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mercredi, 14 septembre 2016

14 septembre. Fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, après Sa délivrance du joug des Perses. 627.

- Fête de l'exaltation de la Sainte Croix, après sa délivrance du joug des Perses. 627.

Pape : Honorius Ier. Empereur romain d'Orient : Héraclius Ier. Roi des Francs : Clotaire II.

" Dieu a glorifié la Croix en faisant l'autel de Son Sacrifice, le trône de Son amour, Son lit de justice, la chaire de Son enseignement, le siège de Sa royauté, le trophée de Sa gloire; nous devons la glorifier à notre tour en lui rendant un culte de respect et de reconnaissance, un culte de confiance et d'amour."
M. l'abbé C. Martin, Panégyriques.

Sous le règne de l'empereur d'Orient Héraclius Ier (610-641), Chosroès II (590-628), roi des Perses, entra dans la Syrie, prit la ville de Jérusalem, la pilla, la brûla, et emmena en Perse Zacharie, qui en était patriarche. Ce qu'il y eut de plus déplorable dans ce pillage, ce fut la prise et l'enlèvement de la principale partie de la vraie Croix de Notre-Seigneur, que sainte Hélène, mère de l'empereur saint Constantin le Grand, avait laissée en ce lieu de notre Rédemption.

Chosroès néanmoins lui rendit ce respect, qu'il ne la voulut point voir à découvert, ni permettre qu'elle fût tirée de l'étui où elle était enfermée et cachetée ; et les Perses furent aussi divinement frappés d'une terreur religieuse à son égard ; ils la conservèrent précieusement, disant que le Dieu des Chrétiens était arrivé dans leur pays.


Invention de la Sainte Croix par sainte Hélène. Détail.
Agnolo Gaddi. XVe.

Héraclius, pour réparer de si grands malheurs et délivrer les Chrétiens d'Orient du joug des Perses, résolut de porter à son tour la guerre au coeur de la Perse, non-seulement par des levées de troupes, mais par plusieurs actions de piété. Avant de partir de Constantinople, il vint à la grande église, les pieds couverts de noir et non d'écarlate, pour montrer sa pénitence. Il se prosterna devant le saint autel et pria Dieu ardemment de bénir ses bonnes intentions.

Georges Pisidès lui prédit alors, qu'au lieu des chaussures noires qu'il avait prises par humilité, il reviendrait avec des chaussures rougies du sang des Perses : ce que l'événement vérifia. Il recommanda la ville à Dieu et à la sainte Vierge, et son fils Constantin au patriarche Sergius. Enfin, il emporta avec lui une image miraculeuse de Notre-Seigneur, protestant qu'il combattrait avec elle jusqu'à la mort.


Chosroès II. Drachme perse.

En cet état, Héraclius, plus fort encore par la confiance qu'il avait en Dieu que par le nombre de ses soldats, entra dans la Perse et battit Chosroès, qui fut obligé de prendre honteusement la fuite. Plus il était victorieux, plus il implorait le secours du Ciel, auquel il attribuait de si heureux succès, faisant faire à son armée des processions solennelles pour demander à Dieu la continuation de Sa protection et de Sa bénédiction. Il marcha de victoire en victoire.


Héraclius. Monnaie d'or byzantine.

Chosroês, craignant de tomber entre les mains de son vainqueur, prit le parti de la fuite, et se retira avec ses femmes et ses trésors à Séleucie, au-delà du Tigre ; là, son fils aîné Siroès se saisit de lui et le mit en prison où il mourut de faim, de mauvais traitements et d'outrages. Ainsi finit Chosroès, qui avait désolé tout l'Orient et fait aux Chrétiens la plus inhumaine et la plus sanglante guerre qu'ils eussent jamais soufferte, enlevé et emporté la Croix du Fils de Dieu, pillé Ses églises, profané Ses autels et commis un nombre infini de sacrilèges.


Héraclius décapitant Chosroès II. Peinture sur cuivre d'un reliquaire.
Atelier de Godefroy de Huy. XIIe.

Siroès, se voyant élevé sur le trône de Perse par des voies si condamnables et si tyranniques, ne demanda pas mieux que de faire la paix avec les Romains : il envoya donc des dépêches à Héraclius pour l'obtenir. Ce prince la lui accorda volontiers ; mais entre les conditions du traité, il l'obligea surtout de rendre la Croix de Notre-Seigneur dans le même état que son père l'avait emportée, et de mettre en liberté le patriarche Zacharie et tous les esclaves Chrétiens.

Il revint ensuite tout triomphant à Constantinople, où il fut reçu avec de grandes acclamations du peuple ; on applaudissait celui qui avait réparé l'honneur de l'empire romain par la défaite des barbares. On alla au-devant de lui avec des rameaux d'olivier et des flambeaux, et on n'oublia rien qui pût témoigner l'allégresse et la joie publiques de voir la Croix du Sauveur entre les mains des Chrétiens.


Le triomphe d'Héraclius rapportant la Sainte Croix de Perse.
Peinture sur cuivre d'un reliquaire. Atelier de Godefroy de Huy. XIIe.

Héraclius, pour rendre à Dieu des actions de grâces solennelles des grandes et insignes victoires qu'il avait remportées, voulut conduire lui-même à Jérusalem le bois de la vraie Croix qui avait été 14 ans sous la puissance des barbares. Lorsqu'il y fut arrivé, il la chargea sur ses propres épaules, pour la reporter avec plus de pompe sur le Calvaire, d'où elle avait été enlevée ; mais, quand il fut à la porte qui mène à cette sainte montagne, il se trouva tellement immobile qu'il ne put avancer un seul pas.
Cette merveille, dont on ne connaissait point la cause, étonna tout le monde ; il n'y eut que la patriarche Zacliarie qui, jugeant d'où cela provenait, lui dit : " Prenez garde, Ô empereur, qu'avec cet habit impérial dont vous êtes revêtu, vous ne soyez pas assez conforme à l'état pauvre et humilié qu'avait Jésus-Christ lorsqu'Il portait Sa Croix ".


Héraclius rapportant la Sainte Croix à Jérusalem.
Bréviaire à l'usage de Besançon. XIVe.

Héraclius, touché de ces paroles et en reconnaissant la vérité, quitta aussitôt son habit couvert d'or et de pierreries, ôta ses souliers et se revêtit de la robe d'un homme pauvre, après quoi il marcha sans difficulté et alla jusqu'au Calvaire, où il replaça la Croix au même endroit d'où on l'avait enlevée.

Héraclius rapportant la Sainte Croix à Jérusalem. Sur l'avis de
Zacharie, patriarche de Jérusalem, il s'est dépouillé de ses
vêtements impériaux. Bréviaire romain. XVe.

Enfin, pour rendre ce triomphe encore plus mémorable et exalter davantage la gloire de la Croix, il se fit, ce jour-là, plusieurs miracles par la vertu de ce bois sacré : un mort fut ressuscité, 4 paralytiques furent guéris, 10 lépreux purifiés, 15 aveugles illuminés, quantité de possédés délivrés et une infinité de malades remis en parfaite santé.

Dans la suite, il fut ordonné que tous les ans on ferait la fête solennelle de ce rétablissement, et l'Eglise la célèbre encore, le 14 septembre, sous le nom de l'Exaltation de la sainte Croix. Elle fut très célèbre en Orient, et, ce jour-là, il accourait à Jérusalem des pèlerins de tous les endroits du monde.

Voilà pour ce qui regarde l'institution de cette fête, en mémoire du recouvrement de la Croix fait par Héraclius ; mais longtemps auparavant on faisait, dans l'Eglise grecque et dans l'Eglise latine, une solennité en l'honneur de la Croix, sous le nom d'Exaltation, pour se remémorer les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui dit, en parlant de sa mort :
" Lorsque Je serai exalté, c'est-à-dire élevé au-dessus de la terre, J'attirerai toutes choses à Moi. Tout ainsi que Moïse a exalté le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l'homme soit exalté. Lorsque vous aurez exalté le Fils de l'Homme, vous connaîtrez qui Je Suis."

Le cardinal Baronius, dans ses Notes sur le martyrologe, dit que cette fête fut établie au temps de l'empereur Constantin, pour remercier Dieu de ce qu'alors la Croix fut exaltée dans tout l'univers par la liberté qu'eurent les fidèles de prêcher l'Evangile et de bâtir des églises. Peut-être le fut-elle après que la vraie Croix eut été trouvée par sainte Hélène, et lorsqu'elle fut placée sur le Calvaire.
Mais cette fête peut se fêter tous les jours et à tous moments dans le coeur du Chrétien. C'est l'endroit où Jésus-Christ veut principalement que sa Croix soit exaltée. L'exaltation extérieure qui se fait ou sous les voûtes des temples, ou sur les portes des villes, ou même sur la tête des souverains, n'est qu'un signe de ce qui se doit faire dans ce sanctuaire vivant et animé.

Nous l'exalterons par une haute estime que nous concevrons de son mérite, par un grand zèle à la porter comme Jésus-Christ l'a portée, par un profond respect pour les souffrances que cet aimable Sauveur a endurées, par un soin particulier de la glorifier en toutes nos actions, et par une sainte application à la faire triompher dans le coeur de nos frères. Et qu'y a-t-il de plus noble et de plus salutaire que la dévotion envers ce précieux instrument de notre salut ?

Car la Croix est l'espérance des chrétiens, le soutien des désespérés, le port de ceux qui sont agités par La tempête, et la médecine des infirmes. C'est elle qui éteint le feu des passions, rend la santé aux âmes malades, donne la vie de la grâce à ceux qui étaient morts par le péché, et ruine l'empire du vice et de l'impiété.
Elle nous sert d'épée et de bouclier pour combattre nos adversaires, de sceptre pour triompher de leur malice, de diadème pour nous orner, de boulevard pour défendra notre Foi, de bâton pour nous soutenir dans nos faiblesses, de flambeau pour nous éclairer dans nos ténèbres, de guide pour nous redresser dans nos égarements, et de leçon pour nous apprendre les vérités du salut.
Elle efface les péchés, excite à la pénitence, amortit les flammes de la cupidité, arrête l'ambition, dissipe la vanité, condamna le luxe, réprouve la délicatesse, porte à la confiance en Dieu, nous ouvre le Ciel, nous fortifie contre les tentations, nous préserve des périls, nous assiste dans nos infortunes, nous console dans nos afflictions, nous délasse dans nos travaux, rassasie les faméliques, nourrit ceux qui jeûnent, couvre ceux qui sont dépouillés, enrichit les pauvres, châtie les riches, secourt les nécessiteux, accompagne les voyageurs, protège les veuves, défend les orphelins, garde les villes, conserve les maisons, unit les amis, résiste aux ennemis, est l'honneur des magistrats, la puissance des rois, la victoire des généraux d'armée, la gloire des prêtres, le refuge des religieux, la retraite des vierges et le sceau inviolable de la chasteté.

Les pieux habitants du Liban célèbrent avec une dévotion et une solennité particulière la fête de l'Exallation de la sainte Croix. La veille, à la tombée de la nuit, cent mille feux brillent sur toutes les hauteurs, rivalisant d'éclat avec les étoiles du ciel, et se réfléchissant dans l'azur de la mer. Il n'y a pas une colline, pas un rocher, pas une anse du rivage, pas une habitation, depuis le pied des montagnes jusqu'à leurs cimes les plus élevées, de Sidon jusqu'à Tripoli, partout où bat un coeur chrétien, qui ne rende gloire à Dieu. Toutes les cloches unissent leurs voix aux chants des fidèles, au murmure des ondes, à la joie de la terre, pour exalter l'arbre de vie qui a porté le Salut du monde.

On peut voir les autres effets miraculeux de la Sainte Croix dans les sermons de saint André de Crête et de saint Pierre Damien, rapportés par Surius. Nous en avons traité plus amplement le 3 mai, jour de son invention. Voir aussi la vie de sainte Radegonde.

Extraits de l'Année liturgique de dom Prosper Guéranger :


Vitrail de l'Exaltation de la Sainte Croix. Eglise de
l'Exaltation-de-la-Sainte-Croix. Portieux. Dicèse d'Epinal.

" Par vous la Croix sainte est honorée et adorée dans toute la terre." (1)
Ainsi, au lendemain du jour où fut vengée à Ephèse la divine maternité, Cyrille d'Alexandrie saluait Notre-Dame. L'éternelle Sagesse a voulu que l'Octave de la naissance de Marie n'eût pas de plus bel ornement que celui qu'elle reçoit aujourd'hui de cette fête du triomphe de la Croix. C'est qu'en effet, la Croix est l'étendard de ces milices de Dieu dont Marie est la Reine ; c'est par la Croix qu'elle brise la tête du serpent maudit, et remporte contre l'erreur et les ennemis du nom chrétien tant de victoires.

Tu vaincras par ce signe. Les siècles où Satan avait eu loisir d'essayer contre l'Eglise l'épreuve des tortures, touchaient à leur fin ; par l'édit de Sardique rendant aux chrétiens la liberté, Galère mourant venait d'avouer l'impuissance de l'enfer. Au Christ maintenant de prendre l'offensive ; à sa Croix de revendiquer l'empire. L'année 311 incline vers son terme. Au pied des Alpes, une armée romaine s'apprête à passer des Gaules en Italie ; provoqué par Maxence, son rival politique, Constantin qui la commande ne songe qu'à venger son injure.


Crucifixion. Cosimo Rossetti. XVe.

Mais ses soldats, sans le savoir plus que leur chef, sont d'ores et déjà dévolus au vrai Dieu des batailles : le Fils du Très-Haut, devenu comme homme au sein de Marie Roi de ce monde, va se révéler à son premier lieutenant et du même coup montrer à sa première armée l'étendard qui doit la guider à l'ennemi. Au-dessus des légions, dans un ciel sans nuage, la Croix proscrite trois siècles a soudain resplendi ; les yeux de tous la voient, faisant du soleil qui penche vers l'horizon son piédestal, avec ces mots en traits de feu qui l'entourent : " IN HOC VINCE !", " Par cela sois vainqueur !"

Quelques mois plus tard, 27 octobre 312, du haut des sept collines tous les faux dieux dans la stupeur contemplaient, débouchant sur la voie Flaminienne, au delà du pont Milvius, le labarum au monogramme sacré devenu l'enseigne des armées de l'empire, en attendant la décisive bataille qui, le lendemain, ouvrait au Christ seul Dieu, à jamais Roi, les portes de la Ville éternelle.


La Crucifixion - Les très riches heures du duc de Berry. XIVe.

" Salut, Ô Croix, redoutable aux ennemis, boulevard de l'Eglise, force des princes; salut dans ton triomphe ! La terre cachait encore le bois sacré, et il se montrait dans le ciel, annonçant la victoire ; et un empereur, devenu chrétien, l'arrachait aux entrailles de la terre." (2).

Ainsi dès hier chantait l'Eglise grecque, préludant aux joies de ce jour ; c'est pour l'Orient, qui ne connaît pas notre fête spéciale du trois Mai, tout l'objet de la solennité présente, à savoir : la défaite des idoles par le signe du salut manifesté à Constantin et à son armée, la découverte de la sainte Croix quelques années après dans la citerne du Golgotha.

Mais une autre solennité, dont la mémoire annuelle demeure fixée par le Ménologe au treize septembre, vint en l'année 335 compléter heureusement les souvenirs attachés à ce jour ; ce fut la dédicace des sanctuaires élevés par Constantin sur le Calvaire et le Saint Sépulcre, à la suite des découvertes sans prix qu'avait dirigées la sagace piété de sa mère sainte Hélène.


Crucifixion. Matthias Grünewald. XVIe.

Dans le siècle même de ces événements, une pieuse voyageuse, sainte Silvia, croit-on, la sœur de Rufin ministre de Théodose et d'Arcadius, atteste que l'anniversaire de cette dédicace se célébrait avec les honneurs des fêtes de Pâques et de l'Epiphanie ; on y voyait un concours immense d'évêques et de clercs, de moines et de séculiers de tout sexe et de toute province : et la raison en est, dit-elle, que la Croix fut trouvée ce jour-là ; motif qui fit choisir ledit jour pour celui de la consécration primitive, afin qu'une même date réunît l'allégresse et de cette consécration et de ce souvenir (3).

Pour n'avoir point eu présent à la pensée ce voisinage immédiat de la Dédicace de l'Anastasie, ou Eglise de la Résurrection, précédant la fête de la sainte Croix, plusieurs n'ont pas compris le discours prononcé en cette fête, deux siècles et demi après Silvia, parle saint patriarche de Jérusalem, Sophronius :
" C'est le jour de la Croix ; qui ne tressaillirait ? c'est le triomphe de la Résurrection ; qui ne serait dans la joie ? Jadis, c'était la Croix qui marchait la première ; maintenant, la Résurrection se fait l'introductrice de la Croix. Résurrection et Croix : trophées de notre salut !" (4)
Et le Pontife se complaisait à développer les instructions qui résultaient d'un pareil rapprochement.

C'était, semble-t-il, le temps où l'affinité des deux grands mystères amenait en quelque manière notre Occident à les rapprocher de même sorte ; sans abandonner la mémoire de la Croix au présent jour, la piété des Eglises latines introduisait dans les splendeurs du Temps pascal une première fête de l'instrument du salut, détachant à cette fin du quatorze Septembre le souvenir de l'Invention du bois rédempteur. Par une heureuse compensation, la solennité présente voyait alors son caractère de triomphe puiser un éclat nouveau dans les événements contemporains qui font, ainsi qu'on va le voir, l'objet principal des lectures historiques de ce jour en la Liturgie Romaine.


Crucifixion. Giotto. XVe.

Un siècle auparavant, saint Benoît fixait à cette date de l'année le point de départ de la carrière de pénitence connue sous le nom de Carême monastique (5), et qui s'étend jusqu'à l'ouverture de la période quadragésimale proprement dite, où l'armée entière des chrétiens rejoint les phalanges du cloître dans le labeur de l'abstinence et du jeûne.
" La Croix se rappelle à notre souvenir : quel homme, dit saint Sophronius, ne se crucifiera pas lui-même ? L'adorateur sincère du bois sacré est celui qui soutient son culte de ses œuvres." (6)

Lisons la Légende ci-dessus annoncée :

Sur la fin de l'empire de Phocas, Chosroès, roi des Perses, ayant occupé l'Egypte et l'Afrique, s'empara aussi de Jérusalem où il massacra des milliers de chrétiens. La Croix du Seigneur, dont sainte Hélène avait enrichi le Calvaire, fut par lui emportée en Perse. Héraclius cependant succédait à Phocas. Réduit aux dernières extrémités par les calamités de la guerre, il demandait la paix, sans pouvoir, aux plus dures conditions, l'obtenir de Chosroès qu'enflaient ses victoires. C'est pourquoi, s'absorbant dans le jeûne et la prière, il se tourne vers Dieu, implorant secours en son péril extrême ; avis lui est donné du ciel de rassembler des troupes ; il les mène à l'ennemi, et défait trois généraux de Chosroès avec leurs armées.

Abattu par ces revers, et fuyant vers le Tigre qu'il s'apprête à passer, Chosroès associe au trône son fils Médarsès. Mais Siroès l'aîné, furieux de l'injure, dresse des embûches à son père et à son frère, les arrête dans leur fuite et les tue peu après ; ce qu'étant accompli, il obtint d'être reconnu roi par Héraclius, sous certaines clauses dont la première portait restitution de la Croix du Seigneur. Quatorze ans après qu'elle était tombée au pouvoir des Pères, la Croix fut donc reconquise ; Héraclius, venant à Jérusalem, la reporta en grande pompe sur ses propres épaules à la montagne où le Sauveur l'avait portée.

A cette occasion, eut lieu un insigne miracle bien digne de mémoire. Car Heraclius, couvert comme il l'était d'ornements d'or et de pierreries, ne put franchir la porte qui conduisait au Calvaire ; plus ses efforts pour avancer étaient grands, plus il semblait retenu sur place. D'où stupeur d'Héraclius et de la multitude.

Mais l'évêque de Jérusalem, Zacharie , prenant la parole : Considérez, dit-il, empereur, que cette parure de triomphe, en portant la Croix, ne rappelle pas assez peut-être la pauvreté et l'humilité de Jésus-Christ. Heraclius alors, dépouillant ses habits luxueux, nu-pieds, et vêtu comme un homme du peuple, fit sans difficulté le reste de la route,et replaça la Croix au Calvaire, dans le même lieu d'où les Perses l'avaient enlevée. La fête de l'Exaltation de la sainte Croix, qui se célébrait tous les ans en ce jour, acquit dès lors un éclat nouveau, en mémoire de ce que cette Croix sainte fut de la sorte rétablie par Heraclius à l'endroit où on l'avait d'abord dressée pour le Sauveur.

PRIERE

" La victoire ainsi consignée dans les fastes de l'Eglise ne fut pas, Ô Croix, votre dernier triomphe ; et les Perses non plus ne furent pas vos derniers ennemis. Dans le temps même de la défaite de ces adorateurs du feu, se levait le Croissant, signe nouveau du prince des enfers. Par la sublime loyauté du Dieu dont vous êtes l'étendard et qui, venu sur terre pour lutter comme nous, ne se dérobe devant nul ennemi, l'Islam aussi allait avoir licence d'essayer et d'user contre vous sa force : force du glaive, unie à la séduction des passions. Mais là encore, dans le secret des combats de Satan et de l'âme comme sur les champs de bataille éclairés du grand jour de l'histoire, le succès final était assuré à la faiblesse et à la folie du Calvaire.


Crucifixion. Giotto. XVe.

Vous fûtes, Ô Croix, le ralliement de notre Europe en ces expéditions sacrées qui empruntèrent de vous leur beau titre de Croisades, et portèrent si haut dans l'Orient infidèle le nom chrétien. Tandis qu'alors elles refoulaient au loin la dégradation et la ruine, elles préparaient pour plus tard à la conquête de continents nouveaux l'Occident resté par vous la tête des nations.

Campagnes immortelles dont les soldats, grâce à vos rayons, brillent aux premières pages du livre d'or de la noblesse des peuples. Aujourd'hui même, ces ordres nouveaux de chevalerie qui prétendent grouper en eux l'élite de l'humanité ne voient-ils pas en vous l'insigne le plus élevé du mérite et de l'honneur ? Suite toujours du mystère de cette fête ; exaltation, jusqu'en nos temps amoindris, de la Croix sainte qui dans les siècles antérieurs était passée de l'enseigne des légions au sommet du diadème des empereurs et des rois.

Il est vrai que sur la terre de France des hommes sont apparus, qui se donnent pour tache d'abattre le signe sacré partout où l'avaient honoré nos pères. Problème étrange que cette invasion des valets de Pilate au pays des croisés ; problème pourtant qui s'explique, aujourd'hui qu'on a surpris l'or Poldève soldant leurs exploits. Ceux-là, dit des Juifs saint Léon dans l'Office de ce jour, ceux-là, dans l'instrument du salut, ne peuvent voir que leur crime (7) ; et leur conscience troublée soudoie pour renverser la Croix sainte les mêmes hommes qu'ils payaient jadis pour la dresser.

Hommage encore, que la coalition de tels ennemis ! Ô Croix adorée, notre gloire, notre amour ici-bas, sauvez-nous quand vous apparaîtrez dans les cieux, au jour où le Fils de l'homme, assis dans sa majesté, jugera l'univers."

(1). Cyrill. Al. Hom. IV, Ephesi habita.(2). Ap. Graec. Menae in profesto Exaltationis.(3). Peregrinatio Silviae, in fine.(4). Sophron. in Exaltat, venerandae Crucis.(5). S. P. Benedict. Reg. XLI.(6). Sophron. Ubi supra.(7). Homélie du III° Noct. de la fête, ex Léon. Serm. VIII de Pass.

samedi, 06 août 2016

6 août. La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ. 32.

- La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ. 32.
 
" Que puis-je voir dans la Transfiguration, sinon un symbole de la gloire de la résurrection future ?"
Saint Grégoire le Grand.
 

La Transfiguration. Fra Angelico. Florence. XVe.

Le mont Thabor, où s'accomplit la Transfiguration du Sauveur, est la plus haute montagne de la Galilée ; on y jouit d'un magnifique panorama sur toute cette partie de la Terre Sainte. C'est là que Jésus manifesta Sa gloire aux trois disciples qui devaient être témoins de Sa douloureuse agonie au jardin des Oliviers, Pierre, Jacques et Jean. Son visage devint éclatant comme le soleil, Ses habits blancs comme la neige : la gloire de Sa divinité rejaillit sur tout Son corps. Moïse et Élie parurent à Ses côtés et s'entretenaient avec Lui de la mort qu'Il devait souffrir à Jérusalem.


La Transfiguration. David Gérard. XVIe.

Les Apôtres furent ravis d'un si merveilleux spectacle, et Pierre s'écria :
" Seigneur, nous sommes bien ici ; faisons-y trois tentes, une pour Vous, une pour Moïse et une pour Élie."
Il parlait encore, quand une nuée lumineuse les couvrir, et une voix se fit entendre :
" Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J'ai mis toutes Mes complaisances ; écoutez-Le."
Les trois Apôtres furent saisis de frayeur et tombèrent par terre ; mais Jésus, S'approchant d'eux, les toucha et leur dit de se lever ; ils le firent et n'aperçurent plus que le Sauveur dans Son état ordinaire. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne pas divulguer ce qu'il avaient vu, jusqu'à ce qu'Il fût ressuscité.


La Transfiguration. Pietro Perugini. XVe.

Les trois témoins gardèrent le secret, mais plus tard ce fait extraordinaire servit admirablement à tous les Apôtres pour prouver la divinité du Sauveur ; il leur servit aussi pour supporter avec courage les épreuves de leur apostolat.


Basilique de la Transfiguration. Mont Thabor. Terre Sainte.

Ce mystère confirme plusieurs articles de notre foi. La Trinité nous apparaît dans les trois personnes divines qui interviennent : le Père, qui rend témoignage à Son Fils ; le Fils, qui montre Sa gloire ; le Saint-Esprit, qui couvre tout ce tableau sous la forme d'une nuée resplendissante. L'Incarnation brille avec éclat dans la Transfiguration, puisque Jésus nous apparaît en même temps comme Homme et comme Dieu, vrai Fils de Dieu : " Celui-ci est Mon Fils bien-aimé ".


Nef et choeur de la basilique de la Transfiguration.
Mont Thabor. Terre Sainte.

Enfin nous y voyons une image de la résurrection du Sauveur et de la résurrection de tous les justes à la vie glorieuse ; et c'est ce qui fait dire à l'Église cette belle prière :
" Ô Dieu, qui, dans la glorieuse Transfiguration de Jésus Votre Fils unique, avez confirmé les mystères de notre foi et avez marqué l'adoption parfaite de Vos enfants par la voix céleste qui est partie de la nue, rendez-nous cohéritiers de ce Roi de gloire, et donnez-nous part aux splendeurs de Son règne."


Fresque de la Transfiguration. Basilique de la Transfiguration.
Mont Thabor. Terre Sainte.

Le mont Thabor a toujours été en vénération dans l'Église ; les pèlerins de Terre Sainte ne manquent jamais de le visiter. Une nouvelle basilique y a été construite au début du siècle dernier.


Vue de la vallée depuis le Mont Thabor. Terre Sainte.

dimanche, 03 janvier 2016

3 janvier 2016. Dimanche du Saint Nom de Jésus.

- Le Saint Nom de Jésus.


Gérard David. XVe.

Le troisième Mystère de l'Epiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en même temps qu'il nous manifeste une troisième fois la gloire de l'Emmanuel. L'Etoile a conduit l'âme à la foi, l'Eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le Festin Nuptial l'unit à son Dieu. Nous avons chanté l'Epoux sortant radieux au-devant de l'Epouse ; nous l'avons entendu l'appeler des sommets du Liban ; maintenant qu'il l'a éclairée et purifiée, il veut l'enivrer du vin de son amour.

Un festin est préparé, un festin nuptial ; la Mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l'Incarnation du Verbe, il convient qu'elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs qu'il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu'alors la Gentilité n'avait point connu le doux vin de la Charité ; la Synagogue n'avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie Vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de l'homme (Psalm. CIII.), et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu'avait chanté David. (Psalm. XXII.).

Marie dit au Sauveur : " Ils n'ont point de vin ". C'est à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse :
" Femme, qu'importe à moi et à vous ? Mon heure n'est pas encore venue."
C'est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même Mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu'il avait reçue d'elle. Marie a compris tout d'abord l'intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu'elle répète sans cesse à tous ses enfants :
" Faites ce qu'il vous dira."


Les noces de Cana. Benvenuto Tisi da Garofalo. XVIe.

Or, il y avait là six grands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde, en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l'enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son Sauveur, qui devait l'instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d'eau ces vases ; mais l'eau ne convient pas pour le festin de l'Epoux. Les figures, les prophéties de l'ancien monde étaient cette eau ; et nul homme, jusqu'à l'ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la Vigne, devait se communiquer, n'avait contracté l'alliance avec le Verbe divin.

Mais lorsque l'Emmanuel est venu, il n'a qu'une parole à dire : « Puisez maintenant. Le vin de la nouvelle Alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l'eau, il en a ménagé la transformation ; il l'a élevée jusqu'à lui, nous rendant participants de la nature divine (II Petr. IV, 1) ; il nous a rendus capables de contracter l'union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Eglise dont il est l'Epoux, et qu'il aimait de toute éternité d'un si ardent amour, qu'il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.

" Ô sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l'Apôtre, montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde " (Rom. IX,23). Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées à tant d'honneur. Jésus ordonne à ses ministres d'y verser l'eau ; et déjà, par cette eau, il les purifie ; mais il pense n'avoir rien fait encore tant qu'il ne les a pas remplies jusqu'au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu'au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le Sacrement d'amour, nous est-elle communiquée ; et pour ne pas déroger à sa gloire, l'Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqu'à lui. Préparons-les donc pour cette union ; et, selon le conseil de l'Apôtre, rendons-les semblables à cette Vierge pure qui est destinée à un Epoux sans tache. (II Cor. XI.).


Alessandro Boticelli. XVIe.

Saint Matthieu, Evangéliste de l'humanité du Sauveur, a reçu de l'Esprit-Saint la charge de nous annoncer le mystère de la foi par l'Etoile ; saint Luc, Evangéliste du Sacerdoce, a été choisi pour nous instruire du mystère delà Purification par les Eaux ; il appartenait au Disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des Noces divines. C'est pourquoi, suggérant à la sainte Eglise l'intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y manifesta sa gloire. A Bethléhem, l'Or et l'Encens des Mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l'Enfant ; sur le Jourdain, la descente de l'Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l'artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit lui-même et il agit en Dieu : " car, dit saint Augustin, Celui qui transforma l'eau en vin dans les vases ne pouvait être que Celui-là même qui, chaque année, opère un prodige semblable dans la vigne ". Aussi, de ce moment, comme le remarque saint Jean, " ses Disciples crurent en lui ", et le collège apostolique commença à se former.

Nous ne devons donc pas nous étonner que, dans ces derniers temps, l'Eglise, enivrée des douceurs du festin de l'Emmanuel, et voulant accroître la joie et la solennité de ce jour, l'ait choisi de préférence à tout autre pour recevoir la glorieuse mémoire du très saint Nom de Jésus. C'est au jour nuptial que le nom de l'Epoux devient propre à l'Epouse : ce nom désormais témoignera qu'elle est à lui. Elle a donc voulu l'honorer d'un culte spécial, et unir ce cher souvenir à celui des Noces divines.

L'ancienne alliance avait environné le Nom de Dieu d'une terreur profonde : ce nom était pour elle aussi formidable que saint, et l'honneur de le proférer n'appartenait pas à tous les enfants d'Israël. Dieu n'avait pas encore été vu sur la terre, conversant avec les hommes ; il ne s'était pas encore fait homme lui-même pour s'unir à notre faible nature : nous ne pouvions donc lui donner ce Nom d'amour et de tendresse que l'Epouse donne à l'Epoux.


Diego Velasquez. XVIIe.

Mais quand la plénitude des temps est arrivée, quand le mystère d'amour est sur le point d'apparaître, le Nom de Jésus descend d'abord du ciel, comme un avant-goût de la présence du Seigneur qui doit le porter. L'Archange dit à Marie : " Vous lui donnerez le Nom de Jésus " ; or, Jésus veut dire Sauveur. Que ce Nom sera doux à prononcer à l'homme qui était perdu ! Combien ce seul Nom rapproche déjà le ciel de la terre ! En est-il un plus aimable, un plus puissant ? Si, à ce Nom divin, tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers, est-il un cœur qui ne s'émeuve d'amour à l'entendre prononcer ? Mais laissons raconter à saint Bernard la puissance et la douceur de ce Nom béni. Voici comme il s'exprime, à ce sujet, dans son XVe Sermon sur les Cantiques :

" Le Nom de l'Epoux est une lumière, une nourriture, un remède. Il éclaire, quand on le publie ; il nourrit, quand on y pense à part soi ; et quand on l'invoque dedans la tribulation, il procure l'adoucissement et l'onction. Parcourons, s'il vous plaît, chacune de ces qualités. D'où pensez-vous qu'ait pu se répandre, par tout l'univers, cette si grande et si soudaine lumière de la Foi, si ce n'est de la prédication du Nom de Jésus ? N'est-ce pas par la lumière de ce Nom béni, que Dieu nous a appelés en son admirable lumière ? De laquelle étant illuminés, et voyant en cette lumière une autre lumière, nous oyons saint Paul nous dire à bon droit : Vous avez été jadis ténèbres ; mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.


Bramanti. XVe.

Or, le Nom de Jésus n'est pas seulement lumière ; mais encore, il est nourriture. N'êtes-vous donc pas confortés, toutes fois et quantes que vous rappelez à votre cœur ce doux Nom ? Qu'est-il au monde qui nourrisse autant l'esprit de celui qui pense à lui ? Qu'est-ce qui, de la même sorte, répare les sens affaiblis, donne de l'énergie aux vertus, fait florir les bonnes mœurs, et entretient les honnêtes et chastes affections ? Toute nourriture de l'âme est sèche, si elle n'est détrempée de cette huile ; elle est insipide, si elle n'est assaisonnée de ce sel.

Quand vous m'écrivez, votre récit n'a pour moi nulle saveur, si je n'y lis le Nom de Jésus. Lorsque vous disputez ou conférez avec moi, le conteste n'a pour moi aucun intérêt, si je n'y entends résonner le Nom de Jésus. Jésus est un miel à ma bouche, une mélodie à mon oreille, une jubilation à mon cœur ; oui même, outre ce, une médecine bienfaisante. L'un de vous est-il triste ? Que Jésus vienne en son cœur ; que de là il passe en sa bouche, et incontinent, à la venue de ce divin Nom qui est une vraie lumière, tout nuage s'enfuit, la sérénité revient. Quelqu'un tombe-t-il dans le crime ; voire même, court-il, en se désespérant, au lacs de la mort ? S'il invoque le Nom de Jésus, ne recommencera-t-il pas de suite à respirer et à vivre ? Qui jamais oncques demeura dedans l'endurcissement du cœur, comme font tant d'autres, ou bien dedans la torpeur de la fétardie, la rancune, ou la langueur de l'ennui ? Quel est celui qui, par aventure, ayant à sec la source des larmes, ne l'ait sentie soudainement couler plus abondante et plus suave, sitôt que Jésus a été invoqué ? Quel est l'homme qui, palpitant et s'alarmant, au fort des périls, puis venant à invoquer ce Nom de vaillance, n'a pas senti tout aussitôt naître en soi la confiance et fuir la crainte ? Quel est celui, je vous le demande, qui, ballotté et flottant à la merci des doutes, n'a pas, sur-le-champ, je le dis sans balancer, vu reluire la certitude, à l'invocation d'un Nom si éclatant ? Qui est-ce qui, durant l'adversité, écoutant la méfiance, n'a pas repris courage, au seul son de ce Nom de bon secours ? Par effet, ce sont là les maladies et langueurs de l'âme, et il en est le remède.


Fabriano da Gentile. XIVe.

Certes, et je puis vous le prouver par ces paroles : Invoque-moi, dit le Seigneur, au jour de la tribulation, et je t'en tirerai, et tu m’honoreras. Rien au monde n'arrête si bien l'impétuosité de la colère, et n'accoise pareillement l'enflure de la superbe. Rien aussi parfaitement ne guarit les plaies de la tristesse, comprime les débordements de la paillardise, éteint la flamme de la convoitise, étanche la soif de l'avarice, et bannit toutes les démangeaisons des passions déshonnêtes. De vrai, quand je nomme Jésus, je me propose un homme débonnaire et humble de cœur, bénin, sobre, chaste, miséricordieux, et, en un mot, brillant de toute pureté et sainteté. C'est Dieu lui-même tout-puissant qui me guérit par son exemple, et me renforce par son assistance. Toutes ces choses retentissent à mon cœur, lorsque j'entends sonner le Nom de Jésus. Ainsi, en tant qu'il est homme, j'en tire des exemples, pour les imiter ; et en tant qu'il est le Tout-Puissant, j'en tire un secours assuré. Je me sers desdits exemples comme d'herbes médicinales, et du secours comme d'un instrument pour les broyer, et j'en fais une mixtion telle que nul médecin n'en saurait faire de semblable.

Ô mon âme ! Tu as un antidote excellent, caché comme en un vase, dans ce Nom de Jésus ! Jésus, pour le certain, est un Nom salutaire et un remède qui jamais oneques ne se trouvera inefficace pour aucune maladie. Qu'il soit toujours en votre sein, toujours à votre main : si bien que tous vos sentiments et vos actes soient dirigés vers Jésus."

Telle est donc la force et la suavité du très saint Nom de Jésus, qui fut imposé à l'Emmanuel le jour de sa Circoncision ; mais, comme le jour de l'Octave de Noël est déjà consacré à célébrer la divine Maternité, et que le mystère du Nom de l'Agneau demandait à lui seul une solennité propre, la fête d'aujourd'hui a été instituée. Son premier promoteur fut, au XVe siècle, saint Bernardin de Sienne, qui établit et propagea l'usage de représenter, entouré de rayons, le saint Nom de Jésus, réduit à ses trois premières lettres IHS, réunies en monogramme. Cette dévotion se répandit rapidement en Italie, et fut encouragée par l'illustre saint Jean de Capistran, de l'Ordre des Frères Mineurs, comme saint Bernardin de Sienne. Le Siège Apostolique approuva solennellement cet hommage au Nom du Sauveur des hommes ; et, dans les premières années du XVIe siècle, Clément VII, après de longues instances, accorda à tout l'Ordre de saint François le privilège de célébrer une fête spéciale en l'honneur du très saint Nom de Jésus.


Eugenio Cajes. XVIe.

Rome étendit successivement cette faveur à diverses Eglises ; mais le moment devait venir où le Cycle universel en serait enrichi lui-même. Ce fut en 1721, sur la demande de Charles VI, Empereur d'Allemagne, que le Pape Innocent XIII décréta que la Fête du très saint Nom de Jésus serait célébrée dans l'Eglise entière, et il la fixa au deuxième Dimanche après l'Epiphanie, dont elle complète si merveilleusement les mystères.

A LA MESSE

Dès l'Introït, l'Eglise annonce la gloire du Nom de son Epoux. Ciel, terre, abîme, tressaillez au bruit de ce Nom adorable ; car le Fils de l'Homme qui le porte est aussi le Fils de Dieu.

" Au Nom de Jésus, que tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père."

Ps. " Seigneur, notre Seigneur, que votre Nom est admirable par toute la terre ! Gloire au Père. Au Nom de Jésus."

EPÎTRE

Lecture des Actes des Apôtres. Chap. IV.


Dieric Bouts. XVe.

" En ces jours-là, Pierre, rempli du Saint-Esprit, dit : Princes du peuple et anciens, écoutez : puisque aujourd'hui nous sommes appelés en jugement pour un bienfait à l'égard d'un homme infirme, qui a été guéri par nous, sachez, vous tous, et tout le peuple d'Israël, que c'est au Nom de notre Seigneur Jésus-Christ, le Nazaréen, crucifié par vous, et ressuscité par Dieu d'entre les morts, que cet homme est devant vous en santé. Jésus est la pierre rejetée par vous qui bâtissez, laquelle est devenue la principale pierre de l'angle; et il n'y a pas de salut dans un autre que lui. Car il n'a point été donné aux hommes, sous le ciel, un autre nom dans lequel nous puissions être sauvés."

Nous le savons, Ô Jésus ! Nul autre nom que le vôtre ne pouvait nous donner le salut : ce Nom, en effet, signifie Sauveur. Soyez béni d'avoir daigné l'accepter; soyez béni de nous avoir sauvés ! Cette alliance ineffable que vous nous annoncez aujourd'hui dans les Noces mystérieuses, est tout entière exprimée dans votre doux et admirable Nom. Vous êtes du ciel, et vous prenez un nom de la terre, un nom qu'une bouche mortelle peut prononcer; vous unissez donc pour jamais la divine et l'humaine nature. Oh! rendez-nous dignes d'une si sublime alliance, et ne permettez pas qu'il nous arrivé jamais de la rompre.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. II. :


Alessandro Boticelli. XVIe.

" En ce temps-là, le huitième jour étant venu, auquel l'Enfant devait être circoncis, on lui donna le Nom de Jésus, qui était le Nom que l'Ange lui avait donné, avant qu'il fût conçu dans le sein de sa mère."

C’est au moment de la première effusion de votre sang dans la Circoncision, Ô Jésus, que vous avez reçu votre Nom; et il en devait être ainsi, puisque ce nom veut dire Sauveur, et que nous ne pouvions être sauvés que par votre sang. Cette alliance fortunée que vous venez contracter avec nous vous coûtera un jour la vie ; l'anneau nuptial que vous passerez à notre doigt mortel sera trempé dans votre sang, et notre vie immortelle sera le prix de votre cruelle mort. Votre Nom sacré nous dit toutes ces choses, Ô Jésus ! Ô Sauveur ! Vous êtes la Vigne, vous nous conviez à boire votre Vin généreux, mais la céleste grappe sera durement foulée dans le pressoir de la justice du Père céleste ; et nous ne pourrons nous enivrer de son suc divin qu'après qu'elle aura été violemment détachée du cep et broyée. Que votre Nom sacré, Ô Emmanuel, nous rappelle toujours ce sublime mystère ; que son souvenir nous garde du péché, et nous rende toujours fidèles.

EVANGILE

En place de la lecture ordinaire de l'Evangile de saint Jean, l'Eglise lit, à la fin de la Messe, le passage où le même Evangéliste raconte le mystère des Noces de Cana :

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. II. :


Les noces de Cana. Gérard David. XVe.

" En ce temps-là, il se fit des noces à Cana, en Galilée, et la Mère de Jésus y était. Jésus fut aussi invité aux noces avec ses Disciples. Et le vin venant à manquer, la Mère de Jésus lui dit :
" Ils n'ont point de vin."
Et Jésus lui répondit :
" Femme, qu'importe à moi et à vous ? Mon heure n'est pas encore venue."
Sa Mère dit à ceux qui servaient :
" Faites tout ce qu'il vous dira."
Or, il y avait là six grands vases de pierre, pour servir aux purifications des Juifs, et dont chacun tenait deux ou trois mesures.
Jésus leur dit :
" Emplissez d'eau ces vases."
Et ils les remplirent jusqu'au haut.
Et Jésus leur dit :
" Puisez maintenant, et portez-en au maître d'hôtel ."
Et ils lui en portèrent. Le maître d'hôtel ayant goûté de cette eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d'où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l'eau le sussent bien, appela l'époux et lui dit :
" Tout homme sert d'abord le bon vin, et après qu'on a beaucoup bu, il en sert de moindre ; mais vous, vous avez réservé jusqu'à cette heure le bon vin."
Ce fut là le premier des miracles de Jésus, qui se fit à Cana en Galilée ; et par là, il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui."

HYMNE

" Jesu, dúlcis memória,
Dans vera córdis gáudia :
Sed super mel et ómnia
Ejus dúlcis præséntia.

Nil cánitur suávius,
Nil audítur jucúndius,
Nil cogitátur dúlcius,
Quam Jésus Déi Fílius.

Jésu, spes pæniténtibus,
Quam píus es peténtibus !
Quam bónus te quæréntibus !
Sed quid inveniéntibus ?

Nec língua válet dícere,
Nec líttera exprímere :
Expértus pótest crédere,
Quid sit Jésum dilígere.

Sis, Jésu, nóstrum gáudium,
Qui est futúrus praémium
Sit nóstra in te glória,
Per cúncta semper saécula.

Amen."


Dieric Bouts. XVe.

" Jésus ! Nom de douce souvenance, qui donne au cœur les joies véritables ; mais plus suave que le miel et toutes les douceurs, est la présence de Celui qui le porte.

Nul chant plus mélodieux, nulle parole plus agréable, nulle pensée plus douce, que Jésus, le Fils de Dieu.

Jésus ! espoir des pénitents, que vous êtes bon pour ceux qui vous implorent ! Bon pour ceux qui vous cherchent ! Mais que n'êtes-vous pas pour ceux qui vous ont trouvé !

Ni la langue ne saurait dire, ni l'écriture ne saurait exprimer ce que c'est qu'aimer Jésus; celui qui l'éprouve peut seul le croire.

Soyez notre joie, Ô Jésus, vous qui serez notre récompense : que notre gloire soit en vous, durant tous les siècles, à jamais.

Amen."
SÉQUENCE

La Séquence que nous donnons ensuite est de la composition du pieux franciscain Bernardin de Bustis, qui rédigea, sous Sixte IV, un Office et une Messe du saint Nom de Jésus :


Alessandro Boticelli. Détail. XVIe.

" Le doux Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, gracieux, débonnaire, beau et florissant :

Pour le salut de son peuple, il a subi la mort et les tourments, pâle et livide sur la croix.

Doux Nom, doux surnom ; c'est le Nom par excellence, qui surpasse tous les noms.

Il calme les pécheurs, il réchauffé les justes, il les fortifie, il les garde contre les attaques.

Sous l'étendard de ce Roi, tu vis dans un état tranquille, et tes ennemis s'éloignent.

Le Nom de Jésus, quand on le médite, dissipe l'appareil de la guerre ; l'adversaire vaincu s'enfuit.

C'est un Nom qu'il faut révérer, un Nom redoutable aux malins esprits.

C'est un Nom de salut, une consolation singulière qui soulage les affligés.

Il nous le faut honorer, le placer dans le trésor de notre cœur, le méditer, l'aimer, mais d'un héroïque amour.

Ce Nom, Ignace l'a publié, il l'a fait retentir au milieu des tourments ; son cœur ouvert a laissé voir Jésus, écrit en caractères célestes.

Que pouvons-nous souhaiter de plus que d'avoir Jésus pour intime ? De tous il est le plus aimant, et il désire nous aimer.

Il aime avec ardeur, il aime avec constance, il aime avec fidélité, et veut secourir les siens.

Tel il a fait son Nom, qu'il puisse être pour tous le charme du cœur, l'objet excellent et principal d'un amour intime.

Les droits de la nature l'exigent: nous devons aimer de toutes nos forces celui qui nous aime, prévenir ses désirs avec empressement.

Le Nom de Jésus renferme tout bien, il résonne avec douceur, il nous vaut un trône au royaume du ciel, il réjouit notre oreille.

En lui brille la splendeur du Père, en lui éclate la beauté de sa Mère ; en lui se reflète la gloire de son Père, il fait la grandeur de ses frères.

Si donc quelqu'un veut connaître pourquoi le Nom de Jésus fait si vivement souhaiter aux justes de s'attacher à lui :

C'est que Jésus est beau dans son éclat, que sa bonté est souveraine, qu'il est doux, facile, plein de mansuétude, porté à la clémence.

Jésus est le Roi de gloire; Jésus est brillant de beauté, Jésus est plein de grâce dans ses paroles, admirable dans ses œuvres.

Jésus est fort et vaillant; Jésus est un athlète vigoureux ; Jésus est magnifique dans ses dons, il aime à les distribuer.

Jésus est tendre et compatissant, Jésus est un guide lumineux ; Jésus est rempli de délices et de la plus douce saveur.

Jésus est illustre et glorieux ; Jésus est pour tous abondant en fruits ; Jésus est la source des vertus ; aux siens il donne ses faveurs.

Le plus élevé dans les honneurs, le plus chéri dans l'amour ; toutes les gloires sont à lui.

Par sa science il connaît tout, dans son immensité il embrasse tout, par son amour il ravit les cœurs, et les retient dans ses liens.

Que ce Nom, le Nom du doux Jésus, nous soit donc toujours cher ; qu'il soit fixé dans notre cœur, et que rien ne l'en puisse arracher.

Qu'il enlève le mal du péché, qu'il inspire des chants d'allégresse, qu'il nous donne de jouir de la demeure des bienheureux !

Amen."

HYMNE


Domenico Ghirlandaio. XVe.

Nous empruntons aux anciens Missels d'Allemagne l'Hymne suivante, qui reproduit souvent les sentiments et les expressions de la Séquence de Bernardin de Bustis :

" Il est un Nom digne de tout honneur, adoré au plus haut des cieux, un Nom de gloire souveraine ; révélé à Gabriel, par lui sur terre il fut annoncé à la Mère de grâce.

Marie donne le nom de Sauveur à son Fils circoncis le huitième jour, selon la coutume de ses pères. Publié dans le monde entier, cet heureux Nom sauve ceux qui croient en lui.

En ce Nom brille la splendeur de la Trinité et de l'Unité ; il fait la joie du ciel. En ce Nom resplendit l'honneur du Père ; en ce Nom éclate la beauté de la Mère ; ce Nom fait la gloire des frères du Sauveur.

C'est là le Nom salutaire, la consolation singulière qui vient au secours des cœurs affligés. C'est le Nom qu'il nous faut honorer, bénir et louer, dans la joie constante de nos âmes.

Si on le prononce, c'est une mélodie ; si on l'invoque, c'est un doux miel ; il nous garde contre nos ennemis. Le cœur jubile, en songeant à ce Nom si formidable aux esprits de malice.

C'est le Nom plein de grâce, abondant en fruits, fécond en vertus, par-dessus tous les noms. C'est lui qui fait connaître aux hommes la face d'un Dieu toute gracieuse, remplie de beauté et d'amour.

Ce Nom est beau dans son éclat ; il est le souverain bien lui-même ; sa saveur intime est la plus douce. Tout-puissant en sa force, sublime en ses honneurs, il est le principe des délices et de la félicité.

Donc, Ô Pasteur des âmes, leur lumière incessante, Ô bon Jésus ! par votre Nom si cher, protégez-nous, et fermez sous nos pas le noir chaos des ténèbres.

Réformateur de toutes les nations humaines, Vie qui avez détruit la mort, restaurateur de la ruine qu'avaient soufferte les tribus angéliques, daignez vous donner à nous.

Amen."