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mardi, 23 mai 2017

23 mai. Saint Didier, ou Dizier, évêque de Langres, et ses compagnons martyrs. IIIe.

- Saint Didier, ou Dizier, évêque de Langres, et ses compagnons martyrs. IIIe siècle.
 
Pape : Saint Denis. Empereur : Galien.
 
" Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis."
Saint Jean, X.
 

Martyre de saint Didier. Speculum historiale. V. de Beauvais. XIVe.

Saint Didier est nommé plus communément On le nomme plus communément saint Dizier en Champagne ; saint Desery et saint Drezery en Languedoc et en Italie ; saint Désir en Pays-Bas.

Saint Didier, troisième évêque connu de Langres, fut le successeur de saint Juste, qui lui-même avait succédé à saint Sénateur. Son élection à l'épiscopat remonte vers l'an 253.

De simple agriculteur, il devint pasteur des âmes par une vocation toute miraculeuse. L'église de Langres était veuve de Juste, son évêque, et les fidèles réunis dans l'oratoire de saint Jean l'Evangéliste, transformé plus tard en vaste cathédrale sous l'invocation de saint Mammès, demandaient à Dieu un chef selon son cœur. Le ciel fit savoir par révélation que ce pasteur serait Desiderius, en français Didier, Dizier ou Désiré. Mais comme on ne connaissait personne de ce nom, il fut résolu qu'on enverrait à Rome pour obtenir l'avis du souverain Pontife.

Les députés revenaient à Langres et passaient aux environs de Gênes, lorsqu'ils rencontrèrent au village de Bavari un laboureur qui conduisait la charrue dans son champ. Ils apprirent qu'il se nommait Desiderius et qu'il était tenu pour un homme d'une grande et rigoureuse piété et d'une intégrité de moeurs égale. Ils l'abordèrent. Quel ne fut pas leur étonnement quand ils virent son bâton fixé en terre se couvrir subitement de feuilles. A ce signe, ils reconnurent celui que le Seigneur avait annoncé ils saluèrent Desiderius évêque de Langres.
 

Martyre de saint Didier. Bréviaire à l'usage de Langres. XVe.
 
Au sujet de sa région d'origine, il existe une autre opinion qui le fait naître à Genève. La ressemblance des noms latins a pu faire hésiter entre Gênes et Genève. Mais l'Italie revendique spécialement saint Didier pour nn de ses enfants, et la célébrité de son culte dans cette contrée a sans doute pour cause l'origine du Saint. Gènes, qui a reçu de ses reliques sous Louis XIV, lui consacre un office sous le rite double le 23 mai. Il est en vénération dans un grand nombre d'autres villes d'Italie : à Milan, à Castelnovo. près de Tortone, ville de laquelle il est le principal patron.

Didier fut reçu avec allégresse par les Langrois comme l'élu de la Providence. Il obtint par la prière et l'humilité les grâces nécessaires pour être élevé à la plénitude du sacerdoce, et le Saint-Esprit, qui distribue ses dons comme il lui plaît, l'éclaira de ses divines lumières dans le gouvernement de son diocèse. Il propagea le règne de l'Evangile, et son épiscopat est une preuve entre mille autres que l'Eglise catholique doit ses conquêtes, non point aux ressources humaines, mais à l'action du Tout-Puissant qui l'a établie.

Depuis que Notre-Seigneur Jésus-Christ a prononcé cette parole : " le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ", et depuis qu'il est mort lui-même pour nous, ajoutant l'exemple à la leçon du sacrifice, une multitude innombrable d'évêques se sont volontairement immolas pour leurs troupeaux. Saint Didier a pris une place auguste au milieu d'eux. A l'époque où il vivait, les peuples barbares d'au-delà du Rhin commençaient à s'ébranler pour se jeter sur les provinces de l'empire romain comme sur une proie.

Attaque de Langres par les Vandales de Chrocus et martyre
de saint Didier. Speculum historiale. V. de Beauvais. XIVe.
 
Vers l'an 264, une horde d'Allemands se précipita dans l'est des Gaules, sous la conduite d'un chef nommé Chrocus. Ils mirent le siége devant Langres, qui ne devait pas être fortifiée à cette époque, non plus que les autres villes des Gaules. L'hagiographe Warnahaire la suppose cependant défendue par des remparts en pierre de taille. On n'avait aucun espoir de la sauver ; les premières barrières avaient cédé aux efforts des assiégeants le massacre commençait et les barbares n'épargnaient pas même les petits enfants dans les bras de leurs mères. Le titre de Chrétien ne faisait qu'allumer davantage la fureur des barbares. Didier n'hésita point à se livrer lui-même, en abordant Chrocus pour le supplier d'épargner la vie des habitants. Le barbare resta insensible à ce sublime dévouement. L'évêque alors le menaça de la vengeance céleste. Mais Chrocus, sans égard pour les cheveux blancs du pontife et bravant ses malédictions, ordonna de lui trancher la tête et de mettre à mort ceux qui l'accompagnaient. Le diacre Vincent était de ce nombre.

C'est pour indiquer la décollation de saint Didier qu'on le représente ordinairement portant entre les mains sa tête coupée. Au moment où il reçut le coup mortel, il tenait un livre sur lequel le sang jaillit ; les feuillets en furent couverts, mais les lettres demeurèrent intactes et on les lisait encore mille ans plus tard, ainsi qu'un célèbre auteur, Vincent de Beauvais dans son Speculum historiale, l'atteste au XIIIe siècle.

Sur le point des sources, il faut dire un mot de l'hagiographe Warnahaire, ou Garnier, que nous avons évoqué. C'était un clerc de l'église de Langres qui vivait au commencement du VIIe siècle. Les auteurs de La France littéraire disent de lui :
" Il faut qu'il ait eu la réputation d'homme studieux et lettré, puisque saint Céraune, évêque de Paris, dans le dessein qu'il avait formé de recueillir le plus qu'il pourrait d'Actes des Martyrs, s'adressa à lui préférablement à tout autre, pour avoir ceux qui regardaient le diocèse de Langres."

Saint Didier de Langres. Statue. Art franc. XIIIe.
 
Pour revenir au cours de notre notice, nous savons que le malheureux qui avait frappé l'évêque fut saisi d'une soudaine folie : il courait sur les remparts en poussant des cris affreux, et il alla se briser la tête contre une porte de la ville qui depuis resta murée en mémoire du sang qui l'avait souillée. A la vue du cadavre et de sa cervelle répandue, les barbares cessèrent de se livrer au carnage. Mais le sang des Martyrs criait vengeance ; Chrocus, au rapport de saint Grégoire de Tours, se jeta sur le midi de la France. On le fit prisonnier devant Arles et il subit le sort qu'il avait mérité en persécutant les Saints du Seigneur. Enfermé dans une cage de fer, il fut promené au milieu des villes qu'il avait ravagées ensuite on le mit à mort. Une ancienne tradition langroise rapporte que son supplice eut lieu au-delà de Saint-Geosmes, à l'endroit nommé la Croix-d'Arles.

Le saint évêque reçut la sépulture dans un tombeau de pierre, en l'oratoire qui a depuis porté son nom et qu'il avait dédié lui-même à sainte Marie-Madeleine. On y établit d'abord des chanoines réguliers, et ce fut plus tard un prieuré de l'Ordre de Saint-Benoît. La crypte où le Martyr reposait se voit encore dans la partie de cette église qui a été conservée et qui renferme un musée (!) d'antiquités gallo-romaines.

Les prodiges qui manifestèrent la puissance de saint Didier auprès du Seigneur enflammaient la dévotion des peuples. L'histoire rapporte que nul ne pouvait prêter un faux serment sur le tombeau du Saint sans être aussitôt puni par la justice divine.

Martyre de saint Didier. Pierre Cossard. Eglise Sain-Didier.
Briennes-le-Château. Champagne. XVIIIe.
 
C'est à cette même époque, c'est-à-dire en l'an 264 de l'ère chrétienne, que remonte la fondation de Saint-Dizier, dans l'actuel département de la Haute-Marne (Fanum sancti Desiderii.). Après le pillage de Langres, une compagnie de Langrois emportant avec eux les reliques de saint Dizier ou Didier, vinrent se retirer dans les forêts qui couvraient une partie de l'étendue du pays. Ils s'arrêtèrent sur les rives de la Marne, élevèrent une chapelle destinée à recevoir les précieuses reliques et groupèrent leurs cabanes tout autour de leur modeste sanctuaire. Ils formèrent ainsi le noyau de la ville de Saint-Dizier.

En 1315, sur la demande d'Etienne de Noyers, prieur de Saint-Didier, l'évoque de Langres, Guillaume de Durfort, fit la vérification et la translation solennelle des reliques du Martyr. La cérémonie s'accomplit le i9 janvier en présence des évêques voisins, des abbés de tout le diocèse et d'un immense concours de peuple, Guillaume ouvrit le cercueil de pierre.

Les reliques apparurent intactes, la tête détachée des épaules et les linges teints de sang. Ces précieux restes furent exposés aux regards des fidèles, et on lut à haute voix une antique inscription qui garantissait leur authenticité, puis on les enveloppa dans des étoffes de soie et on les renferma dans une châsse d'argent ornée de ciselures. La tête, à l'exception de la mâchoire inférieure, fut mise dans un .buste de vermeil tout brillant de pierres précieuses, et l'on transféra au trésor de la cathédrale, dans des reliquaires d'argent d'un admirable travail, le bras droit, une côte, la mâchoire inférieure et quelques autres parties des ossements. On vit éclater de nouveaux miracles en cette mémorable circonstance. Depuis, les reliques du Martyr se répandirent dans le monde catholique, spécialement à Gênes sa patrie, à Bologne en Italie et dans les villes d'Arles et d'Avignon.
 
En 1455, l'évoque de Langres, Guy Bernard, rendit obligatoire la célébration de la fête de saint Didier pour tout son diocèse. Mgr Sébastien Zamet ouvrit la châsse du Martyr en 1657, pour donner des reliques à l'église d'Avignon et aux paroisses d'Hortes et de Frettes. Il fit lui-même la translation à Hortes le 22 mai. Les processions de Rosoy, Rougeux, Maizières et de l'abbaye de Beaulieu augmentaient la pompe de cette cérémonie. La relique de saint Didier fut portée à Rosoy, dans la maison d'une femme en couches et dont la vie courait un grand danger. Au contact de la relique, la malade fut sauvée.

Statue. Bois polychrome. Eglise Saint-Didier
Briennes-le-Château. Champagne. XVIe.
 
Ce miracle, dont le chroniqueur Clément Macheret, curé d'Hortes, dressa procès-verbal, contribua beaucoup à répandre la confiance que l'on a dans l'intercession du Saint pour une heureuse délivrance.

Saint Didier fut toujours regardé comme le patron de la ville de Langres, qui l'invoquait solennellement dans les calamités publiques. Il y avait une célèbre confrérie instituée sous son patronage. Des rois de France et des ducs de Bourgogne ont tenu à honneur d'être inscrits sur ses registres.

La plupart des ossements du Martyr ont été détruits, dispersés ou perdus à la Révolution ; mais on possède une partie de la mâchoire inférieure qui était dans l'autel de la chapelle de l'hôpital Saint-Laurent.

Une église d'assez peu d'importance comme monument et vieille de six siècles - lorsqu'elle a disparu en 1792 après la suppression d'une paroisse de 1800 âmes dont elle était le centre - avait consacré à Poitiers le culte du saint évêque de Langres : l'église Notre-Dame de la capitale du Poitou possède encore une de ses reliques.

Ce saint pasteur ne fut pas le seul qui souffrit le martyre en cette persécution. Les Martyrologes lui joignent en ce jour plusieurs fidèles du nombre de ses diocésains. Ils marquent aussi, le 22 octobre, saint Florent, un de ses disciples, qui fut mis à mort par les mêmes Vandales, à Tille-Château, entre Langres et Dijon, et le 27 du même mois, saint Valère, son archidiacre, qui fut décapité par les mêmes Barbares, en un lieu nommé Port-Buxin, et vulgairement le Port-de-Loue, auprès de Salins, en Bourgogne.
 
On représente saint Didier portant sa tête dans ses mains. Au moment où il reçut le coup mortel, il tenait un livre saint sur lequel le sangs jaillit ; les feuillets en furent couverts mais les lettres demeurèrent intactes et on les lisait encore aisément mille ans plus tard ainsi que l'atteste Vincent de Beauvais au XIIIe.

Rq : On consultera avec avantage les intéressantes études réalisées au XIXe par M. l'abbé Mazelin : " Saints de la Haute-Marne " et " Vie de saint Aubin ".

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