samedi, 17 mai 2025
17 mai. Saint Pascal Baylon, Franciscain. 1592.
- Saint Pascal Baylon, Franciscain. 1592.
Papes : Paul III ; Clément VIII. Rois de France : François Ier ; Henri IV*.
" On doit avoir pour Dieu le coeur d'un enfant, pour le prochain le coeur d'une mère, pour soi-même le coeur d'un juge."
Saint Pascal Baylon.

Saint Pascal Baylon - Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul.
Saint Pascal Baylon naquit en Espagne, le 17 mai 1540, d'humbles cultivateurs, riches des vertus chrétiennes. Occupé dès l'âge de sept ans, à la garde des troupeaux, il passait son temps en prières et en lectures ; on dit que les Anges eux-mêmes lui donnèrent des leçons.
Le petit Pascal se plaisait surtout à réciter le Pater. Quoique pauvre, il trouvait le moyen de faire l'aumône en donnant une partie de sa nourriture à ceux qui en avaient besoin. Il était le modèle aimé et respecté de tous les bergers de la contrée. Dans un âge si tendre, il connaissait l'usage assidu des cilices, des jeûnes, des disciplines sanglantes ; on le voyait marcher pieds nus à travers les ronces et les épines, en expiation de ses péchés. Le maître chez qui ses parents l'avaient placé voulait le faire héritier de tous ses biens, mais Pascal ne convoitait que l'héritage de l'amour de Dieu et la pauvreté religieuse.
Vers l'âge de vingt ans, Pascal se sentait appelé à la vie religieuse, se rendit dans le royaume de Valence pour rejoindre le couvent des franciscains " Soccolans ", construit dans un lieu désert, près de la ville de Montforte.

Eglise Saint-Luxor. Zicavo. Corse. XVIIe.
Les " Soccolans " ou les " Alcantarins ", constituaient une réforme particulièrement austère des Francisains observants, faite par Pierre Garavito dit Pierre d’Alcantara. Pierre Garavito né en 1499 à Alcantara (Estramadure) où son père était gouverneur. A quatorze ans, il perdit son père, sa mère se remaria et il partit étudier les arts libéraux, la philosophie et le droit canon à Salamanque où il décida d'entrer chez les Frères Mineurs dont il reçut l'habit, en 1515, au couvent de Los Majaretes.
En 1519 il fut choisi comme gardien du couvent de Badajoz ; ordonné prêtre en 1524, il commença une si brillante carrière de prédicateur qu'on l'appelât à la cour du Portugal. Elu provincial de son Ordre (province Saint-Gabriel) en 1538, il instaura un régime très austère et, son mandat terminé, il se retira dans un désert, à l'embouchure du Tage, où il fonda un couvent d'ermites (1542).
Rappelé dans sa province (1544), il y fonda, près de Lisbonne, un couvent qui sera le germe d'une province nouvelle (1550). Lors d'un voyage à Rome, il reçut l'approbation de Jules III pour expérimenter une réforme radicale, sous la juridiction des mineurs observants dont le commissaire général le nomme commissaire général des mineurs réformés d'Espagne (1556) ; Paul IV lui donna tous pouvoirs pour ériger de nouveaux couvents (1559).
Pour revenir à notre Saint, son allure un peu gauche et son accoutrement bizarre, mirent en défiance les supérieurs qui lui refusèrent l'entrée du couvent. Il reprit alors son métier de berger chez des cultivateurs du voisinage, sans s'éloigner pour ne pas perdre des vue le petit campanile du couvent vers lequel se portaient ses aspirations, suivant par la pensée les offices dont il entendait les sonneries, et s’unissant profondément à la messe. Un jour que la cloche annonçait l'approche de 1'élévation, et qu’il était à genoux une hostie lui apparut soutenue par deux anges.
Les vertus de l'enfant, déjà si extraordinaires, devinrent dans le religieux, des vertus véritablement merveilleuses. Son obéissance était aussi parfaite que possible. Traité rigoureusement par son supérieur, il disait à ceux qui le plaignaient :
" Taisez-vous : le Saint-Esprit a parlé par la bouche de notre supérieur."
Quand on lui proposait de faire quelque chose, il disait souvent :
" Je ferai comme l'obéissance dira."

Anonyme espagnol du XVIIe.
Sa mortification était effrayante et ne le cédait en rien à celle des anciens solitaires. Sa charité pour les pauvres, quand il était portier, dépassait les limites ; du moins ses supérieurs le blâmaient à ce sujet ; mais il leur répondait naïvement :
" S'il se présente douze pauvres et que je donne à dix, il est bien à craindre que l'un de ceux que je renvoie ne soit précisément Jésus-Christ."
Il avait aussi une dévotion particulière envers la très Sainte Vierge Marie. Quand il le pouvait, il conduisait son troupeau auprès du sanctuaire de Notre-Dame de la Sierra. Sur sa houlette, il avait sculpté l'image de Notre-Dame, surmontée d'une hostie rayonnante, afin d'avoir toujours sous les yeux le double objet de sa dévotion. A genoux, au milieu des champs, devant sa houlette, il priait avec autant de piété que s'il se fût trouvé à l'église. Tout ce qui se présentait à son regard servait à exciter sa foi. Sans cesse il méditait sur les merveilles de la création, et s'élevait, vers Dieu qu'il contemplait dans toutes ses œuvres. Il eut plusieurs fois des ravissements et ne put pas toujours cacher aux yeux des hommes les faveurs dont il était comblé par Dieu.
Pascal prononça ses vœux perpétuels le jour de la Purification de la sainte Vierge de l'an 1565, n'ayant pas encore vingt-cinq ans accomplis. Son père gardien aimait à dire qu'il n'avait connu personne qui fût à la fois plus dur et plus doux que frère Pascal :
" plus dur à lui-même et plus doux pour les autres."
L'idéal qu'il se proposait était d'avoir " pour Dieu un cœur de fils, pour le prochain un cœur de mère, et pour lui-même un cœur de juge ".

Pascuale Lienzo. Espagne. XVIIe.
Quand il changeait de couvent, conformément à la coutume de son ordre qui veut ainsi prévenir les attaches secrètes du cœur, on ne l'entendait jamais émettre la moindre plainte. Il trouvait là une excellente occasion de se regarder comme un étranger sur la terre. En quelque lieu qu'il allât, il était toujours le même, gai, doux, affable et très déférent pour tous. Dans les différents couvents où il passait, Pascal était ordinairement chargé de la porterie et du réfectoire, parce qu'on le savait affable, discret, vigilant, actif et fidèle. Comme portier, il devait distribuer aux pauvres les restes de la table des religieux, et pour que cette aumône fût profitable à leur âme autant qu’à leur corps, il adopta l’usage de prier avec eux avant et après chaque repas.
A l'ombre du cloître, son amour pour la sainte Eucharistie grandit encore. Le plus souvent, quand ses fonctions ne le retenaient pas ailleurs, on le trouvait à 1'église, tout absorbé en Dieu. Le premier, il était debout au milieu de la nuit pour les saintes veilles ; le dernier, il regagnait sa pauvre couche pour y prendre un très court repos.
Pendant quelques temps aussi, il remplit l'office de quêteur. Sa première visite, en arrivant dans un village, était pour l'hôte divin du tabernacle. Et quand, le soir, il rentrait au monastère, épuisé de fatigue, pour se dédommager de n'avoir pu passer auprès de son bien-aimé tout le temps de ses courses, il consacrait une grande partie de la nuit à l'adoration du Très Saint-Sacrement.

Imagerie populaire du XIXe.
Le général de son ordre, Christophe de Cheffontaines, étant à Paris, il fut député vers lui pour les affaires de sa province. Il partit pour la France, sans se laisser effrayer par les dangers qu'il aurait à affronter de la part des huguenots, maîtres de presque toutes les villes qu'il lui fallait traverser. Maintes fois il fut exposé à la fureur des hérétiques qui le poursuivirent à coups de pierres et de bâton. C’est en une de ces occasions qu’il reçut à l’épaule une blessure dont il souffrit tout le reste de sa vie. Deux fois il fut arrêté comme espion et menacé de mort. Mais Dieu le délivra de tout danger.
Etant près d'Orléans, il se vit environné d'une troupe de gens qui lui demandèrent s'il croyait que le corps de Jésus-Christ était dans le sacrement de l'Eucharistie. Sur la réponse qu'il leur fit, ils voulurent entrer en controverse avec lui, pour se donner le plaisir de l'embarrasser par leurs subtilités. Mais quoiqu'il n'eût de la science théologique qu'autant qu'il avait plu à Dieu de lui en communiquer par infusion, et qu'il ne sût point d'autre langue que celle de son pays, il les confondit de telle sorte, qu'ils ne purent lui répliquer qu'à coups de pierres. Il en fut quitte pour quelques blessures dont une à la bouche qui lui donna l’air d’un éternel sourire.

Basilique Saint-Pascal Baylon. Villareal. Espagne.
Etant heureusement sorti de leurs mains, il passa devant la porte d'un château où il demanda par aumône un morceau de pain, comme il avait coutume de faire lorsqu'il était pressé par la faim. Le maître du lieu était un gentilhomme huguenot, grand ennemi des catholiques, et il était à table lorsqu'on lui dit qu'il y avait à la porte une espèce de moine en fort mauvais équipage qui demandait l'aumône.
Il le fit entrer, et après avoir longtemps considéré son habit déchiré, et son visage basané, il jura que c'était un espion espagnol, et il l’aurait tué si sa femme, qui en eut compassion, ne l'eût fait secrètement mettre à la porte, mais sans songer à lui donner un morceau de pain. Une pauvre femme catholique du village voisin lui fit cette charité ; lorsqu'après avoir repris ses forces, il se croyait en quelque sureté, il pensa être sacrifié de nouveau à la fureur de la populace que son habit avait attirée.
Un de la bande le saisit, sans s'expliquer sur ce qu'il voulait faire, et le jeta dans une étable qu'il ferma à la clef. Pascal se prépara toute la nuit à mourir le lendemain ; mais au lieu de la mort qu'il attendait, celui qui l'avait renfermé vint lui apporter l'aumône, et le fit sortir deux heures après le soleil levé.
Lorsqu'il se fut acquitté de sa mission auprès de son général, saint Pascal retourna en Espagne. En chemin, il vit venir à lui un cavalier qui, sans le saluer, lui mit la pointe de la lance contre la poitrine, et lui demanda :
" Où est Dieu ?"
Pascal, sans s'effrayer, mais aussi sans avoir le temps de réfléchir, lui répondit :
" Dans le ciel."
Le cavalier retira aussitôt sa lance, et partit sans rien dire de plus. Pascal, d'abord étonné de cette conduite, la comprit en réfléchissant davantage : le soldat l'avait épargné, parce qu'il s'était contenté de dire que Dieu est dans le ciel ; s'il avait ajouté qu'il est aussi dans l’Eucharistie, il l'aurait percé de sa lance.
Notre Saint crut alors que Dieu l’avait jugé indigne de la couronne du martyre.
On ne l'entendit jamais parler des dangers qu'il avait courus ; il se contentait de répondre en peu de mots aux questions qu’on lui posait, en supprimant avec soin tout ce qui aurait pu lui attirer quelques louanges.
Il passa les dernières années de sa vie au couvent Notre-Dame-du-Rosaire de Villareal, près de Valence. Un jour, au cours du saint sacrifice de la messe, Dieu lui révèla sa mort prochaine dont il conçut une vive joie.
Quelques jours après, il tomba gravement malade. Transporté à l’infirmerie, il y reçut les derniers sacrements avec une tendre piété, et il s'endormit doucement dans le Seigneur en prononçant le nom de Jésus. C'est le dimanche de la Pentecôte, 17 mai 1592, au moment de l'élévation de la sainte hostie dans la chapelle du couvent.
De nombreux miracles, accomplis à son sépulcre, y attirèrent de grands concours de peuple. Le 29 octobre 1618, le pape Paul V le déclara bienheureux et permit au royaume de Valence de célébrer son office. En 1621, Grégoire XV accorda cette même faveur à tous les religieux de l'ordre de Saint-François. Le 16 octobre 1690, Alexandre VIII l'inscrivit au catalogue des saints. Enfin il fut proclamé patron des congrès et oeuvres eucharistiques, le 28 novembre 1897, par Léon XIII.
Le 13 août 1936, sa tombe fut ignoblement profanée par les bêtes féroces révolutionnaires espagnoles qui brûlèrent sa dépouille incorrompue. Les ossements calcinés furent recueillis et déposés dans une nouvelle châsse le 3 juin 1952.
Saint Pascal Baylon est célèbre par sa dévotion à la Sainte Eucharistie ; il passait des heures entières, souvent ravi en Dieu, devant le Tabernacle, et parfois on le voyait suspendu en l'air par l'effet du divin amour. Quand il ne pouvait être de corps devant le Très Saint-Sacrement, il y était ordinairement en esprit. Pendant la Messe de ses funérailles, on vit ses yeux s'ouvrir deux fois, à l'élévation de l'hostie et du calice.

Custode-reliquaire de saint Pascal Baylon. XIXe.
PRIERE
" Les cieux se sont ouverts pour vous recevoir, Ô Pascal ! Dès ici-bas, l'ardeur de votre contemplation vous fit souvent pressentir les délices de l'éternité ; mais aujourd'hui tous les voiles sont abaissés, et vous contemplez pour jamais celui que vous avez tant désiré. Il ne s'agit plus pour vous de s'unir à lui par la souffrance et les abaissements ; c'est sa propre gloire, sa félicité, sa victoire, qu'il vous invite à partager.
Daignez jeter un regard sur nous qui n'avons pas votre empressement à suivre les traces du Rédempteur, et qui ne possédons encore que l'espérance d'être réunis à lui dans son éternité. Soutenez notre faiblesse, et obtenez-nous cet amour qui fait aller droit à Jésus, qui passe par-dessus les obstacles de la chair et du sang, et établit l'homme dans une parfaite conformité avec son modèle divin Faites-nous aspirera la transformation en Jésus ressuscité, qui ne peut plus mourir. Les arrhes de cette transformation sont déjà en nous par la communion au mystère pascal ; qu'elles se complètent par notre fidélité à nous tenir près de notre chef triomphant. S'il nous laisse encore dans la vallée des larmes, son œil nous suit, son amour aspire à nous voir fidèles ; encore un peu de temps, et il paraîtra.
" Voici que j'arrive vite, nous dit-il ; tiens ferme ce que tu as reçu ; je suis à la porte, et je frappe déjà. Celui qui entendra ma voix et m'ouvrira la porte, j'entrerai près de lui, et je ferai festin avec lui, et lui avec moi." (Apoc. III, 11, 20.). Ainsi la Pâque du temps se résoudra dans la Pâque éternelle. Priez, Ô Pascal, afin qu'à votre exemple nous tenions ferme ce que nous possédons déjà par la grâce de notre divin Ressuscité."
* On ne répètera jamais assez que les conditions d'accession au trône de France d'Henri de Navarre relèvent plus de l'usurpation que d'autre chose. An France, c'est le sacre qui fait le roi, la primogéniture mâle n'étant qu'une pratique admise tacitement par tous avec le temps. De ce point de vue, les formules employées lors du " sacre " d'Henri de Navarre (nous parlons ici des formules précises rédigées par saint Remi), et en particulier les serments que le souverain prête lors de ce sacramental - celui " d'exterminer les hérétiques " notamment -, ne furent pas tous prononcés. C'est Louis XIII, par sa consécration de la France à Notre Dame qui légitimera et affermira un peu plus la légitimité douteuse, contestable et contestée des Bourbons sur l'auguste trône des Francs chrétiens.
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lundi, 12 mai 2025
12 mai. Saint Pancrace, martyr. 304.
- Saint Pancrace, martyr. 304.
Pape : Saint Marcelin. Empereur : Dioclétien.
" La mort du juste est la condamnation de la vie des impies, et la sagesse du jeune âge celle d'une longévité criminelle."
Sap. IV, 16.

Statue processionnelle. Eglise Saint-Pancrace.
Pancrace vient de pan, qui signifie tout, et gratus, agréable, et citius, vite, tout prompt à être agréable, car dès sa jeunesse il le fut. Le Glossaire dit encore que Pancras veut dire rapine, pancratiarius, soumis aux fouets, Pancrus, pierre de différentes couleurs : en effet, il ravit des captifs pour butin, il fut soumis au tourment du fouet, et il fut décoré de toutes sortes de vertus.
Saint Pancrace était un enfant d'une illustre naissance, de Synnade en Phrygie. Ayant perdu son père de bonne heure, il demeura sous la tutelle de Denis, un de ses oncles, dont le martyrologe romain fait aussi mémoire aujourd'hui comme d'un saint confesseur.

Legenda aurea. Bx. J. de Voragine. R. de Montbaston. XIVe.
Cet excellent tuteur considéra toujours Pancrace comme son propre fils et prit un soin scrupuleux de son éducation. Lorsqu'il vit Pancrace âgé de 14 ans, il décida de faire le voyage de Rome où ils jouissaient d'ailleurs d'un riche patrimoine.
Là, ils demandèrent instamment au pape Caïus de recevoir le baptême et d'être pleinement instruits des mystères de la religion chrétienne. Ce saint pape leur accorda avec grand plaisir ce qu'ils souhaitaient. Denis mourut bientôt de sa belle mort après avoir soupiré après la couronne du martyr.
Dans leur quartier était caché, avec les fidèles, le pape Corneille, qui avait contrinué à la conversion à la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ de Denys et Pancrace.
Pancrace fut bientôt pris et conduit par-devant César. Il avait alors environ quatorze ans. L'empereur, Dioclétien, fit tous ses efforts pour l'obliger de sacrifier aux idoles. Dans un premier mouvement, Dioclétien traita Pancrace avec bonté parce que son père et lui avait été ami et qu'il était charmé par le caractère et la beauté de notre jeune Saint.
Dioclétien lui dit :
" Jeune enfant, je te conseille de ne pas te laisser mourir de male mort ; car, jeune comme tu es, tu peux facilement te laisser induire en erreur, et puisque ta noblesse est constatée et que tu es le fils, d'un de mes plus chers amis, je t'en prie, renonce à cette folie, afin que je te puisse traiter comme mon enfant."
Pancrace lui répondit :
" Bien que je sois enfant par le corps, je porte cependant en moi le coeur d'un vieillard, et grâce à la puissance de mon Seigneur Jésus-Christ la terreur que tu nous inspires ne nous épouvante pas plus que ce tableau placé devant nous. Quant à tes Dieux que tu m’exhortes à honorer, ce furent des trompeurs, des corrupteurs de leurs belles-soeurs ; ils n'ont pas eu même de respect pour leurs père et mère que si aujourd'hui tu avais des esclaves qui leur ressemblassent tu les ferais tuer incontinent. Je suis étonné de constater comment un empereur si éclairé me commande d'avoir de l'estime pour des dieux qui n'étaient que des hommes et dont la vie était si corrompue que si vos esclaves ne vivaient pas mieux aujourd'hui, vous les feriez punir exemplairement."
L'empereur donc, se réputant vaincu par un enfant, le fit décapiter sur la voie Aurélienne, vers l’an du Seigneur 287. Son corps fut enseveli avec soin par Octavie (Cocavilla), femme d'un sénateur.
Au rapport de Grégoire de Tours (Miraculorum, lib. I, chap. XXXIX.), si quelqu'un ose prêter un faux serment sur le tombeau du martyr, avant qu'il soit arrivé au chancel du choeur, il est aussitôt possédé du démon et devient hors de lui, ou bien il tombe sur le pavé et meurt.
Il s'était élevé un procès assez important entre deux particuliers. Or, le juge connaissait parfaitement le coupable. Le zèle de la justice le porta à les mener tous les deux à l’autel de saint Pierre ; et là il força celui qu'il savait avoir tort à confirmer par serment sa prétendue innocence, en priant l’apôtre de venger la vérité par une manifestation quelconque.
Or, le coupable ayant fait serment et n'ayant éprouvé aucun accident, le juge, convaincu de la malice de cet homme, et enflammé du zèle de la justice s'écria :
" Ce vieux Pierre est ou trop bas, ou bien il cède à moindre que lui. Allons vers Pancrace ; il est jeune, requérons de lui ce qui en est."
On y alla ; le coupable eut l’audace de faire un faux serment sur le tombeau du martyr ; mais il ne put en retirer sa main et expira bientôt sur place.
C'est de là que vient la pratique encore observée aujourd'hui de faire jurer, dans les cas difficiles, sur les reliques de saint Pancrace.

Martyr de saint Pancrace. Vie de saints. R. de Monbaston. XIVe.
Des années plus tard, quand saint Grégoire le Grand convertit en monastère la maison ancestrale de saint Pancrace, qui était voisine de celle de son oncle Denys, il enseigna à ses moines de vénérer le jeune Saint qui avait souffert le martyre juste à côté de leur couvent, et, quand il devint pape, il fit inclure la tête de saint Pancrace dans un buste en argent et vénérer dans sa cathédrale du Latran. Le buste retourna à l'église de Saint-Pancrace au XIIe siècle.
L'attribut de saint Pancrace est l'épée ; c'est aussi l'attribut des saints Nérée et Achillée qui sont fêtés aussi en ce jour.

Statue. Eglise Saint-Pancrace. Castellare-di-Casinca. Corse. XIXe.
RELIQUES, CULTE ET LES DIVERS NOMS DE SAINT PANCRACE
Il y a à Rome une église de son nom, et la porte anciennement appelée Aurelia, se nomme aujourd'hui Saint-Pancrace. Saint Grégoire, pape, parle de sa tombe et de ses reliques dans l'Homélie 27 sur saint Jean et dans le 3e livre de son Registre, épître 18.
Saint Grégoire de Tours, qui vivait avant lui, raconte un miracle perpétuel que Dieu y faisait par les mérites de ce saint Martyr : ceux qui allaient faire quelque serment solennel en l'église qui lui est dédiée étaient visiblement punis de Dieu, quand ils ne disaient pas la vérité : ou ils tombaient morts sur place, ou ils étaient possédés du démon, qui les tourmentaient par mille sortes de supplices à la vue de tout le monde.
Baillet écrit qu'" il s'est fait une grande distraction des reliques de saint Pancrace en diverses églises d'Europe : et comme il est assez ordinaire de voir que lorsqu'on a quelque ossement considérable d'un Saint, on se vante d'avoir son corps, on doit être moins surpris d'entendre dire que le corps de saint Pancrace se trouve en 15 ou 20 endroits différents, sans être obligé de recourir au mystère de la reproduction. Outre ce qui est resté de ses reliques dans l'église de son nom, à Rome, on voit son chef dans celle de Latran où son office se fait double en remettant celui des saints Nérée et Achillée au premier jour libre qui suit ".
On trouve aussi quelques parties de ses reliques dans celle de saint Clément et dans d'autres églises de la ville. On en montre pareillement à Albano, ville de la campagne de Rome ; dans 3 églises différentes de la ville de Bologne, où il n'est pas possible que l'on n'ait pas donné son nom à quelque corps étranger, puisque l'on produit, parmi ces reliques, une tête de saint Pancrace, outre celle qui est dans la basilique du Latran.
On aurait peut-être sujet de penser la même chose de celles que l'on garde sous le même nom à Venise, chez les religieuses de saint Zacharie ; dans le Milanais, quoiqu'il soit vrai que saint Grégoire le Grand en ait envoyé du tombeau de notre Saint à Fortunat, évêque de Milan ; à Lantosca, en Piémont, dans le Comtat de Nice ; dans plusieurs autres villes d'Italie, où on l'appelle saint Brancas ou Brancaccio ; en divers endroits de la Sicile ; à Avignon, dans deux églises différentes ; en France, où en envoyèrent de Rome les papes Pélage, pour Marseille et Tours ; saint Grégoire le Grand pour Pallade, évêque de Saintes ; d'autres à Saint-Riquier, à Saint-Malo et ailleurs.
On ne peut nombrer tous ces lieux du royaume qui se vantent d'en avoir, mais la plupart sans titre. La célébrité de son culte y est si grande, qu'il n'y a presque point de province qui ne s'en soit formé un Saint particulier en diversifiant son nom par la corruption de leur language. Car c'est lui que l'on trouve appelé saint Blancat, saint Planchas ou Planchais, saint Plancart, saint Crampasi ou Crampace, par métathèse, saint Brachs, saint Branchais, saint Blanchars, saint Blansé, et peut-être encore autrement.
Saint Pancrace est appelé Planchers en Normandie. Le pape Vitalien envoya de ses reliques à saint Wandrille, abbé de Fontenelle, qui construisit une église sous son invocation : cette double circonstance répandit son culte dans le diocèse de Coutances et dans les diocèses voisins.
Les Pays-Bas ne sont guère moins pourvus de reliques qui porent le nom de saint Pancrace. On en voit à Gand, à Douai, et à Malines ; on en voyait aussi à Utrecht et à Leyde, avant le changement de religion dans les Pays-Bas unis. On en montre à Cologne dans plusieurs églises, à Dusseldorf sur le Rhin, au duché de Berg, à Trèves, et même à Prague, en Bohème. On en a vu aussi en Angleterre, où la première église consacrée à Dieu depuis la " conversion " des Anglais par le moine saint Augustin, missionnaire de saint Grégoire le Grand, fut dédiée sous le nom et l'invocation de saint Pancrace, dans la ville de Cantorbéry. Il ne vint néanmoins des reliques de ce saint Martyr dans cette île que plus de 50 ans après. Ce fut le pape Vitalien qui en envoya, vers l'an 656, à Oswi, roi de Northumberland, pour augmenter encore le culte que les missionnaires romains y avaient établi, ou plutôt pour reconnaître et récompenser les services que ce prince rendait à l'église du pays.
La plupart des églises qui gardent des reliques sous le nom de saint Pancrace, ont quelque fête particulière en différents jours de l'année, pour célébrer leur réception ou leur translation : mais elles se réunissent à solenniser celle de son martyre au 12 de mai, quoiqu'elles ne soient pas toutes persuadées que ce qu'elles ont soit véritablement de lui. Le 12 de mai, où sa fête est marquée dans les Martyrologes du nom de saint Jérôme, dans celui de Bède, ceux du IXe siècle et les suivants, est le jour de sa sépulture plutôt que celui de sa mort. Le Calendrier romain du IVe siècle n'en fait point mention, mais il est dans celui du VIIIe siècle et dans les suivants, et dans les anciens Sacramentaires depuis le VIe siècle.
PRIERE
" La grâce divine qui vous appelait à la couronne du martyre alla vous chercher jusqu'au fond de la Phrygie, Ô Pancrace, pour vous conduire dans la capitale de l'empire, au centre de tous les vices et de toutes les erreurs du paganisme. Votre nom, confondu avec tant d'autres plus éclatants ou plus obscurs, ne semblait pas devoir laisser de trace dans la mémoire des hommes ; à quatorze ans, votre carrière était déjà terminée. Aujourd'hui cependant, votre nom est prononcé par toute la terre avec l'accent de la vénération ; il retentit à l'autel dans les prières qui accompagnent le Sacrifice de l'Agneau.
D'où vous vient, Ô jeune martyr, cette célébrité qui durera autant que le monde ? C'est qu'il était juste qu'ayant été associé à la mort sanglante de notre Christ, la gloire de son immortalité rejaillît jusque sur vous. Gloire soit donc à lui qui honore ainsi ses compagnons d'armes ! Et gloire à vous, Ô martyr, qui avez mérité une telle couronne ! En retour de nos hommages, daignez, Ô Pancrace, jeter un regard de protection sur nous. Parlez de nous à Jésus votre chef et le nôtre. Dans cette vallée d'exil, nous chantons l’Alleluia pour sa résurrection qui nous a remplis d'espérances ; obtenez qu'un jour nous répétions avec vous au ciel ce même Alleluia, devenu éternel, et qui alors signifiera non plus l'espérance, mais la possession.
Rq : Les fresques des églises de La Roche-Dame et de Villar-Saint-Pancrace reproduites dans cette notice ont été ou sont en cours de reproduction. Prions pour les donateurs privés qui ont permis ces restaurations, prions pour les authentiques artisans, autant qu'artistes d'ailleurs, qui oeuvrent à ces remarquables travaux."
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lundi, 05 mai 2025
5 mai. Saint Pie V, pape. 1572.
I, Reg., IV, 7.

Déjà de nombreux Pontifes ont paru sur le Cycle, où ils forment une éclatante constellation près du Christ ressuscité qui, en ces jours, donna à Pierre leur prédécesseur les clefs du ciel. Nos saints Anicet, Soter, Caïus, Clet et Marcellin, tenaient en main la palme du martyre ; saint Léon seul avait combattu sans répandre son sang ; mais son grand coeur n'eût pas reculé devant ce suprême témoignage. Or voici qu'en ce jour un émule de saint Léon, donné à l'Eglise dans ces derniers siècles, vient s'unir à lui et se mêler au groupe triomphant. Comme saint Léon, saint Pie V a lutté avec ardeur contre l'hérésie ; comme saint Léon, il a sauvé son peuple du joug des barbares.
La vie entière de Pie V a été un combat. Dans les temps agités où il fut placé au gouvernail de la sainte Eglise, l'erreur venait d'envahir une vaste portion de la chrétienté, et menaçait le reste. Astucieuse et souple dans les lieux où elle ne pouvait développer son audace, elle convoitait l'Italie ; son ambition sacrilège était de renverser la chaire apostolique, et d'entraîner sans retour le monde chrétien tout entier dans les ténèbres de l'hérésie. saint Pie V défendit avec un dévouement inviolable la Péninsule menacée. Avant d'être élevé aux honneurs du pontificat suprême, il exposa souvent sa vie pour arracher les villes à la séduction. Imitateur fidèle de saint Pierre Martyr, on ne le vit jamais reculer en présence du danger, et partout les émissaires de l'hérésie s'enfuirent à son approche.

Placé sur la chaire de saint Pierre, il sut imprimer aux novateurs une terreur salutaire, il releva le courage des souverains de l'Italie, et, par des rigueurs modérées, il vint à bout de refouler au delà des Alpes le fléau qui allait entraîner la destruction du christianisme en Europe, si les Etats du Midi ne lui eussent opposé une barrière invincible. Le torrent de l'hérésie s'arrêta. Depuis lors, le protestantisme, réduit à s'user sur lui-même, donne le spectacle de cette anarchie de doctrines qui eût désolé le monde entier, sans la vigilance du Pasteur qui, soutenant avec un zèle indomptable les défenseurs de la vérité dans tous les Etats où elle régnait encore, s'opposa comme un mur d'airain à l'envahissement de l'erreur dans les contrées où il commandait en maître.
Un autre ennemi, profitant des divisions religieuses de l'Occident, s'élançait en ces mêmes jours sur l'Europe, et l'Italie n'allait être que sa première proie. Sortie du Bosphore, la flotte ottomane se dirigeait avec fureur sur la chrétienté ; et c'en était fait, si l'énergique Pontife n'eût veillé pour le salut de tous. Il sonne l'alarme, il appelle aux armes les princes chrétiens. L'Empire et la France, déchirés par les factions que l'hérésie a fait naître dans leur sein, entendent l'appel, mais ils restent immobiles ; l'Espagne seule, avec Venise et la petite flotte papale, répondent aux instances du Pontife, et bientôt la croix et le croissant se trouvent en présence dans le golfe de Lépante.
Mais il faut rappeler aujourd'hui la prédiction que fit le saint Pape, sur le soir de la grande journée du 7 octobre 1571. Depuis six heures du matin jusqu'aux approches de la nuit, la lutte durait entre la flotte chrétienne et la flotte musulmane. Tout à coup le Pontife, poussé par un mouvement divin, regarda fixement le ciel ; il se tint en silence durant quelques instants, puis se tournant vers les personnes qui étaient présentes :
" Rendons grâces à Dieu ; la victoire est aux Chrétiens !"
Les travaux de saint Pie V pour la régénération des moeurs chrétiennes, l'établissement de la discipline du concile de Trente, et la publication du Bréviaire et du Missel réformés, ont fait de son pontificat de six années l'une des époques les plus fécondes dans l'histoire de l'Eglise. Plus d'une fois les protestants se sont inclinés d'admiration en présence de ce vigoureux adversaire de leur prétendue réforme.
" Je m'étonne, disait Bacon, que L'Eglise Romaine n'ait pas encore canonisé ce grand homme."
Saint Pie V ne fut, en effet, placé au nombre des Saints qu'environ cent trente ans après sa mort : tant est grande l'impartialité de l'Eglise Romaine, lors même qu'il s'agit de décerner les honneurs de l'apothéose à ses chefs les plus respectés.

La gloire des miracles couronna dès ce monde le vertueux Pontife : nous rappellerons ici deux de ses prodiges les plus populaires. Traversant un jour, avec l'ambassadeur de Pologne, la place du Vatican, qui s'étend sur le sol où fut autrefois le cirque de Néron, il se sent saisi d'enthousiasme pour la gloire et le courage des martyrs qui souffrirent en ce lieu dans la première persécution. Il se baisse, et prend dans sa main une poignée de poussière dans ce champ du martyre, foulé par tant de générations de fidèles depuis la paix de Constantin. Il verse cette poussière dans un linge que lui présente l'ambassadeur ; mais lorsque celui-ci, rentré chez lui, ouvre le linge, il le trouve tout imprégné d'un sang vermeil que l'on eût dit avoir été versé à l'heure même : la poussière avait disparu. La foi du Pontife avait évoqué le sang des martyrs, et ce sang généreux reparaissait à son appel pour attester, en face de l'hérésie, que l'Eglise Romaine, au XVIe siècle, était toujours celle pour laquelle ces héros avaient donné leur vie sous Néron.
La perfidie des hérétiques tenta plus d'une fois de mettre fin à une vie qui laissait sans espoir de succès leurs projets pour l'envahissement de l'Italie. Par un stratagème aussi lâche que sacrilège, secondés par une odieuse trahison, ils enduisirent d'un poison subtil les pieds du crucifix que le saint Pontife avait dans son oratoire, et sur lequel il collait souvent ses lèvres. Pie V, dans la ferveur de sa prière, se prépare à donner cette marque d'amour au Sauveur des hommes sur son image sacrée ; mais tout à coup, Ô prodige ! Les pieds du crucifix se détachent de la croix, et semblent fuir les baisers respectueux du vieillard. Saint Pie V comprit alors que la malice de ses ennemis avait voulu transformer pour lui en instrument de mort jusqu'au bois qui nous a rendu la vie.

Un dernier trait encouragera les fidèles, par l'exemple du grand Pontife, à cultiver la sainte Liturgie dans le temps de l'année où nous sommes. Au lit de la mort, jetant un dernier regard sur l'Eglise de la terre qu'il allait quitter pour celle du ciel, et voulant implorer une dernière fois la divine bonté en faveur du troupeau qu'il laissait exposé à tant de périls, il récita d'une voix presque éteinte cette strophe des Hymnes du Temps pascal :
" Créateur des hommes, daignez, en ces jours remplis des allégresses de la Pâque, préserver votre peuple des assauts de la mort."

Saint Pie V, né à Bosco, ville de Lombardie, mais originaire de Bologne et de la noble famille des Ghisleri, entra à l'âge de quatorze ans dans l'Ordre des Frères Prêcheurs. On admirait en lui la patience, l'humilité profonde, la grande austérité de la vie, l'amour pour l'oraison, l'observance régulière et le zèle le plus ardent pour l'honneur de Dieu. Ses progrès dans la philosophie et la théologie furent si remarquables, qu'il fut chargé durant beaucoup d'années, et avec un grand succès, de l'enseignement de ces sciences. Il exerça la prédication en beaucoup de lieux, avec un grand profit pour ses auditeurs. Il remplit longtemps avec une force d'âme invincible les fonctions d'inquisiteur, et préserva, au péril même de sa vie, un grand nombre de villes de la séduction de l'hérésie qui faisait des efforts pour les envahir.
Paul IV, dont il était très estimé à cause de ses rares vertus, l'éleva au siège de Népi et Sutri, et deux ans après il fut admis parmi les cardinaux-prêtres de l'Eglise romaine. Transféré par Pie IV à l'Eglise de Montréal dans le Piémont, et ayant remarqué plusieurs abus qui s'étaient répandus dans ce diocèse, il en fit la visite complète ; et tout étant réglé, il revint à Rome, où il fut chargé des plus graves affaires, dans l'expédition desquelles il prit toujours le parti de la justice, et déploya une constance et une liberté apostoliques. A la mort de Pie IV, il fut élu Pape contre l'attente de tout le monde ; mais, sauf l'extérieur, il ne changea rien dans sa manière de vivre. On remarqua en lui un zèle incessant pour la propagation de la foi, une application infatigable au rétablissement de la discipline ecclésiastique, une vigilance assidue pour l'extirpation des erreurs, une bienfaisance sans bornes pour soulager les nécessités des indigents, un courage invincible pour soutenir les droits du Siège Apostolique.
Il équipa, nous l'avons déjà évoqué, une flotte puissante contre Sélim, sultan des Turcs, dont les succès avaient élevé l'audace, et remporta sur lui, à Lépante, une éclatante victoire, plus encore par ses prières à Dieu que par la force des armes. Il connut par la révélation divine, et manifesta aux personnes qui se trouvaient avec lui, cet heureux événement à l'heure même qu'il s'accomplissait. Il préparait une nouvelle expédition contre les Turcs, lorsqu'il fut atteint d'une grave maladie. Il en supporta avec une souveraine patience les cruelles douleurs, et étant arrivé à l'extrémité, et ayant reçu les divins sacrements, il rendit son âme à Dieu avec tranquillité, l'an mil cinq cent soixante-douze, âgé de soixante-huit ans, et ayant siège six ans, trois mois et vingt-quatre jours.
Son corps est entouré d'une grande vénération de la part des fidèles dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, à cause des nombreux miracles que Dieu a opérés par son intercession. Ces prodiges ayant été prouvés juridiquement, il a été inscrit au nombre des Saints par le pape Clément XI.
HYMNES
Saint Pie V est une des premières gloires de l'Ordre de Saint-Dominique ; nous emprunterons donc au Bréviaire de ce saint Ordre les Hymnes qu'il consacre à la louange de l'illustre Pontife :
" Que l'orgue fasse entendre ses joyeux concerts à l’honneur de Pie ; que tous les nuages se dissipent devant l'allégresse de ce jour sacré.
Sous le nom de Michel, on le vit terrasser le dragon dans la lutte ; sous le nom de Pie, il sut réprimer l'adversaire impie.
Il fut le bouclier de l'Eglise dans les périls qui l'assaillaient ; sa forte épée moissonna les sectateurs de l'hérésie.
Imitateur du zèle de Phinéès, il veilla pour la défense des murs de la cité sainte ; il repoussa les barbares qui allaient envahir le sol chrétien, et détourna le cimeterre que la rage du Turc avait tiré contre les fidèles.
Il rétablit avec sollicitude la règle des moeurs, et opposa une barrière invincible au progrès de la secte impie.
Il ne tint pas renfermées dans ses coffres les richesses de l'Etat ; mais il sut épuiser le trésor dans les nécessités publiques.
Père rempli de bonté envers les pauvres, sa main les secourut avec profusion ; par ses largesses il nourrit un peuple que la disette avait réduit à l'extrémité.
Créateur des hommes, daignez, en ces jours remplis des allégresses de la Pâque, préserver votre peuple des assauts de la mort.
Amen."
" Le mépris des hommes pour le culte de Dieu a déchaîné le fléau de la guerre ; la vengeance a suivi le crime, et le châtiment s'apprête à fondre sur la terre.
Dans le péril où nous sommes, quel autre habitant des cieux pourrions-nous invoquer, Ô Pie, qui soit pour nous d'un secours plus efficace ?
Nul homme, Ô bienheureux Pontife, ne s'est dévoué avec plus d'ardeur que vous à procurer sur la terre la gloire du grand Dieu ;
Nul défenseur n'a plus vaillamment détourné le joug auquel les barbares allaient asservir les nations chrétiennes.
Plus puissant encore au ciel, jetez un regard sur ceux qui vous implorent ; apaisez les discordes entre les citoyens : repoussez les fureurs de l'ennemi.
Obtiens que la terre recouvre les douceurs de la paix ; rendus à la sécurité, nous chanterons d'un coeur plus joyeux nos cantiques à la louange de Dieu.
A vous la gloire, heureuse Trinité, Dieu unique ! A vous honneur et puissance dans les siècles des siècles !
Amen."
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