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mercredi, 26 juillet 2017

26 juillet. Sainte Anne et saint Joachim, parents de Notre Dame la très sainte Vierge Marie. Ier siècle.

- Sainte Anne et saint Joachim, parents de Notre Dame la très sainte Vierge Marie. Ier siècle.

Pape : Saint Anaclet. Empereur romain : Domitien.

" Ô couple trois fois heureux de saint Joahim et de sainte Anne ! Vous avez à notre reconnaissance un droit imprescriptible : grâce à vous, nous avons pu offrir à notre Dieu le don le plus sensible à son coeur, une mère vierge, la seule mère digne du Créateur."
Saint Jean Damascène. Orat. I de nat. B. M. V.


Saint Joachim et sainte Anne à la Porte dorée. Nicolas d'Ypres. XVIe.

Joignant le sang des rois à celui des pontifes, Anne apparaît glorieuse plus encore de son incomparable descendance au milieu des filles d'Eve. La plus noble de toutes celles qui conçurent jamais en vertu du Croissez et multipliez des premiers jours (Gen. I, 28.), à elle s'arrête, comme parvenue à son sommet, comme au seuil de Dieu, la loi de génération de toute chair ; car de son fruit Dieu même doit sortir, fils uniquement ici-bas de la Vierge bénie, petit-fils à la fois d'Anne et de Joachim.

Avant d'être favorisés de la bénédiction la plus haute qu'union humaine dût recevoir, les deux saints aïeuls du Verbe fait chair connurent l'angoisse qui purifie l'âme. Des traditions dont l'expression, mélangée de détails de moindre valeur, remonte pourtant aux origines du christianisme, nous montrent les illustres époux soumis à l'épreuve d'une stérilité prolongée, en butte à cause d'elle aux dédains de leur peuple, Joachim repoussé du temple allant cacher sa tristesse au désert, et Anne demeurée seule pleurant son veuvage et son humiliation. Quel exquis sentiment dans ce récit, comparable aux plus beaux que nous  aient gardes les saints Livres (dans le proto-évangile de Jacques) !

" C'était le jour d'une grande fête du Seigneur. Maigre sa tristesse extrême, Anne déposa ses vêtements de deuil, et elle orna sa tête, et elle se revêtit de sa robe nuptiale. Et vers la neuvième heure, elle descendit au jardin pour s'y promener ; et voyant un laurier, elle s'assit à son ombre et répandit sa prière en présence du Seigneur Dieu, disant :
" Dieu de mes pères, bénissez-moi et exaucez mes supplications, comme vous avez béni Sara et lui avez donné un fils !"

Et levant les yeux au ciel, elle vit sur le laurier un nid de passereau, et gémissant elle dit :
" Hélas ! Quel sein m'a portée, pour être ainsi malédiction en Israël ? A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel ; car les oiseaux sont bénis de vous, Seigneur.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux animaux de la terre ; car eux aussi sont féconds devant vous.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux eaux ; car elles ne sont point stériles en votre présence, et les fleuves et les océans poissonneux vous louent dans leurs soulèvements ou leur cours paisible.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer  à la terre même; car la terre elle aussi porte ses fruits en son temps, et elle vous bénit, Seigneur."


Or voici qu'un Ange du Seigneur survint, lui disant :
" Anne, Dieu a exaucé ta prière ; tu concevras et enfanteras, et ton fruit sera célébré dans toute terre habitée."
Et le temps venu, Anne mit au monde une fille, et  elle  dit :
" Mon âme  est magnifiée à cette heure."

Et elle nomma l'enfant Marie ; et lui donnant le sein, elle entonna ce cantique au Seigneur :
" Je chanterai la louange du Seigneur mon Dieu ; car il m'a visitée, il a éloigné de moi l'opprobre, il m'a donné un fruit de justice. Qui annoncera aux fils de Ruben qu'Anne est devenue féconde ? Ecoutez, écoutez, douze tribus : voici qu'Anne allaite !"

Sainte Anne avec Notre Dame allant au Temple. J. Stella. XVIIe.

La fête de Joachim, que l'Eglise a placée au Dimanche dans l'Octave de l'Assomption de sa bienheureuse fille, nous permettra de compléter bientôt l'exposé si suave d'épreuves et de joies qui furent aussi les siennes. Averti par le ciel de quitter le désert, il avait rencontré son épouse sous la porte Dorée donnant accès au temple du côté de l'Orient. Non loin, près de la piscine Probatique, où les agneaux destinés à l'autel lavaient leur blanche toison avant d'être offerts au Seigneur, s'élève aujourd'hui la basilique restaurée de Sainte-Anne, appelée primitivement Sainte-Marie de la Nativité. C'est là que, dans la sérénité du paradis, germa sur la tige de Jessé le béni rejeton salué du Prophète a et qui devait porter la divine fleur éclose au sein du Père avant tous les temps. Séphoris, patrie d'Anne, Nazareth, où vécut Marie, disputent, il est vrai, à la Ville sainte l'honneur que réclament ici pour Jérusalem d'antiques et constantes traditions. Mais nos hommages à coup sûr ne sauraient s'égarer, quand ils s'adressent en ce jour à la bienheureuse Anne, vraie terre incontestée des prodiges dont le souvenir renouvelle l'allégresse des cieux, la fureur de Satan, le triomphe du monde.

Anne, point de départ du salut, horizon qu'observaient les Prophètes, région du ciel la première empourprée des feux de l'aurore ; sol béni, dont la fertilité  si pure  donna dès lors à croire aux Anges qu'Eden nous était rendu ! Mais dans l'auréole d'incomparable paix qui l'entoure, saluons en elle aussi la terre de victoire éclipsant tous les champs de  bataille fameux : sanctuaire de l'Immaculée Conception, là fut repris par notre race humiliée le grand combat (Apoc. XII, 7-9.) commencé près du trône de  Dieu par les célestes phalanges ; là le dragon chassé des deux vit broyer sa tête, et Michel surpassé en gloire remit joyeux à la douce souveraine qui, dès son éveil à l'existence, se déclarait ainsi, le commandement des armées du Seigneur.

Quelle bouche humaine, si le charbon  ardent ne l’a touchée (Isai. VI, 6-7.), pourra dire l'admiratif étonnement des angéliques principautés, lorsque la  sereine complaisance de la  Trinité sainte, passant des brûlants Séraphins jusqu'aux  derniers  rangs des neuf chœurs, inclina leurs regards de feu à la contemplation de la sainteté subitement éclose au sein d'Anne ? Le Psalmiste avait dit de la Cité glorieuse dont les fondations se cachent en celle qui auparavant fut stérile: Ses fondements sont posés sur les saintes montagnes (Psalm. LXXXVI, 1.) ; et les célestes hiérarchies couronnant les pentes des collines éternelles découvrent là des hauteurs inconnues qu'elles n'atteignirent jamais, des sommets avoisinant la divinité de si presque déjà elle s'apprête à y poser son trône. Comme Moïse à la vue du buisson ardent sur Horeb, elles sont saisies d'une frayeur sainte, en reconnaissant au désert de notre monde de néant la montagne de Dieu, et comprennent que l'affliction d'Israël va cesser (Ex. III, 1-10.). Quoique sous le nuage qui la couvre encore, Marie, au sein d'Anne, est en effet déjà cette montagne bénie dont la base, le point de départ de grâce, dépasse le faîte des monts où les plus hautes saintetés créées trouvent leur consommation dans la gloire et l'amour.

Reliquaire de la cathédrale d'Apt. Y sont conservées
les précieuses reliques de sainte Anne. Provence.

Oh ! Combien donc justement Anne, par son nom, signifie grâce, elle qui, neuf mois durant, resta le lieu des complaisances souveraines du Très-Haut, de l'extase des très purs esprits, de l'espoir de toute chair ! Sans doute ce fut Marie, la fille et non la mère, dont l'odeur si suave attira dès lors si puissamment les cieux vers nos humbles régions. Mais c'est le propre du parfum d'imprégner de lui premièrement le vase qui le garde, et, lors même qu'il en est sorti, d'y laisser sa senteur. La coutume n'est-elle pas du reste que ce vase lui aussi soit avec mille soins préparé d'avance, qu'on le choisisse d'autant plus pure, d'autant plus noble matière, qu'on le relève d'autant plus riches ornements que plus exquise et plus rare est l'essence qu'on se propose d'y laisser séjourner ?

Ainsi Madeleine renfermait-elle son nard précieux dans l'albâtre (Marc, XIV, 3.). Ne croyons pas que l'Esprit-Saint, qui préside à la composition des parfums du ciel, ait pu avoir de tout cela moins souci que les hommes. Or le rôle de la bienheureuse Anne fut loin de se borner, comme fait le vase pour le parfum, à contenir passivement le trésor du monde. C'est de sa chair que prit un corps celle en qui Dieu prit chair à son tour ; c'est de son lait qu'elle fut nourrie ; c'est de sa bouche que, tout inondée qu'elle fût directement de la divine lumière, elle reçut les premières et pratiques notions de la vie. Anne eut dans l'éducation de son illustre fille la part de toute mère ; non seulement, quand Marie dut quitter ses genoux, elle dirigea ses premiers pas ; elle fut en toute vérité la coopératrice de l'Esprit-Saint dans la formation de cette âme et la préparation de ses incomparables destinées : jusqu'au jour où, l'œuvre parvenue à tout le développement qui relevait de sa maternité, sans retarder d'une heure, sans retour sur elle-même, elle offrit l'enfant de sa tendresse à celui qui la lui avait donnée.

" Sic fingit tabernaculum Deo."
" Ainsi elle crée un tabernacle à Dieu."
C'était la devise que portaient, autour de l'image de sainte Anne instruisant Marie, les jetons de l'ancienne corporation des ébénistes et des menuisiers, qui, regardant la confection des tabernacles de nos églises où Dieu daigne habiter comme son œuvre la plus haute, avait pris sainte Anne pour patronne et modèle auguste. Heureux âge que celui où ce que l'on aime à nommer la naïve simplicité de nos pères, atteignait si avant dans l'intelligence pratique des mystères que la stupide infatuation de leurs fils se fait gloire d'ignorer ! Les travaux du fuseau, de tissage, de couture, de broderie, les soins d'administration domestique, apanage de la femme forte exaltée au livre des Proverbes (Prov. XXXI, 10-31.), rangèrent naturellement aussi dans ces temps les mères de famille, les maîtresses de maison, les ouvrières du vêtement, sous la protection directe de la sainte épouse de Joachim. Plus d'une fois, celles que le ciel faisait passer par l'épreuve douloureuse qui, sous le nid du passereau, avait dicté sa prière touchante, expérimentèrent la puissance d'intercession de l'heureuse mère de Marie pour attirer sur d'autres qu'elle-même la bénédiction du Seigneur Dieu.

Pardon de Sainte-Anne-la-Palud. XVIIIe siècle.

L'Orient précéda l'Occident dans le culte public de l'aïeule du Messie. Vers le milieu du VIe siècle, Constantinople lui dédiait une église. Le Typicon de saint Sabbas ramène sa mémoire liturgique trois fois dans l'année : le 9 septembre, en la compagnie de Joachim son époux, au lendemain de la Nativité  de leur illustre fille ; le 9 décembre, où les Grecs, qui retardent d'un jour sur les Latins la solennité de la Conception immaculée de Notre-Dame, célèbrent cette fête sous un titre qui rappelle plus directement la part d'Anne au mystère ; enfin le 25 juillet, qui, n'étant point occupé chez eux par la mémoire de saint Jacques le Majeur anticipée au 3o avril, est appelé Dormition ou mort précieuse de sainte Anne, mère de la très sainte Mère de Dieu : ce sont les expressions mêmes que le Martyrologe romain devait adopter par la suite.

Si Rome, toujours plus réservée, n'autorisa que beaucoup plus tard l'introduction dans les Eglises latines d'une fête liturgique de sainte Anne, elle n'avait point attendu cependant pour diriger de ce côté, en l'encourageant, la piété des fidèles. Dès le temps de saint Léon III (795-816.) ,et parle commandement exprès de l'illustre Pontife, on représentait l'histoire d'Anne et de Joachim sur les ornements sacrés destinés aux plus nobles basiliques de la Ville éternelle (Lib. pontif. in Leon.  III.). L'Ordre des Carmes, si dévot à sainte Anne, contribua  puissamment, par son heureuse transmigration dans nos contrées, ai développement croissant d'un culte appelé d'ailleurs comme naturellement par les progrès de la dévotion des peuples à la Mère de Dieu. Cette étroite relation des deux cultes est en effet rappelée dans les termes de la concession par laquelle, en 1381, Urbain VI donnait satisfaction aux vœux des fidèles d'Angleterre et autorisait pour ce royaume la fête de la bienheureuse Anne (Labb. Concil. XI, p. II, col. 2050.). Déjà au siècle précédent, l'Eglise d'Apt en Provence était en possession de cette solennité : priorité s'expliquant chez elle par l'honneur insigne qui lui échut pour ainsi dire avec la foi, lorsque au premier âge du christianisme elle reçut en dépôt le très saint corps de l'aïeule du Messie.

Saint Joachim et Notre Dame. J. Stella. XVIIe.

Depuis que le Seigneur remonté aux cieux a voulu  que, comme lui, Notre-Dame y fût couronnée sans plus tarder dans la totalité de son être virginal, n'est-il pas vrai de dire que les  reliques de la Mère de Marie doivent être doublement chères au monde : et comme toutes autres, en raison de la sainteté de celle dont ils sont les restes augustes ; et plus qu'aucunes autres, par ce côté qui nous les montre en voisinage plus immédiat qu'aucune avec le mystère de la divine Incarnation ? Dans son abondance, l'Eglise d'Apt crut pouvoir se montrer prodigue ; si bien qu'il nous serait impossible d'énumérer les sanctuaires qui, soit de cette source incomparable, soit d'ailleurs pour de plus ou moins notables portions, se trouvent aujourd'hui  enrichis  d'une part de ces restes précieux. Nous ne pouvons omettre de nommer cependant, parmi ces lieux privilégiés, l'insigne basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs ; dans une apparition à sainte Brigitte de Suède (Revelationes S. Birgittae, Lib. VI, cap. 104.), Anne voulut confirmer elle-même l'authenticité du bras que l'église où repose le Docteur des nations, conserve d'elle comme un des plus nobles joyaux de son opulent trésor.

Ce fut seulement en 1584, que Grégoire XIII ordonna la célébration de la fête du 26 juillet dans le monde entier, sous le rit double. C'était Léon XIII qui devait, de nos jours (1879), l'élever en même temps que celle de saint Joachim à la dignité des solennités de seconde Classe. Mais auparavant, en 1622, Grégoire XV, guéri d'une grave maladie par sainte Anne, avait déjà mis sa fête au nombre des fêtes de précepte entraînant l'abstention des œuvres serviles.

Anne recevait enfin ici-bas les hommages dus au rang qu'elle occupe au ciel ; elle ne tardait pas à reconnaître par des bienfaits nouveaux la louange plus solennelle qui lui venait delà terre. Dans les années 1623, 1624, 1625, au village de Keranna près Auray en Bretagne, elle se manifestait à Yves Nicolazic, et lui faisait trouver au champ du Bocenno, qu'il tenait à ferme, l'antique statue dont la découverte allait, après mille ans d'interruption et de ruines, amener les peuples au lieu où l'avaient jadis honorée les habitants de la vieille Armorique. Les grâces sans nombre obtenues en ce lieu, devaient en effet porter leur renommée bien au delà des frontières d'une province à laquelle sa foi, digne des anciens âges, venait de mériter la faveur de l'aïeule du Messie ; Sainte-Anne d'Auray allait compter bientôt parmi les principaux pèlerinages du monde chrétien.

CULTE

Le culte de sainte Anne a subi diverses alternatives. Son corps fut transporté dans les Gaules, au premier siècle de l'ère chrétienne, et enfoui dans un souterrain de l'église d'Apt, en Provence, à l'époque des persécutions. A la fin du VIIIe siècle, il fut miraculeusement découvert et devint l'objet d'un pèlerinage. Mais c'est surtout au XVIIe siècle que le culte de sainte Anne acquit la popularité dont il jouit. De tous les sanctuaires de sainte Anne, le plus célèbre est celui d'Auray, en Bretagne ; son origine est due à la miraculeuse découverte d'une vieille statue de la grande Sainte, accompagnée des circonstances les plus extraordinaires et suivies de prodiges sans nombre. Sainte-Anne d'Auray est encore aujourd'hui l'objet d'un pèlerinage national.


Statue de saint Joachim et de sainte Anne à la Porte dorée.
Troyes. Champagne. XVIIe.

En Espagne elle avait été, dit-on, introduite par le Carmel qui lui a maintenu sa fidélité. On trouve un bel exemple de la dévotion espagnole dans Anne d'Autriche, qui, non contente de porter son nom, se plut à propager le culte de sa sainte patronne et à enrichir ses sanctuaires français d'Apt et d'Auray, après la naissance quasi miraculeuse de Louis XIV.

Mais la sainte avait décidé d'établir elle-même son culte en France et d'en faire en quelque sorte sa terre d'élection. Déjà la Provence l'honorait à Apt et se vantait de " posséder son corps ". (Il est vrai qu'on ne sait trop comment il y serait venu. Peut-être à la suite des croisades ? Ce fut une occasion pour beaucoup d'églises d'Occident de s'enrichir de reliques. Apt possède un tissu précieux de fabrication arabe rapporté par un de ses évêques qui fit justement partie de la Ière croisade.)

Le 25 juillet au soir, Nicolazic revenait d'Auray quand il rencontra la belle dame. Ils s'acheminèrent ensemble vers le hameau, elle, tenant toujours son flambeau, lui, récitant son chapelet. A l'approche de la ferme, la dame disparut. Nicolazic, troublé, entra dans sa grange et s'étendit sur la paille, mais ne put dormir. Vers les 11 heures, un bruit confus, comme de gens en marche, le fit sortir; mais rien, tout le village reposait. La peur le gagna, il rentra, reprit la récitation de son chapelet, quand soudain la belle dame lui apparut plus resplendissante que jamais, et, cette fois, lui dit :

" Yves Nicolazic, ne craignez rien je suis Anne, mère de Marie. Dites à votre recteur qu'il y avait ici autrefois, même avant qu'il y eût aucun village, une chapelle dédiée en mon nom. C'était la première de tout le pays ; il y a 924 ans et 6 mois qu'elle a été ruinée ; je désire qu'elle soit rebâtie au plus tôt et que vous en preniez soin. Dieu veut que j'y sois honorée."


Le bienheureux Yves Nicolazic.
 
Puis elle disparut. Nicolazic s'endormit tout heureux, mais il n'était pas au bout de ses peines : comme de bien entendu, le recteur ne voulut rien entendre et le traita de rêveur. Aidé de sa " bonne maîtresse " et encouragé par elle, il parvint néanmoins à surmonter toutes les difficultés.

Dans la nuit du 7 mars 1625, la sainte lui apparut et lui dit :
" Yves Nicolazic, appelez vos voisins, comme on vous a conseillé ; menez-les avec vous au lieu où ce flambeau vous conduira, vous trouverez l'image qui vous mettra à couvert du monde, lequel connaîtra enfin la vérité de ce que je vous ai promis."


Maison d'Yves Nicolazic. Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

Précédé de la lumière, accompagné de 4 laboureurs, il arriva dans le champ du Bocenno, où était jadis la chapelle, et découvrit la vénérable statue de bois. Peu à peu les obstacles s'aplanirent, une chapelle fut bâtie, qu'a remplacée, au XIXe siècle, une magnifique basilique.

Malheureusement, la statue a été brûlée sous la Révolution par les bêtes féroces révolutionnaires et l'actuelle n'en est qu'une réplique.

Le culte de sainte Anne a pris, à partir du XVIIe siècle, une grande extension en Bretagne, qui est devenue en quelque sorte son royaume. On ne peut s'empêcher de marquer la corrélation qui existe entre l'extension de ce culte et le renouveau de la foi en Bretagne, à cette époque, à la suite des missions du père Maunoir et de saint Louis-Marie Grignon de Montfort.

Nul doute que la sainte ne donna son appui à l'action des saints missionnaires et qu'elle ne fit de la Bretagne la terre Chrétienne qu'elle est restée. Sur le sol breton, 208 églises ou chapelles lui sont dédiées, au premier rang desquelles il faut citer Sainte-Anne-la-Palud, au bord de la baie de Douarnenez. Ce pèlerinage, vieux de près de 1.500 ans, rassemble, le dernier dimanche d'août, des foules de 60 à 80.000 personnes.


Pardon de Sainte-Anne-la-Palud. début du XXe siècle.
 
C'est un des Pardons les plus pittoresques de la Bretagne. Sa vieille statue, comme celles d'Apt et de Sainte-Anne-d'Auray, a reçu les honneurs du couronnement.
 

Pardon de Sainte-Anne-la-Palud. début du XXe siècle.
 
En 1914, le pape saint Pie X a donné sainte Anne pour patronne à la Bretagne avec concession aux " 5 diocèses romains en Bretagne " de l'office composé jadis par dom Guéranger pour le diocèse de Vannes. De nombreux liens unissaient le restaurateur de Solesmes à sainte Anne : il avait notamment fait profession à Rome le jour de sa fête ; c'est peut-être la raison qui détermina ses fils à fonder une abbaye sous le patronage de la sainte, presque à l'ombre de la basilique de Sainte-Anne-d'Auray. De Bretagne, par les marins et les missionnaires, le culte de la bonne grand'mère du Sauveur a rayonné autour du monde et jusqu'à Ceylan. Le Canada français a voué à sainte Anne de Beaupré le même culte que l'Armorique à sainte Anne d'Auray.

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Basilique Sainte-Anne de Beaupré. Québec.

Près de Québec, Sainte-Anne-de-Beaupré est connue mondialement pour son sanctuaire, la Basilique Sainte-Anne de Beaupré. Ce lieu de pèlerinage attire plus d'un million de visiteurs chaque année.

En 1658, Etienne Lessard, dont l'épouse était d'origine bretonne, un des premiers colons, concède certaines terres en vue de la construction de la première chapelle de bois dédiée à Sainte-Anne, particulièrement vénérée en Nouvelle-France.

Construite trop près du fleuve, la chapelle est endommagée par les marées et reconstruite en 1661 un peu plus à l'est, au pied de la côte, à l'emplacement actuel de l'ancien cimetière.

En 1676, on l'a remplace par une église de pierre. Agrandie à plusieurs reprises, elle accueille des milliers de pèlerins pendant près de deux siècles.

Elle est démolie en 1872 et remplacée par la première basilique en 1878. Elle sera détruite par un incendie le 29 mars 1922.

L'actuelle basilique de style roman date de 1926. Elle compte parmi ses trésors des vases sacrés du XVIIIe siècles gravés par divers artistes, et une importante collection d'ex-voto. La chapelle nord, construite en 1878, contient plusieurs œuvres récupérées lors de la démolition de l'ancienne église, en particulier le clocher, qui a été reconstruit en 1788.

Statue processionnelle de sainte Anne et Notre Dame. Sainte Anne
et Notre Dame sont couronnées. Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

CANTIQUE

Quel vrai Breton - c'est-à-dire chrétien - peut-il ignorer le " Sainte Anne, Ô bonne Mère... " !?

" Sainte Anne, Ô Bonne Mère,
Toi que nous implorons,
Entends notre prière,
Et bénis tes bretons.  (Refrain).

Pour montrer à la terre
Que nous croyons au Ciel,
Notre Bretagne est fière
D'entourer ton autel.

Quand l'erreur se déchaîne
Pour vaincre notre foi,
Puissante souveraine,
Nous espérons en toi.

Protège le Saint Père,
Pilote doux et fort,
Sur la nef de Pierre,
Qu'il doit conduire au port.

Fais que la Sainte Eglise
Répande en liberté
Sur la terre soumise
L'auguste vérité.

Si la lourde souffrance
Vient l'écraser parfois,
Apprends à notre France
A bien porter sa croix.

Bénis nos missionnaires
Dans tous pays lointains
Où, pour sauver leurs frères,
Ils sèment le bon grain.

Soutiens dans la tourmente
Les pauvres matelots ;
Sauve la barque errante
De la fureur des flots.

Conserve à la Bretagne
Ses valeureux soldats ;
Ton cœur les accompagne
Au milieu des combats.

Que le pauvre village
Et les riches cités
Sous ton doux patronage
Soient toujours abrités.

Ta fille immaculée,
Reine au divin séjour,
A notre âme troublée
Sourit avec amour.

Dis-lui notre misère
Afin que sa bonté
Fléchisse la colère
De Jésus irrité.

Ô Sainte Anne, Ô Marie,
Nos vœux montent vers vous.
Sauvez notre patrie :
Priez, priez pour nous."

Fontaine de sainte Anne à Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

PRIERE

" Plus heureuse que l'épouse d'Elcana, qui vous avait  figurée par ses épreuves et son nom même (I Reg. I.), Ô  Anne, vous chantez maintenant les magnificences du Seigneur (Ibid. II.). Où est la synagogue altière qui vous imposait ses mépris ? Les descendants de la stérile sont aujourd'hui sans nombre ; et nous tous, les frères de Jésus, les enfants comme lui de Marie votre fille, c'est dans la joie qu'amenés par notre Mère, nous vous présentons avec elle nos vœux en ce jour. Quelle fête plus touchante au foyer que celle de l'aïeule, quand autour d'elle, comme  aujourd'hui, viennent se ranger ses petits-fils dans la déférence et l'amour ! Pour tant d'infortunés qui n'eussent jamais connu ces solennités suaves, ces fêtes de famille, de jour en jour, hélas, plus rares, où la bénédiction du paradis terrestre semble revivre en sa fraîcheur, quelle douce compensation réservait la miséricordieuse prévoyance de notre Dieu !

Il a voulu, ce Dieu très haut, tenir à nous de si près qu'il fût un de nous dans la chair ; Il a connu ainsi que nous les relations, les dépendances mutuelles résultant comme une loi de notre nature, ces liens d'Adam dans lesquels il avait projeté de nous prendre (Ose. XI, 4.) et où il se prit le premier. Car, en élevant la nature au-dessus d'elle-même, il ne l'avait pas supprimée ; il faisait seulement  que la grâce, s'emparant d'elle, l'introduisît jusqu'aux cieux : en sorte qu'alliées dans le temps par leur commun auteur,nature et grâce demeurassent pour sa gloire unies dans l'éternité. Frères donc par la grâce de celui qui reste à jamais votre petit-fils par nature, nous devons à cette disposition pleine d'amour de la divine Sagesse de n'être point, sous votre toit, des étrangers en ce jour ; vraie fête du cœur pour Jésus et Marie, cette solennité de famille est aussi la nôtre.

Donc, Ô Mère, souriez à nos chants, bénissez nos vœux. Aujourd'hui et toujours, soyez propice aux supplications qui montent vers vous de ce séjour d'épreuves. Dans leurs désirs selon Dieu, dans leurs douloureuses confidences, exaucez les épouses et les mères. Maintenez, où il en est temps encore, les traditions du foyer chrétien. Mais déjà, que de familles où le souffle de ce siècle a passé, réduisant à néant le sérieux de la vie, débilitant la foi, ne semant qu'impuissance, lassitude, frivolité, sinon pis, à la place des fécondes et vraies joies de nos pères ! Oh ! Comme le Sage, s'il revenait parmi nous, dirait haut toujours :
" Qui trouvera la femme forte ?" (Prov. XXXI, 10.).

Elle seule, en effet, par son ascendant, peut encore conjurer ces maux, mais à la condition de ne point oublier où réside sa puissance ; à savoir dans les plus humbles soins du ménage exercés par elle-même, le dévouement qui se dépense obscurément, veilles de nuit, prévoyance de chaque heure, travaux de la laine et du lin, jeu du fuseau : toutes ces fortes choses (Ibid., 13-18.) qui lui assurent confiance et louange de la part de l'époux (Ibid., 11-28.), autorité sur tous (Ibid., 15.), abondance au foyer (Ibid., 11.), bénédiction du pauvre assisté par ses mains (Ibid., 20.), estime de l'étranger (Ibid., 24, 31.), respect de ses fils (Ibid., 28.), et pour elle-même, dans la crainte du Seigneur (Ibid., 30.), noblesse et dignité (Ibid., 22-23.), beauté autant que force (Ibid., 25.), sagesse, douceur et contentement (Prov. XXXI, 26, 27.), sérénité du dernier jour (Ibid., 25.).

Basilique Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

Bienheureuse Anne, secourez la société qui  se meurt parle défaut de ces vertus qui furent vôtres. Vos maternelles bontés, dont les effusions sont devenues plus fréquentes, ont accru la confiance de l'Eglise ; daignez répondre aux espérances qu'elle met en vous. Bénissez spécialement votre Bretagne fidèle ; ayez pitié de la France malheureuse, que vous avez aimée si tôt en lui confiant votre saint corps, que vous avez choisie plus tard de préférence comme le lieu toujours cher d'où vous vouliez vous manifester au monde, que naguère encore vous avez comblée en lui remettant le sanctuaire qui rappelle dans Jérusalem votre gloire et vos ineffables joies.

Ô vous donc qui, comme le Christ, aimez les Francs, qui dans la Gaule déchue daignez toujours voir le royaume de Marie, continuez-nous cet amour, tradition de famille pour nous si précieuse. Que votre initiative bénie vous fasse connaître par le monde à ceux de nos frères qui vous ignoreraient encore. Pour nous qui dès longtemps avons connu votre puissance, éprouvé vos bontés, laissez-nous toujours chercher en vous, Ô Mère, repos, sécurité, force en toute épreuve ; à qui s'appuie sur vous, rien n'est à craindre  ici-bas : ce que votre bras porte est bien porté."

00:15 Publié dans A | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Merci beaucoup.

Écrit par : Mesure | lundi, 30 juillet 2012

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Sainte-Anne La Palud a aussi sa page facebook pour le pardon : https://www.facebook.com/sainteannelapalud

Écrit par : Johan | jeudi, 04 septembre 2014

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