer corps et âme à l'instruction de la jeunesse.

Le matin, devançant l'aurore, il s'acheminait vers le temple du Seigneur, où il restait à s'entretenir avec l'adorable Solitaire de nos autels, jusqu'au moment de commencer la classe. Le soir, il venait encore Bien-Aimé de son âme, afin de se délasser avec lui de ses fatigues du jour, et se désaltérer à cette source d'eau vive qui découle du coeur de Dieu même. La vie du Bienheureux n'avait alors rien d'austère, mais elle était si réglée et si parfaite, qu'elle excitait, non seulement l'admiration de tous ceux qui en était les heureux témoins, mais provoquait encore chez eux une pieuse émulation pour pratiquer les commandements de Notre Seigneur Jésus-Christ.

En peu d'année, le petit village de Biville fut presque transformé en une chrétienté, rappelant les premiers âges de l'Eglise. Les habitants de Cherbourg, ville située non loin de Biville, entendant parler de toutes les merveilles opérées dans cette obscure localité par le bienheureux Thomas, éprouvèrent le désir d'en être eux-mêmes les objets : en conséquences, une députation des notables de Cherbourg fut envoyée à Biville, afin de décider Thomas Hélye à venir porter le flambeau de ses lumières dans une cité si digne d'en apprécier les bienfaits. Le Bienheureux céda à leurs instances pressantes et se rendit à Cherbourg. Son principal soin fut d'inspirer la piété à ses écoliers et de leur apprendre à craindre Dieu, sans quoi la science ne peut servir qu'à rendre un homme plus inexcusable. Il commençait et finissait toutes ses actions par la prière, et dans son exercice même il avait souvent l'esprit et le coeur élevés vers Dieu, pour recevoir ses lumières et pour concevoir de nouvelles flammes de son amour.

Saint Louis. Bas-relief dans l'église Saint Pierre de Biville.
Cotentin, Normandie.

Après qu'il eut exercé quelques temps cette oeuvre de charité, il tomba très grièvement malade : ce qui lui fit quitter Cherbourg et retourner à la maison de son père. Dieu lui inspira dès lors une vie tout extraordinaire. A peine fut-il en convalescence qu'il se revêtit d'un cilice, commença à jeûner trois fois la semaine au pain d'orge et à l'eau pure, et entreprit trois Carêmes par an avec la même austérité. Il était aussi presque toujours en prières, et, comme le curé lui avait donné une clef de l'église, il y passait souvent la lus grande partie du jour et de la nuit dans ce saint exercice. L'évêque de Coutances et Avranches, son prélat, étant informé d'une conduite si sainte, l'exhorta à embrasser l'état ecclésiastique, afin de pouvoir travailler au salut des âmes, puisque plusieurs périssaient faute de bons pasteurs pour les conduire.

Thomas reçut cette exhortation comme un ordre du Ciel ; mais il pria l'évêque de lui permettre de consulter longuement le Seigneur avant de prendre une décision. L'évêque le releva avec bonté, et lui accorda le délai qu'il sollicitait avec de si touchantes instances, lui faisant toutefois promettre de venir le retrouver pour lui communiquer le parti que l'Esprit de Dieu lui aurait inspiré de prendre. Thomas, après avoir reçu la bénédiction de son évêque, le quitta pour retourner dans sa chère solitude.

Quelque temps après il reprit à pied le chemin de Coutances où le saint évêque l'accueillit avec l'effusion d'un tendre père qui reçoit un fils bien-aimé ; en apprenant de la bouche du Bienheureux tout ce qui s'était passé dans son coeur, Hugues de Morville adora en silence les desseins de Dieu sur cette âme privilégiée ; puis, il donna la tonsure à Thomas, qui reçut successivement de sa main, tout en gardant les inetrvalles prescrit par les saints canons, les Ordres mineurs, le sous-diaconnat et enfin le diaconnat. Le bon prélat ne put le décider à passer plus loin.

Le Bienheureux pria alors son évêque de lui permettre de faire auparavant le voyage de Rome et de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, et de venir ensuite faire son cours de théologie à Paris. L'évêque lui accorda aisément ce qu'il voulut. Il fit donc l'un et l'autre pèlerinage avec une dévotion singulière, et, en étant revenu en pleine santé, il demeura encore quatre ans à Paris, pour y acquérir les lumières qu'il devait ensuite répandre sur les peuples.

Le bienheureux Thomas Hélye donnant la sainte communion
à saint Louis. Imagerie populaire. XIXe.

Au bout de quatre ans il retourna dans son pays et fut promu au sacerdoce. Si jusqu'alors il avait été très austère, on peut dire qu'étant prêtre il devint cruel et impitoyable à lui-même. Il ne se couchait jamais, et, s'il dormait quelques moments, ce n'était que sur le coin d'un banc de l'église. Il prenait tous les jours très rudement la discipline, et quelque faible qu'il fût par la rigueur extrême de ses jeûnes, il ne laissait pas de se mettre le corps en sang, afin de l'assujétir parfaitement aux désirs de l'esprit. Il était presque toute la nuit en oraison mentale, goûtant à loisir les délices inestimables de la conversation avec Dieu. A la pointe du jour il disait ses Matines, avec l'office des morts, le graduel, les sept psaumes de la pénitence, et sept autre psaumes qu'il récitait avec son clerc. Il clébrait ensuite la messe avec une dévotion angélique, et quelquefois avec une telle abondance de larmes, qu'il semblait que ses yeux se dussent fondre à force de pleurer. Il avait aussi ses heures pour dire l'offfice de Notre-Dame, et il s'en acquittait de même avec tant d'attention, que le démon, ne pouvant souffrir une si grande ferveur, faisait quelquefois d'horribles bruits pour l'en distraire. Pour le reste de son temps, ille sacrifiait au secours du prochain, à annoncer la parole de Dieu, à faire le cathéchisme, à entendre les confessions, à consoler les affligés, à visiter les malades, à aider ceux qui étaient à l'agonie et à procurer le soulagement des pauvres ; et, comme si le diocèse de Coutances eût été trop petit pour satisfaire à l'ardeur de son zèle, il l'étendait à ceux d'Avranches, de Bayeux et de Lisieux. Notre Seigneur Jésus-Christ donna toujours une grande bénédiction à ses travaux ; il faisait des conversions sans nombre, et sa parole était si puissante, soit lorsqu'il montrait la malice et l'indignité du péché, soit lorsqu'il menaçait des rigueurs du jugement de Dieu, soit lorsqu'il proposait les récompenses qui sont préparées aux justes dans le Ciel, queles pécheurs les plus opiniâtres et les plus endurcis n'y pouvait nullement résister. On voyait même ses auditeurs, pendant qu'il prêchait, ou ses pénitents, lorsqu'il écoutait leur confession, verser des torrents de larmes, et on les entendait crier miséricorde, dans la crainte du jugement de Dieu, dont ils étaient pénétrés.

Le clocher de l'église Saint-Pierre de Biville. Cotentin, Normandie. XIIIe.

Le roi saint Louis, étant informé des mérites d'un si grand prédicateur, le voulut voir auprès de sa personne et l'appela à sa cour pour être son aumônier. Thomas Hélye n'osa pas d'abord résiter à un prince si sage et si pieux ; il vint le trouver et exerça quelque temps l'office dont Sa Majesté l'avait honoré ; mais, ne pouvant s'accoutumer à l'air de la cour qui, toute sainte qu'elle était, lui paraissait bien différente de l'aimable secret de sa solitude, il demanda enfin son congé pour retourner à Biville, où, dans la maison même de son père, il s'était fait une sorte d'ermitage. A son retour, son prélat le chargea de la cure de Saint-Maurice, dont il s'acquitta avec toute la vigilance et la sollicitude du bon pasteur. Cependant il ne la garda que peu de temps ; car, voulant être libre pour courir au secours des âmes qui avaient besoin d'être éclairées des lumières de l'Evangile, il s'en déchargea sur un autre ecclésiastique qu'il jugea digne de la remplir.

Peu de temps après, il tomba dans une telle langueur, qu'il ne pouvait pas se lever pour dire sa messe. Il ne cessa point néanmoins de communier tous les jours, et il le faisait avec de si grands sentiments de dévotion, qu'il semblait qu'il jouît déjà des embrasements de son Bien-Aimé dans Sa gloire.

Enfin, après avoir donné beaucoup d'autres témoignages de sa sainteté, il reçut pour la dernière fois ce pain des anges qui le remplit d'une force merveilleuse pour le voyage important de l'éternité. Il se fit lire l'Evangile de saint Jean, la Passion de Notre Seigneur Jésus-Chrit et le psaume In te, Domine, speravi ; et, lorsque son clerc fut à ces mots : " Je remets, Seigneur, monesorit entre vos mains ", il cessa de vivre sur la terre pour aller vivre éternellement dans le Ciel. Cette mort arriva un vendredi 19 octobre 1257, au château de Vauville, où l'avait surpris sa dernière maladie.

Un ancien monument le représente prêchant en présence des deux évêques de Coutances et d'Avranches. On le représente encore, tantôt les mains jointes, les yeux levés vers le Ciel ; tantôt assistant en qualité d'aumônier, à genous auprès de saint Louis, à la messe d'un des chapelains royaux.

CULTE ET RELIQUES


A la nouvelle de la mort du Bienheureux, les peuples accoururent de tous côtés, pour contempler et vénérer sa dépouille mortelle ; on déposa sur son corps des gants, des ceintures, des colliers, des anneaux, pour les conserver comme des reliques. Une foule immense assista à son convoi, qui ressemblait plutôt à une marhce triomphale qu'à une pompe funèbre.

Un incident miraculeux vint encore augmenter le saint enthousiasme dont la foule était animée, tandis que le pieux cortège s'avançait vers Biville. La dame de Vauville, qui avait une main desséchée, l'apliqua avec confiance sur la main du bienheureux Thomas Hélye et fut aussitôt guérie. Le corps de Thomas fut inhumé dans le cimetierre de Biville, ainsi qu'il l'avait demandé.

Dès sa mort, un procès en béatification fut ouvert à l'initiatibe de l'évêque Jean d'Essey.

Tombeau renfermant les saintes reliques du Bx Thomas Hélye.
Eglise Saint-Pierre de Biville. Cotentin, Normandie.

En 1261, il fut transféré dans une chapelle, construite en 1260, près de l'église paroissiale, dont elle était toutefois encore séparée en 1325. C'est là que l'archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, le visita en 1266. L'église, d'après Arthur Dumoustier, fut reconstruite dans le courant du XVIe siècle, et, alors sans doute, on fit de la chapelle le choeur actuel, au milieu duquel le curé Michel Leverrier éleva, en 1533, le monument en carreaux sculptés et peints, qui a subsisté jusqu'en 1778. Alors, Jacques Dujardin, lieutenant-colonel d'artillerie, seigneur de Biville, aidé des offrandes du curé et des paroissiens, remplaça ce tombeau, que la piété indiscrète des fidèles avait mutilé, par celui que nous voyons encore aujourd'hui et qui, malgré la tablette de marbre sur laquelle repose l'image en relief du Bienheureux, est encore bien peu digne de renfermer de si précieuses reliques.

Le saint corps y a reposé jusqu'au 13 juillet 1794. Ce trésor, si cher aux catholiques, allait être profané et dispersé par quelques terroristes et autres bêtes féroces impies et insensées, quand M. Lemarié d'Yvetot, ancien supérieur de l'hôpital de la Trinité à Paris, puis vivaire général auprès de Mgr de Talaru, évêque de Coutances, alors en exil pour la foi, conçut avecquelques catholiques fidèles et courageux, le projet d'empêcher ce honteux sacrilège.

A l'heure indiquée (22h15), tous se réunirent ; le prêtre intrépide portait sur sa poitrine la sainte Hostie, suivant la permission reçue par son évêque. Ils pénétrèrent dans l'église dévastée ; les administrateurs révolutionnaires avaient placé sur le tombeau, au lieu de la tablette de marbre, une sorte de bureau à leur usage : mais deux larges pierres superposées fermaient encore le monument. Quand elles eurent cédé aux efforts d'un des compagnons de M. Lemarié, ils apercurent avec un mélange de joie et de religieuse frayeur, les ossements du bienheureux Thomas Hélye bien conservés et rangés presque tous dans leur situation naturelle. Le confesseur de la foi les tira respectueusement du cercueil de pierre, et les déposa dans des linges blancs avec la poussière dont ils étaient entouré. Il les plaça ensuite dans un cercueil de chêne qu'il scella de son sceau, après avoir rédigé, dans la forme canonique, un procès verbal qui fut signé par ses coopérateurs, témoins irrécusables de cette édifiante translation. Le corps saint fut placé à Virandeville, sous un autel, autour duquel les catholiques persécutés se réunissaient en secret, pendant tout le temps de la révolution.

Furieux de voir leurs odieux projets ainsi déjoués, les bêtes féroces intentèrent des poursuites judiciaires, afin de connaître les auteurs de ce prétendu crime. Tous leurs efforts furent inutiles, et n'aboutirent qu'à faire emprosonner le curé schismatique comme suspect d'avoir, au moins par sa négligence, favorisé la soustraction des reliques et comme coupable d'un refus obstiné d'en nommer les auteurs.

En 1803, le 14 septembre, M. Closet, vicaire général de Mgr Rousseau, de concert avec M. Bonté, son collègue, autorisa les habitants de Virandeville, en mémoire de leur courageux dévouement, à conserver la tête du bienheureux Thomas dans leur église, conformément au désir exprimé par M. Lemarié. Le reste du corps fut rendu aux habitants de Biville, excepté quelques ossements accordés aux paroisses de Vauville, Saint-Maurice et Yvetot. Le 16 septembre, M. Leverrier, curé de Biville, après avoir assisté à l'ouverture du cercueil à Virandeville, déposait dans leur ancien tombeau les saintes reliques, en présence de plusieurs témoins et selon toutes les formes juridiques.

Par temps clair, on peut voir le phare de la Hague depuis Biville.
Le Bx Thomas de Biville en est un autre, et des plus sûrs.

La tête resta à Virandeville jusqu'en 1811. Alors, le 31 mars, Mgr Dupont, terminant une discussion très longue et très vive entre les deux paroisses, ordonna que cette relique insigne fût réunie aux autres ossement du Bienheureux, ce qui fut exécuté le jeudi 18 avril de la même année, avec toute la publicité et les formes prescrites. Le tonbeau de biville contient donc aujourd'hui les restes précieux du saint prêtre, qui sont demeurés, jusqu'au 18 octobre 1859, dans deux caisses séparées : l'une renfermant le chef, munie du sceau de Mgr Dupont, et l'autre renfermant les ossements, munie du sceau de Mgr Rousseau.

Ajoutons à ces reliques le calice avec sa patène en vermeil, et la chasuble que l'église de Biville regarde de temps immémorial comme donnés par saint Louis au bienheureux Thomas, et quelques ornements, chasuble, aube et ceinture, que la paroisse de Saint-Maurice vénère comme ayant appartenu à son saint pasteur. Pie IX a béatifié Thomas Hélye en 1859.

La puissance d'inetrcession du bienheureux Thomas ne s'est pas démentie depuis cette époque, ce qui explique son glorieux surnom de thaumaturge et la popularité de son culte, dans cette partie de la Normandie qui lui donna le jour, et où tout rappelle son souvenir béni. Ici, c'est la fontaine où il venait se désaltéré, quand de Cherbourg il se rendait dans son pays natal ; là, c'est la Charrière, le chemin par lequel on approta, du château de Vauvilla à l'église de Biville, le corps saint du Bienheureux.

L'église, dont une partie est formée de l'ancienne chapelle élevée au XIIIe siècle en l'honneur de Thomas Hélye, est aussi un perpétuel memorandum de ce grand serviteur de Dieu, et les mille feux allumés autour de son tombeau, en particulier le 19 octobre, jour de sa fête, témoignent de la confiance, de la reconnaissance, de l'amour des nombreux pèlerins accourus à Biville pour solliciter les faveurs du bienheureux Thomas Hélye, ou le remercier de celles obtenues par sa médiation.

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