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samedi, 10 juin 2017

10 juin. Saint Landry, évêque de Paris. 656.

- Saint Landry, évêque de Paris. 656.
 
Pape : Saint Eugène Ier. Roi d'Austrasie : Childebert. Roi de Neustrie et de Bourgogne : Clovis II.
 
" Quidquid tribuitur pauperi non est donum, sed mutuum, quia quod datur multiplicato sine dubio fructu recipitur."
" L'aumône que l'on fait au pauvre n'est pas un don, mais un prêt, car ce que nous donnons nous est rendu au centuple."
Saint Grégoire le Grand, ép. 20, Ad Joann. procons.
 

Statue de saint Landry. Cathédrale Notre-Dame de Paris.

Parmi les évêques Francs qui florissaient le plus sur la fin du règne de Clovis II, saint Landry, évêque de Paris, fut un des plus remarqués pour ses actions vertueuses. Il était Franc de nation : on ne parle pas de sa naissance. Dès son jeune âge, il s’adonna tellement à la vertu, qu’il pouvait servir à tous d’un rare exemple de perfection. Notre Seigneur, qui l'avait choisi pour servir de lumière à plusieurs, l’éleva au siège épiscopal de Paris, par l’élection qu’en fit le clergé, l’an de Notre Seigneur 650, du temps de Clovis II, roi des Francs, fils de Dagobert et de Nantilde.

Sa très sainte vie le rendit plus illustre que l’antiquité ou la noblesse de sa race, puisque l’histoire a remarqué l’un et non pas l’autre. Il se comporta dignement dans sa charge, s’employant assidûment à la prédication, et à la pratique des actions héroïques et vertueuses. Il avait un soin particulier pour soulager les pauvres, nourrir les pèlerins, marier les filles pauvres, assister les malades et s’employer à toutes sortes d’oeuvres charitables, avec tant de ferveur et d’affection, que pour ses pieuses et grandes libéralités, il fut appelé prodigue par les mondains.

Pendant une horrible famine qui, en 651, désola son diocèse, il vendit ou engagea non seulement tous ses meubles, mais aussi les vases sacrés de l’église, pour donner du pain à ceux qui en manquaient, et il trouvait sa joie à le leur distribuer lui-même.

Mais s’il avait de la tendresse et de la charité pour les pauvres, il en avait particulièrement pour les malades, qui, étant dans l’impuissance de se secourir eux-mêmes, demandent à être assistés avec plus de soin et de libéralité que les autres. Il ne se contenta pas de les visiter dans leurs maisons, et de leur envoyer les remèdes et les aliments qui leur étaient nécessaires et de susciter des personnes charitables pour leur rendre les bons offices dont ils avaient besoin ; il voulut étendre sa miséricorde dans les années et dans les siècles suivants.

Avant lui, Paris ne possédait, pour le soulagement des malades, que les " Matriculae ", asiles soutenus par les aumônes viagères des riches : Landry, suivant une tradition généralement reçue dans le diocèse de Paris, fit, le premier, pour cette capitale, ce que la constitution des empereurs avait fait pour l’empire romain : il fonda, auprès de son palais épiscopal, avec des revenus fixes et assurés, un établissement longtemps appelé l’hôpital Saint-Christophe, et auquel le Moyen Âge imposa le beau nom d’Hôtel-Dieu. Cette maison fut bâtie sur l’emplacement même de celle d’Erchinoald, maire du palais.


Saint Landry faisant distribuer des aumônes.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XVe.

Son bonheur, après les fonctions indispensables de sa charge, était de se transporter dans cet hôpital, pour y rendre à ces membres de Jésus-Christ les assistances corporelles et spirituelles que sa prudence lui inspirait : il est imité tous les jours, non seulement par une sainte communauté de moniales qui est chargée de ce grand nombre de malades, mais aussi par beaucoup de nobles dames qui se font gloire de servir Jésus-Christ en Ses pauvres, et de leur présenter de leurs propres mains les mets et les remèdes que la charité de ces saintes filles leur a préparés.

Ce fut aussi durant l’épiscopat de saint Landry que la célèbre abbaye de Saint-Denis, en France, que le roi Dagobert avait fait bâtir, fut remplie d’un grand nombre de saints moines de l’Ordre Bénédictin, pour y chanter jour et nuit les louanges de Dieu " Laus perenis ", et y honorer continuellement les glorieux martyrs saints Denys, saint Rustique et saint Eleuthère, dont les reliques y avaient été déposées. Notre saint pontife reçut avec joie cette bienheureuse colonie dans son diocèse; et, afin que les moines puissent vivre plus tranquilles dans une plus grande séparation et un plus grand oubli du monde sous l’obéissance et la correction de leur abbé, il les exempta de sa juridiction directe et de celle de ses successeurs.

Ce privilège fut confirmé dans un concile tenu à Clipy, qui est maintenant le bourg qu’on appelle Saint-Ouen, où il y avait une maison royale, dont il est souvent parlé dans l’Histoire de France.


Clovis II affranchissant la basilique Saint-Denis en présence
de saint Landry notamment. Jean Fouquet.
Grandes chroniques de France. XVe.

Notre saint évêque s’envola au Ciel le 10 juin 656. C’est après sa mort que Dieu Se réservait de glorifier Son illustre serviteur. De nombreux miracles, dus à son invocation et à l’attouchement de son suaire et d’une de ses dents vinrent attester sa sainteté : qu’il nous suffise d’en rapporter quelques-uns.

Plusieurs infirmes, atteints de maladies incurables, et abandonnés des médecins, en ont été miraculeusement guéris ; comme un nommé Raoul, natif de Gonesse, devenu lépreux ; un soldat nommé Odon, natif de Villejuif, paralytique ; une femme appelée Aveline, tourmentée d’une fièvre et d’hydropisie ; un autre homme encore de Bagnolet, du nom d’Etienne ; un prêtre appelé Hervé, demeurant à l’hôpital des lépreux, situé près de Montmartre, affligés de l’esquinancie. Jean de Soliac ayant été porté en l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, le suaire de saint Landry avec sa dent lui furent imposés, et il les toucha avec respect, puis s’en retourna avec une grande confiance d’en recevoir du soulagement. Il ne fut pas plus tôt arrivé à la maison épiscopale, que son esquinancie se dissipa. Il fut guéri en présence de l’évêque Maurice son oncle, qui, sachant bien que c’était une chose honorable de manifester les oeuvres que Dieu fait par l’entremise de Ses Saints, publia lui-même ce miracle au peuple, dans ses prédications.

Il arriva un jour que le feu ayant pris à une certaine maison, au lieu où est à présent le grand Châtelet de Paris, appelé alors la porte Royale, il s’alluma avec une telle violence, par la force du vent, qui était très grand, qu’il menaçait la ville d’un incendie général. Cependant, voyant que quelque remède qu’on y pût apporter, il ne laissait pas de s’accroître, et que déjà plusieurs maisons étaient embrasées et consumées, on eut recours au suaire de saint Landry, qui était gardé dans l’église de Saint-Germain : il fut promptement apporté par le doyen de cette église, nommé Hervé. Cette précieuse relique ayant donc été attachée au bout d’une perche, et opposée aux flammes les plus violentes, aussitôt le feu commença à se retirer et à diminuer, et s’éteignit peu à peu, sans faire un plus grand dommage.

Comme un des paroissiens de l’église Saint-Germain l’Auxerrois violait la sainteté du lieu, en jouant aux dés avec quelques autres, jurant et y faisant des festins pendant la nuit, saint Landry lui apparut et lui parla en ces termes :
" Ne savez-vous pas que notre Seigneur a dit " Ma maison est la maison de prière !" Pourquoi donc avez-vous été si téméraire que de profaner ce saint lieu !?"
Et il le fouetta si rudement, que les marques lui demeurèrent longtemps imprimées sur la peau. Ce qui nous apprend avec quel respect nous devons être dans l’église, puisque Dieu et Ses saints punissent si rigoureusement les irrévérences qui s’y commettent.

Un soldat s’étant blessé le genoux d’une épine qu’il s’y était enfoncée, en ressentait de très grandes douleurs ; de sorte que, faute de l’avoir soigneusement pansée, il s’y était fait un dangereux apostème : toutefois, s’étant fait porter sur le tombeau de saint Landry, il en fut guéri par son intercession, en appliquant le suaire du Saint sur son mal.

La charité inépuisable de notre Saint a inspiré les artistes : ils le représentent ayant à ses côtés un grand panier d’osier, d’où il puise des pains qu’il distribue aux pauvres, ou tenant un livre sur lequel est un couteau ouvert


Saint Landry. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

CULTE ET RELIQUES

Le saint corps fut inhumé dans l’église de Saint—Germain l’Auxerrois. En 1171, Maurice de Sully leva son corps de terre et le renferma dans une châsse de bois doré. Mais le 16 septembre 1408, Pierre d’Orgemont tira ces ossements sacrés de cette première châsse, qui n’était que de bois, et les mit dans une châsse d’argent, que l’on voyait encore avant 1793, élevée sur une colonne, derrière le grand Autel de cette église collégiale de Saint-Germain. Il en sépara néanmoins 2 petits ossements, l’un du cou et l’autre d'un doigt, qui furent donnés à l’église paroissiale de Saint-Landry, dans la cité : on croit qu’il y avait là primitivement une chapelle servant d’oratoire au Saint.

Cette châsse a été pillée par les bêtes féroces révolutionnaires, et les saintes reliques ont disparu, ainsi que celles de l’église Saint-Landry, qui fut détruite en 1828.

Quelques auteurs pensent que c'est saint Landry dont on voit la statue au portail de Saint-Germain l'Auxerrois à Paris. Cette statue, du XIVe ou XVe siècle, aurait été trouvée dans les fouilles de l'église de Saint-Landry, en 1829.

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vendredi, 28 avril 2017

28 avril. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, prêtre, missionaire apostolique, instituteur des prêtres missionaires de la compagnie de Marie et de la congrégation des Filles de la Sagesse. 1716.

- Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, prêtre, missionaire apostolique, instituteur des prêtres missionaires de la compagnie de Marie et de la congrégation des Filles de la Sagesse. 1716.
 
Pape : Clément XI. Roi de France : Louis XV, le Bien-Aimé.
 
" Vous vous appelez “ Amis de la Croix ”. Que ce nom est grand ! Je vous avoue que j’en suis charmé et ébloui. Il est plus brillant que le soleil, plus élevé que les cieux, plus glorieux et plus pompeux que les titres les plus magnifiques des rois et des empereurs. C’est le grand nom de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme tout ensemble : c’est le nom sans équivoque du Chrétien."
Saint Louis-Marie Grignon de Montfort. Lettre circulaire aux Amis de la Croix.
 

Statue de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
Détail. Saint-Laurent-sur-Sèvres.

Louis-Marie Grignion de La Bacheleraie naquit à Montfort-la-Cane, alors du diocèse de Saint-Malo, aujourd'hui de celui de Rennes, le 31 janvier 1673. Par esprit de religion et d'humilité, il abandonna plus tard le nom de sa famille, pour prendre celui du lieu de sa naissance et de son baptême. Sa première éducation fut pieuse et forte ; il la compléta chez les Jésuites de Rennes, où il acquit la réputation d'un saint Louis de Gonzague.

La Providence le conduisit ensuite à Paris, pour y étudier en diverses maisons tenues par les Sulpiciens, et à Saint-Sulpice même. Dans ce séminaire, où il brilla par son intelligence et sa profonde piété, on ne comprit pas assez les vues de Dieu sur lui. Dieu le permit ainsi pour le former à l'amour de la Croix, dont il devait être l'apôtre passionné. C'est à l'école de Saint-Sulpice qu'il puisa toutefois son merveilleux amour de Marie et qu'il se prépara à devenir Son apôtre et Son docteur.


Verrière de l'église de Clayes. Diocèse de Rennes.

Jeune prêtre, il fut d'abord aumônier à l'hôpital de Poitiers, où il opéra une réforme aussi prompte qu'étonnante. Ballotté ensuite pendant quelques temps par les persécutions que lui suscitaient les Jansénistes, il se rendit à Rome en vue de s'offrir au Pape pour les missions étrangères, et il reçut du Souverain Pontife l'ordre de travailler à l'évangélisation de la France.

Dès lors, pendant dix ans, il va de missions en missions, dans plusieurs diocèses de l'Ouest, qu'il remue et transforme par sa parole puissante, par la flamme de son zèle et par ses miracles. Il alimente sa vie spirituelle dans une prière continuelle et dans des retraites prolongées, il est l'objet des visites fréquentes de la Sainte Vierge. Ses cantiques populaires complètent les fruits étonnants de sa prédication ; il plante partout la Croix ; il sème partout la dévotion au Rosaire : il prépare providentiellement les peuples de l'Ouest à leur résistance héroïque au flot destructeur de la Révolution, qui surgira en moins d'un siècle.


Statue de saint Louis-Marie Grignon de Montfort. Dol-de-Bretagne.

Après seize ans d'apostolat, il meurt en pleine prédication, à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée), à quarante-trois ans, laissant, pour continuer son oeuvre, une Société de missionnaires, les Soeurs de la Sagesse, et quelques Frères pour les écoles, connus partout aujourd'hui sous le nom de Frères de Saint-Gabriel. C'est un des plus grands saints des temps modernes, et le promoteur des prodigieux développements de la dévotion à la Sainte Vierge à notre époque.


Détail d'une verrière de la cathédrale Saint-Louis de La Rochelle.

Consécration à la très sainte Vierge Marie de saint Louis-Marie Grignon de Montfort :

" Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes je vous prends aujourd'hui comme modèle de ma consécration à Dieu.
 
Soyez pour moi le signe lumineux qui m'appelle sans cesse à vivre la Foi, l'Espérance et la Charité.
 
Vous êtes la nouvelle Ève, la Mère des vivants.
 
C'est pourquoi j'ose faire appel à votre puissante intercession.
 
Mère de l'Église, je vous prie : acceptez ce don de moi-même.
 
Prenez-moi comme votre enfant, formé à votre image, porté par votre amour, soutenu par votre prière.
 
Montrez-moi Jésus, le Fils béni de vos entrailles, l'Avent de Dieu en ce temps.
 
Montrez-moi votre Fils que je veux suivre par la force de l'Esprit-Saint jusqu'en la maison du Père, Dieu qui vit dans l'éternité.
 
Amen."
 
Rq : on trouvera une notable partie des oeuvres de saint Louis-Marie Grignon de Montfort sur ce site : http://jesusmarie.free.fr/grignion_de_montfort.html

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vendredi, 14 avril 2017

14 avril. Sainte Lydwine de Schiedam, vierge. 1433.

- Sainte Lydwine de Schiedam, vierge. 1433.
Papes : Clément VII ; Eugène IV. Souverains de Hollande : Le comte Albert ; la comtesse Jacqueline.

" Lorsque les flots de la tristesse submergent votre coeur, au lieu de vous désespérer, cherchez promptement la miséricorde de Dieu, comme l'enfant affligé cherche le sein de sa mère."
Sainte Lydwine de Schiedam aux affligés qui venait la visiter.

Saint Lydwine de Schiedam. Gravure. Jean Valdor. XVIIe.

Issus d'ancêtres nobles, mais tombés dans la pauvreté, les parents de Lydwine n'avaient pas pour cela hésité à élever neuf enfants, huit garçons et une fille.

Lydwine vint au monde le 18 mars, dimanche des Rameaux, de l'année 1380, tandis que l'on chantait à l'église la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Elle recut le nom de Lydwine, nom véritablement prophétique par les deux syllabes qui le composent, Lyd et Wyt, qui signifient souffrir amplement.

Elle était une enfant gracieuse et forte, mais aussi d'une avenante beauté.
A l'age de 7 ans, elle commença à consacrer son corps et son âme à Notre Seigneur Jésus-Christ et à rejeter les divertissements de ses compagnes.
A douze ans, sa beauté était admirée de tout le monde.

Quand, à quinze ans, ses charmes et ses qualités lui attirèrent de nombreuses demandes de mariage, elle dit à son père qui envisageait de la marier :
" Je demanderais plutôt à Dieu de me rendre laide pour repousser les regards des hommes."
Son père abandonna son projet et laissa son admirable fille se consacrer ainsi à Notre Seigneur.
Dieu la prit au mot.

À la suite d'une chute où elle eut une côte brisée, on la transporta sur son lit ; elle ne le quitta plus jusqu'à sa mort. Malgré tous les soins prodigués, le mal ne fit qu'empirer. Un abcès se forma qui ne lui permettait plus de rester ni couchée, ni assise, ni levée ; perdant l'usage de ses jambes, elle se traînait sur les genoux, sur les coudes, se cramponnant aux meubles.

La chute de sainte Lydwine.
Gravure. Johannes Brugman. Vie de sainte Lydwine. XVe.

Malgré sa condition, qui n'allait qu'empirer, elle se dépouillait de tout ce qu'elle pouvait pour subvenir au soins des pauvres. Le duc Jean de Bavière, la princesse Marguerite de Hollande - et d'autres personnes de grandes conditions - lui faisaient des dons pour lui permettre de subvenir à son quotidien si douloureux et difficile : elle donnait tout à ses chers pauvres.

Ses pleurs, ses cris, ses gémissements effrayaient et éloignaient tout le monde, sauf ses admirables parents, qui ne cessèrent de la soigner avec amour. Peu à peu il lui devint même impossible de ramper ainsi. Trois plaies profondes s'ouvrirent dans son pauvre corps, dont l'une se remplit de vers, qui y grouillaient en telle quantité qu'on en retirait jusqu'à deux cents en vingt-quatre heures. Comme on soulageait les ulcères, une tumeur lui vint à l'épaule, à laquelle s'ajouta bientôt le " mal des ardents " qui dévora ses chairs jusqu'aux os.

À cette nomenclature incomplète de ses maux, il faut ajouter la torture des remèdes inventés par l'ignorante bonne volonté des médecins, qui ne réussirent guère qu'à remplacer une maladie par une autre.

Le céleste Epoux de notre Sainte voulut faire connaître par des miracles combien son endurance, sa fidélité et ses libéralités lui étaient agréables.

Ainsi Lydwine était couchée sur le dos, impuissante à se remuer, n'ayant que l'usage de la tête et du bras gauche, torturée sans cesse, perdant son sang, dévorée des vers, et pourtant vivant et gardant assez de forces pour ne pas mourir. Et au milieu de tout cela elle était heureuse, et se disait prête à souffrir ainsi pendant de longues années.

À partir de 1414, jusqu'à sa mort, c'est à dire pendant dix-neuf ans, elle ne se nourrit que de la Sainte Eucharistie. Jusqu'à la fin, ses maux s'aggravèrent ; mais ses plaies, ses vomissements n'exhalaient plus que des odeurs suaves et parfumées. Aussi on venait plus volontiers la voir, entretenir et écouter ses pieuses exhortations. Rien de plus ardent que sa charité, toujours au service des malheureux qu'elle secourait malgré son indigente pauvreté, et des affligés qui trouvaient auprès d'elle consolation.

Elle eut souvent la visite de son ange gardien, qui lui apparaissait souvent et ne contribuait ainsi pas peu à son soulagement. Il la transporta en esprit à plusieurs reprise à Jérusalem afin qu'elle pût adorer les Lieux Saints. Il lui dévoilait les peines que souffrent les âmes en efers et au purgatoire. Sainte Lydwine avait d'ailleurs particulièrement à coeur le soin de la délivrance de ces âmes.
D'autres anges lui apparaissaient en forme humaine ; elle leur parlait et connaissait les personnes qu'ils avaient en leur garde.


Bannière de procession de sainte Lydwine. XXe.

Enfin, Dieu lui fit connaître le moment de sa mort. Elle s'y prépara avec toute la dévotion possible. La veille de Pâques, Notre Seigneur Jésus-Christ lui apparut avec sa très sainte Mère et le choeur des Apôtres, et l'oignit d'un baume si précieux, que le lendemain, on sentait auprès d'elle une senteur toute céleste.

Le mercredi de Pâques, 14 avril 1433, ses vommissements ayant repris, elle se mit en oraison, et, dans l'ardeur de sa prière et de son élévation à Dieu, elle rendit son âme à son Epoux céleste, de la manière qu'elle avait désirée, seule, sans autre témoins qu'un petit enfant - qui était son neveu - qu'elle avait gardé auprès d'elle.

Après son trépas, on découvrit la ceinture de crin qu'elle portait en secret depuis sa jeunesse, et qui servit depuis à chasser les démons et autres esprits immondes des corps des possédés.
Son corps, difforme toute sa vie à la suite de ses maladies, devint parfaitement saint, d'une grande beauté et sans plus aucune trace de toutes les diverses et cruelles maladies qu'elle avait souffertes. Il en exhalait un parfum plus suave que jamais.

Sainte Lydwine fut enterrée à Schiedam, en l'église paroisssiale Saint-Jean-Baptiste.
On fit de la maison de son père un monastère de soeurs grises du Tiers Ordre de Saint-François, que même les bêtes féroces calvinistes ne profanèrent pas jusqu'au bout puisqu'elles finirent, parès expulsion violente des religieuse et saccages variés, par le transformer en orphelinat.

Sainte Lydwine de Schiedam. Vitrail. C. Bellot. XXe.
Les reliques de la bienheureuses Lydwine furent transportées à Bruxelles et enchâssées dans la collégiale Sainte-Gudule.

Son culte a été confirmé par Léon XIII en 1890.

Rq : Sa vie a été écrite par ses contemporains Jean Gerlac (qui était aussi son parent), Jean Gautier son confesseur et Jean Bruchmann provincial des Franciscains. Chacun des trois l'avait connu personnellement et aurent à admirer l'héroicité de notre Sainte.
A ce sujet, un livre sur sainte Lydwine de Schiedam est assez connu et a pour auteur, à la fin du XIXe siècle, l'écrivain français d'origine flamande, Joris-Karl Huysmans. On l'évitera. Parce qu'il donne une vision très équivoque de la sainte et que ses commentaires sont parfois du goût certain qu'avait cet auteur pour l'ésotérisme et l'obscurité.

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mardi, 11 avril 2017

11 avril. Saint Léon Ier le Grand, pape, docteur de l'Eglise. 461.

- Saint Léon Ier le Grand, pape, docteur de l'Eglise. 461.
 
Papes : Saint Sixte III (prédécesseur) ; saint Hilaire (successeur). Empereur d'Occident : Valentinien III.
 
" J'ai prié pour vous le Seigneur, et il a pardonné tous vos péchés. Seulement vous aurez à vous informer de ceux auxquels vous avez imposé les mains, c'est-à-dire que vous aurez à rendre compte si vous vous êtes bien ou final acquitté de cette fonction envers autrui."
Saint Pierre à saint Léon.
 

Saint Léon le Grand. Maître autel de l'église Saint-Martin-Notre-Dame.
Sondersdorf. Alsace.

Saint Léon le Grand naquit à Rome, d'une des premières familles de la Toscane, vers la fin du IVe siècle. Son rare mérite l'éleva promptement au titre d'archidiacre de l'Église romaine ; il n'avait guère plus de quarante ans, quand il fut appelé, par les voeux du clergé et du peuple, sur le siège de saint Pierre. Toutes les qualités d'un Pape remarquable parurent dans sa personne, et c'est à juste titre que la postérité, après ses contemporains, lui a donné le nom de Grand.


Atelier de Raphaël. XVIe.

La cérémonie de son exaltation se fit un dimanche à la saint Michel, le 29 septembre 440. Si l'on veut connaître les sentiments qui animaient le nouveau Pape, qu'on lise les sermons qu'ils prononçait à chaque anniversaire de son pontificat. Dans l'un, il dit qu'il a été effrayé en entendant la voix de Dieu, qui l'appelait à gouverner l'Eglise ; il se proclame trop faible pour un si lourd fardeau, trop petit pour une telle grandeur, trop dénué de mérite pour une si auguste dignité. Cependant il ne perd pas courage, parce qu'il n'attend rien de lui-même, et tout de celui qui opère en lui.


Apparition des saints Pierre et Paul à Attila et à Léon Ier.
Atelier de Raphaël. XVIe.

Ce qui, sans décourager le pontife, l'effrayait néanmoins, c'est que l'Eglise se trouvait attaqué de tous côtés par le vice et l'erreur. Il eut dès lors soin d'associer à ses combats des personnes pleines de piété et de doctrine, entre autres, saint Prosper d'Aquitaine, le plus savant homme de son temps ; il en fit son conseiller et son secrétaire, comme autrefois saint Damase avait fait de saint Jérôme. Ensuite, saint Léon le Grand commenca par la réforme du peuple romain, afin que l'église mère fût le modèle de toutes les autres églises. Non content de l'exciter à la vertu par ses propres exemples, il l'instruisit encore par ses prédications, imitant en cela, dit-il, l'exemple de ses prédécesseurs. Cette partie du minsitère épiscopal était alors bien plus obligatoire qu'aujourd'hui, parce que les évêques seuls pouvaient l'exercer.


Raphaël (Rafaelo Alessandro Algardi).
Basilique Saint-Pierre. Rome. XVIe.

L'époque était difficile : les manichéens, les donatistes, les ariens, les priscillianistes, les nestoriens et les eutychiens infestaient l'Église de leurs hérésies. Le saint et docte Pontife, armé du glaive de la parole infaillible, combattit avec vigueur la doctrine impie de tous les côtés à la fois ; par ses lettres, par ses légats, par des conciles, il suscita un grand mouvement de résistance à l'erreur et le retour d'une grande multitude d'âmes à la justice et à la vérité. Sa magnifique lettre au concile de Chalcédoine produisit un tel effet que les six cents évêques, après en avoir entendu la lecture, s'écrièrent d'une voix unanime :
" C'est Pierre qui a parlé par Léon !"


Vision de saint Léon, Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. R. de Monbaston. XIVe.

L'un des faits les plus imposants de son beau et si fécond pontificat, c'est sa procession solennelle au-devant d'Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu, qui avançait vers Rome pour la détruire. Attila l'accueillit avec respect et lui promit de laisser en paix la Ville éternelle, moyennant un faible tribut annuel. Les barbares, murmurant de voir leur chef reculer, lui demandèrent raison de sa conduite et il s'en ex^liqua ainsi :
" Pendant que le Pontife leur me parlait, je voyais à ses côtés un autre Pontife d'une majesté toute divine ; il se tenait debout, ses yeux lançaient des éclairs, et il me menaçait du glaive qu'il brandissait dans sa main ; j'ai compris que le Ciel se déclarait pour la ville de Rome."


Saint Léon le Grand. Bréviaire de Martin d'Aragon. XIVe.

Ce personnage n'était autre que saint Pierre. Les Romains firent une réception enthousiaste au Pontife victorieux. Le génie de Raphaël a immortalisé cette scène dans une peinture célèbre.


Saint Léon Ier Grand allant au devant d'Attila.
Raphaël. Basilique Saint-Pierre. Vatican.

L'humanité, la douceur et la charité furent les principales vertus de saint Léon. Ses écrits, qui suffiraient à l'illustrer par la splendeur du style comme par l'élévation des pensées, montent à une hauteur plus grande encore quand il traite de l'Incarnation, et c'est pourquoi on lui a donné le titre de Docteur de l'Incarnation. Il surpassa tous les Pontifes qui l'ont précédé, et il eut peu de successeurs dont le mérite ait approché du sien.


Saint Léon Le Grand. Sermones et epistulae. XVe.

La liturgie doit beaucoup à saint Léon ; il a introduit, ratifié par saint Pierre à la suite de la prière que saint Léon lui avait faite à ce sujet, dans le canon de la messe ces paroles :
" Sanctum sacrificium, immaculatam hostiam ".
Il sut faire régner dans les cérémonies saintes un ordre, une pompe, une majesté admirables.

Nous avons encore de saint Léon 101 sermons sur les différentes fêtes de l'année. Il y recommande souvent le jeûne et l'aumône, qu'il ne veut pas que l'on sépare, parce que ces deux bonnes oeuvres se soutiennent mutuellement.


Miracle de saint Léon. Ta'amra Mâryâm. Ethiopie. XVIIe.

On trouve ainsi neuf sermons sur le jeûne du dixième mois, ou des quatre-temps de décembre. Selon notre saint docteur, l'Eglise a institué les quatre-temps dans les quatre saisons de l'année, afin de les sanctifier toutes par le jeûne. Elle a voulu encore par là fournir des armes à ses enfants contre le démon, et les porter à remercier Dieu des fruits et des autres bienfaits qu'ils reçoivent continuellement de son amour.

Le saint Pape revient souvent à l'obligation de faire l'aumône :
" Cette obligation ne souffre point de dispense. Dieu n'a donné des richesses aux hommes que pour qu'ils les versent dans le sein de l'indigence. C'est donc aller contre son intention que de les entasser par avance ou de les consumer en superfluités. Aussi la sentence que Jésus-Christ doit prononcer au dernier jour portera-t-elle principalement sur la conduite qu'on aura tenue à l'égard des pauvres. Le Sauveur a voulu nous apprendre par là que l'aumône est la clef du ciel et le canal des grâces. L'obligation de faire l'aumône ne se mesure pas sur la quantité des biens, mais sur les sentiments du coeur. Elle est commune à tous les hommes, puisque tous doivent aimer leurs semblables et désirer de les secourir. Quant aux riches, ils sont tenus de rechercher les pauvres honteux et de les assister sans les mettre dans le cas de rougir de leur misère."


Saint Léon montre que l'institution des collectes ou quêtes pour les pauvres vient des Apôtres même, et que l'on n'a jamais cessé dans l'Eglise de composer un fonds des libéralités des fidèles pour soulager ceux qui étaient dans le besoin.

HYMNE

L'Eglise grecque, dans ses Menées, consacre à saint Léon un solennel Office, auquel nous empruntons les strophes suivantes. Composées avant le schisme, elles expriment l'antique foi de l'Eglise de Constantinople dans la primauté du Pontife romain, et montrent d'une manière irréfutable que ce ne sont pas les Latins qui ont changé la foi. Les Grecs célèbrent la mémoire de saint Léon le dix-huit février.
 

Apparition de Notre Dame à saint Léon.
Ta'amra Mâryâm. Ethiopie. XVIIe.

" Heureux Pontife, illustre Léon, tu as été le compagnon des Pontifes fidèles et des Martyrs ; invincible dans les combats, tu t'es montré inébranlable comme la tour et la citadelle de la religion ; dans ton orthodoxie et ta science, tu as proclamé l'ineffable génération du Seigneur.

Recteur de l'orthodoxie, docteur de la piété et de la sainteté, flambeau de la terre tout entière, inspiré de Dieu,gloire des vrais fidèles, sage Léon, lyre du Saint-Esprit, tu as éclairé tous les hommes par ta doctrine.

Héritier de la Chaire de Pierre, comme lui tu as présidé à l'Eglise entière ; son esprit a été en toi, et son zèle t'enflammait pour la foi.

Eclatant d'une splendide lumière, très saint Léon, tu as éclairci le mystère de l'ineffable et divine incarnation, proclamant la double nature et la double volonté du Dieu fait chair.

Tout resplendissant de la science divine, tu as lancé partout les rayons de l'orthodoxie ; après avoir dissipé les ténèbres de l'hérésie, tu as quitté cette vie, Ô bienheureux, et tu habites la lumière qui ne connaît pas de couchant.

Par ta prédication merveilleuse, tu nous as montré le Christ Fils unique et Seigneur, engendré du Père avant les siècles, né pour nous de la Vierge, et apparaissant sur la terre semblable à nous, Ô ministre inspiré des divins mystères !

Assis glorieux sur le trône du pontificat, tu as fermé la gueule des lions ; en proclamant le dogme sacré de l'adorable Trinité, tu as fait briller aux yeux de ton troupeau la lumière de la connaissance de Dieu ; c'est pour cela que tu as été glorifié comme un divin Pontife initié à la grâce de Dieu.

Tu t'es levé de l'Occident, comme un soleil rayonnant : ta science a dissipé le sophisme d'Eutychès qui confondait les deux natures, et celui de Nestorius qui les divisait ; tu nous as appris à adorer un seul Christ en deux natures indivisibles, immuables et sans confusion.

Inspiré de Dieu, tu as présenté comme de nouvelles tables écrites du doigt de Dieu ; semblable à Moïse apparaissant aux yeux du peuple divin, tu t'es écrié dans l'assemblée des Maîtres vénérables : " Pontifes, célébrez le Christ ; bénissez-le et exaltez-le à jamais !".

Maintenant, Ô Pontife du Christ, tu portes une couronne éclatante de beauté ; prêtre fidèle, la justice est ton vêtement, et tu tressailles d'une joie ineffable dans le paradis des délices; daigne supplier sans cesse le Seigneur pour ton troupeau.

Dans le séjour où sont les sièges, les trônes et les rangs pour les Patriarches, tu as mérité d'entrer comme un Père, comme un vrai Patriarche, entouré des rayons de la foi et de la grâce, heureux Léon ! Et nous proclamons tous l'éternelle félicité qui est ton partage."

PRIERE

" Gloire soit à vous, Ô Christ, Lion de la tribu de Juda, qui avez suscité dans votre Eglise un Lion pour la défendre aux jours où la sainte foi courait de si grands dangers. Vous aviez chargé Pierre de confirmer ses frères ; et nous avons vu Léon, en qui Pierre était vivant, remplir cet office avec une autorité souveraine. Nous avons entendu retentir l'acclamation du saint Concile, qui, en s'inclinant devant la doctrine toute céleste de Léon, proclamait le bienfait signalé que vous avez, en ces jours, conféré à votre troupeau, lorsque vous donnâtes à Pierre le soin de paître les brebis comme les agneaux.

Ô Léon ! vous avez dignement représenté Pierre dans sa chaire. Votre parole apostolique n'a cessé d'en descendre, toujours vraie, toujours éloquente et majestueuse. L'Eglise de votre temps vous honora comme le maître de la doctrine, et l'Eglise de tous les siècles vous reconnaît pour l'un des plus savants docteurs qui aient enseigné la divine Parole.

Du haut du ciel où vous siégez maintenant, répandez sur nous l'intelligence du divin mystère que vous avez été chargé d'exposer. Sous votre plume inspirée, ce mystère s'éclairât, son harmonie sublime se révèle ; et la foi se réjouit de percevoir si distinctement le divin objet auquel elle adhère. Fortifiez en nous cette foi, Ô Léon ! Le Verbe incarné est encore blasphémé de nos jours; vengez sa gloire, en nous envoyant de nouveaux docteurs.

Vous avez triomphé de la barbarie, Ô noble Pontife ! Attila vous rendit les armes. De nos jours, il s'est levé de nouveaux barbares, les barbares civilisés qui nous vantent comme l'idéal des sociétés celle qui n'est plus chrétienne, celle qui dans ses lois et ses institutions ne confesse plus Jésus-Christ roi de l'humanité, auquel toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre.

Ô ! Venez à notre secours ; car le mal est monte à son comble. Beaucoup sont séduits et s'en vont à l'apostasie sans s'en douter. Obtenez que la lumière ne s'éteigne pas totalement chez nous, que le scandale s'arrête enfin. Attila n'était qu'un païen ; les modernes utopistes sont chrétiens, ou du moins quelques uns voudraient l'être ; prenez pitié d'eux, et ne permettez pas qu'ils soient plus longtemps victimes de leurs illusions.

En ces jours de la Pâque qui vous rappellent, Ô Léon, les labeurs de votre ministère pastoral, alors qu'entouré de vos néophytes vous les nourrissiez de vos immortels discours, priez pour les fidèles qui, dans cette même solennité, sont ressuscites avec Jésus-Christ. Ils ont besoin de connaître de plus en plus ce divin Sauveur de leurs âmes, afin de s'attacher à lui et de ne plus jamais s'en séparer. Révélez-leur tout ce qu'il est, et dans sa nature divine et dans sa nature humaine : comme Dieu, leur fin dernière, et leur juge après cette vie ; comme homme, leur frère, leur Rédempteur et leur modèle. Ô Léon ! bénissez, soutenez votre successeur sur la Chaire de Pierre, et montrez-vous en ces jours l'appui de cette Rome dont vous avez célébré avec tant d'éloquence les saintes et éternelles destinées."

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dimanche, 26 mars 2017

26 mars. Saint Ludger, premier évêque de Münster. 809.

- Saint Ludger, premier évêque de Münster. 809.

Pape : Saint Léon III. Empereur : Saint Charlemagne.

" Quis te docuit ? Respondens, ait : Deus me docuit."
" Qui t'a instruit ? Il répondait : Dieu m'a instruit."

Saint Ludger enfant. Vita, apud Bolland. et Pertz, II, 407.


Statue reliquaire de saint Ludger. Cathédrale Saint-Paul de Münster.

Dans un canton de Frise, où la foi commençait à s'introduire, la femme d'un chef crétien avait mit au monde une fille. L'aïeule encore païenne, irritée contre sa bru, qui ne lui donnait pas de petit-fils, ordonna que l'nfant fût étouffée, comme le permettait les lois, avant qu'elle eût goûté le lait de sa mère, ou la nourriture des hommes. Un esclave l'emporta pour la noyer, et la plongea dans un grand vase plein d'eau. Mais l'enfant étendant ses petites mains, se retenait aux bords. Les cris attirèrent une femme qui l'arracha des bras de l'esclave, l'emporta dans sa maison et lui mouilla les lèvres d'un peu de miel ; dès lors, les lois ne permettait pas qu'elle mourût : ce fut la mère de saint Ludger.

Le signe de Dieu était sur cette maison, et l'on vit de bonne heure ce que Ludger serait un jour. Ses parents le mirent donc au monastère d'Utrecht, et il y fit tant de progrès dans les lettres sacrées, qu'on l'envoya aux écoles d'York, où les leçons d'Alcuin attiraient un grand concours de jeunes gens des contrées étrangères.

Il y passa quatre ans et revint en Frise avec un grand savoir et beaucoup de livres. Alors on l'appliqua à la prédication de l'Evangile dans le canton d'Ostracha. Mais au milieu des païens, il n'oubliait pas ses amis d'Angleterre. Pendant qu'il bâtissait un oratoire, Alcuin lui adressait des vers pour les inscrire au porche de l'édifice. Vers le même temps, il recevait de l'un de ses condisciples d'York une épître qui commençait ainsi :
" Frère, frère chéri de cet amour divin plus fort que le sang, Ludger que j'aime, puisse la grâce du Christ vous sauver. Prêtre honoré aux rivages occidentaux du monde, vous êtes savant, puissant par la parole, profond par la pensée. Tandis que vou sgrandissez dans le bien, ministre de Dieu, souvenez-vous de moi, et que vos prières recommandent au ciel celui qui vous célébra dans ses chants trop courts !"

Et le poëte finissait, demandant à son ami un bâton de bois blanc, humble don pour humble vers.


Saint Ludger. Münster. XIVe.

Ludger travailla sept ans, au bout desquels Witikind ayand soulevé les Saxons, les païens se jetèrent dans la Frise et chassèrent les prédicateurs de la foi. Alors Ludger se rendit à Rome, puis au mont Cassin, où il s'arrêta pour étudier la règle de saint Benoît et la rapporter parmi les moines de sa province. A son retour, le bienheurex roi Charlemagne, qui venait de vaincre les Barbares, le chargea d'évangéliser les cinq cantons de la Frise orientale. Ludger les parcourut, renversant les idoles et annonçant le vrai Dieu. Ensuite, ayant passé dans l'île de Fositeland, il détruisit les temples qui en faisait un lieu vénéré des nations du Nord et baptisa les habitants dans les eaux d'une fontaine qu'ils avaient adorée.

Vers ce temps-là, comme il voyageait de village en village, et qu'un jour il avait reçu l'hospitalité d'une noble dame, pendant qu'il mangeait avec ses disciples, on lui présenta un aveugle nommé Bernlef, que les gens du pays aimaient, parce qu'il savait bien chanter les récits des anciens temps et les combats des rois ; le serviteur de Dieu le pria de se trouver le lendemain en un lieu qu'il lui marqua. Le lendemain, quand il aperçut Bernlef, il descendit de cheval, l'emmena à l'écart, entendit sa confession, et, faisant le signe de la Croix sur ses yeux, lui demanda s'il voyait. L'aveugle vit d'abord les mains du prêtre, puis les arbres et les toits du hameau voisin. Mais Ludger exigea qu'il cachât ce miracle. Plus tard, il le prit à sa suite pour baptiser les païens, et il lui enseigna les psaumes pour les chanter au peuple.


Saint Ludger rendant la vue à l'aveugle Bernlef. Rotterdam.

Cependant le roi Charles, apprenant le grand bien que saint Ludger avait fait, l'établit à Mimigerford, qui fut depuis Münster, au canton de Suthergau, en Westphalie, et o, l'ordonna évêque malgré lui. Alors il éleva des églises et dans chacune il mit un prêtre du nombre de ses disciples. Lui-même instruisait tous les jours ceux qu'il destinait aux saints autels, et dont il avait choisi plusieurs parmi les enfants des Barbares. Il ne cessait pas non plus d'exhorter le peuple, invitant même les pauvres à sa table, afin de les entretenir plus longtemps.

Ses grandes aumônes vidaient les trésors de l'église, jusqu'au jour où il fut accusé auprès du bienheureux Charles comme dissipateur des biens du clergé. Il se rendit donc à la cour, et, comme il s'était mis à prier et à réciter son bréviaire en attendant l'heure de l'audience, un officier l'appela. Le Saint voulut achever sa prière et se fit attendre :
" Pourquoi, lui dit Charles, n'être pas venu tout d'abord ?
- Prince, répond l'évêque, je priais Dieu ; quand vous m'avez choisi pour évêque, vous m'avez recommandé de préférer toujours le service de ce Roi des rois à celui des hommes, à celui même de l'empereur."

 
L'empereur, charmé de cette réponse n'en voulut pas entendre davantage. Il renvoya avec honneur le pasteur vers ses ouailles, l'exhortant à montrer toujours la même ardeur dans le service du Seigneur et celui de Son Église.
 
Alors, toute la Westphalie était devenue chrétienne, et le serviteur de Dieu méditait de porter l'Evangile aux Scandinaves, quand il mourut à Münster, le 26 mars 809.
 
Le dernier jour de sa vie, il prêcha daux sermons, l'un à Coesfeld, l'autre à Billerbult (ou Billerbeck) et célébra la sainte messe. La nuit suivante, il rendit sa sainte âme à Dieu. Selon ce qu'il avait prescrit, il fut enseveli à Werden, monastère qu'il avait fondé dans le diocèse de Cologne ; et il s'y opéra beaucoup de miracles.
 

Couverture d'un livre exécuté pour le bienheureux Rodolphe,
abbé du monastère Saint-Ludger de Werden.
Bronze, or et ivoire. XIe.

Signalons que c'est d'un monastère de chanoines réguliers que saint Ludger avait établi dans sa ville épiscopale, que celle-ci prit le nom de Münster.

Saint Ludger est le patron de Münster, de Werden, de la Frise orientale, de Helmstadt, de Deventer, de Kaiserwerth, etc.

L'essentiel de ses saintes reliques se trouvent toujours à Werden, même si Münster et Billerbeck en possèdent des fragments.

On représente saint Ludger :
1. soutenant une église ou s'appuyant dessus : ce symbole rappelant toujours les fondateurs d'églises ;
2. tenant un livre ou l'ayant à ses côtés : ce livre rappelant son amour rare pour l'étude dans sa jeunesse ou, mieux encore, la circonstance du bréviaire qu'il était en train de lire lorsqu'on vint le demander de la part de saint Charlemagne.


Cathédrale Saint-Ludger de Billerbeck. Wesphalie. Allemagne.

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mercredi, 15 mars 2017

15 mars. Saint Longin, soldat et martyr. Ier siècle.

- Saint Longin, soldat et martyr. Ier siècle.
 
Pape : Saint Pierre. Empereur romain : Caligula ; Claude Ier.

" Aimez vos ennemis : faites du bien à ceux qui vous haïssent ; priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient."
Matth., V, 14.


Adoration des Bergers avec saint Longin portant la sainte lance
et le précieux sang de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Giulio Romano. XVIe.

Beaucoup d'auteurs pensent que saint Longin est ce centurion qui s'écria au moment de la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ :
" Celui-ci était véritablement le Fils de Dieu."

Selon d'autres, c'est ce soldat qui ouvrit d'une lance son côté sacré, et qui en fit couler le sang et l'eau.

Quelques-uns même soutiennent qu'il fut l'un et l'autre ; mais est-il croyable, se sont demandé quelques âmes pieuses, qu'après avoir confessé sa divinité, il eût osé porter la lance dans son adorable poitrine ?

Nous pensons avec saint Augustin (De Consensu Evangelii, lib. III, ch. XX.), que quand le centenier reconnut Jésus-Christ pour Fils de Dieu, il ne donnait pas à cette expression l'étendue du sens qu'elle renferme ; il voulait faire entendre qu'il le prenait pour un homme divin, et qu'il remarquait en lui quelque chose d'extraordinaire, de surnaturel. Cette première lueur de la grâce ne l'aura pas empêché d'accomplir sa tâche jusqu'au bout et de percer le flanc du Sauveur. La pieuse croyance du Moyen Age semble confirmer notre manière de voir aux termes de la légende, le sang de Jésus-Christ jaillit sur le visage du centurion, au moment où il lui perça le côté, et guérit ses yeux malades ; manière naïve de dire que la foi ouvrit les yeux de son âme aux pieds de la croix.


Saint Longin. Le Bernin. Basilique Saint-Pierre. Rome. XVIIe.

D'ailleurs l'acte qu'accomplit Longin en perçant le côté du Sauveur, loin d'être contraire à sa foi naissante, était un acte d'humanité, puisqu'en faisant sortir du sang et de l'eau du coeur du Sauveur, il épargnait à son corps adorable le brisement des jambes que l'on faisait subir aux suppliciés à qui il restait un souffle de vie. Dans les peintures et sculptures du Moyen Age, Longin est à genoux et dans une position si respectueuse, que la foi semble déjà née dans son coeur. À cause de ce ministère si honorable et de sa qualité de chevalier romain, saint Longin était en grand honneur parmi les hommes d'armes d'autrefois.


Fra Angelico. Couvent San-Larco. Florence. Toscane. XIVe.

Quoi qu'il en soit, d'après Métaphraste et son Office dans la Liturgie grecque, saint Longin, ayant reçu l'ordre de garder le tombeau du Sauveur après sa sépulture, fut témoin des grands miracles qui se firent au moment de sa résurrection, et, par là, de plus en plus confirmé dans sa croyance. Il vint raconter aux chefs des prêtres, aux Scribes et aux Pharisiens ce qu'il avait vu et entendu : ce qui les mit en grande peine.


Livre des merveilles. Maître de la Mazarine. XVe.

Craignant que le nom du Sauveur ne devînt plus illustre que jamais, ils s'efforcèrent de corrompre Longin par de riches présents et par de belles promesses ; ils lui voulaient faire dire que, ses soldats étant endormis, les Disciples de Jésus-Christ avaient dérobé son corps (cf Evangile de saint Matthieu). Le saint soldat, qui était déjà tout changé et rempli de la lumière divine, refusa absolument d'être le ministre de cette imposture ; au contraire, il publia hautement la vérité, et fut un très fidèle témoin de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Les Juifs, voyant sa constance, résolurent de se venger de lui ; le pieux Longin, ayant découvert leur dessein, quitta la milice, et, abandonnant la Judée, il s'en alla de Jérusalem en Cappadoce, accompagné de 2 soldats. Renonçant donc à l’état militaire, et instruit par les apôtres, il passa vingt-huit ans dans la vie monastique à Césarée de Cappadoce, et convertit beaucoup de monde à la foi par sa parole et ses exemples.
 
Là, il commença à prêcher ce qu'il avait vu, et attira, par ses actions vertueuses et par ses paroles, plusieurs infidèles à la connaissance du Dieu vivant ; de sorte que la Foi s'y accrut notablement, au grand opprobre des Juifs qui l'avaient crucifié.
 

Saint Longin et sa lance aux pieds de Notre Seigneur ressuscité.
Légende dorée. Bx. Jacques de Voragine. R. de Monbaston. XIVe.

Ces impies firent tous leurs efforts pour faire condamner à mort cet admirable prédicateur, en l'accusant comme traître ; ils pressèrent tant Pilate, gouverneur de la Judée, qu'il envoya de ses archers en Cappadoce, pour le prendre et le faire mourir. Les soldats y allèrent pleins de fureur et d'impiété ; mais Dieu permit qu'ils s'adressassent à Longin même, sans le connaître, et qu'ils lui découvrissent le sujet de leur voyage.
 
Cette nouvelle le réjouit extrêmement ; même il les reçut et les traita splendidement dans sa maison, les assurant qu'il leur mettrait bientôt entre les mains celui qu'ils cherchaient, sans qu'ils se missent en peine de s'en informer davantage. Après leur avoir prodigué pendant 3 jours l'hospitalité la plus cordiale, comme il brûlait du désir de répandre son sang pour Celui dont il avait fait couler le sang par un coup de lance, il se découvrit à eux, et leur dit :
" Je suis Longin que vous cherchez : je suis prêt à endurer la mort, et si vous me la donnez, vous me paierez avec usure le bon traitement que je vous ai fait, car vous ne saurez me récompenser mieux."

Ces soldats ne le pouvaient croire, tant cette résolution leur paraissait nouvelle et surprenante ; et, lorsqu'ils furent assurés que c'était effectivement Longin, ils sentirent une extrême répugnance à le faire mourir. Mais le désir qu'il témoignait de souffrir pour Jésus-Christ, et la crainte qu'eux-mêmes avaient d'être maltraités de Pilate, s'ils retournaient sans avoir exécuté ses ordres, les y fit enfin résoudre. Il commanda donc à un serviteur de lui apporter un habit blanc pour solenniser la fête des noces célestes, auxquelles il se voyait invité, puis il exhorta les 2 soldats ses compagnons à la persévérance.
 

Saint Longin aux pieds de la croix de Notre Seigneur.
Bible historiale. Guiard des Moulins. XIIIe.

Ayant été conduit devant le gouverneur et refusant de sacrifier, celui-ci lui fit arracher toutes les dents et couper la langue. Cependant Longin ne perdit pas l’usage de la parole, mais saisissant une hache, il brisa toutes les idoles en disant :
" Si ce sont des dieux, nous le verrons."
Les démons étant sortis des idoles, entrèrent dans le gouverneur et tous ses compagnons. Alors se livrant à toutes sortes de folies, et sautant comme des chiens, ils vinrent se prosterner aux pieds de Longin qui dit aux démons :
" Pourquoi habitez-vous dans les idoles ?"
Ils répondirent :
" Là où le Christ n'est pas nommé ni son signe placé, là est notre habitation."
Or, quand le gouverneur furieux, eut perdu la vue, Longin lui dit :
" Sache que tu ne pourras être guéri qu'après m’avoir tué. Aussitôt en effet que j'aurai reçu la mort de ta main, je prierai pour toi et t'obtiendrai la santé du corps et de l’âme."
 
Et à l’instant le gouverneur lui fit trancher la tête ; après quoi, il alla, près de son corps, se prosterna avec larmes et fit pénitence. Aussitôt il recouvra la vue avec la santé et finit sa vie dans la pratique des bonnes œuvres.
 

Martyr de saint Longin. Vie des saints. R. de Monbaston. XIVe.

Dans la suite, les bourreaux portèrent son vénérable chef à Pilate, qui le fit mettre sur la porte de la ville, pour donner satisfaction aux Juifs ; depuis, on le jeta à la voirie : mais Dieu l'on fit retirer d'une manière miraculeuse. Une femme de Cappadoce, pauvre et aveugle, n'ayant pour consoler son veuvage qu'un fils qui la menait par la main, entreprit le voyage de Jérusalem, pour y prier Notre Seigneur Jésus-Christ de la guérir et de la délivrer des calamités dont elle était accablée ; mais à peine fut-elle arrivée, que son fils mourut et la laissa sans guide et dans une désolation qui ne se peut exprimer. L'ennui dont elle était accablée, l'assoupit enfin et la fit dormir. Durant son sommeil, saint Longin lui apparut et la consola, lui remontrant que les peines que Jésus-Christ avait souffertes pour nos péchés, étaient incomparablement plus grandes que les siennes. Ensuite, il lui commanda d'aller chercher son chef, qui était couvert de fumier, l'assurant qu'en le touchant elle recouvrerait la vue ; il lui promit aussi qu'il lui ferait voir son fils, dont elle pleurait amèrement la perte.

La femme, encouragée par cette vision, se fit conduire à l'endroit qui lui était marqué, et, tirant ce précieux trésor du lieu infect où il était, elle reçut la grâce qui lui avait été promise. La nuit suivante, saint Longin lui apparut encore, et, lui montrant son fils revêtu d'une merveilleuse clarté, il lui dit :
" Ne pleurez plus comme malheureux ceux qui sont couronnés de gloire et qui bénissent éternellement Dieu. Prenez ma tête et ensevelissez-la avec le corps de votre fils, dans un même cercueil, et ne cessez de louer Dieu dans ses Saints."
 
Après cette vision, la pieuse femme prit ce vénérable chef, avec le corps de son fils, et les inhuma honorablement dans un village appelé Sardial, qui était le lieu de la naissance du saint Martyr.
 

Copie très exacte du fer de la Sainte Lance faite sur l'original
qui était conservé à la Sainte-Chapelle. Le fer de la sainte lance a
" évidemment " disparu aux heures tragiques pendant lesquelles
les bêtes féroces révolutionnaires profanèrent tout ce qu'elles
pouvaient trouver de saint. Trésor des Habsbourg. Vienne.

Pour le fer de la lance, dont on dit que saint Longin perça le côté de Notre Seigneur Jésus-Christ, il se gardait religieusement avant la Révolution en France, en la Sainte-Chapelle, à Paris, où le roi saint Louis le mit avec les autres instruments de la Passion, que sa piété lui avait donné moyen de recouvrer de divers endroits de la chrétienté.

Saint Longin est représenté en armes, le casque en tête, l'épée au côté, au pied de la Croix. Plusieurs peintres anciens lui font porter la main gauche à ces yeux, pendant que de la droite, il dirige sa pique vers le corps du crucifié, par allusion à sa guérison corporelle et spirituelle tout à la fois. Il aurait eu les yeux crevés avant sa décollation. Dans la posture de condamné à mort qu'on lui donne, il a donc quelquefois les yeux arrachés. Il passe aussi pour avoir terrassé un dragon : c'est sans doute par allusion à la prédication de l'Evangile qu'il fit dans la Cappadoce.


Le Sacré Coeur transperçé par la sainte lance.

Il porte quelquefois un vase de cristal dans lequel se trouvent 2 ou 3 globules qui s'expliquent comme on va le voir. La ville de Mantoue se glorifiait de posséder, avec le corps de saint Longin, quelques gouttes du sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, recueillies par le Saint qui avait percé son côté. - Le reliquaire du saint sang figure sur plusieurs monnaies anciennes de la cité de Mantoue : la découverte de ce trésor, au commencement du IXe siècle, donna lieu à l'érection d'un siège épiscopal dans cette ville.
 
Saint Longin parait avec cet attribut du reliquaire et des gouttes de sang dans un tableau du Louvre, peint par Jules Romain pour Mantoue.

La mémoire de saint Longin est marquée en ce jour dans le martyrologe romain, comme il parait par la traduction que nous en avons donnée : l'on y voit approuvée l'ancienne tradition, que c'est lui qui perça d'un coup de lance le côté du Sauveur mort, d'où coula du sang et de l'eau, ainsi qu'il est écrit dans saint Jean. Saint Hésychius, prêtre de Jérusalem, a composé son histoire, et les continuateurs de Bollandus en rapportent les Actes tirés d'un ancien manuscrit de la bibliothèque de l'Etat du Vatican.

On trouve à Prague une Rotonde (une chapelle-oratoire) qui est dédiée à Saint Longin.
 

Rotonde-oratoire Saint-Longin à Prague.

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mardi, 14 mars 2017

14 mars. Saint Lubin, évêque de Chartres. 557.

- Saint Lubin, évêque de Chartres. 557.

Pape : Saint Pélage Ier. Roi de France : Childebert Ier.

" Mes frères, voici la prière que je fais aux prêtres qui sont parmi vous... Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié... non par force, mais de bon gré, selon Dieu : non en vue d'un gain sordide, mais par affection."
I, Pet., V.


Buste de saint Lubin. Eglise Notre-Dame . Louviers. Normandie.

Nous voyons dans cet illustre Prélat la vérité de ces paroles du Roi-Prophète : " Que Dieu retire, quand il lui plaît, les pauvres de la poussière et de la boue, pour les placer sur les trônes et les établir les princes de son peuple."

Il vint au monde dans un village près de Poitiers, du temps de Clovis Ier (dernière moitié du Ve siècle), sans aucune distinction du côté de la naissance ou de la fortune. De bonne heure il obéit à Dieu et à ses parents de la façon la plus édifiante. Sa jeunesse fut employée à labourer la terre ou à paître des boeufs qui servaient à l'agriculture. Cependant il eut, dès ce temps-là, un grand désir d'apprendre ; ayant rencontré un bon religieux, que quelques-uns appellent Novigile, qui probablement était de l'abbaye de Nouaillé, il le pria instamment de lui écrire toutes les lettres de l'alphabet autour de sa ceinture, afin qu'en allant et venant par les champs avec ses bètes, il pût aisément se les imprimer dans la mémoire et se rendre capable de quelque autre chose.


Deux moines viennent chercher saint Lubin. Vitrail de saint Lubin.
Cathédrale Notre-Dame de Chartres.

Cette industrie lui réussit si bien, qu'en peu de temps son esprit s'ouvrit, et il se mit en état d'entrer dans les écoles pour y étudier les sciences ; désirant se livrer à cette étude avec plus de liberté, et se voyant en âge de choisir une condition, il entra dans un monastère du pays (Ligugé selon les uns, Nouaillé selon d'autres), où il fut chargé de la fonction de cellérier, et du soin de marquer les heures. Il prenait beaucoup sur le temps de son sommeil pour le donner à l'étude ; mais comme sa lampe troublait le sommeil de ses frères, il mit un voile devant sa fenêtre pour arrêter la lumière.

Après avoir ainsi passé huit ans dans ce monastère, il désira visiter saint Avite, qui vivait en ermite dans le Perche. S'étant rendu dans ce pays, il y rencontra d'abord le diacre saint Calais, qui ne s'était pas encore séparé de saint Avite, pour se retirer dans le Maine ; ce grand maître de la vie spirituelle donna à notre Saint, entre autres avis, de ne s'attacher au service d'aucune église ou chapelle, parce que ce serait se rejeter dans le monde, et s'exposer à mal observer sa règle de religieux, et de ne point demeurer dans un petit monastère, parce que pour l'ordinaire on y observe mal l'obéissance, et que chacun veut y être maître. Quant à saint Avite, il conseilla à Lubin de passer encore quelque temps dans le cloitre avant de vivre dans les déserts.


Saint Lubin et deux autres moines arrivent dans un monastère.
Vitrail de saint Lubin. Cathédrale Notre-Dame de Chartres.

Il prit donc le chemin de Lérins ; mais un moine de cette abbaye, qu'il rencontra, lui dit que l'air y était malsain : ce qui l'avait obligé, disait-il, à la quitter. ils allèrent ensemble à Javoux, où le bienheureux Hilaire, évêque de Mende, les reçut et les mit dans sa communauté. Ils sortirent bientôt de cette maison, grâce à l'inconstance du moine de Lérins, qui ne se trouvait bien nulle part, et entrèrent au monastère de l'île-Barbe, près de Lyon, attirés d'ailleurs par la réputation de l'abbé saint Loup, qui fut depuis évêque de cette ville. Au bout de quelque temps, le moine de Lérnis voulut encore emmener Lubin pour continuer avec lui son vagabondage, mais notre Saint laissa cet esprit volage partir seul, se sépara enfin définitivement de lui, et demeura encore cinq ans dans l'île-Barbe.


Saint Lubin et ses compagnons quittent un monastère.
Vitrail de saint Lubin. Cathédrale Notre-Dame de Chartres.

Cependant une guerre avait éclaté entre les Francs et les Bourguignons. Ces derniers furent vaincus : les fils de Clovis se rendirent maîtres de la Bourgogne en 525. L'abbaye de l'île-Barbe fut envahie par les soldats, avides de pillage : ils n'y trouvèrent que Lubin avec un vieillard, qui n'avait pu prendre la fuite avec les autres moines. Le vieillard, à qui l'on demanda où étaient les trésors de la communauté, répondit que Lubin le savait mieux que lui ; les soldats s'adressèrent à Lubin, d'abord par les moyens de la douceur, puis, le trouvant incorruptible, ils eurent recours à la violence des tourments ; entre autres supplices, ils lui serrèrent la tète avec des cordes, lui lièrent les pieds, et le plongèrent ainsi à plusieurs reprises dans un gouffre, dit l'historien : ils le laissèrent pour mort sans avoir rien pu obtenir.


Saint Lubin accueilli par saint Avite.
Vitrail de saint Lubin. Cathédrale Notre-Dame de Chartres.

Dieu lui rendit La santé, et, s'étant joint à des solitaires qu'il rencontra, Lubin les mena avec lui dans le Perche pour demeurer ensemble sous la discipline de saint Avite ; saint Lubin y remplit l'office de cellérier. A la mort de saint Avite, nos trois ermites se retirèrent dans le désert de Charbonnières, aux extrémités de la forêt de Montmirail, qui sépare la Beauce d'avec le Maine. Ils y firent trois cellules et passèrent ensemble près de cinq ans à servir Dieu loin du monde.

Mais la sainteté de Lubin se fit connaitre par des miracles : sa prière arrêta un ouragan qui détruisait les moissons, et un incendie qui dévorait les forêts, L'évêque de Chartres, nommé Ethérius, apprenant cela, l'ordonna diacre et l'établit abbé du monastère de Brou, dans le Perche ; il l'éleva ensuite à la prêtrise pour lui donner plus d'autorité sur les religieux : ce qui ne lui en donnait pas moins, ce furent ses vertus et ses miracles. Par le signe de la croix, il délivra deux énergumènes, tellement tourmentés et rendus furieux par les démons, qu'ils brisaient leurs chaînes. Ses religieux le priaient de se guérir lui-même d'un cancer qu'il avait dans les narines : il se contenta d'y appliquer de la cire bénite, attendant avec patience la volonté de Dieu ; au bout de 12 ans, il obtint, sans autre remède, une guérison complète de ce mal, généralement considéré comme incurable.


Sacre de saint Lubin.
Vitrail de saint Lubin. Cathédrale Notre-Dame de Chartres.

Un des frères le vit pendant la nuit qui s'entretenait familièrement avec un personnage tout resplendissant de lumière : il demanda au Père quel était cet habitant de la gloire céleste, et apprit que c'était saint Avite. Saint Aubin, évêque d'Angers, allant visiter saint Césaire, évêque d'Arles, pria saint Lubin de l'accompagner ; le saint abbé y consentit. Lorsqu'il se vit en Provence, il fut vivement tenté de se retirer à Lérins pour échapper à sa charge de supérieur : mais saint Césaire l'en reprit fortement, lui faisant voir qu'il ne devait pas abandonner ainsi une maison que Dieu avait confiée à ses soins par le ministère de son évêque. Lubin, par cette remontrance, devint inquiet du sort de son troupeau ; il vint le rejoindre au plus tôt, et eut la consolation de le trouver dans le meilleur état.


Saint Lubin en visite pastorale.
Vitrail de saint Lubin. Cathédrale Notre-Dame de Chartres.

Cependant, en 544, Ethérius passa de cette vie à une meilleure, et aussitôt chacun jeta les yeux sur notre saint religieux, pour l'élever à la dignité épiscopale. Ainsi il fut élu évêque de Chartres par les suffrages presque unanimes de tout le clergé, avec l'agrément du roi Childebert. Le Saint fit tout son possible pour n'être point chargé d'un si pesant fardeau, se jugeant incapable de le porter.

Jamais prélat n'eut plus de soin de son église. C'est lui, dit-on, qui, pour représenter les disciples de Jésus-Christ, fit monter le nombre des chanoines jusqu'à 72. Il leur prescrivit des règles très-saintes, pour avancer dans la vertu et pour célébrer les divins offices ; il les pourvut aussi de revenus suffisants pour leur entretien. Il réforma, par ses soins, plusieurs abus qui s'étaient glissés parmi le peuple, et le porta à l'exacte observance des commandements de Dieu et de l'Eglise. Il ne fut pas, en cela, peu assisté de saint Avite, dont il avait été disciple ; ce Saint, quoique déjâ dans la gloire, le visita souvent pour l'avertit des défauts de son clergé et lui prescrire la méthode qu'il devait suivre pour le gouverner saintement.


Eglise Saint-Lubin. Longaulnay. Diocèse de Rennes. Bretagne.

Ce qui le rendait plus recommandable, c'est qu'il ne trouvait point de malades, dans son diocèse, qu'il ne guérit par le crédit qu'il avait auprès de Dieu. Par sa seule prière, il remit en santé un hydropique dont les médecins désespéraient ; et un aveugle, qui avait perdu la vue depuis huit ans, la recouvrant dès qu'il eut fait son oraison pour lui. Une fille, possédée du malin esprit, fut délivrée en touchant avec foi le bord de son habit.

Deux jeunes garçons aussi possédés du démon, en furent également délivrés, en prenant d'un aliment que le Saint avait bénit ; il guérit encore plusieurs fiévreux et d'autres sortes de malades ; et, par le signe de la croix, qu'il fit en présence du roi Childebert, il éteignit un grand incendie qui s'était allumé dans Paris ; le Bréviaire de Chartres dit qu'il ressuscita une fille de Chateaudun, et la rendit en pleine santé à son père, appelé Baudelin.


Saint Lubin. Gravure. Grasset imprimeur. XVIIIe.

Un prêtre de Chartres, Caletricus, jeune homme d'une éminente sainteté, tomba dangereusement malade ; on n'attendait que l'heure de son dernier soupir. Saint Lubin lui voulut rendre visite : le voyant en péril, il lui administra lui-même le sacrement de l'Extrême-Onction : mais il reconnut bientôt que ce sacrement avait produit en lui son double effet, qui est de donner la santé du corps aussi bien que celle de l'âme ; alors, par un esprit prophétique, il prédit à ce bon prêtre, que non-seulement il relèverait de cette maladie, mais qu'il lui succéderait aussi sur le siège épiscopal. L'événement a vérifié cette prophétie, car il fut effectivement élu en sa place, et gouverna si bien son peuple, qu'il a mérité le titre de Saint après 12 ans de prélature.

Saint Lubin assista au cinquième concile d'Orléans, l'un des plus célèbres de France (549), et au second de Paris (551). Il avait déjà, à cette dernière époque, une maladie qui purifia, jusqu'à la fin de sa vie, sa vertu par de longues souffrances. Il fut appelé de Dieu pour recevoir la couronne de l'immortalité, l'an 557 ; son corps fut inhumé en l'église de Saint-Martin du Val, au faubourg de Chartres, où il a été religieusement conservé jusqu'au jour où les nouveaux briseurs d'images du XVIe siècle, les bêtes féroces Calvinistes, ont brûlé ses ossements sacrés et jeté ses cendres au vent ; il restait cependant son vénérable chef, qui se conservait fort dévotement en la grande église de Notre-Dame de Chartres, dans un reliquaire enrichi de pierres précieuses ; mais les bêtes non moins féroces de la révolution dépouilla l'église de Chartres de cette sainte relique : elle se trouve aujourd'hui dans l'église de Saint-Nicolas, à Blois. Depuis, on a retiré des ossements d'un cimetière où ils avaient été jetés à cette époque, il s'y en trouve certainement de saint Lubin, mais ils n'ont point été reconnus.

Eglise Saint-Pierre & Saint-Paul. Arronville. Vexin.
C'est non loin de l'église d'Arronville que Georges Cadoudal prépara
l'exécution, hélas manquée, de la petite bête féroce Bonaparte.

Aux confins du Vexin et du Beauvaisis, dans la commune d’Arronville, il existe un petit sanctuaire consacré à saint Lubin où l’on venait en pélerinage plonger les petits enfants pour leur donner force et santé. C’est là que Georges Cadoudal se cacha pour préparer son ultime tentative d'épargner à la France et à l'Europe les horreurs tragiques de la petite bête féroce révolutionnaire Bonaparte en organisant son exécution. Hélas, ce tyrannicide parfaitement légitime échoua.

La mémoire de saint Lubin est particulièrement honorée dans le Blésois, où plusieurs paroisses l'ont adopté pour patron. Une des plus anciennes églises de la ville de Blois lui était dédiée; cet édifice a disparu depuis bien des siècles, mais la rue où il s'élevait, a retenu le nom de Saint-Lubin, Il est aussi le patron de Rouvray, en Normandie.

Un grand nombre d'église lui sont naturellement dédiées au diocèse de Chartres (Rambouillet, Brou, etc.) et sa popularité fut très grande jusqu'au XVe siècle dans tout le Nord de la France.


Eglise Saint-Lubin de Brou. Diocèse de Chartres.

On a représenté saint Lubin :
1. guérissant un possédé ;
2. ressuscitant la fille d'un homme qui l'avait reçu chez lui dans un de ses voyages. On l'a peint, dans cette circonstance, près du lit de la morte, quoiqu'à vrai dire le Saint eût fait ce miracle sans le savoir. Il s'était seulement aperçu d'un profond chagrin dans la famille et se mit en prières pour que Dieu la consolât. A peine avait-il terminé son oraison, que la morte se levait pleine de vie et de santé.

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