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mardi, 12 février 2019

12 février. Saint Saturnin, saint Datif (ou Dative), et leurs compagnons, Martyrs en Afrique. 304.

- Saint Saturnin, saint Datif (ou Dative), et leurs compagnons, Martyrs en Afrique. 304.
 
Pape : Saint Marcellin. Empereur romain d'Occident : Maximien Hercule. Empereur romain d'Orient : Dioclétien.

" J'ai vu les âmes de ceux qui ont été tués pour la parole de Dieu et à cause du témoignage qu'ils lui avaient rendu ; elles se tenaient debout devant le trône de l'Agneau, avec des palmes à la main."
Apoc., VII, 9.


Saint Saturnin saint Dative et leurs compagnons.
Ménologe grec. XIe.

A la suite de l'édit de 303, un grand nombre d'Eglises avaient suspendu l'assemblée des fidèles. Si quelques exceptions passèrent inaperçues grâce, souvent, à la tolérance des fonctionnaires, il n'en allait pas de même dans les provinces où la persécution était conduite avec rigueur, notamment en Afrique. Dans la ville d'Abitène une communauté avait pu se reformer sous la présidence d'un prêtre, car l'évêque avait perdu toute autorité morale depuis qu'il avait livré les saintes Ecritures.

Les Actes très complets que nous possédons dispensent d'entrer ici dans plus de détails. Ces Actes viennent du greffe officiel, un écrivain donatiste y a mêlé de son style dans la seule version que l'on en ait :

" Ici commencent la Confession et les Actes des martyrs Saturnin, prêtre, Félix, Dative, Ampèle, et des autres dont on lira les noms plus bas. Ils ont confessé le Seigneur, à Carthage, le 11 février, sous le proconsul d'Afrique Aurèle, à cause des Collectes et des Écritures divines ; depuis ils ont répandu leur sang bienheureux en divers lieux et à différentes époques pour la défense de leur foi.

Sous le règne de Dioclétien et Maximien, le diable dirigea contre les chrétiens une nouvelle guerre. Il recherchait, pour les brûler, les Livres saints, renversait les églises chrétiennes et interdisait la célébration du culte et des assemblées des fidèles. Mais la troupe du Seigneur ne put supporter un commandant aussi injuste, elle eut horreur de ces défenses sacrilèges, saisit à l'instant les armes de la foi, et descendit au combat moins pour lutter contre les hommes que contre le démon.

Sans doute quelques-uns tombèrent détachés de la foi qui faisait leur appui, en livrant aux païens, pour être brûlés par eux, les Écritures divines et les livres de la liturgie (ce terme est employé pour traduire le mot latin sacrosancta Domini Testamenta et plus bas divina Testamenta, parce que, rapproché les deux fois de Scriptura divina, il me semble pouvoir viser les livres. dans lesquels était consignée la liturgie du sacrifice dont le Sauveur avait dit : " Ceci est le Testament nouveau et éternel.") ; le plus grand nombre cependant surent mourir avec courage et répandirent leur sang pour les défendre. Remplis de Dieu qui les animait, après avoir vaincu et terrassé le diable, ces martyrs ont conquis dans leurs souffrances la palme de la victoire, et écrit de leur sang, contre les traditeurs et leurs congénères, la sentence par laquelle l'Eglise les rejetait de sa communion, parce qu'il n'était pas possible qu'il y eût, à la fois, dans l'Eglise de Dieu, des martyrs et des traditeurs.

On voyait de toutes parts accourir au lieu du combat d'innombrables légions de confesseurs, et partout où chacun d'eux trouvait un adversaire, il y dressait le champ clos du Seigneur.

Lorsque eut sonné la trompette de guerre dans la ville d'Abitène, dans le logis d'Octave Félix, de glorieux martyrs levèrent le drapeau du Christ, leur Seigneur. Tandis qu'ils y célébraient, comme ils avaient coutume de faire, le mystère de l'Eucharistie, ils furent arrêtés par les magistrats de la colonie, assistés des hommes de police.
C'étaient le prêtre Saturnin avec ses quatre enfants, Saturnin le jeune et Félix, tous deux lecteurs, Marie, vierge consacrée, et le petit Hilarion. Venaient ensuite le décurion Dative, trois hommes nommés Félix, Eméritus, Ampèle, trois hommes portant le nom de Rogatien, Quintus, Maximin, Thelique, deux hommes ayant nom Rogatus, Janvier, Cassien, Victorien, Vincent, Cecilien, Givalis, Martin, Dante, Victorin, Peluse, Fauste, Dacien, et dix-huit femmes : Restitute, Prime, Eve, Pomponie, Seconde, deux femmes portant le nom de Januarie, Saturnine, Marguerite, Majore, Honorée, Regiole, deux femmes du nom de Matrone, Cécile, Victoire, Hérectine et Seconde. Tous furent amenés au Forum.
 

Martyre de saint Saturnin et de saint Dative.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
Pour ce premier combat Dative, que ses pieux parents avaient engendré pour qu'il portât un jour la robe blanche des sénateurs dans la cour céleste, Dative, dis-je, ouvrait la marche. Saturnin le suivait, escorté de ses quatre enfants comme d'une muraille (faite de sa propre chair) ; deux d'entre eux devaient partager son martyre ; il laisserait les autres à l'Église pour rappeler sa mémoire et son nom. Puis venait la troupe fidèle éblouissante de la splendeur des armes célestes, le bouclier de la foi, la cuirasse de la justice, le casque du salut et le glaive à deux tranchants de la parole sainte.

Invincibles dans cet équipage, ils donnaient aux frères l'assurance de leur prochaine victoire. Enfin, ils arrivèrent sur le Forum, où ils livrèrent leur premier combat, duquel, de l'aveu des magistrats, ils sortirent vainqueurs. C'est sur ce Forum que le ciel s'était déjà révélé. On venait de jeter au feu les Écritures livrées par l'évêque Fundanus ; aussitôt, quoique le ciel fût sans nuage, une averse subite éteignit le feu, tandis que la grêle et les éléments déchaînés, respectueux des Écritures, ravageaient tout le pays.

Ce fut donc à Abitène que les martyrs commencèrent de porter ces chaînes tant souhaitées. On les mena à Carthage au proconsul Anulinus. Pendant la route les confesseurs chantaient des hymnes ; à leur arrivée, afin de leur enlever l'appui qu'ils tiraient de leur réunion, on les fit comparaître séparément.

Ce qui suit contient les propres paroles des martyrs qui feront voir l'impudence de l'ennemi, ses attaques sacrilèges, la patience des frères et, dans leur confession, la toute-puissante vertu du Christ Notre-Seigneur. L'huissier les présenta au proconsul sous le titre de chrétiens envoyés par les magistrats d'Abitène sous l'inculpation d'assemblées illicites pour la célébration de leurs mystères.

Le proconsul demanda à Dative quelle était sa condition et s'il avait pris part à une assemblée. Dative se déclara Chrétien et reconnut avoir assisté aux réunions.
Le proconsul demanda ensuite qui était l'organisateur des réunions ; en même temps on étendit Dative sur le chevalet, et les bourreaux s'apprêtèrent à lui déchirer le corps avec des ongles de fer ; ils mettaient à leur besogne une hâte fiévreuse ; déjà les flancs étaient à nu, les valets prenaient les ongles de fer, lorsque Thélique fendit la foule et, bravant la souffrance, cria :
" Nous sommes chrétiens ! Nous nous sommes assemblés."
Le proconsul rugit, il fit rouer de coups le chrétien, puis le fit mettre sur le chevalet d'où les ongles de fer faisaient voler les lambeaux de sa chair.
Thélique priait :
" Grâces à vous, mon Dieu. Par ton nom, Christ Fils de Dieu, délivre tes serviteurs."
Le proconsul lui demanda :
" Qui fut ton collègue pour l'organisation des assemblées ?"
Les bourreaux redoublaient. Thélique cria :
" C'est Saturnin et tous."
Généreux martyr ! Tous sont au premier rang ! Il ne nomma pas le prêtre sans les frères, mais au prêtre il joint les frères dans une confession commune.
Le proconsul se fit montrer Saturnin. Thélique le lui désigna. Il ne trahissait pas, puisque Saturnin était là, à ses côtés, combattant le diable, mais il tenait à prouver au proconsul qu'il s'agissait réellement d'une assemblée, puisqu'un prêtre était avec eux.
 

Sainte Victoire démasquant le démon.
Vie de saints. R. de Monbaston. XIVe.

Cependant le martyr unissait ses prières à son sang, et, fidèle aux préceptes de l'Évangile, il priait pour ceux qui déchiraient son corps. Pendant la torture il ne cessa de parler et de prier :
" Malheureux, tu agis injustement ; tu combats contre Dieu. Dieu très haut, ne leur impute pas ce péché. Tu pèches, malheureux, tu combats Dieu. Observe les commandements du Dieu très haut. Malheureux, tu agis injustement, tu déchires des innocents. Nous n'avons pas commis d'homicides, ni de fraudes. Mon Dieu, aie pitié ; je te rends grâces, Seigneur. Pour l'amour de ton nom, donne-moi la force de souffrir. Délivre tes serviteurs de la captivité du monde. Je te rends grâces. Je ne suffis pas à te rendre grâces."
Les ongles de fer creusaient dans la chair de plus en plus, le sang ruisselait ; à ce moment le proconsul dit :
" Tu vas commencer à sentir les souffrances qui vous sont réservées."
Thélique riposta :
" C'est pour la gloire. Je rends grâces au Dieu des royaumes. Il apparaît, le royaume éternel, le royaume incorruptible. Seigneur Jésus-Christ, nous sommes Chrétiens, nous te servons ; tu es notre espérance, tu es l'espérance des chrétiens. Dieu très saint, Dieu très haut, Dieu tout-puissant ! Nous louons ton saint nom, Seigneur Dieu tout-puissant."
Le juge, porte-voix du diable, lui dit :
" Il te fallait observer l'ordre des Empereurs et des Césars."
Thélique, malgré son état d'épuisement, répondit :
" Je m'occupe seulement de la loi de Dieu qui m'a été enseignée. C'est elle que j'observe, je vais mourir pour elle, j'expire en elle, il n'y en a pas d'autres.
- Cessez !", dit le proconsul aux tortionnaires.
Thélique fut mis au cachot, réservé à des souffrances plus dignes de lui et de son courage.

Ce fut alors au tour de Dative, resté étendu sur le chevalet d'où il voyait le combat de Thélique. Il répétait souvent :
" Je suis Chrétien ", et il déclarait s'être trouvé à l'assemblée, lorsque l'on vit sortir de la foule Fortunatien, frère de la martyre Victoire.
C'était un grand personnage, qui avait droit de porter la toge, il était encore païen ; il interpella Dative :
" C'est toi qui, pendant que je faisais ici mes études et que mon père était absent, as séduit ma soeur Victoire, et de cette splendide cité de Carthage l'a conduite, en même temps que Seconde et Restitute, dans la colonie d'Abitène. Tu n'es entré chez nous que pour corrompre l'esprit de quelques jeunes filles."

Victoire fut indignée d'entendre ces mensonges contre le sénateur. Prenant la parole avec la liberté d'une chrétienne, elle s'écria :
" Je n'ai eu besoin de personne pour partir. Ce n'est pas avec Dative que je suis venue à Abitène. Qu'on interroge les gens de la ville. Tout ce que j'ai fait, c'est de moi-même, en toute liberté. Oui, j'étais de la réunion, parce que je suis Chrétienne."

Fortunatien continua d'incriminer Dative, qui, du haut de son chevalet, niait, réfutait tout. Anulinus ordonna qu'on reprît les angles de fer, les bourreaux mirent à nu les flancs du martyr et prirent leurs crocs; leurs mains volaient, déchirant la peau, accrochant les entrailles, mettant à jour jusqu'au coeur. Dative demeurait calme : les membres se rompaient, les entrailles sortaient, les côtes volaient en éclats, son coeur restait intact et ferme. Jadis sénateur, il se souvenait du rang qu'il avait occupé dans la cité, et tandis qu'on frappait, il disait :
" Ô Christ Seigneur, que je ne sois pas confondu !
- Cessez !", dit le proconsul tout troublé.
On s'arrêta. Il n'était pas juste que le martyr du Christ fût tourmenté dans une cause qui regardait la seule Victoire.

Un avocat, Pompeianus, entra en scène, apportant contre Dative d'infâmes insinuations, mais le martyr lui dit avec mépris :
" Que fais-tu, démon ? Que tentes-tu contre les martyrs du Christ ?"
On reprit la torture. Cette fois on interrogeait sur la participation à l'assemblée. Dative répéta qu'étant survenu pendant les mystères, il s'était uni à ses frères et que la réunion n'avait pas été organisée par un seul.
Le bourreau redoubla. Dative répétait :
" Je te prie, Ô Christ, que je ne sois pas confondu.
- Qu'ai-je fait ?
- Saturnin est notre prêtre."

On appela Saturnin. Celui-ci, perdu en Dieu, n'avait regardé les tourments de ses frères que comme une chose peu importante.
Le proconsul lui dit :
" Tu as contrevenu aux édits des Empereurs et des Césars en réunissant tous ces gens-là.
- Nous avons célébré en paix les mystères.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il n'est pas permis de suspendre les mystères du Seigneur."
Le proconsul le fit étendre sur un chevalet en face de Dative, qui assistait comme insensible à l'émiettement de son corps et répétait à Dieu :
" Aide-moi, je t'en prie, Christ, aie pitié. Sauve mon âme, garde mon esprit, que je ne sois pas confondu. Je te prie, Ô Christ, donne-moi la force de souffrir."
Le proconsul dit à Dative :
" Toi, membre du conseil de cette splendide cité, tu devais ramener les autres à de meilleurs sentiments, au lieu de transgresser l'ordre des Empereurs et des Césars.
- Je suis Chrétien ", répondit Dative.
Par ces seuls mots, le démon fut vaincu.
" Cessez !", dit-il, et il fit reconduire le martyr à la prison.

Saturnin, étendu sur un chevalet déjà mouillé du sang des martyrs, trouvait dans ce contact une nouvelle vigueur.
Le proconsul lui demanda s'il était l'organisateur de la réunion.
" J'étais présent ", dit Saturnin.
Un homme bondit, c'était le lecteur Ernéritus :
" L'organisateur c'est moi, la maison c'est la mienne."
Le proconsul continua de s'adresser au vieux prêtre :
" Pourquoi violes-tu le décret des empereurs ?
- Le jour du Seigneur ne peut être omis, c'est la loi.
- Tu n'aurais pas dû mépriser la défense, mais obéir à l'ordre impérial."

La torture commence, les nerfs sont brisés, les entrailles mises à nu, la foule voit les os du martyr ruisselant de sang. Lui craignait que, à cause des lenteurs de la torture, son âme ne s'échappât dans un instant de répit.
" Je t'en prie, dit-il, Christ, exauce-moi. Je te rends grâces, Ô Dieu, ordonne que je sois décapité. Je te prie, Christ, aie pitié ; Fils de Dieu, viens à mon secours."


Martyres des saintes Restitute, Seconde, Pomponie, Januarie.
Vies de saints. R. de Monbaston. XIVe.
 
Le proconsul disait :
" Pourquoi violais-tu l'édit ?"
Le prêtre répondit :
" La loi l'ordonne... le commande.
- Cessez !", dit Anulinus, et il fit emmener le vieux prêtre à la prison.

Ce fut au tour d'Eméritus.
" Des assemblées ont eu lieu chez toi.
- Oui, nous avons célébré le jour du Seigneur.
- Pourquoi permettais-tu à ceux-ci d'entrer ?
- Parce qu'ils sont mes frères et que je ne pouvais le leur défendre.
- Tu aurais dû le faire.
- Je ne pouvais pas, nous ne pouvons vivre sans célébrer le jour du Seigneur."

On l'étendit sur le chevalet et on appela un nouveau bourreau.
" Je t'en prie, Christ, disait Eméritus, viens à mon secours.
- Tu vas contre les commandements de Dieu, malheureux."

Le proconsul l'interrompit :
" Tu n'aurais pas dû les recevoir.
- Je ne puis pas ne pas recevoir mes frères.
- L'ordre des empereurs doit l'emporter sur tout.
- Dieu est plus grand que les empereurs. Ô Christ, je t'invoque reçois mes hommages, Christ, mon Seigneur, donne-moi la force de souffrir.
- Tu as des Écritures dans ta maison ?
- J'en possède, mais dans mon coeur.
- Sont-elles dans ta maison, oui ou non ?
- Je les ai dans mon coeur. Christ, je t'en supplie, à toi mes louanges : délivre-moi, Ô Christ, je souffre pour ton nom. Je souffre pour peu de temps, je souffre volontiers : Christ, Seigneur, que je ne sois pas confondu."
" Cessez !", dit le proconsul, et il dicta le procès-verbal des premiers interrogatoires, puis il ajouta :
" Conformément à vos aveux, vous recevrez tous le châtiment que vous avez mérité."

La rage de cette bête commençait à se calmer, quand un chrétien nommé Félix, qui allait réaliser à l'instant, dans les supplices, la vérité de son nom, s'offrit au combat. Le groupe des accusés était là, toujours invincible.
" J'espère, dit Anulinus s'adressant à Félix et à tous les autres, j'espère que vous prendrez le parti d'obéir, afin de conserver la vie."
Les confesseurs dirent d'une seule voix :
" Nous sommes Chrétiens ; nous ne pouvons que garder la saine loi du Seigneur jusqu'à l'effusion du sang."
Se tournant vers Félix :
" Je ne te demande pas si tu es Chrétien, mais si tu as pris part à une assemblée et si tu possèdes les Écritures.
- La réunion, dit Félix, nous l'avons célébrée solennellement : nous nous réunissons toujours le jour du Seigneur pour lire les divines Écritures."

Anulinus, confondu, fit bâtonner Félix ; le martyr mourut pendant le supplice, mais un autre Félix lui succéda, semblable au précédent par le nom, par la foi, par le martyre. Descendu dans l'arène avec le même courage, il fut brisé comme lui sous le bâton et mourut pendant le supplice.

Vint le tour du lecteur Ampèle, à qui le proconsul demanda s'il avait assisté à la réunion :
" Je me suis réuni aux frères, j'ai célébré le jour du Seigneur, je possède les Écritures, mais dans mon coeur. Ô Christ, je te loue ; Ô Christ, exauce-moi."
On le frappa à la tête et on le reconduisit à la prison, où il pénétra comme dans le tabernacle du Seigneur.
Rogatien confessa, mais ne fut pas frappé.

Quintus, Maximien, et un troisième Félix furent bâtonnés. Pendant son supplice Félix disait :
" J'ai célébré avec dévotion le jour du Seigneur, je fus de l'assemblée avec les frères, parce que je suis Chrétien."
On le joignit aux autres dans la prison.

Saturnin, le fils du vieux prêtre, s'avança, impatient d'égaler son père :
" Étais-tu présent ?" dit le proconsul.
" Je suis Chrétien.
- Je ne te demande pas cela, étais-tu à la réunion ?
- J'y étais, parce que le Christ est mon Sauveur."

On mit le fils sur le chevalet où le père avait été étendu.
" Choisis ! Tu vois ta position. As-tu les Écritures ?
- Je suis chrétien.
- Je te demande si tu étais de la réunion et si tu as les Ecritures.
- Je suis chrétien. Le nom du Christ est le seul par qui nous puissions être sauvés.
- Puisque tu t'obstines, tu vas être torturé. Une dernière fois as-tu les Ecritures ?"
Se tournant vers le bourreau :
" Commence."

Le sang du fils se mêlait sur les crocs au sang du père. Dans ce mélange sacré l'enfant sembla trouver une vigueur nouvelle :
" J'ai les divines Écritures, dit-il, mais dans mon coeur. Je t'en prie, Ô Christ, donne-moi la force de souffrir, en toi est mon espérance.
- Pourquoi désobéis-tu à l'édit ?
- Parce que je suis chrétien.
- Cessez !", dit le proconsul, et l'enfant alla rejoindre son père.

Le jour baissait (il régnait une sorte de lassitude générale parmi les assistants et les bourreaux). Le proconsul s'adressa aux chrétiens qui n'avaient pas encore été interrogés :
" Vous voyez, leur dit-il, ce qu'ont souffert ceux qui se sont obstinés, et ce qu'il leur faudra souffrir encore s'ils persistent dans leur foi. Celui d'entre vous qui espère l'indulgence et veut avoir la vie sauve n'a qu'à avouer."
Les confesseurs s'écrient :
" Nous sommes chrétiens."
Le proconsul fit conduire tout le monde en prison.

Les femmes, toujours avides de sacrifice et de dévouement, le glorieux choeur des vierges saintes, ne devait pas être privé des honneurs de ce grand combat ; toutes, avec l'aide du Christ, combattirent dans la personne de Victoire et triomphèrent avec elle. Victoire, la plus sainte des femmes, la fleur des vierges, l'honneur et la gloire des confesseurs, de grande race, plus grande encore par sa foi et sa piété, modèle de tempérance, d'autant plus belle qu'elle était plus chaste, également belle dans son âme et dans son corps, éclatante dans sa foi et dans la perfection de sa sainteté, Victoire se réjouissait de trouver dans le martyre la seconde palme qu'elle ambitionnait. Dès l'enfance sa pureté étincelait, en ces années d'imprévoyance elle se montrait pénitente et grave. A l'âge où la virginité se voue pour toujours, afin d'échapper à la violence morale de ses parents, elle s'enfuit par la fenêtre, presque à l'heure même de ses noces, se cacha dans une grotte et coupa sa chevelure.

Le proconsul lui demanda quelle était sa foi :
" Je suis chrétienne."
Fortunatien s'efforça de la faire passer pour folle.
Victoire dit :
" Telle est ma volonté, je n'ai jamais changé."
Le proconsul :
" Veux-tu retourner avec Fortunatien, ton frère ?
- Jamais ! Je suis Chrétienne, mes frères sont ceux-ci qui gardent les commandements de Dieu.
- Réfléchis ; tu vois que ton frère veut te sauver.
- J'ai ma volonté. Je n'en ai jamais changé. Je fus de l'assemblée parce que je suis Chrétienne."
On l'adjoignit aux autres martyrs dans la prison.

Restait le dernier fils du vieux Saturnin, Hilarion, un petit enfant.
Le magistrat lui dit :
" As-tu suivi ton père et tes frères ?"
Hilarion grossit sa voix pour dire :
" Je suis Chrétien, c'est de moi-même, volontairement, que je fus à l'assemblée avec papa et mes frères."

Le proconsul essaya d'intimider l'enfant :
" Je vais te couper les cheveux, le nez et les oreilles.
- Comme tu voudras, je suis Chrétien.
- Qu'on le mette en prison.
- Grâces à Dieu."

Rq : D'après le R. P. Allard, " les détails donnés par le compilateur donatiste sur le séjour des martyrs dans la prison sont trop suspects pour que nous en puissions retenir quelque chose. Un seul fait paraît vraisemblable : Anulinus les y oublia volontairement, et, l'un après l'autre, ils moururent de faim ".

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dimanche, 10 février 2019

10 février. Sainte Scholastique, vierge. 543.

- Sainte Scholastique, vierge. 543.

Pape : Vigile. Empereur romain d'Orient : Justinien Ier. Roi des Goths d'Italie : Totila.

" Que toutes vos paroles soient telles qu'on puisse les écrire, pour les relire à haute voix, au jugement dernier, devant le genre humain et devant les esprits célestes réunis."

" Taisez-vous, ou parlez de Dieu ; car quelle chose en ce monde est digne qu'on en parle ?"
Sainte Scholastique.


Sainte Scholastique. Détail d'un dyptique. Andrea Mantegna. XVe.

La sœur du Patriarche des moines d'Occident vient nous réjouir aujourd'hui de sa douce présence ; la fille du cloître apparaît sur le Cycle à côté de la martyre! toutes deux épouses de Jésus, toutes deux couronnées, parce que toutes deux ont combattu et ont remporté la palme. L'une l'a cueillie au milieu des rudes assauts de l'ennemi, dans ces heures formidables où il fallait vaincre ou mourir ; l'autre a dû soutenir durant sa vie entière une lutte de chaque jour, qui s'est prolongée, pour ainsi dire, jusqu'à la dernière heure. Apolline et Scholastique sont sœurs ; elles sont unies à jamais dans le cœur de leur commun Epoux.

Il fallait que la grande et austère figure de saint Benoît nous apparût adoucie par les traits angéliques de cette sœur que, dans sa profonde sagesse, la divine Providence avait placée près de lui pour être sa fidèle coopératrice. La vie des saints présente souvent de ces contrastes, comme si le Seigneur voulait nous faire entendre que bien au-dessus des régions de la chair et du sang, il est un lien pour les âmes, qui les unit et les rend fécondes, qui les tempère et les complète. Ainsi, dans la patrie céleste, les Anges des diverses hiérarchies s'unissent d'un amour mutuel dont le souverain Seigneur est le nœud, et goûtent éternellement les douceurs d'une tendresse fraternelle.


Cloître du noviciat de Sainte-Scholastique à Subiaco.
François-Marie Granet. XIXe.

La vie de Scholastique s'est écoulée ici-bas, sans laisser d'autre trace que le gracieux souvenir de cette colombe qui, se dirigeant vers le ciel d'un vol innocent et rapide, avertit le frère que la sœur le devançait de quelques jours dans l'asile de l'éternelle félicité. C'est à peu près tout ce qui nous reste sur cette admirable Epouse du Sauveur, avec le touchant récit dans lequel saint Grégoire le Grand nous a retracé l'ineffable débat qui s'éleva entre le frère et la sœur, trois jours avant que celle-ci fût conviée aux noces du ciel. Mais que de merveilles cette scène incomparable ne nous révèle-t-elle pas! Qui ne comprendra tout aussitôt l'âme de Scholastique à la tendre naïveté de ses désirs, à sa douce et ferme confiance envers Dieu, à l'aimable facilité avec laquelle elle triomphe de son frère, en appelant Dieu même à son secours ? Les anciens vantaient la mélodie des accents du cygne à sa dernière heure ; la colombe du cloître bénédictin, prête à s'envoler de cette terre, ne l'emporte-t-elle pas sur le cygne en charme et en douceur ?

Mais où donc la timide vierge puisa-t-elle cette force qui la rendit capable de résister au vœu de son frère, en qui elle révérait son maître et son oracle ? qui donc l'avertit que sa prière n'était pas téméraire, et qu'il pouvait y avoir en ce moment quelque chose de meilleur que la sévère fidélité de Benoît à la Règle sainte qu'il avait donnée, et qu'il devait soutenir par son exemple ? Saint Grégoire nous répondra. Ne nous étonnons pas, dit ce grand Docteur, qu'une sœur qui désirait voir plus longtemps son frère, ait eu en ce moment plus de pouvoir que lui-même sur le cœur de Dieu ; car, selon la parole de saint Jean, Dieu est amour, et il était juste que celle qui aimait davantage se montrât plus puissante que celui qui se trouva aimer moins.


Saint Benoît et sainte Scholastique.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Sainte Scholastique sera donc, dans les jours où nous sommes, l'apôtre de la charité fraternelle. Elle nous animera à l'amour de nos semblables, que Dieu veut voir se réveiller en nous, en même temps que nous travaillons à revenir à lui. La solennité pascale nous conviera à un même banquet ; nous nous y nourrirons de la même victime de charité. Préparons d'avance notre robe nuptiale ; car celui qui nous invite veut nous voir habiter unanimes dans sa maison (Psalm. LXVII.).

La sainte Eglise nous fait lire aujourd'hui la narration que saint Grégoire a consacrée à la dernière entrevue du frère et de la sœur. Du second livre des Dialogues de saint Grégoire, Pape :


Mort de sainte Scholastique. Jean Restout. XVIIIe.

Scholastique était sœur du vénérable Père Benoît. Consacrée au Seigneur tout-puissant dès son enfance , elle avait coutume de venir visiter son frère une fois chaque année. L'homme de Dieu descendait pour la recevoir dans une maison dépendante du monastère, non loin de la porte. Scholastique étant donc venue une fois, selon sa coutume, son vénérable frère descendit vers elle avec ses disciples. Ils passèrent tout le jour dans les louanges de Dieu et les pieux entretiens ; et, quand la nuit fut venue, ils prirent ensemble leur repas. Comme ils étaient encore à table, et que le temps s'écoulait vite dans leur entretien sur les choses divines, la vierge sacrée adressa cette prière à Benoît :
" Je te prie, mon frère, de ne me pas abandonner cette nuit, afin que nous puissions jus-ce qu'au matin parler encore des joies de la vie céleste."
Le saint lui répondit :
" Que dis-tu là, ma sœur ? Je ne puis en aucune façon passer la nuit hors du monastère."
Dans ce moment, le ciel était si pur qu'il n'y paraissait aucun nuage. La servante de Dieu, ayant entendu le refus de son frère, appuya sur la table ses doigts entrelacés ; et, cachant son visage dans ses mains, elle s'adressa au Seigneur tout-puissant. Au moment où elle releva la tête, des éclairs, un violent coup de tonnerre, une pluie à torrents, se déclarèrent tout à coup : au point que ni le vénérable Benoit, ni les frères qui étaient avec lui ne purent mettre le pied hors du lieu où ils étaient.


Saint Benoît et sainte Scholastique. Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. Jean Le Tavernier. XVe.

La pieuse servante de Dieu, pendant qu'elle avait tenu sa tête appuyée sur ses mains, avait versé sur la table un ruisseau de larmes ; il n'en avait pas fallu davantage pour charger de nuages le ciel serein jusqu'à cette heure. Après la prière de la sainte, l'orage ne s'était pas fait longtemps attendre ; mais cette prière et les torrents de pluie qu'elle amenait s'étaient si parfaitement rencontrés ensemble, que, au même instant où Scholastique levait sa tête de dessus la table, le tonnerre grondait déjà : en sorte qu'un même instant vit la sainte faire ce mouvement, et la pluie tomber du ciel. L'homme de Dieu, voyant que ces éclairs, ces tonnerres, cette inondation ne lui permettaient plus de rentrer au monastère, en fut contristé, et exhala ainsi ses plaintes :
" Que le Dieu tout-puissant te pardonne, ma sœur ! Que viens-tu défaire ?"
Elle répondit :
" Je t'ai adressé une demande, et tu n'as pas voulu m'écouter : j'ai eu recours à mon Dieu, et il m'a exaucée. Maintenant sors, si tu peux, laisse-moi, et retourne à ton monastère."
Mais le saint était dans l'impossibilité de sortir de la maison, et lui qui n'avait pas voulu y rester volontairement, demeura contre son gré. Ainsi, les deux saints passèrent la nuit entière dans les veilles, et reprenant leurs pieux entretiens sur la vie spirituelle, ils se rassasièrent à loisir par l'échange des sentiments qu'ils éprouvaient.


Statue de sainte Scholastique. Arnold Hontoire.
Abbaye de La Paix-Notre-Dame. Liège. Flandres. XVIIe.

Le lendemain, la vénérable Mère retourna à son monastère, et l'homme de Dieu reprit le chemin de son cloître. Trois jours après, étant dans sa cellule, et ayant élevé ses yeux en haut, il vit l'âme de sa sœur, qui venait de briser les liens du corps, et qui, sous la forme d'une colombe, se dirigeait vers les hauteurs mystérieuses du ciel. Ravi dé joie pour la gloire dont elle était entrée en possession, il rendit grâces au Dieu tout-puissant par des hymnes et des cantiques, et annonça aux frères le trépas de Scholastique. Il les envoya aussitôt au lieu qu'elle avait habité, afin qu'ils apportassent le corps au monastère, et qu'il fût déposé dans le tombeau qu'il s'était préparé pour lui-même. Il arriva ainsi que ceux dont l'âme avait toujours été unie en Dieu ne furent point séparés par la mort, leurs corps n'ayant eu qu'un même tombeau.

RÉPONS ET ANTIENNES

Nous placerons ici quelques pièces liturgiques de l'Office monastique en l'honneur de la sœur du grand Benoît :
 
 Anne d'Autriche, reine de France, avec le futur Louis XIV et le duc
d'Orléans aux pieds de saint Benoît et de sainte Scholastique.
Philippe de Champaigne. XVIIe.

R/. L'illustre Scholastique fut la sœur du très saint Père Benoît : * Consacrée dès l'enfance au Seigneur tout-puissant, elle ne quitta jamais la voie de la justice.

V/. Louez le Seigneur, enfants, louez le Nom du Seigneur. * Consacrée dès l'enfance.

R/. Désirant se régler sur les exemples de la sainte vie de son frère, et selon la doctrine de ses sacrés enseignements, elle avait coutume de venir à lui une fois chaque année : * Et l'homme de Dieu l'instruisait de ses célestes leçons.

V/. Heureux qui écoute ses paroles et observe les règles qu'il a écrites. * Et l'homme de Dieu.

R/. La sainte vierge Scholastique était comme un jardin diligemment arrosé ; * La rosée des célestes grâces la rafraîchissait continuellement.

V/. Comme une source d'eau qui ne tarit jamais. * La rosée des célestes grâces.

R/. Le Seigneur lui accorda le désir de son cœur:* Elle obtint de lui ce qu'elle n'avait pu obtenir de son frère.

V/. Le Seigneur est bon envers tous ceux qui espèrent en lui, envers l'âme qui le cherche. * Elle obtint de lui.

R/. L'Epoux tardant à paraître, Scholastique gémissait et disait : * Qui me donnera des ailes comme à la colombe, et je volerai et je me reposerait.

V/. Voici mon bien-aimé, il me dit : Lève-toi, mon amie, et viens * Qui me donnera.

R/. Scholastique parut sous la forme d'une colombe; l'âme de son frère témoigna son allégresse par des hymnes et des cantiques : * Béni soit ce départ ! mais bien plus encore soit bénie cette entrée !

V/. Le vénérable Père Benoit demeura tout inondé d'une joie céleste. * Béni soit.

R/. L'âme de Scholastique sortit de l'arche de son corps, comme la colombe portant le rameau d'olivier, signe de paix et de grâce ; * Elle s'envola dans les cieux.

V/. Comme elle ne trouvait pas où reposer son pied, * Elle s'envola dans les cieux.


Saint Benoît et sainte Scholastique.
Giovanni Giacomo Pandolfi. XVIIe.

Ant. Que l'assemblée des fidèles tressaille d'allégresse pour la gloire de l'auguste vierge Scholastique ; que la troupe des vierges sacrées se livre à une joie plus grande encore, en célébrant la fête de celle qui par ses larmes fléchit le Seigneur, et fut plus puissante sur lui que son frère, parce qu'elle eut plus d'amour.

Ant. Aujourd'hui la sacrée vierge Scholastique monte au ciel toute joyeuse, sous la forme d'une colombe. Aujourd'hui elle jouit pour jamais avec son frère des délices de la vie céleste.

HYMNE

Voici deux Hymnes empruntées au même Office bénédictin :

" Heureuse épouse du Christ , Scholastique, colombe des vierges , les habitants du ciel te comblent de louanges ; nos cœurs te saluent en faisant monter vers toi l'hommage d'un joyeux concert.

Tu foulas aux pieds les honneurs du monde et ses couronnes ; dirigée par les enseignements de ton frère et les préceptes de sa Règle sainte, attirée par l'odeur des grâces célestes, tu appris de bonne heure à prendre le chemin de la patrie.

Ô force invincible de l'amour ! Ô victoire à jamais glorieuse, en ce jour où par la force de tes larmes tu fais descendre les pluies du ciel, et contrains le Patriarche de Nursie à continuer ses entretiens célestes.

Aujourd'hui tu brilles, au plus haut des cieux, de l'éclat de cette lumière vers laquelle tu soupirais ; les feux de la charité, les splendeurs de la grâce embellissent ton front; unie à l'Epoux, tu reposes au sein de la gloire.

Daigne donc maintenant écarter du cœur des fidèles les nuages d'ici-bas, afin que le Soleil éternel, versant sur nous sa splendeur sereine, nous comble des joies de la lumière sans fin.

Chantons gloire au Père et gloire au Fils unique ; hommage égal au Paraclet divin ; honneur éternel à celui qui créa les siècles et qui les gouverne.

Amen."


Sainte Scholastique. Eglise Saint-Jean-Baptiste.
Chaource. Champagne. XVIe.

HYMNE

" Les ombres de la nuit disparaissent, le jour désiré se lève, auquel l'Epoux éternel s'unit à la vierge Scholastique.

Le temps des frimas est passé, les nuages pluvieux ont disparu, les plaines du ciel s'émaillent de fleurs éternelles.

A l'appel du Dieu qui est amour, la bien-aimée déploie ses ailes ; conviée au baiser mystique, la colombe s'élance d'un vol rapide.

Que tu es belle dans ta marche triomphante, fille chérie du grand Roi ! L'œil de ton frère contemple ton départ ; son cœur rend grâces au Dieu éternel.

De sa droite l'Epoux la presse sur son sein ; elle recueille les couronnes qui lui sont dues ; plongée dans un fleuve de gloire, elle s'enivre des joies divines.

Ô Christ, fleur des vallons, que tous les siècles vous adorent, avec le Père et le Paraclet, dans toute l'étendue de cet univers.

Amen."


Scènes de la vie de saint Benoît. Mort de sainte Scholastique.
Ecrits sur saint Benoît. Jean de Stavelot. XIIIe.

PRIERE

" Colombe chérie de l'Epoux, que votre vol fut rapide, lorsque, quittant cette terre d'exil, vous prîtes votre essor vers lui ! L'œil de votre illustre frère, qui vous suivit un instant, vous perdit bientôt de vue ; mais toute la cour céleste tressaillit de joie à votre entrée. Vous êtes maintenant à la source de cet amour qui remplissait votre cœur, et rendait ses désirs tout-puissants sur celui de votre Epoux. Désaltérez-vous éternellement à cette fontaine de vie ; et que votre suave blancheur devienne toujours plus pure et plus éclatante, dans la compagnie de ces autres colombes, vierges de l'Agneau comme vous, et qui forment un si noble essaim autour des lis du jardin céleste.

Souvenez-vous cependant de cette terre désolée qui a été pour vous, comme elle l'est pour nous, le lieu d'épreuve où vous avez mérité vos honneurs. Ici-bas, cachée dans le creux de la pierre, comme parle le divin Cantique, vous n'avez pas déployé vos ailes, parce que rien n'y était digne de ce trésor d'amour que Dieu lui-même avait versé dans votre cœur. Timide devant les hommes, simple et innocente, vous ignoriez à quel point vous aviez " blessé le cœur de l'Epoux ".

Vous traitiez avec lui dans l'humilité et la confiance d'une âme qu'aucun remords n'agita jamais, et il se rendait à vos désirs par une aimable condescendance; et Benoit, chargé d'années et de mérites, Benoit accoutumé à voir la nature obéir à ses ordres, était vaincu par vous, dans une lutte où votre simplicité avait vu plus loin que sa profonde sagesse.

Qui donc vous avait révélé, Ô Scholastique, ce sens sublime qui, en ce jour-là, vous fit paraître plus sage que le grand homme choisi de Dieu pour être la règle vivante des parfaits ? Ce fut celui-là même qui avait élu Benoît comme l'une des colonnes de la Religion, mais qui voulut montrer que la sainte tendresse d'une charité pure l'emporte encore à ses yeux sur la plus rigoureuse fidélité à des lois qui n'ont été faites que pour aider à conduire les hommes au but que votre cœur avait déjà atteint. Benoît, l'ami de Dieu, le comprit ; et bientôt, reprenant le cours de leur céleste entretien, vos deux âmes se confondirent dans la douceur de cet amour incréé qui venait de se révéler et de se glorifier lui-même avec tant d'éclat. Mais vous étiez mûre pour le ciel, Ô Scholastique ; votre amour n'avait plus rien de terrestre ; il vous attirait en haut. Encore quelques heures, et la voix de l'Epoux allait vous faire entendre ces paroles de l'immortel Cantique, que l'Esprit-Saint semble avoir dictées pour vous :
" Lève-toi, Ô mon amie, ma belle, et viens ; ma colombe, montre-moi ton visage ; que ta voix résonne à mon oreille ; car ta voix est douce, et ton visage est plein d'attraits." (Cant. II, 10.).

Dans votre départ de la terre, ne nous oubliez pas, Ô Scholastique ! Nos âmes sont appelées à vous suivre, bien qu'elles n'aient pas les mêmes charmes aux yeux de l'Epoux. Moins fortunées que la vôtre, il leur faut se purifier longtemps pour être admises dans le séjour où elles contempleront votre félicité. Votre prière força les nuées du ciel à envoyer leur pluie sur la terre ; qu'elle obtienne pour nous les larmes de la pénitence. Vos délices furent dans les entretiens sur la vie éternelle ; rompez nos conversations futiles et dangereuses ; faites-nous goûter ces discours du ciel, dans lesquels les âmes aspirent à s'unir à Dieu. Vous aviez trouvé le secret de cette charité fraternelle dont la tendresse même est un parfum de vertu qui réjouit le coeur de Dieu ; ouvrez nos cœurs à l'amour de nos frères ; chassez-en la froideur et l'indifférence, et faites-nous aimer comme Dieu veut que nous aimions.

Mais, Ô colombe de la solitude, souvenez-vous de l'arbre sous les rameaux duquel s'est abritée votre vie. Le cloître bénédictin vous réclame, non seulement comme la sœur, mais encore comme la fille de son auguste Patriarche. Du haut du ciel, contemplez les débris de cet arbre autrefois si vigoureux et si fécond, à l'ombre duquel les nations de l'Occident se sont reposées durant tant de siècles. De toutes parts, la hache dévastatrice de l'impiété s'est plue aie frapper dans ses branches et dans ses racines. Ses ruines sont partout ; elles jonchent le sol de l'Europe entière. Cependant, nous savons qu'il doit revivre, qu'il poussera de nouveaux rameaux, et que votre divin Epoux, Ô Scholastique, a daigné enchaîner le sort de cet arbre antique aux destinées mêmes de l'Eglise. Priez pour que la sève première revive en lui ; protégez d'un soin maternel les faibles rejetons qu'il produit encore ; défendez-les de l'orage, bénissez-les, et rendez-les dignes de la confiance que l'Eglise daigne avoir en eux."

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dimanche, 20 janvier 2019

20 janvier. Saint Sébastien, martyr, surnommé le défenseur de l'Eglise. 288.

- Saint Sébastien, martyr, surnommé le défenseur de l'Eglise. 288.

Pape : Saint Caïus. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule. Empereur romain d'Orient : Dioclétien.

" Seigneur adorable, à l’instant où le sang du bienheureux martyr Sébastien est répandu pour la confession de votre nom, vos merveilles sont manifestées parce que vous affermissez la vertu dans l’infirmité, vous augmentez notre zèle, et par sa prière vous conférez du secours aux malades."
Saint Ambroise de Milan.

" Saint Sébastien, défendez-nous de la contagion des mauvais exemples et de l'envahissement des maximes mondaines qui se glissent sous un faux air de christianisme."
Dom Prosper Guéranger.


Saint Sébastien et un saint franciscain. Le Perugin. XVe.

Sébastien, Sebastianus, vient de sequens, suivant, beatitudo, béatitude ; astin, ville et ana, au-dessus ; ce qui veut dire qu'il a suivi la béatitude de la cité suprême et de la gloire d'en haut. Il la posséda et l’acquit au prix de cinq deniers, selon saint Augustin, avec la pauvreté, le royaume ; avec la douleur, la joie ; avec le travail, le repos ; avec l’ignominie, la gloire et avec la mort, la vie.

Sébastien viendrait encore de basto, selle. Le soldat, c'est le Christ ; le cheval, l’Église et la selle, Sébastien ; au moyen de laquelle Sébastien combattit dans l’Église et obtint de surpasser beaucoup de martyrs. Ou bien Sébastien signifie entouré, ou allant autour : entouré, il le fut de flèches comme un hérisson ; allant autour, parce qu'il allait trouver tous les martyrs et les réconfortait.


Andrea Mantegna. XVe.

Sébastien était un parfait Chrétien, originaire de Narbonne (son père était de cette ville) et citoyen de Milan (sa mère était milanaise). Il fut assez heureux pour recevoir une éducation chrétienne et il n'oublia jamais de mettre en pratique les leçons de foi et de vertus qu'il avait apprises dans sa jeunesse, lors même qu'il s'était engagé dans la profession des armes sous l'empereur Carus et ses successeurs.

Il fut tellement chéri des empereurs Dioclétien et Maximien-Hercule qu'ils lui donnèrent le commandement de la première cohorte (il fut fait capitaine de première compagnie de la garde prétorienne, charge qui ne se donnait qu'à de grands seigneurs et à des personnes fort illustres tant par leurs qualités que par leur naissance) et voulurent l’avoir constamment auprès d'eux.

Or, il portait l’habit militaire dans l’unique intention d'affermir le coeur des Chrétiens qu'il voyait faiblir dans les tourments.
Quand les très illustres citoyens Marcellien et Marc, frères jumeaux, allaient être décollés pour la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ, leurs parents vinrent pour arracher de leurs coeurs leurs bonnes résolutions. Arrive leur mère, la tête découverte, les habits déchirés, qui s'écrie en découvrant son sein :
" Ô chers et doux fils, je suis assaillie d'une misère inouïe et d'une douleur intolérable. Ah, malheureuse que je suis ! Je perds mes fils qui courent de plein gré à la mort : si des ennemis me les enlevaient, je poursuivrais ces ravisseurs au milieu de leurs bataillons ; si une sentence les condamnait a être renfermés, j'irais briser la prison, dussé-je en mourir. Voici une nouvelle manière de périr : aujourd'hui on prie le bourreau de frapper, on désire la vie pour la perdre, on invite la mort à venir. Nouveau deuil, nouvelle misère ! Pour avoir la vie, des fils, jeunes encore, se dévouent à la mort et des vieillards, des parents infortunés sont forcés de tout subir."


Marc, Marcellien et leurs parents. Speculum historiale.
V. de Beauvais. François et collaborateurs. XVe.

Elle parlait encore quand le père, plus âgé que la mère; arrive porté sur les bras de ses serviteurs. Sa tête est couverte de cendres ; il s'écrie en regardant le ciel :
" Mes fils se livrent d'eux-mêmes â la mort ; je suis venu leur adresser mes adieux et ce que j'avais préparé pour m’ensevelir, malheureux que je suis! je l’emploierai à la sépulture de mes enfants. Ô mes fils ! Bâton de ma vieillesse, double flambeau de mon coeur, pourquoi aimer ainsi la mort ? Jeunes gens, venez ici, venez pleurer sur mes fils. Pères, approchez donc, empêchez-les, ne souffrez pas un forfait pareil : mes yeux, pleurez jusqu'à vous éteindre afin que je ne voie pas mes fils hachés par le glaive."

Le père venait de parler ainsi quand arrivent leurs épouses offrant à leurs yeux leurs propres enfants et poussant des cris entremêlés de hurlements :
" A qui nous laissez-vous ? Quels seront les maîtres de ces enfants ? Qui est-ce qui partagera vos grands domaines ? Hélas! Vous avez donc des coeurs de fer pour mépriser vos parents, pour dédaigner vos amis, pour repousser vos femmes, pour méconnaître vos enfants et pour vous livrer spontanément aux bourreaux !"

A ce spectacle, les coeurs de ces hommes se prirent à mollir. Saint Sébastien se trouvait là ; il sort de la foule :
" Magnanimes soldats du Christ, s'écrie-t-il, n'allez pas perdre une couronne éternelle en vous laissant séduire par de pitoyables flatteries."
Et s'adressant aux parents :
" Ne craignez rien, dit-il, vous ne serez pas séparés ; ils vont dans le ciel vous préparer des demeures d'une beauté éclatante : car dès l’origine du mondé, cette vie n'a cessé de tromper ceux qui espèrent en elle ; elle dupe ceux qui la recherchent ; elle illusionne ceux qui comptent sur elle ; elle rend tout incertain, en sorte qu'elle ment à tous. Cette vie, elle apprend au voleur, ses rapines ; au colère, ses violences ; au menteur, ses fourberies. C'est elle qui commande les crimes, qui ordonne les forfaits, qui conseille les injustices ; cette persécution que nous endurons ici est violente aujourd'hui et demain elle sera évanouie. Une heure l’a amenée, une heure l’emportera ; mais les peines éternelles se renouvellent sans cesse, pour sévir ; elles entassent punition sur punition, la vivacité de leurs flammes augmente sans mesure. Réchauffons nos affections dans l’amour du martyre. Ici le démon croit vaincre ; mais alors qu'il saisit, il est captif lui-même quand il croit tenir, il est garrotté ; quand il vainc, il est vaincu ; quand il tourmente, il est tourmenté ; quand il égorge, il est tué ; quand il insulte, il est honni."


Saint Sébastien et saint Polycarpe prêchant à Marc, Marcellien
et à leurs parents. Speculum historiale. V. de Beauvais.
François et collaborateurs. XVe.

Or, tandis que saint Sébastien parlait ainsi, tout à coup, pendant près d'une heure, il fut environné d'une grande lumière descendant du ciel, et, au milieu de cette splendeur, il parut revêtu d'une robe éclatante de blancheur ; en même temps il fut entouré de sept anges éblouissants. Devant lui apparut encore un jeune homme qui lui donna la paix et lui dit :
" Tu seras toujours avec moi."

Alors que le bienheureux Sébastien adressait ces avis, Zoé, femme de Nicostrate, dans la maison duquel les saints étaient gardés, Zoé, dis-je, qui avait perdu la parole, vint se jeter aux pieds de Sébastien en lui demandant pardon par signes. Alors Sébastien dit :
" Si je suis le serviteur de Notre Seigneur Jésus-Christ, et si tout ce que cette femme a entendu sortir de mes lèvres est vrai, si elle le croit, que celui qui a ouvert la bouche de son prophète Zacharie ouvre sa bouche."
A ces mots, cette femme s'écria :
" Béni soit le discours de votre bouche, et bénis soient tous ceux qui croient ce que vous avez dit : j'ai vu un ange tenant devant vous un livre dans lequel tout ce que vous disiez était écrit."

Son mari, qui entendit cela, se jeta aux pieds de saint Sébastien en lui demandant de le pardonner ; alors il délia les martyrs et les pria de s'en aller en liberté. Ceux-ci répondirent qu'ils ne voulaient pas perdre la couronne à laquelle ils avaient droit. En effet une telle grâce et une si grande efficacité étaient accordées par le Seigneur aux paroles de Sébastien, qu'il n'affermit pas seulement Marcellien et Marc dans la résolution de souffrir le martyre, mais qu'il convertit encore à la foi leur père Tranquillin et leur mère avec beaucoup d'autres que le prêtre Polycarpe baptisa tous.


Martyres de saint Sébastien, saint Marc et saint Marcellien.
Speculum historiale. V. de Beauvais. François et collaborateurs. XVe.

Quant à Tranquillin, qui était très gravement malade, il ne fut pas plutôt baptisé que de suite il fut guéri. Le préfet de la ville de Rome, très malade lui-même, pria Tranquillin de lui amener celui qui lui avait rendu la santé. Le prêtre Polycarpe et Sébastien vinrent donc chez lui et il les pria de le guérir aussi. Sébastien lui dit de renoncer d'abord à ses idoles et de lui donner la permission de les briser ; qu'à ces conditions, il recouvrerait la santé.

Comme Chromace, le préfet, lui disait de laisser ce soin à ses esclaves et de ne pas s'en charger lui-même, Sébastien lui répondit :
" Les gens timides redoutent de briser leurs dieux ; mais encore si le diable en profitait pour les blesser, les infidèles ne manqueraient pas de dire qu'ils ont été blessés parce qu'ils brisaient leurs dieux."
Polycarpe et Sébastien ainsi autorisés détruisirent plus de deux cents idoles. Ensuite ils dirent à Chromace :
" Comme pendant que nous mettions en pièces vos idoles, vous deviez recouvrer la santé et que vous souffrez encore, il est certain que, ou vous n'avez pas renoncé à l’infidélité, ou bien vous avez réservé quelques idoles."

Alors Chromace avoua qu'il avait une chambre où était rangée toute la suite des étoiles, pour laquelle son père avait dépensé plus de deux cents livres pesant d'or ; et qu'à l’aide de cela il prévoyait l’avenir. Sébastien lui dit :
" Aussi longtemps que vous conserverez tous ces vains objets, vous ne conserverez pas la santé."
Chromace ayant consenti à tout, Tiburce, son fils, jeune homme fort distingué, dit :
" Je ne souffrirai pas qu'une oeuvre si importante soit détruite ; mais pour ne paraître pas apporter d'obstacles à la santé de mon père, qu'on chauffe deux fours, et si, après la destruction de cet ouvrage, mon père n'est pas guéri, que ces hommes soient brûlés tous les deux."
Sébastien répondit :
" Eh bien ! soit !"
Et comme on brisait tout, un ange apparut au préfet et lui déclara que Notre Seigneur Jésus-Christ lui rendait la santé ; à l’instant il fut guéri et courut vers l’ange pour lui baiser les pieds ; mais celui-ci l’en empêcha, par la raison qu'il n'avait, pas encore reçu le baptême. Alors lui, Tiburce, son fils, et quatre cents personnes de sa maison furent baptisées.


Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Pour Zoé, qui était entre les mains des infidèles, elle rendit l’esprit dans des tourments prolongés. A cette nouvelle, Tranquillin brava tout et dit :
" Les femmes sont couronnées avant nous. Pourquoi vivons-nous encore ?"
Et quelques jours après, il fut lapidé.

On ordonna à saint Tiburce ou de jeter de l’encens en l’honneur des dieux sur un brasier ardent, ou bien de marcher nu-pieds sur ces charbons. Il fit alors le signe de la croix sur soi, et il marcha- nu-pieds sur le brasier :
" Il me semble, dit-il, marcher sur des roses au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ."
Le préfet Fabien se mit à dire :
" Qui ne sait que le Christ vous a enseigné la magie ?"
Tiburce lui répondit :
" Tais-toi, malheureux ! car tu n'es pas digne de prononcer un nom si saint et si suave à la bouche."
Alors le préfet en colère le fit décoller.

Marcellien et Marc sont attachés à un poteau, et après y avoir été liés, ils chantèrent ces paroles du Psaume :
" Voyez comme il est bon et agréable pour des frères d'habiter ensemble, etc."
Le préfet leur dit :
" Infortunés, renoncez à ces folies et délivrez-vous vous-mêmes."
Et ils, répondirent :
" Jamais nous n'avons été mieux traités. Notre désir serait que tu nous laissasses attachés pendant que nous sommes revêtus de notre corps."


Heures de Marguerite d'Orléans. XVe.

Alors le préfet ordonna que l’on enfonçât des lances dans leurs côtés, et ils consommèrent ainsi leur martyre. Après quoi le préfet fit son rapport à Dioclétien touchant Sébastien. L'empereur le manda et lui dit :
" J'ai toujours voulu que, tu occupasses le premier rang parmi les officiers de mon palais, or tu as agi en secret contre mes intérêts, et tu insultes aux dieux."
Sébastien lui répondit :
" C'est dans ton intérêt que toujours j'ai honoré Notre Seigneur Jésus-Christ, et c'est pour la conservation de l’empire Romain que toujours j'ai adoré le Dieu qui est dans le ciel."
Alors Dioclétien le fit lier au milieu d'une plaine et ordonna aux archers qu'on le perçât à coups de flèches. Il en fut tellement couvert, qu'il paraissait être comme un hérisson ; quand on le crut mort, on se retira.

Mais ayant été hors de danger quelques jours après, il vint se placer sur l’escalier, et reprocha durement aux empereurs qui descendaient du palais les maux infligés par eux aux chrétiens. Les empereurs dirent :
" N'est-ce pas là Sébastien que nous avons fait périr dernièrement à coups de flèches ?"
Sébastien reprit :
" Le Seigneur m’a rendu la vie pour que je pusse venir vous reprocher à vous-mêmes les maux dont vous accablez les chrétiens. Les pontifes de vos temples vous abusent, Ô empereur ! Ils inventent plusieurs choses contre les Chrétiens, disant qu'ils sont ennemis de votre empire ; ce sont les Chrétiens au contraire, qui le maintiennent par les prières qu'ils font pour sa conservation."
Alors l’empereur le fit fouetter jusqu'à ce qu'il rendît l’esprit ; il ordonna de jeter son corps dans le cloaque pour qu'il ne fût pas honoré par les chrétiens comme un martyr.


Sainte Lucile et sainte Irène emportent saint Sébastien inconscient.
Gustave Moreau. XIXe.
 
Mais saint Sébastien apparut la nuit suivante à sainte Lucine, lui révéla le lieu où était son corps et lui commanda de l’ensevelir auprès des restes des apôtres : ce qui fut exécuté. Le lieu où fut enseveli saint Sébastien était voisin de la catacombe de Saint-Calixte ; il prit le nom de cimetière de Saint-Sébastien. Plus tard sur son tombeau, par ordre du pape Damase, on éleva une belle basilique ; une magnifique statue en marbre blanc du saint décore le tombeau.

Le martyre de saint Sébastien eut lieu le 20 janvier, l'an 288, le quatrième de l'empire de Dioclétien ; l'Eglise célèbre sa fête ce jour, avec office double. Cette fête était autrefois chômée par le peuple chrétien en plusieurs diocèse du monde.


Le corps de saint Sébastien jeté dans la Cloaca Maxima.
Ludovico Carracci. XVIIe.

Saint Sébastien est le patron des aiguilletiers (fabricants de galons pour les uniformes militaires), des arbalétriers, archers, arquebusiers et des marchands de ferrailles.
On l'invoque non seulement contre la peste en général, mais en Anjou par exemple, on a recours à lui contre les épizooties (pestes du bétail).

Saint Sébastien est représenté percé de flèches et attaché à un tronc d'arbre ; on voit quelque fois au-dessus de sa tête un ange tenant une couronne. On trouve aussi notre Saint en tenue militaire, tenant deux flèches d'une main, et de l'autre une couronne : ses traits doivent être ceux d'un vieillards.


Andrea Mantegna. XVe.

RELIQUES

Saint Grégoire rapporte, au premier livre de ses Dialogues, qu'une femme de Toscane, nouvellement mariée, fut invitée à se rendre à la dédicace d'une église de saint Sébastien ; et la nuit qui précéda la fête, pressée par la volupté de la chair, elle ne put s'abstenir de son mari. Le matin, elle partit, rougissant plutôt des hommes que de Dieu. Mais à peine était-elle entrée dans l’oratoire Où étaient les reliques de saint Sébastien, que le diable s'empara d'elle, et la tourmenta en présence de la foule.

Alors un prêtre de cette église saisit un voile de l’autel pour en couvrir cette femme, mais le diable s'empara aussitôt de ce prêtre lui-même. Des amis conduisirent la femme à des enchanteurs afin de la délivrer parleurs sortilèges.
" Mais à l’instant où ils l’enchantaient, et par la permission de Dieu, une légion composée de 6666 démons entra en elle et la tourmenta avec plus de violence. Un personnage d'une grande sainteté, nommé Fortunat, la guérit par ses prières."

On lit dans les Gestes des Lombards qu'au temps du roi Gombert, l’Italie entière fut frappée d'une peste si violente que les vivants suffisaient à peine à ensevelir les morts ; elle fit de grands ravages, particulièrement à Rome et à Pavie. Alors un bon ange apparut sous une forme visible à une foule de personnes, ordonnant au mauvais ange qui le suivait et qui avait un épieu à la main, de frapper et d'exterminer.
Or, autant de fois il frappait une maison, autant il y avait de morts à enterrer. Il fut révélé alors, par l’ordre de Dieu, à une personne, que la peste cesserait entièrement ses ravages si l’on érigeait à Pavie un autel à saint Sébastien. Il fut en effet élevé dans l’église de Saint-Pierre-aux-liens. Aussitôt après, le fléau cessa. Les reliques de saint Sébastien y furent apportées de Rome.


Martyre de saint Sébastien. Psautier cistercien. Besançon. XIIIe.

Une des translations les plus importantes se fit en France sous Louis le Débonnaire. Ce prince obtint du pape Eugène II la permission de faire transpporter à Saint-Médard de Soissons une part importante des reliques de saint Sébastien. Ce riche trésor fut placé solennellement par l'évêque Rothade dans la célèbre abbaye Saint-Médard, le deuxième dimanche de l'Avent, au neuvième jour de décembre de l'an 826.
 
En 1564, les bêtes féroces calvinistes jetèrent les reliques dans les fossés de l'abbaye, mais de pieux fidèles les sauvèrent avec celles de saint Grégoire le Grand et de saint Médard. On les conserva confondues jusqu'en 1793, partie dans l'église Notre-Dame, partie dans Saint-Médard.
Ruinée et dévastée par d'autres bêtes féroces (les révolutionnaires de 1792), l'abbaye Saint-Médard de Soissons perdit définitivement ces précieuses reliques.

Il se trouvent des fragments, détachés des trésors de Saint-Médard et de Notre-Dame de Soissons, à Amiens et à Meaux.

Statue du Bernin. Basilique Saint-Sébastien. Rome. XVIIe.

HYMNE

Les anciens livres liturgiques contiennent de nombreuses pièces en l'honneur de saint Sébastien ; nous donnerons seulement l'Hymne suivante, qui appartient au Bréviaire Ambrosien :

" En ce jour dédié à l'honneur de Sébastien Martyr, notre concitoyen illustre, rendons-lui gloire dans nos chants unanimes.

Ce noble athlète du Christ, plein de l'ardeur du combat, abandonne sa patrie, qui pour lui a moins de dangers, et vient dans Rome affronter la lutte.

C'est là que, sectateur d'une doctrine sublime, repoussant l'idolâtrie, il aspire aux trophées d'un glorieux martyre.

Des nœuds multipliés l'enchaînent au tronc d'un arbre ; c'est là que sa poitrine, comme un bouclier suspendu, sert de but aux traits des archers.

Les flèches se réunissent sur son corps comme une forêt ; mais son âme, plus ferme que l'airain, insulte à la mollesse du fer, et demande à ce fer d'être plus meurtrier.

A voir le sang qui baigne le corps du Martyr, on croirait qu'il a expiré ; mais une chaste femme est venue panser ces plaies enflammées.

Ces blessures profondes inspirent un courage céleste au soldat du Christ ; il va provoquer encore le tyran, et bientôt il expire sous les coups meurtriers.

Maintenant, assis dans les hauteurs du ciel, vaillant guerrier ! éloignez la peste, et gardez même les corps de vos concitoyens.

Au Père, au Fils, et à vous, Esprit-Saint, comme toujours, soit à jamais gloire dans tous les siècles.

Amen."


Tryptique de Saint-Sébastien. Détail. Givanni del Biondo. XIVe.

ORAISON

Cette Oraison se lit au Missel Gothique :

" Ô Dieu qui, par votre très heureux Martyr Sébastien, avez fortifié les cœurs de vos fidèles, et sous la chlamyde d'un empire terrestre, l'avez rendu un soldat parfait de votre Nom ; accordez-nous de militer constamment pour votre gloire ; armez notre bouche des enseignements de votre justice, éclairez notre cœur par le charme de votre amour, et, arrachant notre chair aux passions, fixez-la par les clous de votre croix.
Amen."


Mathias Grünewald. Retable d'Issenheim. XVIe.

PRIERE

Cette très belle prière nous vient à nouveau de dom Prosper Guéranger dans son Année liturgique :

" Vaillant soldat de l'Emmanuel ! Vous vous reposez maintenant à ses pieds. Vos blessures sont guéries, et vos palmes sont toujours verdoyantes. Du haut du ciel, jetez les regards sur la chrétienté qui applaudit à vos triomphes. A cette époque de l'année, vous nous apparaissez comme le gardien fidèle du berceau de l'Enfant divin ; l'emploi que vous remplissiez à la cour des princes de la terre, vous l'exercez maintenant dans le palais du Roi des rois. Daignez y introduire et y protéger nos vœux et nos prières.

Avec quelle faveur l'Emmanuel écoutera vos requêtes, lui que vous avez aimé d'un si invincible amour ! Dans l'ardeur de verser votre sang pour son service, un théâtre vulgaire ne vous suffisait pas ; il vous fallait Rome, cette Babylone enivrée du sang des Martyrs, comme parle saint Jean. Mais vous ne vouliez pas cueillir seulement une palme, et monter en hâte dans les cieux ; votre zèle pour vos frères vous rendait inquiet sur leur constance. Vous aimiez à pénétrer dans les cachots où ils rentraient tout brisés par les tortures ; et vous veniez raffermir entre leurs mains la palme chancelante. On eût dit que vous aviez reçu l'ordre de former la milice prétorienne du Roi céleste, et que vous ne deviez entrer au ciel que dans la société des guerriers choisis par vous pour la garde de sa personne.

Enfin, le moment est venu où vous devez songer à votre propre couronne ; l'heure de la confession a sonné. Mais, pour un athlète comme vous, Ô Sébastien, un martyre unique ne suffit pas. En vain les archers ont épuisé leurs carquois sur vos membres ; la vie est restée en vous tout entière ; et la victime demeure aussi tout entière pour une seconde immolation. Tels furent les chrétiens du premier âge, et nous sommes leurs fils.


Retable de Saint-Sébastien. Hans Holbein. XVIe.

Donc, Ô guerrier du Seigneur, considérez l'extrême faiblesse de nos cœurs où languit l'amour du Christ ; prenez pitié de vos derniers descendants. Tout nous effraie, tout nous abat, et trop souvent nous sommes, même à notre insu, les ennemis de la croix. Nous oublions trop souvent que nous ne pouvons habiter avec les Martyrs, si nos cœurs ne sont pas généreux comme le fut le cœur des Martyrs. Nous sommes lâches dans la lutte avec le monde et ses pompes, avec les penchants de notre cœur et l'attrait des sens ; et quand nous avons fait avec Dieu une paix facile, scellée du gage de son amour, nous croyons qu'il ne nous reste plus qu'à cheminer doucement vers le ciel, sans épreuves et sans sacrifices volontaires. Arrachez-nous à de telles illusions, Ô Sébastien ! Réveillez-nous de notre sommeil ; et pour cela ranimez l'amour qui dort dans nos cœurs.

Défendez-nous de la contagion des mauvais exemples et de l'envahissement des maximes mondaines qui se glissent sous un faux air de christianisme.


Plaquette de bronze doré. Galeazzo Mondella. XVe.

Rendez-nous ardents pour notre sanctification, vigilants sur nos inclinations, zélés pour le salut de nos frères, amis de la croix, et détachés de notre corps. Par ces flèches qui ont percé vos membres généreux, éloignez de nous les traits que l'ennemi nous lance dans l'ombre.

Armez-nous, ô soldat du Christ, de l'armure céleste que nous décrit le grand Apôtre dans sa Lettre aux Ephésiens ; placez sur notre cœur la cuirasse de la justice, qui le défendra contre le péché ; couvrez notre tête du casque du salut, c'est-à-dire de l'espérance des biens futurs, espérance éloignée également de l'inquiétude et de la présomption ; placez à notre bras le bouclier de la foi, dur comme le diamant, et contre lequel viendront se briser tous les traits de l'ennemi qui voudrait égarer notre esprit pour séduire notre cœur; enfin, mettez à notre main le glaive de la parole de Dieu, par lequel nous dissiperons toutes les erreurs et renverserons tous les vices ; car le ciel et la terre passent, et la Parole de Dieu reste, comme notre règle et notre espérance.

Défenseur de l'Eglise, ainsi appelé par la bouche d'un saint Pape Martyr, levez votre épée pour la défendre encore. Abattez ses ennemis, dissipez leurs plans perfides ; donnez-nous cette paix que l'Eglise goûte si rarement, et durant laquelle elle se prépare à de nouveaux combats. Bénissez les armes chrétiennes, au jour où nous aurions à lutter contre les ennemis extérieurs. Protégez Rome qui honore votre tombeau ; sauvez la France, qui se glorifia longtemps de posséder une partie de vos sacrés ossements. Eloignez de nous les fléaux de la peste et les maladies contagieuses ; écoutez la voix de ceux qui, chaque année, vous implorent pour la conservation des animaux que le Seigneur a donnés à l'homme pour l'aider dans ses labeurs. Enfin, par vos prières, assurez-nous le repos de la vie présente, mais surtout les biens de l'éternité."


Girolamo Genga. XVIe.

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