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lundi, 08 juillet 2024

8 juillet. Saint Thibaud de Marly, abbé des Vaux-de-Cernay. 1247

- Saint Thibaud de Marly, abbé des Vaux-de-Cernay (1) au diocèse de Versailles. 1247.

Pape : Innocent IV. Roi de France : Saint Louis (Louis IX).

" Jamais Saint, après saint Bernard, n'a plus aimé la sainte Vierge, et s'il est vrai que celui qui invoque Marie est assuré de son salut, ii ne faut point douter que saint Thibaud ne soit admis dans les tabernacles éternels."
Anonyme : Eloge de saint Thibaud.

Saint Thibaud de Marly recoit saint Louis et Marguerite de Provence.
Vitrail offert par la comtesse Potocka.
Eglise Saint-Eloi. Le Perray-en-Yvelines. XIX.
 

Saint Thibaud (ou Thibauld, Thibaut, Thibault ou encore Théobald)  était fils de Bouchard, seigneur de Marly, de l'ancienne maison de Montmorency, et de Mathilde ou Mahaud de Châteaufort, personnes également nobles et vertueuses. Marly fut le lieu de sa naissance et de son éducation. Il fut l'aîné de trois garçons et d'une fille, arrière-petit-fils de Mathieu, premier du nom, connétable de France sous Louis le Jeune. On lui fit apprendre très-peu les belles-lettres, mais tous les exercices propres à la noblesse de cette époque il y devint fort habile il n'y en avait point qui sût mieux monter à cheval et faire des armes, ni qui se distinguât davantage dans les jeux publics, les courses de la bague et les tournois.

Cependant il ne négligeait pas la piété, et surtout il avait une singulière dévotion envers la sainte Vierge, qu'il honorait comme sa bonne Mère et sa chère Maîtresse ce fut aussi cette dévotion qui donna lieu à son entière conversion. Car, allant un jour à un célèbre tournoi, où plusieurs seigneurs devaient lutter contre lui, comme il passait devant une église, il entendit sonner une messe il descendit de cheval, entra dans l'église et entendit la messe tout entière avec d'autant plus de dévotion, qu'on la célébrait en l'honneur de la sainte Vierge; après la messe, il piqua vers ses compagnons ; mais il fut bien surpris de les voir venir au-devant de lui, pour le complimenter de la victoire qu'il avait remportée dans les jeux. Il en témoigna d'abord quelque étonnement; mais reconnaissant aussitôt, à ce qu'ils disaient, que son bon ange avait pris sa figure et qu'il avait jouté en sa place, il ne s'en expliqua pas davantage. Se retirant alors dans l'église d'où il venait, après avoir rendu grâces à la Mère de Dieu d'une si insigne faveur, il fit vœu de quitter le monde et de renoncer à toutes les grandeurs et aux satisfactions que le siècle lui promettait.

Saint Thibaud de Marly. Image pieuse. XIX-XXe.

L'abbaye des Vaux-de-Cernay était alors très-florissante. Notre Saint s'y retira à peine eut-il pris l'habit, qu'on vit briller en lui toutes les vertus religieuses. Ses compagnons, qui ne pouvaient le suivre, admiraient sa modestie, son silence, son humilité, sa ferveur, son assiduité à l'oraison, et surtout son esprit doux et maniable, qui était comme une cire molle entre les mains de ses supérieurs. Les plus anciens bénissaient Dieu de leur avoir envoyé un jeune homme qui joignait à la noblesse de son sang et aux perfections de son corps, une âme si bien née et tant de rares qualités spirituelles. Comme il n'avait presque point étudié, on lui donna un maître, qui lui apprit, en peu de temps, ce que l'on apprend dans les écoles publiques. Sa vertu croissant toujours avec l'âge, on l'élut prieur du monastère, et, quelque temps après, l'abbé Richard, sous lequel il avait exercé cette charge avec une prudence singulière, étant décédé, il fut mis en sa place. Il résista quelque temps à cette inclination de ses confrères ; mais, ne pouvant leur faire changer de résolution, il fut obligé de se rendre à leurs instantes prières. Comme ils ne l'avaient élu qu'après une longue épreuve de sa justice et de sa charité, ils n'eurent pas sujet de se repentir de leur choix. Ils eurent en lui un supérieur sage, vigilant, miséricordieux, rempli de compassion pour les besoins de ses frères et toujours prêt à les secourir.

Saint Thibaud ne crut pas que l'abbé dût avoir d'autres droits et priviléges que d'être l'exemple de sa maison, et de surpasser autant les autres religieux dans toutes les vertus monastiques qu'il les surpassait en dignité. Son humilité était si prodigieuse, qu'il n'y avait point d'emploi dans le monastère, quelque vil qu'il fût, auquel il ne s'abaissât avec joie. Il se chargeait souvent d'allumer les lampes de l'église, du dortoir et de l'infirmerie ; il nettoyait les souliers et les habits de ses frères ; il chantait au chœur, à son tour, les répons qu'on fait ordinairement chanter aux plus jeunes clercs. Il ne faisait point de difficulté de servir d'aide aux maçons, et de porter des pierres et du mortier sur ses épaules pour avancer les bâtiments de son couvent. Enfin, il était si pauvrement vêtu, qu'il l'emportait en cela sur le dernier des frères convers. Ces pratiques d'humilité étant sues dans l'Ordre de Cîteaux, les abbés lui en firent un reproche au Chapitre général, où sa qualité l'obligea de se trouver ; mais il leur ferma aussitôt la bouche en leur disant qu'ils ne le reprendaient pas et ne trouveraient pas à redire à sa conduite, s'il était venu bien monté et qu'ils lui vissent un habit précieux et éclatant.

Abbaye des Vaux-de-Cernay (1). Cernay. Île-de-France. France.

Ce qui le rendait surtout admirable, c'était sa dévotion et sa tendresse pour la très Sainte Vierge Marie ; il pensait continuellement à elle et il avait l'adresse de rapporter à sa gloire tout ce qu'il disait et tout ce qu'il faisait. Lorsqu'on écrivait des livres pour le chœur, il voulait qu'on formât toujours son nom en lettres rouges quand il l'entendait prononcer, son amour lui faisait dire ces belles paroles : " Nom suave de la bienheureuse Vierge, Nom vénérable, Nom béni, Nom ineffable, Nom aimable dans toute l'éternité ".

S'il passait devant le grand autel, où était le Saint-Sacrement, il disait d'un cœur plein de joie « Béni soit Jésus-Christ, fils de Dieu, qui, par sa naissance temporelle, a rempli d'une gloire indicible Notre-Dame, sa très-digne et très-glorieuse Mère H. On lui dit un jour qu'il pouvait y avoir de l'excès dans cette affection pour la Vierge Marie, parce qu'il semblait qu'il partageât son cœur entre Dieu et elle, et que Jésus-Christ n'en eût pas l'entière possession. Mais il satisfit à cette plainte par une réponse aussi chrétienne que modeste :
" Sachez que je n'aime la Sainte Vierge autant que je fais, que parce qu'elle est la Mère de mon Seigneur Jésus-Christ ; que si elle ne l'était point, je ne l'aimerais pas plus que les autres saintes vierges. Ainsi, c'est Jésus-Christ même que j'aime, que j'honore et que je révère en elle."

Il ajoutait qu'il ne doutait nullement qu'elle ne fût élevée au-dessus de tous les anges et de tous les élus, et qu'elle ne méritât, par conséquent, d'être aimée par-dessus toutes choses après Dieu.

Croix de l'autel de l'abbatiale des Vaux de Cernay.

Ce grand amour lui méritait souvent la vue, l'entretien et les saintes caresses de cette auguste Reine. Il fut aussi un jour consolé par une vision de la très-adorable Trinité, et il apprit, en cette occasion, que Dieu prenait un singulier plaisir lorsqu'on chantait avec ferveur le cantique des trois enfants de la fournaise de Babylone. L'abbé de Clairvaux rendit témoignage de ce fait après la mort de Thibaud, à la cérémonie de l'élévation de son corps. Ses prières étaient si efficaces, qu'elles obtenaient de Dieu tout ce qu'il lui demandait.

Nous en avons deux exemples mémorables :

1. Un jour, un novice de son monastère, violemment tenté, voulait renoncer à la vie religieuse le maître des novices n'oublia rien pour lui faire connaître que c'était un artifice du démon mais ce fut inutilement. Le saint abbé l'alla trouver lui-même, et, dans la ferveur de son zèle, lui dit tout ce qu'un père plein de charité peut dire à son enfant pour l'empêcher de se perdre mais il ne gagna rien. Enfin, il le pria d'attendre au moins jusqu'au lendemain, pour exécuter une si funeste résolution ce qu'il n'obtint qu'avec peine. Après Complies, il se mit en oraison pour lui, et la continua durant toute la nuit, mais avec tant de succès, que le lendemain on trouva le novice si changé, si confus de sa légèreté, si résolu de persévérer dans sa vocation, qu'il protesta qu'il ne sortirait pas pour tous les trésors du monde.

2. La reine Marguerite, femme de saint Louis, n'ayant point d'enfant, en était toute désolée, et la France entière avec elle. On faisait partout des prières pour elle. Saint Thibaud, animé de l'esprit de Dieu, dit qu'on ne devait point désespérer si vite, et que Dieu prié avec persévérance viendrait au secours du royaume de France. En effet, les prières du Saint furent d'une telle efficacité que la reine eut plusieurs enfants. Cette princesse en fut si reconnaissante envers saint Thibaud, qu'après sa mort elle vint à son sépulcre, et, s'étant prosternée le visage contre terre, elle lui rendit ses devoirs comme à son singulier bienfaiteur.

Saint Louis et Marguerite de Provence visitant saint Thibaud.
Sans enfants, les époux royaux allèrent visiter notre Saint
et lui offrirent une corbeille de fleurs. Saint Thibaut la bénit
et onze lys s'épanouirent soudain, figurant les onze enfants
qu'allaient avoir le roi et la reine.
Joseph Marie Vien. Chapelle du Petit-Trianon. Versailles. XVIIIe.

Ce grand homme ne sortait qu'à regret de son abbaye, et, lorsqu'il était dehors, il était comme un poisson hors de l'eau :
" Ô mon âme, ton Bien-Aimé, celui que tu cherches et que tu désires n'est pas ici ; retournons, je te prie, à Vaux-de-Cernay, c'est là que tu le trouveras, que tu converseras avec lui et que tu auras le bonheur de le voir par la foi dans l'oraison, en attendant que tu le voies face à face et tel qu'il est en lui-même."
Il ajoutait encore, dans la crainte de se trop dissiper :
" Retourne, Sunamite (2), à ton monastère, retournes-y promptement, et là tu adoreras ton Dieu avec plus de dévotion et de sûreté."

" Plût à Dieu, dit à ce sujet un savant auteur de l'Ordre de Saint-Benoît, que ces religieux éventés, qui ne se plaisent que hors de leur cloître, fissent réflexion sur ces paroles ; ils aimeraient la solitude plus qu'ils ne font, et ne mettraient pas toute leur affection à faire des voyages inutiles et à converser avec des séculiers !"

Notre Saint ne pouvait trouver d'autre consolation que celle qui lui venait de Dieu ; il était la plupart du temps retiré dans sa cellule où, pour tout mets, on lui apportait du pain bis et de l'eau. Si, pendant ce temps-là, il lui venait des lettres du dehors, même de la part des prélats et des grands seigneurs, on les mettait sur la petite fenêtre de son oratoire, pour en avoir réponse, sans pour cela l'interrompre ni lui parler.

Saint Louis et Marguerite de Provence visitant saint Thibaud.
Joseph Marie Vien. Dessin préparatoire.
Chapelle du Petit Trianon. Versailles. XVIIIe.

Il avait un soin particulier de rapporter à Dieu tout ce qu'il voyait ou entendait. Etant à la cour de saint Louis, où un musicien récréait la compagnie, il fut élevé à une haute contemplation de la sainteté divine et des joies du paradis, de sorte que les larmes lui en coulèrent des yeux avec abondance ce qui fit dire à ce saint roi que Thibaud avait trouvé le secret de convertir la joie temporelle en une joie spirituelle, et de tirer profit des pertes d'autrui.

Enfin, la vie et la conversation de ce saint Abbé étaient si édifiantes, que son monastère, bien loin de relâcher de la rigueur de l'observance sous son gouvernement, devint un monastère encore plus régulier et plus austère qu'il n'était auparavant de sorte qu'on l'appelait communément la jon'soH de l'Ordre, et qu'il n'y avait que les plus fervents religieux qui souhaitassent d'y demeurer. Guillaume de Paris chargea aussi Thibaud du gouvernement des religieuses de Port-Royal, à deux lieues et demie de Vaux-de-Cernay. Ce ne fut pas l'unique monastère de religieuses que notre Saint fut obligé de prendre sous sa direction on lui confia celui du Trésor, dans le Yexin, entre Gisors et Mante. Il gouverna de plus une abbaye d'hommes, appelée Breuil-Benoît, fille de celle de Vaux-de-Cernay et mère de celle de la Trappe, au diocèse de Séez.

Il vécut ainsi jusqu'à l'année 1247. Dieu, pour récompenser ses travaux et couronner ses mérites, lui envoya une maladie qui fut l'instrument de sa délivrance et le chemin par lequel il arriva à une mort bienheureuse. Son corps fut d'abord enterré dans la chapelle, où la reine Marguerite, et, depuis, Philippe le Hardi, son fils, le visitèrent.

Pierre tombale de Saint Thibault de Marly :
" Hic jacet Theobaldus abbas " (Ci-gît Thibauld, abbé).
Abbatiale ruinée de l'abbaye des Vaux de Cernay. Aujourd'hui.

Quatorze ans après, il fut levé de terre et transféré dans une chapelle, où on l'a toujours honoré depuis. On trouva sa cuculle entière et si bien conservée, que l'abbé Geoffroy, un de ses successeurs, s'en servit le reste de sa vie en certains jours de cérémonie. Les miracles qui se sont faits et qui se font continuellement à son tombeau sont sans nombre.

Nous avons tiré ce récit du martyrologe monastique, commenté par Hugues Menard, et du ménologe de Citeaux, commenté par Henriquez. MM. de Sainte-Marthe, auteurs consciencieux, en parlent aussi dans le rang des abbés des Vaux-de-Cernay.

Reliques de saint Thibault de Marly. Eglise Saint-Brice.
Cernay la Ville. Île-de-France. France.

Rq : Certaines illustrations, dont la photographie inédite des saintes reliques de saint Thibaud, ornent et réhaussent cette notice. Que leur auteur,  pieux dévot de saint Thibaud, épous et père d'une grande famille, soit ici remercié et chaleureusement porté avec tous les siens dans les prières du lecteur.

1. Valles Cernaii ou Sarnaii, abbaye de l'Ordre de Cîteaux, fondée l'an 1128 par Simon, seigneur de Neaufle-le-Château (ou Neaufle-le-Chatelet), connétable du roi, et par son épouse Eva, qui y furent tous deux inhumés. Elle était située à l'extrémité du diocèse de Paris : on dit même qu'une partie de ses domaines et les bâtiments appartenaient au diocèse de Chartres. L'église était sous l'invocation de la sainte Vierge et de saint Jean-Baptiste. Vaux-de-Cernay est aujourd'hui au diocèse de Versailles.

Cette abbaye déclina à la fin du XIVe siècle. Relevée au XVIIe et XVIIIe, mise sous le régime épouvantable de la commende, elle était en décadence au moment de la révolution. " Vendue " comme " Bien national " (c'est-à-dire volée à l'Eglise et aux Catholiques, et bradée à quelque bourgeois sans scrupule), elle tomba dans les griffes Rothschild en 1873 qui en firent une résidence de plaisance (!?). En 1946, l'avionneur Félix Amiot la racheta au rejeton qui l'avait héritée et y installa ses ateliers d'ingénierie. Vendue à nouveau dans les années 80, elle abrite aujourd'hui un hôtel...

2. La Sulamite (ou Sunamite) est un personnage du Cantique des cantiques. Le premier verset du Chapitre 7 du Cantique des cantiques commence ainsi : " Reviens, reviens, la Sulamite, reviens, reviens !"
L'étymologie du nom " Shulammite " est généralement rapportée à la Shunammite du roi David. Celle-ci, prénommée Abishag, apparaît en I Rs I, 2-4. Les Shunammites sont originaires de la ville de Shunem ou Sunam (II Rs, IV, 8-37 ; Jos XIX, 18 ; I Sm, XXVIII, 4), qui se trouve aujourd'hui dans Sôlem.

8 juillet. Sainte Elizabeth, reine de Portugal, veuve. 1336.

- Sainte Elizabeth, reine de Portugal, veuve. 1336.

Pape : Benoît XII. Roi de Portugal : Alphonse IV, le Brave. Roi de France : Philippe VI.

" Sainte Elizabeth a été un ange de piété, un ange de charité, un ange de douceur ; jamais moine n'a plus constamment prié que cette sainte, jamais pénitent ne s'est plus mortifié, jamais dévot n'a entrepris de plus grandes choses pour la gloire de Dieu et le bien du prochain."
Père Ceriziers. Eloge de sainte Elizabeth de Portugal.


Sainte Elizabeth distribuant des aumônes aux pauvres.
Daniel Gran. XVIIIe.

Née en 1271, probablement à Saragosse, Isabelle (ou Elisabeth) est la dernière des six enfants de Pierre III d'Aragon (1) et de Constance, petite-fille de Frédéric II. L’enfant reçoit au baptême le nom de sa grand-tante, sainte Elisabeth de Thuringe (ou sainte Elizabeth de Hongrie), que le pape Grégoire IX avait canonisé en 1235. Lors de sa naissance, son père n'est encore qu'infant d'Espagne, constamment opposé à son père, Jacques Ier (2). La naissance d'Isabelle permet la réconciliation familiale. En effet, Pierre confie l’enfant à Jacques Ier qui, pendant cinq ans (1271-1276), veille tendrement sur sa petite-fille. Devenu cistercien, l'aïeul qui n'est nullement gâteux mais lucide, surnomme sa chère Isabelle par une appellation prémonitoire :
" Mon bel ange de la paix."
L'existence entière de l'enfant confirmera ce diagnostic.

En 1283, l'adolescente est demandée en mariage par les princes héritiers d'Angleterre et de Naples, et aussi par le roi Denis de Portugal (3) pour qui opte la chancellerie espagnole. Après avoir magnifiquement accueilli sa jeune fiancée à Bragance, résidence de la cour, le prince paraît d'abord filer le parfait amour, d’autant plus qu’Elisabeth lui donne deux enfants : Constance, le 3 janvier 1290, et Alphonse, le 8 févier 1291, prince-hériter du royaume.

Premier des rois-organisateurs, Denis promeut une parfaite mise en valeur de ses états : plantation de pins pour construire une flotte puissante, développement rationnel du commerce et de l'industrie. Prenant ses distances envers la Castille, il crée à Lisbonne, l'Estudo geral, embryon de l'université future. Sa nationalisation des ordres militaires de Calatrava et de Santiago conforte l'unité de son royaume. En 1312, il transforme et rénove les Templiers en Ordre du Christ.


Le roi Denis (Dinis) de Portugal.

Cependant, un surnom infâmant lui est attribué : Denis, le faiseur de bâtards ; juste reproche. De fait, souverain intelligent et éclairé, bon administrateur autant que brave soldat, bon, pondéré et juste, le roi Denis laisse échapper ses sens dans une sensualité débridée. Et pourtant, il chérit son épouse qu’il trompe régulièrement :
" C'est plus fort que moi, avoue-t-il à Elisabeth, pourtant, je vous aime."
La noble offensée lui rétorque :
" Certes, vous m'offensez et j'en pleure. Pourtant, c'est le divin amour que vous bafouez. Devant lui, nous sommes unis à jamais."

Autant pour se faire pardonner que par bonté, le roi Denis permet que sa femme distribue d'opulentes aumônes que les courtisans reprochent à leur reine :
" Vous en faites trop, Majesté, certains vous comparent à une bonne poire que l'on savoure à volonté."
Elle répond :
" Ami, je ne puis entendre les gémissements de tant de pauvres mères et la voix des petits-enfants. Je ne puis voir les larmes des vieillards et les misères de tant de pauvres gens sans m'employer à soulager les malheurs du pays. Les biens que Dieu m'a confiés, je n'en suis que l'intendante, pour secourir toutes détresses."
Plus encore, la reine prend soin des enfants illégitimes de son époux. On s'exclame autour d'elle :
" N'est-ce pas un comble ?"
L'interpellée fournit ses motivation, couronnées d'excuses sublimes :
" Ces bâtards du roi sont des petits innocents. Je leur procure donc bonnes nourrices et chrétienne éducation. Sans doute ai-je mal su retenir mon mari qui est pourtant si bon !"

Atteint de jalousie morbide, le Roi est irritable, furieux à l'excès par crises subites. Fâché contre lui-même, le malheureux croit devoir séquestrer la Reine au château d'Alemquer.
" Vous êtes plus mère qu'amante en me préférant votre fils."
Alors que les courtisans plaignent l'exilée, elle leur répond :
" La divine providence veillera parfaitement sur mes intérêts. Je les lui abandonne. Finalement, Dieu saura faire éclater mon innocence et enlever de l'esprit du roi, mon seigneur, les mauvaises impressions que j'ai pu lui causer."
De fait, le colérique pour cause d'incontinence, s'excuse bientôt à genoux et la comble de cadeaux :
" La ville de Torres-Vedras en Estrémadure, sur le fleuve côtier Sizandro, sera votre propriété. Que ce don témoigne de ma repentance pour les peines dont je vous ai abreuvée."

Un jour d’hiver le roi Denis en colère, avise son épouse dont il croit le tablier rempli de pièces d'argent destinées aux pauvres. Il l’arrête brusquement lui ordonne :
" Ouvrez votre tablier, Madame, et découvrez votre fardeau."
Au lieu de l'argent qu'il escomptait récupérer, le roi découvre des fleurs magnifiques, spécialement des roses épanouies, totalement hors-saison. Honteux et confus, il s'excuse mais demeure songeur :
" Je croyais bien trouver de l'argent destiné aux gueux. J'ai trouvé une brassée de belles fleurs, largement épanouies en plein hiver. Mon épouse serait-elle une sainte ?"
A cause de ce miracle des fleurs, elle sera représentée : tablier ouvert sur une jonchée de roses.

En 1315, un page, gracieux et vertueux, admire respectueusement la reine dont il est le secrétaire. Un autre page, envieux, dit au souverain :
" Majesté, ne seriez-vous pas enclin à croire que ce jeune et dévoué serviteur de votre gracieuse épouse, suscite en elle plus d'attention affectueuse que ne le permet la loi divine ?"
Le roi Denis qui s'estime trompeur trompé, en éprouve un si vif dépit qu’il projette de faire mourir son rival. Lors d'une promenade à cheval, le roi Denis qui passe près d'un four à chaux, dit au chef du chantier :
" Attention mon ami ; affaire d'état ! Demain matin, se présentera devant vous l'un des mes pages. De ma part, il vous posera la question : Avez-vous exécuté l'ordre du roi Denis ? Assurez-vous de sa personne et jetez-le dans votre four."
Le lendemain, le roi Denis avise le page dévoué à la reine :
" Tu sais où se trouve le four à chaux proche du palais. Vas-y et, sur place, interroge les responsables : " Avez-vous exécuté les ordres du roi Denis ?" Ensuite, reviens vite m'apporter leur réponse."
Le page se met en route sur le champ, mais passant devant une église où la cloche, annonce l'élévation, il entre et s'attarde dans le sanctuaire. Au palais, le souverain s'impatiente ; une voix intérieure insinue :
" Tes ordres ont-il été exécutés ? Il faudrait t'en assurer !"
Le roi appelle un serviteur qui est justement le calomniateur et lui ordonne :
" Prends un bon cheval dans nos écuries et galope jusqu'au four à chaux qui jouxte nos domaines. Là, tu interrogeras les ouvriers par le simple mot-de-passe : Avez-vous exécuté les ordres du roi Denis ?"
Dès son arrivée sur le chantier, il demande :
" Avez-vous exécuté les ordres du roi Denis ?"
Il est saisi et jeté au feu sans autre forme de procès.

Quand survient le pieux page, réconforté par sa longue halte priante, on lui répond :
" Travail accompli. Sa majesté sera satisfaite."
Le vertueux page rentre au palais. Sidéré, le roi Denis lui dit :
" Tu en as mis du temps pour exécuter cette mission de confiance. Qu'est-il arrivé ?"
Le page répond :
" Sire, veuillez me pardonner."
Le Roi ordonne :
" Mais encore : explique-toi franchement."
Et le page de répondre :
" Voilà mon excuse, Sire, veuillez l'accepter."
Le roi insiste :
" Je te somme de me dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité."
Le page répond :
" Mieux vaut tout vous avouer, voici l'affaire. A vos ordres, je faisais diligence lorsque, passant près d'une église où l'on célébrait la messe, j'entendis la clochette de l'élévation. J'entre et attends la fin. Ensuite, j'assiste une seconde, puis à une troisième messe. En effet, mon père mourant me fis jurer sur son lit de mort : " Beau fils, sois fidèle à la tradition des trois messes à la suite. Dieu te protègera !"
Enfin, le roi demande :
" Ensuite, bien sûr, tu es allé au four à chaux."
Et le page répond :
" Certes et rapidement. Là les ouvriers me confièrent le message qui vous rassurera : Travail accompli. Sa majesté sera satisfaite."

Honteux d'avoir pu causer la mort d'un homme par jalousie, le roi Denis s'exclame :
" Le doigt de Dieu est là."
Converti, il s'applique à réparer ses erreurs passées. Quant au page, il comprend parfaitement qu'un autre est mort à sa place, à cause de son providentiel retard. Les courtisans disent au Roi :
" Après tout, le calomniateur est puni. La divine justice y a pourvu."

En 1317, le prince-héritier Alphonse, marié à l'Infante de Castille, craignant d'être supplanté par les bâtards de son père, fomente une conspiration contre Denis et s'avance avec une armée. Elisabeth s'interpose :
" Fils bien-aimé, renoncez à cet affrontement. Je ferai tout pour préserver vos droits. De plus, quant au fond, votre père n'est-il pas juste et bon ?"
Bientôt, la réconciliation est accomplie, et Jean XXII félicite la souveraine :
" Vous êtes admirable d'avoir pu réconcilier votre époux et votre fils, tellement montés l'un contre l'autre !"

Bientôt, elle obtiendra la réconciliation de Ferdinand IV, roi de Castille avec Alphonse de Cerda, son cousin germain, qui se disputent la couronne. Elle réconciliera aussi Jacques II, roi d'Aragon, son propre frère, avec le roi de Castille, son gendre. Toujours apaisante et tutélaire, la reine de Portugal arrange les affaires et réconcilie les antagonistes. Son talent de pacificatrice est tellement connu et reconnu que le bon peuple s'y repose :
" Tant que vivra Dame Elisabeth, nous vivrons en paix."
De fait, ce charisme d'apaiseuse s'exerce jusqu'au seuil de l'éternité.

En 1324, le roi Denis tombe gravement malade et son épouse s'applique à bien le préparer à la mort :
" Somme toute, Majesté, les rois ne sont que les bergers de leur peuple. Ensemble, détestons nos péchés. Ils nous seront remis par la divine Bonté qui nous ouvrira les portes du ciel."
L'année suivante, à Santarem, sur la rive droite du Tage, meurt saintement le roi Denis.

La reine Elisabeth qui rappelle souvent le conseil de saint Paul, " que tout se fasse avec bienséance et dans l'ordre " (I, Corinth., XIV, 10.), assiste aux funérailles solennelles de son époux et accompagne le corps jusqu'au monastère cistercien d'Odiversa, sépulture royale. Pour le salut de son mari, elle fait un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle où elle offre au sanctuaire la couronne d'or qu'elle avait portée le jour de son mariage. Ensuite, elle voudrait se retirer du monde au couvent de Coïmbre, dont elle était la seconde fondatrice pour finir sa vie, mais elle recule par charité réaliste et, sans trêve ni relâche, secourt les pauvres et travaille à établir ou rétablir la paix. Elisabeth prend toutefois l'habit du tiers-ordre de Saint-François, et se contente d'habiter une maison proche du monastère, vivant elle-même selon la règle du tiers-ordre. Ayant obtenu du Saint-Siège le privilège d'entrer dans le cloître, elle va souvent chez les moniales pour s'entretenir avec elles. Dans sa maison il y a toujours cinq religieuses du monastère avec lesquelles elle prie, récite l'office et vit en communauté. Elle le fait à pied, déjà âgée de soixante-quatre ans, un deuxième pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, demandant l'aumône en route.

Alors qu’elle vient de fonder à Lisbonne le couvent de la Trinité, le premier sanctuaire où l'on vénère l'Immaculée Conception, et qu'elle y fait ses dévotions, on lui annonce subitement :
" Noble dame, nouveau malheur ! La guerre paraît imminente entre Alphonse IV, roi du Portugal, votre fils et Alphonse XI, souverain de Castille, votre neveu."
A cette nouvelle, la sexagénaire décide :
" Partons immédiatement pour Extremoz : il faut rétablir la concorde."
Ce qui fut dit, fut fait. Une fois encore, succès de la fine diplomate. Cette bien-avisée meurt irradiée de joie d'avoir pu éviter le conflit. Elle résume sa dernière démarche par une exclamation qui constitue son mot-de-passe pour l'éternité :
" Procedamus in pace ", " avançons en paix ".

Apprenant peu après que son fils Alphonse et son petit-fils, le roi de Castille, entraient en guerre, elle se rendit à Estremoz chez son fils. A peine arrivée, elle tomba malade. Béatrice tient affectueusement la main de sa belle-mère, lorsqu'elle sent une légère pression et entend un appel :
" Approchez donc un siège, mamie."
La princesse répond :
" Mais il n'y a personne pour l'occuper."
La Reine réplique :
" Sûrement que si, en effet, j'aperçois une belle dame radieuse, vêtue d'une robe éclatante de blancheur. Elle vient me chercher. Je la reconnais : c'est Marie, mère de tout grâce."
Ce furent ces dernières paroles, le 4 juillet 1336.


Manuel Ier de Portugal.

Le corps de la reine Elisabeth, transféré d'Estremoz à Coïmbre, est déposé au monastère des Clarisses où le peuple pieux, en foule, le vénère. En 1520, à la demande du roi Manuel Ier de Portugal (4), le pape Léon X autorise le culte, dans le diocèse de Coïmbre ; trente ans après, Paul IV l’étend à tout le royaume. En 1612 on retire du tombeau de marbre le corps entier d'Elisabeth, enseveli dans un drap de soie et placé dans un coffret de bois précieux recouvert de cuir : le visage de la sainte reine est encore régulier et souriant. Alphonse, évêque de Coïmbre, édifie une splendide chapelle. On y dépose les restes de la souveraine, dans une magnifique châsse d'argent massif. Canonisée par Urbain VIII le 25 mai 1625, Elisabeth suscite grande dévotion et se trouve exaltée par de nombreux panégyristes. La fête qui avait été transférée du 4 juillet au 8 juillet, par Innocent XII (1695) fut de nouveau fixée au 4 juillet par Paul VI.

NOTES

1. Pierre III, le Grand (né en 1239), fut roi d'Aragon (1276-1285) et roi de Sicile (1282-1285). Fils de Jacques I° d’Aragon, il acquit des droits sur les anciennes possessions des Hohenstaufen en Italie par son mariage avec Constance, fille de Manfred, roi de Sicile, et héritière des Hohenstaufen (1262). Il accueillit à la cour d'Aragon les chefs siciliens dressés contre la tyrannie angevine, tels Roger de Lauria et Jean de Procida, et fut l'instigateur des Vêpres siciliennes (30 mars 1282) qui renversèrent la domination française. Dès le 4 septembre 1282, il s'emparait du pouvoir à Palerme et prit en Sicile le nom de Pierre I°. Charles d'Anjou obtint du pape Martin IV l'excommunication de Pierre III, et organisa une croisade d'Aragon (1284-1285) qui, menée par Philippe III le Hardi, roi de France, se termina par la victoire de l'Aragonais. Pierre lII avait fait de l'Aragon la pre­miè­re puissance de la Méditerranée occidentale, et c'est avec lui que commença l'intrusion de l'Espagne dans les affaires ita­lien­nes. En Aragon, il se trouva aux prises avec l'opposition de la no­blesse et des villes, qui obtinrent de lui le Grand Privilège (1283). Il mourut à Villafranca del Panadès (Catalogne) le 10 novembre 1285.

2. Jacques Ier le Conquérant (né à Montpellier, en 1208), fils et suc­cesseur de Pierre II, fut roi d'Aragon de 1213 à 1276. Il conquit sur les Maures les royaumes de Valence (1238) et de Murcie (1266) ; il conquit et annexa les îles Baléares (1229-1335). Au trai­té de Corbeil (1258), saint Louis renonça aux comtés de Bar­ce­lone et de Roussillon, tandis que Jacques I° re­nonçait à toute prétention au-delà des Pyrénées, excepté Montpellier. Un de ses fils, Pierre III, régna sur l'Aragon, un autre Jacques I°, régna sur Majorque. Jacques I° qui écrit la chronique de son règne, mourut à Valence le 27 juillet 1276.

3. Denis Ier est le fils et le successeur du roi Alphonse III de Portugal qui mourut à Libonne le 16 novembre 1279.

4. Manuel Ier le Grand ou le Fortuné, né en 1469, était le fils du duc Ferdinand de Viseu qui appartenait à une branche cadette de la maison de Portugal. En 1495, le roi Jean II étant mort sans enfant légitime, Manuel lui succéda sur le trône du Portugal. Il soutint activement les grandes explorations maritimes : sous son règne que Vasco de Gama doubla le cap de Bonne-Espérance et que Cabral aborda au Brésil (1500). Il fit de sa cour un grand centre d'activité littéraire et scientifique réforma les lois, bannit les Juifs et les Maures qui s'étaient réfugiés au Portugal après la prise de Grenade. On appela " manuélin " le style qui in­troduisit de la Renais­sance dans l'architecture portugaise (château de Cintra, église du Christ à Setubal, cloître de Belem). Par sa politique de mariages Manuel espérait assurer à ses héritiers la couronne d’Espagne. Il mourut à Lisbonne le 13 décembre 1521.

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dimanche, 07 juillet 2024

7 juillet. Saint Cyrille et saint Méthode, frères, évêques et confesseurs, apôtres des Slaves. IXe siècle.

- Saint Cyrille et saint Méthode, frères, évêques et confesseurs, apôtres des Slaves. IXe siècle.

Pape : Jean VIII. Empereur byzantin : Basile Ier, le Macédonien. Rois des Francs : Louis III ; Carloman II.

" Pour enseigner les autres et les sanctifier, il faut être patient."
Saint Grégoire.


Saint Cyrille et saint Méthode et l'alphabet slave.

Il convenait que l'Octave des Princes des Apôtres ne s'éloignât point, sans qu'apparussent au Cycle sacré quelques-uns des satellites glorieux qui empruntent d'eux leur lumière à travers les siècles. Deux astres jumeaux se lèvent au ciel de la sainte Eglise, illuminant des feux de leur apostolat d'immenses contrées. Partis de Byzance, on croirait tout d'abord que leur évolution va s'accomplir indépendante des lois que l'ancienne Rome a puissance de dicter aux mouvements des cieux, dont il est dit qu'ils racontent la gloire de Dieu et les œuvres de ses mains (Psalm. XVIII, 2.). Mais saint Clément Ier, dont les reliques sont tirées par eux d'une obscurité de huit siècles, incline leur marche vers la cité maîtresse ; et bientôt on les voit graviter avec un éclat incomparable dans l'orbite de Pierre, manifestant une fois de plus au monde que toute vraie lumière, dans l'ordre du salut, rayonne uniquement du Vicaire de l'Homme-Dieu. Alors aussi, une fois de plus, se réalise magnifiquement la parole du Psaume, que tout idiome et toute langue entendra la voix des messagers de la lumière (Ibid. 4.).

Au subit et splendide épanouissement de la Bonne Nouvelle qui marqua le premier siècle de notre ère, avait succédé le labeur du second apostolat, chargé par l'Esprit-Saint d'amener au Fils de Dieu les races nouvelles appelées par la divine Sagesse à remplacer l'ancien monde. Déjà, sous l'influence mystérieuse de la Ville éternelle s'assimilant par un triomphe nouveau ceux qui l'avaient vaincue, une autre race latine s'était formée des barbares mêmes dont l'invasion, comme un déluge, semblait avoir pour jamais submergé l'Empire. L'accession des Francs au baptême, la conversion des Goths ariens et de leurs nombreux frères d'armes achevaient à peine cette transformation merveilleuse, que les Anglo-Saxons, puis les Germains, suivis bientôt des Scandinaves, venaient, sous la conduite des moines Augustin, Boniface et Anschaire, frapper eux-mêmes aux portes de l'Eglise. A la voix créatrice des apôtres nouveaux, l'Europe apparaissait, sortant des eaux de la fontaine sacrée.

Cependant, le mouvement continu de la grande émigration des peuples avait amené sur les rives du Danube une famille dont le nom commençait, au IXe siècle, à fixer l'attention du monde. Entre l'Orient et l'Occident, les Slaves, mettant à profit la faiblesse des descendants de Charlemagne et les révolutions de la cour de Byzance, tendaient à ériger leurs tribus en principautés indépendantes de l'un et l'autre empire. C'était l'heure que la Providence avait choisie, pour conquérir au christianisme et à la civilisation une race jusque-là sans histoire. L'Esprit de la Pentecôte se reposait sur les deux saints frères que nous fêtons en ce jour. Préparés par la vie monastique à tous les dévouements, à toutes les souffrances, ils apportaient à ces peuples qui cherchaient à sortir de leur obscurité passée, les premiers éléments des lettres et la connaissance des nobles destinées auxquelles le Dieu Sauveur conviait les hommes et les nations. Ainsi la race Slave devenait digne de compléter la grande famille européenne, et Dieu, dans cette Europe objet des éternelles prédilections, lui concédait l'espace plus largement qu'il ne l'avait fait pour ses devancières.

Heureuse, si toujours elle s'était tenue attachée à cette Rome qui, dans les rivalités dont ses origines eurent à subir l'assaut, l'avait si grandement aidée ! Rien, en effet, ne seconda plusses aspirations à l'indépendance que la faveur d'une langue spéciale dans les rites sacrés, obtenue pour elle du Siège de Pierre par ses deux apôtres. Les réclamations de ceux qui prétendaient la garder sous leurs lois montrèrent assez, dès lors, la portée politique d'une concession aussi insolite qu'elle était décisive pour consacrer dans ces régions l'existence d'un peuple nouveau, distinct à la fois des Germains et des Grecs. L'avenir le devait mieux prouver encore. Si aujourd'hui, des Balkans à Toural, des rivages grecs aux bords glacés de l'Océan du Nord, la race Slave s'étend, toujours forte, irréductible aux invasions, maintenant, au sein des empires qui ont pu la terrasser un jour, ce dualisme que le peuple vainqueur doit se résigner à porter en ses flancs comme une menace toujours vivante à travers les siècles : un tel phénomène, qui ne se retrouve point ailleurs en pareille mesure, est le produit de la démarcation puissante opérée il y a mille ans, entre cette race et le reste du monde, par l'introduction dans la Liturgie de sa langue nationale.

Saint Cyrille. Eglise Saint-Cyrille. Kiev. Ukraine. XIXe.

Devenu sacré par cet usage, le Slavon primitif ne connut point les variations inhérentes aux idiomes des autres nations ; tout en donnant naissance aux dialectes variés de divers peuples issus de la souche commune, il resta le même, suivant les moindres tribus slaves dans les péripéties de leur histoire et continuant, pour le plus grand nombre, de les grouper à part de toutes autres au pied des autels. Belle unité, gloire de l'Eglise, si le désir, si l'espérance des deux Saints qui l'avaient établie sur le roc immuable, avaient pu l'y maintenir! Arme terrible au service de la tyrannie, si jamais Satan la faisait tomber parle schisme entre les mains de quelqu'un des suppôts de l'enfer.

Cyrille et Méthode étaient frères germains ; ils naquirent à Thessalonique de très nobles parents. De bonne heure ils se rendirent à Constantinoplc, pour se former aux arts libéraux dans cette capitale de l'Orient. Leurs progrès furent en peu de temps considérables.
Cyrille surtout acquit une telle réputation de science, que pour le distinguer par honneur on l'appelait le philosophe. Méthodius avait embrassé la vie monastique. Pour Cyrille, à l'inspiration du Patriarche Ignace, il fut jugé digne par l'impératrice Théodora d'aller instruire dans la foi chrétienne les Khazares habitant au delà de la Chersonèse ; ses enseignements les amenèrent par l'aide de Dieu à Jésus-Christ et mirent fin à leurs nombreuses superstitions.

Ayant organisé au mieux la nouvelle communauté chrétienne, il revint plein de joie à Constantinople, et rejoignit lui-même Methode au monastère de Polychrone. Cependant la renommée des succès obtenus au delà de la Chersonèse étant parvenue à Ratislas prince de Moravie, porta ce dernier à revenir jusqu'à trois fois à la charge près de l'empereur Michel pour obtenir de Constantinople quelques ouvriers évangéliques. Cyrille et Methode étant donc désignés pour cette expédition, furent reçus en Moravie avec grande allégresse ; ils mirent tant de force, tant de soins et d'habileté à infuser dans les esprits la doctrine chrétienne, qu'il ne fallut pas longtemps pour que cette nation donnât de grand cœur son nom à Jésus-Christ.

Ce dénouement ne fut pas peu favorisé par la connaissance de la langue slavonne que Cyrille avait acquise auparavant ; ne fut point non plus de peu de poids la traduction qu'il fit, dans l'idiome propre à ces peuples, de l'Ecriture sainte des deux Testaments. Cyrille et Methode, en effet, furent les premiers à donner l'alphabet dont se servent les Slaves, et pour cette cause, non sans raison, ils sont regardés comme les pères de cette langue.

Le bruit public porta jusqu'à Rome la gloire de si grandes actions, et le Pape saint Nicolas Ier envoya l'ordre de s'y rendre aux illustres frères. Ils se mettent en route, apportant avec eux les reliques du Pape saint Clément Ier, que Cyrille avait découvertes à Cherson. A cette nouvelle, Adrien II, qui avait succédé à Nicolas, se porte en grand honneur à leur rencontre, accompagné des clercs et du peuple. Cyrille et Methodius rendent ensuite compte au Souverain Pontife entouré du clergé romain, des saints labeurs de leur charge apostolique.

L'alphabet slave de saints Cyrille et Méthode. Original, Bulgarie.

Comme des envieux basaient contre eux une accusation, sur ce fait qu'ils s'étaient permis d'user de la langue slavonne dans l'accomplissement des rites sacrés, ils appuyèrent leur cause de raisons si claires et si sûres, qu'ils reçurent du Pontife et de l'assistance approbation et louange. Tous deux s'étant alors engagés sous serment à persévérer dans la foi du bienheureux Pierre et des Pontifes Romains, furent consacrés évêques par Adrien.

Mais il était arrêté dans les décrets divins que Cyrille, plus mûr par la vertu que par l'âge, terminerait à Rome le cours de sa vie. Le corps du défunt fut l'objet de solennelles funérailles, et placé dans le tombeau même qu'Adrien s'était fait préparer ; on le conduisit ensuite à l'église de saint Clément, pour y reposer près des cendres du saint Pape.

Ces marches par la Ville au milieu du chant festif des psaumes, cette pompe moins funèbre que triomphale, sembla de la part du peuple romain comme l'inauguration des honneurs célestes pour un si saint personnage. Methode retourna en Moravie ; il mit toute son âme à s'y montrer le modèle du troupeau, se dépensant toujours plus ardemment au service des intérêts catholiques. On le vit même, indépendamment des Moraves, confirmer dans la foi du nom chrétien Pannoniens, Bulgares, Dalmates, et s'employer grandement à amener les Carinthiens au culte du seul Dieu véritable.

Cependant Jean VIII avait succédé à Adrien. L'apôtre, accusé de nouveau comme suspect dans la foi et violateur des règles des anciens, fut mandé à Rome. En présence de Jean, de plusieurs évêques et du clergé de la Ville, il vengea sans peine la pureté de la croyance qu'il avait gardée pour lui fidèlement et enseignée aux autres avec zèle ; pour l'usage du Slavon dans la sainte Liturgie, il montra qu'il avait agi légitimement, avec la permission du Pape Adrien et pour de bons motifs qui n'allaient point contre les saintes Lettres.
C'est pourquoi, quant au présent, le Pontife, embrassant la cause de Methode, donna ordre qu'on reconnût son pouvoir archiépiscopal et la légitimité de son expédition chez les Slaves, publiant même des lettres à cet effet.

De retour donc en Moravie, Methode continua de remplir avec un soin toujours plus vigilant la charge qui lui était assignée, et souffrit même pour elle l'exil de bon cœur. Il amena à la foi le prince des Bohémiens et son épouse, et répandit au loin dans cette nation le nom chrétien. Il porta la lumière de l'Evangile en Pologne, et, au rapport de quelques historiens, avant établi à Léopol un siège épiscopal, il pénétra dans la Moscovie proprement dite où il fonda le trône pontifical de Kiew.

Enfin, revenu en Moravie chez les siens, et sentant que le terme de ses pérégrinations ici-bas était proche, il se désigna lui-même un successeur, encouragea par de suprêmes recommandations le clergé et le peuple à la vertu, et termina en grande paix cette vie qui avait été pour lui le chemin du ciel. Ainsi que Rome avait fait pour Cyrille, la Moravie entoura Méthode mourant des plus grands honneurs. Leur fête était solennisée depuis longtemps déjà chez les peuples Slaves, lorsque le Souverain Pontife Léon XIII ordonna qu'elle fût célébrée tous les ans dans l'Eglise universelle, avec un Office et une Messe propres.


Géographie des langues Slaves.

HYMNES

En inscrivant la solennité des saints Cyrille et Méthodius au calendrier universel, le Souverain Pontife Léon XIII a voulu donner lui-même leur expression aux hommages et prières de l'Eglise, dans les deux Hymnes de la fête :

" Chantez, fidèles, les deux athlètes reçus dans les brillantes demeures des cieux ; chantez du peuple Slave la double force et la gloire.

Un même amour a réuni ces frères, une même piété les arrache au désert : ils brûlent de porter à plusieurs les gages de la vie bienheureuse.

Par eux la lumière qui brille dans les temples d'en haut, remplit Bulgares, Moraves et Bohémiens, farouches multitudes, que bientôt ils amènent à Pierre en bataillons pressés.

Ceignant la couronne méritée, oh ! continuez pourtant d'être propices aux prières et aux larmes : il est besoin que vous gardiez aux Slaves vos présents d'autrefois.

Que la généreuse terre qui crie vers vous, conserve la pureté de la foi éternelle ; comme elle fit au commencement, Rome elle-même toujours lui donnera le salut.

Auteur de la race humaine et son Rédempteur, dont la bonté nous vaut tous les biens, à vous action de grâces, à vous soit gloire dans tous les siècles.

Amen."

" Belle lumière de la patrie, lumière aimée des peuples Slaves, Ô frères, à vous nos vœux, à vous chaque année nos cantiques.

Rome applaudit à votre venue ; mère, elle embrasse ses fils ; elle les décore du diadème des Pontifes, les revêt d'une force nouvelle.

Jusqu'au plus loin des terres barbares vous allez porter Jésus-Christ ; vous nourrissez de sa lumière bienfaisante ceux dont se jouait une vaine erreur.

Les cœurs sont délivrés des vices, une ardeur d'en haut s'en empare ; l'horreur des ronces fait place aux fleurs de la sainteté.

Et maintenant membres de l'heureuse cour des habitants des deux, écoutez nos vœux suppliants : sauvez pour Dieu les peuples Slaves.

Que l'unique bercail du Christ rassemble ceux qu'entraînait l'erreur ; qu'émule des gestes des aïeux, leur foi reverdisse plus belle.

Trinité bienheureuse, faites sentir à nos âmes l'aiguillon du céleste amour ; qu'on voie les fils suivre les traces illustres de leurs pères.

Amen."


Saint Cyrille. Fresque. Berenda. Bulgarie. XIIIe.

PRIERE

" A cet auguste hommage nous joignons nos vœux, Ô saints frères. Avec le Pontife suprême, nous osons chanter vos louanges, et vous recommander l'immense portion de l'héritage du Christ où vos sueurs firent germer, à la place des ronces, les fleurs de la sainteté. Préparés dans la solitude à toute œuvre bonne et utile au Seigneur (II Tim. II, 21.), vous ne craignîtes point d'aborder les premiers ces régions inconnues, l'effroi du vieux monde, ces terres de l'aquilon où les Prophètes avaient signalé le trône de Satan (Isai. XIV, 13.), la source intarissable des maux ravageant l'univers (Jerem. I, 14; XLVII, 2 ; etc.). L'appel de l'Esprit-Saint vous faisait apôtres, et les Apôtres ayant reçu ordre d'enseigner toutes les nations (Matth. XXVIII, 19.) vous alliez, dans la simplicité de votre obéissance, à celles qui n'étaient pas encore évangélisées. Cette obéissance, Rome, c'était son devoir, voulut l'éprouver, et reconnut qu'elle était sans alliage. Satan aussi le reconnut, à sa défaite ; car l'Ecriture avait dit :
" L'homme obéissant racontera ses victoires." (Prov. XXI, 28.).

Autre puissance qui fut la vôtre, et que nous révèle encore l'Ecriture, disant :
" Le frère aidé par le frère est comme une ville forte, et leurs conseils sont comme les barres des portes des villes." (Ibid. XVIII, 19.).
Chassé par plus fort que lui, le fort armé vit donc avec rage passer au Christ le domaine qu'il croyait posséder la paix (Luc. XI, 21-22.), et ses dernières dépouilles, les peuples de l'aquilon, devenir comme ceux du midi l'ornement de l'Epouse (Isai. XLIX, 12, 18.). Louez le Seigneur, toutes les nations ; louez-le, tous les peuples (Psalm. CXVI, 1.) : toute langue confesse le Seigneur Jésus-Christ (Philipp. II, 11.) ! Comme monument de la victoire, le septénaire des langues sacrées se complète en ce jour (Latine, Grecque, Syriaque, Copte, Ethiopienne, Arménienne et Slavonne.). Mais, Ô Méthode, Ô Cyrille, au milieu même des Hymnes saintes que vous dédiait le Pontife souverain, un cri d'alarme a retenti :
" Gardez à Dieu les peuples Slaves ! Il est urgent à vous de protéger vos dons."

Levez vos yeux, pourrions-nous en effet dire avec le prophète ; considérez, vous qui venez de l'aquilon : où est le troupeau qui vous fut donné, ce troupeau magnifique ? Quoi donc ! est-ce contre vous que vous l'avez instruit ? L'avez-vous armé pour votre perte (Jerem. XIII, 20-21.) ? Profondeurs de Satan (Apoc. II, 24.) ! Le prince de l'aquilon a trop su réparer sa défaite ; et vos bienfaits, et la condescendance de Pierre, sont devenus par ses soins une arme de mort pour ces peuples auxquels vous aviez donné la vie. Détournée de sa voie, l'unité sainte que vous aviez fondée s'est traduite de nos jours, en caractères de sang, dans la formule d'un hideux panslavisme. Entre Byzance déjà de vos temps travaillée par le schisme, et l'Occident latin que l'hérésie devait lui-même plus tard affaiblir et démembrer, elle pouvait être, à son heure, un appui pour l'Eglise, un espoir de salut pour le monde. Perspectives séduisantes, que votre cœur sans doute avait rêvées, et qui, hélas ! Ont abouti à ces atroces persécutions, scandale de nos temps, opprobre de la terre.

Réconfortez les exilés, soutenez les martyrs, gardez les restes d'un peuple de héros ; écartez de quelques autres la fatale illusion qui les solliciterait à courir d'eux-mêmes au-devant de la tyrannie ; pour tous que luise enfin le jour des justices du Seigneur, mais bien plutôt s'il se peut, tout est possible à Dieu, celui de sa miséricorde, assez puissante pour changer les bourreaux sans frustrer leurs victimes. Serait-il donc arrêté que le poids des crimes d'un grand empire a trop fait pencher la balance du côté de la condamnation, pour que ses chefs ouvrent maintenant les yeux, et comprennent quel rôle pourrait être le leur en l'état présent du monde, si Pierre, qui leur tend les bras, voyait revenir à lui l'immense troupeau que paralyse le schisme ? Apôtres des Slaves, et en même temps citoyens de cette Rome où reposent près de celles de Clément vos reliques saintes, aidez les efforts du Pontife suprême cherchant à replacer sur la base où vous l'aviez établi l'édifice qui fut votre gloire."

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samedi, 06 juillet 2024

6 juillet. Saint Goar, prêtre et ermite au diocèse de Trèves. 575.

- Saint Goar, prêtre et ermite au diocèse de Trèves. 575.
 
Pape : Benoît Ier. Rois d'Austrasie : Sigebert Ier ; Childebert II.
 
" Saint Goar enfant nous prêche l'innocence et la fuite du monde ; Goar calomnié nous est un beau modèle de résignation et de générosité envers les ennemis ; Goar refusant l'évêché de Trèves fait pour notre instruction le panégyrique de l'humilité et du détachement des grandeurs terrestres."
M. l'abbé Martin. Serm. sur saint Goar.
 
Verrières de l'église Saint-Goar. Saint Goar.
Diocèse de Trèves. XVIIe.
 
Goar naquit peu après la mort du roi Clovis. Ses parents, Georges et Valérie, étaient de nobles seigneurs de l'Aquitaine, au foyer desquels il puisa, pendant ses premières années, l'amour de la vertu. Tout petit encore, il avait une charité extraordinaire pour les pauvres ; son zèle pour la gloire de Dieu lui faisait prêcher déjà la pénitence aux pécheurs et la sainteté aux justes, et la parole de cet enfant, jointe à ses actions merveilleuses, produisait de grands fruits autour de lui.
 
Village de Saint-Goar sur les bords du Rhin.
Saint Goar y établit son hermitage. Rhénanie-Palatinat.
 
Le sacerdoce, quand il eut l'âge de le recevoir, fut un nouvel aiguillon à son ardeur apostolique. Avec l'autorité que lui donnait sa haute vertu, il combattit, dans ses prédications, tous les vices, le luxe, la discorde, la vengeance, l'homicide et les diverses passions grossières d'une époque encore barbare. Cependant l'apôtre avait, avant tout, des goûts de moine ; aussi quitta-t-il bientôt ses parents et sa patrie pour chercher Dieu dans la solitude. Mais Dieu, qui ne voulait pas que tant de vertus demeurassent stériles, souffla au coeur du solitaire un nouveau feu de zèle, et Goar, riche de ses progrès nouveaux et des lumières surnaturelles qu'il avait recueillies dans sa retraite, parcourut toutes les campagnes voisines, encore païennes, y prêcha l'Évangile et vit avec joie de nombreux convertis recevoir le baptême.
 
Miniature d'un manuscrit allemand du XIe.
 
Peu de Saints furent plus hospitaliers que lui, et c'est par ses bons procédés, ses aumônes, ses réceptions cordiales et généreuses, qu'il sut rendre populaire la doctrine qu'il pratiquait si bien. Accusé devant son évêque de divers crimes imaginaires inventés par le démon de la jalousie, il parut humblement au palais épiscopal et déposa son manteau, par respect, en présence du prélat ; mais, en croyant le suspendre à une tige de métal, il le suspendit à un rayon de soleil. L'évêque ne fut point touché de ce prodige; cependant il dut bientôt reconnaître l'innocence du Saint, manifestée, à sa confusion, par un nouveau miracle.

Le roi Sigebert voulut bientôt le faire évêque ; mais Goar obtint un délai de vingt jours, pendant lequel il pria Dieu avec tant de larmes, qu'il obtint une grave maladie qui se prolongea pendant sept ans et mit le roi dans l'impossibilité de réaliser ses desseins. Goar offrit à Dieu ses longues et horribles souffrances pour l'extension et le triomphe de l'Église.
 
L'église Saint-Castor, à Coblence, possède encore
quelques reliques de ce grand saint.

RELIQUES

Le corps de saint Goar fyt enterré dans la petite église que notre saint avait bâtie dans son ermitage. Pépin le Bref, père de saint Charlemagne agrandit avec faste cette église afin d'honorer notre saint confesseur. Le même Pépin, fondateur de l'abbaye de Pruym, établit que l'abbé de ce monastère serait le supérieur perpétuel de Saint-Goar.

La collégiale et la ville de Saint-Goar s'éleva depuis l'endroit ou se trouvait la cellule de notre saint. Malheureusement, au temps de la prétendue réforme, lorsque le pays tomba aux mains du landgrave de Hesse, elle fut en partie ruinée par les bêtes féroces protestantes qui, de plus, dispersèrent les reliques de saint Goar.
 
 
Rq : On lira avec fruit la notice que consacrent les Petits bollandistes à saint Goar, ce grand saint injustement méconnu : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k307386

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vendredi, 05 juillet 2024

5 juillet. Saint Antoine-Marie Zaccaria, prêtre, fondateur de la congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites. 1539.

- Saint Antoine-Marie Zaccaria, prêtre, fondateur de la congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites. 1539.
 
Pape : Paul III. Roi de France : François Ier. Archiduc d'Autriche : Ferdinand Ier.
 
" L'aumône est en quelque sorte un nouveau bain de salut pour les âmes ; tellement que si, après le baptême, un chrétien vient à pécher, il peut encore se purifier par l'aumône."
Saint Ambroise.
 

Après Gaétan de Thienne, avant Ignace de Loyola, Antoine-Marie mérita d'être le père d'une de ces familles religieuses qui furent appelées en si grand nombre, au XVIe siècle, à réparer les ruines de la maison de Dieu. La Lombardie, épuisée, démoralisée par les guerres dont la possession du duché de Milan avait été l'enjeu, se reprit à croire, à espérer, à aimer, au spectacle des héroïques vertus de Zaccaria ; elle écouta ses prédications enflammées qui l'appelaient à la pénitence, à la méditation de la Passion du Sauveur, au culte plus assidu, à l'adoration plus solennelle de la très sainte Eucharistie. Ainsi fut-il en toute vérité le précurseur de saint Charles Borromée qui, dans la réforme du clergé, du peuple, des monastères du Milanais, n'eut pas d'auxiliaires plus précieux que ses fils et ses filles, les Clercs réguliers et les Angéliques de Saint-Paul.


L'oratoire de l’éternelle Sagesse avait vu, à Milan, les débuts de la Congrégation nouvelle ; l'église Saint-Barnabé, où elle s'établit peu après la mort de Zaccaria et qui garde aujourd'hui son corps, fit donner le nom de Barnabites à ces autres disciples du Docteur des nations. Ils devaient par la suite se répandre, non seulement dans toute l'Italie, mais en France, en Autriche, en Suède, et jusqu'en Chine et en Birmanie, s'adonnant aux missions, à l'enseignement de la jeunesse, à toutes les œuvres qui intéressent le culte divin et la sanctification des âmes. Quant au saint fondateur, dès l'année 1539, aux premières Vêpres de l'Octave des Apôtres, il s'envolait au ciel à trente-six ans, de la maison même où il était né, des bras de la pieuse mère qui l'avait élevé pour Dieu et qui le rejoignait peu après.

Lorsque parurent au siècle suivant les célèbres décrets d'Urbain VIII, il manquait cinq années à la prescription centenaire qui eût permis de considérer comme acquis le culte rendu au bienheureux dès après sa mort; et comme, d'autre part, les témoins requis dans ces mêmes décrets pour la canonisation régulière des serviteurs de Dieu avaient disparu, la cause demeura en suspens : ce fut le Souverain Pontife Léon XIII qui, de nos jours, ayant d'abord, en 1890, réintégré le culte d'Antoine-Marie, l'inscrivit solennellement, quelques années plus tard, au nombre des Saints et étendit sa fête à toute l'Eglise.


Saint Antoine-Marie Zaccaria naquit à Crémone, en Italie, d'une famille d'opulents patriciens. Son père, enlevé par une mort soudaine alors qu'Antoine-Marie était encore au berceau, laissa sa mère veuve à l'âge de dix-huit ans. Elle se consacra tout entière à l'éducation de son fils. Chrétienne fervente, elle s'appliquait surtout à former le petit Antoine-Marie à la vertu. A son école, il apprit vite à soulager les pauvres avec une grande compassion. Cet enfant au bon coeur allait jusqu'à se priver volontairement de nourriture pour pouvoir nourrir et vêtir les indigents. Sa sincère charité lui attira d'abondantes bénédictions et des grâces de choix.

Formé aux belles-lettres dans sa ville natale, il étudia à Pavie la philosophie, à Padoue la médecine, ne l'emportant pas moins sur ses compagnons par la pénétration de l'intelligence qu'il l'emportait sur tous par l'intégrité de la vie. Rentré docteur en sa patrie, Dieu lui fit comprendre que sa vocation était moins de soigner les corps que de guérir les âmes ; il s'adonna donc à l'acquisition des sciences sacrées, ne cessant pas cependant de visiter les malades, d'enseigner aux enfants la doctrine chrétienne, aux jeunes gens réunis par ses soins la piété, souvent même aux personnes plus âgées l'amendement de leurs mœurs. Pour se préparer à l'apostolat des âmes, il se mit à étudier avec ardeur la théologie, les écrits des Pères de l'Église. Il reçut l'ordination sacerdotale à l'âge de vint-six ans, en 1528. Ordonné prêtre, on raconte que lorsqu'il célébra sa première Messe, il apparut, à la grande admiration du peuple, entouré d'une troupe d'Anges dans une lumière céleste.


Saint Antoine-Marie Zaccaria enseignant des enfants.
Gravure du XIXe.

Depuis lors, la poursuite du salut des âmes, la lutte contre les vices eurent toutes ses pensées. Objets aussi de ses sollicitudes paternelles, les étrangers, les indigents, les affligés affluaient à sa maison, devenue un asile de malheureux que réconfortait sa parole compatissante et qu'aidaient ses aumônes ; aussi mérita-t-il de ses concitoyens les noms d'ange et de père de la patrie.

Pendant ses études, il ne perdit jamais de vues sa propre sanctification ni celle de son prochain. Il visitait les malades dans les hôpitaux, rassemblait les petits enfants abandonnés et leur enseignait le catéchisme.


Devenu prêtre, il oeuvra à Crémone où sa parole simple et persuasive ramena beaucoup de chrétiens à la pratique de leurs devoirs.
" Allons voir l'ange de Dieu !" disaient ses compatriotes.
Bien qu'il passa des heures au confessionnal, il ne suffisait pas à la tâche. C'est alors que saint Antoine-Marie Zaccaria songea à réunir autour de lui un certain nombre de prêtres zélés, qui tout en s'appliquant à se sanctifier eux-mêmes, travailleraient en plus à la sanctification de leurs frères en combattant l'ignorance, la paresse et la corruption du siècle.

A Milan, faisant réflexion qu'il serait possible de produire plus de fruits de salut s'il s'associait des compagnons qui travailleraient comme lui à la vigne du Seigneur, il communiqua cette pensée à Barthélémy Ferrari et Jacques Morigia, très nobles et très saints personnages, et jeta les fondements d'une société de Clercs réguliers, à laquelle son amour pour l'Apôtre des nations lui fit donner le nom de saint Paul. Approuvée par le Souverain Pontife Clément VII et confirmée par Paul III, elle se répandit bientôt en beaucoup de contrées.


Saint Antoine-Marie Zaccaria disant sa première messe.
L'assistance put voir une foule d'anges environnant notre Saint.
Anonyme. Eglise Saint-Sébastien. Livourne. XVIIIe.

La société des religieuses dites Angéliques eut aussi Antoine-Marie pour auteur et pour père. Lui cependant avait si bas sentiment de lui-même, qu'on ne put aucunement l'amener à prendre le gouvernement de son Ordre. Si grande était sa patience, que les plus redoutables tempêtes soulevées contre les siens ne troublaient point son calme ; si grande sa charité, qu'il ne cessa jamais d'enflammer par ses pieuses exhortations les religieux à l'amour de Dieu, de rappeler les prêtres à la manière de vie des Apôtres, de porter au bien les pères de famille qu'il associait en confréries. Parfois même, portant la Croix avec les siens par les rues et les places publiques, il ramenait les âmes dévoyées dans la voie du salut par l'ardeur et la force de ses discours.

Ces prêtres menaient une vie pauvre et frugale, prêchant surtout par l'exemple.
" C'est le propre des grands coeurs, leur disait le Saint, de vouloir servir sans récompense, combattre sans ravitaillement assuré."
Le pape leur permit de constituer une nouvelle congrégation sous le nom de : Clercs réguliers de St-Paul. On leur confia l'église St-Barnabé à Milan, d'où leur vint le nom de Barnabites.

Devant ce renouveau chrétien, les médiocres traitèrent les fervents de fanatiques et de superstitieux. Saint Antoine-Marie Zaccaria fut critiqué, moqué, décrié, mais un grande paix et sérénité ne cessait d'envelopper son âme.

Le zélé fondateur institua encore des Conférences spirituelles pour les prêtres. Les personnes mariées eurent une Congrégation spéciale où elles s'exercèrent aux bonnes oeuvres corporelles et spirituelles de Miséricorde. Il fonda en outre un Ordre de religieuses, dites les " Angéliques de Saint-Paul " pour l'instruction des jeunes filles pauvres et l'entretien des linges des églises.


La dévotion à la Sainte Eucharistie fut son moyen de choix pour conquérir les coeurs à Dieu. Saint Antoine-Marie Zaccaria fut le premier, en 1534, qui exposa sans voiles la sainte Hostie à l'adoration des fidèles durant quarante heures, en souvenir du temps que le Seigneur demeura au tombeau ; on sait comment le pieux usage passa de Milan dans l'Eglise entière, et nous avons dit ailleurs l'application spéciale qui en fut faite à la sanctification des trois jours qui précèdent le Carême.

On doit aussi savoir que ce fut lui qui, dans son brûlant amour de Jésus crucifié, établit l'usage de sonner la cloche chaque vendredi, à trois heures, pour rappeler à tous le mystère de la Croix. Sans cesse, dans ses écrits, comme sur ses lèvres, se retrouvait le très saint nom de Jésus-Christ dont ce vrai disciple de Paul portait les souffrances en son corps. L'ardeur dont il brûlait pour la sainte Eucharistie en fit l'apôtre du retour à la pratique de la communion fréquente, et on lui attribue l'introduction de l'adoration publique des Quarante Heures.

Telles étaient les délicatesses de sa pureté, qu'elles semblèrent, pour s'affirmer encore, rendre vie à son corps inanimé. Extases, don des larmes, connaissance de l'avenir et du secret des cœurs, puissance contre l'ennemi du genre humain, étaient venus de la part du ciel relever ses vertus.

Mais les grands travaux qu'il entreprenait partout l'avaient épuisé ; à Guastalla, où on l'avait appelé comme médiateur de paix, il fut pris d'une maladie grave. On le transporta à Crémone, où, réconforté par une céleste apparition des Apôtres et en particulier de saint Paul et prophétisant les développements que sa Congrégation devait prendre, il mourut saintement, au milieu des larmes de ses disciples, entre les bras de sa pieuse mère à laquelle il prédit qu'elle ne tarderait pas à le suivre ; c'était le trois des nones de juillet de l'année 1539 ; il avait seulement trente-six ans.

Le culte public rendu aussitôt à un si grand personnage, pour sa sainteté et ses nombreux miracles, fut approuvé et confirmé par le Souverain Pontife Léon XIII qui, en l'année 1897, au jour de l'Ascension du Seigneur, l'inscrivit solennellement aux fastes des Saints.


Miracle obtenu par l'intercession de saint Antoine-Marie Zaccaria.
Gravure du XIXe.
 
PRIERE
 
" En cette Octave des saints Apôtres, vous nous apparaissez, Ô bienheureux, comme une pierre de grand prix rehaussant leur couronne. De la place d'honneur où mcoite ainsi vers vous l'hommage de l'Eglise, daignez bénir ceux qui comme vous poursuivent ici-bas l'œuvre apostolique, sans retour sur eux-mêmes, sans espoir qu'en Dieu, sans se lasser des perpétuels recommencements qu'imposent aux ouvriers du salut la sape et la mine de l'enfer.

De notre temps comme de vos jours, les démolisseurs applaudissent au renversement prochain de la maison de Dieu ; et tout semble, maintenant comme alors, justifier leur funeste espérance. De notre temps comme de vos jours cependant, l'enseignement des Apôtres, soutenu de l'exemple et de la prière des Saints, suffit à sauver la terre. Si plus que jamais le monde ne voit que folie dans la Croix et ceux qui la prêchent, plus que jamais elle demeure seule pourtant la vertu de Dieu (I Cor. I, 18.).
Derechef s'accomplit sous nos yeux l'oracle qui dit :
" Je perdrai la sagesse des sages, je condamnerai la prudence des prudents." (Ibid. 19.).
 

Autre miracle obtenu par l'intercession de
saint Antoine-Marie Zaccaria. Gravure du XIXe.

Où sont à cette heure, en effet, les sages ? Où sont les doctes et les habiles (Ibid. 20.) qui se promettaient d'adapter aux exigences de temps nouveaux la parole du salut ?
" La première condition du triomphe qui ne manque jamais, dit l'Apôtre, aux fidèles du Christ Jésus (II Cor. II, 14.), est de n'altérer point le Verbe de Dieu, de l'annoncer sous l'œil de Dieu tel que Dieu nous le donne (Ibid. 17.), ne prétendant point le rendre acceptable pour ceux qui s'obstinent à périr (Ibid. 15, 16.)."

Disciple de Paul et son imitateur fidèle, ce fut la science du Christ apprise à son école qui, de médecin des corps, vous fit sauveur d'âmes ; ce fut l'amour, supérieur à toute science (Eph. III, 19.), qui jusque par delà le tombeau rendit féconde votre vie si courte et pourtant si remplie. Puisse Dieu, comme le demande par votre intercession l'Eglise (Collecte de la fête.), susciter au milieu de nous cet esprit réparateur et sauveur ; puissent, les premiers, vos fils et vos filles, rangés sous la bannière apostolique, faire honneur toujours au grand nom du Docteur des nations."

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jeudi, 04 juillet 2024

4 juillet. Sainte Berthe, veuve, fondatrice et abbesse de Blangy en Artois. 723.

- Sainte Berthe, veuve, fondatrice et abbesse de Blangy en Artois. 723.
 
Pape : Grégoire II. Roi des Francs : Thierry IV.
 
" Vous tous qui souffrez et qui êtes dans la peine, souvenez-vous que Dieu châtie ceux qu'Il aime. Réjouissez-vous lorsqu'Il vous éprouve par les pertes et les disgrâces de la vie présente. Tournez vos regards vers les biens à venir."
Saint Jérôme.
 

Fresque. Eglise Sainte-Colombe. La Flèche. Maine.

Si la noblesse du sang pouvait ajouter quoique chose à la sainteté, la bienheureuse Berthe, plus que toute autre sainte, aurait un double droit à nos hommages, puisque dans ses veines coula tout à la fois le sang des rois et des héros. Mais la Foi, méprisant toutes ces vaines distinctions, n'a placé Berthe sur nos autels qu'afin de nous offrir en elle un modèle accompli des vertus héroïques qu'elle a pratiquées, vertus que la terre honore, et que le Ciel a récompensées par l'immortalité bienheureuse.

Rigobert, comte du palais sous Clovis II, après avoir taillé en pièces les hordes de Huns qui, dans le VIIe siècle, envahirent la Picardie et la Morinie, s'acquit, par cette brillante expédition, toute la confiance de son souverain.

Peu après le mariage de Clovis, Rigobert, séduit par la beauté et les vertus d'Ursanne, fille d'Ercombert, roi de Kent, demanda et obtint la main de cette princesse, et les deux nobles époux vinrent se fixer au château de Blangy, que Clovis avait donné à Rigobert, avec plusieurs terres du Ternois qui en dépendaient, pour le récompenser de ses valeureux services. Là, aussi unis par les liens de la piété que par ceux du mariage, ils obtinrent du Ciel, en 644, une fille qu'ils nommèrent Berthe, c'est-à-dire " Brillante, Lumineuse ", doux présage de la splendeur et de l'éclat que ses vertus devaient répandre dans l'Eglise !

Ursanne ne voulut point confier à des mains étrangères le précieux trésor commis à sa garde, et en nourrissant la petite Berthe, elle lui fit sucer avec le lait la piété et la vertu.
Aussi, cette tendre plante, élevée pour le Ciel par une si sainte mère, donna-t-elle dès l'enfance ces fruits de vertus dont l'Esprit-Saint se plaît à enrichir les âmes innocentes. La beauté morale de Berthe était en si parfaite harmonie avec les grâces pudiques répandues sur toute sa personne, qu'on ne pouvait la voir sans l'aimer ; aussi la proclamait-on la jeune fille la plus aimable et la plus belle de son siècle.


Sous les yeux d'une si sage mère, véritable femme Chrétienne, Berthe fit de rapides progrès dans la science des saints et dans les sciences humaines. La vivacité de son esprit et l'élévation de son intelligence la rendirent supérieure aux personnes de son sexe et de son âge ; mais Berthe apprécia de bonne heure les choses d'ici-bas à leur juste valeur. Elle résolut de se consacrer à Dieu, dont les perfections infinies la ravissaient d'un si délicieux amour. Elle n'avait pas de plaisir plus grand que celui de s'entretenir dans l'oraison avec son céleste Bien-Aimé.

Ursanne était trop parfaitement mère Chrétienne pour ignorer que l'exemple est la leçon la plus efficace ; aussi Berthe l'accompagnait dans toutes ses oeuvres de charité.
Avec Berthe elle visitait le pauvre, le malade, le prisonnier ; avec Berthe elle allait au pied des autels se délasser des travaux du jour et remercier Dieu des bénédictions répandues sur sa famille. Sous les yeux vigilants de sa mère, elle se formait aussi aux vertus, et faisait présager qu'après avoir été l'exemple des filles Chrétiennes, elle offrirait aux personnes mariées un modèle parfait de la femme telle que le Christianisme sait en donner au monde.

Berthe voulut ensevelir dans l'obscurité de la maison paternelle toutes les qualités dont elle était ornée ; mais elles étaient trop brillantes pour rester ignorées. Aussi, bientôt le bruit s'en répandit-il jusqu'à la cour de France. Sigefroy, jeune seigneur de la lignée des rois, et cousin-germain de Clovis, séduit par tout ce qu'en racontait de merveilleux de la jeune comtesse de Blangy, la demanda en mariage. Sa demande fut acceptée, et il obtint, avec la main de Berthe, la terre et le château de Blangy, ainsi que de grandes propriétés dans le Ternois.

Berthe, après avoir été le modèle des jeunes filles, montra, dans son nouvel état, à quel degré de perfection une femme peut parvenir dans l'état du mariage, quand elle l'envisage au point de vue Chrétien. Occupée tout entière du soin de plaire à Dieu et d'être unie à son mari, elle parvint, par ses douces vertus, à lui faire partager ses pieux sentiments. Sigefroy, d'un caractere naturellement indécis, n'hésita plus à se donner tout à fait à Dieu, et tous deux n'eurent plus qu'un coeur et qu'une âme pour marcher avec la même ardeur dans le sentier de la perfection. Dieu bénit leur union en leur accordant 5 filles : Gertrude, Déotile, Emma, Gise et Geste ; ces 2 dernières moururent fort jeunes, et les 3 autres, élevées par leur mère, répondirent par leurs vertus aux soins d'une si sainte institutrice.

Après 20 ans passés dans l'union la plus douce, Dieu appela à lui Sigefroy. Ce noble fils des ducs de Douai, plein de vertus et de mérites, précéda Berthe dans le Ciel, en 672, et du séjour bienheureux, veilla avec amour sur l'épouse et les filles qu'il laissait sur la terre. Berthe, dont la Foi avait épuré, mais non pas éteint les sentiments de la nature, pleura avec amertume l'époux que le Ciel lui enlevait, et le fit inhumer à Blangy, près de l'église, avec tous les honneurs.

Libre désormais de toute attache terrestre, elle se résout alors à se consacrer entièrement à Dieu dans la vie monastique, et commence à mettre son projet à exécution. Elle renonce à tous les intérêts de la terre avec le même zèle qu'avait montré sainte Rictrude, sa belle-soeur, qui dirigeait alors avec tant de succès le monastère de Marchiennes. Elle implore avec larmes les lumières de l'Esprit-Saint, et croyant connaître, par la pureté du motif qui l'anime, que telle est la volonté de Dieu, elle se dispose à suivre l'impulsion divine. Elle choisit dans sa terre de Blangy un endroit propre à construire un monastère; elle en fait le voeu, et met aussitôt la main à l'oeuvre.


Eglise Saint-Germain. Saint-Germain Beaupré. Limousin. XVIIe.

A environ un quart de lieue est de l'abbaye qui fut depuis érigée, elle fait bâtir auprès de la Ternoise une église et des cellules dont on voyait encore, du temps du père Malbrancq, les fondations anciennes et une chapelle de la sainte Vierge. Le sanctuaire seul restait à construire, quand Berthe, voulant dire un dernier adieu à sainte Rictrude et la consulter sur la mise à exécution de son projet, lui donna rendez-vous à Quiery, l'une de ses terres, où les 2 Saintes se rencontrèrent.

Berthe et Rictrude, après les premiers épanchements de joie, allèrent à l'église remercier Dieu de cette faveur ; puis elles s'entretinrent de tout ce qui s'était passé depuis leur dernière entrevue, et répandirent des larmes au souvenir des deux vertueux époux que Dieu avait appelés à lui.
Berthe déclara alors à Rictrude la résolution qu'elle avait prise d'embrasser la vie monastique, et lui parla de l'emploi qu'elle avait fait d'une partie de ses grands biens. Mais tout à coup son visage pâlit, la parole expire sur ses lèvres, et un tremblement s'empare de tous ses membres :
" Qu'avez-vous, ma soeur bien-aimée ? lui dit Rictrude, alarmée de ce changement subit, qu'avez-vous ?
- Rien, répond Berthe, dont le visage se rassérène, rien ; mais il me semble avoir entendu un bruit pareil à celui d'un édifice qui s'écroule. Je ne sais quel pressentiment me fait croire que Dieu m'envoie encore une nouvelle épreuve. Qu'il soit béni ! Toutes ses vues, bien que cachées à notre pénétration, sont souverainement adorables."

En effet, lorsqu'elle se préparait à retourner à Blangy, on vint lui annoncer que son monastère venait de s'écrouler entièrement. Berthe, à cette nouvelle, surmontant les sentiments de la nature, se soumit sans murmure à cet événement fâcheux, et ne s'affligea que du retard qu'il apportait à son dessein de s'ensevelir dans la retraite.
" Ma bonne soeur, lui dit Rictrude, Dieu veut peut-être vous faire connaître par là que ce n'est point en ce lieu qu'Il veut que vous bâtissiez un monastère.
- Oui, ma chère Rictrude, je vois, par l'impression pénible que j'ai ressentie, que je ne suis pas encore assez détachée de la terre, et Dieu veut par là m'apprendre à me renoncer moi-même jusque dans ce qui regarde Son service. Mais comment savoir qu'Il veut que je bâtisse un autre monastère ? Comment connaître le lieu qui Lui agréera? Ah! ma soeur, que toute votre maison prie avec moi, et le Ciel nous dévoilera sa volonté."

Toute la communauté se mit en prières pendant 3 jours, et pendant ce temps observa un jeûne rigoureux. La nuit du 3e jour, un Ange montra à Berthe, au milieu d'une verte prairie arrosée par la Ternoise, et dépendante du château de Blangy, l'endroit où le monastère devait être construit. Une douce rosée couvrait l'herbe touffue, et un ange, dessinant une croix latine, désigna la place où devaient être construits l'église et le monastère.


Abbaye Sainte-Berthe. Blangy-sur-Ternoise. Artois.

De retour à Blangy, Berthe s'empressa d'aller visiter le lieu que lui avait indiqué la céleste vision ; elle y vit quatre pierres disposées de manière que deux marquaient quelle devait être la longueur de l'édifice, et deux autres la largeur. Berthe, bénissant le Seigneur Qui lui manifestait si visiblement Sa volonté, fit faire sur-le-champ de nouvelles constructions. Elle employa les architectes les plus habiles : l'église et le monastère furent bâtis avec une telle somptuosité, qu'ils excitèrent l'admiration générale ; car il n'y en avait point en Artois qui pussent leur être comparés.

Au bout de deux ans tous les travaux furent terminés. Berthe en fit faire la consécration d'une manière extrêmement solennelle. Ravenger, évêque de Thérouanne, dans le diocèse duquel Blangy était alors situé, vint en faire la dédicace ; l'archevêque de Rouen, les évêques de Paris, de Meaux, de Noyon, de Tournai, de Cambrai et d'Arras, et un grand nombre d'abbés, s'y trouvèrent, ainsi que plusieurs seigneurs de la cour, par considération pour Berthe, proche parente du roi. L'église fut dédiée à la Mère de Dieu, le 5 des ides de janvier 682.

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mercredi, 03 juillet 2024

3 juillet. Saint Léon II, pape et confesseur. 683.

- Saint Léon II, pape et confesseur. 683.
 
Papes : Saint Agathon (prédécesseur) ; Benoît II (successeur). Empereurs romain d'Orient : Constantin IV.
 
" La force n'est pas la vertu d'une âme médiocre ; c'est elle seule qui défend toutes les vertus ; elle est la gardienne de la justice."
Saint Ambroise. Lib. I, Offic., C, XXXIX.
 

Saint Léon II. Missel romain. Bologne. XIVe.

Après la mort du pape saint Agathon, le siège apostolique demeura vacant pendant dix-neuf mois. Ce fut après cette longue vacance que fut élu un des derniers papes du Moyen-Age, saint Léon II originaire de la Grande-Grèce, à Piano-di-San-Martino, près de Reggio. Fils de médecin, parfaitement versé dans les Saintes Ecritures, il était aussi pieux que savant, et ses bons exemples portaient tout le monde à la vertu. Devenu chanoine régulier, il prit un soin particulier des pauvres, des orphelins et des veuves.

Son court pontificat qui dura dix mois seulement, fut marqué par la confirmation du sixième concile oecuménique que son prédécesseur avait fait assembler à Constantinople pour combattre les hérétiques Monothélites ainsi appelés parce qu'ils ne reconnaissaient en Jésus-Christ qu'une volonté et une seule opération. Connaissant aussi bien la langue grecque que latine, saint Léon traduisit les actes de ce concile pour les Occidentaux, du grec au latin.

Le saint pape Léon II ordonna qu'on donnerait la paix à tous les assistants pendant la messe. Cette pieuse coutume avait été pratiquée et observée dès les premiers siècles de l'Eglise, comme on peut le constater dans les écrits de saint Denis et de saint Justin.

Le plain-chant que saint Grégoire le Grand avait composé et établi dans l'Église se trouvait alors dans une extrême confusion et décadence. Saint Léon II réforma lui-même le chant grégorien et composa aussi quelques nouvelles hymnes que l'Eglise a conservées jusqu'à nos jours.

Bien qu'il n'ait tenu le siège que dix mois et dix-sept jours, saint Léon II est un des plus excellents papes qui aient gouverné l'Eglise. Aimé et respecté de tout le monde, tant à cause de sa vertu que pour son naturel doux, affable et bienveillant, il ne manquait d'aucune des qualités requises pour exercer la charge de Pasteur suprême. Tous les fidèles le regrettèrent comme un père véritable.

On inhuma son corps dans l'église Saint-Pierre, tombeau ordinaire des souverains pontifes. On le représente embrassant un mendiant, par allusion à sa charité envers les malheureux, ou tenant un livre où se lisent des notes musicales.

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