UA-75479228-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 24 juillet 2017

24 juillet. Sainte Christine, vierge et martyre. 300.

- Sainte Christine, vierge et martyre. 287.
 
Pape : Saint Caïus. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien Hercule.
 
" C'est une grande chose de mourir pour Jésus-Christ. Quelle gloire lorsque les membres tendres et délicats souffrent avec courage un long et douloureux martyr."
Saint Pierre Damien.
 

Gravure. Deckherr frères imprimeurs. Montbéliard. XIXe.

Christine, dont le nom seul embaume l'Eglise des parfums de l'Epoux, prélude dans sa grâce à la fête de l'aîné des fils du tonnerre. L'antique Vulsinies, assise près de son lac aux rives de basalte, aux calmes et claires eaux, la vit à dix ans mépriser les idoles des nations. Elle triompha du paganisme étrusque là même où Constantin signale en ses édits (Orelli-Henze. n. 5580.) le lieu de la solennelle réunion qui se faisait chaque année des faux prêtres ombriens et toscans. La découverte du tombeau de Christine est venue confirmer dans nos temps jusqu'à cette particularité de l'âge de la martyre donné par ses Actes, auxquels la science des derniers âges avait voulu dénier toute valeur. Nouvelle leçon, reçue après bien d'autres, et qui devrait amener une critique trop infatuée à reporter quelque peu sur elle-même les défiances dont elle se fait un honneur.

Lorsque du rivage qui reçut après ses combats la dépouille de l'héroïque enfant, on contemple l'île où périt tragiquement deux siècles plus tard la noble fille de Théodoric le Grand, Amalasonte, le néant des grandeurs qui n'ont que cette terre pour piédestal saisit l'âme plus éloquemment que ne ferait tout discours. Au XIIIe siècle, l'Epoux, continuant d'exalter la martyre au-dessus des plus illustres reines (Cant. VI, 7.), voulut l'associer à son triomphe au Sacrement d'amour : ce fut l'église de Christine qu'il choisit pour théâtre du miracle fameux de Bolsena, qui précéda de quelques mois seulement l'institution de la solennité du Corps du Seigneur.


Sainte Christine dans la tour avec Notre Seigneur Jésus-Christ
et les douze apôtres. Vitae sanctorum. XIIe.

C'est Alphanus, archevêque de Salerne, en 1085, qui a donné les actes de cette sainte, dont nous donnons ici un abrégé.

Christine, ointe du chrême ; elle eut en effet le baume de bonne odeur dans son genre de vie, l’huile de dévotion dans le cœur, et la bénédiction à la bouche.

Sainte Christine naquit de parents très nobles, à Tyr (une ancienne ville de Toscane engloutie depuis dans le lac Bolsène), en Italie.

Sainte Christine était une enfant de dix ans ; cependant il ne fallut pas moins de trois tyrans successifs pour la faire mourir, car les deux premiers furent victimes de leur cruauté. Elle avait pour père un gouverneur romain, nommé Urbain, très attaché au culte des faux dieux. Christine, inspirée d'en haut, après avoir ouvert les yeux à la vraie foi, enleva toutes les idoles d'or et d'argent que son père adorait dans sa maison, les mit en pièces et les donna en aumône à de pauvres chrétiens.


Sainte Julienne et sainte Christine.
Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Son père la mit dans une tour avec douze suivantes ; elle y avait des dieux d'argent et d'or. Comme elle était fort belle et que plusieurs la recherchaient en mariage, ses parents ne voulurent l’accorder à personne afin qu'elle restât consacrée au culte des dieux. Mais, instruite par le Saint-Esprit à avoir en horreur les sacrifices des idoles, elle cachait dans une fenêtre les encens avec lesquels on devait sacrifier. Son père étant venu, les suivantes lui dirent :
" Ta fille, notre maîtresse, méprise nos divinités et refuse de leur sacrifier ; elle dit au reste qu'elle est chrétienne."
Le père, par ses caresses, l’exhortait à honorer les dieux, et elle lui dit :
" Ne m’appelles pas ta fille, mais bien celle de celui auquel on doit le sacrifice de louanges ; car ce n'est pas à des dieux mortels, mais au Dieu du ciel que j'offre des sacrifices."
Son père lui répliqua :
" Ma fille, ne sacrifie pas seulement a un Dieu, de peur d'encourir la haine des autres."
Christine lui répondit :
" Tu as bien parlé, tout en ne connaissant pas la vérité ; j'offre en effet des sacrifices au Père, au Fils, et au Saint-Esprit."
Son père lui dit :
" Si tu adores trois dieux, pourquoi n'adores-tu pas aussi les autres ?"
Elle répondit :
" Ces trois ne font qu'une seule divinité."


Episodes du martyre de sainte Christine.
Speculum historiale. Vincent de Beauvais. XIVe.

Après cela Christine brisa les dieux. de son père et en donna aux pauvres l’or et l’argent. Quand le père revint pour adorer ses dieux, et qu'il ne les trouva plus, en apprenant des suivantes ce que Christine en avait fait, il devint furieux et commanda qu'on la dépouillât et qu'elle fût fouettée par douze hommes jusqu'à ce qu'ils fussent épuisés eux-mêmes. Alors Christine dit à son père :
" Homme sans honneur et sans honte, abominable aux yeux de Dieu ! ceux qui me fouettent s'épuisent ; demande pour eux à tes dieux de la vigueur, si tu en as le courage !"

Et son père la fit charger de chaînes et jeter en prison. Quand la mère apprit cela, elle déchira ses vêtements, alla trouver sa fille et se prosternant à ses pieds, elle dit :
" Ma fille Christine, lumière de mes veux, aie pitié de moi."
Christine lui, répondit :
" Que m’appelez-vous votre fille ? Ne savez-vous pas que je porte le nom de mon Dieu ?"
Or, la mère, n'ayant pu faire changer sa fille de résolution, revint trouver son mari. auquel elle déclara les réponses de Christine.


Martyre de sainte Christine. Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Alors le père la fit amener devant son tribunal et lui dit :
" Sacrifie aux dieux, sinon tu seras accablée dans les supplices ; tu ne seras plus appelée ma fille."
Elle lui répondit :
" Vous m’avez fait grande grâce de ne plus m’appeler maintenant fille du diable. Celui qui naît de Satan est démon ; tu es le père de ce même Satan."
 
Son père ordonna qu'on lui raclât les chairs avec des peignes et que ses jeunes membres fussent disloqués. Christine prit alors de sa chair qu'elle jeta à la figure de son père en disant :
" Tiens, tyran, mange la chair que tu as engendrée."
 
Alors le père la fit placer sur une roue sous laquelle il fit allumer du feu avec de l’huile ; mais la flamme qui en jaillit fit périr quinze cents personnes.
 
Or, son père, qui attribuait tout cela à la magie, la fit encore une fois renfermer en prison, et quand la nuit fut venue, il commanda à ses gens de lui lier une pierre énorme au coi et de la jeter dans la mer. Ils le firent, mais aussitôt des anges la prennent. Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même vient à elle et la baptise dans la mer en disant :
" Je te baptise en Dieu, mon Père, et en moi Jésus-Christ Son Fils, et dans le Saint-Esprit."
Et il la confia à saint Michel archange qui l’amena sur la terre.
 

Sainte Christine baptisée par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Bréviaire romain. XVe.

Le père, qui apprit cela, se frappa le front en disant :
" Par quels maléfices fais-tu cela, de pouvoir ainsi exercer ta magie dans la mer ?"
Christine lui répondit :
" Malheureux insensé ! C'est de Notre Seigneur Jésus-Christ que j'ai reçu jette grâce."
Alors il la renvoya dans la prison avec ordre de la décapiter le lendemain.

Or, cette nuit-là même, son père Urbain fut trouvé mort. Il eut pour successeur un juge inique, appelé Elius (Alphanus le nomme Idion), qui fit préparer une chaudière dans laquelle on mit bouillir de l’huile, de la résine et de la poix pour jeter Christine. Quatre hommes agitaient la cuve afin que la sainte fût consumée plus vite. Alors elle loua Dieu de ce qu'après avoir reçu une seconde naissance, il voulait qu'elle fût bercée comme un petit enfant. Le juge irrité ordonna qu'on lui rasât la tête et qu'on la menât nue à travers la ville jusqu'au temple d'Apollon. Quand, elle y fut arrivée ; elle commanda à l’idole de tomber, ce qui la réduisit en poudre. A cette nouvelle le juge s'épouvanta et rendit l’esprit.


Martyre de sainte Christine. Dessin. François Verdier. XVIIe.

Julien lui succéda : il fit chauffer une fournaise et y jeter Christine ; et elle resta intacte pendant trois heures (d'après Alphanus), qu'elle passa à chanter et à se promener avec des anges. Julien, qui apprit cela et qui l’attribua à la magie, fit jeter sur elle deux aspics, deux vipères et deux couleuvres. Les serpents lui léchèrent les pieds, les aspics ne lui firent aucun mal et s'attachèrent à ses mamelles, et les couleuvres en se roulant autour de son cou léchaient sa sueur.

Alors Julien dit à un enchanteur :
" Est-ce que tu es aussi magicien ? Irrite ces bêtes."
Et comme il le faisait, lés serpents se jetèrent sur lui et le tuèrent en un instant. Christine commanda ensuite aux serpents, les envoya dans un désert et elle, ressuscita le mort.


Bois peint. Anonyme. Eglise Saint-Symphorien.
Nuits-Saint-Georges. Bourgogne. XVIe.

Julien alors ordonna de lui enlever les mamelles, d'où il coula du lait au lieu de sang. Ensuite il lui fit couper la langue ; Christine n'en perdit pas l’usage de la parole ; elle ramassa sa langue et la jeta à la figure de Julien, qui, atteint à l’oeil, se trouva aveuglé. Julien irrité lui envoya deux flèches au coeur et une autre à son côté. En recevant ces coups elle rendit son esprit a Dieu, vers l’an du Seigneur 287, sous Dioclétien.

Son corps repose dans un château qu'on appelle Bolsene situé entre la Ville vieille et Viterbe. La tour qui était vis-à-vis de ce château a été renversée de fond en comble.


Martyre de sainte Christine. Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. R. de Montbaston. XIVe.

ANTIENNE

Unissons nos louanges et nos prières à celles de l'Eglise, pour honorer la glorieuse Vierge Martyre :

" Venez, Epouse du Christ ; recevez la couronne que le Seigneur vous a préparée pour l'éternité.
V/. Dans votre éclat et votre beauté,
R/. Avancez, marchez à la victoire, et régnez."

ORAISON

" Faites, Seigneur, que nous obtenions votre miséricorde par l'intercession de la bienheureuse Christine, Vierge et Martyre, qui vous a toujours été agréable par le mérite de la chasteté, et par la profession qu'elle a faite de la vertu dont vous êtes la source.
Par Jésus-Christ..."


Martyre de sainte Christine. Vies de saints. J. de Montbaston. XIVe.

00:15 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (2)

mardi, 18 juillet 2017

18 juillet. Saint Camille de Lellis, confesseur, fondateur de l'ordre des clercs réguliers pour le service des malades. 1614.

- Saint Camille de Lellis, confesseur, fondateur de l'ordre des clercs réguliers pour le service des malades. 1614.

Pape : Paul V. Roi des Deux Siciles : Philippe II de Sicile et Naples (Philippe III d'Espagne).

" La main du pauvre est la caisse des trésors du Christ ; tout ce qu'elle reçoit elle le dépose dans le ciel de peur de le perdre ici-bas."
Saint Césaire d'Arles.

" Mes Pères et mes Frères, il ne faut jamais douter de la Providence, il ne se passera pas un mois qu'elle ne vienne à notre secours et et ne paie toutes nos dettes. Rappelez-vous ce que disait ce bénin Sauveur à la vierge sainte Catherine de Sienne : Catherine, pense à moi et je penserai à toi. Ainsi, pensons à Lui et à nos pauvres, pour qu'Il pense à nous. Lui est-il si difficile de nous donner un peu de ces biens temporels, dont il a comblé les Juifs et les Turcs qui sont les ennemis de notre foi ?"
Saint Camille de Lellis.


Saint Camille de Lellis. Imagerie populaire.

Saint Camille de Lellis, Napolitain, fut privé de sa mère dès le berceau. Malgré les heureux présages donnés par un songe qu'avait eu sa mère avant sa naissance, il eut une enfance peu vertueuse ; sa jeunesse fut même débauchée. Jusque vers l'âge de vingt-cinq ans, on le voit mener une vie d'aventures ; il se livre au jeu avec frénésie, et un jour en particulier il joue tout, jusqu'à ses vêtements. Sa misère le fait entrer dans un couvent de Capucins, où il sert de commissionnaire.

Un jour, en revenant d'une course faite à cheval, pour le service du monastère, il est pénétré d'un vif rayon de la lumière divine et se jette à terre, saisi d'un profond repentir, en versant un torrent de larmes :
" Ah ! Malheureux que je suis, pourquoi ai-je connu si tard mon Dieu ? Comment suis-je resté sourd à tant d'appels ? Pardon, Seigneur, pardon pour ce misérable pécheur ! Je renonce pour jamais au monde !"

Saint Camille de Lellis à l'autel.

Transformé par la pénitence, Camille fut admis au nombre des novices et mérita, par l'édification qu'il donna, le nom de frère Humble. Dieu permit que le frottement de la robe de bure rouvrît une ancienne plaie qu'il avait eue à la jambe, ce qui l'obligea de quitter le couvent des Capucins. Lorsque guéri de son mal, il voulut revenir chez ces religieux, saint Philippe de Néri, consulté par lui, lui dit :
" Adieu, Camille, tu retournes chez les Capucins, mais ce ne sera pas pour longtemps."

En effet, peu après, la plaie se rouvrit, et Camille, obligé de renoncer à la vie monastique, s'occupa de soigner et d'édifier les malades dans les hôpitaux.

C'est en voyant la négligence des employés salariés de ces établissements que sa vocation définitive de fondateur d'un Ordre d'infirmiers se révéla en lui :
" Nous porterons, se dit-il, la Croix sur la poitrine; sa vue nous soutiendra et nous récompensera."

Les commencements de cet Institut nouveau furent faibles et biens éprouvés ; mais bientôt le nombre des religieux s'étendit au-delà de toute espérance.

Camille, après des études opiniâtres, s'était fait ordonner prêtre, et il était en mesure de soutenir sa tâche. Pendant une peste affreuse, le Saint fit des prodiges de charité ; il allait partout à la recherche de la misère, se dépouillait lui-même et donnait jusqu'aux dernières ressources de son monastère. Dieu bénissait le désintéressement de Son serviteur, car des mains généreuses arrivaient toujours à temps pour renouveler les provisions épuisées.

Saint Camille de Lellis secourant des pestiférés.
P. Subleyras. Palais Braschi. Rome.

Plein de vertus, épuisé de travaux, saint Camille mourut à Rome le 14 juillet 1614.
Au seuil de la mort, il vit son Dieu dans sa chambre et dit :
" Je reconnais Seigneur que je suis le plus grand des pécheurs et que je ne mérite pas de recevoir la faveur que vous daignez me faire ; mais sauvez-moi par Votre infinie miséricorde. Je mets toute ma confiance dans les mérites de Votre précieux Sang."

Les bras en croix, il prononça les saints noms de Jésus et de Marie, appela à son aide saint Michel Archange et expira avec cette prière sur les lèvres : " Que le visage du Seigneur Jésus me soit doux et joyeux."

Il fut enterré auprès du grand autel de l'église Sainte-Marie-Madeleine. Plusieur s miracles s'étant opéré à son tombeau, on leva son corps de terre pour le mettre sous l'autel même. On l'a depuis renfermé dans une châsse. Benoît XIV le béatifia en 1742, et le canonisa en 1746.

Apothéose de saint Camille de Lellis.
Dessin de Pierre Subleyras. XVIIIe.

On le représente souvent avec des anges tant ils l'aidèrent tout au long de sa vie. Saint Philippe Néri vit d'ailleurs un jour dans une extase des anges secourir les disciples de saint Camille et les aider à préparer des malades à la mort.

PRIERE

" Ange de la charité, quelles voies ont été les vôtres sous la conduite du divin Esprit ! Il fallut un long temps avant que la vision de votre pieuse mère, quand elle vous portait, se réalisât : avant de paraître orné du signe de la Croix et d'enrôler des compagnons sous cette marque sacrée, vous connûtes la tyrannie du maître odieux qui ne veut que des esclaves sous son étendard, et la passion du jeu faillit vous perdre. Ô Camille, à la pensée du péril encouru alors, ayez pitié des malheureux que domine l'impérieuse passion, arrachez-les à la fureur funeste qui jette en  proie  au  hasard capricieux leurs biens, leur honneur, leur repos de ce monde et de l'autre. Votre histoire montre qu'il n'est point de liens que la grâce ne brise, point d'habitude invétérée qu'elle ne transforme : puissent-ils comme vous retourner vers Dieu leurs penchants, et oublier pour les hasards de la sainte charité ceux qui plaisent à l'enfer ! Car, elle aussi, la charité a ses risques, périls glorieux qui vont jusqu'à exposer sa vie comme le Seigneur a donné pour nous la sienne : jeu sublime, dans lequel vous fûtes maître, et auquel plus d'une fois applaudirent les Anges. Mais qu'est-ce donc que l'enjeu de cette vie terrestre, auprès du prix réservé au vainqueur ?

Selon la recommandation de l'Evangile que l'Eglise nous fait lire aujourd'hui en votre honneur, puissions-nous tous à votre exemple aimer nos frères comme le Christ nous a aimés (Johan XV, 12.) ! Bien peu, dit saint Augustin (Homilia diei Aug. In Joh. tract. LXXXIII.), ont aujourd'hui cet amour qui accomplit toute la loi ; car bien peu s'aiment pour que Dieu soit tout en tous (I Cor. XV, 28.). Vous l'avez eu cet amour, Ô Camille ; et de préférence vous l'avez exercé à l'égard des membres souffrants du corps mystique de l'Homme-Dieu, en qui le Seigneur se révélait plus à vous, en qui son règne aussi approchait davantage. A cause de cela, l'Eglise reconnaissante vous a choisi pour veiller, de concert avec Jean de Dieu, sur ces asiles de la souffrance qu'elle a fondés avec les soins que seule une mère sait déployer pour ses fils malades. Faites honneur à la confiance de la Mère commune. Protégez les Hôtels-Dieu contre l'entreprise d'une laïcisation inepte et odieuse qui sacrifie jusqu'au bien-être des corps à la rage de perdre les âmes des malheureux livrés aux soins d'une philanthropie de l'enfer. Pour satisfaire à nos misères croissantes, multipliez vos fils ; qu'ils soient toujours dignes d'être assistés des Anges. Qu'en quelque lieu de cette vallée d'exil vienne à sonner pour nous l'heure du dernier combat, vous usiez de la précieuse prérogative qu'exalte aujourd'hui la Liturgie sacrée, nous aidant par l'esprit de la sainte dilection à vaincre l'ennemi et à saisir la couronne céleste (Collecta diei.)."

00:15 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 07 juillet 2017

7 juillet. Saint Cyrille et saint Méthode, frères, évêques et confesseurs, apôtres des Slaves. IXe siècle.

- Saint Cyrille et saint Méthode, frères, évêques et confesseurs, apôtres des Slaves. IXe siècle.

Pape : Jean VIII. Empereur byzantin : Basile Ier, le Macédonien. Rois des Francs : Louis III ; Carloman II.

" Pour enseigner les autres et les sanctifier, il faut être patient."
Saint Grégoire.


Saint Cyrille et saint Méthode et l'alphabet slave.

Il convenait que l'Octave des Princes des Apôtres ne s'éloignât point, sans qu'apparussent au Cycle sacré quelques-uns des satellites glorieux qui empruntent d'eux leur lumière à travers les siècles. Deux astres jumeaux se lèvent au ciel de la sainte Eglise, illuminant des feux de leur apostolat d'immenses contrées. Partis de Byzance, on croirait tout d'abord que leur évolution va s'accomplir indépendante des lois que l'ancienne Rome a puissance de dicter aux mouvements des cieux, dont il est dit qu'ils racontent la gloire de Dieu et les œuvres de ses mains (Psalm. XVIII, 2.). Mais saint Clément Ier, dont les reliques sont tirées par eux d'une obscurité de huit siècles, incline leur marche vers la cité maîtresse ; et bientôt on les voit graviter avec un éclat incomparable dans l'orbite de Pierre, manifestant une fois de plus au monde que toute vraie lumière, dans l'ordre du salut, rayonne uniquement du Vicaire de l'Homme-Dieu. Alors aussi, une fois de plus, se réalise magnifiquement la parole du Psaume, que tout idiome et toute langue entendra la voix des messagers de la lumière (Ibid. 4.).

Au subit et splendide épanouissement de la Bonne Nouvelle qui marqua le premier siècle de notre ère, avait succédé le labeur du second apostolat, chargé par l'Esprit-Saint d'amener au Fils de Dieu les races nouvelles appelées par la divine Sagesse à remplacer l'ancien monde. Déjà, sous l'influence mystérieuse de la Ville éternelle s'assimilant par un triomphe nouveau ceux qui l'avaient vaincue, une autre race latine s'était formée des barbares mêmes dont l'invasion, comme un déluge, semblait avoir pour jamais submergé l'Empire. L'accession des Francs au baptême, la conversion des Goths ariens et de leurs nombreux frères d'armes achevaient à peine cette transformation merveilleuse, que les Anglo-Saxons, puis les Germains, suivis bientôt des Scandinaves, venaient, sous la conduite des moines Augustin, Boniface et Anschaire, frapper eux-mêmes aux portes de l'Eglise. A la voix créatrice des apôtres nouveaux, l'Europe apparaissait, sortant des eaux de la fontaine sacrée.

Cependant, le mouvement continu de la grande émigration des peuples avait amené sur les rives du Danube une famille dont le nom commençait, au IXe siècle, à fixer l'attention du monde. Entre l'Orient et l'Occident, les Slaves, mettant à profit la faiblesse des descendants de Charlemagne et les révolutions de la cour de Byzance, tendaient à ériger leurs tribus en principautés indépendantes de l'un et l'autre empire. C'était l'heure que la Providence avait choisie, pour conquérir au christianisme et à la civilisation une race jusque-là sans histoire. L'Esprit de la Pentecôte se reposait sur les deux saints frères que nous fêtons en ce jour. Préparés par la vie monastique à tous les dévouements, à toutes les souffrances, ils apportaient à ces peuples qui cherchaient à sortir de leur obscurité passée, les premiers éléments des lettres et la connaissance des nobles destinées auxquelles le Dieu Sauveur conviait les hommes et les nations. Ainsi la race Slave devenait digne de compléter la grande famille européenne, et Dieu, dans cette Europe objet des éternelles prédilections, lui concédait l'espace plus largement qu'il ne l'avait fait pour ses devancières.

Heureuse, si toujours elle s'était tenue attachée à cette Rome qui, dans les rivalités dont ses origines eurent à subir l'assaut, l'avait si grandement aidée ! Rien, en effet, ne seconda plusses aspirations à l'indépendance que la faveur d'une langue spéciale dans les rites sacrés, obtenue pour elle du Siège de Pierre par ses deux apôtres. Les réclamations de ceux qui prétendaient la garder sous leurs lois montrèrent assez, dès lors, la portée politique d'une concession aussi insolite qu'elle était décisive pour consacrer dans ces régions l'existence d'un peuple nouveau, distinct à la fois des Germains et des Grecs. L'avenir le devait mieux prouver encore. Si aujourd'hui, des Balkans à Toural, des rivages grecs aux bords glacés de l'Océan du Nord, la race Slave s'étend, toujours forte, irréductible aux invasions, maintenant, au sein des empires qui ont pu la terrasser un jour, ce dualisme que le peuple vainqueur doit se résigner à porter en ses flancs comme une menace toujours vivante à travers les siècles : un tel phénomène, qui ne se retrouve point ailleurs en pareille mesure, est le produit de la démarcation puissante opérée il y a mille ans, entre cette race et le reste du monde, par l'introduction dans la Liturgie de sa langue nationale.

Saint Cyrille. Eglise Saint-Cyrille. Kiev. Ukraine. XIXe.

Devenu sacré par cet usage, le Slavon primitif ne connut point les variations inhérentes aux idiomes des autres nations ; tout en donnant naissance aux dialectes variés de divers peuples issus de la souche commune, il resta le même, suivant les moindres tribus slaves dans les péripéties de leur histoire et continuant, pour le plus grand nombre, de les grouper à part de toutes autres au pied des autels. Belle unité, gloire de l'Eglise, si le désir, si l'espérance des deux Saints qui l'avaient établie sur le roc immuable, avaient pu l'y maintenir! Arme terrible au service de la tyrannie, si jamais Satan la faisait tomber parle schisme entre les mains de quelqu'un des suppôts de l'enfer.

Cyrille et Méthode étaient frères germains ; ils naquirent à Thessalonique de très nobles parents. De bonne heure ils se rendirent à Constantinoplc, pour se former aux arts libéraux dans cette capitale de l'Orient. Leurs progrès furent en peu de temps considérables.
Cyrille surtout acquit une telle réputation de science, que pour le distinguer par honneur on l'appelait le philosophe. Méthodius avait embrassé la vie monastique. Pour Cyrille, à l'inspiration du Patriarche Ignace, il fut jugé digne par l'impératrice Théodora d'aller instruire dans la foi chrétienne les Khazares habitant au delà de la Chersonèse ; ses enseignements les amenèrent par l'aide de Dieu à Jésus-Christ et mirent fin à leurs nombreuses superstitions.

Ayant organisé au mieux la nouvelle communauté chrétienne, il revint plein de joie à Constantinople, et rejoignit lui-même Methode au monastère de Polychrone. Cependant la renommée des succès obtenus au delà de la Chersonèse étant parvenue à Ratislas prince de Moravie, porta ce dernier à revenir jusqu'à trois fois à la charge près de l'empereur Michel pour obtenir de Constantinople quelques ouvriers évangéliques. Cyrille et Methode étant donc désignés pour cette expédition, furent reçus en Moravie avec grande allégresse ; ils mirent tant de force, tant de soins et d'habileté à infuser dans les esprits la doctrine chrétienne, qu'il ne fallut pas longtemps pour que cette nation donnât de grand cœur son nom à Jésus-Christ.

Ce dénouement ne fut pas peu favorisé par la connaissance de la langue slavonne que Cyrille avait acquise auparavant ; ne fut point non plus de peu de poids la traduction qu'il fit, dans l'idiome propre à ces peuples, de l'Ecriture sainte des deux Testaments. Cyrille et Methode, en effet, furent les premiers à donner l'alphabet dont se servent les Slaves, et pour cette cause, non sans raison, ils sont regardés comme les pères de cette langue.

Le bruit public porta jusqu'à Rome la gloire de si grandes actions, et le Pape saint Nicolas Ier envoya l'ordre de s'y rendre aux illustres frères. Ils se mettent en route, apportant avec eux les reliques du Pape saint Clément Ier, que Cyrille avait découvertes à Cherson. A cette nouvelle, Adrien II, qui avait succédé à Nicolas, se porte en grand honneur à leur rencontre, accompagné des clercs et du peuple. Cyrille et Methodius rendent ensuite compte au Souverain Pontife entouré du clergé romain, des saints labeurs de leur charge apostolique.

L'alphabet slave de saints Cyrille et Méthode. Original, Bulgarie.

Comme des envieux basaient contre eux une accusation, sur ce fait qu'ils s'étaient permis d'user de la langue slavonne dans l'accomplissement des rites sacrés, ils appuyèrent leur cause de raisons si claires et si sûres, qu'ils reçurent du Pontife et de l'assistance approbation et louange. Tous deux s'étant alors engagés sous serment à persévérer dans la foi du bienheureux Pierre et des Pontifes Romains, furent consacrés évêques par Adrien.

Mais il était arrêté dans les décrets divins que Cyrille, plus mûr par la vertu que par l'âge, terminerait à Rome le cours de sa vie. Le corps du défunt fut l'objet de solennelles funérailles, et placé dans le tombeau même qu'Adrien s'était fait préparer ; on le conduisit ensuite à l'église de saint Clément, pour y reposer près des cendres du saint Pape.

Ces marches par la Ville au milieu du chant festif des psaumes, cette pompe moins funèbre que triomphale, sembla de la part du peuple romain comme l'inauguration des honneurs célestes pour un si saint personnage. Methode retourna en Moravie ; il mit toute son âme à s'y montrer le modèle du troupeau, se dépensant toujours plus ardemment au service des intérêts catholiques. On le vit même, indépendamment des Moraves, confirmer dans la foi du nom chrétien Pannoniens, Bulgares, Dalmates, et s'employer grandement à amener les Carinthiens au culte du seul Dieu véritable.

Cependant Jean VIII avait succédé à Adrien. L'apôtre, accusé de nouveau comme suspect dans la foi et violateur des règles des anciens, fut mandé à Rome. En présence de Jean, de plusieurs évêques et du clergé de la Ville, il vengea sans peine la pureté de la croyance qu'il avait gardée pour lui fidèlement et enseignée aux autres avec zèle ; pour l'usage du Slavon dans la sainte Liturgie, il montra qu'il avait agi légitimement, avec la permission du Pape Adrien et pour de bons motifs qui n'allaient point contre les saintes Lettres.
C'est pourquoi, quant au présent, le Pontife, embrassant la cause de Methode, donna ordre qu'on reconnût son pouvoir archiépiscopal et la légitimité de son expédition chez les Slaves, publiant même des lettres à cet effet.

De retour donc en Moravie, Methode continua de remplir avec un soin toujours plus vigilant la charge qui lui était assignée, et souffrit même pour elle l'exil de bon cœur. Il amena à la foi le prince des Bohémiens et son épouse, et répandit au loin dans cette nation le nom chrétien. Il porta la lumière de l'Evangile en Pologne, et, au rapport de quelques historiens, avant établi à Léopol un siège épiscopal, il pénétra dans la Moscovie proprement dite où il fonda le trône pontifical de Kiew.

Enfin, revenu en Moravie chez les siens, et sentant que le terme de ses pérégrinations ici-bas était proche, il se désigna lui-même un successeur, encouragea par de suprêmes recommandations le clergé et le peuple à la vertu, et termina en grande paix cette vie qui avait été pour lui le chemin du ciel. Ainsi que Rome avait fait pour Cyrille, la Moravie entoura Méthode mourant des plus grands honneurs. Leur fête était solennisée depuis longtemps déjà chez les peuples Slaves, lorsque le Souverain Pontife Léon XIII ordonna qu'elle fût célébrée tous les ans dans l'Eglise universelle, avec un Office et une Messe propres.


Géographie des langues Slaves.

HYMNES

En inscrivant la solennité des saints Cyrille et Méthodius au calendrier universel, le Souverain Pontife Léon XIII a voulu donner lui-même leur expression aux hommages et prières de l'Eglise, dans les deux Hymnes de la fête :

" Chantez, fidèles, les deux athlètes reçus dans les brillantes demeures des cieux ; chantez du peuple Slave la double force et la gloire.

Un même amour a réuni ces frères, une même piété les arrache au désert : ils brûlent de porter à plusieurs les gages de la vie bienheureuse.

Par eux la lumière qui brille dans les temples d'en haut, remplit Bulgares, Moraves et Bohémiens, farouches multitudes, que bientôt ils amènent à Pierre en bataillons pressés.

Ceignant la couronne méritée, oh ! continuez pourtant d'être propices aux prières et aux larmes : il est besoin que vous gardiez aux Slaves vos présents d'autrefois.

Que la généreuse terre qui crie vers vous, conserve la pureté de la foi éternelle ; comme elle fit au commencement, Rome elle-même toujours lui donnera le salut.

Auteur de la race humaine et son Rédempteur, dont la bonté nous vaut tous les biens, à vous action de grâces, à vous soit gloire dans tous les siècles.

Amen."

" Belle lumière de la patrie, lumière aimée des peuples Slaves, Ô frères, à vous nos vœux, à vous chaque année nos cantiques.

Rome applaudit à votre venue ; mère, elle embrasse ses fils ; elle les décore du diadème des Pontifes, les revêt d'une force nouvelle.

Jusqu'au plus loin des terres barbares vous allez porter Jésus-Christ ; vous nourrissez de sa lumière bienfaisante ceux dont se jouait une vaine erreur.

Les cœurs sont délivrés des vices, une ardeur d'en haut s'en empare ; l'horreur des ronces fait place aux fleurs de la sainteté.

Et maintenant membres de l'heureuse cour des habitants des deux, écoutez nos vœux suppliants : sauvez pour Dieu les peuples Slaves.

Que l'unique bercail du Christ rassemble ceux qu'entraînait l'erreur ; qu'émule des gestes des aïeux, leur foi reverdisse plus belle.

Trinité bienheureuse, faites sentir à nos âmes l'aiguillon du céleste amour ; qu'on voie les fils suivre les traces illustres de leurs pères.

Amen."


Saint Cyrille. Fresque. Berenda. Bulgarie. XIIIe.

PRIERE

" A cet auguste hommage nous joignons nos vœux, Ô saints frères. Avec le Pontife suprême, nous osons chanter vos louanges, et vous recommander l'immense portion de l'héritage du Christ où vos sueurs firent germer, à la place des ronces, les fleurs de la sainteté. Préparés dans la solitude à toute œuvre bonne et utile au Seigneur (II Tim. II, 21.), vous ne craignîtes point d'aborder les premiers ces régions inconnues, l'effroi du vieux monde, ces terres de l'aquilon où les Prophètes avaient signalé le trône de Satan (Isai. XIV, 13.), la source intarissable des maux ravageant l'univers (Jerem. I, 14; XLVII, 2 ; etc.). L'appel de l'Esprit-Saint vous faisait apôtres, et les Apôtres ayant reçu ordre d'enseigner toutes les nations (Matth. XXVIII, 19.) vous alliez, dans la simplicité de votre obéissance, à celles qui n'étaient pas encore évangélisées. Cette obéissance, Rome, c'était son devoir, voulut l'éprouver, et reconnut qu'elle était sans alliage. Satan aussi le reconnut, à sa défaite ; car l'Ecriture avait dit :
" L'homme obéissant racontera ses victoires." (Prov. XXI, 28.).

Autre puissance qui fut la vôtre, et que nous révèle encore l'Ecriture, disant :
" Le frère aidé par le frère est comme une ville forte, et leurs conseils sont comme les barres des portes des villes." (Ibid. XVIII, 19.).
Chassé par plus fort que lui, le fort armé vit donc avec rage passer au Christ le domaine qu'il croyait posséder la paix (Luc. XI, 21-22.), et ses dernières dépouilles, les peuples de l'aquilon, devenir comme ceux du midi l'ornement de l'Epouse (Isai. XLIX, 12, 18.). Louez le Seigneur, toutes les nations ; louez-le, tous les peuples (Psalm. CXVI, 1.) : toute langue confesse le Seigneur Jésus-Christ (Philipp. II, 11.) ! Comme monument de la victoire, le septénaire des langues sacrées se complète en ce jour (Latine, Grecque, Syriaque, Copte, Ethiopienne, Arménienne et Slavonne.). Mais, Ô Méthode, Ô Cyrille, au milieu même des Hymnes saintes que vous dédiait le Pontife souverain, un cri d'alarme a retenti :
" Gardez à Dieu les peuples Slaves ! Il est urgent à vous de protéger vos dons."

Levez vos yeux, pourrions-nous en effet dire avec le prophète ; considérez, vous qui venez de l'aquilon : où est le troupeau qui vous fut donné, ce troupeau magnifique ? Quoi donc ! est-ce contre vous que vous l'avez instruit ? L'avez-vous armé pour votre perte (Jerem. XIII, 20-21.) ? Profondeurs de Satan (Apoc. II, 24.) ! Le prince de l'aquilon a trop su réparer sa défaite ; et vos bienfaits, et la condescendance de Pierre, sont devenus par ses soins une arme de mort pour ces peuples auxquels vous aviez donné la vie. Détournée de sa voie, l'unité sainte que vous aviez fondée s'est traduite de nos jours, en caractères de sang, dans la formule d'un hideux panslavisme. Entre Byzance déjà de vos temps travaillée par le schisme, et l'Occident latin que l'hérésie devait lui-même plus tard affaiblir et démembrer, elle pouvait être, à son heure, un appui pour l'Eglise, un espoir de salut pour le monde. Perspectives séduisantes, que votre cœur sans doute avait rêvées, et qui, hélas ! Ont abouti à ces atroces persécutions, scandale de nos temps, opprobre de la terre.

Réconfortez les exilés, soutenez les martyrs, gardez les restes d'un peuple de héros ; écartez de quelques autres la fatale illusion qui les solliciterait à courir d'eux-mêmes au-devant de la tyrannie ; pour tous que luise enfin le jour des justices du Seigneur, mais bien plutôt s'il se peut, tout est possible à Dieu, celui de sa miséricorde, assez puissante pour changer les bourreaux sans frustrer leurs victimes. Serait-il donc arrêté que le poids des crimes d'un grand empire a trop fait pencher la balance du côté de la condamnation, pour que ses chefs ouvrent maintenant les yeux, et comprennent quel rôle pourrait être le leur en l'état présent du monde, si Pierre, qui leur tend les bras, voyait revenir à lui l'immense troupeau que paralyse le schisme ? Apôtres des Slaves, et en même temps citoyens de cette Rome où reposent près de celles de Clément vos reliques saintes, aidez les efforts du Pontife suprême cherchant à replacer sur la base où vous l'aviez établi l'édifice qui fut votre gloire."

00:15 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 16 juin 2017

16 juin. Saint Cyr et sainte Julitte, martyrs, patrons du diocèse de Nevers. 304.

- Saint Cyr et sainte Julitte, martyrs, patrons du diocèse de Nevers. 304.

Pape : Saint Marcelin. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximilien-Hercule.

" Martyrum appellatur tam corona quam baptisma quia baptisat pariter et coronat."
" Le martyre est appelé à la fois et couronne et baptême, parce qu'il baptise et couronne également."

Saint Cyprien. De singular. cleric. Ch. XX.


Martyre de saint Cyr et sainte Julitte.
Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte. Villejuif. Île-de-France. XVIIe.

Toutes les Eglises d'Orient, dans les diverses langues de leurs Liturgies, célèbrent la gloire de Julitte et de Cyr ; elles exaltent la dualité sainte du fils et de la mère contenant en soi le culte parfait de la Trinité souveraine (Sticheron Byzantii, ad diem XV Julii.). Car l'offrande de cette mère et de son fils s'unit d'elle-même au Sacrifice du Fils de Dieu : ce sont bien, en effet, les droits de la Trinité sainte, droits résultant pour tout chrétien du premier sacrement, droits absolus sur le corps et sur l'âme des plus petits eux-mêmes, que confessèrent et consacrèrent dans le sang de leur commune oblation sainte Julitte et saint Cyr. Saint Vite, hier déjà, rappelait au monde une vérité qu'oublieraient facilement nos générations dépourvues de science encore plus que d'amour : la paternité de Dieu, plus entière que toute autre, l'emporte aussi sur toutes dans les devoirs qu'elle impose à ses fils. L'enseignement s'accentue aujourd'hui, et il s'adresse aux parents tout d'abord.

Icône, patrie de Thècle la protomartyre, fut aussi celle de Julitte : fleur nouvelle, née de la tige des anciens rois, et dont l'éclat devait assurer à sa ville natale une plus durable renommée que tous les hauts faits de ces princes. Toutefois, comme si la cité d'Icône eût voulu reconnaître ainsi le bienfait de l'Evangile, qu'elle tenait directement du Docteur des nations, ce fut Tarse, patrie de Paul, qui reçut le témoignage de Julitte en son martyre

L'illustration que tirait de ses aïeux la descendante des rois de Lycaonie, n'était rien pour elle auprès de la noblesse qui lui venait de Jésus-Christ ; le titre de chrétienne est le seul qu'elle fera valoir devant les bourreaux, au grand jour de son triomphe. Ses biens de fortune étaient considérables ; mais les richesses de ce monde, qui n'avaient jamais captivé sa pensée, la retenaient bien moins encore depuis que Dieu l'avait visitée en lui donnant un fils. Tous les trésors réunis n'étaient pas comparables à celui qu'elle portait dans ses bras, à cet enfant confié par le Seigneur aux soins de son maternel amour. Le baptême n'avait-il pas fait de ce corps si frêle le temple de l'Esprit-Saint ?


Eglise Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte.
Saint Cirgues-la-Loutre. Limousin. XVIIe.

Cette âme candide n'était-elle pas l'objet des complaisances du Père, qui retrouvait inaltérés dans sa suave innocence les traits mêmes de son Fils bien-aimé ? Aussi de quelle ineffable tendresse, de quelle vigilance toute religieuse la mère n'entourait-elle pas cette plante délicate, qui continuait de puiser la vie dans son sein, et s'y développait aux doux rayons du Soleil de justice ! Elle n'était pas de celles en effet qui. sans raison, livrent à d'autres le soin de nourrir le fruit que leur sein a porté : comme si la nature ne répugnait pas à cette substitution, trop souvent désastreuse pour le corps ou l'âme même de ces êtres si tendres ; comme si, surtout, le devoir incommunicable des mères chrétiennes et leur glorieux privilège n'était pas d'épier chez l'enfant, pour les tourner à Dieu, le premier éveil de l'intelligence, le premier mouvement de sa volonté. Julitte était heureuse ; car elle sentait que Dieu bénissait le cher labeur qui désormais remplissait sa vie. Le lait qu'elle donnait avec tant d'amour imprégnait en son fils la mâle fierté de sa race, qui déjà ne se laissait dominer que par le nom du Seigneur Jésus. Rome, la conquérante, en rit bientôt l'épreuve et fut vaincue.

L'atroce persécution de Dioclétien bouleversait la terre, et venait d'afficher dans Icône ses édits sanglants. Julitte, qui ne craignait rien pour elle, redouta pour Cvr les maîtres païens qui l'auraient remplacée si la tourmente l'eût enlevée sans lui de ce monde. Elle sacrifia tout au devoir majeur de préserver l'âme de l'enfant dont elle avait la garde. Sans balancer, elle fuit vers une terre étrangère, laissant patrie, famille, richesses, emportant le seul bien qui la rattache à la vie. Deux servantes qui par dévouement suivent ses pas, ne peuvent la décider à se décharger sur elles de son précieux fardeau. Quand Dieu, qui veut donner à ses anges un spectacle digne d'eux, permet qu'elle tombe aux mains des persécuteurs, ils la trouvent portant toujours son fils ; inséparables, Julitte et Cyr paraissent tous deux aux pieds du juge qui va les couronner ensemble.

On lira plus loin l'admirable scène qui alors honora la terre et ravit le ciel. Rien de plus authentique que tous les détails de ce récit, admis par Dom Ruinart dans la collection de ses Actes sincères. Mais rappelons-nous que celui-là seul sait honorer les Saints en étudiant leur histoire, qui profite des leçons laissées par eux au monde. Des attentats récents doivent nous avoir appris que l'héroïsme de Julitte n'est point fait pour rester chez nous l'objet d'une admiration stérile, mais qu'il pourrait un jour servir à plusieurs d'exemple nécessaire. Le devoir ne change pas d'un siècle à l'autre ; la difficulté de le remplir, qui peut varier avec les circonstances du temps OU du lieu, n'enlève rien à l'inflexibilité de ses exigences.

N'oublions pas, d'autre part, qu'elle aussi l'Eglise est mère, et qu'elle a devoir et droit d'allaiter ses enfants. Contre les tyrannies qui ont cherché à séparer d'elle ses fils, ses protestations n'ont jamais manqué. S'il arrive donc qu'un coup de force arrache des bras de sa mère un enfant de l'Eglise, il faut qu'il sache que son devoir à lui est de prendre modèle sur le fils de Julitte. N'est-il pas, lui aussi, le fils de la colombe ? Qu'il se montre tel ; qu'il s'obstine saintement à redire la parole, l'unique parole de l'Eglise ; qu'il tende vers elle d'autant plus fortement et plus vivement, qu'on veut l'en éloigner davantage. Pourrait-il ne pas abhorrer les caresses odieuses de quiconque prétend remplacer sa mère ? Tout autre secours lui faisant défaut, qui ne l'approuverait de repousser, comme Cyr, par les moyens en son faible pouvoir, la main qui chercherait à perdre son corps ? Mais l'âme, en lui, est-elle donc moins précieuse?et ne devrait-il pas, au besoin, sacrifier le premier pour sauver celle-ci ?


Email et verre filé. Nevers. Bourgogne. XVIIIe.

Nous devons le penser : ce n'est pas sans une vue de l'avenir que la Providence dirigea de bonne heure vers nos contrées les précieux restes des deux martyrs. A la fin même du siècle où fut rendu leur sanglant hommage au Dieu trois fois saint, on vit saint Cyr et sainte Julitte choisir la Gaule pour patrie d'adoption : émigration fortunée, qui devait être féconde en fruits de salut pour notre pays. A peine fut apaisé le tumulte des invasions, que des sanctuaires nombreux s'élevèrent sous leur nom vénéré, attestant combien leur culte était populaire et répondait aux instincts chevaleresques des Francs. Charlemagne, délivré par Cyr du sanglier mystérieux qui se retrouve près du saint enfant dans les diverses productions de l'art chrétien, voulut lui prouver sa reconnaissance ; et c'est à dater de cette époque que l'antique cathédrale de Nevers, rebâtie parla munificence du grand empereur, fut placée sous le vocable de saint Cyr reconnu avec sa mère comme patron du diocèse entier. Le Nivernais resta fidèle à ses glorieux patrons ; quatre fois l'année, des fêtes en leur honneur allaient porter l'allégresse dans ses fraîches vallées et sur les montagnes boisées du Morvan. La principale de ces fêtes, après la solennité du présent jour, était celle qui rappelait l'arrivée bénie des reliques saintes ; elle était connue sous le nom de fête de la Susception de saint Cyr, et on la célébrait le 27 octobre.

Les diverses églises qui célèbrent aujourd'hui la fête de saint Cyr et de sainte Julitte, tirent la Légende plus ou moins développée qu'elles leur consacrent, de la lettre écrite au VIe siècle à leur sujet par Théodore, évêque d'Icône. Nous empruntons le texte suivant à l'église de Villejuif, près Paris, l'une des plus dévotes à nos deux saints martyrs et des plus riches de leurs reliques.

Le nom actuel de Villejuif ne serait, d'après plusieurs auteurs, qu'une corruption de Ville-Julitte ou Villa-Julittae.

De la Lettre de Théodore, évêque d'Icône, sur le martyre des saints Cyr et Julitte :

Julitte était issue de la souche des rois d'Icône. La persécution sévissant avec violence sous Domitien, gouverneur de Lycaonie, elle s'enfuit de sa ville natale avec deux servantes et Cyr son fils qui n'avait que trois ans. Ayant donc quitté tous ses biens qui étaient considérables, elle arriva à Séleucie. Mais elle y trouva les chrétiens encore plus tourmentés ; le préfet que Dioclétien avait établi à Séleucie, Alexandre, venait de recevoir de l'empereur un édit qui ordonnait de soumettre à tous les supplices ceux qui refuseraient de sacrifier aux idoles. Julitte partit pour Tarse. Mais, comme s'il eût voulu la poursuivre, il se trouva que le barbare Alexandre s'y rendait en même temps. Notre grande martyre Julitte fut arrêtée, portant dans ses bras son fils Cyr, d'un âge encore si tendre. Amenée au tribunal, Alexandre lui demanda son nom, sa condition, sa patrie. Elle répondit avec assurance, et, se couvrant uniquement du nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, elle dit :
" Je suis Chrétienne !"
Alexandre, enflammé de colère, ordonna d'enlever l'enfant à sa mère et de le lui amener, pendant qu'on la battrait cruellement à coups de nerfs de bœuf.


Saint Cyr et sainte Julitte comparaissant devant Alexandre de Tarse.
Legenda aurea. Bx. J. de Voragine. R. de Montbaston. XIVe.

On ne put que par la violence arracher l'enfant du sein de la généreuse mère ; de tous ses membres qu'il agitait il tendait vers sa mère, et n'en détachait point les yeux ; il fallut que les bourreaux l'apportassent au préteur. Celui-ci l'ayant reçu dans ses bras, le caressait doucement ; il s'efforçait d'arrêter ses larmes, et le plaçant sur ses genoux, cherchait à l'embrasser. Mais l'enfant, les yeux fixés sur sa mère, éloignait de lui le préteur, détournait la tête, et, s'aidant de ses petites mains, il lui égratignait le visage avec ses ongles. Enfin, comme le petit de la chaste tourterelle, imitant la voix de sa mère, le bienheureux enfant s'unit à la confession de Julitte, et crie avec elle :
" Je suis Chrétien !"
En même temps il frappe de ses pieds les flancs du préteur. Furieux, le monstre (car on ne peut appeler homme celui que n'adoucit point l'innocence de cet âge) saisit l'enfant par le pied, et du haut de son siège il le jette à terre. La tête de la noble victime se brise contre les angles des degrés, la cervelle jaillit, et le tribunal entier est arrosé de sang.
Remplie d'une allégresse qui ne peut se contenir à ce spectacle, Julitte s'écrie :
" Grâces vous soient rendues, Ô Seigneur, d'avoir voulu que mon fils consommât son sacrifice et reçût avant moi de votre bonté la couronne immortelle !"


Martyre de saint Cyr et sainte Julitte.
Vies de saints. J. de Montbaston. XIVe.

Honteux et furieux, le juge fait suspendre Julitte sur le chevalet ; par son ordre, on lui déchire violemment les côtes, et on verse sur ses pieds de la poix bouillante. Pendant l'exécution, un héraut criait :
" Julitte, aie pitié de toi et sacrifie aux dieux ; redoute la triste mort qui vient de frapper ton fils."
Mais la vaillante martyre, inébranlable au milieu des tourments, criait elle-même :
" Je ne sacrifie point aux démons, mais j'honore le Christ, Fils unique de Dieu, par qui le Père a crée toutes choses ; j'ai hâte de rejoindre mon enfant, pour lui être réunie dans le royaume des cieux."
Alors, poussant jusqu'au bout sa folie, le cruel juge prononça sa sentence contre celle dont il désespérait de vaincre la constance au combat :
" Cette femme, y était-il dit, aura la tête tranchée par le glaive, et le corps de son fils sera traîné au lieu où l'on jette les cadavres des criminels."

Ce fut le dix-sept des calendes d'août que Julitte, l'illustre martyre, et Cyr, son glorieux fils, consommèrent par la grâce de Jésus-Christ leur triomphe. L'Eglise de Nevers les reconnaît pour ses Patrons, ainsi que plusieurs autres églises et monastères du royaume, entre lesquels la paroisse de Villejuif, près Paris, se glorifie de posséder une portion considérable des reliques des deux martyrs, et les entoure de la plus grande vénération.


Martyre de saint Cyr et sainte Julitte.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

PRIERE

" Il est comblé, votre désir, Ô Julitte ; vous avez rejoint votre enfant. Inséparables tous deux comme sur la terre, vous êtes l'ornement des cieux. Les anges vous admirent ; à la vue de cette mère et de son fils unis dans la louange du Dieu trois fois saint, ils comprennent que la production de leurs sublimes hiérarchies n'avait point épuisé la sagesse du Créateur. Epanouis à la fois sous le regard éternel, leurs neuf chœurs se communiquaient dans un ordre parfait lumière et amour ; mais rien, dans cet ensemble merveilleux, ne laissait soupçonner les rapports que le Seigneur méditait d'établir entre d'autres êtres créés également pour sa gloire. La nature humaine a sur l'ange cet avantage qu'elle imite, en se communiquant, l'essentielle relation de Dieu le Père et de son Verbe ; ce que ne font pasles plus hauts séraphins, l'homme, reprenant pour soi la parole de Dieu, peut dire à son semblable :
" Vous êtes mon fils !" (Psalm. II, 7.).

Or cette filiation, sans laquelle l'homme n'arriverait pas à la vie terrestre et caduque de ce monde inférieur, il la retrouve, non moins véritable, et pour l'éternité, dans les régions de l'ordre surnaturel ; car la nature n'est qu'une faible image des réalités qui sont le partage des élus. C'est ainsi, Ô Julitte, que vous êtes deux fois mère du saint enfant qui repose dans vos bras ; mais combien ne l'emporte pas sur la première, dans l'ordre du temps, cette seconde naissance par laquelle vous l'avez engendré à la gloire ! L'enfantement de votre martyre l'emporta, lui aussi, en douleurs ; c'est la loi de toute maternité depuis la chute : la sentence qui atteignit Eve (Gen. III, 16.) a son terrible écho dans le monde de la grâce.

Aujourd'hui, selon la parole du Seigneur, vous ne vous souvenez plus des souffrances
(Johan. XVI, 21.). Le sacrifice de la mère et du fils, commencé dans l'angoisse d'une confession douloureuse, est aujourd'hui un sacrifice d'allégresse et de louange. Car votre commune oblation se poursuit au ciel : elle reste la base des relations si puissantes et si douces, où Dieu trouve sa gloire ; elle est la source des bénédictions que le Seigneur se plaît à répandre par vous sur la terre.


Cathédrale Saint-Cyr-Sainte-Julitte. Nevers. Bourgogne.

Puissiez-vous, Ô martyrs, hâter le retour de la vraie lumière dans cet Orient qui vous donna la vie et reçut en échange votre sang précieux ! Bénissez l'Occident, où tant d'églises célèbrent aujourd'hui votre fête. Que la France, votre seconde patrie, ressente toujours les effets d'une protection qui remonte si haut déjà dans les fastes de son histoire. Charlemagne à genoux devant Cyr, le grand empereur à vos pieds, nous révèle bien votre pouvoir, Ô fils de Julitte ; et dans nos temps, votre fidèle Eglise de Nevers,gardée contre toute espérance de l'invasion prussienne qui ravageait les alentours, témoigne assez la permanence de ce pouvoir protecteur remis aux mains d'un enfant par le Dieu des armées.

Aujourd'hui ce n'est point d'hostilités étrangères qu'il s'agit, mais d'épreuves plus terribles encore, et qui, pour une part bien large, rappellent les vôtres. Soutenez la foi des mères, Ô Julitte ; élevez leur christianisme à la hauteur des enseignements contenus dans vos glorieux combats. Devant la tyrannie qui s'empare de l'éducation pour perdre l'âme des petits enfants, que Cyr trouve partout des imitateurs. On en a vus déjà qui, sous l'odieuse pression de maîtres impies prétendant leur dicter des leçons condamnées par l'Eglise, ne savaient écrire que le Credo reçu de leur mère. Honneur à eux ! Sans nul doute, à ce spectacle vous avez tressailli, Ô Cyr, et votre regard s'est arrêté avec complaisance sur ces émules que notre siècle vous donne. Tout n'est donc pas perdu encore pour notre malheureux pays. Avec votre mère, développez toujours plus dans les enfants de l'Eglise ce sentiment de la sainte liberté devenue leur part au baptême : c'est elle qui, soumise à toute puissance venant de Dieu, triompha pourtant des Césars ; c'est de sa noble indépendance à l'égard de tout abus de pouvoir que dépend encore le salut de la société."

00:15 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (1)

samedi, 03 juin 2017

3 juin. Sainte Clotilde, reine de France. 545.

- Sainte Clotilde, reine de France. 545.

Pape : Vigile. Roi de Paris : Childebert Ier. Roi des Francs : Clotaire Ier.

" Après qu'elle eût invoqué Dieu qui gouverne et sauve tout, Dieur changea l'esprit du roi."
Esther, XV, 5.


Gravure. Blin et Allabre, graveurs. Garnier-Allabre, imprimeur. XIXe.

En cette saison où l'Office du Temps nous amène à considérer les premiers développements de la sainte Eglise, il entrait dans les vues de l'éternelle Sagesse que les fêtes des Saints complétassent, comme toujours, les enseignements du Cycle mobile. Le Paraclet, dont l'avènement est si près de nous, doit remplir la terre (Sap. I, 7.) ; l'Homme-Dieu l'envoie conquérir l'espace et assurer les temps à son Eglise. Or, c'est en soumettant les royaumes par la foi, qu'il doit former au Christ son empire ; c'est en faisant que l'Eglise s'assimile les nations, qu'il donne à l'Epouse croissance et durée. Voici donc qu'au temps même où il vient de nouveau s'emparer du monde, les coopérateurs de l'Esprit dans son oeuvre de conquête apparaissent de toutes parts au ciel de la sainte Liturgie.

Mais l'Occident surtout concourt à former la constellation qui vient mêler ses clartés radieuses aux feux puissants de la Pentecôte. Et, en effet, l'établissement de la chrétienté latine ne manifestera-t-il pas plus que nulle part ailleurs, dans ces lointaines contrées, la toute-puissance de l'Esprit du Christ ? Aussi voyez comme, partis d'Orient, les deux astres incomparables des princes des Apôtres se hâtent, sur notre horizon, vers le zénith glorieux qu'ils atteindront en ce mois même ; hier Jean, le disciple bien-aimé, projetait sur la Gaule ses derniers, ses plus durables rayons; quelques jours plus tôt, c'était le pape Eleuthère et le moine Augustin joignant leur action à travers les siècles, pour porter la lumière du salut dans l'extrême Occident, chez les Bretons et les Angles ; après-demain, Boniface illuminera la Germanie.

Mais aujourd'hui, quelle autre étoile se lève en nos régions ? Son doux éclat rivalise en vertu avec la lumière des plus puissants flambeaux du Christ. La ville de Lyon, préparée par le sang des martyrs à cette seconde gloire, vit grandir dans son sein l'astre nouveau ; comme d'eux-mêmes, après trois siècles, ses rayons se mêlent à ceux de Blandine. Comme Blandine en effet, Clotilde est mère ; et la maternité de l'esclave , engendrant pour le ciel dans sa virginité les martyrs gaulois, préparait la naissance des Francs au Christ-Dieu du sein de leur première reine. Clotilde n'eut point comme Blandine à verser son sang ; mais d'autres tortures l'atteignirent cruellement toute jeune encore, et mûrirent son âme pour les grandes destinées que Dieu réserve aux privilégiés de la souffrance.

La mort violente de son père Chilpéric détrôné par un usurpateur fratricide . la vue de ses frères massacrés, de sa mère noyée dans le Rhône, sa longue captivité à la cour arienne du meurtrier qui amenait avec lui l'hérésie sur le trône des Burgondes, développèrent en elle le même héroïsme de foi qui soutenait Blandine dans l'enfantement douloureux de l'amphithéâtre, et devait faire également de la nièce de Gondebaud la mère de tout un peuple. Unissons donc leurs noms dans un même hommage ; et, prosternés aux pieds du Père souverain de qui découle toute paternité sur la terre et au ciel (Eph. III, 15.), adorons ses voies remplies pour nous de tendresse et d'amour.

Dieu, qui n'a tiré du néant l'univers visible que pour manifester sa bonté, a voulu que l'homme, sortant de ses mains sans pouvoir encore contempler directement son auteur, rencontrât comme première traduction de l'amour infini la tendresse d'une mère : traduction sublime, irrésistible dans sa douceur, et dont l'exquise pureté donne à la mère cette facilité qui n'appartient qu'à elle seule d'achever par l'éducation, dans l'âme de son enfant, la reproduction complète de l'idéal divin qui doit s'imprimer en lui.


Clotilde apportant des subsides à un ermite.
La cité de Dieu. Saint Augustin. Paris. XVe.

Mais la fête d'aujourd'hui nous révèle combien plus sublime encore, plus puissante et plus étendue que dans l'ordre de la nature, est la maternité dans l'ordre supérieur de la grâce. Lorsque Dieu en effet, venant parmi nous, voulut prendre chair au sein d'une fille d'Adam, la maternité s'éleva jusqu'à la limite extrême qui sépare les dons d'une simple créature des attributs divins. En même temps qu'elle s'élevait par delà les deux, elle embrassait le monde , rapprochant tous les hommes, sans distinction de familles ou de nations, dans la filiation de la Vierge-Mère. Car l'Adam nouveau, modèle parfait de la race humaine et notre premier-né (Rom. VIII, 29. ; Heb. II, 11-12.), nous voulait pour frères en toute plénitude, frères en Marie comme en Dieu (Matth. I, 25 ; Heb. I, 6.).

La Mère de Dieu fut donc proclamée celle des hommes au Calvaire ; du haut de sa croix, l'Homme-Dieu replaçait sur la tète de Marie la couronne d'Eve, brisée près de l'arbre fatal. Constituée l'unique mère des vivants par cette auguste investiture (Gen. III, 20.), Notre-Dame entrait une fois de plus en communication des privilèges du Père qui est aux deux. Non seulement elle était, par nature comme lui, mère de son Fils éternel ; mais de même que toute paternité découle ici-bas de ce Père souverain, et lui emprunte sa dignité suréminente : toute maternité ne fut plus dès lors, dans un sens très vrai, qu'un écoulement de celle de Marie, une délégation de son amour, et la communication de son auguste privilège d'enfanter à Dieu les hommes qui doivent être ses fils.

Les mères chrétiennes ont bien le droit de s'en glorifier, car c'est là leur grandeur ; leur dignité s'est accrue par Marie jusqu'à un point que n'aurait pu soupçonner la nature. Mais en même temps, sous l'égide de Marie, comme hier en notre Blandine, non moins réelle pour Dieu que la leur apparaîtra maintes fois, désormais, la maternité des vierges ; comme Clotilde aujourd'hui, souvent aussi l'épouse, préparée par l'appel de Dieu et la souffrance, se verra douée d'une fécondité plus grande mille fois que celle qui lui venait de la terre. Heureux les hommes issus, par la faveur de Marie, de cette fécondité surnaturelle qui réunit toutes les grandeurs ! Heureux les peuples auxquels une mère fut donnée par la divine munificence !

L'histoire nous apprend que les fondateurs des empires ont toujours eu la prérogative redoutable d'imprimer aux nations le caractère, néfaste ou bienfaisant, qui marque leur existence à travers les siècles. Combien parfois on sent, dans l'impulsion qui leur fut donnée pour détruire plutôt que pour édifier, le manque d'un contrepoids à la prépondérance du pouvoir ! C'est que les peuples anciens n'avaient point de mères ; on ne peut donner ce titre aux héroïnes qui n'ont transmis leurs noms à la postérité, que pour avoir rivalisé d'ambition et de faste avec les conquérants. Il était réservé aux temps chrétiens de voir s'introduire dans la vie des nations cet élément de la maternité, plus salutaire, plus efficace en son humble douceur, que celui qui résulte des qualités ou des vices, de la puissance ou du génie de leurs premiers princes.


Sainte Clotilde en prière au pied du tombeau de saint Martin.
Détail. Charles Van Loo. XVIIIe.

Dans le christianisme même, la sainteté que demande chez la créature qui en est investie cette maternité sublime, en fait l'apanage exclusif de l’Eglise catholique, seule sainte, et des nations qui sont dans l'Eglise ; les empires issus du schisme ou de l'hérésie n'ont point à y prétendre. Rejetés par ce côté au rang des nations païennes, ils pourront exceller comme elles dans la richesse ou la force, être appelés même d'en haut au sinistre honneur d'être les fléaux de Dieu contre des enfants indociles ; mais il restera toujours dans leur formation sociale, dans leur vie entière, un vide immense : sortis de la terre directement, fils de leurs œuvres, comme on dit aujourd'hui, ils n'ont point bénéficié des prières et des larmes d'une mère ; son sourire n'a point éclairé leurs premiers pas, adouci leur enfance. En conséquence, selon le mot du poète latin, ils ne seront point admis à la table divine, ni aux intimités d'une alliance véritable avec le ciel (Virg. Egl. IV. : "... Cui non risere parentes, nec deus hunc mensa, dea nec dignata cubili est ") ; et jamais la vraie civilisation n'avancera par leurs mains.

Les peuples fidèles, au contraire, sont pour l'Eglise, qui est le royaume de Dieu, comme les familles dont le rapprochement sous une même unité sociale forme la nation ; leur vocation, d'ordre avant tout surnaturel, appelle en eux une plénitude de vie au développement de laquelle s'emploient, dans l'éternelle Trinité, la Toute-Puissance, la Sagesse et l'Amour. Aussi, bien que la nature ait l'honneur de fournir ici les ternies du langage et les points de comparaison, ses procèdes et sa puissance sont tellement surpassés à ces hauteurs divines, qu'elle n'y apparaît plus que comme une faible image, presque fautive à force d'être incomplète. Mais parmi les nations baptisées dans la foi au Christ et la soumission à son vicaire, c'est à la France surtout qu'il appartient de s'écrier avec le Psalmiste :
" Ô Seigneur qui avez prévu mes voies et longtemps à l'avance fixé mes destinées, votre science, dans le travail de ma formation, a été merveilleuse ! Mes reins vous appartiennent ; avec ses aspirations et ses pensées, tout mon être est à vous ; car vous m'avez reçu dans vos bras comme votre oeuvre, lorsque je sortais du sein même de ma mère. Aucun de mes os qui vous soit caché, à vous qui l'avez façonné dans le secret des entrailles maternelles et qui connaissez l'imperfection de mes premières origines." (Psalm. CXXXVIII.).

Il fallut du temps pour dompter les instincts farouches des guerriers de Clovis, et préparer leur épée à la noble mission dont elle était appelée à devenir, dans la main de Charlemagne et de saint Louis, l'instrument glorieux. On a dit avec raison que ce travail fut l'honneur des évêques et des moines. Mais, pour être complet et faire preuve d'une science plus approfondie des voies de la Providence, il eût convenu d'oublier moins la part que devait avoir la femme, et qu'elle eut en effet, dans l'oeuvre de la conversion et de l'éducation qui firent du peuple franc le premier-né de l'Eglise.

C'est Clotilde qui conduit les Francs au baptistère de Reims, et présente à Rémi le fier Sicambre transformé beaucoup moins par les exhortations du saint évêque, que par la vertu des prières de la femme forte élue de Dieu pour enlever cette riche dépouille à l'enfer. Quelle virile énergie, quel dévouement à Dieu nous révèlent les démarches de cette noble fille du roi détrôné des Burgondes, qui, sous l'oeil soupçonneux de l'usurpateur meurtrier de sa famille, attend l'heure du ciel dans l'exercice de la charité et le silence de l'oraison : jusqu'à ce que, le moment venu enfin, ne prenant conseil que de l'Esprit-Saint et d'elle-même, elle s'élance pour conquérir au Christ cet époux, qu'elle ne connaît pas encore, avec une vaillance qui dépasse celle des guerriers formant son escorte !

Saint Remi accueille Clovis et sainte Clotilde à Reims.
La cité de Dieu. Saint Augustin. Paris. XVe.

La force et la beauté (Prov. XXXI.) sont véritablement sa parure au jour des noces ; le coeur de Clovis a bientôt compris que les conquêtes réservées à cette épouse, l'emporteront sur le butin ravi jusque-là par ses armes. Clotilde, au reste, a trouvé sur les rives de la Seine son oeuvre préparée ; depuis cinquante ans, Geneviève est debout, défendant Paris contre l'invasion des hordes païennes, et n'attendant que le baptême du roi des Francs pour lui ouvrir ses portes.

Toutefois, lorsque dans cette même nuit de Noël qui vit Notre-Dame donner au monde l'Enfant divin, Clotilde a enfanté pour Marie à l'Eglise son peuple premier-né, l'oeuvre est loin d'être achevée ; il s'agit de faire maintenant de ce peuple nouveau, dans les labeurs d'une lente éducation, la nation très chrétienne. L'élue de Dieu et de Notre-Dame ne défaille point à sa tâche maternelle. Que de larmes pourtant il lui faudra verser encore ! Que d'angoisses sur des fils dont la violence de race semble indomptable, livrés par l'exubérance même de leur riche nature à la fougue des passions qui les pousse en aveugles aux crimes les plus atroces !

Les petits-fils qui grandissaient près d'elle, massacrés dans un infâme guet-apens par des oncles perfides ; des guerres fratricides, promenant la dévastation sur tout ce territoire de la vieille Gaule qu'elle avait purgé du paganisme et de l'hérésie ; et, comme pour compenser l'amertume des discordes intestines par une autre douleur du moins plus glorieuse, sa fille chérie, Clotilde la jeune, mourant d'épuisement à la suite des sévices endurés pour sa foi de la part d'un époux arien : tout montre assez à la reine des Francs que si le ciel l'a choisie pour être leur mère, il entend lui en laisser la peine aussi bien que l'honneur. Ainsi le Christ traite les siens, quand ils ont sa confiance. Clotilde l'a compris : depuis longtemps déjà, veuve de son époux, privée de l'assistance di Geneviève qui a suivi de près Clovis au tombeau, elle s'est retirée près du sépulcre de son glorieux précurseur, le thaumaturge des Gaules, pour y continuer avec l'aide de Martin, dans le secret de la prière et l'héroïsme de la foi qui soutint son enfance, la préparation du nouveau peuple à ses grandes destinées.


Sainte Clotilde au baptême de Clovis. Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Travail immense, auquel une seule vie ne pourrait suffire ! Mais la vie de Clotilde, qui ne doit point voir s'achever la transformation tant désirée, ne se clora pas qu'elle n'ait, à Tours, serré dans ses bras Radegonde, son illustre belle-fille ; investie de sa sublime maternité dans une étreinte suprême, elle l'envoie poursuivre près de la tombe d'Hilaire, cet autre vrai père de la patrie, l'intercession toute-puissante qui fera la nation. Puis, lorsque Radegonde elle-même, sa tâche de souffrance et d'amour accomplie, devra quitter la terre, Bathilde bientôt paraîtra, consommant l'œuvre en ce siècle septième, dont on a pu dire qu'il sembla comme celui où, prêt enfin pour sa mission, " le Franc fut fiancé à l'Eglise et armé chevalier de Dieu " (Hist. de S. Léger. Introduction.).

Clotilde, Radegonde, Bathilde, mères de la France, se présentent à nous reconnaissables toutes les trois aux mêmes traits pour leurs fils : préparées toutes trois, dès le début de la vie, au dévouement qu'exige leur grande mission, par les mêmes épreuves, la captivité, l'esclavage, par le massacre ou la perte des leurs ; toutes trois ne portant sur le trône que l'indomptable amour du Christ-Roi et le désir de lui donner leur peuple ; toutes trois enfin déposant le diadème au plus tôt, afin de pouvoir, prosternées devant Dieu dans la retraite et la pénitence, atteindre plus sûrement l'unique but de leur ambition maternelle et royale. Héritières d'Abraham en toute vérité, elles ont trouvé dans sa foi (Rom. IV, 18 ; Heb. XI, 11.) la fécondité qui les rendit mères des multitudes que si longtemps notre sol, arrosé de leurs larmes , produisit sans compter pour le ciel.

En nos temps amoindris eux-mêmes, ils sont nombreux encore, ceux que, chaque jour, la terre des Francs envoie rejoindre dans la vraie patrie les heureux combattants des jours meilleurs ; et tous, n'étant plus soumis aux distractions d'ici-bas, ont vite, là-haut du moins, reconnu leurs mères. A la vue de cette affluence toujours croissante de nouveaux fils pressant leurs rangs dans l'allégresse autour de leurs trônes, leur cœur débordant d'amour renvoie au Père souverain la parole du Prophète :
" Qui donc m'a engendré ceux-ci ? Moi la stérile et qui n'enfantais pas, moi la captive et l'exilée, qui m'a nourri tous ces fils ? J'étais seule, abandonnée ; et tous ceux-là, où étaient-ils ?
- En vérité, répond le Seigneur, tous ceux-là seront ta parure, et tu en seras entourée comme l'épouse de ses joyaux. Tes déserts, tes solitudes, la terre de ruines qui vit ta souffrance, seront remplis des fils de ta stérilité, jusqu'à en être trop étroits pour les contenir. Les rois seront tes nourriciers, et les reines tes nourrices. Et tu sauras que c'est moi, le Seigneur, au sujet de qui ne seront point confondus ceux qui l'attendent."
(Isai. XLIX, 18-23.).


Sainte Clotilde et sa famille ; notamment trois de ses petits fils
dont le futur saint Cloud. Grandes chroniques de France. XIVe.

Clotilde, fille du roi Chilpéric, après le meurtre de sus parents, fut élevée par son oncle Gondebaud, roi de Bourgogne, qui la donna en mariage à Clovis encore païen. Etant devenue mère, elle fit baptiser son premier-né, avec la tolérance plutôt que l'assentiment de Clovis. L'enfant, à qui on avait donné le nom d'Ingomer, étant venu à mourir lorsqu'il portait encore la robe blanche des néophytes, Clovis se plaignit vivement à Clotilde, attribuant la perte de son fils à la vengeance des dieux de ses pères irrités du mépris qu on avait fait de leur divinité. Mais Clotilde disait :
" Je rends grâces au tout-puissant Créateur de toutes choses, de ce qu'il ne m'a pas jugée indigne de mettre au monde un fils appelé à partager son royaume."

Ayant mis au monde un second fils, elle voulut aussi qu'il fût baptisé ; on lui donna le nom de Clodomir. L'enfant étant tombé malade, le roi affirmait déjà qu'il allait avoir le même sort que son frère, lorsqu'il fut guéri par les prières de sa mère. Cependant la reine ne cessait d'exhorter son époux à repousser l'idolâtrie pour adorer le Dieu unique en trois personnes ; mais Clovis se tenait attaché aux superstitions des Francs, jusqu'à ce qu'un jour...

Voeu de Clovis à la bataille de Tolbiac. Fresque de Paul-Joseph Blanc.
Ancienne église Sainte-Geneviève, aujourd'hui profanée
et transformée en " Panthéon ". Paris. XIXe.

En 496 Clovis fut contraint de mener une campagne contre les Alamans, dont l'établissement jouxtait la frontière Est des nouveaux territoires saliens. Ceux ci ne cessaient d'agresser les Francs Rhénans du royaume de Cologne. Clovis vint donc au secours de Sigebert le Boiteux, allié de Clovis, roi de Cologne, et qui devait son surnom à une blessure qu'il reçu des Alamans.

La bataille qui eut lieu, à Tolbiac (aujourd'hui Zülpich au sud ouest de Cologne), dégénéra en un violent massacre et son armée de Francs-Saliens fut sur le point d'être complètement exterminée. Après avoir invoqué en vain ces dieux païens, Clovis implora avec succès le Dieu de Clotilde. La bataille, près d'être perdue, fut une complète victoire et le roi des Alamans fut tué d'une flèche.

Clovis décida alors de sa conversion au Christianisme. Les Alamans firent leur soumission, abandonnant le cours supérieur du Rhin, désormais placé solidement sous le contrôle de Sigebert le Boîteux.

Clotilde, pleine de joie, vint au-devant de lui jusqu'à Reims, ayant su la manière dont tout s'était passé. Appelé par elle, saint Remi, et plusieurs autres illustres prélats choisis par lui, instruisirent Clovis des mystères de la foi, le baptisèrent et lui conférèrent l'onction du saint Chrême.


Bataille de Tolbiac. Ary Scheffer. Château de Versailles. XIXe.

Après la mort de Clovis, Clotilde se fixa à Tours, où elle passa le reste de sa vie au tombeau de saint Martin, se livrant aux veilles, à l'aumône et aux autres œuvres de la piété, exerçant sa munificence envers les églises et les monastères. Clodomir ayant été tué dans la guerre de Bourgogne, elle éleva près d'elle ses petits-fils, Théobald, Gontaire et Clodoald.

Enfin, pleine de jours, elle rendit son âme au Seigneur, à Tours, et son corps fut transféré à Paris, escorté de chœurs qui chantaient des psaumes. Les rois Childebert et Clotaire ses fils l'ensevelirent à côté de Clovis, dans le sanctuaire de la basilique de Saint-Pierre qui a reçu depuis le nom de Sainte-Geneviève.

L'éclat des miracles ayant illustré le tombeau de la sainte reine, on leva de bonne heure son corps pour l'honorer, et il fut placé dans une châsse. Toutes les fois que la ville de Paris éprouvait quelque calamité, nos pères avaient coutume de porter ce saint corps en procession avec un pieux appareil.


Sacre de Clovis. Clovis guérit les écrouelles.
La cité de Dieu. Saint Augustin. Paris. XVe.

A la fin du dix-huitième siècle, les bêtes féroces révolutionnaires s'étant emparés du gouvernement, et tandis que les reliques des Saints étaient profanées dans tout Paris et dans toute la pauvre France par une fureur sacrilège, les ossements de la bienheureuse reine, grâce à une admirable providence de Dieu, furent soustraits par des personnes pieuses.

 
La paix ayant été enfin rendue à l'Eglise, les saintes reliques furent placées dans une nouvelle châsse et déposées dans l'église des Saints-Leu-et-Gilles à Paris, où elles sont entourées des honneurs d'un culte fervent.

Votre gloire est grande sur la terre et au ciel, Clotilde, mère des peuples. Non seulement vous avez donné à l'Eglise la nation très chrétienne ; mais elles-mêmes, la catholique Espagne et l'île des Saints remontent jusqu'à vous devant Dieu par Ingonde et Berthe, vos illustres petites-filles. Plus heureuse que Clotilde la jeune, Ingonde, soutenue par Léandre de Séville, ramène à l'intégrité de la foi son royal époux Herménégilde, et l'élève jusqu'au martyre; Berthe accueille Augustin sur la terre des Angles, et, selon la parole de l'Apôtre qui avait annoncé que le mari infidèle serait sanctifié par la femme fidèle (I Cor. VII, 14.), Ethelbert est conduit des ténèbres du paganisme au baptême et à la sainteté. Depuis, en combien de lieux dans notre Europe et sur combien de lointains rivages, les fils de la nation dont vous êtes mère directement n'ont-ils pas propagé cette lumière de la foi que vous leur aviez donnée : soit que l'épée fût en leurs mains la protectrice du droit qui convient à l'Epouse de l'Homme-Dieu d'enseigner librement partout et toujours ; soit qu'eux-mêmes, se faisant missionnaires et apôtres, portassent, loin de toute protection possible, aux peuples infidèles leurs sueurs et leur sang ? Heureuse êtes-vous d'avoir, la première, engendré au Christ-Roi une nation pure de toute tache hérétique et vouée à l'Eglise dès son premier instant! C'est à bon droit que, par un juste hommage envers la Mère de Dieu, l'église Sainte-Marie de Reims fut, au jour de Noël 496, choisie comme lieu de cette insigne naissance ; car Notre-Dame vous fit part alors de sa glorieuse maternité sur la race humaine en des proportions admirables.

Et c'est là ce qui nous rassure, Ô Clotilde, en recourant à vous. Beaucoup de vos fils ne sont plus, hélas ! Ce qu'ils devraient être à l'égard de leur mère. Mais Notre-Dame, en vous communiquant les droits de sa maternité, ne l'a pu faire sans vous communiquer aussi sa tendre compassion pour des enfants abusés qui n'écoutent plus la voix maternelle. Prenez en pitié les malheureux que des doctrines étrangères l'ont entraînés bien loin de leur point de départ.


Partage du royaume de Clovis devant sainte Clotilde.
Chroniques françaises. Guillaume Crétin. XVIe.

La monarchie chrétienne que vous aviez fondée n'est plus. Vous l'aviez établie sur la reconnaissance des droits de Dieu dans son Christ et dans le vicaire de son Christ. Des princes à courte vue sur leurs propres intérêts, traîtres à la mission qu'ils avaient reçue de maintenir votre oeuvre, ont cru faire merveille en laissant pénétrer chez nous des maximes proclamant l'indépendance du pouvoir civil à l'égard de l'Eglise ; et la société, par un juste retour, a proclamé son indépendance à l'égard des princes.

Mais, en même temps, le peuple affolé n'entend plus avoir d'autre souverain que lui-même, et, dans l'ivresse de la fausse liberté qu'il a prétendu conquérir, il méconnaît jusqu'au domaine suprême que garde sur lui son Créateur. Les droits de l'homme ont remplacé les droits de Dieu, comme base du pacte social ; évangile nouveau que la France, dans son prosélytisme égaré, prétend maintenant imposer au monde, à la place de l'ancien !

Tel est, dans notre pauvre pays empoisonné par une philosophie menteuse, l'excès de la déraison, que plusieurs qui déplorent l'apostasie du grand nombre et veulent rester chrétiens, croient pouvoir le faire en admettant le principe de libéralisme destructeur qui forme l'essence de la révolution : au Christ le ciel et les âmes ; à l'homme la terre, avec le droit de la gouverner comme il l'entend et de penser à sa guise. A genoux devant la divinité du Seigneur Jésus dans le sanctuaire de leur conscience, ils scrutent les Ecritures et n'y découvrent point que l'Homme-Dieu soit le roi du monde ; en de savantes études ils ont, disent-ils, approfondi l'histoire et n'y ont rien vu qui les contredise.

Si le gouvernement de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, ne répond pas en tout aux données de leur politique, il faut faire, assurent-ils, la part de ces temps primitifs : ce n'est pas en un jour qu'on arrive à l'âge parfait où nous établit enfin la loi du progrès. Pitié, Ô mère, pour ces insensés! Ressuscitez en nous la foi des Francs. Que le Dieu de Clotilde, Seigneur des armées et Roi des nations, se montre à nous ramenant la victoire, sous le vrai nom que Clovis lui donnait à Tolbiac :
" Jésus-Christ !"

00:15 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 06 mai 2017

7 septembre. Saint Cloud, prince, moine et prêtre. 560.

- Saint Cloud, prince, moine et prêtre. 560.
 
Pape : Pélage Ier. Roi des Francs : Clotaire Ier. Empereur romain d'Orient : Justinien Ier.
 
" Le coeur de l'homme, faussé et perverti, place le bonheur des mortels dans la splendeur des palais, sans s'inquiéter de la souillure et de la ruine des âmes."
Saint Augustin, évêque d'Hippone.
 
Sainte Clotilde et ses trois petits fils dont l'aîné saint Cloud.
Grandes chroniques de France. XIVe.
 
 Saint Clodoald, vulgairement appelé saint Cloud, est le premier prince franc que l'Eglise ait honoré d'un culte public. Il naquit en 522. Son père Clodomir, roi d'Orléans, l'ainé des fils de sainte Clotilde, ayant défait en bataille rangée saint Sigismond, roi de Bourgogne, et l'ayant fait son prisonnier de guerre, avec sa femme et ses enfants, les fit tous cruellement mourir, sans que ni le respect de la dignité royale dont Sigismond était revêtu, ni la considération de la parenté (car il était son cousin issu de germain), ni les remontrances de saint Avit, abbé de Micy, qui fit son possible pour le détourner de ce meurtre, pussent rien gagner sur la férocité de son esprit.

Cette inhumanité fut bientôt sévèrement punie, non-seulement en sa personne, mais aussi en celles de ses propres enfants. Ayant remporté une seconde victoire près de Vienne, en Dauphiné, sur Gondemar, frère de saint Sigismond, comme il poursuivait les fuyards avec ardeur, il s'éloigna trop de ses gens et tomba entre les mains d'une troupe d'ennemis qui le tuèrent, lui coupèrent la tête et la mirent au bout d'une lance pour la faire voir aux Francs.

Après sa mort, ses enfants : Thibault, Gonthaire et Clodoald, (vulgairement Cloud), se trouvèrent sous la conduite de sainte Clotilde, leur grand-mère, qui les éleva chrétiennement et avec le plus grand soin, en attendant qu'ils partageassent les Etats de leur père, gouvernés pendant ce temps par des lieutenants.
 
Eglise Saint-Cloud de Rodhon. Orléanais.
 
 Mais Childebert, roi de Paris, leur oncle, qui convoitait le royaume d'Orléans, leur héritage, invita Clotaire, roi de Soissons, à partager son infâme dessein. Il s'agissait de faire mourir leurs neveux ou de les reléguer dans un cloître. Clotaire opina pour la mort. Ces oncles barbares égorgèrent de leurs propres mains les deux aînés, Thibault et Gonthaire. Cloud, par une protection spéciale de la Providence, échappa au massacre.
 
Assassinat de Thibault et de Gonthaire. Manuscrit du XVe.
 
 Bientôt après, il se coupa lui-même les cheveux, cérémonie par laquelle il déclarait qu'il renonçait à la royauté. Depuis, il trouva diverses occasions de recouvrer les Etats de son père ; mais il ne voulut point en profiter. La grâce lui avait ouvert les yeux sur la vanité des grandeurs terrestres. Il préféra une vie humble et tranquille dans les rigueurs de la solitude, à une vie éclatante, mais périlleuse dans un palais royal et au milieu d'une foule de courtisans ; il se consacra entièrement au service de Dieu. Son étude ne fut plus que la lecture des Livres Sacrés ; son plaisir, de vivre la plus sévère ascèse.

Après avoir distribué aux églises et aux pauvres les biens que ses oncles n'avaient pu lui ravir, il se retira auprès d'un saint religieux, nommé Séverin, qui menait une vie solitaire et contemplative dans un ermitage aux portes de Paris. Le jeune prince reçut de ses mains l'habit religieux, et demeura quelque temps en sa compagnie, pour s'y former à toutes les vertus monastiques.
 
Saint Cloud reçu par saint Séverin. Gravure, XVIIe.
 
 Childebert et Clotaire ne purent pas ignorer que c'était lui ; mais, comme ils le virent sans prétention, ils le laissèrent en liberté et lui donnèrent même quelques héritages pour vivre plus commodément dans le lieu de sa retraite.

Cependant, ne se croyant pas assez solitaire, ou pour quelques raisons que son histoire ne marque pas, il quitta les environs de Paris et se retira secrètement en Provence, hors de la vue et de l'entretien de toutes les personnes de sa connaissance.

Pendant qu'il se construisait, de ses propres mains, une petite cellule, un pauvre se présenta devant lui et lui demanda l'aumône. Il était lui-même si pauvre, qu'il n'avait ni or, ni argent, ni provisions qu'il pût lui donner ; mais il se dépouilla généreusement de sa propre cuculle et lui en fit présent.

Cet acte de charité fut si agréable à Dieu, que, pour en découvrir le mérite, il rendit la nuit suivante cette cuculle toute lumineuse entre les mains du pauvre qui l'avait reçue. Les habitants des environs furent témoins de ce miracle, et reconnurent par là que saint Cloud était un excellent serviteur du Christ. Ils le vinrent donc trouver pour honorer sa sainteté et pour recevoir ses instructions ; mais leurs trop grandes déférences leur firent perdre un si précieux trésor : car saint Cloud, voyant qu'il n'était pas plus caché en Provence qu'à Paris, s'en retourna dans son premier ermitage.

Peut-être que l'appréhension d'être élevé à la prélature l'avait fait fuir, et que le sujet de sa crainte était passé par l'élection d'un autre à cette dignité.
 
Saint Cloud faisant l'aumône.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
 A peine fut-il revenu qu'Eusèbe, alors évêque de Paris, l'ordonna prêtre à la sollicitation du peuple, qui ne put souffrir un si saint homme dans un Ordre inférieur. Les exemples des vertus qu'il fit paraître dans cette dignité le firent encore plus respecter qu'auparavant.

On admirait en lui le pouvoir de la grâce, qui, d'un prince, ou pour mieux dire d'un roi légitime, avait fait un humble serviteur de la maison de Dieu. On louait hautement son humilité, sa modestie, son détachement des choses du monde, son amour pour la pénitence et sa charité incomparable.

Ce grand homme ne put souffrir longtemps ces honneurs, et, pour les éviter, il se retira sur une montagne, le long de la Seine, à deux lieues au-dessous de Paris, en un lieu que l'on appelait Nogent, mais qui, depuis, a changé de nom pour prendre celui de Saint-Cloud.
 
Saint Cloud délivrant un possédé.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
 Après y avoir vécu quelque temps solitaire, il y fit bâtir un monastère qu'il dota des biens que les rois, ses oncles, lui donnèrent. Il le fit dépendant, avec son église et tous ses revenus, de l'église cathédrale de Paris, dont il était le prêtre, comme ils en dépendaient encore en 1685. Il y gagna plusieurs personnes à Jésus-Christ, qui furent ravies d'y vivre religieusement sous sa conduite.

Enfin, il y mourut saintement le 7 septembre, vers l'an 560. Sa mort, qu'il avait prédite avant qu'elle arrivât, fut suivie de plusieurs miracles. On enterra son corps dans le même monastère, qui, depuis, a été changé en collégiale. Cette église est aujourd'hui paroissiale, et l'on y garde encore quelques-unes des reliques du Saint.
 
Eglise Saint-Clodoald. Saint-Cloud, Île-de-France.
 
 Les 4 Martyrologes ordinaires font une honorable mention de ce bienheureux prince. Les Parisiens célèbrent sa fête avec beaucoup de piété ; et, durant toute son octave, il y a un grand concours de peuple qui visite son église.

On peut voir dans toute son histoire, que ce que le monde appelle infortune est souvent le chemin du vrai bonheur, et que Dieu sait admirablement tirer le bien du mal, l'élévation de la plus grande humiliation. Ainsi, la véritable prudence est de s'abandonner entièrement à la conduite de Sa Divine Providence, et d'aimer les états, même les plus bas et les plus humiliés, où il Lui plaît de nous mettre.

On le représente çà et là comme solitaire, agenouillé devant une croix, et la couronne à terre près de lui.
 
Chapelle Saint-Cloud. Elliant. Cornouailles, Bretagne.

00:05 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 30 avril 2017

30 avril. Sainte Catherine de Sienne. Vierge de l'Ordre de Saint-Dominique. 1380.

- Sainte Catherine de Sienne. Vierge de l'Ordre de Saint-Dominique. 1380.
 
Papes : Clément VI ; Clément VII. Empereurs : Charles IV ; Wenceslas.
 
" Alleluia, Alleluia.
Sideribus conctis fulgentior est Catharina,
Et decus aeternum est haec quoque virginibus."
" Alleluia, Alleluia.
Catherine l'emporte en éclat sur tous les astres,
Et sa gloire rehausse éternellement celle des vierges."
Missel dominicain.
 

Sainte Catherine de Sienne. Giovanni di Pietro. XVIe.

Il y avait autrefois à Sienne, une honnête et laborieuse famille d'artisans qui habitait une humble maison que l'on voit encore dans cette ville dans la rue de dell'Oca non loin de l'ancien monastère de l'ordre de Saint-Dominique. Le chef de cette honnête famille était Giacomo di Benincasa, membre de la noble famille de Benincasa, mais qui exerçait le métier de teinturier. Son épouse Lapa était un modèle de femme chrétienne, et elle éleva dans la piété et le travail, vingt-cinq enfants. Sainte Catherine de Sienne fut le vingt-troisième.

Prévenue de grâces extraordinaires dès l'âge le plus tendre, à sept ans elle fit le voeu de virginité perpétuelle, et à douze ans elle sut résister aux instances qu'on lui faisait pour la marier. Sur une révélation divine, elle décida de se consacrer à Dieu en embrassant la règle du Tiers-Ordre de saint Dominique dont elle reçut l'habit, à l'âge de quinze ans. Dès lors elle s'avança à pas de géant dans les voies de la perfection. Sa vie unit au plus haut point les deux caractères de la famille dominicaine : l’action et la contemplation.


Sainte Catherine de Sienne recevant les stigmates.
Domenico Mecarino. XVIe.

Se trouvant à Pise, un dimanche, après avoir reçu la nourriture céleste, elle fut ravie en extase, et vit le Seigneur crucifie qui venait à elle environne d'une grande lumière. Cinq rayons partaient des cicatrices de ses plaies: ils se dirigèrent sur cinq endroits du corps de Catherine. Elle comprit le mystère; mais elle pria le Seigneur que les stigmates ne parussent pas. Aussitôt les rayons changèrent leur couleur de sang en une autre très éclatante , et sous la forme d'une lumière très pure ils atteignirent ses mains, ses pieds et son cœur. La douleur qu'elle éprouva des plaies qu'ils lui laissèrent était si poignante, qu'elle pensa que si Dieu ne l’eût modérée, elle devait promptement succomber. Le Seigneur plein d'amour pour son épouse lui accorda cette nouvelle grâce, que tout en ressentant la douleur des plaies, les marques sanglantes ne fussent pas visibles. La servante de Dieu rendit compte de ce phénomène à Raymond de Capoue son confesseur : ce qui a été cause que la piété des fidèles voulant représenter ce miracle, a eu soin de peindre sur les images de sainte Catherine des rayons lumineux partant des cinq parties stigmatisées de son corps.


Giovanni di Matteo. XVe.

Aussi le démon l'assaillait à tout instant : il voyait en cette jeune fille un adversaire des plus redoutables. Elle eut raison de tous ces assauts. Ses veilles, ses jeûnes et toutes ses pratiques de pénitence surpassaient ce que peuvent les forces humaines.

Catherine ne pensait qu'à se dérober aux regards du monde, lorsque Notre Seigneur lui ordonna de s'occuper activement du salut des âmes :
" Il ne l'a fait monter si haut que pour lui donner cette mission étonnante pour une humble femme, de travailler à la paix de l'Église."

Sa science était infuse et non acquise. Des professeurs en théologie lui proposèrent les plus difficiles questions sur la théologie; elle sut y satisfaire. Personne n'approcha d'elle qu'il n'en devînt meilleur ; elle étouffa beaucoup de haines, et fit cesser plusieurs inimitiés mortelles.


Heures à l'usage d'Autun. XVe.

Elle se rendit à Avignon auprès du pape Grégoire XI, pour obtenir la paix des Florentins qui étaient en différend avec l’Eglise, et qui pour ce sujet avaient été frappés d'interdit. Elle fit connaître à ce pape qu'elle savait par révélation le voeu qu'il avait fait de se rendre à Rome, et qui n'était connu que de Dieu seul. Ce fut à sa persuasion que le Pontife se résolut à revenir en personne s'asseoir sur son siège : ce qu'il accomplit enfin en janvier 1377. Elle fut tellement considérée de Grégoire et d'Urbain VI, son successeur, qu'ils l'employèrent en diverses ambassades.

Son successeur Urbain VI invitera Catherine à Rome où elle décédera le 29 avril 1380, victime de son zèle et consumée par les flammes du divin amour, à l'âge de trente-trois ans, dans sa petite maison de la via del Papa, non loin de l'église de la Minerve (Santa Maria sopra Minerva) où elle sera enterrée.


Mort de sainte Catherine de Sienne à Rome.
Girolamo di Benvenuto. XVIe.

Ses dialogues imprimés en 1492, également intitulés " Livre de la divine doctrine ", s'accompagnent de plus de 380 lettres adressées aux citoyens et aux clercs, aux prêtres et moniales, mais aussi aux cardinaux et papes. Le pape Pie II canonisera Catherine en 1461. Elle sera déclarée co-patronne de Rome en 1866 et deviendra patronne d'Italie, avec saint François d'Assise, en 1939.


La communion miraculeuse de sainte Catherine de Sienne.
Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.
 
PRIERE
 
" Tout entière aux joies de la résurrection de son Epoux, la sainte Eglise s'adresse à vous, Ô Catherine, à vous qui suivez ce divin Agneau partout où il va (Apoc. X, 4.). Dans ce lieu d'exil où il ne doit plus s'arrêter longtemps, elle ne jouit que par intervalles de sa présence ; elle vous demande donc : " L'avez-vous rencontré, celui que chérit mon âme ?" (Cant. III, 3.).
 

Mariage mystique de sainte Catherine de Sienne.
Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.

Vous êtes son Epouse, elle l'est aussi ; mais pour vous il n'y a plus de voiles, plus de séparation, tandis que pour elle la jouissance est rare et rapide, et la lumière tempérée encore par les ombres. Mais quelle vie a été la vôtre, ô Catherine ! Elle a uni la plus poignante compassion pour les douleurs de Jésus, aux délices les plus enivrantes de sa vie glorifiée. Vous pouvez nous initier aux mystères sanglants du Calvaire et aux magnificences de la Résurrection. Ces dernières sont en ce moment l'objet de notre méditation respectueuse ; parlez-nous donc de notre divin Ressuscité. N'est-ce pas lui qui a passé à votre doigt virginal l'anneau nuptial, cet anneau orné d'un diamant non pareil qu'entourent quatre pierres précieuses ? Les rayons lumineux qui jaillissent de vos membres stigmatisés ne nous disent-ils pas que vous l'avez vu tout resplendissant de l'éclat de ses plaies glorieuses, lorsque l'amour vous transforma en lui ?


Mariage mystique de sainte Catherine de Sienne.
Fra Bartolomeo Baccio della Porta. XVIe.

Fille de Madeleine, vous annoncez comme elle à l'Eglise qu'il est ressuscité, et vous allez achever au ciel cette dernière Pâque, cette Pâque de votre trente-troisième année. Ô Catherine, mère des âmes ici-bas, aimez-les jusque dans le séjour de la gloire où vous brillez entre les épouses du grand Roi. Nous aussi, nous sommes dans la Pâque, dans la vie nouvelle ; veillez sur nous, afin que la vie de Jésus ne s'éteigne jamais dans nos âmes, mais qu'elle croisse toujours par l'amour dont votre vie toute céleste nous offre l'admirable modèle.


Vie de sainte Catherine de Sienne. Raymond de Capoue. XVe.

Faites-nous part, ô Vierge, de cet attachement filial que vous eûtes pour la sainte Eglise, et qui vous fit entreprendre de si grandes choses. Vous vous affligiez de ses afflictions, et vous vous réjouissiez de ses joies comme une fille dévouée, parce que vous saviez qu'il n'est point d'amour de l'Epoux sans l'amour de l'Epouse, et que l'Epoux donne à ses enfants par l'Epouse tout ce qu'il a résolu de leur donner. Nous aussi, nous voulons aimer notre Mère, confesser toujours le lien qui nous unit à elle, la défendre contre ses ennemis, lui gagner de nouveaux fils généreux et fidèles.


Eglise Saint-Pierre. Baye. Champagne. XVIIe.

Le Seigneur se servit de votre faible bras, Ô femme inspirée, pour replacer sur son siège le Pontife dont Rome regrettait l'absence. Vous fûtes plus forte que les éléments humains qui s'agitaient pour prolonger une situation désastreuse pour l'Eglise. La cendre de Pierre au Vatican, celle de Paul sur la voie d'Ostie. celle de Laurent et de Sébastien, celle de Cécile et d'Agnès, et de tant de milliers de martyrs, tressaillirent dans leurs glorieux tombeaux, lorsque le char triomphal qui portait Grégoire entra dans la ville sainte. Par vous, ô Catherine, soixante-dix années d'une désolante captivité avaient en ce jour leur terme, et Rome expirante revenait à la vie. Aujourd'hui les temps sont changés, et l'enfer a dressé de nouvelles embûches. Rome a vu détrôner le Pontife dont le choix imprescriptible de Pierre a fixé pour jamais la chaire dans la ville éternelle, le Pontife qui ne peut être à Rome que roi. Souffrirez-vous, Ô Catherine, que l'œuvre du Seigneur, qui est aussi la vôtre, éprouve un démenti en nos jours, au scandale des faibles, au triomphe insultant des impies? Hâtez-vous donc d'accourir au secours ; et si votre Epoux, dans sa trop juste colère, nous a destinés à subir d'humiliantes épreuves, suppliez du moins, ô notre mère, afin qu'elles soient abrégées.


Mariage mystique de sainte Catherine de Sienne.
Anonyme italien du XVe.

Priez aussi, Ô Catherine, pour la malheureuse Italie qui vous a tant aimée, qui fut si fière de vos grandeurs. L'impiété et l'hérésie circulent aujourd'hui librement dans son sein ; on blasphème le nom de votre Epoux, on enseigne à un peuple égaré les doctrines les plus perverses, on lui apprend à maudire tout ce qu'il avait vénéré, l'Eglise est outragée et dépouillée, la foi dès longtemps affaiblie menace de s'éteindre ; souvenez-vous de votre infortunée patrie, Ô Catherine! Il est temps devenir à son aide et de l'arracher des mains de ses mortels ennemis. L'Eglise entière espère en vous pour le salut de cette illustre province de son empire : fille immortelle de Sienne, calmez les tempêtes, et sauvez la foi dans ce naufrage qui menace de tout engloutir."

00:15 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (0)