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19 février. Saint Loup, archevêque de Sens. 610.

- Saint Loup, archevêque de Sens. 610.
 
Pape : Saint Grégoire Ier le Grand. Roi d'Austrasie : Théodebert II. Roi de Bourgogne : Thierry II. Roi de Bretagne : Saint Judicaël.

" Le Seigneur conduit le juste par des voies droites, et partout Il lui montre le royaume de Dieu."
Sap., X, 10.


Saint Loup faisant l'aumône. Vies de saints. R. de Monbaston. XIVe.

Saint Loup, né à Orléans de famille royale, resplendissait de toutes les vertus quand il fut élu archevêque de Sens. Il donnait presque tout aux pauvres, et un jour qu'il avait invité beaucoup de personnes à manger, il n'avait pas assez de vin pour suffire jusqu'au milieu du repas ; il dit alors à l’officier qui l’en prévenait :
" Je crois que Dieu, qui repaît les oiseaux, viendra au secours de notre charité."
Et à l’instant se présenta un messager qui annonça cent muids de vin à la porte.

Les gens de la cour l’attaquaient vivement d'aimer sans mesure une vierge, servante de Dieu, et fille de son prédécesseur ; en présence de ses détracteurs, il prit cette vierge et l’embrassa en disant :
" Les paroles d'autrui ne nuisent pas à celui auquel sa propre conscience ne reproche rien."
En effet, comme il savait que cette vierge aimait Dieu ardemment ; il la chérissait avec une intention très pure. Clotaire, roi des Francs, entrant en Bourgogne, avait envoyé, contre les habitants de Sens, son sénéchal qui se mit en devoir d'assiéger la ville, saint Loup entra dans l’église (550) de saint Étienne et se mit à sonner la cloche. En l’entendant, les ennemis furent saisis d'âne si grande frayeur qu'ils crurent ne pouvoir échapper à la mort, s'ils ne prenaient la fuite.


Saint Loup faisant l'aumône. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Enfin après s'être rendu maître du royaume de Bourgogne, le roi envoya un autre sénéchal à Sens : et comme saint Loup n'était pas venu au-devant de lui avec, des présents, le sénéchal outré le diffama auprès du roi afin que celui-ci l’envoyât en exil.

Saint Loup y brilla par sa doctrine et par ses miracles. Pendant ce temps-là, les Sénonais tuèrent un évêque usurpateur du siège de saint Loup et demandèrent au roi de rappeler le saint de son exil. Quand le roi vit revenir cet homme si mortifié, Dieu permit qu'il fût changé, à son égard, au point de se prosterner à ses pieds en lui demandant pardon. Il le combla de présents et le rétablit dans sa ville.


Saint Loup. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

En revenant par Paris, une grande foule de prisonniers dont les cachots s'étaient ouverts et qui avaient été délivrés de leurs fers, vint à sa rencontre.

Un dimanche, pendant qu'il célébrait la messe, une pierre précieuse tomba du ciel dans son saint calice, et le roi la déposa avec ses autres reliques. Le roi Clotaire entendant que la cloche de Saint-Étienne avait des sons admirablement doux, donna des ordres pour qu'on la transportât à Paris afin de pouvoir l’entendre plus souvent. Mais comme cela déplaisait à saint Loup, aussitôt que la cloche eut été sortie de Sens, elle perdit le moelleux, de ses sons. A cette nouvelle, le roi la fit restituer à l’instant et aussitôt après elle rendit un son qui fut entendu dans la ville d'où elle était éloignée de sept milles. C'est pourquoi saint Loup alla (551) au-devant de ce qu'il regrettait d'avoir perdu et reçut la cloche avec honneur.


Saint Loup faisant l'aumône. Legenda aurea. R. de Monbaston. XIVe.

Une nuit qu'il priait, le démon lui fit ressentir une soif extraordinaire ; le saint homme se fit apporter de l’eau froide ; mais découvrant les ruses de l’ennemi, il mit son coussin sur le vase où il renferma le diable qui se mit à hurler et à crier pendant toute la nuit. Quand vint le matin, celui qui avait choisi les ténèbres pour tenter le saint, s'enfuit tout confus en plein jour.

Une fois qu'il venait de visiter, selon sa coutume, les églises de la ville, en rentrant chez lui, il entendit ses clercs se disputer parce qu'ils voulaient faire le mal avec des femmes. Il entra alors dans l’église, pria pour eux, et à l’instant, l’aiguillon de la tentation cessa absolument de les tourmenter : ils vinrent le trouver et lui demandèrent pardon.


Saint Martin et saint Loup.
Image de la confrérie de Saint-Loup de Sens. XIXe.

Enfin après s'être rendu illustre, par une foule de vertus, il reposa en paix, vers l’an du Seigneur 610, du temps d'Héraclius.

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mercredi, 19 février 2025 | Lien permanent | Commentaires (3)

23 février. Saint Pierre Damien, cardinal-évêque d'Ostie, docteur de l'Eglise. 1072.

- Saint Pierre Damien, cardinal-évêque d'Ostie, docteur de l'Eglise. 1072.
 
Pape : Alexandre II. Empereur germanique : Henri IV. Roi de France : Philippe Ier. Roi d'Aragon et de Navarre : Sanche Ier. Roi de Castille : Sanche II le Fort. Roi de Galice : Garcia II. Roi de Léon : Alphonse VI (futur roi de l'union des trois royaumes à partir de 1072). Roi d'Angleterre : Guillaume Ier le Conquérant. Roi d'Ecosse : Malcolm III.

" Ce vigilant ne fuyait pas quand il voyait venir le loup : il allait au contraire l'attaquer dans sa retraite et lui donner la mort avant qu'il vint fondre sur son bercail, retranchant, par le glaive de l'excommunication, ceux qui voulaient introduire des erreurs dans l'esprit de ses diocésains. Il était le fléau des hérétiques, et il savait si efficacement réprimer leur audace et leur témérité, que les autres prélats l'envoyaient prier avec instance de venir à leur secours, pour les aider à dissiper les pernicieuses doctrines qui s'étaient glissées dans leurs églises."
Petits Bollandistes.


Antiveduto Grammatica. XVIIe.

L'austère réformateur des mœurs chrétiennes au XIe siècle, le précurseur du saint pontife Grégoire VII, Pierre Damien en un mot, paraît aujourd'hui sur le Cycle. A lui revient une partie de la gloire de cette magnifique régénération qui s'accomplit en ces jours où le jugement dut commencer par la maison de Dieu (I Petr. IV, 17.). Dressé à la lutte contre les vices sous une sévère institution monastique, Pierre s'opposa comme une digue au torrent des désordres de son temps, et contribua puissamment à préparer, par l'extirpation des abus, deux siècles de foi ardente qui rachetèrent les hontes du Xe siècle. L'Eglise a reconnu tant de science, de zèle et de noblesse, dans les écrits du saint Cardinal, que, par un jugement solennel, elle l'a placé au rang de ses Docteurs. Apôtre de la pénitence, Pierre Damien nous appelle à la conversion, dans les jours où nous sommes ; écoutons-le et montrons-nous dociles à sa voix.

Pierre, né à Ravenne, de parents aisés, étant encore à la mamelle, fut rejeté par sa mère qui était mécontente d'avoir un grand nombre d'enfants. Il fut recueilli demi-mort et soigné par une personne de la maison, qui le rendit à la mère, après l'avoir rappelée aux sentiments de l'humanité. Ayant perdu ses parents, il se vit réduit à une dure servitude, sous la tutelle d'un de ses frères qui le traita comme un vil esclave. Ce fut alors qu'il donna un rare exemple de religion envers Dieu, et de piété filiale. Ayant trouvé par hasard une pièce de monnaie, au lieu de l'employer à soulager sa propre indigence, il la porta à un prêtre, lui demandant d'offrir le divin Sacrifice pour le repos de l'âme de son père. Un autre de ses frères nommé Damien, dont on dit qu'il a tiré son nom, l'accueillit avec bonté, et l'instruisit dans les lettres. Pierre y fit de si rapides progrès, qu'il devint l'objet de l'admiration des maîtres eux-mêmes.


Saint Augustin et saint Pierre Damien aux pieds de
Notre Dame et de son divin Fils.
Ercole de Roberti. XVe.

Son habileté et sa réputation dans les sciences libérales l'ayant fait connaître, il les enseigna lui-même avec honneur. Dans cette nouvelle situation, afin de soumettre les sens à la raison, il portait un cilice sous des habits recherchés, se livrant avec ardeur aux jeûnes, aux veilles et aux oraisons. Etant dans l'ardeur de la jeunesse, et se sentant vivement pressé des aiguillons de la chair, il allait la nuit éteindre ces flammes rebelles dans les eaux glacées d'un fleuve ; puis il se mettait en marche pour visiter les sanctuaires en vénération, et récitait le Psautier tout entier. Il soulageait les pauvres avec un zèle assidu, et les servait de ses propres mains dans des repas qu'il leur donnait fréquemment.

Désirant mener une vie plus parfaite, il entra dans le monastère d'Avellane. au diocèse de Gubbio, de l'Ordre des moines de Sainte-Croix de Fontavellane, fondé par le bienheureux Ludolphe, disciple de saint Romuald. Peu après, envoyé par son Abbé à l'abbaye de Pomposia, puis à celle de Saint-Vincent de Petra-Pertusa, il édifia ces deux monastères par ses prédications saintes, par son enseignement distingué et par sa manière de vivre. A la mort de son Abbé, la communauté d'Avellane le rappela pour le mettre à sa tête ; et il développa d'une manière si remarquable cette famille monastique par les nouvelles maisons qu'il créa, et par les saintes institutions qu'il lui donna, qu'on le regarde avec raison comme le second père de cet Ordre et son principal ornement.

Plusieurs monastères d'institut différent, des chapitres de chanoines, des populations entières, éprouvèrent les salutaires effets du zèle de Pierre Damien. Il rendit de nombreux services au diocèse d'Urbin ; il secourut l'évêque Theuzon dans une cause importante, et l'aida par ses conseils et par ses travaux dans la bonne administration de son évêché. La contemplation des choses divines, les macérations du corps et les autres traits d'une sainteté consommée élevèrent à un si haut point sa réputation, que le pape Etienne IX, malgré la résistance du saint, le créa Cardinal de la sainte Eglise Romaine et Evoque d'Ostie. Pierre éclata dans ces hautes dignités par des vertus et des œuvres en rapport avec la sainteté du ministère épiscopal.

Monastère de la Sainte-Croix de Fonte Avellana.

Par sa doctrine, ses légations et toute sorte de travaux, il fut d'un secours merveilleux à l'Eglise Romaine et aux Souverains Pontifes, dans des temps très difficiles. Il combattit jusqu'à la mort avec un zèle intrépide l'hérésie Simoniaque et celle des nicolaïtes. Après avoir purgé de ce double fléau l'Eglise de Milan, il la réconcilia avec l'Eglise Romaine. Il s'opposa courageusement aux antipapes Benoît et Cadalous. Il retint Henri IV, roi de Germanie, qui était sur le point de divorcer injustement avec son épouse. La ville de Ravenne fut ramenée par lui à l'obéissance au Pontife Romain, et rétablie dans la jouissance des choses saintes.

Il mit la réforme chez les chanoines de Vellétri. Dans la province d'Urbin, presque toutes les Eglises épiscopales éprouvèrent ses services ; celle de Gubbio, qu'il administra pendant quelque temps, fut par lui soulagée d'un grand nombre de maux ; quant aux autres, il les soigna toujours autant qu'il lui fut possible, comme si elles eussent été confiées à sa garde. S'étant démis du cardinalat et de la dignité épiscopale, il ne relâcha rien de son empressement à soulager le prochain.


Cathédrale Saint-Pierre-Apôtre de Faenza. Emilie-Romagne. Italie.

Il fut le propagateur du jeûne du Vendredi, en l'honneur du mystère de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, et du petit Office de la Mère de Dieu, ainsi que de son culte le jour du Samedi. Il étendit par son zèle l'usage de la discipline volontaire, pour l'expiation des péchés qu'on a commis.

Enfin, après une vie tout éclatante de sainteté, de doctrine, de miracles et de grandes actions, lorsqu'il revenait de la légation de Ravenne, son âme s'envola vers le Christ, à Faënza, le huit des calendes de mars. Son corps, gardé dans cette ville chez les Cisterciens, est honoré d'un grand nombre de miracles, du concours et de la vénération des peuples. Plus d'une fois les habitants de Faënza ont éprouvé son secours dans les calamités ; et pour ce motif, leur ville l'a choisi pour patron auprès de Dieu. Son Office et sa Messe, qui se célébraient déjà comme d'un Confesseur Pontife dans plusieurs diocèses et dans l'Ordre des Camaldules, ont été étendus à l'Eglise universelle, de l'avis de la Congrégation des Rites sacrés, par le pape Léon XII, qui a ajouté la qualité de Docteur.


On a représenté saint Pierre Damien :
- avec une discipline à la main, pour exprimer l'ardeur avec laquelle il s'adonnait à la mortification ;
- sous les costumes divers de cardinal, d'ermite et de pélerin ;
- en pélerin, on lui met un diplôme ou une bulle à la main pour rappeler les diverses légations dont il fut chargé par les Papes.
PRIERE
 
" Le zèle de la maison du Seigneur consumait votre âme, Ô Pierre ! C'est pourquoi vous fûtes donné à l'Eglise dans un temps où la malice des hommes lui avait fait perdre une partie de sa beauté. Rempli de l'esprit d'Elie, vous osâtes entreprendre de réveiller les serviteurs du Père de famille qui, durant leur fatal sommeil, avaient laissé l'ivraie prévaloir dans le champ. Des jours meilleurs se levèrent pour l'Epouse du Christ ; la vertu des promesses divines qui sont en elle se manifesta; mais vous, ami de l'Epoux (Johan. III, 29.), vous avez la gloire d'avoir puissamment contribué à rendre à la maison de Dieu son antique éclat. Des influences séculières avaient asservi le Sanctuaire ; les princes de la terre s'étaient dit : Possédons-le comme notre héritage (Psalm. LXXXII.) ; et l'Eglise, qui surtout doit être libre, n'était plus qu'une vile servante aux ordres des maîtres du monde. Dans cette crise lamentable, les vices auxquels la faiblesse humaine est si facilement entraînée avaient souillé le temple: mais le Seigneur se souvint de celle à laquelle il s'est donné. Pour relever tant de ruines, il daigna employer des bras mortels ; et vous fûtes choisi des premiers, Ô Pierre, pour aider le Christ dans l'extirpation de tant de maux. En attendant le jour où le sublime Grégoire devait prendre les Clefs dans ses mains fortes et fidèles, vos exemples et vos fatigues lui préparaient la voie. Maintenant que vous êtes arrivé au terme de vos travaux, veillez sur l'Eglise de Dieu avec ce zèle que le Seigneur a couronné en vous. Du haut du ciel, communiquez aux pasteurs cette vigueur apostolique sans laquelle le mal ne cède pas. Maintenez pures les mœurs sacerdotales qui sont le sel de la terre (Matth. V, 13.).

Le corps incorrompu de saint Pierre Damien.
Cathédrale Saint-Pierre-Apôtre de Faenza. Emilie-Romagne. Italie.

Fortifiez dans les brebis le respect, la fidélité et l'obéissance envers ceux qui les conduisent dans les pâturages du salut. Vous qui fûtes non seulement l'apôtre, mais l'exemple de la pénitence chrétienne, au milieu d'un siècle corrompu, obtenez que nous soyons empressés à racheter, par les œuvres satisfactoires, nos péchés et les peines qu'ils ont méritées. Ranimez dans nos âmes le souvenir des souffrances de notre Rédempteur, afin que nous trouvions dans sa douloureuse Passion une source continuelle de repentir et d'espérance. Accroissez encore notre confiance en Marie, refuge des pécheurs, et donnez-nous part à la tendresse filiale dont vous vous montrâtes animé pour elle, au zèle avec lequel vous avez publié ses grandeurs."

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dimanche, 23 février 2025 | Lien permanent | Commentaires (1)

26 février. Saint Porphyre, évêque de Gaza en Palestine, et sainte Irène, vierge. 420.

Saint Porphyre, évêque de Gaza en Palestine, et sainte Irène, vierge. 420.

Pape : Saint Boniface Ier. Empereur romain : Flavius Honorius.

" Les hommes sont étrangers et pélerins sur la terre."
Heb., XI, 14.


Saint Porphyre de Gaza.
Fresque de l'église du Saint-Sauveur de Jérusalem.
 

Saint Porphyre, né à Thessalonique en 353, de parents riches et vertueux, fut élevé dans la piété, dans la crainte de Dieu ainsi que dans les sciences divines et humaines.

A l'âge de vingt-cinq ans, l'amour divin lui fit abandonner toutes les richesses de la terre, quitter son pays et ses parents pour embrasser la vie religieuse dans un monastère de Scété en Egypte. Après cinq ans de vie austère, ayant reçu de ses supérieurs l'ordre de partir, à cause de sa santé délabrée, il se rendit en Terre Sainte, et parvint extrêmement malade à Jérusalem.

A Thessalonique, il n'avait pu faire le partage de ses richesses avec ses frères qui étaient trop jeunes, il n'avait pas encoore exécuté le précepte de l'Evangile de vendre tout son bien et de le distribuer aux pauvres. Il envoya donc, depuis Jérusalem, un jeune homme nommé Marc, afin qu'il fît procéder à ce partage. Marc, qui deviendra son fidèle disciple, rapporta le lot de saint Porphyre qui consistait en 4 400 écus d'or et quantité de meubles précieux.

 

Quant Marc arriva, il fut très heureusement surpris de trouver notre Saint en pleine santé. Saint Porphyre lui raconta qu'il s'était, presque à l'article de la mort, traîné jusqu'au Calvaire, que Notre Seigneur Jésus-Christ lui était apparu sur la Croix, lui avait mis une croix sur les épaules et que d'un coup il avait été guéri et ne ressentait plus depuis aucune souffrance.

Les richesses rapportées de Thessalonique furent distribuer aux pauvres de jérusalem et aux monastères environnants. C'est bien Dieu Lui-même qui dirigeait Son serviteur vers la Palestine, où la réputation de ses vertus et de son mérite le fit bientôt élever au siège épiscopal de Gaza.

A l'âge de quarante ans, Prayle, patriarche de Jérusalem, l'ordonna prêtre, et lui confia la garde du bois adorable de Notre Sauveur. Trois ans plus tard, il fut fait évêque de Gaza, en Palestine, par Jean, archevêque de Césarée, métropolitain de cette province, saint homme, auquel le clergé et le peuple avaient remis cette élection, parce qu'il n'avaient pu s'accorder. Ainsi, au lieu de ne penser qu'à expier ses péchés, comme il le disait lui-même, il se trouva engagé à travailler à l'expiation de ceux des autres. Dès qu'il fut sacré, il se rendit à Gaza, où les idolâtres, dont cette ville était toute remplie, le regardèrent comme le plus grand ennemi de leurs dieux.


Eglise de La Nativité. Gaza.
 
Un jour qu'il avait du quitter sa maison épiscopale pour échapper à la fureur des idolâtres, il se réfugia avec un de ses prêtres dans une maisonnette habitée par une pauvre femme et sa petite fille. Celle-ci s'appelait Irène et avait quatorze ans.

Reconnaissant l'évêque, la jeune fille, qui se trouvait seule à ce moment, se jeta à ses pieds et le vénéra. L'évêque lui demanda le nom de ses parents.
" Je n'ai plus ni père ni mère, j'ai seulement une vieille grand-mère que je nourris avec moi de mon travail.
- Etes-vous Chrétienne mon enfant ?
- Non, mais je désire le devenir.
Que ce peuple est porté au bien ! Si l'ennemi n'y mettait pas obstacle... Mais Dieu sera le maître !"


Puis, il pria Irène de leur prêter une place sur la terrasse de la maison pour se reposer et de ne dire à personne qu'ils y fussent. Sainte Irène s'exécuta et fit preuve d'une grande générosité et d'un zèle si touchant dans le service de notre Saint que celui-ci en pleura tendrement.


Autel d'une chapelle de l'église de La Nativité. Gaza.
  
Bientôt, parmi les nombreux prodiges au moyen desquels il triompha de l'endurcissement des ennemis de Notre Seigneur Jésus-Christ, une sécheresse extraordinaire désola la contrée. Les prêtres des idoles offrirent sans succès sacrifices sur sacrifices à leurs dieux ; le fléau devint intolérable, et la famine faisait de nombreuses victimes.

Saint Porphyre ordonna des prières spéciales. Un jour de jeûne fut fixé, et on se réunit un soir dans la plus grande église de la ville, où l'assemblée chrétienne chanta durant toute la nuit, dans l'attitude de la pénitence, des invocations à Dieu et aux Saints.


Eglise Notre-Dame édifiée dans une grotte sur le lieu-dit " Aïn el habis ".
Monastère Saint-Jean-du-Désert, près de Jérusalem *. Ve.
 
Le lendemain, une procession fut faite hors de la ville, aux tombeaux des martyrs ; mais quand elle revint, les païens avaient fermé toutes les portes de la cité. Les Chrétiens, tombant à genoux, redoublèrent d'instances près de Dieu. Tout à coup le ciel jusque-là serein se couvrit de nuages, et une pluie torrentielle tombe pendant deux jours sur la contrée. A cette vue, les païens ouvrent les portes et s'écrièrent :

" Le Christ a vaincu !"
Ce prodige détermina la conversion d'un très grand nombre d'idolâtres.

Tous les nombreux miracles de Porphyre avaient pour but la conversion des âmes. Un jour qu'il traversait la mer sur un navire, une tempête affreuse éclata, le naufrage était inévitable. Mais Porphyre, éclairé de Dieu, déclara au pilote que la tempête cesserait dès qu'il aurait abjuré l'hérésie d'Arius. Le pilote, étonné de voir un homme qui lisait dans les coeurs, abjura aussitôt l'erreur, et les flots devinrent calmes.


L'église de La Nativité. Les Chrétiens de Gaza gardent leur église...
Contre qui ? Les ennemis des Chrétiens sont les mêmes
qu'au temps de saint Porphyre, bien entendu...
Gaza. Palestine.
 
Cependant, saint Porphyre n'avait pas oublier sainte Irène, sa petite bienfaitrice. Lorsque Gaza fût presque entièrement débarrassée des Idolâtres et des hérétiques ariens, il l'envoya quérir. Notre Sainte vint avec une de ses tantes et sa grand-mère. Saint Porphyre les secoura, car elles étaient bien pauvres, les instruisit, et les admit au baptême.

Le saint évêque demanda alors à sainte Irène si elle ne voulait pas s'établir, en lui promettant de la doter et de lui présenter un futur mari chrétien.
" Mais, saint père, vous m'avez déjà donner un Epoux, et vous ne voudrez pas que j'en accepte un autre.
- Mais quel Epoux ma fille ?
- Le Sauveur de mon âme, l'Epoux des vierges."

Le saint prélat se mit à pleurer de joie. Il la renvoya donc en sa maison, lui recommandant de mener une vie et une conduite digne de sa vocation.

Quelques temps plus tard, à la suite du décès de sa grand-mère, saint Porphyre confia sainte Irène à la conduite de la diaconesse Manaris. Un grand nombre de jeunes filles suivirent l'exemple de sainte Irène, qui mourut dans sa virginité baptismale en 490.

Porphyre, en mourant le 26 février 420, laissa Gaza entièrement chrétienne et délivrée des Idolâtres comme des hérétiques.

* Merci à " Basile ", qui a bien voulu nous corriger et nous préciser que le lieu-dit " Aïn el habis " signifie " la source de l'ermite " et se trouve au monastère Saint-Jean-du-Désert près de Jérusaleme et non pas près de Gaza. Selon la tradition, c'est dans ce désert que saint Jean-Baptiste enfant et sa mère sainte Élisabeth se soustrayèrent à la fureur du roi Hérode.

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http://fr.custodia.org/default.asp?id=1943

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mercredi, 26 février 2025 | Lien permanent | Commentaires (1)

28 février. Saint Romain & saint Lupicin, frères, abbés de Condat, fondateurs des monastères du Mont Jura. 460.

- Saint Romain & saint Lupicin, frères, abbés de Condat, fondateurs des monastères du Mont Jura. 460.
 
Pape : Saint Léon Ier le Grand. Roi des Francs Saliens : Childéric Ier. Empereur romain d'Occident : Majorien. Empereur romain d'Orient : Léon Ier le Thrace.

" Il n'y a qu'une seule, vraie et douce patrie ; en dehors de celle-là, tout n'est que déplacement et pèlerinage."
St. Aug. sup. Psalm. XLI.
 
http://i44.servimg.com/u/f44/11/64/82/51/saint_10.jpg
Saint Romain et saint Lupicin. Ancienne église abbatiale de
l'abbaye Saint-Oyend (saint Oyend fut un disciple de saint Romain
et de de saint Lupicin) aujourd'hui cathédrale
Saint-Pierre-Saint-Paul-et-Saint-André. Saint-Claude. Jura.

Saint Romain et saint Lupicin naquirent d'une honnête famille, vers la fin du IVe siècle, dans l'ancienne province des Séquanais, le Haut-Bugey, dans le diocèse actuel de Belley. Quelques auteurs pensent que la ville d'Izernore, considérable à l'époque, fut la patrie de deux frères. La jeunesse de Romain demeura pure de toute corruption du siècle. Après s'être mis quelques temps sous la conduite du saint abbé Sabin, qui gouvernait le monastère d'Ainay à Lyon, et qui lui fit étudier sérieusement la vie cénobitique, il se retira, âgé de trente-cinq ans, à Condat, dans les forêts du Jura, où il mena la vie des anciens anachorètes, au milieu des bêtes féroces, et oublié du monde, qu'il avait oublié le premier.
Condat signifie en langue celtique confluent, et c'est effectivement au confluent du Tacon et de la Dienne que notre Saint s'installa.
 

Saint Romain. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

Mais ce n'était là, dans les desseins de Dieu, qu'une préparation : la vocation de Romain, c'était de fonder des monastères où l'on verrait fleurir toutes les merveilles de sainteté accomplies depuis plus de deux siècles dans les déserts d'Orient. Le premier de ses disciples fut son frère Lupicin.Dieu avait donné aux deux frères des caractères fort différents ; autant Romain était doux et indulgent, autant Lupicin était ferme et rigide, et on eût pu l'accuser d'excès, s'il n'avait encore été plus dur pour lui que pour les autres. Chez les deux Saints, ces divergences étaient toujours, chose étonnante, accompagnées d'une parfaite union. Si Lupicin avait paru dépasser la mesure, Romain était là pour tout concilier ; s'il était besoin d'un coup d'énergie, Romain avait recours à Lupicin, dont le bras de fer brisait tout obstacle.


Cathédrale Saint-Pierre Saint-Paul et Saint-André. Saint-Claude. Jura.

Une année que les récoltes avaient été très abondantes, les religieux se relâchèrent de leur abstinence et ne se rendirent point aux douces observations de Romain. Le saint abbé confia l'affaire à son frère, qui ne fit servir à la communauté, pendant un certain temps, que de la bouillie d'orge sans apprêt. Douze moines quittèrent le monastère, les autres retrouvèrent leur ferveur. Romain pleura ses douze religieux et se plaignit à son frère ; il versa tant de larmes et fit tant de prières, que les douze fugitifs revinrent et menèrent une vie austère et pleine d'édification.


Chapelle Saint-Romain-de-Roche à Pratz. Franche-Comté.

Un des plus anciens religieux lui reprocha un jour de recevoir trop facilement tous les sujets qui se présentaient, au risque de n'avoir plus de place pour accueillir les sujets d'élite :
" Mon frère, lui dit le Saint, Dieu seul discerne le fond des cœurs, confions-nous en Lui. Accueillons toutes ces brebis que nous envoie le divin Pasteur, et, par notre zèle, conduisons-les avec nous aux portes du Paradis."

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vendredi, 28 février 2025 | Lien permanent | Commentaires (3)

Dimanche de la Quinquagésime.

- Dimanche de la Quinquagésime.



Notre Seigneur Jésus-Christ guérissant l'aveugle.
Duccio di Buoninsegna. XIIIe.

La vocation d'Abraham est le sujet que l'Eglise offre aujourd'hui à nos méditations. Quand les eaux du déluge se furent retirées, et que le genre humain eut de nouveau couvert la surface de la terre, la corruption des mœurs qui avait allumé la vengeance de Dieu reparut parmi les hommes, et l'idolâtrie, cette plaie que la race antédiluvienne avait ignorée, vint mettre le comble à tant de désordres. Le Seigneur, prévoyant dans sa divine sagesse la défection des peuples, résolut de se créer une nation qui lui serait particulièrement dévouée, et au sein de laquelle se conserveraient les vérités sacrées qui devaient s'éteindre chez les Gentils.

Ce nouveau peuple devait commencer par un seul homme, père et type des croyants. Abraham, plein de foi et d'obéissance envers le Seigneur, était appelé à devenir le père des enfants de Dieu, le chef de cette génération spirituelle à laquelle ont appartenu et appartiendront jusqu'à la fin des siècles tous les élus, tant de l'ancien peuple que de l'Eglise chrétienne.




Abraham. Lorenzo Monaco. XVe.

Il nous faut donc connaître Abraham, notre chef et notre modèle. Sa vie se résume tout entière dans la fidélité à Dieu, dans la soumission à ses ordres, dans l'abandon et le sacrifice de toutes choses, pour obéir à la sainte volonté de Dieu. C'est le caractère du chrétien ; hâtons-nous donc de puiser dans la vie de ce grand homme tous les enseignements qu'elle renferme pour nous.

Le texte de la Genèse que nous donnons ci-après servira de fondement à tout ce que nous avons à dire sur Abraham. La sainte Eglise le lit aujourd'hui dans l'Office des Matines :



Abraham. Chapelle des Strozzi, Eglise Santa Maria Novella.
Florence. XVIIIe.

Lecture du Livre de la Genèse. Chap. XII.

" Or le Seigneur dit à Abram :
" Sors de ton pays, et de ta parente, et de la maison de ton père, et viens dans la terre que je te montrerai ; et je ferai sortir de toi un grand peuple, et je glorifierai ton nom, et tu seras béni. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi."
Abram sortit donc comme le Seigneur le lui avait commandé, et Loth alla avec lui. Or, Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu'il sortit de Haran, et il emmena avec lui Saraï son épouse et Loth fils de son frère, tout ce qu'ils possédaient, et tout ce qui leur était né dans Haran : et ils sortirent pour aller dans la terre de Chanaan. Lorsqu'ils y furent arrivés, Abram pénétra jusqu'au lieu appelé Sichem et jusqu'à la Vallée-Illustre ; le Chananéen occupait alors cette terre.
Or, le Seigneur apparut à Abram, et lui dit :
" Je donnerai cette terre à ta postérité. Abram éleva en cet endroit un autel au Seigneur qui lui était apparu, et étant passé de là vers la montagne qui est à l'orient de Bethel, il y dressa sa tente, ayant Bethel à l'occident et Haï à l'orient. Il éleva encore en ce lieu un autel au Seigneur, et il invoqua son Nom."

Quelle plus vive image pouvait nous être offerte du disciple de Jésus-Christ que celle de ce saint Patriarche, si docile et si généreux à suivre la voix de Dieu qui l'appelle ? Avec quelle admiration ne devons-nous pas dire, en répétant la parole des saints Pères :
" Ô homme véritablement chrétien avant même que le Christ fût venu ! Ô homme évangélique avant l'Evangile ! Ô homme apostolique avant les Apôtres !"



Abraham et les trois anges.
Gerbrandt Jansz van den Eeckhout. XVIIe.

A l'appel du Seigneur, il quitte tout, sa patrie, sa famille, la maison de son père, et il s'avance vers une région qu'il ne connaît pas. Il lui suffit que Dieu le conduise ; il se sent en sûreté, et ne regarde pas en arrière. Les Apôtres eux-mêmes ont-ils fait davantage ? Mais voyez la récompense. En lui toutes les familles de la terre seront bénies ; ce Chaldéen porte dans ses veines le sang qui doit sauver le monde. Il clora néanmoins ses paupières, avant de voir se lever le jour où, après bien des siècles, un de ses petits-fils, né d'une vierge et unie personnellement au Verbe divin, rachètera toutes les générations passées, présentes et futures. Mais en attendant que le ciel s'ouvre pour le Rédempteur et pour l'armée des justes qui auront déjà conquis la couronne, les honneurs d'Abraham dans le séjour de l'attente seront dignes de sa vertu et de ses mérites. C'est dans son sein (Luc. XVI, 22.), autour de lui, que nos premiers parents purifiés par la pénitence, que Noé, Moïse, David, tous les justes en un mot, jusqu'à Lazare l'indigent, ont goûté les prémices de ce repos, de cette félicité qui devait les préparer à l'éternelle béatitude. Ainsi Dieu reconnaît l'amour et la fidélité de sa créature.



Le départ d'Abraham pour Canaan. Jacopo Bassano. XVIe.

Quand les temps furent accomplis, le Fils de Dieu, en même temps fils d'Abraham, annonça la puissance de son Père, qui s'apprêtait à faire sortir une nouvelle race d'Enfants d'Abraham des pierres même de la gentilité. Nous sommes, nous chrétiens, cette nouvelle génération ; mais sommes-nous dignes de notre Père ?

Voici ce que dit l'Apôtre des Gentils :
" Plein de foi, Abraham obéit au Seigneur ; il partit sans délai pour se rendre dans le lieu qui devait être son héritage, et il se mit en route, ne sachant pas où il allait. Plein de foi, il habita cette terre qui lui avait été promise, comme si elle lui eût été étrangère, vivant sous la tente, avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la promesse; car il attendait cette cité dont les fondements ont Dieu même pour auteur et pour architecte." (Heb. XI, 8.).

Si donc nous sommes les enfants d'Abraham, nous devons, ainsi que la sainte Eglise nous en avertit, en ce temps de la Septuagésime, nous regarder comme des exilés sur la terre, et vivre déjà, par l'espérance et l'amour, dans cette unique patrie dont nous sommes exilés, mais dont nous nous rapprochons chaque jour, si, comme Abraham, nous sommes fidèles à occuper les diverses stations que le Seigneur nous indique. Dieu veut que nous usions de ce monde comme n'en usant pas (I Cor. VII, 31.) ; que nous reconnaissions à toute heure qu'il n'est point pour nous ici-bas de cité permanente (Heb. XIII, 14.), et que notre plus grand malheur et notre plus grand danger serait d'oublier que la mort doit nous séparer violemment de tout ce qui passe.



La rencontre d'Abraham et de Melchisédec. Dieric Bouts. XVe.

Combien donc sont loin d'être de véritables enfants d'Abraham ces chrétiens qui, aujourd'hui et les deux jours suivants, se livrent à l'intempérance et à une dissipation coupable, sous le prétexte que la sainte Quarantaine va bientôt s'ouvrir ! On s'explique aisément comment les mœurs naïves de nos pères ont pu concilier avec la gravité chrétienne ces adieux à une vie plus douce que le Carême venait suspendre, de même que la joie de leurs festins dans la solennité Pascale témoignait de la sévérité avec laquelle ils avaient gardé les prescriptions de l'Eglise. Mais si une telle conciliation est toujours possible, combien de fois n'arrive-t-il pas que cette chrétienne pensée des devoirs austères que l'on aura bientôt à remplir, s'efface devant les séductions d'une nature corrompue, et que l'intention première de ces réjouissances domestiques finit par n'être plus même un souvenir ? Qu'ont-ils de commun avec les joies innocentes que l'Eglise tolère dans ses enfants, ceux pour qui les jours du Carême ne se termineront pas par la réception des Sacrements divins qui purifient les cœurs et renouvellent la vie de l'âme ? Et ceux qui se montrent avides de recourir à des dispenses qui les mettent plus ou moins sûrement à couvert de l'obligation des lois de l'Eglise, sont-ils fondés à préluder par des têtes à une carrière durant laquelle, peut-être, le poids de leurs péchés, loin de s'alléger, deviendra plus lourd encore ?

Puissent de telles illusions captiver moins les âmes chrétiennes ! Puissent ces âmes revenir à la liberté des enfants de Dieu, liberté à l'égard des liens de la chair et du sang, et qui seule rétablit l'homme dans sa dignité première ! Qu'elles n'oublient donc jamais que nous sommes dans un temps où l'Eglise elle-même s'interdit ses chants d'allégresse, où elle veut que nous sentions la dureté du joug que la profane Babylone fait peser sur nous, que nous rétablissions en nous cet esprit vital, cet esprit chrétien qui tend toujours à s'affaiblir. Si des devoirs ou d'impérieuses convenances entraînent durant ces jours les disciples du Christ dans le tourbillon des plaisirs profanes, qu'ils y portent du moins un cœur droit et préoccupé des maximes de l'Evangile. A l'exemple de la vierge Cécile, lorsque les accords d'une musique profane retentiront à leurs oreilles, qu'ils chantent à Dieu dans leurs cœurs, et qu'ils lui disent avec cette admirable Epouse du Sauveur : " Conservez-nous purs, Seigneur, et que rien n'altère la sainteté et la dignité qui doivent toujours résider en nous."

Qu'ils évitent surtout d'autoriser, en y prenant part, ces danses libertines, où la pudeur fait naufrage, et qui seront la matière d'un si terrible jugement pour ceux et celles qui les encouragent. Enfin qu'ils repassent en eux-mêmes ces fortes considérations que leur suggère saint François de Sales :
" Tandis que la folle ivresse des divertissements mondains semblait avoir suspendu tout autre sentiment que celui d'un plaisir futile et trop souvent périlleux, d'innombrables âmes continuaient d'expier éternellement sur les brasiers de l'enfer les fautes commises au milieu d'occasions semblables ; des serviteurs et servantes de Dieu, à ces mêmes heures, s'arrachaient au sommeil pour venir chanter ses louanges et implorer ses miséricordes sur vous ; des milliers de vos semblables expiraient d'angoisses et de misère sur leur triste grabat ; Dieu et ses Anges vous considéraient attentivement du haut du Ciel ; enfin, le temps de la vie s'écoulait, et la mort avançait sur vous d'un degré qui ne reculera pas." (Introduction à la vie dévote. IIIe part. Chap. XXXIII.).



Le cardinal Gabriel Paleotti, archevêque de Bologne.

Il était juste, nous en convenons, que ces trois premiers jours de la Quinquagésime, ces trois derniers jours encore exempts des saintes rigueurs du Carême, ne s'écoulassent pas sans offrir quelque aliment à ce besoin d'émotions qui tourmente tant d'âmes. Dans sa prévision maternelle, l'Eglise y a songé ; mais ce n'est pas en abondant dans le sens de nos vains désirs d'amusements frivoles, et des satisfactions de notre vanité. A ceux de ses enfants sur lesquels la foi n'a pas encore perdu son empire, elle a préparé une diversion puissante, en même temps qu'un moyen d'apaiser le colère de Dieu, que tant d'excès provoquent et irritent. Durant ces trois jours, l'Agneau qui efface les péchés du monde est exposé sur les autels. Du haut de son trône de miséricorde, il reçoit les hommages de ceux qui viennent l'adorer et le reconnaître pour leur roi ; il agrée le repentir de ceux qui regrettent à ses pieds d'avoir suivi trop longtemps un autre maître que lui ; il s'offre à son Père pour les pécheurs qui, non contents d'oublier ses bienfaits, semblent avoir résolu de l'outrager en ces jours plus que dans tout autre temps de l'année.



Le cardinal-archevêque de Bologne Prospero Lambertini, qui
deviendra le pape Benoit XIV. Pierre Hubert Subleyras. France. XVIIIe.

Cette sainte et heureuse pensée d'offrir une compensation à la divine Majesté pour les péchés des hommes, au moment même où ils se multiplient davantage, et d'opposer aux regards du Seigneur irrité son propre Fils, médiateur entre le ciel et la terre, fut inspirée dès le XVIe siècle au pieux cardinal Gabriel Paleotti, Archevêque de Bologne, contemporain de saint Charles Borromée et émule de son zèle pastoral. Ce dernier s'empressa d'adopter lui-même pour son diocèse et pour sa province une coutume si salutaire. Plus tard, au XVIIIe siècle, Prosper Lambertini, qui gouverna avec tant d'édification la même Eglise de Bologne, eut à cœur de suivre les traditions de Paleotti son prédécesseur, et d'encourager son peuple à la dévotion envers le très saint Sacrement, dans les trois jours du Carnaval ; et étant monté sur la Chaire de saint Pierre sous le nom de Benoît XIV, il ouvrit le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui, durant ces mêmes jours, viendraient visiter notre Seigneur dans le divin mystère de son amour, et implorer le pardon des pécheurs.

Cette faveur ayant d'abord été restreinte aux Eglises de l'Etat romain, Clément XIII, en 1765, daigna l'étendre à l'univers entier, en sorte que cette dévotion, dite communément des Quarante heures, est devenue l'une des plus solennelles manifestations de la piété catholique. Empressons-nous donc d'y prendre part ; comme Abraham, dérobons-nous aux profanes influences qui nous assiègent, et cherchons le Seigneur notre Dieu ; faisons trêve pour quelques instants aux dissipations mondaines, et venons mériter, aux pieds du Sauveur, la grâce de traverser celles qui nous seraient inévitables, sans y avoir attaché notre cœur.

Considérons maintenant la suite des mystères du Dimanche de la Quinquagésime. Le passage de l'Evangile que l'Eglise nous y présente contient la prédiction que le Sauveur fit à ses Apôtres sur sa passion qu'il devait bientôt souffrir à Jérusalem. Cette annonce si solennelle prélude aux douleurs que nous célébrerons bientôt. Qu'elle soit donc reçue dans nos cœurs avec attendrissement et reconnaissance ; qu'elle les aide dans ces efforts qui les arracheront à eux-mêmes pour les mettre à la disposition de Dieu, comme fut le cœur d'Abraham, Les anciens liturgistes ont remarqué aussi la guérison de l'aveugle de Jéricho, symbole de l'aveuglement des pécheurs, en ces jours où les bacchanales du paganisme semblent si souvent revivre au milieu des chrétiens. L'aveugle recouvra la vue, parce qu'il sentait son mal, et qu'il désirait voir. La sainte Eglise veut que nous formions le même désir, et elle nous promet qu'il sera satisfait.



La Charité. Piero Benci. XVe.

Chez les Grecs, ce Dimanche est appelé Tyrophagie, parce qu'il est le dernier jour auquel il soit permis de faire usage des aliments blancs, par lesquels ils désignent les laitages qui, selon leur discipline, étaient encore permis depuis le lundi précédent jusqu'aujourd'hui. A partir de demain, cette nourriture leur est interdite, et le Carême commence dans toute la rigueur avec laquelle l'observent les Orientaux.

A LA MESSE

La Station est dans la Basilique de Saint-Pierre, au Vatican. Cette église paraît avoir été choisie à cet effet, comme on le voit par le Traité des divins Offices de l'Abbé Rupert, à l'époque où on lisait encore, en ce Dimanche, le récit de la Loi donnée à Moïse ; ce Patriarche ayant été regardé, comme on le sait, par les premiers chrétiens de Rome, comme le type de saint Pierre. L'Eglise ayant depuis placé en ce jour le mystère de la Vocation d'Abraham et retardé la lecture de l'Exode jusqu'au Carême, la Station romaine est restée dans la Basilique du Prince des Apôtres, qui d'ailleurs a été aussi figuré par Abraham, dans sa qualité de Père des croyants.

EPITRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XIII.



La Foi, l'Espérance, la Charité. Anonyme italien. XVe.

" Mes Frères, quand je parlerais toutes les langues des hommes et des Anges mêmes, si je n'ai la charité, je ne suis que comme un airain sonnant ou une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de prophétie et que je pénétrerais tous les mystères, et que j'aurais toute science ; quand j'aurais toute la foi possible, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand j'aurais di

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dimanche, 02 mars 2025 | Lien permanent

1er mars. Saint Aubin, évêque d'Angers, confesseur d'une renommée de sainteté éclatante. 550.

- Saint Aubin, évêque d'Angers, confesseur d'une renommée de sainteté éclatante. 550.

Papes : Saint Simplicius, Vigile. Rois de France : Childéric Ier, Childebert Ier.

" Legis aeternae lumen salusque
Temporis morum, scelerumque vindex,
Quae gravi gentem cruciant dolore
Vulnera curat."


" Le monde gémissait sous le poids de ses crimes,
Et le vice régnait dans le palais des grands ;
Mais au mal son courage arrachant ses victimes,
Guérit et sauve ses enfants."

M. Mazelin. Vie de saint Aubin.


Saint Aubin exorcisant une femme. Vie de saint Aubin. XIe.

Saint Aubin naquit au diocèse de Vannes, d'une très noble et illustre famille établie à Languidic près d'Hennebont (entre Auray et Lorient). Son enfance, prévenue de toutes les grâces du Seigneur, fit présager sa sainteté future ; il ne connut du jeune âge ni la légèreté, ni les défauts, et dès qu'il put marcher, ce fut pour aller à Dieu et Le prier à l'écart, loin du bruit, dans la compagnie des Anges.

De tels débuts montraient assez que le pieux Aubin n'était point fait pour le monde ; au grand désespoir de sa noble famille, on le vit un jour quitter le foyer paternel et prendre le chemin du monastère. Il s'établit à Nantilly, près de Saumur, sous la règle de saint Augustin. Là, ses veilles, ses jeûnes, ses oraisons l'élevèrent bientôt à une telle perfection, qu'il dépassait de beaucoup les plus anciens et les plus fervents religieux.


Saint Aubin présentant et recommandant un moine à Notre Dame
et à son divin Fils. Décrétales de Grégoire VIII
commentées par Bernard Parmens. XIVe.

L'évêque d'Angers étant venu à mourir, le clergé et le peuple de ce diocèse, auxquels était parvenu la renommée de sainteté de notre saint, le choisirent unanimement, et il dut courber ses épaules sous le lourd fardeau de l'épiscopat après avoir résisté autant que Dieu le lui permit (529).

La charge épiscopale lui fut conférée par son ami et parent saint Melaine, évêque de Rennes, lumière chrétienne prodigieuse sur toute la Gaule occidentale de l'époque et un des plus grands et saints prélats de son temps, mais aussi par les saints évêques, de grande réputation eux-aussi, saint Lô de Coutances, saint Victor II du Mans et saint Marc de Nantes.

Après la consécration épiscopale, les saints amis se séparèrent après avoir célébré les saints mystères dans une crypte depuis vénérée et connue sous le nom de Notre Dame de la Charité ou du Ronceray.


Saint Aubin bénissant des fidèles. Vie de saint Aubin. XIe.

S'il était possible de connaître, parmi tant de vertus qu'il pratiqua dans sa vie nouvelle, quelle était sa vertu dominante, on dirait que ce fut la charité. Elle était, en effet, sans bornes pour les malheureux, pour les prisonniers, pour les malades, pour les pauvres, et souvent Dieu la récompensa par les plus frappants miracles.

Le charitable pasteur se rendit un jour aux prisons de la ville pour en retirer une très belle jeune fille de noble condition, poursuivie par les assiduités du roi Childebert, le fils ainé de Clovis, qui l'avait fait garder à vue. Devant le Saint, les gardiens s'écartèrent pour lui laisser passage ; un seul voulut lui refuser obstinément l'entrée en vociférant et en proférant d'immondes et répugnantes injures. Notre pontife souffla sur le visage de cet insolent, qui tomba mort à ses pieds ; puis il alla délivrer la prisonnière.

Saint Aubin guérissant des fidèles atteint par
une épidémie de peste. Vie de saint Aubin. XIe.

Saint Aubin se faisait souvent l'avocat des prisonniers. Il les visitait personnellement mais visitait aussi les juges afin d'aménager leurs peines voir de les faire élargir lorsque leur conversion était bien réelle et profonde.

Il obtint de Dieu des résurrections, des guérisons, rendit la vue à des aveugles, délivra des possédés. Sa réputation de sainteté dépassa bientôt largement les limites de son diocèse.

Childebert ne s'y trompa jamais. Il vint lui-même accueillir notre saint évêque aux portes de Paris pour l'envoi de la tenue du IIIe concile d'Orléans dans lequel il fut très actifs et qu'il co-présida avec d'autres saints prélats.


Saint Aubin assistant au IIIe concile d'Orléans.
Vie de saint Aubin. XIe.

A ce concile fut décidé entre autre que :
- les Juifs, qui se moquaient des saintes cérémonies de Pâques, seraient enfermés chez eux depuis le jeudi saint jusqu'au lundi de Pâques,
- les prêtres concubinaires seraient excommuniés, et pour ceux qui persévèreraient, dégradés et enfermés dans un monastère,
- seraient déclarés nuls les mariages à un trop proche degré de parenté.


Saint Aubin condamnant les incestueux. Vie de saint Aubin. XIe.

Il arriva qu'un puissant seigneur le requît pour bénir une union illicite et lui envoyer des eulogies (les eulogies étaient des objets bénis qui étaient adressés par les prêtres et les prélats en signe de charité). Saint Aubin se refusa à bénir cette union mais lui adressa néanmoins des eulogies. Avant que celles-ci ne lui parviennent, ce seigneur fut frappé par la mort.

Saint Aubin fit alors un long et fatiguant voyage pour consulter saint Césaire sur la faute d'avoir manqué de fermeté dont il s'accusait et sur d'autres points touchant au gouvernement des âmes.

On ne sait ce qui se dit entre les saints pontifes, mais au retour de ce voyage, il rendit son âme à Dieu, après un labeur incessant et dans une réputation unanime de grande sainteté.


Mort de saint Aubin. Vie de saint Aubin. XIe.

Saint Aubin est l'un des saints qui obtint de Dieu le plus grand nombre de miracles, tant de son vivant qu'à la suite de sa mort.

Il fut enterré dans l'église de son prédécesseur saint Maurille, puis ses reliques furent transférées dans une église sous sa dédicace à Angers. Une part importante de ces reliques se trouvent toujours à Angers.


Saint Aubin défendant Guérande contre les Vikings.
Vie de saint Aubin. XIe.

Par son intercession, la ville de Guérande (entre Nantes et Vannes), au IXe siècle, fut épargnée des invasions des Vikings et le choisit pour saint patron. La collégiale Saint-Aubin existe toujours à Guérande.


Tour Saint-Aubin à Angers.

Saint Aubin est l'un des hommes les plus extraordinaire qui parut dans la chrétienté. Il est inscrit dans tous les martyrologes. Le nombre de villages et d'églises qui sont sous son invocation serait trop long à décrire ici. L'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre, la Pologne, l'Espagne lui faisaient un culte solennel et public.

En France il était honoré deux fois par an jusqu'à la révolution des bêtes sanguinaires, le 1er mars et le 1er juillet.


Collégiale Saint-Aubin à Guérande. Bretagne.

PREFACE

Voici la préface du jour de sa fête tirée d'un manuscrit du Xe siècle conservé à la bibliothèque d'Angers :

" Dieu éternel, Délivrez-nous des chaînes qui tiennent nos âmes captives ; nous vous en supplions par Notre Seigneur Jésus-Christ qui a donné à son Eglise, par la personne du bienheureux Pontife Aubin, un modèle aussi accompli qu'admirable.

L'Eglise catholique, répandue sur tous les points du globe, se glorifie et se réjouit des œuvres excellentes et si dignes de louanges de ce fidèle serviteur. Sa mort glorieuse et son entrée triomphante dans les cieux font aujourd'hui le sujet des harmonies divines des neufs chœurs des esprits bienheureux.

Permettez-nous donc de nous unir à ces innombrables concerts et d'élever nos cœurs jusqu'à vous, Ô notre Dieu et notre récompense pour l'éternité.
Amen."

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samedi, 01 mars 2025 | Lien permanent | Commentaires (2)

3 mars. Saint Guénolé, abbé et fondateur de l'abbaye de Landévennec. 504.

- Saint Guénolé, abbé et fondateur de l'abbaye de Landévennec. 504.

Pape : Saint Symmaque. Roi de Cornouailles : Grallon. Roi de France : Clovis Ier.

" Plein d'austérité pour lui-même, il n'était point dur envers les autres ; il avait le caractère facile, l'humeur toujours égale : son visage empreint de douceur ne subissait pas les vicissitudes de l'hilarité et de la tristesse."
Propre de Quimper.


Saint Guénolé. Chapelle Saint-Guénolé. Quistinic. Bretagne. XVIIe.

Le père de saint Guénolé s’appelait Fragan. Né au Pays-de-Galles, il était de noble extraction puisqu'il était parent de Conan Mériadec, que beaucoup regardent comme ayant été le premier roi de Bretagne-Armorique. Au début du Ve siècle, il émigra en Armorique lorsque les Romains, et avec eux un bon nombre de Bretons, quittèrent la Bretagne insulaire, et, abordant d'abord sur l'île de Bréhat, s’arrêta enfin sur les rives du Gouët aux environs de Saint-Brieuc en un lieu appelé aujourd’hui Ploufragan. Il était accompagné de ses deux jeunes fils, les futurs saint Jacut et saint Guéthenoc et de leur mère, sainte Gwenn, que l’on représente souvent avec trois mamelles, selon le nombre de ses fils. A peine arrivée, Gwenn donne naissance à son troisième fils, le futur abbé de Landévennec, en 418 ou 419. Fragan et Gwenn eurent encore une fille, plus tard, Creirvie.

Fragan et Gwenn avait fait vœu d'offrir saint Guénolé au Seigneur. Eduqué selon son rang, l’enfant manifesta très tôt des dispositions brillantes, et surtout une aptitude supérieure à la louange du Seigneur. Tout petit, il demanda à son père de le confier à quelque ancien, qui l’instruirait des choses de Dieu. Las, Fragan refusa, méprisant par-là son ancien vœu. Un jour où il visitait ses terres, il fut pris dans un orage épouvantable. Ses gens le virent dans une espèce d'extase pendant laquelle ils l'entendirent s'exprimer ainsi :
" Seigneur, Ils sont tous à vous, non seulement Guénolé, mais aussi Guethenoc et Jacut, mais aussi Creirvie, mais aussi leur père et leur mère !"

Quelques temps plus tard, Fragan emmena saint Guénolé au saint et vieux moine Budoc, sur l’île des Lauriers, entre l'embouchure de la rivière du Trieu et l'île de Bréhat, et appelée aujourd'hui l'île Verte. En chemin, les voyageurs furent pris par une brutale tempête, notre petit saint Guénolé s’empressa de la calmer par le signe de la croix.

Verrière représentant saint Guénolé. Eglise Saint-Guénolé
de Locunolé. Cornouailles. Bretagne. XVIIIe.

Sous l’égide de saint Budoc, Guénolé apprend bien vite les lettres, et en quelques années devient " un éminent connaisseur accompli des Saintes Ecritures ". Sa sainteté se révèle dès la jeunesse, lorsque Guénolé guérit un camarade tombé en l’absence de l’abbé. Guénolé se distinguait par son humilité et son amour des pauvres qu’il secourt, guérit, console, nourrit, à l’insu de tous, leur enseignant l’Evangile. A un frère qui lui faisait des reproches sur ses enseignements aux pauvres, Guénolé répond tout joyeux :
" Béni sois-tu, frère très aimé, car tu as vraiment proféré contre moi le témoignage qu’il fallait. Alors que tous ont les yeux aveuglés, toi seul as les yeux assez ouverts pour me juger avec tant de vérité !"

La réputation de ses miracles se répandit bientôt et saint Budoc dut recommander à son disciple de ne pas, par sa modestie et son souci compréhensible de se retirer des regards du monde, " éteindre la lampe que Dieu Lui-même a allumée, d’être condamné comme détenteur d’un unique denier, et de tenir pour superflus les dons de Dieu qu’Il a voulu que tu aies gratuitement ".
Parmi les miracles de Guénolé, on compte la guérison de l’œil de sa sœur, arraché par une oie, le miracle des serpents chassés de la contrée, la résurrection d’un enfant tué par un cheval et celle de la mère d’un de ses moines et celle d'un écuyer de son père, et bien d’autres encore.


Statue de saint Guénolé. Eglise Saint-Guénolé de Locunolé.
Cornouailles. Bretagne. XVIIe.

Après quelques années auprès de saint Budoc, Guénolé fut pris du désir de s’en aller visiter saint Patrick en Hibernie (Irlande). Une nuit, il eut la vision du saint irlandais resplendissant, qui le dissuada de mettre son projet à exécution, mais le prévint qu’il devrait bientôt quitter l'île des Lauriers. Le lendemain, saint Guénolé s’ouvrit de cet événement à saint Budoc, qui, avertit lui même de la pertinence de la vision qu'avait eu saint Guénolé, lui recommanda d'obéir à saint Patrick, et, ayant choisit onze des plus saints religieux et ayant fait saint Guénolé leur supérieur, quoiqu'il n'eût que 21 ans, donna sa bénédiction à tous pour partir fonder un monastère.

Le petit groupe, guidé par la Providence, s’en alla vers la Cornouaille, et s’installa sur une île inhospitalière à l'embouchure de la rivière d'Aven, nommée Ti-Bidi (maison des prières). De l’île, se découvrait au loin le panorama de ce qui allait devenir plus tard Landévennec et les moines conçurent le désir de s’installer en ces lieux. Ils étaient cependant inaccessibles à pied, et c’est par la prière de saint Guénolé, qui tel Moïse ouvrit les eaux, que le petit groupe gagna ce qui allait être leur nouvelle retraire. Guénolé y fit jaillir une source, et la vie monastique s’organisa, les moines se multiplièrent.

La règle monastique, sur le modèle irlandais était sévère. Homme de prière, pétri de la lecture des psaumes, saint Guénolé fut aussi tourmenté par les démons, qui d’après les témoignages de ses voisins de cellule le visitèrent certaines nuits et recevaient de lui semonces et belles réponses. Guénolé se distinguait par la sévérité de sa vie ascétique : il ne s’asseyait jamais à l’église, usait pour son vêtement uniquement du poil de chèvre, dormait à même le sol, une pierre sous la tête, prenait pour nourriture le strict nécessaire, mêlant de la cendre à son pain quotidien, ne mangeant que deux fois par semaines au cours du Grand Carême. Il guérissait les malades et on venait à lui de toute la contrée, recevoir réconfort et demander guérison. Les moines furent un jour témoin de la visite de Notre Seigneur Jésus-Christ, sous la forme d’un lépreux venu demander secours. Devant Guénolé, qui n’avait pas hésité à s’humilier pour guérir le malade, le pauvre devint resplendissant disant :
" Vous n’avez pas rougi de moi dans mes détresses, je ne rougirai pas de vous devant mon père."


Ruines de l'ancienne abbaye de Landévennec.
Cornouailles. Bretagne.

On doit aussi à Guénolé la conversion de trois voleurs, venus cambrioler le monastère à l’heure de Prime. Arrêtés par Dieu dans leurs larcins, ils remirent leur vie entre les mains du saint moine, en demandant à être reçu dans la communauté.

Le roi Grallon, ayant eu connaissance de Guénolé, voulut le rencontrer. Ce roi n’était pas sans reproche et avait un caractère dur et violent. Il se mit à fréquenter les moines, et, après plusieurs entretiens particuliers avec saint Guénolé, fut touché et réforma heureusement son caractère impérieux mais dont le fond était bon et porté à la justice.

Saint Guénolé commanda au roi d’abandonner aux flots sa fille, coupable de nombreux vices et ayant corrompu la ville d'Ys. La légende comporte sans doute une part de vérité, celle de rappeler en particulier un cataclysme historique, qui sous la forme d’un gigantesque raz-de-marée, dévasta et ravagea les côtes de l’Armorique et probablement des îles sur lesquelles il ne faut pas exclure qu'y furent bâties. Rappelons à ce sujet, et pour étayer notre propos, que la baie du Mont-Saint-Michel fut inondée et envahie par les flots quelques siècles plus tard dans des conditions similaires et que les hauts-fonds en conservent encore les traces sous la forme d'anciens villages et monastères aujourd'hui immergés.

Dès lors, Grallon se retira à Landévennec, où il vécut jusqu’à sa mort. La vieille église romane conservait un tombeau que l’on disait celui du roi.


Saint Guénolé demandant à Grallon d'abandonner sa fille.
E. V. Luminais. 1884.

Parvenu à un âge vénérable, saint Guénolé reçut l’annonce de sa mort, et commanda à ses frères de se préparer. Selon la tradition codifiée au XIe siècle, il désigna pour lui succéder saint Gwenhaël. Ayant lui-même célébré la Liturgie et communié, chantant des psaumes et des cantiques debout devant l'autel et porté par deux de ses religieux, il rendit l’âme le mercredi de la première semaine de Carême, qui était le trois mars, et qui, selon le cycle Victorin, convient à l'an 504, où Pâque fut le 11 avril.

Les reliques de saint Guénolé reposèrent en son abbaye jusqu’aux invasions normandes qui dévastèrent l’abbaye dans les années 913. Les moines fuyèrent alors la Bretagne, et la toponymie permet de suivre leur périple : on trouve quelques paroisses dédiées à saint Guénolé sur les rives de la Manche. Les moines furent invités à rester à Montreuil-sur-Mer, où ils fondent une abbaye portant le nom de saint Walloy, déformation flamande de Guénolé. Une partie des reliques fut disséminée dans diverses paroisses de Bretagne et du Nord. Une partie a été perdue à la Révolution, certaines sont revenues à Landevennec, à la réouverture de la nouvelle abbaye.


Chapelle Saint-Guénolé. Lopérec. Bretagne. XVe, XVIe, XVIIe.

L’origine du nom de Landévennec est discutée : certains proposent Lan-tevennec, l’ermitage de la falaise, d’autres proposent Lan-to-Winnoc, l’ermitage de Guénolé.

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lundi, 03 mars 2025 | Lien permanent

Mercredi des Cendres.

- Mercredi des Cendres.


Notre Seigneur Jésus-Christ bénissant. Andrea di Bartolo Solari. XVIe.

Hier le monde s'agitait dans ses plaisirs, les enfants de la promesse eux-mêmes se livraient à des joies innocentes ; dès ce matin, la trompette sacrée dont parle le Prophète a retenti (Voir ci-après l'Epître de la Messe.). Elle annonce l'ouverture solennelle du jeûne quadragésimal, le temps des expiations, l'approche toujours plus imminente des grands anniversaires de notre salut. Levons-nous donc, chrétiens, et préparons-nous à combattre les combats du Seigneur.

Mais, dans cette lutte de l'esprit contre la chair, il nous faut être armés, et voici que la sainte Eglise nous convoque dans ses temples, pour nous dresser aux exercices de la milice spirituelle. Déjà saint Paul nous a fait connaître en détail toutes les parties de notre défense : " Que la vérité, nous a-t-il dit, soit votre ceinture, la justice votre cuirasse, la docilité à l'Evangile votre chaussure, la foi votre bouclier, l'espérance du salut le casque qui protégera votre tête " (Eph. VI, 16.). Le Prince des Apôtres vient lui-même, qui nous dit : " Le Christ a souffert dans sa chair ; armez-vous de cette pensée " "(I Petr. IV, 1.). Ces enseignements apostoliques, l'Eglise aujourd'hui nous les rappelle ; mais elle en ajoute un autre non moins éloquent, en nous forçant à remonter jusqu'au jour de la prévarication, qui a rendu nécessaires les combats auxquels nous allons nous livrer, les expiations par lesquelles il nous faut passer.

Deux sortes d'ennemis sont déchaînés contre nous : les passions dans notre cœur, les démons au dehors ; l'orgueil a fait tout ce désordre. L'homme a refusé d'obéir à Dieu ; toutefois, Dieu l'a épargné, mais à la dure condition de subir la mort. Il a dit: " Homme, tu n'es que poussière, et tu rentreras dans la poussière " (Gen. III, 19.). Oh ! Pourquoi avons-nous oublié cet avertissement ? A lui seul il eût suffi pour nous prémunir contre nous-mêmes ; pénétrés de notre néant, nous n'eussions jamais osé enfreindre la loi de Dieu.


Les démons suscitent les vices et sèment la désolation dans le peuple.
La Cité de Dieu. Saint Augustin. Raoul de Presles. XVe.

Si maintenant nous voulons persévérer dans le bien, où la grâce du Seigneur nous a rétablis, humilions-nous ; acceptons la sentence, et ne considérons plus la vie que comme un chemin plus ou moins court qui aboutit au tombeau. A ce point de vue, tout se renouvelle, tout s'éclaire. L'immense bonté de Dieu qui a daigné attacher son amour à des êtres dévoués à la mort, nous apparaît plus admirable encore ; notre insolence et notre ingratitude envers celui que nous avons bravé, durant ces quelques instants de notre existence, nous semble de plus en plus digne de regrets, et la réparation qu'il nous est possible de faire, et que Dieu daigne accepter, plus légitime et plus salutaire.

Tel est le motif qui porta la sainte Eglise, lorsqu'elle jugea à propos, il y a plus de mille ans, d'anticiper de quatre jours le jeûne quadragésimal, à ouvrir cette sainte carrière en marquant avec la cendre le front coupable de ses enfants, et en redisant à chacun les terribles paroles du Seigneur qui nous dévouent à la mort. Mais l'usage de la cendre, comme symbole d'humiliation et de pénitence, est bien antérieur à cette institution, et nous le trouvons déjà pratiqué dans l'ancienne alliance. Job lui-même, au sein de la gentilité, couvrait de cendres sa chair frappée par la main de Dieu, et implorait ainsi miséricorde, il y a quatre mille ans (Job. XVI, 16.). Plus tard, le Roi-Prophète, dans l'ardente contrition de son cœur, mêlait la cendre au pain amer qu'il mangeait (Psalm. CI, 10.) ; les exemples analogues abondent dans les Livres historiques et dans les Prophètes de l'Ancien Testament.


Pénitence. Decretum. Gratianus. XIIIe.

C'est que l'on sentait dès lors le rapport qui existe entre cette poussière d'un être matériel que la flamme a visité, et l'homme pécheur dont le corps doit être réduit en poussière sous le feu de la justice divine. Pour sauver du moins l'âme des traits brûlants de la vengeance céleste, le pécheur courait à la cendre, et reconnaissant sa triste fraternité avec elle, il se sentait plus à couvert de la colère de celui qui résiste aux superbes et veut bien pardonner aux humbles.

Dans l'origine, l'usage liturgique de la cendre, au Mercredi de la Quinquagésime, ne paraît pas avoir été appliqué à tous les fidèles, mais seulement à ceux qui avaient commis quelqu'un de ces crimes pour lesquels l'Eglise infligeait la pénitence publique. Avant la Messe de ce jour, les coupables se présentaient à l'église où tout le peuple était rassemblé. Les prêtres recevaient l'aveu de leurs péchés, puis ils les couvraient de cilices et répandaient la cendre sur leurs têtes.


La pénitence. Maso di Banco. XIVe.

Après cette cérémonie, le clergé et le peuple se prosternaient contre terre, et on récitait à haute voix les sept psaumes pénitentiaux. La procession avait lieu ensuite, à laquelle les pénitents marchaient nu-pieds. Au retour, ils étaient solennellement chassés de l'église par l'Evêque, qui leur disait :
" Voici que nous vous chassons de l'enceinte de l'Eglise, à cause de vos péchés et de vos crimes, comme Adam, le premier homme, fut chassé du Paradis, à cause de sa transgression."

Le clergé chantait ensuite plusieurs Répons tirés de la Genèse, dans lesquels étaient rappelées les paroles du Seigneur condamnant l'homme aux sueurs et au travail , sur cette terre désormais maudite. On fermait ensuite les portes de l'église, et les pénitents n'en devaient plus franchir le seuil que pour venir recevoir solennellement l'absolution, le Jeudi-Saint.

Après le XIe siècle, la pénitence publique commença à tomber en désuétude ; mais l'usage d'imposer les cendres à tous les fidèles, en ce jour, devint de plus en plus général, et il a pris place parmi les cérémonies essentielles de la Liturgie romaine. Autrefois, on s'approchait nu-pieds pour recevoir cet avertissement solennel du néant de l'homme, et, encore au XIIe siècle, le Pape lui-même, se rendant de l'Eglise de Sainte-Anastasie à celle de Sainte-Sabine où est la Station, faisait tout ce trajet sans chaussure, ainsi que les Cardinaux qui l'accompagnaient. L'Eglise s'est relâchée de cette rigueur extérieure ; mais elle n'en compte pas moins sur les sentiments qu'un rite aussi imposant doit produire en nous.


Joël et les sonneurs de trompes.
Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Ainsi que nous venons de le dire, la Station, à Rome, est aujourd'hui à Sainte-Sabine, sur le Mont-Aventin. C'est sous les auspices de cette sainte Martyre que s'ouvre la pénitence quadragésimale.

La fonction sacrée commence par la bénédiction des cendres que l'Eglise va imposer sur nos fronts. Ces cendres sont faites des rameaux qui ont été bénis l'année précédente, au Dimanche qui précède la Pâque. La bénédiction qu'elles reçoivent dans ce nouvel état a pour but de les rendre plus dignes du mystère de contrition et d'humilité qu'elles sont appelées à signifier.

A LA MESSE

Rassurée par l'acte d'humilité qu'elle vient d'accomplir, l'âme chrétienne se laisse aller à la confiance envers le Dieu de miséricorde. Elle ose lui rappeler son amour pour les hommes qu'il a créés, et la longanimité avec laquelle il a daigné attendre leur retour à lui.

EPITRE

Lecture du Prophète Joël. Chap. II. :


Le prophète Joël. Michelangelo Buonarroti.
Chapelle Sixtine. Rome. XVIe.

" Voici ce que dit le Seigneur :
" Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu ; car il est bon et compatissant, patient et riche en miséricorde, et sa bonté surpasse notre malice. Qui sait s'il ne se retournera pas vers vous, s'il ne vous pardonnera pas, et s'il ne laissera pas après lui la bénédiction, afin que vous présentiez au Seigneur votre Dieu des sacrifices et des offrandes ?
Sonnez de la trompette dans Sion, publiez la sainteté du jeûne, convoquez l'assemblée, réunissez le peuple, avertissez-le qu'il se purifie ; faites venir les vieillards ; amenez les enfants, même ceux qui sont encore à la mamelle. Que l'époux sorte de sa couche, et l'épouse de son lit nuptial.
Que les prêtres et les ministres du Seigneur pleurent entre le vestibule et l'autel, qu'ils disent : " Pardonnez , Seigneur, pardonnez à votre peuple ; et ne livrez pas votre héritage à l'opprobre, en laissant dominer sur lui les nations ".
Laisserez-vous dire par les peuples : " Où est leur Dieu ?"
Le Seigneur a été ému de compassion pour sa terre, et il a pardonné à son peuple.
Et le Seigneur a répondu à son peuple :
" Voici que je vais vous envoyer du froment, du vin et de l'huile, et vous en serez rassasiés, et je ne vous abandonnerai plus aux insultes des nations ", dit le Seigneur tout-puissant."


Le prophète Joël. Plaque de dévotion en ivoire. VIIIe.

Ce magnifique passage du Prophète nous révèle l'importance que le Seigneur attache à l'expiation par le jeûne. Quand l'homme contrit de ses péchés afflige sa chair, Dieu se laisse fléchir. L'exemple de Ninive l'a prouvé ; et si le Seigneur pardonna à une ville infidèle, par cela seul que ses habitants imploraient sa pitié sous les livrées de la pénitence, que ne fera-t-il pas en faveur de son peuple, qui sait joindre à l'immolation du corps le sacrifice du cœur ?


Joël s'adressant au peuple. Bible historiale. Petrus Comestor. XVe.

Entrons donc avec courage dans la voie de la pénitence ; et si l'affaiblissement des sentiments de la foi et de la crainte de Dieu semble faire tomber autour de nous des pratiques qui sont aussi anciennes que le christianisme, et sur lesquelles il est pour ainsi dire fondé, gardons-nous d'abonder dans Je sens d'un relâchement qui a porté un terrible préjudice à l'ensemble des mœurs chrétiennes. Songeons surtout à nos engagements personnels avec la justice divine qui ne nous remettra nos fautes et les peines qu'elles méritent, qu'autant que nous nous montrerons empressés à lui offrir la satisfaction à laquelle elle a droit. Nous venons de l'entendre : notre corps que nous flatterions n'est que cendre et poussière, et notre âme, que nous serions si souvent portés à lui sacrifier, a des droits à réclamer contre lui.

ÉVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. VI. :


Notre Seigneur Jésus-Christ enseignant.
Alessandro di Mariano dei Filipepi. XVe.

" En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : " Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme les hypocrites ; car ils se font un visage pâle et défait, afin que les hommes s'aperçoivent qu'ils jeûnent. Je vous le dis en vérité : Ils ont reçu leur récompense. Mais vous, lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez votre visage, afin qu'il ne paraisse pas aux hommes que vous jeûnez, mais seulement à votre Père qui est présent dans le secret, et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra. Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs fouillent et les dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où il n'y a ni rouille ni vers qui les consument, et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. Car, où est votre trésor, là est aussi votre coeur."


Notre Seigneur Jésus-Christ enseignant ses disciples.
Legenda aurea. Bx. J. de Voragine. XVe.

Notre Seigneur ne veut pas que nous recevions l'annonce du jeûne expiatoire comme une nouvelle triste et affligeante. Le chrétien qui comprend combien il est dangereux pour lui d'être en retard avec la justice de Dieu, voit arriver le temps du Carême avec joie et consolation. Il sait à l'avance que s'il est fidèle aux prescriptions de l'Eglise, il allégera le fardeau qui pèse sur lui. Ces satisfactions, si adoucies aujourd'hui par l'indulgence de l'Eglise, étant offertes à Dieu avec celles du Rédempteur lui-même, et fécondées par cette communauté qui réunit en un faisceau de propitiation les saintes œuvres de tous les membres de l'Eglise militante, purifieront nos âmes et les rendront dignes de participer aux joies si pures de la Pâque.


Notre Seigneur Jésus-Christ enseignant ses disciples.
Calendrier des bergers. XVe.

Ne soyons donc pas tristes de ce que nous jeûnons ; soyons-le seulement d'avoir, par le péché, rendu notre jeûne nécessaire. Le Sauveur nous donne un second conseil que l'Eglise nous répétera souvent dans tout le cours de la sainte Quarantaine : celui de joindre l'aumône aux privations du corps. Il nous engage à thésauriser, mais pour le ciel. Nous avons besoin d'intercesseurs : cherchons-les parmi les pauvres.

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mercredi, 05 mars 2025 | Lien permanent

5 mars. Saint Jean-Joseph de la Croix, franciscain. 1734.

- Saint Jean-Joseph de la Croix, franciscain. 1734.

Papes : Innocent X, Clément XII. Rois des Deux-Siciles : Philippe IV, Charles IV.

" La parole de la Croix est une folie pour ceux qui se perdent ; mais pour ceux qui se sauvent, elle est la vertu de Dieu."
I Cor., I, 18.
" Aimons Notre Seigneur Jésus-Christ, aimons-le réellement et en vérité ; car l'amour de Dieu est un grand trésor. Heureux celui qui aime Dieu."

Saint Jean-Joseph de la Croix.


Apothéose de saint Jean-Joseph de la Croix. Anonyme. XVIIIe.

Saint Jean-Joseph de la Croix naquit dans l'île d'Ischia, près de Naples, le jour de l'Assomption, 1654. Ses parents, Joseph Calosirto et Laure Garguilo le baptisèrent le jour même sous le patronage de Charles-Cajétan, Il s'étaient tous deux d'une grande piété et d'une foi ferme, et il est bon de relever que notre Saint se distingua par sa piété au-dessus de ses frères dont cinq au moins embrassèrent la vie religieuse. Tout enfant, il aimait la retraite, le silence et la prière, et fuyait les jeux de son âge, aimant mieux consacrer le temps de ses récréations à visiter des églises et à y adorer le Sauveur.

La très sainte Vierge Marie avait, après Notre Seigneur Jésus-Christ, toute sa prédilection ; il dressa dans sa chambre un petit autel, récitait chaque jour les offices de la Mère de Dieu et jeûnait en son honneur tous les samedis et aux vigiles de ses fêtes. Dès ce temps, il aimait les pauvres au point de leur distribuer tout l'argent dont il pouvait disposer.

A cet âge où l'enfant suit si facilement les premiers mouvements de la colère, on le vit, un jour, se mettre à genoux dans la boue et réciter le Pater pour un de ses frères qui l'avait souffleté.


Ischia Ponte. Île natale de saint Jean-Joseph. Baie de Naples.

C'est à dix-sept ans qu'il entra chez les Frères Mineurs réformés de Saint-Pierre d'Alcantara. A dix-neuf ans, il s'acquitta avec succès des missions les plus difficiles ; à vingt-quatre ans, il était maître des novices, puis gardien d'un couvent ; mais il n'accepta jamais les honneurs qu'avec une humble crainte et les quitta toujours avec joie.

Sa mortification la plus extraordinaire fut une longue croix d'un pied environ, garnie de pointes aiguës, qu'il s'attachait sur les épaules au point qu'il s'y forma une plaie inguérissable. Il en portait une autre plus petite, sur la poitrine. Rarement il dormait, et pendant trente ans, il s'abstint de toute espèce de liquide.

Il avait coutume de dire à ses compagnons ou à tous ceux qui le sollicitait sa charité lors d'une épreuve :
" Espérons en Dieu, et nous serons certainement consolés. Dieu est un tendre père qui aime et secourt tous ses enfants. N'en doutez point, espérez en Dieu, il pourvoira à vos besoins."
Ou encore :
" Qu'est-ce que cette terre, sinon de la boue, un morceau de poussière, un pur néant. Le paradis, le ciel : Dieu est tout. Ne vous attachez point aux biens de ce monde, fixez vos affections en haut ; pensez à ce bonheur qui durera éternellement, tandis que l'ombre de ce monde s'évanouira."
Il aimait Dieu d'un ardent amour :
" Quand il n'y aurait ni Ciel ni enfer, disait-il, je voudrais néanmoins aimer Dieu toujours."

Sa charité pour les pauvres fut plusieurs fois l'occasion de multiplication de pains ; son dévouement pour les malades le porta à demander à Dieu de faire retomber sur lui les souffrances des autres, demande qui fut quelquefois exaucée.

Dieu opérait de nombreuses merveilles par les mains de ce fidèle disciple de saint François d'Assise et de saint Pierre d'Alcantara. Prophéties, visions, extases, bilocation (présence en deux lieux à la fois), sont des preuves étonnantes de sa sainteté.

Comme dans ses vieux ans on lui recommandait de se ménager à raison de ses infirmités, et particulièrement quant à son dévouement aux malades et aux pauvres, il dit un jour :
" Je n'ai point d'infirmité qui m'empêche de travailler ; mais quand même, ne devrais-je pas sacrifier ma vie pour la même fin pour laquelle Notre Seigneur Jésus-Christ à été crucifié."

Il s'étudiait à cacher et à dissimuler le don des miracles et de prophétie dont Dieu l'avait favorisé à un si haut degré, attribuant les miracles qu'il opérait par la foi de ceux en faveur desquels ils étaient opérés, ou bien à l'intercession des Saints auprès desquels il se recommandait. Souvent, il ordonnait à ceux auxquels il rendait la santé de prendre quelque médecine, afin que la guérison pût être attribuée à un remède purement naturel.
Quant à ses prophéties, qui sont en grand nombre, il affectait de juger d'après l'analogie et l'expérience. Ainsi, pendant l'épouvantable tremblement de terre qui eut lieu à la saint André en 1735 à Naples, comme les religieuses de plusieurs couvents n'osaient pas aller à leurs dortoirs, il les rassura en leur disant qu'après quelques secousses seulement, il cesserait sans causer le moindre préjudice à la ville ou à ses habitants. Quelqu'un lui ayant demandé quelle raison il avait de s'exprimer d'une manière aussi positive, il dit :
" Je suis sûr qu'il en arrivera ainsi parce que c'est ainsi qu'il en est arrivé précédemment."

Dans la pratique de toutes ces vertus et favorisé de grâces toutes privilégiées, sur lesquelles ce n'est pas le lieu ici de s'étendre (nous renvoyons le lecteur à la notice que lui consacrent les Petits bollandistes : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30733g), notre Saint passa ainsi les jours de son pèlerinage ici-bas, glorifiant Dieu, donnant l'aumône, secourant les malades et faisant le bien, jusqu'au moment où il plut à Notre Seigneur de mettre un terme à sa carrière, non sans lui avoir fait connaître à l'avance les circonstances et le temps de sa mort.

Le temps où elle arriva, un de ses neveu lui écrivit de Vienne pour lui dire qu'il serait de retour à Naples au mois de mai suivant. Notre Saint lui répondit qu'il ne le trouverait pas vivant. Une semaine avant de passer, il s'entretenait avec son frère François et lui dit :
" Jusqu'ici, je ne vous ai encore rien demandé, faites moi la charité de prier le Tout-Puissant pour moi vendredi prochain, vous entendez ? Vendredi prochain, souvenez-vous en, n'oubliez pas."
Ce fut le jour même de sa mort.

A peine eut-il rendu l'âme qu'il se manifesta à plusieurs personnes dans un état glorieux. A l'heure de son départ, le duc de Monte-Lione, qui se promenait dans son appartement, aperçut saint Jean-Joseph dans son salon, en parfaite santé, environné d'une lumière toute surnaturelle, et quoiqu'il l'eut laisser très malade à Naples quelques jours plus tôt lors de la dernière visite qu'il lui avait faite.
Le duc s'écria :
" Quoi ! Père Jean-Joseph, êtes-vous donc si subitement rétabli ?"
A quoi le Saint répondit avant de disparaître :
" Je suis bien et heureux."


Procession de saint Jean-Joseph de la Croix (29 septembre).
Sur l'île d'Ischia, on porte la châsse contenant
le corps incorrompu de notre Saint.

Après son inhumation, des miracles sans nombres attestèrent les vertus et la gloire de notre Saint. Ces prodiges déterminèrent le pape Pie VI à l'inscrire au catalogue des bienheureux le 15 mai 1789 ; Pie VII reconnut deux nouveaux miracles le 27 avril 1818 ; Léon XII donna le décret, le 29 septembre 1824, permettant de procéder à sa canonisation ; et Grégoire XVI en fit la cérémonie solennelle le 26 mai 1839.

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mercredi, 05 mars 2025 | Lien permanent

13 février. Sainte Catherine de Ricci, de l'Ordre de Saint-Dominique, vierge. 1590.

- Sainte Catherine de Ricci, de l'Ordre de Saint-Dominique, vierge. 1590.
 
Pape : Sixte Quint (V). Grand-duc de Toscane : Ferdinand Ier de Médicis. Roi de France : Empereur du Saint-Empire : Rodolphe II de Habsbourg. Roi de France : Henri de Navarre (usurpateur sous le nom d'Henri IV. C'est Louis XIII qui légitimera les Bourbons sur le trône Très Chrétien en consacrant la France à Notre Dame et en faisant de la fête de l'Assomption la fête nationale de la France).

" Non est mortale quod opto."
" Mes voeux s'élèvent bien au-dessus des chose mortelles."
Sainte Catherine de Ricci.

" On ne donne pas des joyaux et des perles à ceux qui n'en connaissent pas le prix. Ni moi non plus, je ne livre pas mes dons et mes faveurs à ceux qui ne savent pas les apprécier. Je ne les donne qu'aux âmes qui les recherchent et me les demandent instamment."
Notre Seigneur Jésus-Christ à Sainte Catherine de Ricci.


Sainte Catherine de Ricci.

La vie de notre grande sainte est l'une des plus prodigieuses, par les ravissements, les extases, les grâces extraordinaires et variées qui la remplissent.

Sainte Catherine (" Alexandrine " avant d'entrer en religion) de Ricci naquit à Florence en 1522.
Dès l'âge de trois ans, on la voyait s'exercer à la prière, rechercher la solitude et le silence pour s'y livrer plus à l'aise, et sa prière était si recueillie, qu'elle y paraissait l'esprit absorbé en Dieu, et comme plongée dans la contemplation de Ses mystères.

La Passion de Jésus-Christ était déjà l'objet des vives ardeurs de son amour, et elle préludait par ses exercices enfantins à cette admirable dévotion envers Jésus crucifié, qui est le caractère le plus éclatant de sa vie.

Elle prit le voile à treize ans, chez les Dominicaines. C'est à l'âge de dix-neuf ans qu'elle reçut cette grâce inouïe de voir changer par Notre-Seigneur son coeur en celui de Marie. Quelques mois après, elle eut une mémorable extase de la Passion, qui dura vingt-huit heures, et dans laquelle elle assista successivement au détail de toutes les scènes de la Passion du Sauveur, paraissant elle-même, par ses gestes, subir chacun des supplices dont elle était témoin. Ce spectacle devait se renouveler toutes les semaines pendant les douze dernières années de sa vie. On entendait, dans ces extases, la Sainte pousser des exclamations de douleur et d'amour. Quelle impression pour les innombrables témoins de ces merveilles !

Le cachet de la vertu véritable, c'est l'humilité ; un seul fait montrera que Catherine était bien conduite par l'esprit de Dieu. Elle avait appris que ses soeurs s'étaient plu à écrire, pour en garder le souvenir, la relation de toutes les grâces et faveurs extraordinaires dont le Ciel l'avait comblée. Elle n'eut point de repos avant d'avoir mis la main sur tous ces écrits. Un jour, pendant que ses soeurs étaient à l'office, elle entra dans leurs cellules, s'empara de tous les manuscrits qu'elle put rencontrer, les mit dans un sac, et, le portant à la soeur boulangère, qui chauffait le four :
" Tenez, lui dit-elle, brûlez vite tout ceci, car malheur à nous si on le trouvait dans la maison !"

Notre sainte eut une influence très importante sur saint Pie V, saint Charles Borromée, saint Philippe Neri et sainte Marie-Madeleine de Pazzi.

Au cours de l'une de ses extases, la Sainte Vierge la prend par la main et l'amène à son Fils :
" Ô mon Fils, voici que je vous présente notre très chère vierge Catherine, qui sollicite de votre tendresse la grâce de changer son cœur de chair en un cœur tout céleste, afin qu'elle soit plus digne de vous, en prenant un cœur semblable au vôtre. O ma chère Mère, vous ai-je jamais refusé quelque chose, et votre cœur n'est-il pas le chemin naturel qui mène à mon cœur ? Il sera fait comme vous avez demandé. Et vous, ma très chère fille Catherine, souvenez-vous que dès cet instant vous ne vous appartenez plus, et que vous êtes toute à moi ; car voici que je purifie votre cœur de toute affection qui n'est pas la mienne, et que je le remplis de mon seul amour."

Extase et vision de sainte Catherine de Ricci.
Bronze de Massimiliano Soldani Benzi. Florence. XVIIe.

Sa dernière prière fut le Pater Noster. Le couvent retentit alors des chants harmonieux des anges. En différents lieux, de saints personnages eurent la vision d'une magnifique procession de Saints et de Saintes ; au bout du cortège, Jésus conduisait en triomphe Sa glorieuse épouse.

Il faut relever que sainte Catherine de Ricci était une amie de saint Philippe de Néri, le fondateur de l'Oratoire, avec lequel elle entretint des rapports épistolaires, et qu'elle communia avec lui dans un même culte pour la mémoire de Savonarole.

On représente sainte Catherine de Ricci recevant de Notre Seigneur Jésus Christ l'anneau des vierges, une couronne d'épines sur la tête, priant devant le crucifix - Notre Seigneur semblant s'en détaché pour embrasser notre sainte.

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jeudi, 13 février 2025 | Lien permanent

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