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mercredi, 09 novembre 2016

9 novembre. Dédicace de l'église du Sauveur, aujourd'hui archibasilique Saint-Jean de Latran. 324.

- Dédicace de l'église du Sauveur, aujourd'hui archibasilique Saint-Jean de Latran. 324.

Pape : Saint Sylvestre Ier. Empereur romain d'Occident : Constantin Ier. Empereur romain d'Orient : Licinius.

" Domus Dei nos ipsi ; nos in hoc saeculo aedificamur, ut in fine saeculi edificemur."
" Nous sommes les temples de Dieu, nous avons été édifiés dans le temps pour être dédiés à la fin des temps."
Saint Augustin. Serm. CCCXXXVI in dedicat.


Archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Le Maître-autel, sur lequel seul le pape peut offrir le saint sacrifice de la messe, est l'autel sur lequel saint Pierre disait la messe lorsqu'il était à Rome. C'est l'unique autel sous lequel il n'y ait point de relique.
Au trésor de lapremière église du monde, on trouve entre autre la table sur laquelle Notre Seigneur institua le saint sacrifice de la Messe, un morceau du linge de pourpre dont les soldat le revêtirent lors de Sa Passion, les crânes de saint Pierre et de saint Paul, etc.
Jean Sobieski, après sa victoire à Vienne contre les Mahométans, insista pour que sa bannière fut exposée dans la première église du monde en signe de son dévouement à l'Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Au quatrième siècle de notre ère, la fin des persécutions sembla au monde un avant-goût de sa future entrée dans la cité de la paix sans fin. " Gloire au Tout-Puissant ! gloire au Rédempteur de nos âmes !" s'écrie, en tête du dixième et dernier livre de son Histoire, le contemporain Eusèbe. Et témoin du triomphe, il décrit l'admirable spectacle auquel donna lieu partout la dédicace des sanctuaires nouveaux.

De villes en villes, s'assemblaient les évêques et s'empressaient les foules. De peuples à peuples, une telle bienveillance de mutuelle charité, de commune foi, d'allégresse recueillie harmonisait les cœurs, que l'unité du corps du Christ apparaissait aux yeux, dans cette multitude animée d'un même souffle de l'Esprit-Saint ; c'était l'accomplissement des anciennes prophéties : cité vivante du Dieu vivant où tout sexe et tout âge exaltaient l'auteur de tous biens. Combien augustes apparurent alors les rites de notre Eglise ! La perfection achevée qu'y déployaient les Pontifes, l'élan de la psalmodie, les lectures inspirées, la célébration des ineffables Mystères formaient un ensemble divin (Euseb. Hist. eccl. X, I-IV.).


Frontispice de l'archibasilique Saint-Jean de Latran (détail). Rome.

Constantin avait mis les trésors du fisc à la disposition des évêques, et lui-même stimulait leur zèle pour ce qu'il appelait dans ses édits impériaux l'œuvre des églises (Euseb. De Vita Constantini, II, XLV, XLVI.). Rome surtout, lieu de sa victoire par la Croix et capitale du monde devenu chrétien, bénéficia de la munificence du prince. Dans une série de dédicaces à la gloire des Apôtres et des saints Martyrs, Silvestre, Pontife de la paix, prit possession de la Ville éternelle pour le vrai Dieu.

Aujourd'hui fut le jour natal de l'Eglise Maîtresse et Mère, dite du Sauveur, Aula Dei (Palais de Dieu.), Basilique d'or ; nouveau Sinaï (Inscriptio vetus olim in apside majori.), d'où les oracles apostoliques et tant de conciles notifièrent au monde la loi du salut. Qu'on ne s'étonne pas d'en voir célébrer la fête en tous lieux.


Choeur de l'archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Si depuis des siècles les Papes n'habitent plus le palais du Latran, la primauté de sa Basilique survit dans la solitude à tout abandon. Comme au temps de saint Pierre Damien, il est toujours vrai de dire qu'" en la manière où le Sauveur est le chef des élus, l'Eglise qui porte son nom est la tête des églises ; que celles de Pierre et de Paul sont, à sa droite et à sa gauche, les deux bras par lesquels cette souveraine et universelle Eglise embrasse toute la terre, sauvant tous ceux qui désirent le salut, les réchauffant, les protégeant dans son sein maternel ". (Petr. Dam. Epist. L. II, 1.).

Et Pierre Damien appliquait conjointement au Sauveur et à la Basilique, sacrement de l’unité, les paroles du prophète Zacharie : Voici l’ homme dont le nom est Orient ; il germera de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur ; il bâtira, dis-je, un temple au Seigneur, et il aura la gloire, et il s'assiéra : et sur son trône il sera Roi, et sur son trône il sera Pontife (Zach. VI, 12, 13.).


Abside de saint Jean. Archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

C'est au Latran que, de nos jours encore, a lieu la prise de possession officielle des Pontifes romains. Là s'accomplissent chaque année en leur nom, comme Evêques de Rome, les fonctions cathédrales delà bénédiction des saintes Huiles au Jeudi saint et, le surlendemain, de la bénédiction des fonts, du baptême solennel, de la confirmation, de l'ordination générale.

Prudence, le grand poète de l'âge du triomphe, reviendrait en nos temps qu'il dirait toujours :
" A flots pressés le peuple romain court à la demeure de Latran, d'où l'on revient marqué du signe sacré, du chrême royal ; et il faudrait douter encore, Ô Christ, que Rome te fût consacrée !" (Prudent. Lib. I contra Symmachum, 586-588.).

Ce fut le bienheureux Pape Silvestre qui établit le premier les rites observés par l'Eglise romaine dans la consécration des églises et des autels. Il y avait bien dès le temps des Apôtres, en effet, certains lieux voués à Dieu, et nommés Oratoires par les uns, Eglises par d'autres ; on y tenait l'assemblée le premier jour de la semaine, et le peuple chrétien avait la coutume d'y prier, d'y entendre la parole de Dieu, d'y recevoir l'Eucharistie : cependant on ne les consacrait pas avec autant de solennité ; on n'y élevait pas d'autel fixe qui, oint du chrême, exprimât le symbole de notre Seigneur Jésus-Christ, pour nous autel, hostie et pontife.


Abside de saint Jean (détail).
Archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Mais lorsque l'empereur Constantin eut par le sacrement du baptême obtenu la santé du corps et le salut de l'Âme, une loi émanant de lui fut portée qui pour la première fois permettait dans tout l'univers aux Chrétiens de bâtir des églises. Non content de cet édit, le prince voulut même leur donner l'exemple et inaugurer les saints travaux. C'est ainsi que dans son propre palais de Latran, il dédia une église au Sauveur, et fonda le baptistère contigu sous le nom de saint Jean-Baptiste, dans le lieu où lui-même, baptisé par saint Silvestre, avait été guéri de la lèpre.

C'est cette église que le Pontife consacra le cinq des ides de novembre ; et nous en célébrons la mémoire en ce même jour où pour la première fois à Rome une église fut ainsi publiquement consacrée, où l'image du Sauveur apparut visible sur la muraille aux yeux du peuple romain.


Baldaquin de l'archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

Plus tard, ayant à consacrer l'autel du Prince des Apôtres, le bienheureux Silvestre ordonna que les autels ne fussent plus désormais que de pierre. Si cependant l'autel de la basilique de Latran fut de bois, on ne doit pas s'en étonner : de saint Pierre à Silvestre, en effet, les persécutions ne laissaient pas aux Pontifes de demeure stable ; partout donc où les amenait la nécessité, soit dans les cryptes ou les cimetières, soit dans les maisons des chrétiens, c'était sur cet autel de bois, creux en forme de coffre, qu'ils offraient le Sacrifice.

Quand la paix fut rendue à l'Eglise, par honneur pour le Prince des Apôtres qu'on dit avoir célébré sur cet autel, et les autres Pontifes qui jusqu'alors s'en étaient servis de même dans les Mystères sacrés, saint Silvestre le plaça dans la première église, au Latran, défendant que nul autre n'y célébrât par la suite, si ce n'est le Pontife romain. Ebranlée et ruinée par les incendies, les incursions ennemies, les tremblements de terre, cette église fut toujours réparée avec grand zèle parles Souverains Pontifes ; à la suite d'une nouvelle restauration, le Pape Benoît XIII, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, la consacra derechef en grande pompe, le vingt-huitième jour d'avril de l'an mil sept cent vingt-six, assignant à la mémoire de cette solennité le présent jour.


Vue du cloître de l'archibasilique Saint-Jean de Latran. Rome.

De grands travaux que Pie IX avait entrepris furent menés à bonne fin par Léon XIII ; à savoir : l'agrandissement et le prolongement de l'abside qui tombait de vétusté ; la réfection sur le modèle primitif de l'antique mosaïque déjà précédemment renouvelée dans beaucoup de ses parties, et son transfert dans ta nouvelle abside magnifiquement et à grands frais décorée ; le renouvellement delà charpente et des lambris du transept embelli ; œuvre complétée, l'an mil huit cent quatre-vingt-quatre, d'une sacristie, d'habitations pour les chanoines et d'un portique rejoignant les nouvelles constructions au baptistère de Constantin.

Tant de détails courent le risque de sembler superflus aux profanes. En la manière cependant que le Pape est notre premier et propre pasteur à tous, son Eglise de Latran est aussi notre Eglise ; rien de ce qui la concerne ne saurait, ne devrait du moins, laisser le fidèle indifférent. Inspirons-nous à son endroit des belles formules qui suivent, et que nous donne le Pontifical romain au jour de la consécration des Eglises ; elles ne sauraient s'appliquer mieux qu'à l'Eglise Mère.


Entrée de Martin V au château Saint-Ange (détail). Il mit fin au
schisme d'Occident. Son tombeau se trouve dans l'archibasilique
Saint-Jean de Latran. Giovanni di Palolo. XVe.

ANTIENNES ET REPONS

R/. " La maison du Seigneur est fondée au sommet des monts; elle est élevée sur les collines ; toutes les nations viendront à elle. Et elles diront : Gloire à vous, Seigneur !"
V/. " Elles viendront avec transport, portant leurs moissons. Et elles diront."
R/. " Seigneur de toutes choses, qui n'avez nul besoin, vous voulez avoir au milieu de nous votre temple. Gardez pure à jamais cette maison, Seigneur."
V/. " Seigneur, c'est la maison que vous choisîtes pour qu'y fût invoqué votre nom : maison de la prière et des supplications de votre peuple. * Gardez."
Ant. " Paix éternelle à cette maison par l'Eternel! Paix soit à cette maison la Paix sans fin, Verbe du Père ! Paix donne à cette maison le divin Consolateur !"
Ant. " Oh ! combien redoutable est ce lieu ! c'est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel."
Ant. " C'est la maison du Seigneur solidement bâtie, bien établie sur la pierre ferme."
Ant. " Jacob vit une échelle dont le sommet atteignait les cieux, et les Anges qui descendaient, et il dit : Ce lieu est vraiment saint."
R/. " Voici Jérusalem, la grande cité, céleste, ornée comme l'Épouse de l'Agneau. C'est le vrai tabernacle. Alléluia."
V/. " Ses portes ne se fermeront point durant le jour ; quant à la nuit, elle y sera inconnue. C'est le vrai."
R/. " Vos places, Jérusalem, seront pavées d'or pur, Alléluia, et l'on chantera en vous le cantique de joie, Alléluia. * Et par vos rues chacun dira : Alléluia, Alléluia."
V/. " Vous brillerez d'une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. Et par vos rues."
Ant. " Faites le tour de Sion , parcourez son enceinte , racontez ses merveilles en ses tours."
V/. " Le Seigneur est grand, et digne de toute louange en la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte."
R/. " Le Seigneur vous a revêtue d'un vêtement d'allégresse ; à votre front il a mis le diadème. Il vous a parée de saints ornements."
V/. " Vous brillerez d'une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. Il vous a parée."
V/. " Les nations viendront à vous des plus lointains pays, apportant leurs dons et adorant le Seigneur ; votre terre sera pour elles la sainte terre ; elles invoqueront en vous le grand Nom. Il vous a parée."
V/. " Bénis seront vos constructeurs. Pour vous, vos fils seront votre joie ; car la bénédiction sera sur eux tous, et tous ensemble ils viendront au Seigneur. Il vous a parée."

Saint André Corsini (détail). La majeure partie de ses reliques sont
dans la chapelle que le pape Clément XII lui dédia dans l'archibasilique.
Guido Reni. XVIIe.

ORAISON

" Dieu tout-puissant et éternel, qui par Votre Fils, la Pierre d'angle, Avez joint les deux murs divergents de la circoncision et de la gentilité, qui, sous un même et seul pasteur, Avez uni par Lui les deux troupeaux distincts ; Ayez égard à notre dévotion : Donnez à Vos serviteurs l'indissoluble lien de la charité, pour qu'aucune division des âmes, pour qu'aucune perversion d'aucune sorte ne vienne à séparer ceux que rassemble en un troupeau unique la houlette de l’unique pasteur, ceux que gardent sous Votre protection les barrières de l'unique bercail. Par le même Jésus-Christ, ... "


L'obélisque de Saint-Jean de Latran. Rome.

" L'obélisque de Saint-Jean de Latran, destiné à symboliser le triomphe, après trois siècles de combats, du christianisme sur le paganisme, a 99 pieds d'élévation au-dessus du piédestal. Amené d'Egypte par les empereurs Constantin et Constance, son fils, il fut brisé par les barbares, puis réédifier, en 1588, à la place qu'il occupe aujourd'hui, par le génie si puissant et si poétique de Sixte V."
Mgr J.-J. Gaume in " Les trois Rome ".


Rq : On lira avec fruits les lignes superbes d'érudition, de style et de pénétration chrétiennes de Mgr Jean-Joseph Gaume dans le tome I de son livre " Les trois Rome " pages 324 à 354 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k105827c/f237.table

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samedi, 29 octobre 2016

29 octobre. Saint Salve, évêque d'Amiens. 615.

- Saint Salve, évêque d'Amiens. 615.

Pape : Saint Dieudonné. Roi de France : Clotaire II.

" Le pain de l'âme, c'est la justice ; heureux seulement ceux qui en ont faim, parce qu'ils seront rassasiés."
Saint Bernard.

Saint Salve préside à la translation des reliques de saint Firmin.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Salvi, Scaulve, Saulve, Sauve, Salvian, Salvius, Salvus. Plusieurs saints ont porté ce nom, entre autres un martyr, contemporain de saint Augustin ; un ëvêque d'Angoulême, martyrisé dans le Hainaut, en 798 ; et un évêque d'Albi, mort en 587. La similitude de ces noms a donné lieu à de nombreuses confusions. Baronius et Chastelain ont confondu notre évêque avec le martyr du IVe siècle. Molanus, Meyer, Aubert le Mire, avec l'évêque d'Angoulême ; saint Antonin, Volateran et Belleforest, avec l'évêque d'Albi. Cette dernière erreur s'explique d'autant mieux qu'il s'agit de deux Saints ayant ëtê moines avant d'être évêques, dont le nom est le même, et dont les sièges offrent aussi une grands similitude de nom. On sait, en effet, qu'Ambianensis a été souvent contracté en Ambiensis (Flodoard), ce qui ne fait qu'une lettre de différence avec Albiensis.

Saint Salve est la plus grande figure que nous offre l'histoire de l'Eglise d'Amiens au VIIe siècle ; successeur d'un prélat illustre par sa sainteté, il ne parut inférieur à saint Honoré ni en science, ni en vertus, ni par les faveurs extraordinaires dont le Seigneur daigna le combler.

Salve naquit dans l'Amiénois, au vie siècle. Sa naissance était distinguée. Dès sa jeunesse, il quitta le monde pour se consacrer entièrement à Dieu II était pieux, sage dans le conseil, non moins remarquable par la beauté de ses traits que par son éloquence et la profondeur de son savoir. Il s'en alla, a l'extrémité du Ponthieu, fonder un monastère sous l'invocation de la sainte Vierge et de l'apôtre saint Pierre, au lieu où s'éleva plus tard la ville de Montreuil-sur-Mer.

Eglise Saint-Saulve. Montreuil. Pas-de-Calais.

Nous ignorons si ce fut avant son entrée dans la vie religieuse, ou depuis, dans un voyage qu'il aurait fait à Amiens, que Salve fut témoin du plus célèbre des miracles qui signalèrent la vie de saint Honoré l'apparition d'une main divine au-dessus de l'autel, pendant la messe tout ce que nous savons sur la présence de saint Salve à ce prodige se bornant à la mention de ce fait.

L'occupation journalière de Salve, dans sa pieuse retraite, était le jeûne et la prière. Venir en aide à ses frères, vaincre constamment l'antique ennemi, gagner des âmes à Dieu, étaient ses œuvres. Les vertus du saint moine furent si éclatantes, qu'après la mort de l'abbé, que lui et ses frères avaient placé a la tête du monastère, il fut élu, d'une voix unanime, pour le remplacer. Elevé à cette dignité, son mérite devint encore plus évident aux yeux de tous. Moine pieux et lérvent, il devint un abbé d'un mérite exemplaire, toujours le premier à accomplir la règle, et ses disciples trouvaient en lui, à la fois, un modèle et un père. De nombreux miracles attestèrent dès lors sa sainteté.

Dans le même temps où Salve édifiait ainsi, par ses vertus et ses exemples, la partie de la portion du diocèse d'Amiens qui borde la mer, saint Honoré, évoque d'Amiens, vint, a mourir à Port, lieu de sa naissance, à quelques lieues du monastère où vivait notre Saint. Dès que la nouvelle de ce décès fut parvenue aux oreilles du roi, il envoya dans la ville d'Amiens des délégués, dont le principal était saint Achaire, évcque de Noyon et de Tournai, pour faire procéder a l'élection d'un nouveau prélat. L'évêque de Noyon était, spécialement, chargé de veiller a ce que le clergé et le peuple d'Amiens se choisissent un évêque selon Dieu.

Saint Salve priant pour découvrir le corps de saint Firmin.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Un jeûne de trois jours fut ordonné pour demander au Seigneur de vouloir bien désigner celui que sa divine Providence destinait à monter sur le siège. d'Amiens, et chacun fit au ciel d'ardentes prières à cet effet. La demande des Amiénois fut exaucée les trois jours écoulés, ils entendirent
une voix céleste leur adresser ces paroles :
" Sachez que j'ai choisi Salve et vous l'ai donné pour évêque."
Tous furent remplis de joie par cette miraculeuse réponse ; l'humble religieux, seul, n'avait pas ratifié le choix divin : son humilité lui faisait regarder l'épiscopat comme un fardeau au-dessus de ses forces.

Mais Dieu avait parlé, les Amiénois obéirent. Salve fut enlevé de force de sa cellule et placé malgré lui sur ce siège illustre qui avait déjà été occupé par tant de saints Pontifes, et dont il devait lui-même, rehausser la splendeur.

Devenu évêque d Amiens, il s'attira bientôt. l'amour et le respect de ses diocésains, et la renommée de son mérite se répandit également au loin. Le roi l'appela à siéger dans ses conseils, tandis que les Amiénois, dont il s'était rapidement gagné tous les cœurs, réunirent en lui deux qualités de magistrat et d'évêque, le déclarant seigneur temporel de la ville épiscopale.

Cathédrale Notre-Dame. Amiens. Picardie. France.

Lors de son avènement, l'église cathédrale d'Amiens était encore celle élevée, hors des murs de la cité, par saint Firmin le Confesseur, sur le tombeau de saint Firmin le Martyr, et dédiée à Notre-Dame des Martyrs. Comme elle était trop éloignée do la ville, Salve en construisit une autre, dans son enceinte, au lieu où nous voyons actuellement la basilique de Notre-Dame. Cette nouvelle cathédrale était une construction somptueuse pour l'époque, quoique bâtie principalement en bois. Elle fut, plus tard, brûlée par les Normands. Saint Salve y transféra toutes les reliques conservées jusqu'alors dans l'église Notre-Dame des Martyrs, à laquelle il laissa quelques prêtres pour y célébrer l'office divin, et qui devint plus tard l'abbaye de Saint-Acheul.

Le saint évéque fit encore construire dans Amiens une autre église, qu'il dédia aux saints apôtres Pierre et Paul, et qui fut remplacée ensuite par la collégiale de saint Firmin le Confesseur, détruite a la Révolution par les bêtes féroces.

Saint Salve désirait vivement pouvoir vénérer dans sa nouvelle cathédrale, les précieuses reliques do saint Firmin le martyr. Le lieu précis de la sépulture du premier évêque d'Amiens était ignoré, bien que l'on sût qu'il était dans l'enceinte de l'église Notre-Dame des Martyrs, ce qui, du reste, était indiqué par de fréquents miracles. Le saint évêque résolut de s'adresser à Dieu pour en obtenir la révélation.

Après un triduum de prières, un rayon céleste, plus brillant que la lumière du jour, indiqua à saint Salve la place où reposait ce saint trésor qu'il s'empressa de lever de terre et de transférer à Amiens, au milieu des plus grands prodiges. Le récit détaillé de cette translation, à laquelle assistèrent les évêques de Beauvais, de Cambrai, de Thérouanne et de Noyon, appartient à l'histoire des reliques de saint Firmin.

Saint Salve (3e à partir de la gauche). Portail Saint-Firmin.
Cathédrale Notre-Dame. Amiens. Picardie.

Salve, suivant le devoir d'un bon pasteur, parcourait assidûment son diocèse, annonçant à tous la parole de la vie éternelle. Il contribua beaucoup a déraciner des cœurs de ses ouailles les derniers vestiges du paganisme, et engendra à Notre Seigneur Jésus-Christ, par l'Evangile, d'innombrables fils.

Souvent, avec la santé de l'âme, il rendait à ses diocésains celle du corps, car Dieu se plaisait à confirmer ses paroles par des prodiges. L'auteur de sa Vie nous apprend qu'en parcourant ainsi son diocèse, il rendit la vue à un aveugle, délivra du démon la fille d'un nommé Guadon, etc. Un de ses plus célèbres miracles fut la guérison d'un enfant sourd et muet, auquel il rendit l'ouïe et la parole, qu'il baptisa et nomma Ingaud, et qui, après avoir été son disciple sur la terre, partage maintenant sa gloire dans les cieux.

Salve ne renferma pas son zèle dans la seule étendue de son diocèse ; il fit partie, comme nous l'avons dit, des conseils du roi, dans lesquels il s'opposa, avec un esprit vraiment épiscopal, aux désirs des méchants et a la corruption des ennemis du Christ. Humble et doux pour tous, dur seulement pour lui-même, pauvre de volonté, mais riche en libéralités, non seulement il distribuait ses biens aux pauvres ; mais il se donnait lui-même à tous, dans les ardeurs d'une inépuisable charité, qui le portait non seulement à enrichir ses ouailles en s'appauvrissant, mais à se sacrifier pour elles.

Pendant que le saint Evêque distribuait des secours temporels et spirituels aux malades, au milieu d'une contagion publique, il fut atteint a son tour par le fléau, et mourut victime de son dévouement le 28 octobre, vers l'an 615. Les miracles qui avaient illustré sa vie, giorifiérent son tombeau après sa mort.

Cathédrale Notre-Dame. Amiens. Picardie. France.

REPRESENTATION ET ICONOGRAPHIE

La clôture du choeur de Notre-Dame d'Amiens, consacrée à l'histoire de saint Firmin le Martyr, contient dans sa seconde travée quatre scènes où figure saint Salve :
- la première arcade représente la prédication du saint évêqne une trentaine de personnages sont reçus dans une église : les hommes sont debout et ont la tête couverte ; les femmes sont assises sur des pliants. Saint Salve, monté dans une chaire de forme sexagonale, engage les fidèles à prier Dieu pour obtenir révélation du lieu où reposent les reliques du martyr saint Firmin ;
- la deuxième arcade représente le rayon miraculeux saint Salve a vu un rayon miraculeux émaner du trône céleste pour désigner la sépulture de son saint prédécesseur. il est descendu de chaire, a quitté sa chape et, revêtu seulement de l'aube et du manipule, il s'est mis à genoux au pied de l'autel et contemple le prodige qui vient de s'accomplir ;
- la troisième arcade représente l'invention des reliques saint Salve vient de déterrer à moitié le corps de saint Firmin qui est revêtu de ses insignes pontificaux. Il est accompagné de quatre évêques, d'un prêtre en aube, d'un chanoine portant l'aumusse (1), de clercs en tunique, d'acolytes portant croix et chandeliers, etc. Leurs physionomies expriment le ravissement qu'ils éprouvent en respirant une odeur miraculeuse ;
- la quatrième arcade représente la translation des reliques elles sont transférëes dans une châsse, de Saint-Acheul à Amiens, par six lévites, diacres et prêtres. La procession s'ouvre par une confrérie qui porte des flambeaux et se termine par cinq évêques crossés et mitrés. Les arbres verts et les épis mûris rappellent le prodige du changement de saison. On voit sur la route deux malades qui sont guéris par l'intercession de saint Firmin.

Au portail Saint-Firmin, à Notre-Dame d'Amiens, on voit la statue de saint Salve, portant l'étole, le manipule, la chasuble, la mitre et la crosse.

On conservait jadis à Saint-Firmin-en-Castillon trois grandes tapisseries où figurait saint Salve, découvrant et transférant les reliques de saint Firmin.

Mentionnons encore un vitrail moderne à Villers-Bretonneux et un tableau à la chapelle de l'évêché.

Eglise Notre-Dame de Saint-Acheul. Ancienne cathédrale
fondée par saint Salve. Amiens. Picardie.

CULTE ET RELIQUES

Le culte de saint Salve était fort populaire au moyen Âge. On lui bâtit à Amiens une chapelle qui a disparu depuis longtemps et dont on ignore même l'ancien emplacement. Une autre chapelle lui fut dédiée dans la cathédrale d'Amiens ; mais, quand on y eut placé le crucifix miraculeux du Sauveur, désigné vulgairement sous ]e nom de Saint-Sauve ou Saint-Saulve, notre saint évêque, qui devait être perpétuellement la victime d'une confusion de noms, se vit peu à peu oublié, et la piété populaire, ne restant fidèle qu'au nom de Saint-Sauve, s'adressa exclusivement à l'image bizantine qui représente Jésus crucifié.

L'évêque Arnoul, qui mourut en 1246, légua une somme de quatre livres pour qu'on célébrât plus solennellement ]a fête de saint Salve.

Bien qu'il soit mort le 28 octobre, on ne faisait sa fête que le 29, parce qu'elle coïncidait avec celle, très solennelle et de premier ordre, des saints apôtres Simon et Jude. Elle est inscrite dans tous les bréviaires amiénois dans l'ancien Propre de Saint-Dorent de Roye et dans le Propre de Saint-Vatery dans l'ancien bréviaire de Noyon (1764), qui se trompe en faisant de notre Saint le patron d'une église de ce diocèse, tandis que c'est saint Sauve, évêque d'Angoulême, qui est le patron d'Essigny ; enfin dans le Propre actuel d'Arras.

Le nom de saint Salve est inscrit dans les litanies amiénoises du XIIe siècle, dans le martyrologe romain, dans ceux de Du Saussay, de Chastelain, de Galesinus, de Hugues Ménard, etc., qui ont commis la même erreur de date, en confondant saint Salve, évêque d'Amiens, avec le martyr saint Salvius.

Il y avait une confrérie de Saint-Sauve à Waben, paroisse de l'ancien doyenné de Montreuil. Une impasse, à Abbeville, porte le nom de Saint-Salve. L'ancienne abbaye montreuilloise de ce nom ne s'est même pas survécu dans quelques ruines. C'est l'Hôtel de Ville qui est construit sur son emplacement.

Saint Salve fut enseveli dans la cathédra]e de Notre-Dame-des-Martyrs (Saint-Acheul) mais ses reliques furent transférées vers l'an 695 à l'église de l'abbaye de Montreuil, qui prit bientôt le nom de Saint-Salve. Le 11 juin 1111, saint Geoffroy, évêque d'Amiens, les transféra dans une nouvelle châsse. Une troisième translation eut lieu le 2S mai 1702. Le 24 août 1729, l'évêque Pierre de Sabatier fit à Montreuil la reconnaissance des reliques de saint Salve. Dans ces diverses ouvertures de châsse, on retira quetques ossements du Saint pour les donner a l'abbaye de Sainte-Austreberte de Montreuil, l'abbaye de Saint-Vincent de Laon, et à la cathédrale de Cantorbery.

Il ne reste plus aujourd'hui, à Montreuil, qu'un ossement de saint Salve dans un petit reliquaire en argent. La grande châsse et deux autres reliquaires, l'un en forme de pyramide, l'autre en forme de bière, furent envoyés à la Monnaie par Le Bon, lors de la mission que ce conventionnel remplit à Montreuil en 1793...

Cette notice, due à M. Charles Salmon, est tirée de La semaine religieuse du diocèse d'Amiens ; complétée avec l'Hagiographie du diocèse d'Amiens par M. l'abbé Corblet.

Chanoine portant l'aumusse sur les épaules.

(1). L'aumusse est un capuchon avec une pélerine courte y tenant, qu'on portait au dehors pour présever la tête et le cou du froid. On les doublait souvent alors de fourrures. Les aumusses, au XIIIème étaient assez profondes pour pouvoir cacher un objet dans la pointe.

Elle est devenue, comme partie du costume de choeur, un insigne distinctif des chanoines concédé aussi aux bénéficiers de certains chapitres.

On en trouvera la description précise et étendue dans " Le costume et les usages ecclésiastiques selon la tradition romaine ", Tome Ier, p. 317, de Mgr Xavier Barbier de Montault, consultable sur le site de l'excellente bibliothèque en ligne Saint-Libère :

http://www.liberius.net/livres/000000235.pdf

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vendredi, 28 octobre 2016

28 octobre. Saint Simon et saint Jude, Apôtres, Martyrs en Perse. Ier siècle.

- Saint Simon et saint Jude, Apôtres, Martyrs en Perse. Ier siècle.

Pape : Saint Alexandre Ier. Roi de Perse : Chosroës Ier. Empereur romain : Trajan.

" Fecerat hos fratres eadem natalis origo :
Mors tamen una magis fecit et una fides."

" Un même sang les avait rendus frères ;
Une même foi et un même martyre ont mis le dernier sceau à cette fraternité."

Hugues Vaillant, Fasti sacri.


Saint Simon et saint Jude. Heures à l'usage de Paris. XVe.

Simon signifie obéissant ou triste. Il eut deux surnoms, car on l’appela Simon le Zélé, et Simon le Cananéen, de Cana, bourg de la Galilée, où le Seigneur changea l’eau en vin. En outre Zélé et Cananéen sont tout un, puisque Cana signifie zèle. Or, saint Simon posséda l’obéissance en accomplissant les préceptes ; la tristesse en compatissant aux affligés ; le zèle en travaillant constamment avec ardeur au salut des âmes.

Jude veut dire confessant ou glorieux : ou bien il vient de donnant jubilation. En effet, il confessa la foi, il posséda la gloire du royaume et la jubilation de la joie intérieure. Il eut beaucoup de surnoms, car :
1. il fut appelé Judas, frère de Jacques, comme frère de saint Jacques le Mineur ;
2. il fut appelé Thaddée, qui veut dire s'emparant du prince, ou bien Thaddée vient de Thadea et Deus. Thadea signifie vêtement royal. Il fut le vêtement royal de Dieu par les vertus qui l’ont orné et par où il a pris le prince Jésus-Christ. Thaddée vient aussi de Quasi tam Deus, c'est-à-dire grand comme Dieu, par son adoption ;
3. dans l’Histoire ecclésiastique, il fut nommé Leben, qui veut dire coeur, ou petit coeur, c'est-à-dire qui orne son coeur, ou bien Lebens, comme on dirait Lebes, bassin ; coeur par sa magnanimité ; petit cœur par sa pureté ; bassin par sa plénitude de grâces, puisqu'il a mérité d'être comme une chaudière, un vase de vertus et de grâces.
Leur passion et leur légende furent écrites en hébreu par Abdias, évêque de Babylone, qui avait reçu l’épiscopat des mains des apôtres eux-mêmes. Throphée, disciple d'Abdias, les traduisit en grec, et Africanus en latin.


Saint Simon et saint Jude. Bréviaire romain. XVe.

Simon de Cana et Jude Thaddée étaient les frères de saint Jacques le mineur, et fils de Marie Cléophé qui fut mariée à Alphée. Jude fut envoyé à Abgare, roi d'Edesse, par saint Thomas, après l’ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ. On lit en effet dans l’Histoire ecclésiastique (Eusèbe, I, I, ch. XIII.) que cet Abgare adressa une lettre ainsi conçue à Notre Seigneur Jésus-Christ :
" Abgare, roi, fils d'Euchassias, à Jésus, le bon Sauveur, qui a apparu dans le pays de Jérusalem, salut.
J'ai entendu parler de vous et des guérisons que vous faites, sans employer ni médicaments, ni herbes : d'un mot vous faites voir les aveugles, marcher droit les boiteux, les lépreux sont purifiés et les morts reviennent à la vie. Ayant entendu raconter de vous toutes ces merveilles, je pense de deux choses l’une, ou que vous êtes Dieu et que vous êtes descendu du ciel afin d'opérer ces prodiges, ou que vous êtes le fils de Dieu, si vous agissez ainsi.
C'est pourquoi je vous écris pour vous prier de prendre la peine de venir me voir et me guérir d'une douleur qui me tourmente depuis longtemps. J'ai su encore que les Juifs murmurent contre vous et veulent vous faire un mauvais parti, venez donc chez moi ; j'ai une ville petite, il est vrai, mais convenable, qui peut suffire à deux personnes."

Notre Seigneur Jésus-Christ lui répondit en ces termes :
" Vous êtes bienheureux d'avoir cru en moi, sans m’avoir vu ; car il est écrit de moi que ceux qui ne me voient pas, croiront, et que ceux qui me voient, ne croiront point. Quant à ce que vous m’avez écrit d'aller chez vous, il faut que s'accomplissent toutes les choses pour lesquelles j'ai été envoyé, et ensuite que je sois reçu de celui qui m’a envoyé. Après mon ascension, je vous enverrai un de mes disciples pour vous guérir, et vous vivifier."


Saint Simon et saint Jude. Graduel à l'usage de
l'abbaye Notre-Dame de Fontevrault. XIIIe.

Alors Abgare comprenant qu'il ne pouvait pas voir Notre Seigneur Jésus-Christ en personne, envoya - c'est ainsi qu'on le trouve dans une histoire antique, d'après le témoignage de saint Jean Damascène (I. IV.) - un peintre à Jésus pour faire son portrait afin de voir au moins dans son image celui qu'il ne pouvait voir en personne. Mais quand le peintre était auprès de Jésus, il ne pouvait voir distinctement sa face, ni tenir les yeux fixés sur lui, à cause de l’éclat extraordinaire qui partait de sa tête, de sorte qu'il ne put le peindre comme il en avait reçu l’ordre. Le Seigneur, voyant cela, prit un vêtement qui servait de linge au peintre, et le mettant sur sa figure, il y imprima ses traits et l’envoya au roi Abgare qui le désirait. Or, tel était le portrait du Seigneur d'après cette histoire antique, toujours selon le témoignage de saint Jean de Damas :
" Il avait de beaux yeux, des sourcils épais, la figure longue et légèrement penchée, ce qui est un signe de maturité."


Saint Simon et saint Jude. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

Or, cette lettre de Notre Seigneur Jésus-Christ a, dit-on, une telle vertu, que dans cette ville d'Edesse aucun hérétique ni aucun païen n'y saurait vivre, et un tyran quelconque n'oserait y faire mal à personne (Ordéric Vital, l. II.). En effet, s'il arrive qu'une nation vienne attaquer cette ville à main armée, un enfant, debout au haut de la porte, lit cette lettre et le même jour, les ennemis, soit qu'ils aient peur, prennent la fuite, soit qu'ils veulent la paix, entrent en composition avec les citoyens ; c'est ce qu'on rapporte être autrefois arrivé : mais dans la suite la ville fut prise et profanée par les Sarrasins ; elle avait perdu son privilège en raison des péchés innombrables qui s'étaient commis publiquement dans tout l’Orient.


Saint Simon et saint Jude. Bréviaire franciscain. XVe.

Quand Notre Seigneur Jésus-Christ fut monté au ciel (Eusèbe, I, I, ch. XIII.), l’apôtre saint Thomas envoya Thaddée, autrement dit Jude, au roi Abgare, pour accomplir la promesse de Dieu. Arrivé auprès d'Abgare, après qu'il lui eut déclaré être le disciple à lui promis par Jésus, le roi vit dans le visage de Thaddée une splendeur admirable et divine. A cette vue, stupéfait et effrayé, il adora le Seigneur en disant :
" Vraiment vous êtes le disciple de Jésus, fils de Dieu, qui m’a écrit : " Je vous enverrai quelqu'un de mes disciples pour vous guérir et vous donner la vie "."
Thaddée lui dit :
" Si vous croyez au Fils de Dieu, vous obtiendrez dit ce que votre cœur désire."
Abgare répondit :
" Je crois de vrai, et les Juifs qui l’ont crucifié je les égorgerais volontiers, si j'en avais le pouvoir et si l’autorité des Romains n'était pour moi un obstacle insurmontable."
Or, comme Abgare était lépreux, lit-on en quelques livres, Thaddée prit la lettre du Sauveur en frotta la face du roi et aussitôt il recouvra la santé la plus parfaite.


Saint Simon et saint Jude. Bréviaire à l'usage de Langres. XVe.

Par la suite, saint Jude prêcha dans la Mésopotamie et dans le Pont, et saint Simon en Egypte.
Ensuite, ils vinrent tous les deux en Perse où ils rencontrèrent deux magiciens, Laroës et Arphaxat, que saint Mathieu avait chassés de l’Ethiopie. A cette époque, Baradach, général du roi de Babylone, avant de partir pour combattre les Indiens, ne pouvait obtenir aucune réponse de ses dieux. Mais en allant au temple d'une ville voisine, on apprit que l’arrivée des apôtres était la cause pour laquelle les dieux ne pouvaient répondre.

Alors le général les fit chercher et quand il les eut trouvés, il leur demanda qui ils étaient et ce qu'ils étaient venus faire. Les apôtres répondirent :
" Si c'est notre nation que vous voulez connaître, nous sommes hébreux ; si c'est notre condition, nous déclarons être les serviteurs du Christ ; si vous voulez savoir le motif de notre venue, c'est pour vous sauver."
Le général leur répartit :
" Quand je serai revenu vainqueur, je vous entendrai."
Les apôtres lui dirent :
" Il y aurait pour vous bien plus d'avantage à connaître celui qui peut ou vous faire remporter la victoire ou du moins disposer les rebelles à la paix."
Le général leur répondit :
" Je vois que vous êtes plus puissants que nos dieux ; annoncez-nous donc d'avance, je vous prie, l’issue de la guerre."
Les apôtres lui dirent :
" Afin que vous sachiez que vos dieux sont des menteurs, nous leur ordonnons de répondre à vos demandes, et, en disant ce qu'ils ignorent, nous allons vous prouver qu'ils ont menti en tout point."
Alors les prêtres des idoles prédirent une grande bataille dans laquelle beaucoup de monde serait massacré de part et d'autre. Les apôtres se mirent alors à rire, et le général leur dit :
" Moi, je suis saisi de crainte, et vous, vous riez ?"
Les apôtres répondirent :
" Ne craignez rien, car la paix est entrée ici avec nous, et demain, à la troisième heure, les ambassadeurs des Indiens viendront vous trouver, faire leur soumission et implorer la paix."
Alors les prêtres se mirent à éclater de rire aussi, en disant au général :
" Ces gens-là veulent vous inspirer de la sécurité, afin que ne vous tenant pas sur vos gardes, vous soyez défait par nos ennemis."
Les apôtres reprirent :
" Nous ne vous avons pas dit : attendez un mois, mais un jour, et demain vous serez vainqueur et vous aurez la paix."
Alors le général les fit garder tous les deux, afin de leur rendre hommage, s'ils avaient dit la vérité sur ce qui devait échoir, ou bien de les punir pour leur mensonge criminel.


Saint Simon et saint Jude face aux mages.
Vies de saints. J. de Montbaston. XIVe.
 
Le lendemain donc, ce que les apôtres avaient prédit, s'étant réalisé, et le général ayant voulu faire brûler les prêtres, il en fut empêché par les apôtres qui avaient été envoyés non pour tuer les vivants, mais pour ressusciter les morts.
Alors le général, plein d'admiration de ce qu'ils n'avaient pas laissé tuer les prêtres des idoles et de ce qu'ils ne voulaient accepter rien de leurs richesses, les conduisit au roi :
" Prince, lui dit-il, voici des dieux cachés sous des figures d'hommes !"
Et après lui avoir raconté,. en présence des magiciens, tout ce qui s'était passé, ceux-ci, excités par l’envie, dirent que c'étaient des gens rusés et qu'ils méditaient de mauvais projets contre l’État. Le général leur dit :
" Si vous l’osez, luttez avec eux."
Les magiciens lui dirent :
" Si tu veux voir qu'ils ne pourront parler en notre présence, qu'on amène ici les hommes les plus éloquents, et si, devant nous, ils osent ouvrir la bouche, vous aurez la preuve que nous ne sommes propres à rien."
Un grand nombre d'avocats ayant été amenés, à l’instant, ils devinrent muets en présence des mages, au point qu'ils ne pouvaient pas même manifester par des signes qu'ils étaient incapables de parler. Et les magiciens dirent au roi :
" Afin que tu saches que nous sommes des dieux, nous allons leur permettre de parler, mais ils ne pourront se promener; puis nous leur rendrons la faculté de marcher, mais nous ferons qu'ils ne voient pas, bien qu'ayant les yeux ouverts."


Saint Simon et saint Jude face aux mages. Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Quand tout cela eut été exécuté, le général mena les avocats honteux et confus aux apôtres : mais les avocats ayant vu que ceux-ci étaient vêtus grossièrement, ils les méprisèrent intérieurement. Simon leur dit :
" Souvent il arrive que dans des écrins d'or et semés de pierreries se trouvent renfermés des objets sans valeur, et que dans les plus viles bottes de bois soient rangés des colliers de perles d'un grand prix. Or, qui désire devenir le propriétaire d'une chose, fait moins d'attention au contenant qu'au contenu. Promettez-nous donc d'abandonner le culte des idoles et d'adorer le Dieu invisible ; de notre côté, nous ferons le signe de la croix sur vos fronts et vous pourrez confondre les magiciens."
 
Après en avoir fait la promesse et avoir été signés au front, les avocats retournèrent de nouveau chez le roi, auprès duquel se trouvaient encore les magiciens, qui n'eurent plus le moindre empire sur eux ; et ils s'en moquèrent devant tout le monde; alors les magiciens irrités firent venir beaucoup de serpents.

Saint Jude. Georges de La Tour. XVIe.
 
Aussitôt le roi donna ordre de faire venir les apôtres qui remplirent leurs manteaux des serpents et les jetèrent sur les magiciens en disant :
" Au nom du Seigneur, vous ne mourrez point, mais vous serez déchirés par les serpents et vous pousserez des cris de douleur qui ressembleront à des mugissements."
Et comme les serpents leur rongeaient les chairs, et que ces malheureux hurlaient comme des loups, le roi et les autres priaient les apôtres de laisser tuer les magiciens par les serpents. Les apôtres leur répondirent :
" Nous avons été envoyés pour ramener de la mort à la vie, mais non pour précipiter de la vie dans la mort."
Et, après avoir fait une prière, ils ordonnèrent aux serpents de reprendre tout le poison qu'ils avaient injecté, et ensuite de retourner dans leur repaire. Or, les douleurs supportées par les magiciens, au moment où les serpents reprirent leur poison, furent plus vives que celles qu'ils avaient ressenties quand leurs chairs étaient dévorées. Les apôtres leur dirent :
" Pendant trois jours, vous ressentirez de la douleur ; mais, le troisième jour, vous serez guéris, afin que vous renonciez alors à votre malice."
Trois jours s'étant écoulés, sans que les magiciens pussent ni manger, ni boire, ni dormir, tant leurs souffrances étaient grandes, les apôtres vinrent les trouver et leur dirent :
" Le Seigneur n'agrée pas qu'on le serve par force ; levez-vous donc, soyez guéris, et allez avec la faculté de faire librement ce que vous voulez."
 

Saint Simon et saint Jude face aux mages mordus par les serpents.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Ils persistèrent dans leur malice, et s'enfuirent loin des apôtres, contre lesquels ils ameutèrent Babylone presque tout entière.
Après, quoi, la fille d'un général conçut par fornication, et en mettant un fils au monde, elle accusa un saint diacre de lui avoir fait violence, en disant qu'elle avait conçu de son fait. Or, comme les parents voulaient tuer le diacre, les apôtres arrivent et s'informent de l’époque de la naissance de l’enfant. On leur répondit :
" Aujourd'hui même, à la première heure du jour."
Alors, les apôtres dirent :
" Apportez l’enfant, et faites venir aussi le diacre que vous accusez."
Quand cela fut fait, les apôtres dirent à l’enfant :
" Dis, enfant, au nom du Seigneur, si ce diacre a eu pareille audace."
A cela, l’enfant reprit :
" Ce diacre est chaste et saint; jamais il n'a souillé sa chair."
Or, comme les parents de la jeune fille insistaient pour que les apôtres demandassent quel avait été l’auteur du crime, ceux-ci répondirent :
" Notre devoir est de délivrer les innocents, mais non de perdre les coupables."
 
A la même époque, deux tigres très féroces, renfermés chacun dans une fosse, s'échappèrent et dévorèrent tous ceux qu'ils rencontraient. Les apôtres vinrent à eux et, au nom du Seigneur, ils les rendirent doux comme des agneaux. Les apôtres voulurent s'en aller, mais, sur la prière qu'on leur en fit, ils restèrent encore un an et trois mois ; dans cet intervalle, plus de soixante mille hommes, sans compter les petits enfants, furent baptisés avec le roi et les princes.
 

Saint Simon et saint Jude délivrant les mages des serpents.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Jean Le Tavernier. XVe.

Les magiciens dont on vient de parler vinrent à une ville nommée Suanir, où se trouvaient 70 prêtres des idoles qu'ils animèrent contre les apôtres, afin qu'à leur arrivée en ce pays, on les forçât à sacrifier ou qu'on les exterminât. Lors donc que les apôtres eurent parcouru toute la province et qu'ils furent parvenus jusqu'à cette ville, les prêtres et tout le peuple se saisissent d'eux et les conduisent au temple du Soleil, Les démons se mirent alors à crier, par l’organe des énergumènes :
" Qu'y a-t-il entre vous et nous, apôtres du Dieu vivant ? Voici qu'à votre entrée, nous sommes brûlés par les flammes."
L'ange du Seigneur apparut dans le même moment aux apôtres, et leur dit :
" Choisissez de deux choses l’une, ou bien que ces gens meurent à l’instant, ou bien que vous soyez martyrs."
Les apôtres répondirent :
" Il faut adorer la miséricorde de Dieu, afin qu'elle les convertisse et qu'elle nous conduise à la palme du martyre."
Après avoir imposé silence, les apôtres dirent :
" Pour vous convaincre que ces idoles sont pleines de démons, voyez, nous leur commandons de sortir et de briser chacun sa statue."
 
Aussitôt, deux Ethiopiens, noirs et nus, sortirent, au grand effroi de tout le monde, des statues et, après les avoir brisées, se retirèrent en poussant des cris horribles. A cette vue, les prêtres se jetèrent sur les apôtres et les égorgèrent tout aussitôt.
Or, à l’instant même, quoique le ciel fût fort serein ; il se fit entendre des coups de tonnerre si violents, que le temple se fendit, en trois endroits, et que deux magiciens, frappés par la foudre, furent réduits en charbon. Le roi transporta les corps des apôtres dans sa ville, et fit élever en leur honneur une église d'une magnificence admirable.
 

Saint Simon et saint Jude face aux idoles. Martyre de nos deux Saints.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Quant à saint Simon, on trouve en plusieurs endroits qu'il fut attaché à une croix, fait attesté par saint Isidore, dans son Livre sur la mort des Apôtres ; par saint Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique ; par le vénérable Bède, dans son Commentaire sur les actes des Apôtres, et par maître Jean Beleth, dans sa Somme.
 
Ils prétendent qu'après avoir prêché en Égypte, il revint à Jérusalem, et quand saint Jacques le Mineur fut mort, il fut choisi d'une voix unanime par les apôtres, pour être évêque de cette ville ; avant son décès, on raconte qu'il ressuscita trente morts. Aussi chante-t-on dans son office :
" Il rendit la vie à trente personnes englouties ans les flots."
 

Martyre de saint Simon et saint Jude.
Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Après avoir gouverné l’église de Jérusalem de longues années, et être parvenu à l’âge de 120 ans, du temps de l’empereur Trajan, Atticus, qui exerçait les fonctions de consul à Jérusalem, le fit prendre et accabler d'outrages. En dernier lieu, il le fit attacher à une croix, tout le monde et le juge admirant qu'un vieillard de 120 ans subît le supplice de la croix. Cependant quelques-uns disent, et cela est exact, que ce ne fut pas l’apôtre Simon qui souffrit le martyre de la croix et fut évêque de Jérusalem, mais que ce fut un autre Simon, fils de Cléophé, frère de Joseph ; fait attesté par saint Eusèbe, évêque de Césarée, dans sa chronique. Saint Isidore et Bède le Vénérable le disent aussi en leurs chroniques ; car saint Isidore et saint Eusèbe rétractèrent, dans la suite, ce qu'ils avaient avancé d'abord ; ceci se prouve par l’autorité de Bède, qui se reproche dans ses rétractations d'avoir partagé ce sentiment. Usuard atteste la même chose aussi dans son Martyrologe.


Martyre de saint Simon et saint Jude.
Vies de saints. Le Maître de Fauvel. XIVe.

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