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jeudi, 23 juin 2016

23 juin. Sainte Audrey ou Edeltrude ou encore Etheldrède, reine, vierge et abbesse d'Ely. 679.

- Sainte Audrey ou Edeltrude ou encore Etheldred, reine, vierge et abbesse d'Ely. 679.
 
Pape : Saint Agathon. Roi d'Est-Anglie : Ealdwulf. Roi de Northumbrie : Egfrid.
 
" A présent, Etheldred brille sur nos jours,
Répandant la lumière de la grâce sur toutes nos routes.
Née d'une noble et royale lignée,
Elle apporte du Christ son Roi une meilleure vie."
Bède le vénérable.
" Ô homme, quels fruits attends-tu dans un monde dont le fruit est la ruine, dont la fin est la mort ?"
Saint Bernard. Lib. Med, c. 17.
 

Pour ses amis et sa famille, cette autrefois célèbre sainte femme Anglo-Saxone était Etheldred. Son nom en Vieil Anglais était " Aethelthryth ", signifiant " noble force ", qui prendra la forme par la suite d'Etheldred puis d'Audrey. Baptisée par saint Félix, l'Apôtre de l'Est-Anglie, c'est aussi lui qui l'instruira dans la Foi. Pour le pauvre peulple, elle était Audrey ou Audry, et le terme " clinquant " vint à l'origine des colliers bon marchés vendus lors des fêtes de sainte Audrey et qui qu'on croyait à même de guérir les maladies du cou et de la gorge. Ceci parce qu'Etheldred avait eu à souffrir d'un cancer du cou, qu'elle attribua à une punition divine pour avoir eu un jour la vanité de porter un riche collier. Elle eut une énorme tumeur à son cou quand elle mourrut, mais selon saint Bède, quand sa soeur sainte Sexburge fit ouvrir sa tombe, on trouva son corps incorrompu et la tumeur avait guéri.

Etheldred était une femme de noble naissance, fille du roi Anna d'Est Anglie, et soeur des saints Sexburge, Ethelburge, Erconwald, et Withburge. Elle naquit à une époque où les religieux étaient incompris dans leur désir d'une conversion complète de leurs vies pour Dieu. Pour Etheldred, la prière, la Sainte Communion et les oeuvres de miséricorde étaient des parties essentielles de sa Foi en Jésus-Christ. Depuis sa jeunesse, elle s'était dévouée à la piété, la pûreté et l'humilité. Bien qu'elle sembla destinée à la vie du cloître, à deux reprises, sainte Etheldred sera mariée et libérée de ces liens non-souhaités.


Bannière de procession de sainte Audrey.
Cathédrale d'Ely. Angleterre. XVIIIe.

A l'âge de 14 ans, Etheldred fut mariée à Tonbert. Parfois certains saints avaient à fuir un mariage quand ils se sentaient voués à la vie religieuse, mais Etheldred fit confiance à Dieu. Elle accepta calmement le mariage, et trouva que Tonbert était aussi dévot qu'elle, et fut heureux qu'ils puissent vivre dans la continence. Après 3 (ou 5) années ensemble, Tonbert mourrut.

Durant un certain temps, elle profita d'une vie solitaire sur l'île d'Ely, qui avait été une partie de sa dot, mais par raison d'Etat, elle fut à nouveau mariée. Son second mari, Egfrid, fils du roi Oswy de Northumbrie, était encore enfant à l'époque. Etheldred, bien qu'étant elle-même encore jeune, le traitta comme son fils ou frère, plutôt que comme un époux. Elle lui enseigna le catéchisme et dirigea sa croissance spirituelle, essayant clairement de le préparer à accepter un mariage de continence.


Détail d'une fresque. Cathédrale d'Ely. Angleterre. XVIe.

Mais après 12 ans de relations, Egfrid, devenu adulte, tenta d'en faire sa femme dans les faits autant que dans le nom. Ceci alarma Etheldred, qui chercha alors le conseil de l'archévêque saint Wilfrid d'York. Il la libéra de son mariage et lui conseilla de se retirer dans l'abbaye Bénédictine de Coldingham. Enfin, elle pouvait accomplir les désirs de son coeur. Elle prit le voile à Coldingham sous sainte Ebba.

Au début, Egfrid tenta de persuader Wilfrid d'ordonner à sa femme de revenir auprès de lui, mais sans succès. En 672, elle fonda le double monastère, où se trouve à présent la cathédrale d'Ely, et elle le gouverna comme abbesse. Egfrid envoya des hommes d'armes à Ely pour tenter de la forcer à revenir, mais l'expédition fut sans succès.


Scènes de la vie de sainte Audrey. Robart Pigott. XVIe.

Après avoir fondé Ely, Etheldred cessa de porter des fins vêtements de lin et ne porta plus que des vêtements de laine. Sauf à Pâques, Pentecôte et Epiphanie, elle ne se lavait que dans l'eau froide. A moins d'être malade ou aux grandes fêtes d'Eglise, sinon elle se contentait d'un repas par jour. Elle priait pour ceux ne pouvant plus prier, et veillait souvent à l'église de minuit jusqu'à l'aube. Sept ans après la fondation de l'abbaye d'Ely, elle mourrut de la peste.

Saint Bède écrivit une longue hymne à la louange d'Etheldred qui, à voir le nombre d'églises et de calendriers comportant son nom, dû avoir été la plus vénérée de toutes les saintes femmes Anglo-Saxonnes. Ceci est en partie dû aux innombrables miracles qui résultèrent de son intercession, qui fit d'Ely un important lieu de pélerinage (Attwater, Bénédictins, Bentley, Encyclopaedia).


Scènes de la vie de sainte Audrey. Robart Pigott. XVIe.

Dans l'art, sainte Etheldred est couronnée, tenant une crosse, un livre, et un bâton bourgeonnant. Elle peut parfois être représentée :
- assoupie sous un arbre en fleurs ;
- avec un livre et un lys ;
- avec une fontaine jaillissant à ses pieds ;
- avec le démon qui la fuit.

Cathédrale de la Très Sainte et Indivisible Trinité.
Ely. Est-Anglie. Royaume d'Angleterre.

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lundi, 13 juin 2016

13 juin. Saint Antoine de Padoue, Apôtre et thaumaturge. 1231.

- Saint Antoine de Padoue, apôtre et thaumaturge. 1231.

Papes : Célestin III ; Grégoire IX. Rois de Portugal : Sanche Ier ; Sanche II.

" Si par les mérites de saint Antoine on retrouve, quand on les a perdues, les choses qui regardent la fortune matérielle, à combien plus forte raison ne retrouvera-t-on point par son intervention celles qui regardent le salut !"


Statue de saint Antoine de Padoue.
Eglise Saint-Cyr et Sainte-Juliette de Cahors.

Soulignons encore ce que dit le commentateur. Si l'on invoque à juste titre ce très grand saint pour retrouver ce que l'on a pu perdre et se réjouir des innombrables prières exaucées par sa puissante intercession, il faut pas perdre de vue que notre saint fut exceptionnel dans un nombre exceptionnel de vertus et de registres. Il prêcha, gouverna, lutta contre les hérétiques (albigeois) et les Juifs, se dévoua aux pauvres " ses maîtres ", eut pour Notre Dame une dévotion toute divine. C'est une injustice de " réduire " saint Antoine de Padoue à une piété certes honorable mais qui négligerait l'amplitude et de sa sainteté et de son intercession.

Saint Antoine de Padoue naquit en 1195, à Lisbonne, le jour de l'Assomption. Ferdinando de Bulhõnes (Bouillon) naquit dans une famille illustre et militaire. Son père était Martin de Bouillon d'une branche de la famille de Godefroy, premier Avoué du Saint-Sépulcre (roi de Jérusalem), et sa mère était Marie-Thérèse de Tavera, descente de Fruela, roi des Asturies au VIIIe siècle. Les Tavera donnèrent entre autres Dicadus de Tavera, archevêque de Séville et Jean de Tavera, cardinal-archévêque de Tolède.


Saint Antoine de Padoue. Cosme Tura. XVe siècle.

Les fonds sur lesquels le petit Ferdinand furent baptisés existent toujours dans l'église Notre-Dame de Lisbonne. Ses parents étaient d'une grande piété et ils prirent un soin remarquable de leur enfant qu'ils élevèrent dans la piété, la crainte de Dieu et dans la science. Sa vertueuse mère, par dévotion, l'avait offert au Seigneur à sa naissance. Non seulement notre saint répondait aux attentes religieuse de ses parents mais encore était-il aussi brillant que travailleur.

Il suivit des études brillantes chez les chanoines Réguliers de saint Augustin à Saint-Vincent de Fora puis au monastère de Sainte-Croix de Coimbra, un important centre d'études et de vie religieuse, où il fut ordonné prêtre.

En 1220, les restes d'un groupe de Franciscains martyrs furent ramenés du Maroc. Cet événement le conduisit à joindre l'ordre de François d'Assise, où il reçut le prénom Antoine. Il partit en mission, à sa demande, au Maroc mais dut être rapatrié en Europe dès 1221 pour des problèmes de santé. Son bateau fut dévié par les vents sur la côte de Sicile où il rencontra les frères de Messine et se rendit avec eux au Chapitre général en 1221, et passa ensuite près d'un an en retraite au couvent de Montepaolo, pratiquement isolé du reste de la communauté.


Saint Antoine de Padoue guérissant un malade.
Sébastiano Ricci. XVIIe siècle.

En 1222, lors de l'ordination de plusieurs franciscains, il dut prendre la parole et montra un grand talent d'orateur et d'érudit. Saint François d'Assise l'envoya alors prêcher en Italie et en France. Il prêcha et enseigna la théologie en Italie, notamment à Bologne, puis alla s'établir dans le sud de la France entre autre à Toulouse et Montpellier. Antoine connaissait très bien la théologie et ses prédications rencontrèrent un succès important, favorisant la conversion de nombreux hérétiques. Il fonda un monastère à Brive, où il fit de nombreuses conversions.
Il fut d'ailleurs, comme saint Vincent Ferrier et Torquemada, surnommé le marteau des hérétiques.

En 1226, il fut custode de Limoges et en 1227, après la mort de François d'Assise, puis élu Provincial d'Italie du nord, tout en continuant ses prêches et ses controverses avec les Albigeois. En 1230, au chapitre, il renonca à sa charge de ministre provincial et fut envoyé à Rome où il fut conseiller de Grégoire IX dans le problème de la validité du Testament de François d'Assise.

Placé à la cuisine d'un couvent, il fut un jour appelé par son supérieur pour prêcher, sans préparation, à la communauté. Il commença simplement ; mais bientôt il s'éleva à une telle hauteur de doctrine et d'éloquence, qu'il émerveilla toute l'assemblée. L'Esprit-Saint, qui transforma les Apôtres, avait rempli l'humble Antoine. Dès lors il occupe les grandes charges de l'Ordre, il évangélise les villes et les campagnes, enseigne dans les universités de Montpellier, de Toulouse, de Bologne et de Padoue. Par ses prédications accompagnées de prodiges, il mérite le surnom de Marteau des hérétiques. Parmi les innombrables miracles de ce grand Thaumaturge, remarquons ceux qui suivent.


Saint Antoine de Padoue et Notre Seigneur. Zurbaran. XVIIe siècle.

Son père avait été injustement condamné à mort, à Lisbonne, pour un meurtre qu'il n'avait pas commis. L'esprit de Dieu transporta Antoine en son pays natal ; il alla tirer le mort de sa tombe et lui fit proclamer l'innocence de l'accusé. A la même heure, Antoine, de retour à Padoue, se rendait à l'office où la cloche appelait les religieux.

Une autre fois, prêchant sur le bord de la mer, il vit venir une multitude de poissons pour l'entendre, et donner une leçon aux hérétiques qui se bouchaient les oreilles ; ils ne partirent qu'après s'être inclinés sous sa bénédiction.

Saint Antoine est célèbre aussi par l'apparition de l'Enfant Jésus, qui vint un jour Se mettre entre ses bras.

En 1231, il fut envoyé à Padoue où il poursuivit ses prêches durant le Carême mais il mourut d'épuisement le 13 juin suivant à Arcelle, près de Padoue.

DEUX SERMONS DE SAINT ANTOINE DE PADOUE

1. Sermon pour l'Annonciation de la Vierge Marie :

Comme le soleil resplendissant sur le Temple du Très-Haut

Le soleil possède trois propriétés : la splendeur, la blancheur et la chaleur. Ces trois propriétés répondent aux trois paroles de l'Ange : Ave, pleine de grâce ; Ne crains pas ; L'Esprit Saint surviendra sur toi.

- La splendeur

« Ave, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre toutes les femmes ».
Voilà la splendeur du soleil, voilà les vertus dont elle a brillé.
- Elle eut la tempérance, la modestie dans les paroles, l'humilité dans le coeur.
- Elle fut prudente lorsque, troublée, elle se tut, comprit ce qu'on lui avait dit, répondit à ce qui lui fut proposé.
- Elle fut juste lorsqu'elle donna a chacun son dû.
- Elle fut forte dans ses fiançailles, lors de la circoncision de son Fils et de la purification légale.
- Elle fut compatissante envers les affligés, lorsqu'elle dit : « Ils n'ont plus de vin » (Johan. II, 3.).
- Elle fut en communion avec les saints lorsqu'elle était assidue dans la prière, au cénacle, avec les apôtres et quelques femmes (Act. I, 14.).

- La blancheur

" Voici que tu concevras et tu enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus."
Voici la blancheur du soleil.
Comment aurait-elle pu concevoir la lumière éternelle et le miroir sans tache, si elle n'avait été elle-même toute blanche ?
De cette blancheur, son Fils dit dans le Cantique : " Ton ventre est une masse d'ivoire, couverte de saphirs " (Ct. V, 14.). L'ivoire, blanc et froid, désigne la double pureté de l'esprit et du corps. La pierre du saphir, de couleur céleste, désigne la contemplation.

Le ventre de la Vierge Marie fut d'ivoire et couvert de saphirs parce qu'elle avait la blancheur de la virginité dans son corps et la beauté de la contemplation dans son âme.

- La chaleur

Le Saint-Esprit surviendra sur vous. Voici la chaleur.
La chaleur est l'aliment et la nourriture de tous les vivants ; lorsqu'elle manque, c'est la chute et la mort.
La chaleur est la grâce du Saint-Esprit. Si elle se retire du coeur de l'homme, la sève de la componction vient à manquer et l'âme malheureuse tombe dans la mort du péché. Mais si la chaleur revient, si le Saint-Esprit survient, Marie conçoit et enfante le fruit béni qui ôte toute malédiction.

Comme l'arc-en-ciel brillant dans un nuage de gloire

L'arc-en-ciel se forme lorsque le soleil entre dans un nuage.
Il a quatre couleurs : fuligineux, azur, doré et de feu. Ainsi, lorsque le soleil de justice, le Fils de Dieu, est entré dans la glorieuse Vierge, elle est devenue comme un arc-en-ciel brillant, un signe d'alliance, de paix et de réconciliation, entre " nuages de gloire " c'est-à-dire entre Dieu et le pécheur.
Remarquez encore que la couleur fuligineuse de l'arc désigne la pauvreté de Marie ; l'azur, son humilité ; le doré, sa charité ; le feu, dont la flamme ne peut ni être partagée ni endommagée par l'épée, sa virginité intacte.

Venez donc, ô Notre Dame, unique espérance !
Eclairez, nous vous en supplions, notre esprit par la splendeur de votre grâce, purifiez-le par la candeur de votre pureté, réchauffez-le par la chaleur de votre présence.
Réconciliez-nous tous avec votre Fils, afin que nous puissions parvenir à la splendeur de Sa gloire.
Que nous l'accorde Celui qui, aujourd'hui, à l'annonce de l'ange, a voulu prendre de vous Sa chair glorieuse et rester enfermé pendant neuf mois dans votre sein.
A Lui, honneur et gloire pour les siècles éternels ! Amen !


Comme la rose au printemps

L'enfantement de Marie est comparé à la rose et au lis. De même que ces fleurs, tout en répandant un parfum très agréable, ne se détériorent jamais, Marie a gardé intacte sa virginité lorsqu'elle a donné le jour au Fils de Dieu.

« Comme la rose au printemps ».
Le printemps (en latin ver) est ainsi appelé parce il verdoie. Au printemps, la terre se revêt d'herbe et se colore de fleurs bariolées, la température s'adoucit, les oiseaux jouent de la cithare et tout semble sourire.

Nous vous rendons grâce, Père saint, parce qu'au milieu des grands froids, vous nous avez donné un temps printanier dans la naissance de votre Fils Jésus. Aujourd'hui la Vierge, terre bénie et remplie des bénédictions du Seigneur, a enfanté l'herbe verdoyante, le Fils de Dieu, pâturage des pénitents. Aujourd'hui les anges chantent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux. » Aujourd'hui sont rétablies sur terre la tranquillité et la paix.

Que cherches-tu encore ? Tout sourit, tout se réjouit. " Je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple, dit l'ange aux bergers : aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche "
(Luc II, 10-12.).

Comme un lis près d'une source

De même que les lis le long d'un cours d'eau conservent leur fraîcheur, leur beauté et leur parfum, la Vierge Marie garda la fraîcheur et la beauté de sa virginité, lorsqu'elle donna le jour à son Fils.

Nous vous prions donc, ô Notre Dame, Mère nourricière de Dieu :
Dans la Nativité de votre Fils, que vous avez engendré en demeurant vierge, que vous avez enveloppé de langes et déposé dans une crèche, obtenez-nous Son pardon, guérissez les brûlures de notre âme, que nous avons provoquées par le feu du péché ; guérissez-les avec le baume de votre miséricorde, par laquelle nous méritions de parvenir au bonheur du festin éternel.
Que nous l'accorde Celui qui, aujourd'hui, a daigné naître de vous, ô Vierge glorieuse, et à qui soit honneur et gloire pour tous les siècles des siècles. Amen !



2. Les signes de la lune et le second avènement (premier dimanche de l'Avent) :

Il y aura des signes dans la lune… Saint Jean dit dans l’apocalypse (VI, 12.) : la lune devint toute de sang. Et Joël (II, 31.) : la lune se changera en sang.

Dieu fit deux luminaires, un grand et un petit (Gen., I, 16.). Ces deux luminaires représentent les deux créatures raisonnables : le grand luminaire est l’esprit angélique, le petit luminaire est l’âme humaine, créée pour goûter les choses du ciel, pour louer le créateur parmi les esprits bienheureux, pour tressaillir de joie avec les fils de Dieu. Mais au voisinage de la terre où elle vit, l’âme s’est obscurcie, elle a perdu de son éclat. Si elle veut recouvrer cet éclat, il faut que d’abord elle se change toute en sang.

Le sang, c’est la contribution du cœur. L’Apôtre dit aux Hébreux (IX, 19-22.) : Moïse prit le sang avec de l’eau, de la laine pourpre et de l’hysope ; il en aspergea le livre et tout le peuple en disant : C’est le sang du testament que Dieu nous a donné. Il aspergea de même le tabernacle et tous les vases sacrés. Tout est purifié dans le sang, et sans effusion de sang il n’y a pas de pardon. Voilà comment la lune se change en sang. Voyons ce que signifient moralement Moïse, le sang, l’eau, la laine pourpre, l’hysope, le livre, le peuple, le tabernacle et les vases.

Quand Jésus-Christ, qui est miséricorde et pitié (Ps. CX, 4), vient dans l’âme du pécheur, alors Moïse prend le sang… Moïse est le pécheur converti sauvé des eaux de l’Egypte. Le pécheur doit prendre le sang de la contrition douloureuse ; l’eau de la confession baignée de larmes ; la laine de l’innocence, mais empourprée par la charité fraternelle ; enfin, l’hysope de la véritable humilité. Il doit asperger le livre, le secret de son coeur ; tout le peuple de ses pensées ; le tabernacle qui est son cœur ; les vases du tabernacle qui sont ses cinq sens. Dans le sang de la contrition, tout est purifié, tout est pardonné, si toutefois on a la volonté de se confesser. Sans la contrition, il n’y a pas de rémission du pécher.

Donc il y aura des signes dans la lune. Les signes intérieurs de la contrition sont manifestés par les signes extérieurs de la pénitence. Quand la chasteté resplendit dans le corps, l’humilité dans les actions, l’abstinence dans la nourriture, la pauvreté dans le vêtement, alors s’annonce la sanctification intérieure… Ces quatre vertus ornent le sanctuaire du seigneur (Is., LX, 13.), L’âme du pénitent, en laquelle Dieu se repose. " Nous viendrons à lui, dit il, et nous ferons en lui notre demeure. " (Jean, XIV, 23.).

C’est le second avènement du Seigneur. Il en est aussi question dans la seconde partie de l’épître de ce dimanche : la nuit est passée, le jour est venu. Comme le dit Isaïe (XXVI, 3), l’erreur ancienne s’en est allée ; tu nous garderas la paix : la paix, car en toi, Seigneur, nous espérons. La nuit et l’erreur signifient l’aveuglement du péché ; le jour et la paix signifient l’illumination de la grâce. Le mot " paix " est répété, pour marquer le repos intérieur et extérieur que possède l’homme, quand Dieu siège sur son trône haut et élevé (Is., VI, 1.).

Rejetons donc les œuvres des ténèbres. Dans le même sens, Isaïe nous dit (II, 20.) : en ce jour, l’homme rejettera les idoles d’or et d’argent, qu’il s’était faites quand il adorait les taupes et les chauves-souris.

L’argent c’est l’éloquence ; l’or, la sagesse ; les taupes, l’avarice ; les chauves souris, la vaine gloire. La taupe, aveugle, creuse la terre. La chauve souris ne voit pas en plein jour, car son œil manque de l’humeur cristalline ; elle a les ailes liées aux pieds. L’homme charnel, qui a le goût de la terre, se fait des idoles de l’argent et de l’or, de son éloquence et de sa sagesse. Ces idoles sont les taupes et les chauves souris, l’avarice et la vaine gloire. Telles sont les œuvres des ténèbres. L’avarice en effet, n’a pas la lumière de la sainte pauvreté ; elle creuse la terre, elle aime les biens terrestres. La vaine gloire, qui se complaît dans le jour humain, ne voit pas le jour divin ; elle a les ailes qui pourraient l’emporter vers le ciel, mais ces ailes sont liées aux pieds, aux affections charnelles ; elle n’a d’autre désir que d’être vue, et louée par les hommes… Mais au jour où la grâce l’éclaire, au jour qui est arrivé, l’homme rejette taupes et chauves souris, ces animaux qui ne voient pas les œuvres des ténèbres.

Alors on en vient à ce que dit l’Apôtre ensuite : Revêtez vous des armes de la lumière ; et à ce que dit Isaïe (LII, 1.) : lève-toi, lève-toi ; revêts-toi de ta force, Ô Sion ; prends les vêtements de ta gloire, ô Jérusalem, cité du Saint ! Sion et Jérusalem signifient l’âme : quand elle pêche, elle est captive du diable ; quand elle fait pénitence, elle se redresse et se lève. Levez-vous par la contrition ; levez-vous par la confession ; revêtez-vous de force par la persévérance ; prenez vos vêtements de gloire, la double charité ; alors vous serez la cité du Saint Esprit.

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mercredi, 01 juin 2016

1er juin. Sainte Angèle de Mérici, vierge, fondatrice des Ursulines. 1540.

- Sainte Angèle de Mérici, vierge, fondatrice des Ursulines. 1540.
 
Pape : Paul III. Empereur d'Autriche, roi de Sardaigne et de Corse : Charles Quint. Roi de France : François Ier.
 
" Ce que la compagnie de Jésus fut pour les hommes, celle de sainte Ursule le fut pour les femmes. C'est à ces deux compagnies en effet que l'Europe - et la France en particulier - doivent en grande partie le bonheur d'avoir conservé la vraie doctrine."
Ch. de Sainte-Foi, Vie des premières Ursulines de France.
 

Sainte Angèle de Mérici. Italie. XVIIe.

Sainte Angèle de Mérici naquit à Desonzano, sur le lac de Garde. Ses parents, de petite noblesse (son père était Jean de Mérici et sa mère de la famille des Biancosi de Salo), était profondément chrétiens. Ils désiraient que leurs cinq enfants trouvassent leur bonheur dans la gloire de Dieu. Pour réaliser cet idéal, ils avaient fait un vrai sanctuaire de la maison paternelle où chacun travaillait sous le regard de Dieu et récitait la prière en commun. Une lecture dans un livre de piété ou dans la Vie des Saints terminait la journée.


Slovénie, XVIIIe.

A ces pieuses pratiques, Angèle ajoutait les rigueurs de la pénitence. Elle voua sa virginité au Seigneur à l'âge de neuf ans et renonça le jour même à toute parure. Elle perdit son père vers l'âge de treize ans ; sa mère mourut deux ans plus tard. Un oncle nommé Barthélémy la prit alors chez lui et s'attacha à favoriser ses pratiques de dévotion. Six ans s'écoulèrent avant que Dieu vienne lui ravir son unique soeur de sang et de sentiments ; le décès de l'oncle Barthélémy suivit de près cette perte vivement ressentie.

Doublement orpheline, Angèle, cette jeune fille d'une " beauté hors du commun " rentra à la maison paternelle, acheva de se dépouiller de tout ce qu'elle possédait et se livra aux plus grandes austérités. Elle était alors âgée de vingt-deux ans. Afin de se sanctifier plus sûrement, elle s'affilia au Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise.


En 1506, un jour qu'elle travaillait aux champs, une lumière éclatante l'environna soudain. Angèle vit une échelle s'élever du sol jusqu'au ciel et une troupe innombrable de vierges qui en parcouraient les échelons, soutenues par des anges. Une des vierges se tourna vers elle et lui dit :
" Angèle, sache que Dieu t'a ménagé cette vision pour te révéler qu'avant de mourir tu fonderas, à Brescia, une société de vierges semblable à celles-ci."
Dieu fournit à Sa servante les moyens de réaliser cet oracle, seulement vingt ans après la mémorable vision.


Statue japonaise. XIXe.

La réputation de sainteté d'Angèle Mérici s'était répandue jusque dans la ville de Brescia. Les Patengoli, riche famille et grands bienfaiteurs des oeuvres pies, habitaient cette cité. En 1516, ayant perdu coup sur coup leurs deux fils, ils invitèrent Angèle à venir habiter avec eux pour les consoler dans leur peine. A partir de ce moment, sainte Angèle se fixa à Brescia, édifiant la ville par ses vertus. Chaque jour, on la voyait en compagnie de jeunes filles de son âge, rassembler les fillettes et leur enseigner la doctrine chrétienne, visiter les pauvres et les malades, instruire les grandes personnes qui venaient, en foule, écouter leurs conférences. Ces pieuses filles s'ingéniaient à rechercher les pécheurs jusque dans leur lieu de travail.

Suivant une pratique très usitée à cette époque, sainte Angèle Mérici entreprit plusieurs pèlerinages. Comme elle se rendait un jour à Jérusalem avec un groupe de pèlerins, une mystérieuse cécité se déclara dans la ville de Candie, l'affligeant tout le reste du parcours, pour ne cesser qu'à son retour exactement au même endroit où elle avait perdu l'usage de la vue. Dans cette pénible circonstance, la Sainte vit comme un symbole du renoncement qui devait être à la base de tous ses projets. Le pape Clément VII, instruit des vertus et des miracles de sainte Angèle, lui réserva un accueil des plus bienveillants.


Statue thaïlandaise. Début du XXe.

Le souvenir de la merveilleuse vision demeurait toujours au fond de son coeur. Un jour, Angèle réunit douze jeunes filles qui désiraient tendre à la vie parfaite. Elle leur proposa de mener une vie retirée dans leurs demeures et les rassemblaient fréquemment pour les former à la pratique des vertus chrétiennes. En 1533, ce noviciat achevé, sainte Angèle Mérici leur révéla son plan, leur démontrant que l'ignorance religieuse était la cause des ravages exercés par le protestantisme et que la fondation d'une société de religieuses d'une forme nouvelle pour l'époque, unissant la vie contemplative à l'instruction des enfants, constituerait un remède efficace à l'état déplorable qui régnait dans l'Église.

Afin de mieux atteindre toutes les âmes dans le besoin, la fondatrice implanta les bases d'un Ordre sans clôture. Ses soeurs parcouraient les prisons et les hôpitaux, recherchaient les pauvres pour les instruire et rompaient généreusement leur pain avec eux. Remontant le cours du mal jusqu'à sa source, sainte Angèle Mérici pensait qu'on ne pouvait réformer les moeurs que par la famille, laquelle dépendait surtout de la mère. Elle réalisait que la mauvaise éducation des jeunes filles provenait de la carence de mères chrétiennes. Dans les desseins de Dieu, la congrégation des Ursulines devait rayonner à travers le monde par l'éducation des jeunes filles.


Statue de sainte Angèle de Mérici au Vatican.

Le 25 novembre 1535, à Brescia, les premières religieuses du nouvel institut prononcèrent les trois voeux traditionnels de pauvreté, chasteté et obéissance, ajoutant celui de se consacrer exclusivement à l'enseignement. Sainte Angèle Mérici plaça sa congrégation sous le patronage de sainte Ursule.

Dieu l'avait gratifiée des dons éminents de science infuse et de prophétie. Elle parlait latin sans l'avoir étudié, expliquait les passages les plus difficiles des Livres Saints et traitait les questions théologiques avec une si admirable fermeté et précision, que les plus doctes personnages recouraient volontiers à ses lumières. Ses dernières années furent marquées par de fréquentes extases.


Sainte Angèle Mérici mourut le 28 janvier 1540 à lâge de 65 ans. Pendant trois nuits, toute la ville de Brescia contempla une lumière extraordinaire au-dessus de la chapelle où reposait le corps de la Sainte qui s'est conservé intact de toute corruption. Le pape Pie VII l'a canonisée en 1807.

Sa dernière demeure était située non loin de l'église Sainte-Afre, desservie par les chanoines de Saint-Jean-de-Latran. Son corps y fut exposé pendant 30 jours et aucune corruption ne se constata ; son visage conservait ses couleurs naturelles et son expression de douceur et de modestie éclatait toujours.

La vile de Desenzano del Garda, qui l'avait vu naître la choisie comme avocate et patronne et l'ajouta à ses autres saints patrons.


Statue de sainte Angèle de Mérici. Desenzano del Garda.

Les Ursulines se sont répandues dans le monde entier et à une vitesse miraculeuse. Le Canada français leur doit la permanence de la foi jusqu'à l'effondrement récent. Mais il serait incomplet et injuste de limiter leur sainte influence à ce continent, comme en témoigne les belles et touchantes représentations de sainte Angèle illustrant cette notice.

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samedi, 28 mai 2016

28 mai. Saint Augustin de Cantorbéry, Apôtre de l'Angleterre. 605.

- Saint Augustin de Cantorbéry, Apôtre de l'Angleterre. 605.
 
Pape : Saint Grégoire le Grand. Roi d'angleterre : Saint Ethelbert de Kent *.
 
" Voici le jour de la rédemption et de la rénovation qui se lève, le jour de la réparation des torts antiques et du bonheur sans fin."
Office de Noël. Bréviaire romain.
 

Anonyme. Chapelle Notre-Dame-des-Vertus. La Flèche. Maine. XVIIe.

Quatre cents ans étaient à peine écoulés, depuis le départ d'Eleuthère pour la patrie céleste, qu'un second apôtre de la grande lie britannique s'élevait de ce monde, au même jour, vers la gloire éternelle. La rencontre de ces deux pontifes sur le cycle est particulièrement touchante, en même temps qu'elle nous révèle la prévoyance divine qui règle le départ de chacun de nous, en sorte que le jour et l'heure en sont fixés avec une sagesse admirable. Plus d'une fois nous avons reconnu avec évidence ces coïncidences merveilleuses qui forment un des principaux caractères du cycle liturgique. Aujourd'hui, quel admirable spectacle dans ce premier archevêque de Cantorbéry, saluant sur son lit de mort le jour où le saint pape à qui l'Angleterre doit la première prédication de l'Evangile, monta dans les cieux, et se réunissant à lui dans un même triomphe ! Mais aussi qui n'y reconnaîtrait un gage de la prédilection dont le ciel a favorisé cette contrée longtemps fidèle, et devenue depuis hostile à sa véritable gloire ?

L'œuvre de saint Eleuthère avait péri en grande partie dans l'invasion des Saxons et des Angles, et une nouvelle prédication de l'Evangile était devenue nécessaire. Rome y pourvut comme la première fois. Saint Grégoire le Grand conçut cette noble pensée ; il eût désiré assumer sur lui-même les fatigues de l'apostolat dans cette contrée redevenue infidèle ; un instinct divin lui révélait qu'il était destiné à devenir le père de ces insulaires, dont il avait vu quelques-uns exposés comme esclaves sur les marchés de Rome. Mais du moins il fallait à Grégoire des apôtres capables d'entreprendre ce labeur auquel il ne lui était pas donné de se livrer en personne. Il les trouva dans le cloître bénédictin, où lui-même avait abrité sa vie durant plusieurs années. Rome alors vit partir Augustin à la tête de quarante moines se dirigeant vers l'île des Bretons, sous l'étendard de la croix.

Saint Grégoire le Grand et les esclaves anglais. Mosaïques de la
cathédrale de Westminster. XVIIe.

Ainsi la nouvelle race qui peuplait cette île recevait à son tour la foi par les mains d'un pape ; des moines étaient ses initiateurs à la doctrine du salut. La parole d'Augustin et de ses compagnons germa sur ce sol privilégié. Il lui fallut, sans doute, du temps pour s'étendre à l'île tout entière ; mais ni Rome, ni l'ordre monastique n'abandonnèrent l'œuvre commencée ; les débris de l'ancien christianisme breton finirent par s'unir aux nouvelles recrues, et l'Angleterre mérita d'être appelée longtemps l'île des saints.

Les gestes de l'apostolat d'Augustin dans cette île ravissent la pensée. Le débarquement des missionnaires romains qui s'avancent sur cette terre infidèle en chantant la Litanie ; l'accueil pacifique et même bienveillant que leur fait dès l'abord le roi Ethelbert ; l'influence de la reine Berthe, française et chrétienne, sur l'établissement de la foi chez les Saxons ; le baptême de dix mille néophytes dans les eaux d'un fleuve au jour de Noël, la fondation de l'Eglise primatiale de Cantorbéry, l'une des plus illustres de la chrétienté par la sainteté et la grandeur de ses évêques : toutes ces merveilles montrent dans l’évangélisation de l'Angleterre un des traits les plus marqués de la bienveillance céleste sur un peuple. Le caractère d'Augustin, calme et plein de mansuétude, son attrait pour la contemplation au milieu de tant de labeurs, répandent un charme de plus sur ce magnifique épisode de l'histoire de l'Eglise ; mais on a le cœur serré quand on vient à songer qu'une nation prévenue de telles grâces est devenue infidèle à sa mission, et qu'elle a tourné contre Rome, sa mère, contre l'institut monastique auquel elle est tant redevable, toutes les fureurs d'une haine parricide et tous les efforts d'une politique sans entrailles.


Les royaumes celtes angles et saxons en l'an 600 de
Notre Seigneur Jésus-Christ.
 
Saint Augustin, moine du monastère de Latran à Rome, fut envoyé par saint Grégoire le Grand en Angleterre pour convertir à Jésus-Christ les peuples de cette contrée. Environ quarante moines de sa communauté l'accompagnaient. C'était en l'année 597. Le très puissant Ethelbert, alors roi de Kent, ayant appris la cause de l'arrivée d'Augustin, l'invita à venir à Cantorbéry, métropole de son royaume, et lui accorda gracieusement la faculté d'y demeurer et de prêcher Jésus-Christ. Le saint construisit donc près de Cantorbéry un oratoire où il se fixa quelque temps et s'efforça d'imiter avec les siens la vie apostolique.

L'exemple de sa vie, la doctrine céleste qu'il prêchait et qu'il confirmait par beaucoup de miracles, adoucirent tellement le caractère de ces insulaires, qu'il amena pour la plus grande part à la loi chrétienne, appuyé, non sans difficulté, sur la hiérarchie chrétienne celtique du Pays de Galles et de Cornouailles (" corne " ou " langue de terre de Galles "). Enfin, le roi lui-même, fut régénéré dans la fontaine sacrée avec un nombre considérable des gens de sa suite. Berthe, l'épouse royale, qui était chrétienne, s'en réjouit grandement. Un jour de Noël, il administra le baptême à plus de dix mille personnes dans les eaux de la rivière d'York ; et l'on raconte que tous ceux de ces néophytes qui étaient atteints de quelque maladie, reçurent en cette circonstance la santé de leurs corps avec le salut de leurs âmes.
 
Saint Grégoire le Grand envoyant saint Augustin
évangéliser les Angles et les Saxons.
Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIVe.

Ordonné évêque par le commandement de saint Grégoire, il établit son siège à Cantorbéry, dans l'Eglise du Sauveur qu'il avait bâtie, et il y plaça une partie des moines qui l'aidaient dans ses travaux. Il fonda ensuite dans les faubourgs le monastère de Saint-Pierre, qui plus tard fut appelé du nom d'Augustin lui même. Le même saint Grégoire lui accorda l'usage du pallium et les pouvoirs nécessaires pour établir la hiérarchie ecclésiastique en Angleterre, en même temps qu'il lui envoyait un nouveau renfort d'ouvriers, savoir Mellitus, Justus, Paulin et Rufinien.

Ayant réglé les affaires de cette Eglise , Augustin tint un concile avec les évêques et les docteurs des anciens Bretons, qui étaient depuis longtemps en désaccord avec l'Eglise Romaine dans la célébration de la Pâque et sur plusieurs autres rites. Mais comme ils refusaient de se rendre et à l'autorité du Siège Apostolique, et aux miracles qu'il faisait pour les ramener à la concorde, inspiré par un esprit prophétique, Augustin leur prédit les désastres qui les attendaient. Enfin, après avoir accompli les plus grands travaux pour Jésus-Christ, illustre par ses miracles, ayant préposé Mellitus à l'Eglise de Londres, Justus à celle de Rochester, Laurent à la sienne, il passa au ciel le sept des calendes de juin, sous le règne d'Ethelbert, quelques mois après que son bien aimé père, saint Grégoire le Grand, eût passé lui aussi dans le royaume éternel.

On l'ensevelit au monastère de Saint-Pierre, qui devint par la suite le lieu de sépulture des archevêques de Cantorbéry et de plusieurs rois. Les peuples d'Angleterre lui rendirent un culte fervent. Le Souverain Pontife Léon XIII a étendu son Office et sa Messe à toute l'Eglise.

HYMNE

Cette Hymne en l'honneur de l'apôtre de l'Angleterre a été approuvée par le Saint-Siège au XIXe. Elle fut probablement composée par dom Prosper Guéranger qui se garde bien de le rapporter dans son Année liturgique :


Saint Augustin de Cantorbéry. Belbello de Pavie.
Bréviaire franciscain. XVe.

" Ile féconde des saints, célèbre ton apôtre, exalte dans tes pieux concerts le fils de Grégoire.

Rendue fertile par ses labeurs, tu donnas une moisson abondante ; et longtemps les fleurs de sainteté qui couvraient ton sol répandirent sur toi un éclat supérieur.

Suivi d'une troupe de quarante moines, il débarqua sur tes rivages, Ô terre des Anglais ! Il portait l'étendard du Christ ; messager de la paix, il venait en apporter les gages.

Bientôt la croix est plantée sur ton sol comme un éclatant trophée, la parole du salut se répand de toutes parts ; et un roi barbare reçoit lui-même la foi d'un cœur docile.

La nation renonce à ses coutumes sauvages ; elle se plonge dans les eaux sanctifiées d'un fleuve,et renaît à la vie de l'âme le jour même où le Soleil de justice se leva sur le monde.

Ô Pasteur auguste , du haut du ciel, gouverne toujours tes fils ; ramène dans les bras de la mère désolée l'ingrat troupeau qui s'est éloigné d'elle.

Heureuse Trinité, qui envoyez sans cesse sur votre vigne la rosée de la grâce, daignez faire renaître l'antique foi, afin qu'elle fleurisse comme aux anciens jours.

Amen."
 

Saint Augustin de Cantorbéry présentant la Très Sainte Trinité
aux Angles et aux Saxons. Bréviaire romain. Auvergne. XVe.
 
PRIERE
 
" Vous êtes, Ô Jésus ressuscité, la vie des peuples, comme vous êtes la vie de nos âmes. Vous appelez les nations à vous connaître, à vous aimer et à vous servir; car " elles vous ont été données en héritage " (Psalm. II.), et vous les possédez tour à tour. Votre amour vous inclina de bonne heure vers cette île de l'Occident que, du haut de la croix du Calvaire, votre regard divin considérait avec miséricorde. Dès le deuxième siècle, votre bonté dirigea vers elle les premiers envoyés de la parole; et voici qu'à la fin du sixième, Augustin, votre apôtre, délégué par Grégoire, votre vicaire, vient au secours d'une nouvelle race païenne qui s'est rendue maîtresse de cette île appelée à de si hautes destinées.

Vous avez régné glorieusement sur cette région, ô Christ ! Vous lui avez donné des pontifes, des docteurs, des rois, des moines, des vierges, dont les vertus et les services ont porté au loin la renommée de l'Ile des saints ; et la grande part d'honneur dans une si noble conquête revient aujourd'hui à Augustin, votre disciple et votre héraut. Votre empire a duré longtemps, Ô Jésus, sur ce peuple dont la foi fut célèbre dans le monde entier ; mais, hélas ! des jours funestes sont venus, et l'Angleterre n'a plus voulu que vous régniez sur elle (Luc. XIX, 14.), et elle a contribué à égarer d'autres nations soumises à son influence. Elle vous a haï dans votre vicaire, elle a répudié la plus grande partie des vérités que vous avez enseignées aux hommes, elle a éteint la foi, pour y substituer une raison indépendante qui a produit dans son sein toutes les erreurs. Dans sa rage hérétique, elle a foulé aux pieds et brûlé les reliques des saints qui étaient sa gloire, elle a anéanti l'ordre monastique auquel elle devait le bienfait du christianisme,elle s'est baignée dans le sang des martyrs, encourageant l'apostasie et poursuivant comme le plus grand des crimes la fidélité à l'antique foi.

En retour, elle s'est livrée avec passion au culte de la matière, à l'orgueil de ses flottes et de ses colonies ; elle voudrait tenir le monde entier sous sa loi. Mais le Seigneur renversera un jour ce colosse de puissance et de richesse. La petite pierre détachée de la montagne l'atteindra à ses pieds d'argile, et les peuples seront étonnés du peu de solidité qu'avait cet empire géant qui s'était cru immortel. L'Angleterre n'appartient plus à votre empire, Ô Jésus ! Elle s'en est séparée en rompant le lien de communion qui l'unit si longtemps à votre unique Eglise. Vous avez attendu son retour, et elle ne revient pas ; sa prospérité est le scandale des faibles, et c'est pour cela que sa chute, que l'on peut déjà prévoir, sera lamentable et sans retour.
 
 
Saint Grégoire le Grand et l'esclave anglais.
Vies de saints. J. de Montbaston. XIVe.

En attendant cette épreuve terrible que votre justice fera subir à l'île coupable, votre miséricorde, Ô Jésus, glane dans son sein des milliers d'âmes, heureuses de voir la lumière, et remplies pour la vérité qui leur apparaît, d'un amour d'autant plus ardent, qu'elles en avaient été plus longtemps privées. Vous vous créez un peuple nouveau au sein même de l'infidélité, et chaque année la moisson est abondante. Poursuivez votre oeuvre miséricordieuse, afin qu'au jour suprême ces restes d'Israël proclament, au milieu des désastres de Babylone, l'immortelle vie de cette Eglise dont les nations qu'elle a nourries ne sauraient se séparer impunément.

Saint apôtre de l'Angleterre, Augustin, votre mission n'est donc pas terminée. Le Seigneur a résolu de compléter le nombre de ses élus, en glanant parmi l'ivraie qui couvre le champ que vos mains ont ensemencé. Venez en aide au labeur des nouveaux envoyés du Père de famille. Par votre intercession, obtenez ces grâces qui éclairent les esprits et changent les cœurs. Révélez à tant d'aveugles que l'Epouse de Jésus est " unique ", comme il l'appelle lui-même ; que la foi de Grégoire et d'Augustin n'a pas cessé d'être la foi de l'Eglise catholique, et que trois siècles de possession ne sauraient créer un droit à l'hérésie sur une terre qu'elle n'a conquise que par la séduction et la violence, et qui garde toujours le sceau ineffaçable de la catholicité."
 
 
* Saint Ethelbert (également nommé Aethelbert, Aethelberht, Aethelbert, ou Ethelbert) est né vers 560 et était le fil du roi Eormenric, à qui il succèda comme roi de Kent à partir de la mort de son père, survenue entre 564 et 580, jusqu'à sa propre mort, d'après la Chronique Anglo-saxonne.
 
Il épousa Berthe, fille de Caribert Ier, roi franc de Paris, batissant ainsi une alliance avec l'état le plus puissant de l'Europe occidentale ; le mariage fut probablement conclu avant l'avènement d'Ethelbert. La sainte influence de Berthe incita le pape saint Grégoire  le Grand à envoyer saint Augustin comme missionnaire.

Le code de loi de saint Ethelbert, le plus ancien code écrit en langue germanique, institue un système complexe d'amendes.

Dans son Historia ecclesiastica gentis Anglorum, saint Bède le Vénérable le mentionne comme le troisième roi à détenir tous les imperium sur les autres royaumes anglo-saxons. À la fin du IXe siècle, la Chronique anglo-saxonne mentionne Æthelbert comme un bretwalda, ou " souverain britannique ".

Saint Ethelbert fut canonisé pour son rôle dans la propagation du christianisme parmi les Anglo-Saxons. Sa fête, initialement le 24 février, fut déplacée au 25 du même mois.
 
Rq : On lira avec grand fruit la sublime et ardente notice que les Petits Bollandistes consacrent à saint Augustin de Cantorbéry (T. VI, pp. 187 et suiv.) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30736h.

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mardi, 10 mai 2016

10 mai. Saint Antonin, archevêque de Florence. 1459.

- Saint Antonin, archevêque de Florence. 1459.

Papes : Clément VII ; Pie II. Empereurs d'Allemagne : Wenceslas ; Frédéric III.

" Toutes sortes de biens me sont venu avec elle, et j'ai reçu par ses mains des honneurs et des grâces sans fin."
Saint Antonin appliquant à sa dévotion à la très sainte Vierge Marie, ce que Salomon dit de la Sagesse.

" Si Dieu ne se proposait de mettre en possession de son héritage ceux qui sont éprouvés, Il ne prendrait pas soin de les former par la tribulation."
Saint Antonin de Florence.

Saint Antonin. Buste. Cloître du couvent Saint-Marc.
Florence. Grand duché de Toscane. XVIe.

Saint Antonin, ainsi appelé au lieu d'Antoine, parce qu'il était de petite taille, naquit Florence en 1389. Son père était notaire, et se nommait Nicolas Pierrozi, et sa mère Thomassine ; ils prirent un grand soin de l'élever dans la crainte de Dieu. Ils n'eurent pas beaucoup de peine, parce qu'il était d'un si bon naturel que l'on eût dit que la vertu était née avec lui. A l'âge de dix ans, il ne manquait pas d'aller tous les jours dans une église de Saint-Michel pour y faire ses prières au pied du Crucifix et à l'autel de la Sainte Vierge, à l'honneur de laquelle il disait ce répons :
" Sancta et immaculata Virginitas."

Ce fut là que, quelques années après, il conçut le dessein de se faire religieux de l'Ordre des Frères Prêcheurs : il en demanda l'habit au Père Dominici, qui fut depuis cardinal-archevêque de Raguse, et légat du Saint-Siège en Hongrie. Ce pieux et savant Dominicain faisait alors bâtir un couvent de son Ordre à Fiésole, à deux milles de Florence. Voyant le petit Antoine de si faible complexion en apparence, qu'il ne semblait pas qu'il pût supporter les rigueurs de la Règle, il lui demanda à quelles études il s'appliquait ; l'enfant répondit qu'il étudiait le droit-canon :
" Eh bien ! lui dit Dominici pour l'ajourner, je vous recevrai dans notre Ordre quand vous saurez votre droit par coeur."

Cette réponse fut loin d'étonner le postulant : redoublant de courage, il étudia avec tant d'ardeur, qu'en peu de temps il apprit par coeur les règles et le texte du droit ; c'est pourquoi le Père, reconnaissant évidemment l'opération de la main de Dieu sur ce jeune homme, lui donna le saint habit, l'an 1407, la seizième année de son âge.

Saint Antonin demandant au T. R. P. Dominici à être reçu
dans l'Ordre de Saint-Dominique. Bernardino Poccetti. XVIIe.

Nous ne nous arrêterons point ici à décrire avec quelle ferveur il passa son noviciat, et prononça ses voeux au couvent de Cortone, où les supérieurs l'avaient envoyé. Le pape Nicolas V le jugeait digne d'être canonisé dès le temps de sa vie ; preuve convaincante qu'il avait fait de grands progrès en la perfection. Son zèle et son courage surpassaient ses forces, et les rigueurs de la Règle lui semblaient si légères, que, ne s'en contentant point, il couchait encore sur la dure, ne quittait point le cilice, et prenait la discipline toutes les nuits : il ajoutait aussi à l'office du choeur celui de la Vierge et celui des morts, avec les sept Psaumes de la Pénitence, et quelquefois le Psautier tout entier. Son recueillement était si grand pendant ses prières, et particulièrement pendant l'oraison mentale, qu'on l'a vu plusieurs fois élevé de terre.

Il eut bien voulu toujours continuer ce genre de vie mais l'obéissance l'appliqua bientôt au secours du prochain car il fut élu supérieur des couvents de Fiésole, de Cortone, de Gaëte, de Florence, de Sienne, de Pistoie, de Naples et de Rome, et les gouverna l'un après l'antre et partout il maintint l'observance de la Règle, non seulement par ses pressantes exhortations, mais encore par ses exemples. Il était le premier àtout ; et quoiqu'il fût ensuite vicaire-général de la Congrégation de Naples et de Toscane, et provincial de la province romaine, il s'abaissait néanmoins jusqu'aux ministères les plus humbles de la communauté où il résidait. Il disait tous les jours la sainte messe, et en servait une autre; il prêchait fort souvent et avec beaucoup de succès, et il écoutait, avec une patience et une assiduité merveilleuses, les confessions de ceux dont il avait touché les coeurs par la force de ses paroles.

Saint Antonin. Statue. Place des Offices.
Florence. Grand duché de Toscane. XVIIe.

Cependant l'archevêché de Florence vint à vaquer, par la mort du cardinal Barthélemy Zarabella, et il y avait neuf mois entiers que l'on était en contestation sur l'élection d'un successeur, lorsque le pape Eugène IV, jetant les yeux sur le Père Antonin, vicaire-général de la Congrégation réformée de Naples, le nomma archevêque de cette grande ville et voyant qu'il refusait obstinément, il lui fit commandement, " en vertu du Saint-Esprit et de la sainte obéissance, sous peine de péché mortel et même d'excommunication, d'accepter cette charge ". Ne pouvant plus s'opposer à des ordres si précis, il leva les yeux et les mains au ciel puis, se tournant vers quelques personnes doctes qu'il avait assemblées pour savoir si, vu son incapacité, il était obligé d'obéir à ce commandement :
" Vous savez, dit-il, mon Dieu, que j'accepte cette charge contre ma volonté, pour ne pas résister à celle de votre vicaire : assistez-moi donc, Seigneur, ainsi que vous savez que j'en ai besoin."

Il fit ensuite son entrée à Florence, les pieds nus et les yeux baignés de larmes, tandis que toute la ville retentissait de joie de posséder un si digne pasteur, le considérant comme un Saint et, en effet, il l'était devant Dieu, qui pénètre le secret des coeurs.

Cette nouvelle dignité ne lui fit rien changer dans sa vie privée car il garda toujours jusqu'aux moindres observances de son Ordre de sorte que ceux qui n'eussent pas été informés de son nouveau caractère, l'eussent plutôt pris pour un simple religieux que pour l'archevêque de Florence. Sa table, son lit, sa chambre et généralement tous les meubles de son palais archiépiscopal, ne ressentaient que la pauvreté religieuse. Son train n'était composé que de six personnes, à qui il donnait de bons gages, afin de les empêcher de rien recevoir de ceux qui avaient quelque affaire à l'archevêché. Il prenait lui-méme connaissance des causes qui devaient se juger à son tribunal, ne se contentant pas des soins de son officiai, auquel, néanmoins, il donnait tous les ans cent ducats d'or, afin qu'il rendît la justice sans nul salaire. Tout le monde se trouvait si bien de ses jugements, de ses avis et de ses conseils, qu'on lui donna le titre d'Antonin-des-Conseils, avant même qu'il fût archevêque.

Notre Dame intercédant pour saint Antonin et saint Vincent Ferrier.
Dessin. Ecole des frères Caraches. XVIIe.

Quoique d'un accès si facile pour toutes les personnes qui demandaient son assistance, il se montrait néanmoins extrêmement réservé à l'égard des femmes il ne leur parlait que par nécessité, et ses yeux pudiques n'osaient les regarder. Il prêchait ordinairement les dimanches et les fêtes en quelque église de la ville, il faisait même des instructions familières et des catéchismes. Il tenait exactement ses synodes, visitait son diocèse, et enfin n'omettait rien de ce que doit faire un bon prélat. Il récitait d'abord ses Matines avec ses clercs domestiques, suivant la pratique de son Ordre mais, apprenant qu'on ne les chantait pas avec assez de respect dans la cathédrale, il voulut y assister, pour remédier à ce désordre.

Voilà quelle était la vigilance de ce saint Prélat mais ce qui est merveilleux, c'est que, parmi tant de différentes fonctions, il ne perdit jamais la solitude, la paix ni la sérénité de son coeur, parce que, comme il l'avoua lui-même à un de ses chanoines appelé François de Chastillon, il s'y était formé de bonne heure un oratoire, où il se retirait souvent. Il remit l'état ecclésiastique dans sa splendeur, et en retrancha plusieurs désordres que les guerres civiles y avaient causés. C'est pourquoi le Pape, qui connaissait la pureté de son zèle et la justice de ses jugements, défendit d'appeler des sentences qu'il aurait données. Il sut très-bien user de cette faveur à l'avantage de l'église de Florence. Il la délivra des pratiques impies, immorales et funestes de la magie de la plaie non moins déplorable de l'usure des charlatans et des comédiens. Certains joueurs avaient inventé un nouveau brelan, où la jeunesse de Florence perdait tous les jours de grosses sommes d'argent, au grand préjudice des familles ; le saint Archevêque défendit d'abord ce jeu, sous peine d'excommunication ; ensuite il allait lui-même sur les lieux et en chassait honteusement ceux qu'il y rencontrait, renversant les tables, les dés, l'argent et les jetons. Son zèle le porta encore à purger les églises de ces causeurs insolents, qui en profanent la sainteté par leurs entretiens sacriléges ; il les en chassait tous.

Saint Antonin faisant l'aumône.
Dessin. Sigismondo Coccapani. XVIIe.

Il ne craignit pas même de s'opposer aux magistrats et au bras séculier, lorsque, passant les bornes de leur puissance, ils entreprenaient sur les droits et les immunités de l'Eglise. Il réprimait leurs violences par les censures ecclésiastiques, sans appréhender les menaces qu'on lui faisait. Un jour, quelqu'un l'ayant menacé de le jeter par la fenêtre et de le faire priver de son évêché, il répondit avec calme qu'il ne se jugeait pas digne du martyre, et qu'il avait toujours désiré être déchargé de l'épiscopat ; que, dans cet espoir, il avait toujours gardé la clé de sa chambre du couvent de Saint-Marc, pour s'y retirer. Voilà quel a été le zèle de ce grand archevêque ; disons maintenant quelque chose de sa douceur et de sa compassion pour les pauvres et pour toutes sortes de malheureux.

Il divisait le revenu de son bénéfice en trois parties :
- la première, fort médiocre, était pour l'entretien de sa maison ;
- la seconde, pour la réparation du palais archiépiscopal qui tombait en ruine ;
- la troisième, pour le soulagement des pauvres, et celle-ci était la plus grosse et devint enfin presque le total, parce que le palais étant réparé, il ne pensa plus qu'aux pauvres.
Il faisait tous les jours de grandes aumônes à sa porte, sans la refuser à personne et c'était avec tant de profusion, que quelquefois il ne restait plus rien pour sa maison. Aux grandes fêtes de l'année, il distribuait deux cents ducats d'or en diverses oeuvres dé piété ; il vendait même ses meubles, ses livres et ses habits pour assister les nécessiteux avec plus de libéralité. Aussi était-il l'asile de tous ceux qui étaient dans la misère.

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Saint Antonin de Florence et saint Vincent Ferrier.
Fernando Yanez de la Almedina. XVe.

En voici un bel exemple Un habitant de Florence vint le supplier de l'aider à doter trois de ses filles : le charitable Prélat n'ayant rien alors à lui donner, lui conseilla de visiter chaque jour l'église de l'Annonciade, lui assurant que Notre-Dame elle-même doterait ses filles. Comme il s'y en allait un matin, il trouva deux aveugles qui, croyant n'être entendus de personne, se racontaient l'un à l'autre leur bonne fortune l'un disait qu'il avait deux cents ducats cousus dans son bonnet, et l'autre qu'il en avait trois cents dans son pourpoint. Il avertit le saint Archevêque qui fit venir ces aveugles ; et, après leur avoir reproché leur malice, de frustrer les véritables pauvres, en recevant des aumônes dont ils n'avaient pas besoin, il les condamna à payer une amende de quatre cent cinquante ducats, qui servirent à doter les trois jeunes filles. Ce fut là un trait de prudence et de cette justice que l'on appelle distributive.

En voici un autre de charité qui n'est pas moins considérable. Le Saint, passant une fois par la rue Saint-Ambroise, aperçut, sur la maison d'une bonne veuve, des anges qui paraissaient se réjouir il voulut savoir qui étaient ceux qui y demeuraient, et il y trouva trois jeunes personnes qui, pour gagner leur pain et celui de leur mère, travaillaient jour et nuit, sans même excepter les fêtes; il en eut compassion, et leur assigna une rente annuelle pour vivre, afin qu'elles ne fussent plus obligées de travailler les fêtes. La piété et la bonne conduite disparurent avec la nécessité du travail. Saint Antonin, passant une autre fois par lé même endroit, n'y vit plus les anges, mais un démon si horrible, qu'il l'effraya de son regard : il en donna avis à la mère et aux jeunes filles, et leur retrancha une partie de son aumône, de crainte que l'oisiveté ne leur causât un plus grand malheur.

Saint Antonin. Statue. Cathédrale Saint-Pierre.
Poitiers. XVIIIe.

C'était encore trop peu, pour saint Antonin, de donner ses biens, s'il ne consacrait aussi sa personne et sa vie pour le salut de ses ouailles dans un temps de contagion, tous les riches abandonnaient Florence, pour éviter le mauvais air ; le Saint y demeura généreusement pour assister les pestiférés, et ne craignit point de les visiter et de leur administrer lui-même les Sacrements. C'est cette charité du prochain, et ce grand zèle à le servir, qui lui ont fait mettre la main à la plume au milieu de ses fonctions épiscopales, et composer tant de beaux et excellents traités pour la consolation des âmes, pour l'instruction des peuples et pour la satisfaction des savants.

C'est aussi cette charité qui lui a fait opérer tant de miracles, guérir des malades désespérés des médecins, ressusciter des morts et multiplier du pain et de l'huile. Ses paroles avaient aussi une vertu admirable car un habitant de Florence lui ayant fait présent, le premier jour de l'année, d'un panier de fruits, dans l'espérance d'en recevoir quelque bonne récompense, et voyant que le Saint, pour toute reconnaissance, ne lui disait que ce mot : " Dieu vous le rende ", il s'en alla tout mécontent. L'Archevêque le sachant le fit rappeler, et mit en sa présence le panier de fruits dans le bassin d'une balance, et dans l'autre un billet contenant ces paroles : " Dieu vous le rende ".

Le billet se trouva peser plus que le panier le pauvre homme, tout confus, lui demanda pardon. Il fit encore paraître la force de ses paroles lorsque, pour donner de la terreur à quelques personnes qui le pressaient de fulminer une sentence d'excommunication pour un sujet qui ne le méritait pas, il prit un pain blanc, sur lequel il prononça quelque anathème, et aussitôt ce pain devint plus noir que des charbons.

Translation des reliques de saint Antonin.
Détail. Domenico Passignano. XVIe.

Etant âgé de soixante-dix ans, il tomba malade d'une petite fièvre ; il prévit qu'il allait bientôt mourir, quoiqu'on lui promît une prompte guérison c'est pourquoi il reçut promptement les Sacrements, et rendit ainsi sa belle âme à Dieu avec ces paroles :
" Mes yeux sont toujours élevés vers mon Seigneur, parce que c'est lui qui dégagera mes pieds des filets."

Ce fut le 2 mai, veille de l'Ascension, l'an 1459, la treizième année de son épiscopat. Un religieux de l'Ordre de Cîteaux, qui faisait son oraison, vit monter son âme au ciel sous la forme d'un petit enfant environné d'une nuée.

Son corps, conformément à son testament, fut porté en l'église du couvent de Saint-Marc. Le pape Pie II, qui était alors à Florence, donna sept ans et autant de quarantaines d'indulgences à tous ceux qui le visiteraient et lui baiseraient les pieds. Il demeura huit jours ainsi exposé, exhalant une très-agréable odeur. H s'est fait plusieurs miracles à son tombeau, d'après lesquels le pape Adrien VI fit le décret de sa canonisation, l'an 1523. La bulle de canonisation n'a été publiée que par Clément VII, successeur d'Adrien VI.

On représente saint Antonin :
- tenant de la main gauche sa crosse épiscopale, et dans la main droite une balance où est placé, d'un côté le panier de fruits que lui apporte un paysan, et de l'autre un bout de papier avec ces mots : " Que Dieu vous le rende ".

Nous avons raconté ce trait. On prétend que le Saint se servit de la même comparaison vis-à-vis d'un hôtelier qui lui avait fourni un frugal repas dans un voyage alors l'écrit porte ces mots, qu'on récite aux grâces : alors l'écrit porte ces mots :
" Retribue dignare, Domine, omnibus nobis bona facientibus, vitam aeternam."
" Récompensez, Seigneur, par le don de la vie éternelle, tous ceux qui nous font du bien."


- On place près de lui le titre de ses ouvrages Summa theologica ; opus Chronicum, etc.
- On lui attribue aussi le lis de la virginité mais l'attribut principal du Saint est évidemment la balance.

Le corps incorrompu de saint Antonin. Vénéré en l'église Saint-Marc.
Couvent Saint-Marc. Florence. Grand duché de Toscane.

ÉCRITS DE SAINT ANTONIN

Nous avons plusieurs écrits de saint Antonin :

1. Une Somme théologique, divisée en quatre parties. On y trouve une explication des vertus et des vices, avec les motifs qui portent a'ia pratique des unes et à la fuite des autres.
2. Un Abrégé d'histoire appelé aussi Chronique tripartite, depuis la création, du monde jusqu'à l'an 1458. L'auteur montre de la sincérité et de la bonne foi ; mais il manque souvent d'exactitude lorsqu'il raconte des faits éloignés de son temps.
3. Une Petite Somme où sont renfermées les instructions nécessaires aux confesseurs.
4. Quelques Sermons et quelques Traités p particuliers sur les vertus et les vices. Voir le Père Echard, De Script. Ord. Praedict., T. Ier, p. 818, et les Ballerini, dans la vie de saint Antonin, qu'ils ont mise à la tête de leur édition des oeuvres du saintarchevêque. Le Père Mamachi a donné aussi une édition de la Somme théologique de saint Antonin, aves des notes très prolixes. Elle parut à Florence en 1741.

Le pape Clément VII fit aussi écrire sa Vie par le Père Vincent Mainard de Géminten, procureur général de l'Ordre de Saint-Dominique. C'est celle qui est rapportée au troisième volume de Surius, et que nous avons suivie pour cette hagiographie, avec d'autres documents que les continuateurs de Bollandus ont donné au public.

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samedi, 01 décembre 2012

1er décembre. Fête des saints Aïeux.

- Fête des saints Aïeux.

" Vous êtes béni, Ô Dieu de nos Pères !"
Moïse et autres prophètes.


La foi d'Adam transmise par Dieu. Speculum animae. Espagne. XIVe.

L’Eglise Romaine ne célèbre en ce jour la fête particulière d'aucun Saint ; elle y fait simplement l'Office de la Férie, à moins que le premier Dimanche de l'Avent ne vienne à tomber précisément aujourd'hui. Dans ce cas, on devra recourir au Propre du Temps, où se trouve tout au long l'Office de ce Dimanche.


Noé prêchant. Speculum historiale. V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Si le Ier Décembre est une simple Férié de l'Avent, on pourra commencer dès ce jour à considérer, dans un esprit de foi, les préludes de l'Avènement miséricordieux du Sauveur des hommes.


Noé cultivant la Vigne. Ivresse de Noé. Speculum historiale.
V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Quatre mille ans d'attente ont précédé cet Avènement, et ils sont figurés dans les quatre Semaines qu'il nous faut traverser avant d'arriver à la glorieuse Nativité de notre Sauveur. Considérons la religieuse impatience dans laquelle ont vécu tous les Saints de l'ancienne Alliance, qui se transmirent de génération en génération une espérance dont ils ne pouvaient que saluer de loin le divin objet. Traversons par la pensée cette longue suite des témoins de la promesse : Adam et les premiers Patriarches antérieurs au déluge ; Noé, Abraham, Isaac, Jacob, et les douze Patriarches du peuple hébreu ; Moïse, Samuel, David et Salomon ; puis les Prophètes et les Machabées ; et arrivons à Jean-Baptiste et à ses disciples.


Abraham et Melchisédek. Mare historiarum. Johannes de Columna. XVe.

Ce sont là ces aïeux sacrés desquels le livre de l’Ecclésiastique nous dit : " Louons nos pères, ces hommes pleins de gloire dont nous sommes les descendants " (Eccli. XLIV, 1.) ; et dont l'Apôtre dit aux Hébreux : " Ce sont là ceux dont la foi a été éprouvée, mais qui n'ont cependant pas reçu l’objet des promesse ; Dieu ayant réservé pour nous son don excellent, et n'ayant pas voulu qu'ils arrivassent sans nous à l'objet de leurs désirs " (Hebr. XI, 39, 40.).


Dieu et Isaac. Bible historiale. Guiard des moulins. XIVe.

Rendons hommage à leur foi, glorifions-les nos Pères véritables dans cette foi même par laquelle ils ont mérité que le Seigneur qui les a éprouvés se souvînt enfin de ses promesses ; honorons-les aussi comme les ancêtres du Messie selon la chair. Entendons leur dernier cri sur la entiche funèbre, cet appel si solennel qu'ils faisaient à Celui qui seul pouvait détruire la mort : " Ô Seigneur, je vais attendre votre Salut ! Salutare tuum exspectabo, Domine !"

C'est Jacob lui-même, à sa dernière heure, qui suspend un moment les Bénédictions prophétiques qu'il répand sur ses enfants, pour jeter vers Dieu cette exclamation :
" Et ayant fini son discours, il rapprocha ses pieds sur sa couche et mourut, et il fut réuni à son peuple." (Moïs. in Genes., XLIX, 32.).
.

Isaac envoyant Jacob à Laban. Orationes encomiasticae in ss.
Virginem Dei param. Jacobus Kokkinobaphi. Constantinople. XIIe.

Et tous ces saints hommes, en sortant de cette vie. allaient attendre, loin de la Lumière éternelle, Celui qui devait paraître en son temps et rouvrir la porte du ciel. Contemplons-les dans ce lieu d'attente, et rendons gloire et amour au Dieu qui nous a conduits à son admirable lumière, sans nous faire passer par ces ombres ; mais prions ardemment pour la venue du Libérateur qui enfoncera, avec sa croix, les portes de la prison, et l'illuminera des rayons de sa gloire ; et puisque, dans ce saint temps, l'Eglise, par notre bouche, emprunte si souvent les expressions enflammées de ces Pères du peuple Chrétien pour appeler le Messie, adressons-nous aussi à eux pour être aidés de leur intercession dans le grand œuvre de la préparation de nos cœurs à Celui qui doit venir. Nous emprunterons pour cet effet à l'Eglise grecque le beau chant par lequel elle célèbre la mémoire de tous les Saints de l'ancienne Loi, au Dimanche qui précède immédiatement la fête de Noël.


Moïse recevant la loi. Speculum historiale.
V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

HYMNE POUR LA FÊTE DES SAINTS AÏEUX
Tirée des Menées des Grecs.

" Célébrons, en ce jour, Ô Fidèles, la mémoire des Aïeux, chantons un nouveau cantique au Christ Rédempteur qui les a glorifiés parmi tous les peuples, et qui a opéré par leur foi d'incroyables prodiges, le Seigneur fort et puissant. Il nous a manifesté par eux le sceptre de sa puissance, la Femme unique, celle qui ne connut point d'homme. la Mère de Dieu, la chaste Marie, de laquelle est sortie la divine fleur, le Christ qui donne à tous la vie et le salut éternel.

C'est vous qui avez délivré les saints Enfants de la fournaise, Ô Seigneur, et Daniel de la gueule des lions ; qui avez béni Abraham, Isaac votre serviteur, et son fils Jacob ; qui avez daigné naître parmi nous de leur sang pour sauver nos aïeux déchus aux premiers jours ; qui avez été crucifié, enseveli ; qui avez rompu les liens de la mort, et avez ressuscité tous ceux qui adoraient, Ô Christ, votre règne éternel.


Jacob et Joseph se retrouvant. Bible historiale.
Guiard des Moulins. XIVe.

Vénérons, avant tous les autres, Adam honoré de la main de Dieu et notre premier père à tous, habitant présentement dans les célestes tabernacles, reposant parmi les saints Elus.

Le Dieu et Seigneur de toutes choses a daigné accueillir Abel, qui, d'un cœur généreux, lui offrait des présents ; immolé autrefois par une main homicide, il a été reçu à la céleste lumière comme le divin Martyr.


Songe de Jacob. Speculum historiale. V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Seth est chanté dans tout l’univers pour son zèle ardent envers le Créateur, qui le sauva en récompense de sa vie irréprochable et de l'admirable disposition de son âme ; et voilà qu'il s'écrie dans la région des vivants : Vous êtes Saint, Ô Seigneur !

Enos, que ses entretiens et son âme divine ont fait surnommer l'admirable, espéra en esprit dans le Seigneur de toutes choses, et mourut plein de gloire après une vie passée sur la terre en faisant le bien.


Dieu et Samuel. David terrassant Goliath. Speculum historiale.
V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Célébrons par de sacrés cantiques et de ferventes prières la bienheureuse mémoire d'Enoch, lequel ayant plu au Seigneur, fut transporté dans la gloire, paru supérieur à la mort, ainsi qu'il est écrit ; étant de Dieu le serviteur le plus fidèle.

Rendons à Dieu nos louanges, et célébrons dans nos chants Noé qui fut juste et qui,honoré en toutes des divins commandements, fut agréable au Christ, auquel nous chanterons avec foi : Gloire à votre puissance, Ô Seigneur !

David priant Dieu. Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Dieu, voyant tes : qualités, et la sincérité de ton âme, et ta grande perfection, Ô Noé, te fait paraître comme le Père d'un second monde, toi qui sauvas du déluge les races des animaux divers, ainsi qu'il te l'avait commandé.

Chantons par de pieux cantiques la bienheureuse mémoire de Noé, qui conserva intacte la loi de Dieu, qui fut trouvé juste en sa génération, et qui par un merveilleux arrangement sut conserver autrefois dans une arche de bois les espèces différentes des animaux privés de raison.


David chantant les psaumes. Bible historiale. Guiard des Moulins.
Maître de Fauvel. XIVe.

Ta joyeuse mémoire, Ô bienheureux Noé, répand en nous, qui t'honorons à cette heure, le vin de la componction, lequel réjouit et nos âmes et nos coeurs, pendant que nous exaltons avec sincérité l'admirable intégrité de tes mœurs et ta vie toute divine.

Honorons encore de nos louanges Sem qui fit fructifier la bénédiction paternelle ; dont la douceur fut agréable à Dieu, et qui, réuni aux chœurs des aïeux, repose plein de joie en la région des vivants.


Jugement de Salomon. Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.

Abraham, l'ami de Dieu, mérita de voir le jour de son Créateur, et d'être rempli comme ses pères d'une joie ; honorons-le en la sincérité de nos cœurs, disons-le tous bienheureux et fidèle serviteur de Dieu.

Autant qu'il est permis à un homme de la voir, tu as vu la Trinité, et lui as offert l'hospitalité ; et tu en as été pensé en devenant le Père dans la foi de nations innombrables.


Job est ses amis d'hier. Grandes Heures d'Anne de Bretagne.
Jean Bourdichon. XVIe.

Tu fus, par un sage conseil de Dieu, le type du Christ souffrant, Ô bienheureux Isaac! conduit parla foi simple de ton père, pour être offert en sacrifice ; c'est pourquoi tu es devenu bienheureux et fidèle ami de Dieu, tu as mérité de avec les justes en ses saints tabernacles.

Jacob fut le plus fidèle des serviteurs de Dieu ; c'est pourquoi il lutta avec l’Ange, vit Dieu en esprit, et changea de nom ; il vit en dormant la divine échelle au haut de laquelle était assis le Dieu qui, dans sa bonté, s'est appuyé sur notre chair.


Daniel, l'idole et le serpent. Speculum humanae salvationis. XIVe.

Joseph, suivant avec amour le précepte de son père, est jeté dans la citerne, et vendu comme le prototype de Celui qui a été immolé et jeté dans la citerne, le Christ. Il fut le sauveur de l'Egypte et le sage distributeur des blés ; il fut juste et le vrai roi de ses passions.

Job a reçu de justes éloges pour la lutte qu'il soutint contre la tentation incessante à laquelle il fut soumis ; il fut de Dieu le serviteur sincère, homme doux, sans nulle malice, d'une grande droiture et perfection non pareille, et sans nul reproche : Vous êtes béni, Ô mon Dieu !


Daniel dans la fosse aux Lions. Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.

Honorons en la foi Moïse, Aaron et Hor, puis Josué et Lévi le très saint, et Samson ; et disons à haute voix : " Vous êtes béni, Ô Dieu de nos Pères !"

Célébrons la phalange chère au Seigneur des divins Pères, Baruch, Nathan et Eléazar, Josias et David, Jephté et Samuel qui lisait dans le passé et s'écriait : " Que toute créature bénisse le Seigneur !"


Enlèvement d'Hénoch. Recueil d'images pieuses. Ethiopie. XVIIe.

Louons encore dans nos chants les Prophètes de Dieu : Osée, Michée, Sophonie, Habacuc, Zacharie, Jonas, Aggée et Amos, Abdias, Malachie, Nahum, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel, Elie et Elisée.

Elles opérèrent aussi par votre vertu, Seigneur, des prodiges de courage, nos sœurs Anne, Judith, Debbora, Olda, Jahel, Ester, Sara, Marie, sœur de Moïse, Rachel et Rébecca, et Ruth, femmes magnanimes.


Ezéchiel et Joaquin prisonniers. Bible historiale.
Guiard des Moulins. XVe.

Venez tous, exaltons avec foi les louanges des anciens Père, avant la loi : célébrons la mémoire d'Abraham et de tous ceux qui l'accompagnent ; honorons la tribu de Juda, et les jeunes hommes, image de la Trinité, qui, dans Babylone, éteignirent les flammes de la fournaise ; célébrons avec eux Daniel ; gardons religieusement les oracles des Prophètes ; crions à haute voix avec Isaïe : Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils, l'Emmanuel, c'est-à-dire, le Dieu avec nous."


Vocation de Jérémie. Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Rq : Cette fête est l'occasion de rappeler que ces saints et vénérables aïeux avaient la même foi que nous. Ils croyaient en particulier et très certainement à la Très Sainte Trinité. Elie et Hénoch, qui sont toujours vivants, sont très certainement horrifiés des mensonges énormes et délibérés, voire des hérésies, proférées par l'usurpateur actuel du siège de Pierre et par le clergé de la secte qui usurpe le si beau et si saint nom catholique ; pour le plus grand péril des pauvres âmes ainsi abusées et qui risquent ainsi de ne point faire leur salut.

On téléchargera et lira avec profit " De l'harmonie entre l'Eglise et la Synagogue ou la perpétuité et catholicité de la religion chrétienne " du chevalier Paul Drach, rabbin converti à la vraie foi de ses aïeux, laquelle, après l'Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, est la foi enseignée et prêchée par la seule Eglise catholique, à l'exclusion de tout autre religion, et particulièrement du judaïsme post-christique et talmudique, monstrueuse illustration de la parabole des vignerons homicides (Matth., XXI, 33-42.).
Ce livre, certes difficile, mais inégalé, se trouve sur le site de la remarquable bibliothèque Saint-Libère :
- T. I : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=85
- T. II : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=86


La Transfiguration. Elie et Hénoch sont aux côtés de
Notre Seigneur Jésus-Christ. Duccio di Buoninsegna. XIVe.

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jeudi, 25 décembre 2008

Credo de saint Athanase

SYMBOLE DE SAINT ATHANASE

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Saint Athanase au concile de Nicée.
Histoire et continuation. Guillaume de Tyr. Acre. Terre Sainte. XIIIe.

1. Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem :
- Quiconque veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique :

2. Quam nisi quisque integram inviolatamque servaverit, absque dubio in æternum peribit.
- Celui qui ne la conservera pas intègre et inviolée périra, sans aucun doute, pour l'éternité.

3. Fides autem catholica haec est : ut unum Deum in Trinitate, et Trinitatem in unitate veneremur.
- Voici quelle est la foi catholique : c'est que nous vénérions un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'unité.

4. Neque confundentes personas, neque substantiam separantes.
- Sans confondre les personnes, ni séparer la substance.

5. Alia est enim persona Patris, alia Filii, alia Spiritus Sancti :
- Autre est en effet la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit :

6. Sed Patris et Filii et Spiritus Sancti una est divinitas, æqualis gloria, coæterna majestas.
- Mais du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il n'est qu'une seule divinité, une gloire égale, une majesté coéternelle.

7. Qualis Pater, talis Filius, talis Spiritus Sanctus.
- Tel est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.

8. Increatus Pater, increatus Filius, increatus Spiritus Sanctus.
- Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé.

9. Immensus Pater, immensus Filius, immensus Spiritus Sanctus.
- Le Père est immense, le Fils est immense, le Saint-Esprit est immense.

10. Aeternus Pater, æternus Filius, æternus Spiritus Sanctus.
- Le Père est éternel, le Fils est éternel, le Saint-Esprit est éternel.

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La Très Sainte Trinité. Sculpture votive anonyme italienne du XVe.

11. Et tamen non tres æterni, sed unus æternus.
- Et pourtant il n'y a pas trois éternels, mais un seul éternel.

12. Sicut non tres increati, nec tres immensi, sed unus increatus et unus immensus.
- De même, il n'y a pas trois incréés, ni trois immenses, mais un seul incréé et un seul immense.

13. Similiter omnipotens Pater, omnipotens Filius, omnipotens Spiritus Sanctus.
- De même, le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint-Esprit est tout-puissant.

14. Et tamen non tres omnipotentes, sed unus omnipotens.
- Et pourtant, il n'y a pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant.

15. Ita Deus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus Sanctus.
- De même, le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu.

16. Et tamen non tres dii, sed unus est Deus.
- Et pourtant, il n'y a pas trois dieux, mais un seul Dieu.

17. Ita Dominus Pater, Dominus Filius, Dominus Spiritus Sanctus.
- De même, le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur.

18. Et tamen non tres Domini, sed unus est Dominus.
- Et pourtant, il n'y a pas trois seigneurs, mais un seul Seigneur.

19. Quia, sicut singillatim unamquamque personam Deum ac Dominum confiteri christiana veritate compellimur : ita tres deos aut dominos dicere catholica religione prohibemur.
- De même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chaque personne est Dieu et Seigneur, ainsi la religion catholique nous interdit de dire qu'il y a trois dieux ou seigneurs.

20. Pater a nullo est factus : nec creatus, nec genitus.
- Le Père ne vient de nul autre : ni fait, ni créé, ni engendré.

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La Très Sainte Trinité couronnant Notre Dame la Vierge Marie.
Heures à l'usage de Sarum et de Poitiers. XVe.

21. Filius a Patre solo est : non factus, nec creatus, sed genitus.
- Le Fils est du Père seul : ni fait, ni créé, mais engendré.

22. Spiritus Sanctus a Patre et Filio : non factus, nec creatus, nec genitus, sed procedens.
- Le Saint-Esprit est du Père et du Fils : ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant.

23. Unus ergo Pater, non tres Patres ; unus Filius, non tres Filii ; unus Spiritus Sanctus, non tres Spiritus Sancti.
- Il y a donc un seul Père, et non trois Pères ; un seul Fils, et non trois Fils ; un seul Saint-Esprit, et non trois Esprits Saints.

24. Et in hac Trinitate nihil prius aut posterius, nihil majus aut minus : sed totæ tres personæ coæternae sibi sunt et coæquales.
- Et en cette Trinité, il n'y a rien d'antérieur ou de postérieur, rien de plus grand ou de plus petit, mais les trois personnes sont tout entières coéternelles et coégales entre elles.

25. Ita ut per omnia, sicut jam supra dictum est, et unitas in Trinitate, et Trinitas in unitate veneranda sit.
- En sorte qu'en toutes choses, ainsi qu'il a été dit plus haut, on doit vénérer l'unité dans la Trinité, et la Trinité dans l'unité.

26. Qui vult ergo salvus esse : ita de Trinitate sentiat.
- Que celui qui veut être sauvé pense donc ainsi de la Trinité.

27. Sed necessarium est ad æternam salutem, ut Incarnationem quoque Domini nostri Jesu Christi fideliter credat.
- Mais il est nécessaire au salut éternel de croire aussi fidèlement à l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

28. Est ergo fides recta ut credamus et confiteamur quia Dominus noster Jesus Christus, Dei Filius, Deus et homo est.
- La rectitude de la foi est de croire et confesser que Notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme.

29. Deus est ex substantia Patris ante sæcula genitus : et homo est ex substantia matris in sæculo natus.
- Il est Dieu, engendré avant les siècles de la substance du Père : il est homme, né dans le siècle de la substance de sa mère.

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La Très Sainte Trinité. Agnolo Gaddi. XIVe.

30. Perfectus Deus, perfectus homo ex anima rationali et humana carne subsistans.
- Dieu parfait, homme parfait subsistant d'une âme raisonnable et d'une chair humaine.

31. Aequalis Patri secundum divinitatem : minor Patre secundum humanitatem.
- Égal au Père selon sa divinité, inférieur au Père selon son humanité.

32. Qui, licet Deus sit et homo, non duo tamen, sed unus est Christus.
- Bien qu'il soit Dieu et homme, il n'y a pas deux mais un seul Christ.

33. Unus autem non conversione divinitatis in carnem, sed assumptione humanitatis in Deum.
- Il est un, non par conversion de la divinité en chair, mais par l'assomption de l'humanité en Dieu.

34. Unus omnino, non confusione substantiæ, sed unitate personæ.
- Un absolument, non par confusion de substance, mais par l'unité de la personne.

35. Nam sicut anima rationalis et caro unus est homo : ita Deus et homo unus est Christus.
- Car, de même que l'âme raisonnable et la chair est un seul homme, ainsi le Dieu et l'homme n'est qu'un seul Christ.

36. Qui passus est pro salute nostra, descendit ad inferos tertia die resurrexit a mortuis.
- Il a souffert pour notre salut, il est descendu aux enfers, et le troisième jour il est ressuscité des morts.

37. Ascendit ad cælos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.
- Il est monté aux cieux, il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant : d'où il reviendra juger les vivants et les morts.

38. Ad cujus adventum omnes homines resurgere habent cum corporibus suis : et reddituri sunt de factis propriis rationem.
- À son avènement, tous les hommes seront appelés à ressusciter avec leurs corps, et à rendre raison de leurs propres actes.

39. Et qui bona egerunt ibunt in vitam æternam : qui vero mala, in ignem æternum.
- Ceux qui auront fait le bien iront à la vie éternelle, ceux qui ont fait le mal, au feu éternel.

40. Haec est fides catholica, quam nisi quisque fideliter firmiterque crediderit, salvus esse non poterit.
- Telle est la foi catholique : quiconque ne la croira pas fidèlement et fermement ne pourra pas être sauvé.

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Le Jugement dernier. Bréviaire à l'usage de Besançon. XVe.

Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, sicut erat in principio et nunc et semper et in saecula saeculorum. Amen.
- Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement et maintenant et toujours et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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