mercredi, 08 octobre 2025
8 octobre. Sainte Brigitte de Suède, veuve, fondatrice de l'Ordre du Sauveur. 1373.
- Sainte Brigitte de Suède, veuve, fondatrice de l'Ordre du Sauveur. 1373.
Pape : Grégoire XI. Roi de Suède : Albert Ier de Mecklembourg. Roi de France : Charles V le Sage.
" Quand le sixième jour ramène le souvenir de la passion du Christ, c'est en vain, âme généreuse, que vous voudriez vous associer à Ses douleurs. Vaincue par l'amour que vous portez à votre époux, l'herbe amère que vous pressez sous vos dents perd son fiel dans votre bouche et se change en un miel délicieux."
Hugues Vaillant. Fasti sacri.

Sainte Brigitte de Suède. Le maître d'Ehenheim. XVe.
Brigitte, née en Suède d'illustres et pieux parents, eut une vie très sainte. Comme sa mère la portait encore, elle fut à cause de son enfant sauvée d'un naufrage. Brigitte était dans sa dixième année, lorsqu'ayant entendu prêcher sur la passion du Seigneur, elle vit, la nuit suivante, Jésus en croix, couvert d'un sang fraîchement répandu, et qui s'entretenait avec elle de cette même passion. Depuis lors, la méditation des souffrances du Sauveur l'affectait tellement, qu'elle n'y pouvait penser sans verser des larmes.
Mariée à Ulf prince de Néricie, elle l'amena à imiter la piété de sa vie par ses exemples et la persuasion de ses discours. Elle mit tout son cœur à élever ses enfants, tout son zèle à secourir les pauvres et surtout les malades, qu'elle servait dans une maison destinée à cette fin, ayant coutume de laver et de baiser leurs pieds. Comme elle revenait avec son mari de Compostelle, où ils avaient visité le tombeau de l'Apôtre saint Jacques, Ulf tomba gravement malade à Arras ; saint Denys apparut alors une nuit a Brigitte, lui prédit le retour en santé du malade et d'autres événements à venir.

Le château de Vadstena, transformé pour partie
en monastère par sainte Brigitte de Suède. Suède.
Ulf, s'étant fait moine sous la règle de Cîteaux, mourut peu après, et Brigitte entendit en songe le Christ qui lui demandait d'embrasser un genre de vie plus austère. Sa fidélité fut récompensée d'en haut par de nombreuses révélations. Elle fonda le monastère de Vadstena, sous la règle du saint Sauveur que le Seigneur lui-même lui avait dictée. Elle vint à Rome par l'ordre de Dieu, et y embrasa beaucoup de monde des ardeurs de l'amour divin. Elle fit aussi le pèlerinage de Jérusalem ; et ce fut dans son voyage de retour à Rome que la fièvre la saisit. Après avoir supporté durant un an des souffrances aiguës, elle passa au ciel comblée de mérites, au jour qu'elle avait prédit. Son corps fut porté au monastère de Vadstena ; ses miracles déterminèrent Boniface IX à la mettre au nombre des Saints.
Femme forte, appui de l'Eglise en des temps malheureux, soyez bénie par tous les peuples à cette heure. Quand la terre, appauvrie de vertus, n'acquittait plus ses redevances au Seigneur suprême, vous fûtes le trésor dont la découverte aux extrêmes frontières, ainsi que dit l'Ecriture, compensa l'indigence de plusieurs. Par vous, jadis suspect et délaissé, le septentrion connut les complaisances du ciel. Bientôt l'Esprit, sollicité par les Apôtres et les saints Martyrs, vous amenait aux plages que leur sang ne suffisait plus à féconder pour l'Epoux ; vous apparûtes alors comme le navire apportant des lointains horizons nourriture et vie aux contrées que désole la stérilité. A votre voix, Rome épuisée retrouva l'espérance ; à votre exemple, elle expia les fautes d'où provenait son abandon ; vos communes supplications lui ramenèrent, avec le cœur de l'Epoux, celui de son Vicaire ici-bas.
Mais votre part était celle de la souffrance et du labeur. Au jour où votre œuvre se consommait dans l'allégresse de tous, vous aviez quitté la terre ; pareille à ces héros de l'ancienne alliance saluant de loin les promesses dont la réalisation était pour d'autres, et confessant qu'ils n'étaient qu'étrangers et pèlerins sur la terre. Comme eux, vous cherchiez une patrie, non celle que vous aviez quittée et où il vous restait loisible de retourner, mais la seule vraie, celle des deux. Aussi Dieu se fait-il gloire d'être appelé votre Dieu.
De l'éternelle cité où finit votre exil, gardez en nous le fruit de vos exemples et de vos enseignements. Malgré sa situation diminuée, votre Ordre du Sauveur les perpétue dans les contrées qui le possèdent encore ; puisse-t-il revivre un jour à Vadstena dans sa splendeur première Par lui et ses émules, ramenez la Scandinavie à la foi si malheureusement perdue d'Anschaire son apôtre, d'Eric et d'Olaf ses rois martyrs. Enfin protégez Rome, dont les intérêts vous furent si spécialement confiés par le Seigneur ; épargnez-lui de connaître à nouveau la terrible épreuve que votre vie se consuma à détourner.
" Seigneur, qui vous a ainsi traité ?
- Ceux qui Me méprisent et oublient Mon amour."
Première révélation du Fils de Dieu à Brigitte de Suède. François d'Assise, levant l'étendard de la Croix sur le monde, avait annoncé la rentrée du Christ en la voie douloureuse : du Christ, non par lui-même, mais dans l'Eglise, chair de sa chair. Combien l'annonce était justifiée, Brigitte l'éprouva dès l'aurore de ce fatal siècle quatorzième avec lequel elle devait grandir, et où tous les désastres, amenés par tous les crimes, fondirent à la fois sur notre Occident.

Sainte Brigitte de Suède. XVIe.
Née l'année même où, valet d'un nouveau Pilate, Sciarra Colonna souffletait le Vicaire de l'Homme-Dieu, son enfance voit se multiplier les défaillances livrant l'Epouse aux mépris de ceux qui oublient l'Epoux. La chrétienté n'a plus de Saints qu'on puisse comparer à leurs grands devanciers ; on dirait qu'au siècle précédent, les races latines ont épuisé leur sève en fleurs : où sont les fruits que promettait la terre ? La vieille Europe n'a plus qu'affronts pour le Verbe ; cette fête, apparition de Jésus dans la froide Scandinavie, marque-t-elle donc la fuite de l'Epoux loin du centre habituel de ses prédilections ? C'est en la dixième année de Brigitte, que le divin chef de l'Eglise sollicite sous les traits de l'homme des douleurs asile en son âme ; et c'est dans le même temps, que la mort de Clément V et l'élection de Jean XXII en terre étrangère vont consommer pour soixante-dix ans l'exil de la papauté.
Rome cependant, veuve de ses Pontifes, apparaît la plus misérable des cités dont elle fut la reine. Ses rues sont en pleurs ; car personne ne vient plus à ses Solennités. Mise à sac par ses fils, elle perd quotidiennement quelque débris de son antique gloire ; le meurtre ensanglante ses carrefours; la solitude s'étend parmi les ruines de ses basiliques effondrées ; les troupeaux paissent au pied des autels de Saint-Pierre et du Latran. Des sept collines l'anarchie a gagné l'Italie, transformant ses villes en repaires de brigands, ses campagnes en déserts. La France va expier dans les atrocités d'une guerre de cent ans la captivité du Pontife suprême.
Hélas ! captivité trop aimée : la cour d'Avignon ne redit pas le cantique des Hébreux sur les fleuves de Babylone. Heureuse si, plus riche d'or que de vertus, elle n'ébranlait pour longtemps au milieu des nations le prestige du premier Siège. L'empire germanique, avec Louis de Bavière, a beau jeu pour refuser l'obéissance au protégé des Valois ; les Fratricelles accusent d'hérésie le successeur de Pierre, tandis que, soutenu par les légistes du temps, Marsille de Padoue s'attaque au principe même du pontificat. Benoît XII néanmoins, découragé par les troubles d'Italie, abandonne la pensée qu'il avait eue de rentrer dans ia Ville éternelle ; il fonde sur le rocher des Doms le château fameux, forteresse et palais, qui semble fixer pour jamais aux bords du Rhône le séjour du chef de la chrétienté. Le deuil de Rome, la splendeur d'Avignon sont au comble sous Clément VI, dont le contrat passé avec Jeanne de Naples, comtesse de Provence, acquiert définitivement à l'Eglise la possession de l'usurpatrice capitale. A cette heure, l'entourage du Pontife égale en luxe, en mondanité, toutes les cours du monde. La justice de Dieu déchaîne sur les nations le fléau de la peste noire. Sa miséricorde fait parvenir au Pape Clément les avertissements du ciel :
" Lève-toi ; fais la paix entre les rois de France et d'Angleterre, et viens en Italie prêcher l'année du salut, visiter les lieux arrosés du sang des Saints. Songe que, dans le passé, tu as provoqué ma colère, faisant ta volonté, non ton devoir ; et je me suis tu. Mais mon temps est proche. Si tu n'obéis, je te demanderai compte de l'indignité avec laquelle tu as franchi tous les degrés par lesquels j'ai permis que tu fusses exalté en gloire. Tu me rendras raison de la cupidité, de l'ambition qui, de ton temps, ont fleuri dans l'Eglise : tu pouvais beaucoup pour la réforme ; ami de la chair, tu ne l'as pas voulu. Répare ton passé par le zèle de tes derniers jours. Si ma patience ne t'avait gardé, tu serais descendu plus bas qu'aucun de tes prédécesseurs. Interroge ta conscience, et vois si je dis la vérité."

Sainte Brigitte de Suède. Bréviaire à
l'usage de l'Ordre de Sainte-Brigitte. XVe.
L'austère message venait de cette terre d'aquilon où, depuis un demi-siècle, la sainteté semblait réfugiée. Brigitte de Suède, en qui la lumière prophétique croissait au milieu des honneurs que lui attirait sa naissance, l'avait écrit sous la dictée du Fils de Dieu. Malgré tant de reproches encourus, la foi du Pape était grande ; elle s'unit à la courtoisie du grand seigneur qu'était resté Pierre Roger sous la tiare, pour ménager près de sa personne un accueil plein d'égards aux mandataires de la princesse de Néricie. Mais, s'il promulgua le jubilé célèbre qui devait marquer ce milieu de siècle, Clément VI laissa lui-même passer l'année sainte,sans qu'on le vît prosterné devant ces tombeaux des Apôtres à la visite desquels il convoquait l'univers. La patience divine était lassée : Brigitte connut le jugement de cette âme ; elle vit son châtiment terrible, qui pourtant n'était pas celui de l'abîme, et que tempérait l'espérance.
Toute jusque-là aux intérêts surnaturels de son pays, Brigitte subitement voyait sa mission embrasser le monde. Vainement, par ses prières à Dieu, par ses avertissements aux princes, la grande maîtresse du palais de Stockholm avait tenté d'arracher la Suède aux épreuves qui devaient aboutir à l'union de Calmar. Ni Magnus II, ni Blanche de Dampierre qui partageait son trône, ne s'étaient appliqué les menaces de leur illustre parente :
" J'ai vu le soleil briller avec la lune dans les cieux, jusqu'à ce que l'un et l'autre ayant donné au dragon leur puissance, le ciel pâlit, les reptiles remplirent la terre, le soleil glissa dans l'abîme et la lune disparut sans laisser nulles traces."
Sainte Brigitte rédigeant la règle de l'Ordre du Sauveur,
inspirée par l'archange saint Gabriel. Détail. Retable.
Eglise de Tjällmo. Suède. XIVe.
Ô Nord, la froideur criminelle du Midi t'avait valu d'augustes avances ; dans ces jours qui te furent donnés, tu n'as point su mettre à profit la visite de l'Epoux. Brigitte va te quitter pour toujours. Elle fut à l'Homme-Dieu sa cité de refuge ; visitant Rome et l'habitant désormais, elle doit, en y ramenant la sainteté, préparer la rentrée du Vicaire du Christ en ses murs.
Labeur de vingt ans, où personnifiant la Ville éternelle, elle en subira les misères poignantes, en connaîtra toutes les ruines morales, en présentera les prières et les larmes au Seigneur. Apôtres, martyrs romains, titulaires des sanctuaires fameux de la péninsule, la veulent sans cesse à leurs autels trop longtemps délaissés ; tandis que, sous la dictée d'en haut, sa plume continue de transmettre aux pontifes et aux rois les missives de Dieu.
Eglise abbatiale de l'abbaye de Vadstena. Suède.
Mais l'horizon a semblé s'éclaircir enfin. Pendant que l'inflexible et juste Innocent VI réformait l'entourage du successeur de Pierre, Albornoz pacifiait l'Italie. En 1367, Brigitte transportée s'incline au Vatican sous la bénédiction d'Urbain V. Hélas ! trois ans n'étaient pas écoulés que, regrettant sa patrie terrestre, Urbain derechef abandonnait les tombeaux des Apôtres. La Sainte l'avait prédit : il ne revoyait Avignon que pour y mourir. Roger de Beaufort, neveu de Clément VI, lui succéda et s'appela Grégoire XI ; c'était lui qui devait mettre fin sans retour à l'exil et briser les chaînes de la papauté.
Cependant le temps de Brigitte va finir. Une autre moissonnera dans la joie ce qu'elle a semé dans les larmes ; Catherine de Sienne, lorsqu'elle n'y sera plus, ramènera dans la Cité sainte le Vicaire de l'Epoux. Quant à la vaillante Scandinave, toujours déçue dans ses missions sans que jamais ait fléchi son courage ou vacillé sa foi, l'Epoux, finissant avec elle en la manière qu'il commença, la conduit aux saints Lieux, témoins de sa passion douloureuse ; et c'est au retour de ce pèlerinage suprême que, loin de la terre de sa naissance, en cette Rome désolée dont elle n'a pu faire cesser le veuvage, il lui redemandera son âme. Fille de la Sainte, et sainte comme elle, une autre Catherine ramènera aux rivages de Scandinavie le corps de la descendante des seigneurs de Finstad.
Reliquaire de sainte Brigitte de Suède.
Eglise abbatiale de l'abbaye de Vadstena. Suède.
Il fut déposé au monastère encore inachevé de Vadstena, chef-lieu projeté de cet Ordre du Sauveur dont le dessein, comme toutes les entreprises imposées à Brigitte de par Dieu, ne devait parvenir à terme qu'après sa mort. Presque simultanément, vingt-cinq ans plus tôt, elle avait reçu l'ordre de fonder et celui d'abandonner le pieux asile ; comme si le Seigneur n'en voulait évoquer à ses yeux la sereine tranquillité, que pour la crucifier d'autant mieux dans la voie si différente où il entendait l'introduire à l'heure même. Rigueur de Dieu pour les siens ! souveraine indépendance de ses dons : ainsi déjà laissant la Sainte s'éprendre en ses premières années du beau lis, attribut des vierges, lui avait-il soudainement signifié que la fleur de ses prédilections était pour d'autres.
" En vain j'ai crié vers lui, disait le prophète au temps de la captivité qui figurait celle dont Brigitte avait à savourer toutes les amertumes; en vain j'ai crié vers lui, et je l'ai supplié : il a repoussé ma prière ; il m'a barré la route avec des pierres de taille, il a renversé mes sentiers "(Thren. III, 8, 9.).
En prélude au récit liturgique de l'Eglise, rappelons que Brigitte s'envola vers la vraie patrie le 23 juillet 1373 ; le VIII octobre est l'anniversaire du jour où pour la première fois, au lendemain de la canonisation, la Messe de sainte Brigitte fut célébrée par Boniface IX. Martin V confirma depuis les actes de Boniface IX en son honneur ; il approuva comme lui ses Révélations ; vivement attaquées aux conciles de Constance et de Bâle, elles n'en sortirent que mieux recommandées à la piété des fidèles. On connaît également les indulgences précieuses attachées au chapelet qui porte le nom de la Sainte ; par la faveur du Siège apostolique, elles sont fréquemment appliquées de nos jours aux chapelets ordinaires; mais il est bon de rappeler que le vrai chapelet de sainte Brigitte se composait pour elle de soixante-trois Ave Maria, sept Pater et sept Credo, en l'honneur des années présumées de Notre-Dame ici-bas, de ses allégresses et de ses douleurs. C'est cette même pensée d'honorer Marie qui lui fit déférer la supériorité à l'Abbesse, dans les monastères doubles de son Ordre du Sauveur.

Sainte Brigitte de Suède. Détail. Hermann Rode. Suède. XVe.
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lundi, 06 octobre 2025
6 octobre. Saint Bruno de Cologne, prêtre, confesseur, fondateur de l'Ordre des Chartreux. 1101.
Durand, Caractère des saints.

Bruno qui appartenait à une famille noble (celle, croit-on, des Hartenfaust, de Duro Pugno), né à Cologne entre 1030 et 1035. Il commença ses études dans sa ville natale, à la collégiale de Saint-Cunibert, et fit ensuite des études de philosophie et de théologie à Reims et, peut-être aussi à Paris. Vers 1055, il revint à Cologne pour recevoir de l’archevêque Annon, avec la prêtrise, un canonicat à Saint-Cunibert.

Vision de saint Bruno. Pier Francesco Mola. XVIIe.
En 1056 ou 1057, il fut rappelé à Reims par l’archevêque Gervais pour y devenir, avec le titre d'écolâtre, professeur de grammaire, de philosophie et de théologie ; il devait garder une vingtaine d'années cette chaire, où il travailla à répandre les doctrines clunisiennes et, comme on allait dire bientôt, grégoriennes ; parmi ses élèves, étaient Eudes de Châtillon, le futur Urbain II, Rangérius, futur évêque de Lucques, Robert, futur évêque de Langres, Lambert, futur abbé de Pothières, Pierre, futur abbé de Saint-Jean de Soissons, Mainard, futur prieur de Cormery, et d'autres personnages de premier plan. Maître Bruno dont on conserve un commentaire des psaumes et une étude sur les épitres de saint Paul est précis, clair et concis en même temps qu’affable, bon et souriant " il est, au dire de ses disciples, éloquent, expert dans tous les arts, dialecticien, grammairien, rhéteur, fontaine de doctrine, docteur des docteurs ".

Les trois anges apparaissent à saint Bruno en songe.
Sa situation devint difficile quand l'archevêque Manassès de Gournay, simoniaque avéré, monta en 1067 sur le siège de Reims ; ce prélat qui n'ignorait pas l'opposition de Bruno, tenta d'abord de se le concilier, et le désigna même comme chancelier du Chapitre (1075), mais l'administration tyrannique de Manassès, qui pillait les biens d'Eglise, provoqua des protestations, auxquelles Bruno s'associa ; elles devaient aboutir à la déposition de l'indigne prélat en 1080 ; en attendant, Manassès priva Bruno de ses charges et s'empara de ses biens qui ne lui furent rendus que lorsque l'archevêque perdit son siège.

Saint Bruno enseignant la théologie à Reims.
En effet, quelques clercs de Reims avaient porté plainte contre Manassès de Gournay auprès de Hugues de Die, légat du pape Grégoire VII, qui le cita à comparaître au concile d’Autun (1077). Manassès ne parut pas au concile d’Autun qui le déposa, mais s’en fut se plaindre à Rome où il promit tout ce que l’on voulut. C’est alors qu’il priva de leurs charges et de leurs biens tous ses accusateurs dont Bruno. Voyant que Manassès de Gournay ne s’amendait pas, Hugues de Die le cita à comparaître au concile de Lyon (1080) ; l’archevêque écrivit pour se défendre mais, cette fois, il fut déposé et, le 27 décembre 1080, Grégoire VII ordonna aux clercs de Reims de procéder à l’élection d’un nouvel archevêque. Manassès s’enfuit et ses accusateurs rentrèrent en possession de leurs charges et de leurs biens.

Saint Bruno en oraison. Eustache Le Sueur. XVIIe.
Bruno, réfugié d'abord au château d'Ebles de Roucy, puis, semble-t-il, à Cologne, chargé de mission à Paris, et redoutant d'être appelé à la succession de Manassès, décida de renoncer à la vie séculière. Cette résolution aurait été fortifiée en lui, d'après une tradition que répètent les historiens chartreux, par l'épisode parisien (1082) des funérailles du chanoine Raymond Diocrès qui se serait trois fois levé de son cercueil pour se déclarer jugé et condamné au tribunal de Dieu.

En 1083, Bruno se rendit avec deux compagnons, Pierre et Lambert, auprès de saint Robert de Molesme, pour lui demander l'habit monastique et l'autorisation de se retirer dans la solitude, à Sèche-Fontaine. Mais ce n'était pas encore, si près de l'abbaye, la vraie vie érémitique. Sur le conseil de Robert de Molesme et, semble-t-il, de l'abbé de la Chaise-Dieu, Seguin d'Escotay, Bruno se rendit, avec six compagnons auprès du saint évêque Hugues de Grenoble qui accueillit avec bienveillance la petite colonie.

Saint Bruno refuse l'archevêché de Reggio di Calabria.
Une tradition de l'Ordre veut que saint Hugues ait vu les sept ermites annoncés dans un songe sous l'apparence de sept étoiles. Il conduisit Bruno et ses compagnons dans un site montagneux d'une sévérité vraiment farouche, le désert de Chartreuse (1084). En 1085 une première église s'y élevait. Le sol avait été cédé en propriété par Hugues aux religieux qui en gardèrent le nom de Chartreux. Quant à l'appartenance spirituelle, il paraît que la fondation eut d'abord quelque lien avec la Chaise-Dieu, à qui Bruno la remit quand il dut se rendre en Italie ; mais l'abbé Seguin restitua la Chartreuse au prieur Landuin quand celui-ci, pour obéir à saint Bruno, rétablit la communauté, et il reconnut l'indépendance de l'ordre nouveau (1090).

Arrivée de saint Bruno chez saint Hugues à Grenoble.
Parmi les six compagnons (le toscan Landuin, théologien réputé, qui lui succéda comme prieur de la Chartreuse, Etienne de Bourg et Etienne de Die, chanoines de Saint-Ruf en Dauphiné, le prêtre Hugues qui fut leur chapelain) André et Guérin étaient deux laïcs ou convers de saint Bruno figuraient deux laïcs ou convers ; leur solitude devait incorporer un certain travail hors de la cellule, principalement agricole. Aujourd'hui encore un monastère cartusien comporte des moines du cloître, voués à la solitude de la cellule, et des moines convers, qui partagent leur temps entre cette solitude et la solitude du travail dans les obédiences : on pratique ainsi deux manières, étroitement solidaires et complémentaires, de vivre la vie de chartreux ou de chartreuse.

Prise d'habit de saint Bruno et de saint Hugues (détail).
Les historiens de la vie monastique ont relevé la sagesse qui a su unir les différents aspects de la vie cartusienne en un équilibre harmonieux : le soutien de la vie fraternelle aide à affronter l'austérité de l'érémitisme ; la coexistence de deux manières de vivre l'érémitisme (moines du cloître et moines convers) permet à chacune des deux de trouver sa formule la meilleure ; un facteur équilibrant, aussi, est joué par l'importance de l'office liturgique de Matines, célébré à l'église au cours de la nuit. Ou encore, liberté spirituelle et obéissance sont étroitement unies... Cette sagesse de vie, les chartreux la doivent à saint Bruno lui-même, et c'est elle qui a assuré la persévérance de leur Ordre à travers les siècles. Sagesse et équilibre.

Prise d'habit de saint Bruno et de saint Hugues (détail).
Au début de cette année 1090, Bruno avait été appelé à Rome par un de ses anciens élèves, le pape Urbain II, qui voulait s'aider de ses conseils et qui lui concéda, pour ceux de ses compagnons qui l'avaient suivi, l'église de Saint-Cyriaque. Le fondateur fut à plusieurs reprises convoqué à des conciles. Le pape eût voulu lui faire accepter l'archevêché de Reggio de Calabre, mais Bruno n'abandonnait pas son rêve de vie érémitique. Il avait reçu en 1092 du comte Roger de Sicile un terrain boisé à La Torre, près de Squillace, où Urbain II autorisa la construction d'un ermitage et où une église fut consacrée en 1094. Roger aurait affirmé, dans un diplôme de 1099, que Bruno l'aurait averti dans un songe d'un complot durant le siège de Padoue en 1098.

Saint Bruno donne l'habit aux premiers moines de l'Ordre.
Bruno, le 27 juillet 1101, recevait du pape Pascal II la confirmation de l'autonomie de ses ermites. Le 6 octobre suivant, après avoir émis une profession de foi et fait devant les frères sa confession générale, il rendit l'âme à la chartreuse de San Stefano in Bosco, filiale de La Torre, où il fut enseveli. Les cent soixante-treize rouleaux des morts, circulant d'abbaye en abbaye et recevant des formules d'éloges funèbres, attestent précieusement, dès le lendemain de sa mort, sa réputation de sainteté, accrue par les miracles attribués à son intercession.


Mort de saint Bruno. Vincente Carducho. XVIIe.
Son corps, transféré en 1122 à Sainte-Marie du Désert, la chartreuse principale de La Torre, y fut l'objet d'une invention en 1502 et d'une récognition en 1514. Le culte fut autorisé de vive voix dans l'ordre des Chartreux par Léon X, le 19 juillet 1514. La fête, introduite en 1622 dans la liturgie romaine et confirmée en 1623 comme semi-double ad libitum, est devenue de précepte et de rite double en 1674 à la date anniversaire de sa mort, le 6 octobre ; saint Bruno n'a donc été l'objet que d'une canonisation équipollente.

La Grande Chartreuse. Dauphiné. France.
PRIERES DE SAINT BRUNO
" Ô Dieu, montrez-nous Votre visage qui n'est autre que Votre Fils, puisque c'est par lui que Vous vous faites connaître de même que l'homme tout entier est connu par son seul visage. Et par ce visage que Vous nous aurez montré, convertissez-nous ; convertissez les morts que nous sommes des ténèbres à la lumière, convertissez-nous des vices aux vertus, de l'ignorance à la parfaite connaissance de Vous.
Vous êtes mon Seigneur, Vous dont je préfère les volontés aux miennes propres ; puisque je ne puis toujours prier avec des paroles, si quelque jour j'ai prié avec une vraie dévotion, comprenez mon cri : prenez en gré cette dévotion qui Vous prie comme une immense clameur ; et pour que mes paroles soient de plus en plus dignes d'être exaucées de Vous, donnez intensité et persévérance à la voix de ma prière.
Ô Dieu, qui êtes puissant et dont je me suis fait le serviteur, quant à moi je Vous prie et Vous prierai avec persévérance afin de mériter et de Vous obtenir ; ce n'est pas pour obtenir quelque bien terrestre : je demande ce que je dois demander, Vous seul."
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lundi, 14 juillet 2025
14 juillet. Saint Bonaventure, de l'ordre des Frères mineurs, cardinal-évêque d'Albano, docteur de l'Eglise. 1274.
- Saint Bonaventure, de l'ordre des Frères mineurs, cardinal-évêque d'Albano, docteur de l'Eglise. 1274.
Pape : Grégoire X. Roi de France : Philippe III le Hardi. Roi d'Aragon : Jacques Ier le Conquérant. Roi d'Angleterre : Edouard Ier.
" Le Seigneur lui a ouvert la bouche au milieu de l'Eglise, et il l'a rempli de l'esprit de sagesse et d'intelligence."
Eccli. XV, 5.
Saint Bonaventure.

Saint Bonaventure d'après son vrai visage ;

Guérison de Jean de Fidenza par saint François d'Assise.
De là, le nom qui remplaça celui de Jean de Fidanza, On s'appliqua à entretenir en lui le souvenir de cette guérison et de la promesse qui l'avait précédée. En 1243, à l'âge de vingt-deux ans, il entra dans l'ordre des frères mineurs, autant pour répondre à l'appel de Notre Seigneur que pour accomplir le voeu de sa mère.

Bagnoreggio. Ville qui vit naître saint Bonaventure.
Il fut envoyé étudier à Paris, où les franciscains occupaient une des douze chaires de la faculté de théologie ; il y eut pour maître Alexandre de Hales, surnommé " Doctor irrefragabilis " et " Fons vitae " (mort en 1245). Ce maître, admirant l'innocence des moeurs de son élève, disait : " Il semble que le péché d'Adam n'a point passé dans Bonaventure ".
Jean de Rochelle remplaça Alexandre et lui-même fut remplacé par Bonaventure (1253). Trois ans auparavant, celui-ci avait déjà obtenu la permission de faire des leçons sur les Sentences de Pierre Lombard. C'est en 1254 qu'il fut reçu docteur.

St Bonaventure recevant la communion des mains d'un ange.
Bonaventure enseigna la philosophie et la théologie avec un succès égal a celui du dominicain saint Thomas d'Aquin. Il faut noter que quoique appartenant à des ordres rivaux et suivant des méthodes différentes, ces deux docteurs étaient unis par une amitié qu'aucun dissentiment ne troubla jamais.
Leurs succès et la prétention des ordres auxquels ils appartenaient de refuser, à raison de leurs privilèges, de se soumettre aux statuts de l'Université, émurent les professeurs séculiers. Guillaume de Saint-Amour attaqua l'institution même des ordres mendiants dans plusieurs traités, dont le plus important, " De periculis novissorum temporum ", composé en 1256, signale avec habileté et avec vigueur les dangers et les abus résultant de cette institution, qu'il ne nomme pourtant pas. Saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure répondirent ; la réponse de ce dernier est contenue dans les traités " Libellus apologeticus in eos qui ordini fratrum minorum adversantur et De paupertate Christi, adversus magis trum Guillelmum ".
Saint Bonaventure se signala aussi, et entre autres, par un combat aussi érudit qu'acharné, et toujours victorieux, contre les Avéroïstes et les Talmudistes.

Saint Bonaventure. Vittore Crivelli. XIVe.
En cette même année, saint Bonaventure, qui n'était encore âgé que de trente-cinq ans, fut élu général de son ordre en remplacement de Jean de Parme, qui l'avait désigné pour son successeur. S'empressant de tenir compte de quelques-uns des reproches de Guillaume de Saint-Amour, il écrivit à tous les supérieurs des franciscains (23 avril 1257), pour réclamer le retour à la règle, et ordonner de réprimer la cupidité, l'oisiveté et le vagabondage qu'on imputait aux frères ; dans une autre lettre, il réprimandait les religieux, à cause de leurs empiétements sur les droits des prêtres séculiers et de leurs obsessions auprès des malades pour obtenir des legs.
Cependant, malgré son mysticisme, il fut le constant adversaire de la tendance des franciscains dits spirituels. A l'égard d'une autre tendance fort différente, il convient de noter que ce fut sur ses ordres qu'on empêcha Roger Bacon de donner des leçons à Oxford et qu'on le mit en surveillance à Paris.
En 1263, Bonaventure sollicita sans succès Urbain IV de décharger les franciscains de la direction des religieuses de sainte Claire, en souvenance, dit-on, de ces paroles de saint François d'Assise : " Dieu nous a ôté les femmes, mais j'appréhende fort que le diable ne nous ait donné des soeurs pour nous tourmenter ".

Saint Bonaventure au concile de Lyon. Ecole flamande. XIVe.
Nommé archevêque d'York par Clément IV, il obtint de lui la permission de ne pas accepter cet office. Après la mort de ce pape (1268), le siège apostolique resta vacant pendant près de trois ans, les cardinaux ne pouvant s'accorder sur l'élection de son successeur. On rapporte qu'en fin ils s'engagèrent à nommer celui que saint Bonaventure désigrerait. Il désigna Thibaud Visconti, archidiacre de Liège, qui était alors en terre sainte et qui prit le nom de Grégoire X.
En 1273, ce pape lui imposa l'évêché d'Albano et, peu après, le nomma cardinal prêtre. A cette occasion, les envoyés du pape lui signifiant son élévation le trouvèrent, lui, général de l'Ordre, occupé, avec plusieurs frères, à laver la vaisselle.
En 1274, il fut envoyé comme légat au concile de Lyon ; il y prêcha la seconde et la troisième session ; mais il mourut trois jours avant la fin du concile. On lui fit des funérailles magnifiques, auxquelles tous les membres du concile, le pape lui-même et des rois assistèrent.
Son oraison funèbre fut prononcée par Pierre de Tarentaise, évêque d'Ostie. Dante l'avait placé dans le paradis ; Sixte IV le canonisa en 1482 ; Sixte V, en 1587, le mit, sixième en rang, au nombre des docteurs de l'Eglise, et lui confirma le titre de " Doctor Seraphicus ", le plaçant ainsi au-dessus de saint Thomas d'Aquin, qui n'était que " Doctor Angelicus ". Ce pape était franciscain lui-même.

Exposition du corps intact de saint Bonaventure au XVIIe.
Oeuvres spirituelles de saint Bonaventure :
- http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bonaventure ;
- http://www.jesusmarie.com/bonaventure.html.
Les ouvrages de saint Bonaventure ont été recueillis et imprimés pour la première fois à Rome, sur l'ordre de Sixte V et par les soins de Buonafocco Farnara, franciscain (1588-1596, 7 vol. in-fol.). C'est sur cette édition qu'a été faite celle de Lyon, 1668 (7 vol. in-fol.). Autres éditions : Mayence, 1609 (7 vol. in-fol.) ; Venise, 1751-1756 (14 vol. in-quart.) ; Paris, 1863-1872 (14 vol. gr. in-oct.) ; Florence, 1884, nouvelle édition publiée par les franciscains.

Saint Bonaventure.
Les Oeuvres spirituelles ont été traduites par le P. Berthomier (Paris, 1855, 6 vol. in-oct.). Parmi les reproductions partielles et les traductions on peut aussi placer l'ouvrage suivant : Alix, Théologie séraphique, extraite et traduite des oeuvres de saint Bonaventure (Paris, 1853-1856, 2 vol.). Dans l'ordre de l'édition de Lyon, les oeuvres de saint Bonaventure comprennent Méditations, expositions et sermons (3 vol.) ; Commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard (2 vol.) ; traités divers, opuscules et hymnes (2 vol.) : en totalité, quatre-vingt-huit ouvrages.
L'authenticité de quelques-uns des écrits qui lui sont attribués, est fortement contestée, et tout particulièrement celle du Psautier de la sainte Vierge. La Somme théologique qui porte son nom a été composée par le P. Trigose, capucin (2e édition, Lyon. 1616).
Quoique les franciscains aient toujours grandement prisé l'honneur de posséder le Docteur Séraphique, la doctrine caractéristique de leur ordre procède, non de Bonaventure, mais de Duns Scot, qui représente une méthode et une tendance fort différentes.
Bonaventure visait à l'édification infiniment plus qu'aux subtilités de la scolastique ; et son oeuvre tient une place beaucoup plus grande dans l'histoire des développements de la dévotion et du culte que dans celle des disputations théologiques.
Reprenant la tradition de l'école de Saint-Victor, qui s'était efforcée d'unir à l'explication dialectique de la doctrine ce qui sert à la piété et conduit à la contemplation, et de tenir le milieu entre une spéculation sans onction et sans chaleur, et une mysticité sans lumière, il joignit à l'emploi. de la scolastique dans l'étude de la théologie celui du mysticisme, dans un but d'édification.
II fit de la théologie une " scientia affectiva ", constituant une sorte de mysticisme à la fois pratique et spéculatif. Pour lui, le but suprême, c'est l'union avec Dieu dans la contemplation et dans un intense et absorbant amour. Ce but ne peut être complètement atteint dans cette vie ; mais il doit former la souveraine espérance de l'avenir, et il faut que tout y tende.
Saint Bonaventure part de ce principe, qu'on ne peut parvenir à la complète intelligence des choses divines au moyen du raisonnement et des définitions : ce qui la donne, c'est la lumière surnaturelle qu'un cour pur obtient par une foi profonde, une pieuse contemplation et l'exercice des vertus chrétiennes. Des idées mystiques et ascétiques forment le fond de la plupart de ses écrits.

Saint Bonaventure. Pierre-Paul Rubens. XVIIe.
A la théologie scolastique appartiennent les Commentaires sur le Maître des sentences et un court traité, Breviloquium ; son Centiloquium, ainsi dénommé a cause des cent chapitres dont il se compose, est un manuel pour les commençants.
L'exposé systématique de ses conceptions est présenté sommairement dans la Reductio artium ad theologiam.
Pour revenir à Dieu, dont il a été séparé par la chute, l'humain doit franchir quatre degrés :
- au premier, il est éclairé par la lumière extérieure, d'où viennent les arts mécaniques ;
- au second, par la lumière inférieure, celle des sens, qui procure les notions expérimentales ;
- au troisième, par la lumière intérieure, celle de la raison, qui, par le moyen de la réflexion, élève l'âme jusqu'aux choses intelligibles ;
- au quatrième par la lumière supérieure, qui ne vient que de la grâce et qui seule révèle les vérités qui sanctifient.
La raison naturelle, en commençant par l'observation empirique et en s'élevant de plus en plus par le raisonnement, peut parvenir jusqu'aux limites extrêmes de la nature créée ; mais, pour atteindre aux réalités surnaturelles, elle n'a d'autre guide que la foi.
C'est ainsi que toutes les sciences sont ramenées à la théologie, qui est leur couronnement. Il y a donc deux domaines, celui de la philosophie et celui de la foi. La philosophie ne donne pas la certitude ; la foi seule peut la procurer ; et, même dans l'ordre naturel, une assertion secundum pietatem est tenue par saint Bonaventure pour plus certaine que celle qui est présentée au nom de la science.
Dans son Commentaire sur les quatre livres des Sentences et dans quelques autres de ses traités, Bonaventure expose et défend amplement les doctrines et les institutions du Moyen âge, et tout particulièrement les plus récentes : transsubstantiation, communion sous une seule espèce, et il fait l'apologie du célibat des prêtres et de la vie monastique, qu'il considérait comme le plus sûr moyen de grâce.
Enthousiaste de la virginité, qu'il estimait une sorte de vertu théologale, il avait voué à Marie une très profonde dévotion, et il contribua puissamment à développer ce culte.
Dans un chapitre général tenu à Pavie, il ordonna aux religieux de saint François d'exhorter le peuple à adresser à la sainte Vierge une prière, au son de la cloche du soir (Angelus).
Les principaux de ses ouvrages mystiques sont l'Itinerarium mentis ad Deum et le traité De septem gradibus contenplationis. Il y décrit, d'après Richard de Saint-Victor, le chemin qu'il faut suivre pour connaître Dieu dans la pureté de son essence et arriver au point suprême de l'intelligence, où, délivré de toute image et de toute notion, l'humain sort de lui-même pour ne plus voir que Dieu et le posséder dans l'extase d'une sainte contemplation.

Entrée de saint Bonaventure dans l'Ordre franciscain.
F. de Herrera. XVIIe.
En dédiant à une religieuse de sainte Claire ses Méditations sur le vie de Jésus-Christ, Bonaventure lui écrivait : " Je vous raconterai les actions de Notre Seigneur Jésus-Christ, de la manière dont on peut se les représenter par l'imagination ; car rien n'empêche de méditer ainsi, même l'Ecriture sainte ".
En effet, il y a énormément d'imagination dans les Méditations, ainsi que dans la Biblia pauperum, et dans la plupart des ouvrages d'édification de Bonaventure.
Non seulement il appliquait aux textes authentiques un système appuyé d'interprétation allégorique, permettant d'y trouver tout ce qu'il y mettait ; mais beaucoup des faits qu'il cite ne sont ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament, repris souvent dans les apocryphes, dans la tradition et les légendes ; peut-être même quelques-uns dans les visions de ses extases.
Suivant le même goût, sont choisis ses titres imagés : Carquois, Arbre de vie, Couronne de Marie, Miroir de la sainte Vierge, Diète du salut, les Six ailes des Chérubins, les Six ailes des Séraphins, les Vingt pas des novices, Aiguillon de l'amour divin. C'est par là surtout qu'il a fait école dans la littérature dévote. Il mit en vers les sentences des quatre livres de Pierre Lombard ; on lui attribue la prose Lauda, Sion, Salvatorem.
En philosophie, il professe l'existence des universaux ante rem, suivant la formule platonicienne : idées que Dieu avait produites d'abord dans son intelligence, comme des types d'après lesquels les diverses choses ont été créées. Il tient la matière pour une pure potentialité, qui ne reçoit son existence propre que de la puissance formative de Dieu; elle ne peut être considérée séparément de la forme. L'individuation résulte de l'union de la forme et de la matière.
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