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jeudi, 30 novembre 2017

30 novembre. Saint André de Bethsaïde, apôtre, martyr à Patras, en Achaïe. 62.

- Saint André de Bethsaïde, apôtre, martyr à Patras, en Achaïe. 62.

Pape : Saint Pierre. Empereur romain : Néron.

" Petro etsi cedit ordine, praemio tamen non cedit et labore."
" A part la préscéance hiérarchique, saint André n'a rien à envier à saint Pierre : semblable furent leurs travaux, semblable fut leur triomphe."
Saint Jean Chrysostome. Sermons.


Simone Martini. XIVe.

André veut dire beau, ou caution, ou viril, d'ander, homme ; ou bien encore anthrôpos, homme, d'ana, au-dessus, et tropos, tourné, ce qui est la même chose que converti, comme s'il eût été converti aux choses du ciel et élevé vers son créateur. Aussi, est-il beau dans sa vie, caution d'une doctrine pleine de sagesse, homme fort dans son supplice, et élevé en gloire. Son martyre fut écrit par les prêtres et les diacres d'Achaïe ou d'Asie qui en ont été les témoins oculaires.

Cette fête est destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s'éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s'ouvrir. Certes, il était juste que, dans l'Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu'il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer, et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.

Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l'Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi ; à Jean, la tendresse de l'Amour ; André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c'est à l'aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l'Eglise se rend digne de son Epoux : tout en elle retrace ce triple caractère. C'est donc pour cela qu'après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l'objet d'une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.


Vocation de saint André et de saint Pierre.
Imitation de Jésus-Christ. XVe.

Mais lisons les gestes de l'héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à devenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l'arbre de la Croix. L'Eglise les a puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés parles prêtres de l'Eglise de Patras, qu'il avait fondée. L'authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des XVIIe et XVIIIe siècles, tant en France qu'à l'étranger.

Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d'érudits catholiques, parmi lesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Eglises de l'Orient et de l'Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Offices de saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.

André et quelques autres disciples furent appelés à trois reprises différentes par le Seigneur. La première fois qu'il les appela à le connaître, ce fut un jour qu'André avec un autre disciple ouït dire par Jean, son maître :
" Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde."
Et tout aussitôt, avec cet autre disciple, il vint et vit où demeurait Jésus, et ils passèrent ce jour auprès de lui. Et André ayant rencontré Simon, son frère, il l’amena à Jésus. Le lendemain ils retournèrent à leur métier de pêcheurs.

Plus tard il les appela pour la seconde fois à vivre avec lui. Ce fut le jour où la foule se pressait sur, les pas de Jésus auprès du lac de Génésareth aussi appelé mer de Galilée ; le Sauveur entra dans la barque de Simon et d'André, et après une pêche extraordinaire, il appela Jacques et Jean qui étaient dans une autre barque. Ils le suivirent et revinrent ensuite chez eux. Jésus les appela la troisième et dernière fois pour être ses disciples, lorsque se promenant sur le bord de cette même mer où ils se livraient à la pêche :
" Venez, leur dit-il, et je vous ferai pêcheurs d'hommes."
Ils quittèrent tout à l’instant pour le suivre toujours et ne plus retourner en leur maison. Toutefois il appela André et d'autres de ses disciples à l’apostolat, selon que le rapporte saint Marc (chap. III) : " Il appela à lui ceux qu'il voulut lui-même et ils vinrent à lui au nombre , de douze ".


Sacramentaire. Rouen. XIe.

Après l’ascension du Seigneur, et la séparation des Apôtres, André prêcha en Scythie et Mathieu en Myrmidonie (L'Ethiopie. Nicéphore appelle la ville Myrmenen, lib. I, c. XLI, il ajoute que c'était le pays des anthropophages). Les habitants de ce dernier pays refusèrent d'écouter Mathieu, lui arrachèrent les yeux, le mirent dans les fers avec l’intention de le tuer quelques jours après.

Sur ces entrefaites, l’ange du Seigneur apparut à saint André et lui ordonna d'aller en Myrmidoaie trouver saint Mathieu. Sur sa réponse qu'il n'en connaissait pas la route, il lui fut ordonné d'aller au bord de la mer et de monter sur le premier navire qu'il trouverait. Il exécuta tout de suite les ordres, qu'il recevait, et sous la conduite d'un ange, il vint, à l’aide d'un vent favorable, à la ville qui lui avait été désignée, trouva ouverte la prison de saint Mathieu et se mit à pleurer beaucoup et à prier en le voyant.

Alors le Seigneur rendit à Mathieu le bon usage de ses deux yeux dont l’avait privé la malice des pécheurs. Mathieu s'en alla ensuite et vint à Antioche. André resta dans la ville dont les habitants, irrités de l’évasion de Mathieu, saisirent André et le traînèrent sur les places après lui avoir lié les mains. Et comme son sang coulait, il pria pour eux, et par sa prière les convertit à Notre Seigneur Jésus-Christ, de là il partit pour l’Achaïe (saint Jérôme ; Épître 148 à Marcelle ; saint Grégoire de Tours De Gloria Martyr, lib. I, c. XXXI ; Saint Paulin, Gaudence de Bresce, saint Pierre Chrysologue, etc. La lettre des prêtres d'Achaïe, sur le martyre de saint André, est une pièce du Ier au IIe siècle, qui a été démontrée authentique par le protestant Woog. Voyez sur cette épître la préface de Galland Veter Patr. Biblioth., I, prol., p. 38.).

Ce qu'on rapporte ici de la délivrance de Mathieu et de la guérison de ses deux yeux, je ne le crois pas digne de foi ; car ce serait peu d'honneur porter à un si grand évangéliste de croire qu'il n'a pu obtenir pour soi-même ce que André obtint si facilement.

Un jeune noble (Abdias, Saint André, c. XII.) s'étant attaché à l’apôtre malgré ses parents, ceux-ci mirent le feu à une maison où leur fils demeurait avec André. Comme la flamme s'élevait déjà fort haut, ce jeune homme prit un vase, en répandit l’eau sur le feu qui s'éteignit aussitôt.
" Notre fils, dirent alors ses parents, est déjà un grand magicien."
Et pendant qu'ils voulaient monter au moyen des échelles, Dieu les aveugla au point qu'ils ne les voyaient même pas. Alors quelqu'un s'écria :
" A quoi vous sert de vous consumer en vains efforts ? Dieu combat pour eux et vous ne le voyez point ! Cessez donc, de crainte que la colère de Dieu ne descende sur vous."
Or beaucoup de témoins de ce fait crurent au Seigneur ; quant aux parents ; ils moururent et furent enterrés cinquante jours après.


Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.

Une femme mariée à un assassin ne pouvait accoucher :
" Allez, dit-elle à sa sueur, invoquer pour moi Diane notre déesse."
Le diable dit à celle qui l’invoquait :
" Pourquoi t'adresser à moi qui ne saurais te secourir ? Va plutôt trouver l’apôtre André qui pourra aider ta soeur." (Idem, Ibid., c. XXX.).
Elle y alla, et mena l’apôtre chez sa soeur en danger de périr. Il lui dit :
" Il est juste que tu souffres, car tu es mal mariée ; tu as conçu dans le mal, et tu as consulté les démons. Cependant repens-toi, crois en Notre Seigneur Jésus-Christ et accouche."
Elle crut, et accoucha d'un avorton ; puis sa douleur cessa.

Un vieillard nommé Nicolas alla trouver l’apôtre et lui dit (Abdias, Saint André, c. XXXIII.) :
" Seigneur, depuis soixante-dix ans je vis esclave de passions infâmes. J'ai cependant reçu l’évangile, et ai prié pour que Dieu m’accordât la continence. Mais accoutumé à ce péché, et séduit par la concupiscence, je suis retourné à mes désordres habituels. Un jour que brûlant, de mauvais, désirs, j'avais oublié que je portais l’évangile sur moi, j'entrai dans une maison de débauche : et la courtisane me dit aussitôt :
" Sors, vieillard, sors, car tu es un ange de Dieu. Ne me touche pas et ne t'avise pas d'approcher ; car je vois sur toi des prodiges."
Effrayé des paroles de cette femme, je me suis rappelé que j'avais apporté sur moi l’Évangile. Maintenant donc, saint de Dieu, obtenez mon salut par vos saintes prières."
En l’entendant, le bienheureux André se mit à pleurer, et depuis tierce jusqu'à none. il pria. Se levant de sa prière, il ne voulut point manger, mais il dit :
" Je ne mangerai point avant de savoir si le Seigneur aura pitié de ce vieillard."
Après cinq jours de jeûne, une voix se fit entendre à André et dit :
" André, tu obtiens ce que tu sollicites pour ce vieillard, mais de même que tu t'es macéré par le jeûne aussi faut-il que pour être sauvé, lui aussi s'affaiblisse par les jeûnes."
C'est ce que fit le vieillard en jeûnant pendant six mois au pain et à l’eau ; après quoi, plein de bonnes oeuvres, il reposa en paix. Et une voix dit à André :
" Par ta, prière, j'ai recouvré Nicolas que j'avais perdu."


Duccio di Buoninsegna. XIVe.

Un jeune chrétien confia ce qui suit sous le plus grand secret à saint André (Abdias, Saint André, ch. VI) :
" Ma mère, éblouie de ma beauté, me tenta pour une oeuvre illicite : comme je n'y consentais pas, elle alla trouver le juge, dans l’intention de faire peser sur moi l’énormité d'un tel crime : mais priez pour moi de peur que je ne meure injustement ; car lors de l’accusation, je préférerai me taire et perdre la vie plutôt que déshonorer ainsi ma mère."
Le jeune homme est donc mandé et crie justice : André l’y suit.
La mère accuse positivement son fils d'avoir voulu la violer. Interrogé plusieurs fois si la chose s'était ainsi passée, le jeune homme ne répondit mot. André dit alors à cette mère :
" Ô la plus cruelle des femmes, de vouloir la perte de ton fils unique pour satisfaire ta débauche !"
La mère dit donc au juge :
" Seigneur, voilà l’homme auquel s'est attaché mon fils après qu'il eût tenté de consommer son crime, sans pouvoir le commettre."
Alors le juge irrité condamna le jeune homme à être mis en un sac enduit de poix et de bitume puis ensuite jeté dans la rivière ; et il ordonna de garder en prison André, jusqu'à ce qu'il eût trouvé un supplice pour le faire périr.

Mais à la prière d'André, un tonnerre horrible épouvanta les assistants, et un tremblement de terre les renversa tous, en même temps que la ; femme, frappée de la foudre, était desséchée. Tous conjurèrent alors l’apôtre de ne pas les perdre. Il pria pour eux et le calme se fit. Le juge crut ainsi que toute sa maison.

Comme l’apôtre était à Nicée, les habitants lui dirent que sur le chemin qui menait à la ville, se trouvaient sept démons qui tuaient les passants (Abdias, Saint André, ch. VII.). L'apôtre les fit venir sous la forme de chiens devant le peuple et leur commanda d'aller où ils ne pourraient nuire à personne. Aussitôt ils disparurent. A cette vue, ces hommes reçurent la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ. En arrivant à la porte d'une autre ville, l’apôtre rencontra le convoi d'un jeune homme qu'on portait en terre : et comme il s'informait de l’accident, il lui fut dit que sept chiens étaient venus et l’avaient fait mourir dans son lit.

André se mit à pleurer et dit :
" Je sais bien, Seigneur, que c'est le fait des démons que j'ai chassés de Nicée."
Et s'adressant au père :
" Que me donneras-tu, lui demanda-t-il, si je ressuscite ton fils ?
- C'est tout ce que je possédais de plus cher au monde, répondit le père, je te le donnerai."
L'apôtre fit une prière et ressuscita l’enfant qui s'attacha à lui.

Un, jour quarante hommes vinrent par mer trouver l’apôtre afin de recevoir de lui la doctrine de la foi, mais le diable excita une tempête, qui les engloutit tous. Leurs corps ayant été rejetés sur le rivage, furent portés à l’apôtre et tout aussitôt ressuscités. Ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé.
De là vient qu'on lit dans une des hymnes de son office :
" Il rendit à la vie.quarante: personnes que les flots avaient englouties."

Maître Jean Beleth (Rationale, c. CLXIV.) dit en traitant de la fête de saint André, qu'il avait le teint brun, la barbe épaisse et une petite taille.


Le Bernin. XVIIe. Saint-Pierre de Rome.
 
Or saint André resta en Achaïe, y fonda de nombreuses églises et convertit beaucoup de monde à la foi du Christ. Il instruisit même la femme du proconsul Egée et la régénéra dans les eaux sacrées du baptême. A cette nouvelle, Egée vient à Patras pour contraindre les chrétiens à sacrifier aux idoles. André alla a sa rencontre et lui dit :
" Il fallait que toi qui as l’honneur d'être ici-bas le juge des hommes, tu connusses et ensuite tu honorasses ton juge qui est dans le ciel, après avoir renoncé en ton coeur aux faux dieux." (Abdias, Saint André, c. XXVI.).
Égée lui répliqua :
" C'est toi qui es André : tu enseignes les dogmes de cette secte superstitieuse que les empereurs romains viennent de prescrire d'exterminer.
- Les empereurs romains, dit André, n'ont pas encore appris que le Fils de Dieu, en venant sur la terre, a enseigné que les idoles sont des démons qui apprennent à offenser Dieu ; en sorte qu'offensé par les hommes il détourne d'eux son visage, qu'irrité contre eux, il ne les exauce point, et qu'en ne les exauçant pas, ils sont les esclaves et le jouet du diable, jusqu'à ce que dépouillés de tout en sortant de leur corps, ils n'emportent avec eux rien autre que leurs péchés."
Egée :
" Votre Jésus qui prêchait ces sottises a été attaché au gibet de la croix." André répartit :
" C'est pour nous racheter et non pour des crimes qu'il a bien voulu souffrir le supplice de la croix."
Égée :
" Il a été livré par son disciple, pris par les Juifs et crucifié par les soldats ; comment donc peux-tu dire qu'il a souffert de plein gré le supplice de la croix !"

Alors André démontra par cinq raisons que Jésus-Christ avait souffert parce qu'il l’avait voulu.
1. Il a prévu et prédit sa passion à ses disciples, lorsqu'Il dit : " Voici que nous allons à Jérusalem, etc... " ;
2. Quand saint Pierre voulut l’en détourner Il s'indigna fortement et lui dit :
" Va-t-en derrière moi ; Satan, etc..." ;
3. Il a clairement annoncé qu'Il avait le pouvoir et de souffrir et de ressusciter tout à la fois, lorsqu'Il dit : " J'ai la puissance de quitter la vie et de la reprendre " ;
4. Il a connu d'avance celui qui Le trahissait, lorsqu'Il lui donna du pain trempé, et cependant Il ne se garda pas de lui ;
5. Il choisit l’endroit où Il savait que devait venir le traître. Lui-même assura avoir été témoin de chacun de ces faits ; il ajouta que c'était un grand mystère que celui de la croix.

Égée répondit :
" On ne saurait appeler mystère ce qui fut un supplice ; cependant si tu n'obtempères pas à mes ordres, je te ferai passer par l’épreuve du même mystère."
André :
" Si j'étais épouvanté du supplice de la croix, je n'en proclamerais point la gloire. Or je veux t'apprendre ce mystère de la croix, peut-être qu'en le connaissant tu y croiras ; tu l’adoreras et tu seras sauvé."


Giusepe de Ribera - Lo Spagnoletto. XVIIe.

Alors il commença à lui dévoiler le mystère de la Rédemption et lui en prouva par cinq arguments la convenance et la nécessité.
Le premier argument est que le premier homme ayant donné naissance à la mort par le bois, il était convenable que le second homme détruisît la mort en souffrant sur le bois.
Le deuxième, que le prévaricateur ayant été formé d'une terre immaculée, il était juste que le réconciliateur naquit d'une vierge immaculée.
Le troisième, que Adam ayant étendu la main avec intempérance vers le fruit défendu, il seyait que le second Adam étendît sur la croix ses mains immaculées.
Le quatrième, que Adam ayant goûté de l’arbre défendu un fruit agréable, il était convenable que le Christ, lorsqu'il fut abreuvé de fiel, détruisît le contraire par son contraire.
Le cinquième est que, pour nous conférer son immortalité, il importait que le Christ prît avec lui notre mortalité : car si Dieu ne s'était fait mortel, l’homme ne fût pas devenu immortel.

Alors Égée dit :
" Va conter aux tiens ces rêveries, et obéis-moi en sacrifiant aux dieux tout-puissants.
- Chaque jour, répondit André, j'offre au Dieu tout-puissant l’agneau sans tache, et quand il a été mangé par tout le peuple, cet agneau reste vivant et entier."
Égée demandant comment cela pouvait-il se faire, André lui répondit de se mettre au nombre des disciples.
Égée répliqua :
" Avec des tourments, je saurai bien te faire expliquer la chose."
Et tout en colère, il le fit enfermer dans une prison.

Le matin étant venu, il s'assit sur son tribunal et de nouveau il l’exhorta à sacrifier aux idoles :
" Si tu ne m’obéis, lui dit-il, je te ferai suspendre à cette croix que tu as glorifiée."
Et comme il le menaçait de nombreux tourments, André répondit :
" Invente tout ce qui te paraîtra de plus cruel en fait de supplice. Plus je serai constant à souffrir dans les tourments pour le nom de mon roi, plus je lui serai agréable."
Alors Égée le fit fouetter par vingt hommes, et le fit lier ensuite à une croix par les mains et par les pieds afin qu'il souffrît plus longtemps.

Et comme il était conduit à la croix, il se fit un grand concours de peuple qui disait :
" Il est innocent et condamné sans, preuves à verser son sang."
Cependant, l’apôtre pria cette foule de ne point s'opposer à son martyre. Et quand André aperçut la croix de loin, il la salua en disant :
" Salut, Ô croix consacrée par le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, et décorée par chacun de ses membres comme avec des pierres précieuses. Avant que le Seigneur eût été élevé sur toi, tu étais un sujet d'effroi pour la terre ; maintenant en procurant l’amour du ciel, tu es l’objet de tous les désirs. Plein de sincérité et de joie, je viens à toi afin de te procurer la joie de recevoir en moi un disciple de celui qui a été pendu sur toi. En effet toujours je t'ai aimée et ai désiré t'embrasser. Ô bonne croix qui as reçu gloire et beauté des membres du Seigneur. Toi que j'ai longtemps désirée, que-j'ai aimée avec sollicitude, que j'ai recherchée sans relâche et qui enfin es préparée à, mon âme désireuse, reçois-moi du milieu des hommes, et me rends à mon maître afin qu'il me reçoive par toi, lui qui par toi m’a racheté."

En disant ces mots, il se dépouilla de ses vêtements qu'il donna aux bourreaux. Alors ceux-ci le suspendirent à la croix, comme il leur avait été prescrit. Pendant deux jours qu'il y vécût, il prêcha à vingt mille hommes qui l’entouraient.
Cette foule menaçait Égée de le faire mourir, en disant qu'un saint doux et pieux ne devait pas ainsi périr ; Egée vint pour le délivrer.
A sa vue André lui dit :
" Pourquoi viens-tu vers nous ? Si c'est pour demander pardon, tu l’obtiendras ; mais si c'est pour me détacher, sache que je ne descendrai pas vivant de la croix. Déjà en effet je vois mon roi qui m’attend."


Federico Baroccio. XVIe.

Et comme on voulait le délier, on ne put y parvenir, parce que les bras de ceux qui essayaient de le faire devenaient paralysés. Pour André, comme il voyait que le peuple le voulait délivrer, il fit cette prière sur la croix, comme la rapporte saint Augustin en son livre de la Pénitence :
" Ne permettez pas, Seigneur, que je descende vivant, il est temps que vous confiiez mon corps à la terre, car tant que je l’ai porté, tant j'ai veillé à sa garde ; j'ai travaillé à vouloir être délivré de ce soin, et à être dépouillé de ce très épais vêtement. Je sais combien je l’ai trouvé lourd à porter, redoutable à vaincre, paresseux à enflammer et prompt à faiblir. Vous savez, Seigneur, combien il était ; porté à m’arracher aux pures contemplations ; combien il s'efforçait de me tirer du sommeil devotre charmant repos.
Toutes et quantes fois il me fit souffrir de douleur. Chaque fois que je l’ai pu, Père débonnaire, j'ai résisté en combattant et j'ai vaincu avec votre aide. C'est à vous, juste et pieux rémunérateur, que je demande de ne plus me confier à ce corps: mais, je vous rends ce dépôt. Confiez-le à un autre, et ne m’opposez plus par lui d'obstacles. Qu'il soit conservé et rendu à la résurrection, afin que vous retiriez honneur de ses âeuvres. Confiez-le à la terre afin de ne plus veiller, afin qu'il ne m’empêche pas de tendre avec ardeur et librement vers vous qui êtes la source d'une vie de joie intarissable." (Saint Augustin, De vexa et falsa poenit., ch. VIII).

Après ces paroles, une lumière éclatante venue du ciel l’entoura pendant une demi-heure, en sorte que personne ne pouvait fixer sur lui les yeux ; et cette lumière disparaissant, il rendit en même temps l’esprit.

Maximilla, l’épouse d'Egée, prit le corps du saint apôtre et l’ensevelit avec honneur (Bréviaire romain).
Quant à Egée, avant d'être rentré dans sa maison, il fut saisi par le démon et à la vue de tous il expira sur le chemin.

On dit (Saint Grégoire de Tours, ubi supra.) que du tombeau de saint André découle une manne semblable à de la farine et une huile odoriférante. Les habitants du pays en tirent un présage pour la récolte : car si ce qui coule est en petite quantité, la récolte sera peu considérable, s'il en coule beaucoup, elle sera abondante. Peut-être qu'il en a été ainsi autrefois, mais aujourd'hui on prétend que son corps a été transporté à Constantinople.


Saint André et saint Thomas. Gian Lorenzo Bernini. XVIIe.

Un évêque, qui menait une vie sainte, avait une vénération particulière pour saint André, en sorte qu'à chacun de ses ouvrages, il mettait en tête :
" A l’honneur de Dieu et de saint André."
Or jaloux de la sainteté de ce personnage, l’antique ennemi, pour le séduire, après avoir employé toutes sortes de ruses, prit la forme d'une femme, merveilleusement belle. Elle vint au palais de l’évêque sous prétexte de vouloir se confesser à lui. Sur l’ordre de l’évêque de l’adresser à son pénitencier qui avait tous ses pouvoirs, elle répondit qu'elle ne révélera à nul autre qu'à lui les secrets de sa conscience. Le Prélat touché la fait entrer.

" Je vous en conjure, Seigneur ; lui dit-elle, ayez pitié de moi : car jeune encore, ainsi que vous le voyez, élevée dans les délices dès mon enfance, issue même de race royale, je suis venue seule ici sous l’habit des pèlerins.

Le roi mon père, prince très pieux, voulant me marier à un grand personnage ; je lui ai répondu que j'avais en horreur le lien du mariage, puisque j'ai consacré ma virginité pour toujours à Notre Seigneur Jésus-Christ et qu'en conséquence je ne pourrais jamais consentir à la perdre.

Pressée d'obéir à ses ordres, ou de subir sur la terre différents supplices, je pris secrètement la fuite, préférant m’exiler que de violer la foi jurée à mon époux.

La renommée de votre sainteté étant parvenue à mes oreilles, je me suis réfugiée sous les ailes de votre protection, dans l’espoir de trouver auprès de vous un lieu de repos où je puisse jouir en secret des douceurs de la contemplation, me sauver des naufrages de la vie présente, et fuir le bruit et les agitations du monde."

Plein d'admiration pour la noblesse de sa race, la beauté de sa personne, sa grande ferveur, et l’élégance remarquable de ses paroles, l’évêque lui répondit avec bonté et douceur :
" Soyez tranquille, ma fille ; ne craignez point, car celui pour l’amour duquel vous avez méprisé avec tant de courage et vous-même, et vos parents et vos biens, vous accordera, pour ce sacrifice, le comble de la grâce en cette vie et la plénitude de la gloire en l’autre.
Aussi moi qui suis son serviteur, je m’offre à vous avec ce qui m’appartient : choisissez l’appartement qu'il vous plaira, et je veux qu'aujourd'hui vous mangiez avec moi.
- Veuillez, ah ! veuillez, dit-elle, mon Père, ne pas exiger cela de moi, de peur d'éveiller quelque mauvais soupçon et de porter quelque atteinte à l’éclat de votre réputation.
- Nous serons plusieurs, lui répondit l’évêque, nous ne serons pas seuls, et ainsi il n'y aura pas lieu de fournir eu quoi que ce soit l’apparence à mauvais soupçon."
 

Missel à l'usage d'Autun. XVe.

Les convives se mirent à table, l’évêque se plaça en face de la dame et les autres de l’un et de l’autre côté. L'évêque eot beaucoup d'attention pour cette femme ; il ne cessa de la regarder et d'en admirer la beauté. Pendant qu'il a les yeux fixés ainsi, son âme est atteinte, et tandis qu'il ne cesse de la regarder, l’antique ennemi lance contre son coeur une flèche acérée.

Le Diable, qui tenait compte de tout, se mit à augmenter de plus en plus sa beauté. Déjà l’évêque était sur le point de. donner son consentement à la tentation de commettre avec cette personne une action criminelle dès que la possibilité s'en présenterait, quand tout à coup un pèlerin vient heurter à la porte avec violence, demandant à grands cris qu'on lui ouvre. Comme on s'y refusait et que le pèlerin devenait importun par ses clameurs et ses coups répétés, l’évêque demande à la femme si elle voulait recevoir ce pèlerin.
" Qu'on lui propose, dit-elle, quelque question difficile ; s'il sait la résoudre, qu'on l’introduise ; s'il ne le peut, qu'on l’éloigne, comme un ignorant, et comme une personne indigne de paraître devant l’évêque."

On applaudit à la proposition, et l’on se demande qui sera capable de poser la question. Et comme on ne trouvait personne :
" Quelle autre, madame, reprit l’évêque, peut mieux poser la question que vous qui l’emportez sur nous autres en éloquence et dont la sagesse brille au-dessus de la nôtre à tous ? Proposez donc vous-même une question.
- Qu'on lui demande, dit-elle, ce que Dieu a fait de plus merveilleux dans une petite chose."
Le pèlerin auquel un messager porta la question répondit :
" C'est la variété et l’excellence du visage. Parmi tant d'hommes qui ont existé depuis le commencement du monde, et qui existeront dans l’avenir, on n'en saurait rencontrer deux dont les visages soient semblables en tout point, et cependant, dans une si petite figure, Dieu a placé tous les sens du corps."
En entendant cette réponse on s'écria avec admiration :
" C'est vraiment une excellente solution à la demande."
Alors la dame dit :
" Qu'on lui en propose une seconde plus difficile qui mette sa science à meilleure épreuve : qu'on lui demande où la terre est plus, haute que le ciel tout entier."
Le pèlerin interrogé répondit :
" Dans le ciel empyrée, où réside le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le corps du Christ en effet, qui est plus élevé que tout le ciel, est formé de notre chair ; or notre chair est une portion de la substance de la terre : comme donc le corps du Christ est au dessus de tous les cieux, et qu'il tire son origine de notre chair, que notre chair est formée de la terre, il est donc constant que là où le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ réside, là certainement la terre est plus élevée que le ciel."


Hyacinthe Rigaud. XVIIIe.

L'envoyé rapporte la réponse du pèlerin, et tous d'approuver cette solution merveilleuse et d'en louer hautementla sagesse. Alors la femme dit encore :
" Qu'on lui pose de nouveau une troisième question très grave, compliquée, difficile à résoudre, obscure, afin que, pour la troisième fois, il soit prouvé qu'il est digne à juste titre d'être admis à la table de l’évêque. Demandez-lui quelle distance il y a de la terre au ciel."
Le pèlerin répondit à l’envoyé qui lui portait la question :
" Allez le demander à celui-là même qui a posé la demande. Il le sait certainement et il pourra répondre mieux que je ne le ferais ; car lui-même a mesuré cette distance, quand du ciel il est tombé dans l’abîme ; pour moi je ne suis jamais tombé du ciel et n'ai jamais mesuré cet espace. Car ce n'est pas une femme, mais le diable qui s'est caché sous la ressemblance d'une femme."
A ces paroles le messager fut pâmé, et répéta devant tous les convives ce qu'il avait entendu. Tandis que l’étonnement et la stupeur ont saisi les convives, le vieil ennemi a disparu. L'évêque, rentrant en lui-même, se reprochait amèrement sa conduite et demandait avec lamentations le pardon de la faute qu'il avait commise. Il envoya aussitôt pour qu'on introduisît le pèlerin, mais on ne le trouva plus.

L'évêque convoqua le peuple, lui exposa de point en point ce qui s'était passé, et commanda des jeûnes et des prières pour que le Seigneur daignât révéler quel était ce pèlerin qui l’avait sauvé de si grand péril. Et cette nuit-là même, il fut révélé à l’évêque que c'était saint André qui, pour le délivrer, avait pris l’extérieur d'un pèlerin. L'évêque redoubla de dévotion envers le saint apôtre et il ne cessa de donner des preuves de sa vénération pour lui.

Le prévôt d'une ville (d'après saint Grégoire de Tours, De gloria nnartyrum, l. I, c. LXXIX, cet homme était Gomacharus, comte de la ville d'Agde, vers la fin du VIe siècle) s'était emparé d'un champ de saint André, et par les prières de l’évêque, il en fut puni de très fortes fièvres. Il alla trouver le prélat, le conjurant d'intercéder en sa faveur et lui promit de restituer le champ. Mais après sa guérison obtenue par l’intercession du pontife, il reprit une seconde fois la terre.

Alors l’évêque se mit en prières et brisa toutes les lampes de l’église, en disant :
" Qu'on n'allume plus ces lumières, jusqu'à ce que le Seigneur se venge lui-même de son ennemi, et que l’église recouvre ce qu'elle a perdu."
Et voilà que le prévôt eut encore de très fortes fièvres ; il envoya alors demander à l’évêque de prier pour lui, l’assurant qu'il rendrait son champ, et en surplus un autre de la même valeur. Comme l’évêque lui faisait répondre toujours :
" J'ai déjà prié, et Dieu m’a exaucé ", le prévôt se fit porter chez le prélat et le força d'entrer dans l’église pour prier.

A l’instant où l’évêque entre dans l’église, le prévôt meurt subitement et le champ est restitué à l’église.
 

Saint André et saint Philippe. Psalterium éthiopien. XVe.

Entendons maintenant la voix des diverses Eglises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la louange de l'Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Evangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par les Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d'abord quelques-uns des Répons de Matines :

R/. Comme le Seigneur marchait le long de la mer de Galilée, il vit Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d'hommes,
V/. Car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit : Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d'hommes.

R/. Dès que le bienheureux André eut entendu la voix du Seigneur qui l'appelait, ayant quitté les filets dont l'usage le faisait vivre, Il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle,
V/. C'est cet homme qui pour l'amour du Christ tut attaché à la croix, et qui pour sa loi endura la Passion. Et il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle.

R/. Docteur plein de bonté et ami de Dieu, André fut mené à la croix. La voyant de loin, il dit : Salut, ô Croix ! Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître,
V/. O Croix, salut ! toi qui as été consacrée1 par le corps de Jésus-Christ, et ornée de ses membres,comme d'autant de perles précieuses. Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître.

R/. André, voyant la croix, s'écria : Ô Croix admirable ! Ô Croix désirable ! Ô Croix qui brilles par tout l'univers ! Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m'a racheté en mourant sur toi.
V/.O bonne Croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l'éclat et la beauté. Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m'a racheté en mourant sur toi.

R/. Saint André pria, en regardant le ciel, et s'écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j'ai vu de mes yeux ; ne souffrez pas que je sois détaché d'ici par un juge impie : Car j'ai ressenti la vertu de la sainte Croix.
V/. Vous êtes le Christ mon maître, que j'ai aimé, que j'ai connu, que j'ai confessé : exaucez seulement cette prière que je vous fais. Car j'ai ressenti la vertu de la sainte Croix.


Psautier cistercien. XIIIe.

ANTIENNES

Les Antiennes des Vêpres forment un ensemble lyrique plein de grâce et d'onction :

" Salut, Ô Croix précieuse ! Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.

Le bienheureux André priait, et disait : Seigneur, Roi d'éternelle gloire, recevez-moi qui suis suspendu à ce gibet.

André , le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.

Maximille, femme aimée du Christ, enleva le corps de l'Apôtre , et l'ensevelit avec des parfums en un lieu honorable.

Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités. Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l'appui du juste sur la Croix."."


Heures à l'usage de Paris. XVe.

HYMNE

L'Hymne suivante a été composée, à la louange du saint Apôtre, par le Pape saint Damase, l'ami de saint Jérôme ; il y est fait allusion au nom d'André qui, entre plusieurs significations, a aussi celle de Beauté :

" Vous dont le nom glorieux et sacré présageait la vie, votre nom exprime aussi la Beauté dont la Croix bienheureuse vous a noblement couronné.

André, Apôtre du Christ, votre nom seul est un signe qui vous distingue, un mystique emblème de votre beauté.

Ô vous que la Croix élève jusqu'aux cieux, vous que la Croix aime avec tendresse, vous à qui l'amertume de la Croix prépare les joies de la lumière future,

En vous le mystère de la Croix brille doublement imprimé : vous triomphez de l'opprobre par la Croix, et vous prêchez le Sang divin qui arrosa la Croix.

Désormais donc réchauffez nos langueurs, daignez veiller sur nous, afin que, par la victoire de la Croix, nous entrions dans la patrie du ciel.

Amen."
 

Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

SÉQUENCE

Le moyen âge consacra les deux Séquences que nous donnons ci-après à la gloire de l'Apôtre de la Croix. La première est du XIe siècle. Elle est sans mesure régulière, comme toutes les Séquences de cette époque :

" Elle est sainte et sacrée, la gloire de la fête qu'on célèbre en ce jour.
Que toute l'Eglise fasse entendre un chant digne du sujet.

Qu'elle exalte les mérites très saints du Saint le plus débonnaire,
De l'Apôtre André, en qui reluit une merveilleuse grâce.

Il apprend de Jean-Baptiste que celui-là était venu qui enlevait les péchés.
Bientôt il entra dans la demeure du Messie, et écouta ses paroles.

Et rencontrant son frère Barjona : Nous avons trouvé le Messie, dit-il plein de joie ;
Et il le mena à la très douce présence du Sauveur.

André parcourait les mers, quand l'appela la clémence du Christ ;
Pour échanger l'art de pêcheur contre la dignité de l'Apostolat.

Son âme, après les joyeuses jubilations de la Pâque,
Fut illuminée par la puissance glorieuse de l'Esprit-Saint ;

Pour prêcher aux peuples la pénitence et la clémence du Père, manifestée par le Fils.
Réjouis-toi d'un si noble Père, Ô Achaïe !

Eclairée par sa doctrine salutaire,
Illustrée par l'abondance variée de ses prodiges.

Et toi, gémis et pleure, Egée, cruel bourreau !
A toi, l'infection infernale et l'éternelle mort.

Pour André, la Croix lui prépare des joies pleines de bonheur.
Déjà tu contemples ton Roi, André ! déjà tu apparais debout devant lui.

Déjà tu aspires l'odeur des parfums qu'exhale l'arôme du divin amour.
Sois donc aussi pour nous une merveilleuse suavité, qui répande au fond des cœurs les senteurs balsamiques de la céleste vie.

Amen."


Gabriel Blanchard. Chapelle Saint-Vincent-de-Paul.
Cathédrale Notre-Dame de Paris. XVIIIe.

SÉQUENCE

La seconde Séquence, dont la rime est régulière et le mètre exact, est du pieux Adam de Saint-Victor, le plus grand poète lyrique du moyen âge :

" Tressaillons et réjouissons-nous, et savourons les louanges de l'Apôtre André.
Sa foi, sa doctrine, ses mœurs, ses longs labeurs pour le Christ, il sied de les célébrer.

C'est lui qui mena Pierre à la foi, lui qui le premier vit briller la lumière, montrée par Jean-Baptiste.
Aux rives de la mer de Galilée, Pierre et André sont choisis à la fois.

Tous deux d'abord pêcheurs, deviennent les hérauts du Verbe et les modèles de la justice.
Ils jettent le filet sur le monde, et leurs soins vigilants s'étendent sur toute l'Eglise naissante.

Séparé de son frère, André est envoyé aux parages de l'Achaïe.
Dans les filets d'André tombe, par la grâce divine, la province presque tout entière.

Sa foi, sa vie, sa parole, ses miracles, tout en fait un Docteur de piété, un Docteur illustre pour former le cœur du peuple.

Egée apprend les œuvres d'André, et déjà s'agite sa fureur.
Âme sereine, âme virile, dédaignant la vie présente, André s'arme de la patience.
 
Ni les caresses, ni les tortures qu'emploie le sensé, n'amollissent son âme vigoureuse.
Il voit préparer la croix, il tressaille, impatient d'être un disciple semblable à son Maître.

Il paie au Christ mort pour mort ; par lui la Croix est conquise comme un trophée triomphal.
Deux jours il vit sur la croix, pour vivre à jamais. Il résiste au vœu du peuple, et ne veut point être détaché de son gibet.

Pendant une moitié d'heure, il est inondé de clarté ; et dans cette auréole et cette allégresse, il monte au palais de la lumière.
Ô glorieux André, dont précieuse est la prière, la mort lumineuse, et suave la souvenance ;

Du fond de ce val des larmes, tendre Pasteur des âmes, élevez-nous par votre faveur jusqu'à cette éclatante lumière.
Amen."
 

Legenda aurea. Bx. J. de Voragine. XVe.

PRÉFACE

Les pièces que nous avons rapportées jusqu'ici appartiennent à la Liturgie Romaine, étant tirées des livres de cette Mère des Eglises, ou de ceux des diverses Eglises de l'Occident qui gardent la forme de ses Offices. Nous allons maintenant, à la louange de notre saint Apôtre, produire ici quelques-unes des formules que les autres Liturgies anciennes lui ont consacrées ; nous commencerons par le rite Ambrosien, auquel nous empruntons la belle Préface qui suit :

" Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; car voici le jour consacré à la mémoire d'un mystère auguste, le jour où le bienheureux André se fit reconnaître pour le frère de l'Apôtre Pierre, tant par son zèle à prêcher votre Christ que par son courage à le confesser, jour dans lequel il compléta l'honneur de la dignité apostolique par les souffrances unies à la gloire ; ne voulant pas taire sur la croix même ce qu'il avait prêché sur la terre d'une voix intrépide ; heureux de suivre l'auteur de la vie éternelle pendant les jours de cette vie, et de l'imiter ensuite dans le genre de sa mort. Fidèle au précepte du Sauveur, il avait crucifié en lui-même les désirs terrestres : à son exemple il fut attaché à la croix. Donc, les deux frères pêcheurs sont tous deux élevés au ciel par la Croix, en sorte que ceux que votre grâce, Seigneur, avait enchaînés de tant de liens d'amour, une même couronne fût tressée pour eux et les réunît dans le royaume des deux, et qu'après avoir livré un seul et même combat, une seule et même récompense demeurât leur partage."


Henri de Vermay. XVIIe.

CONTESTATION (Mot qu'utilise l'Eglise gallicane pour Préface)

La Liturgie Gallicane célébra aussi les grandeurs de saint André. Dans le petit nombre de fragments qui nous sont restés des monuments qui la composaient, aucune pièce métrique ne nous est parvenue ; mais du moins la Préface que nous donnons ici sous son titre gallican de Contestation, montre que l'Eglise des Gaules, du IVe au VIIIe siècle, partageait l'enthousiasme des Eglises Romaine et Ambrosienne pour le glorieux Apôtre de la Croix :

" Il est digne et juste, équitable et raisonnable que nous rendions d'ineffables actions de grâces à votre bonté, Dieu tout-puissant et éternel, et que nous célébrions avec une joie sans égale la passion de vos Saints, par Jésus-Christ Notre Seigneur, qui donna au bienheureux André la foi, dès le moment de sa vocation, et plus tard lui octroya la victoire dans les souffrances. Le bienheureux André avait donc reçu ces deux faveurs ; et c'est pour cela qu'il montrait la constance dans la prédication, la patience dans les supplices.
Après des verges injustes, après l'étroite prison, enchaîné au gibet, il s'offrit à vous, Ô Dieu ! comme une oblation pure. Plein de douceur, il étend ses bras vers le ciel, il embrasse l'étendard de la Croix, il y colle ses lèvres, il y pénètre les secrets de l'Agneau. Enfin, comme on le conduisait au supplice, comme on le suspendait à la croix, il souffrait dans la chair, mais l'Esprit parlait par sa bouche. Il oublie les douleurs de la croix, en prêchant Jésus-Christ du haut de cette croix. Plus son corps était étendu sur le bois, plus sa langue exaltait le Christ ; car, suspendu au bois, il se félicitait d être associé au Christ. Il ne souffre pas qu'on le descende de la croix, dans la crainte que l'ardeur du combat qu'il soutient ne s'attiédisse. La foule le considère et se lamente ; elle veut qu'on délie les liens de celui qu'elle sait être le médecin des âmes ; elle demande qu'on dégage le juste, dans la crainte que le peuple lui-même ne périsse pour un si grand forfait. Cependant, le martyr rend l'âme, et est admis en possession du royaume de l'éternel juge. Par ses mérites, accordez-nous, Dieu tout-puissant, d'être délivrés et préservés de tous les maux, et de vous rendre d'éternelles louanges et actions de grâces, à vous, notre Seigneur, Dieu des Martyrs et Prince des Apôtres."


La manne du tombeau de saint André. Carlo Braccesco. XVe.
 
CAPITULE

La Liturgie Mozarabe est très abondante sur les louanges de saint André, tant au Missel qu'au Bréviaire ; nous nous bornons à lui emprunter la belle Oraison qui suit :

" Ô Christ, notre Seigneur, qui avez décoré le très heureux André de la grâce de l'Apostolat et de la couronne du Martyre, lui ayant fait l'honneur d'arriver lui-même au supplice de la Croix, après avoir prêché le mystère de cette même Croix : accordez-nous de devenir de très véritables amateurs de votre sainte Croix, et, nous renonçant nous-mêmes, de prendre notre croix et de vous suivre; afin que, participant en cette vie à vos souffrances, nous méritions de parvenir à la félicité de l'éternelle vie."

L'Eglise de Constantinople, si jalouse de la gloire de saint André, ne garda pas toujours le précieux dépôt de sa dépouille mortelle. Elle fut privée de ce trésor en 1210, lors de la prise de cette ville par les Croisés. Le cardinal Pierre de Capoue, Légat Apostolique, transporta le corps du saint Apôtre dans la Cathédrale d'Amalfi, au royaume de Naples, où il repose encore, illustre par des miracles sans nombre et environné des témoignages de la vénération des peuples.

On sait qu'à la même époque, les plus précieuses reliques de l'Eglise grecque passèrent, par un visible jugement de Dieu, entre les mains des Latins. Byzance méconnut ces redoutables avertissements , et persista dans l'orgueil de son schisme. Elle avait néanmoins conservé le Chef du saint Apôtre, sans doute parce que, dans les diverses Translations qui avaient eu lieu, il avait été réservé dans un reliquaire à part. Lors de la destruction de l'Empire Byzantin par les Turcs, la Providence disposa les événements de manière à enrichir l'Eglise de Rome d'une si précieuse relique.

En 1462, le Chef de saint André fut donc apporté de Grèce par le célèbre Cardinal Bessa-rion, et le douze Avril de cette même année, Dimanche des Rameaux, l'héroïque Pape Pie II l'alla chercher en grande pompe jusqu'au Pont Milvius (Ponte Molle) et le déposa dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où il est encore aujourd'hui, près de la Confession du Prince des Apôtres. A l'aspect de ce Chef vénérable, Pie II se sentit transporté d'un enthousiasme religieux, et avant de lever un si glorieux fardeau pour l'introduire dans Rome, il prononça le magnifique discours que nous allons rapporter ici, comme un complément des éloges liturgiques que les diverses Eglises ont prodigués à saint André :


Email du XVIe. Limoges.

" Vous voici donc arrivé, Ô très saint et très vénérable Chef du saint Apôtre ! La fureur des Turcs vous a chassé de votre asile, et vous venez demander un refuge à votre frère le Prince des Apôtres. Non, ce frère ne vous fera point défaut ; et par la volonté du Seigneur, on pourra dire un jour à votre gloire : Ô heureux exil qui trouve un pareil secours ! Cependant, vous demeurerez avec votre frère, et vous partagerez ses honneurs.
 
Cette ville que vous voyez, c'est l'auguste Rome consacrée par le sang précieux de votre frère. Ce peuple qui vous entoure, c'est celui que le bienheureux Apôtre, votre frère plein de tendresse, aidé par saint Paul, le Vase d'élection, a régénéré en Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Romains sont vos neveux. Tous reconnaissent en vous le frère d'un père, un second père ; tous vous vénèrent, vous honorent, vous rendent hommage et s'appuient sur votre patronage en la présence du grand Dieu.

Ô très fortuné Apôtre André ! prédicateur de la vérité, défenseur de l'auguste Trinité, de quelle joie vous nous remplissez en ce moment où nous contemplons de nos yeux votre tête sacrée et vénérable, qui mérita qu'au jour de la Pentecôte, le saint
Paraclet se reposât visiblement sur elle, sous l'apparence du feu !

Ô vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem pour honorer le Sauveur au lieu même où ses pieds se sont posés, voici le Trône de l'Esprit- Saint ! Ici s'arrêta l'Esprit du Seigneur ; ici a été vue la troisième personne de la Trinité ; ici ont été des yeux qui souvent ont contemplé le Seigneur dans la chair. Cette bouche a fréquemment adressé la parole au Christ ; ces joues, il n'est pas douteux qu'elles n'aient plus d'une fois reçu les baisers de Jésus.
 
Ô Sanctuaire ineffable ! Ô charité ! Ô piété ! Ô douceur de l'âme ! Ô consolation de l'esprit ! Qui ne sentirait, en une telle présence, ses en- trailles s'émouvoir ? Quel cœur ne s'embraserait ? Qui ne répandrait des larmes de joie, à l'aspect des tant vénérables et précieuses reliques de l'Apôtre du Christ ? Oui, nous nous réjouissons, nous tressaillons, nous jubilons de votre arrivée, Ô très divin Apôtre André ! Car nous ne doutons pas que vous ne soyez ici accompagnant votre Chef mortel, et que vous ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome.
 
Sans doute, nous haïssons les Turcs, ennemis de la Religion chrétienne ; mais nous ne les haïssons pas de ce qu'ils ont été la cause de votre venue parmi nous. En effet, que pouvait-il nous arriver de plus fortuné que de contempler votre très honorable Chef, et d'être embaumés de son très suave parfum ? Une seule chose nous attriste : c'est de ne pouvoir, à votre arrivée, vous rendre les honneurs dont vous êtes digne, ni vous recevoir comme le mérite votre excellente sainteté. Mais accueillez notre désir, comprenez la sincérité de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos mains indignes touchent vos ossements, et que nous, pécheurs, vous fassions cortège dans l'enceinte de la ville.
 
Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et soyez propice au peuple Romain. Qu'à tout le monde chrétien votre arrivée soit salutaire, votre entrée pacifique ; votre séjour au milieu de nous, heureux et fortuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensemble avec les bienheureux Apôtres Pierre et Paul, veillez paternellement sur tout le peuple chrétien, afin que, par votre intercession, les miséricordes de Dieu viennent sur nous ; et si nos péchés, qui sont nombreux, ont provoqué son indignation, qu'elle retombe sur les Turcs impies et sur les nations barbares qui déshonorent le Seigneur Jésus-Christ.

Amen."

C'est ainsi que la gloire de saint André est venue se confondre, dans Rome, avec celle de saint Pierre. Mais l'Apôtre de la Croix, dont la fête était autrefois décorée d'une Octave dans beaucoup d'Eglises, compte aussi parmi ses titres d'honneur celui d'avoir été choisi pour Patron de l'un des Royaumes de l'Occident : l'Ecosse, aux jours de l'unité catholique, s'était placée sous sa protection. Puisse-t-il s'en souvenir du haut du ciel, et préparer le retour de cette contrée à la véritable foi !
 

Missel à l'usage d'Autun. XVe.
 
PRIERE
 
Prions maintenant, en union avec l'Eglise, ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire font la gloire de ce jour ; rendons-lui honneur, et demandons-lui le secours dont nous avons besoin :

" C'est vous, Ô bienheureux André ! Que nous rencontrons le premier aux abords de ce chemin mystique de l'Avent où nous marcherons bientôt, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ ; et nous remercions Dieu de ce qu'il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser, dans le fils de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d'un si merveilleux secret, et bientôt vous fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l'amenâtes à Jésus.

Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes ; puisque vous l'avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d'attente et de préparation qu'il nous reste à traverser, jusqu'au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître le Verbe de vie ; obtenez-nous d'être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux Celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.

Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, Ô glorieux André ! Puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous à ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n'ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, Celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.
 

Livre d'images de Madame Marie. XIIIe.

Cette voie, vous nous l'enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu'à la Croix. Vous y avez marché avec courage ; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, Ô saint Apôtre ! Afin que nous comprenions cet amour de la Croix ; afin que, l'ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Epître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous, mes frères, de cette pensée. (I Petr. IV, 1.) Vous, Ô bienheureux André ! Vous nous présentez aujourd'hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l'être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc, afin que la Croix soit pour nous l'expiation des péchés qui nous couvrent, l'extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l'amour à Celui que son amour seul y a attaché.

Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, Ô grand Apôtre ! Que la Croix est la consommation, et non le principe. C'est le Dieu enfant, c'est le Dieu de la crèche qu'il nous faut d'abord connaître et goûter ; c'est l'Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c'est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le temps qui va s'ouvrir est celui de l'Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l'Avènement du Christ en nos cœurs.

Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Eglise dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang ; levez vos mains puissantes pour elle, en présence de Celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu'elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu'elle aime cette Croix, et qu'elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu'elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre Apostolat, l'Eglise de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l'unité, parce qu'elle n'a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l'amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d'Ecosse, qui depuis trois siècles a oublié votre douce tutelle ; obtenez que les jours de l'erreur soient abrégés, et que cette moitié de l'Ile des Saints rentre bientôt, avec l'autre, sous la houlette de l'unique Pasteur."

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mercredi, 29 novembre 2017

29 novembre. Saint Sernin (Saturnin), évêque de Toulouse et martyr. Ier s. Vigile de saint André, apôtre. Ier.

- Saint Sernin ou Saturnin, évêque de Toulouse et martyr. Ier siècle. Vigile de saint André, apôtre. Ier.

Pape : Saint Anaclet. Emepreur romain : Titus.

" Celui qui a goûté véritablement les biens célestes, ne trouve plus rien à aimer sur la terre."
Saint Jean Chrysostome.


Eglise Saint-Saturnin de Gentilly. Île-de-France.

Saint Saturnin (connu aussi à Toulouse sous le nom de saint Sernin) était fils de prince et d'origine grecque. On croit qu'attiré d'abord par la réputation de saint Jean-Baptiste, il fut ensuite l'un des soixante-douze disciples du Sauveur et eut le bonheur d'être témoin de la plupart des faits de sa vie, ainsi que de Sa Résurrection et de Son Ascension.


Confrérie de Saint-Saturnin. Estampe du XIXe.

Après la Pentecôte et après avoir quitté l'influence satanique de Simon le magicien qu'il avait un temps suivi, il accompagna souvent saint Pierre dans ses courses apostoliques, puis fut envoyé par lui dans les Gaules, en qualité d'évêque. Chemin faisant, il prêchait l'Évangile, fondait des chrétientés et détruisait l'empire du démon. À Arles et à Nîmes, il obtint de grands succès. À Carcassonne, il fut emprisonné pour Jésus-Christ, mais délivré par un ange. À Toulouse, une femme lépreuse fut guérie en sortant de la piscine baptismale, et ce prodige fut suivie de la conversion d'une bonne partie de la cité. De toutes parts on apportait au Saint des malades, il les guérissait par le signe de la Croix.


Saint Saturnin. Eglise Saint-Denis-Saint-Nicolas.
Tramezaïgues. Haute-Pyrénées.

Saturnin prêcha encore à Auch, puis à Pampelune, en Espagne; mais il revint à Toulouse, centre de son apostolat, qu'il devait arroser de son sang. Là, les dieux ne rendaient plus d'oracles. Les prêtres païens se concertèrent :
" Si on laisse cet homme prêcher son Christ, dirent-ils, c'en est fait de notre culte."
Saturnin vient à passer. La foule, ameutée par les prêtres, se saisit de lui; on lui crie :
" Sacrifiez à nos dieux, ou malheur à vous !"
Pour toute réponse, Saturnin prêche Jésus-Christ. Dieu même confirme Sa doctrine par un éclatant miracle, car au même moment les idoles du temple tombent de leur piédestal et se brisent. À cette vue, la rage des païens ne se contient plus.


Martyre de saint Saturnin. Legenda aurea. Bx. J. de Voragine.
Mâcon. XVe.

Il y avait au Capitole un taureau sauvage amené pour être immolé en sacrifice ; on entoure son corps d'une grosse corde au bout de laquelle on attache le saint évêque par les pieds ; puis l'animal est lâché et frappé à coups d'aiguillons ; il se précipite, entraînant sa victime, dont le crâne est fracassé sur les marches du temple.

Le taureau, poursuivant sa course effrénée à travers les rues, réduit en lambeaux le corps du martyr, jusqu'à ce qu'enfin la corde se brise et la victime reste étendue sans vie sur le chemin. C'est à cet endroit que s'élève aujourd'hui l'église qui, en souvenir, porte le nom de Notre-Dame-du-Taur. Le tombeau de l'apôtre de Toulouse est devenu célèbre par la dévotion populaire et par de nombreux prodiges.


Martyre de saint Saturnin. Legenda aurea. Bx. J. de Voragine.
Jacques de Besançon. XVe.

Vigile de saint André, apôtre, saint Saturnin.

Noël apparaît à l'horizon. Le dernier Dimanche après la Pentecôte a clos pour nous les enseignements du Cycle mobile. Depuis déjà le XXVII de ce mois, les jours appartiennent selon les années au Cycle naissant ou à celui qui expire.

La dernière Leçon de l'Ecriture du Temps (au samedi précédant l'Avent) se termine par la déclaration solennelle du dernier des Prophètes, annonçant les temps nouveaux : " Du lever du soleil à son couchant, mon Nom est grand chez les nations, dit le Seigneur des armées, et en tout lieu s'offre à mon Nom le sacrifice d'une oblation pure " (Malach. I, II.).


Basilique Saint-Sernin. Toulouse.

Faisant écho à Malachie, et rejoignant les temps aux temps, Jean-Baptiste s'écrie dans l'Evangile du jour : " Voici l’Agneau de Dieu !"
Et il nous montre tout près de nous déjà le Messie (Evangile de la Vigile de saint André, Johan. I, 36.).

A la demande qu'André, frère de Pierre, et un autre disciple de Jean lui adressent : Maître, où habitez-vous ? Jésus répond : Venez et voyez. Et ils vinrent, poursuit en son Evangile le disciple bien-aimé, et ils virent où il demeurait, et ils demeurèrent chez lui ce jour-là (Ibid. 38, 39.).


Eglise Notre-Dame du Taur. Jusqu'au Ve siècle,
les reliques de saint Saturnin y furent conservées. Toulouse.

Sur quoi saint Augustin nous dit en cette Vigile, au nom de notre Mère l'Eglise :
" Elevons-lui une demeure dans nos cœurs, pour qu'il y vienne, et qu'il nous enseigne, et qu'il vive avec nous (Homilia Vigiliae, ex Aug. Tract. VII in Johan.)."
C'est tout l'Avent qui se dessine.

Mettons-en la saison bénie sous la protection de l'Apôtre de la Croix, et du saint Martyr que l'Eglise honore de temps immémorial en ce jour.

ORAISON

" Dieu tout-puissant, nous vous en supplions : puisse le bienheureux Apôtre André, dont nous prévenons la fête, implorer pour nous votre secours ; afin qu'absous de nos péchés, nous soyons aussi délivrés de toute crainte. Par Jésus-Christ."


Sarcophage de saint Sernin (saint Saturnin). Abbaye Saint-Hilaire.
Saint-Hilaire. On y conserva un temps les restes de notre saint. Aude.

ORAISON

" Dieu qui nous donnez de jouir du jour natal du bienheureux Saturnin, votre Martyr : accordez-nous d'éprouver l'aide de ses mérites. Par Jésus-Christ."


Martyre de saint Saturnin. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Richard de Montbaston. XIVe.

Rq : A propos de l'identité et du siècle ou saint Saturnin vécut et souffrit le martyre, la majorité des spécialistes contemporains de l'hagiographie concluent aujourd'hui dans le même sens que la tradition et que les plus rigoureux compilateurs des siècles passés. Saint Saturnin a bien vécut au Ier siècle et c'est bien en ce siècle qu'il fut évêque de Toulouse.

On lira cette traduction de la passion de saint Saturnin :

http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoir...

Une tradition digne d'être reçue avec sérieux met saint Saturnin au nombre des 72 disciples que Notre Seigneur se choisit après Sa résurection. On lira avec fruit Les hommes illustres de la primitive Eglise de M. l'abbé Maistre pages 446 à 450 du tome II : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=83

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mardi, 28 novembre 2017

28 novembre. Saint Jacques de la Marche, Franciscain. 1476.

- Saint Jacques de la Marche, Franciscain. 1476.

Pape : Sixte IV. Roi de France : Louis XI. Empereur romain germanique : Frédéric III de Habsbourg. Roi d'Aragon, de Castille, de Léon, de Naples, etc. : Ferdinand II d'Aragon.

" Le trésor des vertus doit être enfermé dans l'arche du coeur avec la clef de l'humilité."
Saint Bonaventure.


Saint Jacques de la Marche. Francisco de Zurbaran. XVIIe.

Ce grand religieux était originaire de la Marche d'Ancône ; il naquit à Mont-Brandon en 1386. Son berceau fut entouré d'une vive lumière qui présageait d'une manière évidente son glorieux avenir. Quand il fut en âge de choisir un état de vie, sa première pensée fut de se faire Chartreux : mais quelques relations qu'il eut avec les Franciscains le décidèrent à entrer dans leur Ordre. Il fut, dès son noviciat, le modèle des vertus héroïques. Il ne donnait que trois heures au sommeil et passait le reste de la nuit à prier au pied du crucifix, pendant que des larmes inondaient son visage.

C'est dans la méditation des souffrances de son Sauveur qu'il puisa cette énergie surhumaine dont il montra de si beaux exemples durant ses courses apostoliques. Jamais il ne mangeait de viande ; un peu de pain et quelques herbes étaient sa nourriture. Tous les jours il se donnait la discipline jusqu'au sang, et, pendant dix-huit ans, il porta sur sa chair nue un cilice avec une cotte de mailles armée de pointes de fer aiguës. Telle fut la préparation de l'apôtre.

Réception de saint Jacques de la Marche dans l'Ordre de
Saint-François. Cesare Peruzzi di Montelupone. 1926.

Ces austérités lui ruinèrent tellement la santé qu'il se vit atteint de quatorze maladies différentes, toutes très douloureuse, comme la pierre, la goutte, le mal d'estomac, etc. Mais il endurait tous ces maux avec une patience héroïque, sans s'exempter pour cela de dire la messe, ni d'assister au choeur, ni de réciter la couronne de Notre-Dame, ni de faire ses autres exercices de dévotion et même de pratiquer les pénitences qui les luia vaient causés. La seule peine qu'il ressentait, c'était de ne pouvoir s'appliquer à la prédication, qui était l'unique emploi qu'il désirait dans son Ordre. Il alla pour cela à Notre-Dame de Lorette, y célébra les saints mystères, et, après la consécration, cette puissante avocate lui apparut et l'assura que sa prière avait été exaucée.


Saint Jacques de la Marche. Couvent Saint-Jacques apôtre.
La Romita. Italie. XVIe.

En effet, il prêcha depuis avec tant de ferveur et d'onction, qu'il ne montait jamais en chaire sans toucher les coeurs les plus endurcis et sans faire des conversions insignes et toutes miraculeuses ?

Prêchant un jour à Milan sur saint Marie-Magdeleine, il parla si fortement contre le vice de l'impureté, qu'à la fin de son sermon trente-six courtisanes renoncèrent à leur infâme commerce et résolurent de mener une vie pénitente.

Son ardeur et le poids décisif de ses paroles firent qu'il fut associé à saint Jean de Capistran pour prêcher la croisade contre les Turcs, qui, étant devenus les maîtres de Constantinople, remplissaient de terreur toute la chrétienté.


Saint Jacques prêchant. E. Tegli. XVIIIe.

Il eut d'immenses succès, en Allemagne, contre les hérétiques ; dans une seule ville, deux cents jeunes gens, entraînés par ses exemples embrassèrent la vie religieuse. Une fois, les hérétiques tentèrent de l'empoisonner ; mais voyant le plat se briser, au seul signe de la Croix fait par le Saint, ils s'écrièrent : " Le doigt de Dieu est là !", et ils se convertirent.

Il consacra près de treize ans à parcourir les provinces du Nord, en trois différents voyages qu'il fit par les ordres d'Eugène IV, de Nicolas V et de Calixte III. Il alla entre autres en Allemagne, en Dalmatie, en Pologne, en Norvège et en Danemark. Dans ce pays, il administra le Baptême à deux cent mille personnes.

La Bohème était la proie de l'hérésie. A Prague, les hérétiques, pleins d'admiration pour l'éloquence de l'apôtre, lui promirent de se convertir s'il faisait un miracle. Après avoir invoqué Dieu et fait le signe de la Croix, il avala un breuvage empoisonné sans en ressentir aucun mauvais effet.


Saint Jacques de la Marche entrant à Prague avec
l'empereur Sigismond. Cesare Peruzzi. 1926.

Callixte III le rappela un temps pour en faire l'inquisiteur général contre les hérésies qui nâvraient une partie de l'Italie, et en particulier celle de ceux que l'on appelaient les Frérots, qui, sous le masque de la piété, enseignaient une doctrine très perverse et proche du manichéïsme. Il s'acquitta avec succès de cette fonction et une foule de personnes, touchées par ses paroles, convaincues par les miracles que Notre Seigneur faisait par son intercession, détestèrent leurs erreurs et rentrèrent dans le sein de l'Eglise.

Un jour, ayant affaire à un batelier qui refusait de lui faire traverser le Pô, Jacques n'hésita pas, étendit son manteau sur le fleuve et vogua heureusement vers l'autre rive.


La tentative d'attentat sur saint Jacques de la Marche. E. Tegli. XVIIIe.

Un autre jour qu'il avait combattu avec véhémence le vice de l'impureté, un auditeur, qui s'était cru visé personnellement, alla se poster sur son passage, dans un sanctuaire dédié à Marie, pour l'assassiner ; mais il entendit une voix irritée qui lui cria :
" Malheureux ! Que fais-tu en Ma présence ? Tu veux faire mourir Mon serviteur et le serviteur de Mon Fils !"
Le coupable, demi-mort de peur, renonça à son criminel dessein.
L'un des prodiges les plus étonnants de l'illustre apôtre fut la découverte et la résurrection d'un enfant assassiné par un juif et coupé en morceaux.


Notre Dame approuve les écrits de saint Jacques de la Marche sur
l'Immaculée Conception. Atanasio Favini. XVIIIe.

Après avoir parcouru une partie de l'Italie, il arriva enfin à Rome, où il fut honorablement reçu par le pape Paul II, qui avait succéder à Calixte III et à Pie II.

Dans une visite qu'il fit au cardinal de Savone, qui avait été génral de son Ordre, comme il parlait d'un traité qu'il avait fait sur la Conception de Jésus-Christ, une imege de la sainte Voerge Marie baissa la tête à la vue de tous les assistants, pour témoignange de la vérité de tout ce qu'il avait écrit sur le sujet.

Ayant le don de prophétie, il prédit au cardinal de Savone qu'il serait élevé au souverain Pontificat ; ce qui arriva bientôt après, car François de Savone succéda à Paul II sous le nom de Sixte IV.

Saint Jacques de la Marche présente ses travaux sur l'Immaculée
Conception au cardinal de Savone. Une image de la très sainte
Vierge Marie les approuve... Alessandro Ricci. XVIIIe.

La réputation d'un si saint homme fit que Ferdinand, roi de Naples, souhaita de le posséder dans ses états. Il le fit donc prier par le duc de Calabre, son fils, de s'y transporter ; et, sur ce qu'il s'en excusa, à cause de son âge et de ses infirmités, il eut recours au pape, à qui il savait bien que notre saint ne manquerait pas d'obéir.

Lorsqu'il fut à Naples, il eut la révélation qu'il y finirait ses jours. Il ne se retira pas au couvent de l'Observance de la ville, appelé Notre-Dame la Neuve, de peur d'y être accablé de visites, mais à celui qui est hors de la ville, où il espérait trouver un peu plus de solitude. Il n'en sortait que pour aller travailler au salut des âmes par la prédication et par les autres fonctions évangéliques. Il fit plusieurs miracles dans ce royaume. On dit même qu'il délivra le roi de la mort et qu'il guérit le duc de Calabre d'une maladie dangereuse.


Mort de saint Jacques.E. Tegli. XVIIIe.

Enfin, étant âgé de 90 ans, dont il avait passé 70 dans l'observance inviolable de sa Règle, il fut violemment attaqué d'une maladie à laquelle il était sujet, et, après en avoir souffert quelques jours les douleurs aigües avec une patience invincible et s'être muni des sacrements de l'Eglise, il perdit tout à coup ses forces dans des transports d'amour par lesquels tout son corps semblait se vouloir élancer vers le ciel. Ce fut au milieu de ces efforts dignes d'une âme déjà toute céleste qu'il rendit son esprit à Dieu le 28 novembre 1476.


Saint Jacques de la Marche. Giovanni Francesco Guerrieri. XVIIe.

Saint Jacques de la Marche est représenté :
1. en tenant un calice où se voit un serpent ou dragon, pour indiquer qu'il fut préservé des atteintes d'un breuvage empoisonné ;
2. discutant avec un le cardinal de Savone sur le mystère de l'Incarnation.

CULTE ET RELIQUES

Son corps, qui était demeuré plusieurs jours aussi beau, aussi éclatant et aussi vermeil que s'il avait été peint, fut enfin enterré à Naples, dans l'église Sainte-Marie la Neuve ; mais quelque temps après, il fut levé de terre et exposé à la vénération des fidèles par la permission du pape Sixte IV.

La ville de Naples l'a mis au nombre de ses saints patrons, et Urbain VIII a accordé à tout l'Ordre de saint François d'en faire l'office comme d'un bienheureux confesseur.


La chapelle Saint-Jacques où se conserve son corps incorrompu.
Monteprandone. Marche d'Ancône.

Il s'est fait beaucoup de miracles, non seulement à son tombeau, mais aussi en divers lieux, par le mérite de son intercession. Des possédés ont été délivrés, des malades guéris, des aveugles illuminés, et même des morts ressuscités.

L'an 1631, le mont Vésuve ayant jeté des flammes qui menaçaient la ville de Naples d'un incendie général, des foules considérables virent en l'air, par deux fois, ce bienheureux vieillard repousser ce feu dévorant et protéger la ville d'un si grand danger [nous rappelons au(x) sceptique(s) qu'à l'occasion des apparitions de Notre Dame à Fatima, une foule considérable de plus de dix milles personnes vit le soleil danser dans le ciel].


Le corps incorrompu de saint Jacques de la Marche. Sanctuaire
Saint-Jacques de la Marche. Monteprandone. Marche d'Ancône.

Il fut canonisé en 1726 par Benoît XIII, qui avait été témoin occulaire d'un miracle opéré par son intercession.

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lundi, 27 novembre 2017

27 novembre. Notre Dame de la Médaille miraculeuse. 1830.

- Notre Dame de la Médaille miraculeuse. 1830.

Pape : Pie VIII. Roi de France : Charles X.

" Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous."
Prière transmise par Notre Dame à sainte Catherine Labouré.


Autel de Notre Dame de la Médaille Miraculeuse.
Chapelle de la rue du Bac. Paris.

Extrait du récit de l'apparition à Ste Catherine Labouré :

En ce moment, je sentis l'émotion la plus douce de ma vie, et il me serait impossible de l'exprimer. La Sainte Vierge m'expliqua comment je devais me conduire dans mes peines, et, me montrant de la main gauche le pied de l'autel, elle me dit de venir me jeter là et d'y répandre mon coeur, ajoutant que je recevrais là toutes les consolations dont j'aurais besoin.

Puis elle me dit encore :
" Mon enfant, je veux vous charger d'une mission ; vous y souffrirez bien des peines, mais vous les surmonterez à la pensée que c'est pour la gloire du Bon Dieu. Vous serez contredite, mais vous aurez la grâce, ne craignez point ; dites tout ce qui se passe en vous, avec simplicité et confiance. Vous verrez certaines choses ; vous serez inspirée dans vos oraisons, rendez-en compte à celui qui est chargé de votre âme."

Je demandai alors à la Sainte Vierge l'explication des choses qui m'avaient été montrées. Elle me répondit :
" Mon enfant, les temps sont très mauvais ; des malheurs vont fondre sur la France ; le trône sera renversé, le monde entier sera bouleversé par des malheurs de toutes sortes. (La Sainte Vierge avait l'air très peinée en disant cela). Mais venez au pied de cet autel : là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont, sur les grands et sur les petits."
" Un moment viendra où le danger sera grand ; on croira tout perdu. Je serai avec vous, ayez confiance ; vous reconnaîtrez ma visite, la protection de Dieu et celle de saint Vincent sur les deux communautés. Ayez confiance, ne vous découragez pas, je serai avec vous !"
Il y aura des victimes dans d'autres communautés. (La Sainte Vierge avait les larmes aux yeux en disant cela). Dans le clergé de Paris, il y aura des victimes, Monseigneur l'Archevêque mourra (à ces mots, ses larmes coulèrent de nouveau). Mon enfant, la croix sera méprisée, on la jettera par terre, on ouvrira de nouveau le côté de Notre Seigneur ; les rues seront pleines de sang ; le monde entier sera dans la tristesse."


Sainte Catherine Labouré.

(...) Je ne saurais dire combien de temps je suis restée auprès de la Sainte Vierge ; tout ce que je sais, c'est qu'après m'avoir parlé longtemps, elle s'en est allée, disparaissant comme une ombre qui s'évanouit.

Le 27 novembre 1830, qui était un samedi et la veille du premier dimanche de l'Avent, à cinq heures et demie du soir, faisant la méditation dans un profond silence, j'ai cru entendre, du côté droit du sanctuaire, comme le bruit d'une robe de soie.

J'aperçus alors la Sainte Vierge auprès du tableau de saint Joseph ; sa taille était moyenne et sa figure si belle, qu'il me serait impossible d'en décrire la beauté. Elle était debout, vêtue d'une robe blanc-aurore, de la forme qu'on appelle " à la Vierge ", c'est-à-dire montante et à manches plates. La tête était couverte d'un voile blanc qui descendait de chaque côté jusqu'aux pieds. Elle avait les cheveux en bandeaux, et, par-dessus, une espèce de serre-tête garni d'une petite dentelle posée à plat sur les cheveux. La figure était assez découverte, et les pieds reposaient sur un globe, ou mieux, une moitié de globe ; du moins, je n'en vis que la moitié. Ses mains, élevées à la hauteur de la poitrine, tenaient d'une manière très aisée un autre globe. Elle avait les yeux élevés vers le ciel, et sa figure s'illumina pendant qu'elle offrait le globe à Notre Seigneur.

Tout à coup, ses doigts se sont remplis d'anneaux et de pierres précieuses très belles ... Les rayons qui en jaillissaient se reflétaient de tous côtés, ce qui l'enveloppait d'une telle clarté, que l'on ne voyait plus ni ses pieds, ni sa robe. Les pierreries étaient plus ou moins grosses, et les rayons qui en sortaient étaient proportionnellement plus ou moins éclatants.

Je ne saurais dire ce que j'éprouvai, ni tout ce que j'ai appris en si peu de temps.
Comme j'étais occupée à la contempler, la Sainte Vierge abaissa les yeux sur moi et une voix me dit au fond du coeur :
" Ce globe que vous voyez représente le monde entier et particulièrement la France et chaque personne en particulier."
Et la Sainte Vierge ajouta :
" Voilà le symbole des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent, me faisant entendre ainsi combien elle est généreuse envers ceux qui la prient."


Avers de la Médaille miraculeuse.

Dans ce moment, j'étais ou je n'étais pas ... je ne sais ... je jouissais ! Il se forma alors, autour de la Sainte Vierge, un tableau un peu ovale, sur lequel on lisait, écrites en lettres d'or, ces paroles :
" Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous."

Alors une voix se fit entendre qui me dit :
" Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle, toutes les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces ; en la portant au cou, les grâces seront abondantes pour les personnes qui la porteront avec confiance."
A l'instant le tableau m'a paru se retourner où j'ai vu le revers de la médaille ; inquiète de savoir ce qu'il fallait mettre du côté du revers de la médaille, après bien des prières, un jour, dans la méditation, il m'a semblé entendre une voix qui me disait :
" L'M et les deux coeurs en disent assez."

LE SYMBOLISME DE LA MEDAILLE MIRACULEUSE
In Le message du Coeur de Marie à Sainte Catherine Labouré, par Edmond Crapez, Lazariste.

Premier symbole : Le serpent

Le premier et le plus apparent de ces divers symboles est " un serpent de couleur verdâtre, avec des taches jaunes " que sainte Catherine a remarqué sous le pied de la Vierge qui l'écrase.

La piété populaire ne se trompe pas, en désignant sous ce geste le privilège de l'Immaculée-Conception, ainsi que l'a démontré un artiste catholique, Maurice Vlogerg.
" La prédiction de la Genèse est à l'origine de cette symbolique. On connaît le texte biblique ; " Je mettrai une inimitié entre toit et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; celle-ci te meurtrira à la tête et tu la meurtriras au talon." (Genèse 111, 15.)
Qu'on rapporte l'acte d'écraser le serpent à la Femme, suivant le texte de la Vulgate, ou, conformément à l'original hébreu, à la postérité de la Femme, c'est-à-dire le Messie, l'oracle proclame de toutes manières le triomphe de Marie sur la Bête." (La Vierge, notre médiatrice, p.10 Editions Arthaud, Grenoble.).

Saint-Pierre Fourier, au XVIIe siècle, "répandait des médailles où le serpent, placé plus bas que le pied de Marie, encerclait de sa tête jusqu'à sa queue le globe du monde ". Trait vraiment bien choisi pour attester que la Mère de Dieu échappe à la malédiction universelle.

Marie semble avoir approuvé cette image, car c'est la même dont la soeur Catherine Labouré vit l'empreite sur la Médaille miraculeuse.(1830). Depuis cette apparition, le thème iconographique de la Vierge au reptile est fixé pour longtemps." (Vlogerg, ibid.p.58-69.).

Deuxième Symbole : La robe

La Vierge est habillé de blanc vêtue d'une robe de soie " blanche aurore ", montante, manches plates, taillée " à la Vierge ", c'est-à-dire dans la simplicité qui épouse au cou, aux épaules, aux bras, directement les formes du corps.

Ce deuxième symbole n'évoque-t-il pas l'autre aspect, l'aspect positif de l'Immaculée Conception, à savoir la première grâce, la sainteté initiale du Coeur de Marie ? L'introït de la Messe du 8 décembre place, en effet sur les lèvres de l'Immaculée, ces paroles d'Isaie :
" Je me réjouirai avec effusion dans le Seigneur et mon âme sera ravie d'allégresse en mon Dieu, car il m'a revêtue des ornements du salut, il m'a enveloppée du manteau de justice, comme une épouse parée de ses joyaux." (Isaie, 61, v.10.).

Troisième Symbole : Le voile

Un voile blanc couvrait la tête de l'Apparition et descendait de chaque côté jusqu'aux pieds.

Ce voile paraît bien signifier la consécration virginale du Coeur Immaculée de Marie. L'usage du voile, dans l'Eglise, est spécialement réservé aux vierges qui se donnent à Dieu dans la vie religieuse.

Peut-être pourrait-on y voir aussi une image de la " Vierge au manteau ", de la Mère de miséricorde, de la toute-puissante intercession de Marie, telle qu'on la représentait avec les sarcasmes de la Réforme. " Méprisée des esprits forts et des coeurs durs, l'image fut délaissée par l'art et la dévotion ", (Vloberg, p. 129.). Marie aurait-elle voulu, sous ce symbole, introduire l'idée de sa Médiation, qu'elle va préciser plus loin jusqu'à l'évidence ?


Revers de la Médaille miraculeuse.

Quatrième Symbole : La figure, les yeux

La figure, bien découverte, si belle que la voyante n'en pouvait dépeindre ou exprimer la beauté ravissante, révèle l'éclat des vertus et privilèges de Marie, au cours de sa vie mortelle.

Les yeux, tantôt élevés vers le ciel, tantôt baissés, sont le symbole scripturaire de la piété, du recours à Dieu, surtout au milieu des dangers.

Cinquième Symbole : Le Globe d'or

Que faut-il entendre par cette boule d'or, surmontée d'une petite croix d'or, que Marie portait dans ses mains et offrait à Dieu ?

Ce globe, si proche du Coeur de chair de l'Immaculée, ne pourrait-il figurer l'âme, le Coeur de Marie Elle-même : sa charité envers Dieu et envers les hommes, sa maternité divine et spirituelle ; son fruit par excellence, la Rédemption du monde ? Tel le tabernacle de l'ancienne alliance, recouvert de lames d'or, au dedans et au dehors, auquel on a souvent comparé le Coeur de Marie.

Ce globe surmonté de la Croix symbolise aussi les âmes renfermées dans le Coeur de la Vierge et purifiées par le sang de Jésus qui y prend sa source.
" Cette boule que vous voyez représente le monde entier, la France particulièrement et chaque personne en particulier." (Témoignage de sainte Catherine Labouré).

Si l'on parle du globe terrestre entre les mains de la Très Sainte Vierge, cette terre, entrevue par la voyante de 1830, ne serait-elle point la terre virginale, bénie et sacerdotale, dont parle l'Hymne de Sexte, au petit office de l'Immaculée Conception, c'est-a-dire le Coeur Immaculée de Marie sur lequel est planté l'arbre de la Croix, par opposition à la terre maudite, qui est sous les pieds de l'apparition, terre qu'enveloppe de ses replis tortueux l'infernal serpent ?

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort déclare à plusieurs reprises :
" Je dis avec les Saints : Marie est le paradis terrestre du nouvel Adam..., elle est cette terre vierge et bénie, dont Adam et Eve pécheurs ont été chassés; elle ne donne entrée chez elle qu'à ceux et celles qu'il lui plaît pour les faire devenir saints." (Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge n°6, 45.).

Sixième Symbole : Les mains étendues

Le globe a disparu, les mains se sont étendues, dans l'attitude reproduite par le Médaille miraculeuse. C'est cette attitude que reproduira la Sainte Vierge, à Lourdes, au jour de la gande apparition (25 mars 1858) ; c'est celle que Marie prendra encore, durant l'apparition de Pontmain (17 janvier 1871), au témoignage réitéré de Joseph Barbedette, l'un des petits voyants devenu Oblat de Marie Immaculée.

Que signifie cette attitude ? Quel est le symbolisme de cette extension des bras et des mains ?

Marie, à n'en pas douter, veut affirmer par ce geste le fait de sa céleste médiation, de son intercession, de sa prière.

" Un fort mouvement s'est fait sentir, ces derniers temps, en faveur de cette consolante vérité, à savoir que toutes les grâces nous viennent par l'intercession de Marie, passant pour ainsi dire par ses mains maternelles ", écrivait, en 1928, le cardinal Lépicier dans son ouvrage, édité à Rome, sur la Vierge Immaculée, Corédemptrice, Médiatrice (p.7.).

Et il ajoutait :
" Depuis que cette Mère miséricordieuse a daigné se faire voir à Catherine Labouré, dans la chapelle des Filles de Saint-Vincent-de-Paul, à Paris, les mains étendues dans l'acte de faire pleuvoir d'abondantes grâces sur le genre humain, la confiance dans la bonté et la puissance sans limites de cette très aimable Mère a été croissant au sein du peuple chrétien, à telle enseigne que, de nombreux endroits, sont parvenus au Siège Apostolique des supppliques pour cette vérité de la médiation universelle de Marie soit définie comme dogme de foi." (Ibid.).

Septième Symbole : Les anneaux, les rayons

La Vierge porte, à chaque main, quinze anneaux, revêtus d'autant de pierreries, d'où jaillissent de toutes parts des rayons proportionnés, " de manière que l'on ne voyait plus les pieds de la Sainte-Vierge ".

Quelle est la signification de ces quinze anneaux ornés de pierreries ?

On peut y voir, avec le P.Gasnier, o.p., un symbole des quinze mystères du Rosaire.
" L'émouvante randonnée de Notre-Dame du Rosaire commence à Paris, chez les Filles de Saint Vincent de Paul, rue du Bac. Là elle évoque sa médiation et, nous montrant ses mains ornées de quinze anneaux desquels ruissellent des flots de grâces, elle laisse entendre de quelles richesses sont chargés les mystères du Rosaire." (Rosaire et Apparitions mariales, p.4.).
À Lourdes, l'Apparition demande à Bernadette de venir durant quinze jours; à Pellevoisin, elle fera pareillement quinze visites à Estelle Faguette.

Il y a plus et "l'histoire va nous fournir une donnée complémentaire qui renforce l'interprétation. Dans bien des foyers, on conserve, dans le coffret des souvenirs de famille, un anneau semblable à ceux qui paraient les doigts de la Vierge de la rue du Bac. C'est le chapelet dont se servait un lointain aïeul.
En 1830, c'était l'instrument dont on se servait pour compter les AVE du Rosaire. L'on passait à l'index de la main droite cet anneau recouvert de dix grains ou perles, et avec le pouce de la même main, on le faisait tourner pour scander les dizaines. C'était donc bien un rosaire complet de quinze dizaines que Notre-Dame portait à chacune de ses mains. Et par conséquent c'est à la prière du Rosaire que doit s'appliquer le symbolisme de cette scène. Le Rosaire lui plaît tellement qu'elle s'en revêt comme d'une parure. Par-dessus toutes les autres prières il a tant d'efficacité qu'il fait jaillir des mains de la Médiatrice sur nos âmes une immense pluie de grâces."(Ibib.p.7.).

Comme si elle voulait montrer dans la récitation du chapelet l'un des plus précieux exercices en l'honneur de sa maternelle médiation.

Quant aux rayons, la voyante ne savait exprimer leur beauté, leur éclat. Mais une voix du ciel, la parole de Marie elle-même, en donnait la signification :
"C'est le symbole des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent."
Et " les pierreries d'où il ne sort pas de rayons, ce sont des grâces que l'on oublie de me demander ".

Huitième Symbole : Une boule blanche sous les pieds

La Sainte Vierge était debout, les pieds appuyés sur une boule blanche, c'est-à-dire une moitié de boule, ou du moins il ne m'a paru que la moitié, dit la soeur.

Voici l'explication donnée par M. Chevalier :
" Interrogée si elle voyait encore le globe dans les mains de la Sainte Vierge, lorsque les gerbes lumineuses jaillissaient de tous les côtés, soeur Catherine répondit qu'il ne rstait plus que les rayons; et quand la Sainte Vierge parle du globe, elle désigne celui qui est sous ses pieds et il n'est plus question du premier... Le petit globe que la Très Sainte Vierge porte dans ses mains, et le grand qui la porte elle-même, sont l'un et l'autre inondés des mêmes rayons éblouissants ou enrichis des mêmes grâces. L'auguste Marie semble seulement indiquer par la figure du petit globe celle de l'univers sont la forme imparfaite se cache sous ses pieds. Elle vient en quelque sorte rappeler qu'elle est la Reine toute miséricordieuse du genre humain." (La médaille Miraculeuse, 10e édition, p.78.).

Neuvième Symbole : L'M et les deux coeurs

Au moment où les mains de Marie se sont inclinées sous le poids des rayons, ses yeux se sont baissés, un tableau, de forme ovale, s'est formé autour de l'apparition et une inscription s'est gravée en lettres d'or :
" Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous." Une voix s'est fait entendre :
" Faites, frapper une médaille sur ce modèle."

Le tableau s'est retourné et, au revers de la médaille, la soeur aperçut l'M et les deux coeurs et comprit plus tard que cet M et ces deux Coeurs " en disent assez ".

Leur langage est celui du sacrifice, de la Vierge au pied de la croix, de la Vierge au Coeur transpercé, en un mot de la Vierge Corédemptrice ou Réparatrice, qui complète par l'offrande de ses mérites, de ses douleurs, l'efficacité de sa prière, de son intercession.

Dixième Symbole : Les douze étoiles

Ne pourrait-on voir ici une invitation au culte, à l'apostolat de la dévotion au Coeur de Marie et, par lui, au Coeur de Jésus ? " Ceux qui auront été intelligents - dit le livre de Daniel - brilleront comme la splendeur du firmament et ceux qui auront rendu justes un grand nombre brilleront comme les étoiles, toujours et éternellement." (X11,3.).

Le chiffre des douze étoiles semble bien évoquer l'idée des apôtres. Saint Grignion de Montfort n'a-t-il point parlé de ces apôtres des derniers temps qui " auront dans leur bouche le glaive à deux tranchants de la parole de Dieu, porteront sur leurs épaules l'étendard ensanglanté de la Croix, le Crucifix dans la main droite, le chapelet dans la main gauche, les sacrés noms de Jésus et de Marie sur leur coeur, et la modestie dans toute leur conduite."(Traité de la Vraie dévotion à la Sainte Vierge, no 59.).

Et le saint auteur d'ajouter : " Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera par ordre du Très-Haut pour étendre son empire sur celui des impies, idolatres et mahométans. Mais quand et comment cela se fera-t-il ?...Dieu seul le sait : c'est à nous de nous taire, de prier, soupirer et attendre." (ibid.).
 

Plan et description de la chapelle miraculeuse.
140, rue du Bac à Paris.

NEUVAINE A NOTRE DAME DE LA MEDAILLE MIRACULEUSE

Ier jour de la neuvaine : La première apparition

Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, la Sainte Vierge apparaît pour la première fois à Sainte Catherine Labouré que son Ange gardien réveille et conduit du dortoir jusqu’à la chapelle.
" J’entends comme un bruit, comme le frou-frou d’une robe de soie, qui venait du côté de la tribune, auprès du tableau de Saint Joseph, qui venait se poser sur les marches de l’autel, du côté de l’Évangile, dans un fauteuil pareil à celui de Sainte Anne. (…) Alors, regardant la Sainte Vierge, je n’ai fait qu’un saut auprès d’Elle, à genoux sur les marches de l’autel, les mains appuyées sur les genoux de la Sainte Vierge. Là, il s’est passé le moment le plus doux de ma vie."

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, regardez mon âme avec miséricorde, obtenez-moi un esprit d’oraison qui me fasse toujours recourir à vous ; obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".

IIe jour : Protection de Marie dans les temps de malheur

" Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France, le trône sera renversé par des malheurs de toutes sortes (la Sainte Vierge avait l’air très peinée en disant cela). Mais venez au pied de cet autel, là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur, elles seront répandues sur les grands et les petits (…). Le moment viendra où le danger sera grand. On croira tout perdu. Là, je serai avec vous !"

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, dans les désolations actuelles du monde et de l’Église, obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".

IIIe jour : " La Croix sera méprisée..."

" Mon enfant, la Croix sera méprisée, on la mettra par terre, le sang coulera dans les rues, on ouvrira de nouveau le côté de Notre Seigneur. Monseigneur l’archevêque sera dépouillé de ses vêtements (ici la Sainte Vierge ne pouvait plus parler, la peine était peinte sur son visage). Mon enfant, me dit-elle, le monde entier sera dans la tristesse."

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, obtenez-moi la grâce de vivre en union avec Vous, avec votre divin Fils et avec l’Église, en ce moment crucial de l’histoire où une humanité entière est en train de se déclarer pour le Christ ou contre le Christ, en cette période qui est tragique comme l’a été la Passion ! Obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".

IVe jour : Marie écrase la tête du serpent

Le 27 novembre 1830, à cinq heures et demie du soir, alors que Sainte Catherine est en oraison dans la chapelle, la Sainte Vierge lui apparaît pour la deuxième fois, debout, à la hauteur du tableau de Saint Joseph qui se trouve à droite du maître-autel, " la figure si belle qu’il me serait impossible de dire sa beauté, elle avait une robe de soie blanche aurore (…) la tête couverte d’un voile blanc qui lui descendait de chaque côté jusqu’aux pieds ". Les pieds appuyés sur une demi sphère, Elle écrase du talon la tête d’un serpent.

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, soyez ma protection contre les attaques de l’ennemi infernal, obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".

Ve jour : La Vierge au globe

La Sainte Vierge tient dans ses mains un globe qui représente le monde entier, particulièrement la France et chaque personne en particulier, qu’Elle offre à Dieu en implorant Sa miséricorde. À ses doigts, des anneaux enchâssant des pierreries d’où jaillissent des rayons plus beaux les uns que les autres, qui symbolisent les grâces que la Sainte Vierge répand sur les personnes qui les demandent.

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".
 
VIe jour : L’invocation de la médaille

Au cours de la deuxième apparition, la Sainte Vierge fait comprendre à Sainte Catherine Labouré " combien il était agréable de prier la Sainte Vierge et combien Elle était généreuse envers les personnes qui la prient ; que de grâces Elle accordait aux personnes qui les lui demandent ; quelle joie Elle éprouve en les accordant ". Puis, il se forme " un tableau autour de la Sainte Vierge , un peu ovale, où il y avait en haut ces paroles écrites en lettres d’or : " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous "."

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".
 
http://i74.servimg.com/u/f74/11/64/82/51/corps_10.jpg
Corps incorrompu de sainte Catherine Labouré. Devant la châsse de
sainte Catherine, la chaise sur laquelle Notre Dame s'assit.
Chapelle miraculeuse. Rue du Bac. Paris.
 
VIIe jour : Révélation de la médaille

" Alors une voix se fit entendre qui me dit : Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle, toutes les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces en la portant au cou. Les grâces seront abondantes pour les personnes qui la porteront avec confiance."

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".

VIIIe jour : Les Cœurs de Jésus et de Marie

Après avoir contemplé le tableau de la médaille, Sainte Catherine le voit qui se retourne pour présenter le revers : un « M », monogramme de Marie, surmonté d’une petite croix et au bas les deux Cœurs de Jésus et de Marie, le premier entouré d’épines et le second traversé d’un glaive ; tout autour, est ensuite placée une couronne de douze étoiles.

" Ô Cœur immaculé de Marie, rendez mon cœur semblable au Vôtre, obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".

IXe jour : Marie sera proclamée Reine de l’Univers

Sainte Catherine, confirmant en cela les prédictions de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, affirme que la Très Sainte Vierge sera proclamée Reine de l’Univers :
" Oh qu’il sera beau d’entendre dire : Marie est la reine de l’Univers, particulièrement de la France. Et les enfants s’écrieront : Et de chaque personne en particulier ! Avec joie et transport. Ce sera un temps de paix, de joie et de bonheur qui sera long. Elle sera portée en bannière et elle fera le tour du monde."

" Ô Très Sainte Vierge, Ô ma Mère, obtenez-moi les grâces que je vous demande et inspirez-moi surtout de vous demander les grâces que vous voulez le plus me donner."

Pater Noster + Ave Maria + Gloria + " Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ".

Prière Finale de la neuvaine :

" Ô Très Sainte Vierge, ô ma Mère, demandez pour moi à Votre divin Fils tout ce dont mon âme a besoin et tout ce dont toute l’humanité a besoin, pour instaurer sur Terre votre Règne. Car ce que je vous demande plus que tout c’est votre triomphe en moi et dans toutes les âmes, et l’implantation de votre Règne sur la Terre. Ainsi soit-il."
 
http://i22.servimg.com/u/f22/09/04/27/32/theodo10.gif
Le père Théodore Ratisbonne et son frère Alphonse,
Israélites, se convertirent à la vraie foi par l'intervention
de Notre Dame de la Médaille miraculeuse.
 
Rq : On téléchargera et lira avec fruit ce livre du père Ratisbonne, Juif converti à la vraie foi par Notre Dame : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55265b

dimanche, 26 novembre 2017

26 novembre. Saint Pierre, patriarche d'Alexandrie, martyr. 310-311.

- Saint Pierre, patriarche d'Alexandrie, martyr. 310-311.

Pape : Saint Eusèbe. Empereur romain d'Orient : Galère. Empereur romain d'Occident : Licinius.

" Ce saint a combattu jusqu'à la mort pour la loi de son Dieu, et n'a point craint les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme."
Antienne.
 

Maximin Daïa persécutant les Chrétiens.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Saint Pierre succéda à saint Théonas (23 août) vers l'été de l'an 300 comme évêque d'Alexandrie, et mourut martyr de la grande persécution, très probablement le 25 novembre 311. Il aurait versé son sang le dernier, et c'est pour cela qu'on l'appela en Orient le " sceau des martyrs ".

Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, nous dit :
" Après Théonas qui avait servi 19 ans, Pierre reçoit la succession de l'épiscopat sur Alexandrie ; il se distingue lui aussi pendant 12 années entières. Avant la persécution, il dirigea cette Église pendant 3 ans ; le reste de sa vie, il le passe dans des exercices assez durs et pourvoit, sans se cacher, au bien général des Églises. C'est pourquoi, la IXe année de la persécution, il a la tête coupée et il est paré de la couronne du martyre... " (L. 7, c. 32, 31.).

" Parmi ceux qui moururent glorieusement à Alexandrie, dans toute l'Égypte et la Thébaïde, il faut citer en premier lieu Pierre, l'évêque de cette Alexandrie, l'un de ces docteurs divins de la piété Chrétienne..." (L. 8, c. 13, 7.).
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Vision de saint Pierre d'Alexandrie. VIIe.
Eglise Comblée d'Ivanovo. Bulgarie.

" Pierre présidait très brillamment aux Églises d'Alexandrie, l'un de ces évêques divins par sa vie vertueuse et ses exercices dans les paroles sacrées. Sans nul motif, il est appréhendé contre toute attente ; subitement, sans jugement, comme sur ordre de Maximin, il est décapité. Avec lui, plusieurs évêques d'Égypte subissent même traitement." (L. 9, c. 6, 2.).

Saint Jérôme, dans sa traduction de la Chronique d'Eusèbe, note qu'il aurait été le XVIe évêque d'Alexandrie. On trouve aussi des indications précieuses dans saint Athanase (Apol. c. Ar., § 59 ; Ep. ad episc., § 22.) et saint Épiphane (Adv. haer., 63.).

En dehors de ces textes trop brefs, la documentation est d'allure légendaire. Par exemple, vers la fin du Xe siècle, dans l'Histoire des patriarches d'Alexandrie, Sévère Ibn al Moqaffa, évêque d'El-Eschmounein (Haute-Égypte), nous conte que Pierre, après avoir banni Arius, fut emprisonné. Mais tous les fidèles d'Alexandrie voulaient mourir avant lui.

La femme d'un apostat nommé Socrate, qui vivait à Antioche, tenait absolument à se rendre à Alexandrie pour faire baptiser ses enfants. Socrate refusait. Elle s'embarqua malgré tout avec ses deux fils. Éclate une tempête. La vaillante Chrétienne se fait une incision au sein droit et avec 3 gouttes de son sang elle trace une croix sur le front et le coeur de ses petits, puis elle les baptise dans l'eau salée en prononçant les paroles sacramentelles, et les embrasse. On atteint enfin Alexandrie. Elle présente ses garçons au baptême. Mais l'eau du baptistère, pour eux, se congèle subitement. Pierre s'informe, et conclut que le Ciel a ratifié le baptême maternel.
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Saint Pierre d'Alexandrie en prison.
Martyre de saint Pierre d'Alexandrie.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Arius est de nouveau repoussé par Pierre, qui est décapité dans sa prison, à travers un trou dans le mur.

Un autre épisode (une vision) que l'on trouve d'abord dans la Passion grecque - du Ve siècle ? - éditée par Viteau, est intéressant parce qu'il a inspiré des artistes byzantins. Pierre est censé parler :
" Je vis un enfant entrer par la porte de cette cellule. Il avait environ 12 ans. Son visage brillait d'un tel éclat que toute la pièce en était éclairée. Il portait un colobium de lin, mais déchiré du cou jusqu'aux pieds ; des 2 mains il en serrait les morceaux sur la poitrine, et couvrait ainsi sa nudité. A cette vue, tout effrayé, je dis :
" Seigneur, qui t'a déchiré ta tunique ?"
Il répondit :
" Arius m'a tout déchiré. Attention ! ne l'admets pas à ta communion. On fera des démarches en sa faveur, ne te laisse pas influencer... Toi, tu es appelé au martyre."

Arius étant le grand hérésiarque du IVe siècle, la légende a fait de lui le grand adversaire de Pierre. Mais c'est Mélèce que Pierre combattit. Mélèce, évêque de Lycopolis, en Haute-Égypte, venait le premier après l'évêque d'Alexandrie. Dès 305 (?), il se permit d'intervenir en maître dans les territoires de quatre évêques emprisonnés et de Pierre, qui était très gêné par la persécution. Sans tenir compte d'une protestation collective des quatre prisonniers, Mélèce se rendit à Alexandrie et substitua ses créatures aux délégués de Pierre. Celui-ci défendit au peuple de communier avec Mélèce, et annonça un synode pour connaître de cette affaire. Mélèce s'installa dans le schisme.

En 306 (?), Pierre écrivit une circulaire pleine de charité concernant les Chrétiens qui avaient plus ou moins renié leur foi durant la persécution. Mélèce se posa en rigoriste. Et pourtant, au dire de saint Athanase, il avait faibli au début de la tourmente. Le conflit entre indulgence et rigueur sévissait jusqu'en prison, jusque dans les mines où les Chrétiens étaient mis aux travaux forcés. Mélèce, Pierre se retrouvaient, avec des clercs, sous les verrous.
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Cathédrale d'Alexandrie.

Saint Épiphane nous raconte que Pierre, au milieu de la prison, étendit par terre un manteau qui lui servait de couverture, et fit crier par un diacre :

" Ceux qui pensent comme moi, qu'ils passent de mon côté ! Ceux qui pensent comme Mélèce, qu'ils passent du côté de Mélèce !"

Le grand nombre fut pour Mélèce.

Au printemps de 311, un édit de Galère libéra les captifs, mais bientôt Maximin Daïa reprit la persécution. Le 25 novembre, Pierre fut décapité. Malheureusement, son oeuvre écrite a péri en très grande partie. Il fut l'adversaire des idées d'Origène, condamna la préexistence des âmes et l'interprétation allégorique de la Genèse. Il n'admettait pas le subordinatianisme.

Le corps de Pierre fut porté non à un tombeau isolé, mais dans un cimetière suburbain. Le bréviaire syriaque a placé la mention de Pierre au 24 novembre. Le martyrologe hiéronymien au 25. Le synaxaire copte au 25. Le martyrologe syriaque de Rabban Sliba (XIVe siècle) l'offre aux 28 octobre, 19 novembre, 20 décembre ; au 29 mai, il a le " couronnement de Pierre qui fut libéré à travers le mur défoncé ".
 
Un papyrus d'Oxyrhynque en Égypte pour l'an 535-536 l'indique au 28 décembre. Rufin (Hist. eccl. d'Eusèbe, 10, 15 = P. L., t. 21, col. 487 A.) note qu'on célébrait la fête de Pierre à Alexandrie sous l'évêque Alexandre (312-328), et Sozomène (Hist. eccl., 2, 17.) dit que le martyr avait en cette ville une panégyrie ou assemblée " officielle et très brillante ". A Antioche on chantait une hymne en son honneur. L'éloge élaboré par Bède d'après Rufin-Eusèbe, transmis par Usuard, a été déplacé dans le martyrologe romain du 25 au 26 à cause de sainte Catherine.

Dans l'iconographie, notre Pierre, avec sa barbe ronde, ressemble fort à son homonyme le grand apôtre. La vision de Jésus au vêtement déchiré a été peinte plus d'une fois. A Mistra (région du Taygète, dans le Péloponnèse), l'artiste a pris soin d'écrire auprès de Jésus les paroles que lui prête la légende " Arius m'a dépouillé ".

Ici, le Sauveur est un bel adolescent un peu grêle : sa posture rappelle l'Apollon de Cassel. En Serbie, c'est un tout petit enfant qui apparaît sur l'autel, un Ange en diacre lève sur lui le ripidion (un éventail au long manche) en usage avant et après l'épiclèse (cf. Fr.-J. Moreau, Liturgies euchar., 1924, p. 100, 144-145.).

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26 novembre. Saint Jean Berchmans, jésuite. 1621.

- Saint Jean Berchmans, jésuite. 1621.

Papes : Paul V (+1621) ; Grégoire XV. Roi de France : Louis XIII.

" Plutôt mourir que de transgresser la moindre règle."
Saint Jean Berchmans.


Saint Jean Berchmans. Imagerie populaire.

Ce jeune Saint, patron des novices, naquit à Diest le 13 mars 1599, dans le diocèse de Brabant, en Belgique. De condition modeste, les parents de saint Jean Berchmans étaient profondément chrétiens. Une atmosphère de piété, de foi et de pureté angélique régnait dans leur foyer. C'est au sanctuaire de Notre-Dame de Montaigu que le pieux enfant fit le voeu de chasteté perpétuelle.

A l'âge de seize ans, une charité anonyme lui permit d'entrer au collège des Jésuites de Malines. En lisant les écrits du bienheureux Pierre Canisius et la vie de saint Louis de Gonzague mort vingt-cinq ans auparavant, Jean Berchmans se sentit attiré vers la Compagnie de Jésus. Il obtint difficilement le consentement de son père qui fondait sur lui ses plus belles espérances.

Entré au noviciat de Malines, Jean s'y distingua par sa grande fidélité à observer la Règle et par une singulière amabilité de caractère. Dans le procès de sa canonisation, les témoins ont déclaré ne jamais l'avoir vu enfreindre une seule de ses Règles. Accomplir les actions communes d'une manière non commune, telle fut la ligne de conduite à laquelle le saint novice demeura toujours fidèle.

Son exercice le plus cher était de faire le catéchisme aux petits enfants pauvres. A son édifiante piété, il alliait une gaîté qui charmait tous ceux qui avaient quelques rapports avec lui. Sa charité prévenante, son caractère doux et enjoué, sa fidélité absolue à toutes les exigences de la Règle le firent surnommer par les novices l'Ange de la maison et le Saint joyeux. Celui qui avait écrit :
" Si je ne deviens pas un saint maintenant que je suis jeune, je ne le serai jamais ", poursuivit son idéal de sainteté en vivant chaque journée dans un total abandon à Dieu.


Autel de la Vierge de l'Annonciation et de Saint Jean Berchmans.
Filippo della Valle & Andrea Pozzo. Eglise du Gesu. Rome.

Sa confiance en Marie était sans limite. " Mon frère, confia-t-il un jour à un religieux, dès que j'ai songé à m'avancer dans la perfection, j'ai posé pour fondement de mon édifice, l'amour de la Reine du Ciel..."
Devenu veuf, son père entra dans les Ordres et fut ordonné prêtre; vers le même temps, saint Jean Berchmans prononça les voeux traditionnels d'obéissance, pauvreté et chasteté.

Ses supérieurs l'envoyèrent à Rome à pied, en compagnie d'un confrère, pour y compléter ses études. Arrivé au collège romain, le saint religieux occupa la chambre de saint Louis de Gonzague. Saint Jean Berchmans imita ses vertus tout en se montrant moins austère et plus gracieux. L'étude de la philosophie et des mathématiques à laquelle il s'appliqua ne diminua en rien sa ferveur angélique.

C'est à Rome que sonna son départ pour le ciel, à l'âge de vingt-deux ans et cinq mois.
" C'est une mort toute divine, mes remèdes n'y peuvent rien ", affirmait le médecin impuissant. Saint Jean Berchmans reçut les derniers sacrements avec une indescriptible ferveur. Avant de quitter la terre, le Saint eut à subir une dernière épreuve: le démon l'assaillit à deux reprises à l'article de la mort.


Saint Jean Berchmans. Imagerie populaire.

Le pieux moribond serra son crucifix dans ses mains défaillantes, son chapelet et son livre des Règles :
" Voici mes armes, dit-il, avec ces trois trésors, je me présenterai joyeusement devant Dieu."

Il renouvela ses voeux de religion et recouvra la paix. Prononçant les noms bénis de Jésus et de Marie, saint Jean Berchmans s'endormit paisiblement dans le Seigneur. Le vendredi 13 août 1621, la cloche du collège romain annonçait le départ de cet ange terrestre pour les demeures éternelles. Léon XIII l'a canonisé le 15 janvier 1888.

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samedi, 25 novembre 2017

25 novembre. Sainte Catherine d'Alexandrie, vierge et martyre. 311.

- Sainte Catherine d'Alexandrie, vierge et martyre, patronne des écoliers et des philosophes. 311.

Papes : Saint Eusèbe Ier (+310) ; saint Miltiade. Empereur romain : Maxence.

" Nous vous saluons, Ô Catherine, perle des vierges ; nous vous saluons, glorieuse épouse du Roi des rois. Nous vous saluons, hostie vivante du Christ ; ne refusez pas vos suffrages à ceux qui implore votre protection."
Antienne de la liturgie dominicaine.


Sainte Catherine d'Alexandrie. Carlo Crivelli. XIVe.

Catherine vient de catha, qui signifie universel, et de ruina, ruine, comme si on disait ruine universelle : en effet, dans elle, l’édifice du diable fut entièrement ruiné, savoir :
- l’orgueil, par l’humilité qu'elle posséda ;
- la concupiscence de la chair, par la virginité qu'elle conserva ;
- la cupidité mondaine ; par le mépris qu'elle eut pour toutes les vanités du monde.

Ou bien Catherine, vient de chaînette, catena : car par ses bonnes œuvres, elle se fit comme une chaîne au moyen de laquelle elle monta au ciel. Et cette chaîne ou échelle est formée de quatre degrés qui sont l’innocence d'action, la pureté du coeur, le mépris de la vanité, et le langage de la vérité, degrés que le prophète a disposés par ordre quand il dit :
" Qui est-ce qui montera sur la montagne du Seigneur ?... Ce sera, répond-il, celui dont les mains sont innocentes, et qui a le coeur pur, qui n'a point pris son âme en vain, et qui n'a pas fait de faux serments contre son prochain." (Ps. XXIII.).
Ces quatre degrés ont existé dans sainte Catherine, ainsi qu'on le voit dans sa légende.


Sainte Catherine d'Alexandrie. Lorenzo Lotto. XVe.

Gertrude la Grande avait eu dès l'enfance un attrait spécial pour la glorieuse vierge Catherine ; un jour qu'elle désirait connaître ses mérites, le Seigneur la lui montra sur un trône si haut et si magnifique, que, n'y eût-il pas eu de plus grande reine dans le ciel, la gloire de celle-ci aurait semblé suffire à le remplir ; de sa couronne rejaillissait sur ceux qui l'honoraient une merveilleuse splendeur (Legatus divinae pietatis, IV, LVII.). On sait comment la Pucelle d'Orléans, placée par saint Michel Archange sous la conduite des saintes Catherine et Marguerite, reçut d'elles conseil et assistance durant sept années ; comment Sainte-Catherine-de-Fierbois fournit l'épée de la libératrice de la France

Les croisés d'Occident avaient, dans les XIIe et XIIIe siècles, éprouvé l'aide puissante de la Martyre d'Alexandrie ; ils rapportèrent d'Orient son culte en nos contrées, où lui fut vite acquise une popularité sans pareille. Un Ordre de chevalerie était fondé pour protéger les pèlerins qui allaient vénérer son saint corps au Mont Sinaï. Sa fête, élevée à la dignité de la première classe, comportait l'abstention des œuvres serviles en beaucoup d'églises.

Sainte Catherine avec la palme du martyre, l'épée et la roue,
instruments de son supplice.
Grandes heures d'Anne de Bretagne. Jean Bourdichon. XVIe.

Les philosophes chrétiens, les écoliers, les orateurs et procureurs l'honoraient comme patronne. Le doyen des avocats fut appelé bâtonnier en raison du privilège qui lui appartenait de porter sa bannière. Les jeunes filles, organisées en confréries de Sainte-Catherine, estimaient à grand honneur le soin d'orner l'image de leur Sainte vénérée.

Comptée parmi les saints auxiliateurs à titre de sage conseillère, elle voyait beaucoup d'autres corporations se réclamer d'elle, sans autre motif plausible que l'expérience faite par tous de son crédit universel auprès du Seigneur. Ses fiançailles avec le divin Enfant, d'autres traits de sa Légende, fournirent à l'art chrétien d'admirables inspirations.

Cependant le sage et pieux Baronius regrettait déjà de son temps que, sur quelques points, les Actes de la grande Martyre d'Orient donnassent prise aux doutes dont devait s'emparer la critique outrée des siècles suivants pour amoindrir la con fiance des peuples (Baron. Annal, ad ann. 307.). Au grand honneur de la virginité chrétienne, il n'en reste pas moins qu'acclamée par élèves et maîtres en la personne de Catherine, elle présida dans la vénération et l'amour au développement de l'esprit humain et de la pensée, durant ces siècles où resplendirent comme des soleils les Albert le Grand, les Thomas d'Aquin, les Bonaventure :
" Heureux les purs de cœur ! Car ils verront Dieu." (Matth. V, 8.).
" Il faut, disait Méthodius, l'évêque martyr du IVe siècle, en son Banquet des vierges, il faut que la vierge aime d'amour les saines doctrines, et qu'elle tienne une place honorable parmi ceux que distingue leur sagesse." (Method. Conviv. Oratio I, 1.).


Sainte Catherine d'Alexandrie. Francesco di Cenni. Florence. XIVe.

Sainte Catherine, fille du roi Costus, fut instruite dans l’étude de tous les arts libéraux. L'empereur Maxence avait convoqué à Alexandrie les riches aussi bien que les pauvres, afin de les faire tous immoler aux idoles et pour punir les chrétiens qui ne le voudraient pas. Alors, Catherine, âgée de 18 ans, était restée seule dans un palais plein de richesses et d'esclaves ; elle entendit les mugissements des divers animaux et les accords des chanteurs ; elle envoya donc aussitôt un messager s'informer de ce qui se passait. Quand elle l’eut appris, elle s'adjoignit quelques personnes, et se munissant du signe de la croix, elle quitta le palais et s'approcha.

Alors elle vit beaucoup de chrétiens qui, poussés par la crainte, se laissaient entraîner à offrir des sacrifices. Blessée au coeur d'une profonde douleur, elle s'avança courageusement vers l’empereur, et lui parla ainsi :
" La dignité dont tu es revêtu, aussi bien que la raison exigeraient de moi de te faire la cour, si tu connaissais le créateur du ciel, et si tu renonçais au culte des dieux."
Alors debout devant la porte du temple, elle discuta avec l’empereur, à l’aide des conclusions syllogistiques, sur une infinité de sujets qu'elle considéra au point de vue allégorique, métaphorique, dialectique et mystique. Revenant ensuite à un langage ordinaire, elle ajouta :
" Je me suis attachée à t'exposer ces vérités comme à un savant : or, maintenant pour quel motif as-tu inutilement rassemblé cette multitude afin qu'elle adorât de vaines idoles ? Tu admires ce temple élevé par la main des ouvriers ; tu admires des ornements précieux que le vent envolera comme de la poussière. Admire plutôt le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment, admire les ornements du ciel, comme le soleil, la lune et les étoiles : admire leur obéissance, depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des temps ; la nuit et le jour, ils courent à l’Occident pour revenir à l’Orient, sans se fatiguer jamais : puis quand tu auras remarqué ces merveilles, cherche et apprends quel est leur maître ; lorsque, par un don de sa grâce, tu l’auras compris et que tu n'auras trouvé personne semblable à lui, adore-le, glorifie-le : car il est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs."
Quand elle lui eut exposé avec sagesse beaucoup de considérations touchant l’incarnation du Fils, l’empereur stupéfait ne sut que lui répondre. Enfin revenu à lui :
" Laisse, Ô femme, dit-il, laisse-nous terminer le sacrifice, et ensuite nous te répondrons."


Sainte Catherine confondant l'empereur Maximin par sa science.
Heures à l'usage d'Autun. XVe.

Il commanda alors de la mener au palais et de la garder avec soin ; il était plein d'admiration pour sa sagesse et sa beauté. En effet elle était parfaitement bien faite, et son incroyable beauté la rendait aimable et agréable à tous ceux qui la voyaient. Le César vint au palais et dit à Catherine :
" Nous avons pu apprécier ton éloquence et admirer ta prudence, mais occupés à sacrifier aux dieux, nous n'avons pu comprendre exactement tout ce que tu as dit : or, avant de commencer, nous te demandons ton origine."
A cela Catherine répondit :
" Il est écrit : " Ne te loues pas ni ne te déprécies toi-même ", ce que font les sots que tourmente la vaine gloire. Cependant j'avoue mon origine, non par jactance, mais par amour pour l’humilité. Je suis Catherine, fille unique du roi Costus. Bien que née dans la pourpre et instruite assez à fond dans les arts libéraux, j'ai méprisé tout pour me réfugier auprès du Seigneur Jésus-Christ. Quant aux dieux que tu adores, ils ne peuvent être d'aucun secours ni à toi, ni à d'autres. Oh ! Qu'ils sont malheureux les adorateurs de pareilles idoles qui, au moment où on les invoque, n'assistent pas dans les nécessités, ne secourent pas dans la tribulation et ne défendent pas dans le péril !"
Le roi :
" S'il en est ainsi que tu le dis, tout le monde est dans l’erreur, et toi seule dis la vérité : cependant toute affirmation doit être confirmée par deux ou trois témoins. Quand tu serais un ange, quand tu serais une puissance céleste, personne ne devrait encore te croire ; combien moindre encore doit être la confiance en toi, car tu n'es qu'une femme fragile !"
Sainte Catherine :
" Je t'en conjure, César, ne te laisse pas dominer par ta fureur ; l’âme du sage ne doit pas être le jouet d'un funeste trouble, car le poète a dit : " Si l’esprit te gouverne, tu seras roi, si c'est le corps, tu seras esclave."
L'empereur :
" Je m’aperçois que tu te disposes à nous enlacer dans les filets d'une ruse empoisonnée, en appuyant tes paroles sur l’autorité des philosophes."

Alors l’empereur, voyant qu'il ne pouvait lutter contre la sagesse de Catherine, donna des ordres secrets pour adresser des lettres de convocation à tous les grammairiens et les rhéteurs afin qu'ils se rendissent de suite au prétoire d'Alexandrie, leur promettant d'immenses présents, s'ils réussissaient à l’emporter par leurs raisonnements sur cette vierge discoureuse.


Sainte Catherine et les philosophes. Vie de sainte Catherine. Pays-Bas. XVe.

On amena donc, de différentes provinces, cinquante orateurs qui surpassaient tous les mortels dans tous les genres de science mondaine. Ils demandèrent à l’empereur, pourquoi ils avaient été convoqués de si loin ; le césar leur répondit :
" Il v a parmi nous une jeune fille incomparable par son bon sens et sa prudence ; elle réfute tous les sages, et affirme que tous les dieux sont des démons. Si vous triomphez d'elle, vous retournerez chez vous comblés d'honneurs."
Alors l’un d'eux plein d'indignation répondit avec colère :
" Oh ! La grande détermination d'un empereur, qui, pour une discussion sans valeur avec une jeune fille, a convoqué les savants des pays les plus éloignés du monde, quand l’un de nos moindres écoliers pouvait la confondre de la façon la plus leste !"
L'empereur dit :
" Je pouvais la contraindre par la force à sacrifier, ou bien l’étouffer dans les supplices ; mais j'ai pensé qu'il valait mieux qu'elle restât tout à fait confondue par vos arguments."

Ils lui dirent alors :
" Qu'on amène devant nous la jeune fille et que, convaincue de sa témérité, elle avoue n'avoir jusqu'ici jamais vu des savants."

Mais la vierge ayant appris la lutte à laquelle elle était réservée, se recommanda toute à Dieu ; et voici qu'un ange du Seigneur se présenta devant elle et l’avertit de se tenir ferme, ajoutant que non seulement elle ne pourra être vaincue par ses adversaires, mais qu'elle les convertira et qu'elle leur frayera le chemin du martyre. Ayant donc été amenée devant les orateurs, elle dit à l’empereur :
" Est-il juste que tu opposes une jeune fille à cinquante orateurs auxquels tu promets des gratifications pour la victoire, tandis que tu me forces à combattre sans m’offrir l’espoir d'une récompense ? Cependant, pour moi, cette récompense sera Notre Seigneur Jésus-Christ : qui est l’espoir et la couronne de ceux qui combattent pour lui."


Sainte Catherine avec la palme du martyre, l'épée et la roue,
instruments de son supplice. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

Alors les orateurs ayant avancé qu'il était impossible que Dieu se fît homme et souffrît, la vierge montra que cela avait été prédit même par les Gentils. Car Platon établit que Dieu est un cercle, mais qu'il est échancré. La sybille a dit aussi : " Bienheureux est ce Dieu qui est suspendu au haut du bois ".

Or, comme la vierge discutait avec la plus grande sagesse contre les orateurs qu'elle réfutait par des raisons évidentes, ceux-ci, stupéfaits, et ne sachant quoi répondre, furent réduits à un profond silence. Alors l’empereur, rempli contre eux d'une grande fureur, se mit à leur adresser des reproches de ce qu'ils s'étaient laissé vaincre si honteusement par une jeune fille.
L'un d'eux prit la parole et dit :
" Tu sauras, empereur, que jamais personne n'a pu lutter avec nous, sans qu'il n'eût été vaincu aussitôt : mais cette jeune fille, dans laquelle parle l’esprit de Dieu, a tellement excité notre admiration, que nous ne savons, ni n'osons absolument dire un mot contre le Christ. Alors, prince, nous avouons fermement que si tu n'apportes pas de meilleurs arguments en faveur des dieux que nous avons adorés jusqu'à présent, nous voici disposés à nous convertir tous à la foi chrétienne."

Le tyran, entendant cela, fut. outré de colère et ordonna de les faire brûler tous au milieu de la ville. Mais la vierge les fortifia, et leur inspira la constance du martyre ; puis elle les instruisit avec soin dans la foi. Et comme ils regrettaient de mourir sans le baptême, la vierge leur dit :
" Ne craignez rien, car l’effusion de votre sang vous tiendra lieu de baptême et de couronne."
Après qu'ils se furent munis du signe de la croix, on les jeta dans les flammes, et ils rendirent leur âme au Seigneur : ni leurs cheveux, ni leurs vêtements ne furent aucunement atteints par le feu. Quand ils eurent été ensevelis par les chrétiens, le tyran parla à la vierge en ces termes :
" Ô vierge généreuse, ménage ta jeunesse ; après la reine, tu tiendras le second rang dans mon palais ; ta statue sera élevée au milieu de la ville ; et tu seras adorée de tous comme une déesse."
La vierge lui répondit :
" Cesse de parler de choses qu'il est, criminel même de penser, je me suis livrée au Christ comme épouse : il est ma gloire, il est mon amour, il est ma douceur, et l’objet de ma tendresse ; ni les caresses, ni les tourments ne pourront me faire renoncer à son amour."


Sainte Catherine d'Alexandrie. Psautier cistercien. XIIIe.

Alors l’empereur furieux la fit dépouiller et fouetter avec des cordes garnies de fers tranchants (scorpions) ; puis quand elle eut été broyée, il ordonna de la traîner dans une prison obscure où elle devrait, pendant douze jours, souffrir le supplice de la faim.

Des affaires pressantes ayant appelé l’empereur hors du pays, l’impératrice, qui s'était éprise d'une vive affection pour Catherine, vint en toute hâte la trouver en son cachot, au milieu de la nuit, avec le général des armées, nommé Porphyre. A son entrée, l’impératrice vit la prison resplendissante d'une clarté ineffable, et des anges qui pansaient les plaies de la vierge. Alors Catherine commença à lui vanter les joies éternelles, et quand elle l’eut convertie à la foi, elle lui prédit qu'elle obtiendrait la couronne du martyre. Elles prolongèrent ainsi leur entretien jusqu'à une heure avancée de la nuit.
 
Porphyre, ayant entendu tout ce qu'elles avaient dit, se jeta aux pieds de la vierge et reçut la foi de Jésus-Christ avec deux cents soldats. Or, comme le tyran avait condamné Catherine à rester douze jours sans nourriture, Notre Seigneur Jésus-Christ, pendant ce laps de temps, envoya du ciel une colombe blanche qui la rassasiait d'un aliment céleste ; ensuite le Seigneur lui apparut accompagné d'une multitude d'anges et de vierges, et lui dit :
" Ma fille, reconnais ton créateur pour le nom duquel tu as subi une lutte laborieuse : sois constante, car je suis avec toi."
 

Sainte Catherine avec l'impératrice et Porphyre.
Vie de sainte Catherine. Pays-Bas. XVe.

A son retour, l’empereur se la fit amener ; mais la voyant brillante de santé, alors qu'il la pensait abattue par un si long jeûne, il crut que quelqu'un lui avait apporté des aliments dans le cachot ; plein de fureur, il commanda qu'on mît les gardiens à la torture. Mais Catherine dit :

" Je n'ai pas reçu de nourriture de main d'homme, c'est Notre Seigneur Jésus-Christ qui m’a nourrie par le ministère d'un ange."
L'empereur lui répondit :
" Recueille dans ton coeur, je t'en prie, les conseils que je t'adresse ; et ne me réponds plus d'une manière ambiguë : Nous ne désirons pas te traiter en esclave, mais en reine puissante et belle, qui triomphera dans mon empire."
La vierge dit à son tour :
" Fais attention, toi-même, je t'en conjure, et décide, après un mûr et sage examen, quel est celui que je dois choisir de préférence, ou bien de quelqu'un puissant, éternel, glorieux, et beau, ou d'un autre infirme, mortel, ignoble et laid."
Alors l’empereur indigné dit :
" Choisis de deux choses l’une, ou de sacrifier et de vivre, ou bien de subir les tourments les plus cruels, et de périr.
- Quels que soient les tourments que tu puisses imaginer, hâte-toi, car je désire offrir ma chair et mon sang au Christ, comme il s'est offert lui-même pour moi. Lui, c'est mon Dieu, mon amant, mon pasteur et mon unique époux."

Alors un officier conseilla à l’empereur furieux de faire préparer, dans le courant de trois jours ; quatre roues garnies de scies de fer et de clous très aigus, afin que cette machine la broyât par morceaux, et que l’exemple d'une mort si cruelle effrayât le reste des chrétiens. On disposa deux roues qui devaient tourner dans un sens, en même temps que deux autres roues seraient mises en mouvement dans un sens contraire, de manière que celles de dessous devaient déchirer les chairs que les roues de dessus en venant se placer contré les premières, auraient rejetées contre celles-ci. Mais la bienheureuse vierge pria le Seigneur de briser cette machine pour la gloire de son nom et pour la conversion du peuple qui se trouvait là. Aussitôt un ange du Seigneur broya cette meule et en dispersa les morceaux avec tant de force que quatre mille Gentils en furent tués.
 

Martyre de sainte Catherine. Legenda aurea. Bx J. de Voragine.
Jacques de Besançon. XVe.

Or, la reine, qui regardait d'un lieu élevé et qui jusque-là s'était cachée, descendit aussitôt et adressa de durs reproches à l’empereur pour cette étrange cruauté. Mais l’empereur, plein de fureur, sur le refus de l’impératrice de sacrifier, la condamna à avoir les seins arrachés, puis à être décapitée. Comme on la menait au martyre, elle demanda à Catherine de prier pour elle le Seigneur. Catherine répondit : " Ne crains rien, Ô reine chérie de Dieu, car aujourd'hui à la place d'un royaume qui passe, tu en recevras un autre qui sera éternel, et à la place d'un époux mortel, tu en auras un immortel."

Alors l’impératrice affermie exhorta les bourreaux à ne point différer de faire ce qui leur avait été commandé. Ils la conduisirent hors de la ville et après lui avoir arraché les mamelles avec des fers de lance, ils lui coupèrent ensuite la tête. Porphyre put soustraire son corps et l’ensevelir.

Le lendemain, comme on cherchait le corps de l’impératrice, et, qu'à ce sujet, le tyran donnait l’ordre de traîner au supplice beaucoup de personnes, Porphyre se présenta tout à coup sur la place en s'écriant :
" C'est moi qui ai enseveli la servante du Christ dont j'ai embrassé la foi."
Alors Maxence égaré s'écria en poussant un rugissement terrible :
" Oh ! Je suis le malheureux le plus à plaindre ! Voici qu'on a séduit Porphyre, l’unique appui de mon âme et ma consolation. dans mes peines !"
Et comme il faisait part de cela à ses soldats, ils lui répondirent aussitôt :
" Et nous aussi, nous sommes chrétiens et prêts à mourir."
Alors le César, enivré de fureur, commanda qu'on leur coupât la tête en même temps qu'à Porphyre et qu'on jetât leurs corps aux chiens.
 

Martyre de sainte Catherine. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XVe.

Ensuite, il fit comparaître Catherine et lui dit :
" Bien que tu aies fait mourir l’impératrice par art magique, cependant si tu viens à récipiscence, impératrice tu seras, la première dans mon palais : aujourd'hui donc, ou tu offriras des sacrifices aux dieux, ou tu auras la tête coupée."
Catherine lui répondit :
" Fais tout ce que tu as résolu : tu me verras prête à tout souffrir."
Alors Maxime prononça son arrêt et la condamna à être décapitée. Quand elle eut été amenée au lieu du supplice, elle leva les yeux au ciel et fit cette prière :
" Ô Vous qui êtes l’espérance et le salut des croyants ! L’honneur et la gloire des vierges : Ô Jésus, Ô bon roi, je vous en conjure, que quiconque eu mémoire de mon martyre, m’invoquera à son heure dernière, ou bien en toute autre nécessité, vous trouve propice et obtienne ce qu'il demande !"
Cette voix s'adressa alors à elle :
" Viens, ma bien-aimée, mon épouse ; voici la porte du ciel qui t'est ouverte. Tous ceux qui célébreront la mémoire de ton martyre avec dévotion, je leur promets du ciel les secours qu'ils réclameront."

Quand elle fut décapitée, il coula de son corps du lait au lieu de sang. Alors les anges prirent son corps et le portèrent, de cet endroit, jusqu'au mont, Sinaï, éloigné de plus de vingt jours de marche, et l’y ensevelirent avec honneur. (La légende et l’oraison du Bréviaire romain consacrent le fait du transport du corps de la sainte par les anges au mont Sinaï.).

De ses ossements découle sans cesse une huile qui a la vertu de guérir les membres de ceux qui sont débiles. Elle souffrit sous le tyran Maxence ou Maximin qui commença à régner vers l’an du Seigneur 310. On peut voir dans l’Histoire de l’Invention de la sainte Croix, comment ce tyran fut puni pour ce crime et pour d'autres encore qu'il commit.

On dit qu'un moine de Rouen alla au mont Sinaï où il resta pendant sept ans au service de sainte Catherine. Comme il la suppliait avec grande instance de lui donner quelque parcelle de son corps, tout à coup un de ses doigts se détacha. Le moine reçut avec joie ce don de Dieu et l’apporta en son monastère (des reliques de sainte Catherine furent en effet apportées à Rome en 1027. Cf. Hugues de Flavigny, en sa Chronique).

On rapporte encore qu'un homme fort dévot à sainte Catherine qu'il invoquait fréquemment à son aide, se relâcha par la suite et perdit toute dévotion du coeur, en sorte qu'il cessa d'invoquer la martyre. Un jour qu'il était en prières, il vit passer devant lui une multitude de vierges dont l’une paraissait plus resplendissante que les autres. Quand elle approcha de lui, elle se couvrit le visage et passa ainsi. Or, comme il admirait extrêmement son éclat et demandait qui elle était, l’une d'elles lui répondit :
" C'est Catherine que tu aimais à connaître autrefois ; aujourd'hui que tu parais ne plus t'en souvenir, elle a passé devant toi, la figure voilée, comme si elle était pour toi une inconnue."


Sainte Catherine avec l'épée et la roue, instruments de son supplice.
Bréviaire à l'usage de Besançon. XVe.

SEQUENCE

" Que notre chœur harmonieusement chante le Créateur, par qui toutes choses sont disposées : par lui combat celui qui ignorait la guerre, par lui sur l'homme à des jeunes filles la victoire est donnée.

Par lui les habitants d'Alexandrie sont stupéfaits de voir en une femme des qualités qui semblaient n'être pas de la femme, lorsque Catherine la bienheureuse triomphe des docteurs par sa science, du fer par son courage à souffrir.

A la gloire de sa race sa vertu sans pareille ajoute un éclat nouveau ; illustre par ceux qui la mirent au monde, illustre elle est plus encore par les mœurs saintes dont la grâce l'a favorisée.

Tendre est la fleur de sa beauté ; point cependant elle ne lui épargne étude et labeur : de toutes sciences, qu'elles aient le monde ou Dieu pour objet, sa jeunesse s'est rendue maîtresse.

Vase de choix, vase des vertus, les biens qui passent ne sont pour elle que de la boue ; elle méprise la fortune de son père et les grands patrimoines que lui vaut sa naissance.

Vierge prudente et sage, elle se fait sa réserve d'huile pour aller au-devant de l'Epoux : elle veut, toute prête à l'heure qu'il arrivera, entrer sans retard au festin.

Pour le Christ elle désire mourir ; devant l'empereur à qui elle est présentée, l'éloquence de la vierge réduit cinquante philosophes au silence.

L'horreur de la prison où on l'enferme, et l'épreuve des roues menaçantes, la faim, les privations, tout ce qu'elle doit subir, elle le supporte pour l'amour de Dieu, toujours la même en toute rencontre.

Torturée, elle triomphe du bourreau ; la constance d'une femme a triomphé d'un empereur : c'est lui qui est dans les tourments, parce que le bourreau s'avoue vaincu avec ses supplices impuissants.

Elle est enfin décapitée ; la mort pour elle au trépas a pris fin ; elle fait joyeuse son entrée dans la vie : ce pendant que les Anges prennent soin d'ensevelir son corps en une terre lointaine.

Une huile en découle qui, par une grâce évidente, guérit beaucoup de malades ; bonne pour nous sera l'essence, si son intervention guérit nos vices.

Présente à nous, qu'elle se réjouisse en voyant les joies qu'elle nous cause ; que nous donnant les présentes joies, elle nous procure aussi les futures ; qu'elle se réjouisse avec nous ici-bas, et nous avec elle dans la gloire.

Amen."
 

Sainte Catherine d'Alexandrie. Panneau gauche d'un tryptique de
l'Assomption de la Vierge Marie. Gérard David. Flandres. XVIe. XVIe.

PRIERE

Bienheureuse Catherine, recevez-nous à votre école. Par vous la philosophie, justifiant son beau nom, conduit à la Sagesse éternelle, le vrai au bien, toute science au Christ, qui est " la voie, la vérité, la vie " (Johan. XIV, 6.).

" Curieux qui vous repaissez d'une spéculation stérile et oisive, s'écrie le plus éloquent de vos panégyristes, sachez que cette vive lumière qui vous charme dans la science, ne lui est pas donnée seulement pour réjouir votre vue, mais pour conduire vos pas et régler vos volontés. Esprits vains, qui faites trophée de votre doctrine avec tant de pompe, pour attirer des louanges, sachez que ce talent glorieux ne vous a pas été confié pour vous faire valoir vous-mêmes, mais pour faire triompher la vérité. Ames lâches et intéressées, qui n'employez la science que pour gagner les biens de la terre, méditez sérieusement qu'un trésor si divin n'est pas fait pour cet indigne trafic; et que s'il entre dans le commerce, c'est d'une manière plus haute, et pour une fin plus sublime, c'est-à-dire, pour négocier le salut des âmes." (Bossuet, Panégyrique de sainte Catherine.).

Ainsi, Ô Catherine, n'employez-vous votre science que pour la vérité. Vous faites " paraître Jésus-Christ avec tant d'éclat que les erreurs que soutenait la philosophie sont dissipées par sa présence ; et les vérités qu'elle avait enlevées viennent se rendre à lui comme à leur maître, ou plutôt se réunir en lui comme en leur centre. Apprenons d'un si saint exemple à rendre témoignage à la vérité, à la faire triompher du monde, à faire servir toutes nos lumières à un si juste devoir, qu'elle nous impose. Ô sainte vérité ! Je vous dois le témoignage de ma parole ; je vous dois le témoignage de ma vie ; je vous dois le témoignage de mon sang : car la vérité, c'est Dieu même " (Ibid.).

L'Eglise, Ô vierge magnanime, n'a pas d'autre pensée quand aujourd'hui elle formule ainsi pour nous sa prière : " Ô Dieu qui donnâtes la loi à Moïse sur le sommet du Mont Sinaï, et au même lieu par les saints Anges avez miraculeusement placé le corps de votre bienheureuse Vierge et Martyre Catherine ; exaucez nos supplications : faites que par ses mérites et son intercession nous parvenions à la montagne qui est le Christ, vivant et régnant avec vous dans les siècles des siècles " (Collecte du jour).
 

Pélerins venant prier sainte Cathrine au Mont Sinaï.
Livre des Merveilles. Jean Mandeville. XIVe.

Il est bon de remarquer que sainte Catherine est admirable :

I. Dans sa sagesse :
Elle parait admirable dans la science. Car en elle se trouva réunie toute la philosophie. La philosophie ou la science se divise en théorique, en pratique et en logique. D'après quelques auteurs, la science théorique se divise en trois parties : l’intellectuelle, la naturelle et la mathématique. Or, sainte Catherine posséda :
- la science intellectuelle dans la connaissance des choses divines, et s'en servit avec avantage dans sa dispute avec les rhéteurs, auxquels elle prouva qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que les autres sont tous de faux dieux ;
- la science naturelle dans la connaissance de tous les êtres inférieurs ; elle en usa à l’égard de l’empereur, ainsi qu'on l’a vu plus haut ;
- la science mathématique, par le mépris qu'elle fit des choses de la terre. Cette science, d'après Boëce, traite abstractivement des formes dégagées de la matière. Sainte Catherine la posséda, quand elle dépouilla son coeur de tout amour matériel ; et elle prouva qu'elle l’avait en répondant ainsi aux interrogations de l’empereur :
" Je suis Catherine, fille du roi Costus, bien que je sois née dans la pourpre..., etc."
Elle en fit principalement usage quand elle excita l’impératrice à se mépriser ainsi que le monde pour désirer le roi éternel ;
- la science pratique se divise en trois parties, qui sont : l’éthique, l’économique et la publique ou politique. La première enseigne à former les moeurs, à s'orner des vertus et convient à tous. La seconde apprend à bien gouverner sa famille, elle est du ressort des pères de famille. La troisième enseigne à bien régir les villes, les peuples et la république.
C'est la partie des gouverneurs des villes.
 
Sainte Catherine posséda encore cette triple science : la première en composant ses moeurs en toute honnêteté ; la seconde en gouvernant avec mérite sa famille qui était nombreuse ; la troisième en donnant de sages avis à l’empereur ;
- la logique se divise en trois parties : la démonstrative, la probative et la sophistique. La première appartient aux philosophes, la seconde aux rhéteurs et aux dialecticiens, la troisième aux sophistes. On voit que sainte Catherine posséda aussi cette triple science, puisqu'on dit d'elle :
" Elle discuta avec l’empereur, à l’aide de conclusions syllogistiques, une infinité de sujets qu'elle considéra au point de vue allégorique, métaphorique, dialectique et mystique."


Sainte Catherine d'Alexandrie. Roger van der Weyden. XVe.

II. Dans son éloquence :
Elle fut admirable d'éloquence ; car elle eut de belles paroles dans ses prédications, comme on l’a vu ; elle s'exprima avec une grande clarté dans ses raisonnements, alors qu'elle disait à l’empereur :
" Tu admires ce temple fabriqué par la main des ouvriers."
Elle fut très habile à gagner ceux auxquels elle s'adressait, témoins Porphyre et l’impératrice qu'elle attira à la foi par la suavité de son élocution. Elle fut très puissante pour convaincre, par exemple, les rhéteurs qu'elle força à croire.

III. Dans sa constance :
Elle fut admirable de constance d'abord, malgré les menaces qu'on lui fit et qu'elle méprisa, puisqu'elle répondit à l’empereur :
" Quels que soient les tourments que tu puisses t'imaginer, hâte-toi, car je désire offrir au Christ et' ma chair et mon sang."
Et plus loin encore :
" Fais tout ce que tu peux concevoir en ton esprit, tu me verras disposée à tout supporter."
Ensuite elle repoussa les biens qu'on lui offrit. C'est pour cela que l’empereur lui promettant le second rang dans le palais, elle répondit :
" Cesse de dire de pareilles choses ; c'est un crime même de les penser, etc..."
En troisième lieu, elle surmonta les tourments qu'on lui infligea, cela est évident, parce qu'elle fut mise en prison et sur la roue.


Sainte Catherine d'Alexandrie. Conrad Witz. XVe.

IV. Dans l’excellence de sa chasteté :
Elle fut très constante dans la conservation de sa chasteté quoiqu'elle eût été exposée à des épreuves où la chasteté succombe d'ordinaire.
Ces épreuves sont au nombre de cinq :
- l’abondance qui amollit,
- l’occasion qui entraîne,
- la jeunesse qui aime à folâtrer,
- la liberté qui n'a pas de frein,
- la beauté qui provoque.
Malgré tout cela la bienheureuse Catherine conserva la chasteté. Car elle eut des richesses en abondance, puisqu'elle succéda à de très riches parents. Elle avait des occasions puisque, maîtresse : d'elle-même, elle passait tous ses instants au milieu de ses serviteurs. Elle était jeune, elle jouissait de sa liberté puisqu'elle restait seule et libre dans un palais. C'est pour cela qu'il est dit d'elle ci-dessus :
" Catherine, à l’âge de 18 ans, resta seule dans un palais rempli d'esclaves et de richesses."
Elle était belle puisqu'on dit :
" Elle était parfaitement bien faite, et son incroyable beauté la rendait aimable et agréable à tous ceux qui la voyaient."


Sainte Catherine et saint Michel. Vie de sainte Catherine. Pays-Bas. XVe.

V. dans le privilège de sa dignité :
Elle fut admirable dans le privilège de sa dignité. Quelques saints ont été honorés de privilèges particuliers au moment de leur trépas, comme la visite de Notre Seigneur Jésus-Christ dans saint Jean l’évangéliste ; l’huile qui émane de leurs ossements dans saint Nicolas ; le lait qui coule de leurs plaies dans saint Paul ; le tombeau disposé dans saint Clément ; les demandes exaucées dans sainte Marguerite, quand elle pria en faveur de ceux qui feraient mémoire d'elle.
 
Or, tous ces privilèges se trouvent réunis dans sainte Catherine, tels qu'on a pu le voir dans sa légende. Un doute s'est fait jour chez quelques écrivains, celui de savoir si elle a été martyrisée par Maxence ou par Maximin. A cette époque, trois gouvernaient l’empire, savoir. Constantin qui succéda à son père, Maxence, fils de Maximien, nommé Auguste par les soldats prétoriens de Rome et Maximin qui fut créé césar en Orient. D'après les chroniques, Maxence exerçait sa tyrannie contre les chrétiens à Rome et Maximin en Orient. D'autres auteurs pensent que c'est une faute de copiste, si on a mis Maxence au lieu de Maximin.


Sainte Catherine d'Alexandrie. Le Caravage. XVIe.

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