mercredi, 31 décembre 2025
31 décembre. Saint Sylvestre, Pape et confesseur. 335.
" A la voie énergique de cet illustre pontife, l'idolâtrie, le judaïsme, et le hideux cortège de toutes les erreurs naissantes se sont honteusement abîmés dans l'ombre."
Eccli. XLV, 2.

Saint Sylvestre. Codex grec. XIIIe.
Jusqu'ici, nous avons contemplé les Martyrs au berceau de l'Emmanuel. Etienne, qui a succombé sous les cailloux du torrent ; Jean, Martyr de désir, qui a passé par le feu ; les Innocents immolés par le glaive ; Thomas, égorgé sur le pavé de sa cathédrale : tels sont les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. Cependant, si nombreuse que soit la troupe des Martyrs, tous les fidèles du Christ ne sont pas appelés à faire partie de ce bataillon d'élite ; le corps de l'armée céleste se compose aussi des Confesseurs qui ont vaincu le monde, mais dans une victoire non sanglante. Si la place d'honneur n'est pas pour eux, ils ne doivent pas cependant être déshérités de l'avantage de servir leur Roi. La palme, il est vrai, n'est pas dans leurs mains ; mais la couronne de justice ceint leurs têtes. Celui qui les a couronnés se glorifie aussi de les voir à ses côtés.
Il était donc juste que la sainte Eglise, pour réunir, dans cette triomphante Octave, toutes les gloires du ciel et de la terre, inscrivît en ces jours, sur le Cycle, le nom d'un saint Confesseur qui dût représenter tous les autres. Ce Confesseur est Silvestre, Epoux de la sainte Eglise Romaine, et par elle de l'Eglise universelle, un Pontife au règne long et pacifique, un serviteur du Christ orné de toutes les vertus, et donné au monde le lendemain de ces combats furieux qui avaient duré trois siècles, dans lesquels avaient triomphé, par le martyre, des millions de chrétiens, sous la conduite de nombreux Papes Martyrs, prédécesseurs de Silvestre.
Sylvestre annonce aussi la Paix que le Christ est venu apporter au monde, et que les Anges ont chantée en Bethléhem. Il est l'ami de Constantin, il confirme le Concile de Nicée, il organise la discipline ecclésiastique pour l'ère de la Paix. Ses prédécesseurs ont représenté le Christ souffrant : il figure le Christ dans son triomphe. Il complète, dans cette Octave, le caractère du divin Enfant qui vient dans l'humilité des langes, exposé à la persécution d'Hérode, et cependant Prince de la Paix, et Père du siècle futur (Isai. IX, 6.).

Le pape Melchiade et saint Sylvestre qui lui succédera.
Lisons l'histoire de son tranquille Pontificat, dans le récit de la sainte Eglise. La nature de cet ouvrage exclut les discussions critiques ; c'est pourquoi nous ne dirons rien des difficultés qu'on a élevées sur le fait du Baptême de Constantin, à Rome, par saint Sylvestre. Il suffira de rappeler que la tradition romaine, à ce sujet, est adoptée par de savants hommes, tels que Baronius, Schelestrate, Bianchini, Marangoni, Vignoli, etc.
Sylvestre vient de sile qui veut dire lumière, et de terra terre, comme lumière de la terre, c'est-à-dire de l’Église qui, semblable à une bonne terre, contient la graine des bonnes oeuvres, la noirceur de l’humilité et la douceur de la dévotion. C'est, à ces trois qualités, dit Pallade, qu'on distingue la bonne terre.
Ou bien Sylvestre viendrait de silva, forêt et Theos, Dieu, parce qu'il attira à la foi des hommes sylvestres, incultes et durs.
Sa légende fut compilée par Eusèbe de Césarée ; le bienheureux Gélase rappelle qu'elle a du être lue par les catholiques dans un comité de soixante-dix évêques, ce qui est relaté aussi dans le décret.
Sylvestre, Romain, fils de Rufin, fut placé, dès son bas âge, sous la discipline du prêtre Cyrinus, dont il imita parfaitement la doctrine et les mœurs. Pendant que sévissait la persécution, il vécut caché sur le mont Soracte. Agé de trente ans, il fut créé prêtre de la sainte Eglise Romaine par le Pape Marcellin. S'étant acquitté de cet emploi d'une manière digne de louange, et surpassant en mérite les autres clercs, il succéda au Pape Melchiade, sous l'empire de Constantin.

Conversion de Constantin. Saint Sylvestre et l'empereur.
Cet empereur avait auparavant, par une loi publique, donné la paix à l'Eglise de Jésus-Christ. Déjà marqué par le ciel du signe de la Croix, et vainqueur de Maxence, il se fit le défenseur et le propagateur de la religion chrétienne ; l'encourager dans cette voie fut la grande œuvre à laquelle s'adonna le nouveau Pontife. Selon que le porte l'antique tradition de l'Eglise Romaine, il fit reconnaître les portraits des Apôtres à l'empereur, le lava dans le bain du saint baptême, et le guérit de la lèpre de l'infidélité.
Un jour, les prêtres des idoles vinrent dire à l’empereur :
" Très saint empereur, depuis l’époque où vous avez reçu la foi du Christ, le dragon qui est dans le fossé tue de son souffle plus de trois cents hommes par jour."
Constantin consulta là-dessus Sylvestre, qui répondit :
" Par la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ, je ferai cesser tout ce mal."
Les prêtres promettent que, s'il fait ce miracle, ils croiront. Pendant sa prière, saint Pierre apparut à Silvestre et lui dit :
" N'aie pas peur de descendre vers le dragon, toi et deux des prêtres qui t'accompagnent ; arrivé auprès de lui, tu lui adresseras ces paroles :
" Notre Seigneur Jésus-Christ, né de la Vierge, qui a été crucifié et enseveli, qui est ressuscité et est assis à la droite du Père, doit venir pour juger les vivants et les morts. Or, toi, Satan, attends-le dans cette fosse tant qu'il viendra. Puis tu lieras sa gueule avec un fil et tu apposeras dessus un sceau où sera gravé le signe de la croix ; ensuite revenus à moi sains et saufs, vous mangerez le pain que je vous aurai préparé."

Le pape saint Silvestre enfermant le dragon.
Sylvestre descendit donc avec les deux prêtres les quarante marches de la fosse, portant avec lui deux lanternes. Alors il adressa au dragon les paroles susdites, et, comme il en avait reçu l’ordre, lia sa gueule, malgré ses cris et ses sifflements. En remontant, il trouva deux magiciens qui les avaient suivis, pour voir s'ils descendraient jusqu'au dragon : ils étaient à demi morts de la puanteur du monstre.
Il les ramena avec lui aussi sains et saufs. Aussitôt ils se convertirent avec une multitude infinie. Le peuple romain fut ainsi délivré d'une double mort, savoir de l’adoration des idoles et du venin du dragon.
D'après les conseils de Sylvestre, le pieux empereur confirma par son exemple le droit qu'il avait accordé aux chrétiens de bâtir publiquement leurs temples ; car il éleva un grand nombre de Basiliques, à savoir celle du Latran au Christ Sauveur, celle du Vatican à saint Pierre, celle de la voie d'Ostie à saint Paul, celles de saint Laurent dans l'Agro Verano, de Sainte-Croix au palais de Sessorius, des saints Pierre et Marcellin et de sainte Agnès sur les voies Lavicane et Nomentane, d'autres encore, qu'il orna splendidement d'images saintes et dota magnifiquement en possessions et privilèges.
Ce fut pendant son pontificat que se tint le premier Concile de Nicée, dans lequel, sous la présidence de ses légats, en présence de Constantin et de trois cent dix-huit Evêques, la sainte et catholique Foi fut expliquée, Arius et ses sectateurs condamnés ; et ce Concile fut confirmé par Sylvestre, à la demande des Pères, dans un Synode tenu à Rome, où Arius fut condamné de nouveau. Sylvestre fit aussi plusieurs décrets avantageux à l'Eglise de Dieu qui sont rapportés sous son nom ; savoir :
- que le Chrême serait fait par l'Evêque seul ;
- que le prêtre oindrait du Chrême le sommet de la tête du baptisé ;
- que les diacres se serviraient de la dalmatique dans l'Eglise, et porteraient sur le bras gauche un ornement de lin ;
- que le Sacrifice de l'autel se célébrerait sur un voile de lin.

Saint Sylvestre rescussitant un taureau.
Il prescrivit également, dit-on, à tous ceux qui seraient initiés aux Ordres, le temps durant lequel ils doivent exercer, chacun, les fonctions de leur Ordre dans l'Eglise, avant de monter à un degré plus élevé. Il interdit aux laïques la fonction d'accusateur public contre les clercs, et défendit aux clercs de plaider devant les juges séculiers. Retenant seulement le nom de Samedi et de Dimanche, il voulut que les autres jours de la semaine fussent appelés du nom de Fériés, comme il était déjà d'usage dans l'Eglise, pour signifier que les clercs doivent, chaque jour, vaquer uniquement au service de Dieu, et se dégager de tout autre soin.
L'admirable sainteté de sa vie, et sa bonté envers les pauvres, répondirent toujours à cette prudence céleste avec laquelle il gouvernait l'Eglise. Il veilla à ce que les clercs pauvres vécussent en commun avec les autres clercs plus riches, et que les vierges sacrées ne manquassent pas des choses nécessaires à la vie. Il vécut dans le pontificat vingt-un ans, dix mois et un jour. Enfin le bienheureux Sylvestre, à l’approche de la mort, donna ces trois avis à ses clercs :
- conserver entre eux la charité ;
- gouverner leurs églises avec plus de soin ;
- préserver leur troupeau contre la morsure des loups.
Après quoi il s'endormit heureusement dans le Seigneur, environ l’an 330. Il fut enseveli au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria.
Il célébra sept ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa quarante-deux prêtres, vingt-cinq diacres, et soixante-cinq Evêques pour divers lieux.
ORAISON
" Pontife suprême de l'Eglise de Jésus-Christ, vous avez donc été choisi entre tous vos frères pour décorer de vos glorieux mérites la sainte Octave de la Naissance de l'Emmanuel. Vous y représentez dignement le chœur immense des Confesseurs, vous qui avez tenu, avec tant de vigueur et de fidélité, le gouvernail de l'Eglise après la tempête. Le diadème pontifical orne votre front ; et la splendeur du ciel se réfléchit sur les pierres précieuses dont il est semé. Les clefs du Royaume des cieux sont entre vos mains : et vous l'ouvrez pour y faire entrer les restes de la gentilité qui passent à la foi du Christ ; et vous le fermez aux Ariens, dans cet auguste Concile de Nicée, où vous présidez par vos Légats, et auquel vous donnez autorité, en le confirmant de votre suffrage apostolique. Bientôt des tempêtes furieuses se déchaîneront de nouveau contre l'Eglise ; les vagues de l'hérésie viendront battre la barque de Pierre ; vous serez déjà rendu au sein de Dieu ; mais vous veillerez, avec Pierre, sur la pureté de la Foi Romaine. Vous soutiendrez Jules, vous sauverez Libère ; et, par vos prières, l'Eglise Romaine sera le port où Athanase trouvera enfin quelques heures de paix.

Saint Sylvestre au chevet de Constantin.
Sous votre règne pacifique, Rome chrétienne reçoit le prix de son long martyre. Elle est reconnue Reine de l'humanité chrétienne, et son empire le seul empire universel. Le fils de votre zèle, Constantin, s'éloigne de cette ville de Romulus, aujourd'hui la cité de Pierre ; la seconde majesté ne veut pas être éclipsée par la première ; et, Byzance fondée, Rome demeure eux mains de son Pontife. Les temples des faux dieux croulent, et font place aux basiliques chrétiennes qui reçoivent la dépouille triomphale des saints Apôtres et des Martyrs. Enfin, la victoire de l'Eglise sur le Prince de ce monde est marquée, Ô Sylvestre, par la défaite de ce dragon qui infectait les hommes de son haleine empoisonnée, et que votre bras enchaîna pour jamais.
Etant honoré de dons si merveilleux, Ô Vicaire du Christ, souvenez-vous de ce peuple chrétien qui a été le vôtre. Dans ces jours, il vous demande de l'initier au divin mystère du Christ Enfant. Par le sublime symbole qui contient la foi de Nicée, et que vous avez confirmé et promulgué dans toute l'Eglise, vous nous apprenez à le reconnaître Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, engendré et non fait, consubstantiel au Père. Vous nous conviez à venir adorer cet Enfant, comme Celui par qui toutes choses ont été faites. Confesseur du Christ, daignez nous présenter à lui, comme l'ont daigné faire les Martyrs qui vous ont précédé. Demandez-lui de bénir nos désirs de vertu, de nous conserver dans son amour, de nous donner la victoire sur le monde et nos passions, de nous garder cette couronne de justice à laquelle nous osons aspirer, pour prix de notre Confession.
Pontife de la Paix, du séjour tranquille où vous vous reposez, considérez l'Eglise de Dieu agitée par les plus affreuses tourmentes, et sollicitez Jésus, le Prince de la Paix, de mettre fin à de si cruelles agitations. Abaissez vos regards sur cette Rome que vous aimez et qui garde si chèrement votre mémoire ; protégez[-a], dirigez[-la] [...]. Qu'elle triomphe de l'astuce des politiques, de la violence des tyrans, des embûches des hérétiques, de la perfidie des schismatiques, de l'indifférence des mondains, de la mollesse des chrétiens. Qu'elle soit honorée, qu'elle soit aimée, qu'elle soit obéie. Que la majesté du sacerdoce se relève ; que la puissance spirituelle s'affranchisse, que la force et la charité se donnent la main ; que le règne de Dieu commence enfin sur la terre, et qu'il n'y ait plus qu'un troupeau et qu'un Pasteur.

Saint Sylvestre et saint Servais.
Veillez, Ô Silvestre, sur le sacré dépôt de la foi que vous avez conservé avec tant d'intégrité ; que sa lumière triomphe de tous ces faux et audacieux systèmes qui s'élèvent de toutes parts, comme les rêves de l'homme dans son orgueil. Que toute intelligence créée s'abaisse sous le joug des mystères, sans lesquels la sagesse humaine n'est que ténèbres ; que Jésus, Fils de Dieu, Fils de Marie, règne enfin, par son Eglise, sur les esprits et sur les coeurs.
Priez pour Byzance, autrefois appelée la nouvelle Rome, et devenue sitôt la capitale des hérésies, le triste théâtre de la dégradation du Christianisme. Obtenez que les temps de son humiliation soient abrégés. Qu'elle revoie les jours de l'unité ; qu'elle consente enfin à honorer le Christ dans son Vicaire ; qu'elle obéisse, afin d'être sauvée. Que les races égarées et perdues par son influence, recouvrent cette dignité humaine que la pureté de la foi seule maintient, que seule elle peut régénérer.
Enfin, Ô vainqueur de Satan, retenez le Dragon infernal dans la prison où vous l'avez enfermé ; brisez son orgueil, déjouez ses plans ; veillez à ce qu'il ne séduise plus les peuples ; mais que tous les enfants de l'Eglise, selon la parole de Pierre, votre prédécesseur, lui résistent par la force de leur foi (I Petr. V, 9.)."
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mardi, 30 décembre 2025
30 décembre. Saint Pierre d'Ambleteuse, Apôtre de l'Angleterre, Ier abbé de Cantorbéry. 608.
- Saint Pierre d'Ambleteuse, Apôtre de l'Angleterre, Ier abbé de Cantorbéry. 608.
Pape : Boniface IV. Roi de Kent : Aethelbert de Kent. Roi de France : Clotaire II.
" L'office de la prédication est plus agréable au Père des miséricordes que tout espèce de sacrifice, surtout quand on l'accomplit avec une ardente charité."
Saint François d'Assise.

Saint Grégoire le Grand envoyant saint Augustin évangéliser
Saint Pierre fut envoyé, sous la conduite du moine, le grand saint Augustin de Cantobéry, avec d'autres ouvriers évangéliques destinés par le pape saint Grégoire le Grand à la régénération de la Grande Bretagne. Ils traversèrent la France et s'arrêtèrent un instant à Tours, pour y rendre en passant leurs pieux hommages aux précieuses reliques du grand saint Martin.
Au printemps de l'année 577, Pierre et ses compagnons, suivis de 40 autres personnes qu'ils avaient prises en France en qualité d'interprètes, abordèrent à la petite île de Thanet. Ils députèrent aussitôt auprès du roi de Kent, pour lui faire connaître l'objet de leur voyage et lui annoncer qu'ils venaient lui apporter une bonne nouvelle ; savoir, la promesse certaine d'une joie éternelle et d'un règne sans fin avec le Dieu vivant et véritable.
Prévenu en faveur de ces envoyés par tous les discours que lui avait tenus sur la religion son épouse Berthe et son confesseur Luidhart, le roi de Kent, Ethelbert, bien qu'adonné encore à l'idolâtrie, leur témigna dans son accueil une généreuse hospitalité, et veille à ce qu'ils ne manquassent d'aucune choses qui pouvaient leur être nécessaires. Là ne se bornèrent point ses bienfaits ; car il voulut en outre qu'ils eussent dans la capitale de son royaume un logement convenable.
Saint Pierre et ses compagnons ne tardèrent donc pas à quitter Thanet pour Cantorbéry. On était alors dans le temps pascal. En passant devant la petite église de Saint-Martin, où la pieuse Berthe avait tant de fois prié et pleuré pour la conversion de l'Angleterre, ils chantèrent comme si ç'eût été au nom des habitants :
" Seigneur, nous faisons appel à votre miséricorde ; détournez votre colère de ce peuple et de votre sainte maison, car nous avons péché."
Les missionnaires habitaient tout auprès du palais d'Ethelbert, qui assistait souvent à leurs pieux exercices et prenait plaisir à leurs édifiants entretiens. Ils vivaient, comme des apôtres, dans la prière, les veilles et les jeunes. Ils prêchaient la parole de vie à tous ceux qui étaient disposés à l'entendre, ne recevant de leurs disciples que ce qui était absolument indispensable à leurs besoins, et se conformant en toutes choses avec une extrême rigueur à leur profession et à leur doctrine. Ils semblaient mettre de côté les bonnes choses de ce monde comme ne leur appartenant pas. Ils supportaient les désappointements et les obstacles avec calme et sans inquiétude ; ils seraient mort voilontiers pour défendre la vérité qu'is prêchaient, si telle eût été la volonté de Dieu. Aussi, un grand nombre d'indigènes, gagnés par la simplicité, la pureté de leur vie et la douceur de leur céleste doctrine, crurent et reçurent le baptême.
Les conversions se pultiplièrent avec une rapidité toujours croissante, jusqu'à ce qu'enfin Celui qui tourne le coeur des rois comme le cours des rivières, daignât faire ressentir à Ethelbert lui même les premiers effets de son esprit de lumière. Les raisons qui décidèrent ce prince à embrasser la foi chrétienne furent la multitude des miracles qui, opérés sous ses yeux, donnèrent plein crédit aux promesses des missionnaires.
Ce fut le jour de la Pentecôte, le 2 juin 597, que le roi d'Angleterre reçut le baptême, suivant les formes encore aujourd'hui en usage aujourd'hui dans le rituel de l'Eglise catholique romaine.
Cinq mois après cette cérémonie, saint Augustin retourna en France, où il fut sacré évêque de la Grande-Bretagne par les mains de l'archevêque Virgile. Durant cet intervalle, la prédication du bon exemple donné par Ethelbert avait été si puissante, que dans la même année, au our de Noël, plus de dis mille Anglais vinrent cherche la grâce de la régénération dans les eaux saintes.
Depuis qu'Ethelbert avait revêtu le glorieux titre d'enfant de Dieu, tous les honneurs et toutes les grandeurs de la terre étaient devenues pour lui comme s'ils n'eussent jamais été ; et afin que seul Dieu soit glorifié à sa place dans la personne de ses ministres, il s'éloigne volontairement de son palais, qu'il met intégralement à la disposition de saint Augustin de Cantorbéry et des autres religieux, ses frères. Sous cet illustre toit, érigé en monastère, nos missionnaires revinrent à leurs anciennes habitudes de vie claustrale, les conciliant toutefois avec les obligations actives que leur imposait envers la société leur qualité de missionnaires, et y puisant, pour l'accomplissement de ces mêmes obligations, une vigueur de foi et une énergie d'action qu'ils eussent en vain chercher ailleurs.

Abbaye Saint-Augustin. Cantorbéry. Angleterre.
Jusqu'à présent, nous n'avons rien dit de saint Augustin qui ne soit applicabe à saint Pierre d'Ambleteuse, depuis longtemps le fidèle compagnon de tous ses travaux. Investi de la confiance particulière du chef de la mission, c'est notre Saint qui, avec Laurence, eut en 598 l'honneur d'être délégué par lui auprès du pape, pour lui rendre compte du succès de leur entreprise, et lui demander un renfort d'ouvriers évangéliques rendu nécessaire par le nombre toujours croissant de leur néophytes. Saint Pierre et le prêtre Laurence passèrent deux années à Rome et retournèrent en Angleterre en 601, accompagnés de 12 nouveaux missionnaires. Ils étaient munis de lettres de recommandation pour les évêques et les princes souverains de la partie de la France qu'ils devaient traverser. Tous s'empressèrent de les accueillir avec les marques d'honneur et de distonction que réclamaient leur mérite personnel joint à la qualité d'envoyé de Dieu. Le roi Clotaire II surtout conçut pour notre Saint une estime et une affection toutes particulières.
Les saints apôtres, afin de regagner les côes de l'Angleterre, choisirent pour lieu de leur embarquement le port d'Ambleteuse, qui ne manquait pas alors d'une certaine renommée. Ils y furent, de la part des habitants, l'objet des soins les plus attentifs.
Aussi, en retour de l'aliment corporel qu'ils en recevaient avec abondance, ne crurent-ils pouvoir mieux leur prouver leur reconnaissance, qu'en leur prodiguant avec largesse la nourriture spirituelle? Saint Pierre se distingua entre tous par Les témoignages d'affection qu'il leur donna. Pendant la nuit qu'il passa à Ambleteuse, il se releva tour à tour avec ses compagnons pour faire des stations et prier dans l'église devant les reliques de plusieurs saints et martyrs, entre autres, grâce à la munificence du pape Grégoire pour en enrichir l'Angleterre.
Le lendemain, le navire qui devait ramener notre Saint en Angleterre leva l'ancre, et celui-ci, après une heureuse et courte traversée, eut la satisfaction de remettre lui-même à saint Augustin, au roi Ethelbert et à la reine Berthe, les lettres et les présents que saint Grégoire le Grand leur envoyait.
Un peu après le départ de saint Pierre d'Ambleteuse pour Rome, saint Augustin de Cantorbéry, de concert avec son royal disciple, avait fondé dans le voisinage de Cantorbéry un monastère, non seulement destiné à offrir le modèle de la société chrétienne dans ce qu'elle a sur la terre de plus parfait, mais consacré aussi à recevoir la sépulture d'Augustin et de ses successeurs, ainsi que des rois de Kent. Les premiers patrons de ce monastère furent d'abord les Apôtres saint Pierre et saint Paul ; mais saint Dunstan, qui y passait des nuits entières devant l'autel de la sainte Vierge Marie, en renouvella plus tard la dédicace et ajouta saint Augustin au nombre de ses protecteurs spéciaux.
Saint Pierre d'Ambleteuse fut élu par ses compagnons pour être le premier abbé du monastère royal de Cantorbéry. Le roi Ethelbert, en sa qualité de fondateur, lui en donna l'investiture, et saint Augustin la bénédiction abbatiale?
Le premier soin du vénérable abbé fut de choisir parmi les Anglais des sujets propres à recruter et à fortifier sa communauté. Rien ne saurait donner idée du zèle et de la prudence qu'il déploya dans le gouvernement de cette petite république. Toutefois, sa vive et constante sollicitude pour le salut des âmes ne pouvait se renfermer dans les limites très circonscrites de son abbaye. S'il arrivait que quelques ouvriers évangéliques éprouvassent le besoin de venir auprès de lui se reccueillir et se retremper dans la solitude du cloître, c'était saint Pierre qui renouvellait leurs forces, ranimait leur courage, rallumait leur ardeur pour la conversion des idoleâtres, les excitait à supporter avec joie toutes les peines et les fatigues inséparables d'une vie toute de labeur et de dévouement, et leur suggérait les moyens les plus propres à attirer sur leurs travaus un heureux succès.
Après que saint Pierre eut avec honneur parcouru cette noble carrirère l'espace de deux années, il se présenta une affaire majeure à négocier en Fra,ce pour le bien de l'Agleterre ? Ethelbert, qui connaissait toute la sagesse de notre Saint et le haut degré d'estime dont il jouissait auprès du roi de France, ne voulut confier à aucun autre le soin de cette mission importante. Pierre s'embarqua donc pour la France, s'abandonnant de nouveau et sans hésiter à tous les périls de la mer. Mais à peine avait-il fait la moitié du trajet qui sépare l'Agletrre du Boulonnais, que le navire qui le portait, assailli par une violente tempête, périt avec une grande partie de son équipage. Ce naufrage coûta la vie à notre Saint, ou, pour mieux dire, il la lui procura, puisqu'il ne lui ravissait la vie du corps qu'afin de le mettre en pleine possession de celle de l'âme. C'était le 6 janvier de l'an 608.

Eglise Saint-Pierre d'Ambleteuse. Ambleteuse. Boulonnais. XIXe.
CULTE ET RELIQUES
Son corps, trouvé sur la plage d'Ambleteuse, fut d'abord enseveli sans honneur comme celui de l'inconnu le plus vulgaure. Cependant cette injusticene tarda pas à être réparée, car Dieu permit qu'un merveilleux prodige vînt faire briller à tous les yeux le mérite de notre Saint et révéler toute la gloire dont son âme jouissait dans le ciel. Chaque nuit une lumière éclatante vint resplendir au-dessus de sa tombe. Les habitants, surpris d'un fait aussi miraculeux, allèrent aux informations pour savoir quel pouvait être le saint personnage que Dieu favorisait de la sorte. C'est ainsi qu'ils reconnurent en lui ce vénérable Pierre, qui déjà de son vivant leur avait témoigné tant de bonté et de dévouement ; et la possession inespérée de ses précieux restes était pour eux comme la confirmation et le gage assuré de sa protection persévérante.
Cependant la petite ville d'Ambleteuse n'étant pas aussi apte à se défendre contre les entreprises de l'ennemi que pouvait l'être la ville de Boulogne, celle-ci réclama et obtint bientôt la garde de cet inestimable trésor. Le transport s'en effectua d'Ambleteuse à Boulogne le 30 décembre 608 et de la manière la plus solennelle. L'inhumation eut lieu dans l'enceinte même de la cathédrale.
La dévotion aux reliques de saint Pierre d'Ambleteuse attira pendant longtemps à Boulogne une grande affluence de fidèles qu'on voyait obtenir par son intercession une multitudes de grâces temporelles et spirituelles. Gocelin témoigne que le corps entier de saint Pierre d'Ambleteuse reposait au XIe siècle dans l'église des chanoines réguliers de Boulogne. Dans la suite, les chairs s'étant consumées, les ossements furent transférés dans la sacristie. La tête fut enfermée, en 1528, dans un riche reliquaire d'argent d'un poids de 24 marcs. Un de ses bras fut enchâssé dans un bras d'argent dont la main était dorée? L'autre bras, ainsi que plusieurs autres parties du corps, furent laissées à la vénération des habitants d'Ambleteuse.
Mais tous ces glorieux débris, qui avaient concouru à former un véritable temple vivant de l'Esprit-Saint, furent impitoyablement profanés et dispersés en 1567 par les bêtes féroces calvinistes, qui enlevèrent en outre les reliquaires d'or et d'argent au nombre de près de 100 que possédait la cathédrale de Boulogne. Comme si cela ne suffisait pas, quelques temps plus tard, les autres reliques de saint Pierre disparurent également de l'église d'Ambleteuse, lorsque les fanatiques protestants venus d'Angleterre occuper le port de cette ville, s'appliquèrent à effacer les moindres vestiges de la piété catholique.
Il entrait pourtant dans les vue de la Providence de relever son serviteur de l'oubli dans lequel il était quelque peu tombé. En 1763, le bruit se répand que l'on a retrouvé deux parties des reliques de notre saint à la cathédrale de Boulogne. Le 24 janvier, avec l'approbation de l'évêque de Boulogne, Mgr de Partz de Pressy, le village tout entier d'Ambleteuse fait une demande solennelle pour prendre possession d'une partie des reliques retrouvées au chapelain du chapître, M. Ballin. Ce dernier leur remet les protions de notre Saint et la translation se fait dans un grand concours de peuples pleins de ferveur et de piété.
En 1789, on voyait encore une chapelle consacrée à saint Pierre dans l'église d'Ambleuteuse. La portion de relique y était conservée très pieusement. Hélas, le flot révolutionnaire renversa tout sur son passage. L'église fut entièrement dévastée par les ces autres bêtes féroces que furent les révolutionnaires.
De pieux et courageux Chrétiens sauvèrent pourtant la relique et la tinrent dissimulée dans la maison de M. Antoine Poilly jusqu'en 1806 : date à laquelle cette maison fut détruite entièrement par le feu, et la précieuse relique avec.
En 1846, M. Hamy, curé d'Ambleteuse, avait achevé de faire contruire l'église et notamment un autel à notre Saint, lorsqu'il reçut de M. Leroy, prêtre, un autre fragment notable de saint Pierre, lequel avait lui aussi été soustrait à la fureur de 1793 et avait été caché dans un mur d'un immeuble de la haute ville.
A ce sujet, rappelons que très souvent, les pieux Chrétiens de l'antique royaume des Francs qui sauvèrent des reliques pendant cet épouvantable période, dispersèrent volontiers les reliques dans diverses caches, afin de garantir le sauvetage d'au moins une portion de celles-ci.
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lundi, 29 décembre 2025
29 décembre. Saint Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, martyr. 1170.
" Je connais vos oeuvres, les travaux que vous avez entrepris et l'héroïque constance qui en a assuré le succès ; je sais tout ce que vous avez souffert pour mon nom, sans faiblir jamais devant mes ennemis."
Apoc., II, 2.
Un nouveau Martyr vient réclamer sa place auprès du berceau de l'Enfant-Dieu. Il n'appartient point au premier âge de l'Eglise ; son nom n'est point écrit dans les livres du Nouveau Testament, comme ceux d'Etienne, de Jean, et des enfants de Bethléhem. Néanmoins, il occupe un des premiers rangs dans cette légion de Martyrs qui n'a cessé de se recruter à chaque siècle, et qui atteste la fécondité de l'Eglise et la force immortelle dont l'a douée son divin auteur. Ce glorieux Martyr n'a pas versé son sang pour la foi ; il n'a point été amené devant les païens, ou les hérétiques, pour confesser les dogmes révélés par Jésus-Christ et proclamés par l'Eglise. Des mains chrétiennes l'ont immolé ; un roi catholique a prononcé son arrêt de mort ; il a été abandonné et maudit par le grand nombre de ses frères, dans son propre pays : comment donc est-il Martyr ? comment a-t-il mérité la palme d'Etienne ? C'est qu'il a été le Martyr de la Liberté de l'Eglise.
En effet, tous les fidèles de Jésus-Christ sont appelés à l'honneur du martyre, pour confesser les dogmes dont ils ont reçu l'initiation au Baptême. Les droits du Christ qui les a adoptés pour ses frères s'étendent jusque-là. Ce témoignage n'est pas exigé de tous ; mais tous doivent être prêts de rendre, sous peine de la mort éternelle dont la grâce du Sauveur les a rachetés. Un tel devoir est, à plus forte raison, imposé aux pasteurs de l'Eglise ; il est la garantie de l'enseignement qu'ils donnent à leur propre troupeau : aussi, les annales de l'Eglise sont-elles couvertes, à chaque page, des noms triomphants de tant de saints Evêques qui ont, pour dernier dévouement, arrosé de leur sang le champ que leurs mains avaient fécondé, et donné, en cette manière, le suprême degré d'autorité à leur parole.

Martyre de saint Thomas Becket. Fresque.
Mais si les simples fidèles sont tenus d'acquitter la grande dette de la foi par l'effusion de leur sang ; s'ils doivent à l'Eglise de confesser, à travers toute sorte de périls, les liens sacrés qui les unissent à elle, et par elle, à Jésus-Christ, les pasteurs ont un devoir de plus à remplir, le devoir de confesser la Liberté de l'Eglise. Ce mot de Liberté de l’Eglise sonne mal aux oreilles des politiques. Ils y voient tout aussitôt l'annonce d'une conspiration ; le monde, de son côté, y trouve un sujet de scandale, et répète les grands mots d'ambition sacerdotale ; les gens timides commencent à trembler, et vous disent que tant que la foi n'est pas attaquée, rien n'est en péril. Malgré tout cela, l'Eglise place sur ses autels et associe à saint Etienne, à saint Jean, aux saints Innocents, cet Archevêque anglais du XIIe siècle, égorgé dans sa Cathédrale pour la défense des droits extérieurs du sacerdoce.
Elle chérit la belle maxime de saint Anselme, l'un des prédécesseurs de saint Thomas, que " Dieu n'aime rien tant en ce monde que la Liberté de son Eglise " ; et au XIXe siècle [que dire du XXe et du XXIe...], comme au XIIe, le Siège Apostolique s'écrie, par la bouche de Pie VIII, comme elle l'eût fait par celle de saint Grégoire VII. C'est par l'institution même de Dieu que l'Eglise, Epouse sans tache de l'Agneau immaculé Jésus-Christ, est LIBRE, et qu'elle n'est soumise à aucune puissance terrestre (Libera est institutione divina, nullique obnox laterrenae potestati, Ecclesia intemerata sponsa immaculati Agni Christi Jesu. Litterae Apostolicae ad Episcopos provinciae Rhenanae, 30 Junii 1830).
Or, cette Liberté sacrée consiste en la complète indépendance de l'Eglise à l'égard de toute puissance séculière, dans le ministère de la Parole, qu'elle doit pouvoir prêcher, comme parle l'Apôtre, à temps et à contre-temps, à toute espèce de personnes, sans distinction de nations, de races, d'âge, ni de sexe ; dans l'administration de ses Sacrements, auxquels elle doit appeler tous les hommes sans exception, pour les sauver tous ; dans la pratique, sans contrôle étranger, des conseils aussi bien que des préceptes évangéliques ; dans les relations, dégagées de toute entrave, entre les divers degrés de sa divine hiérarchie ; dans la publication et l'application des ordonnances de sa discipline ; dans le maintien et le développement des institutions qu'elle a créées ; dans la conservation et l'administration de son patrimoine temporel ; enfin dans la défense des privilèges que l'autorité séculière elle-même lui a reconnus, pour assurer l'aisance et la considération de son ministère de paix et de charité sur les peuples.

Martyre de saint Thomas Becket. Détail. Fresque.
Telle est la Liberté de l'Eglise : et qui ne voit qu'elle est le boulevard du sanctuaire lui-même ; que toute atteinte qui lui serait portée peut mettre à découvert la hiérarchie, et jusqu'au dogme lui-même ? Le Pasteur doit donc la défendre d'office, cette sainte Liberté : il ne doit ni fuir, comme le mercenaire ; ni se taire, comme ces chiens muets qui ne savent pas aboyer, dont parle Isaïe (LVI, 10). Il est la sentinelle d'Israël ; il ne doit pas attendre que l'ennemi soit entré dans la place pour jeter le cri d'alarme, et pour offrir ses mains aux chaînes, et sa tête au glaive. Le devoir de donner sa vie pour son troupeau commence pour lui du moment où l'ennemi assiège ces postes avancés, dont la franchise assure le repos de la cité tout entière.
Que si cette résistance entraîne de graves conséquences, c'est alors qu'il faut se rappeler ces belles paroles de Bossuet, dans son sublime Panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry, que nous voudrions pouvoir ici citer tout entier :
" C'est une loi établie, dit-il, que l'Eglise ne peut jouir d'aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants, et que, pour affermir ses droits, il faut qu'elle répande du sang. Son Epoux l'a rachetée par le sang qu'il averse pour elle, et il veut qu'elle achète par un prix semblable les grâces qu'il lui accorde. C'est par le sang des Martyrs qu'elle a étendu ses conquêtes bien loin au. delà de l'empire romain ; son sang lui a procuré et la paix dont elle a joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu'elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il paraît donc qu'elle devait du sang à l'affermissement de son autorité, comme elle en avait donné à l'établissement de sa doctrine ; et ainsi la discipline, aussi bien que la foi de l'Eglise, a dû avoir ses Martyrs."
Il ne s'est donc pas agi, pour saint Thomas et pourtant d'autres Martyrs de la Liberté ecclésiastique, de considérer la faiblesse des moyens qu'on pourrait opposer aux envahissements des droits de l'Eglise. L'élément du martyre est la simplicité unie à la force ; et n'est-ce pas pour cela que de si belles palmes ont été cueillies par de simples fidèles, par de jeunes vierges, par des enfants ? Dieu a mis au coeur du chrétien un élément de résistance humble et inflexible qui brise toujours toute autre force. Quelle inviolable fidélité l'Esprit-Saint n'inspire-t-il pas à l'âme de ses pasteurs qu'il établit comme les Epoux de son Eglise, et comme autant de murs imprenables de sa chère Jérusalem ?
" Thomas, dit encore l'Evêque de Meaux, ne cède pas à l'iniquité, sous prétexte qu'elle est armée et soutenue d'une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d'un lieu éminent, d'où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s'élever contre, comme une digue que l'on élève à mesure que l'on voit les ondes enflées."

Mais, dans cette lutte, le Pasteur périra peut-être ? Et, sans doute, il pourra obtenir cet insigne honneur. Dans sa lutte contre le monde, dans cette victoire que le Christ a remportée pour nous, il a versé son sang, il est mort sur une croix ; et les Martyrs sont morts aussi ; mais l'Eglise, arrosée du sang de Jésus-Christ, cimentée parle sang des Martyrs, peut-elle se passer toujours de ce bain salutaire qui ranime sa vigueur, et forme sa pourpre royale ? Thomas l'a compris ; et cet homme, dont les sens sont mortifiés par une pénitence assidue, dont les affections en ce monde sont crucifiées par toutes les privations et toutes les adversités, a dans son cœur ce courage plein de calme, cette patience inouïe qui préparent au martyre. En un mot, il a reçu l'Esprit de force, et il lui a été fidèle.
" Selon le langage ecclésiastique, continue Bossuet, la force a une autre signification que dans le langage du monde. La force selon le monde s'étend jusqu'à entreprendre ; la force selon l'Eglise ne va pas plus loin que de tout souffrir : voilà les bornes qui lui sont prescrites. Ecoutez l'Apôtre saint Paul : " Nondum usque ad sanguinem restitistis " ; comme s'il disait : Vous n'avez pas tenu jusqu'au bout, parce que vous ne vous êtes pas défendus jusqu'au sang. Il ne dit pas jusqu'à attaquer, jusqu'à verser le sang de vos ennemis, mais jusqu'à répandre le vôtre.
Au reste, saint Thomas n'abuse point de ces maximes vigoureuses. Il ne prend pas par fierté ces armes apostoliques, pour se faire valoir dans le monde : il s'en sert comme d'un bouclier nécessaire dans l'extrême besoin de l'Eglise. La force du saint Evêque ne dépend donc pas du concours de ses amis, ni d'une intrigue finement menée. Il ne sait point étaler au monde a sa patience, pour rendre son persécuteur plus odieux, ni faire jouer de secrets ressorts pour soulever les esprits. Il n'a pour lui que les prières des pauvres, les gémissements des veuves et des orphelins. Voilà, disait saint Ambroise, les défenseurs des Evêques ; voilà leurs gardes, voilà leur armée. Il est fort, parce qu il a un esprit également incapable et de crainte et de murmure. Il peut dire véritablement à Henri, roi d'Angleterre, ce que disait Tertullien, au nom de toute l'Eglise, à un magistrat de l'Empire, grand persécuteur de l'Eglise : " Non te terremus, qui nec timemus ". Apprends à connaître quels nous sommes, et vois quel homme c'est qu'un chrétien : Nous ne pensons pas à te faire peur, et nous sommes incapables de te craindre. Nous ne sommes ni redoutables ni lâches : nous ne sommes pas redoutables, parce que nous ne savons pas cabaler ; et nous ne sommes pas lâches, parce que nous savons mourir."

Martyre de saint Thomas Becket. Bréviaire à l'usage de Paris. XIVe.
Mais laissons encore la parole à l'éloquent prêtre de l'Eglise de France, qui fut lui-même appelé aux honneurs de l'épiscopat dans l'année qui suivit celle où il prononça ce discours ; écoutons-le nous raconter la victoire de l'Eglise par saint Thomas de Cantorbéry :
" Chrétiens, soyez attentifs : s'il y eut jamais un martyre qui ressemblât parfaitement à un sacrifice, c'est celui que je dois vous représenter. Voyez les préparatifs : l'Evêque est à l'église avec son clergé, et ils sont déjà revêtus. Il ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint Pontife est préparé, et c'est la victime que Dieu a choisie. Ainsi tout est prêt pour le sacrifice, et je vois entrer dans l'église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d'eux, à l'imitation de Jésus-Christ ; et pour a imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. " Si c'est moi que vous cherchez, laissez, dit Jésus, retirer ceux-ci ".
Ces choses étant accomplies, et l'heure du sacrifice étant arrivée, voyez comme saint Thomas en commence la cérémonie. Victime et Pontife tout ensemble, il présente sa tête et fait sa prière. Voici les vœux solennels et les paroles mystiques de ce sacrifice : " Et ego pro Deo mori paratus sum, etpro assertione justitiœ, et pro Ecclesiae libertate ; dummodo effusione sanguinis mei pacem et libertatem consequatur ". " Je suis prêt à mourir, dit-il, pour la cause de Dieu et de son Eglise ; et toute la grâce que je demande, c'est que mon sang lui rende la paix et la liberté qu'on veut lui ravir ". Il se prosterne devant Dieu ; et comme dans le Sacrifice solennel nous appelons les Saints nos intercesseurs, il n'omet pas une partie si considérable de cette cérémonie sacrée : il appelle les saints Martyrs et la sainte Vierge au secours de l'Eglise opprimée ; il ne parle que de l'Eglise ; il n'a que l'Eglise dans le cœur et dans la bouche ; et, abattu par le coup, sa langue froide et inanimée semble encore nommer l'Eglise."

Martyre de saint Thomas Becket. Legenda aurea. Bx J. de Voragine.
Ainsi ce grand Martyr, ce type des Pasteurs de l'Eglise, a consommé son sacrifice ; ainsi il a remporté la victoire ; et cette victoire ira jusqu'à l'entière abrogation de la coupable législation qui devait entraver l'Eglise, et l'abaisser aux yeux des peuples. La tombe de Thomas deviendra un autel ; et au pied de cet autel, on verra bientôt un Roi pénitent solliciter humblement sa grâce. Que s'est-il donc passé ? La mort de Thomas a-t-elle excité les peuples à la révolte ? le Martyr a-t-il rencontré des vengeurs ? Rien de tout cela n'est arrivé. Son sang a suffi à tout. Qu'on le comprenne bien : les fidèles ne verront jamais de sang-froid la mort d'un pasteur immolé pour ses devoirs ; et les gouvernements qui osent faire des Martyrs en porteront toujours la peine. C'est pour l'avoir compris d'instinct, que les ruses de la politique se sont réfugiées dans les systèmes d'oppression administrative , afin de dérober habilement le secret de la guerre entreprise contre la Liberté de l'Eglise.
C'est pour cela qu'ont été forgées ces chaînes non moins déliées qu'insupportables, qui enlacent aujourd'hui tant d'Eglises. Or, il n'est pas dans la nature de ces chaîner de se dénouer jamais ; elles ne sauraient être que brisées ; mais quiconque les brisera, sa gloire sera grande dans l'Eglise de la terre et dans celle du ciel ; car sa gloire sera celle du martyre. Il ne s'agira ni de combattre avec le fer, ni de négocier par la politique ; mais de résister en face et de souffrir avec patience jusqu'au bout.
Ecoutons une dernière fois notre grand orateur, relevant ce sublime élément qui a assuré la victoire à la cause de saint Thomas :
" Voyez, mes Frères, quels défenseurs trouve l'Eglise dans sa faiblesse, et combien elle a raison de dire avec l'Apôtre : Cum infirmor, tunc potens sum. Ce sont ces bienheureuses faiblesses qui lui donnent cet invincible secours, et qui arment en sa faveur les plus valeureux soldats et les plus puissants conquérants du monde, je veux dire, les saints Martyrs. Quiconque ne ménage pas l'autorité de l'Eglise, qu'il craigne ce sang précieux des Martyrs, qui la consacre et la protège."

Buste reliquaire de saint Thomas Becket.
Or, toute cette force, toute cette victoire émanent du berceau de l'Enfant-Dieu ; et c'est pour cela que Thomas s'y rencontre avec Etienne. Il fallait un Dieu anéanti, une si haute manifestation d'humilité, de constance et de faiblesse selon la chair, pour ouvrir les yeux des hommes sur la nature de la véritable force. Jusque-là on n'avait soupçonné d'autre vigueur que celle des conquérants à coups d'épée, d'autre grandeur que la richesse, d'autre honneur que le triomphe ; et maintenant, parce que Dieu venant en ce monde a apparu désarmé, pauvre et persécuté, tout a changé de face. Des cœurs se sont rencontrés qui ont voulu aimer, malgré tout, les abaissements de la Crèche ; et ils y ont puisé le secret d'une grandeur d'âme que le monde, tout en restant ce qu'il est, n'a pu s'empêcher de sentir et d'admirer.
Il est donc juste que la couronne de Thomas et celle d'Etienne, unies ensemble, apparaissent comme un double trophée aux côtés du berceau de l'Enfant de Bethléhem ; et quant au saint archevêque, la Providence de Dieu a marqué divinement sa place sur le Cycle, en permettant que son immolation s'accomplît le lendemain de la fête des saints Innocents, afin que la sainte Eglise n'éprouvât pas d'incertitude sur le jour qu'elle devrait assigner à sa mémoire. Qu'il garde donc cette place si glorieuse et si chère à toute l'Eglise de Jésus-Christ ; et que son nom reste, jusqu'à la fin des temps, la terreur des ennemis de la Liberté de l'Eglise, l'espérance et la consolation de ceux qui aiment cette Liberté que le Christ a acquise aussi par son sang.
Thomas veut dire abyme, jumeau, et coupé. Abyme, c'est-à-dire, profond en humilité, ce qui est clair par son cilice, et, en lavant les pieds des pauvres ; jumeau, car dans sa prélature, il eut deux qualités éminentes, celle de la parole et celle de l’exemple. Il fut coupé dans son martyre.
Thomas de Cantorbéry, né à Londres, restant à la cour du roi d'Angleterre vit commettre différentes actions contraires à la religion ; il se retira alors pour se mettre sous la conduite de l’archevêque de Cantorbéry, Thibault, qui le nomma son archidiacre. Il se rendit cependant aux instances de l’archevêque qui lui conseilla de conserver la charge de chancelier du roi, afin que, par la prudence, dont il était excellemment doué, il devînt un obstacle au mal que les méchants pourraient exercer contre l’église.
Le roi avait pour lui tant d'affection que, lors du décès de l’archevêque, il voulut l’élever sur le siège épiscopal. Après de longues résistances, il consentit à recevoir ce fardeau sur les épaules. Mais tout aussitôt il fut changé en un autre homme : il était devenu parfait, il mortifiait sa chair par le cilice et parles jeûnes ; car il portait non seulement un cilice au lieu de chemise, mais il avait des caleçons de poil de chèvre qui le couvraient jusqu'aux genoux. Il employait une telle adresse à cacher sa sainteté que, tout en conservant une honnêteté exquise, sous des habits convenables et n'ayant que des meubles décents, il se conformait aux moeurs de chacun. Tous les jours, il lavait à genoux les pieds de treize pauvres auxquels il donnait un repas et quatre pièces d'argent.

Martyre de saint Thomas Becket. Heures à l'usage d'Angers. XIIIe.
Le roi s'efforçait de le faire plier à sa volonté au détriment de l’église, en exigeant qu'il sanctionnât, lui aussi, des coutumes dont ses prédécesseurs avaient joui contre les libertés ecclésiastiques. Il n'y voulut jamais consentir, et il s'attira ainsi la haine du roi et des princes. Pressé un jour par le roi, lui et quelques évêques, sous l’influence de la mort dont on les menaçait et trompé par les conseils de plusieurs grands personnages, il consentit de bouche à céder au voeu du monarque ; mais s'apercevant qu'il pourrait en résulter bientôt un grand détriment pour les âmes, il s'imposa dès lors de plus rigoureuses mortifications il cessa de dire la messe, jusqu'à ce qu'il eût pu obtenir d'être relevé, par le souverain Pontife, des suspenses qu'il croyait avoir encourues.
Requis de confirmer par écrit ce qu'il avait promis de bouche, il résista au roi avec énergie, prit lui-même sa croix pour sortir de la cour, aux clameurs des impies qui disaient :
" Saisissez le voleur, à mort le traître !"
Deux personnages éminents et pleins de foi vinrent alors lui assurer avec serment qu'une foule de grands avaient juré sa mort. L'homme de Dieu, qui craignait pour l’église plus encore que pour lui, prit la fuite, et vint trouver à Sens le pape Alexandre III, qui le reçut avec bonté, et le recommanda aux moines du monastère de Pontigny, Ordre de Citeaux, chez lesquels il se rendit. Henri , l'ayant connu, écrivit des lettres menaçantes au Chapitre de Citeaux, à l'effet de faire chasser Thomas du monastère de Pontigny. Le saint homme, craignant que cet Ordre n'eût à souffrir quelque persécution à cause de lui, se retira de lui-même, et, sur l'invitation de Louis, roi de France, il alla demeurer auprès de lui.
De son côté, le roi Henri envoya à Rome demander des légats afin de terminer le différend mais il n'éprouva que dés refus, ce qui l’irrita plus encore contre le prélat. Il mit la saisie sur tous ses biens et sur ceux de ses amis, exila tous es membres de sa famille, sans avoir aucun égard pour la condition ou le sexe, le rang ou l’âge des individus. Quant au saint, tous les jours, il priait pour le roi et pour le royaume d'Angleterre. Il eut alors une révélation qu'il rentrerait dans son église, et qu'il recevrait du Christ la palme du martyre.
Il resta donc en France jusqu'à ce que, par l'intervention du souverain Pontife et du roi, il fût rappelé de l'exil, après sept ans, et revînt pour être reçu avec de grands honneurs et à la grande satisfaction du royaume entier.
Comme il s'appliquait, sans rien craindre, à remplir les devoirs d'un bon pasteur, des calomniateurs viennent rapporter au roi qu'il entreprend beaucoup de choses contre le royaume et la tranquillité publique : en sorte que ce prince se plaignait souvent de ce que, dans tout son royaume, il n'y avait qu'un évêque avec qui il ne pût avoir la paix.

Martyre de saint Thomas Becket.
Quelques jours avant le martyre de Thomas, un jeune homme mourut et ressuscita miraculeusement et il disait avoir été conduit jusqu'au rang le plus élevé des saints où il avait vu une place vide parmi les apôtres. Il demanda à qui appartenait cette place, un ange lui répondit qu'elle était réservée par le Seigneur à un illustre prêtre anglais.
Un ecclésiastique qui tous les jours célébrait la messe en l’honneur de, la Bienheureuse Vierge, fut accusé auprès de l’archevêque qui le fit comparaître devant lui et le suspendit de son office, comme idiot et ignorant. Or, le bienheureux Thomas avait caché sous son lit son cilice qu'il devait recoudre quand il en aurait le temps ; la bienheureuse Marie apparut au prêtre et lui dit :
" Allez dire à l’archevêque que celle pour l’amour de laquelle vous disiez vos messes a recousu son cilice qui est à tel endroit et qu'elle y a laissé le fil rouge dont elle s'est servi. Elle vous envoie pour qu'il ait à lever, l’interdit dont il vous a frappé."
Thomas en entendant cela et trouvant tout ainsi qu'il avait été dit, fut saisi, et en relevant le prêtre de son interdit, il lui recommanda de tenir cela sous le secret.
Il défendit, comme auparavant les droits de l’Église et il ne se laissa fléchir ni par la violence, ni par les prières du roi. Comme donc on ne pouvait l’abattre en aucune manière, voici venir avec leurs armes des soldats du roi qui demandent à grands cris où est l’archevêque.
Il alla au-devant d'eux et leur dit :
" Me voici, que voulez-vous ?
- Nous venons pour te tuer tu n'as pas plus long temps à vivre."
Il leur dit :
" Je suis prêt à mourir pour Dieu, pour la défense de la justice et la liberté de l’Église. Donc si c'est, à moi que vous en voulez, de la part du Dieu tout-puissant et sous peine d'anathème, je vous défends de faire tel marque ce soit à ceux qui sont ici, et je recommande la cause de l’Église et moi-même à Dieu, à la bienheureuse Marie, à tous les saints et à saint Denys."

Après quoi sa tête vénérable tombe sous le glaive des impies, la couronne de son chef est coupée, sa cervelle jaillit sur le pavé de l’église et il est sacré martyr du Seigneur l’an 1174. Comme les clercs commençaient Requiem aeternam de la messe des morts qu'ils allaient célébrer pour lui, tout aussitôt, dit-on, les choeurs des anges interrompent la voix des chantres et entonnent la messe d'un martyr : Laetabitur justus in Domino, que les autres clercs continuent.
Ce changement est vraiment l’ouvrage de la droite du Très-Haut, que le chant de la tristesse ait été changé en un cantique de louange, quand celui pour lequel on venait de commencer les prières des morts, se trouve à l’instant partager les honneurs des hymnes des martyrs. Il était vraiment doué d'une haute sainteté ce martyr glorieux du Seigneur auquel les anges donnent ce témoignage d'honneur si éclatant en l’inscrivant eux-mêmes par avance au catalogue des martyrs.
Ce saint souffrit donc la mort pour l’Église, dans une église ; dans le lieu saint, dans un temps saint, entre les mains des prêtres et des religieux, afin que parussent au grand jour et la sainteté du patient et la cruauté des persécuteurs.
Le Seigneur daigna opérer beaucoup d'autres miracles par son saint, car en considération de ses mérites, furent rendus aux aveugles la vue, aux sourds l’ouïe, aux boiteux le marcher, aux morts la vie. L'eau dans laquelle on lavait les linges trempés de son sang, guérit beaucoup de malades. Par coquetterie et afin de paraître plus belle, une dame d'Angleterre désirait avoir des yeux vairons et pour cela elle vint, après en avoir fait le veau, nu-pieds au tombeau de saint Thomas. En se levant après sa prière, elle se trouva tout à fait aveugle ; elle se repentit alors et commença à prier saint Thomas de lui rendre au moins les yeux tels qu'elle les avait, sans parler d'yeux vairons, et ce fut à peine si elle put l’obtenir.
Un plaisant avait apporté dans un vase, à son maître à table, de l’eau ordinaire au lieu de l’eau de saint Thomas. Ce maître lui dit :
" Si tu ne m’as jamais rien volé, que saint Thomas te laisse apporter l’eau, mais si tu es coupable de vol, que cette eau s'évapore aussitôt."
Le serviteur, qui savait avoir rempli le vase ; il n'y avait qu'un instant, y consentit. Chose merveilleuse ! On découvrit le vase, et il fut trouvé vide et de cette manière le serviteur fut reconnu menteur et convaincu d'être fin voleur.
Un oiseau, auquel on avait appris à parler, était poursuivi par un aigle, quand il se mit à crier ces mots qu'on lui avait fait retenir :
" Saint Thomas, au secours, aide-moi !"
L'aigle tomba mort à l’instant et l’oiseau fut sauvé.
Un particulier que saint Thomas avait beaucoup aimé tomba gravement malade ; il alla à son tombeau prier pour recouvrer la santé : ce qu'il obtint à souhait. Mais en revenant guéri, il se prit à penser que cette guérison n'était peut-être pas avantageuse à son âme. Alors il retourna prier au tombeau et demanda que si sa guérison ne devait pas lui être utile pour son salut, son infirmité lui revînt, et il en fut ainsi qu'auparavant.
La vengeance divine s'exerça sur ceux qui l’avaient massacré : les uns se mettaient les doigts en lambeaux avec les dents, le corps des autres : tombait en pourriture ; ceux-ci moururent de paralysie, ceux-là succombèrent misérablement dans des accès de folie.
La Liturgie de l'Eglise d'Angleterre rendait à saint Thomas un culte plein de tendresse et d'enthousiasme. Nous extrairons plusieurs pièces de l'ancien Bréviaire de Salisbury, et nous donnerons d'abord un ensemble formé de la plupart des Antiennes des Matines et des Laudes. Tout l'Office est rimé, suivant l'usage du XIVe siècle, auquel ces compositions appartiennent :
" Thomas, élevé au souverain sacerdoce, se trouve tout à coup changé en un autre homme.
Sous ses vêtements de clerc, il revêt secrètement le cilice du moine ; plus fort que la chair, il réprime les révoltes de la chair.
Agriculteur fidèle, il arrache les ronces du champ du Seigneur ; de ses vignes il repousse et il chasse les renards.
Il ne souffre point que les loups dévorent les agneaux, ni que les animaux malfaisants traversent le jardin confié à sa garde.
On l'exile ; ses biens sont la proie des méchants ; mais, au milieu du feu de la tribulation, Thomas n'est pas atteint.
Des satellites de Satan pénètrent dans le temple ; ils en font le théâtre d'un forfait inouï.
Thomas marche au-devant des épées menaçantes ; il ne cède ni aux menaces, ni aux glaives, pas même à la mort.
Lieu fortuné, heureuse église où vit la mémoire de Thomas ! Heureuse terre qui a produit un tel prélat ! Heureuse contrée qui, avec amour, recueillit son exil !
Le grain tombe, et c'est pour produire une abondance de froment ; le vase d'albâtre est brisé, et c'est pour répandre la suavité du parfum.
L'univers entier s'empresse à témoigner son amour pour le Martyr ; ses prodiges multipliés excitent en tout lieu l'étonnement.
Les pièces qui suivent ne sont pas moins dignes de mémoire, pour l'affection et la confiance qu'elles expriment à notre grand Martyr."
Ant. " Le Pasteur immolé, au milieu de son troupeau achète la paix au prix de son sang. O douleur pleine d'allégresse ! Ô joie remplie de tristesse par la mort du Pasteur, le troupeau respire ; la mère en pleurs applaudit à son fils, vivant et victorieux sous le glaive."
R/. " Cesse tes plaintes, ô Rachel cesse de pleurer sur la fleur de ce monde, que le monde a brisée ; Thomas immolé, enseveli est un nouvel Abel qui succède à l'ancien."
Ant. " Salut, Thomas ! Sceptre de justice, splendeur du monde, vigueur de l'Eglise, amour du peuple, délices du clergé. Tuteur fidèle du troupeau, salut ! Daignez sauver ceux qui applaudissent à votre gloire."
SEQUENCE
L'Eglise de France témoigna aussi par la Liturgie sa vive admiration pour l'illustre Martyr. Adam de Saint-Victor composa jusqu'à trois Séquences pour célébrer un si noble triomphe (nous en donnons ici la deuxième).
Elles respirent la plus ardente sympathie pour le sublime athlète de Cantorbéry, et montrent à quel point était chère la Liberté de l'Eglise aux fidèles de ces temps, et comment la cause dont saint Thomas fut le martyr était regardée alors comme celle de la société chrétienne tout entière :
" Ô Eglise, Ô tendre Mère, déplore dans tes chants le forfait commis naguère par la Grande-Bretagne.
Ô France, sois émue de compassion ; le ciel lui-même, la terre et les mers, pleurent sur ce crime exécrable.
Oui, l'Angleterre a commis un crime qu'on n'ose raconter, un forfait immense et qui saisit d'horreur. Elle a condamné son propre père ; elle l'a massacré sur son siège, auquel il venait d'être rendu.
Thomas, lui, la fleur vermeille de l'Angleterre, la gloire première de l'Eglise, a été immolé dans le temple de Cantorbéry ; prêtre et victime, il a succombé pour la justice.
Entre le temple et l'autel, sur le seuil même de l'église, on l'a atteint, mais non vaincu ; le voile du temple a été fendu en deux par le glaive. Elisée a reçu le coup sur sa tête vénérable ; Zacharie a été égorgé ; la paix qui venait de se conclure a été violée ; et les chants d'allégresse se sont changés en lamentations.
Le lendemain de la fête des Innocents, le Pontife innocent comme eux est traîné à la mort ; on le frappe, on répand sa cervelle sur le pavé avec la pointe du glaive. Le temple acquiert une nouvelle gloire par le sang qui rougit ses dalles, au moment où le Pontife revêt la robe empourprée du martyre.
La fureur des meurtriers est au comble ; ils ont conspiré contre la vie du juste, et leur épée s'est abattue sur sa tête en présence même du Seigneur. Le Pontife accomplissait l'œuvre de sanctification : là même il est sanctifié ; il immolait, et on l'immole. Il laisse ainsi aux hommes l'exemple de son sublime courage.
Cet holocauste choisi devient célèbre dans tout l'univers ; c'est le Pontife lui-même offert à Dieu, comme une victime d'agréable odeur ; on a frappé sa tête à l'endroit où la couronne la rendait plus sacrée ; en retour, il a reçu une double tunique d'honneur ; et le privilège de son trône archiépiscopal est désormais reconnu.
Le Juif regarde avec insolence, le païen idolâtre poursuit de ses sarcasmes des chrétiens qui ont violé le pacte sacré, et dont la rage n'a pas su épargner même un des pères de la chrétienté Rachel repousse les consolations ; elle pleure le fils qu'elle a vu immoler jusque sur son sein maternel, le fils dont le trépas arrache tant de larmes aux chrétiens pieux.
C'est là le Pontife que le suprême architecte a placé glorieux au faite de l'édifice céleste, parce qu'il a triomphé du glaive homicide des Anglais.
Pour n'avoir pas craint la mort, pour avoir livré sa tête avec son sang, au sortir de ce séjour terrestre, il est entré pour jamais dans le Saint des Saints.
Les prodiges attestent combien fut précieuse sa mort ; que ses prières, nous soient un secours favorable pour l'éternité.
Amen."
Ainsi s'épanchait, par la voix sacrée de la Liturgie, l'amour du peuple catholique pour saint Thomas de Cantorbéry. Ainsi la victoire de l'Eglise était-elle réputée la victoire de l'humanité elle-même, dans les siècles catholiques. Il n'entre point dans notre plan d'écrire la vie des Saints dans cette Année liturgique dé]à si remplie ; nous ne pourrons donc développer ici en détail le caractère de ce grand Martyr de la plus sacrée des libertés.
Cependant, nous croyons faire plaisir à nos lecteurs, en produisant sous leurs yeux un témoignage touchant de l'affection et de l'estime qu'avait inspirées Thomas à ceux qui avaient été témoins des vertus évangéliques de ce prélat fidèle et désintéressé, auquel le roi son ami, et plus tard son meurtrier, ne pardonna jamais de s'être démis des hautes fonctions de Chancelier du royaume d'Angleterre, le jour où il fut promu à l'archevêché de Cantorbéry.
La lettre qu'on va lire fut écrite par un Français, Pierre de Blois, Archidiacre de Bath, et adressée aux Chanoines de Beauvoir, peu de jours après le martyre du Saint, quand son sang était encore chaud sur le pavé de l'Eglise Primatiale de l'Angleterre. Cette lettre est un cri de victoire ; mais combien la victoire de l'Eglise, dans laquelle elle ne verse d'autre sang que le sien, est pure et paisible :
" Il est décédé, le Pasteur de nos âmes, lui dont je voulais pleurer le trépas ; mais que dis-je ? Il s'est retiré plutôt qu'il n'est décédé ; il s'en est allé, il n'est pas mort. En effet, la mort par laquelle le Seigneur a glorifié son Saint n'est pas une mort, mais un sommeil. C'est un port, c'est la porte de la vie, l'entrée dans les délices de la patrie céleste, dans les puissances du Seigneur, dans l'abîme de l'éternelle clarté.
Prêt à partir pour un voyage lointain, il a pris a avec lui les subsides de la route, pour revenir à la pleine lune. Son âme, qui s'est retirée de son corps riche de mérites, rentrera, opulente, dans cette ancienne demeure, au jour de la résurrection générale. La mort envieuse et pleine de ruse a voulu voir si, dans ce trésor, il se trouvait quelque chose qui appartînt à son domaine. Lui, en homme prudent et circonspect, n'avait pas voulu risquer sa vraie vie. Dès longtemps il t désirait la dissolution de son corps pour être avec Jésus-Christ ; dès longtemps il aspirait à sortir de ce corps de mort. Il a donc jeté un peu de poussière à la face de cette vieille ennemie, comme un tribut. C'est delà qu'est sortie cette rumeur populaire et fausse qu'une bête féroce avait dévoré Joseph. La tunique dont on l'a dépouillé n'était donc qu'une fausse messagère de sa mort ; car Joseph est vivant, et il domine sur toute la terre d'Egypte. Sa bienheureuse âme, débarrassée de l'enveloppe de cette poussière corruptible, s'est envolée libre au ciel.
Oui, il a été appelé au ciel, cet homme dont le monde n'était pas digne. Cette lumière n'est pas éteinte ; un souffle passager l'a inclinée, afin qu'elle brillât ensuite avec plus de clarté, afin qu'elle ne fût plus sous le boisseau, mais éclatât davantage aux yeux de ceux qui sont dans la maison. Aux regards des insensés, il a paru mourir ; mais sa vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. La mort a semblé l'avoir vaincu et dévoré ; mais la mort a été ensevelie dans a son triomphe. Vous lui avez accordé, Seigneur, le désir de son cœur ; car longtemps il milita pour vous, fidèle à votre service, à travers les voies les plus dures. Dès son adolescence, il montra la maturité de la vieillesse ; et on le vit réprimer les révoltes de la chair par les veilles, par les jeûnes, par les disciplines, par le cilice et la garde d'une continence perpétuelle.
Le Seigneur se le choisit pour Pontife, afin qu'il fût, au milieu de son peuple, un chef, un docteur, un miroir de vie, un modèle de pénitence, un exemplaire de sainteté. Le Dieu des sciences lui avait donné une langue éloquente, et avait répandu en lui avec abondance l'esprit d'intelligence et de sagesse, afin qu'il fût entre les doctes le plus docte, entre les sages le plus sage, entre les bons le meilleur, entre les grands le plus grand. Il était le héraut de la parole divine, la trompette de l'Evangile, l'ami de l'Époux, la colonne du clergé, l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux, le sel de la terre, la lumière de la patrie, le ministre du Très-Haut, le vicaire du Christ, le Christ même du Seigneur.
Il était droit dans le jugement, habile dans le gouvernement, discret dans le commandement, modeste dans le parler, circonspect dans les conseils, tempérant dans la nourriture, pacifique dans la colère, un ange dans la chair, doux au milieu des injures, timide dans la prospérité, ferme dans l'adversité, prodigue dans les aumônes, tout entier à la miséricorde. Il était la gloire des moines, les délices du peuple, la terreur des princes, le Dieu de Pharaon. D'autres, quand ils sont élevés sur le siège éminent de l'Episcopat, se montrent tout aussitôt enclins à flatter la chair ; ils craignent toute souffrance du corps comme un supplice ; leur désir en toutes choses est de jouir longtemps de la vie. Celui-ci, au contraire, dès le jour de sa promotion, désira avec passion la fin de cette vie, ou plutôt le commencement d'une vie meilleure ; c'est pour cela que, se revêtant de la livrée du pèlerin, il a bu, sur la voie, l'eau du torrent, et pour cela, son nom est élevé en gloire dans la patrie. Ainsi, nos seigneurs et frères, les Moines de l'Eglise cathédrale, sont-ils devenus tout à coup des pupilles qui ont perdu leur Père."
Le XVIe siècle vint encore ajouter à la gloire de saint Thomas, lorsque l'ennemi de Dieu et des hommes, Henri VIII d'Angleterre, osa poursuivre de sa tyrannie le Martyr de la Liberté de l'Eglise jusque dans la châsse splendide où il recevait depuis près de quatre siècles les hommages de la vénération de l'univers chrétien. Les sacrés ossements du Pontife égorgé pour la justice furent arrachés de l'autel ; un procès monstrueux fut instruit contre le Père de la patrie, et une sentence impie déclara Thomas criminel de lèse-majesté royale.
Ces restes précieux furent placés sur un bûcher ; et dans ce second martyre, le feu dévora la glorieuse dépouille de l'homme simple et fort dont l'intercession attirait sur l'Angleterre les regards et la protection du ciel. Aussi, il était juste que la contrée qui devait perdre la foi par une désolante apostasie ne gardât pas dans son sein un trésor qui n'était plus estimé à son prix ; et d'ailleurs le siège de Cantorbéry était souillé.
Cranmer s'asseyait sur la chaire des Augustin, des Dunstan, des Lanfranc, des Anselme, de Thomas enfin ; et le saint Martyr, regardant autour de lui, n'avait trouvé parmi ses frères de cette génération que le seul Jean Fischer, qui consentît à le suivre jusqu'au martyre. Mais ce dernier sacrifice, tout glorieux qu'il fût, ne sauva rien. Dès longtemps la Liberté de l'Eglise avait péri en Angleterre : la foi n'avait plus qu'à s'éteindre.
" Ô véritable Martyr ! Digne de toute croyance dans son témoignage, puisqu'il ne parle et qu'il ne résiste que contre ses intérêts terrestres. Ô Pasteur associé au Christ dans l'effusion du sang et dans la délivrance du troupeau ! Nous vous vénérons de tout le mépris que vous ont prodigué les ennemis de l'Eglise ; nous vous aimons de toute la haine qu'ils ont versée sur vous, dans leur impuissance. Nous vous demandons pardon pour ceux qui ont rougi de votre nom, et qui ont regardé votre martyre comme un embarras dans les Annales de l'Eglise. Que votre gloire est grande, Ô Pontife fidèle ! D'avoir été choisi pour accompagner avec Etienne, Jean et les Innocents, le Christ, au moment où il fait son entrée en ce monde ! Descendu dans l'arène sanglante à la onzième heure, vous n'avez pas été déshérité du prix qu'ont reçu vos frères de la première heure ; loin de là, vous êtes grand parmi les Martyrs. Vous êtes donc puissant sur le cœur du divin Enfant qui naît en ces jours mêmes pour être le Roi des Martyrs."
" Permettez que, sous votre garde, nous pénétrions jusqu'à lui. Comme vous, nous voulons aimer son Eglise, cette Eglise chérie dont l'amour l'a forcé à descendre du ciel ; cette Eglise qui nous prépare de si douces consolations dans la célébration des grands mystères auxquels votre nom se trouve si glorieusement mêlé. Obtenez-nous cette force qui fasse que nous ne reculions devant aucun sacrifice, quand il s'agit d'honorer notre beau titre de Catholiques."
" Assurez l'Enfant qui nous est né, Celui qui doit porter sur son épaule la Croix comme le signe de sa principauté, que, moyennant sa grâce, nous ne nous scandaliserons jamais ni de sa cause, ni de ses défenseurs ; que, dans la simplicité de notre attachement envers la sainte Eglise qu'il nous a donnée pour Mère, nous placerons toujours ses intérêts au-dessus de tous les autres ; car elle seule a les paroles de la vie éternelle, elle seule a le secret et l'autorité de conduire les hommes vers ce monde meilleur qui seul est notre terme, seul ne passe pas, tandis que tous les intérêts de la terre ne sont que vanité, illusion, et le plus souvent obstacles à l'unique fin de l'homme et de l'humanité."
" Mais, afin que cette Eglise sainte puisse accomplir sa mission et sortir victorieuse de tant de pièges qui lui sont tendus dans tous les sentiers de son pèlerinage, elle a besoin par-dessus tout de Pasteurs qui vous ressemblent, Ô Martyr du Christ ! Priez donc afin que le Maître de la vigne envoie des ouvriers, capables non seulement de la cultiver et de l'arroser, mais encore de la défendre à la fois du renard et du sanglier qui, comme nous en avertissent les saintes Ecritures, cherchent sans cesse à y pénétrer pour la ravager. Que la voix de votre sang devienne de plus en plus tonnante en ces jours d'anarchie, où l'Eglise du Christ est asservie sur tant de points de cette terre qu'elle est venue affranchir."
" Souvenez-vous de l'Eglise d'Angleterre qui lit un si triste naufrage, il y a trois siècles, par l'apostasie de tant de prélats, tombés victimes de ces mêmes maximes contre lesquelles vous aviez résisté jusqu'au sang. Aujourd'hui qu'elle semble se relever de ses ruines, tendez-lui la main, et oubliez les outrages qui furent prodigués à votre nom, au moment où l'Ile des Saints allait sombrer dans l'abîme de l'hérésie.
Souvenez-vous aussi de l'Eglise de France qui vous reçut dans votre exil, et au sein de laquelle votre culte fut si florissant autrefois. Obtenez pour ses Pasteurs l'esprit qui vous anima ; revêtez-les de cette armure qui vous rendit invulnérable dans vos rudes combats contre les ennemis de la Liberté de l'Eglise. Enfin, quelque part, en quelque manière que cette sainte Liberté soit en danger, accourez au secours, et que vos prières et votre exemple assurent une complète victoire à l'Epouse de Jésus-Christ."
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