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vendredi, 17 juin 2016

17 juin. Saint Hervé, confesseur, ermite et abbé. 568.

- Saint Hervé, confesseur, ermite et abbé. 568.*
 
Pape : Jean III. Roi de Bretagne : Alain Ier.
 
" Les vraies richesses, ce ne sont pas les biens terrestres, mais les vertus que la conscience porte en elle-même pour être riche dans l'éternité."
Saint Bernard. Serm. IV de Adventu.
 

Saint Hervé et son loup. Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau.
Léon. Bretagne. XVIIIe.

Le culte de saint Hervé est si public et si ancien en Bretagne, qu'on ne peut douter raisonnablement s'il y a eu un saint de ce nom ; mais l'on en pourrait douter si l'on ne consultait que ses actes, qui sont remplis de tant de fables, qu'ils ont plus l'air d'un roman fait à plaisir que de l'histoire d'une personne qui ait vraiment existé.

Ces actes se trouvent dans le Légendaire manuscrit de l'église de Treguer, qui peut avoir trois à quatre cents ans d'antiquité, dans un autre manuscrit de l'abbaye Saint-Vincent du Mans du XVe siècle, et dans un autre de l'abbaye Saint-Gildas-des-Bois ; mais ces deux derniers, non plus que l'ancien bréviaire de Léon, ne rapportent pas la vie de saint Hervé toute entière, comme elle l'est dans le Légendaire de Treguer.

D'un autre côté, le Légendaire de Treguer retranche beaucoup de choses des préliminaires de la vie du Saint, qui se trouvent dans les autres manuscrits. On est à plaindre, quand on cherche à s'instruire, de ne trouver dans ce sortes de Légendaires fabuleux, que des ténèbres, au lieu de lumières ; cependant, pour ne pas laisser tout à fait inconnu un saint aussi fameux que Hervé, nous tâcherons de tirer ce qu'il peut y avoir de bon dans ces Légendaires, c'est-à-dire de trouver des raisins dans les ronces et des figues dans les plantes épineuses.


Saint Hervé guidé par le petit Guiharan. Chapelle Saint-Hervé.
Bubry. Diocèse de Vannes. Bretagne. XVIIIe.

Harvian, qu'on donne pour père à saint Hervé, était de l'île de Bretagne, et avait passé à la cour du roi Childebert, où la double profession de poëte et de musicien lui avait donné quelque distinction. Mais, si les vers et les chants l'avait rendu agréable au roi, il en mérita encore plus l'estime par la sainteté d'une vie chaste, chrétienne, exemplaire.

Après avoir passé quelques temps à la cour, il obtint son congé du roi qui lui donna des lettres pour Conomor, son lieutenant dans l'Armorique, par lesquelles il lui commandait de procurer à Harvian la commodité d'un vaisseau pour repasser dans l'île de Bretagne. Mais il arriva des choses qui déterminèrent Harvian à demeurer en Armorique.

Il y épousa une fille à peu près de même profession que lui, appelée Rivanone, dont il eut un fils qui naquit aveugle et qui fut appelé Hoüarvé, Harvian, Hoüarn ou encore Hervé, car on écrit son nom de toutes ces manières différentes. La mère de Hervé était des environs de Lan-nuzan, elle le mit au monde à Lan-rigur (Rigur était le nom de son frère) et l'éleva dans le canton de Keran ; tous nom qui ne nous instruisent pas beaucoup, mais qui pourront être reconnu par les gens du pays de Léon.


Statue de saint Hervé. Chapelle Saint-Hervé.
Bubry. Diocèse de Vannes. Bretagne. XVIIe.

Le petit aveugle avait, dit-on, l'esprit fort ouvert et la mémoire très fidèle ; mais la preuve qu'on en donne passe toute croyance, et c'est, qu'instruit par sa mère, il savait dès l'âge de sept ans, tout le psautier, avec les hymnes ecclésiastiques. Sa mère se retira dans une solitude avec quelques filles, et y passa saintement le reste de ses jours. Saint Hervé voulant recevoir sa bénédiction avant qu'elle mourût, alla dans le pays d'Ack trouver unsaint homme nommé Urfoed, qui était son parent, pour le prier de s'informer du lieu de retraite de sa mère, afin qu'il pût s'y faire conduire. Urfoed prit volontiers cette peine et découvrit enfin la solitude où Rivanone passait sa vie dans une austère pénitence. Elle fit prier son fils de ne point s'éloigner de la demeure d'Urfoed, jusqu'à ce qu'elle le fît avertir du temps de sa mort. Hervé, se rendant à ses ordres, demeura quelques temps dans ce lieu qui lui fut cédé par Urfoed. Le saint homme s'en alla d'un autre côté, bâtit un oratoire dans une forêt que les Actes apellent Duna, où il finit ses jours dans les exercices de la vie érémitique.
 

Saint Hervé et son loup, guidé par le petit Guiharan.
Eglise Saint-Millau. Guimillau. Léon. Bretagne. XVIIIe.
 
Hervé, établi à Lan-Urfoed, y continua la charité que faisait son parent à la jeunesse des environs, en se donnant le soin et la patience de les instruire. L'un d'eux, nommé Guiharan, prit l'habitude de guider notre Saint dans ses trajets. Enfin, averti que la vie de sa mère approchait, il alla recevoir sa bénédiction, lui fermer les yeux et l'ensevelir. Les Actes ajoutent qu'il se fit beaucoup de miracles au tombeau de cette sainte femme.

Hervé, trop respecté à son gré, à cause de ce qu'il faisait lui-même, résolut de changer de demeure. Il se fit conduire d'abord au lieu où saint Urfoed s'était retiré. [Saint Hervé s'était attaché un loup qui le guidait dès qu'il avait un trajet à faire]. Il trouva non seulement qu'il était mort, mais que son oratoire même, bâti peu solidement, avait été ruiné par les bêtes de la forêt. Il le rebâtit, avec le secours des gens du canton, qui y dressèrent un autel, et munirent le tombeau de saint Urfoed de grandes pierres, pour en conserver plus sûrement et les reliques et la mémoire.
 

Chapelle Saint-Hervé. Gourin. Evêché de Vannes. Bretagne.

Hervé alla ensuite trouver l'évêque de Léon qui l'ordonna exorciste. Le saint aveugle se borna à ce degré, et, voulant désormais se fixer quelque part pour toujours, il marcha du côté de l'Orient, et s'arrêta dans un champ du côté de Landivisiau, qui lui fut donné par le propriétaire appelé Innoc, et de quelques seigneurs, tant de Léon que de Cornouailles, l'un desquels était nommé Rivallon, ou Tyrmallon, qui parait avoir été du pays d'Ack, et l'autre avait nom Guegon ou Wicon, qui était de Cornouailles, et qui donna au Saint une terre considérable, appelée Lan-Quedré. Ses Actes parlent aussi d'un comte Helen qu'il alla trouver, et chez qui il fit un miracle. On ne peut pas deviner ce que c'est que ce comte Helen ou Alain.

On dit aussi qu'il se trouva à l'assemblée de quelques évêques qui se rendirent sur le Mené-bré, l'une des plus hautes montagnes de la province, pour y excommunier Conomor, lieutenant de Childebert ; ce fameux Conomor meurtrier du prince Jona, et noirci de beaucoup d'autres crimes détestables. Saint Hervé fut aussi en commerce avec saint Maïan [saint Méen ?], qui gouvernait qui gouvernait quelques moines dans un monastère dont la situation ne nous est point marquée, non plus que la demeure du saint abbé Grednon, Gredeon, ou Goüeznou, dont il est parlé dans la même occasion qui a donné lieu de faire mention de saint Maïan. Il parait cependant que saint Grednon ou Goüeznou n'était pas loin de la côte et de l'écueil appelé Rots-huzan.


Eglise Saint-Hervé. On y conserve une petite partie des reliques
de saint Hervé. Le Faouët. Cornouailles. Bretagne.

Six jours avant sa mort, saint Hervé fut averti par un ange, que Dieu l'appellerait à lui dans ce terme. Il attendit avec joie le moment qui devait déterminer son exil. Sainte Christine, nièce de sa mère, et qui l'avait accompagné dans sa retraite jusqu'à la fin, pria saint Hervé de ne la point laisser sur la terre quand il passerait à une meilleure vie. Il lui promit qu'il demanderait pour elle à Dieu ce qu'elle souhaitait ; et en effet, quand il eut rendu tranquillement l'esprit, après avoir reçu de son évêque l'absolution et le Saint Viatique, la sainte fille expira dans le moment au pied du lit du saint abbé ; ce qui nous fait voir que la clôture n'était point une règle de son monastère, ou que la prenté si proche de ces deux saintes personnes donnait à Christine des privilèges que les autres n'auraient pas eus.

Outre l'évêque de Léon, il assita aux obsèques de saint Hervé plusieurs prêtres et trois abbés, saint Conogan, saint Maïan et saint Mornrod. Ils l'enterrèrent entre l'autel et la ballustrade orientale et munirent son cercueil de lames de fer et de plomb.

Il mourut le 22 du mois de juin selon ses Actes. Cependant, l'ancien Bréviaire de Léon met sa fête au 17 juin et l'église de Nantes la célèbre au 18 juillet.


Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau ; c'est en ce lieu
que fut enterré saint Hervé. Léon. Bretagne.

L'église où saint Hervé fut enterré a depuis porté son nom et s'appelle encore aujourd'hui Lan-Hoüarné, qui est une église paroissiale de l'évêché de Léon, entre Landivisiau et Lesneven. Le corps du Saint y demeura, dit saint Albert la Grand, jusqu'à l'an 878. Pour éviter la rage des Normands, il fut transféré à la Chapelle du château de Brest, où il fut jusqu'en 1002. Le duc Geoffroy Ier, l'ayant fait mettre dans une châsse d'argent, en fit présent à l'évêché de Nantes. Saint Albert le Grand le nomme Hérvé et le fait confesseur et aumonier du duc.

L'évêque mit la châsse au Trésor de son église et elle s'y est conservée jusqu'à ce que les bêtes féroces révolutionnaires les détruisent. Les serments ordonnés par la justice, ajoute [saint Albert le Grand], se faisaient autrefois sur cette châsse, comme il parait sur un Rituel de Nantes dressé vers l'an 1225, et les parjures étaient sévèrement punis.

L'église de Faouët, dans l'ancien diocèse de Tréguier, a saint Hervé pour patron et possède une petite portion de ses reliques. Il y en a aussi dans l'ancienne cathédrale de Léon.

Fils de barde et de poëte - Harvian son père et Rivanone sa mère exercaient ces professions -, saint Hervé est entre autre le patron des poëtes et des musiciens bretons.


Bras-reliquaire de saint Hervé.
Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau. Léon. Bretagne. XIVe.

* Notice de dom Guy-Alexis Lobineau, " Les vies des saints de Bretagne ", à Rennes, par la compagnie des Imprimeurs-Libraires, 1725, pp 111 & 112.

Rq : " Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province " de dom Guy-Alexis Lobineau est disponible en consultation et téléchargement sur le site de la Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x
Au sujet de dom Lobineau, il convient de noter son extrême prudence quant à la reconnaissance des saints et des faits de leur vie. Il fut, qualité éminente mais excessivement développée chez lui selon nous, un censeur impitoyable de tout " merveilleux ", pour aboutir à un mépris de fait de bien des faits surnaturels que jamais ailleurs, sous la plume de censeurs tout aussi éminents et rigoureux, on aurait songé à remettre en cause. Cette faiblesse apparaît aujourd'hui dans la relation qu'il fait de la vie de saint Hervé ; il censure, par exemple, des faits reconnus par saint Albert le Grand qui était plus proches que lui (XIIe/XIIIe siècle) de nombre de sources fiables qui disparurent dans les ravages et destructions que commirent les bêtes féroces protestantes tant en France qu'en Allemagne, dans les Pays-Bas espagnols, l'Angleterre, le Pays-de-Galle, l'Ecosse, etc.
On ne dira jamais assez l'ampleur du drame religieux, historique, archéologique, patrimonial, etc. que provoquèrent les sectes protestantes dans l'Europe et dans le monde.
Pour revenir à dom Lobineau, disons qu'en matière d'histoire hagiographique aussi : in medio stat virtus. L'évacuation massive et quasi systématique du surnaturel du cours de l'histoire des hommes est une insulte à Notre Père des Cieux, à Sa création, à ses créatures, dont les anges et les hommes sont les sommets, et au bon sens. Rappelons que nombre de miracles se font devant un nombre de témoins qui les rendent irrécusables (la danse du soleil à Fatima devant plus de dix mille personnes !).

00:15 Publié dans H | Lien permanent | Commentaires (0)

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