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mercredi, 15 février 2017

15 février. Saint Faustin et saint Jovite, frères, martyrs. 122.

- Saint Faustin et saint Jovite, frères, martyrs. 122.

Pape : Saint Sixte Ier. Empereur romain : Hadrien.

" Mon esprit, dit le Seigneur, se plaît en trois choses : la concorde entre frères, l'amour des proches, un mari et une femme qui n'ont qu'un coeur et qu'une âme."
Eccli., XXV, 1.


Saint Faustin et saint Jovite aux pieds de Notre Dame.
Vincenzo Foppa. XVe.

Les deux frères martyrs que nous honorons aujourd'hui souffrirent au commencement du second siècle de l'ère chrétienne ; leur mémoire s'est cependant conservée avec honneur dans l'Eglise. La gloire des conquérants et des hommes d'Etat passe rapidement, et bientôt leurs noms décolorés s'effacent de la mémoire des peuples ; on interroge les savants pour savoir s'ils ont existé, à quelle époque, et quelles ont été leurs actions. Brescia, la capitale de la Cénomanie italienne, se souvient à peine de ceux qui l'ont régie ou illustrée au IIe siècle ; mais voici deux de ses citoyens dont le souvenir durera autant que le monde. L'univers entier proclame leur gloire et célèbre leur invincible courage. Glorifions-les en ces jours où leurs exemples nous parlent si éloquemment de la fidélité que le chrétien doit à Dieu.

Saint Faustin et saint Jovite étaient frères et appartenaient à une famille distinguée de la ville de Brescia en Lombardie. Dès leur jeunesse, ils furent remarquables par leur piété et par leur zèle, non moins que par leur amitié mutuelle : on ne vit jamais deux frères si unis de sentiments et d'inclinations.

Faustin, l'aîné, avait été ordonné prêtre par Apollonius, l'évêque de Brescia, et Jovite était diacre. Quand l'empereur Adrien raviva la persécution contre les chrétiens, ils furent les premiers dénoncés, à cause de leur ardeur à prêcher Jésus-Christ. Italique, qui fut chargé par Adrien d'appliquer la persécution à Brescia, n'arrivait pas à faire adorer les idoles par nos deux saints. Conduits près de l'empereur qui passait par Brescia pour se rendre en France, dans un temple du soleil, pour assister au sacrifice, celui-ci leur dit :
" Adorez le soleil, leur dit-il, si vous voulez continuer de vivre et d'être heureux.
- Nous n'adorerons que le Dieu vivant qui a créé le soleil pour éclairer le monde."


Maître-autel de l'église Saint-Faustin Saint-Jovite de Brescia.
Stefano Bolognini. Italie. XVIIe.

La statue que leur montrait l'empereur était fort brillante et environnée de rayons d'or. Jovite, la fixant, s'écria :
" Oui, nous adorons le Dieu qui règne dans le Ciel et le Créateur du soleil. Pour toi, vaine statue, deviens à l'instant même toute noire, pour la confusion de ceux qui t'adorent."

A sa parole, la statue perdit son éclat et devint noire, comme l'avait demandé le saint martyr. L'empereur commanda de la nettoyer ; mais à peine les prêtres païens y eurent-ils touchée, qu'elle tomba en cendres. Irrité, il ordonna alors de jeter les deux frères aux bêtes féroces.

A peine étaient-ils entrés dans l'amphithéâtre, que quatre lions, lâchés pour les dévorer, vinrent se coucher à leurs pieds, et qu'ensuite les ours et les léopards s'approchèrent d'eux avec la douceur des agneaux.

Attribuant ce prodige à Saturne, Italique et des prêtres apportèrent en procession une statue du faux dieu dans l'amphithéâtre afin de la leur faire adorer. Les bêtes féroces se jettèrent sur eux et les tuèrent tous.

La femme d'Italique, Affre dit alors à l'empereur :
" Quels dieux adorez-vous ô empereur ? des dieux qui be sauraient garantir leurs sacrificateurs ni eux-mêmes ; et votre cruauté et votre superstition sont cause que je suis veuve aujourd'hui."

Ainsi Affre se convertit-elle à la vraie foi avec sa suite, mais aussi Calocère, un des premiers de la cour de l'empereur, avec tous ses gens.


Martyre de saint Faustin et de saint Jovite.
Vies de saints. R. de Monbaston. XIVe.

Jetés dans un sombre cachot, ils y furent laissés sans nourriture. Les anges descendirent du Ciel, éclairèrent leurs ténèbres et leur rendirent la force et la joie pour de nouveaux combats. Adrien était très inquiet de l'exemple que donnait saint Faustin et saint Jovite et des conversions qu'il provoquait jusque dans son entourage proche. Il fit massacrer un certain nombre d'entre eux et fit conduire nos deux saints et Calocère à Milan.

Arrivés à Milan, on les attacha tous trois ensemble, les allongea le visage vers le ciel et leur versa du plomb fondu dans la bouche. Nouveau prodige : le plomb brula cruellement les bourreau sans faire aucun mal à nos trois saints compagnons. Ensuite on les tortura en leur enfonçant dans le côté des lames ardentes. Calocère, qui ressentit l'immense douleur que cette torture produisit leur dit :
" Priez Dieu pour moi, saints Martyrs ! Car je suis extrêmemnt tourmenté par ce feu !
- Bon courage Calocère, cela ne durera pas longtemps, et la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ sera avec vous !"

Alors que l'on faisait un grand feu autour d'eux, les flammes ne leur firent aucun mal et ils n'eurent plus aucune douleur à souffrir. Ce que voyant, un nombre important d'assistant aux supplices se convertirent.

L'empereur donna le soin à Antiochus, gouverneur des Alpes, de faire périr Calocère ainsi que d'autres chrétiens, et retourna à Rome avec saint Faustin et saint Jovite. Là, ils souffrirent à nouveau un grand nombre de tortures. Celles-ci n'eurent à nouveau pour effet que la conversion d'un grand nombre de païens. Nos deux frères reçurent le secours en prison du pape Evariste qui vint les visiter discrètement.


Autel Saint-Faustin Saint-Jovite. Eglise de la Charité. Brescia. Italie.

De là, l'empereur se rendit à Naples, toujours se faisant accompagner de nos saints. Ils y furent jetés dans la mer : en vain... les flots les portèrent jusqu'au rivage.

Enfin, l'empereur les fit reconduire à Brescia, espérant que tous ceux qui s'étaient convertis reviendraient au paganisme à la vue de leur mort. Ils y eurent a tête tranchée, à la porte qui conduit à Crémone, le 15 février de l'an 122 selon Baronius.

Leur martyre dura longtemps car il commenca sous Trajan et finit sous Adrien. Ils sont les saints patrons de la ville de Brescia qui conserve toujours leurs précieuses reliques.

Saint Faustin et saint Jovite sont représentés avec une croix entre eux deux pour signifier leur ardeur à prêcher Notre Seigneur Jésus-Christ jusque dans les pires tourments, mais aussi avec l'épée, l'attribut de leur supplice. Ils sont invoqués comme exemple de concorde et d'amour chrétien entre les frères et plus généralement dans les familles.

PRIERE

" Martyrs de Jésus-Christ, lorsque nous comparons nos épreuves aux vôtres, vos combats avec ceux que nous avons à soutenir, quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Dieu qui a tant ménagé notre faiblesse ! Nous qui sommes si prompts à violer la loi du Seigneur, si lents à nous relever quand nous sommes tombés, si faibles dans la foi et dans la charité, comment eussions-nous supporté les tourments qu'il vous a fallu traverser pour arriver au repos éternel ? Cependant, nous sommes en marche vers le même terme où vous êtes déjà parvenus. Une couronne aussi nous attend, et il ne nous est pas libre d'y renoncer. Relevez notre courage, Ô saints Martyrs ; armez-nous contre le monde et contre nos mauvais penchants, afin que non seulement notre bouche, mais nos œuvres et nos exemples confessent Jésus-Christ, et témoignent que nous sommes chrétiens."

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dimanche, 29 janvier 2017

29 janvier. Saint François de Sales, évêque et prince de Genève, Docteur de l'Eglise. 1622.

- Saint François de Sales, évêque et prince de Genève, Docteur de l'Eglise. 1622.

Pape : Grégoire XV. Duc de Savoie, prince de Piémont : Charles-Emmanuel Ier. Roi de France : Louis XIII. Empereur du Saint Empire : Ferdinand II.

" Monsieur de Genève est vraiment le phénix des prélats. Il y a presque toujours chez les autres quelque côté faible : dans l'un c'est la science, dans un autre la piété, dans d'autres la naissance, au lieu que Monsieur de Genève réunit tout au plus haut degré, et naissance illustre, et science rare, et piété éminente."
Jugement de l'usurpateur Henri de Navarre, plus connu sous le nom d'Henri IV, roi de France.

" Si vous avez des hérétiques à convaincre, vous pouvez me les envoyer ; si vous en avez à convertir, adressez-les à M. de Genève."
Cardinal du Perron.


Eglise Saint-Thomas. La Flèche. Maine. XVIIe.

Voici venir au berceau du doux Fils de Marie l'angélique évêque François de Sales, digne d'y occuper une place distinguée pour la suavité de sa vertu, l'aimable enfance de son cœur, l'humilité et la tendresse de son amour. Il arrive escorté de ses brillantes conquêtes : soixante-douze mille hérétiques soumis à l'Eglise par l'ascendant de sa charité ; un Ordre entier de servantes du Seigneur, conçu dans son amour, réalisé par son génie céleste ; tant de milliers d'âmes conquises à la piété par ses enseignements aussi sûrs que miséricordieux, qui lui ont mérité le titre de Docteur.

Dieu le donna à son Eglise pour la consoler des blasphèmes de l'hérésie qui allait prêchant que la foi romaine était stérile pour la charité ; il plaça ce vrai ministre évangélique en face des âpres sectateurs de Calvin ; et l'ardeur de la charité de François de Sales fondit la glace de ces cœurs obstinés.


Saint Francois de Sales enfant se consacrant à Marie.

François de Sales parut donc, au milieu de son siècle, comme une vivante image du Christ ouvrant ses bras et convoquant les pécheurs à la pénitence, les errants à la vérité, les justes au progrès vers Dieu, tous à la confiance et à l'amour. L'Esprit divin s'était reposé sur lui dans sa force et dans sa douceur : c'est pourquoi, en ces jours où nous avons célébré la descente de cet Esprit sur le Verbe incarné au milieu des eaux du Jourdain, nous ne saurions oublier une relation touchante de notre admirable Pontife avec son divin Chef.

Un jour de la Pentecôte, à Annecy, François était debout à l'autel, offrant l'auguste Sacrifice ; tout à coup une colombe qu'on avait introduite dans la Cathédrale, effrayée des chants et de la multitude du peuple, après avoir voltigé longtemps, vint, à la grande émotion des fidèles, se reposer sur la tête du saint évêque : symbole touchant de la douceur de l'amour de François, comme le globe de feu qui parut, au milieu des Mystères sacrés, au-dessus de la tête du grand saint Martin, désignait l'ardeur du feu qui dévorait le cœur de l'Apôtre des Gaules.


Eglise Saint-Pierre de La Croisille-sur-Briance. Limousin. XIXe.

Une autre fois, en la Fête de la Nativité de Notre-Dame, François officiait aux Vêpres, dans la Collégiale d'Annecy. Il était assis sur un trône dont les sculptures représentaient cet Arbre prophétique de Jessé, qui a produit, selon l'oracle d'Isaïe, la branche virginale, d'où est sortie la fleur divine sur laquelle s'est reposé l’Esprit d'amour. On était occupé au chant des Psaumes, lorsque, par une fente du vitrail du chœur, du côté de l'Epître, une colombe pénètre dans l'Eglise. Après avoir voleté quelque temps, de l'historien, elle vint se poser sur l'épaule du saint Evêque, et de là sur ses genoux, d'où les ministres assistants la prirent. Après les Vêpres, François, jaloux d'écarter de lui l'application favorable que ce symbole inspirait naturellement à son peuple, monta en chaire, et s'empressa d'éloigner toute idée d'une faveur céleste qui lui eût été personnelle, en célébrant Marie qui, pleine de la grâce de l'Esprit-Saint, a mérité d'être appelée la colombe toute belle, en laquelle il n'y a pas une tache.

Quand on cherche parmi les disciples du Sauveur le type de sainteté qui fut départi à notre admirable Prélat, l'esprit et le coeur ont tout aussitôt nommé Jean, le disciple bien-aimé. François de Sales est comme lui l'Apôtre de la charité; et la simplesse du grand Evangéliste pressant un innocent oiseau dans ses mains vénérables, est la mère de cette gracieuse innocence qui reposait au cœur de l'Evêque de Genève. Jean, par sa seule vue, par le seul accent de sa voix, faisait aimer Jésus ; et les contemporains de François disaient :
" Ô Dieu ! Si telle est la bonté de l’évêque de Genève, quelle ne doit pas être la vôtre !"


Saint François de Sales écrivant. Gravure du XVIIIe.

Ce rapport merveilleux entre l'ami du Christ et François de Sales se révéla encore au moment suprême, lorsque le jour même de saint Jean, après avoir célébré la sainte Messe et communié de sa main ses chères filles de la Visitation, il sentit cette défaillance qui devait amener pour son âme la délivrance des liens du corps. On s'empressa autour de lui ; mais déjà sa conversation n'était plus que dans le ciel. Ce fut le lendemain qu'il s'envola vers sa patrie, en la fête des saints Innocents, au milieu desquels il avait droit de reposer éternellement, pour la candeur et la simplicité de son âme.

La place de François de Sales, sur le Cycle, était donc marquée en la compagnie de l'Ami du Sauveur, et de ces tendres victimes que l'Eglise compare à un gracieux bouquet d'innocentes roses ; et s'il a été impossible de placer sa mémoire à l'anniversaire de sa sortie de ce monde, parce que ces deux jours sont occupés par la solennité de saint Jean et celle des Enfants de Bethléhem, du moins la sainte Eglise a-t-elle pu encore placer sa fête dans l'intervalle des quarante jours consacrés à honorer la Naissance de l'Emmanuel.


C'est donc à cet amant du Roi nouveau-né qu'il appartient de nous révéler les charmes de l'Enfant de la crèche. Nous chercherons la pensée de son cœur, pour en nourrir le nôtre, dans son admirable correspondance, où il rend avec tant de suavité les sentiments pieux qui débordaient de son cœur, en présence des mystères que nous célébrons.

Vers la fin de l'Avent 1619, il écrivait à une religieuse de la Visitation, pour l'engager à préparer son cœur à la venue de l'Epoux céleste :

" Ma très chère fille, voilà le tant petit aimable Jésus qui va naître en notre commémoration, ces fêtes-ci prochaines ; et puisqu'il naît pour nous visiter de la part de son Père éternel, et que les pasteurs et les rois le viendront réciproquement visiter au berceau, je crois, qu'il est le Père et l'Enfant tout ensemble de cette Sainte Marie de la Visitation.


Saint François de Sales visitant des religieuses de la Visitation.
Emile Hirsch. Verrière de l'église Saint-Séverin. Paris. XIXe.

Or sus, caressez-le bien ; faites-lui bien l'hospitalité avec toutes nos sœurs, chantez-lui bien de beaux cantiques, et surtout adorez-le bien fortement et doucement, et en lui sa pauvreté, son humilité, son obéissance et sa douceur, à l'imitation de sa très sainte Mère et de saint Joseph ; et prenez-lui une de ses chères larmes, douce rosée du ciel, et la mettez sur votre cœur, afin qu'il n'ait jamais de tristesse que celle qui réjouit ce doux Enfant ; et quand vous lui recommanderez votre âme, recommandez-lui quant et quant la mienne, qui est certes toute vôtre.

Je salue chèrement la chère troupe de nos sœurs, que je regarde comme de simples bergères veillant sur leurs troupeaux, c'est-à-dire sur leurs affections ; qui, averties par l'Ange, vont faire l'hommage au divin Enfant, et pour gage de leur éternelle servitude, lui offrent le plus beau de leurs agneaux, qui est leur amour, sans réserve ni exception."


Saint François de Sales recevant les bulles du pape
Clément VIII confirmant son élévation à l'épiscopat. XVIIe.

La veille de la Naissance du Sauveur, saisi par avance des joies de la nuit qui va donner son Rédempteur à la terre, François s'épanche déjà avec sa fille de prédilection, Jeanne-Françoise de Chantal, et la convie à goûter avec lui les charmes de l'Enfant divin et à profiter de sa visite :

" Le grand petit Enfant de Bethléhem soit à jamais les délices et les amours de notre cœur, ma très chère mère, ma fille ! Hélas ! comme il est beau, ce pauvre petit poupon ! Il me semble que je vois Salomon sur son grand trône d'ivoire, doré et ouvragé, qui n'eut point d'égal es royaumes, comme dit l'Ecriture : et ce roi n'eut point de pair en gloire ni en magnificence. Mais j'aime cent fois mieux voir le cher enfançon en la crèche, que de voir tous les rois en leurs trônes.


Armoiries épiscopale de saint François de Sales.
Sa devise complète : " Nunquam excidet " que l'on peut traduire,
se raportant à la foi, à l'espérance et à la charité, par :
" Il ne tomde jamais ".

Mais si je le vois sur les genoux de sa sacrée Mère ou entre ses bras, ayant sa petite bouchette, comme un petit bouton de rose, attachée au lis de ses saintes mamelles, Ô Dieu ! Je le trouve plus magnifique en ce trône, non seulement que Salomon dans le sien d'ivoire, mais que jamais même ce Fils éternel du Père ne le fut au ciel ; car si bien le ciel a plus d'être visible, la Sainte Vierge a plus de perfections invisibles ; et une goutte du lait qui flue virginalement de ses sacrés sucherons, vaut mieux que toutes les affluences des cieux. Le grand saint Joseph nous fasse part de sa consolation, la souveraine Mère de son amour : et l'Enfant veuille à jamais répandre dans nos cœurs ses mérites !

Je vous prie, reposez le plus doucement que vous pourrez auprès du petit céleste enfant : il ne laissera pas d'aimer votre cœur bien-aimé tel que vous l'avez, sans tendreté et sans sentiment. Voyez-vous pas qu'il reçoit l'haleine de ce gros bœuf et de cet âne qui n'ont sentiment ni mouvement quelconque ? Comment ne recevra-t-il pas les aspirations de notre pauvre coeur, lequel, quoique non tendrement pour le présent, solidement néanmoins et fermement, se sacrifie à ses pieds pour être à jamais serviteur inviolable du sien, et de celui de sa sainte Mère, et du grand gouverneur du petit Roi ?"


Anonyme. Bavière. XVIIe.

La nuit sacrée s'est écoulée, apportant avec elle la Paix aux hommes de bonne volonté ; François cherche encore le cœur de la fille que Jésus lui a confiée, pour y verser toutes les douceurs qu'il a goûtées dans la contemplation du mystère d'amour :

" Hé, vrai Jésus ! Que cette nuit est douce, ma très chère fille ! Les cieux, chante l'Eglise, distillent de toutes parts le miel ; et moi, je pense que ces divins Anges, qui résonnent en l'air leur admirable cantique, viennent pour recueillir ce miel céleste sur les lis où il se trouve, sur la poitrine de la très douce Vierge et de saint Joseph. J'ai peur, ma chère fille, que ces divins Esprits ne se méprennent entre le lait qui sort des mamelles virginales, et le miel du ciel qui est abouché sur ces mamelles. Quelle douceur de voir le miel sucer le lait !


Portrait en tête d'une édition des oeuvres complètes
de saint François de Sales. Paris. 1866.

Mais je vous prie, ma chère fille, ne suis-je pas si ambitieux que de penser que nos bons Anges, de vous et de moi, se trouvèrent en la chère troupe de musiciens célestes qui chantèrent en cette nuit ? Ô Dieu ! S'il leur plaisait d'entonner derechef, aux oreilles de notre cœur, cette même céleste chanson, quelle joie ! Quelle jubilation ! Je les en supplie, afin que gloire soit au ciel, et en terre paix aux cœurs de bonne volonté.

Revenant donc d'entre les sacrés Mystères, je donne ainsi le bonjour à ma chère fille : car je crois que les pasteurs encore, après avoir adoré le céleste poupon que le ciel même leur avait annoncé, se reposèrent un peu. Mais, Ô Dieu ! Que de suavité, comme je pense, à leur sommeil ! Il leur était avis qu'ils oyaient toujours la sacrée mélodie des Anges qui les avaient salués si excellemment de leur cantique, et qu'ils voyaient toujours le cher Enfant et la Mère qu'ils avaient visités.


Saint François Sales remet les règles aux
sœurs de la Visitation. Anonyme. XVIIe.

Que donnerions-nous à notre petit Roi, que nous n'ayons reçu de lui et de sa divine libérait lité ? Or sus, je lui donnerai donc, à la sainte Grand'Messe, la très uniquement fille bien-aimée qu'il m'a donnée. Hé ! Sauveur de nos âmes, rendez-la toute d'or en charité, toute de myrrhe en mortification, toute d'encens en oraison ; et puis recevez-la entre les bras de votre sainte protection ; et que votre cœur dise au sien : " Je suis ton salut aux siècles des siècles "."

Parlant ailleurs à une autre épouse du Christ, il l'exhorte, en ces termes, à se nourrir de la douceur du nouveau-né :

" Que jamais votre âme, comme une abeille mystique, n'abandonne ce cher petit Roi, et qu'elle fasse son miel autour de lui, en lui, et pour lui ; et qu'elle le prenne sur lui, duquel les lèvres sont toutes détrempées de grâce, et sur lesquelles, bien plus heureusement que l'on ne vit sur celles de saint Ambroise, les saintes avettes, amassées en essaim, font leurs doux et gracieux ouvrages."

Saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal
priant le Sacré Coeur de Jésus.
Hospice des Ursulines de Baugé. Baugé. Maine. XVIIe.

Mais il faut bien s'arrêter ; écoutons cependant encore une dernière fois notre séraphique Pontife nous raconter les charmes du très saint Nom de Jésus, imposé au Sauveur dans les douleurs de la Circoncision ; il écrit encore à sa sainte coopératrice :

" Ô Jésus, remplissez notre cœur du baume sacré de votre Nom divin, afin que la suavité de son odeur se dilate en tous nos sens, et se répande en toutes nos actions. Mais pour rendre ce cœur capable de recevoir une si douce liqueur, circoncisez-le, et retranchez d'icelui tout ce qui peut être désagréable à vos saints yeux. Ô Nom glorieux ! Que la bouche du Père céleste a nommé éternellement, soyez à jamais la superscription de notre âme, afin que, comme vous êtes Sauveur, elle soit éternellement sauvée ! Ô Vierge sainte, qui, la première de toute la nature humaine, avez prononcé ce Nom de salut, inspirez-nous la façon de le prononcer ainsi qu'il est convenable, afin que tout respire en nous le salut que votre ventre nous a porté.

Ma très chère fille, il fallait écrire la première lettre de cette année à Notre-Seigneur et à Notre-Dame ; et voici la seconde par laquelle, Ô ma fille, je vous donne le bon an, et dédie notre cœur à la divine bonté. Que puissions-nous tellement vivre cette année, qu'elle nous serve de fondement pour l'année éternelle ! Du moins ce matin, sur le réveil, j'ai crié à vos oreilles : vive Jésus ! Et eusse bien voulu épandre cette huile sacrée sur toute la face de la terre."


Saint François de Sales écrivant.

Quand un baume est bien fermé dans une fiole, nul ne sait discerner quelle liqueur c'est, sinon celui qui l'y a mise ; mais quand on a ouvert la fiole, et qu'on en a répandu quelques gouttes, chacun dit : C'est du baume. Ma chère fille, notre cher petit Jésus était tout plein du baume de salut; mais on ne le connaissait pas jusqu'à tant qu'avec ce couteau doucement cruel on a ouvert sa divine chair ; et lors on a connu qu'il est tout baume et huile répandue, et que c'est le baume de salut. C'est pourquoi saint Joseph et Notre-Dame, puis tout le voisinage, commencent à crier : Jésus, qui signifie Sauveur.

Plaise à ce divin poupon de tremper nos cœurs dans son sang, et les parfumer de son saint Nom, afin que les roses des bons désirs que nous avons conçus, soient toutes pourprées de sa teinture, et toutes odorantes de son onguent !"



Saint François de Sales est né le 21 août 1567 dans une famille catholique, au château de Sales près de Thorens-Glières, à une vingtaine de kilomètres au nord d'Annecy. Son père, François de Sales, seigneur de Sales, de Boisy et de Nouvel, et sa mère, Françoise de Sionnaz (fille unique du seigneur Melchior de Sionnaz), appartenaient à de vieilles familles aristocratiques de la Savoie. François de Sales père servit comme officier dans l'armée du roi de France François Ier. Le futur saint était l'aîné de six frères. Lors de son baptême, il reçut le prénom de François en hommage à la vénération familiale pour saint François d'Assise. Durant les premières années de sa vie, il fut éduqué chez des nourrices dévotes puis par un précepteur et fit présager dès ses plus tendres années, par l'innocence et la gravité de ses mœurs, quelle serait un jour sa sainteté.

Il fut instruit dans les sciences libérales ; bientôt après, il se rendit à Paris, où il s'adonna à la Philosophie et à la Théologie ; et, afin que rien ne manquât à la culture de son esprit, il reçut, à Padoue, avec de grands applaudissements, le bonnet de docteur en l'un et l'autre Droit.

Il renouvela, dans l'église de Lorette, le vœu de perpétuelle virginité qu'il avait fait à Paris ; et jamais ni les artifices du démon, ni les attraits des sens, ne purent le détourner de la résolution qu'il avait prise au sujet de cette vertu.


Saint François de Sales, saint Antoine abbé,
saint Augustin et sainte Marie-Madeleine de Pazzi.
Ottavio Cambiaso. Cathédrale Sainte-Marie-de-l’Assomption.
Bastia. Corse.

Il refusa une grande charge dans le Sénat de Savoie, et s'engagea dans la cléricature. Ordonné prêtre et fait Prévôt de l'Eglise de Genève, il remplit si parfaitement les devoirs de cette charge, que Granier, son Evêque, le destina pour travailler, par la prédication de la parole de Dieu, à la conversion des Calvinistes du Chablais, et autres lieux voisins de Genève. Ayant reçu cet office avec allégresse, il y eut à souffrir les plus rudes tribulations de la part des hérétiques, qui souvent le cherchèrent pour lui donner la mort, le poursuivirent de différentes calomnies, et lui dressèrent grand nombre d'embûches. Mais, au milieu de tant de périls et de combats, son inébranlable constance brilla toujours ; et, aidé du secours de Dieu, on rapporte qu'il ramena à la foi catholique soixante-douze mille hérétiques, parmi lesquels on en compte plusieurs qui étaient distingués par leur noblesse et leur science.

Après la mort de Granier, qui l'avait choisi pour coadjuteur, il fut consacré évêque, et répandit de tous côtés les rayons de sa sainteté, par son zèle pour la discipline ecclésiastique, son amour pour la paix, sa miséricorde envers les pauvres, et par toute sorte de vertus.


Apothéose de saint François de Sales.
Cathédrale Saint-Etienne. Cahors.

Pour l'accroissement du culte divin, il institua un nouvel Ordre de religieuses sous le nom de la Visitation Sainte-Marie, et sous la règle de saint Augustin, à laquelle il ajouta des Constitutions admirables par la sagesse, la discrétion et la douceur.

Il a éclairé l'Eglise par des écrits remplis d'une doctrine céleste, dans lesquels il enseigne un chemin sûr et facile pour arriver à la perfection chrétienne. Enfin, âgé de cinquante-cinq ans, comme il retournait de France à Annecy, après avoir célébré la Messe à Lyon, le jour de Saint-Jean l'Évangéliste, il fut atteint d'une maladie mortelle ; et, le jour suivant, il monta au ciel, l'an de notre Seigneur mil six cent vingt-deux.

On transporta son corps à Annecy, et on l'ensevelit honorablement dans l'église des religieuses dudit Ordre. Il éclata aussitôt par des miracles ; le Pape Alexandre VII, après en avoir constaté la vérité selon les règles, le mit au nombre des Saints, en assignant, pour sa fête, le vingt-neuvième jour de janvier ; et le Souverain Pontife Pie IX, de l'avis de la Congrégation des Sacrés Rites, a déclaré Docteur de l'Eglise universelle.


Basilique de la Visitation. Les reliques de saint François de Sales
y sont toujours vénérées. Annecy. Savoie.
 
PRIERE

" Conquérant pacifique des âmes, Pontife aimé de Dieu et des hommes, nous célébrons en vous la douceur de notre Emmanuel. Ayant appris de lui à être doux et humble de cœur, vous avez, selon sa promesse, possédé la terre (Matth. V, 4.). Rien ne vous a résisté : les sectaires les plus obstinés, les pécheurs les plus endurcis, les âmes les plus tièdes, tout a cédé aux charmes de votre parole et de vos exemples. Que nous aimons à vous contempler, auprès du berceau de l'Enfant qui vient nous aimer, mêlant votre gloire avec celle de Jean et des Innocents : Apôtre comme le premier, simple comme les fils de Rachel ! Fixez pour jamais notre cœur dans cette heureuse compagnie ; qu'il apprenne enfin que le joug de l'Emmanuel est doux, et son fardeau léger.

Réchauffez nos âmes au feu de votre charité ; soutenez en elles le désir de la perfection. Docteur des voies spirituelles, introduisez-nous dans cette Vie sainte dont vous avez tracé les lois ; ranimez dans nos cœurs l'amour du prochain, sans lequel nous ne pourrions espérer de posséder l'amour de Dieu ; initiez-nous au zèle que vous avez eu pour le salut des âmes ; enseignez-nous la patience et le pardon des injures, afin que nous nous aimions tous, non seulement de bouche et de parole, comme parle Jean votre modèle, mais en œuvre et en vérité (I Johan. III, 18.).
Bénissez l'Eglise de la terre, au sein de laquelle votre souvenir est encore aussi présent que si vous veniez de la quitter pour celle du ciel ; car vous n'êtes plus seulement l'Evêque de Genève, mais l'objet de l'amour et de la confiance de l'univers entier.

Hâtez la conversion générale des sectateurs de l'hérésie Calviniste. Déjà vos prières ont avancé l'œuvre du retour ; et le Sacrifice de l'Agneau s'offre publiquement au sein même de Genève. Consommez au plus tôt le triomphe de l'Eglise-Mère. Extirpez du milieu de nous lès derniers restes de l'hérésie Jansénienne, qui se préparait à semer son ivraie dans la France, aux jours mêmes où le Seigneur vous retirait de ce monde. Purgez nos contrées des maximes et des habitudes dangereuses qu'elles ont héritées des temps malheureux où cette secte perverse triomphait dans son audace.

Bénissez de toute la tendresse de votre cœur paternel le saint Ordre que vous avez fondé, et que vous avez donné à Marie sous le titre de sa Visitation. Conservez-le dans l'état où il fait l'édification de l'Eglise ; donnez-lui accroissement, dirigez-le, afin que votre esprit se maintienne dans la famille dont vous êtes le père. Protégez l'Episcopat dont vous êtes l'ornement et le modèle ; demandez à Dieu, pour son Eglise, des Pasteurs formés à votre école, embrasés de votre zèle, émules de votre sainteté. Enfin, souvenez-vous de la France, avec laquelle vous avez contracté des liens si étroits. Elle s'émut au bruit de vos vertus, elle convoita votre Apostolat, elle vous a donné votre plus fidèle coopératrice; vous avez enrichi sa langue de vos admirables écrits ; c'est de son sein même que vous êtes parti pour aller à Dieu : du haut du ciel, regardez-la aussi comme votre patrie."


Une édition des oeuvres complètes de saint François de Sales.
Paris. 1866.

Rq : On lira avec fruit les oeuvres de saint François de Sales sur ce lien : http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales.html
Le visiteur protestant, droit d'intention, sera mis sur le chemin de la conversion en lisant sa Lettre ouverte aux Protestants sur ce lien : http://jesusmarie.free.fr/francois_de_sales_lettre_ouvert...

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vendredi, 20 janvier 2017

20 janvier. Saint Fabien, pape et martyr. 250.

- Saint Fabien, pape et martyr. 250.

Papes : Saint Antère (prédécesseur, 236+) ; Saint Corneille (successeur). Empereur romain (période de l'anarchie militaire) : Trajan Dèce.

" Il est digne ! Il est digne !"
Acclamation des électeurs à l'élection de saint Fabien.


Election de saint Fabien. Jacques Huguet l'Ancien. XVe.

L'un des deux grands Martyrs qui partagent, sur le Cycle, les honneurs de cette journée, saint Fabien (l'autre étant saint Sébastien), fut Pontife de l'Eglise de Rome. Saint Fabien reçut la couronne du martyre l'an 250, sous la persécution de Trajan Dèce. Considérons les mérites de cet deux athlètes du Christ.

A l'exemple de ses prédécesseurs, saint Clément et saint Anthéros, le saint Pape Fabien prit un soin particulier de faire rédiger les Actes des Martyrs ; mais la persécution de Dioclétien, qui nous a privés d'un si grand nombre de ces précieux monuments condamnés aux flammes par les édits impériaux, nous a ravi le récit des souffrances et du martyre de notre saint Pontife. Quelques traits seulement de sa vie pastorale sont arrivés jusqu'à nous ; mais nous pouvons prendre une idée de ses vertus, par l'éloge que fait de lui saint Cyprien, qui l'appelle un homme incomparable, dans une Lettre qu'il écrit au Pape saint Corneille, successeur de Fabien.

L'évêque de Carthage célèbre aussi la pureté et la sainteté de la vie du saint Pontife, qui domina d'un front tranquille les orages dont l'Eglise fut agitée de son temps. On aime à contempler cette tête calme et vénérable sur laquelle une colombe alla se reposer, pour désigner dans Fabien le successeur de Pierre, le jour où le peuple et le clergé de Rome étaient réunis pour l'élection d'un Pontife, après le martyre d'Anthéros. Ce rapport avec le Christ désigné pour le Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la divine colombe, rend plus sacré encore le touchant caractère de Fabien. Dépositaire de la puissance de régénération qui réside dans les eaux depuis le baptême du Christ, il eut à cœur la propagation du Christianisme ; et parmi les Evêques qu'il sacra pour annoncer la foi en divers lieux, l'Eglise des Gaules en reconnaît plusieurs pour ses principaux fondateurs.


Saint Fabien et saint Sébastien. Paolo di Giovanni. XIVe.

Fabien, comme on dirait fabriquant la béatitude suprême, c'est-à-dire se l’acquérant à un triple droit, d'adoption, d'achat et de combat.

Saint Fabien, romain d'origine, était fils de Fabius. Le pontificat de saint Antère, dit saint Eusèbe de Césarée, n'avait duré qu'un mois. On rapporte qu'après le martyr de ce pape, Fabien revenait de la campagne avec quelques amis, lorsqu'il fut soudain et par une merveilleuse disposition de la grâce divine, appelé inopinément à la tête du clergé. Fabien entra dans l'Eglise au moment où tous les frères étaient réunis pour procéder à l'élection. Nul ne songeait à l'élire.

Plusieurs se préoccupaient de donner leurs suffrages à quelque nobles et illustres personnages. En effet, Gordien (le père), procclamé empereur par les légions campées en Afrique, était entré, par son mariage avec Fabia Orestia, dans cette grande famille des Fabii, dont le pape saint Fabien était lui-même un mùembre. On conçoit dès lors comment l'élection pontificale des catacombes, coïncidant avec l'acclamation de l'armée, du Sénat et du peuple en faveur des deux empereurs Gordien, pouvait être, au point de vue humain, d'une humilité immense pour l'Eglise.


Saint Fabien et saint Sébastien. Graduel à l'usage de
l'abbaye Notre-Dame de Fontevrault. XIIIe.

Tout à coup, une colombe, descendue par un des lucernaires de la catacombe, vint se reposer sur sa tête. Elle semblait rappeler celle dont l'Esprit-Saint avait revêtu la forme pour descendre sur le Sauveur, aux rives du Jourdain. L'assemblée, émue à ce spectacle et manifestement inspirée de l'Esprit de Dieu, poussa dans un transport d'allégresse l'acclamation unanime :
" Il est digne ! Il est digne !"
Malgré la résistance de Fabien, on l'entera et on le fit asseoir sur le trône pontifical.

Saint Fabien fut le premier pape élu simple laïque, pour être élevé au sommet de la hiérarchie sacrée. Il justifia par toute sa vie ce choix miraculeux. Il assigna un diacre à chacune des sept régions de la Rome chrétienne, et y plaça aussi un sous-diacre pour diriger les notaires chargés de reccueillir intégralement les Actes des Martyrs.

Saint Fabien défendit que les juges séculiers se mêlassent des causes ecclésiastiques. Il interdit aussi le mariage par affinité aux personnes alliées jusqu'au cinquième degré ; n'entendant néanmoins pas que les mariages dans le quatrième degré, faits et consommés, fussent rompus.

Il ordonna que les fidèles communiassent au moins aux trois fêtes principales fêtes de l'année.

Il statua également que, tous les ans, au jour de la Cène du Seigneur, on renouvellerait le saint Chrême, après avoir brûlé l'ancien.

Par ses ordres, de nombreuses constructions furent exécutées dans les cimetières et les galeries des catacombes.


Saint Fabien et Philippe l'Arabe. Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. R. de Montbaston. XIVe.

La fin du pontificat de saint Fabien correspondait au règne de Philippe l'Arabe, qui était chrétien ainsi que sa femme, l'impératrice Severa. Mais le César eut peur d'agir en chrétien. Dieu ne voulait pas qu'un homicide arborât le premier le drapeau pacifique de la Croix sur le monde. Philippe, en arrivant au trône avait mis à mort le fils de son ancien maître ; c'est pourquoi la veille de Pâques, quand il se présenta à l'Eglise d'Antioche, le patriarche saint Babylas refusa de lui en ouvrir les portes. L'empreur se soumit. Pourtant il ne rendit de services à l'Eglise qu'en ce sens qu'il ne la persécuta point, et même, lors de la célébration du premier millésime romain, il ne permit ni les combats de gladiateurs, ni les massacres du cirques ; le souffle chrétien avait visiblement inspiré l'empereur.

Saint Fabien profita de la paix qui régnait alors pour répandre de plus en plus les lumières de l'Evangile. Allié par la naissance à la famille impériale des Gordiens et à presque toutes celles de l'ancien patriarcat de Rome, il dut étendre les conquêtes de la foi dans les plus hauts rangs de la société, où l'on voyait, à la fin du IIIe siècle, un si grand nombre d'illustres Chrétiens. Les églises, ruinées pendant les persécutions précédentes, furent réparées et ornées avec le plus de décence possible.

Haymon rapporte que l’empereur Philippe, voulant assister aux vigiles de Pâques et participer aux mystères, il lui résista et ne lui permit d'y assister qu'après avoir confessé ses péchés et être resté parmi les pénitents.


Décollation de saint Fabien.
Benvenuto di Giovanni di Meo del Guasta. XVe.

Enfin, Dèce ayant usurpé l'empire, et désirant mettre la main sur les trésors qu'on lui fit entendre avoir été laissé par son prédecesseur à l'Eglise, renouvela les persécutions qui avaient cessé et arrosa la terre du sang des fidèles. Alors, dit saint Cyprien, commença une suite interminable de tortures de la part des bourreaux.

Les poursuites n'avaient plus seulement pour fin la condamnation, et pour consolation la mort. On graduait la cruauté par une série de raffinements, de façon que la victime survécût aux supplices. On ne voulai pas lui accorder trop tôt la couronne. On la fatiguait dans l'espoir de fléchir son courage, et s'il lui arrivait, grâce à la miséricorde de Dieu, de mourir avant l'heure prévue, les bourreaux se croyaient trompés.

Telle fut la septième persécution générale. Sa première victime fut le pape saint Fabien qui eut la tête tranchée le treize des calendes de février (le 20 janvier). Il fut enseveli au cimetière de Calliste, sur la voie Appienne.

Ce martyre, qui rouvrait avec éclat l'ère des luttes sanglantes, eut un grand retentissement dans la chrétienté. Le clergé de Rome en informa les autres églises ; le fait est certain ; nous connaissons même un des messagers. Le sous-diacre Crementius fut envoyé à Carthage avec une lettre authentique des prêtres et des diacres romains, dans laquelle la mort glorieuse du pontife était, pour l'édification générale, relatée dans tous ses détails ( nous n'avons plus ce récit hélas, mais une épître de saint Cyprien en fait foi).

Saint Fabien siégea quinze ans et quatre jours. Il fit cinq ordinations au mois de décembre, et il créa vingt-deux Prêtres, sept Diacres, et onze Evêques pour divers lieux.

On lui donne pour attribut l'épée, instrument de son martyre et la colombe qui le désigna au choix du peuple chrétien.

L'Eglise a toujours solennisé la fête de saint Fabien avec celle de saint Sébastien, comme il paraît dès le temps de saint Grégoire le Grand. Son office n'était autrefois que semi-double ; mais le pape Pie V, en la réformation du bréviaire, en 1550, l'a ordonné double, ainsi qu'il se célèbre.

Des reliques de notre saint pape étaient encore conservées au début du XXe siècle à l'Hôtel-Dieu d'Amiens.


Décollation de saint Fabien. Jacques Huguet l'Ancien. XVe.

PRIERE

" Ainsi se sont écoulés les jours de votre Pontificat, longs et orageux, Ô Fabien ! Mais, pressentant l'avenir de paix que Dieu réservait à son Eglise, vous ne vouliez pas que les grands exemples de l'âge des Martyrs fussent perdus pour les siècles futurs, et votre sollicitude veillait à leur conservation. Les flammes nous ont ravi une grande partie des trésors que vous aviez amassés pour nous ; à peine pouvons-nous formuler quelques détails de votre propre vie ; mais nous en savons assez pour louer Dieu de vous avoir choisi dans ces temps difficiles, et pour célébrer aujourd'hui le glorieux triomphe que remporta votre constance. La colombe qui vous désignait comme l'élu du ciel, se reposant sur votre tête, vous marquait comme le Christ visible de la terre ; elle vous dévouait aux sollicitudes et au martyre ; elle avertissait l'Eglise entière de vous reconnaître et de vous écouter.

Vous donc, Ô saint Pontife, qui avez eu ce trait de ressemblance avec l'Emmanuel dans le mystère de l'Epiphanie, priez-le pour nous afin qu'il daigne se manifester de plus en plus à nos esprits et à nos cœurs. Obtenez-nous de lui cette docilité à sa grâce, cette dépendance d'amour à l'égard de ses moindres volontés, ce détachement de toutes choses, qui furent l'élément continuel de votre vie, au milieu de cette tourmente qui menaça, durant quinze années, de vous engloutir. Enfin un dernier tourbillon vous enleva, calme et préparé, pour vous porter, par le martyre, jusque dans le sein de Celui qui avait déjà accueilli un si grand nombre de vos brebis. Nous aussi, nous attendons la vague qui doit nous détacher de la grève, et nous pousser jusqu'au ciel ; demandez, Ô Pasteur, qu'elle nous trouve prêts. Si l'amour du divin Enfant vit en nous, si nous imitons, comme vous, Ô Fabien, la simplicité de la colombe, notre voie est sûre. Nous offrons nos cœurs ; hâtez-vous de les préparer."

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samedi, 03 décembre 2016

3 décembre. Saint François-Xavier, Jésuite, apôtre des Indes. 1552.

- Saint François-Xavier, Jésuite, apôtre des Indes. 1552.

Pape : Jules III. Roi d'Espagne : Charles Quint.

" Vas electionis est iste ut portet nomen meum coram gentibus."
" Je l'ai choisi entre mille pour verser sur les nations les flots de lumière de mon Evangile."

Act., IX, 15.

Saint François-Xavier en adoration devant Notre Dame
et son divin Fils. Michel Corneille. XVIIe. Orléans.

Les Apôtres ayant été les hérauts de l'Avènement du Christ, il convenait que le temps de l'Avent ne fût pas privé de la commémoration de quelqu'un d'entre eux. La divine Providence y a pourvu ; car parler de saint André, dont la fête est souvent déjà passée quand s'ouvre la carrière de l'Avent, saint Thomas se rencontre infailliblement chaque année aux approches de Noël.

Nous dirons plus loin pourquoi il a obtenu ce poste de préférence aux autres Apôtres ; ici nous voulons seulement insister sur la convenance qui semblait exiger que le Collège Apostolique fournit au moins un de ses membres pour annoncer, dans cette partie du Cycle catholique, la venue du Rédempteur. Mais Dieu n'a pas voulu que le premier apostolat fût le seul qui parût en tète du Calendrier liturgique ; grande est aussi, quoique inférieure, la gloire de ce second Apostolat par lequel l'Epouse de Jésus-Christ multiplie ci ses enfants, dans sa vieillesse féconde, comme parle le Psalmiste. (Psalm. XCI, 15.).


Château de Javier. Navarre.

Il est encore présentement des Gentils à évangéliser ; la venue du Messie est loin d'avoir été annoncée à tous les peuples ; mais, entre les vaillants messagers du Verbe divin qui, dans ces derniers siècles, ont l'ait éclater leur voix au milieu des nations infidèles, il n'en est point qui ait brillé d'une plus vive splendeur, qui ait opéré plus de prodiges, qui se suit montré plus semblable aux premiers Apôtres, que le récent Apôtre des Indes, saint François-Xavier. Et certes, la vie et l'apostolat de cet homme merveilleux furent l'objet d'un grand triomphe pour notre Mère la sainte Eglise catholique au temps où ils éclatèrent.

L'hérésie, soutenue en toutes manières par la fausse science, par la politique, par la cupidité et toutes les mauvaises passions du cœur de l'homme, semblait toucher au moment de la victoire. Dans son audacieux langage, elle ne parlait plus qu'avec un profond mépris de cette antique Eglise appuyée sur les promesses de Jésus-Christ ; elle la dénonçait aux nations, et osait l'appeler la prostituée de Babylone, comme si les vices des enfants pouvaient obscurcir la pureté de leur mère.


Envoi de saint François-Xavier par saint Ignace.
Andrea Pozzo. Basilique Saint-Pierre. Rome. XVIIe.

Dieu se montra enfin, et soudain le sol de l'Eglise apparut couvert des plus admirables fruits de sainteté. Les héros et les héroïnes se multiplièrent du sein même de cette stérilité qui n'était qu'apparente, et tandis que les prétendus réformateurs se montraient les plus vicieux des hommes, l'Italie et l'Espagne à elles seules brillèrent d'un éclat incomparable par les chefs-d'œuvre de sainteté qui se produisirent dans leur sein.

Aujourd'hui c'est François Xavier ; mais plus d'une fois sur le Cycle nous verrons briller les nobles compagnons, les illustres compagnes, que la grâce divine lui suscita : en sorte que le XVIe siècle n'eut rien à envier aux siècles les plus favorisés des merveilles de la sainteté. Certes, ils ne l'inquiétaient pas beaucoup du salut des infidèles, ces soi-disant réformateurs qui ne songeaient qu'à anéantir le vrai Christianisme sous les ruines de ses temples ; et c'était à ce moment même qu'une société d'apôtres s'offrait au Pontife romain pour aller planter la foi chez les peuples les plus enfoncés dans les ombres de la mort. Mais, de tous ces apôtres, ainsi que nous venons de le dire, nul n'a réalisé le type primitif au même degré que le disciple d'Ignace.


Lemercier. XVIIIe. Hôpital de Baugé. Maine.

Rien ne lui a manqué, ni la vaste étendue des pays sillonnés par son zèle, ni les centaines de milliers d'infidèles qu'il baptisa de son bras infatigable, ni les prodiges de toute sorte qui le montrèrent aux infidèles comme marqué du sceau qu'avaient reçu ceux dont la sainte Liturgie nous dit :
" Ce sont ceux-ci qui, vivant encore dans la chair, ont été les planteurs de l'Eglise."

L'Orient a donc vu, au XVIe siècle, un Apôtre venu de Rome toujours sainte, et dont le caractère et les œuvres rappelaient l'éclat dont brillèrent ceux que Jésus avait envoyés lui-même. Gloire soit donc au divin Epoux qui a vengé l'honneur de son Epouse, en suscitant François-Xavier, et en nous donnant en lui une idée de ce que furent, au sein du monde païen, les hommes qu'il avait chargés de la promulgation de son Evangile.


Prière par l'intercession de saint François-Xavier.
Anonyme français du XVIIe.

Saint François, né à Xavier au diocèse de Pampelune, de parents nobles, se fit à Paris le compagnon et le disciple de saint Ignace. Sous un tel maître, il en vint bientôt à une contemplation si sublime des choses divines, que plus d'une fois on le vit élevé au-dessus de terre ; ce qui lui arriva à diverses reprises, en présence d'une multitude de peuple, pendant qu'il célébrait le saint Sacrifice.

Il obtenait ces délices de l'âme par de grandes macérations de son corps ; car il s'interdisait non seulement l'usage de la chair et du vin, mais jusqu'au pain de froment, ne vivant que des plus vils aliments, et passant deux ou trois jours sans rien prendre. Il se flagellait si rudement avec des disciplines armées de fer, que souvent le sang coulait avec abondance ; il ne prenait qu'un sommeil très court, et encore sur la terre nue.


Saint François-Xavier bénissant des pestiférés.
Domenico Lombardi. XVIIIe.

L'austérité et la sainteté de sa vie l'avaient rendu mûr pour les travaux apostoliques, quand Jean III, roi de Portugal, ayant demandé à Paul III, pour les Indes, quelques membres de la Société naissante, le Pape, par l'avis de saint Ignace, choisit François pour ce grand emploi, et lui donna les pouvoirs de Nonce Apostolique. A peine fut-il arrivé, qu'il apparut tout d'un coup miraculeusement initié aux langues très difficiles et très variées de ces diverses nations. Il arriva même quelquefois que, prêchant en une seule langue devant des nations différentes, chacune l'entendait parler la sienne. Il parcourut, toujours à pied, et souvent sans chaussure , d'innombrables provinces.

Il introduisit la foi au Japon et dans six autres contrées. Il convertit dans les Indes plusieurs centaines de milliers de personnes. Il purifia dans le saint baptême de grands princes et nombre de rois. Et pendant qu'il faisait pour Dieu de si grandes choses, telle était son humilité, qu'il n'écrivait qu'à genoux à saint Ignace, son Général.

Saint François-Xavier prêchant aux Indiens. Anonyme du XIXe.
Eglise paroissiale Saint-Martin de Velles. Champagne.

Dieu fortifia cette ardeur qu'il avait de propager l'Evangile, par de grands et nombreux miracles. François rendit la vue à un aveugle. Par un signe de croix il changea en eau douce de l'eau de mer, autant qu'il en fallut pour subvenir longtemps à un équipage de cinq cents hommes qui mouraient de soif. Cette eau, portée depuis en diverses contrées, guérit subitement un grand nombre de malades.
Il ressuscita plusieurs morts, dont un, enterré de la veille, fut tiré de sa fosse; et deux autres qu'il prit par la main pendant qu'on les portait en terre, furent rendus vivants à leurs parents.
Inspiré diverses fois pur l'esprit de prophétie, il révéla plusieurs événements éloignés de temps et de lieu.

Enfin il mourut dans l'île de Sancian, le second jour de décembre, plein de mérites et épuisé de travaux. Son corps, enseveli à deux fois dans de la chaux vive, s'y conserva pendant plusieurs mois sans corruption ; il en sortit même du sang et une odeur suave. Transporté à Malaca, son arrivée arrêta sur-le-champ une peste très violente. Enfin de nouveaux et très grands miracles ayant éclaté dans toutes les parties du monde par l'intercession de François, Grégoire XV le mit au rang des Saints.

Saint François-Xavier ramène à la vie la fille d'un notable
de Cangoxima au Japon. Ecole française du XVIIIe.

PRIERE

" Glorieux apôtre de Jésus-Christ qui avez illuminé de sa lumière les nations assises dans les ombres de la mort, nous nous adressons à vous, nous Chrétiens indignes, afin que par cette charité qui vous porta à tout sacrifier pour évangéli-ser les nations, vous daigniez préparer nos cœurs à recevoir la visite du Sauveur que notre foi attend et que notre amour désire. Vous fûtes le père des nations infidèles ; soyez le protecteur du peuple des croyants, dans les jours où nous sommes. Avant d'avoir encore contemplé de vos yeux le Seigneur Jésus, vous le fîtes connaître à des peuples innombrables ; maintenant que vous le voyez face à face, obtenez que nous le puissions voir, quand il va paraître, avec la foi simple et ardente de ces Mages de l'Orient, prémices glorieuses des nations que vous êtes allé initier à l’admirable lumière. (I Petr. II, 9.).


Saint François-Xavier baptisant et guérissant.
C.-A. Bouvier. Gravure du XVIIIe.

Souvenez-vous aussi, grand apôtre, de ces mêmes nations que vous avez évangélisées, et chez lesquelles la parole de vie, par un terrible jugement de Dieu, a cessé d'être féconde. Priez pour le vaste empire de la Chine que votre regard saluait en mourant, et auquel il ne fut pas donné d'entendre votre parole. Priez pour le Japon, plantation chérie que le sanglier dont parle le Psalmiste a si horriblement dévastée. Obtenez que le sang des Martyrs, qui y fut répandu comme l'eau, fertilise enfin cette terre. Bénissez aussi, ô Xavier, toutes les Missions que notre Mère la sainte Eglise a entreprises, dans les contrées où la Croix ne triomphe pas encore. Que les cœurs des infidèles s'ouvrent à la lumineuse simplicité de la foi ; que la semense fructifie au centuple ; que le nombre des nouveaux apôtres, vos successeurs, aille toujours croissant ; que leur zèle et leur charité ne défaillent jamais : que leurs sueurs deviennent fécondes, que la couronne de leur martyre soit non seulement la récompense, mais le complément et la dernière victoire de leur apostolat.


Sculpture de M. Bursacier, moyen-relief du XVIIIe.
Eglise Saint-Thomas de La Flèche. Maine.

Souvenez-vous, devant le Seigneur, des innombrables membres de celle association par laquelle Jésus-Christ est annoncé dans toute la terre, et qui s'est placée sous voire patronage. Enfin priez d'un cœur filial pour la sainte Compagnie dont vous êtes la gloire et l'espérance. Qu'elle fleurisse de plus en plus sous le vent de la tribulation qui ne lui manqua jamais; qu'elle se multiplie, afin que par elle soient multipliés les enfants de Dieu ; qu'elle ait toujours au service du peuple chrétien de nombreux Apôtres et de vigilants Docteurs ; qu'elle ne porte pas en vain le nom de Jésus.

Considérons l'état misérable du genre humain, au moment où le Christ va paraître. La décroissance des vérités sur la terre est terriblement exprimée par la décadence de la lumière matérielle en ces jours. Les traditions antiques vont de toutes pans s'éteignant ; le Dieu créateur de toutes es est méconnu dans l'œuvre même de ses mains ; tout est devenu Dieu, excepté le Dieu qui a tout fait. Ce hideux Panthéisme dévore la morale publique et privée. Tous les droits, hors celui du plus fort, sont oubliés ; la volupté, la cupidité, le larcin siègent sur les autels et reçoivent l'encens. La famille est anéantie par le divorce et l'infanticide ; l'espèce humaine est dégradée en masse par l'esclavage ; les nations même périssent par les guerres d'extermination. Le genre humain n'en peut plus ; et si la main qui l'a créé ne lui est de nouveau appliquée, il doit infailliblement succomber dans une dissolution honteuse et sanglante.


Eglise du Bom-Jésus. Goa. Indes.

Les justes qu'il contient encore, et qui luttent contre le torrent et la dégradation universelle, ne le sauveront pas ; car ils sont méconnus des hommes, et leurs mérites ne sauraient, aux yeux de Dieu, pallier l'horrible lèpre qui dévore la terre. Plus criminelle encore qu'aux jours du déluge, toute chair a corrompu sa voie ; néanmoins, une seconde extermination ne servirait qu'à manifester la justice de Dieu ; il est temps qu'un déluge miséricordieux s'épanche sur la terre, et que celui qui a fait le genre humain descende pour le guérir. Paraissez donc, Ô Fils éternel de Dieu ! Venez ranimer ce cadavre, guérir tant de plaies, laver tant de souillures, rendre surabondante la Grâce, là où le péché abonde ; et quand vous aurez converti le monde à votre sainte loi, c'est alors que vous aurez montré à tous les futurs que c'est vous-même, Ô Verbe du Père, qui êtes venu : car si un Dieu a pu seul créer le monde, il n'y avait non plus que la toute-puissance d'un Dieu qui pût, en l'arrachant à Satan et au péché, le rendre à la justice et à la sainteté."


Châsse contenant le corps incorrompu de saint François-Xavier.
Eglise du BOM-Jésus de Goa. Indes.

Rq : On lira avec fruit cette vie de saint François-Xavier, composée en 1870 par d'éminents représentants de la Compagnie de Jésus : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/francxavier/inde...

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dimanche, 20 novembre 2016

20 novembre. Saint Felix de Valois, fondateur de l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs. 1212.

- Saint Felix de Valois, fondateur de l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs. 1212.

Pape : Innocent III. Roi de France : Philippe II Auguste.

" Mementote vinctorum."
" Souvenez-vous de ceux qui gémissent dans les fers."
Hebr., XIII, 3.


Saint Félix de Valois. Statue du couvent de Mafra.
Lisbonne. Portugal. XVIIe.

Félix, appelé dès l'adolescence au désert, semblait devoir y mourir oublié d'un monde qu'il avait méprisé. Mais le Seigneur se réservait de rendre aux yeux des hommes sa vieillesse féconde (Psalm. XCI, 15.).

On était à ce qu'on nomme de nos jours un tournant de l'histoire. Le premier des grands Ordres actifs allait, avec saint Jean de Matha, se lever dans l'Eglise ; d'autres suivraient, réclamés par les temps nouveaux. Ce fut l'heure où l'éternelle Sagesse, qui préside immuable aux variations des peuples (Sap. VII, 27.), voulut montrer qu'elle non plus la sainteté ne change pas, la charité demeurant sous des formes variées ce que la connurent nos pères, n'ayant toujours qu'en Dieu aimé pour lui-même son principe et sa fin.


Statue de saint Félix de Valois. Bois polychrome du XVIe.

Et c'est pourquoi Jean de Matha fut amené par l'Esprit à Félix de Valois, comme le disciple au maître ; l'anachorète dont les derniers ans s'achevaient au fond des forêts, vit se greffer sur la contemplation pure, en sa personne, la vie d'action débordante du rédempteur des captifs; Cerfroid, son désert, resta le chef-lieu des Trinitaires comme il en avait été le berceau.

Félix, appelé d'abord Hugues, était né en France de la famille royale des Valois. Il donna dès le plus jeune âge de sérieuses marques de sa sainteté future, surtout pour la miséricorde envers les pauvres ; car encore tout petit enfant, il distribuait de sa main des pièces d'argent aux malheureux, comme s'il eût été grand et en âge de comprendre. Un peu plus âgé, il avait la coutume de leur envoyer des mets servis sur la table, et choisissant ce qu'il y avait de meilleur, il le servait aux enfants pauvres.


Saint Félix de Valois avec le cerf de saint Hubert, l'un de ses attributs.
Anonyme. XVIIe.

Jeune homme, il se dépouilla plus d'une fois de ses habits pour en couvrir les indigents. Il obtint de son oncle Thibauld, comte de Champagne et de Blois, la grâce d'un condamné à mort, annonçant que celui qui n'était jusque-la qu'un sicaire infâme deviendrait sous peu un grand saint : prédiction justifiée par l'événement.

Au sortir de sa vertueuse adolescence, il se sentit porté par l'attrait de la contemplation céleste à s'enfermer dans la solitude, mais voulut tout d'abord cependant recevoir les Ordres sacrés pour se prémunir contre les droits éventuels à la couronne qu'il tenait de la loi Salique.


Statue représentant les fondateurs de l'Ordre des Trinitaires.
Saint Félix de Valois, saint Jean de Matha, saint Pierre Nolasque, etc.
Ferdinand Brokoff. XVIIIe. Pont Saint-Charles de Prague.

Ordonné prêtre, il célébra sa première Messe avec grande ferveur et gagna peu après le désert ou il vécut en grande abstinence, réconforté par l'abondance des grâces du ciel. Il y fut trouvé par saint Jean de Matha, docteur de Paris, qu'une inspiration divine avait poussé à sa recherche. Tous deux vécurent là très saintement quelques années, jusqu'à ce qu'un Ange les avertît delà part de Dieu qu'ils eussent à se rendre à Rome pour obtenir du Souverain Pontife une règle de vie.

C'était alors Innocent III, lequel pendant la Messe solennelle eut révélation du nouvel Ordre et institut qu'ils devaient fonder pour la rédemption des captifs. Le Pape revêtit lui-même Félix et Jean du vêtement blanc avec la croix rouge et bleue sous lequel l’Ange était apparu, et il voulut que leur famille religieuse, en raison de ces trois couleurs de son habit, fût honorée du nom de la très sainte Trinité.


Le même ensemble sculptural sous un autre angle.

Félix donc, avec la règle confirmée par le Pape Innocent, revint à Cerfroid, au diocèse de Meaux, où lui et son compagnon ayant peu auparavant bâti la première maison de l'Ordre, il l'agrandit, y fit régner l'observance religieuse, se montrant le promoteur admirable de l'œuvre de la Rédemption, mettant tout son zèle à la propager par ses disciples en d'autres provinces.

Il fut en ce lieu favorisé d'une insigne grâce de la Vierge Mère : c'était en la nuit de la Nativité de la Mère de Dieu ; tandis que par une permission divine les frères continuaient de dormir et ne se levaient pas pour Matines, Félix, veillant à son ordinaire et prévenant l'heure de l'Office, entra au chœur où il trouva la bienheureuse Vierge. Elle portait sur son vêtement la croix de l'Ordre ; des Anges vêtus de même, l'accompagnaient ; elle entonna les chants, et ce fut avec elle et les Anges que Félix accomplit le devoir de l'Office canonial.


Messe de fondation de l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la rédemption
des captifs. Saint Félix de Valois et saint Jean de Matha. Murillo. XVIIe.

Et comme si déjà on l'appelait du chœur de la terre a celui des cieux, averti par un céleste messager de sa mort prochaine, il exhorta ses fils à la charité envers les captifs et les pauvres, puis rendit l'âme, chargé de mérites et d'années, l'an douze cent douze du Seigneur, sous le pontificat du même Innocent III.


Bois sculpté représentant saint Félix de Valois à gauche et
saint Pierre Nolasque à droite. XVIe. Espagne.

PRIERE

" Félix, heureux amant de la charité, enseignez-nous le prix de cette reine des vertus et aussi sa nature. C'est elle qui vous attira dans la solitude pour y poursuivre son objet divin, et quand vous sûtes trouver Dieu en lui-même, vous le montra et fit aimer dans vos frères. N'est-ce pas le secret qui rend l'amour fort comme la mort, lui donne comme en vos fils l'audace d'affronter l'enfer (Cant. VIII, 6.) ?

Puisse-t-il ne point cesser d'être chez nous l'inspirateur de tous les dévouements ; qu'il demeure la part excellente de votre saint Ordre, le procédé précieux de son adaptation toujours féconde aux besoins d'une société où ne cesse point de régner sous mille formes la tyrannie des pires servitudes."


Saint Félix de Valois et saint Jean de Matha aux pieds de
Notre Dame et de son divin Fils. Anonyme. XVIe.

Rq : La vie de notre Saint demande à être complétée par la lecture et la méditation de celle de son disciple et fils saint Jean de Matha (VIII février).

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lundi, 10 octobre 2016

10 octobre. Saint François de Borgia, confesseur. Duc de Gandie, IIIe général de la compagnie de Jésus. 1572.

- Saint François de Borgia, confesseur. Duc de Gandie, IIIe général de la compagnie de Jésus. 1572.

Pape : Saint Pie V. Roi d'Espagne : Philippe II.

" Peu m'importe que l'amour des choses terrestres meure en moi, pourvu que l'amour des choses du ciel vive dans mon coeur."
Maxime de saint François de Borgia.

Saint Francisco de Borgia. Alonso Cano. XVIe.

François, quatrième duc de Gandie, naquit de Jean de Borgia et de Jeanne d'Aragon, petite-fille de Ferdinand le Catholique. Admirable avait été parmi les siens l'innocence et la piété de son enfance ; plus admirable fut-il encore dans les exemples de vertu chrétienne et d'austérité qu'il donna par la suite, à la cour d'abord de l'empereur Charles-Quint, plus tard comme vice-roi de Catalogne. Ayant dû conduire le corps de l'impératrice Isabelle à Grenade pour l'y remettre aux sépultures royales, l'affreux changement des traits de la défunte le pénétra tellement de la fragilité de ce qui doit mourir, qu'il s'engagea par vœu à laisser tout dès qu'il le pourrait pour servir uniquement le Roi des rois. Si grands furent dès lors ses progrès, qu'il retraçait au milieu du tourbillon des affaires une très fidèle image de la perfection religieuse, et qu'on l'appelait la merveille des princes.

Saint François de Borgia assistant un mourant. Francisco Goya. XVIIe.

A la mort d'Eléonore de Castro son épouse, il entra dans la Compagnie de Jésus. Son but était de s'y cacher plus sûrement, et de se fermer la route aux dignités par le voeu qu'on y fait à l’encontre. Nombre de personnages princiers s'honorèrent de marcher après lui sur le chemin du renoncement, et Charles-Quint lui-même ne fit pas difficulté de reconnaître que c'étaient son exemple et ses conseils qui l'avaient porté à abdiquer l'empire. Tel était le zèle de François dans la voie étroite, que ses jeûnes, l'usage qu'il s'imposait des chaînes de fer et du plus rude cilice, ses sanglantes et longues flagellations, ses privations de sommeil réduisirent à la dernière maigreur son corps ; ce pendant qu'il n'épargnait aucun labeur pour se vaincre lui-même et sauver les âmes. Tant de vertu porta saint Ignace à le nommer son vicaire général pour l'Espagne, et peu après la Compagnie entière l'élisait pour troisième Général malgré ses résistances. Sa prudence, sa sainteté le rendirent particulièrement cher en cette charge aux Souverains Pontifes et aux princes. Beaucoup de maisons furent augmentées ou fondées par lui en tous lieux ; il introduisit la Compagnie en Pologne, dans les îles de l'Océan, au Mexique, au Pérou ; il envoya en d'autres contrées des missionnaires dont la prédication, les sueurs, le sang propagèrent la foi catholique romaine.

Saint françois de Borgia et Charles Quint devant la dépouille de
l'épouse de ce dernier, Isabelle de Portugal.

Si humbles étaient ses sentiments de lui-même, qu'il se nommait le pécheur. Souvent la pourpre romaine lui fut offerte par les Souverains Pontifes ; son invincible humilité la refusa toujours. Balayer les ordures, mendier de porte en porte, servir les malades dans les hôpitaux, étaient les délices de ce contempteur du monde et de lui-même. Chaque jour, il donnait de nombreuses heures ininterrompues, souvent huit, quelquefois dix, à la contemplation des choses célestes. Cent fois le jour, il fléchissait le genou, adorant Dieu. Jamais il n'omit de célébrer le saint Sacrifice, et l'ardeur divine qui l'embrasait se trahissait alors sur son visage ; parfois, quand il offrait la divine Hostie ou quand il prêchait, on le voyait entouré de rayons. Un instinct du ciel lui révélait les lieux où l'on gardait le très saint corps du Christ caché dans l'Eucharistie. Saint Pie V l'ayant donné comme compagnon au cardinal Alexandrini dans la légation qui avait pour but d'unir les princes chrétiens contre les Turcs, il entreprit par obéissance ce pénible voyage, les forces déjà presque épuisées ; ce fut ainsi que, dans l'obéissance, et pourtant selon son désir à Rome où il était de retour, il acheva heureusement la course de la vie, dans la soixante-deuxième année de son âge, l'an du salut mil cinq cent soixante-douze. Sainte Thérèse qui recourait à ses conseils l'appelait un saint, Grégoire XIII un serviteur fidèle. Clément X, à la suite de ses grands et nombreux miracles, l'inscrivit parmi les Saints.

Saint François de Borgia.
Statue. Université de Séville. XVIIe.

PRIERE

" Vanité des vanités, tout n'est que vanité (Ecclc. I, 1.) ! Il n'eut besoin d'aucun discours pour s'en convaincre, le descendant des rois célébré en ce jour, lorsqu'à l'ouverture du cercueil où l'on disait qu'était endormi ce que l'Espagne renfermait de jeunesse et de grâces, la mort lui révéla soudain ses réalités. Beautés de tous les temps, la mort seule ne meurt pas ; sinistre importune qui s'invite de vos danses et de vos plaisirs, elle assiste à tous les triomphes, elle entend les serments qui se disent éternels. Combien vite elle saura disperser vos adorateurs ! Quelques années, sinon quelques jours, peut-être moins, séparent vos parfums d'emprunt de la pourriture de la tombe.

" Assez des vains fantômes ; assez servi les rois mortels ; éveille-toi, mon âme."
C'est la réponse de François de Borgia aux enseignements du trépas. L'ami de Charles-Quint, le grand seigneur dont la noblesse, la fortune, les brillantes qualités ne sont dépassées par aucun, abandonne dès qu'il peut la cour. Ignace, l'ancien soldat du siège de Pampelune, voit le vice-roi de Catalogne se jeter à ses pieds, lui demandant de le protéger contre les honneurs qui le poursuivent jusque sous le pauvre habit de jésuite où il a mis sa gloire.

Saint François de Borgia.
Bernardo Lorente German. XVIIIe.

" Seigneur Jésus-Christ, modèle de l'humilité véritable et sa récompense ; en la manière que vous avez fait du bienheureux François votre imitateur glorieux dans le mépris des honneurs de la terre, nous vous en supplions, faites que vous imitant nous-mêmes, nous partagions sa gloire." (Collecte du jour) C'est la prière que l'Eglise présente sous vos auspices à l'Epoux. Elle sait que, toujours grand près de Dieu, le crédit des Saints l'est surtout pour obtenir à leurs dévots clients la grâce des vertus qu'ils ont plus spécialement pratiquées.

Combien précieuse apparaît en vous cette prérogative, Ô François, puisqu'ell s'exerce dans le domaine de la vertu qui attire toute grâce ici-bas, comme elle assure toute grandeur au ciel ! Depuis que l'orgueil précipita Lucifer aux abîmes et que les abaissements du Fils de l'homme ont amené son exaltation par delà les deux (Philipp. II, 6, 11.), l'humilité, quoi qu'on ait dit dans nos temps, n'a rien perdu de sa valeur inestimable ; elle reste l'indispensable fondement de tout édifice spirituel ou social aspirant à la durée, la base sans laquelle nulles autres vertus, fût-ce leur reine à toutes, la divine charité, ne sauraient subsister un jour. Donc, Ô François, obtenez-nous d'être humbles ; pénétrez-nous de la vanité des honneurs du monde et de ses faux plaisirs. Puisse la sainte Compagnie dont vous sûtes, après Ignace même, augmenter encore le prix pour l'Eglise, garder chèrement cet esprit qui fut vôtre, afin de grandir toujours dans l'estime du ciel et la reconnaissance de la terre."

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mardi, 04 octobre 2016

4 octobre. Saint François d'Assise, confesseur, fondateurs de l'Ordre des Frères mineurs. 1226.

- Saint François d'Assise, confesseur, fondateur de l'Ordre des Frères mineurs. 1226.

Pape : Honorius III. Roi de France : Louis VIII le Lion (+ 8 nov. 1226) ; saint Louis. Empereur romain germanique : Frédéric II.

" Qui n'admirerait la folie sublime et céleste de saint François d'Assise, qui lui fait établir ses richesses dans la pauvreté, ses délices dans les souffrances, sa gloire dans la bassesse !"
Bossuet. Panégyriques.


Saint François d'Assise. Francesco Albani, XVIIe.

François, né à Assise en Ombrie, s'adonna dès le jeune âge au négoce, à l'exemple de son père. Un jour que, contre sa coutume, il avait repoussé un pauvre qui sollicitait de lui quelque argent pour l'amour de Jésus-Christ, il fut aussitôt pris de repentir et exerça largement la miséricorde envers ce mendiant, promettant à Dieu que, de ce jour, il ne rebuterait quiconque lui demanderait l'aumône. Une grave maladie qu'il eut ensuite fut pour lui, dès sa convalescence, le point de départ d'une ardeur nouvelle dans la pratique de la charité. Ses progrès y furent tels, que, désireux d'atteindre la perfection évangélique, il donnait aux pauvres tout ce qu'il avait. Ce que son père ne pouvant souffrir, il traduisit François devant l'évêque d'Assise à l'effet d'exiger de lui une renonciation aux biens paternels ; le saint lui donna satisfaction jusqu'à dépouiller les habits dont il était revêtu, ajoutant qu'il lui serait désormais plus facile de dire : " Notre Père, qui êtes aux cieux ".


Saint françois d'Assise. Le Greco. XVIe.

Un jour qu'il avait entendu lire ces paroles de l'Evangile : " N'ayez or, argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux vêtements, ni chaussures " ; il résolut d'en faire la règle de sa vie, et, quittant les chaussures qu'il avait aux pieds, ne garda plus qu'une tunique. Avec douze compagnons qui s'adjoignirent à lui, il fonda l'Ordre des Mineurs.

L'an du salut 1209 le vit venir à Rome, pour obtenir du Siège apostolique qu'il confirmât la règle dudit Ordre. Le Souverain Pontife Innocent III l'ayant d'abord éconduit, vit ensuite en songe cet homme qu'il avait repoussé et qui soutenait de ses épaules la basilique de Latran menaçant ruine ; il le fit aussitôt chercher et mander, l'accueillit avec bienveillance et approuva tout ce qui lui fut exposé.


Saint François d'Assise. Vittorio Crivelli. XVe.

Saint François donc envoya ses Frères dans toutes les parties du monde, afin d'y prêcher l'Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ ; pour lui, ambitionnant de rencontrer quelque occasion du martyre, il fit voile vers la Syrie ; mais si le Sultan qui régnait là n'eut pour lui que des honneurs, il n'avançait à rien de significatif quant à sa conversion et se résolut à revenir en Italie.

Ayant donc construit un grand nombre de couvents, il se retira dans la solitude du mont Alverne, pour y commencer un jeûne de quarante jours en l'honneur de saint Michel Archange ; c'est alors que, le jour de l'Exaltation de la sainte Croix, un Séraphin lui apparut portant entre ses ailes l'image du Crucifié, et imprima à ses mains, à ses pieds, à son côté les plaies sacrées. Saint Bonaventure témoigne en ses écrits qu'assistant à une prédication du Souverain Pontife Alexandre IV, il entendit le Pontife raconter avoir vu de ses yeux ces stigmates augustes. Signes du très grand amour que portait au Saint le Seigneur, et qui excitaient au plus haut point l'admiration universelle (se reporter à notre notice du 17 septembre).

Notre Dame et Notre Seigneur Jésus-Christ entourés de
saint Côme, saint Damien, sainte Marie-Madeleine, saint
François d'Assise, saint Jean-Baptiste et sainte Catherine
d'Alexandrie. Sandro Boticcelli. XVe.

Deux ans après, gravement malade, saint François voulut être transporté à l'église de Sainte-Marie-des-Anges, afin de rendre à Dieu son esprit là même où il avait reçu l'esprit de grâce. Ayant donc exhorté les Frères à aimer la pauvreté, la patience, à garder la foi de la sainte Eglise Romaine, il entonna le Psaume : " J'ai élevé ma voix pour crier vers le Seigneur " ; et au verset " Les justes attendent que vous me donniez ma récompense ", il rendit l'âme. C'était le quatre des nones d'octobre. Les miracles continuèrent d'étendre sa renommée, et le Souverain Pontife Grégoire IX l'inscrivit au nombre des saints.


Saint Michel archange et saint François d'Assise.
Jean de Flandres. XVIe.

PRIERE

" Soyez béni de toute âme vivante, Ô vous que le Sauveur du monde associa si pleinement à son œuvre de salut. Le monde, qui n'est que pour Dieu, ne subsiste que par les Saints ; car c'est en eux que Dieu trouve sa gloire. Quand vous naquîtes, les Saints se faisaient rares ; l'ennemi de Dieu et du monde étendait chaque jour son empire de glaciales ténèbres ; or, quand le corps social aura perdu foi et charité, lumière et chaleur, c'en sera fait de l'humanité. Venu à temps pour rechauffer encore une société que l'hiver semblait avoir déjà stérilisée, vous sûtes au souffle de vos séraphiques ardeurs donner à ce treizième siècle, si riche en fleurs exquises, l'apparence d'un printemps qu'hélas ! l'été ne devait pas suivre.

Par vous, la Croix força de nouveau le regard des peuples ; mais ce fut moins pour être exaltée dans un triomphe permanent comme jadis, qu'arin de rallier les prédestinés en face de l'ennemi ; bientôt, en effet, celui-ci reprendra ses avantages. L'Eglise dépouille la parure de gloire qui lui seyait au temps de la royauté incontestée du Seigneur ; avec vous, elle aborde nu-pieds la carrière où ses propres épreuves vont désormais l'assimiler à l'Epoux souffrant et mourant pour l'honneur de son Père. Par vous et par les vôtres, tenez toujours haut devant elle l'étendard sacré.


Saint Francois d'Assise. Eglise Saint-Pierre de Thauvenay.
Sancerrois, Berry.

C'est en s'identifiant au Christ sur la Croix, qu'on le retrouve dans les splendeurs de sa divinité ; car l'homme et Dieu en lui ne se séparent pas, et toute âme, disiez-vous, doit contempler les deux ; mais c'est chimère de chercher ailleurs que dans la compassion effective à notre Chef souffrant le chemin de l'union divine et les très doux fruits de l'amour (Francisci Opusc. T. III, Collatio XXIV.). Si l'âme se laisse conduire au bon plaisir de l'Esprit-Saint, ajoutiez-vous, ce Maître des maîtres n'aura pas avec elle d'autre direction que celle que le Seigneur a consignée dans les livres de son humilité, patience et passion (Ibid.)."


Le pape Nicolas V fait ouvrir le caveau de saint François en 1449.
Laurent de la Hyre. XVIIe.

François, marqué du sceau divin, chantait dans un langage des cieux le duel sublime qu'avait été sa vie (In foco l’amor mi mise. Francisci Opusc. T. III, Cant. II) :

" L'amour m'a mis dans la fournaise, l'amour m'a mis dans la fournaise ; il m'a mis dans une fournaise d'amour.

Mon nouvel époux, l'amoureux Agneau, m'a remis l'anneau nuptial ; puis, m'ayant jeté en prison, il m'a fendu tout le cœur, et mon corps est tombé à terre. Ces flèches que décoche l'amour m'ont frappé en m'embrasant. De la paix il a fait la guerre ; je me meurs de douceur.

Les traits pleuraient si serrés que j'en étais tout agonisant. Alors je pris un bouclier ; mais les coups se pressèrent si bien, qu'il ne me protégea plus ; ils me brisèrent tout le corps, si fort était le bras qui les dardait.

Il les dardait si fortement, que je désespérai de les parer ; et pour échapper à la mort je criai de toute ma force : " Tu forfais aux lois du champ clos ". Mais lui, dressa une machine de guerre qui m'accabla de nouveaux coups.

Jamais il ne m'eût manqué, tant il savait tirer juste. J'étais couché à terre, sans pouvoir m'aider de mes membres. J'avais le corps tout rompu, et sans plus de sentiment qu'un homme trépassé.

Trépassé, non par mort véritable, mais par excès de joie. Puis, reprenant possession de mon corps, je me sentis si fort, que je pus suivre les guides qui me conduisaient à la cour du ciel.

Après être revenu à moi, aussitôt je m'armai ; je fis la guerre au Christ ; je chevauchai sur son terrain, et l'ayant rencontré, j'en vins aux mains sans retard, et je me vengeai de lui.

Quand je fus vengé, je fis avec lui un pacte ; car dès le commencement le Christ m'avait aimé d'un amour véritable. Maintenant mon cœur est devenu capable des consolations du Christ."

Rq : On lira avec fruits un superbe résumé de la vie de saint François d'Assise dans la Légende dorée du bienheureux Jacques de Voragine sur cette page : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome03/150.htm

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