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jeudi, 27 avril 2017

27 avril. Saint Pierre Canisius de Nimègue, docteur de l'Eglise, apôtre de l'Allemagne. 1597.

- Saint Pierre Canisius de Nimègue, docteur de l'Eglise, apôtre de l'Allemagne. 1597.

Pape : Clément VIII. Empereur du Saint-Empire : Rodolphe II de Habsbourg.

" Renoncez-vous à vous-même, pour ne pas être renoncer par le Christ ; reniez-vous, pour être reçu par le Christ."
Salvien.


Saint Pierre Canisius. Gravure du XVIe.

Humilité et soumission, ces deux mots résument toute l'oeuvre de saint Ignace, dont saint Pierre Canisius fut l'un des premiers et des plus grands disciples. On a souvent tourné en dérision cette sublimité de l'obéissance recommandée aux religieux de la Compagnie de Jésus. On s'est moqué du fameux perinde ac cadaver. Mais a-t-on réfléchi que ce grand précepte de la soumission est la condition sine qua non de toute autorité divine ou humaine ? Conçoit-on une royauté, comprend-on une armée, imagine-t-on une traversée maritime sans l'obéissance au chef du pouvoir, de l'expédition ou du vaisseau ? La soumission est la garantie de toute puissance.

Et l'humilité, cette vertu qu'il n'est donné à l'homme de comprendre que se lève les yeux en haut, n'a-t-elle pas été de tous temps le cartère distinctif de la vraie grandeur ? L'orgueil qui lui est opposé, comme l'indépendance à la soumission, ne sont-ils pas les deux vices fondamentaux qui ont amené la ruine du protestantisme ?

Luther et saint Ignace naissent en même temps : l'un prêche la révolte à l'autorité, et ses premiers disciples appliquant rigoureusement les principes de leur maître, arrivent à l'impuissance et à l'alarchie ; l'autre recommande à ses enfants la soumission à l'autorité, et trois siècles ne font qu'assurer à son oeuvre une plus longue durée.

Magnifique et vivant enseignement que cette lutte perpétuelle de la vérité contre l'erreur ! Chaque ère qui se lève sur le monde l'atteste, mais chaque ère aussi vient proclamer plus haut le triomphe de cette vérité immuable comme son principe, qui est le bien et le vrai éternel, sur l'erreur qui, malgré ses formes chaque jour différentes, n'est que ruine et poussière ; car elle ne s'appuie que sur le faux et sur le mal.


Martin Luther. Lucas Cranach. XVIe.

Notre saint du jour n'est plus " populaire ". Et pour cause ! Il fut un combattant jamais vaincu des droits de l'Eglise contre les désordres de l'anarchie, un champion de la vérité contre les sectateurs des ténèbres du mensonges. Nos temps qui s'enfoncent chaque jour un peu plus sous l'empire du prince de ce monde combattent ardemment - jusque dans leur commémoraison - des figures comme celle de saint Pierre Canisius. Ce champion du concile de Trente ne saurait guère plus plaire à la secte usurpatrice du si beau nom catholique qui plastronne à Rome et coule lentement dans un syncrétisme satanique.

N'importe ! Honorons en ce 27 avril, le grand saint Pierre Canisius, infatigable apôtre de la vérité, de Notre Seigneur Jésus-Christ et de son Eglise, et de Notre Dame pour laquelle il avait - avec saint Michel archange - une particulière et tendre dévotion.

La famille de Pierre Canisius était l'une des plus distinguées de la Hollande ; son père, d'abord conseiller du duc Charles de Lorraine, fut ensuite bailli de Verdun. Né en 1521, c'est sous le toit paternel que Pierre passa, dans l'innocence, ses premières années. Puis, il fut envoyé à Cologne, pour y apprendre les belles-lettres. En peu de temps, il eut achevé son cours d'humanités et reçut le grade de docteur en droit civil. Il vint alors à Louvain pour s'initier au droit canonique.

On était alors aux plus mauvais jours du XVIe siècle. Luther s'était levé du sein de l'Eglise, impétueux, opiniâtre, orgueilleux à l'excès. Poussé par l'esprit du mal et de la révolte, cet homme avait dépouillé sa robe de moine et, l'anathème à la bouche, avait voué au catholicisme la plus implacable des haines ; il avait juré la ruine de la Papauté. Canisius naissait à Nimègue pendant que le moine brûlait, à Wittemberg, les bulles de Léon X.


Le Pape Léon X.

Rien désormais ne devait arrêter l'hérésiarque. Il jeta du même coup le gant au Pape et à l'empereur Charles Quint. Le Pape, assisté de Jésus-Christ, résiste et triomphe ; mais l'empereur, d'abord fidèle, se trouble bientôt à la vue de la guerre qui le menace et, au prix de concessions malheureuses, achète la soumission momentanée de ses sujets révoltés. Quand Luther meurt, dans une agonie ignoble et digne de celui qui l'inspira depuis qu'il avait quitter l'Eglise, son oeuvre est achevée, la prétendue Réformation a jeté dans l'Europe entière ses racines profondes.

Elles se développe rapidement. L'Allemagne qui les reçoit avec le plus de faveur doit en être la première victime ; avec la foi catholique la constitution impériale est menacée ; les princes, qui ne sont plus obéis, se révoltent à leur tour contre Charles Quint ; le sang coule à flots de tous côtés.

L'Eglise se reccueille un instant : puis assistée de l'Esprit Saint, elle se lève tout entière à la voix de son chef, et s'affirme plus vivante et plus forte que jamais. A la ligue formée à Smalkalde par les protestants, elle oppose le concile de Trente... C'est saint Pierre Canisius qui doit nous introduire dans l'assemblée des Pères de l'Eglise.

C'est là que se forma le jeune religieux ; aussi ses progrès dans la voie de la perfection furent si rapides que son noviciat à peine achevé à Cologne sous la direction du Père Pierre Lefèvre, il fut jugé digne de la prêtrise et tout aussitôt appelé à succéder à ce même Pierre Lefèvre, dans la charge de supérieur. Nous le retrouvons expliquant aux théologiens de l'Université les épîtres de saint Paul, et les Evangiles aux élèves du collège du Mont, et préparant en même temps une édition des oeuvre du mystique Jean Tauler et une nouvelle édition des oeuvres de saint Cyrille d'Alexandrie et de saint Léon le Grand. Mais tout à coup il est convié à de plus grandes destinées. De ce moment commence sa lutte contre la Révolution ou prétendue Réforme.


Charles Quint. Tiziano Vecellio. XVIe.

Un grand scandale est venu fondre sur l'Eglise d'Allemagne : l'archevêque de Cologne, Hermann de Weda, s'est laissé séduire et entraîné dans l'hérésie. A la vue de la trahison de son pasteur, la cité s'indigne ; le clergé, l'Université, les magistrats, jaloux de conserver intact le trésor de leur foi, se décident à demander la déposition du coupale. Toutefois, nul n'osait se rendre près de Charles Quint et de Georges d'Autriche, prince-évêque de Liège, pour présenter une aussi grave requête. On jette les yeux sur notre saint : c'est lui qui sera, près de l'empereur et du cardinal, l'interprète chargé de réclamer contre l'indignité du coupable. Délicate mission qui témoigne de l'estime qu'on avait déjà pour le jeune jésuite !
Dieu seconde alors l'envoyé des habitants de Cologne ; le Pape excommunie Hermann et le remplace par un saint prêtre.

Pendant son voyage, le saint s'était rencontré à Ulm avec le cardinal Othon Truchess, évêque d'Augsbourg. Le prélat, frappé de son rare mérite, résolut de l'envoyer au concile de Trente comme son théologien. Saint Ignace de Loyola, consulté, répondit au cardinal que son choix ne pouvait mieux tomber. Ce fut en vain qu'au retour de son négociateur, Cologne fit valoir ses droits sur lui ; Canisius avait sa place marquée au sein des Pères du concile.

La réunion des Pères de l'Eglise à cette époque semblait impossible. L'empereur Charles-Quint pris entre les Catholiques et les Protestants, ne voulait rien faire qui semblât favoriser les uns ou les autres ; le roi de France ne souhaitait pas une assemblée où le Pape serait le maître : enfin le Pape lui-même pouvait craindre quelque entreprise contre son autorité : et cependant, au milieu de tant de difficultés et d'entraves, l'oeuvre de Dieu s'accomplit, et la foi fut sauvée. Eternel enseignement que de tout temps Dieu se plaît à donner aux audacieux qui voudrait résister à son Christ et à son Eglise.
 

Saint Ignace de Loyola.

Parmi la foule nombreuse de prélats et de théologiens appelés au concile par la voix du Pontife romain, Canisius, dès le début des sessions, fut placé au premier rang. Au moment où, les préliminaires terminés, le concile allait commencer ses séances dogmatiques, des fièvres se déclarèrent à Trente et le siège de l'assemblée fut transféré à Cologne. Assisté du savant jésuite Jacques Laynez, théologien du Pape, Canisius fut chargé de faire le relevé exact des erreurs avancées au sujet des sacrements par les hérétiques et de reccueillir dasn les monuments de la tradition les bases des règles définitives. L'attente de saint Ignace et du cardinal Othon Truchess ne fut pas trompée : chaque fois que le jeune jésuite élevait la voix au sein de l'assemblée, les Pères du concile admiraient en lui l'homme de Dieu, venant avec sa noble et touchante éloquence remuer les coeurs et convaincre les esprits.

Mais voici qu'après les troubles qui suivirent le meurtre du duc de Plaisance l'assemblée est dissoute : notre saint Pierre Canisius est appelé à Rome par saint Ignace. Nous le retrouverons bientôt à la prochaine session du concile.

Saint Ignace et saint Pierre Canisius avaient, il semble, hâte de se mieux connaître... Qui dira les épanchements de ces deux âmes ! Saint Ignace initiait saint Pierre Canisius aux secrets desseins du Seigneur sur son oeuvre naissante, et, qui sait ? dans sa sublime bonté, le Très-Haut déchirant les voiles de l'avenir, leur montraiet peut-être cette compagnie de Jésus embrassant l'univers entier de flammes de l'amour divin et tout à la fois régénérant l'ancien monde et convertissant le nouveau.


Saint Pierre Canisius conférant avec le cardinal
Othon Truchess et un légat apostolique.

Tout, au temps de saint Ignace, était à fonder : il fallait des maîtres capables d'éclipser leurs rivaux hérétiques. On sait que Luther dut une partie de sa puissance à son éloquence ardente, à sa facilité prodigieuse pour traiter les matières philosophiques et religieuses dans sa langue maternelle ; les disciples qui devaient le remplacer dans son enseignement l'imitaient et acquéraient très vite ce prestige qui éblouit les esprits faibles. Saint Ignace forma des maîtres qui surpassèrent bien vite les prétendus réformateurs.

Saint Pierre Canisius, après cinq mois passés dans la prière et l'étude près de son supérieur, partit pour Messine ; et lui qui peu de temps auparavant siégeait parmi les Pères du concile, eut à enseigner la réthorique. Pendant un an, il s'acquitta de cette mission avec ce dévouement, cet amour du devoir qui lui faisait trouver du charme au moindre des emplois. Il devait reparaître bientôt sur une plus vaste scène.

Il est subitement rappelé par Rome pour y prononcer ses voeux solennels : c'était, pour ainsi parler, l'achèvement de l'homme de Dieu. Pierre se consacre solennellement et irrévocablement à l'oeuvre de la Providence ; Ignace peut mourir en paix, il compte un vaillant lutteur de plus dans son armée d'élite.

C'est à l'Allemagne qu'appartient désormais le religieux profès ; nous allons voir ce vrai réformateur à l'oeuvre.


Le duc Guillaume de Bavière. Peter Gartner. XVIe.

Le duc Guillaume a fait demander de saints maîtres pour relever l'instruction publique en Bavière. Canisius, Le Jay, Salmeron, trois disciples prédestinés du général de la Compagnie de Jésus, reçoivent l'ordre de se rendre à Ingolstadt pour y fonder un collège. Ils int pour tout bagage le crucifix, les Exercices spirituels et le Ration studiorum ou " plan d'études ". Avec ces deux petits livres, les Jésuites ont remué le monde ; dans le premier, ils puisent cette force surhumaine qui les guide au-delà des mers vers les peuples infidèles ; le second leur sert de règle infaillible dans l'oeuvre d'éducation de la jeunesse.

Le duc Guillaume n'eut qu'à se louer des Jésuites ; le succès le plus éclatant vint couronner leurs efforts. L'Université nomme Canisius son recteur ; il se défend de cet honneur, mais Ignace ordonne, et le religieux se soumet. De ce jour tout prospère, les livres entachés d'hérésie sont enlevés aux étudiants, les discussions entre maîtres et élèves s'apaisent, la parole du saint ranime au coeur de la jeunesse le respect et l'amour du travail. Aussi, l'Université veut perpétuer la mémoire de son recteur et inscrit son éloge dans ses annales.

Quand les six mois de son rectorat furent achevés, l'apôtre d'Ingolstadt put rendre grâces à Celui qui se plaisait à répandre tant de faveurs par ses mains.

Le bruit de ses merveilles se répandait rapidement dans l'Allemagne ; de tous côtés, des lettres et des prières étaient adressées aux supérieurs de Canisius ; on le voulait partout. Ferdinand, roi des Romains, appuyé par le souverain Pontife, obtint sa présence à Vienne.


Ferdinand, roi des Romains.

L'Autriche, à son arrivée, présentait un spectacle navrant. Le clergé séculier, les Ordres religieux, les écoles, étaient infectés de la lèpre hideuse dont Luther avait partout déposé le germe. Les villes n'avaient plus de pasteurs, les sacrements n'étaient plus administrés, les cérémonies religieuses n'étaient plus célébrées. Saint Pierre Canisius est d'abord effrayé de l'immensité du mal, mais bientôt il se prosterne devant Dieuet obtient de lui que l'Autriche soit régénérée.

Notre saint se multiplie ; il prêche à la cour, il prêche au peuple, il catéchise les enfants. Soudain, terrible châtiment de Dieu ! La peste éclate dans la ville ; c'est encore notre saint qu'on retrouve au chevet des mourants, soignant les corps et régénérant les coeurs des malheureux Viennois. Enfin, il obtient du Saint-Père un jubilé, c'est lui qui en est le prédicateur ; et au milieu d'un concours immense, il venge l'honneur méconnu des indulgences.

En même temps, la générosité de nobles familles aidant, il ouvre un pensionnat ; les fils des plus nobles habitants y accourent. Bientôt l'angélique Stanislas Kotska, guidé par la Vierge Marie, viendra se former là aux saintes vertus qui doivent charmer le monde. Vienne renaissait à la foi ; le roi des Romains voulut récompenser le zèle de l'apôtre, en lui offrant le siège épiscopal de ce diocèse, qu'il venait de transformer si heureusement. Notre saint accepta pendant quelques temps le devoir d'une charge si lourde mais il en refusa les honneurs.

Nous l'avons dit : à l'apostaolat de la parole, saint Pierre Canisius sut joindre l'apostolat de la plume. Faisons halte, pour ainsi dire, au milieu de sa vie, pour parler de celui de ses ouvrages qui est rester le plus célèbre et le plus populaire ; son catéchisme.

Ferdinand, ce prnce que nous voyions tout à l'heure si plein d'admiration pour le saint, avait réclamé de saint Ignace un exposé court et solide de la doctrine chrétienne. C'est à Canisius, comme au plus capable, que fut confié une oeuvre aussi importante. Cet abrégé de la doctrine chrétienne, Summa doctrinae christianae, restera, avec le catéchisme du concile de Trente, comme un éternel monument du triomphe de l'Eglise sur l'erreur au temps de Luther.
 

Saint Pierre Canisius. Gravure du XVIe.

A peine le livre eut-il paru, que Ferdinand, par un rescrit solennel, le répandit dans tout l'empire. Philippe II d'Espagne imita bientôt son oncle, et le fit imprimer dans les Etats de l'ancien et du nouveau monde ? Il fut traduit dans toutes les langues de l'Europe : la Russie, la Pologne, la Suède, le Danemark, l'Angleterre, l'Irlande, la Hollande et la Suisse, connurent à peine, pendant bien longtemps, d'autre exposition élémentaire de la foi catholique.

" En 1686, nous dit le révérend Père Alet, quand le catéchisme de Canisius fut publié à Paris par l'autorité de Mgr de Harlay, on était au moins, la préface le constate, à la quatre centième édition."

La raison de ce succès et en même temps son plus grand éloge sont tombés des lèvres augustes de Pie IX, dans le bref de la béatification de saint Pierre Canisius :
" Ayant remarqué que l'hérésie se propageait partout au moyen de petits livres, Canisius pensa qu'il n'y avait pas de meilleur remède contre le mal qu'un bon abrégé de la Doctrine chrétienne. Il composa donc le sien, mais avec tant d'exactitude, de clarté et de précisions qu'il n'en existe pas de plus propre à instruire et à confirmer les peuples dans la foi catholique."

Dominé par les sentiments de cette extrême humilité qui le caractérisait, saint Pierre Canisius avait résolu de ne pas se faire connaître comme l'auteur du catéchisme, mais le secret, peut-être mal gardé, fut bientôt divulgué, et la renommée de notre saint s'en accrut immensément. Ce ne fut plus l'Allemagne seulement qui réclama sa présence ; la Transylvanie, la Hongrie, la Silésie, la Pologne se le disputèrent bientôt.


La Summa doctrinae christianae.

Nommé sur ces entrefaites provincial d'Allemagne par saint Ignace, le saint s'occupa d'abord d'assurer l'existence complète des collèges de Prague, d'Ingolstadt et de Munich ; puis au moment où il allait se rendre en Bavière, il fut appelé au colloque de Worms.

Les Protestants avaient demandé aux seigneurs d'Allemagne, présents à la diète de Ratisbonne, qu'un certain nombre d'hommes choisis dans les deux camps vinssent se réunir en conféérence dans la ville de Worms? Cette proposition plus à Ferdinand : il voulait ménager les susceptibilités des princes luthériens, dont il allait avoir besoin pour faire la guerre aux Musulmans. Saint Pierre Canisius, malgré une certaine répugnance, se rendit au colloque sur le désir de ses supérieurs : il y trouva déjà réunis le vieux Philippe Mélanchton, l'âme damnée de Luther, Erasme Scneff, Henri Buttinger et Flach Francowitz, tous prédicants acharnés du " pur Evangile ". Il y eut d'abord, il faut le dire, et le triomphe n'en fut que plus éclatant, il y eut peu d'enthousiasme du côté des catholiques, les discussions chaque jour renouvelées n'amenaient point de vrais résultats. Saint Pierre Canisius eut alors recours à son grand moyen ; il pria, et une inspiration du ciel le secourut aussitôt.


Philippe Mélanchton. Lucas Cranach. XVIe.

Il était facile de voir que les théologiens de l'hérésie ne s'entendaient pas entre eux, même sur les articles les plus essentiels. Or, le colloque n'avait été accordé qu'aux seuls partisans de la Confession d'AUgsbourg. Il insinua donc que, pour éviter la confusion, il serait utile d'écarter les docteurs qui n'admettraient pas cette règle de foi. On ne saurait dire combien cette proposition inattendue déconcerta les dissidents. Les voilà qui commencent à s'attaquer les uns les autres. Les Sacramentaires condamnent les Anabaptistes, les Anabaptistes les Sacramentaires et ainsi des différentes sectes. Mélanchton, malgré son grand âge, a le chagrin de se voir insulté par ses disciples. Bientôt on en vient aux injures, aux outrages les plus violents, et l'on pu craindre un moment qu'il n'y eut une véritable mêlée. Enfin, les plus emportés ont le dessus, et cinq, qui avaient montré plus de modération, sont réduits à quitter la place. Ils s'éloignent, en laissant entre les mains du président une protestation contre l'indigne conduite de leurs collègues.

Le colloque ne pouvait plus se prolonger dans des conditions si nouvelles. Le roi des Romains décida que l'assemblée était dissoute et l'on se sépara, à la grande désolation des hérétiques, qui s'en prirent à saint Pierre Canisius de leur échec. En effet, amis et ennemis s'accordaient à reconnaître que c'était à lui que revenait l'honneur d'un résultat si heureux pour la cause catholique.

Les Luthériens vaincus essayèrent alors leurs armes les plus honteuses contre celui qu'on appelait déjà le " marteau des hérétiques " : ils inventèrent contre lui des fables ridicules, répandirent partout les plus infâmes calomnies. L'homme de Dieu redoubla de patience et méprisa ces attaques et s'ingénia sans s'émouvoir à multiplier contre ses adversaires les actes de la plus ardentes charité. On l'appelait dans l'Alsace supérieure, il en traversa toutes les villes en faisant le bien et en guérissant les tristes blessures que la prétendue Réforme infligeait à l'Eglise.


Buste de saint Pierre Canisius. Munich. XVIIe.

Mais le mal s'aggravait toujours et il venait d'atteindre la Pologne? Le Pape aussitôt y envoie un nonce apostolique ; deux théologiens l'accompagnent ; l'un est notre saint. A son arrivée, il trouva la religion dans le plus grand des périls.

Ce malheureux pays était alors gouverné par l'indolent Sigismond. Ce prince, à la vue des ravages déjà causés par la prétendue Réforme, réunit une diète à Piotrkow. Mais l'élan et l'enthousiasme manquèrent d'abord à cette assemblée ; saint Pierre Canisius essaya à plusieurs reprise de remuer la foi dans les coeurs indifférents, ses efforts furent à la fin récompensés. Sigismond, stimulé par lui, déclara solennellement qu'il n'entendait point qu'on touchât aux droits de l'Eglise.

Cependant les sessions du concile de Trente, un instant suspendues, allaient reprendre leur cours. Pie V, l'empereur Ferdinand et les légats apostoliques jugèrent d'un commun accord que la présence de Canisius était nécessaire ; ils n'avaient pas oublié cette éloquence si douce à la fois et si ferme qui les avaient aussi de quel poids était l'autorité de Canisius, de quelle valeur serait une décision motivée par lui.


Edition du catéchisme de saint Pierre Canisius.

Arrivé à Trente le 14 mai 1562, il trouva le saint cardinal Osius, son ami, tout près de mourir. Mais la joie que ressentit le prélat à embrasser celui qu'il désirait voir si ardemment lui rendit soudain la santé.

A la reprise des travaux de l'assemblée, Canisius fut chargé de présider une commission qui dut revoir l'Index ou Catalogue des livres condamnés. Plusieurs fois le saint apôtre eut à traîter devant les Pères le grand sujet de l'Eucharistie. C'est alors que son coeur débordait vraiment sur ses lèvres. La foi l'inspirait et les théologiens assemblés rendaient grâces à Dieu qui leur parlait par une bouche si éloquente. Quant à l'orateur, il écrivait à ce propos :
" Il m'a été commandé de parler au Concile, c'est à d'autres que le succès était recommandé. Le Seigneur m'a aidé en vue des prières de notre Compagnie. A Lui seul toute la gloire."

Le Concile se sépara définitivement en 1563. Restait maintenant à faire accueillir ses décisions par les princes de l'Allemagne.

Le souverain Pontife, dans son anxiété, ne savait qui charger d'une aussi délicate mission, quand il jeta les yeux sur Canisius ; il le nomma aussitôt nonce apostolique et l'envoya en Allemagne. La tâche fut remplie au-delà de toute espérance, et bientôt l'on vit les seigneurs promulguer les décrets du Concile apportés par le nonce. Cette mission touchait à sa fin quand le Pape Pie V ordonna à Canisius de se rendre à la diète d'Augsbourg qui s'ouvrait le 24 mars 1566.


Eglise Saint-Pierre-Canisius de Vienne. Autriche.

Un nouveau péril menaçait l'Eglise. L'Islamisme était prêt à fondre sur la Chrétienté. Pour détourner ce fléau, il fallait une armée puissante. Les Protestants refusaient de souscrire aux subsides nécessaires pour lever des troupes. A la diète, ce fut encore Canisius qui par sa fermeté triompha de toutes ces résistances, et on le vit provoquer de la part des Catholiques une adhésion solennelle aux décrets du Concile de Trente.

Après tant de labeurs, le repos semblait permis ; mais pour le saint le repos était dans la lutte même. Le souverain Pontife apprend un jour que les principautés hérétiques de Magdebourg on t composé et publié les annales ecclésiastiques intitulées : Centuries de Magdebourg. C'était un odieux pamphlet, rempli des calomnies les plus perfides contre l'Eglise catholique. Le saint Pape, ému d'une telle nouvelle, ordonne à Canisius de réfuter cette mordante satire, et le bienheureux donne au monde le livre des Altérations de la parole divine, chef-d'oeuvre de controverse en même temps que brillante apologie de la Religion.


Le pape Grégoire XIII.

A peine la réfutation a-t-elle paru que Grégoire XIII envoie Canisius en députation auprès des princes de l'Allemagne, pour les engager à consolider l'établissement du collège germanique en fondant dans leur pays d'autres collèges et des séminaires en faveur de la jeunesse allemande.

D'Allemagne, saint Pierre Canisius revient à Rome pour régler les affaires de la fondation du collège germanique, puis il repart pour le colloque de Nuremberg, accompagnant l'évêque de Brescia. Le colloque est différé, et tandis que le saint se croit un instant libre, voici qu'il lui reste à accomplir une dernière et magnifique mission.

Une supplique des évêques de Bâle, de Constance et de Lausanne était venue signaler à Grégoire XIII le danger que la foi courait dans la Suisse catholique. L'évêque de Verceil, chargé par le Pape de rendre compte de l'état du pays, écrivit à Rome que le seul moyen de sauver la religion était d'y établir un collèges dirigé par les Pères de la Compagnie de Jésus. Ce projet fut approuvé, mais lorsqu'on apprit en Suisse que les Jésuites étaient sur le point d'arriver, Protestants et Catholiques s'unirent dans les plus menaçantes déclamations. Les calomnies répandues à dessein sur la compagnie de Jésus portaient leurs fruits. Un seul homme, pensa-t-on à Rome, est capable de triompher de ces résistances. C'était nommer Canisius. La présence seule du saint apôtre changea l'aspect de ce pays.


Saint Pierre Canisius prêchant. Suisse. XVIIe.

A peine arrivé à Fribourg, le saint fut l'objet de la vénération de tous : un collège y fit fondé et Canisius se plut à le diriger lui-même. Quoique recteur de la maison qui veanit de s'ouvrir, notre saint trouvait encore le temps de prêcher, de visiter les malades et de convertir les dissidents.

Les Fribourgeois s'attachaient de plus en plus à leur apôtre. Un jour, les Luthériens de Genève, de Lausanne, de Bâle, envoient à Fribourg de honteux libelles contre la Compagnie de Jésus. Le canton de Fribourg répond à ces calomnies en s'engageant par un serment solennel à maintenir toujours intacte la foi catholique.

Le 5 août 1596, les bâtiments du collège venaient d'être terminés : on en fit la solennelle inauguration. A la fin de la cérémonie, le saint vieillard appuyé sur son bâton voulut remercier les Fribourgeois de leurs généreux sacrifices et de leurs fidélité : il les supplia de ne jamais trahir leur sainte foi et leur promit le dévouement impérissable de la Compagnie de Jésus.


Cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg. Suisse.

Ce fut son Nunc dimittis. Ne désirant plus rien que le ciel, le saint vieillard se renferma tout entier en Dieu. Bientôt, pour que rien ne manquât à ses mérites déjà si nombreux, il fut atteint d'une hydrophisie qui lui fit souffrir un véritable martyre. Le 20 décembre 1597, après quatre mois de souffrances aigües, il déclara que sa vie sur la terre était enfin terminée et le lendemain, vers trois heures de l'après-midi, en présence de ses frères, il rendit à Dieu sa belle âme. Il était âgé de 78 ans ; il en avait passé 54 dans la Compagnie de Jésus.

A peine la nouvelle se fut-elle répandue, qu'on eut dit qu'une calamité publique avait soudain fondue sur la cité. On se pressait en foule aux portes du collège, on attendait avec anxiété que les restes du saint fussent exposés à la vénération publique. Enfin, une chapelle ardente fut disposée, et les Fribourgeois purent venir en foule s'agenouiller près du corps du bienfaiteur. Les uns restaient là immobiles et comme attendant que ses lèvres vinssent se ranimer pour leur adresser de saintes paroles ; d'autres se prosternaient pour baiser avec respect les mains et les pieds du serviteur de Dieu ; quelques uns, voulant à tout prix satisfaire leur dévotion, lui coupaient en cachette une mèche de cheveux ; on alla jusqu'à mettre en lambeaux ses vêtements sacrés.

Le surlendemain, le clergé, le sénat, la magistrature firent élever le corps et lui rendirent les honneurs funèbres, aux frais du trésor public, dans la cathédrale Saint-Nicolas, où il fut inhumé, avec la réserve que la précieuse dépouille serait rendue aux Jésuites dès qu'ils disposeraient d'une église pour la recevoir.


Eglise Saint-Michel de Fribourg. Le corps de notre saint
y repose toujours dans une magnifique châsse. Suisse.

L'oraison funèbre du vénérable défunt fut prononcée par le prévôt du Chapitre. Les Fribourgeois, jalous de perpétuer à jamais la mémoire de saint Pierre Casinius, firent graver sur sa tombe une inscription qui retraçait en termes magnifiques les services que le saint apôtre avait rendu à la cause de la Religion.

Le 20 novembre 1864, Rome était en fête. Pie IX ordonnait qu'aux yeux de la ville et du monde le titre et les honneurs de Bienheureux fussent décernés au vénérable Pierre Canisius.

Canonisé, il a été proclamé Docteur de l'Eglise en 1925 et sa fête fut déplacée du 20 décembre au 27 avril.

On représente saint Pierre Canisius ayant près de lui un chien qui aboie contre l'hérésie. En effet, son nom hollandais, De Hond, signifie chien. C'est aussi la raison pour laquelle les Luthériens, furieux de leurs défaites systématiques contre lui et mécontents de ses oeuvres, l'appellent encore aujourd'hui le chien de Nimègue.
 

Statue de saint Pierre Canisius dans sa ville natale, Nimègue.

On peut trouver sa châsse dans la chapelle du Collège Saint-Michel de Fribourg autrefois tenu par les Jésuites.

Rq : On téléchargera le trésor qu'est le Catéchisme de saint Pierre Canisius sur ce lien : http://liberius.net/auteur.php?id_auth=10

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