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dimanche, 24 mars 2019

24 mars 2019. L’Annonciation de la sainte Vierge Marie et l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

- L’Annonciation de la sainte Vierge Marie et l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 
" Ipsa tenente, non corruis ; protogente, non metuis ; propitia pervenis."
" Soutenu par Marie, on ne tombe pas ; protégé par Marie, on ne craint pas ; aidé par Marie, on arrive au port."

Saint Bernard de Clairvaux.


Maître du retable des Rois Catholiques. Flandres. XVe.

Cette journée est grande dans les annales de l’humanité ; elles est grande aux yeux même de Dieu : car elle est l'anniversaire du plus solennel événement qui se soit accompli dans le temps. Aujourd'hui, le Verbe divin, par lequel le Père a créé le monde, " s'est fait chair au sein d'une Vierge, et il a habité parmi nous " (Johan.  I, 14.). Suspendons en ce jour nos saintes tristesses ; et en adorant les grandeurs du Fils de Dieu qui s'abaisse, rendons grâces au Père " qui a aimé le monde jusqu'à lui donner son Fils unique " (Ibid.  III, 16.), et au Saint-Esprit dont la vertu toute-puissante opère un si profond mystère Au sein même de l'austère Quarantaine, voici que nous préludons aux joies ineffables de la fête de Noël ; encore neuf mois, et notre Emmanuel conçu en ce jour naîtra dans Bethléhem, et les concerts des Anges nous convieront à venir saluer sa naissance fortunée.


Albrecht Bouts. Flandres. XVIe.

Dans la semaine de la Septuagésime, nous avons contemplé avec terreur la chute de nos premiers parents ; nous avons entendu la voix de Dieu dénonçant la triple sentence, contre le serpent, contre la femme, et enfin contre l'homme. Nos cœurs ont été glacés d'effroi au bruit de cette malédiction dont les effets sont arrives sur nous, et doivent se taire sentir jusqu'au dernier jour du monde. Cependant, une espérance s'est fait jour dans notre aine ; du milieu des anathèmes, une promesse divine a brillé (August. De Trinit. Lib. IV, cap. V.) tout à coup comme une lueur de salut. Notre oreille a entendu le Seigneur irrite dire au serpent infernal qu'un jour sa tête altière serait brisée, et que le pied d'une femme lui porterait ce coup terrible.
 

Fra Angelico. XIVe.
 
Le moment est venu où le Seigneur va remplir l'antique promesse. Durant quatre mille ans, le monde en attendit l'effet ; malgré ses ténèbres et ses crimes, cette espérance ne s'éteignit pas dans son sein. Dans le cours des siècles, la divine miséricorde a multiplié les miracles, les prophéties, les figures, pour rappeler l'engagement qu'elle daigna prendre avec l'homme. Le sang du Messie a passé d'Adam à Noé ; de Sem à Abraham, Isaac et Jacob ; de David et Salomon à Joachim ; il coule maintenant dans les veines de Marie, tille de Joachim. Marie est cette femme par qui doit être levée la malédiction qui pèse sur notre race. Le Seigneur, en la décrétant immaculée, a constitué une irréconciliable inimitié entre elle et le serpent ; et c'est aujourd'hui que cette tille d'Eve va réparer la chute de sa mère, relever son sexe de l'abaissement dans lequel il était plongé, et coopérer directement et efficacement à la victoire que le Fils de Dieu vient remporter en personne sur l'ennemi de sa gloire et du genre humain.


Annonciation avec Louis XII et Anne de Bretagne.

Maître du tryptique de Louis XII. XVIe.

La tradition apostolique a signalé à la sainte Eglise le vingt-cinq mars, comme le jour qui vit s'accomplir l'auguste mystère. Ce fut à l'heure de minuit que la très pure Marie, seule, et dans le recueillement de la prière, vit apparaître devant elle le radieux Archange descendu du ciel pour venir recevoir son consentement, au nom de la glorieuse Trinité. Assistons à l'entrevue de l'Ange et de la Vierge, et reportons en même temps notre pensée aux premiers jours du monde. Un saint Evêque martyr du IIe siècle, fidèle écho de l'enseignement des Apôtres, saint Irenée, nous a appris à rapprocher cette grande scène de celle qui eut lieu sous les ombrages d'Eden (Adv. haeres. Lib. V, cap XIX.).


Gérard David. XVIe

Dans le jardin des délices, c'est une vierge qui se trouve en présence d'un ange, et un colloque s'établit entre l'ange et la vierge. A Nazareth, une vierge est aussi interpellée par un ange, et un dialogue s'établit entre eux; mais l'ange du Paradis terrestre est un esprit de ténèbres, et celui de Nazareth est un esprit de lumière Dans les deux rencontres, c'est l'ange qui prend le premier la parole :

" Pourquoi, dit l'esprit maudit à la première femme, pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres de ce jardin ?"
On sent déjà dans cette demande impatiente la provocation au mal, le mépris, la haine envers la faible créature dans laquelle Satan poursuit l'image de Dieu.
Voyez au contraire l'ange de lumière avec quelle douceur, quelle paix, il approche de la nouvelle Eve ! Avec quel respect il s'incline devant cette fille des hommes !
" Salut, Ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes."
Qui ne reconnaît l'accent céleste dans ces paroles où tout respire la dignité et la paix !


Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.

Mais continuons de suivre le mystérieux parallèle.

La femme d'Eden, dans son imprudence, écoute la voix du séducteur ; elle s'empresse de répondre. Sa curiosité l'engage dans une conversation avec celui qui l'invite à scruter les décrets de Dieu. Elle n'a pas de défiance à l'égard du serpent qui lui parle, tout à l'heure, elle se défiera de Dieu même.

Marie a entendu les paroles de Gabriel ; mais cette Vierge très prudente, comme parle l'Eglise, demeure dans le silence. Elle se demande d'où peuvent venir ces éloges dont elle est l'objet. La plus pure, la plus humble des vierges craint la flatterie; et l'envoyé céleste n'obtiendra pas d'elle une parole qu'il n'ait éclairci sa mission par la suite de son discours :
" Ne craignez pas, Ô Marie, dit-il à la nouvelle Eve : car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Voici que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n'aura pas de fin."

Quelles magnifiques promesses descendues du ciel, de la part de Dieu ! Quel objet plus digne de la noble ambition d'une fille de Juda, qui sait de quelle gloire doit être entourée l'heureuse mère du Messie ? Cependant, Marie n'est pas tentée par tant d'honneur. Elle a pour jamais consacré sa virginité au Seigneur, afin de lui être plus étroitement unie par l'amour ; la destinée la plus glorieuse qu'elle ne pourrait obtenir qu'en violant ce pacte sacré, ne saurait émouvoir son âme. " Comment cela pourrait-il se faire, répond-elle à l'Ange, puisque je ne connais pas d'homme ?"


Johann Koerbecke. XVe.
 
La première Eve ne montre pas ce calme, ce désintéressement. A peine l'ange pervers lui a-t-il assuré qu'elle peut violer, sans crainte de mourir, le commandement de son divin bienfaiteur, que le prix de sa désobéissance sera d'entrer par la science en participation delà divinité même : tout aussitôt, elle est subjuguée. L'amour d'elle-même lui a fait oublier en un instant le devoir et la reconnaissance ; elle est heureuse de se voir affranchie au plus tôt de ce double lien qui lui pèse.

Telle se montre cette femme qui nous a perdus ; mais combien différente nous apparaît cette autre femme qui devait nous sauver ! La première, cruelle à sa postérité, se préoccupe uniquement d'elle-même; la seconde s'oublie, pour ne songer qu'aux droits de Dieu sur elle. L'Ange, ravi de cette sublime fidélité, achève de lui dévoiler le plan divin :
" L'Esprit-Saint, lui dit-il, surviendra en vous ; la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; et c'est pour cela que ce qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Elisabeth votre cousine a conçu un fils, malgré sa vieillesse ; celle qui fut stérile est arrivée déjà à son sixième mois : car rien n'est impossible à Dieu."

L'Ange arrête ici son discours, et il attend dans le silence la résolution de la vierge de Nazareth.


Lorenzo d'Andrea d'Oderigo. XVe.

Reportons nos regards sur la vierge d'Eden. A peine l'esprit infernal a-t-il cessé de parler, qu'elle jette un œil de convoitise sur le fruit défendu ; elle aspire à l'indépendance dont ce fruit si délectable va la mettre en possession. Sa main désobéissante s'avance pour le cueillir ; elle le saisit, elle le porte avidement à sa bouche, et au même instant la mort prend possession d'elle : mort de l'âme par le péché qui éteint la lumière de vie; mort du corps qui séparé du principe d'immortalité, devient désormais un objet de honte  et de confusion, en attendant qu'il tombe en poussière.

Mais détournons nos yeux de ce triste spectacle, et revenons à Nazareth. Marie a recueilli les dernières paroles de l'Ange ; la volonté du ciel est manifeste pour elle. Cette volonté lui est glorieuse et fortunée : elle l'assure que l'ineffable bonheur de se sentir Mère d'un Dieu lui est réservé, à elle humble tille de l'homme, et que la fleur de virginité lui sera conservée. En présence de cette volonté souveraine, Marie s'incline dans une parfaite obéissance, et dit au céleste envoyé : " Voici  la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole ".


Maître de la Vie de Marie. Allemagne. XVe.

Ainsi, selon la remarque de notre grand saint Irenée, répétée par toute la tradition chrétienne, l'obéissance de la seconde femme répare la désobéissance de la première ; car la Vierge de Nazareth n'a pas plus tôt dit : " Qu'il me soit fait ", Fiat, que le Fils éternel de Dieu qui, selon le décret divin, attendait cette parole, se rend présent, par l'opération de l'Esprit-Saint, dans le chaste sein de Marie, et vient y commencer une vie humaine. Une Vierge devient Mère, et la Mère d'un Dieu ; et c'est l'acquiescement de cette Vierge à la souveraine volonté qui la rend féconde, par l'ineffable vertu de l'Esprit-Saint. Mystère sublime qui établit des relations de fils et de mère entre le Verbe éternel et une simple femme ; qui fournit au Tout-Puissant un moyen digne de lui d'assurer son triomphe contre L'esprit infernal, dont l'audace et la perfidie semblaient avoir prévalu jusqu'alors contre le plan divin !

Jamais défaite ne fut plus humiliante et plus complète que celle de Satan, en ce jour Le pied de la femme, de cette humble créature qui lui offrit une victoire si facile, ce pied vainqueur, il le sent maintenant peser de tout son poids sur sa tête orgueilleuse qui en est brisée. Eve se relève dans son heureuse fille pour écraser le serpent. Dieu n'a pas choisi l'homme pour cette vengeance : l'humiliation de Satan n'eût pas été assez profonde. C'est la première proie de l'enfer, sa victime la plus faible, la plus désarmée, que le Seigneur dirige contre cet ennemi. Pour prix d'un si haut triomphe, une femme dominera désormais non seulement sur les anges rebelles, mais sur toute la race humaine ; bien plus, sur toutes les hiérarchies des Esprits célestes. Du haut de son trône sublime, Marie Mère de Dieu plane au-dessus de toute la création. Au fond des abîmes infernaux Satan rugira d'un désespoir éternel, en songeant au malheur qu'il eut de diriger ses premières attaques contre un être fragile et crédule que Dieu a si magnifiquement vengé ; et dans les hauteurs du ciel, les Chérubins et les Séraphins lèveront timidement leurs regards éblouis vers Marie, ambitionneront son sourire, et se feront gloire d'exécuter les moindres désirs de cette femme, la Mère du grand Dieu et la sœur des hommes.


Maître de Moulins. XVe.

C'est pourquoi nous, enfants de la race humaine, arrachés à la dent du serpent infernal par l'obéissance de Marie, nous saluons aujourd'hui l'aurore de notre délivrance. Empruntant les paroles du cantique de Debbora, où cette femme, type de Marie victorieuse, chante son triomphe sur les ennemis du peuple saint, nous disons :

" La race des forts avait disparu d'Israël, jusqu'au jour où s'éleva Debbora, où parut celle qui est la mère dans Israël. Le Seigneur a inauguré un nouveau genre de combat ; il a forcé les portes de son ennemi." (Judic. V, 7, 8.).
Prêtons l'oreille, et entendons encore, à travers les siècles, cette autre femme victorieuse, Judith. Elle chante à son tour :
" Célébrez le Seigneur notre Dieu, qui n'abandonne pas ceux qui espèrent en lui. C'est en moi, sa servante, qu'il a accompli la miséricorde promise à la maison d'Israël ; c'est par ma main qu'il a immolé, cette nuit même, l'ennemi de son peuple. Le Seigneur tout-puissant a  frappé cet ennemi ; il l'a livré aux mains d'une femme, et il l'a percé de son glaive." (Judith, XIII, 17, 18, XVI, 7.).


L'Incarnation. Gérard David. XVIe.

A LA MESSE

La sainte Eglise emprunte la plus grande partie des chants du Sacrifice au sublime épithalame dans lequel le Roi-Prophète célèbre l'union de l'Epoux et de l'Epouse.

EPÎTRE

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. VII.


Petrus Christus. XVe.

" En ces jours-là, le Seigneur parla à Achaz, et lui dit : Demande au Seigneur ton Dieu un prodige au fond de la terre, ou au plus haut du ciel. Et Achaz dit : " Je n'en demanderai point, et ne tenterai point le Seigneur ". Et Isaïe dit : " Ecoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous délasser la patience des hommes, qu'il vous faille lasser aussi celle de mon Dieu ? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voici qu'une Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Il mangera le laitage et le miel, avant d'arriver à l'âge où l'enfant sait rejeter le mal et choisir le bien."
 
C'est en parlant à un roi impie qui refusait un prodige que Dieu daignait lui offrir, en signe de sa miséricordieuse protection sur Jérusalem, que le Prophète annonce à Juda la sublime merveille qui s'accomplit aujourd'hui : Une vierge concevra et enfantera un fils. C'est dans un siècle où le genre humain semblait avoir comblé la mesure de tous ses crimes, où le polythéisme et la plus affreuse dépravation régnaient par toute la terre, que le Seigneur réalise ce prodige. La plénitude des temps est arrivée ; et cette antique tradition qui a fait le tour du monde: qu'une Vierge deviendrait mère, se réveille dans le souvenir  des peuples En ce jour où un si profond mystère s'est accompli, révérons la puissance du Seigneur, et sa fidélité à ses promesses. L'auteur des lois de la nature les suspend pour agir lui-même ; la virginité et la maternité s'unissent dans une même créature : c'est qu'un Dieu va naître. Une Vierge ne pouvait enfanter qu'un Dieu : " c'est pourquoi le fils de Marie aura nom Emmanuel, Dieu avec nous ".


Rogier van der Weyden. XVe.

Adorons dans son infirmité volontaire le Dieu créateur du monde visible et invisible, qui veut désormais que toute créature confesse non seulement sa grandeur infinie, mais encore la vérité de cette nature humaine qu'il daigne prendre pour nous sauver. A partir de cette heure, il est bien le Fils de l’Homme : neuf mois il habitera le sein maternel, comme les autres enfants ; comme eux après sa naissance, il goûtera le lait et le miel, et sanctifiera tous les états de l'humanité: car il est l'homme nouveau qui a daigné descendre du ciel pour relever l'ancien. Sans rien perdre de sa divinité, il vient subir toutes les conditions de notre être infirme et borné, afin de nous rendre à son tour " participants de la nature divine " (II Petr. I, 4.).

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. I.


Saint Gabriel archange. Gérard David. XVIe.

" En ce temps-là, l'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie Et l'Ange, étant entré où elle était, lui dit :

" Salut, Ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes."
Elle, l'ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Et l'Ange lui dit :
" Ne craignez point, Marie : car vous avez trouve grâce devant Dieu : voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n'aura point de fin."
Alors Marie dit à l'Ange :
" Comment cela se fera-t-il : car je ne connais point d'homme."
Et l'Ange lui répondit :
" L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voilà qu'Elisabeth votre parente a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse : et ce mois est le sixième de celle qui était appelée stérile : car rien n'est impossible à Dieu."
Et Marie dit :
" Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole."


Simone Martini. Détail. Tryptique. XIVe.
 
Par ces dernières paroles, Ô Marie, notre sort est fixé. Vous consentez au désir du Ciel : et votre acquiescement assure notre salut. O Vierge ! Ô Mère ! Bénie entre les femmes, recevez avec les hommages des Ailles les actions de grâces du genre humain Par vous, notre ruine est réparée, en vous notre nature se relève, car vous êtes le trophée de la victoire de l'homme sur son ennemi. " Réjouis-toi, Ô Adam, notre père, mais triomphe surtout, toi notre mère, Ô Eve ! Vous qui, ancêtres de nous tous, fûtes aussi envers nous tous des auteurs de mort : meurtriers de votre race avant d'en être les pères. Consolez-vous désormais en cette noble tille qui vous est donnée ; mais, toi surtout, Ô Eve ! Sèche tes pleurs: toi de qui le mal sortit au commencement, toi qui jusqu'aujourd'hui avais communiqué ta disgrâce à ton sexe tout entier."

Voici l'heure où cet opprobre va disparaître, où l'homme va cesser d'avoir droit de se plaindre de la femme. Un jour, cherchant à excuser son propre crime, il fit tout aussitôt peser sur elle une accusation cruelle : " La femme que j'ai reçue de vous, dit-il à Dieu, cette femme m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé ". Ô Eve, cours donc à Marie ; mère, réfugie-toi près de ta fille. C'est la fille qui va répondre pour la mère ; c'est elle qui va a enlever la honte de sa mère, elle qui va satisfaire pour la mère auprès du père : car si c'est par la femme que l'homme est tombé, voici qu'il ne peut plus se relever que par la femme. Que disais-tu donc, Ô Adam ? La femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé. Ces paroles sont mauvaises ; elles augmentent ton péché ; elles ne l'effacent pas. Mais la divine Sagesse a vaincu ta malice ; elle a pris dans le trésor de son inépuisable bonté le moyen de te procurer un pardon qu'elle avait essayé de te faire mériter, en te fournissant l'occasion de répondre dignement à la question qu'elle t'adressait. Tu recevras femme pour femme : une femme prudente pour une femme insensée ; une femme humble pour une femme orgueilleuse ; une femme qui, au lieu d'un fruit de mort, te présentera l'aliment de la vie ; qui, au lieu d'une nourriture empoisonnée, enfantera pour toi le  fruit des délices éternelles. Change donc en paroles d'actions de grâces ton injuste excuse, et dis maintenant : " Seigneur, la femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit de l'arbre de vie, et j'en ai mangé ; et ce fruit a été doux à ma bouche : car c'est en lui que vous m'avez rendu  la vie " (Bernard. Homil. II super Missus est.).

L'ANGELUS
 
Cette grande journée est l’occasion de rappeler et de recommander ici la pieuse et salutaire institution que la chrétienté solennise chaque jour dans tout pays catholique, en l'honneur de l'auguste mystère de l'Incarnation et de la divine maternité de Marie. Trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la cloche se fait entendre, et les fidèles, avertis par ses sons, s'unissent à l'Ange Gabriel pour saluer la Vierge-Mère, et glorifier l'instant où le propre Fils de Dieu daigna prendre chair en elle. La terre devait bien cet hommage et ce souvenir de chaque jour à l'ineffable événement dont elle fut l'heureux témoin un vingt-cinq mars, lorsqu'une attente universelle avait saisi les peuples que Dieu allait sauvera leur insu.
 

L'Angelus. Millet. XIXe.
 
Depuis, le nom du Seigneur Christ a retenti dans le monde entier ; il est grand de l'Orient à l'Occident ; grand aussi est celui de sa Mère. De là est né le besoin d'une action de grâces journalière pour le sublime mystère de l'Annonciation qui a donné le Fils de Dieu aux hommes. Nous rencontrons déjà la trace de ce pieux  usage au XIVe siècle, lorsque Jean XXII ouvre Le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui réciteront l’Ave Maria, le soir, au son de la cloche qui  retentit pour les inviter à penser à la Mère de Dieu. Au XVe siècle, nous apprenons de saint Antonin, dans sa Somme, que la sonnerie avait déjà lieu soir et matin dans la Toscane. Ce n'est qu'au commencement du XVIe siècle que l'on trouve sur un document français cité par Mabillon le son à midi venant se joindre à ceux du lever et du coucher du soleil. Ce fut en cette forme que Léon X approuva cette dévotion, en 1513, pour l'abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris. Dès lors  la chrétienté tout entière accepta le pieux usage avec ses développements ; les Papes multiplièrent les indulgences ; après celles de Jean XXII et de Léon X, le XVIIIe siècle vit publier celles de Benoît XIII ; et telle parut l'importance de cette pratique que Rome statua qu'en l'année du jubilé, où toutes les indulgences, sauf celles du pèlerinage de Rome, demeurent suspendues, les trois salutations sonnées en l'honneur de Marie, le matin, à midi et le soir, continueraient chaque jour de convier tous les fidèles à s'unir dans la glorification du Verbe fait chair. Quant à Marie, l'Epouse du Cantique, l'Esprit-Saint semblait avoir désigné à l'avance les trois termes de cette touchante dévotion, en nous invitant à la célébrer, parce qu'elle est douce « comme l'aurore » à son lever, resplendissante « comme le soleil » en son midi, et belle « comme la lune » au reflet argenté.

samedi, 23 mars 2019

23 mars. Saint Victorien de Carthage et ses saints compagnons, martyrs. 484.

- Saint Victorien de Carthage et ses saints compagnons, martyrs. 484.

Pape : Saint Félix III. Empereur : Zénon.

" L'homme prudent est celui qui voit de loin..."
Saint Isidore de Séville.

http://i84.servimg.com/u/f84/11/64/82/51/saint_11.jpg

Saint Victorien de Carthage. Vitrail de l'église Saint-Joseph.
Jatibonico y Arroyo Blanco. Île de Cuba. XIXe.

Le combat de ces glorieux confesseurs du nom de Jésus-Christ est trop illustre et trop touchant pour n'en pas édifier les lecteurs. Voici à peu près ce que Victor d'Utique en dit dans l'histoire qu'il a composée sur la persécution des Vandales (nous verrons dans la vie de saint Fulgence, le 1er janvier, une note sur les Vandales).

Où trouverai-je des paroles pour représenter dignement ce qui se passa en la personne de Victorien, proconsul de Carthage, natif de la ville d'Adrumète ? Il était le plus riche de l'Afrique, et il avait toujours fait paraître beaucoup de fidélité dans les emplois dont le roi Hunéric l'avait chargé. Ce prince impie lui manda, avec des termes fort civils, que s'il obéissait sans résistance à ses volontés, il l'aimerait particulièrement et lui donnerait le premier rang entre ses officiers.

Mais ce grand serviteur de Dieu lui fit répondre, par le même envoyé que :
" Rien n'était capable de le séparer de la foi et de l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dans la confiance qu'il avait au secours d'un maître si puissant, il était prêt à souffrir plutôt toutes sortes de tourments que de consentir jamais à l'impiété des Ariens. Il pouvait le faire brûler et exposer aux bêtes, ou accabler par d'autres supplices ; mais il ne gagnerait jamais sur lui qu'il quittât l'Eglise catholique, dans laquelle il avait été baptisé. Une action si détestable l'exposerait comme un ingrat et un perfide, à des peines qui ne finiraient jamais mais quand cela ne serait pas, et qu'il n'y aurait point d'autre vie que la vie présente, ni de récompense éternelle préparée pour ceux qui auront vaincu, il ne pourrait se résoudre à quitter la véritable et unique religion, et à manquer de fidélité a celui qui lui avait confié le précieux dépôt de sa grâce."

Et encore :
" Confiant en Dieu et dans le Christ mon Seigneur, vous direz de ma part au roi qu'il peut dresser ses bûchers, lâcher contre moi ses bêtes féroces, et me livrer, s'il le veut, à mille tourments : ce serait mépriser le baptême que m'a donné l'Eglise catholique, que d'accéder à son désir. Quand bien même tout finirait avec la vie présente et que nous n'aurions pas à espérer cette vie éternelle, qui est pourtant réelle, jamais je ne consentirais à jouir d'une gloire caduque et transitoire au prix d'une infidélité envers celui qui m'a donné sa foi."

Ces réponses irritèrent de telle sorte la fureur du tyran, qu'il lui fit souffrir des tourments dont la longueur et la cruauté surpassent tout ce que l'on en pourrait dire. Le Saint les endura tous dans la vue de Dieu avec une joie incomparable, et ayant heureusement achevé sa course, il alla recevoir dans le ciel la couronne du martyre qu'il avait si justement méritée.

Qui pourrait aussi expliquer, comme il faut, les combats des autres martyrs qui furent exécutés en la ville de Tabaye, et surtout de deux frères de la ville d'Aquae regiae ? S'étant promis, par serment, dans l'humble confiance qu'ils avaient en Dieu, de mourir tous deux d'un même supplice, ils obtinrent des bourreaux de n'être point séparés, ni de lieu, ni de peine.

Martyre de saint Victorien et de ses saints compagnons.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

On commença par les pendre avec de gros poids attachés à leurs pieds et, lorsqu'ils eurent été près d'un jour en cette gêne, un d'eux, succombant à la douleur, pria qu'on le détachât et qu'on lui donnât quelque trève. L'autre, voyant cela du gibet où il était aussi pendu et craignant qu'il ne renonçât à la foi, lui cria :
" Gardez-vous bien, mon frère, de faire cette demande ce n'est pas là ce que nous avons promis à Jésus-Christ, et je vous accuserais moi-même d'infidélité devant son tribunal redoutable, si vous y persistiez ; car nous avons juré sur son corps et sur son sang de souffrir la mort ensemble pour la confession de son nom."
Par ces paroles et d'autres semblables, il encouragea tellement son compagnon à soutenir le combat, que celui-ci, au lieu de chanceler comme auparavant, cria d'une voix forte :
" Ajoutez supplices à supplices, et qu'il n'y ait point de cruautés que vous n'exerciez contre nous quelques tourments que mon frère souffre, je suis prêt à les souffrir."

On les brûla ensuite avec des lames de fer toutes rouges, on les déchira avec des ongles de fer, on les tourmenta longtemps et en mille manières les bourreaux, craignant enfin que leur patience servît plutôt à convertir les ariens qu'à ébranler les catholiques, furent contraints de les quitter, d'autant plus qu'on ne voyait en eux ni meurtrissures, ni aucune autre marque des tourments qu'ils enduraient. Ils arrivèrent néanmoins heureusement à la palme du martyre. Et en même temps, deux marchands, qui étaient de la ville de Carthage, et qui portaient tous deux le nom de Frumence, furent mis à mort ; et, par un heureux négoce, achetèrent, avec le prix de leur sang, la perle évangélique et le royaume des cieux.

Les Ariens exilèrent encore un grand nombre d'ecclésiastiques de Carthage. Il se trouva parmi eux beaucoup d'enfants destinés au service des autels ; on en alla chercher douze pour les ramener à Carthage. A la vue des persécuteurs, ils embrassèrent les genoux de leurs compagnons, et il fallut employer la violence pour les en arracher. Chaque jour on les fouettait cruellement, et on les frappait avec des bâtons mais il fut impossible d'obtenir d'eux quelque chose de contraire à leur foi ils confessèrent généreusement Jésus-Christ jusqu'à la fin.

Victor d'Utique rapporte encore les victoires de beaucoup d'autres Saints, martyrisés sous le tyran Hunéric ; mais, comme il n'y a que ceux-ci de nommés en ce jour dans le martyrologe romain, nous nous contenterons du récit que nous venons de faire. La persécution de ce prince sévit particulièrement en l'année 481.

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24 mars. Saint Guillaume de Norwich, martyr en Angleterre. 1137.

- Saint Guillaume de Norwich, martyr en Angleterre. 1137.

Pape : Innocent II. Roi d'Angleterre : Etienne Ier.

" Salvete, flores martyrum,
Quo lucis ipso in limine
Christi insecutor sustulit,
Ceu turbo nascentes rosas."
" Salut, fleurs des martyrs,
Moissonnées au seuil de la vie
Par le glaive de l'ennemi du Christ,
Comme la tempête en fureur brise les roses qui viennent d'éclore."
Prudence.

Saint Guillaume de Norwich. Détail d'un vitrail de l'église Saint-Edmond.
Norfolk. Angleterre. XIXe.

Saint Guillaume fut aussi la victime de la haine implacable des Juifs contre notre sainte religion. Il souffrit dans la douzième année de son âge.

Il était fils de riches paysans très pieux ; plusieurs prodiges avaient accompagné sa naissance et illustré son enfance. Il menait la vie la plus pure et la plus sainte et sa réputation étant connue, c'est ainsi qu'il mérita d'être distingué par les Juifs pour le  sacrifice pascal.

Il était depuis peu apprenti chez un tanneur de Norwich. Les Juifs l'attirèrent chez eux quelques temps avant la fête de Pâques de l'an 1137.

Lorsqu'ils en furent les maîtres,ils lui lient les membres et la tête de manière à empêcher tout mouvement et ils lui mirent un baîllon dans la bouch. Après cela, ils lui rasèrent la tête et la blessèrent à coups multipliés d'épines ; puis ils mirent l'innocent sur un gibet et s'efforcèrent de lui arracher la vie. Au côté gauche, jusqu'au plus intime du cœur, ils firent une blessure cruelle, et, pour apaiser l'écoulement du sang qui se faisait par tout le corps, ils lui versèrent sur la tête de l'eau très chaude.

Martyre de saint Guillaume de Norwich.
Détail d'une fresque du XIVe. Loddon church. Norfolk.

Le jour de Pâques ils lièrent son corps dans un sac, et le portèrent dans une forêt voisine des portes de la ville dans le dessein de l'y brûler ; mais ayant été surpris par un bourgeois de la ville nommé Eiluerdus, ils le laissèrent suspendu à un arbre (on bâtit d'ailleurs à l'endroit où il avait été trouvé une chapelle connue sous le nom de Saint-Guillaume-aux-Bois).

Pour conjurer ce mal, ils gagnèrent à prix d'argent le gouverneur de la ville qui se chargea d'imposer silence à Eiluerdus. Mais il n'y réussit que pour un temps ; et bientôt le crime fut découvert et puni comme il devait l'être : les Juifs coupables et leurs complices.

Le corps du Saint, qui avait été glorifié par des miracles, fut porté, en 1144, dans le cimetière de l'église cathédrale, dédiée à la Sainte-Trinité ; on le mit six ans après dans le chœur de la même église.

Nous apprenons de M. Weever qu'autrefois les Juifs des principales villes d'Angleterre enlevaient des enfants mâles pour les circoncire, les couronner d'épines, les fouetter et les crucifier en dérision de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce fut de cette manière que mourut saint Richard de Pontoise. Matthieu Pâris et Capgrave rapportent aussi que saint Hugues, enfant, fut crucifié par les Juifs à Lincoln, en 1254.

Le nom de saint Guillaume de Norwich est marqué au 24 mars dans les calendriers anglais.

Saint Guillaume de Norwich. Détail d'un panneau peint.
Eglise Saint-Jacques. Norwich. XIVe.

Le pape Benoît XIV montre (liv. 1 de Canoniz., ch. XIV, p. 103) que l'on ne doit point canoniser les enfants qui meurent après le baptême et avant l'usage de raison, quoiqu'ils soient Saints. Il se fonde :
1° sur ce qu'ils n'ont point pratiqué des vertus dans le degré d'héroïsme requis pour la canonisation ;
2° sur ce que de telles canonisations n'ont jamais été en usage dans l'Eglise.

On en excepte les enfants, même non baptisés, qui ont été massacrés en haine du saint nom de Jésus-Christ.

Nous en avons un exemple dans les saints Innocents, auxquels saint Irénée, Origène, etc., et les plus anciens Missels, donnent le titre de martyrs, et dont le culte date des premiers siècles de l'Eglise, comme nous le voyons par les homélies des Pères sur leur fête. C'est pour la même raison qu'on a mis au nombre des martyrs les enfants massacrés par les Juifs, en haine de Jésus-Christ, tels que saint Simon de Trente, saint Guillaume de Norwich, saint Richard de Paris, saint Vernier, etc.

L'évêque diocésain décerna au premier un culte public avec la qualité de martyr, et ce culte fut confirmé par les décrets des papes Sixte V et Grégoire XIII. Le second, qui avait douze ans, et par conséquent l'âge de raison, devrait plutôt être appelé adulte qu'enfant.

Saint Guillaume de Norwich.
Panneau peint d'un polyptique anglais du XIVe.

Voyez l'histoire de son martyre et de ses miracles, par Thomas de Monmouth, auteur contemporain, très savant et saint religieux, qui écrit notamment à propos des prélèvements de sang effectué par certains Juifs sur des enfants chrétiens (que ces mauvais traitements soit suivis de meurtres ou pas) :
" Le sang de ces enfants est gardé par les femmes juives qui croient ne pouvoir enfanter sans cela. Quant à ceux qui ne vivent pas parmi les chrétiens on leur envoie du sang durci et réduit en poussière. Cette imagination diabolique doit avoir pour but d'exalter l'imagination des femmes enceintes, de les rappeler, par ce souvenir,à la haine contre les chrétiens et de communiquera leur fruit les mêmes affections, pendant qu'elles le  portent dans leur sein."

Ce monument, fruit de l'enquête serrée du Bénédictin, est disponible en anglais sur le lien suivant - et téléchargeable - dans une version commentée de la fin du XIXe de bonne qualité même s'i elle est quelque peu relativiste. quant au commentaire. Agrémentée d'une intéressante iconographie hagiographique de saint Guillaume de Norwich dans les premiers temps qui suivirent son martyre et qui furent marqués par un grand nombre de miracles obtenus par son intercession, le texte latin, traduit en anglais, suffit lui-même à rejeter les cris hystériques de dénégations systématiques d'une certaine (ne suivons aucun regard...) critique contemporaine : " The life and miracles of Saint William of Norwich."

On verra aussi la chronique saxonne, qui est du même siècle, et l'histoire de Norfolk, par Bromfield.

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vendredi, 22 mars 2019

22 mars. Sainte Catherine de Suède, reine et veuve. 1381.

- Sainte Catherine de Suède, reine et veuve. 1381.
 
Pape : Clément VII. Roi de Danemark, de Norvège et de Suède : Oluf IV.
 
" La Croix est l'échelle du ciel."
 

Sainte Catherine de Suède et sa mère sainte Brigitte.

Sainte Catherine eut pour père un prince de Suède et pour mère sainte Brigitte, cette femme si célèbre par ses Révélations. La fille devait être l'émule, sinon l'égale de sa mère, par ses vertus comme par les lumières qu'elle reçut du Ciel. On vit Catherine, encore au berceau, repousser une nourrice de vie coupable et ne point vouloir de son lait. Le démon la poursuivit dès sa plus tendre enfance, prenant la forme d'un taureau pour l'épouvanter et s'acharnant contre son petit corps frêle et délicat.

Lorsque Catherine, après la sainte éducation qu'elle reçut dans un monastère, fut en âge de se marier, son père lui donna de force un noble et vertueux époux qu'elle eut le bonheur de faire consentir à garder avec elle le voeu de virginité parfaite.

Cependant Brigitte, après la mort de son mari, était allée demeurer à Rome, qu'une inspiration divine lui avait montrée comme un lieu spécialement propre à sa sanctification. Catherine eut bientôt le désir de rejoindre sa mère et obtint cette grâce de son époux, qui, du reste, mourut pieusement quelques temps après.


Sainte Catherine de Suède.

Dans la Ville éternelle, on pouvait voir la mère et la fille visiter avec ferveur les églises et les tombeaux des martyrs et s'adonner ensemble à tous les exercices de la mortification et de la piété. Catherine sut résister aux obsessions de plusieurs seigneurs romains qui la recherchaient en mariage, et Dieu la défendit parfois d'une manière merveilleuse.

Sa joie était de paraître vile aux yeux des hommes ; quatre heures par jour à genoux sans interruption, elle contemplait les souffrances du Sauveur; elle flagellait cruellement son corps pour devenir plus semblable à son divin modèle ; soigner les malades et panser leurs plaies hideuses dans les hôpitaux, était sa plus douce satisfaction ; la terre nue et quelques pierres formaient la couche de sa mère, elle s'en approchait pendant la nuit et la faisait reposer doucement sur sa poitrine.


Sainte Catherine de Suède. Malning. XVe.

Un jour vint où elle fut privée de la compagnie de sa mère chérie ; elle fit transporter en Suède les restes mortels de cette sainte femme, qui y furent reçus en triomphe ; elle-même se fixa dans un monastère de sa patrie, où sa vertu s'épura dans le sacrifice: sa vie dès lors ne fut qu'une longue suite de douleurs corporelles. C'est dans un transport d'amour que son âme s'envola vers le Ciel. Depuis le moment de sa mort jusqu'à sa sépulture, une étoile brilla jour et nuit sur le monastère.

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jeudi, 21 mars 2019

21 mars. Saint Benoît, premier abbé du Mont-Cassin, patriarche des moines d'Occident. 543.

- Saint Benoît, premier abbé du Mont-Cassin, patriarche des moines d'Occident. 543.

Papes : Saint Simplice, Vigile. Empereurs : Zénon, Justinien.

" Les montagnes... Là-haut Dieu a pris sa demeure ; des églises se sont élevées. La foi s'emparant des montagnes en a fait des ostensoirs d'où rayonne le Saint-Sacrement. Si cela tombe, d'autres choses tomberont."
Parf. de Rome, chap. XXIII.

Saint Benoit. Détail de l'autel doré de la cathédrale de Bâle. XIe.
Il fut commandé par le saint Empereur Romain Germanique, Henri II,
suite à sa guérison de la maladie de la pierre au Mont-Cassin.

Saint Berthaire (que l'on fête au 23 octobre), très saint abbé du Mont-Cassin, et illustre martyr de Notre Seigneur Jésus-Christ, considérant le temps auquel saint Benoît vint au monde, fait remarquer que ce grand Saint y parut comme une lumière au milieu des ténèbres, ou comme un médecin envoyé de Dieu pour guérir les plaies de l'humanité à cette époque ; car alors il n'y avait point de roi ni de prince souverain sur la terre, qui ne fût athée, idolâtre, ou hérétique, tant le siècle était corrompu.

Il naquit vers l'an 480, an pays des Sablas, que l'on appelle aujourd'hui l'Ombrie ou le duché de Spolète, et dans la ville de Norcia ; quelques-uns unt écrit qu'il était, par son père Eutrope, de l'ancienne famille des Anicius, qui a donné à Rome un grand nombre de consuls et d'empereurs, et par sa mère Abondance, le dernier rejeton des seigneurs de Norcia. Saint Grégoire le Grand, pape de Rome, qui est le premier auteur de sa vie, assure que le nom de Benoît lui fut imposé pour marquer mystérieusement les bénédictions célestes dont il devait être comblé.


Saint Benoît. Eglise de Saint-Thurial. Diocèse de Rennes. Bretagne.

Il fit paraître dès son enfance de fortes inclinations pour la vertu ; et, dans un âge qui semble avoir la légèreté pour partage, il témoignait déjà une grande maturité dans ses actions, méprisant toutes les choses de la terre et ne respirant que celles du ciel. On l'envoya à 7 ans étudier à Rome, et il y fit en 7 autres années qu'il y demeura, un progrès notable : il donnait sujet d'espérer, s'il continuait ses études, qu'il deviendrait un des plus habiles hommes de son temps ; mais, craignant que le mauvais exemple d'une jeunesse débauchée dont cette ville était remplie, ne fît quelque impression sur son coeur, il résolut, à 14 ans, de s'en retirer secrètement : il aimait mieux demeurer moins savant et devenir plus vertueux, que de se rendre parfait dans les sciences humaines et devenir vicieux.

A la suite de cette résolution, il abandonna Rome et tout ce qu'il avait de parents et d'amis, et, par une sage folie et une savante ignorance, selon les termes de saint Grégoire, il alla chercher dans les déserts, et hors du commerce du monde, un genre de vie en laquelle il pût servir Dieu avec plus de ferveur et moins de péril. Sa nourrice, qui se nommait Cyrille, et qui l'aimait tendrement, le suivit : et ce fut à son occasion, qu'étant arrivé à un village appelé Afide, il fit le premier de ses miracles, dont la connaissance soit venue jusqu'à nous ; cette femme ayant cassé par hasard un vase de terre qu'elle avait emprunté à quelques pauvres gens de l'endroit, le Saint en rejoignit les morceaux, et le rétablit par sa prière au même état qu'il était auparavant ; en mémoire de ce miracle, les habitants l'attachèrent à la porte de leur église, où il est demeuré jusqu'à l'irruption des Lombards. On regarda bientôt Benoît comme un Saint dans tout le voisinage : ce lui fut un motif extrêmement puissant pour s'en retirer.


Saint Benoît réparant miraculeusement le vase de terre.
Francisco de Zurbarán. XVIIe.

Il se déroba donc secrètement à ceux qui avaient été témoins du prodige, et à sa nourrice même, et s'en alla en un lieu distant de Rome de 40 milles, appelé Subiac, où il y avait des moines qui vivaient dans une très-sainte austérité.

Sainte Hildegarde assure, dans ses révélations, qu'il y fut conduit par deux anges, qui l'avaient aussi tiré de Rome.

Comme il gravissait une montagne pour trouver le lieu qu'il souhaitait, Dieu permit qu'il fût aperçu par un de ces solitaires, nommé Romain ; celui-ci admirant sa ferveur, offrit de l'assister et de coopérer à son pieux dessein en tout ce qui lui serait possible. Benoît ayant accepté cette offre, Romain lui donna premièrement un habit religieux, puis il le conduisit dans une caverne extrêmement secrète et presque inaccessible, que la nature avait taillée dans l'enfoncement d'un rocher, et que l'on appelle maintenant la Sainte Grotte. C'était en l'an 404.

Ce fut là que ce grand Saint, séparé de tous les hommes, commença cette terrible pénitence, dont la pensée est capable d'étonner les plus hardis. Romain l'y nourrit pendant 3 ans, lui descendant de temps en temps, dans une corbeille, un morceau de pain, qui faisait toute sa subsistance. Il ne rompait pas pour cela son silence, mais il l'appelait avec une sonnette attachée à la corde de la corbeille. L'ennemi commun des hommes, ne pouvant supporter ni l'austérité de l'un ni la charité de l'autre, cassa un jour cette sonnette. Mais sa malice ne les empêcha pas de continuer toujours leur saint commerce, jusqu'à ce nu'il plut à Dieu de découvrir au monde la sainteté de son serviteur, et de l'y faire paraitre pour le salut d'une infinité de personnes. Voici comment la chose arriva.


La prière de saint Benoît. Le miracle du tamis. Le départ pour Subiaco.
Ambroggio da Fossano. XVIe.

Un saint prêtre, curé, si l'on en croit la tradition, d'un bourg appelé Mente-Preclaro, distant de quatre milles de cette grotte, s'était fait apprêter à dîner pour le jour de Pâques ; Notre-Seigneur lui apparut en songe, et lui dit :
" Mon serviteur meurt de faim dans une caverne, et tu te prépares des mets délicieux."
A cette voix, il se lève, et prenant ce que l'on avait disposé pour sa table, il se met en chemin pour chercher le saint inconnu.

Il marcha longtemps entre les montagnes et les rochers sans savoir où il allait ni où il devait aller ; mais la main de Dieu le conduisant, il arriva enlin dans la grotte de Benoît. Il y trouva le Saint, se mit en prières avec lui, et, après l'oraison, il l'invita à prendre la nourriture que Notre-Seigneur lui envoyait, parce que c'était ce jour-là la fête de sa Résurrection, en laquelle l'Eglise a coutume de rompre le jeûne. Saint Benoît connaissant que Dieu l'avait envoyé, hésita, puis vu l'insistance, acquiesça à sa prière : ils mangèrent ensemble de ce qu'il avait apporté, et après un entretien plein de lumière et d'onction, sur les moyens de plaire à Dieu et d'arriver à la perfection, ils se séparèrent, le prêtre retournant à son église et le Saint demeurant dans sa grotte, plein de reconnaissance envers son divin bienfaiteur.


Le repas de saint Benoît et du curé de Monte. Anonyme flamand. XVIe.

De si heureux commencements ayant jeté la terreur dans l'esprit de Satan, il résolut d'étouffer dans son berceau cette sainteté naissante. Pour en venir à bout, il prit la figure d'un merle, et, sous cette figure, il vint voltiger autour de lui, et il en approcha même de si près, que le saint jeune homme l'eût aisément pris de la main ; mais comme ce brave soldat de Jésus-Christ était déjà bien expérimenté dans la milice spirituelle, se doutant de ce que c'était, il forma sur lui le Signe de la Croix ce qui fit aussitôt évanouir ce prestige.

Cependant il sentit au même instant une si furieuse tentation de la chair, qu'il était sur le point d'y succomber, et que, dans le trouble où il était, il commençait presque à délibérer s'il ne laisserait point sa solitude.

Mais il lutta contre cette tentation, et se dépouilla et se jeta nu dans un champ d'épines et de ronces, au milieu desquelles il se roula si longtemps, que, par une infinité d'écorchures et de plaies, il fit sertir le sang de tous les endroits de son corps ; ainsi, par la douleur sensible et par ces ruisseaux de sang, il éteignit l'ardeur que la concupiscence avait allumée dans ses membres.

La victoire de notre Saint fut si parfaite, qu'il fut doué, à partir de ce joûr, d'une pureté angélique, et que le démon n'eut plus le pouvoir de le tenter sur cette matière.

Saint Benoît se roulant dans les épines pour vaincre
la tentation de la chair. Vies de saints. Maître de Fauvel. XIVe.

Après ce triomphe, Il devint de soldat capitaine, et de novice grand maître en l'école de la vertu. En effet, il commença dès lors à en faire leçon, suit de vive voix, soit par ses exemples, à plusieurs qui se vinrent ranger sous sa discipline. L'abbé d'un monastère voisin étant décédé, les religieux jetèrent aussitôt les yeux sur lui et l'élurent en sa place ; mais comme ils étaient tombés dans un grand relâchement et qu'ils ne pouvaient supporter la force de ses remontrances, ils se repentirent bientôt de leur choix, et allèrent jusqu'à cet excès de fureur de conspirer ensemble sa mort et de mettre du poison dans un verre qu'ils lui présentèrent. Ils ne purent néanmoins lui nuire, parce que Dieu, qui révèle quand il lui plait les pensées les plus secrètes des hommes, fit connaître à son serviteur le péril où il était, domme si une pierre fût tombée dedans. La conspiration étant ainsi découverte, le Saint leur dit sans se troubler :
" Que Dieu vous pardonne, mes frères ! Ne vous avais-je pas bien dit que vos moeurs ne s'accordaient nullement avec les miennes ? Cherchez un autre abbé qui vous gouverne à votre guise ; pour moi, je ne demeurerai pas davantage avec vous."

Saint Benoît laissa donc ce lieu où il ne produisait aucun fruit, et se retira dans sa première solitude ; n'ayant plus que le corps sur la terre, il menait une vie plus angélique qu'humaine, s'absorbant dans la contemplation des perfections divines, et s'étudiant à en former dans lui-même une image et une vive ressemblance.

Mais la charité qui consumait son coeur ne pouvant cacher ses flammes, plusieurs personnes, désireuses de l'imiter, vinrent en ce désert ; bientôt, au lieu d'un monastère qu'il avait laissé, il en fonda 12 ; dans chacun il mit d'abord 12 religieux avec un supérieur pour les conduire. Et, pour lui, comme le surintendant de tous, il veillait sur eux et allait de l'un à l'autre pour les assister dans leurs besoins. Ces monastères étaient dans la province de Valeria, peu éloignés les uns des autres. Celui de Sainte Scolastique, où le Saint faisait sa résidence, et celui de la Sainte-Grotte sont les seuls qui subsistent aujourd'hui ; il n'y a plus à la place des autres que des ruines et quelques cellules.


Présentation de saint Maur et de saint Placide à saint Benoît.
Jean Bernard Chalette. XVIIe.

Il ne fut pas seulement recherché de ceux qui voulaient quitter le monde et s'enrôler sous la bannière de la croix, il le fut aussi de plusieurs seigneurs, qui, par une estime singulière pour sa personne, lui amenèrent leurs enfants, afin qu'il les format de sa main à la pratique de la vertu, et qu'ils apprissent les sciences humaines sous les maîtres qu'il leur donnerait : Equice lui amena son fils Maur, âgé de 12 ans, et Tertulle, Patrice, lui amena son fils Placide, âgé seulement de 7 ans. Saint Grégoire a déjà parlé, dans la vie de saint Maur, du miracle insigne que le saint Abbé lui fit faire, pour retirer le petit Placide d'un lac où il allait se noyer ; saint Maur marcha sur les eaux à pied sec et comme sur la terre ferme. Saint Grégoire en marque encore d'autres qui ont précédé sa sortie de la solitude de Subiac.

Saint Benoît ordonnant à saint Maur de venir au secours de
saint Placide qui se noie dans le lac. Fra Filippo Lippi. XVe.

Dans l'un de ses monastères, il y avait un religieux qui ne pouvait demeurer à l'oraison ; mais aussitôt que les frères se prosternaient pour la faire, il sortait de l'oratoire pour donner une entière liberté à ses pensées. Le supérieur lui en fit souvent la correction ; mais comme c'était sans succès, il le mena à saint Benoît, afin que l'autorité d'un si grand homme gagnât sur lui ce que ses remontrances ne pouvaient obtenir. Ce pauvre Frère promit bien d'être plus fervent à l'avenir ; mais sa résolution ne dura que 2 jours, de sorte que le supérieur fut obligé de donner avis au Saint que le scandale continuait.

Il vint lui-même y apporter remède et amena saint Maur en sa compagnie ; s'étant mis en oraison avec les frères, il vit un enfant noir qui tirait le religieux par la robe :
" Apercevez-vous, dit-il au supérieur et à saint Maur, celui qui débauche ce Frère ?"
Ils répondirent que non.
" Prions donc Notre-Seigneur, ajouta-t-il, qu'il vous découvre ce secret."
Au bout de deux jours, saint Maur le vit, et saint Benoît ayant suivi ce vagabond, qui était sorti, selon sa coutume, il prit une baguette et en frappa le coupable ; ce qui le délivra entièrement de cette tentation du démon.

Bannière de procession. Eglise Saint-Benoît de
Saint-Benoît des Ondes. Pays malouin. Bretagne.

Entre les 12 maisons qu'il avait fait bâtir, il y en avait 3 sur les rochers qui n'avaient point d'eau. Les religieux, qui avaient une peine extrême pour en venir chercher en bas dans le lac, parce que la descente était difficile et dangereuse, le prièrent d'y pourvoir ou de changer leur demeure ; il leur promit de les contenter, et, ayant fait une prière fervente, il fit sourdre du roc une fontaine dont les eaux coulent encore, abondamment jusque dans la plaine.

Un de ses novices, Goth de nation, travaillant auprès du lac, pour en défricher les bords, donna un si grand coup dans le bois, que le fer de son instrument, se détachant du manche, sauta dans l'eau sans qu'il y eût moyen de l'en retirer. Le Saint y vint, prit le manche de la main de son novice, le mit dans le lac, et aussitôt le fer remonta de lui-même, et, nageant sur l'eau, vint se remettre dans son manche, Le Saint rendit l'instrument au novice, et l'ayant consolé, lui commanda de continuer son travail.

Ces prodiges et une infinité d'autres faisaient voler de tous côtés la réputation de ce nouvel Elisée ; mais le démon, qu'un si heureux progrès mettait dans une rage extrême, entreprit de troubler son repos par le moyen d'un envieux. C'était un ecclésiastique, nommé Florent, qui demeurait auprès du principal des 12 monastères : de celui où saint Benoît faisait ordinairement sa résidence. Cet homme, véritablement indigne de son Ordre et de son caractère, attaqua premièrement le Saint par des médisances secrètes :
" Il n'était pas si saint qu'il se faisait ; ce n'était en réalité qu'un hypocrite et un fourbe, qui, sous de belles apparences de vertu, machinait quelque mauvais dessein."


Saint Benoît et le miracle du corbeau.
Vies de saints. J. de Monbaston. XIVe.

Voyant qu'il n'avançait en rien contre sa réputation par tous ses mauvais discours, il tâcha de lui enlever la vie par un pain empoisonné, qu'il lui envoya comme une marque d'amitié et de bienveillance, de même que l'on envoyait encore, au siècle dernier, du pain bénit, comme encore de nos jours chez les schismatiques " orthodoxes ".

Le Saint l'en remercia fort civilement, quoiqu'il n'ignorât pas la qualité de ce pain. Mais un corbeau, qu'il nourrissait de sa main, ayant volé vers lui, le Saint lui ordonna de prendre le pain et de le porter en un lieu écarté de la vue des hommes ; l'animal ne l'osait faire par la crainte du poison, jusqu'à ce que le saint Abbé l'eût assuré qu'il n'en recevrait nul dommage, parce qu'il ne lui commandait pas de le manger, mais seulement de le porter en un lieu inconnu, où il ne pût nuire à personne.

Ce n'est pas tout ; ce malheureux homme s'avisa d'une autre malice encore plus noire que les précédentes ; il gagea sept filles de mauvaise vie et les fit entrer secrètement dans le jardin du monastère, pour y danser sans pudeur et y faire mille insolences à la vue des cellules des religieux. N'ayant pu nuire au saint Abbé, ni eu sa réputation par la médisance, ni en sa vie par le poison, il voulait du moins l'affliger dans ses enfants par le scandale qu'il leur donnerait ; c'était le toucher à la prunelle de ses yeux. Aussi le saint Père, qui ne s'était point ému ni pour les calomnies de son persécuteur, ni pour l'attentat qu'il avait commis coutre sa personne, en le voulant faire mourir, quitta à ce coup la partie, et, cédant à l'orage, il se retira de ce monastère avec quelques-uns de ses disciples.
Mais que peut la malice de l'homme contre la sagesse de Dieu ? Les calomnies s'étaient dissipées, et l'attentat, ayant été découvert, n'avait point eu d'effet ; de même, la victoire que Florent prétendait avoir remportée par la fuite du Saint, ne fut pas de longue durée ; comme il se divertissait sur une galerie de son logis, elle s'écroula sous ses pieds et l'écrasa dans sa chute, le reste de la maison subsistant en son entier, tel qu'il était auparavant.


Saint Benoît. Pietro Perugino. XVIe.

A ce propos, nous ne voulons pas omettre un acte de la parfaite charité de saint Benoît : voyant que son disciple Maur paraissait joyeux en lui apprenant la mort de Florent, et en lui mandant qu'il pouvait bien revenir en assurance, puisque son ennemi n'était plus au monde, il l'en reprit aigrement et lui imposa une sévère pénitence. A cette occasion, Pierre Diacre, d'après saint Grégoire, s'écrie que ce grand homme a été rempli de l'esprit de tous les Saints, puisqu'il fait voir l'esprit de Moïse, en tirant de l'eau d'un rocher ; l'esprit d'Elie, en se faisant obéir par un corbeau ; l'esprit d'Elisée, en faisant nager le fer sur les eaux ; l'esprit de saint Pierre, en donnant à Maur, son disciple, le pouvoir de marcher sur un grand lac comme sur la terre ferme, et l'esprit de David, en pardonnant si généreusement à celui qui cherchait à le perdre et en pleurant amèrement sa mort.

Ce ne fut pas là le seul bien que Dieu tira de la malice du prêtre Florent : car saint Benoît s'étant absenté, comme nous avons dit, avec quelques-uns de ses enfants, Dieu lui fit connaître qu'il voulait se servir de lui pour la conversion de plusieurs âmes, qu'il le favoriserait en tout ce qu'il entreprendrait, et rendrait son nom et sa congrégation célèbres par tout le monde. Le Saint bénit Dieu d'une disposition si favorable et quitta avec joie les rochers de Subiac, sanctifiés par ses pénitences et par tant d'oeuvres miraculeuses qu'il y avait opérées, pour se rendre où le Ciel l'appelait. C'était au Mont-Cassin, situé dans le royaume de Naples, à 18 lieues de Rome.

Deux anges, en forme de jeunes hommes, l'y conduisirent et le mirent en possession du lieu qui, d'évêché qu'il était, fut changé en une célèbre abbaye, chef d'une infinité de monastères de l'Ordre fondé par ce glorieux Patriarche. Il y avait encore, sur cette montagne et aux environs, comme en plusieurs autres provinces d'Italie, quelques restes du paganisme, entre autres un temple d'Apollon, où cette idole était honorée comme un Dieu par les paysans de la contrée.


Episode de la construction de l'abbaye du Mont-Cassin.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Jacques de Besançon. XVe.

La première chose que fit saint Benoît, après une retraite et un jeûne de 40 jours pour se disposer aux fonctions de l'apostolat, fut de renverser l'autel, et de mettre l'idole en pièces, et de brûler le bocage voisin, qui servait aux superstitions du paganisme ; ayant ainsi purgé le temple, il le changea en un oratoire auquel il donna le nom de Saint-Martin, et en bâtit un autre à l'honneur de saint Jean-Baptiste, au même endroit où l'idole d'Apollon était auparavant. Il travailla ensuite, par des prédications ferventes, à la conversion du peuple d'alentour, et non content de le faire par lui-même, il dressa ses religieux à un si saint ministère ; et ainsi, tant par leur moyen que par ses grands miracles et sa vie toute céleste, qui soutenait admirablement sa parole, il fit partout un changement considérable; en fort peu de temps, le pays fut débarrassé des superstitions et des vices que Satan y avait semés, et que les prélats y avaient laissé croître par leur négligence. Telle fut l'origine du célèbre monastère du Mont-Cassin, dont le grand saint Benoît jeta les premiers fondements en l'année 529, à la 48e année de son âge, la 3e de Justinien, Félix IV étant évêque de Rome, Athalaric étant roi des Goths en Italie.

Le démon, épouvanté de tant de glorieuses victoires, renouvela ses premières persécutions contre le Saint. Ce n'était pas de nuit ni en songe qu'il lui apparaissait ; il l'obsédait continuellement sous des figures horribles, jetant le feu par les yeux, par la bouche et par les narines, et lui disant en fureur : " Benoît ! Benoît !" et comme le Saint ne faisait pas semblant de le voir ni de l'entendre, afin de lui témoigner plus de mépris, l'ennemi ajoutait :
" Maudit sois-tu, et non béni ! Qu'es-tu venu faire en ces quartiers ? Qu'as-tu à démêler avec moi ? Pourquoi prends-tu plaisir à me persécuter ?"

Tous ces efforts étant inutiles, il entreprit de traverser la construction du nouveau monastère que le Saint commençait à bâtir. Un jour, que les frères voulaient lever une pierre pour la mettre en oeuvre, il se mit dessus et la rendit si pesante qu'il était tout à fait impossible de la remuer. On en avertit le Saint : il vint sur le lieu, fit le Signe de la Croix sur la pierre, et la bénédiction eut tant de force, que cette pierre passa tout d'un coup de cette pesanteur extrême à une légèreté extraordinaire, qui lit qu'on la leva sans nulle difficulté. On la garde encore à présent au Mont-Cassin, en mémoire du miracle.

Aussitôt après, on creusa, par l'ordre du Saint, au même endroit d'où on l'avait tirée, et l'on y trouva une petite idole de cuivre. Les religieux la portèrent dans la cuisine sans nul dessein ; mais il y parut aussitôt un si grand feu, qu'il semblait vouloir consumer tous les offices ; chacun se mit en devoir de l'éteindre en y jetant de l'eau, mais le Saint, étant descendu au bruit qu'il entendit, leur fit voir que la flamme n'était qu'imaginaire, et que ce n'était qu'un prestige qui avait trompé leur vue.


Saint Benoît. Eglise de Bédée. Diocèse de Rennes.

Une autre fois, que les religieux travaillaient par obéissance à élever une muraille, le démon vint dans sa cellule, et lui dit effrontément qu'il allait visiter ses travailleurs. Le bon Père conçut bien ce qu'il voulait dire, et envoya sur-le-champ vers les frères pour les avertir d'être sur leurs gardes. A peine eurent-ils reçu cet avis, qu'un pan de la muraille tomba et écrasa sous ses ruines un petit novice, enfant de race patricienne. Cet accident affligea infiniment ses confrères ; ils allèrent trouver lour saint Abbé, et lui exposèrent avec des soupirs le malheur de ce jeune homme. Il commanda qu'on lui apportàt le corps du défunt, mais il était si brisé qu'il fallut le porter dans un sac. Il lit une oraison pour lui avec une ferveur extraordinaire, et, à peine l'eût-il achevée, que le mort ressuscita et revint au même état dans lequel il était avant son accident.

Le Saint, pour triompher plus parfaitement de l'ennemi, lui ordonna de retourner au travail et de rétablir, avec les autres, la muraille sous laquelle il avait été écrasé.

Ainsi, tous les artifices du démon ne purent l'empêcher de bâtir cette maison, qui devait être la demeure de tant de Saints, et le chef de cet Ordre qui allait bientôt se propager dans tout le monde.

Cet esprit prophétique parut avec bien plus d'éclat dans la rencontre qu'il eut avec Totila, roi des Goths. Ce prince, qui ravageait toute l'Italie, ayant entendu dire que Benoît était un grand Prophète, à qui rien ne pouvait être caché, voulut s'en assurer par sa propre expérience ; il s'avança vers son monastère, et lui manda de venir en personne au-devant de lui. Avant d'en approcher, pour mieux éprouver le Saint, il fit vêtir un de ses écuyers comme un roi, le fit accompagner de ses gardes et des premiers officiers de sa cour, et lui commanda de marcher devant lui en cet équipage, afin de voir si Benoît s'y laisserait tromper. L'écuyer obéit, alla jusque dans l'enceinte du monastère et jusqu'au lieu où était le Saint ; mais ce grand homme ne s'émut point pour tout le tumulte de ces barbares, et, dès qu'il crut que l'écuyer le pouvait entendre, il s'écria :
" Quittez mon fils, quittez ces ornements royaux, ils ne vous appartiennent pas."
A ces paroles, cet écuyer, qui faisait auparavant le fier, et tous ceux de sa suite, se prosternèrent contre terre, et, n'osant approcher du Saint, ni lui parler, ils s'en retournèrent dire à Totila ce qu'ils avaient vu et entendu. Totila vint lui-même, et, ayant aperçu saint Benoît qui était assis sur une escabelle, il se jeta aussi par terre sans oser avancer plus près. Le Saint lui cria deux ou trois fois de se lever ; mais il fallut qu'il le vint relever lui-même. Ensuite, il lui parla avec plus de force et de liberté que jamais le prophète Nathan n'avait parlé à David, puisque, sans user de paraboles ni craindre de choquer un roi qui faisait trembler toute l'ltalie, il le reprit de ses méfaits, et lui prédit les dernières aventures de sa vie :
" Vous faites beaucoup de mal, vous en avez beaucoup fait ; il est temps que vous mettiez fin à vos iniquités ; vous entrerez dans Rome, vous passerez la mer, vous régnerez neuf ans, et au dixième vous mourrez."

A cet oracle, Totila fut frappé d'une nouvelle crainte : il se recommanda instamment aux pnières du Saint et se retira. Depuis ce temps-là, il ne fut pas si cruel qu'il l'avait été auparavant. Il prit Rome, passa en Sicile, et, au bout de 10 ans, par un juste jugement de Dieu, il perdit le royaume et la vie.


Saint Benoît recevant Totila roi des Goths et lui dévoilant son avenir.
Jean Bernard Chalette. XVIIe.

Saint Grégoire rapporte encore plusieurs autres prophéties faites par Benoît. Saint Sabin, évêque de Canossa, qui le visitait tous les an, lui disant que Rome périrait par la cruauté de Totila, il l'assura que non mais qu'elle périrait par des foudres, des tempêtes, des débordements d'eau et des tremblements de terre ; ce que l'événement a justifié.

Théoprobe, un des religieux de Benoît, personnage de grand mérite, entra un jour dans sa cellule, et le trouva pleurant amèrement. Il attendit longtemps sans voir la fin de ses larmes ; enfin il lui demanda quel sujet il avait de tant pleurer :
" Je pleure parce que Dieu vient de me faire connaître que ce monastère et toutes ses dépendances seront ruinés et détruits par les barbares, et à peine ai-je pu obtenir que les âmes fussent sauvées."

C'est ce que l'on a vu, depuis, dans l'irruption des Lombards : car l'abbaye du Mont-Cassin fut ruinée, mais personne ne tomba entre les mains de ces infidèles.

Un personnage de haute condition ayant envoyé au Saint, par son valet, deux flacons de vin, ce valet en cacha un en chemin, et se contenta de présenter l'autre. Le Saint le reçut fort humainement et avec action de grâces ; mais, comme le valet prenait congé, il l'avertit de ne pas boire du flacon qu'il avait caché, sans voir auparavant ce qu'il y avait dedans. Ce pauvre garçon fut fort étonné ; mais il le fut bien davantage, lorsque regardant son flacon dérobé, il en vit sortir un serpent. Ce miracle fit tant d'impression sur son esprit, qu'il demanda à devenir moine. Saint Grégoire l'appelle Exhilaratus noster, notre frère Exhilaratus.

Si le Saint voyait si clairement les choses futures et les choses éloignées, il lisait aussi très-distinctement ce qui était caché dans le secret du coeur. Témoin ce jeune religieux, fils d'un homme de condition, à qui saint Grégoire donne la qualité de défenseur : comme il tenait un soir le chandelier pendant que le Saint prenait sa réfection, il fut attaqué d'une pensée d'orgueil, et se dit en lui-même :
" Suis-je de naissance à servir cet homme, à lui tenir la chandelle et à demeurer debout comme un valet pendant qu'il est à table et qu'il mange ?"
Mais le Saint, pénétrant par l'esprit de Dieu ce qu'il roulait dans son imagination, lui dit :
" A quoi pensez-vous, mon frère ? Faites le signe de la croix sur votre coeur ; ne voyez-vous pas que c'est le prince des orgueilleux qui vous suggère ces belles idées de grandeur et qui vous tente ?"


Saint Benoît et le jeune moine orgueilleux.
Giovanni Antonio Bazzi. XVe.

Ses menaces n'étaient pas moins terribles que sa parole était efficace. Dans un couvent de filles de sa dépendance, il y avait deux religieuses d'origine riche, qui maltraitaient souvent de paroles le religieux qu'il leur avait destiné pour avoir soin de leur temporel. Comme il en fut averti, il leur manda de corriger leur langue, ou qu'autrement il les excommunierait ; ce qu'il dit néanmoins, non pas en fulminant effectivement l'anathème contre elles, mais seulement en les menaçant. Cependant elles ne se corrigèrent pas, et Dieu, voulant les punir de leur insolence, elles moururent toutes deux peu de jours après.

On les enterra dans l'église, et on fit, selon la coutume, des prières pour elles, sans avoir égard à cette excommunication, qui ne passa que pour comminatoire. Mais chose étrange, chaque fois que le diacre disait à l'ordinaire : " Que ceux qui sont excommuniés sortent d'ici ", leur nourrice, qui apportait souvent des oblations pour leur soulagement, les voyait se lever de leur tombeau et sortir de l'église. Ceci étant-arrivé plusieurs fois, elle se souvint de l'excommunication dont le saint Abbé les avait menacées, et lui donna avis de ce qui se passait. Alors il prit une offrande, la bénit, et ordonna de la présenter à Dieu pour elles ; et, depuis cette action, elles demeurèrent en repos dans leur sépulcre.

Une chose presque semblable arriva à un novice qui aimait extrêmement ses parents étant sorti pour leur rendre visite, sans avoir pris la bénédiction du saint Abbé, il mourut le jour même où il arriva chez eux. On l'enterra ; mais comme si la terre eût eu quelque horreur de le contenir, elle le rejeta jusqu'à 3 fois. Ses parents, extrêmement confus et troublés, eurent recours au bienheureux Patriarche, le suppliant, avec larmes, de donner sa bénédiction au défunt. Il en eut pitié, et leur donna, de sa propre main, une " hostie consacrée " (c'est ainsi que le rapporte saint Grégoire), avec ordre de la mettre sur l'estomac du mort. Ce remède fut tout-puissant, et la terre le reçut depuis en paix.

Cette pratique d'enfermer le corps de Notre-Seigneur avec les morts a, depuis, été abolie au troisième Concile de Carthage, et en celui de Toul.

Nous ne voulons pas oublier ce que saint Grégoire assure avoir appris de quelques anciens, qui avaient été disciples de ce grand serviteur de Dieu : un pauvre malheureux, mais homme de bien, le vint trouver et lui exposa qu'il était dans une grande peine, parce qu'il devait une somme considérable, et qu'il n'avait pas de quoi la payer. Le Saint lui dit qu'il n'avait pas alors cette somme, mais qu'il revînt 2 jours après, et que Dieu pourvoirait à son besoin.

Il revint, et le Saint, ayant fait sa prière, trouva sur le coffre du monastère l'argent qu'il lui fallait, et quelque chose de plus, sans que personne l'y eût mis ; il ne s'en réserva rien, mais fit donner le tout à ce pauvre, tant pour payer sa dette que pour aider ensuite à sa subsistance.

Sa charité ne parut pas moins en une autre occasion : c'était un temps de famine et de cherté extrême ; un sous-diacre, nommé Agapet, vint au monastère et demanda instamment de l'huile : il n'y en avait plus que fort peu dans le fond d'une bouteille de verre. Le Saint dit au cellérier de la lui donner, étant bien persuadé que ce qu'on donnait sur la terre, on se le réservait dans le Ciel. Mais le cellérier, craignant que la communauté n'en souffrît, négligea son commandement, et ne voulut pas même en faire partage avec celui qui en demandait. Cette désobéissance ayant été rapportée au serviteur de Dieu, il entra dans une sainte colère ; et afin qu'il n'y eût rien dans son couvent contre l'obéissance, il fit jeter la bouteille par la fenêtre. Il y avait au bas un précipice et des rochers ; néanmoins, l'huile ne se répandit point, et la bouteille n'en reçut aucun dommage. Le Saint l'envoya retirer, et la donna saine et entière au sous-diacre. Ce miracle fut suivi d'un second : après qu'il eut fait une sévère réprimande en plein chapitre à cet officier superbe et désobéissant, un muid qui était vide parut aussitôt plein d'une huile excellente, ce qui remplit toute la communauté d'admiration, et fit bien voir que " celui qui fait l'aumône prête à usure à Dieu tout puissant ".


Saint Benoît ressuscitant le fils du paysan. Louis de Sylvestre. XVIIIe.

Le serviteur de Dieu ne fit pas un moindre miracle en faveur d'un autre paysan : cet homme ayant perdu son fils, apporte le corps du défunt au Mont-Cassin, afin de lui en demander le résurrection. Ce n'était pas la première qu'il eût obtenue de Dieu ; néanmoins, touché d'un sentiment profond d'humilité, il dit, les larmes aux yeux, aux religieux avec lesquels il venait de travailler aux champs :
" Retirons-nous, je vous prie, mes frères, retirons-nous ; ces actions que l'on nous demande appartiennent aux Apôtres, et non pas à de faibles créatures comme nous."
Mais le paysan, sans avoir égard à ses excuses, ni à la tristesse qu'il témoignait de ce qu'on lui demandait un prodige de cette importance, le presse vivement, et jure, avec fermeté, qu'il ne le quittera point qu'il n'ait ressuscité son fils ; Benoît est enfin contraint de se rendre. Il se couche donc premièrement sur le mort ; puis, s'étant retiré, il lève les mains au ciel, et dit :
" Seigneur, n'ayez point égard à mes péchés, mais regardez la foi de cet homme, qui demande que vous ressuscitiez son fils, et rendez à ce corps l'âme et la vie que vous lui avez ôtés."
Ces paroles furent suivies du miracle : le mort commence à remuer, et le Saint, l'ayant pris par la main, le rend sain et sauf à son père.

A ce propos, saint Grégoire remarque que quelquefois il faisait ces merveilles par autorité, comme dans la délivrance du paysan, et d'autres fois par prières et par larmes, comme dans la guérison que nous venons de rapporter.

Nous ne pouvons point reprendre ici ce qui se passa dans son dernier entretien avec sa chère soeur sainte Scholastique, ni comment il vit son âme s'envoler au Ciel en forme de colombe, puisque nous en avons suffisamment parlé dans la vie de cette Sainte.


Saint Benoît et sainte Scolastique.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Mais nous ne pouvons nous dispenser d'écrire ce qui lui arriva le jour du décès de saint Germain, évêque de Capone. Ce jour-là, un saint diacre, nommé Servant, abbé d'un ancien monastère d'Italie, l'était venu voir, pour s'entretenir avec lui, selon sa coutume, des affaires de l'éternité. La nuit ayant interrompu leur entretien, Servant se retira dans une chambre au-dessous de celle du Saint, qui était au haut d'une tour, et les disciples de l'un et de l'autre logèrent à côté. Benoît veillait en oraison, se tenant debout à sa fenêtre pour mieux contempler les merveilles du ciel.

Au milieu de sa prière, il vit tout à coup une lumière admirable, qui chassa toutes les ténèbres de la nuit, et qui fit un jour incomparablement plus beau que ne sont ceux que fait le soleil en plein été dans un temps parfaitement serein ; et, au même instant, tout le monde lui fut représenté comme reccueilli dans un seul rayon de soleil.

Cette merveille remplissait déjà tout son esprit, il en survint une autre qui augmenta son admiration ; il vit l'âme de ce saint évêque de Capone, que des anges élevaient au ciel dans un globe ou une sphère de feu. Il voulut faire part à l'abbé Servant d'une vision si oharmante, et qui ne devait pas peu contribuer à l'honneur du saint défunt. Pour cela, il l'appela trois fois par son nom ; mais lorsqu'il monta, la lumière commençait à se dissiper : il n'en put voir que les restes. Il en marqua, néanmoins, le jour et l'heure, et on sut bientôt, par un messager envoyé exprès, que c'était justement le moment où saint Germain était décédé.


Extase de saint Benoît. Jean Restout. Eglise Saint-Gilles-Saint-Leu.
Bourg-la-Reine. Île-de-France. XVIIe.

Les réflexions admirables que fait saint Grégoire sur cette vision, et les termes dans lesquels il l'explique, ont fait croire à quelques auteurs, que selon ce grand docteur, et selon la vérité, saint Benoît, en cet instant, vit clairement l'essence divine, et en elle, toutes les créatures ; de même que plusieurs théologiens, après saint Thomas, croient que Moïse l'a vue sur la montagne du Sinaï, et saint Paul dans son ravissement. C'est véritablement un privilége incomparable, et qui n'a point son pareil entre tous les privilèges d'ici-bas. Cependant, nous ne voulons pas plus l'assurer que le disputer à cet homme céleste, qui était destiné pour être le grand Patriarche d'un peuple parfaitement fidèle : nous voulons dire des religieux d'Occident.

Le temps auquel il composa sa Règle (que l'on trouvera très complète ici : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/benoit/page3.html) n'est pas entièrement certain. Quoiqu'il en soit, on ne peut rien ajouter aux éloges que les Pères et les auteurs, qui ont vécu depuis, lui ont donnés. Saint Grégoire le Grand dit que la vie de saint Benoit étant toute sainte, il ne se peut faire que sa Règle n'ait aussi été toute sainte, parce que ce grand homme n'a point prescrit d'autres lois que celles qu'il donnait déjà par ses exemples ; il ajoute que cette Règle doit être mise au rang de ses miracles, et qu'elle est surtout admirable par la sagesse et la discrétion qu'elle garde en toutes ses ordonnances. Divers conciles, tenus en France et en Allemagne, en ont aussi parlé avec beaucoup d'honneur ; et, pour tout dire, on l'appelait par excellence la Sainte Règle. Un autre saint Benoît, fondateur de l'abbaye d'Aniane, et depuis abbé d'Inden, près d'Aix-la-Chapelle, fit voir, par un excellent livre appelé la Concorde des Règles, qu'elle était entièrement conforme à celle des saints Pères qui avaient précédé notre Saint ; et, depuis cette concorde, elle fut imposée progressivement comme Règle de tout l'Ordre monastique en Europe, les monastères qui étaient plus anciens que saint Benoît y étant soumis. L'imposition ne sera pas toujours pacifique. Nous ajoutons seulement que cette Règle s'étendit beaucoup dès le vivant du saint Patriarche ; car on pense qu'il la porta lui-même à Rome, et qu'elle y trouva un grand nombre de disciples : il est constant qu'il l'envoya en Sicile par saint Placide, en France par saint Maur, et en Sardaigne par saint Raynère.


Saint Benoît présentant la Règle.
Comment. in Benedicti Regulam. XIVe.

Il est temps d'en venir à son bienheureux décès. Dieu lui eu avait révélé le temps plusieurs mois auparavant, et il l'avait déclaré à sert disciple, saint Maur, avant de le faire partir pour la France. Six jours avant ce terme, ayant fait ouvrir le sépulcre où dormait sa soeur, sainte Scholastique, il fut saisi d'une fièvre qui le tourmenta extrêmement ; elle ne l'empêcha pas, néanmoins, de se préparer à ce dernier passage avec toute l'ardeur et la piété que l'on peut imaginer dans un homme qui ne respirait plus que pour le ciel.

Au sixième jour, quelque faible qu'il fût, il se fit porter à l'oratoire consacré à saint Jean-Baptiste : là, soutenu sur les bras de ses disciples, il reçut le corps et le sang de son Sauveur ; puis, se plaçant au bord de la fosse, mais au pied de l'autel, et les bras étendus vers le ciel, il mourut debout on prononçant une dernière prière. Ce fut le samedi saint, 21 mars, l'an de Notre-Seigneur 543 : il était âgé de 62 ou 63 ans.


Mort de saint Benoît. Verrière de l'église Saint-Benoît de
Saint-Benoît-des-Ondes. Pays malouin. Bretagne. des Ondes.

Au moment où le saint Patriarche décéda, un religieux, qui était dans le même monaslère, et saint Maur, qui était à Font-Ronge, près d'Auxerre, en France, virent comme une grande rue, couverte de tapis précieux et bordée d'une infinité de flambeaux, qui s'étendait jusque dans le ciel, et un homme vénérable et tout éclatant qui leur dit :
" C'est ici la voie par laquelle Benoît, le bien-aimé de Dieu, eut monté dans le ciel."
Ainsi accomplit-il la promesse qu'il avait faite, de faire savoir à ses disciples absents le bienheureux moment où il irait jouir de la gloire.

Benoît était d'une taille élevée et bien proportionnée, et dans son extérieur il avait une gravité mêlée de tant de douceur, qu'il obligeait tous ceux qui le regardaient à l'aimer et à le respecter. Son abstinence fut prodigieuse ; les Carêmes, il ne mangeait que deux fois la semaine et se contentait alors de pain et d'eau. Il aimait extrêmement la solitude, et quoique son Ordre s'étendît de tous côtés, à peine trouve-t-on qu'il soit sorti deux fois du Mont-Cassin. C'est qu'il trouvait ses délices à faire oraison et à s'entretenir seul à seul avec son Dieu.

Son corps fut inhumé dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, que lui-même avait fait bâtir et qu'il s'était destinée pour sépulture ; Notre Seigneur ne l'y a pas moins honoré après sa mort par des miracles qu'il l'avait fait pendant sa vie.


Mise au tombeau de saint Benoît.
Missel à l'usage de l'abbaye d'Anchin. XVIe.

De toutes les vertus, il n'y en avait point dont saint Benoît inculquât plus fortement la pratique que l'humilité ; il en a marqué douze degré dans sa règle :
1. s"exciter à une vive componction de coeur, craindre Dieu et ses jugements, marcher sans cesse humilié dans la divine présence ;
2. renoncer entièrement à sa volonté propre ;
3. obéir promptement et sans réserve ;
4. supporter patiemment les souffrances et les injures ;
5. découvrir humblement ses plus secrètes pensées à son supérieur ou à son directeur ;
6. être content et se réjouir dans les humiliations ; se plaire à exercer les plus bas ministères, à porter des habits pauvres, etc. ; à aimer la simplicité et la pauvreté : se regarder comme un mauvais serviteur dans tout ce qui est ordonné ;
7. s'estimer le plus misérable, le dernier des hommes, le plus grand de tous les pêcheurs ;
8. éviter la singularité dans les paroles et dans les actions ;
9. aimer et observer le silence ;
10. se garder d'une vaine joie et d'un rire immodéré ;
11. ne point parler d'une voix haute, et observer les règles de la modestie dans toutes ses paroles ;
12. être humble dans toutes les actions extérieures.


Saint Benoît est le patron du Mont-Cassin et de l'abbaye bénédictine de Seligenstadt en Hesse-Darmstadt.

On invoque saint Benoît contre les maléfices, les inflammations, les érésipèles, le poison et la gravelle.
L'efficacité de la dévotion à saint Benoît, relativement à la maladie de la pierre, est fondée sur le guérison de saint Henri II, empereur d'Allemagne, qui était atteint de cette redoutable maladie.

RELIQUES
Voir surtout Les reliques de saint Benoît par dom François Chamard, qui établi définitivement, après des siècles de disputes, l'authenticité des reliques " françaises " : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/benoit/reliques/relique...


Translation des reliques de saint Benoît.
Bréviaire à l'usage de Langres. XVe.

Le monastère du Mont-Cassin ayant été ruiné par les Lombards en 583, les reliques de saint Benoît, enseveleis sous les décombres, y demeurèrent longtemps inconnues. Saint Aigulphe, religieux de l'abbaye de Fleury, appelée depuis Saint Benoît-sur-Loire, ayant été envoyé au Mont-Cassin vers l'an 660 par son abbé, saint Mommole, eut le bonheur de les trouver dans les ruines et de les apporter en France dans son monastère. Cette translation eut lieu un 11 juillet, on en célébra la mémoire dans tout les monastère de France.

De plus, le 4 décembre, avait lieu une autre solennité, appelée de l'Illation, en mémoire d'une seconde translation que l'on fit des mêmes reliques, lorsqu'ayant été transférées à Orléans par crainte des attaques des Normands, elles furent rapportées enfin à l'abbaye de Fleury.

L'abbaye de Saint-Pierre de Solesmes reçut un fragment du crâne de notre Saint à l'époque de son édification par dom Prosper Guéranger.

LA CROIX ET LA MEDAILLE DE SAINT BENOÎT


La Croix de saint Benoît.

 


La face et l'avers de la médaile de saint Benoît.

De la croix de saint Benoît est tirée la médaille de saint Benoît, originaire d'Allemagne, semble-t-il. Les bénédictins reçurent l'approbation de ce sacramental par un bref du pape Benoît XIV, le 12 mars 1742. La médaille fut pourvue de bénédictions et d'indulgences. A travers les siècles, on atteste que l'utilisation de la croix de saint Benoît, avec un grand esprit de piété est particulièrement efficace.

Saint Benoît est représenté habituellement la croix brandie comme une arme de défense sur une des faces de la médaille dans une main et dans l'autre un livre, la sainte Règle.

Sur l'autre face figurent en abrégé les inscriptions suivantes :

- C S P B : Crux Sancti Patris Benedicti : Croix du saint Père Benoît.

Sur l'arbre de la croix, on lit de gauche à droite :

- N D S M D : Non Draco Sit Mihi Dux : Le dragon ne doit pas être mon guide.

De haut en bas :

- C S S M L : Crux Sacra Sit Mihi Lux : La croix doit être ma lumière.

Une inscription plus longue entoure la croix. Elle commençait autrefois par le nom de Jésus IHS.
Elle a été remplacée par le mot PAX.

L'inscription se poursuit vers la droite par les lettres :

- V R S N S M V : Vade Retro Satana, Numquam Suade mihi Vana : Arrière Satan, ne me tente jamais par la vanité.

- S M Q L I V B : Sunt Mala Quae Libas, Ipse Venenum Bibas : Ce que tu offres, ce n'est que du mal, ravale ton poison.

On lira l'essai de dom Prosper Guéranger sur la médaille de Saint-Benoît.

On se passera de l'avertissement relativiste, pour ne pas dire simplement idiot, du " copiste " du site si riche pourtant de l'abbaye Saint-Benoît de Port-Valais sur lequel il se trouve heureusement reproduit et disponible, et où nous puisons bien des éléments et renseignements.
Le " copiste " écrit en effet :

" Cette savoureuse édition de Dom Guéranger est naturellement à relire dans notre contexte du XXIe siècle. Pour ce faire, on peut conseiller, le petit livre de l’abbé Philippe Beitia, La médaille de saint Benoît [...] Ce dernier auteur cite d’ailleurs abondamment Dom Guéranger."
 
Passons sur le qualificatif " savoureuse ", qui évoque une distance quasi-amusée du " copiste " pour l'essai de dom Prosper Guéranger, pour insister sur le fait que s'il faut tenir compte de " notre contexte du XXIe siècle ", c'est pour prendre à la lettre et avec une fermeté plus puissante encore qu'au XIXe ce qu'écrit dom Guéranger dans cet essai, compte tenu de l'état des sociétés aujourd'hui.

Le prince de ce monde régnant aujourd'hui presque partout sur la surface de la terre, il convient donc de s'en prémunir plus que jamais. On s'y aidera en portant la médaille de saint Benoît, bénie par un vrai prêtre, et l'on observera rigoureusement ce que dom Guéranger rappelle et expose dans son essai.

Outre le fait qu'il soit une insulte grossière à saint Benoît et à dom Guéranger, on se passera bien évidement du " petit livre de l’abbé Philippe Beitia " conseillé par le " copiste " ; résumé incomplet, édulcoré, moderne, libéral et bien peu catholique de l'essai du restaurateur de l'Ordre en France.

A ces réserves d'importance près, on consultera donc l'essai de dom Prosper Guéranger : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/medaille.htm

Enfin, nous recommandons à Notre Dame, la communauté de cette abbaye, ainsi que celle de Saint-Pierre de Solesmes (héritière directe du grand commentateur de la liturgie catholique que fut son fondateur, et, hélas, prévaricatrice en n'ayant pas hésité à adopter le saccage liturgique, avec les sacrements invalides et donc inopérant des fantaisie monstrueuses et hérétiques de Montini...), afin que, par la toute puissance de Notre Père des cieux, chacun de ses membres s'ouvre à la vraie foi pleine et entière, dans la fidélité au magistère de la sainte Eglise catholique, dans la fidélité à saint Benoît et à dom Prosper Guéranger.

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mercredi, 20 mars 2019

20 mars. Saint Wulfran (ou Vulfran), archevêque de Sens, apôtre des Frisons, patron d'Abbeville. 720.

- Saint Wulfran (ou Vulfran), archevêque de Sens, apôtre des Frisons, patron d'Abbeville. 720.
 
Papes : Théodore, Grégoire II. Rois de France : Clovis II, Chilpéric II.

" Heureux celui qui a été trouvé sans tâche et qui n'a point courru après l'or."
Eccl. XXXI.


Saint Wulfran. Majus Chronicon Fontanellense. XIe.

Saint Wulfran était fils d'un officier du roi Dagobert ; il passa quelques années à la cour, mais il n'échoua point contre les écueils où la vertu des grands fait si souvent naufrage, et sut allier toujours les devoirs de son état avec la pratique des maximes de l'Évangile.


Cathédrale Saint-Etienne de Sens. Vue du Portail de Moïse (Sud).

Élevé sur le siège archiépiscopal de Sens, il se livra tout entier aux oeuvres de son saint ministère. Après avoir gouverné son diocèse pendant deux ans et demi à peine, il se sentit intérieurement sollicité d'aller prêcher l'Évangile aux Frisons. Il s'embarqua avec plusieurs religieux décidés à courir tous les dangers de son apostolat. Les Frisons se livraient à des pratiques horribles et en particulier faisaient de cruels et monstrueux sacrifices humains.


Collégiale Saint-Vulfran à Abbeville. XVe, XVIIe.
La construction de la collégiale commença par la façade. Les
Huchiers picards furent longtemps réputés pour la maîtrise de leur art.

Pendant la traversée, un fait miraculeux fit connaître le mérite de l'évêque missionnaire. Comme il disait la Messe sur le navire, celui qui faisait l'office de diacre laissa tomber la patène à la mer ; Wulfran lui commanda de mettre la main à l'endroit où la patène était tombée, et aussitôt elle remonta du fond des eaux jusque dans sa main, à l'admiration de tous.


Détail de la collégiale Saint-Vulfran à Abbeville.

A force de miracles, le courageux apôtre opéra chez les sauvages Frisons de nombreuses conversions. Wulfran, son oeuvre à peu près terminée, alla passer le reste de ses jours dans un monastère ; sa sainte mort arriva vers l'an 720. Saint Wulfran a toujours été très honoré en Picardie, et de nombreuses faveurs ont été obtenues de Dieu par son intercession.


Eglise Saint-Wulfran. Pays de Caux. Normandie.

RELIQUES

Ses reliques, après avoir été longtemps en Frise, furent transportées en 1058 dans l'église Notre-Dame d'Abbeville. A la demande de Louis XIII, on détacha deux ossement afin que la ville de Sens pût avoir une relique de son saint évêque.

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mardi, 19 mars 2019

19 mars. Saint Joseph, époux de la très sainte Vierge Marie, mère de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ier siècle.

- Saint Joseph, époux de la très sainte Vierge Marie, mère de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ier siècle.

Empereur romain : Tibère.

" Si vous cherchez Joseph, vous l'y trouverez avec Jésus et Marie."
Origène. Homil. XVIII in Luc.

" Le juste fleurira comme le lis ; sa fleur conservera son éclat et son parfum éternellement devant le Seigneur."
Brév. rom., 19 mars, office de saint Joseph.

" Vous pouvez conjecturer quel personnage fut saint Joseph d'après la seule interprétation de son nom, qui veut dire augmentation."
Saint Jean Chrysostome.


L’Apparition de l’Ange à saint Joseph. Georges de La Tour. XVIIe.

Saint Joseph descendait de la race royale de David. On croit généralement qu'en vue de la mission sublime que le Ciel lui destinait, il fut sanctifié avant sa naissance. Nul ne peut douter que Joseph ne fût préparé à son sublime ministère, quand la Providence, qui dirige tous les événements, unit son sort à celui de Marie.

L'Évangile est sobre de détails sur saint Joseph, et on y voit tout résumé en ces mots (Matth. I, 19.) : " Il était juste ".

En quoi consiste cette vertu de justice ? Donnons deux saints docteurs afin d'en appréhender l'essentiel :
" La justice n'est pas seulement cette vertu spéciale attribuant à chacun ce qui lui appartient, c'est encore cette rectitude générale de l'âme consistant dans la réunion de toutes les vertus."
Saint Thomas d'Aquin.
" Le nom de juste que l'Esprit-Saint accorde à saint Joseph, signifie accompli dans toutes les vertus."

Saint Jean Chrysostome.


Le repentir de saint Joseph. Alessandro Tiarini. XVIIe.

Mais que ces mots couvrent de merveilles, puisque les docteurs s'accordent à dire que saint Joseph tient le premier rang après Marie parmi tous les Saints !

Ainsi Suarez n'hésite-t-il pas à écrire (De Incarnat., part. III, quaest. 29, disp. 8, sect. 2.) :
" Il n'est pas téméraire, c'est même une opinion vraisemblable, et inspirée par la piété, que saint Joseph, entre tous les saints, a tenu le premier rang dans l'état de la grâce."

Et d'ailleurs dans la prière à saint Joseph - qui est aussi le patron des causes difficiles - ne récite-t-on pas :
" Ô Vous qui êtes si puissant auprès de Dieu qu'on a pu dire : " Au ciel, Joseph commande plutôt qu'il ne supplie ", etc. " ?


La Nativité. Le Carravage. XVIe siècle.

Son père l'éleva, d'après la tradition, dans l'état modeste de charpentier ; il pouvait avoir, selon de sérieux auteurs, une cinquantaine d'années, et il avait gardé une chasteté parfaite, lorsque la Volonté de Dieu lui confia la Très Sainte Vierge. Cette union, belle devant les anges, dit saint Jérôme, devait sauvegarder l'honneur de Marie devant les hommes.

Dieu voulut que le mystère de l'Annonciation demeurât quelques temps caché à saint Joseph, afin de nous donner, dans le trouble qui plus tard s'empara de lui, lorsqu'il s'aperçut de la grossesse de Marie, une preuve de la virginité de la Mère et de la conception miraculeuse du Fils. L'avertissement d'un ange dissipa toutes ses craintes.


La Nativité. Giorgio Martini Di Francesco. XVe.

Sur la virginité de saint Joseph, nous nous contenterons de citer l'un des ses plus dévots serviteurs, Isidore de Lille (Summa de beato Josepho, part. IV, chap. 1.) :
" Les Docteurs catholiques n'hésitent plus aujourd'hui à décerner à saint Joseph l'auréole de la virginité : d'abord, parce qu'ils regardent comme vérité démontrée que ce grand saint fut vierge d'esprit et de corps, par voeu et par état ; ensuite, parce qu'il fut le premier à suivre et à imiter le Reine des vierges ; enfin, parce que l'époux et l'épouse doivent être parés des mêmes ornements."


La fuite en Egypte. Cosimo di Domenico di Bonaventura Tura. XVe.

Qui dira ce que Joseph, depuis lors, montra de respect, de vénération, de tendresse pour Celle qui bientôt allait donner au monde le Sauveur ? Combien Joseph fut utile à Marie dans le voyage de Bethléem ! Combien plus encore il lui fut utile dans la fuite en Égypte ! Saint Joseph se montra pour la Mère de Dieu l'ami fidèle, le gardien vigilant, le protecteur dévoué.

Imaginons-nous les progrès en vertu que dut faire saint Joseph, vivant dans la compagnie de Jésus et de Marie. Quel délicieux intérieur ! Quelle sainte maison que cette modeste demeure ! Que de mystères dans cette vie cachée où un Dieu travaille sous la direction d'un homme, où un homme se sanctifie sous l'influence d'un Dieu visible à ses yeux et devenu son Fils adoptif ! Après la plus heureuse des vies, Joseph eut la plus heureuse des morts, car il rendit son dernier soupir entre les bras de Jésus et de Marie.


Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'atelier de saint Joseph.
Eglise Saint-Paul Saint-Louis. Paris.

Il est permis de croire, après saint François de Sales qui l'affirme, que saint Joseph est dès maintenant au Ciel en corps et en âme, avec Jésus et Marie. C'est à bon droit que saint Joseph porte le titre glorieux de Patron de l'Église universelle, et que son nom, dans la dévotion chrétienne, est devenu inséparable des noms de Jésus et de Marie.

On l'invoque aussi comme Patron de la bonne mort, parce que, disent les hymnes en son honneur :
" Il s'endormit d'un doux sommeil, en présence de Jésus et de Marie."
(Hymne Quicumque).

Psautier cistercien. XIIIe.

C'est une pieuse croyance, adoptée par de pieux évrivains et souvent reproduite dans les ouvrages les plus savants (voir par ex. Suarez, t. XIX), que saint Joseph ressuscita et apparut à Jérusalem en même temps que Jésus-Christ sortit victorieux du tombeau, et qu'il fut du nombre de ceux que l'Evangile dit avoir été rappelés à la vie. Le saint Patriarche, sorti miraculeusement du tombeau, se serait montré plusieurs fois à Marie. Quarante jours après il aurait pris son essor vers les cieux, le jour de l'Ascension triomphante du Sauveur, et l'aurait accompagné lorsqu'Il alla prendre possession de son trône, à la droite du Père céleste.

Cependant, cette pieuse et consolante croyance n'est pas consignée dans la liturgie.


Saint Joseph et Notre Seigneur Jésus-Christ.
Georges de La Tour. XVIIe.

RELIQUES

Aucune église ne se glorifie de posséder les reliques proprement dites de saint Joseph.
- A Florence, les religieux du monastère des Anges conservent son bâton parmi les objets les plus précieux de leur trésor.
- A Rome, dans l'église de Sainte-Anastasie, on voit un de ses bâtons et son manteau.
- A Joinville-sur-Marne, dans le diocèse de Langres, on montre, avec un juste orgueil, " la vraye et véritable ceinture de saint Joseph, conservée chèrement dans l'église Notre-Dame ".

Cette ceinture consiste en un tissu plat, de fil ou d'écorce assez gros et de couleur grisâtre ; elle est longue d'un mètre et porte en largeur de 30 à 45 centimètres ; aux extrémités est attaché un fermoir en ivoire, jauni par le temps ; une boutonnièrese trouve aussi à l'un des bouts ? Confectionnée, suivant la tradition, par par les mains de la Sainte Vierge, on peut croire qu'elle lui resta, comme un souvenir bien cher, à la mort de son chaste époux, et que plus tardelle fut remise à saint Jean ou à quelque autre apôtre.

Au XIIIe siècle, elle fut rapportée de Palestine par l'historien de saint Louis, et placée dans son château de Joinville où elle resta jusqu'à la révolution : à cette époque néfaste, des mains pieuses la reccueillirent avec tous ses authentiques.

On voit toujours aujourd'hui cette noble et très-sainte ceinture dans un reliquaire dans l'église Notre-Dame de Joinville. Cette ceinture est dans un état de conservation remarquable.


Reliquaire et la ceinture de saint Joseph.
Eglise Notre-Dame de Joinville-Le-Pont. Champagne.

Saint Joseph est l'un des patrons de la Belgique, de l'Espagne, de Naples, de la Westphalie et de la ville de Verdun.
Les missions de Chine sont confiées à sa puissante tutèle.

Rappelons enfin que les corps des charpentiers, des menuisiers et des ébénistes sont placés sous son haut patronage.

PRIERE

" Nous vous louons, nous vous glorifions, heureux Joseph. Nous saluons en vous l'Epoux de la Reine du ciel, le Père nourricier de notre Rédempteur. Quel mortel obtint jamais de pareils titres ? et cependant ces titres sont les vôtres, et ils ne sont que la simple expression des grandeurs qu'il a plu à Dieu de vous conférer. L'Eglise du ciel admire en vous le dépositaire des plus sublimes faveurs ; l'Eglise de la terre se réjouit de vos honneurs, et vous bénit pour les bienfaits que vous ne cessez de répandre sur elle.

Royal fils de David, et en môme temps le plus humble des hommes, votre vie semblait devoir s'écouler dans cette obscurité qui faisait vos délices ; mais le Seigneur voulut vous associer au plus sublime de ses actes. Une noble Vierge, de même sang que vous, fait l'admiration du ciel, et deviendra la gloire et l'espérance de la terre ; cette Vierge vous est destinée pour épouse. L'Esprit-Saint doit se reposer en elle comme dans son tabernacle le plus pur ; c'est à vous, homme chaste et juste, qu'il a résolu de la confier comme un inestimable dépôt.Devenez donc l'Epoux de celle " dont le Seigneur lui-même a convoité la beauté " (Psalm. XLIV, 12.).

La mort de saint Joseph. Dessin. Jean André. XVIIe.

Le Fils de Dieu vient commencer ici-bas une vie d'homme ; il vient sanctifier la famille, ses liens et ses affections. Votre oreille mortelle l'entendra vous nommer son Père ; vos yeux le verront obéir à vos commandements. Quelles furent, Ô Joseph, les émotions de votre cœur, lorsque, pleinement instruit des grandeurs de votre Epouse et de la divinité de votre Fils adoptif, il vous fallut remplir le rôle de chef, dans cette famille au sein de laquelle le ciel et la terre se réunissaient ! Quel souverain et tendre respect pour Marie, votre Epouse ! Quelle reconnaissance et quelles adorations pour Jésus, votre enfant soumis ! Ô mystère de Nazareth ! Un Dieu habite parmi les hommes, et il souffre d'être appelé le Fils de Joseph !

Daignez, Ô sublime ministre du plus grand de tous les bienfaits, intercéder en notre laveur auprès du Dieu fait homme. Demandez-lui pour nous l'humilité qui vous a fait parvenir à tant de grandeur, et qui sera en nous la base d'une conversion sincère. C'est par l'orgueil que nous avons péché, que nous nous sommes préférés à Dieu ; il nous pardonnera cependant, si nous lui offrons " le sacrifice d'un cœur contrit et humilié " (Psalm. L, 19.). Obtenez-nous cette vertu, sans laquelle il n'est pas de véritable pénitence. Priez aussi, ô Joseph, afin que nous soyons chastes. Sans la pureté du cœur et des sens, nous ne pouvons approcher du Dieu de toute sainteté, qui ne souffre près de lui rien d'impur ni de souillé. Par sa grâce, il veut taire de nos corps des temples de son Saint-Esprit : aidez-nous à nous maintenir à cette élévation, à la rétablir en nous, si nous l'avions perdue.

Saint Joseph. Jean-Baptiste Bérangier. Chambéry. Savoie. XVIIIe.

Enfin, Ô fidèle Epoux de Marie, recommandez-nous à notre Mère. Si elle daigne seulement jeter un regard sur nous en ces jours de réconciliation, nous sommes sauvés : car elle est la Reine de la miséricorde, et Jésus son fils, Jésus qui vous appela son Père, n'attend, pour nous pardonner, pour convertir notre cœur, que le suffrage de sa Mère. Obtenez-le pour nous, Ô Joseph ! Rappelez à Marie Bethléhem, l'Egypte, Nazareth, où son courage s'appuya sur votre dévouement; dites-lui que nous vous aimons, que nous vous honorons aussi : et Marie daignera reconnaître par de nouvelles bontés envers nous les hommages que nous rendons à celui qui lui fut donné par le ciel pour être son protecteur et son appui."

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