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lundi, 30 janvier 2017

30 janvier. Sainte Martine, vierge et martyre. 236.

- Sainte Martine, vierge et martyre. 236.
 
Papes : Saint Antère (+236) ; saint Fabien. Empereurs romains : Alexandre Sévère ; Maximin Ier le Thrace (début de la période de l'anarchie militaire).

" Ses trésors furent pour les pauvres, sa beauté pour Dieu et son coeur pour tous ceux qui vivaient dans les larmes."
Mgr Philippe Gerbet. Rome chrétienne, T. Ier.
 

Sainte Martine refusant d'adorer l'idole.
Pierre de Cortone. Palais Pitti. Florence. XVIIe.

Une troisième Vierge romaine, le front ceint de la couronne du martyre, vient partager les honneurs d'Agnès et d'Emérentienne, et offrir sa palme à l'Agneau. C'est Martine, dont le nom rappelle le dieu païen qui présidait aux combats, et dont le corps glorieux repose au pied du mont Capitolin, dans un ancien temple de Mars, devenu aujourd'hui la somptueuse Eglise de Sainte-Martine. Le désir de se rendre digne de l'Epoux divin que son cœur avait choisi, l'a rendue forte contre les tourments et la mort, et sa blanche robe a été aussi lavée dans son sang. " L'Emmanuel est le Dieu fort, puissant dans les combats " (Psalm. XXIII, 8.) ; mais comme le faux dieu Mars, il n'a pas besoin de fer pour vaincre. La douceur, la patience, l'innocence d'une vierge lui suffisent pour terrasser ses ennemis ; et Martine a vaincu d'une victoire plus durable que les plus grands capitaines de Rome.


Sainte Martine avec ses attributs.
D'après une ancienne illustration latine.

Martine, Vierge romaine, de naissance illustre, était fille d'un père consulaire. Dès ses plus tendres années, elle perdit ses parents, et embrasée du feu de la piété chrétienne, elle distribua aux pauvres, avec une admirable libéralité, les richesses abondantes dont elle jouissait. Sous l'empire d'Alexandre Sévère, on lui ordonna d'adorer les faux dieux ; mais elle repoussa ce crime horrible avec une noble liberté. C'est pourquoi on la frappa de verges à plusieurs reprises, on la déchira avec des crocs, des ongles de fer, des têts de pots cassés, on lui lacéra tous les membres avec des couteaux aigus ; puis elle fut enduite de graisse bouillante, enfin condamnée aux bêtes de l'amphithéâtre. Mais avant été miraculeusement protégée contre elles, on la jeta sur un bûcher ardent, d'où elle sortit saine et sauve par un nouveau prodige.
 
http://i34.servimg.com/u/f34/09/04/27/32/sainte13.jpg
Sainte Martine refusant d'adorer l'idole, laquelle se brise sous
la puissance de la prière et du signe de la croix fait par notre sainte.
Martyre de sainte Martine. Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Quelques-uns de ses bourreaux, frappés de la nouveauté de ce miracle, et touchés de la grâce de Dieu, embrassèrent la foi de Jésus-Christ ; et, après plusieurs tourments, ils eurent la tête tranchée, et méritèrent ainsi la palme glorieuse du martyre. Aux prières de la Sainte, il y eut des tremblements de terre ; des feux tombèrent du ciel au milieu des tonnerres, renversèrent les temples des faux dieux, et consumèrent leurs statues. Tantôt l'on voyait couler de ses blessures du lait avec du sang, et de son corps s'échappait une très brillante splendeur et une odeur très suave ; tantôt elle semblait élevée sur un trône royal, chantant les louanges de Dieu avec les Saints.


Notre Dame et son divin Fils avec sainte Martine.
D'après Pietro Berrettini dit Pierre de Cortone. Montauban. XVIIe.

Ces merveilles, et surtout la fermeté de la Vierge, exaspérèrent le juge, qui ordonna de lui trancher la tête. Aussitôt après, l'on entendit une voix d'en haut qui appelait au ciel la Vierge ; toute la ville trembla, et plusieurs adorateurs des idoles se convertirent à la foi de Jésus-Christ. Martine souffrit sous le Pontificat de saint Urbain Ier ; et sous celui d'Urbain VIII, on trouva son corps dans une antique église, avec ceux des saints martyrs Concordius, Epiphane et leurs compagnons, près de la prison Mamertine, sur le penchant du mont Capitolin. On disposa cette église dans une forme plus digne, on la décora convenablement, et on y déposa le corps de la Sainte, avec une pompe solennelle, en présence d'un grand concours de peuple, et aux cris de joie de la ville entière.

HYMNE

Cette illustre Vierge, l'une des patronnes de Rome, a eu l'honneur d'être chantée par un Pape. Urbain VIII est l'auteur des Hymnes que nous plaçons à la suite de la Légende. Nous donnons donc en les réunissant sous une seule doxologie, les trois Hymnes d'Urbain VIII, dans lesquelles la sainte Eglise prie chaque année pour la délivrance de Jérusalem. C'est le dernier cri de la Croisade :


Notre Dame et son Divin Fils avec sainte Martine et sainte Agnès.
El Greco. XVIe.

" Chante Martine, Ô Rome, célèbre son nom, applaudis à sa gloire ; chante l'illustre Vierge, célèbre la Martyre du Christ.

Issue de noble race, entourée des délices et des charmes séduisants d'une vie livrée au luxe, elle vécut au milieu des trésors d'un palais opulent.

Mais elle dédaigne ces jouissances d'une vie terrestre ; elle se donne au Seigneur ; et sa main généreuse, versant les richesses au sein des pauvres du Christ, cherche la récompense des cieux.

Ni les ongles de fer, ni les bêtes, ni les verges qui sillonnent cruellement ses membres, n'ont ébranlé son courage. Descendus du séjour des bienheureux, les Anges la fortifient par un pain céleste.

Le lion même, oubliant sa férocité, se prosterne paisible à tes pieds, Ô Martine ! Au glaive seul est réservé l'honneur de t'ouvrir la demeure des cieux.

Tes autels, sur lesquels l'encens s'élève en nuage odorant, font monter vers toi nos prières assidues ; ton nom vient effacer, par une pieuse relation, le souvenir profane d'une fausse divinité.

Protège le sol qui t'a vu naître ; accorde un repos paisible à la terre des chrétiens ; renvoie sur le pays infidèle des Thraces le bruit des armes et les cruels combats.

Rassemble tous les rois avec leurs bataillons, sous l'étendard de la croix ; délivre Jérusalem de la captivité, venge le sang innocent, et renverse à jamais les remparts du Turc notre ennemi.

Ô Vierge, notre appui, notre gloire éclatante, reçois l'hommage de nos coeurs. Agrée les vœux de Rome qui te chante et t'honore dans son amour.

Eloigne de nous les joies mauvaises, Ô Dieu, dont le bras soutient les Martyrs ; Unité, Trinité, donne à tes serviteurs cette lumière par laquelle tu daignes faire le bonheur des âmes.

Amen."


Eglise Sainte-Martine. Rome.
 
PRIERE
 
" C'est par ces chants, Ô Vierge magnanime, que Rome chrétienne continue de remettre entre vos mains le soin de sa défense. Elle est captive ; si vous la protégez, elle reprendra possession d'elle-même et reposera dans la sécurité. Ecoutez ses prières, et repoussez loin de la ville sainte les ennemis qui l'oppriment. Mais souvenez-vous qu'elle n'a pas seulement à craindre les bataillons qui lancent la foudre et renversent les remparts ; même dans la paix, des attaques ténébreuses n'ont jamais cessé d'être dirigées contre sa liberté. Déjouez, Ô Martine, ces plans perfides ; et souvenez-vous que vous fûtes la fille de l'Eglise romaine, avant d'en être la protectrice. Détruisez de plus en plus la puissance du Croissant ; affranchissez Jérusalem, amenez l'Europe à sentir enfin ses entrailles émues pour les Eglises de Syrie.

Demandez pour nous à l'Agneau votre Epoux la force nécessaire pour enlever de notre cœur les idoles auxquelles il pourrait encore être tenté de sacrifier. Dans les attaques que les ennemis de notre salut dirigent contre nous, prêtez-nous l'appui de votre bras. Il a ébranlé les idoles au sein même de Rome païenne ; il ne sera pas moins puissant contre le monde qui cherche à nous envahir. Pour prix de vos victoires, vous brillez auprès du berceau de notre Rédempteur ; si, comme vous, nous savons combattre et vaincre, ce Dieu fort daignera nous accueillir aussi. Il est venu pour soumettre nos ennemis ; mais il exige que nous prenions part à la lutte. Fortifiez-nous, Ô Martine, afin que nous ne reculions jamais, et que notre confiance en Dieu soit toujours accompagnée de la défiance de nous-mêmes."
 
Rq : Ce succinct résumé de dom Prosper Guéranger sera avantageusement complété par la consultation de la notice des Petits Bollandistes, T. II, pp. 116 à 119 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k307324.r=petits+bol...). Les deux sont tirés du premier volume des Acta Sanctorum dans lequel les très savants Surius et Bollandus ont repris, après le rigoureux travail critique habituel, l'histoire du martyre de sainte Martine tirée des manuscrits de saint Maxime de Trèves.

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lundi, 16 janvier 2017

16 janvier. Saint Marcel Ier, pape et martyr. 304 à 310.

- Saint Marcel Ier, pape et martyr. 308-309.

Papes : Saint Marcelin (prédécesseur, +304, puis vacance jusqu'au début de l'année 308) ; Saint Eusèbe Ier (successeur).  Empereur romain à Rome : Maxence. Empereur romain d'Occident : Licinius. Empereur romain d'Orient : Galère.

" Cette vie me plait, mais elle trompe."
Saint Honorat, évêque d'Arles et fondateur de l'abbaye de Lérins. Il est fêté aussi ce 16 janvier.


Saint Marcel Ier. Missel à l'usage de Saint-Didier d'Avignon. XIVe.
 
Marcellus vient de arcens malum a se, qui éloigne le mal de soi, ou de maria percellens, qui frappe la mer, c'est-à-dire qui éloigne et foule aux pieds les adversités du monde, le monde étant comparé à la mer ; car, comme dit saint Jean Chrysostome sur saint Mathieu : " Sur la mer, il y a un bruit confus, une crainte continuelle, l’image de la mort, une véhémence infatigable des eaux, et une agitation constante ".
 
Au glorieux Pape et Martyr Hygin, vient s'adjoindre sur le Cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au Chef invisible de l'Eglise ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des Mages, ils ont offert leur vie en don à l'Emmanuel.

Marcel a gouverné l'Eglise à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le Labarum des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme jusqu'au sang, et méritera d'être associé à Etienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l'Enfant divin. Il soutiendra la majesté du Pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s'enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son Vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethléhem, où elle mit au monde un humble enfant : aujourd'hui, l'empire de cet enfant a dépassé les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater. Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l'Eglise.

Romain d'origine, Marcel fut choisi le 21 mai 308, pour succéder à saint Marcellin, martyrisé deux mois auparavant. (Il siégea sous le règne de Maxence, cinq ans, six mois et vingt-et-un jours.)
 

Saint Marcel Baptisant. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Devenu Pape, saint Marcel n'oublia point les exemples de vertus et de courage de son prédécesseur. Il obtint d'une pieuse matrone nommée Priscille, un endroit favorable pour y rétablir les catacombes nouvelles, et pour pouvoir y célébrer les divins mystères à l'abri des profanations des païens. Les vingt-cinq titres de la ville de Rome furent érigés en autant de paroisses distinctes, afin que les secours de la religion fussent plus facilement distribués aux fidèles. A la faveur d'une trève dans la persécution, Marcel s'efforça de rétablir la discipline que les troubles précédents avaient altérée. Sa juste sévérité pour les chrétiens qui avaient apostasié durant la persécution lui attira beaucoup de difficultés.

L'Église subissait alors la plus violente des dix persécutions. Dioclétien venait d'abdiquer en 305, après avoir divisé ses États en quatre parties, dont chacune avait à sa tête un César. Maxence, devenu César de Rome en 306, ne pouvait épargner le chef de l'Église universelle. L'activité du Saint Pontife pour la réorganisation du culte sacré au milieu de la persécution qui partout faisait rage, était aux yeux du cruel persécuteur, un grief de plus.

Maxence le fit arrêter par ses soldats et comparaître à son tribunal, où il lui ordonna de renoncer à sa charge et de sacrifier aux idoles. Mais ce fut en vain: saint Marcel répondit hardiment qu'il ne pouvait désister un poste où Dieu Lui-même l'avait placé et que la foi lui était plus chère que la vie. Le tyran, exaspéré par la résistance du Saint à ses promesses comme à ses menaces, le fit flageller cruellement. Il ne le condamna point pourtant à la mort ; pour humilier davantage l'Église et les fidèles, il l'astreignit à servir comme esclave dans les écuries impériales.


Saint Marcel Ier dans l'étable. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Richard de Montbaston. XIVe.

Le Pontife passa de longs jours dans cette dure captivité, ne cessant dans la prière et le jeûne, d'implorer la miséricorde du Seigneur. Après neuf mois de détention, les clercs de Rome qui avaient négocié secrètement son rachat avec les officiers subalternes, vinrent pendant la nuit et le délivrèrent. Une pieuse chrétienne nommée Lucine, qui depuis dix-neuf ans avait persévéré dans la viduité, donna asile au Pontife. Sa maison devint dès lors un titre paroissial de Rome, sous le nom de Marcel, où les fidèles se réunissaient en secret.

Maxence en fut informé, fit de nouveau arrêter Marcel, et le condamna une seconde fois à servir comme palefrenier dans un haras établi sur l'emplacement même de l'église. Saint Marcel, Pape, mourut au milieu de ces vils animaux, à peine vêtu d'un cilice. Il est le saint patron des palefrenier et des valets d'écuries. La bienheureuse Lucine l'ensevelit dans la catacombe de Priscille, sur la voie Salaria. Les reliques de ce Souverain Pontife reposent dans l'ancienne église de son nom, illustrée par son martyre, mais son chef, après avoir été conservé longtemps par l'abbaye de Cluny est toujours aujourd'hui au trésor de la cathédrale d'Autun. Il fut le dernier des Papes persécutés par le paganisme.


Vision et martyre de saint Marcel Ier. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Jacques de Besançon. XVe.
 
PRIERE

" Quelles furent vos pensées, Ô glorieux Marcel, lorsque l'impie dérision d'un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethléhem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n'est pas au-dessus du maître. Mais de l'ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du Siège Apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n'attendait plus qu'un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n'avait pas encore le secret de sa destinée.


Saint Marcel Ier. Missel romain. XIVe.

Comme l'Enfant de Bethléhem, Ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l'Eglise qui vous est toujours chère ; bénissez Rome qui visite avec tant d'amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d'être admis à faire leur cour au Roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l'orgueil, l'amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves."

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jeudi, 22 décembre 2016

22 décembre. Bienheureuse Marie Mancini, de Pise, de l'ordre de Saint-Dominique. 1431.

- Bienheureuse Marie Mancini, de Pise, de l'ordre de Saint-Dominique. 1431.

Papes : Martin V (+1431) ; Eugène IV.

" Placez vos richesses dans le ciel, et le poids de votre veuvage deviendra tolérable."
Saint Jean Chrysostome.


Bienheureuse Marie Mancini. Imagerie populaire.
D'après un anonyme italien du XVIIe.

La bienheureuse Marie, que le monde appelait Catherine, naquit à Pise vers la fin du XIVe siècle. Son père, nommé Barthélémy, était de la noble famille des Mancini, fameuse alors en Toscane. Humble et pure, ses premières années s'écoulèrent dans la paix et les soins pieux de la famille. Encore au berceau, elle reçut de son ange un avertissement qui préserva ses jours. Plus tard, ce même ange lui apparut dans une autre vision, et dès lors entre elle et lui s'établit un mystérieux échange de prières, de grâces et de pieux avis.

Bien jeune encore, notre bienheureuse - qui était d'une grande beauté - fut mariée, et de cette union eut deux filles qui, après quelques jours de vie, s'envolèrent au ciel. Son mari lui-même passa bientôt de ce monde à l'autre. La bienheureuse avait pris un époux non par choix mais par obéissance ; l'obéïssance lui fit accepter un second mariage. Elle en eut cinq fille et un fils.

Marie sut joindre à ses travaux de mère, à ses devoirs d'épouse, la contemplation la plus haute, la plus large, et la plus tendre charité. Les pauvres étrangers et les malades trouvaient dans la maison de cette pieuse dame les secours les plus empressés et les soins les plus affectueux : elle aimait à remplir envers les membres souffrants de Notre Seigneur Jésus-Christ tous les devoirs de la charité.


Primatiale Notre-Dame-de-l'Assomption. Pise.

Veuve une seconde fois, et ayant vu mourir tous ses enfants, elle refusa désormais les alliances terrestres et résolut de mener une vie plus austère. Aussi fit-elle voeu de jeûner quatre fois la semaine, de flageller son corps par des disciplines quotidiennes, de ne s'accorder que le sommeil nécessaire sur un lit de bois, et de s'adonner nuit et jour à l'oraison. Elle ajoutait à ces pieux exercice le travail manuel qui lui procurait les aliments nécessaires, et souvent elle les donnait, pleine de joie, aux malades et aux indigents. Elle demandaient sans cesse à Dieu de se conformer en tout à sa sainte volonté.

Vers ce temp-là, sainte Catherine de Sienne vint à Pise : Marie eut avec elle des rapports très intimes et en reçut de salutaires avis. A son exhortation, elle prit l'habit des soeurs de l'ordre de Saint-Dominique, que l'on nommait alors soeurs de la Pénitence, et peu après elle résolut d'entrer dans une maison d'observance. Car, comme toutes les religieuses vivaient de leurs propres revenus, Marie mena une vie commune avec six compagnes qui étaient à sa charge, et qu'elle dirigeait avec prudence. Son amour pour la perfection lui fit quitter ce couvent pour passer, avec la bienheureuse Claire, dans celui de Saint-Dominique que venait de fonder Pierre Gambacorti, père de celle-ci.


Bienheureuse Claire Gambacorti.
Imagerie populaire. D'après un anonyme italien du XVIIe.

Alors, de concert avec quelques compagnes embrasées de la même ardeur, elle fit tous ses efforts pour mettre en vigueur la stricte observance de la règle, et tel fut son zèle qu'à la moirt de la bienheureuse Claire, les religieuses l'urent prieure.

On raconte mille choses merveilleuses dont fut remplie la vie cloîtrée de notre bienheureuse Marie Mancini : visions célestes, étranges et terribles assauts de l'enfer, excès héroïques de pénitence, immense charité, tendre et généreuse compassion pour les pauvres âmes du purgatoire.

Enfin, avancée en âge, elle s'envola au ciel en l'année 1431.

Son corps, tiré du tombeau quelques années après sa mort, fut placé sur les autels et devint l'objet d'un culte perpétuel. La souverain pontife Pie IX, après avoir consulté la sacrée Congrégation des Rites, l'approuva canoniquement le 2 août 1855, et accorda à tout l'ordre des Frères Prêcheurs, ainsi qu'au diocèse de Pise, le privilège d'une messe et d'un office en l'honneur de la bienheureuse Marie Mancini. Cette fête a été fixée le 30 janvier.

Elle est considérée comme une des saintes patronnes des familles et des religieuses.

Rq : On veillera à éviter l'outrage de confondre notre merveilleuse bienheureuse avec son homonyme, nièce de Mazarin, maîtresse du jeune Bourbon, Louis, XIVe du nom, roi de France...

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mardi, 15 novembre 2016

15 novembre. Saint Malo, évêque de l'ancien siège d'Aleth, en Bretagne, confesseur. 630.

- Saint Malo, évêque de l'ancien siège d'Aleth, en Bretagne, confesseur. 630.
Malo est aussi connu sous ces équivalents : Macout, Maclou, Macoux, Mahout, Mahut, Machutes, Mochutus, Maclovius, Macilliavus, etc.

Pape : Honorius Ier. Roi de Domnonée, puis roi de Bretagne : Saint Judicaël.

" In omnium ore virtutum ejus fama versabatur."
" Son éloge était sur toutes les lèvres."
Office de Saint Malo, à Rennes.


Saint Malo. Verrière de l'église de Saint-Père-Marc-en-Poulet.
Bretagne.

La datation de saint Malo est très discutée. Saint Malo, d'après Dom Lobineau (Vies des Saints de Bretagne) ne serait né qu'en 547. Il aurait cependant été évêque d'Aleth, d'après L'art de vérifier les dates, en 540 ; d'après Feller, en 541 ; d'après d'Argentré, en 560. Feller, Godescard et L'art de vérifier les dates le font mourir en 565.

Saint Malo, plus connu en Saintonge sous le nom de Macout (Maclovius, Machutus), était probablement d'origine Irlandaise, à en juger par la forme primitive de son nom, qui, selon toute apparence, a dû être Mac-Low. On ignore quelle circonstance avait amené ses parents sur le Continent ; mais il naquit à Raux ou Roc, près d'Aleth, selon Bili, le plus ancien de ses biographes.

Sa naissance aurait été accordée aux prières de son père et de sa mère. Celle-ci, nommée Darval, avait déjà 66 ans quand elle mit au monde notre Saint, le jour de Pâques 497. Dieu voulait que tout fût surnaturel dans cet enfant. Son père, nommé Owent, était seigneur de l'ancienne province des Silures. Il passe pour le fondateur de la ville de Castel-Gwent, aujourd'hui Cherstow, dans le golfe de Bristol.


Saint Malo. Bréviaire à l'usage de Langres. Leroquais. XVe.

A cette époque, de saints anachorètes, tels que les Cadoc, les Illtut, les Brendan, avaient fait de leurs monaslères autant d'écoles, où ils travaillaient à la civilisation de l'Irlande et de la Grande-Bretagne par l'éducation Chrétienne des enfants des premières familles du pays. Ils préparaient aussi la réévangélisation du Continent. Macout, dès qu'il fut en âge d'étudier, fut confié aux soins de saint Brendan, abbé de Lan-Carvan. Les légendes ont dit, et la Liturgie ancienne se plaisait à répéter les traits de vertu et les faits merveilleux de son enfance.

Dieu montra un jour, par une préservation merveilleuse, avec quel soin sa Providence veillait sur cet enfant. Un soir, les jeunes élèves de Lan-Carvan prenaient leurs ébats sur le rivage de la mer, voisine du monastère. Malo, cédant à son attrait pour la solitude, était allé, loin de ses compagnons, sur un tertre où il s'endormit, couché sur des algues. Le reflux de la mer avait forcé la jeune troupe de s'éloigner, et avait envahi le lieu où dormait Malo. On ne s'aperçut de son absence que lorsqu'on fut de retour au monastère. Le saint abbé, plein d'anxiété, court alors au rivage qu'il fait retentir de ses cris répétés. Il appelle Malo. Malo ne répond pas. Sans doute, hélas ! il est noyé. En proie à sa douleur, Brendan regagne sa cellule, et il y passe la nuit à prier pour son cher enfant qu'il croit mort.

Le lendemain, de grand matin, moins dans l'espoir de le retrouver que pour satisfaire un élan de son coeur, il retourne au rivage. Des points les plus élevés, il jette un regard anxieux sur l'immensité des flots. Ô prodige ! Le jeune Malo, debout sur les algues que les eaux ont soulevées sans même mouiller ses habits, chante les louanges du Créateur. Le maître et le disciple se trouvent assez rapprochés pour s'entendre ; au dialogue s'établit entre eux. L'enfant raconte comment la divine Bonté l'a préservé de tout péril, et Brendan, attendri et joyeux, remerciant Dieu du fond du coeur, ramène au monastère son cher élève, dont les condisciples attendaient le retour.

Le moine Sigebert, de Gembloux, autre biographe du Saint, dit que la motte de terre, sur laquelle dormait Malo, s'accrut au moment de reflux, et forma une île qui domine encore les flots.


Saint Malo dit la messe de Pâques sur le dos d'une baleine.
Gravure du XVIIIe.

Cependant les Anglo-Saxons avaient envahi toute la partie orientale de la Grande-Bretagne. Vers l'an 536, les ravages qu'ils exerçaient sur la côte occidenlale forcèrent Malo et plusieurs saints personnages à émigrer en Armorique. De ce nombre était saint Samson, qui avait reçu déjà la consécration épiscopale à titre d'évêque régionnaire, et qui fut premier évêque de Dol ; puis saint Magloire, saint Brieuc, saint Pol et saint Méen (Mewan).

Ces nouveaux Apôtres abordèrent dans une île peu éloignée du Continent, appelée l'île d'Aaron (aujourd'hui la ville de Saint-Malo-de-l'île), du nom d'un saint anachorète qui l'habitait. Malo, sous la conduite de Samson, ne songeait qu'à s'appliquer aux vertus monastiques et à vivre dans la solitude, quand les Chrétiens de la ville d'Aleth, séparée de cette île par un étroit canal, le choisirent unanimement pour évêque, avec l'assentiment de leur prince que Bili nomme Judelus, et qui est connu dans l'histoire sous le nom de Judwal ou Alain. Le roi Childebert 1er (557) venait de rétablir ce prince dans les Etats de ses pères, usurpés en 546 par Canao.


Saint Malo. Verrière de l'église Saint-Malo
de Saint-Malo-de-Phily. Bretagne.

Sigebert, parlant de l'élection de Malo, dit qu'on le fit asseoir sur la chaire épiscopale. Cette expression ne paraît pas indiquer la création d'un nouvel évêché. Il n'en aurait donc pas été le premier titulaire, comme plusieurs l'ont prétendu. Les actes de saint Samson nomment Gurval, l'évêque d'Aleth qui assista aux funérailles de ce Saint en 565. Manet donne pour prédécesseur à saint Malo un prélat du nom de Budoc. Il eût été plus vrai de dire que notre Saint fut le premier évêque d'Aleth d'origine britonnique ; tous les autres avant lui ayant appartenu à des familles armoricaines.

C'était en 575. Jusqu'en 594, année de la mort de Judwal, le saint évêque ne cessa d'exercer en paix son apostolat, et d'édifier son diocèse et l'Armorique tout entière par sa parole, ses exemples et ses miracles.

Hailoch ou Hoël 3, fils et successeur de Judwal, n'avait pas hérité de la piété de son père. Il fut le premier persécuteur du saint évêque. Voici à quelle occasion. Malo avait fait tout exprès le voyage de Luxeuil pour prendre de la bouche de saint Colomban connaissance de sa Règle, déjà célèbre

De retour à Aleth, il construisit à Raux, lieu de sa naissance, un monastère qu'il plaça sous cette Règle. Il aimait à y mener lui-même la vie cénobitique. L'apparente prospérité de cette abbaye bientôt florissante avaient tenté la cupidité d'Hoël. Il voulut détruire l'église ; mais Dieu le frappa de cécité. Forcé de se reconnaître coupable, il implore son pardon et sa guérison.

Saint Malo, toujours disposé à faire du bien à ses ennemis, lui lave les yeux avec de l'huile et de l'eau qu'il a bénites et lui rend la vue. Le prince se montra toute sa vie reconnaissant de ce bienfait.


Saint Malo tourmenté puis chassé par ses certaines de ses ouailles.
Il s'embarque avec quelques religieux pour atteindre la Saintonge.
Speculum historiale. J. de Vignay. XVe.

A sa mort, arrivée en 612 la persécution recommença. Saint Malo avait eu d'abord la douleur de voir massacrer, dans sa propre cellule, où on l'avait caché, un des enfants du comte. L'auteur de ce meurtre, nommé Rethwel, voulait faire périr ainsi tous les fils d'Hoël III. Trois jours après, en punition de son crime, il était lui-même frappé d'une mort honteuse. Les esprits n'en étaient pas moins soulevés contre Malo. Dieu permit, pour l'éprouver, qu'il trouvât des adversaires jusque chez ses collègues dans l'épiscopat. Il se vit chassé de son siège ; le prince osa même renverser sa cathédrale.

Le Saint résolut alors de quitter cette terre ingrate qu'il cultivait depuis près de 40 ans. Il appela sur elle, en partant, les malédictions du Ciel, non dans un esprit de vengeance, mais dans le but de faire rentrer les pécheurs en eux-mêmes sous le coup des punitions divines. Il s'embarqua avec 33 moines qui voulurent partager son exil. Après plusieurs jours de navigation vers les côtes d'Aquitaine, on aborda dans une île de Saintonge, que Bili nomme Agenis, et qui nous paraît être l'île d'Aix (Aia, Agia, Aias, Ais, Ayensis, Aquensis).

Saint Malo s'informe des moeurs et des religions locales. Apprenant qu'ils sont Chrétiens, il leur demande s'il trouverait dans la cité voisine une personne exerçant les oeuvres de miséricorde, qui voulût bien leur donner asile, à lui et à ses compagnons. On lui nomme Léonce, évêque de Saintes, en ce moment dans une autre île appelée Euria, et que nous croyons être celle d'Hiers. On fait voile aussitôt vers ce lieu. Léonce, apprenant quelle considération saint Malo s'était acquise par ses vertus, l'accueillit avec empressement et lui donna , pour sa demeure et celle de ses moines, un magnifique domaine près de sa ville épiscopale. A cela, les habitants du voisinage ajoutèrent un âne destiné à porter le bois pour l'usage de la communauté. Un jour, l'âne mal gardé fut dévoré par un loup. Saint Malo contraignit alors la bête à se charger du bât de l'âne et à en remplir les différents offices. Ce qu'il fit volontiers, dit la légende, tant que vécut le Saint.


Saint Malo. Saint-Benoît-des-Ondes. Bretagne.

Dieu se plaisait à manifester par des miracles une vertu qui s'efforçait de se faire oublier des hommes. Une nouvelle circonstance la fit connaitre davantage.

La fille du gouverneur de Saintes, mordue par un serpent venimeux, était sur le point d'expirer. Saint Malo, ému de compassion, accourt, trempe dans l'eau bénite une feuille de lierre qu'il applique sur la plaie, et en fait entièrement découler le venin. Le gouverneur, par reconnaissance, donna à saint Malo des terres considérables, pour l'aider dans les aumônes qu'il distribuait chaque jour aux indigents.
Un autre jour, saint Léonce avait mis en réserve de l'eau dans laquelle Malo s'était lavé les mains. Une femme aveugle en baigna ses yeux et recouvra la vue.

Léonce, désirant faire jouir tout son diocèse des bienfaits et de l'édification que procurait la présence de saint Malo, l'invita à faire avec lui la visite des paroisses. Le cours de cette visite avait amené les deux évêques dans une ville que Sigebert nomme Brea, le manuscrit d'Hérouval Briage, et le Bréviaire de 1542 Brya. Il y avait dans cette ville deux églises ou chapelles.

L'analogie du nom, l'ancienne importance du lieu attestée par les restes imposants d'un antique donjon, et surtout l'existence de deux églises, dédiées, l'une à saint Pierre, et l'autre à saint Eutrope, comme en font foi des chartes de Notre-Dame de Saintes, toutes ces circonstances réunies nous portent à croire qu'il s'agit ici de l'ancienne ville de Broue. Elle était alors fièrement assise, dans le golfe de Brouage, sur un promontoire élevé que battaient les flots de l'Océan.

Léonce avait assigné à saint Malo une des deux églises pour y exercer les fonctions sacrées, pendant qu'il les remplirait dans l'autre. Or, il arriva qu'un jeune garçon de 12 ans, de la maison de l'évêque de Saintes, tomba dans un puits et s'y noya.

Emu par ce triste événement, touché des larmes de la famille de l'enfant, Léonce fait porter le corps du défunt dans l'église qu'il avait assignée à saint Malo. Celui-ci a compris ce qu'on lui demande. Il passe toute la nuit en prières, et le lendemain, se prosternant 7 fois sur l'enfant, à l'exemple du prophète Elisée, il lui rend la vie. Par humilité, il attribuait ce miracle aux seules prières de Léonce.


Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise.

Pendant que la Saintonge était heureuse de posséder une si éclatante lumiére, le diocèse d'Aleth présentait le plus déplorable aspect. Jamais on n'y avait vu autant de boiteux, d'aveugles et de lépreux, et d'absence de Foi. Des miasmes infects répandaient dans toutes les maisons des maladies contagieuses. La terre était devenue stérile : la famine était générale. Les habitants, touchés de repentir, demandent au Ciel le retour de leur saint pasteur.

On le prie instamment de revenir vers son troupeau. En même temps un Ange l'avertit de ne point différer de se rendre aux désirs de son diocèse. A son arrivée, tous les fléaux cessent ; les effets des malédictions du saint évêque ont fait place à d'abondantes bénédictions.

En quittant la Saintonge, saint Malo avait promis d'y revenir pour y finir ses jours. La fin de sa vie terrestre approchait. Dieu lui fit connaître que Sa volonté était qu'il reprît le chemin de Saintes. A peine Léonce a-t-il appris l'heureux débarquement de saint Malo, qu'il accourt à sa rencontre jusqu'en un lieu nommé alors Archembiacum.

Le père Giry a traduit ce mot par Archembray ; mais il n'existe en Saintonge aucune localité de ce nom. Nous croyons trouver Archembiacum, dont le nom s'est perdu, à Lugon, autrement dit Saint-Malo, aux environs de Nancras, non loin de Broue, où le Saint a pu fort bien aborder. Dans une charte du XIe siècle, relative au monastère de Sainte-Gemme, il est question de celui de Lucum (Lugon). C'était encore, au siècle dernier, un prieuré. Ce lieu, situé dans l'antique forêt de Baconais, offrait à saint Malo des charmes qui l'y fixêrent. Léonce et lui s'entretinrent longtemps du bonheur de l'autre vie. Il fallut se séparer.

L'évêque de Saintes avait à peine gagné sa ville épiscopale, que le Bienheureux tomba malade. Il ne voulut point d'autre lit que la cendre et le cilice, disent ses biographes. Il tint constamment ses mains et ses yeux dirigés vers le ciel. C'est dans cette attitude qu'il expira doucement, le 15 novembre 630, à l'âge de 133 ans , comme l'affirment certaines Vies, le Bréviaire de Saintes de 1542 et le Martyrologe de France.


Eglise Saint-Maclou de Rouen. Normandie.

On représente saint Malo
1. guérissant un seigneur qui avait perdu la vue pour s'être efforcé de renverser une église élevée par le saint évêque ;
2. porté par une motte de terre qui flotte sur les eaux, comme nous l'avons raconté ;
3. faisant travailler un loup qui lui avait mangé son âne, et le contraignant à porter des fagots ;
4. disant la Messe sur le dos d'une baleine.

Les Bretons veulent que dans une navigation prolongée, le saint se soit trouvé en mer le jour de Pâques. Alors, désirant pouvoir célébrer la Messe, il se serait fait débarquer sur une île qui se trouva n'être qu'une baleine. Il put cependant célébrer sur ce pied-à-terre singulier, sans trop d'accidents , si l'on en croit la légende, et l'animal ne plongea qu'après la Messe finie.
Saint Malo est le patron de Rouen, de Saint-Malo, de Valognes, de Conflans-sur-Oise, de Dinan. On l'invoque avec succès contre l'hydrophisie.

CULTE ET RELIQUES

Saint Léonce accourut rendre à son ami les derniers devoirs. Il fit transporter à Saintes ses restes précieux, et leur donna la sépulture qui convient à ceux d'un grand Saint, dans la belle église qu'il fit construire, hors des murs, à l'occident de la ville, dans le quartier qui porte encore aujourd'hui le nom de Saint-Macout.

A cette translation, le Saint opéra plusieurs miracles, délivrant un possédé, rendant la vue à 2 aveugles, redressant un contrefait. L'église construite par saint Léonce, ajoute le Bréviaire de Saintes de 1542, a été ruinée par les Anglais quand ils envahirent l'Aquitaine au XVe siècle. Après la guerre, elle fut réédifiée ; mais elle était loin d'avoir sa splendeur première.


Eglise Saint-Malo de Dinan. Bretagne.

Nous apprennons, par les mémoires du chanoine Tabourin, que le Chapitre de Saint-Pierre de Saintes venait en procession à Saint-Malo la veille et la jour de la fète du Saint, le jeudi après Pâques et le jour de la Saint-Marc. Ce jour-là, comme le jour de la Saint-Malo, la Messe était dite dans cette église par le prieur du lieu, qui, du temps de Tabourin, était un chanoine de Saintes. Tous ceux qui assistaient à la procession entendaient cette Messe, et "y en avoit", ajoute-t'il, "plus dehors que dedans, parce que l'église estoit fort petite".

Une notice manuscrite, qu'on lisait à l'Office de saint Malo dans plusieurs églises raconte que le seul attouchement de ses reliques ressuscita beaucoup de morts, et que depuis les Apôtres il ne s'est pas vu d'homme plus signalé par ses miracles, plus recommandable par ses vertus, plus puissant pour la conversion des âmes.

Depuis plusieurs années le corps de saint Malo reposait à Saintes, quand il fut enlevé par un gentilhomme Breton nommé Ménobert. En effet, l'évêque de Saint-Malo avait promis à ce gentilhomme de le réintégrer dans ses biens s'il rapportait en Bretagne le précieux trésor qu'elle enviait à la Saintonge.

De tels vols étaient considérés alors comme actes de piété. Ménobert vint donc à Saintes et se mit au service du clerc chargé de la garde des reliques du Saint. Il épia l'absence de ce clerc, pendant laquelle, après avoir jeûné 3 jours et fait au Saint de ferventes prières, il se saisit secrètement du précieux dépôt. Apporté à Saint-Malo, le corps fut placé dans l'église de Saint-Aaron, où il opéra de grands miracles.


Eglise Saint-Malo de Valognes. Cotentin, Normandie.

Ménobert aurait laissé à Saintes un bras et le chef. Cette dernière relique fut transférés à l'abbaye de Saint-Jean-d'Angely. Elle figure sur l'inventaire de celles qu'on y conservait au moment des guerres de religion. Le bras, qui serait resté à Saintes, s'il faut en croire une ancienne chronique, aurait été mis en sûreté au château de Merpins à l'approche des Normands.

On aurait également soustrait à la rapacité de ces barbares le trésor de l'église Saint-Macout, en l'enfouissant sous l'autel. Lors de l'invasion des mêmes Normands, les précieux ossements de notre Saint ont été transportés d'Aleth au monastère de Gembloux, et Sigebert, qui en était moine, écrivit en cette occasion la Vie du Saint.

De là on les transféra à Paris, où le roi Lothaire les fit mettre dans l'église Saint-Michel du Palais, qui était sa chapelle. Les moines de Saint-Magloire les ont ensuite possédées, soit dans leur petite église devant le palais, soit dans leur abbaye de la rue Saint-Denis, soit dans celle qui leur fut donnée au faubourg Saint-Jacques.

Le chef de saint Malo, conservé à Saint-Jean-d'Angely, fut détruit en 1562 par les bêtes féroces calvinistes.

Vingt ans plus tard, les reliques honorées à Paris tombèrent aux mains d'une troupe de soldats, calvinistes eux aussi. N'y trouvant rien qui satisfit leur cupidité, ceux-ci les laissèrent dans l'abbaye de Saint-Victor, où elles furent placées dans une châsse de cuivre. Le corps était presque entier, à l'exception cependant du chef et d'un bras qui avaient été rendus à la cathédrale de Saint-Malo, de quelques ossements donnés à l'église de Saint-Maclou de Pontoise, et d'une côte qu'obtint la ville de Bar-sur-Aube, où une collégiale fut établie ee l'honneur du saint évêgne.


Eglise Saint-Malo de Canville-la-Roque. Cotentin.

En 1706, la paroisse de Saint-Maclou de Moisselles, près de Versailles, fut enrichie d'un os de l'épaule de son saint patron, qu'elle conserve encore. C'est peut-être la seule relique du Saint aujourd'hui subsistante.

Celles qui étaient à Saint-Victor ont été détruites ou dispersées lors de la suppression de l'abbaye par les enragés révolutionnaires, en 1791.

 
La persécution des bêtes révolutionnaires fut si horrible dans la ville de Saint-Malo pendant cette inexorable époque, que cette église a perdu la relique qu'elle possédait.

Le culte de saint Malo est très ancien et presque universel en Bretagne et dans les provinces voisines. En Saintonge, il avait à Saintes, dans le faubourg de son nom, l'église fondée par saint Léonce, et près de Nancras, celle de Lugon. Ces deux églises qui été primitivement desservies par des moines. Saint Malo est encore patron des paroisses de Thézac, de Colombiers et d'Ars, près Cognac.


Eglise Saint-Maclou de Colombiers. Saintonge.

En Poitou, sur les bords du Clain, à la Folie-Saint-Gelais, autrefois Granges-Saint-Gelais, existait une chapelle dédiée à saint Eutrope et à saint Malo. Une inscription en vers hexamètres nous apprend que le jour de l'Assomption 1485, Charles de Saint-Gelais, évêque romain de Margi, aujourd'hui Passarowitz, et abbé de Montierneuf, a consacré et dédié l'autel de cette chapelle à ces deux saints.

 
Depuis la destruction de ce sanctuaire, la pierre qui porte l'inscription a été insérée dans le mur du bassin d'une fontaine dite de Saint Macout, à laquelle on vient de tout loin en pèlerinage pour y plonger les enfants " macouins ". On appelle ainsi ceux dont les membres sont noués.

Notre saint évêque n'est pas inconnu en Italie, où on l'appelle saint Mauto. Il y a à Rome, près de la basilique de Saint-Pierre, une petite église qui lui est dédiée, et un obélisque de cette ville a porté la nom de Saint-Macut, qui est le même que celui de saint Malo.

Rq : Cette biographie, plus exacte que celle du père Giry, est de M. l'abbé Grasillier, de Saintes. Cet écrivain s'est inspiré pour son travail, de la savante dissertation sur saint Malo, due à la plume de M. Brillouin, et adressée en 1842, à M. l'abbé Daunas, curé de saint-Vivien de Saintes.

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vendredi, 11 novembre 2016

11 novembre. Saint Martin, évêque de Tours. 400.

- Saint Martin, évêque de Tours. 400.

Pape : Saint Anastase Ier. Empereur romain d'Occident : Flavius Honorius.

" Martin a vu et compris la vanité des idoles, et il s'est fait Chrétien, l'horreur et les suites déplorables du péché, et il l'a chassé de son coeur. En possession de la vérité et de la grâce du Seigneur, il a veillé toute sa vie sur ces précieux trésors, et il n'a cessé de puiser dans la prière la force de les défendre."
Eloge de saint Martin.

Saint Martin partageant son manteau.
Benvenuto Tisi da Gorofalo : Il Garofalo. XVe.
 

Trois mille six cent soixante églises dédiées à saint Martin au seul pays de France (une liste par diocèses s'en trouve dans le Saint Martin de Lecoy de la Marche, en l'Appendice), presque autant dans le reste du monde, attestent l'immense popularité du grand thaumaturge. Dans les campagnes, sur les montagnes, au fond des forêts, arbres, rochers, fontaines, objets d'un culte superstitieux quand l'idolâtrie décevait nos pères, reçurent en maints endroits et gardent toujours le nom de celui qui les arracha au domaine des puissances de l'abîme pour les rendre au vrai Dieu. Aux fausses divinités, romaines, celtiques ou germaniques, enfin dépossédées, le Christ, seul adoré par tous désormais, substituait dans la mémoire reconnaissante des peuples l'humble soldat qui les avait vaincues.

C'est qu'en effet, la mission de Martin fut d'achever la déroute du paganisme, chassé des villes par les Martyrs, mais jusqu'à lui resté maître des vastes territoires où ne pénétrait pas l'influence des cités.

Cathédrale Saint-Martin de Bratislava. Slovaquie.

Aussi, à l'encontre des divines complaisances, quelle haine n'essuya-t-il point de la part de l'enfer ! Dès le début, Satan et Martin s'étaient rencontrés : " Tu me trouveras partout sur ta route ", avait dit Satan (Sulpit. Sever. Vita, vi.) ; et il tint parole. Il l'a tenue jusqu'à nos jours : de siècle en siècle, accumulant les ruines sur le glorieux tombeau qui attirait vers Tours le monde entier ; dans le XVIe livrant aux flammes, par la main des huguenots, les restes vénérés du protecteur de la France ; au XIXe enfin, amenant des hommes à ce degré de folie que de détruire eux-mêmes, en pleine paix, la splendide basilique qui faisait la richesse et l'honneur de leur ville.

Reconnaissance du Christ roi, rage de Satan, se révélant à de tels signes, nous disent assez les incomparables travaux du Pontife apôtre et moine que fut saint Martin.

Statue de saint Martin. Georges-Raphaël Donner. XVIIIe.
Cathédrale Saint-Martin de Bratislava. Slovaquie.

Moine, il le fut d'aspiration et de fait jusqu'à son dernier jour.
" Dès sa première enfance, il ne soupire qu'après le service de Dieu. Catéchumène à dix ans, il veut à douze s'en aller au désert ; toutes ses pensées sont portées vers les monastères et les églises. Soldat à quinze ans, il vit de telle sorte qu'on le prendrait déjà pour un moine (Ita ut, jam illo tempore, non miles sed monachus putaretur. Ibid. II.). Après un premier essai en Italie de la vie religieuse, Martin est enfin amené par Hilaire dans cotte solitude de Ligugé qui fut, grâce à lui, le berceau de la vie monastique dans les Gaules.

Et, à vrai dire, Martin, durant tout le cours de sa carrière mortelle, se sentit étranger partout hormis à Ligugé. Moine paraîtrait, il n'avait été soldat que par force ; il ne devint évêque que par violence ; et alors, il ne quitta point ses habitudes monastiques. Il satisfaisait à la dignité de l'évêque, nous dit son historien, sans abandonner la règle et la vie du moine (Ita implebat episcopi dignitatem, ut non tamen propositum monachi virtutemque desereret. Sulpit. Sev. Vita, X.) ; s'étant fait tout d'abord une cellule auprès de son église de Tours ; bientôt se créant à quelque distance de la ville un second Ligugé sous le nom de Marmoutier ou de grand monastère." (Cardinal Pie, Homélie prononcée à l'occasion du rétablissement de l'Ordre de saint Benoît à Ligugé, 25 novembre 1853.).

Charité de saint Martin. Eglise Saint-Martin de Donzenac. Limousin.

C'est à la direction reçue de l'ange qui présidait alors aux destinées de l'Eglise de Poitiers, que la sainte Liturgie renvoie l'honneur des merveilleuses vertus manifestées par Martin dans la suite (Hilarium secutus est Martinus, qui tantum illo doctore profecit, quantum ejus postca sanctitas declaravit. In festo S. Hilarii, Noct. II, Lect. II.).

Quelles furent les raisons de saint Hilaire pour conduire par des voies si peu connues encore de l'Occident l'admirable disciple que lui adressait le ciel, c'est ce qu'à défaut d'Hilaire même, il convient de demander à l'héritier le plus autorisé de sa doctrine aussi bien que de son éloquence :

" Ce fut, dit le Cardinal Pie, la pensée dominante de tous les saints, dans tous les temps, qu'à côté du ministère ordinaire des pasteurs, obligés parleurs fonctions de vivre mêlés au siècle,il fallait dans l'Eglise une milice séparée du siècle et enrôlée sous le drapeau de la perfection évangélique, vivant de renoncement et d'obéissance, accomplissant nuit et jour la noble et incomparable fonction de la prière publique.

Saint Martin de Tours. Le Greco. XVIIe.

Ce fut la pensée des plus illustres pontifes et des plus grands docteurs, que le clergé séculier lui-même ne serait jamais plus apte à répandre et à populariser dans le monde les pures doctrines de l'Evangile, que quand il se serait préparé aux fonctions pastorales en vivant de la vie monastique ou en s'en rapprochant le plus possible.

Lisez la vie des plus grands hommes de l'épiscopat, dans l'Orient comme dans l'Occident, dans les temps qui ont immédiatement précédé ou suivi la paix de l'Eglise comme au moyen âge ; tous, ils ont professé quelque temps la vie religieuse, ou vécu en contact ordinaire avec ceux qui la pratiquaient. Hilaire, le grand Hilaire, de son coup d'œil sûr et exercé, avait aperçu ce besoin ; il avait vu quelle place devait occuper l'ordre monastique dans le christianisme,et le clergé régulier dans l'Eglise. Au milieu de ses combats, de ses luttes, de ses exils, témoin oculaire de l'importance des monastères en Orient, il appelait de tous ses vœux le moment où, de retour dans les Gaules, il pourrait jeter enfin auprès de lui les fondements de la vie religieuse. La Providence ne tarda pas à lui envoyer ce qui convenait pour une telle entreprise : un disciple digne du maître, un moine digne de l'évêque."

Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Vignay. XVe.

On ne saurait présumer d'essayer mieux dire ; pour le plus grand honneur de saint Martin, l'autorité de l'Evêque de Poitiers, sans égale en un tel sujet, nous fait un devoir de lui laisser la parole. Comparant donc ailleurs Martin, et ceux qui le précédèrent, et Hilaire lui-même, dans leur œuvre commune d'apostolat des Gaules :

" Loin de moi, s'écrie le Cardinal, que je méconnaisse tout ce que la religion de Jésus-Christ possédait déjà de vitalité et de puissance dans nos diverses provinces, grâce à la prédication des premiers apôtres, des premiers martyrs, des premiers évoques, dont la série remonte aux temps les plus rapprochés du Calvaire. Toutefois, je ne crains pas de le dire, l'apôtre populaire de la Gaule, le convertisseur des campagnes restées en grande partie païennes jusque-là, le fondateur du christianisme national, c'a été principalement saint Martin. Et d'où vint à Martin, sur tant d'autres grands évoques et serviteurs de Dieu, cette prééminence d'apostolat ? Placerons-nous Martin au-dessus de son maître Hilaire ? S'il s'agit de la doctrine, non pas assurément ; s'il s'agit du zèle, du courage, de la sainteté, il ne m'appartient pas de dire qui fut plus grand du maître ou du disciple ; mais ce que je puis dire, c'est qu'Hilaire fut surtout un docteur, et que Martin fut surtout un thaumaturge. Or, pour la conversion des peuples, le thaumaturge a plus de puissance que le docteur; et, par suite, dans le souvenir et dans le culte des peuples, le docteur est éclipsé, il est effacé par le thaumaturge." (Cardinal Pie, ubi supra.).

Buste reliquaire de saint Martin. XIIe.

" On parle beaucoup aujourd'hui de raisonnement pour persuader les choses divines : c'est oublier l'Ecriture et l'histoire ; et, de plus, c'est déroger. Dieu n'a pas jugé qu'il lui convînt déraisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui n'est pas ; et, comme il exigeait la foi à sa parole, il a autorisé sa parole.
Mais comment l'a-t-il autorisée ?

" En Dieu, non point en homme ; par des œuvres, non par des raisons : non in sermone, sed in virtute ; non par les arguments d'une philosophie humainement persuasive " : " non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, mais par le déploiement d'une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis ".
Et pourquoi ? En voici la raison profonde : " Ut fides non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei " : " afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l'homme, mais sur la force de Dieu ". (
I Cor. II, 4.).

La charité de saint Martin. Grandes Heures d'Etienne Chevalier.
Jean Fouquet. XVe.

On ne le veut plus ainsi aujourd'hui ; on nous dit qu'en Jésus-Christ le théurge fait tort au moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n'abolira point cet ordre, on n'abolira ni l'Evangile ni l'histoire. N'en déplaise aux lettrés de notre siècle, n'en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l'appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l'oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans l'Eglise, et pour jusqu'à la fin, la vertu des miracles. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.

Elément d'un dyptique en ivoire. XIIIe.

" Opérer des prodiges semblait un jeu pour lui ; la nature entière pliait à son commandement. Les animaux lui étaient soumis : " Hélas ! s'écriait un jour le saint, les serpents m'écoutent, et les hommes refusent de m'entendre !".

Cependant les hommes l'entendaient souvent. Pour sa part, la Gaule entière l'entendit ; non seulement l'Aquitaine, mais la Gaule Celtique, mais la Gaule Belgique. Comment résister à une parole autorisée par tant de prodiges ? Dans toutes ces provinces, il renversa l'une après l'autre toutes les idoles, il réduisit les statues en poudre, brûla et démolit tous les temples, détruisit tous les bois sacrés, tous les repaires de l'idolâtrie. Etait-ce légal, me demandez-vous ? Si j'étudie la législation de Constantin et de Constance, cela l'était peut-être. Mais ce que je puis dire, c'est que Martin, dévoré du zèle de la maison du Seigneur, n'obéissait en cela qu'à l'Esprit de Dieu.

Cathédrale Saint-Martin. Mayence. Allemagne.

Et ce que je dois dire, c'est que Martin, contre la fureur de la population païenne, n'avait d'autres armes que les miracles qu'il opérait, le concours visible des anges qui lui était parfois accordé, et enfin, et surtout, les prières et les larmes qu'il répandait devant Dieu lorsque l'endurcissement de la multitude résistait à la puissance de sa parole et de ses prodiges. Mais, avec ces moyens, Martin changea la face de notre pays.

Là où il y avait à peine un chrétien avant son passage, à peine restait-il un infidèle après son départ. Les temples du Dieu vivant succédaient aussitôt aux temples des idoles ; car, dit Sulpice Sévère, aussitôt qu'il avait renversé les asiles de la superstition, il construisait des églises et des monastères. C'est ainsi que l'Europe entière est couverte de temples qui ont pris le nom de Martin."
(Cardinal Pie, Sermon prêché dans la cathédrale de Tours le dimanche de la solennité patronale de saint Martin, 14 novembre 1858.).

Saint Hilaire remettant les ordres mineurs à saint Martin.
Cathédrale Saint-Gatien de Tours.
 
La mort ne suspendit pas ses bienfaits ; eux seuls expliquent le concours ininterrompu des peuples à sa tombe bénie. Ses nombreuses fêtes au cours de l'année, Déposition ou Natal, Ordination, Subvention, Réversion, ne parvenaient point à lasser la piété des fidèles. Chômée en tous lieux (Concil. Mogunt. an. 813, can. XXXVI.), favorisée par le retour momentané des beaux jours que nos aïeux nommaient l'été de la Saint-Martin, la solennité du XI novembre rivalisait avec la Saint-Jean pour les réjouissances dont elle était l'occasion dans la chrétienté latine. Martin était la joie et le recours universels.

Aussi Grégoire de Tours n'hésite pas à voir dans son bienheureux prédécesseur le patron spécial du monde entier (Greg. Tur. De miraculis S. Martini, IV, in Prolog.) !

Matrice de sceau en ivoire. XIIe.

Cependant moines et clercs, soldats, cavaliers, voyageurs et hôteliers en mémoire de ses longues pérégrinations, associations de charité sous toutes formes en souvenir du manteau d'Amiens, n'ont point cessé de faire valoir leurs titres aune plus particulière bienveillance du grand Pontife.

La Hongrie, terre magnanime qui nous le donna sans épuiser ses réserves d'avenir, le range à bon droit parmi ses puissants protecteurs. Mais notre pays l'eut pour père : en la manière que l'unité de la foi fut chez nous son œuvre, il présida à la formation de l'unité nationale ; il veille sur sa durée ; comme le pèlerinage de Tours précéda celui de Compostelle en l'Eglise, la chape de saint Martin conduisit avant l'oriflamme de saint Denis nos armées au combat (quel qu'ait pu être le vêtement de saint Martin désigné par cette appellation, on sait que l'oratoire des rois de France tira de lui son nom de chapelle, passé ensuite à tant d'autres).

Or donc, disait Clovis :
" Où sera l'espérance de la victoire, si l'on offense le bienheureux Martin (Et ubi erit spes victoriae, si beatus Martinus offenditur ? Greg. Tur. Historia Francorum, II, XXXVII.) ?"

Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

Martin, c'est comme si on disait qui tient Mars, c'est-à-dire la guerre contre les vices et les péchés ; ou bien encore l’un des martyrs ; car il fut martyr au moins de volonté et par la mortification de sa chair. Martin peut encore s'interpréter excitant, provoquant, dominant. En effet, par le mérite de sa sainteté, il excita le diable a l’envie, il provoqua Dieu à la miséricorde, et il dompta sa chair par des macérations continuelles.

La chair doit être dominée par la raison ou l’âme, dit saint Denys dans l’épure à Démophile, comme un maître domino un serviteur, et un vieillard un jeune débauché. Sévère surnommé Sulpice, disciple de saint Martin, a écrit sa vie et cet auteur est compté au nombre des hommes illustres par Gennacle.

Martin, originaire de Sabarie, ville de Pannonie, mais élevé à Pavie en Italie, servit en qualité de militaire avec son père, tribun des soldats, sous les césars Constantin et Julien. Ce n'était pas cependant de son propre mouvement, car, tout jeune encore ; poussé par l’inspiration de Dieu, à l’âge de douze ans, malgré ses parents, il alla à l’église et demanda, qu'on le fit catéchumène ; et dès lors il se serait retiré dans un ermitage, si la faiblesse de sa constitution ne s'y fût opposée.

Mais les empereurs ayant porté un décret par lequel tous les fils des vétérans étaient obligés à servir à la place de leurs pères, Martin, âgé de quinze ans, fut forcé d'entrer au service, se contentant d'un serviteur seulement qu'il servirait du reste lui-même le plats souvent, et dont il ôtait et nettoyait la chaussure.

Bas-relief de saint Martin. Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

Un jour d'hiver, passant à la porte d'Amiens, il rencontra un homme nu qui n'avait reçu l’aumône de personne. Martin comprit que ce pauvre lui avait été réservé : il prit son épée, et partagea en deux le manteau qu'il avait sur lui, en donna une moitié au pauvre, et se recouvrit de l’autre moitié qui lui restait. La nuit suivante, il vit Notre Seigneur Jésus-Christ, revêtu de la partie du manteau dont il avait couvert le pauvre, et l’entendit dire aux anges qui l’entouraient :
" Martin, qui n'est encore que catéchumène, m’a couvert de ce vêtement."

Le saint homme ne s'en glorifia point, mais connaissant par là combien Dieu est bon il se fit baptiser, à l’âge de dix-huit ans, et cédant aux instances de son tribun, qui lui promettait de renoncer au monde à l’expiration de son tribunat, il servit encore deux ans.

Saint Martin enseignant. Verrière de l'église Saint-Martin.
Trémeheuc. Bretagne.
 
Pendant ce temps, les barbares firent irruption dans la Gaule, et Julien César qui devait lui livrer bataille, donna de l’argent aux soldats ; mais Martin, dont l’intention était de ne plus rester au service, ne voulut pas recevoir cette gratification, et dit à César :
" Je suis soldat de Notre Seigneur Jésus-Christ ; il ne m’est pas permis de me battre."
Julien indigné répondit que ce n'était pas par religion, mais par peur de la bataille dont on était menacé, qu'il renonçait au service militaire. Martin répliqua avec intrépidité :
" Si c'est à la lâcheté et non à la foi que l’on attribue ma démarche, demain je me placerai, sans armes, au-devant des rangs, et au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec le signe de la croix pour me protéger, et sans bouclier, ni casque, je pénétrerai sans crainte dans les bataillons ennemis."
On le fit garder, pour l’exposer sans armes, comme il l’avait dit, au-devant des barbares. Mais le jour suivant, les ennemis envoyèrent une ambassade pour se rendre eux et tout ce qu'ils possédaient. Il n'y a pas de doute que ce ne fut aux mérites du saint personnage que cette victoire ait été remportée sans effusion de sang. Il quitta donc le service pour se retirer auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers qui l’ordonna acolyte.

" De moine, toi, Martin, tu as été appelé à devenir évêque."
 
Quand Martin fut ordonné évêque, comme il ne pouvait supporter le bruit que faisait le peuple, il établit un monastère à deux milles environ de Tours, et il y vécut avec quatre-vingts disciples dans une grande : abstinence; personne en effet n'y buvait du vin, à moins d'y être forcé par le besoin : être habillé trop délicatement, y passait pour un crime : Plusieurs villes venaient choisir là leurs évêques.

Un homme était honoré comme martyr, et Martin n'avait pu trouver aucun renseignement sur sa vie et ses mérites ; un jour donc que le saint était debout en prières sur son tombeau, il supplia le Seigneur de lui faire connaître qui était cet homme et quel mérite il pouvait avoir. Et s'étant tourné à gauche, il vit debout un fantôme tout noir qui ayant été adjuré par Martin, répondit, qu'il avait été larron et qu'il avait subi le supplice pour son crime. Aussitôt donc, Martin fit détruire l’autel.

" Tu guéris quelqu'un de possédé du démon."
Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

On lit encore dans le Dialogue de Sévère et de Gallus, disciples de saint Martin, livre où se trouvent rapportés une multitude de faits que Sévère avait laissés de côté (Ce Dialogue est l’oeuvre de Sulpice Sévère qui y prend le nom de Gallus), que, un jour, Martin fut obligé d'aller trouver l’empereur Valentinien ; mais celui-ci sachant que Martin venait solliciter une faveur. qu'il ne voulait pas accorder, lui fit fermer les portes du palais. Martin, ayant supporté un premier et un second affront, s'enveloppa d'un cilice, se couvrit de cendres pendant une semaine et se mortifia par l’abstinence du boire et du manger. Après quoi, averti par un ange, il alla au palais, et sans que personne l’en empêchât, il parvint jusqu'à l’empereur.

Bannière de saint Martin.
Eglise Saint-Martin d'Acigné. Haute-Bretagne.
 
Quand celui-ci le vit venir, il se mit en colère de ce qu'on l’avait laissé passer, et ne voulut pas se lever devant lui, jusqu'au moment où le feu se mit au fauteuil impérial et brûla l’empereur lui-même dans la partie du corps sur laquelle il était assis. Alors il fut forcé de se lever devant Martin, en avouant qu'il avait ressenti une force divine ; il l’embrassa tendrement, lui accorda tout, avant même qu'il le demandât, et lui offrit de nombreux présents que saint Martin n'accepta point.
Dans le même Dialogue (ch. V.), on voit comment il ressuscita le troisième mort. Un jeune homme venait de mourir et sa mère conjurait avec larmes saint Martin de le ressusciter. Alors le saint, au milieu d'un champ où se trouvait une multitude innombrable de gentils, se mit à genoux, et sous les yeux de tout ce monde, l’enfant ressuscita. C'est pourquoi tous ces gentils furent convertis à la foi.

" Un feu apparaît sur la tête de Martin accomplissant le saint sacrifice."
Cathédrale Saint-Martin de Lucques. Italie.

Les choses insensibles, les végétaux, les créatures privées de raison obéissaient à ce saint homme :
1. Les choses insensibles, comme l’eau et, le feu. Il avait mis le feu à un temple, et la flamme poussée par le vent se portait sur une maison voisine. Martin monta sur le toit de la maison et se mit au-devant des flammes qui s'avançaient : tout à coup elles rebroussèrent contre la violence du vent, de sorte qu'il paraissait exister un conflit entre les éléments qui luttaient l’un contre l’autre.
Un navire était en péril, lit-on dans le même Dialogue (c. XVII.) ; un marchand qui n'était pas encore chrétien, s'écria :
" Dieu de Martin, sauvez-nous !"
Et aussitôt il se fit un grand calme.
2. Les végétaux lui obéissaient aussi de même. Dans un bourg, il avait fait abattre un temple fort ancien, et il voulait couper un pin consacré au diable, malgré les paysans et les gentils, quand l’un d'eux dit :
" Si tu as confiance en ton Dieu, nous couperons cet arbre, et toi tu le recevras, et si ton Dieu est avec toi, ainsi que tu le dis, tu échapperas au péril."
Martin consentit ; l’arbre était coupé et tombait déjà sur le saint qu'on avait lié de ce côté, quand il fit le signe de la croix vers l’arbre qui se renversa. de l’autre côté et faillit écraser les paysans qui s'étaient mis à l’abri. A la vue de ce miracle, ils se convertirent à la foi (Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, c. X.).
3. Les créatures privées de raison, comme les animaux, lui obéirent, aussi plusieurs fois, ainsi. qu'on le voit dans le Dialogue cité plus haut (c. X.).

Saint Martin renonce aux armes. Simone Martini. XVIe.

Avant vu des chiens qui poursuivaient un levreau, il leur commanda de cesser de le poursuivre : et aussitôt les chiens s'arrêtèrent et restèrent droits comme s'ils eussent été attachés par leurs pattes. Un serpent passait un fleuve à la nage et Martin lui dit :
" Au nom du Seigneur, je t'ordonne de retourner."
Aussitôt et à la parole du saint, le serpent se retourna et passa sur l’autre rive. Alors Martin dit en gémissant :
" Les serpents m’écoutent et les hommes ne m’écoutent pas."
Un chien encore aboyait contre un disciple de saint Martin : et se tournant vers lui, le disciple lui dit :
" Au nom de Martin, je t'ordonne de te taire."
Et le chien se tut aussitôt, comme si on lui eût coupé la langue .

Saint Martin battu par des soldats.
Speculum historiale. J. de Vignay. XVe.

Le bienheureux Martin posséda une grande humilité ; car un lépreux qui faisait horreur, s'étant rencontré sur son chemin à Paris, il l’embrassa, le bénit, et cet homme fut guéri de suite (Dialogue, III, ch. IV.).
Quand il était dans le sanctuaire, jamais il ne se servit de la chaire, car personne ne le vit jamais s'asseoir dans l’église : il se mettait sur un petit siège rustique, qu'on appelle trépied.

Il jouissait d'une grande considération ; car on disait qu'il était l’égal des apôtres, et cela pour la grâce du Saint-Esprit qui descendit en forme de feu sur lui afin de lui donner de la vigueur, comme cela eut lieu pour lés apôtres. Ceux-ci le visitaient fréquemment comme s'il eût été leur égal. On lit en effet, dans le livre (Ibid., II, c. XIV.) cité plus haut, qu'une fois saint Martin étant dans sa cellule, Sévère et Gallus, ses disciples, qui attendaient à la porte, furent frappés tout à coup d'une merveilleuse frayeur, en entendant plusieurs personnes en conversation dans la cellule.
Ayant questionné plus tard à ce sujet saint Martin :
" Je vous le dirai, répondit-il, mais vous, ne le dites à personne, je vous prie. Ce sont sainte Agnès, sainte Thècle et la sainte Vierge Marie qui sont venues vers moi."
Et il avoua que ce n'était pas ce jour-là seulement, ni la seule fois qu'il eût reçu leur visite. Il raconta de plus que les apôtres saint Pierre et saint Paul lui apparaissaient souvent.

Saint Martin guérissant un possédé. Jacob Joardens. XVIIe.

Il pratiquait une haute justice ; car ayant été invité par l’empereur Maxime et ayant reçu le premier la coupe, tout le monde attendait qu'après avoir bu, il la passerait à l’empereur, mais il la donna à son prêtre, ne jugeant personne plus digne de boire après lui, et pensant commettre une chose indigne que, de préférer à ce prêtre ou bien l’empereur, ou bien ceux qui venaient après ce dernier.

Il était doué d'une grande patience. Tout évêque qu'il fût, souvent les clercs lui manquaient impunément ; il ne les privait cependant pas de sa bienveillance. Personne ne le vit jamais en colère, jamais triste, jamais riant.

Il n'avait jamais à la bouche que le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ ; jamais dans le coeur que la pitié, la paix, la miséricorde. On lit encore, dans ce Dialogue, qu'un jour Martin, revêtu d'un habit à longs poils et couvert d'un manteau noir qui pendait deçà et de là, s'avançait, monté sur un petit âne : des chevaux venant du côté opposé s'en étant effrayés, les soldats qui les conduisaient tombèrent à terre immédiatement ; puis saisissant Martin, ils le frappèrent rudement.

Or, le saint resta comme un muet, présentant le dos à ceux qui le maltraitaient : ceux-ci étaient d'autant plus furieux que le saint semblait les mépriser en ne paraissant pas ressentir les coups qu'ils lui portaient : mais à l’instant, leurs chevaux restèrent attachés par terre ; on avait beau les frapper à coups redoublés ; ils ne pouvaient pas plus remuer que des pierres, jusqu'au moment où les soldats revenus vers saint Martin confessèrent le péché qu'ils avaient commis contre lui, sans le connaître ; il leur donna aussitôt la permission de partir : alors leurs chevaux s'éloignèrent d'un pas rapide.

Saint Martin. Eglise Saint-Martin de Tohogne, Belgique. XVIe.

Il fut très assidu à la prière ; car, ainsi qu'on le dit dans sa légende, jamais il ne passa une heure, un moment sans se livrer ou à la prière ou à la lecture. Pendant la lecture ou le travail, jamais il ne détournait son esprit de la prière. Et comme c'est la coutume des forgerons, de frapper de temps en temps sur l’enclume pendant qu'ils battent le fer, pour alléger leur labeur, de même saint Martin, au milieu de chacune de ses actions, priait toujours.

Il exerçait sur lui-même de grandes austérités. Sévère rapporte, en effet, dans sa lettre à Eusèbe, que Martin étant venu dans 'un village de son diocèse, ses clercs lui avaient préparé un lit avec beaucoup de paille. Quand le saint se fut couché, il eut horreur de cette délicatesse inaccoutumée, lui qui se reposait d'ordinaire sur la terre nue, couvert seulement d'un cilice. Alors ému de l’injure qu'il croyait avoir reçue, il se leva, jeta de côté toute la paille et se coucha sur la terre nue. Or, vers minuit, cette paille prend feu ; saint Martin éveillé cherche à sortir, sans pouvoir le faire ; le feu le saisit et déjà ses vêtements brûlent. Mais il a recours, comme d'habitude, à la prière ; il fait le signe de la croix et reste au milieu du feu qui ne le touche pas ; les flammes lui semblaient alors une rosée, quand tout à l’heure il venait d'en ressentir la vivacité. Aussitôt les moines éveillés accourent et tirent des flammes Martin sain et sauf, tandis qu'ils le croyaient consumé.

Il témoignait une grande compassion pour les pécheurs, car il recevait dans son sein tous ceux qui voulaient se repentir.
Le diable lui reprochait en effet clé recevoir à la pénitence ceux qui étaient tombés une fois ; alors Martin lui dit :
" Si toi-même, misérable, tu cessais de tourmenter les hommes et si tu te repentais de tes actions, j'ai assez de confiance dans le Seigneur pour pouvoir te promettre la miséricorde de Notre Seigneur Jésus-Christ."

Statue de saint Martin. Eglise Saint-Martin de Nolay. Bourgogne.

Il avait une grande pitié à l’égard des pauvres.
On lit dans le même Dialogue (II, ch. I.) que saint Martin, un jour de fête, allant à l’église, fut suivi par un pauvre qui était nu. Le saint ordonna à son archidiacre de revêtir cet indigent ; mais celui-là ayant tardé à le faire, Martin entra dans la sacristie (Secretarium, c'était un lieu attenant à l’église où les clercs se réunissaient pour vaquer à la prière et à la lecture), donna sa tunique au pauvre en lui commandant de sortir aussitôt.

Or, comme l’archidiacre l’avertissait qu'il était temps de commencer les saints mystères, saint Martin répondit qu'il n'y pouvait aller avant que le pauvre n'eût reçu un habit. C'était de lui-même qu'il parlait. L'archidiacre qui ne comprenait pas, parce qu'il voyait saint Martin revêtu de sa chape de dessus, sans se douter qu'il eût été nu sur lui, répond qu'il n'y a pas de pauvre. Alors le saint dit :
" Qu'on m’apporte un habit, et il n'y aura pas de pauvre à vêtir."
L'archidiacre fut forcé d'aller au marché et prenant pour cinq pièces d'argent une tunique sale et courte, qu'on appelle pénule, comme on dirait presque nulle, il la jeta en colère : aux pieds de Martin, qui se retira à l’écart pour la mettre : or, les manches de la pénule n'allaient que jusqu'au coude et elle descendait seulement à ses genoux. Néanmoins, Martin s'avança ainsi revêtu pour célébrer la messe. Mais pendant le saint sacrifice, un globe de feu apparut sur, sa tête, et beaucoup de personnes l’y remarquèrent. C'est pour cela qu'on dit qu'il était l’égal des apôtres.

A ce miracle, Maître Jean Beleth ajoute (ch. CLXIII) que le saint levant les mains vers Dieu à la préface de la messe, comme c'est la coutume, les manches de toile venant à retomber sur elles-mêmes, parce que ses bras n'étaient ni gros, ni gras et que la tunique dont il vient d'être parlé, n'allait que jusqu'aux coudes, ses bras restèrent nus. Alors des bracelets miraculeux, couverts d'or et de pierreries, sont apportés par des anges pour couvrir ses bras avec décence. En apercevant un jour une religieuse :
" Celle-ci, dit-il, a accompli le commandement évangélique : elle possédait deux tuniques, et elle en a donné une à qui n'en avait point. Et vous ; ajouta-t-il, vous devez faire de même."

Messe de saint Martin. Eustache Le Sueur. XVIIe.

Il eut une grande puissance pour chasser les démons du corps des hommes. On lit dans le même Dialogue (II, ch. IX) qu'une vache, agitée par le démon, exerçait partout sa fureur, tuait beaucoup de monde et accourait, pleine de rage, dans un chemin ; contre Martin et ses compagnons le saint leva la main en lui commandant de s'arrêter. Cette bête resta immobile et Martin vit un démon assis sur son dos, et lui insultant :
" Va-t-en, méchant, lui dit-il ; sors de cet animal inoffensif, et cesse de l’agiter."

Le démon s'en alla aussitôt, et la vache vint se prosterner aux pieds du saint qui lui commanda de retourner tranquillement à son troupeau. Il avait une grande adresse pour connaître les démons qui devenaient pour lui si faciles à distinguer qu'il les voyait sous quelque forme qu'ils prissent. En effet les démons se présentaient à lui sous la figure de Jupiter, le plus souvent de Mercure, quelquefois de Vénus et de Minerve ; à l’instant il les gourmandait par leur nom : il regardait Mercure comme acharné à nuire ; il disait que Jupiter était un brutal et un hébété.

Saint Martin à la table de l'empereur Maxime.
Vie de saint Martin. Sulpice Sévère. XIVe.

Une fois le démon lui apparut encore sous la forme d'un roi, orné de la pourpre, avec un diadème, et des chaussures dorées ; la bouche sereine et le visage gai. Tous les deux se turent pendant longtemps.
" Reconnais, Martin, dit enfin le démon, celui que tu adores. Je suis le Christ qui vais descendre sur la terre ; mais auparavant, j'ai voulu me manifester à toi... "
Et comme Martin étonné gardait encore le silence, le démon ajouta :
" Martin, pourquoi hésites-tu de croire, puisque tu me vois ? Je suis Jésus-Christ."
Alors Martin, éclairé par le Saint-Esprit, répondit :
" Notre Seigneur Jésus-Christ n'a jamais prédit qu'il viendrait revêtu de pourpre et ceint d'un diadème éclatant. Je croirai que c'est le Christ, quand je le verrai avec l’extérieur et la figure sous lesquels il a souffert, quand il portera les stigmates de la croix."
A ces paroles, le démon disparut, en laissant dans la cellule du saint une odeur infecte (Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, ch. XXV.).

Saint Martin démasquant le diable.
Vie de saint Martin. Sulpice Sévère. XIVe.

Martin connut longtemps d'avance l’époque de sa mort, qu'il révéla aussi à ses frères. Sur ces entrefaites, il visita la paroisse (Le texte copié sur Sulpice Sévère porte diocesin ; on appelait ainsi les paroisses éloignées de l’église cathédrale. de Candé pour apaiser des querelles (Sulp. Sév., ép. à Bassula). Dans sa route, il vit, sur la rivière, des plongeons (les plongeons sont des oiseaux au mode de pêche est éloquemment évoqué par leur nom...) qui épiaient les poissons et qui en prenaient quelques-uns :
" C'est, dit-il, la figure des démons : ils cherchent à surprendre ceux qui ne sont point sur leur garde ; ils les prennent sans qu'ils s'en aperçoivent ; ils dévorent ceux qu'ils ont saisis ; et plus ils en dévorent moins ils sont rassasiés."
Alors il commanda à ces oiseaux de quitter ces eaux profondes et d'aller dans des pays déserts.
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Saint Martin agenouillé devant le corps de saint Gatien.
Couvent des Ursulines Notre-Dame de l'Assomption. Tours.

Etant resté quelque temps dans cette paroisse, ses forces commencèrent à baisser, et il annonça à ses disciples que sa fin était prochaine. Alors tous se mirent à pleurer :
" Père, pourquoi nous quitter, et à qui confiez-vous des gens désolés ? Les loups ravisseurs se jetteront sur votre troupeau."
Martin, ému par leurs prières et par leurs larmes, se mit à prier ainsi en pleurant lui-même :
" Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail ; que votre volonté soit faite."
Il balançait sur ce qu'il avait à préférer ; car il ne voulait pas les quitter comme aussi il ne voulait pas être séparé plus longtemps de Notre Seigneur Jésus-Christ.
La fièvre l’ayant tourmenté pendant quelque temps, ses disciples le priaient de leur laisser mettre un peu de paille sur le lit où il était couché sur la cendre et sous le silice :
" Il n'est pas convenable, mes enfants, leur dit-il, qu'un chrétien meure autrement que sous un silice et sur la cendre si je vous laisse un autre exemple, je suis un pécheur."

Toujours les yeux et les mains élevés au ciel, il ne sait pas donner de relâche à son esprit infatigable dans la prière ; or, comme il était toujours étendu sur le dos et que ses prêtres le suppliaient de se soulager en changeant de position :
" Laissez, mes frères, laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre, afin que l’esprit se dirige vers le Seigneur."
Et en disant ces mots, il vit le diable auprès de lui :
" Que fais-tu, ici, dit-il, bête cruelle? tu ne trouveras en moi rien de mauvais : c'est le sein d'Abraham qui me recevra."

En disant ces mots, sous Ariade et Honorius, qui commencèrent à régner vers l’an du Seigneur 395, et de sa vie la quatre-vingt-unième, il rendit son esprit à Dieu. Le visage du saint devint resplendissant; car il était déjà dans la gloire. Un choeur d'anges se fit entendre, dans l’endroit même, de beaucoup de personnes.

Saint Martin chassant le démon. Speculum historiale. J. de Vignay. XVe.

A son trépas lés Poitevins comme les Tourangeaux se rassemblèrent, et il s'éleva entre eux une grande contestation. Les Poitevins disaient :
" C'est un moine de notre pays ; nous réclamons ce qui nous a été confié."
Les Tourangeaux répliquaient :
" Il vous a été enlevé, c'est Dieu qui nous l’a donné."
Mais au milieu de la nuit, les Poitevins s'endormirent tous sans exception ; alors les Tourangeaux faisant passer le corps du saint par une fenêtre, le transportèrent dans une barque, sur la Loire, jusqu'à la ville de Tours, avec une grande joie.

Enlèvement du corps de saint Martin. Vie de saint Martin.
Sulpice Sévère. Le Mans. XVe.

Saint Séverin, évêque de Cologne, faisait par un dimanche, selon sa coutume, le tour des lieux saints, quand, à l’heure de la mort du saint homme, il entendit les Anges qui chantaient dans le ciel, et il appela l’archidiacre pour lui demander s'il entendait quelque chose. Sur sa réponse qu'il n'entendait rien, l’archevêque l’engagea à prêter une sérieuse attention ; il se mit donc à allonger le cou, à tendre les oreilles et à se tenir sur l’extrémité de ses pieds en se soutenant sur son bâton.

Et tandis que l’archevêque priait pour lui, il dit qu'il entendait quelques voix dans le ciel, et l’archevêque lui dit :
" C'est monseigneur Martin qui est sorti de ce monde et en ce moment les anges le portent dans le ciel. Les diables se sont présentés aussi, et voulaient le retenir, mais ne trouvant rien en lui qui leur appartînt, ils se sont retirés confus."

Alors l’archidiacre prit note dit jour et de l’heure et il apprit qu'à cet instant saint Martin mourait. Le moine Sévère, qui a écrit sa vie, s'étant endormi légèrement après matines, comme il le raconte lui-même dans une épître, vit lui apparaître saint Martin revêtu d'habits blancs, le visage en feu, les veux étincelants, les cheveux comme de la pourpre et tenant, à la main droite le livre que Sévère avait écrit sur sa vie : et comme il le voyait monter au ciel, après l’avoir béni, et qu'il souhaitait y monter avec lui, il s'éveilla. Alors, des messagers vinrent lui apprendre que, saint Martin était mort cette nuit-là.

Translation de saint Martin. Speculum historiale. J. de Vignay. XVe.

Le même jour encore, saint Ambroise, évêque de Milan, en célébrant la messe, s'endormit sur l’autel entre la prophétie et l’épître : personne n'osait le réveiller, et le sous-diacre ne voulait pas lire l’épître, sans en avoir reçu l’ordre; après deux ou trois heures écoulées on éveilla Ambroise en disant :
" L'heure est passée, et le peuple se lasse fort d'attendre ; que notre Seigneur ordonne au clerc de lire l’épître."
Saint Ambroise leur répondit :
" Ne vous troublez point : car mon frère Martin est passé à Dieu ; j'ai assisté à ses funérailles, et je lui ai rendu les derniers devoirs ; mais vous m’avez empêché, en me réveillant, d'achever le dernier répons."
Alors on prit note à l’instant de ce jour, et on apprit que saint Martin était trépassé en ce moment.

Signalons que Baronius attaqua l’authenticité de cette vision en se basant sur ce que, d'après lui, saint Ambroise était mort lors du décès de saint Martin; mais saint Martin étant mort le 9 nov. 395 pouvait apparaître à saint Ambroise ne mourut qu’en 397 Baronius allait contre la tradition appuyée sur la liturgie, sur des historiens dignes de foi. Honorius d'Autun.

Cathédrale Saint-Gatien de Tours.

Maître Jean Beleth dit que les rois de France ont coutume de porter sa chape dans les combats ; de là le nom de chapelains donné aux gardiens de cette chape. Soixante-quatre ans après sa mort, le bienheureux Perpet ayant agrandi l’église de saint Martin, voulut y faire la translation de son corps; et après trois jours passés dans le jeûne et l’abstinence, on ne put jamais remuer le sépulcre.
On allait renoncer à ce projet, quand apparut un vieillard magnifique qui dit :
" Que tardez-vous ? vous ne voyez pas saint Martin prêta vous aider, si vous approchez les mains ?"
Alors ce vieillard souleva de ses mains le tombeau avec les assistants qui l’enlevèrent avec la plus grande facilité, et le placèrent à l’endroit où il est honoré maintenant. Or, après cela on ne rencontra ce vieillard en aucun lieu.
On célèbre la fête de cette translation le 4 juillet.

Scènes de la vie de saint Martin. Legenda aurea
Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Saint Odon, abbé de Cluny, rapporte (De Translatione B. Martini a Burgundia, ch. X.) qu'alors toutes les cloches étaient en branle dans toutes les églises, sans que personne n'y touchât, et toutes les lampes s'allumèrent par miracle. Il rapporte encore qu'il y avait deux camarades dont l’un était aveugle et l’autre paralytique., L'aveugle portait le paralytique et celui-ci indiquait le chemin à l’autre, et en mendiant de cette façon, ils amassaient beaucoup d'argent.

Quand ils apprirent qu'une multitude d'infirmes étaient guéris auprès du corps de saint Martin, qu'on conduisait à l’église en procession ; ils se prirent à craindre que le saint corps ne fût amené vis-à-vis de la maison où ils demeuraient et que peut-être ils fussent guéris aussi ; car ils ne voulaient pas recouvrer la santé pour ne rien perdre de leurs bénéfices. Alors ils se sauvaient, d'une rue à l’autre, où ils pensaient que le corps ne serait pas conduit. Or, au milieu de leur course, ils se rencontrèrent tout à coup, à l’improviste avec le corps ; et parce que Dieu accorde beaucoup de faveurs à ceux qui n'en veulent pas recevoir, tous les deux furent guéris à l’instant malgré eux, quoiqu'ils s'en affligeassent grandement.
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L'église Saint-Martin de Tours profanée par les bêtes féroces
calvinistes en 1564. Dessin de Sébastien Leclerc. XVIIe.
 

Saint Ambroise s'exprime ainsi au sujet de saint Martin :
" Saint Martin abattit les temples de l’erreur, païenne, il leva les étendards de la piété, il ressuscita les morts, il chassa les démons cruels du corps des possédés ; il rendit le bienfait de la santé à des malades attaqués de nombreuses infirmités. Il fut jugé tellement parfait qu'il mérita de couvrir Notre Seigneur Jésus-Christ dans la personne d'un pauvre, et qu'il revêtit le Seigneur du monde d'un habit que pauvre il avait reçu lui-même. Ô l’heureuse largesse qui couvrit la divinité ! Ô glorieux partage de chlamide qui couvrit un soldat et son roi tout à la fois ! Ô présent inestimable qui mérita de revêtir la divinité. Il était digne, Seigneur, que vous lui accordassiez la récompense octroyée à vos confesseurs ; il était digne que les barbares ariens fussent vaincus par lui. L'amour du martyre ne lui a pas fait redouter les tourments d'un persécuteur. Que doit-il recevoir pour s'être offert tout entier, celui qui pour une part de manteau a mérité de revêtir Dieu et de le voir ? A ceux qui avaient l’espoir, il accorda la santé, aux uns par ses prières, aux autres par son regard."

Saint Martin. Jean Bourdichon.
Grandes heures d'Anne de Bretagne. XVIe.

Rq : On peut télécharger et lire la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère sur le site de la Bibliothèque nationale : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102665j

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dimanche, 30 octobre 2016

30 octobre. Saint Marcel le Centurion, et ses enfants, martyrs à Tanger. 298.

- Saint Marcel le Centurion, et ses enfants, martyrs à Tanger. 298.

Pape : Saint Marcelin. Empereur romain d'Occident : Maximien Hercule. Empereur romain d'Orient : Dioclétien.

" Qui que vous soyez, qui aimez le monde, considérez où vous devez aboutir."
Saint Augustin.


Saint Marcel, son épouse None et leurs enfants.
Retable de saint Marcel, église Saint-Marcel de Léon. Espagne.

Dans les deux derniers siècles, les Chrétiens ont connu encore l'affligeant spectacle de voir les scélérats qui détenaient le pouvoir " épurer " l'armée. Echo sanglant parfois, plus sournois souvent de ce qui se passa dans les premières persécutions des deuxième et troisième siècle.

Commencée dans les provinces de Galère, l'un d'elle s'étendit à celle d'Hercule. La recherche directe des soldats chrétiens laissant trop de part à la camaraderie, les empereurs adoptèrent une mesure radicale. Chaque militaire dut prendre part, les jours de fêtes, aux cérémonies religieuses célébrées dans les camps. Dès lors c'était chaque chrétien qui se dénonçait lui-même : telle fut l'occasion du martyre du centurion Marcel.


Saint Marcel le Centurion. Eglise Saint-Marcel de Léon. Espagne.

On croit que saint Marcel naquit à Arzas, ville autrefois célèbre de Galicie. Il suivit l'exemple de ses ancêtres et embrassa le métier de la guerre dans l'espoir d'y faire une haute fortune. Etant en garnison dans la ville dont nous venons de parler, il s'y maria à une demoiselle de qualité appelée None ; il en eut douze enfants, savoir Claude, Luperie, Victoric, Eméthère, Célédoine, Servand, Germain, Aciste, Fauste, Janvier, Martial et Victorie. Comme il avait donné en diverses occasions des témoignages de sa valeur, il fut enfin élevé à la charge de centution.

Il ne pensait qu'à s'avancer de plus en plus dans les degrés de la hiérarchie militaire, lorsque, par les ferventes prédications d'un saint évêque nommé Décence, qui gouvernait l'église du Lieu, il fut converti avec sa femme et ses enfants à la religion chrétienne, pour la vérité de laquelle tous, excepté None, eurent la gloire de mourir.


Eglise Saint-Marcel de Léon. Espagne.

Dans la ville de Tanger, dont Fortunat était gouverneur, se célébrait alors l'anniversaire de la naissance de Maximien Hercule. Tous étaient réunis aux sacrifices qui accompagnaient les banquets.
Marcel, un des centurions de la légion Trajane, ne voyant dans tes banquets que des assemblées sacrilèges, s'approcha du trophée de drapeaux de la légion devant lequel on offrait les sacrifices, et lança à terre son ceinturon en disant :
" Je suis soldat de Jésus-Christ, le roi éternel."
Il lança aussi le cep de vigne, insigne de son grade, ses armes, et ajouta :
" A partir de ce jour, je cesse de servir vos empereurs, car je ne veux pas adorer vos dieux de bois et de pierre, sourdes et muettes idoles. Si c'est à cause du métier qu'on nous oblige à faire des sacrifices aux dieux et aux empereurs, je jette avec mépris le cep, le ceinturon, les drapeaux, je ne suis plus soldat."


Autel de Saint-Marcel. Eglise Saint-Marcel de Léon. Espagne.

Les assistants se regardèrent, ahuris, puis ils arrêtèrent Marcel et on envoya un rapport au commandant. Celui-ci fit écrouer le centurion. Quand toutes les ripailles furent bien finies, Fortunat se fit amener le centurion dans la salle d'honneur :
" Pourquoi as-tu, contrairement aux règlements, jeté le ceinturon, le cep et le baudrier ?
- Le 21 juillet, devant le trophée, pendant la célébration de la fête de l'empereur, j'ai dit publiquement que j'étais chrétien et ne pouvais servir que Jésus-Christ, Fils du Dieu tout-puissant.
- C'est trop violent pour que j'essaie d'étouffer l'affaire. J'enverrai un rapport aux empereurs et au César. Je ne te punis pas. On va te conduire à mon chef Aurélius Agricola, lieutenant du préfet du prétoire."

Le 30 octobre, le centurion Marcel ayant comparu à Tanger, l'appariteur dit :
" Le préfet Fortunatus a renvoyé devant ta puissance Marcel, centurion. Voici son rapport ; si tu l'ordonnes, je le lirai."
Agricola :
" Lis !"
L'appariteur lut :
" Fortunatus à Agricola, et le reste. Ce soldat ayant jeté le ceinturon militaire, s'est déclaré chrétien et a accumulé les blasphèmes contre César. C'est pourquoi nous te l'avons envoyé, et ton Illustration voudra bien nous faire parvenir les ordres qu'elle aura décrétés."


Saint Marcel dans sa geôle. Gravure du XVIIIe.

La lecture faite, Agricola dit :
" As-tu prononcé les paroles relatées dans le rapport du préfet ?
- Oui. »
- Tu servais comme centurion ordinaire ?
- Oui.
- Quelle fureur t'a fait renoncer au serment militaire et parler ainsi ?
- Il n'y a pas de fureur en ceux qui craignent Dieu.
- As-tu prononcé toutes les paroles consignées dans le rapport ?
- Oui.
- As-tu jeté tes armes ?
- Oui. Il ne convenait pas qu'un chrétien qui sert le Seigneur Christ servît dans les milices du siècle.
- La conduite de Marcel doit être punie suivant les règlements."

Et il dicta la sentence :
" Marcel, qui servait comme centurion ordinaire, a renoncé publiquement à son serment, a dit qu'il en était souillé et a prononcé d'autres paroles furieuses, relatées dans le rapport du préfet. J'ordonne qu'on lui coupe la tête."
En marchant au supplice, il dit à Agricola :
" Agricola ! Que Dieu te bénisse !"

Il était digne d'un martyr de quitter ainsi le monde. Presque aussitôt sa tête tomba pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Statue de saint Servant, ou Servandus, l'un des fils de saint Marcel,
martyr lui-aussi, comme tous ses frères et soeurs.
Eglise de Saint-Marcel de Léon. Espagne.

Les enfants imitèrent la constance de leur père, puisqu'ils perdirent tous la vie par dibers supplices pour le soutien de l'Evangile ; on remarque entre autres que Claude, Luperce et Victoric furent pendus, puis décapités à Léon par le commandement de Diogénien, successeur de Fortunat, qui ne voulut pas les exposer à d'autres tourments de peur que les Chrétiens ne fussent fortifiés par leur exemple, et afin qu'eux mêmes n'eussent pas la gloire d'avoir beaucoup souffert pour Notre Seigneur Jésus-Christ.
None, leur pieuse mère, racheta leurs corps à prix d'argent et les enterra dans un lieu secret, d'où ils furent transférés dasn une église en leur honneur dans la même ville.

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lundi, 24 octobre 2016

24 octobre. Saint Magloire, évêque de l'ancien évêché de Dol-de-Bretagne. 586.

- Saint Magloire, évêque de l'ancien évêché de Dol-de-Bretagne. 586.

Pape : Pélage II. Roide Domnonée : Judaël.

" Celui qui est pur doit fuir la foule ; il deviendra ainsi capable de recevoir le don du Ciel."
Saint Pierre Damien.

Saint Magloire. Eglise Notre-Dame de l'Assomption. Dol-de-Bretagne.

Ce grand prélat est devenu trop célèbre par la translation de ses reliques à Paris, et par la maison des Pères de l'Oratoire, qui y portèrent son nom, pour ne pas faire connaître aux fidèles de quel mérite il a été pendant sa vie.

Quelques auteurs le font Anglais ; d'autres disent qu'il était du diocèse de Vannes, en Bretagne. Son père Timbrafel, et sa mère Asfello, nobles, riches et pieux, le mirent de bonne heure sous la conduite de saint Samson, son cousin-germain, qui était devenu abbé en Angleterre, puis archevêque d'York.

Ce jeune homme fit de grands progrès dans les sciences et dans la vertu sous un aussi excellent maître.

Saint Samson désignant saint Magloire pour son successeur.
Verrière de la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne. Bretagne.

Dès qu'il eut l"âge fixé par les Canons, il entra dans les Ordres et fut ordonné prêtre. Sa vie était conforme à sa dignité ; il était sobre, chaste, modeste, patient, retenu dans ses discours, fervent dans l'oraison, et plein de zèle pour procurer le salut du prochain. Saint Samson, le voyant si parfait, l'amena avec lui en Bretagne et le fit abbé du monastère de Lanmeur ; ensuite, ayant été fait évêque de Dol, par l'érection de cette ville en évêché, il lui donna la conduite de son abbaye de Dol.

Magloire gouverna cette maison pendant cinquante-deux ans avec une prudence et une sainteté merveilleuses. Il instruisait plus ses religieux par ses exemples que par ses paroles; sa douceur les gagnait, sa sévérité les retenait. Ils marchaient à grands pas à la perfection, sous un guide si éclairé et si généreux.

Saint Samson étant mort, il fut élu évêque à sa place. Il résista quelque temps à cette élection ; mais, apprenant qu'elle avait été faite selon le désir de son prédécesseur, il se rendit à ta volonté de Dieu, qui lui était manifestée par le choix d'un homme si judicieux ; cependant, il ne tint le siège que deux ou trois ans, parce que, se voyant déjà cassé de vieillesse et plus que septuagénaire, il fit tant par ses prières et par ses larmes auprès de Dieu, qu'un ange vint lui apporter, de la part de Dieu, la permission de se retirer dans la solitude. Il fit aussi agréer sa démission à son clergé et à son peuple ; et leur laissant pour pasteur saint Budoc, qu'il avait fait son successeur dans l'abbaye de Dol, et qui était actuellement son grand-vicaire.

Statue de saint Magloire. Abbaye Saint-Magloire.
Lehon-sur-Rance. Bretagne.

Il choisit pour sa demeure un marais assez écarté au bord de la mer ; il y bâtit un oratoire et quelques cellules, tant pour lui que pour un petit nombre de religieux, qui souhaitèrent de demeurer en sa compagnie.

Il avait choisi ce désert plutôt que ses monastères de Dol ou de Lanmeur, pour être plus solitaire et moins exposé aux visites des gens du monde, mais il y trouva ce qu'il voulait éviter ; car, la réputation de sa sainteté se répandant partout, des malades venaient à son ermitage pour être guéris ; des possédés, pour obtenir leur délivrance ; des affligés, pour trouver dans son entretien la consolation dont ils avaient besoin ; et toutes sortes de personnes, pour recevoir par ses instructions les lumières qui leur étaient nécessaires pour se bien conduire.

Abbaye de Saint-Magloire, fondée par notre Saint.
Lehon-sur-Rance. Bretagne.

Plusieurs même lui apportaient des présents pour rendre sa solitude plus supportable ; il ne les acceptait que pour en faire la distribution aux pauvres et aux malheureux qui avaient recours à lui. Ce grand concours lui déplut, et, ne pouvant plus le supporter, il conçut le dessein de quitter cet ermitage et de se retirer plus loin ; mais saint Budoc, qu'il consulta sur une affaire de cette importance, l'en dissuada, lui remontrant fort sagement que, n'étant pas au monde pour lui seul, il ne devait pas refuser son assistance à tant d'âmes qui trouvaient auprès de lui le remède à leurs maux et ta consolation dans leurs peines.

Notre Saint était si humble et si peu attaché à son propre sens, qu'il déféra sans difficulté à l'avis de ce grand serviteur de Dieu. Mais la divine Providence lui donna bientôt après l'occasion de faire ce qu'il désirait ; car le comte Loïcscon, un des plus grands seigneurs du Dolois, ayant été guéri par ses prières d'une lèpre qui le rongeait depuis sept ans, lui fit don, pour bâtir un monastère, de la moitié de l'île de Jersey, qui était de son domaine.

Saint Budoc, saint Magloire, saint Samson et saint Génevé furent
tous évêque de Dol. Verrière de la cathédrale Saint-Samson de
Dol-de-Bretagne. Bretagne.

Le partage en fut fait ; une moitié demeura au comte, et l'autre moitié fut destinée pour la fondation d'une abbaye ; mais, par un grand miracle, dès que ce partage fut fait, tout le gibier, les oiseaux et les poissons, qui faisaient la richesse de cette île, abandonnèrent le côté du comte et passèrent dans celui des religieux.

La comtesse, à qui cette donation n'avait pas plu, se trouva très troublée de cet accident, et elle persuada enfin au comte, son mari, de changer de lot et de prendre pour lui celui qu'il avait donné aux religieux. Ce qu'il fit pour lui complaire ; mais il ne put pas empêcher les effets de la libéralité de Dieu envers ses serviteurs : en effet, ces animaux quittèrent alors le côté où ils s'étaient retirés et passèrent dans celui qui avait été donné à saint Magloire. Loïescon vit bien, par ce prodige, que Dieu ne voulait pas que son présent fût à demi. Aussi, sans écouter les plaintes de sa femme, il abandonna toute l'île à la disposition du Saint.

Magloire y bâtit un monastère et y assembla soixante-deux religieux, avec lesquels il passa le reste de sa vie dans une sainteté merveilleuse. Il ne mangeait que du pain d'orge et ne buvait que de l'eau ; un peu de légumes les jours ouvriers, et quelques petits poissons sans assaisonnement les fêtes et les dimanches, faisaient tout son ordinaire. Il ne prenait rien du tout les mercredis et les vendredis, en l'honneur de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ses habits étaient propres, mais fort pauvres, et il portait toujours la haire ou le cilice sur sa chair. Il demeurait en oraison sur le bord de la mer jusqu'à Matines, et lorsqu'elles sonnaient, il s'y rendait le tout premier, pour être l'exemple de ses confrères. Après Matines, il prenait un repos fort léger et, de grand matin, il se levait et faisait ses préparatifs pour la messe.

Il conserva inviolablement sa virginité jusqu'à la mort ; et pour cela il évitait autant qu'il lui était possible l'entretien avec les femmes, et même avec les plus vertueuses. Sa charité pour le prochain était extrême. Il recevait les autres avec toutes sortes de bienveillance, faisait abondamment l'aumône aux pauvres, et opérait de grands miracles pour le secours des malheureux ; entre autres, il ressuscita le serviteur du couvent, qui s'élait noyé en péchant dans la mer pour la subsistance des religieux.

Saint Magloire confirmé par saint Michel dans son souhait de
renoncer à l'épiscopat. Saint Michel lui apparaitra plus tard
et à deux reprises pour l'avertir de la date de son décès.
Verrière de la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Bretagne.

Un ange l'avertit deux fois du temps de son décès ; il s'y prépara avec une grande ferveur et un redoublement admirable de tous ses exercices de dévotion ; vers le 15 octobre de l'an 586, le même ange l'honora d'une visite, et lui donna, de sa propre main, le corps adorable de Notre Seigneur Jésus-Christ en Viatique.

Depuis ce temps-là, il ne voulut plus sortir de son église, et il répétait sans cesse ce verset de David :
" J'ai demandé une chose au Seigneur, et je ne cesserai point de la lui demander c'est d'avoir le bonheur de demeurer dans sa maison tous les jours de ma vie."
Enfin, ayant donné sa bénédiction à ses religieux, il mourut entre leurs bras, assisté de saint Budoc, le 24 octobre de la même année.

On le représente :
1. debout, couronné par un ange ;
2. quittant l'épiscopat pour vivre dans la solitude.

CULTE ET RELIQUES

Le corps de saint Magloire fut enterré dans son église, et, peu de tenps après, levé de terre et exposé à la vénération des fidèles, à cause des grands miracles qni se faisaient par son intercession. Depuis, le roi Nominoë le fit transporter au prieuré dc Léhon-sur-Rance, près de Dinan, qu'il avait fondé avec bcaucoup de magnificence, et il y est demeuré cent seize ans, savoir depuis l'an 857 jusqu'en 973.

Cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne. Bretagne.

A cette époque, Salvateur, évéque de Saint-Malo, l'apporta à Paris, par crainte des Normands qui ravageaient toute la Bretagne. il fut premièrement déposé dans la chapelle royale du palais, qui est devenue la paroisse Saint-Barthélemy, et le prince Hugues le Grand, comte de Paris, l'y reçut avec nue dévotion extraordinaire. Il fonda auprès de cette chapelle un monastère de religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, en l'honneur de saint Barthélemy et du mène saint Magloire, et, dans l'acte de sa fondation, il l'appelle archiprélat de Bretagne.

L'an 1138, les religieux quittèrent ce lieu, qui était trop étroit, et passèrent à la rue Saint-Denis, dans une chapelle de Saint-Georges, qui leur appaitenait, et où était leur cimetière, avec le corps du saint prélat ce nouveau monastère fut appelé Saint-Magloire.

Enfin, en 1572, ils cédèrent encore cette maison aux Filles-Pénitentes, à la prière de la reine Catherine de Médicis, et allèrent s'établir au faubourg Saint-Jacques, près la paroisse Saint-Jacques du Haut-Pas. Mais comme leur plus grand trésor était la châsse vénérable de ce Saint tout miraculeux, ils la transportèrent avec eux.

Eglise Saint-Jacques-du-Haut-pas. Une partie importante des
reliques de saint Magloire y sont toujours conservées. Paris.

Plus tard celle église fut donnée aux Pères de l'Oratoire qui y établirent un séminaire. Le corps de saint Magloire s'y gardait entier, à l'exception d'un bras et d'un fémur qui se trouvaient dans la cathédrale de Dol, et de quelques autres ossements qu'on voyait à la Sainte-Chapelle de Paris et chez les Filles-Pénitentes dont nous avons parlé ci-dessus.

Le sainl corps était renfermé dans une châsse d'argent depuis 1318. En 1791, le Père Tournaire, supérieur de la maison de Saint-Magloire, ayant eu le malheur d'apostasier, commanda à un frère domestique d'enterrer dans le jardin du séminaire toutes les reliques qui se trouvaient dans l'église.

Cette opération eut lieu eu 1793. Mais, en 1797, la religion catholique ayant joui de quelque liberté jusqu'au 18 fructidor, le mêne frère indiqua le lieu où il les avait déposées. Elles furent alors exhumées et placées dans le massif du maître-autel de l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas, voisine de celle de Saint-Magloire. Elles y restèrent jusqu'en 1835, époque à laquelle on les retira de la caisse qui les contenait pour les renfermer dans une belle châsse de bois doré. On n'a pu reconnaitre à quels Saints appartenait chaque partie de ces précieux restes, parce qu'un séjour de quatre ans en terre avait détruit les inscriptions et les titres mais on n'a aucun doute sur leur authenticité qui a été reconnue par Mgr de Quélen, arobevéque de Paris.

Quant à l'église de Saint-Magloire, elle a été détruite, et les bâtiments du séminaire sont devenus l'école des sourds-muets.

La mémoire de saint filagloire est marquée au martyrologe romain.

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