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mardi, 27 septembre 2016

27 septembre. Saint Côme et saint Damien, frères, martyrs à Ege en Cilicie. Vers 284.

- Saint Côme et saint Damien, frères, martyrs à Ege en Cilicie. Vers 284.

Pape : Saint Caïus. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule.

" L'homme ne peut mieux se donner à Dieu qu'en se livrant à la mort pour l'honorer."
Saint Anselme.


Saint Côme et saint Damien.
Gravure de confrérie de médecin de la ville de Toulouse. XVe.

" Honorez le médecin ; car sa mission n'est pas superflue. Le Très-Haut l'a créé ; il a créé les médicaments : les repousser n'est pas d'un sage.
Les plantes ont leurs vertus ; l'homme à qui la science en est donnée glorifie Dieu, admirable en ce qu'il fait. La douleur est par elles adoucie ; l'art en fait des compositions sans nombre, où réside la santé.
Malade, ô mon fils, ne te néglige pas. Prie le Seigneur qu'il te guérisse ; éloigne-toi du péché, purifie ton cœur ; offre tes dons à l'autel ; puis, au médecin d'agir. Son intervention s'impose ; à une heure ou à l'autre, ne compte pas l'éviter.
Mais lui aussi doit prier le Seigneur de diriger ses soins pour apaiser la souffrance, écarter le mal, rendre les forces à celui qui l'appelle."
(Eccli. XXXVIII, 1- 15.).


Saint Côme et saint Damien exercant leur art. Fra Angelico. XIVe.

Paroles de la Sagesse, qu'il était bon de citer en cette fête. Fidèle la première au précepte divin, l'Eglise honore aujourd'hui dans Côme et Damien cette carrière médicale où beaucoup d'autres acquirent la sainteté, où nul cependant ne personnifia comme eux la grandeur du rôle qui s'offre au médecin dans la société baptisée.

Chrétiens dès l'enfance, l'étude d'Hippocrate et de Galien développa en eux l'amour du Dieu qui révèle ses perfections invisibles dans les magnificences de la création (Rom. I, 20.), dans ce palais surtout, dans ce temple du corps de l'homme (I Cor. VI, 19-20.) qu'il se propose d'habiter à jamais. Leur science fut un hymne à la gloire du Créateur, leur art un ministère sacré : service de Dieu dans leurs frères souffrants; rôle du gardien veillant sur le sanctuaire pour éloigner tout désordre de ses abords, pour au besoin en réparer les ruines. Vie de religion comme de charité, que ces deux reines des vertus amenèrent dans nos Saints jusqu'au martyre, sommet privilégié de l'une et de l'autre, consommation du sacrifice et de l'amour.

L'Orient et l'Occident rivalisèrent d'hommages envers les Anargyres (qui ne reçoit pas d'argent) ; appellation que leur avait value la gratuité de leurs soins. Partout des églises s'élevèrent sous leurs noms. Dans sa vénération pour eux, l'empereur Justinien embellissait et fortifiait l'obscure ville de Cyre, qui renfermait leurs reliques sacrées.

En plein forum romain, dans le même temps, le Souverain Pontife Félix IV substituait la mémoire sainte des Martyrs jumeaux au souvenir moins heureusement fraternel que rappelait l'ancien temple de Romulus et de Rémus. Peu d'années s'étaient écoulées depuis le jour où Benoît, inaugurant sa mission de patriarche des moines, dédiait aux saints Côme et Damien le premier des monastères qu'il fondait à l'entour de sa grotte bénie de Sublac, celui-là même qui, sous le nom de sainte Scholastique, a subsisté jusqu'à nous.

Mais, une fois de plus véritablement Maîtresse et Mère universelle, combien l'Eglise Romaine n'a-t-elle pas dépassé ces honneurs en inscrivant les deux saints frères arabes, de préférence à tant de milliers de ses propres héros, dans ses Litanies solennelles et au diptyque sacré des Mystères !

On sait comment, au moyen âge, médecins et chirurgiens s'organisèrent en confréries chargées de promouvoir la sanctification de leurs membres par la prière commune, la charité envers les délaissés, l'accomplissement de tous les devoirs de leur importante vocation pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien de l'humanité souffrante. Aux applaudissements de la société chrétienne, après un siècle d'interruption, la Société de Saint-Luc (Lucas medicus carissimus. Col. IV, 14.), Saint-Côme et Saint-Damien a pris chez nous à tâche de rattacher le présent aux traditions du passé.


Sépulture de saint Côme, de saint Damien et de
leurs compagnons martyrs. Fra Angelico. XIVe.

Voici les lignes consacrées par l'Eglise aux deux frères.

Côme et Damien étaient frères. Arabes d'origine, et de noble extraction, ils naquirent dans la ville d'Eges. Médecins de profession, ils guérissaient les maladies même incurables, autant par la puissance de Jésus-Christ que grâce à leur science. Or, sous les empereurs Dioclétien et Maximien, le préfet Lysias ayant eu connaissance de leur religion, se les fit amener pour les interroger sur leur foi et leur genre de vie. Comme ils s'avouaient hautement chrétiens et proclamaient que la foi chrétienne était nécessaire au salut, Lysias leur ordonne d'adorer les dieux ; sinon des supplices et une mort cruelle les attendent.

Mais, comprenant bientôt l'inutilité de ses menaces : " Pieds et poings liés, s'écrie-t-il, qu'on les torture par les plus raffinés tourments !".

L'ordre s'exécute, et Côme et Damien cependant restent fermes. Toujours enchaînés, on les précipite au fond de la mer ; ils en sortent sains et saufs et déliés. Ce qu'attribuant à la magie, le préfet ordonne de les conduire en prison, d'où, tirés le lendemain, il les fait jeter sur un bûcher en feu ; mais la flamme s'écarte des Saints. Après donc divers autres essais cruels, il commande qu'on les frappe de la hache. Ainsi leur fut acquise, dans la confession de Jésus-Christ, la palme du martyre.

PRIERE

" Illustres frères, voici donc accomplie en vous la divine parole : " La science du médecin relèvera en gloire, et il sera loué en présence des grands " (Eccli. XXXVIII, 3.). Les grands sont les princes des célestes hiérarchies, témoins en ce jour des hommages reconnaissants de l'Eglise de la terre ; la gloire composant l'auréole de vos têtes fortunées est celle de Dieu même, de ce roi magnifique dont parle au même lieu l'Ecriture (Eccli. XXXVIII, 2.), et qui rémunère votre désintéressement d'autrefois par le don de sa propre vie bienheureuse.

Au foyer de l'amour éternel, votre charité ne saurait s'être amoindrie : secourez-nous toujours. Justifiez la confiance des malades qui recourent à vous. Maintenez la santé des enfants de Dieu ; qu'ils puissent faire honneur à leurs obligations de ce monde, et porter vaillamment le joug léger des préceptes de notre Mère l'Eglise. Bénissez les médecins fidèles à leur baptême, et qui se recommandent de votre patronage ; augmentez leur nombre.

Voyez les études médicales s'égarer dans nos temps sur les pentes du matérialisme et du fatalisme, au grand détriment de la science et de l'humanité. Il est faux que la nature soit pour l'homme toute l'explication de la souffrance et de la mort (Ibid. 15. ; I Cor. XI, 3.) ; malheur à ceux dont le médecin ne voit en ses clients que le sang et la chair ! C'était plus haut, qu'elle-même l'école païenne cherchait le dernier mot de toute chose ; c'est de plus haut que s'inspirait le respect religieux qui transformait votre art.

Par la vertu de votre mort glorieuse, ô témoins du Seigneur, obtenez dans notre société si malade le retour de la foi, de la pensée de Dieu, de cette piété utile à tout et à tous, qui a les promesses de la vie présente comme de l'éternité (I Tim. IV, 8.)."

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lundi, 26 septembre 2016

26 septembre. Saint Cyprien d'Antioche, évêque, et sainte Justine, vierge et abbesse, martyrs à Nicomédie en Bythinie. 304.

- Saint Cyprien d'Antioche, évêque, et sainte Justine, vierge et abbesse, martyrs à Nicomédie en Bythinie. 304.

Pape : Saint Marcellin. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule.

" Où est la crainte de Dieu, là est la chasteté. Sans cette crainte de Dieu, la chasteté n'existe pas."
Saint Jean Chrysostome.


Saint Cyprien et sainte Justine. Légende dorée.
Bx J. de Voragine. J. de Vignay. XIVe.

" Qui que vous soyez que séduisent les mystères des démons, nul de vous ne surpassera mon zèle pour ces faux dieux, ni mes recherches à leur sujet, ni la vaine puissance qu'ils m'avaient communiquée, moi, Cyprien, dès l'enfance au service du dragon dans la citadelle Palladique. Apprenez de moi la tromperie de leurs illusions. Une vierge m'a montré que leur pouvoir n'est que fumée. Le roi des démons s'est arrêté à la porte d'une enfant, sans pouvoir la franchir. Celui qui tant promet, n'est que menteur. Une femme se joue de celui qui se vante d'agiter la terre et les deux. Le lion rugissant n'est qu'un, moucheron qui se dérobe, devant Justine la chrétienne et la vierge." (Confessio Cypriani Antiocheni, I, II.).

" Ô Vierge, celui-là même qui tentait de vous perdre est aujourd'hui votre vivant trophée de victoire. Ô Cyprien, la carrière du crime est devenue pour vous l'entrée du salut. Puissiez-vous triompher ensemble à nouveau de Satan, dans ce siècle où les sciences occultes recommencent à séduire tant d'âmes, déséquilibrées par la perte de la foi. Contre un danger si grand, contre tout péril, puissent les chrétiens s'armer comme vous du signe de la Croix ; et l'ennemi sera contraint de redire : " J'ai vu un signe terrible, et j'ai tremblé ; j'ai vu le signe du Crucifié, et ma force a fondu comme la cire "." (Acta Cypriani et Justinae).

Justine est ainsi nommée de justice ; car par sa justice, elle a rendu à chacun ce qui lui appartient à Dieu l’obéissance, à son supérieur le respect, à son égal la concorde, à son inférieur la discipline, à ses ennemis la patience, aux misérables et aux affligés la compassion, à elle-même de saintes oeuvres et au prochain la charité.

Justine, vierge de la ville d'Antioche, était la fille d'un prêtre des idoles*. Tous les jours étant assise à sa fenêtre, elle entendait lire l’évangile par le diacre Proctus, qui enfin la convertit. La mère en informa son père au lit, puis s'étant endormis tous deux, Notre Seigneur Jésus-Christ leur apparut avec des anges et leur dit :
" Venez à moi, et je vous donnerai le royaume des cieux."
Aussitôt éveillés, ils se firent baptiser avec leur fille. C'est cette vierge Justine tant tourmentée par Cyprien qu'elle finit par convertir à la foi.


Baptême de sainte Justine et martyre de saint Cyprien.
Vies de saints. R. de Montbaston. XIVe.

Cyprien s'était adonné à la magie dès son enfance ; car il n'avait que sept ans quand il fut consacré au diable par ses parents. Comme donc il exerçait l’art magique, il paraissait changer les matrones en bête de somme, et faisait une infinité d'autres prestiges. Il s'éprit d'un amour brûlant pour la vierge Justine, et il eut recours à la magie afin de la posséder soit pour lui, soit pour un homme nommé Acladius, qui s'était également épris d'amour pour elle. Il invoque donc le démon afin qu'il vienne à lui et qu'il puisse par son entremise jouir de Justine.

Le diable vient et lui dit :
" Pourquoi m’as-tu appelé ?"
Cyprien lui répondit :
" J'aime une vierge du nombre des Galiléens ; peux-tu faire que je l’aie et accomplisse avec elle ma volonté ?"
Le démon lui dit :
" Moi qui ai pu chasser l’homme du paradis, qui ai amené Caïn à tuer son frère, qui ai fait crucifier Jésus-Christ par les Juifs, et qui ai jeté le trouble parmi les hommes ; je ne pourrais donc pas faire que tu aies une jeune fille, et que tu obtiennes d'elle ce qu'il te plait ? Prends cet onguent et épars-le autour de sa maison en dehors ; puis je surviendrai, j'embraserai son coeur de ton amour, et je la pousserai à se rendre à toi."

La nuit suivante le démon vient auprès de Justine et s'efforce de porter son coeur à un amour illicite. Quand elle s'en aperçut, elle se recommanda dévotement au Seigneur et elle protégea tout son corps. du signe de la croix. Mais au signe de la sainte Croix, le diable effrayé s'enfuit, vint trouver Cyprien et resta debout devant lui.
Cyprien lui dit :
" Pourquoi ne m’as-tu pas amené cette vierge ?"
Le démon lui répondit :
" J'ai vu sur elle un certain signe ; j'ai été pétrifié, et toutes les forces, m’ont manqué."

Alors Cyprien le congédiai et en appela un plus fort. Celui-ci lui dit :
" J'ai entendu ton ordre, et j'en ai saisi l’impossibilité : mais je le rectifierai, et je remplirai ta volonté : je l’attaquerai, et je blesserai son coeur d'un amour de débauche et tu feras d'elle ce que tu désires."

Le diable vint et s'efforça de persuader Justine en enflammant son esprit d'un amour coupable. Mais elle se recommanda dévotement à Dieu et par un signe de croix, elle éloigna entièrement la tentation ; ensuite elle souffla sur le démon qui fut chassé aussitôt. Alors le démon confus s'en alla, s'enfuit se tenir debout devant Cyprien. Cyprien lui dit :
" Et où est la vierge à laquelle je t'ai envoyé ?
- Je m’avoue vaincu, répondit le démon, et je tremble de dire de quelle manière : car j'ai vu un certain signe terrible sur elle, et, aussitôt j'ai perdu toute force."

Alors Cyprien se moqua de lui et le renvoya. Il évoqua ensuite le prince des démons. Quand celui-ci fut arrivé, Cyprien lui dit :
" Quelle est donc votre puissance ? elle est bien chétive pour qu'elle soit annihilée par une jeune fille ?"
Le démon lui dit :
" J'y vais aller et je la tourmenterai par différentes fièvres, ensuite j'enflammerai son esprit avec plus de force ; je répandrai dans tout son corps une ardeur violente, je la rendrai frénétique, je lui présenterai divers fantômes, et à minuit je te l’amènerai."


Martyre de sainte Justine et saint Cyprien. Bréviaire romain. XVe.

Alors le diable prit la figure d'une vierge et il vint dire à Justine :
" Je viens vous prouver, parce que je désire vivre avec vous dans la chasteté : néanmoins, dites-moi, je vous prie, quelle sera la récompense de notre combat ?"
Cette sainte vierge lui répondit :
" La récompense sera grande et le labeur bien petit."
Le démon lui dit :
" Qu'est-ce donc que ce commandement de Dieu " Croissez et multipliez et remplissez la terre ?" Je crains donc, bonne compagne, que si nous restons dans la virginité, nous ne rendions vaine la parole de Dieu et que nous ne soyons exposées à la rigueur d'un jugement sévère comme désobéissantes et comme contemptrices : et ensuite que nous ne soyons pressées gravement, par le moyen sur lequel nous comptons pour obtenir une récompense."

Alors le coeur de Justine commença à être agité de pensées étranges, par les suggestions du démon, et à être enflammé plus fortement de l’ardeur de la concupiscence ; en sorte qu'elle voulait se lever et s'en aller. Mais cette sainte vierge revenue à elle, et connaissant celui qui lui parlait, se munit aussitôt du signe de la croix, puis soufflant sur le diable, elle le fit fondre comme cire : or, elle se sentit délivrée à l’instant de toute tentation.

Peu après, le diable prit la figure d'un très beau jeune homme ; il entra dans la chambre où Justine reposait sur un lit ; il sauta avec impudence sur son lit et voulut se jeter sur elle pour l’embrasser. Justine voyant cela et reconnaissant que c'était l’esprit malin fit de suite le signe de la croix et fit fondre le diable comme de la cire. Alors le diable, par la permission de Dieu, l’abattit par la fièvre, causa la mort de plusieurs personnes, et, en même temps, des troupeaux et des bêtes de trait, et fit annoncer par les démoniaques qu'il régnerait une grande mortalité dans tout Antioche, si Justine ne consentait pas à se marier.

C'est pourquoi tous les citoyens malades se rassemblèrent à la porte des parents de Justine, en leur criant qu'il fallait la marier et qu'ils délivreraient par là toute la Ville d'un si grand péril. Mais comme Justine refusait absolument de consentir et que pour ce prétexte tout le monde la menaçait de mort, la septième année de l’épidémie, Justine pria pour ses concitoyens et elle éloigna toute pestilence.

Le diable voyant qu'il ne gagnait rien, prit la figure de Justine elle-même afin de salir sa réputation ; puis se moquant de Cyprien il se vantait de lui avoir amené Justine. Le diable courut donc trouver Cyprien sous l’apparence de Justine et il voulut l’embrasser comme si elle eût langui d'amour pour lui.

Cyprien en le voyant crut que c'était Justine, et s'écria, rempli de joie :
" Soyez la bienvenue, Justine, vous qui êtes belle entre toutes les femmes."
A l’instant que Cyprien eut prononcé le nom de Justine, le diable ne le put endurer, mais dès que ce mot fut proféré, il s'évanouit aussitôt comme de la fumée. C'est pourquoi Cyprien, qui se voyait joué, resta tout triste. Il en résulta que Cyprien fut encore plus enflammé d'amour pour Justine ; il veilla longtemps à sa porte, et comme à l’aide de la magie il se changeait tantôt en femme, tantôt en oiseau, selon qu'il le voulait, dès qu'il était arrivé à la porte de Justine, ce n'était pas une femme, ni un oiseau, mais bien Cyprien qui paraissait aussitôt. Acladius se changea aussi par art diabolique en passereau et vint voltiger à la fenêtre de Justine. Aussitôt que la vierge l’aperçut, ce ne fut plus un passereau qui parut, mais Acladius lui-même qui fut rempli alors d'angoisses extrêmes et de terreur, parce qu'il ne pouvait ni fuir, ni sauter. Mais Justine, dans la crainte qu'il ne tombât et qu'il ne crevât, le fit descendre avec une échelle en lui conseillant de cesser ses folies, pour qu'il ne fût pas puni par les lois comme magicien. Tout cela se faisait avec une certaine apparence au moyen dès illusions du diable.

Le diable, vaincu en toutes circonstances, revint trouver Cyprien et resta plein de confusion devant lui. Cyprien lui dit :
" N'es-tu pas vaincu aussi, toi ? Quelle est donc votre force, misérable, que vous ne puissiez vaincre une jeune fille, ni l’avoir sous votre puissance ; tandis qu'au contraire elle vous vainc elle-même et vous écrase si pitoyablement ? Dis-moi cependant, je te prie, en quoi consiste la grande force qu'elle possède ?"
Le démon lui répondit :
" Si tu me jures que tu ne m’abandonneras jamais, je te découvrirai la vertu qui la fait vaincre.
- Par quoi jurerai-je, dit Cyprien ?
- Jure-moi par mes grandes puissances, dit le démon, que tu ne m’abandonneras en aucune façon."

Cyprien lui dit :
" Par tes grandes puissances, je te jure de ne jamais t'abandonner."
Alors comme s'il eût été rassuré, le diable lui dit :
" Cette fille a fait le signe du crucifié, et à l’instant j'ai été pétrifié ; j'ai perdu toute force, et j'ai fondu comme la cire devant le feu."
Cyprien lui dit :
"Donc le crucifié est plus grand que toi ?
- Oui, reprit le démon, il est plus grand que tous, et il nous livrera au tourment d'un feu qui ne s'éteindra pas, nous et tous ceux que nous trompons ici."

Et Cyprien reprit :
" Donc et moi aussi, je dois me faire l’ami du crucifié afin que je ne m’expose pas à un pareil châtiment."
Le diable répartit :
" Tu m’as juré, par les puissances de mon armée, que nul ne peut parjurer, de ne jamais me quitter."
Cyprien lui dit :
" Je te méprise toi et toutes tes puissances qui se tournent en fumée : je renonce à toi et à tous tes diables, et je me munis du signe salutaire du crucifié."
Et à l’instant le diable se retira tout confus. Cyprien alla alors trouver l’évêque. En le voyant, celui-ci crut qu'il venait pour induire les chrétiens en erreur et lui dit :
" Contente-toi de ceux qui sont au dehors, car tu ne pourras rien contre l’église de Dieu ; la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ est en effet invincible."

Cyprien reprit :
" Je suis certain que la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ est invincible."
Et il raconta ce qui lui était arrivé et se fit baptiser par l’évêque.


Saint Grégoire de Naziance edifiant les fidèles en
rapportant les actes de sainte Justine. Oraisons de
saint Grégoire de Naziance. Constantinople. XIe.

Dans la suite il fit de grands progrès tant dans la science que dans sa conduite, et quand l’évêque fut mort, il fut ordonné lui-même pour le remplacer. Quant à sainte Justine il la mit dans un monastère et l’y fit abbesse d'un grand nombre de vierges sacrées. Or, saint Cyprien envoyait fréquemment des lettres aux martyrs qu'il fortifiait dans leurs combats.

Le comte de ce pays aux oreilles duquel la réputation de Cyprien et de Justine arriva, les fit amener par devant lui, et leur demanda s'ils voulaient sacrifier. Comme ils restaient fermes dans la foi, il les fit jeter dans une chaudière pleine de cire, de poix et de graisse ; elle ne fut pour eux qu'un admirable rafraîchissement et ne leur fit éprouver aucune douleur. Alors le prêtre des idoles dit au préfet :
" Commandez que je me tienne vis-à-vis de la chaudière et aussitôt je vaincrai toute leur puissance."
Et quand il fut venu auprès de la chaudière, il dit :
" Vous êtes un grand Dieu, Hercule, et vous, Jupiter, le père des dieux !"
Et voilà que tout à coup du feu sorti de la chaudière le consuma entièrement : alors saint Cyprien et sainte Justine sont retirés de la chaudière, et une sentence ayant été portée contre eux, ils furent décapités.

Leurs corps, étant restés l’espace de sept jours exposés aux chiens, furent dans la suite transférés à Rome ; on dit qu'ils sont maintenant à Plaisance. Ils souffrirent le 6 des calendes d'octobre, vers l’an du Seigneur 304, sous Dioclétien.

* Saint Grégoire de Nazianze et l’impératrice Eudoxie ont écrit les actes de saint Cyprien et de sainte Justine, sur lesquels a été compilée cette légende.

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vendredi, 16 septembre 2016

16 septembre. Saint Cyprien, évêque de Carthage, martyr. 258.

- Saint Cyprien, évêque de Carthage, martyr. 258.
On lira l'introduction à la notice du pape saint Corneille, auquel saint Cyprien de Carthage est associé.

Papes : Saint Fabien ; saint Corneille ; saint Lucius Ier. Empereurs romains : Trébonien Galle ; Hostilien ; Volusien ; Emilien (période de l'anarchie militaire) ; Valérien (période des trente tyrans).

" Extra Ecclesiam nulla salus."
" Hors de l'Eglise, point de salut."

Saint Cyprien. De unita ecclesiae.

" La parole du prédicateur n'est efficace qu'autant qu'elle est corroborée par ses exemples."
Saint Cyprien. De Zelo et livore.

Saint Cyprien de Carthage. Maître de Messkirch. Stuttgart. XVIe.

Cyprien vient de cypro, mélange, et ano, en haut ; ou bien de cypro, qui signifie tristesse ou héritage. Car il allia la grâce à la vertu, la tristesse pour le péché à l’héritage des joies célestes.

Cyprien, né dans le paganisme, descendait d'une illustre et opulente famille son père était sénateur. Une éducation digne de son rang et une étude passionnée des lettres et de la philosophie firent briller de bonne heure l'heureux génie dont la nature l'avait doué. La gloire littéraire était, à cette époque, l'un des premiers titres à l'admiration. Ses concitoyens obtinrent de lui qu'il ouvrît un cours public d'éloquence.

Cyprien menait, comme les païens de son temps, une vie tout à la fois laborieuse, sensuelle et fastueuse, lorsqu'une circonstance, qu'on pouvait appeler un événement, vint changer cette destinée. A son entrée dans le monde, un homme d'un bel esprit, d'une instruction variée, faisait par les agréments de sa conversation les délices de la haute société de Carthage. Son nom était Coecilius, qui, après sa conversion, édifia les fidèles de Carthage par une fervente et solide piété qui lui mérita, plus tard, d'être appelé aux fonctions du saint ministère. Coecilius fut jusqu'à sa mort un apôtre dévoué de cette religion qui avait été tant de fois l'objet de ses dédains et de ses railleries.

Son zèle affectueux s'attacha particulièrement au jeune Cyprien. Celui-ci délibéra longtemps. Il lui en coûta de soumettre l'orgueil du philosophe à l'autorité des faits et des enseignements divins. Sa volonté se montra plus rebelle encore que son intelligence. Déjà son esprit, convaincu par les raisonnements de Coecilius et éclairé de la lumière d'en haut, admirait les rapports intimes qui unissent la raison, la conscience et la foi ; mais son coeur frémissait à la pensée de se détacher de tous les objets qui l'avaient séduit et le retenaient captif. Lui, élevé au sein du luxe et des honneurs, et, comme il dit, au milieu des faisceaux ; accoutumé aux agréments d'une société brillante et enjouée, aux hommages d'une foule de clients empressés, lui qui, jouissant dans le monde païen de toute la considération d'un sage et d'un honnête homme, savait, de son propre aveu, allier avec cette prétendue sagesse la volupté et les plaisirs, pourrait-il s'astreindre à une vie sobre, retirée, humiliée, pénitente ? Tenterait-il de rompre des chaînes que leur charme rendait indissolubles, des penchants nés de son tempérament, des habitudes qui étaient devenues une seconde nature ?

Scènes de la vie de saint Cyprien. Martyre
de saint Cyprien. Homéliaire. XIIe.

Cependant, au milieu de tout ce tumulte des passions, la conscience ne cessait de lui crier :
" Courage, Cyprien Quoi qu'il en coûte, allons à Dieu !"
Il obéit enfin à cette voix ; il se lève, et, foulant aux pieds son propre cœur, il s'élance généreusement au baptême. Dès ce moment, c'est lui-même qui l'atteste, il s'opéra au fond de son âme une transformation complète ce qui restait obscur devint lumineux ce qui paraissait impossible lui fut facile il prit en dégoût le faste et l'orgueil de la vie, se sentit de l'attrait pour l'humilité de l'Evangile, et trouva dans la folie de la croix, non-seulement la vraie sagesse, mais aussi le vrai bonheur.

Lorsque saint Cyprien fut enfin baptisé, il rédigea le Traité à Donatus :
" Quand les eaux de la régénération eurent nettoyé les impuretés de ma vie passée, la lumière jaillit d'en haut dans mon coeur et l'Esprit me transforma en homme nouveau par une seconde naissance. Alors d'un coup, d'une manière miraculeuse, la certitude remplaça le doute, les mystères furent révélés, et la ténèbre devint lumière. Alors il fut possible de reconnaître que ce qui était né de la chair et avait vécut dans le péché était terrestre, mais que ce que l'Esprit Saint avait vivifié devenait de Dieu. En Dieu et de Dieu vient toute notre force. A travers Lui, pendant que nous vivons sur terre, nous voyons l'ébauche de la future béatitude."

La vocation de Cyprien n'était pas une vocation commune ; aussitôt après sa conversion, il vendit ses vastes possessions, parmi lesquelles étaient compris de magnifiques jardins situés sous les murs de Carthage, et il en distribua le prix aux pauvres. Un an s'était à peine écoulé, et l'illustre néophyte, par une exception que justifiait sa science, l'ardeur et la sincérité de sa foi, fut élevé au sacerdoce. L'an 248, l'assemblée des fidèles de Carthage le proclama évêque. Il voulut se dérober par la fuite à cette dignité mais le peuple chrétien accourut à sa demeure, et, à force d'instances, obtint son consentement.

Saint Cyprien de Carthage. Mosaïque. Détail.
Basilique Saint-Apollinaire-la-Neuve. Ravenne. Italie. VIe.

Le choix d'un si grand homme pour gouverner l'église de Carthage, dans un temps où l'on attendait à tout moment une nouvelle persécution, inspira un merveilleux courage aux chrétiens ils étaient persuadés que, par ses paroles et par ses exemples, il les fortifierait contre la malice de leurs ennemis. On ne peut expliquer la piété et la vigueur, la miséricorde et la sévérité qu'il fit paraître dans l'administration de sa charge. La sainteté et la grâce éclataient tellement dans toutes ses démarches, qu'il ravissait les cœurs de ceux qui le voyaient. Son visage était grave et marquait en même temps une pieuse gaieté. Ses actions étaient si bien tempérées par la bonté et par la fermeté, que l'on ne savait si l'on devait plus le craindre que l'aimer, ou plutôt on l'aimait et on le craignait tout ensemble.

Son habillement était modeste et également éloigné de la superfluité et de l'avarice. Il ne voulait pas se distinguer des autres par une vaine ostentation de réforme, ni s'exposer non plus au mépris par une épargne sordide mais il gardait en tout une juste et honnête modération. Sa charité envers les pauvres était inépuisable ; son zèle pour la discipline ecclésiastique. invincible ; ses travaux pour l'instruction de ses ouailles, immenses. En un mot, il était le père de son peuple, le bon pasteur de son troupeau, le modèle des autres prélats et l'admiration même des impies et des idolâtres.

Mais ce repos, dont l'Eglise jouit quelque temps, fut bientôt troublé par le cruel Dèce, qui envahit l'empire après la mort de Philippe (249) ; car, à peine ce tyran se vit-il en état de faire des édits, qu'il en publia de très rigoureux contre les chrétiens ce qui lâcha la bride à la fureur des idolâtres contre eux, et remplit toutes les provinces de carnages effroyables. Les démons seuls pouvaient inventer de pareils supplices beaucoup de chrétiens étaient en danger de perdre la foi avec la couronne du martyre. C'est ainsi qu'en parle saint Cyprien, et il remarque encore que les premiers qui se laissèrent emporter par cette tempête à renier Jésus-Christ, furent ceux qui, dans le calme de la paix, l'avaient déjà renié par mauvaise vie, et qui, s'étant attachés à leurs biens, à leurs familles et à leurs plaisirs, par des liens que condamne l'Evangile, ne purent se résoudre à perdre, pour la défendre, les choses qu'ils aimaient avec tant de passion. Le saint évêque n'oublia rien alors pour fortifier ses ouailles contre une si violente attaque il les anima à la victoire par ses puissantes exhortations il les prépara à la pénitence, et les rendit dignes du martyre par la pratique de toutes les vertus chrétiennes.

Les idolâtres, qui savaient combien un pasteur si vigilant et si généreux donnait de courage aux fidèles, tâchèrent, par toutes sortes de moyens, de se saisir de lui, et le désir qu'ils avaient de le mettre à mort était si violent, qu'on cria plusieurs fois, du milieu de l'amphithéâtre, de l'amener pour être déM~é par les bêtes féroces, ï! s'y fût volontiers exposé maïs, au lieu de suivre son xcle, il suivit le mouvement du Saint-Esprit et le conseil de ceux qui, jugeant par inspiration d'en haut, lui persuadèrent de se retirer, afin de se conserver pour son troupeau. En effet, qu'auraient fait ses pauvres ouailles si, dans une si terrible conjoncture, elles se fussent vues privées de leur pasteur ? Qui aurait eu soin de la pudicité des vierges, que les païens s'efforçaient de séduire ? Qui aurait ramené à la pénitence ceux que la crainte ou la faiblesse faisait succomber à la rigueur des tourments ? Qui aurait, défendu la mérité contre les hérétiques ? Qui aurait maintenu l'unité contre les schismatiques ? Qui aurait entretenu la paix et la loi évangélique parmi son peuple ? Qui aurait consolé ceux à qui on avait ravi tous leurs biens en haine de la religion ? Qui aurait animé les confesseurs, qui portaient déjà sur leur front les marques de leur foi et de leur constance, à soutenir un second martyre auquel ils étaient réservés ? Enfin, qui aurait, porté les âmes à la patience, à la fidélité et à la persévérance, si l'Eglise de Carthage avait perdu cet admirable évêque ?
Il ne s'absenta pas pour éviter le martyre, mais pour le remettre à une autre occasion moins préjudiciable à son peuple. Ce ne fut pas la crainte de la mort qui lui donna cette pensée, mais le désir de servir davantage les Chrétiens. Il se réservait pour rétablir les malades, pour guérir les blessés, pour affermir les chancelants, pour relever ceux qui éLaient tombés et pour entretenir tout son troupeau dans une fermeté inébranlable au milieu de l'orage.

Saint Cyprien de Carthage. Gravure. A. Thevet. XVIIe.

Il sortit donc de Carthage après avoir assemblé les fidèles, pour leur dire le sujet et les motifs de sa retraite, et demeura caché dans un lieu de sûreté, d'où il pourvoyait sans cesse à leurs besoins, en veillant sur eux et en leur écrivant des épîtres admirables qui faisaient les mêmes effets que s'il eût été présent. Il faisait venir dans des lieux écartés, tantôt les uns, tantôt les autres, pour les exhorter à souffrir avec constance les tourments des persécuteurs. Il eut soin que, pendant la nuit, il y eût des personnes destinées à ensevelir ceux qui étaient morts dans la rigueur des supplices que ceux qui n'avaient enduré que les douleurs de la torture fussent soigneusement pansés pour guérir leurs plaies ; et, enfin, que ceux qui avaient perdu leurs biens par l'injustice des tyrans fussent secourus par les aumônes des autres. Une furieuse peste, qui ravagea en même temps toute la ville, lui fournit de nouvelles occasions de faire éclater son zèle pastoral. Il pourvut aux nécessités spirituelles et temporelles des malades, qui étaient abandonnés de tout le monde. Il partagea les emplois de ceux qu'il avait chargés de les assister, afin que personne ne manquât de secours, pas même les idolâtres ; et chacun, animé par ses lettres toutes remplies du feu de la charité, se portait avec une ferveur incroyable à exécuter les instructions qu'il leur donnait. Comme la persécution avait enlevé le pape saint Fabien, il consulta sur sa retraite le clergé de Rome, pendant la vacance du Siège apostolique il était prêt à se sacrifier, si on le jugeait nécessaire, pour le bien de son Eglise. Sa retraite fut louée et approuvée par ces vénérables ecclésiastiques, qui connurent le besoin qu'avaient les fidèles de la vigilance d'un si bon pasteur.

Ces malheurs furent suivis d'un autre encore plus dangereux, puisqu'il tendait à renverser la discipline ecclésiastique que tous les supplices n'avaient pu ébranler. Plusieurs Chrétiens de Carthage, qui n'étaient pas bien fermes dans la foi, craignant la perte de leurs biens, de leurs charges et de leur vie, renièrent leur foi. Les uns le firent ouvertement les autres, pensant diminuer leur crime, prirent des magistrats des billets qui attestaient qu'ils avaient obéi aux édits de l'empereur, ayant en secret, ou par eux-mêmes, ou par des personnes supposées, protesté, en leur présence, qu'ils renonçaient à Jésus-Christ ; se délivrant ainsi, par argent, de faire cette renonciation en public, comme la loi générale l'ordonnait. De là ils furent appelés Libellatiques, (de libellus, billet).
L'Eglise d'Afrique ne les recevait à la communion qu'après une longue pénitence mais, comme elle les obligeait à des satisfactions très rudes, ils s'adressaient souvent aux confesseurs et aux martyrs qui étaient en prison ou qui allaient à la mort, pour obtenir, par leur intercession, la remise des peines canoniques qui leur restaient à souffrir. Le respect que l'on avait pour des personnes qui souffraient pour la gloire de Jésus-Christ était si grand, qu'à leur recommandation, on recevait les pénitents à la communion ecclésiastique, quoiqu'ils n'eussent pas accompli le temps prescrit par les canons. Mais cette indulgence des saints confesseurs produisit un fort mauvais effet ; on admettait trop facilement ceux qui avaient sacrifié ou qui avaient reçu des billets des magistrats.
Saint Cyprien en fut averti dans sa retraite, et tâcha d'y remédier par trois excellentes épîtres qu'il écrivit à son clergé, aux martyrs, aux confesseurs et à son peuple, les exhortant à ne pas se relâcher de la discipline, sans considérer la différence de la chute et le temps écoulé de la pénitence.

Félicissime, homme turbulent, qui, avec cinq prêtres, s'était opposé à l'élection de saint Cyprien, et, depuis, n'avait laissé passer aucune occasion de faire de la peine au saint Evêque, se souleva contre lui et fit tout ce qu'il put pour le mettre en mauvaise intelligence avec les confesseurs de Jésus-Christ. Car, non content de travailler à cette division, qui ne put réussir, il forma ouvertement le schisme, dressa autel contre autel, assemblant son parti sur une montagne hors de la ville, et excommunia tous ceux qui ne lui adhéraient pas. Mais, autant son excommunication était frivole, autant fut juste et terrible celle de notre Saint, qui, ne pouvant dissimuler davantage le désordre que ce rebelle causait parmi le peuple, ni les autres crimes dont il était coupable, le frappa d'anathème. Cependant, voyant que ceux qui avaient obtenu ces recommandations des confesseurs lui faisaient de grandes instances, à lui et aux autres évêques, pour être admis à la communion de l'Eglise, et que son autorité seule ne pouvait pas apaiser le trouble qui s'était élevé pour ce sujet dans Carthage, il écrivit de nouveau au clergé de Rome, le Saint-Siège étant encore vacant.

Saint Cyprien de Carthage. Gravure. XIXe.

Cet illustre clergé jugea sa rigueur très saine, et lui répondit qu'user de la douceur dont il se plaignait, ce n'était pas guérir, mais tuer le malade ; qu'il fallait que les pénitents frappassent aux portes de l'Eglise et ne s'effarassent pas de les rompre ; qu'ils se prosternassent sur le seuil, mais qu'ils n'entreprissent point de passer outre ; qu'ils veillassent à l'entrée du camp céleste, mais armés de modestie et se souvenant d'avoir été déserteurs qu'ils devaient se servir de leurs larmes comme d'ambassadeurs, et de leurs gémissements, tirés du fond de leurs poitrines, comme d'avocats, afin de prouver la grandeur de leur tristesse et d'effacer la honte de leur péché. Enfin, il conclut que, par l'avis de plusieurs évêques voisins, on avait trouvé à propos de ne rien innover jusqu'à l'élection d'un successeur à la place du pape saint Fabien, et que cependant on prolongeât la réconciliation de ceux qui pourraient attendre, et qu'on l'accordât à ceux qui seraient près de mourir, pourvu qu'ils eussent donné de dignes fruits d'une véritable pénitence. Saint Cyprien suivit cet accommodement, par lequel il retint et conserva la discipline ecclésiastique dans son ancienne intégrité.

Dans son excellent traité sur ceux qui étaient tombés durant la persécution, il rapporte des châtiments terribles dont Dieu punit l'irrévérence des personnes qui, après s'être souillées des viandes offertes aux idoles, osaient recevoir Jésus-Christ sans avoir été purifiées par une véritable pénitence et sans avoir mérité la réconciliation. Il raconte, entre autres, qu'un homme coupable de crime ayant reçu l'Eucharistie dans sa main ne trouva que de la cendre quand il voulut la manger, et qu'une petite fille, qui avait été portée par sa nourrice au temple des dieux, et à qui on avait fait goûter quelque liqueur offerte aux idoles, ne put jamais avaler le sang de Jésus-Christ que le diacre lui présenta dans l'église, selon la coutume du temps, et qu'elle fit tant de résistance, qu'elle obligea la nourrice de confesser ce qui s'était passé.

Cette conduite de saint Cyprien, si conforme aux Canons et autorisée par l'Eglise de Rome, devait le mettre à l'abri de la censure mais l'esprit des schismatiques n'épargne jamais personne, et la plus éminente sainteté est exposée à leur malice. Privat, que le saint Evêque n'avait point voulu admettre dans un synode, cabala avec cinq évêques coupables d'apostasie pour en mettre un autre sur le siège de Carthage, et Fortunat, l'un des prêtres qui avaient déjà formé le schisme avec Félicissime, leur paraissant propre pour leur dessein, ils l'ordonnèrent évêque, et aussitôt ils députèrent le même Félicissime à Rome, vers saint Corneille, qui avait succédé à saint Fabien, pour obtenir sa communion par surprise et pour accuser saint Cyprien. Cette ambassade fut rejetée d'abord mais les schismatiques, ne perdant pas courage, importunèrent le Pape avec tant d'ardeur, que, ne voyant arriver personne de la part de notre Saint, et s'étonnant de son silence dans une affaire si importante, il lui écrivit en des termes qui témoignaient quelque mécontentement de lui. Mais saint Cyprien se justifia enfin, et lui répondit avec tant de modestie, que Corneille fut entièrement désabusé.

Comme l'Eglise jouissait d'une assez grande paix dans les premières années du règne de Valérien, qui avait succédé à Gallus et à Volusien, notre saint prélat profita de ce calme et s'appliqua à établir une bonne discipline dans son diocèse. Il réfuta, entre autres, l'erreur de ceux qui n'offraient que de l'eau dans le sacrifice de l'autel ; il leur prouva, par une foule de passages des saintes Ecritures, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, que le vin était absolument nécessaire à ce mystère, et que sans cet élément on ne pouvait pas avoir le Sang de Jésus-Christ. Il témoigne lui-même, dans son épître LXIII à Cécilius, que cet abus pouvait être venu de ce que, durant la persécution, les fidèles, qui s'assemblaient la nuit, pour célébrer les divins mystères et pour participer à l'Eucharistie, craignaient, le matin, d'être découverts par l'odeur du vin.

Décollation de saint Cyprien et de saint Corneille.
Bréviaire à l'usage de Langres. XVe.

Il assembla aussi un synode, pour remédier à plusieurs autres abus qui s'étaient glissés parmi le peuple. On y excommunia Géminius Victor après sa mort, on défendit d'offrir l'oblation pour le repos de son âme et de faire aucune prière dans l'Eglise pour son soulagement, parce que, contre les Canons, il avait institué un prêtre tuteur de ses enfants.
" Celui-là, disent les évêques, ne mérite pas d'être nommé à l'autel de Dieu, dans la prière des prêtres, qui a voulu détourner de l'autel les ministres du Seigneur et les embarrasser du soin des affaires temporelles, tout à fait éloigné de leur profession."

Ils ne se mirent pas en peine des lois civiles, qui n'exemptaient personne de la charge des pupilles mais ils eurent seulement égard au bien des Eglises et à l'assistance spirituelle des fidèles, par le soin et les prières de leurs pasteurs.
Il fit condamner de nouveau dans ce synode ceux que l'on appelait Libellatiques, comme coupables d'infidélité et d'apostasie. Il en assembla encore plusieurs autres, touchant le baptême conféré par les hérétiques, qu'il croyait être nul et devoir être réitéré quand les baptisés revenaient à l'Eglise. Il eut, pour ce sujet, de grandes contestations avec le pape saint Etienne, qui soutint, fondé sur la tradition, et définit que ce baptême était valide, mais comme cette question regarde purement l'histoire ecclésiastique, que nous ne prétendons pas traiter ici, il suffit de dire avec saint Augustin, dans son épître XLVIII que, si l'on ne trouve pas que saint Cyprien ait changé de sentiment, il est néanmoins véritable qu'il l'a fait, que ceux auxquels son opinion plaisait peuvent bien avoir supprimé sa rétractation, et que plusieurs mêmes ont avancé qu'il n'avait jamais tenu cette erreur, mais que des imposteurs, pour se couvrir de son autorité, lui avaient attribué ce qu'il n'avait jamais cru.
Voici les paroles fort remarquables de ce grand Docteur :
" Ou saint Cyprien n'a jamais eu l'opinion que vous lui attribuez, ou, s'il l'a eue, il l'a reformée sur la règle de la vérité, ou enfin il a couvert cette tache de sa conscience très candide et très sincère par l'onction de sa charité, puisqu'il s'est perpétuellement maintenu dans l'unité de l'Eglise."

Notre saint prélat travaillait ainsi sans relâche au salut de son peuple et au rétablissement de la discipline, lorsque le proconsul Aspasius Paternus, après avoir employé en vain les menaces et les promesses pour ébranler sa fermeté, l'envoya en exil. Il se retira à Curube, petite ville assise sur le promontoire de Mercure, vis-à-vis de la Sicile, etdistante seulement de cinquante milles de Carthage. Là, ayant eu révélation que, dans un an, il devait être couronné du martyre, il employa tout ce temps à s'y préparer par toutes sortes d'oeuvres de charité. Il écrivit aux autres évêques et aux prêtres d'Afrique qui avaient été relégués en des lieux sauvages, où ils souffraient de grandes misères, une lettre de consolation qu'il est impossible de lire sans se sentir embrasé de ce feu divin qui le brûlait et d'un désir ardent de souffrir pour Jésus-Christ. Il leur envoya aussi beaucoup de choses dont ils avaient besoin pour leur subsistance. Il étendit encore ses soins charitables sur les chrétiens qui étaient en prison, leur écrivant en des termes très pressants pour les fortifier dans la confession de leur foi et les animer à la patience. Quand il sut que Galëre-Maximien avait succédé à Aspasius, il revint à Carthage et se cacha dans les jardins qui lui avaient autrefois appartenu, et qu'il avait vendus pour assister les pauvres, afin que de là il pût veiller sur son peuple qui venait souvent l'y trouver.

Saint Cyprien et le Proconsul.
Bréviaire-missel de Montier-la-Celle. Champagne. XIIIe- XIVe.

Mais, ayant appris qu'on avait donné ordre de se saisir de lui pour le mener à Utique, où était le proconsul, il se retira ailleurs, dans un lieu de sûreté, pour y attendre l'occasion de souffrir la mort dans sa ville, en présence de son cher troupeau et, de crainte que sa retraite ne fût mal expliquée par les fidèles, il leur écrivit une lettre pour leur en rendre raison.
" Ayant été averti, leur dit-il, que l'on envoyait des soldats pour nous mener à Utique, nous nous sommes absenté par le conseil de nos amis, estimant qu'il était plus convenable que nous confessassions la vérité dans la principale ville de notre diocèse que dans un autre lieu, afin d'y instruire le peuple par l'exemple de notre mort, et d'y fortifier les faibles par notre confession parce qu'en ce moment, ce que dit l'évêque confesseur de Jésus-Christ, il le dit comme étant la bouche de tous. L'honneur de notre Eglise, qui est maintenant si glorieuse, seraitbeaucoup diminué, si l'on nous faisait mourir dans un pays étranger. Il est donc à propos que nous recevions la couronne du martyre à la vue de Carthage. C'est la grâce que nous demandons continuellement à Dieu pour nous et pour vous, afin que, mourant devant vos yeux, nous vous montrions le chemin du ciel."
Saint Cyprien ne mourut pas néanmoins dans Carthage mais ce fut en un lieu si proche et en présence de tant de monde de la ville, que l'on peut dire que son souhait fut accompli.

Le proconsul le fit prendre et amener devant lui à une maison de campagne dans le voisinage de laquelle il s'était retiré. Celui qui l'avait fait prisonnier le retint la première nuit dans son logis. Cette maison fut aussitôt environnée d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards qui y accoururent pour voir ce que deviendrait leur saint évêque. Il y avait beaucoup de jeunes filles dans la troupe et, comme la peur de la mort ne l'empêchait pas de veiller sur son troupeau, il donna ordre qu'on les séparât et qu'on les gardât dans l'obscurité, de crainte que les soldats ne leur fissent quelque violence. Saint Augustin loue admirablement cette vigilance du saint Martyr.

Le matin étant venu, il fut conduit devant le proconsul, qui lui fit voir l'ordre qu'il avait des empereurs pour l'obliger de sacrifier aux dieux. Mais, le trouvant insensible à toutes ses remontrances et à ses menaces, il le condamna à avoir la tête tranchée. Saint Cyprien ouït tranquillement cette cruelle sentence, et, élevant son cœur à Dieu :
" Je vous rends grâces, dit-il, mon Seigneur, de ce que vous daignez retirer mon âme de la prison de ce corps mortel."
Les fidèles, qui ne l'abandonnaient point, crièrent de leur côté d'une même voix :
" Allons, et faisons-nous décapiter avec lui !"
Le bourreau parut tremblant quand il lui fallut faire son office, mais le martyr l'encouragea à lui donner le coup ; et, pour le récompenser de la grâce qu'il allait lui procurer, il lui fit distribuer vingt-cinq pièces d'or. Après cette action héroïque, il se dépouilla de ses habits, qui consistaient en une dalmatique, en un mantelet et en une robe de lin.

Abbaye Saint-Pierre de Moissac. Elle reçut de saint
Charlemagne les reliques de saint Cyprien de Carthage.
Moissac. Diocèse de Montauban.

Le cardinal Baronius croit que le camail et le rochet des éveques d'aujourd'hui y ont quelque rapport. Tous ceux qui voyaient ce spectacle fondaient en larmes, tandis que lui seul était dans une extrême joie qui paraissait jusque sur son visage. Chacun jeta des linges pour recevoir son sang, afin de le garder comme un précieux trésor. Il se banda les yeux lui-même et se fit lier les mains par un de ses prêtres, puis, s'étant mis à genoux, il reçut généreusement le coup de la mort. Dès qu'on eut abattu sa tête, les clercs, accompagnés de chrétiens, enlevèrent son corps et l'enterrèrent avec beaucoup de solennité, portant des cierges allumés à leurs mains ils furent d'autant plus hardis à lui rendre ces derniers devoirs en public, sans se soucier du proconsul ni de la fureur des idolâtres, qu'ils souhaitaient tous ardemment de mourir pour Jésus-Christ, à l'exemple de leur saint Pasteur. Son martyre arriva le 14 septembre.

Le nom de saint Cyprien est un des plus beaux noms du christianisme, et ce grand homme, un de ceux qu'on admire et surtout qu'on aime le plus. Dieu, qui se plaît à se manifester par sa miséricorde plus que par sa justice, a voulu aussi que, dans l'homme, la bonté fût le plus puissant attrait pour gagner les cœurs. Cyprien n'occupa que dix ans le siège de Carthage mais combien son ministère fut laborieux et fécond dans ses résultats Ses derniers regards se reposèrent avec joie sur une église plus nombreuse, plus dévouée, plus fidèle qu'il ne l'avait reçue, et les larmes des païens qui coulèrent à son supplice lui présagèrent que Carthage serait bientôt toute chrétienne.

On le représente :
1. tenant une épée dans la main, pour désigner le genre de mort qu'il a enduré ;
2. tenant une couronne, d'après une mosaïque de Ravenne.

Rq : On lira dans le tome XI des Petits Bollandistes (pp. 140 et suiv.) les éléments concernants le culte et les reliques du grand saint Cyprien ainsi que ses écrits.

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16 septembre. Saint Corneille, pape, martyr. 253.

- Saint Corneille, pape, & saint Cyprien, évêque, martyrs. 253 ; 258.

Papes : Saint Fabien (prédecesseur) ; saint Lucius Ier (successeur). Empereurs romains : Trébonien Galle ; Hostilien ; Volusien ; Emilien (période de l'anarchie militaire) ; Valérien (période des trente tyrans).

" Apprenez à vous soumettre à Dieu pour choisir non pas ce que vous voulez, mais ce que vous savez lui être agréable."
Saint Ambroise de Milan.

Saint Corneille. Maître de Messkirch. Stuttgart. XVIe.

" Rencontre à laquelle sourient les Anges ! L'enfer voulut un jour, dans une querelle fameuse (Sur la question de la validité du baptême donné par les hérétiques), opposer Cyprien au Siège suprême ; or voici que, représailles dignes d'elle, la Sagesse présente en une même fête au commun hommage de la terre et des cieux l'évêque de Carthage et l'un des plus nobles successeurs de Pierre.

Noble entre tous, Corneille le fut par la naissance, comme en témoigne son tombeau, retrouvé naguère dans la crypte de famille où les plus beaux noms de l'ancien patriciat lui formaient un cortège d'honneur. L'élévation au pontificat souverain d'un héritier des Scipions reliait dans Rome les grandeurs du passé à celles de l'avenir. C'était le temps où Dèce, redoutant plus d'apprendre l'élection d'un Pape que de voir se lever un compétiteur à l'empire (Cyprian. Epist. X, ad Antonianum. IX), avait lancé l'édit de la septième persécution générale. Mais le césar qu'un bourg de Pannonie vient de donner à la capitale du monde n'arrêtera pas les destinées de la Ville éternelle. En face du sanguinaire empereur et de ses pareils passés ou futurs, dont la cité reine ne connut les pères qu'à titre d'esclaves ou d'ennemis vaincus, le  Romain  authentique,  le descendant des Cornelii, se révèle à la simplicité native qu'on nous décrit en lui, au calme accompagnant sa force d'âme, à l'intrépide fermeté de sa race  qui le fait triompher le premier de l'usurpateur que la flèche des Goths attend sur les bords des marais Danubiens (Cyprian. Epist. X, ad Antonianum. IX). Ô saint Pontife, plus grand pourtant étes-vous encore par l'humilité qu'admirait en vous Cyprien, votre illustre ami, par cette pureté de votre âme virginale qui selon  lui vous rendit l'élu de Dieu et de son Christ (Ibid. VIII).

Près de vous, quelle n'est pas la grandeur de Cyprien lui-même ! Quel sillon de lumière a tracé dans le ciel de l'Eglise le converti du prêtre Cœcilius ! Dans la générosité de son âme conquise au Christ, il abandonne et les richesses et les honneurs, héritage de famille, et la gloire acquise dans les joutes de l'éloquence. A l'admiration de tous on dirait que, selon  le mot de son historien, la moisson des vertus précède en lui les semailles (Pontius Diac. De vita et pass. Cypr., XI). Par une exception justifiée, néophyte encore il est déjà pontife. Il lésera dix ans, durant lesquels Carthage, l'Afrique, le monde, auront les yeux fixés sur lui ; les païens, criant : " Cyprien au lion !", les chrétiens, attendant son mot d'ordre. Dix années qui représenteront une des périodes les plus troublées de l'histoire : dans l'empire, anarchie au sommet, invasions sur toutes les frontières, peste promenant partout l'épouvante ; dans l'Eglise, après une longue paix qui avait endormi les âmes, les persécutions de Dèce, de Gallus, de Valérien, dont la première, éclatant comme la foudre, multipliera les défaillances de la première heure et causera les schismes du lendemain, par la trop hâtive indulgence de plusieurs ou l'excessive rigueur de  quelques autres envers les tombés.

Saint Corneille et saint Cyprien de Carthage. Bréviaire romain. XVe.

Or, qui donc (Pontius Diac. De vita et pass. Cypr. VII) enseignera à ceux-ci la pénitence (Cypr. De lapsis), aux hérétiques la vérité, aux schismatiques l'unité (De unitate Ecclesiae), aux fils de  Dieu la prière  et la paix (De oratione Dominica) ? Qui ramènera les vierges aux règles de  leur vie sainte (De habitu virginis) ? Qui retournera contre les gentils leurs sophismes blasphématoires (Lib. ad Demetrianum, et De idolorum vanitate) ? Sous la  mort séparant et frappant, qui rappellera les biens futurs et consolera les âmes (De mortalitate) ? De qui apprendront-elles et la miséricorde (De opere et eleemosynis), et la patience (De bono patientiae), et le secret de changer en douceur de salut les poisons provenant des morsures de l'envie (De zelo et livore) ? Qui enfin élèvera les martyrs à la hauteur de l'appel de Dieu ? qui soutiendra les confesseurs sous la torture, au fond des cachots, dans l'exil ? qui  préservera des embûches de la liberté retrouvée les survivants du Martyre (De exhortatione martyrii, et Epistolae ad confessores) ?

Dans son calme incomparable, Cyprien, toujours prêt, semble défier les puissances de l'enfer, de la terre et des cieux. Jamais troupeau n'aura eu main plus sûre pour le rallier sous l'irruption soudaine et déconcerter le sanglier de la forêt. Et quelle fierté inspire au pasteur la dignité de cette famille chrétienne dont Dieu l'a fait le guide et le rempart! L'amour de l'Eglise, si l'on peut ainsi parler, est la note toute spéciale de l'évêque de Carthage ; en d'immortels épanchements avec ses très forts et très heureux frères, confesseurs du Christ, honneur de la Mère commune, il s'écrie :
" Ô bienheureuse notre Eglise, qu'illumine des plus purs rayons la divine condescendance, qu'illustre en nos temps le glorieux sang des martyrs ! Elle était blanche autrefois des oeuvres de nos frères ; la voilà maintenant empourprée du suc sorti des veines de ses héros. Ni les lis, ni les roses ne manquent à ses fleurs." (Epist. VIII, Ad martyres et confessores).

Etrange infirmité des plus fermes esprits d'ici-bas ! Ce fut cet amour même, ce fut, bien légitime, mais faussement appliqué, son exclusivisme jaloux pour la très noble Epouse du Sauveur, qui fit dévier Cyprien dans la grave question de la validité du baptême conféré par les sectes dissidentes. " Seule l’unique, disait-il, a les clefs, la puissance de l'Epoux ; c'est son honneur que nous défendons, en repoussant l'eau adultère de l'hérésie." (Epist. ad Jubaianum, I, XI).

Saint Corneille et saint Cyprien de Carthage.
Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

C'était oublier que si, grâce à la miséricordieuse libéralité du Sauveur, le plus indispensable des Sacrements ne perd pas sa vertu, quel qu'en soit le ministre, étranger à l'Eglise ou son ennemi, il n'a de fécondité pourtant même alors que pour et par l'Epouse, ne valant qu'en union de ce qu'elle fait elle-même. Mais il est donc bien vrai : sainteté ou science ne donnent pas à l'homme l'infaillibilité, que la divine promesse assure au seul successeur de Pierre.

Pareille démonstration pouvait avoir son prix ; et sans doute ce fut la raison pour laquelle Dieu permit dans la haute intelligence du primat de l'Afrique romaine une éclipse passagère. Le péril ne pouvait être grave, ni définitive l'erreur, en celui dont la pensée maîtresse est toute dans ces mots que rappellent moins volontiers les adversaires de nos dogmes :
" Celui qui ne garde pas l'unité de l'Eglise, croit-il qu'il garde la foi ? Celui qui abandonne la Chaire de Pierre sur laquelle est fondée l'Eglise, peut-il se flatter d'être encore dans l'Eglise ?" (De unitate Ecclesiae, IV)."
Dom Prosper Guéranger.

Saint Corneille. Panneau peint sur bois.
Anonyme. Ecole Flamande. XVIe.

Corneille signifie qui comprend la circoncision. En effet, il comprit et conserva un grand détachement pour les choses superflues, les licites et même les nécessaires. Corneille peut venir aussi de corne, et de léos, peuple, comme si on disait la corne ou la force du peuple.

L'Eglise de Rome, après avoir demeuré un an et quelques mois sans pasteur, se consola de ce retard par l'élection de Corneille, qui avait toutes les qualités nécessaires pour la conduite d'un vaisseau agité par une tempête que l'empereur Dèce avait excitée. Il parvint à ce premier trône de l'Eglise par la science et la vertu, les seuls degrés par où l'on y montait en ces bienheureux siècles.
" Il en était d'autant plus digne, dit saint Cyprien, qu'il témoigna par une pudeur virginale et par une humilité sincère, qu'en cette élection, où plusieurs évêques se trouvèrent, on lui faisait violence et qu'il ne se croyait pas capable de porter le grand fardeau qu'on lui mettait sur les épaules."

Il était romain de nation, fils de Castin, et avait passé par toutes les fonctions ecclésiastiques, où son zèle. sa prudence s'étaient fait admirer der toiles fidèles. Aussi, ce furent ces seules vertus qui l'engagèrent à accepter cette charge, où l'on ne pouvait entrer en ce temps-là qu'en s'exposant à toutes sortes de supplices.

Saint Cornély. Imagerie populaire.
Pellerin éditeurs. XIXe.

Il eut d'abord un furieux schisme à combattre Novat, évêque d'une Eglise d'Afrique, dont on ne sait point le nom, y donna commencement. Ce schismatique se montrait tout à fait indigne de cette prélature. Saint Cyprien, qui avait une grande aversion de la médisance, dit de lui qu'il était amateur de nouveautés, avare, arrogant et superbe. Il nous le représente comme un boute-feu capable d'embraser tout le monde comme un séditieux, propre à exciter des tempêtes et à faire faire de tristes naufrages à la foi, et comme l'ennemi juré de la paix et de la tranquillité publiques.

II ajoute que les pupilles dont sa charge l'obligeait d'être le père, trouvaient en lui un brigand impitoyable les veuves, un séducteur de leur pudicité et les pauvres, un cœur de barbare, insensible à leur misère qu'il avait laissé mourir de faim son propre père, et qu'après sa mort il ne s'était pas mis en peine de lui rendre le devoir de la sépulture. Pour éviter la punition de ses crimes, il s'enfuit à Rome, où il trouva un instrument propre à son dessein. Ce fut le prêtre Novatien, homme d'une ambition cachée, mais très ardente et capable de tout entreprendre. La philosophie et l'éloquence par lesquelles il s'était acquis une grande réputation l'avaient tellement enflé qu'il éclata en plaintes et en murmures à l'élection de Corneille, comme si on lui avait fait injure de ne pas le choisir lui-même pour le souverain pontificat. Novat réchauffa et l'aigrit encore davantage sur ce sujet par des louanges artificieuses qu'il lui donna et par le mépris de celui qu'on lui avait préféré. Ils s'unirent ensemble d'un malheureux lien d'ambition et de vengeance, et commencèrent à semer parmi les fidèles des calomnies atroces contre ce saint Pontife, pour le décrier et le rendre odieux.

Enfin, ils surent si bien colorer leur mauvais dessein, que plusieurs même de ceux qui, durant la persécution, avaient glorieusement confessé la foi, se laissèrent abuser. Novatien avait toujours protesté qu'il fuyait l'épiscopat; mais la suite fit bien voir qu'il cachait sous ces protestations un désir désordonné d'y parvenir. Il écrivit à trois évêques d'Italie, simples et ignorants, pour les prier de venir au plus tôt à Rome y pacifier les troubles de l'Eglise, leur témoignant qu'il n'y avait qu'eux qui fussent capables de les faire cesser.

Baptême de sainte Basila.
Speculum historiale. V. de Bauvais. XVe.

Dès que ces prélats furent arrivés, il les fit recevoir par des personnes de sa faction, qui les invitèrent à un grand festin qu'on leur avait préparé puis, quand ils furent troublés par le vin qu'on leur fit boire avec excès, il entra dans la salle du banquet; et là même il se fit ordonner évêque par une ridicule imposition de leurs mains. Jamais homme ne fut plus inhabile à cette dignité; car, outre qu'il avait été possédé du démon et délivré par les exorcismes, il avait reçu le baptême au lit de la mort et, dans la persécution précédente, il avait renié sa prêtrise pour se conserver la vie irrégularités capitales, selon les Canons. Un des évêques qui avaient fait cette ordination profane se repentit bientôt après de sa faute, et l'ayant confessée humblement avec beaucoup de larmes, il fut reçu à la pénitence et mis au nombre des laïques. Voilà quel fut le premier schisme et le premier antipape de l'Eglise.

Novatien, après son ordination, écrivit à plusieurs évêques, et particulièrement à saint Cyprien, pour tâcher de les surprendre et de les attirer à sa communion. Ses lettres n'étaient que des invectives contre Corneille, mêlées d'une doctrine perverse et hérétique. Il se plaignait, entre autres choses, que le saint Pape recevait trop facilement à la communion ceux qui avaient sacrifié aux idoles, et disait qu'il fallait les en exclure pour toujours, et la refuser aussi à ceux qui étaient tombés dans des fautes énormes après le baptême, en laissant les uns et les autres au jugement de Dieu. Ainsi, sous un faux prétexte d'honorer sa justice, il offensait sa miséricorde, et jetait le désespoir dans les âmes au lieu d'y porter la crainte et l'horreur du péché. Corneille, que son intérêt paruculier n'eût point fait agir, voyant que cette pernicieuse doctrine allait faire perdre beaucoup d'âmes assembla un concile à Rome, dans lequel il fut décidé que l'on garderait un juste accommodement dans la prolongation ou la diminution du temps de la pénitence, afin, d'un côté, de ne pas lâcher la bride au péché, et, de l'autre, de ne pas ôter aux pécheurs l'espérance de la rémission. On ajouta que les prêtres qui auraient renoncé à la foi pourraient bien être reçus à la communion, mais non pas dans l'exercice de leur ordre.

A la suite de ce décret, plusieurs personnes qui avaient été séduites par les artifices des Novatiens, demandèrent à rentrer dans l'Eglise. Le saint Pape, pour les recevoir, assembla les prêtres de Rome avec cinq évêques, et, par leur avis, il accorda à ces brebis égarées, parmi lesquelles plusieurs avaient confessé le nom de Jésus-Christ dans la persécution, la grâce, de la réconciliation, dont leurs prières et leurs larmes, jointes à la surprise qui avait été faite à leur simplicité par les schismatiques, les firent juger dignes; mais, pour exterminer entièrement l'erreur des Novatiens, il convoqua encore au même lieu un synode de soixante évêques, et peut-être davantage de prêtres et de diacres par un commun consentement, elle fut condamnée, et tous ceux qui la suivaient furent frappés d'anathème.

Saint Cornély. Eglise Saint-Pierre-aux-Liens.
Baye. Cornouailles. Bretagne. XVIIIe.

Lorsque saint Corneille eut ainsi remporté la victoire sur les schismatiques, il s'éleva contre l'Eglise une autre persécution bien plus cruelle que la précédente, qui fut allumée par les empereurs Gallus et Volusien. Il en parle en ces termes dans sa lettre à Lupicin, évêque de Vienne :
" Vous saurez que l'arche du Seigneur est fort agités par le vent de la persécution, et que les chrétiens sont tourmentés de tous côtés par des supplices inouïs auxquels les empereurs les condamnent. Il y a, dans Rome, un lieutenant expressément établi pour les faire périr. Nous ne pouvons plus célébrer les divins Mystères ni publiquement, ni dans les caves qui ne sont pas tout à fait secrètes. Plusieurs ont déjà été couronnés du martyre. Priez Dieu qu'il nous fasse la grâce d'achever fidèlement notre course, qui ne durera plus guère, selon la révélation que nous en avons eue. Saluez en notre nom tous ceux qui nous aiment en Jésus-Christ."

Il fut d'abord relégué à Centumcelles, aujourd'hui Civita-Vecchia ; mais comme il n'avait plus de patrie sur la terre, il ne regarda point cet éloignement comme un exil. De ce lieu il écrivit plusieurs lettres à saint Cyprien, qui lui fit aussi de belles réponses; il lui donna de grands éloges pour le zèle et la fermeté qu'il faisait paraître à défendre la foi, à encourager les fidèles et à soutenir généreusement les intérêts de l'Eglise. Mais, ce pieux commerce de lettres ayant été découvert par Dèce, que l'on informa d'ailleurs des visites que les chrétiens rendaient souvent à leur saint pasteur, il le fit venir à Rome, et, après lui avoir reproché, par une calomnie ordinaire aux tyrans, qu'il avait des intrigues avec les ennemis de l'Etat, et qu'il écrivait contre son service, il lui proposa de deux choses l'une : ou de sacrifier aux dieux de l'empire ou de s'attendre à perdre la vie. Corneille s'étant moqué de ces menaces,il lui fit frapper la bouche avec des cordes plombées, puis l'envoya au temple de Mars avec ordre, s'il refusait de sacrifier aux idoles, de lui trancher la tête.

Avant cette exécution, Ceréalis, qui le gardait, le pria de passer par sa maison pour voir Salustie, sa femme, qui était paralytique depuis quinze ans. Corneille y étant entré, se mit en prières pour elle après quoi il lui dit avec une foi vive :
" Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, levez-vous et soutenez~vous sur vos pieds !"
Et, à l'heure même, elle se leva en pleine santé, criant à haute voix :
" Jésus-Christ est le vrai Dieu et le vrai fils de Dieu !"

Martyre de saint Corneille.
Vies de saints. XIVe.

Le Pape lui administra le baptême et à toute sa famille, ainsi qu'aux soldats de Ceréalis, qui se convertirent à la vue d'un si grand miracle. Ces conversions irritèrent de nouveau l'empereur, qui fit conduire ces néophytes avec Corneille au temple de Mars, pour y sacrifier aux idoles. Mais ces généreux serviteurs du vrai Dieu ayant craché contre les statues au lieu de les adorer, ils furent aussitôt décapités. La nuit suivante, la bienheureuse Lucine, avec quelques ecclésiastiques de Rome, enlevèrent leurs corps et les ensevelirent dans une crypte de son prx~MM, dépendante du cimetière de Calliste, sur la voie Appienne.

CULTE ET RELIQUES

Le pape Adrien Ier mit depuis les reliques de saint Corneille dans l'église qu'il fit bâtir sous son invocation.

A l'instance de Charles le Chauve, empereur et roi de France, le corps de saint Corneille a été transféré et apporté dans la ville de Compiègne, et déposé dans une célèbre abbaye que ce prince y avait fait bâtir en l'honneur de la sainte Vierge et des saints martyrs Corneille et Cyprien. En 1852, on retrouva à Rome, sur la voie Appienne, dans la catacombe de Calliste, exactement au lieu où il avait été enseveli, le tombeau de saint Corneille. Aujourd'hui ses reliques reposent dans l'église de Saint-Jacques, de Compiègne, avec d'ailleurs, et entre autres, un voile très précieux ayant appartenu à Notre Dame la très sainte Vierge Marie.

Eglise Saint-Jacques. Les reliques de saint Corneille
s'y trouvent toujours. Compiègne. Île-de-France.

Relevons que l’abbaye Saint-Corneille fut classée " bien national " en 1791 en même temps que celle du Val-de-Grâce. De nombreux acquéreurs achetèrent les bâtiments pour en faire des entrepôts. Quelques moines quittèrent la ville, les autres se cachèrent. Mais, les dénonciations furent très rares et l’offensive anti-catholique ne fut le fait que d’une poignée de Compiégnois, aidés par les militaires stationnés dans la ville. D'ailleurs, en mai 1793, la municipalité s’associa encore à la Fête-Dieu.
Cependant, le conventionnel en mission, André Dumont (1764-1838) accomplit par la force la fermeture des églises et organisa leur pillage, offensive à laquelle se rallièrent servilement les autorités locales.
Le passage de Collot d’Herbois et Isoré se traduisit dans le district par 72 arrestations dont 11 ecclésiastiques.

Le 10 août 1793, les sans-culottes de Compiègne envahirent l'abbaye Saint-Corneille et la pillèrent. Les corps des rois furent dispersés et leurs statues brûlées. Pendant cette profanation de tombes, ces bêtes féroces firent connaître le même sort aux restes des seigneurs et ecclésiastiques reposant dans l’église de l’abbaye, mais, surtout, à un grand nombre de reliques, même si de pieuses mains sauvèrent une partie de celle-ci avant le sac. Celles qui furent sauvées sont aujourd'hui au trésor de l'église Saint-Jacques de cette ville.

Bonaparte, Premier Consul, signa le décret qui ordonnait la destruction de l’abbaye Saint-Corneille, mais l’édifice ne fut détruit qu’en 1822. Les bâtiments encore debout de l’abbaye furent presque complètement brûlés en 1940 du fait d'un bombardement.

Des vastes bâtiments rebâtis à l'époque gothique, il ne subsiste plus que le cloître, restauré dans son état du XIVe siècle et quelques éléments de clocher et d'avant nef ; ces vestiges accueillent l'une des bibliothèques municipales, qui conserve dans sa réserve précieuse quelques ouvrages venant de l’abbaye.

L'abbaye Saint-Corneille au XVIIIe. Compiègne.

Saint Jérôme met saint Corneille parmi les écrivains ecclésiastiques, à cause de plusieurs épîtres qu'il écrivit en diverses occasions:  nous venons d'en marquer quelques-unes. Pendant deux ans qu'il tint le siége, il ne fit aucune ordination, parce que le schisme et les persécutions l'en empêchèrent. Mais, quoique son pontificat ait si peu duré, et que l'on y ait mis bien des obstacles, il ne laisse pas d'être très remarquable par les choses que ce grand homme a faites pour l'honneur de l'Eglise et par sa fermeté dans les tempêtes qui éprouvèrent son courage. Sa mort arriva le 14 de ce mois, mais l'Eglise ne fait sa fête que le 16.

Martyre de saint Corneille.
Gravure. Jacques Callot. XVIIe.

On le représente :
1. donnant le baptême ;
2. parfois entouré de vaches et de bœufs, à cause de la consonnance de son nom avec celui des bêtes à cornes : un jeu de mots aura sans doute déterminé le choix de ce Pape pour le patronage des grands troupeaux.
En Bretagne, il est encore invoqué comme protecteur des vaches et des bœufs, et on l'appelle Cornéli ou Cornély.

Saint Cornély bénissant le bétail. Statue de la façade de l'église
Saint-Cornély de Carnac. Carnac. Pays d'Auray. Bretagne. XVIIe.

En Pas de Calais, la commune d'Englos fut sauvée d'une épidémie en 1832 grâce à la neuvaine à saint Corneille que le conseil municipal demanda au curée de la paroisse Saint-Corneille (connue sous le vocable de Saint-Cornil) de dire. La ville de Lille compta 3000 morts de cette épidémie, Englos ne déplora aucun malade.

Buste votif à saint Cornil en remerciement de la protection
que le saint pape apporta à la population du village d'Englos
lors de l'épidémie de 1832 qui sévit dans toute l'Europe et
dans le Pas-de-Calais en particulier. Englos. Pas-de-Calais. XIXe.

Ajoutons enfin que l'épilepsie est appelée depuis longtemps le " mal de saint Corneille " et que l'on invoque ce grand saint et ce grand pape en vue de sa guérison et de la guérison des maladies nerveuses en général.

Saint Cornély protecteur des bestiaux.
Imagerie populaire. Pellerin éditeurs. XIXe.

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jeudi, 15 septembre 2016

15 septembre. Sainte Catherine Fieschi de Gènes, veuve. 1510.

- Sainte Catherine Fieschi de Gènes, veuve. 1510.
 
Pape : Jules II. Gouvernants de la commune de Gènes : Patriciens des maisons Fieschi, Adorno, Fregoso, Spinola, etc. Roi de France : François Ier. Roi de Naples : Ferdinand II d'Aragon.

" Un coeur blessé par l'amour divin est insurmontable car Dieu est sa force."
Sainte Catherine de Gènes.


Sainte Catherine de Gènes. Anonyme. XVIIe.

Catherine Fieschi, fille d'un vice-roi de Naples, naquit à Gênes. Sa famille, féconde en grands hommes, avait donné à l'Église deux Papes, neuf cardinaux et deux archevêques. Dès l'âge de huit ans, conduite par l'Esprit de Dieu, elle se mit à pratiquer de rudes mortifications ; elle dormait sur une paillasse, avec un morceau de bois pour oreiller ; mais elle avait soin de cacher ses pénitences. Elle pleurait toutes les fois qu'elle levait les yeux sur une image de Marie tenant Jésus mort dans Ses bras.

Malgré son vif désir du cloître, elle se vit obligée d'entrer dans l'état du mariage, où Dieu allait la préparer par de terribles épreuves à une vie d'une incroyable sainteté. Après cinq ans d'abandon, de mépris et de froideur de la part de son mari, après cinq ans de peines intérieures sans consolation, elle fut tout à coup éclairée de manière définitive sur la vanité du monde et sur les joies ineffables de l'amour divin : " Plus de monde, plus de péché ", s'écria-t-elle.
Jésus lui apparut alors chargé de Sa Croix, et couvert de sang de la tête aux pieds :
" Vois, Ma fille, lui dit-Il, tout ce sang a été répandu au Calvaire pour l'amour de toi, en expiation de tes fautes !"
La vue de cet excès d'amour alluma en Catherine une haine profonde contre elle-même : " Ô amour ! Je ne pécherai plus !" s'écria-t-elle.

Trois jours après, elle fit sa confession générale avec larmes, et désormais elle communia tous les jours. L'Eucharistie devint la nourriture de son corps et de son âme, et pendant vingt-trois ans il lui fut impossible de prendre autre chose que la Sainte Communion ; elle buvait seulement chaque jour un verre d'eau mêlée de vinaigre et de sel, pour modérer le feu qui la dévorait, et, malgré cette abstinence, elle jouissait d'une forte santé.

À l'abstinence continuelle se joignaient de grandes mortifications ; jamais de paroles inutiles, peu de sommeil ; tous les jours six à sept heures de prière à genoux ; jamais Catherine ne se départit de ces règles ; elle était surtout si détachée d'elle-même, qu'elle en vint à n'avoir plus de désir et à se trouver dans une parfaite indifférence pour ce qui n'était pas Dieu.

Ses trois maximes principales étaient :
- de ne jamais dire : je veux, je ne veux pas, mien, tien ;
- de ne jamais s'excuser ;
- de se diriger en tout par ces mots :
" Que la Volonté de Dieu soit faite !"

Elle eut la consolation de voir son époux revenir à Dieu, dans les derniers jours de sa vie, et de l'assister à sa mort. A partir de ce moment, Catherine se donna tout entière au soin des malades, et y pratiqua les actes les plus héroïques.
Rq : On lira la notice complète que les Petits Bollandistes consacrent à notre sainte : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k307413

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mercredi, 07 septembre 2016

7 septembre. Saint Cloud, prince, moine et prêtre. 560.

- Saint Cloud, prince, moine et prêtre. 560.
 
Pape : Pélage Ier. Roi des Francs : Clotaire Ier. Empereur romain d'Orient : Justinien Ier.
 
" Le coeur de l'homme, faussé et perverti, place le bonheur des mortels dans la splendeur des palais, sans s'inquiéter de la souillure et de la ruine des âmes."
Saint Augustin, évêque d'Hippone.
 
Sainte Clotilde et ses trois petits fils dont l'aîné saint Cloud.
Grandes chroniques de France. XIVe.
 
 Saint Clodoald, vulgairement appelé saint Cloud, est le premier prince franc que l'Eglise ait honoré d'un culte public. Il naquit en 522. Son père Clodomir, roi d'Orléans, l'ainé des fils de sainte Clotilde, ayant défait en bataille rangée saint Sigismond, roi de Bourgogne, et l'ayant fait son prisonnier de guerre, avec sa femme et ses enfants, les fit tous cruellement mourir, sans que ni le respect de la dignité royale dont Sigismond était revêtu, ni la considération de la parenté (car il était son cousin issu de germain), ni les remontrances de saint Avit, abbé de Micy, qui fit son possible pour le détourner de ce meurtre, pussent rien gagner sur la férocité de son esprit.

Cette inhumanité fut bientôt sévèrement punie, non-seulement en sa personne, mais aussi en celles de ses propres enfants. Ayant remporté une seconde victoire près de Vienne, en Dauphiné, sur Gondemar, frère de saint Sigismond, comme il poursuivait les fuyards avec ardeur, il s'éloigna trop de ses gens et tomba entre les mains d'une troupe d'ennemis qui le tuèrent, lui coupèrent la tête et la mirent au bout d'une lance pour la faire voir aux Francs.

Après sa mort, ses enfants : Thibault, Gonthaire et Clodoald, (vulgairement Cloud), se trouvèrent sous la conduite de sainte Clotilde, leur grand-mère, qui les éleva chrétiennement et avec le plus grand soin, en attendant qu'ils partageassent les Etats de leur père, gouvernés pendant ce temps par des lieutenants.
 
Eglise Saint-Cloud de Rodhon. Orléanais.
 
 Mais Childebert, roi de Paris, leur oncle, qui convoitait le royaume d'Orléans, leur héritage, invita Clotaire, roi de Soissons, à partager son infâme dessein. Il s'agissait de faire mourir leurs neveux ou de les reléguer dans un cloître. Clotaire opina pour la mort. Ces oncles barbares égorgèrent de leurs propres mains les deux aînés, Thibault et Gonthaire. Cloud, par une protection spéciale de la Providence, échappa au massacre.
 
Assassinat de Thibault et de Gonthaire. Manuscrit du XVe.
 
 Bientôt après, il se coupa lui-même les cheveux, cérémonie par laquelle il déclarait qu'il renonçait à la royauté. Depuis, il trouva diverses occasions de recouvrer les Etats de son père ; mais il ne voulut point en profiter. La grâce lui avait ouvert les yeux sur la vanité des grandeurs terrestres. Il préféra une vie humble et tranquille dans les rigueurs de la solitude, à une vie éclatante, mais périlleuse dans un palais royal et au milieu d'une foule de courtisans ; il se consacra entièrement au service de Dieu. Son étude ne fut plus que la lecture des Livres Sacrés ; son plaisir, de vivre la plus sévère ascèse.

Après avoir distribué aux églises et aux pauvres les biens que ses oncles n'avaient pu lui ravir, il se retira auprès d'un saint religieux, nommé Séverin, qui menait une vie solitaire et contemplative dans un ermitage aux portes de Paris. Le jeune prince reçut de ses mains l'habit religieux, et demeura quelque temps en sa compagnie, pour s'y former à toutes les vertus monastiques.
 
Saint Cloud reçu par saint Séverin. Gravure, XVIIe.
 
 Childebert et Clotaire ne purent pas ignorer que c'était lui ; mais, comme ils le virent sans prétention, ils le laissèrent en liberté et lui donnèrent même quelques héritages pour vivre plus commodément dans le lieu de sa retraite.

Cependant, ne se croyant pas assez solitaire, ou pour quelques raisons que son histoire ne marque pas, il quitta les environs de Paris et se retira secrètement en Provence, hors de la vue et de l'entretien de toutes les personnes de sa connaissance.

Pendant qu'il se construisait, de ses propres mains, une petite cellule, un pauvre se présenta devant lui et lui demanda l'aumône. Il était lui-même si pauvre, qu'il n'avait ni or, ni argent, ni provisions qu'il pût lui donner ; mais il se dépouilla généreusement de sa propre cuculle et lui en fit présent.

Cet acte de charité fut si agréable à Dieu, que, pour en découvrir le mérite, il rendit la nuit suivante cette cuculle toute lumineuse entre les mains du pauvre qui l'avait reçue. Les habitants des environs furent témoins de ce miracle, et reconnurent par là que saint Cloud était un excellent serviteur du Christ. Ils le vinrent donc trouver pour honorer sa sainteté et pour recevoir ses instructions ; mais leurs trop grandes déférences leur firent perdre un si précieux trésor : car saint Cloud, voyant qu'il n'était pas plus caché en Provence qu'à Paris, s'en retourna dans son premier ermitage.

Peut-être que l'appréhension d'être élevé à la prélature l'avait fait fuir, et que le sujet de sa crainte était passé par l'élection d'un autre à cette dignité.
 
Saint Cloud faisant l'aumône.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
 A peine fut-il revenu qu'Eusèbe, alors évêque de Paris, l'ordonna prêtre à la sollicitation du peuple, qui ne put souffrir un si saint homme dans un Ordre inférieur. Les exemples des vertus qu'il fit paraître dans cette dignité le firent encore plus respecter qu'auparavant.

On admirait en lui le pouvoir de la grâce, qui, d'un prince, ou pour mieux dire d'un roi légitime, avait fait un humble serviteur de la maison de Dieu. On louait hautement son humilité, sa modestie, son détachement des choses du monde, son amour pour la pénitence et sa charité incomparable.

Ce grand homme ne put souffrir longtemps ces honneurs, et, pour les éviter, il se retira sur une montagne, le long de la Seine, à deux lieues au-dessous de Paris, en un lieu que l'on appelait Nogent, mais qui, depuis, a changé de nom pour prendre celui de Saint-Cloud.
 
Saint Cloud délivrant un possédé.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
 Après y avoir vécu quelque temps solitaire, il y fit bâtir un monastère qu'il dota des biens que les rois, ses oncles, lui donnèrent. Il le fit dépendant, avec son église et tous ses revenus, de l'église cathédrale de Paris, dont il était le prêtre, comme ils en dépendaient encore en 1685. Il y gagna plusieurs personnes à Jésus-Christ, qui furent ravies d'y vivre religieusement sous sa conduite.

Enfin, il y mourut saintement le 7 septembre, vers l'an 560. Sa mort, qu'il avait prédite avant qu'elle arrivât, fut suivie de plusieurs miracles. On enterra son corps dans le même monastère, qui, depuis, a été changé en collégiale. Cette église est aujourd'hui paroissiale, et l'on y garde encore quelques-unes des reliques du Saint.
 
Eglise Saint-Clodoald. Saint-Cloud, Île-de-France.
 
 Les 4 Martyrologes ordinaires font une honorable mention de ce bienheureux prince. Les Parisiens célèbrent sa fête avec beaucoup de piété ; et, durant toute son octave, il y a un grand concours de peuple qui visite son église.

On peut voir dans toute son histoire, que ce que le monde appelle infortune est souvent le chemin du vrai bonheur, et que Dieu sait admirablement tirer le bien du mal, l'élévation de la plus grande humiliation. Ainsi, la véritable prudence est de s'abandonner entièrement à la conduite de Sa Divine Providence, et d'aimer les états, même les plus bas et les plus humiliés, où il Lui plaît de nous mettre.

On le représente çà et là comme solitaire, agenouillé devant une croix, et la couronne à terre près de lui.
 
Chapelle Saint-Cloud. Elliant. Cornouailles, Bretagne.

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vendredi, 12 août 2016

12 août. Sainte Claire d'Assise, vierge et abbesse, institutrice des Pauvres Dames de l'ordre de Saint-François. 1253.

- Sainte Claire d'Assise, vierge et abbesse, institutrice des Pauvres Dames de l'ordre de Saint-François. 1253.

Pape : Innocent IV. Roi de France : Saint Louis. Roi de Castille : Alphonse X, le Sage. Roi d'Aragon : Jacques Ier, le Conquérant. Empereur d'Allemagne : Guillaume de Hollande.

" Une âme solide et vraiment pénétrée de la grandeur de ses destinées, est bien éloignée de mettre son bonheur à satisfaire sa sensualité."
Esprit de sainte Claire d'Assise.

Sainte Claire d'Assise. Piero Della Francesca. XVe.

L'année même où, préalablement à tout projet de réunir des fils, saint Dominique fondait le premier établissement des Sœurs de son Ordre, le compagnon destiné du ciel au père des Prêcheurs recevait du Crucifix de Saint-Damien sa mission par ces mots :
" Va, François, réparer ma maison qui tombe en ruines."
Et le nouveau patriarche inaugurait son œuvre en préparant, comme Dominique, à ses futures filles l'asile sacré où leur immolation obtiendrait toute grâce à l'Ordre puissant qu'il devait fonder. Sainte-Marie de la Portioncule, berceau des Mineurs, ne devait qu'après Saint-Damien, maison des Pauvres-Dames, occuper la pensée du séraphin d'Assise. Ainsi une deuxième fois dans ce mois, l'éternelle Sagesse veut-elle nous montrer que tout fruit de salut, qu'il semble provenir de la parole ou de l'action, procède premièrement de la contemplation silencieuse.

Sainte Claire fut pour saint François l'aide semblable à lui-même (Gen. II, 18.) dont la maternité engendra au Seigneur cette multitude d'héroïques vierges, d'illustres pénitentes, que l'Ordre séraphique compta bientôt sous toutes les latitudes, venant à lui des plus humbles conditions comme des marches du trône.

Dans la nouvelle chevalerie du Christ, la Pauvreté, que le père des Mineurs avait choisie pour Dame, était aussi la souveraine de celle que Dieu lui avait donnée pour émule et pour fille. Suivant jusqu'aux dernières extrémités l'Homme-Dieu humilié et dénué pour nous, elle-même pourtant déjà se sentait reine avec ses sœurs au royaume des cieux (Regula Damianitarum, VIII.). Dans le petit nid de son dénûment, répétait-elle avec amour, quel joyau d'épouse égalerait jamais la conformité avec le Dieu sans nul bien que la plus pauvre des mères enserra tout petit de viles langes en une crèche étroite ! (Regula, II ; Vita S. Clarae coeva, II.).

Sainte Claire d'Assise reçoit une palme de l'évêque d'Assise
et l'instrument de la pénitence de saint François d'Assise.
Ecole allemande. XIVe.

Aussi la vit-on défendre intrépidement, contre les plus hautes interventions, ce privilège de la pauvreté absolue dont la demande avait fait tressaillir le grand Pape Innocent III, dont la confirmation définitive, obtenue l'avant-veille de la mort de la sainte, apparut comme la récompense ambitionnée de quarante années de prières et de souffrances pour l'Eglise de Dieu.

La noble fille d'Assise avait justifié la prophétie qui, soixante ans plus tôt, l'annonçait à sa pieuse mère Hortulana comme devant éclairer le monde ; bien inspiré avait été le choix du nom qu'on lui donnait à sa naissance (Clara claris praeclara meritis, magnas in cœlo claritate glorias ac in terra splendore miraculorum sublimium, clare claret, Bulla canonizationis.).

" Oh ! comme puissante fut cette clarté de la vierge, s'écrie dans la bulle de sa canonisation le Pontife suprême ! Comme pénétrants furent ses rayons ! Elle se cachait au plus profond du cloître, et son éclat, transperçant tout, remplissait la maison de Dieu." (Ibid.).

Sainte Claire d'Assise portant le Très Saint Sacrement.
Dessin. Anonyme français. XVIIe.

De sa pauvre solitude qu'elle ne quitta jamais, le nom seul de Claire semblait porter partout la grâce avec la lumière, et, pour Dieu et son père saint François, fécondait les cités les plus lointaines.

Vaste comme le monde, où se multipliait l'admirable lignée de sa virginité, son cœur de mère débordait d'ineffable tendresse pour ces filles qu'elle n'avait jamais vues. A ceux qui croient que l'austérité embrassée pour Dieu dessèche l'âme, citons ces lignes de sa correspondance avec la Bienheureuse Agnès de Bohême. Fille d'Ottocare Ier, Agnès avait répudié pour la bure d'impériales fiançailles et renouvelait à Prague les merveilles de Saint-Damien :
" Ô ma Mère et ma fille, lui disait notre sainte, si je ne vous ai pas écrit aussi souvent que l'eût désiré mon âme et la vôtre, n'en soyez point surprise : comme vous aimaient les entrailles de votre mère, ainsi je vous chéris ; mais rares sont les messagers, grands les périls des routes. Aujourd'hui que l'occasion m'en est présentée, mon allégresse est entière, et je me réjouis avec vous dans la joie du Saint-Esprit. Comme la première Agnès s'unit à l'Agneau immaculé, ainsi donc vous est-il donné, Ô fortunée, de jouir de cette union, étonnement des cieux, avec Celui dont le désir ravit toute âme, dont la bonté est toute douceur, dont la vision fait les bienheureux, lui la lumière de l'éternelle lumière, le miroir sans nulle tache ! Regardez-vous dans ce miroir, Ô Reine, Ô Epouse ! Sans cesse, à son reflet, relevez vos charmes ; au dehors, au dedans, ornez-vous des vertus, parez comme il convient la fille et l'épouse du Roi suprême : Ô bien-aimée, les yeux sur ce miroir, de quelles délices il vous sera donné de jouir en la divine grâce!... Souvenez-vous cependant de votre pauvre Mère, et sachez que pour moi j'ai gravé à jamais votre bienheureux souvenir en mon cœur." (S. Clarae ad B. Agnetem, Epist. IV.).

La famille franciscaine n'était pas seule à bénéficier d'une charité qui s'étendait à tous les nobles intérêts de ce monde. Assise, délivrée des lieutenants de Frédéric II et de la horde sarrasine à la solde de l'excommunié, comprenait quel rempart est une sainte pour sa patrie de la terre. Mais c'étaient surtout les princes de la sainte Eglise, c'était le Vicaire du Christ, que le ciel aimait à voir éprouver la puissance toute d'humilité, l'ascendant mystérieux dont il plaisait au Seigneur de douer son élue.

Stigmates de saint François et sainte Claire bénit une religieuse.
Détail d'un tryptique. Bonifazio Bembo. XVe.

Saint François, le premier, ne lui avait-il pas, dans un jour de crise comme en connaissent les saints, demandé direction et lumière pour son âme séraphique ? De la part des anciens d'Israël arrivaient à la vierge, qui n'avait pas trente ans alors, des messages de cette sorte :
" A sa très chère sœur en Jésus-Christ, à sa mère, Dame Claire servante du Christ, Hugolin d'Ostie, évêque indigne et pécheur.
Depuis l'heure où il a fallu me priver de vos saints entretiens, m'arracher à cette joie du ciel, une telle amertume de cœur fait couler mes larmes que, si je ne trouvais aux pieds de Jésus la consolation que ne refuse jamais son amour, mon esprit en arriverait à défaillir et mon âme à se fondre. Où est la glorieuse allégresse de cette Pâque célébrée en votre compagnie et en celle des autres servantes du Christ ?... Je me savais pécheur ; mais au souvenir de la suréminence de votre vertu, ma misère m'accable, et je me crois indigne de retrouver jamais cette conversation des saints, si vos larmes et vos prières n'obtiennent grâce pour mes péchés. Je vous remets donc mon âme ; à vous je confie mon esprit, pour que vous m'en répondiez au jour du jugement. Le Seigneur Pape doit venir prochainement à Assise ; puissé-je l'accompagner et vous revoir ! Saluez ma sœur Agnès (c'était la sœur même de Claire et sa première fille en Dieu) ; saluez toutes vos sœurs dans le Christ."
(Wadding, ad an. 1221.).

Le grand cardinal Hugolin, âgé de plus de quatre-vingts ans, devenait peu après Grégoire IX. Durant son pontificat de quatorze années, qui fut l'un des plus glorieux et des plus laborieux du XIIIe siècle, il ne cessa point d'intéresser Claire aux périls de l'Eglise et aux immenses soucis dont la charge menaçait d'écraser sa faiblesse. Car, dit l'historien contemporain de notre sainte, " il savait pertinemment ce que peut l'amour, et que l'accès du palais sacré est toujours libre aux vierges : à qui le Roi des cieux se donne lui-même, quelle demande pourrait être refusée " (Vita S. Clarae coaeva, III.) ?

Sainte Claire d'Assise. Carte marine. Lyon. XVIIe.

L'exil, qui après la mort de François s'était prolongé vingt-sept ans pour la sainte, devait pourtant finir enfin. Des ailes de feu, aperçues par ses filles au-dessus de sa tête et couvrant ses épaules, indiquaient qu'en elle aussi la formation séraphique était à son terme. A la nouvelle de l'imminence d'un tel départ intéressant toute l'Eglise, le Souverain Pontife d'alors, Innocent IV, était venu de Pérouse avec les cardinaux de sa suite. Il imposa une dernière épreuve à l'humilité de la sainte, en lui ordonnant de bénir devant lui les pains qu'on avait présentés à la bénédiction du Pontife suprême (Wadding, ad an. 1253, bien que le fait soit rapporté par d'autres au pontificat de Grégoire IX.) ; le ciel, ratifiant l'invitation du Pontife et l'obéissance de Claire au sujet de ces pains, fit qu'à la bénédiction  de la vierge, ils parurent tous marqués d'une croix.

La prédiction que Claire ne devait pas mourir sans avoir reçu la visite du Seigneur entouré de ses disciples, était accomplie. Le Vicaire de Jésus-Christ présida les solennelles funérailles qu'Assise voulut faire à celle qui était sa seconde gloire devant les hommes et devant Dieu. Déjà on commençait les chants ordinaires pour les morts, lorsqu'Innocent voulut prescrire qu'on substituât à l'Office des défunts celui des saintes vierges ; sur l'observation cependant qu'une canonisation semblable, avant que le corps n'eût même été confié à la terre, courrait risque de sembler prématurée, le Pontife laissa reprendre les chants accoutumés. L'insertion de la vierge au catalogue des Saints ne fut au reste différée que de deux ans.

Le mariage mystique de sainte Catherine d'Alexandrie.
Sainte Claire et saint François y sont reconnaissables.
Tryptique. Jacopo di Cione. XIVe.

La noble vierge Claire naquit à Assise en Ombrie, dans les Etats de l'Eglise. Tout comme saint François, d'une famille noble et riche dont presque tous les garçons avaient fait profession des armes, son père se nommait Favorino Sciffi et sa mère, Hortolana, était de l'antique maison de Fiumi.

Hortolana était une dame très pieuse qui entreprit par dévotion les pèlerinages de Jérusalem, de Saint-Michel au mont Gargan et de Saint-Pierre de Rome, et, après la mort de son mari, entra dans l'Ordre que sa fille avait fondé, où elle vécut et mourut en odeur de sainteté. Un jour qu'elle faisait ses prières devant un crucifix pour mériter l'assistance du ciel dans ses couches, elle entendit une voix qui lui disait :
" Ne craignez rien, Hortolana ; vous mettrez heureusement au jour une lumière qui éclairera tout le monde."
Cette voix fut cause qu'elle fit donner à sa fille, au baptême, le nom de Claire. Elle eut encore deux autres filles, Agnès et Béatrix, que nous verrons bientôt, à l'exemple de leur aînée, renoncer à toutes les choses de la terre pour se faire pauvres disciples de saint François.

L'enfance de Claire fut parfaitement innocente la grâce la prévint tellement, qu'on ne vit rien en elle de la pétulance ordinaire à cet âge. Elle était modeste, tranquille, docile, véridique en ses paroles, obéissante et toujours prête à prier Dieu et à s'acquitter des dévotions que sa mère lui prescrivait.

Lorsque la raison se fut développée, elle fit bientôt paraître qu'elle suivrait toujours le parti de la vertu le jeûne, l'aumône et l'oraison étaient ses plus chers exercices ; devenue plus grande, elle fut obligée, pour contenter ses parents, de s'habiller comme les personnes de son rang ; mais elle portait sous ses habits un petit cilice pour crucifier sa chair virginale.

Sainte Claire d'Assise. Missel romain. Touraine. XVIe.

Ses parents firent de vains efforts pour l'engager dans le mariage. Elle ne voulut point d'autre époux que Jésus-Christ. Avide d'entendre saint François d'Assise, elle put se procurer ce bonheur et en fut ravie. Elle désira même avoir une entrevue avec lui. L'ayant obtenue, elle vint le voir dans son petit couvent de la Portioncule, et lui découvrit les sentiments que Dieu imprimait dans son coeur. Le Saint la confirma dans le dessein de garder inviolablement sa pureté virginale et de quitter tous les biens de la terre pour n'avoir plus d'autre héritage que Jésus-Christ. Comme Claire lui rendit ensuite d'autres visites, il la forma de plus en plus selon son esprit de pénitence et de pauvreté, et lui fit concevoir la résolution de faire pour son sexe ce que lui-même avait fait pour les hommes.

Ainsi, l'an 1212, le jour des Rameaux, qui tombait au 19 mars, où l'on célèbre ordinairement la fête de saint Joseph, elle parut le matin dans l'église cathédrale d'Assise, avec ce qu'elle avait de joyaux et d'habits précieux ; elle se rendit le soir dans la petite église de la Portioncule, où, ayant été reçue avec une très grande joie par le saint patriarche et par ses religieux, qui avaient tous un cierge a la main, elle se dépouilla de tous ses ornements de vanité, donna ses cheveux à couper, et fut revêtue d'un sac et d'une corde comme des véritables livrées d'un Dieu pauvre, souffrant et humilié. Après une action si généreuse, le Saint, qui ne la pouvait pas retirer dans son couvent, et qui, d'ailleurs, n'avait pas encore de maison où il la pût loger en particulier, la conduisit chez les Bénédictines de Saint-Paul.

Sainte Claire d'Assise portant le Très Saint Sacrement.
Dessin. Ennemond Petitot. XVIIIe.

Lorsque cette résolution de Claire fut divulguée, chacun en parla selon son caprice. Les uns l'attribuaient à une légèreté de jeunesse, car elle n'avait encore que dix-huit ans les autres à une ferveur indiscrète et une dévotion mal réglée. Ses proches surtout en furent extrêmement irrités, et ils n'épargnèrent rien pour lui persuader de revenir au logis de son père et d'accepter une alliance avantageuse dont on lui avait déjà fait la proposition. Ils voulurent user de violence et la tirer par force de l'asile sacré où elle s'était réfugiée ; mais, pour leur ôter toute espérance de la revoir jamais dans le monde, elle leur fit voir ses cheveux coupés et s'attacha si fort aux ornements de l'autel, qu'on ne pouvait pas sans sacrilége et profanation l'en arracher. Ils cessèrent donc de la tourmenter, après plusieurs jours de poursuites, et saint François, qui veillait toujours à sa sanctification, la fit passer du monastère de Saint-Paul, où il l'avait mise, dans celui de Saint-Ange de Panso, aussi de l'Ordre de Saint-Benoît, qui était hors de ville.

Ce fut là que cette chère amante de Jésus, prosternée aux pieds de son Epoux, le pria instamment de lui donner pour compagne celle qu'il lui avait donnée pour soeur, savoir, la petite Agnès de Sciffi. Sa prière fut exaucée, et seize jours seulement après cette retraite, cette chère soeur sortit secrètement de la maison de ses parents et vint se rendre auprès de Claire, pour pratiquer avec elle les exercices de la pénitence et de la mortification, dont elle donnait de si rares exemples. Si la fuite de l'aînée avait si fort irrité leurs parents, celle de la cadette les offensa encore davantage.

Ils viennent au nombre de douze au monastère de Saint-Ange, et, comme Agnès refuse de les suivre, ils l'accablent de coups de pieds et de poings, la traînent par les cheveux et l'enlèvent de force, comme un lion ou un loup enlève une brebis après l'avoir saisie au milieu du bercail. Tout ce que peut faire cette innocente vierge, c'est de crier à sa soeur qu'elle ait pitié d'elle et qu'elle ne souffre pas un enlèvement si injuste. Claire se met en oraison, et aussitôt, par un grand miracle de la divine Providence, la petite Agnès, qu'on avait déjà emportée assez loin, devient si pesante et si immobile, que ces douze hommes ne peuvent la lever de terre ni la remuer.

La Sainte Famille adorée par saint François et sainte Claire.
Dessin. Carlo Bononi. XVIIIe.

De rage, Monalde, son oncle, veut la tuer mais il est saisi à l'heure même d'une si grande douleur au bras, qu'il ne peut presque plus se soutenir. Enfin, lorsqu'ils sont tous dans la confusion, Claire arrive et les oblige par ses remontrances de lui rendre sa chère soeur elle la ramène donc au monastère, et, peu de temps après, elle reçoit l'habit des mains de saint François, quoiqu'elle n'ait que quatorze ans. Il mit ensuite les deux soeurs dans une petite maison qui était contiguë à l'église de Saint-Damien.

Ce fut donc là proprement que commença l'Ordre des religieuses du Saint-François, comme celui des religieux avait commencé dans l'église de la Portioncule. Les deux soeurs eurent bientôt un grand nombre de compagnes car, l'odeur de la sainteté de la vierge Claire se répandant partout, beaucoup de femmes et de filles voulurent l'avoir pour leur mère. Les principales, outre Hortolana, sa mère, et Béatrix, sa dernière soeur, furent les vénérables dames Pacifique, Aimée, Christine, Agnès, Françoise, Bienvenue, Balbine, Benoîte, une autre Balbine, Philippa, Cécile et Luce, toutes excellentes religieuses et que Dieu a rendues illustres par des miracles, comme il est écrit au martyrologe des Saints de cet Ordre.

Claire fut d'abord établie leur supérieure par saint François, entre les mains duquel elles promirent toutes obéissance mais lorsqu'elle vit leur nombre augmenter, elle voulut se démettre de cette charge, aimant mieux servir Dieu dans l'humilité et la soumission, que commander à des filles qu'elle croyait plus vertueuses qu'elle mais le Saint, qui connaissait combien sa nouvelle plante profiterait par la culture d'une si sainte abbesse, la confirma pour toute sa vie dans son office la communauté applaudit à cette mesure car, bien qu'elle fût remplie d'excellents sujets qui ont même été employés à de nouveaux établissements, nulle néanmoins n'était si capable de gouverner que Claire, qui possédait éminemment l'esprit du bienheureux patriarche.

Sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Marguerite et sainte Claire.
Fresque. Chapelle Sainte-Claire. Eglise Saint-Sébastien.
Venanson. Comté de Nice. XIVe.

Aussi, bien loin de s'enorgueillir de sa prélature, elle ne s'en servit que pour s'humilier davantage. Elle était la première à pratiquer les exercices de mortification et de pénitence. Les emplois les plus bas étaient ceux qui lui semblaient les plus agréables. Elle donnait elle-même à laver à ses soeurs, et souvent, lorsqu'elles étaient à table, elle demeurait debout et les servait. Elle lavait aussi les pieds des filles de service qui venaient du dehors, et les baisait avec respect et humilité. Rien n'est si dégoûtant ni si contraire à la délicatesse des jeunes filles que les ministères qu'il faut rendre aux malades dans les infirmeries ; mais elle ne croyait pas que sa dignité de supérieure l'en dût exempter, et si elle députait quelques s?urs pour en avoir la charge, c'était à condition que souvent elles lui laissassent faire ce qui était plus difficile et dont les autres auraient eu plus d'aversion.

De cette grande humilité naissait dans son coeur un ardent amour pour la sainte pauvreté. La succession de son père lui étant échue au commencement de sa conversion, elle n'en retint rien pour elle-même, ni pour son monastère, mais la fit distribuer tout entière aux pauvres. Non seulement elle ne voulut point que sa maison possédât aucune rente et revenu, mais elle ne souffrait pas même qu'on y gardât de grandes provisions, se contentant de ce qui était nécessaire pour vivre chaque jour.

Elle aimait mieux que les frères qui quêtaient pour son monastère, apportassent des morceaux de pain déjà sec que des pains entiers. Enfin, tout son dessein était de ressembler à Jésus-Christ pauvre, qui n'a jamais rien possédé sur la terre, et qui, né tout nu dans une pauvre étable, est mort tout nu sur le pauvre lit de la croix. Elle obtint du pape Innocent III, le privilége de la pauvreté, c'est-à-dire le droit de s'établir sur le seul fondement de la charité des fidèles, avec l'excellente qualité de pauvre, comme un titre d'honneur et de gloire c'est pourquoi son Ordre est communément appelé l'Ordre des Pauvres Dames. Et lorsque le pape Grégoire IX, jugeant qu'une si grande pauvreté était trop rigoureuse pour des femmes, voulut la mitiger en les dispensant du v?u qu'elles en avaient fait et en leur donnant des rentes, elle remercia Sa Sainteté de cette offre, et la pria instamment de ne rien changer aux premières dispositions de son établissement ce qu'il lui accorda. Dieu a souvent justifié par des miracles cette conduite de sa servante, et fait voir qu'il veille au secours de ceux qui se confient en lui.

Sainte Claire d'Assise. Bréviaire franciscain. Savoie. XVe.

Un jour, il n'y avait qu'un pain assez médiocre dans le monastère, et le temps du dîner étant arrivé, elle ordonna à la s?ur dépensière d'en envoyer la moitié aux religieux qui les assistaient et de partager l'autre moitié en cinquante morceaux, pour autant de pauvres dames qui composaient alors sa communauté. La dépensière fit avec une obéissance aveugle ce qui lui était commandé, et, par une merveille surprenante, ces morceaux se grossirent tellement, qu'ils furent suffisants pour nourrir toutes les religieuses. Une autre fois, il n'y avait plus d'huile dans le monastère Claire prit un baril, le lava, et envoya chercher le frère quêteur, afin qu'il l'allât faire remplir d'huile par aumône. Il vint aussitôt, mais, au lieu de le trouver vide, il le trouva tout plein. Cela lui fit croire que les bonnes dames s'étaient voulu moquer de lui, et il s'en plaignit; mais il changea ses plaintes en admiration et en actions de grâces, lorsqu'on lui apprit qu'on avait mis le baril vide sur le tour, et que l'huile qu'il y avait vue était une huile miraculeuse.

Pour les austérités de notre Sainte, elle n'était vêtue que d'une vile tunique et d'un petit manteau de grosse étoffe et elle marchait toujours les pieds nus, sans socques ni sandales, couchait sur la dure, jeûnait toute l'année, excepté le dimanche, et souvent au pain et à l'eau. Elle gardait un perpétuel silence hors les devoirs indispensables de la nécessité et de la charité ; il est vrai que ces pratiques lui étaient communes avec ses soeurs. Mais quel rapport entre un corps délicat comme le sien et un vêtement de peau de porc, dont elle appliquait le côté velu et hérissé et les soies dures et piquantes sur sa chair, pour lui faire endurer un martyre continuel. Elle se servait aussi d'un cilice fait de crin de cheval, qu'elle serrait encore plus étroitement avec une corde de semblable tissure, armée de treize noeuds.

Son abstinence était si sévère, que ce qu'elle mangeait n'aurait pas été suffisant pour sa nourriture, si la vertu de Dieu ne l'eût soutenue. Pendant le grand Carême et celui de Saint-Martin, elle ne vivait que de pain et d'eau encore ne mangeait-elle point du tout les lundis, les mercredis et les vendredis. La terre nue, ou un tas de sarments de vigne, avec un morceau de bois pour oreiller, firent au commencement tout l'appareil de son lit ; depuis, se sentant trop faible, elle coucha sur un tapis de cuir et mit de la paille sous sa tête. Enfin, elle était tellement insatiable de peines et de souffrances, que saint François fut obligé de modérer cette ardeur et de la faire modérer par l'évoque d'Assise. Ils lui ordonnèrent donc de coucher sur une paillasse et de ne point passer de jour sans manger. Mais son repas des lundis, des mercredis et des vendredis, en Carême, se composait d'une once et demie de pain et d'une gorgée d'eau, qui servaient plutôt à irriter sa faim et sa soif qu'à les apaiser.

Sainte Claire d'Assise. Statue en bois de noyer. Bourgogne. XVe.

Comme elle était entièrement morte au monde, et qu'elle avait le coeur parfaitement pur, rien ne l'empêchait de vaquer à l'oraison et de s'occuper en tous temps et en tous lieux des grandeurs et des bontés de son Dieu. Son ordinaire était de passer plusieurs heures en prières après Complies, avec ses soeurs, devant le Saint-Sacrement, où elle répandait beaucoup de pleurs et excitait les autres à gémir et à soupirer par l'exemple de sa ferveur. Lorsqu'elles se retiraient pour aller prendre un peu de repos, elle demeurait encore constamment au choeur, pour y entendre, comme furtivement, dans la solitude, les mouvements secrets de l'Esprit de Dieu. Là, toute baignée dans ses larmes et prosternée contre terre, tantôt elle détestait ses offenses, tantôt elle implorait la divine miséricorde pour son peuple, tantôt elle déplorait les douleurs de Jésus-Christ, son bien-aimé.

Une nuit, l'ange des ténèbres lui apparut sous la figure d'un petit enfant tout noir et lui dit :
" Si tu ne mets fin à tes larmes, tu perdras bientôt la vue."
Et elle lui répondit sur-le-champ :
" Celui-là verra bien clair qui aura l'honneur de voir Dieu."
Ce qui obligea ce monstre de se retirer avec confusion.
Il revint néanmoins après Matines, et ajouta qu'à force de pleurs elle se rendrait malade. Mais elle le repoussa encore vigoureusement, lui disant que celui qui sert Dieu ne craint aucune incommodité.

On ne saurait décrire les faveurs qu'elle recevait dans ce saint exercice. Un jour, soeur Bienvenue, une de ses religieuses, aperçut durant ce temps un globe de feu qui se reposait sur sa tête et qui la rendait admirablement belle et lumineuse. Une autre fois, soeur Françoise vit sur ses genoux un enfant parfaitement beau, lui faisant de très aimables caresses. Malade, une nuit de Noël, il lui fut impossible de se lever pour aller à Matines cependant elle se mit en prières ; dans son pauvre lit, elle entendit distinctement tout l'office qui fut chanté par les religieux de saint François, dans l'église de Notre-Dame de la Portioncule, fort éloignée de son monastère et, ce qui est plus merveilleux, elle eut le bonheur de voir l'Enfant Jésus couché dans sa crèche.

Lorsqu'elle sortait de ses communications avec Dieu, ses paroles étaient toutes de feu, et elles répandaient une certaine onction qui gagnait et emportait les coeurs de tous ceux qui avaient le bonheur de l'entendre.

D'ailleurs, elle avait tant de crédit auprès de Dieu qu'elle obtenait aisément tout ce qu'elle lui demandait. Il n'en faut point d'autre preuve que ce qui arriva à l'égard de l'armée des Sarrasins que l'empereur Frédéric II, dans ses démêlés avec le Saint-Siège, envoya dépeupler le duché de Spolète, et qui vint pour assiéger la ville d'Assise et pour piller le couvent de Saint-Damien. Tout était à craindre, pour des femmes sans défense, de la part de Barbares sans pudeur ni religion. Dans un si grand sujet de terreur et d'effroi, elles coururent toutes à sainte Claire, qui était malade à l'infirmerie, comme les poussins courent sous les ailes de leur mère lorsqu'ils aperçoivent le milan qui vient fondre sur eux.

Sainte Claire bénissant ses religieuses lors de l'attaque des
Sarrasins, que l'empereur prévaricateur Frédéric II avait
envoyé pour ravager les Etats de l'Eglise. Anonyme français. XVIIe.

Elle leur dit de ne rien craindre, et, dans la confiance dont elle était remplie, elle se traîna le mieux qu'elle put, soutenue par leurs bras, à la porte du couvent, où elle fit mettre devant elle le très-saint Sacrement renfermé dans un ciboire d'argent et dans une boîte d'ivoire. Là, se prosternant devant son souverain Seigneur, elle lui dit les larmes aux yeux :
" Souffrirez-vous, mon Dieu, que vos servantes faibles et sans défense, que j'ai nourries du lait de votre amour, tombent entre les mains des infidèles ? Je ne puis plus les garder, mais je vous les remets entre les mains, et je vous supplie de les protéger dans une extrémité si terrible et si pressante."
A peine eut-elle achevé ces mots, qu'elle entendit une petite voix, comme d'un enfant, qui lui répondit :
" Je vous garderai toujours."
Alors, se sentant plus hardie, elle ajouta :
" Permettez-moi, mon Seigneur, d'implorer aussi votre miséricorde et votre secours pour la ville d'Assise, qui nous nourrit de ses aumônes.
- Elle souffrira plusieurs dommages, répondit le Sauveur, mais j'empêcherai qu'elle soit prise."

Après des réponses si avantageuses, la Sainte leva la tête et dit à ses filles :
" Je vous donne ma parole, mes soeurs, que vous n'aurez point de mal seulement confiez-vous en Dieu."

Les Sarrasins avaient déjà escaladé le monastère, et quelques-uns étaient entrés dans le cloître mais, à l'instant même où cette prière fut achevée, ils furent saisis d'une terreur panique, remontèrent précipitamment les mêmes murs et laissèrent les servantes de Dieu en paix, et, peu de temps après, ils levèrent le siége d'Assise et quittèrent entièrement l'Ombrie.

La même ville était une autre fois extrêmement pressée par Vital d'Averse, capitaine de l'armée impériale il avait juré de ne point s'en retourner qu'il ne l'eût emportée de force, ou qu'elle ne se fût rendue à discrétion. La Sainte, touchée de ce malheur, assembla toutes ses filles et leur remontra que ce serait une ingratitude à elles, si, après avoir reçu tant de charités des habitants d'Assise, elles n'employaient tout ce qu'elles avaient de crédit auprès de Dieu pour obtenir la délivrance de cette ville. Elle fit donc venir de la cendre, s'en couvrit la tête la première et en couvrit ensuite la tête à toutes les autres, puis, en cet état, elles pressèrent si efficacement la bonté de Dieu de regarder cette ville d'un oeil de pitié et de miséricorde, que la nuit même toute l'armée de ce nouvel Holopherne fut mise en déroute, et, obligé lui-même de se retirer avec confusion, il mourut peu de temps après d'une mort violente, juste punition de son orgueil.

Sainte Claire d'Assise. Bréviaire romain. Auvergne. XVe.

La dévotion de sainte Claire envers le Très Saint Sacrement était admirable. Dans ses plus grandes maladies, elle se faisait mettre sur son séant, afin de travailler à des corporaux pour les paroisses des environs d'Assise. Elle faisait aussi des corporaliers de soie ou de pourpre, et, quoiqu'elle aimât souverainement la pauvreté, elle ne laissait pas d'employer les plus riches étoffes lorsqu'il était question de faire quelque ornement pour la célébration de ce grand mystère.

Elle communiait toute baignée de larmes n'ayant pas moins de respect pour son Dieu renfermé sous les voiles du Sacrement que pour lui-même tonnant dans les cieux et gouvernant tout le monde visible et invisible. Elle sentait aussi une tendresse extrême pour le mystère de la Passion et pour les plaies de son Sauveur crucifié, qu'elle contemplait avec une ardeur et un amour qui né se peuvent exprimer. Un jour, elle fut tellement abîmée dans la considération des bontés de son Dieu mourant qu'elle demeura en extase depuis le jeudi saint jusqu'à la nuit du samedi saint. Le démon, ne pouvant souffrir cette affection pour un mystère dont il a tant d'horreur, lui donna une fois un soufflet qui lui ensanglanta l'oeil et lui rendit la joue toute livide ; mais la Sainte n'en fit que rire et eut une joie extrême de souffrir du démon même ce que son Sauveur a souffert de l'un de ses ministres dans la maison de Caïphe.

Sainte Claire d'Assise. Estampes. Pellerin imprimeur. Epinal. XIXe.

Elle fit de grands miracles par la vertu du signe de la croix. Surtout elle guérit par ce moyen un nommé Etienne, malade de fièvre chaude, que saint François lui avait envoyé et elle rendit la santé à plusieurs de ses filles affligées de diverses infirmités. Un jour, un enfant lui ayant été amené, dont l'oeil était tout défiguré, elle le fit conduire à la bienheureuse Hortolana, sa mère, afin qu'elle fît elle-même ce signe salutaire sur son oeil ; cela fut si efficace, que l'enfant reçut la guérison en même temps.

Comme elle était extrêmement affamée du pain de la parole de Dieu, elle écoutait avec joie les prédicateurs qui la distribuaient dans son Eglise et ayant ouï dire que le Pape avait défendu aux religieux de son Ordre d'aller chez les religieuses sans sa permission, elle renvoya aussi ceux qui faisaient la quête, disant qu'il n'était pas raisonnable d'avoir des religieux qui apportassent le pain matériel et de n'en point avoir qui apportassent le pain spirituel, ce qui fit que Sa Sainteté révoqua aussitôt cette défense.

Elle donnait des instructions admirables à ses filles elle leur apprenait à mépriser les demandes importunes et les feintes nécessités du corps, à retenir leur langue et à garder soigneusement le silence intérieur et extérieur ; à se détacher de l'affection de leurs parents, et à mettre leur inclination et leur amour en Jésus-Christ seul ; à secouer toutes sortes de paresse et de négligence, et à faire continuellement succéder l'oraison au travail. Quelque sévère qu'elle fût à elle-même, et quelque soin qu'elle eût que sa règle fût inviolablement observée, elle était néanmoins pleine de compassion et de bonté pour ses soeurs, et elle avait un soin extrême de tous leurs besoins corporels. Aussi ne vit-on jamais de communauté plus unie que la sienne, ni de religieuses plus affectionnées à leur supérieure que ses filles l'étaient envers elle.

Sainte Claire d'Assise recevant le corps de
saint François au couvent de Sainte-Marie-des-Anges.
Léon Bénouville. France. XIXe.

Enfin, il plut à Notre-Seigneur de contenter les désirs de son Epouse, qui demandait, avec une ardeur incroyable, de jouir de lui dans l'éternité bienheureuse. Il y avait déjà quarante-deux ans qu'elle était dans la pratique fidèle et assidue de tous les exercices de la religion, sans que plusieurs maladies violentes, qu'elle avait endurées durant vingt-huit ou trente ans, eussent arraché de sa bouche un mot de plainte et de murmure, ni eussent été capables de diminuer le feu de son zèle et de sa charité.

Elle avait aussi prédit, il y avait deux ans, qu'elle ne mourrait point avant que le Seigneur ne fût venu la visiter avec ses disciples. Le temps donc de sa récompense étant arrivé, le pape Innocent IV, qui avait une estime extraordinaire pour sa vertu et qui l'aimait parfaitement en Jésus-Christ comme la plus fidèle Epouse que cet aimable Sauveur eût sur la terre, revint de Lyon à Pérouse avec le collége sacré des cardinaux. Il apprit, dans cette ville, que Claire était dangereusement malade, et qu'il y avait beaucoup d'apparence que sa fin était proche. Il se transporta au plus tôt à Assise, avec sa cour, et dans son couvent de Saint-Damien, accompagné de ses cardinaux, comme Notre-Seigneur de ses disciples, il lui donna sa bénédiction apostolique avec l'indulgence plénière de tous ses péchés, que cette âme déjà toute céleste lui demanda avec grande instance et reçut avec une très profonde humilité.

Elle avait reçu le même jour le saint Viatique des mains du provincial des Mineurs, et, lorsqu'on le lui avait administré, on avait vu, dans la sainte hostie, un enfant d'une beauté inestimable, avec un globe de feu au dessus.

Lorsque Sa Sainteté fut retirée, sainte Claire, toute baignée de larmes, les mains jointes et les yeux levés vers le ciel, dit à ses soeurs :
" Rendez grâces à Dieu, mes chères filles, de ce que j'ai eu aujourd'hui un honneur que le ciel et la terre ne pourraient jamais payer, ayant été si heureuse que de recevoir mon Sauveur, et d'être visitée de son vicaire."
Sa soeur Agnès la pria de ne la point laisser sur la terre, mais de l'emmener avec elle dans le ciel :
" Ton heure n'est pas encore venue, répondit-elle, mais réjouis-toi, car elle n'est pas nëe, et, avant de mourir, tu recevras de ton Epoux bien-aimé une grande consolation."
La chose arriva selon cette prédiction.

Sainte Claire d'Assise. Fresque. Détail.
Basilique Sainte-Ckaire. Assise. Ombrie. XIIIe.

Ses religieuses ne l'abandonnèrent point, et ne se mettaient point en peine ni de manger, ni de dormir, pourvu qu'elles perdissent pas une parole d'une mère si chère et d'une si sainte amante du Sauveur. A l'exemple de saint François, elle dicta un testament, non pas pour léguer à ses flles des biens temporels dont elle était entièrement dépourvue, mais pour leur léguer la sainte pauvreté et le parfait dépouillement de toutes choses, qui est un plus grand trésor que tous les biens de ce monde.

Frère Regnault s'étant approché de son lit pour lui faire une petite exhortation sur les avantages de la patience, elle lui dit, avec une force héroïque, que, depuis que Notre-Seigneur l'avait appelée à son service par le moyen de son ami saint François, nulle peine, par sa grâce, ne lui avait été fâcheuse, nulle pénitence difficile, et nulle maladie désagréable. Plusieurs cardinaux et plusieurs évêques la visitèrent en particulier et, ce qui est merveilleux, bien qu'il lui fût impossible de rien prendre, ce qui dura dix-sept jours, on vit toujours en elle une présence d'esprit et une vigueur extraordinaires elle reçut ces prélats avec toute la piété et la dévotion que demandait l'honneur de leur visite, et elle exhortait même à la piété tous ceux qui l'approchaient, de même que si elle eût joui d'une parfaite santé.

Elle fut encore assistée, dans cette extrémité, par frère Junipère, frère Ange et frère Léon, trois excellents compagnons de saint François, lesquels, mêlant leurs flammes avec celles de la Sainte, en firent un brasier d'amour qui ne se peut exprimer.

Enfin Claire, étant près de mourir, parla elle-même à son âme et lui dit :
" Sors hardiment, mon âme, ne crains rien, tu as un bon guide et un bon sauf-conduit. Sors, dis-je, hardiment ; car celui qui t'a créée, qui t'a sanctifiée, et qui t'a aimée comme une mère aime sa fille, est lui-même disposé à te recevoir."
Puis adressant la parole à son Sauveur, elle lui dit :
" Et vous, mon Seigneur et mon Dieu, qui m'avez donné l'être et la vie, soyez béni."


Au même instant Notre-Seigneur lui apparut, avec une compagnie bienheureuse de vierges couronnées de fleurs d'une beauté et d'une odeur sans pareilles ; l'une d'elles, dont la couronne était fermée, et rendait plus de lumière que le soleil (c'était la très sainte Vierge Marie), s'approcha d'elle pour l'embrasser. Les autres à l'envi étendirent sur son corps un tapis d'une étoffe inestimable, et, pendant cette action, dont elle fit part à ses soeurs, son âme toute pure s'envola dans le sein de la Divinité, pour y posséder éternellement son souverain bonheur.

Ce fut l'an 1253, le onzième jour du mois d'août, qui est le lendemain de la fête de saint Laurent, bien que l'on ait remis la sienne au 12, où l'on fit son enterrement.

Sainte Claire d'Assise. Lorenzo d'Alessandro. XVe.

Le bruit de ce bienheureux décès étant divulgué, toute la ville d'Assise, pour ainsi dire, accourut au monastère de Saint-Damien afin d'y voir le corps qui avait logé une âme si sainte. Le Pape même, assisté des cardinaux, s'y transporta pour être présent à ses funérailles. Les religieux de l'Ordre de Saint-François v furent aussi appelés pour chanter l'office : ils commencèrent à entonner celui des morts mais le Pape les arrêta et leur dit qu'il fallait chanter l'office d'une sainte Vierge, comme la voulant canoniser avant qu'elle fut inhumée, et cela eût été fait si le cardinal d'Ostie n'eût fait observer à Sa Sainteté que dans une affaire de cette importance il fallait toujours prendre du temps pour la décider. Ce même cardinal fit l'oraison funèbre, où, après avoir montré la vanité de toutes les choses du monde, il releva avec beaucoup de force et d'éloquence le mérite de cette Sainte.

Au reste, quoique sainte Claire ne soit point sortie durant sa vie de son monastère de Saint-Damien, son Ordre néanmoins s'est étendu dès son vivant en plusieurs endroits de l'Europe, et elle a envoyé quelques-unes de ses filles en divers lieux pour fonder de nouveaux monastères. Il s'est depuis multiplié jusqu'à l'infini, et s'est partagé en diverses branches, dont les unes se sont maintenues inviolablement dans l'ancienne observance, ou l'ont reprise par la réforme de sainte Colette, et retiennent le premier nom de Pauvres-Dames de Sainte-Claire ; d'autres, qui ont dégénéré de la grande pauvreté du premier institut, en prenant des rentes par la permission du pape Urbain IV, sont nommées Urbanistes ; d'autres, qui ont ajouté aux unes ou aux autres quelques constitutions particulières, sont appelées ou Capucines, ou de la Conception, ou Annonciades, ou Récollettes, ou Cordelières. Il y avait de tous ces Ordres ensemble près de quatre mille couvents et près de cent mille religieuses dans les années 1900 *.

Le nombre des saintes qu'ils ont données à l'Eglise ne peut se compter. Surtout, l'on ne pouvait assez admirer l'austérité des religieuses de l'Ave Maria de Paris, qui vivaient dans un corps comme si elles n'en eussent point, et qui étaient sur la terre comme si elles eussent été déjà entièrement séparées de la terre. Cette communauté n'existe plus depuis la révolution, et la maison est devenue une caserne.

On représente sainte Claire d'Assise ordinairement au pied du très-saint sacrement de l'autel quelquefois avec saint François d'Assise, ravis tous les deux en extase pendant qu'ils s'entretenaient ensemble en diverses circonstances devant un pape, soit lorsqu'elle refuse la dispense de l'étroite pauvreté dont elle avait fait profession, soit lorsque, bénissant la table au réfectoire par ordre du souverain Pontife, il arriva que tous les pains se trouvèrent marqués d'une croix, soit quand le Pape voulut se charger de lui donner le viatique, et assister solennellement à ses obsèques avec les cardinaux.

Sainte Claire d'Assise. Faïence. Manufacture des Fauchiers.
Sèvres. France. XVIIIe.

CULTE ET RELIQUES

Son corps fut inhumé à Assise, au couvent de Saint-Georges, que le pape Grégoire IX lui avait donné, et où celui de saint François avait aussi été transporté, afin qu'ils fussent plus en
sûreté et moins exposés aux courses et aux insultes des ennemis. Il s'y fit aussitôt un si grand nombre de miracles par l'intercession de la Sainte, que le pape Alexandre IV, successeur d'Innocent, ne fit point de difnculte de la canoniser deux ans seulement après son décès (1253).

Depuis 1260, ses dépouilles sacrées ont été transférées dans une église bâtie en son honneur, qui lui fut dédiée en 1266, en présence du pape Clément IV. Elles restèrent là, non pas exposées à la vénération des fidèles, mais inhumées. Après cinq cents ans, c'est-à-dire le 23 août 1850, on résolut de tirer ce saint corps de l'obscurité du tombeau. On fit les fouilles nécessaires à cet effet on le découvrit la tombe fut ouverte avec toute la pompe qui convenait à une si grande fête. et les ossements reconnus juridiquement. Ils étaient conservés entiers, et non pulvérisés, malgré l'humidité du caveau ; on les mit dans une châsse, à l'exception d'une côte, la plus rapprochée dn coeur destinée au souverain Pontife, et des fragments réservés pour les Clarisses de France (23 septembre 1850). Plusieurs miracles furent opérés en cette occasion. Le réduit obscur où avaient reposé pendant des siècles les reliques de sainte Claire, fut changé en une église souterraine.

Le voile de sainte Claire est conservé en entier au couvent de Florence, et Dieu s'en sert encore pour opérer plusieurs miracles, particulièrement en faveur des enfants tombés en léthargie.

Sainte Claire d'Assise. Huile sur bois.
Jan Provost. Bourgogne. XVe-XVIe.

PRIERE

" Ô Claire, le reflet de l'Epoux dont l'Eglise se pare en ce monde ne vous suffit plus ; c'est directement que vous vient la lumière. La clarté du Seigneur se joue avec délices dans le cristal de votre âme si pure, accroissant l’allégresse du ciel, donnant joie en ce jour à la vallée d'exil. Céleste phare dont l'éclat est si doux, éclairez nos ténèbres. Puissions nous avec vous, par la netteté du cœur, par la droiture de la pensée, par la simplicité du regard, affermir sur nous le rayon divin qui vacille dans l'âme hésitante et s'obscurcit de nos troubles, qu'écarte ou brise la duplicité d'une vie partagée entre Dieu et la terre.

Votre vie, Ô vierge, ne fut pas ainsi divisée. La très haute pauvreté, que vous eûtes pour maîtresse et pour guide, préservait votre esprit de cette fascination de la frivolité qui ternit l'éclat des vrais biens pour nous mortels
(Sap. IV, 12.). Le détachement de tout ce qui passe maintenait votre œil fixé vers les éternelles réalités ; il ouvrait votre âme aux ardeurs séraphiques qui devaient achever de faire de vous l'émule de François votre père. Aussi, comme celle des Séraphins qui n'ont que pour Dieu de regards, votre action sur terre était immense ; et Saint-Damien, tandis que vous vécûtes, fut une des fermes bases sur lesquelles le monde vieilli put étayer ses ruines.

Daignez nous continuer votre secours. Multipliez vos filles, et maintenez-les fidèles à suivre les exemples qui feront d'elles, comme de leur mère, le soutien puissant de l'Eglise. Que la famille franciscaine en ses diverses branches s'échauffe toujours à vos rayons ; que tout l'Ordre religieux s'illumine à leur suave clarté. Brillez enfin sur tous, Ô Claire, pour nous montrer ce que valent cette vie qui passe et l'autre qui ne doit pas finir."

Sainte Claire d'Assise. Volet intérieur d'un tryptique.
Ecole flamande. XVIe.

* A ce point, doit-on préciser que ces ordres, pas plus que l'immense majorité des ordres religieux hélas, n'ont pas résisté à l'ouragan révolutionnaire libéral et moderniste qui a vu l'Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ être éclipsée ? Doit-on, entre autres épouvantables profanations, rappeler les réunions d'Asssise de 1987 et de 2002, lors desquelles le chef de la secte conciliaire prétendument catholique convoqua un grand nombre de fausses religions - lesquelles adorent des démons -, au prétexte, insultant pour Notre Seigneur Jésus-Christ, d'un faux oecuménisme ? Doit-on rappeler que chacune de ces rencontres furent suivies d'un violent tremblement de terre qui ruina et dégrada nombre de saints lieux de la ville d'Assise ?

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