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mercredi, 27 juillet 2016

27 juillet. Saint Aréthas et les saints martyrs d'Arabie, au pays des Homérites. 524 (?).

- Saint Aréthas et les saints martyrs d'Arabie, au pays des Homérites. 524.

Pape : Jean Ier. Roi du Yémen : Dunaan.

" Viens, allons mourir pour le Christ !"


Saint Aréthas.

Ils habitaient le Yémen, c'est-à-dire le sud-ouest de l'Arabie ou " Arabie heureuse " (jadis le pays de la reine de Saba ; ce nom " classique " d'Homérites que leur donne le martyrologe vient de l'arabe " Himyar ").

La région était depuis peu sous la mouvance éthiopienne, et chrétienne çà et là par des groupes venus d'Afrique ; mais le Judaïsme dominait depuis la fin du Ve siècle.

Un prince, juif de religion, Dhû Nowas (ou Dunaan), entreprit, au début de l'hiver 522-523, de secouer le " joug " des Noirs éthiopiens. Il prit la ville de Safar, massacra la colonie abyssine chrétienne, et transforma l'église en " ceux d'en-face ".
Puis ce fut le tour de Nedjrân (ou Nagran, ou Najran). Il proposa une capitulation, car le siège traînait un peu. On l'accepta.

Dès qu'il fut entré, il oublia ses engagements et massacra tout Chrétien qui refusait l'apostasie. L'évêque défunt fut exhumé et mis au feu. On aménagea une immense fosse ardente où l'on jeta tout le clergé avec les vierges sacrées, holocauste de 427 victimes.
L'église flamba. Il y eut au total plus de 4.000 morts. Et 340 guerriers, de la tribu des Harith-ibn-Kaab, avec leur émir que nous appelons Aréthas, s'étaient enfermés dans la ville : ils avaient conseillé aux assiégés une attitude vigoureuse et énergique, mais en vain. Ils eurent le déplaisir d'être immolés sans avoir pourfendu de mécréants. Aréthas fut décapité. Une femme fut étendue à terre : on égorgea sur elle ses deux filles en sorte que leur sang lui coulât dans la bouche, puis on la tua.

L'épisode émouvant, recueilli par Baronius au 24 octobre, de l'enfant qui se jette au feu pour rejoindre sa mère, est un enjolivement hagiographique *. Voici les faits, d'après le document le plus sûr, une lettre de Siméon, évêque de Beit Archam :

" Un petit garçon trottinait pendu à la main de sa mère qu'on menait au supplice. Il aperçut le roi assis en magnifique apparat. Aussitôt il quitte sa mère, court au prince, embrasse ses genoux.
Dhû Nowas (Dunaan), touché, l'embrasse :
" Que préfères-tu, mon petit, aller avec maman, ou rester avec moi ?
- Par Notre-Seigneur, aller avec maman. Elle m'a dit : " Viens, allons mourir pour le Christ ". Laisse-moi retourner avec elle. Elle m'a dit que le roi des Juifs tuait ceux qui obéissaient au Christ.
- Comment as-tu connu le Christ ?
- Chaque jour je le vois quand j'accompagne maman à l'église.
- Qui aimes-tu mieux, maman ou moi ?
- Par Notre-Seigneur, j'aime mieux maman.
- Et qui aimes-tu mieux, moi ou le Christ ?
- J'aime mieux le Christ !
- Alors pourquoi es-tu venu embrasser mes genoux ?
- Je croyais que tu étais le roi Chrétien qui était à l'église, mais je vois que tu es juif.
- Je te donnerai des noix, des amandes, des figues !
- Non, par le Christ, jamais je ne mangerai des choses juives. Laisse-moi retourner avec maman.
- Reste ici, tu seras mon fils.
- Non, tu sens mauvais, et maman sent bon."

Martyre de saint Aréthas.

Alors le roi s'adressant à son entourage :
" Voyez-vous cela comme le Christ a séduit jusqu'à leurs gamins !"
Un noble intervint :
" Arrive, je te mène à la reine, tu seras son petit garçon.
- Toi, répliqua le petit, je te battrai ! Maman, qui me conduit à l'église, vaut mieux que ta reine."

Comme on le retenait, il mordit le roi à la jambe :
" Lâche-moi, Juif ! Laisse-moi retourner avec maman et mourir avec elle !"
On l'éloigna de force ; il résistait, trépignait, appelait sa mère :
" Maman, maman, prends-moi et conduis-moi à l'église !"
Sa mère lui cria :
" Souviens-toi que tu es gardé par le Christ, ne pleure pas. Attends-moi chez lui dans l'église. Je t'y rejoindrai."

Là-dessus, elle fut décapitée. L'énergique garçonnet, nommé Baïsar, survécut. Il fit plus tard partie d'une ambassade envoyée à Constantinople. Il n'aimait pas qu'on le questionnât sur son héroïsme puéril.

Ces vaillants Chrétiens, victimes du fanatisme juif et des suspicions politiques autorisées par leurs rapports avec l'Éthiopie et Byzance, furent vengés par le roi d'Axoum, Ellesbaas (fêté le 27 octobre). Une expédition partie d'Abyssinie défit Dhû Nowas (Dunaan) et mit fin à la domination juive au profit de l'Éthiopie (et de Byzance). Plus tard, les Homérites, las d'un joug étranger, se révoltèrent de nouveau à la voix d'un chef, Chrétien cette fois, Abraham. Puis l'empereur Justinien essaya de soumettre leur pays à son influence ; enfin le roi des Perses, Chosroès, établit son autorité, en attendant l'invasion musulmane.

Les Syriens Jacobites (monophysites) ont fêté nos héros le 31 décembre (P. O., t. 10, p. 31, 36, 49). Le synaxaire de Constantinople porte Aréthas le 24 octobre, et le calendrier de marbre trouvé à Naples (du IXe siècle) note Aréthas au 1er et au 24 octobre. Usuard (875) a mis le 1er octobre Aréthas, « mort martyr à Rome, avec 504 autres ". Une hymne attribuée à Sévère d'Antioche fait d'Aréthas un " Docteur ".

Rq : Bibl. - La meilleure source est une lettre de Siméon, évêque de Beit Archam.
Voir aussi :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/martyrs/martyrs0004.htm...

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mardi, 26 juillet 2016

26 juillet. Sainte Anne et saint Joachim, parents de Notre Dame la très sainte Vierge Marie. Ier siècle.

- Sainte Anne et saint Joachim, parents de Notre Dame la très sainte Vierge Marie. Ier siècle.

Pape : Saint Anaclet. Empereur romain : Domitien.

" Ô couple trois fois heureux de saint Joahim et de sainte Anne ! Vous avez à notre reconnaissance un droit imprescriptible : grâce à vous, nous avons pu offrir à notre Dieu le don le plus sensible à son coeur, une mère vierge, la seule mère digne du Créateur."
Saint Jean Damascène. Orat. I de nat. B. M. V.


Saint Joachim et sainte Anne à la Porte dorée. Nicolas d'Ypres. XVIe.

Joignant le sang des rois à celui des pontifes, Anne apparaît glorieuse plus encore de son incomparable descendance au milieu des filles d'Eve. La plus noble de toutes celles qui conçurent jamais en vertu du Croissez et multipliez des premiers jours (Gen. I, 28.), à elle s'arrête, comme parvenue à son sommet, comme au seuil de Dieu, la loi de génération de toute chair ; car de son fruit Dieu même doit sortir, fils uniquement ici-bas de la Vierge bénie, petit-fils à la fois d'Anne et de Joachim.

Avant d'être favorisés de la bénédiction la plus haute qu'union humaine dût recevoir, les deux saints aïeuls du Verbe fait chair connurent l'angoisse qui purifie l'âme. Des traditions dont l'expression, mélangée de détails de moindre valeur, remonte pourtant aux origines du christianisme, nous montrent les illustres époux soumis à l'épreuve d'une stérilité prolongée, en butte à cause d'elle aux dédains de leur peuple, Joachim repoussé du temple allant cacher sa tristesse au désert, et Anne demeurée seule pleurant son veuvage et son humiliation. Quel exquis sentiment dans ce récit, comparable aux plus beaux que nous  aient gardes les saints Livres (dans le proto-évangile de Jacques) !

" C'était le jour d'une grande fête du Seigneur. Maigre sa tristesse extrême, Anne déposa ses vêtements de deuil, et elle orna sa tête, et elle se revêtit de sa robe nuptiale. Et vers la neuvième heure, elle descendit au jardin pour s'y promener ; et voyant un laurier, elle s'assit à son ombre et répandit sa prière en présence du Seigneur Dieu, disant :
" Dieu de mes pères, bénissez-moi et exaucez mes supplications, comme vous avez béni Sara et lui avez donné un fils !"

Et levant les yeux au ciel, elle vit sur le laurier un nid de passereau, et gémissant elle dit :
" Hélas ! Quel sein m'a portée, pour être ainsi malédiction en Israël ? A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel ; car les oiseaux sont bénis de vous, Seigneur.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux animaux de la terre ; car eux aussi sont féconds devant vous.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux eaux ; car elles ne sont point stériles en votre présence, et les fleuves et les océans poissonneux vous louent dans leurs soulèvements ou leur cours paisible.
A qui me comparer ? Je ne puis me comparer  à la terre même; car la terre elle aussi porte ses fruits en son temps, et elle vous bénit, Seigneur."


Or voici qu'un Ange du Seigneur survint, lui disant :
" Anne, Dieu a exaucé ta prière ; tu concevras et enfanteras, et ton fruit sera célébré dans toute terre habitée."
Et le temps venu, Anne mit au monde une fille, et  elle  dit :
" Mon âme  est magnifiée à cette heure."

Et elle nomma l'enfant Marie ; et lui donnant le sein, elle entonna ce cantique au Seigneur :
" Je chanterai la louange du Seigneur mon Dieu ; car il m'a visitée, il a éloigné de moi l'opprobre, il m'a donné un fruit de justice. Qui annoncera aux fils de Ruben qu'Anne est devenue féconde ? Ecoutez, écoutez, douze tribus : voici qu'Anne allaite !"

Sainte Anne avec Notre Dame allant au Temple. J. Stella. XVIIe.

La fête de Joachim, que l'Eglise a placée au Dimanche dans l'Octave de l'Assomption de sa bienheureuse fille, nous permettra de compléter bientôt l'exposé si suave d'épreuves et de joies qui furent aussi les siennes. Averti par le ciel de quitter le désert, il avait rencontré son épouse sous la porte Dorée donnant accès au temple du côté de l'Orient. Non loin, près de la piscine Probatique, où les agneaux destinés à l'autel lavaient leur blanche toison avant d'être offerts au Seigneur, s'élève aujourd'hui la basilique restaurée de Sainte-Anne, appelée primitivement Sainte-Marie de la Nativité. C'est là que, dans la sérénité du paradis, germa sur la tige de Jessé le béni rejeton salué du Prophète a et qui devait porter la divine fleur éclose au sein du Père avant tous les temps. Séphoris, patrie d'Anne, Nazareth, où vécut Marie, disputent, il est vrai, à la Ville sainte l'honneur que réclament ici pour Jérusalem d'antiques et constantes traditions. Mais nos hommages à coup sûr ne sauraient s'égarer, quand ils s'adressent en ce jour à la bienheureuse Anne, vraie terre incontestée des prodiges dont le souvenir renouvelle l'allégresse des cieux, la fureur de Satan, le triomphe du monde.

Anne, point de départ du salut, horizon qu'observaient les Prophètes, région du ciel la première empourprée des feux de l'aurore ; sol béni, dont la fertilité  si pure  donna dès lors à croire aux Anges qu'Eden nous était rendu ! Mais dans l'auréole d'incomparable paix qui l'entoure, saluons en elle aussi la terre de victoire éclipsant tous les champs de  bataille fameux : sanctuaire de l'Immaculée Conception, là fut repris par notre race humiliée le grand combat (Apoc. XII, 7-9.) commencé près du trône de  Dieu par les célestes phalanges ; là le dragon chassé des deux vit broyer sa tête, et Michel surpassé en gloire remit joyeux à la douce souveraine qui, dès son éveil à l'existence, se déclarait ainsi, le commandement des armées du Seigneur.

Quelle bouche humaine, si le charbon  ardent ne l’a touchée (Isai. VI, 6-7.), pourra dire l'admiratif étonnement des angéliques principautés, lorsque la  sereine complaisance de la  Trinité sainte, passant des brûlants Séraphins jusqu'aux  derniers  rangs des neuf chœurs, inclina leurs regards de feu à la contemplation de la sainteté subitement éclose au sein d'Anne ? Le Psalmiste avait dit de la Cité glorieuse dont les fondations se cachent en celle qui auparavant fut stérile: Ses fondements sont posés sur les saintes montagnes (Psalm. LXXXVI, 1.) ; et les célestes hiérarchies couronnant les pentes des collines éternelles découvrent là des hauteurs inconnues qu'elles n'atteignirent jamais, des sommets avoisinant la divinité de si presque déjà elle s'apprête à y poser son trône. Comme Moïse à la vue du buisson ardent sur Horeb, elles sont saisies d'une frayeur sainte, en reconnaissant au désert de notre monde de néant la montagne de Dieu, et comprennent que l'affliction d'Israël va cesser (Ex. III, 1-10.). Quoique sous le nuage qui la couvre encore, Marie, au sein d'Anne, est en effet déjà cette montagne bénie dont la base, le point de départ de grâce, dépasse le faîte des monts où les plus hautes saintetés créées trouvent leur consommation dans la gloire et l'amour.

Reliquaire de la cathédrale d'Apt. Y sont conservées
les précieuses reliques de sainte Anne. Provence.

Oh ! Combien donc justement Anne, par son nom, signifie grâce, elle qui, neuf mois durant, resta le lieu des complaisances souveraines du Très-Haut, de l'extase des très purs esprits, de l'espoir de toute chair ! Sans doute ce fut Marie, la fille et non la mère, dont l'odeur si suave attira dès lors si puissamment les cieux vers nos humbles régions. Mais c'est le propre du parfum d'imprégner de lui premièrement le vase qui le garde, et, lors même qu'il en est sorti, d'y laisser sa senteur. La coutume n'est-elle pas du reste que ce vase lui aussi soit avec mille soins préparé d'avance, qu'on le choisisse d'autant plus pure, d'autant plus noble matière, qu'on le relève d'autant plus riches ornements que plus exquise et plus rare est l'essence qu'on se propose d'y laisser séjourner ?

Ainsi Madeleine renfermait-elle son nard précieux dans l'albâtre (Marc, XIV, 3.). Ne croyons pas que l'Esprit-Saint, qui préside à la composition des parfums du ciel, ait pu avoir de tout cela moins souci que les hommes. Or le rôle de la bienheureuse Anne fut loin de se borner, comme fait le vase pour le parfum, à contenir passivement le trésor du monde. C'est de sa chair que prit un corps celle en qui Dieu prit chair à son tour ; c'est de son lait qu'elle fut nourrie ; c'est de sa bouche que, tout inondée qu'elle fût directement de la divine lumière, elle reçut les premières et pratiques notions de la vie. Anne eut dans l'éducation de son illustre fille la part de toute mère ; non seulement, quand Marie dut quitter ses genoux, elle dirigea ses premiers pas ; elle fut en toute vérité la coopératrice de l'Esprit-Saint dans la formation de cette âme et la préparation de ses incomparables destinées : jusqu'au jour où, l'œuvre parvenue à tout le développement qui relevait de sa maternité, sans retarder d'une heure, sans retour sur elle-même, elle offrit l'enfant de sa tendresse à celui qui la lui avait donnée.

" Sic fingit tabernaculum Deo."
" Ainsi elle crée un tabernacle à Dieu."
C'était la devise que portaient, autour de l'image de sainte Anne instruisant Marie, les jetons de l'ancienne corporation des ébénistes et des menuisiers, qui, regardant la confection des tabernacles de nos églises où Dieu daigne habiter comme son œuvre la plus haute, avait pris sainte Anne pour patronne et modèle auguste. Heureux âge que celui où ce que l'on aime à nommer la naïve simplicité de nos pères, atteignait si avant dans l'intelligence pratique des mystères que la stupide infatuation de leurs fils se fait gloire d'ignorer ! Les travaux du fuseau, de tissage, de couture, de broderie, les soins d'administration domestique, apanage de la femme forte exaltée au livre des Proverbes (Prov. XXXI, 10-31.), rangèrent naturellement aussi dans ces temps les mères de famille, les maîtresses de maison, les ouvrières du vêtement, sous la protection directe de la sainte épouse de Joachim. Plus d'une fois, celles que le ciel faisait passer par l'épreuve douloureuse qui, sous le nid du passereau, avait dicté sa prière touchante, expérimentèrent la puissance d'intercession de l'heureuse mère de Marie pour attirer sur d'autres qu'elle-même la bénédiction du Seigneur Dieu.

Pardon de Sainte-Anne-la-Palud. XVIIIe siècle.

L'Orient précéda l'Occident dans le culte public de l'aïeule du Messie. Vers le milieu du VIe siècle, Constantinople lui dédiait une église. Le Typicon de saint Sabbas ramène sa mémoire liturgique trois fois dans l'année : le 9 septembre, en la compagnie de Joachim son époux, au lendemain de la Nativité  de leur illustre fille ; le 9 décembre, où les Grecs, qui retardent d'un jour sur les Latins la solennité de la Conception immaculée de Notre-Dame, célèbrent cette fête sous un titre qui rappelle plus directement la part d'Anne au mystère ; enfin le 25 juillet, qui, n'étant point occupé chez eux par la mémoire de saint Jacques le Majeur anticipée au 3o avril, est appelé Dormition ou mort précieuse de sainte Anne, mère de la très sainte Mère de Dieu : ce sont les expressions mêmes que le Martyrologe romain devait adopter par la suite.

Si Rome, toujours plus réservée, n'autorisa que beaucoup plus tard l'introduction dans les Eglises latines d'une fête liturgique de sainte Anne, elle n'avait point attendu cependant pour diriger de ce côté, en l'encourageant, la piété des fidèles. Dès le temps de saint Léon III (795-816.) ,et parle commandement exprès de l'illustre Pontife, on représentait l'histoire d'Anne et de Joachim sur les ornements sacrés destinés aux plus nobles basiliques de la Ville éternelle (Lib. pontif. in Leon.  III.). L'Ordre des Carmes, si dévot à sainte Anne, contribua  puissamment, par son heureuse transmigration dans nos contrées, ai développement croissant d'un culte appelé d'ailleurs comme naturellement par les progrès de la dévotion des peuples à la Mère de Dieu. Cette étroite relation des deux cultes est en effet rappelée dans les termes de la concession par laquelle, en 1381, Urbain VI donnait satisfaction aux vœux des fidèles d'Angleterre et autorisait pour ce royaume la fête de la bienheureuse Anne (Labb. Concil. XI, p. II, col. 2050.). Déjà au siècle précédent, l'Eglise d'Apt en Provence était en possession de cette solennité : priorité s'expliquant chez elle par l'honneur insigne qui lui échut pour ainsi dire avec la foi, lorsque au premier âge du christianisme elle reçut en dépôt le très saint corps de l'aïeule du Messie.

Saint Joachim et Notre Dame. J. Stella. XVIIe.

Depuis que le Seigneur remonté aux cieux a voulu  que, comme lui, Notre-Dame y fût couronnée sans plus tarder dans la totalité de son être virginal, n'est-il pas vrai de dire que les  reliques de la Mère de Marie doivent être doublement chères au monde : et comme toutes autres, en raison de la sainteté de celle dont ils sont les restes augustes ; et plus qu'aucunes autres, par ce côté qui nous les montre en voisinage plus immédiat qu'aucune avec le mystère de la divine Incarnation ? Dans son abondance, l'Eglise d'Apt crut pouvoir se montrer prodigue ; si bien qu'il nous serait impossible d'énumérer les sanctuaires qui, soit de cette source incomparable, soit d'ailleurs pour de plus ou moins notables portions, se trouvent aujourd'hui  enrichis  d'une part de ces restes précieux. Nous ne pouvons omettre de nommer cependant, parmi ces lieux privilégiés, l'insigne basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs ; dans une apparition à sainte Brigitte de Suède (Revelationes S. Birgittae, Lib. VI, cap. 104.), Anne voulut confirmer elle-même l'authenticité du bras que l'église où repose le Docteur des nations, conserve d'elle comme un des plus nobles joyaux de son opulent trésor.

Ce fut seulement en 1584, que Grégoire XIII ordonna la célébration de la fête du 26 juillet dans le monde entier, sous le rit double. C'était Léon XIII qui devait, de nos jours (1879), l'élever en même temps que celle de saint Joachim à la dignité des solennités de seconde Classe. Mais auparavant, en 1622, Grégoire XV, guéri d'une grave maladie par sainte Anne, avait déjà mis sa fête au nombre des fêtes de précepte entraînant l'abstention des œuvres serviles.

Anne recevait enfin ici-bas les hommages dus au rang qu'elle occupe au ciel ; elle ne tardait pas à reconnaître par des bienfaits nouveaux la louange plus solennelle qui lui venait delà terre. Dans les années 1623, 1624, 1625, au village de Keranna près Auray en Bretagne, elle se manifestait à Yves Nicolazic, et lui faisait trouver au champ du Bocenno, qu'il tenait à ferme, l'antique statue dont la découverte allait, après mille ans d'interruption et de ruines, amener les peuples au lieu où l'avaient jadis honorée les habitants de la vieille Armorique. Les grâces sans nombre obtenues en ce lieu, devaient en effet porter leur renommée bien au delà des frontières d'une province à laquelle sa foi, digne des anciens âges, venait de mériter la faveur de l'aïeule du Messie ; Sainte-Anne d'Auray allait compter bientôt parmi les principaux pèlerinages du monde chrétien.

CULTE

Le culte de sainte Anne a subi diverses alternatives. Son corps fut transporté dans les Gaules, au premier siècle de l'ère chrétienne, et enfoui dans un souterrain de l'église d'Apt, en Provence, à l'époque des persécutions. A la fin du VIIIe siècle, il fut miraculeusement découvert et devint l'objet d'un pèlerinage. Mais c'est surtout au XVIIe siècle que le culte de sainte Anne acquit la popularité dont il jouit. De tous les sanctuaires de sainte Anne, le plus célèbre est celui d'Auray, en Bretagne ; son origine est due à la miraculeuse découverte d'une vieille statue de la grande Sainte, accompagnée des circonstances les plus extraordinaires et suivies de prodiges sans nombre. Sainte-Anne d'Auray est encore aujourd'hui l'objet d'un pèlerinage national.


Statue de saint Joachim et de sainte Anne à la Porte dorée.
Troyes. Champagne. XVIIe.

En Espagne elle avait été, dit-on, introduite par le Carmel qui lui a maintenu sa fidélité. On trouve un bel exemple de la dévotion espagnole dans Anne d'Autriche, qui, non contente de porter son nom, se plut à propager le culte de sa sainte patronne et à enrichir ses sanctuaires français d'Apt et d'Auray, après la naissance quasi miraculeuse de Louis XIV.

Mais la sainte avait décidé d'établir elle-même son culte en France et d'en faire en quelque sorte sa terre d'élection. Déjà la Provence l'honorait à Apt et se vantait de " posséder son corps ". (Il est vrai qu'on ne sait trop comment il y serait venu. Peut-être à la suite des croisades ? Ce fut une occasion pour beaucoup d'églises d'Occident de s'enrichir de reliques. Apt possède un tissu précieux de fabrication arabe rapporté par un de ses évêques qui fit justement partie de la Ière croisade.)

Le 25 juillet au soir, Nicolazic revenait d'Auray quand il rencontra la belle dame. Ils s'acheminèrent ensemble vers le hameau, elle, tenant toujours son flambeau, lui, récitant son chapelet. A l'approche de la ferme, la dame disparut. Nicolazic, troublé, entra dans sa grange et s'étendit sur la paille, mais ne put dormir. Vers les 11 heures, un bruit confus, comme de gens en marche, le fit sortir; mais rien, tout le village reposait. La peur le gagna, il rentra, reprit la récitation de son chapelet, quand soudain la belle dame lui apparut plus resplendissante que jamais, et, cette fois, lui dit :

" Yves Nicolazic, ne craignez rien je suis Anne, mère de Marie. Dites à votre recteur qu'il y avait ici autrefois, même avant qu'il y eût aucun village, une chapelle dédiée en mon nom. C'était la première de tout le pays ; il y a 924 ans et 6 mois qu'elle a été ruinée ; je désire qu'elle soit rebâtie au plus tôt et que vous en preniez soin. Dieu veut que j'y sois honorée."


Le bienheureux Yves Nicolazic.
 
Puis elle disparut. Nicolazic s'endormit tout heureux, mais il n'était pas au bout de ses peines : comme de bien entendu, le recteur ne voulut rien entendre et le traita de rêveur. Aidé de sa " bonne maîtresse " et encouragé par elle, il parvint néanmoins à surmonter toutes les difficultés.

Dans la nuit du 7 mars 1625, la sainte lui apparut et lui dit :
" Yves Nicolazic, appelez vos voisins, comme on vous a conseillé ; menez-les avec vous au lieu où ce flambeau vous conduira, vous trouverez l'image qui vous mettra à couvert du monde, lequel connaîtra enfin la vérité de ce que je vous ai promis."


Maison d'Yves Nicolazic. Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

Précédé de la lumière, accompagné de 4 laboureurs, il arriva dans le champ du Bocenno, où était jadis la chapelle, et découvrit la vénérable statue de bois. Peu à peu les obstacles s'aplanirent, une chapelle fut bâtie, qu'a remplacée, au XIXe siècle, une magnifique basilique.

Malheureusement, la statue a été brûlée sous la Révolution par les bêtes féroces révolutionnaires et l'actuelle n'en est qu'une réplique.

Le culte de sainte Anne a pris, à partir du XVIIe siècle, une grande extension en Bretagne, qui est devenue en quelque sorte son royaume. On ne peut s'empêcher de marquer la corrélation qui existe entre l'extension de ce culte et le renouveau de la foi en Bretagne, à cette époque, à la suite des missions du père Maunoir et de saint Louis-Marie Grignon de Montfort.

Nul doute que la sainte ne donna son appui à l'action des saints missionnaires et qu'elle ne fit de la Bretagne la terre Chrétienne qu'elle est restée. Sur le sol breton, 208 églises ou chapelles lui sont dédiées, au premier rang desquelles il faut citer Sainte-Anne-la-Palud, au bord de la baie de Douarnenez. Ce pèlerinage, vieux de près de 1.500 ans, rassemble, le dernier dimanche d'août, des foules de 60 à 80.000 personnes.


Pardon de Sainte-Anne-la-Palud. début du XXe siècle.
 
C'est un des Pardons les plus pittoresques de la Bretagne. Sa vieille statue, comme celles d'Apt et de Sainte-Anne-d'Auray, a reçu les honneurs du couronnement.
 

Pardon de Sainte-Anne-la-Palud. début du XXe siècle.
 
En 1914, le pape saint Pie X a donné sainte Anne pour patronne à la Bretagne avec concession aux " 5 diocèses romains en Bretagne " de l'office composé jadis par dom Guéranger pour le diocèse de Vannes. De nombreux liens unissaient le restaurateur de Solesmes à sainte Anne : il avait notamment fait profession à Rome le jour de sa fête ; c'est peut-être la raison qui détermina ses fils à fonder une abbaye sous le patronage de la sainte, presque à l'ombre de la basilique de Sainte-Anne-d'Auray. De Bretagne, par les marins et les missionnaires, le culte de la bonne grand'mère du Sauveur a rayonné autour du monde et jusqu'à Ceylan. Le Canada français a voué à sainte Anne de Beaupré le même culte que l'Armorique à sainte Anne d'Auray.

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Basilique Sainte-Anne de Beaupré. Québec.

Près de Québec, Sainte-Anne-de-Beaupré est connue mondialement pour son sanctuaire, la Basilique Sainte-Anne de Beaupré. Ce lieu de pèlerinage attire plus d'un million de visiteurs chaque année.

En 1658, Etienne Lessard, dont l'épouse était d'origine bretonne, un des premiers colons, concède certaines terres en vue de la construction de la première chapelle de bois dédiée à Sainte-Anne, particulièrement vénérée en Nouvelle-France.

Construite trop près du fleuve, la chapelle est endommagée par les marées et reconstruite en 1661 un peu plus à l'est, au pied de la côte, à l'emplacement actuel de l'ancien cimetière.

En 1676, on l'a remplace par une église de pierre. Agrandie à plusieurs reprises, elle accueille des milliers de pèlerins pendant près de deux siècles.

Elle est démolie en 1872 et remplacée par la première basilique en 1878. Elle sera détruite par un incendie le 29 mars 1922.

L'actuelle basilique de style roman date de 1926. Elle compte parmi ses trésors des vases sacrés du XVIIIe siècles gravés par divers artistes, et une importante collection d'ex-voto. La chapelle nord, construite en 1878, contient plusieurs œuvres récupérées lors de la démolition de l'ancienne église, en particulier le clocher, qui a été reconstruit en 1788.

Statue processionnelle de sainte Anne et Notre Dame. Sainte Anne
et Notre Dame sont couronnées. Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

CANTIQUE

Quel vrai Breton - c'est-à-dire chrétien - peut-il ignorer le " Sainte Anne, Ô bonne Mère... " !?

" Sainte Anne, Ô Bonne Mère,
Toi que nous implorons,
Entends notre prière,
Et bénis tes bretons.  (Refrain).

Pour montrer à la terre
Que nous croyons au Ciel,
Notre Bretagne est fière
D'entourer ton autel.

Quand l'erreur se déchaîne
Pour vaincre notre foi,
Puissante souveraine,
Nous espérons en toi.

Protège le Saint Père,
Pilote doux et fort,
Sur la nef de Pierre,
Qu'il doit conduire au port.

Fais que la Sainte Eglise
Répande en liberté
Sur la terre soumise
L'auguste vérité.

Si la lourde souffrance
Vient l'écraser parfois,
Apprends à notre France
A bien porter sa croix.

Bénis nos missionnaires
Dans tous pays lointains
Où, pour sauver leurs frères,
Ils sèment le bon grain.

Soutiens dans la tourmente
Les pauvres matelots ;
Sauve la barque errante
De la fureur des flots.

Conserve à la Bretagne
Ses valeureux soldats ;
Ton cœur les accompagne
Au milieu des combats.

Que le pauvre village
Et les riches cités
Sous ton doux patronage
Soient toujours abrités.

Ta fille immaculée,
Reine au divin séjour,
A notre âme troublée
Sourit avec amour.

Dis-lui notre misère
Afin que sa bonté
Fléchisse la colère
De Jésus irrité.

Ô Sainte Anne, Ô Marie,
Nos vœux montent vers vous.
Sauvez notre patrie :
Priez, priez pour nous."

Fontaine de sainte Anne à Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

PRIERE

" Plus heureuse que l'épouse d'Elcana, qui vous avait  figurée par ses épreuves et son nom même (I Reg. I.), Ô  Anne, vous chantez maintenant les magnificences du Seigneur (Ibid. II.). Où est la synagogue altière qui vous imposait ses mépris ? Les descendants de la stérile sont aujourd'hui sans nombre ; et nous tous, les frères de Jésus, les enfants comme lui de Marie votre fille, c'est dans la joie qu'amenés par notre Mère, nous vous présentons avec elle nos vœux en ce jour. Quelle fête plus touchante au foyer que celle de l'aïeule, quand autour d'elle, comme  aujourd'hui, viennent se ranger ses petits-fils dans la déférence et l'amour ! Pour tant d'infortunés qui n'eussent jamais connu ces solennités suaves, ces fêtes de famille, de jour en jour, hélas, plus rares, où la bénédiction du paradis terrestre semble revivre en sa fraîcheur, quelle douce compensation réservait la miséricordieuse prévoyance de notre Dieu !

Il a voulu, ce Dieu très haut, tenir à nous de si près qu'il fût un de nous dans la chair ; Il a connu ainsi que nous les relations, les dépendances mutuelles résultant comme une loi de notre nature, ces liens d'Adam dans lesquels il avait projeté de nous prendre (Ose. XI, 4.) et où il se prit le premier. Car, en élevant la nature au-dessus d'elle-même, il ne l'avait pas supprimée ; il faisait seulement  que la grâce, s'emparant d'elle, l'introduisît jusqu'aux cieux : en sorte qu'alliées dans le temps par leur commun auteur,nature et grâce demeurassent pour sa gloire unies dans l'éternité. Frères donc par la grâce de celui qui reste à jamais votre petit-fils par nature, nous devons à cette disposition pleine d'amour de la divine Sagesse de n'être point, sous votre toit, des étrangers en ce jour ; vraie fête du cœur pour Jésus et Marie, cette solennité de famille est aussi la nôtre.

Donc, Ô Mère, souriez à nos chants, bénissez nos vœux. Aujourd'hui et toujours, soyez propice aux supplications qui montent vers vous de ce séjour d'épreuves. Dans leurs désirs selon Dieu, dans leurs douloureuses confidences, exaucez les épouses et les mères. Maintenez, où il en est temps encore, les traditions du foyer chrétien. Mais déjà, que de familles où le souffle de ce siècle a passé, réduisant à néant le sérieux de la vie, débilitant la foi, ne semant qu'impuissance, lassitude, frivolité, sinon pis, à la place des fécondes et vraies joies de nos pères ! Oh ! Comme le Sage, s'il revenait parmi nous, dirait haut toujours :
" Qui trouvera la femme forte ?" (Prov. XXXI, 10.).

Elle seule, en effet, par son ascendant, peut encore conjurer ces maux, mais à la condition de ne point oublier où réside sa puissance ; à savoir dans les plus humbles soins du ménage exercés par elle-même, le dévouement qui se dépense obscurément, veilles de nuit, prévoyance de chaque heure, travaux de la laine et du lin, jeu du fuseau : toutes ces fortes choses (Ibid., 13-18.) qui lui assurent confiance et louange de la part de l'époux (Ibid., 11-28.), autorité sur tous (Ibid., 15.), abondance au foyer (Ibid., 11.), bénédiction du pauvre assisté par ses mains (Ibid., 20.), estime de l'étranger (Ibid., 24, 31.), respect de ses fils (Ibid., 28.), et pour elle-même, dans la crainte du Seigneur (Ibid., 30.), noblesse et dignité (Ibid., 22-23.), beauté autant que force (Ibid., 25.), sagesse, douceur et contentement (Prov. XXXI, 26, 27.), sérénité du dernier jour (Ibid., 25.).

Basilique Sainte-Anne-d'Auray. Bretagne.

Bienheureuse Anne, secourez la société qui  se meurt parle défaut de ces vertus qui furent vôtres. Vos maternelles bontés, dont les effusions sont devenues plus fréquentes, ont accru la confiance de l'Eglise ; daignez répondre aux espérances qu'elle met en vous. Bénissez spécialement votre Bretagne fidèle ; ayez pitié de la France malheureuse, que vous avez aimée si tôt en lui confiant votre saint corps, que vous avez choisie plus tard de préférence comme le lieu toujours cher d'où vous vouliez vous manifester au monde, que naguère encore vous avez comblée en lui remettant le sanctuaire qui rappelle dans Jérusalem votre gloire et vos ineffables joies.

Ô vous donc qui, comme le Christ, aimez les Francs, qui dans la Gaule déchue daignez toujours voir le royaume de Marie, continuez-nous cet amour, tradition de famille pour nous si précieuse. Que votre initiative bénie vous fasse connaître par le monde à ceux de nos frères qui vous ignoreraient encore. Pour nous qui dès longtemps avons connu votre puissance, éprouvé vos bontés, laissez-nous toujours chercher en vous, Ô Mère, repos, sécurité, force en toute épreuve ; à qui s'appuie sur vous, rien n'est à craindre  ici-bas : ce que votre bras porte est bien porté."

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samedi, 23 juillet 2016

23 juillet. Saint Apollinaire, Ier évêque de Ravenne, martyr. Ier siècle.

- Saint Apollinaire, premier évêque de Ravenne et martyr. Ier.

Pape : Saint Pierre. Empereur romain : Néron.

" Nous avons reçu la mission de répandre la céleste semence. Malheur à nous si nous ne la répandons pas ! Malheur à nous si nous gardons le silence !"


Martyre de saint Apollinaire. Legenda aurea. Bx J. de Voragine.
R. de Montbaston. XIVe.

Ravenne, mère des cités, convoque aujourd'hui l'univers à célébrer l'évêque martyr dont les travaux firent plus pour son éternelle renommée que la faveur des empereurs et des rois. Du milieu de ses antiques monuments la rivale de Rome, aujourd'hui déchue, n'en montre pas moins fièrement la chaîne ininterrompue de ses Pontifes, remontant jusqu'au Vicaire de l'Homme-Dieu par Apollinaire, qu'ont exalté dans leurs discours les Pères et Docteurs de l'Eglise universelle, ses successeurs et ses fils (Petr. Chrysolog. Sermo CXXVIII, in div. Apollin : Petr. Dam. Sermon, XXX, XXXI, XXXII, in eumdem.). Plût au ciel que toujours la noble ville se fût souvenue de ce qu'elle devait à Pierre !

Pour suivre uniquement le Prince des Apôtres, Apollinaire, oubliant famille, patrie, avait tout quitté. Or, un jour, le maître dit au disciple :
" Pourquoi restes-tu assis avec nous ? Voilà que tu es instruit de tout ce que Jésus a fait : lève-toi, reçois le Saint-Esprit, et va vers cette ville qui ne le connaît pas."
Et le bénissant, et lui donnant le baiser, il l'envoya au loin (Passio S. Apollin. ap. Bolland.). Scènes sublimes de séparation, fréquentes en ces premiers temps, bien des fois répétées depuis, et qui font dans leur héroïque simplicité la grandeur de l'Eglise.


Saint Timothée et saint Apollinaire. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

Apollinaire courait au sacrifice. Le Christ, dit saint Pierre Chrysologue (Petr. Chrys. Sermo CXXVIII.), se hâtait au-devant du martyr, le martyr précipitait le pas vers son Roi : l'Eglise qui voulait garder cet appui de son enfance se jeta au-devant du Christ pour retarder, non le combat, mais la couronne ; et durant vingt-neuf ans, ajoute Pierre Damien (Petr.Dam. Sermo VI, de S. Eleuchadio.), le martyre se poursuivit à travers d'innombrables tourments, de telle sorte que les labeurs du seul Apollinaire suffirent à ces contrées qui n'eurent point d'autre témoin de la foi par le sang. Selon les traditions de l'Eglise qu'il avait si puissamment fondée, la divine Colombe intervint directement et visiblement par douze fois, jusqu'à l'âge de la paix, pour désigner chacun des successeurs d'Apollinaire.

Saint Apollinaire vint d'Antioche à Rome avec saint Pierre, fut ordonné évêque par le Prince des Apôtres et envoyé par lui à Ravenne pour y prêcher la foi. Sa première oeuvre, en arrivant dans cette ville, fut de rendre la vue au fils d'un soldat auquel il avait demandé l'hospitalité ; quelques jours après, il guérit la femme d'un tribun, atteinte d'une maladie incurable.


Basilique Saint-Apollinaire-la-Neuve. Ravenne. VIe.

C'en fut assez pour provoquer la conversion d'un grand nombre de personnes, et bientôt il se forma dans la ville une chrétienté florissante. Traduit devant le gouverneur païen, il prêche Jésus-Christ, méprise l'idole de Jupiter et se voit chassé de la ville par la fureur du peuple, qui le laisse à demi mort.

Après quelques prédications dans les pays voisins, Apollinaire revient à Ravenne et se rend à la maison d'un noble patricien qui l'avait fait demander pour guérir sa fille près de mourir. Mais l'apôtre ne parut qu'au moment où la malade rendait le dernier soupir. Arrivé près du lit funèbre, le Saint adresse à Dieu une fervente prière :
" Au nom du Christ, jeune fille, lève-toi, dit-il, et confesse qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Lui !"
La jeune fille se lève aussitôt, pleine de vie, et s'écrie :
" Oui, le Dieu d'Apollinaire est le vrai Dieu !"
A la suite de ce nouveau prodige, trois cents païens se convertirent et reçurent le baptême, à l'exemple de la jeune fille et de son heureux père.


Mosaïque du Bon Pasteur. Basilique Saint-Apollinaire-la-Neuve.
Ravenne. VIe.

Mais les succès croissants du christianisme à Ravenne soulevèrent bientôt de nouvelles persécutions contre l'apôtre de Jésus-Christ. Il dut subir un nouvel interrogatoire, qui ne servit qu'à faire briller son courage et à lui donner occasion d'expliquer les mystères de notre foi. Apollinaire eut à subir les plus affreux supplices, la flagellation, le chevalet, l'huile bouillante, puis les horreurs de la faim, dans une infecte prison ; mais Dieu Se chargea de le nourrir par Ses Anges. Ses bourreaux l'exilèrent en Illyrie. Cet exil lui donna le moyen de prêcher la foi à des peuples nouveaux et de répandre ainsi la lumière de l'Évangile. La persécution le ramena à Ravenne après trois ans d'absence.

Ce fut la dernière période de sa vie. Saisi presque aussitôt après son débarquement, il étonne ses persécuteurs en faisant crouler, d'un mot de prière, le temple d'Apollon. Il rend la vue au fils de son juge, en lui disant :
" Au nom de Jésus-Christ, ouvre tes yeux et vois !"

Une multitude de païens se convertit à la foi ; mais la rage des endurcis ne fait que s'accroître, et bientôt Apollinaire couronne sa vie par un glorieux martyre.


Calendrier gravé sur une dalle de marbre.
Basilique Saint-Apollinaire-la-Neuve. Ravenne. VIe.

PRIERE

" Instruits par Venance Fortunat (Ven. Fortun. Vita S. Martini, Lib. IV, V. 684.) venu de Ravenne en nos régions du Nord, nous saluons de loin votre glorieuse tombe. Répondez-nous par le souhait que vous formuliez durant les jours de votre vie mortelle : Que la paix de notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ repose sur vous ! La paix, don parfait, premier salut de l'apôtre (Luc. X, 5.) et consommation de toute grâce (Cant. VIII, 10.) : combien vous l'avez appréciée, combien vous en fûtes jaloux pour vos fils, même après avoir quitté la terre ! C'est elle qui vous fit obtenir du Dieu de paix et de dilection (II Cor. XIII, 11.) cette intervention miraculeuse par laquelle si longtemps furent marqués les pontifes qui devaient après vous s'asseoir en votre chaire. Vous-même n'apparûtes-vous pas un jour au Pontife romain, pour lui montrer dans Chrysologue l'élu de Pierre et d'Apollinaire ? Et plus tard, sachant que les cloîtres allaient devenir l'asile de cette divine paix bannie du reste du monde, vous vîntes en personne par deux fois solliciter Romuald d'obéir à l'appel de la grâce et d'aller féconder le désert.


Saint Apollinaire prêchant. Speculum historiale.
V. de Beauvais. François. XVIe.

Pourquoi faut-il qu'enivré de faveurs qui partaient de la terre, plus d'un de vos successeurs, que ne désignait plus, hélas, la divine Colombe, ait oublié si tôt les leçons laissées par vous à votre Eglise ? Fille de Rome, ne devait-elle pas se trouver assez grande d'occuper entre ses illustres sœurs la première place à la droite de la mère (Diplom. Clementis II, Quod propulsis.) ? Du moins l'Evangile même chanté depuis douze siècles et plus peut-être (Kalendar. Fronton.), en la solennité de ce jour, aurait-il dû la protéger contre les lamentables excès appelés à précipiter sa déchéance. Rome, avertie par de trop regrettables indices, prévoyait-elle donc déjà les sacrilèges ambitions des Guibert, quand son choix se fixait sur ce passage du texte sacré : Il s'éleva une contestation parmi les disciples, à qui devait passer pour le plus grand (Luc. XXII, 24-3o.) ?

Et quel commentaire, à la fois plus significatif et plus touchant, pouvait-on donner à cet Evangile, que les paroles de Pierre même en l'Epître :
" Les vieillards qui sont parmi vous, je les supplie, moi vieillard comme eux et témoin des souffrances du Christ, de paître le troupeau, non dans un esprit de domination sur l'héritage du Seigneur, mais en étant ses modèles dans le désintéressement et l'amour ; que tous s'animent à l'humilité mutuellement, car Dieu résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles." (I Petr. V, 1-11.).

Faites, Ô Apollinaire, que pasteurs et troupeau, dans toutes les Eglises, profitent maintenant du moins de ces apostoliques et divines leçons, pour que tous un jour nous nous trouvions assis à la table éternelle où le Seigneur convie les siens près de Pierre et de vous dans son royaume (Luc. ibid.).


Martyre de saint Apollinaire. Speculum historiale.
V. de Beauvais. François. XVIe.

Tandis que la Mère commune resplendit sous la pourpre du martyre dont l'a ornée Apollinaire, un autre noble fils couronne son front de la blanche auréole des Confesseurs Pontifes. Liboire, héritier des Julien, des Thuribe, des Pavace, anneau brillant de la série glorieuse qui rattache à Clément successeur de Pierre l'origine d'une illustre Eglise, se lève en la cité des Cénomans comme l'astre radieux qui dissipe les dernières nuées d'orage après la tempête ; il rend à la terre bouleversée la fécondité réparant au centuple les ruines que la tourmente avait causées.

Plus encore que la froide légalité des proconsuls et la haine farouche des vieux Druides, le fanatique prosélytisme des disciples d'Odin, envahissant l'Ouest des Gaules, avait ravagé dans nos contrées le champ du Seigneur. Défenseur de la patrie terrestre et guide des âmes à celle des cieux, Liboire rendit l'ennemi citoyen de l'une et de l'autre en le faisant chrétien. Pontife, il employa le plus pur de son zèle à développer les magnificences du culte divin qui rend à Dieu l'hommage et assainit la terre (Heb. V, 1.) ; apôtre, il reprit l'œuvre d'évangélisation des premiers messagers de la foi, chassant l'idolâtrie des positions qu'elle avait reconquises et l'expulsant des campagnes où toujours elle était restée maîtresse : Martin, dont il fut l'ami, n'eut pas d'émulé qui lui fût à ce point comparable.


Bras-reliquaire de saint Apollinaire.
Eglise Saint-Servais et Saint-Protais. Mailhac-sur-Benaize. Limousin.

Mais quels ne furent pas surtout ses triomphes d'outre-tombe, lorsque cinq siècles après la fin des travaux de sa vie mortelle, on le vit se lever du sanctuaire où il reposait en la compagnie des évêques ses frères, et, semant les miracles sur sa route, aller victorieusement forcer dans ses retranchements le paganisme saxon que Charlemagne avait vaincu sans le dompter ! La barbarie reculait de nouveau en présence de Liboire ; ses reliques saintes avaient conquis au Christ la Westphalie ; Le Mans et Paderborn scellaient, dans la vénération de leur commun apôtre, un pacte de fraternité dont mille ans n'ont point encore affaibli la puissance."

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lundi, 18 juillet 2016

18 juillet. Saint Arnoult, évêque de Metz. 640.

- Saint Arnoult, évêque de Metz. 640.

Pape : Séverin * (640 +) ; Jean IV **. Roi des Francs, roi de Neustrie et de Bourgogne : Clovis II. Roi des Francs, roi d'Austrasie : Sigebert III.

" Heureuse vie que celle qui consiste à quitter les hommes pour chercher la société des anges, à fuir le séjour des villes pour goûter la présence de Dieu dans la solitude."
Saint Jean Chrysostome. Hom. I sup Marc.


Saint Arnoult.

Arnoult, en latin " Arnulphus ", naquit vers 582 à Lay-Saint-Christophe, près de Nancy ; son père s'appelait Arnoald ou Buotgise, et sa mère, Oda, était fille du duc de Souabe ; si l'on veut croire certains documents, sa grand'mère paternelle, Blithilde, était fille de Clotaire Ier.

Jeune encore Arnoult devint familier de Gondulf, conseiller de Childebert II, puis entra au service de Théodebert dont il gagna la confiance ; il fut alors chargé d'administrer les domaines royaux dans 6 comtés.

En 614, l'évêque Pappolus étant mort, Arnoul, bien que laïc, fut choisi pour le remplacer sur le siège de Metz. Sa femme, Doda, fille du comte de Boulogne, entra dans un monastère de Trèves : de leurs deux fils, Anségise ou Anchise et Clodulphe, le premier épousa une fille de Pépin de Landen, ancêtre de Charlemagne ; quant au second, connu également sous le nom de saint Cloud et honoré le 8 juin, il monta sur le trône épiscopal de Metz quelques années après son père.

Devenu évêque, Arnoul n'en garda pas moins une grande influence politique ; Clotaire 2 ayant rétabli pour Dagobert un petit royaume d'Austrasie, Arnoult fut chargé de former le jeune prince et de gouverner son État ; il réussit, en 626, à réconcilier le père et le fils qui avait réclamé un agrandissement de territoire. Vers la même époque, il assistait au concile de Clichy, puis à celui de Reims qui eut pour but de promulguer en Austrasie les canons du concile tenu à Paris en 615 et confirmé par édit de Clotaire.

Alliant la plus humble vertu aux honneurs les plus éclatants, Arnoult aspirait à une vie plus simple, vivant de préférence dans les villas du roi et songeant même à se retirer complètement du monde. Un de ses amis, saint Romaric (8 décembre), avait quitté depuis longtemps la cour et s'était fait ermite dans les Vosges, en un lieu qui prit plus tard son nom, Remiremont.

Arnoult aurait voulu le rejoindre ; Clotaire II empêcha son départ ; dans la suite, Dagobert fut plus violent, menaça de disgracier les fils d'Arnoult, mit même la main à son épée, puis, calmé, demanda pardon et accorda toute liberté à notre saint en 629. La charge épiscopale fut remise à Goéric, et Dagobert prit désormais conseil de saint Cunibert (fête le 12 novembre), évêque de Cologne.


Saint Arnoult et Dagobert Ier. Grandes chroniques de France. XIVe.

Saint Arnoult installa son ermitage sur une colline voisine du mont Habend où vivait Romaric, et un pont fut jeté sur la profonde vallée qui les séparait ; ils passèrent ainsi une dizaine d'années, recevant des lépreux et les soignant, jusqu'au jour, 16 août, où Arnoul fut prêt à retourner dans la maison du Père ; il avait prévu ce moment, demandant les prières de son compagnon :
" Je n'ai rien fait de bon dans ma vie, disait-il, et je suis chargé de fautes pour lesquelles je te prie d'implorer la clémence divine."

Il s'était pourtant fait remarquer dans toutes ses charges par son esprit de justice, sa piété, sa charité et avait reçu, raconte-t-on, l'assurance de son salut ; un jour, traversant la Moselle, il avait jeté son anneau dans le fleuve, demandant à Dieu que cet anneau lui fût rendu si ses péchés lui étaient pardonnés ; l'anneau fut en effet retrouvé de nombreuses années plus tard dans les entrailles d'un poisson.


Saint Arnoult et le miracle de l'anneau retrouvé.
Legenda aurea. J. de Voragine. XIVe.

CULTE

Le corps de saint Arnoul fut transporté à Metz l'année qui suivit sa mort, le 18 juillet, et déposé dans la basilique des Saints-Apôtres qui reçut ensuite le nom de Saint-Arnoul ; cette église fut concédée trois siècles plus tard à des moines bénédictins et détruite avec l'abbaye en 1552 ; à ce moment, les restes de saint Arnoul furent mis dans une châsse d'argent et transportés à l'intérieur de la ville dans l'église des Frères Prêcheurs qui prit à son tour le nom du saint.

L'anneau, objet du miracle, est conservé à la cathédrale de Metz ; pendant de longues années, il servit, le 16 août pendant la messe, à imprimer sur de la cire bénite des cachets qui étaient distribués ensuite aux assistants. Dès le IXe siècle, le culte de saint Arnoul était universellement répandu ; la fête est indiquée au martyrologe romain à la date du 18 juillet ; on la trouve aussi dans d'autres calendriers au 16 et au 18 août.


Cathédrale Saint-Etienne de Metz. Lorraine.
 
* Dans son court pontificat de trois mois, le pape Séverin condamna l’Ecthèse, décret en faveur des monothélistes promulgué par Héraclius Ier, empereur romain d'Orient.
 
** Relevons que le pape Jean IV adressa au fils d'Héraclius, l'empereur btzantin Constantin III, une défense du Pape Honorius Ier, dans laquelle il condamnait la tentative de lier le nom d'Honorius avec le monothélisme. " Honorius, déclarait-il, en parlant d'une seule volonté en Jésus, avait comme seule intention d'affirmer qu'il n'y avait pas en lui deux volontés contraires."

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dimanche, 17 juillet 2016

17 juillet. Saint Alexis de Rome, confesseur et mendiant. 404.

- Saint Alexis de Rome, confesseur et mendiant. 404.

Pape : Saint Innocent Ier. Empereur romain d'Occident : Flavius Honorius. Empereur romain d'Orient : Flavius Arcadius.

" La croix sur laquelle le monde est crucifié, c'est la pauvreté d'esprit, elle a quatre bras, savoir : le mépris de la gloire, des richesses, de la patrie et de la famille."
Saint Bonaventure.

Saint Alexis de Rome.

Saint Alexis fut un rare modèle de mépris du monde. Fils unique d'un des plus illustres sénateurs de Rome nommé Euphémien, il reçut une éducation brillante et soignée.

L'exemple de ses parents apprit au jeune Alexis que le meilleur usage des richesses consistait à les partager avec les pauvres. Cédant aux désirs de sa famille, le jeune Alexis dut choisir une épouse. Mais le jour même de ses noces, se sentant pénétré du désir d'être uniquement à Dieu et de L'aimer sans partage, il résolut de s'enfuir secrètement, s'embarqua sur un vaisseau qui se dirigeait vers Laodicée, et gagna la ville d'Edesse.

Saint Alexis sous son escalier. Legenda aurea.
J. de Voragine. R. de Monbaston. XIVe.

Là, distribuant aux indigents tout ce qui lui restait d'argent, il se mit à mendier son pain. Il passait la plus grande partie de son temps à prier sous le portail du sanctuaire de Notre-Dame d'Edesse, devant une image de la Vierge. Après dix-sept années passées dans l'abjection et l'oubli le plus total, il plut à Marie de glorifier son serviteur par un éclatant miracle. Un jour, comme le trésorier de l'église passait sous le porche, l'image de Notre-Dame s'illumina d'une clarté soudaine. Frappé de ce merveilleux spectacle, le trésorier se prosterna devant la Madone. La Très Sainte Vierge lui montra Alexis et lui dit :
" Allez préparer à ce pauvre un logement convenable. Je ne puis souffrir qu'un de mes serviteurs aussi dévoué soit délaissé de la sorte."

La nouvelle de cette révélation se répandit aussitôt dans la ville. L'humilité du Saint s'alarma devant les témoignages de vénération dont il était devenu subitement l'objet. Il quitta donc la ville d'Edesse pour se rendre à Tarse, mais une tempête poussa l'embarquation sur les rivages d'Italie. L'Esprit-Saint lui inspira l'idée de retourner à Rome, sa ville natale, et de mendier une petite place dans la maison paternelle. A la requête de l'humble pèlerin, le sénateur Euphémien consentit à le laisser habiter sous l'escalier d'entrée de son palais, lui demandant, en reconnaissance de ce bienfait, de prier pour le retour de son fils disparu.

Saint Alexis vécut inconnu, pauvre et méprisé, à l'endroit même où il avait été entouré de tant d'estime et d'honneurs. Tous les jours, il voyait couler les larmes du vieux patricien, il entendait les soupirs d'une mère inconsolable et entrevoyait cette noble fiancée dont la beauté s'était empreinte d'une indicible tristesse. Malgré ce déchirant spectacle, saint Alexis eut le courage surhumain de garder son secret et de renouveler perpétuellement son sacrifice à Dieu.

Ce Saint, plus qu'admirable, demeura dix-sept nouvelles années dans le plus complet oubli, vivant caché sous les marches de cet escalier que tous gravissaient pour entrer dans une maison qui était la sienne, en sorte qu'il semblait foulé aux pieds de tous. Avec une humilité consommée, il subit sans jamais se plaindre, les odieux procédés et les persécutions des valets qui l'avaient servi autrefois avec tant de respect et d'égards. Saint Alexis passa donc trente-quatre ans dans une âpre et héroïque lutte contre lui-même. Ce temps écoulé, Dieu ordonna à Son serviteur d'écrire son nom et de rédiger l'histoire de sa vie. Alexis comprit qu'il allait mourir bientôt, et obéit promptement.


Saint Alexis mort chez ses parents.
Vie de saints. Maître de Fauvel. XIVe.

Le dimanche suivant, au moment où le pape Innocent Ier célébrait la messe dans la basilique St-Pierre de Rome, en présence de l'empereur Honorius, tout le peuple entendit une voix mystérieuse qui partait du sanctuaire :
" Cherchez l'homme de Dieu, dit la voix, il priera pour Rome, et le Seigneur lui sera propice. Du reste, il doit mourir vendredi prochain."

Durant cinq jours, tous les habitants de la ville s'épuisèrent en vaines recherches. Le vendredi suivant, dans la même basilique, la même voix se fit entendre de nouveau au peuple assemblé :
" Le Saint est dans la maison du sénateur Euphémien."
On y courut, et on trouva le pauvre pèlerin, qui venait de mourir. Quand le Pape eu fait donner lecture du parchemin que le mort tenait en sa main, ce ne fut de toutes parts, dans Rome, qu'un cri d'admiration. Innocent Ier ordonna d'exposer le corps de saint Alexis à la basilique St-Pierre, pendant sept jours. Ses funérailles eurent lieu au milieu d'un immense concours de peuple.


Funérailles de st Alexis. Vie de saints.
V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Son corps repose toujours dans l'église Saint-Boniface à Rome. La maison du sénateur Euphémien son père, sur le mont Aventin, fut transformée en église dédiée à saint Alexis. On y montre encore quelques degrés de l'escalier sous lequel notre saint passa les dernières années de sa vie.

PRIERE
 
" Homme de Dieu, c'est le nom que vous donna le ciel, Ô Alexis, celui sous lequel l'Orient vous distingue, et que Rome même a consacré par le choix de l'Epître accompagnant aujourd'hui  l'oblation du grand  Sacrifice (I Tim, VI, 11.) ; nous y voyons en effet l'Apôtre appliquer ce beau titre à son disciple Timothée, en lui recommandant les vertus que vous avez si éminemment pratiquées. Titre sublime, qui nous montre la noblesse des cieux à la portée des habitants de la terre ! Vous l'avez préféré aux plus beaux que le monde puisse offrir. Il vous les présentait avec le cortège de tous les bonheurs permis par Dieu à ceux qui se contentent de ne pas  l'offenser. Mais votre âme, plus grande que le  monde, dédaigna ses présents d'un jour. Au milieu de l'éclat des fêtes nuptiales, vous entendîtes ces harmonies qui dégoûtent de la terre, que, deux siècles plus tôt, la noble Cécile écoutait elle aussi dans un autre palais de la cité reine. Celui qui voilant sa divinité quitta les joies de la céleste Jérusalem et n'eut pas même où reposer sa tête (Matth. VIII, 20.) se révélait à votre cœur si pur (Ibid. V, 8.) ; et, en même temps que son amour, entraient en vous les sentiments qu'avait Jésus-Christ (Philip. II, 5.). Usant de la liberté qui vous restait encore d'opter entre la vie, parfaite et la consommation d'une union de ce monde, vous résolûtes de n'être plus qu'étranger et pèlerin sur la terre (Heb. XI, 13.), pour mériter de posséder dans la patrie l'éternelle Sagesse (Prov. IV, 7.).

Ô voies admirables ! Ô mystérieuse direction de cette Sagesse du Père pour tous ceux qu'a conquis son amour (Rom. XI, 33.) ! On vit la Reine des Anges applaudir à ce spectacle digne d'eux (I Cor. IV, 9.), et révéler aux hommes sous le ciel d'Orient le nom illustre que leur cachaient en vous les livrées de la sainte pauvreté. Ramené par une fuite nouvelle après dix-sept ans dans la patrie de votre naissance, vous sûtes y demeurer par la vaillance de votre foi comme dans une terre étrangère (Heb. XI. 9.). Sous cet escalier de la maison paternelle aujourd'hui l'objet d'une vénération attendrie, en butte aux avanies de vos propres esclaves, mendiant inconnu pour le père, la mère, l'épouse qui vous pleuraient toujours, vous attendîtes dix-sept autres années, sans vous trahir jamais, votre passage à la céleste et seule vraie patrie (Ibid. 16.). Aussi Dieu s'honora-t-il lui-même d'être appelé votre Dieu (Ibid.), lorsque, au moment de votre mort précieuse, une voix puissante retentit dans Rome, ordonnant à tous de chercher l'Homme de Dieu.
 

Escalier de saint Alexis. Eglise Saint-Alexis. Rome.
 
Souvenez-vous, Alexis, que la voix ajouta au sujet de cet Homme de Dieu qui était vous-même :
" Il priera pour Rome, et sera exaucé."
Priez donc pour l'illustre cité qui vous donna le jour, qui vous dut son salut sous le choc des barbares, et vous entoure maintenant de plus d'honneurs a coup sûr qu'elle n'eût fait, si vous vous étiez borné à continuer dans ses murs les traditions de vos nobles aïeux ; l'enfer se vante de l'avoir arrachée pour jamais à la puissance des successeurs de Pierre et d'Innocent : priez, et que le ciel vous exauce à nouveau contre les modernes successeurs d'Alaric. Puisse le peuple chrétien, à la lumière de vos actes sublimes, s'élever toujours plus au-dessus de la terre ; conduisez-nous sûrement par l'étroit sentier (Matth. VII, 14.) à la maison du Père qui est aux cieux."

Rq : Publiée en 1889 par Arthur Amiot, universitaire à l'Ecole pratique des hautes études, on peut consulter sur le lien suivant la légende syriaque de saint Alexis, l'homme de Dieu. Le manuscrit date du début du VIe siècle et est conservé à Londres et à Paris :
http://www.moinillon.net/public/PDF/Alexis-ss_syriaque.pdf

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mercredi, 13 juillet 2016

13 juillet. Saint Anaclet, pape et martyr. 96.

- Saint Anaclet, pape et martyr. 96.
 
Papes : Saint Clet (prédécesseur) ; saint Clément Ier (successeur). Empereurs romains : Domitien (96 +) ; Nerva.
 
" L'Eglise grandit d'ordinaire sous la faux des persécutions. Et plus on frappe le peuple saint et plus il augmente."
Cassiodor. sub psalm. LXXIX.
 

Saint Saintin, disciple de saint Denis, et saint Anaclet.
Vie de saint Denis. XVe siècle.

Le nom d'Anaclet nous apporte comme un dernier écho de la solennité du 29 juin. Lin, Clément, Clet, successeurs immédiats de Pierre, avaient reçu de lui la consécration des Pontifes ; Anaclet eut cette gloire moindre, et cependant inestimable, d'être fait prêtre par le vicaire de l'Homme-Dieu. Tandis que les autres Pontifes martyrs qui viendront après lui ne verront pas généralement s'élever leurs fêtes au delà du rite simple, il doit le degré relativement supérieur de la sienne au privilège qui nous montre ainsi en lui le dernier des Papes honorés de l'imposition des mains du prince des Apôtres. Ce fut aussi durant le pontificat d'Anaclet que la Ville éternelle vit porter au comble ses illustrations par l'arrivée du disciple bien-aimé dans ses murs, où il venait dégager la promesse qu'il avait faite au Seigneur de prendre part un jour à son calice (Matth. XX, 22.).

" Heureuse Eglise, s'écrie Tertullien, dans le sein de laquelle les Apôtres ont versé toute leur doctrine avec leur sang ; où Pierre a imité la Passion du Seigneur par la croix, où Paul a reçu comme Jean-Baptiste la couronne parle glaive, d'où Jean l'apôtre, sorti sain et sauf de l'huile bouillante, a été relégué dans une île." (De praescript. XXXVI.).

Par la vertu toute-puissante de l'Esprit de la Pentecôte, les progrès de la foi répondent dans Rome aux largesses du Seigneur. Peu à peu la Babylone ivre du sang des martyrs (Apoc. XVII, 6.) va se trouver supplantée par la cité sainte. Déjà toutes les classes de la société comptent leurs représentants dans ce peuple né d'hier, qui a les promesses de l'avenir. Près de la chaudière embrasée où le prophète de Pathmos fait hommage du tribut de sa glorieuse confession à la nouvelle Jérusalem, deux consuls, deux représentants à la fois de l'ancien patriciat et de la noblesse plus récente issue des césars, Acilius Glabrio et Flavius Clemens se donnent la main sous le glaive du martyre.

A l'exemple d'Anaclet ornant lui-même le tombeau du prince des Apôtres et pourvoyant à la sépulture des Pontifes, d'illustres familles ouvrent et développent sur toutes les voies aboutissant à la ville impériale les galeries des cimetières souterrains ; là déjà reposent nombreux les athlètes du Christ, victorieux dans leur sang ; et près d'eux, accompagnés de l'ancre du salut, dorment dans la paix les plus beaux noms de la terre.


Gravure. Jacques Callot. XVIIe.

Saint Anaclet, grec de nation, était originaire de la fameuse ville d'Athènes. Les bonnes qualités de cet adolescent frappèrent vivement saint Pierre qui le convertit lorsqu'il prêcha à Athènes. Charmé de sa piété exemplaire, de son zèle pour la religion, de l'intégrité de ses moeurs et des rares talents dont le Seigneur l'avait doué, le vicaire du Christ admit Anaclet dans le clergé, le reçut diacre, et lui conféra la dignité sacerdotale.

Revêtu de ce caractère sacré, saint Anaclet servit généreusement saint Pierre dans les fonctions de son apostolat et devint le compagnon inséparable de ses travaux et de ses voyages. Ange par la pureté de sa vie et par son zèle indéfectible au service de Dieu, Anaclet devint vite un des plus saints ministres de l'Église naissante.

Après que saint Pierre eut couronné son apostolat par un glorieux martyre, son fidèle disciple Anaclet se dévoua sous le pontificat de saint Lin et de saint Clet, avec le même empressement et le même succès. Il coopéra pour une large part aux merveilleux progrès que connut l'Eglise de Rome en ces temps si difficiles. L'excellence et la sainteté d'Anaclet devenait de jour en jour plus manifeste aux yeux de tous, lorsqu'en l'an 83, sous l'empire de Domitien, les voix des fidèles se réunirent à l'unanimité pour l'élire au souverain pontificat. Son élévation sur le trône de saint Pierre causa une joie universelle dans la chrétienté.

Dans ces premiers jours de l'Eglise, tout était à craindre : la puissance, la cruauté et la multitude des ennemis du Sauveur, la fureur des païens, la rage des Poldèves, la timidité et le relâchement des fidèles. Durant la troisième persécution que Trajan excita contre l'Eglise en l'an 107, saint Anaclet constata avec douleur les ravages causés dans le troupeau de Jésus-Christ. Quoique Trajan n'avait porté aucune loi officielle contre les chrétiens, une guerre sournoise d'extermination sévissait contre les fidèles et surtout les évêques. Le sang des martyrs coulait avec abondance dans l'Orient et dans l'Occident.

Au sein de la tourmente, Anaclet encourageait les uns et confondait les autres. Comme la violence de la persécution augmentait de jour en jour, ce pasteur vigilant n'oublia rien pour animer les fidèles à témoigner de leur foi en Jésus-Christ. Il publia de belles ordonnances pour retenir ses ouailles dans leur devoir. Il regardait comme chrétiens à demi vaincus ceux qui ne recevaient que rarement la divine Eucharistie.

Pour donner quelque marque de sa dévotion et de sa reconnaissance au prince des apôtres auquel il était redevable de sa conversion, saint Anaclet fit bâtir et orner une église à son sépulcre. Par une providence toute particulière, elle se conserva intacte au milieu des persécutions.

Ce digne représentant de Jésus-Christ sut conserver intact le dépôt sacré de la foi. Il travailla avec succès à établir la discipline de l'Eglise, conserva le bon règlement dans les affaires temporelles de l'Eglise et s'opposa aux désordres qui s'y étaient glissés. Ce saint pape ne pouvait échapper longtemps aux recherches du tyran qui envoyait chaque jour une multitude de condamnés au martyre. L'année précédent sa mort, en prévision du sort qui l'attendait, saint Anaclet conféra l'ordination épiscopale au prêtre Evariste qui devait lui succéder dans la charge du souverain pontificat. Après avoir gouverné l'Eglise neuf ans, trois mois et dix jours, saint Anaclet remporta la palme du martyre et fut enseveli au Vatican.

PRIERE

" Glorieux Pontife, votre mémoire se rattache de si près à celle de Pierre, qu'aux yeux de plusieurs vous seriez, sous un nom un peu différent, l'un des trois augustes personnages élevés par le prince des Apôtres au rang suprême de la hiérarchie. Pour vous distinguer de Clétus, qui parut en avril au Cycle sacré, il nous suffit pourtant et de cette autorité de la sainte Liturgie vous consacrant une fête spéciale, et du témoignage constant de Rome même qui sait mieux que personne à coup sûr les noms et l'histoire de ses Pontifes. Heureux êtes-vous de vous perdre ainsi dans les fondations sur lesquelles reposent jusqu'à nos temps et pour jamais la force et la beauté de l'Eglise ! Faites-nous aimer la place qui est nôtre dans l'édifice sacré. Recevez l'hommage reconnaissant de toutes les pierres vivantes appelées à composer le temple éternel, et qui s'appuieront sur vous dans les siècles sans fin."
 
Rq : Une querelle, somme toute récente puisqu'elle naquit à la fin du XVIIIe siècle, opposa longtemps la tradition de l'Eglise, qui a toujours distingué saint Clet de son successeur saint Anaclet, à un petit parti de modernes (reprenant souvent, consciemment ou non, des forgeries d'auteurs calvinistes) qui soutint - et soutient toujours au mépris de la science historique et de ses nombreuses réfutations - qu'ils ne faisaient qu'un seul et même personnage.
 
Il semble plus sage d'incliner, avec dom Guéranger, mais aussi et entre autres Rohrbacher et les Petits Bollandistes pour la distinction de Clet d'avec Anaclet :
- " Pour vous distinguer de Clétus, qui parut en avril au Cycle sacré, il nous suffit pourtant et de cette autorité de la sainte Liturgie vous consacrant une fête spéciale, et du témoignage constant de Rome même qui sait mieux que personne à coup sûr les noms et l'histoire de ses Pontifes."
L'année Litugique. Dom Prosper Guéranger. Notice de saint Anaclet.

- " Vespasien régnait encore lorsque saint Clet succéda à saint Clément..."
Histoire universelle de l'Eglise. Rohrbacher. T. II, p. 339.

- " Cependant, les évêques se succédaient dans les grands sièges. Anaclet avait succédé à Rome à saint Clet, dans les premières années de Domitien."
Histoire universelle de l'Eglise. Rohrbacher. T. II, p. 341.

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mardi, 05 juillet 2016

5 juillet. Saint Antoine-Marie Zaccaria, prêtre, fondateur de la congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites. 1539.

- Saint Antoine-Marie Zaccaria, prêtre, fondateur de la congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites. 1539.
 
Pape : Paul III. Roi de France : François Ier. Archiduc d'Autriche : Ferdinand Ier.
 
" L'aumône est en quelque sorte un nouveau bain de salut pour les âmes ; tellement que si, après le baptême, un chrétien vient à pécher, il peut encore se purifier par l'aumône."
Saint Ambroise.
 

Après Gaétan de Thienne, avant Ignace de Loyola, Antoine-Marie mérita d'être le père d'une de ces familles religieuses qui furent appelées en si grand nombre, au XVIe siècle, à réparer les ruines de la maison de Dieu. La Lombardie, épuisée, démoralisée par les guerres dont la possession du duché de Milan avait été l'enjeu, se reprit à croire, à espérer, à aimer, au spectacle des héroïques vertus de Zaccaria ; elle écouta ses prédications enflammées qui l'appelaient à la pénitence, à la méditation de la Passion du Sauveur, au culte plus assidu, à l'adoration plus solennelle de la très sainte Eucharistie. Ainsi fut-il en toute vérité le précurseur de saint Charles Borromée qui, dans la réforme du clergé, du peuple, des monastères du Milanais, n'eut pas d'auxiliaires plus précieux que ses fils et ses filles, les Clercs réguliers et les Angéliques de Saint-Paul.


L'oratoire de l’éternelle Sagesse avait vu, à Milan, les débuts de la Congrégation nouvelle ; l'église Saint-Barnabé, où elle s'établit peu après la mort de Zaccaria et qui garde aujourd'hui son corps, fit donner le nom de Barnabites à ces autres disciples du Docteur des nations. Ils devaient par la suite se répandre, non seulement dans toute l'Italie, mais en France, en Autriche, en Suède, et jusqu'en Chine et en Birmanie, s'adonnant aux missions, à l'enseignement de la jeunesse, à toutes les œuvres qui intéressent le culte divin et la sanctification des âmes. Quant au saint fondateur, dès l'année 1539, aux premières Vêpres de l'Octave des Apôtres, il s'envolait au ciel à trente-six ans, de la maison même où il était né, des bras de la pieuse mère qui l'avait élevé pour Dieu et qui le rejoignait peu après.

Lorsque parurent au siècle suivant les célèbres décrets d'Urbain VIII, il manquait cinq années à la prescription centenaire qui eût permis de considérer comme acquis le culte rendu au bienheureux dès après sa mort; et comme, d'autre part, les témoins requis dans ces mêmes décrets pour la canonisation régulière des serviteurs de Dieu avaient disparu, la cause demeura en suspens : ce fut le Souverain Pontife Léon XIII qui, de nos jours, ayant d'abord, en 1890, réintégré le culte d'Antoine-Marie, l'inscrivit solennellement, quelques années plus tard, au nombre des Saints et étendit sa fête à toute l'Eglise.


Saint Antoine-Marie Zaccaria naquit à Crémone, en Italie, d'une famille d'opulents patriciens. Son père, enlevé par une mort soudaine alors qu'Antoine-Marie était encore au berceau, laissa sa mère veuve à l'âge de dix-huit ans. Elle se consacra tout entière à l'éducation de son fils. Chrétienne fervente, elle s'appliquait surtout à former le petit Antoine-Marie à la vertu. A son école, il apprit vite à soulager les pauvres avec une grande compassion. Cet enfant au bon coeur allait jusqu'à se priver volontairement de nourriture pour pouvoir nourrir et vêtir les indigents. Sa sincère charité lui attira d'abondantes bénédictions et des grâces de choix.

Formé aux belles-lettres dans sa ville natale, il étudia à Pavie la philosophie, à Padoue la médecine, ne l'emportant pas moins sur ses compagnons par la pénétration de l'intelligence qu'il l'emportait sur tous par l'intégrité de la vie. Rentré docteur en sa patrie, Dieu lui fit comprendre que sa vocation était moins de soigner les corps que de guérir les âmes ; il s'adonna donc à l'acquisition des sciences sacrées, ne cessant pas cependant de visiter les malades, d'enseigner aux enfants la doctrine chrétienne, aux jeunes gens réunis par ses soins la piété, souvent même aux personnes plus âgées l'amendement de leurs mœurs. Pour se préparer à l'apostolat des âmes, il se mit à étudier avec ardeur la théologie, les écrits des Pères de l'Église. Il reçut l'ordination sacerdotale à l'âge de vint-six ans, en 1528. Ordonné prêtre, on raconte que lorsqu'il célébra sa première Messe, il apparut, à la grande admiration du peuple, entouré d'une troupe d'Anges dans une lumière céleste.


Saint Antoine-Marie Zaccaria enseignant des enfants.
Gravure du XIXe.

Depuis lors, la poursuite du salut des âmes, la lutte contre les vices eurent toutes ses pensées. Objets aussi de ses sollicitudes paternelles, les étrangers, les indigents, les affligés affluaient à sa maison, devenue un asile de malheureux que réconfortait sa parole compatissante et qu'aidaient ses aumônes ; aussi mérita-t-il de ses concitoyens les noms d'ange et de père de la patrie.

Pendant ses études, il ne perdit jamais de vues sa propre sanctification ni celle de son prochain. Il visitait les malades dans les hôpitaux, rassemblait les petits enfants abandonnés et leur enseignait le catéchisme.


Devenu prêtre, il oeuvra à Crémone où sa parole simple et persuasive ramena beaucoup de chrétiens à la pratique de leurs devoirs.
" Allons voir l'ange de Dieu !" disaient ses compatriotes.
Bien qu'il passa des heures au confessionnal, il ne suffisait pas à la tâche. C'est alors que saint Antoine-Marie Zaccaria songea à réunir autour de lui un certain nombre de prêtres zélés, qui tout en s'appliquant à se sanctifier eux-mêmes, travailleraient en plus à la sanctification de leurs frères en combattant l'ignorance, la paresse et la corruption du siècle.

A Milan, faisant réflexion qu'il serait possible de produire plus de fruits de salut s'il s'associait des compagnons qui travailleraient comme lui à la vigne du Seigneur, il communiqua cette pensée à Barthélémy Ferrari et Jacques Morigia, très nobles et très saints personnages, et jeta les fondements d'une société de Clercs réguliers, à laquelle son amour pour l'Apôtre des nations lui fit donner le nom de saint Paul. Approuvée par le Souverain Pontife Clément VII et confirmée par Paul III, elle se répandit bientôt en beaucoup de contrées.


Saint Antoine-Marie Zaccaria disant sa première messe.
L'assistance put voir une foule d'anges environnant notre Saint.
Anonyme. Eglise Saint-Sébastien. Livourne. XVIIIe.

La société des religieuses dites Angéliques eut aussi Antoine-Marie pour auteur et pour père. Lui cependant avait si bas sentiment de lui-même, qu'on ne put aucunement l'amener à prendre le gouvernement de son Ordre. Si grande était sa patience, que les plus redoutables tempêtes soulevées contre les siens ne troublaient point son calme ; si grande sa charité, qu'il ne cessa jamais d'enflammer par ses pieuses exhortations les religieux à l'amour de Dieu, de rappeler les prêtres à la manière de vie des Apôtres, de porter au bien les pères de famille qu'il associait en confréries. Parfois même, portant la Croix avec les siens par les rues et les places publiques, il ramenait les âmes dévoyées dans la voie du salut par l'ardeur et la force de ses discours.

Ces prêtres menaient une vie pauvre et frugale, prêchant surtout par l'exemple.
" C'est le propre des grands coeurs, leur disait le Saint, de vouloir servir sans récompense, combattre sans ravitaillement assuré."
Le pape leur permit de constituer une nouvelle congrégation sous le nom de : Clercs réguliers de St-Paul. On leur confia l'église St-Barnabé à Milan, d'où leur vint le nom de Barnabites.

Devant ce renouveau chrétien, les médiocres traitèrent les fervents de fanatiques et de superstitieux. Saint Antoine-Marie Zaccaria fut critiqué, moqué, décrié, mais un grande paix et sérénité ne cessait d'envelopper son âme.

Le zélé fondateur institua encore des Conférences spirituelles pour les prêtres. Les personnes mariées eurent une Congrégation spéciale où elles s'exercèrent aux bonnes oeuvres corporelles et spirituelles de Miséricorde. Il fonda en outre un Ordre de religieuses, dites les " Angéliques de Saint-Paul " pour l'instruction des jeunes filles pauvres et l'entretien des linges des églises.


La dévotion à la Sainte Eucharistie fut son moyen de choix pour conquérir les coeurs à Dieu. Saint Antoine-Marie Zaccaria fut le premier, en 1534, qui exposa sans voiles la sainte Hostie à l'adoration des fidèles durant quarante heures, en souvenir du temps que le Seigneur demeura au tombeau ; on sait comment le pieux usage passa de Milan dans l'Eglise entière, et nous avons dit ailleurs l'application spéciale qui en fut faite à la sanctification des trois jours qui précèdent le Carême.

On doit aussi savoir que ce fut lui qui, dans son brûlant amour de Jésus crucifié, établit l'usage de sonner la cloche chaque vendredi, à trois heures, pour rappeler à tous le mystère de la Croix. Sans cesse, dans ses écrits, comme sur ses lèvres, se retrouvait le très saint nom de Jésus-Christ dont ce vrai disciple de Paul portait les souffrances en son corps. L'ardeur dont il brûlait pour la sainte Eucharistie en fit l'apôtre du retour à la pratique de la communion fréquente, et on lui attribue l'introduction de l'adoration publique des Quarante Heures.

Telles étaient les délicatesses de sa pureté, qu'elles semblèrent, pour s'affirmer encore, rendre vie à son corps inanimé. Extases, don des larmes, connaissance de l'avenir et du secret des cœurs, puissance contre l'ennemi du genre humain, étaient venus de la part du ciel relever ses vertus.

Mais les grands travaux qu'il entreprenait partout l'avaient épuisé ; à Guastalla, où on l'avait appelé comme médiateur de paix, il fut pris d'une maladie grave. On le transporta à Crémone, où, réconforté par une céleste apparition des Apôtres et en particulier de saint Paul et prophétisant les développements que sa Congrégation devait prendre, il mourut saintement, au milieu des larmes de ses disciples, entre les bras de sa pieuse mère à laquelle il prédit qu'elle ne tarderait pas à le suivre ; c'était le trois des nones de juillet de l'année 1539 ; il avait seulement trente-six ans.

Le culte public rendu aussitôt à un si grand personnage, pour sa sainteté et ses nombreux miracles, fut approuvé et confirmé par le Souverain Pontife Léon XIII qui, en l'année 1897, au jour de l'Ascension du Seigneur, l'inscrivit solennellement aux fastes des Saints.


Miracle obtenu par l'intercession de saint Antoine-Marie Zaccaria.
Gravure du XIXe.
 
PRIERE
 
" En cette Octave des saints Apôtres, vous nous apparaissez, Ô bienheureux, comme une pierre de grand prix rehaussant leur couronne. De la place d'honneur où mcoite ainsi vers vous l'hommage de l'Eglise, daignez bénir ceux qui comme vous poursuivent ici-bas l'œuvre apostolique, sans retour sur eux-mêmes, sans espoir qu'en Dieu, sans se lasser des perpétuels recommencements qu'imposent aux ouvriers du salut la sape et la mine de l'enfer.

De notre temps comme de vos jours, les démolisseurs applaudissent au renversement prochain de la maison de Dieu ; et tout semble, maintenant comme alors, justifier leur funeste espérance. De notre temps comme de vos jours cependant, l'enseignement des Apôtres, soutenu de l'exemple et de la prière des Saints, suffit à sauver la terre. Si plus que jamais le monde ne voit que folie dans la Croix et ceux qui la prêchent, plus que jamais elle demeure seule pourtant la vertu de Dieu (I Cor. I, 18.).
Derechef s'accomplit sous nos yeux l'oracle qui dit :
" Je perdrai la sagesse des sages, je condamnerai la prudence des prudents." (Ibid. 19.).
 

Autre miracle obtenu par l'intercession de
saint Antoine-Marie Zaccaria. Gravure du XIXe.

Où sont à cette heure, en effet, les sages ? Où sont les doctes et les habiles (Ibid. 20.) qui se promettaient d'adapter aux exigences de temps nouveaux la parole du salut ?
" La première condition du triomphe qui ne manque jamais, dit l'Apôtre, aux fidèles du Christ Jésus (II Cor. II, 14.), est de n'altérer point le Verbe de Dieu, de l'annoncer sous l'œil de Dieu tel que Dieu nous le donne (Ibid. 17.), ne prétendant point le rendre acceptable pour ceux qui s'obstinent à périr (Ibid. 15, 16.)."

Disciple de Paul et son imitateur fidèle, ce fut la science du Christ apprise à son école qui, de médecin des corps, vous fit sauveur d'âmes ; ce fut l'amour, supérieur à toute science (Eph. III, 19.), qui jusque par delà le tombeau rendit féconde votre vie si courte et pourtant si remplie. Puisse Dieu, comme le demande par votre intercession l'Eglise (Collecte de la fête.), susciter au milieu de nous cet esprit réparateur et sauveur ; puissent, les premiers, vos fils et vos filles, rangés sous la bannière apostolique, faire honneur toujours au grand nom du Docteur des nations."

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