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jeudi, 03 octobre 2019

3 octobre. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, vierge, carmélite. 1897.

- Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, vierge, carmélite. 1897.

Pape : Léon XIII. Président de la République révolutionnaire et donc anti-catholique en France : Félix Faure.

" Je comprends si bien qu’il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j’ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine, ce chemin c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père."
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face.

Sainte Thérèse de Lisieux est de ces saints qui ont excité une admiration et un enthousiasme immédiat dès après leur mort ; acquérant une étonnante popularité dans le monde entier.

Thérèse Martin naquit à Alençon, en Normandie, de parents très chrétiens, qui regardaient leurs neuf enfants comme des présents du Ciel et les offraient au Seigneur avant leur naissance au point que chacun de leur neuf enfants (dont quatre moururent en bas âge) recurent comme premier prénom celui de Marie. Elle fut la dernière fleur de cette tige bénie qui donna quatre religieuses au Carmel de Lisieux, et elle montra, dès sa plus petite enfance, des dispositions à la piété qui faisaient présager les grandes vues de la Providence sur elle.


Monsieur Louis Martin, père de notre sainte.

Atteinte, à l'âge de neuf ans, d'une très grave maladie, elle fut guérie par la Vierge Marie, dont elle vit la statue s'animer et lui sourire auprès de son lit de douleur, avec une tendresse ineffable.

Thérèse eût voulu, dès l'âge de quinze ans, rejoindre ses trois soeurs au Carmel, mais il lui fallut attendre une année encore (1888). Sa vie devint alors une ascension continuelle vers Dieu, mais ce fut au prix des plus douloureux sacrifices toujours acceptés avec joie et amour ; car c'est à ce prix que Jésus forme les âmes qu'Il appelle à une haute sainteté.

Madame Louis Martin, née Zélie Guérin, mère de notre sainte.

Elle s'est révélée ingénument tout entière elle-même dans son Histoire d'une âme qu'elle a laissés par ordre de sa supérieure : " Jésus, comme elle l'a écrit, dormait toujours dans Sa petite nacelle ". Elle pouvait dire : " Je n'ai plus aucun désir, si ce n'est d'aimer Jésus à la folie ". C'est, en effet, sous l'aspect de l'amour infini que Dieu Se révélait en elle.

La voie de l'Amour, telle fut, en résumé, la voie de la " petite " Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face ; mais c'était en même temps la voie de l'humilité parfaite, et par là, de toutes les vertus. C'est en pratiquant les " petites vertus ", en suivant ce qu'elle appelle sa " petite Voie ", Voie d'enfance, de simplicité dans l'amour, qu'elle est parvenue en peu de temps à cette haute perfection qui a fait d'elle une digne émule de sa Mère, la grande Thérèse d'Avila.

Sa vie au Carmel pendant neuf ans seulement fut une vie cachée, toute d'amour et de sacrifice. Elle quitta la terre le 30 septembre 1897. Comme elle l'a prédit, " elle passe son Ciel à faire du bien sur la terre ".

Son procés de béatification et de cannonisation débuta en 1910 sous saint Pie X. Elle fut béatifiée le 29 avril 1923 par le Pape Pie XI qui la cannonisa le 17 mai 1925, puis la proclama Patronne des Missions le 14 décembre 1927. Le 30 septembre 1929 est posée la premiere pierre de la Basilique de Lisieux. Le 3 Mai 1944, Pie XII la proclama Patronne secondaire de la France.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face ne fut pas et n'est pas une âme légère dont les écrits sont niais ou doucereux. Hélas, depuis quelques dizaines d'années, c'est parfois ainsi qu'elle peut être ressentie à cause des commentateurs modernes - clercs ou laïcs - qui professent (de bonne ou de mauvaise foi peu importe) une religion abrutie et anti-catholique : une fausse religion à la portée, au mieux, des caniches ou des cochons d'Inde !

Sainte Thérèse fut une âme d'élite, une âme de combattante pour la cité du Bien. C'est avec une foi de soldat du Christ qu'il faut lire notre grande Sainte.


" Comment réaliser les désirs de ma pauvre petite âme ?... Ah ! malgré ma petitesse, je voudrais éclairer les âmes comme les Prophètes, les Docteurs, j’ai la vocation d’être Apôtre... Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais, Ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées... (Is. LXVI, 19.). Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles... Mais je voudrais par-dessus tout, Ô mon Bien-Aimé Sauveur, je voudrais verser mon sang pour Toi jusqu’à la dernière goutte... Le Martyre, voilà le rêve de ma jeunesse, ce rêve il a grandi avec moi sous les cloîtres du Carmel... Mais là encore, je sens que mon rêve est une folie, car je ne saurais me borner à désirer un genre de martyre... Pour me satisfaire, il me les faudrait tous... Comme toi, mon Epoux Adoré, je voudrais être flagellée et crucifiée... Je voudrais mourir dépouillée comme Saint Barthélémy... Comme Saint Jean, je voudrais être plongée dans l’huile bouillante, je voudrais subir tous les supplices infligés aux martyrs... Avec Sainte Agnès et Sainte Cécile, je voudrais présenter mon cou au glaive et comme Jeanne d’Arc, ma soeur chérie, je voudrais sur le bûcher murmurer Ton nom, Ô Jésus... En songeant aux tourments qui seront le partage des chrétiens au temps de l’Antéchrist, je sens mon coeur tressaillir et je voudrais que ces tourments me soient réservés... Jésus, Jésus, si je voulais écrire tous mes désirs, il me faudrait emprunter Ton livre de vie, (Ap. XX, 12.) là sont rapportées les actions de tous les Saints et ces actions, je voudrais les avoir accomplies pour Toi... Ô mon Jésus !"


Basilique Sainte-Thérère-de-l'Enfant-Jésus-et-de-la-Sainte-Face.
Lisieux.

Prière inspirée par une image représentant sainte Jeanne d'Arc :

" Seigneur, Dieu des armées qui nous avez dit dans Votre Évangile : " Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive ". Armez-moi pour la lutte, je brûle de combattre pour Votre gloire, mais je Vous en supplie, fortifiez mon courage.... Alors avec le Saint roi David je pourrai m'écrier : " C'est Vous seul qui êtes mon bouclier, c'est Vous, Seigneur, qui dressez mes mains à la guerre... "
Ô mon Bien-Aimé ! Je comprends à quel combat Vous me destinez, ce n'est point sur les champs de bataille que je lutterai........
Je suis prisonnière de Votre Amour, j'ai librement rivé la chaîne qui m'unit à Vous et me sépare à jamais du monde que Vous avez maudit.... Mon glaive n'est autre que l'Amour, avec lui je chasserai l'étranger du royaume. Je Vous ferai proclamer Roi dans les âmes qui refusent de se soumettre à Votre Divine Puissance.
Sans doute, Seigneur, un aussi faible instrument que moi ne vous est pas nécessaire, mais Jeanne votre virginale et valeureuse épouse l'a dit : " Il faut batailler pour que Dieu donne victoire ".
Ô mon Jésus, je bataillerai donc pour Votre Amour jusqu'au soir de ma vie. Puisque Vous n'avez pas voulu goûter de repos sur la terre, je veux suivre Votre exemple et j'espère ainsi que cette promesse sortie de Vos lèvres Divines se réalisera pour moi : " Si quelqu'un Me suit, en quelque lieu que Je sois il y sera aussi, et Mon Père l'élèvera en honneur ".
Être avec Vous, être en Vous, voilà mon unique désir.... Cette assurance que Vous me donnez de sa réalisation me fait supporter l'exil en attendant le radieux jour du Face à Face éternel !"

On trouvera et lira avec fruit les oeuvres complètes de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face sur le site suivant : http://www.jesusmarie.com/therese_de_lisieux.html

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dimanche, 06 janvier 2019

6 janvier 2019. Dimanche de l'Epiphanie.

- Dimanche de l'Epiphanie de Notre Seigneur Jésus-Christ ; Sainte Famille.

Extraits de L'année liturgique de dom Prosper Guéranger :


L'adoration des mages. Rogier van der Weyden. XVe.

A LA MESSE

C’est encore la Royauté du divin Enfant que l'Eglise proclame en tête des Cantiques qui doivent accompagner la célébration du saint Sacrifice, en ce Dimanche dans l'Octave de l'Epiphanie. Elle chante le Trône de l'Emmanuel, et s'unit aux concerts des Anges qui célèbrent son empire éternel. Adorons aussi avec les Esprits bienheureux le Roi des siècles, dans son Epiphanie.

INTROÏT



Lorenzo Monaco. XVe.

" Sur un trône élevé, j'ai vu assis un homme ; la multitude des Anges l'adorent, répétant en chœur : C'est lui dont l'Empire est éternel.
Ps. Jubilez à Dieu, habitants de la terre ; servez le Seigneur dans l'allégresse. Gloire au Père. Sur un trône élevé."


COLLECTE

Les vœux que la sainte Eglise exprime au Père céleste dans la Collecte, sont d'avoir part à la lumière de notre divin Soleil, qui seul peut nous révéler la voie où nous devons marcher, et par sa chaleur vivifiante nous donner les forces pour arriver jusqu'à lui.

" Recevez, Seigneur, dans votre céleste bonté, les vœux et les supplications de votre peuple ; et faites que vos fidèles connaissent ce qu'ils doivent faire, et deviennent forts pour accomplir ce qu'ils auront connu. Par notre Seigneur Jésus-Christ."

Mémoire de l'Epiphanie

" Ô Dieu, qui avez manifesté aujourd'hui, par une étoile, votre Fils unique aux Gentils ; faites, dans votre bonté, que nous qui vous connaissons déjà par la foi, nous arrivions un jour à contempler l'éclat de votre gloire. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
"

EPÎTRE

Epître du bienheureux Apôtre Paul aux Romains. CHAP. XII.



Joos van Wassenhove. Flandres. XVe.

" Mes Frères, je vous conjure, parla miséricorde de Dieu, de lui offrir vos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, capable d'un culte spirituel. Ne vous conformez point au siècle présent ; mais soyez transformés par le renouvellement de votre esprit, pour reconnaître la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable à ses yeux et parfait. Je vous exhorte donc vous tous, par la grâce qui m'a été donnée, de ne point être sages plus qu'il ne faut être sage ; mais d'être sages avec sobriété, chacun selon la mesure du don de la foi que Dieu vous a départie. Car, comme dans un seul corps nous avons plusieurs membres, et que tous ces membres n'ont pas la même fonction : ainsi, quoique nous soyons plusieurs, nous ne sommes néanmoins qu'un seul corps en Jésus-Christ, étant réciproquement les membres les uns des autres, en Jésus-Christ notre Seigneur."

L'Apôtre nous invite à faire notre offrande au Dieu nouveau-né, à l'exemple des Mages ; mais l'offrande que désire ce Seigneur de toutes choses n'est pas une offrande inerte et sans vie. Il se donne tout entier, lui qui est la Vie ; en retour, présentons-lui, dans notre cœur, une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, dont l’obéissance à la grâce divine soit raisonnable, c'est-à-dire fondée sur l'intention formelle de s'offrir. Comme les Mages encore qui revinrent dans leur patrie par un autre chemin, évitons tout rapport avec les idées de ce siècle, c'est-à-dire du monde, ennemi secret de notre aimable Roi. Réformons notre vaine prudence sur la divine sagesse de Celui qui, étant la Sagesse éternelle du Père, peut bien, sans doute, être aussi la nôtre. Comprenons que nul ne fut jamais sage sans la foi, qui nous révèle que l'amour doit nous unir tous pour ne former qu'un même corps en Jésus-Christ, participant de sa vie, de sa sagesse, de sa lumière et de sa royauté.

GRADUEL

Dans les chants qui suivent, l'Eglise continue d'exalter l'ineffable merveille du Dieu avec nous, la paix et la justice descendues du ciel sur nos humbles collines.

" Béni notre Seigneur, le Dieu d'Israël, qui seul opère de telles merveilles à jamais.

V/. Que les montagnes de votre peuple soient visitées par la paix ; que les collines reçoivent la justice."

ALLELUIA

" Alleluia, alleluia.
V/. Jubilez à Dieu, habitants de la terre ; servez le Seigneur dans l'allégresse. Alleluia.
"

EVANGILE

Suite du saint Evangile selon saint Luc. CHAP. II.



Adoration des rois mages. Gérard David. Flandres. XVIe.

" Jésus étant âgé de douze ans, Marie et Joseph montèrent à Jérusalem, selon qu'ils avaient accoutumé à cette fête. Comme ils s'en retournaient, les jours de la fête étant passés, l'Enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et ses parents ne s'en aperçurent pas. Mais, pensant qu'il serait avec ceux de leur compagnie, ils marchèrent durant un jour, et ils le cherchaient parmi leurs parents et ceux de leur connaissance. Et ne l'ayant pas trouvé, ils retournèrent a Jérusalem pour l'y chercher. Et il arriva que, après trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Or, ceux qui l'entendaient étaient dans la surprise de sa sagesse et de ses réponses. Lors donc qu'ils le virent, ils furent dans l'étonnement, et sa mère lui dit : Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous ? Voilà votre père et moi qui vous cherchions tout affligés. Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois vaquer à ce qui regarde le service de mon Père ? Et ils ne comprirent pas cette parole qu'il leur disait. Et il descendit avec eux et vint à Nazareth; et il leur était soumis. Et sa mère conservait dans son cœur toutes ces paroles. Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce, devant Dieu et devant les hommes."



Albrecht Dürer. XVIe.

C'est ainsi, Ô Jésus, que pour nous enseigner vous êtes venu du ciel La faiblesse de l'enfance, sous les traits de laquelle vous vous montrez à nous, n'arrête point votre ardeur à nous faire connaître le seul Dieu qui a fait toutes choses, et vous, son Fils, qu'il a envoyé. Etendu dans la crèche, d'un seul regard vous avez instruit les bergers ; sous vos humbles langes, dans votre silence volontaire, vous avez révélé aux Mages la lumière qu'ils cherchaient en suivant l'étoile.

A douze ans, vous expliquez aux docteurs d'Israël les Ecritures qui rendent témoignage de vous ; peu à peu vous dissipez les ombres de la Loi par votre présence et par vos paroles. Pour accomplir les ordres de votre Père céleste, vous ne craignez pas d'inquiéter le cœur de votre Mère, en cherchant ainsi des âmes à éclairer. Votre amour pour les hommes transpercera bien plus durement encore ce tendre cœur, au jour où, pour le salut de ces mêmes hommes, Marie vous verra suspendu au bois de la croix, expirant dans toutes les douleurs. Soyez béni, ô Emmanuel, dans ces premiers mystères de votre enfance, où vous apparaissez déjà uniquement occupé de nous, et préférant à la société même de votre Mère ces hommes pécheurs qui doivent un jour conspirer votre mort.

OFFERTOIRE

Pendant l'Offrande, l'Eglise continue de faire entendre les cantiques de joie que lui inspire la présence de l'Enfant divin.

" Jubilez à Dieu, habitants de la terre : servez le Seigneur dans l'allégresse : entrez en sa présence avec des transports de joie ; car ce Seigneur Enfant c'est Dieu lui-même."

SECRETE

" Faites, Seigneur, que le Sacrifice qui vous est offert nous vivifie et nous fortifie à jamais. Par notre Seigneur Jésus-Christ."

Mémoire de l'Epiphanie

" Regardez, s’il vous plaît, d'un œil favorable, Seigneur, les dons de votre Eglise, qui ne vous offre pas de l'or, de l'encens et de la myrrhe, mais Celui-là même qui est figuré par ces présents, et qui maintenant est immolé et donné en nourriture, Jésus-Christ votre Fils, Notre Seigneur, qui vit et règne avec vous.

En distribuant le Pain de vie descendu du ciel, l'Eglise répète les paroles de Marie à son divin Fils : qu’avez-vous fait ? Votre père et moi, nous vous cherchions. Le bon Pasteur, qui nourrit ses brebis de sa propre chair, répond qu'il se doit aux ordres de son Père céleste. Il est venu pour être notre Vie, notre lumière, notre nourriture : voilà pourquoi il quitte tout pour se donner à nous. Mais les docteurs du Temple ne firent que le voir et l'entendre, et nous, dans ce Pain vivant, nous le possédons, et nous goûtons sa douceur."

COMMUNION

" Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous ? Voici votre père et moi qui vous cherchions, tout affligés. — Pourquoi me cherchiez-vous ? ne saviez-vous pas que je dois vaquer à ce qui regarde le service de mon Père ?"

POSTCOMMUNION

La sainte Eglise, qui vient de voir ses enfants ranimés par cette nourriture d'un si haut prix, demande pour eux la grâce de devenir agréables à Celui qui leur donne la preuve d'un si grand amour.

"Nous vous supplions humblement, Dieu tout-puissant, de faire que ceux que vous nourrissez par vos Sacrements, vous puissent servir par une vie et des actes qui vous soient agréables. Par Jésus-Christ notre Seigneur."

Mémoire de l'Epiphanie

" Faites, s'il vous plaît, Dieu tout-puissant, que, par l'intelligence d'un esprit purifié, nous puissions goûter le Mystère que nous célébrons parce solennel service. Par Jésus-Christ notre Seigneur."

dimanche, 03 juin 2018

3 juin 2018. Dimanche dans l'Octave du Saint-Sacrement, ou de la Fête-Dieu.

- Le dimanche dans l'Octave du Saint-Sacrement, ou de la Fête-Dieu.

" Christum regem adoremus dominantem gentibus, qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem."
" Adorons le Christ roi Seigneur des nations, engraissant l'âme de qui le prend en nourriture."



Institution du Saint-Sacrement par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Fra Angelico. Couvent San Marco. Florence. XVe.

A LA MESSE

Par suite des mesures consenties entre le Saint-Siège et le Gouvernement français pour la réduction des fêtes, au commencement de ce siècle, la plupart des Eglises de France célèbrent aujourd'hui seulement la solennité du Corps du Seigneur. La Messe que l'on chante dans ces Eglises est celle du jour même de la fête (page 299), avec mémoire du Dimanche en la manière ordinaire. Dans les lieux au contraire où la solennité s'est célébrée à son jour, on fait seulement mémoire de la fête à la Messe de ce Dimanche qui est le deuxième après la Pentecôte.

ÉPÎTRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Jean, Apôtre. I, Chap. III.


La messe miraculeuse. Détail.
Simone Martini. Eglise Saint-François. Assise. XVe.

" Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas, si le monde vous hait. Pour nous, nous reconnaissons , à l'amour que nous avons pour nos frères, que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort : tout homme qui hait son frère est un homicide. Or, vous savez que nul homicide n'a la vie éternelle résidant en soi. Nous avons reconnu l'amour de Dieu envers nous, en ce qu'il a donné sa vie pour nous, et nous aussi nous devons donner nos vies pour nos frères. Celui qui possède le bien de ce monde, si voyant son frère dans la nécessité, il lui ferme son cœur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, aimons, non de parole ni de langue, mais d'oeuvre et en vérité."


En 1135, à l'issue de la messe, saint Bernard brandit
le Saint-Sacrement et obtint la soumission du duc d'Aquitaine,
Guillaume X qui soutenait l'antipape Anaclet II.
Eglise Saint-Laurent. Parthenay. Poitou. XIXe.

Ces touchantes paroles du disciple bien-aimé ne pouvaient mieux être rappelées au peuple fidèle qu'en la radieuse Octave qui poursuit son cours. L'amour de Dieu pour nous est le modèle comme la raison de celui que nous devons à nos semblables ; la charité divine est le type de la nôtre.
" Je vous ai donné l'exemple, dit le Sauveur, afin que, comme j'ai fait à votre égard, vous fassiez vous-mêmes." (Johan. XIII, 15.).
Si donc il a été jusqu'à donner sa vie, il faut savoir aussi donner la nôtre à l'occasion pour sauver nos frères. A plus forte raison devons-nous les secourir selon nos moyens dans leurs nécessités, les aimer non de parole ou de langue, mais effectivement et en vérité.

Or le divin mémorial, qui rayonne sur nous dans sa splendeur, est-il autre chose que l'éloquente démonstration de l'amour infini, le monument réel et la représentation permanente de cette mort d'un Dieu à laquelle s'en réfère l'Apôtre ?

Aussi le Seigneur attendit-il, pour promulguer la loi de l'amour fraternel qu'il venait apporter au monde, l'institution du Sacrement divin qui devait fournir à cette loi son puissant point d'appui. Mais à peine a-t-il créé l'auguste Mystère, à peine s'est-il donné sous les espèces sacrées :
" Je vous a donne un commandement nouveau, dit-il aussitôt ; et mon commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés." (Ibid. XIII, 34. ; XV, 12.).
Précepte nouveau, en effet, pour un monde dont l'égoïsme était l'unique loi ; marque distinctive qui allait foire reconnaître entre tous les disciples du Christ (Ibid XIII, 35.), et les vouer du même coup à la haine du genre humain (Tacit. Ann. XV.) ; rebelle à cette loi d'amour. C'est à l'accueil hostile fait par le monde d'alors au nouveau peuple, que répondent les paroles de saint Jean dans notre Epître :
" Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse. Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort."

L'union des membres entre eux par le Chef divin est la condition d'existence du christianisme ; l'Eucharistie est l'aliment substantiel de cette union, le lien puissant du corps mystique du Sauveur qui, par elle, croît tous les jours dans la charité (Eph. VI, 16.). La charité, la paix, la concorde, est donc, avec l'amour de Dieu lui-même, la plus indispensable et la meilleure préparation aux sacrés Mystères. C'est ce qui nous explique la recommandation du Seigneur dans l'Evangile :
" Si, lorsque vous présentez votre offrande à l'autel, vous vous souvenez là même que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l'autel, et allez d'abord vous réconcilier avec votre frère, et venez ensuite présenter votre offrande." (Matth. V, 23-24.).

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. XIV.



Dispute du Saint-Sacrement. Raphaël. XVIe.

" En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens cette parabole : Un homme fit un grand souper, et il y convia beaucoup de gens. Et à l'heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir, parce que tout était prêt. Et tous commencèrent à s'excuser.
Le premier lui dit :
" J'ai acheté une maison de campagne, et il faut que je l'aille voir : je vous prie de m'excuser."
Et le second dit :
" J'ai acheté cinq paires de boeufs, et je vais les essayer : je vous prie de m'excuser."
Et un autre dit :
" J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis venir."
Et le serviteur étant de retour, rapporta tout ceci à son maître. Alors le père de famille irrité dit à son serviteur :
" Va vite par les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres et les infirmes, les aveugles et les boiteux."
Et le serviteur dit :"
" Seigneur, il a été fait comme vous avez commandé, et il y a encore de la place."
Et le maître dit au serviteur :
" Va par les chemins et le long des haies, et contrains d'entrer, afin que ma maison se remplisse. Car je vous le dis, aucun de ces gens qui avaient été invités ne goûtera de mon souper."


Retable du Saint-Sacrement. Eglise Saint-Thégonnec.
Saint-Thégonnec. Bretagne. XVIIe.

La fête du Corps du Seigneur n'était point encore établie, que déjà cet Evangile était attribué au présent Dimanche. C'est ce que témoignent, pour le XIIe siècle, Honorius d'Autun (Gemma anim. IV, 45-46.) et Rupert (De div. Off. XII, 2.). Le divin Esprit, qui assiste l'Eglise dans l'ordonnance de sa Liturgie, préparait ainsi à l'avance le complément des enseignements de cette grande solennité.

La parabole que propose ici le Sauveur à la table d'un chef des Pharisiens (Luc. XIV, 1.) reviendra sur ses lèvres divines au milieu du temple, dans les jours qui précéderont immédiatement sa Passion et sa mort (Matth. XXII, 1-14.). Insistance significative, qui nous révèle assez l'importance de l'allégorie. Quel est, en effet, ce repas aux nombreux invités, ce festin des noces, sinon celui-là même dont la Sagesse éternelle a fait les apprêts dès l'origine du monde ? Rien n'a manqué aux magnificences de ces divins apprêts : ni les splendeurs de la salle du festin élevée au sommet des monts (Isai. 11, 2.) et soutenue parles sept colonnes mystérieuses (Prov. IX, 1.) ; ni le choix des mets, ni l'excellence du pain, ni les délices du vin servis sur la table royale.

Elle-même, de ses mains, la Sagesse du Père a pressuré dans la coupe la grappe de cypre (Cant. I, 13.) au suc généreux, broyé le froment levé sans semence d'une terre sacrée, immolé la victime (Prov. IX, 2.). Israël, l'élu du Père (Eccli. XXIV, 13.), était l'heureux convive qu'attendait son amour ; elle multipliait ses messages aux fils de Jacob. La Sagesse de Dieu s'était dit : " Je leur enverrai les prophètes et les apôtres " (Luc. XI, 49.). Mais le peuple aimé, engraissé de bienfaits, a regimbé contre l'amour ; il a prisa tâche de provoquer par ses abandons méprisants la colère du Dieu son Sauveur (Deut. XXXII, 15-16.). La fille de Sion, dans son orgueil adultère, a préféré le libelle de répudiation au festin des noces (Isai. I, 1.) ; Jérusalem a méconnu les célestes messages, tué les prophètes (Matth. XXIII, 34-37.), et crucifié l'Epoux.

Mais, alors même, la Sagesse éternelle offre encore aux fils ingrats d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, en souvenir de leurs pères, la première place à son divin banquet ; c'est aux brebis perdues delà maison d'Israël que sont d'abord envoyés les Apôtres (Ibid. X, 6 ; Act., XIII, 46.).
" Ineffables égards, s'écrie saint Jean Chrysostome ! Le Christ appelle les Juifs avant la croix ; il persévère après son immolation et continue de les appeler. Lorsqu'il devait, semble-t-il, les accabler du plus dur châtiment, il les invite à son alliance et les comble d'honneurs. Mais eux, qui ont massacré ses prophètes et qui l'ont tué lui-même, sollicités par un tel Epoux, conviés à dételles noces par leur propre victime, ils n'en tiennent nul compte, et prétextent leurs paires de bœufs, leurs femmes ou leurs champs." (Hom. 69 in Matth.).

Bientôt ces pontifes, ces scribes, ces pharisiens hypocrites, poursuivront et tueront les Apôtres a leur tour ; et le serviteur de la parabole ne ramènera de Jérusalem au banquet du père de famille que les pauvres, les petits, les infirmes des rues et places de la ville, chez qui du moins l'ambition, l'avarice ou les plaisirs n'auront point fait obstacle à l'avènement du royaume de Dieu.

C'est alors que se consommera la vocation des gentils, et le grand mystère de la substitution du nouveau peuple à l'ancien dans l'alliance divine. " Les noces de mon Fils étaient prêtes, dira Dieu le Père à ses serviteurs ; mais ceux que j'y avais invités n'en ont point été dignes. Allez donc ; quittez la ville maudite qui a méconnu le temps de sa visite " (Luc. XIX, 44.) ; " sortez dans les carrefours, parti courez toutes les routes, cherchez dans les champs de la gentilité, et appelez aux noces tous ceux que vous rencontrerez " (Matth. XXII, 8-14.).

Gentils, glorifiez Dieu pour sa miséricorde (Rom. XV, 9.). Conviés sans mérites de votre part au festin préparé pour d'autres, craignez d'encourir les reproches qui les ont exclus des faveurs promises à leurs pères. Boiteux et aveugle appelé du carrefour, sois empressé à la table sacrée. Mais songe aussi, par honneur pour Celui qui t'appelle, à déposer les vêtements souillés du mendiant du chemin. Revêts en hâte la robe nuptiale. Ton âme est reine désormais par l'appel à ces noces sublimes :
" Orne-la donc de pourpre, dit saint Jean Chrysostome ; mets-lui le diadème, et place-la sur un trône. Songe aux noces qui t'attendent, aux noces de Dieu ! De quels tissus d'or, de quelle variété d'ornements ne doit pas resplendir l'âme appelée à franchir le seuil de cette salle du festin, de cette chambre nuptiale !" (Hom. 69 in Matth.).

samedi, 08 janvier 2011

8 janvier. IIIe jour de l'Octave de l'Epiphanie.

- IIIe jour dans l'Octave de l'Epiphanie.


Bartolo di Fredi. XIVe.

Le grand Mystère de l'Alliance du Fils de Dieu avec son Eglise universelle, représentée dans l'Epiphanie par les trois Mages, fut pressenti dans tous les siècles qui précédèrent la venue de l'Emmanuel. La voix des Patriarches et des Prophètes le fit retentir par avance ; et la Gentilité elle-même y répondit souvent par un écho fidèle.

Dès le jardin des délices, Adam innocent s'écriait, à l'aspect de la Mère des vivants sortie de son côté :
" C'est ici l'os de mes os, la chair de ma chair ; l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à son épouse ; et ils seront deux dans une même chair."
La lumière de l'Esprit-Saint pénétrait alors l'âme de notre premier père; et, selon les plus profonds interprètes des mystères de l'Ecriture, Tertullien, saint Augustin, saint Jérôme, il célébrait l'Alliance du Fils de Dieu avec l'Eglise, sortie par l'eau et le sang de son côté ouvert sur la croix ; avec l'Eglise, pour l'amour de laquelle il descendit de la droite de son Père, et s'anéantissant jusqu'à la forme de serviteur, semblait avoir quitté la Jérusalem céleste, pour habiter parmi nous dans ce séjour terrestre.

Le second père du genre humain, Noé, après avoir vu l'arc de la miséricorde annonçant au ciel le retour des faveurs de Jéhovah, prophétisa sur ses trois fils l'avenir du monde. Cham avait mérité la disgrâce de son père ; Sem parut un moment le préféré : il était destiné à l'honneur de voir sortir de sa race le Sauveur de la terre ; cependant, le Patriarche, lisant dans l'avenir, s'écria :
" Dieu dilatera l'héritage de Japhet ; et il habitera sous les tentes de Sem !"
Et nous voyons peu à peu dans le cours des siècles l'ancienne alliance avec le peuple d'Israël s'affaiblir, puis se rompre; les races sémitiques chanceler, et bientôt tomber dans l'infidélité ; enfin le Seigneur embrasser toujours plus étroitement la famille de Japhet, la gentilité occidentale, si longtemps délaissée, placer à jamais dans son sein le Siège de la religion, l'établir à la tête de l'espèce humaine tout entière.

Plus tard, c'est Jéhovah lui-même qui s'adresse à Abraham, et lui prédit l'innombrable génération qui doit sortir de lui.
" Regarde le ciel, lui dit-il ; compte les étoiles, si tu peux : tel sera le nombre de tes enfants."
En effet, comme nous l'enseigne l'Apôtre, plus nombreuse devait être la famille issue de la foi du Père des croyants, que celle dont il était la source par Sara ; et tous ceux qui ont reçu la foi du Médiateur, tous ceux qui, avertis par l'Etoile, sont venus à lui comme à leur Seigneur, tous ceux-là sont les enfants d'Abraham.


Bernardino da Parenzo. XVe.

Le Mystère reparaît de nouveau dans le sein même de l'épouse d'Isaac. Elle sent avec effroi deux fils se combattre dans ses entrailles. Rébecca s'adresse au Seigneur, et il lui est répondu :
" Deux peuples sont dans ton sein ; ils s'attaqueront l'un l'autre ; le second surmontera le premier, et l'aîné servira le plus jeune."
Or, ce plus jeune, cet enfant indompté, quel est-il, selon l'enseignement de saint Léon et de l'Evêque d'Hippone, sinon ce peuple gentil qui lutte avec Juda pour avoir la lumière, et qui, simple fils de la promesse, finit par l'emporter sur le fils selon la chair ?

C'est maintenant Jacob, sur sa couche funèbre, ayant autour de lui ses douze fils, pères des douze tribus d'Israël, assignant d'une manière prophétique le rôle à chacun dans l'avenir. Le préféré est Juda ; car il sera le roi de ses frères, et de son sang glorieux sortira le Messie. Mais l'oracle finit par être aussi effrayant pour Israël, qu'il est consolant pour le genre humain tout entier.
" Juda, tu garderas le sceptre ; ta race sera une race de rois, mais seulement jusqu'au jour où viendra Celui qui doit être envoyé, Celui qui sera l'attente des Nations."

Après la sortie d'Egypte, quand le peuple d'Israël entra en possession de la terre promise, Balaam s'écriait, la face tournée vers le désert tout couvert des tentes et des pavillons de Jacob :
" Je le verrai, mais non encore ; je le contemplerai, mais plus tard. Une Etoile sortira de Jacob ; une royauté s'élèvera au milieu d'Israël." Interrogé encore par le roi infidèle, Balaam ajouta :
" Oh ! qui vivra encore quand Dieu fera ces choses ? Ils viendront d'Italie sur des galères ; ils soumettront les Assyriens ; ils dévasteront les Hébreux, et enfin ils périront eux-mêmes."
Mais quel empire remplacera cet empire de fer et de carnage ? Celui du Christ qui est l’Etoile, et qui seul est Roi à jamais.

David est inondé des pressentiments de ce grand jour. A chaque page, il célèbre la royauté de son fils selon la chair ; il nous le montre armé du sceptre, ceint de l'épée, sacré par le Père des siècles, étendant sa domination d'une mer à l'autre ; puis il amène à ses pieds les Rois de Tharsis et des îles lointaines, les Rois d'Arabie et de Saba, les Princes d'Ethiopie. Il célèbre leurs offrandes d'or et leurs adorations.

Dans son merveilleux épithalame, Salomon vient ensuite décrire les délices de l'union céleste de l'Epoux divin avec l'Eglise ; et cette Epouse fortunée n'est point la Synagogue. Le Christ l'appelle avec tendresse pour la couronner; mais sa voix s'adresse à celle qui habitait au delà des confins delà terre du peuple de Dieu.
" Viens, dit-il, ma fiancée, viens du Liban ; descends des sommets d'Amana, des hauteurs de Sanir et d'Hermon ; sors des retraites impures des dragons, quitte les montagnes qu'habitent les léopards."
Et cette fille de Pharaon ne se trouble pas de dire : " Je suis noire !" ; car elle peut ajouter qu'elle a été rendue belle par la grâce de son Epoux.

Le Prophète Osée se lève ensuite, et il dit au nom du Seigneur :
" J'ai choisi un homme, et il ne m'appellera plus Baal désormais. J'ôterai de sa bouche ce nom de Baal, et il ne s'en souviendra plus. Je m'unirai à toi pour jamais, homme nouveau ! Je sèmerai ta race par toute la terre ; j'aurai pitié de celui qui n'avait point connu la miséricorde ; à celui qui n'était pas mon peuple, je dirai : mon peuple ! Et il me répondra : mon Dieu !"


Anonyme italien. XVe.

A son tour, le vieux Tobie, du sein de la captivité, prophétisa avec magnificence ; mais la Jérusalem qui doit recevoir les Juifs délivrés par Cyrus, disparaît à ses yeux, à l'aspect d'une autre Jérusalem plus brillante et plus belle.
" Nos frères qui sont dispersés, dit-il, reviendront dans la terre d'Israël ; la maison de Dieu se rebâtira. Tous ceux qui craignent Dieu viendront s'y retirer ; les Gentils même laisseront leurs idoles, et viendront en Jérusalem, et ils y habiteront, et tous les rois de la terre y fixeront leur séjour avec joie, accourus pour adorer le Roi d'Israël."

Et si les nations doivent être broyées, dans la justice de Dieu, pour leurs crimes, c'est pour arriver ensuite au bonheur d'une alliance éternelle avec Jéhovah. Car voici ce qu'il dit lui-même, par son Prophète Sophonie :
" Ma justice est de rassembler les nations, de réunir en faisceau les royaumes, et je répandrai sur elles mon indignation, et tout le feu de ma colère; la terre entière en sera dévorée. Mais ensuite je donnerai aux peuples une langue choisie, afin qu'ils invoquent tous le Nom du Seigneur, et qu'ils portent tous ensemble mon joug. Jusqu'au delà des fleuves de l'Ethiopie, ils m'invoqueront ; les fils de mes races dispersées viendront m'apporter des présents."

Le Seigneur avait déjà dénoncé ses oracles de miséricorde par la bouche d'Ezéchiel :
" Un seul Roi commandera à tous, dit Jéhovah ; il n'y aura plus deux nations, ni deux royaumes. Ils ne se souilleront plus avec leurs idoles ; dans les lieux mêmes où ils ont péché, je les sauverai ; ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu. Il n'y aura qu'un Pasteur pour eux tous. Je ferai avec eux une alliance de paix, un pacte éternel ; je les multiplierai, et mon sanctuaire sera au milieu d'eux à jamais."

C'est pourquoi Daniel, après avoir prédit les Empires que devait remplacer l'Empire Romain, ajoute :
" Mais le Dieu du ciel suscitera à son tour un Empire qui jamais ne sera détruit, et dont le sceptre ne passera point à un autre peuple. Cet Empire envahira tous ceux qui l’ont précédé ; et lui, il durera éternellement."

Quant aux ébranlements qui doivent précéder rétablissement du Pasteur unique, et de ce sanctuaire éternel qui doit s'élever au centre de la Gentilité, Aggée les prédit en ces termes :
" Encore un peu de temps, et j'ébranlerai le ciel, la terre et la mer ; je mêlerai toutes les nations ; et alors viendra le Désiré de toutes les nations."


Giotto. XIVe.

Il faudrait citer tous les Prophètes pour donner tous les traits du grand spectacle promis au monde par le Seigneur au jour où, se ressouvenant des peuples, il devait les appeler aux pieds de son Emmanuel. L'Eglise nous a fait entendre Isaïe dans l'Epître de la Fête, et le fils d'Amos a surpassé ses frères.

Si maintenant nous prêtons l'oreille aux voix qui montent vers nous du sein de la Gentilité, nous entendons ce cri d'attente, l'expression de ce désir universel qu'avaient annoncé les Prophètes hébreux. La voix des Sibylles réveilla l'espérance au cœur des peuples ; jusqu'au sein de Rome même, le Cygne de Mantoue consacre ses plus beaux vers à reproduire leurs consolants oracles :
" Le dernier âge, dit-il, l'âge prédit par la Vierge de Cumes est arrivé ; une nouvelle série des temps va s'ouvrir ; une race nouvelle descend a du ciel. A la naissance de cet Enfant, l'âge de fer suspend son cours ; un peuple d'or s'apprête à couvrir la terre. Les traces de nos crimes seront effacées ; et les terreurs qui assiégeaient le monde se dissiperont."

Et comme pour répondre aux vains scrupules de ceux qui craignent de reconnaître, avec saint Augustin et tant d'autres saints Docteurs, la voix des traditions antiques s'énonçant par la bouche des Sibylles : Cicéron, Tacite, Suétone, philosophes et historiens gentils, viennent nous attester que le genre humain, dans leurs temps, attendait un Libérateur ; que ce Libérateur devait sortir, non seulement de l'Orient, mais de la Judée ; que les destinées d'un Empire qui devait renfermer le monde entier étaient sur le point de se déclarer.


Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.

PRIERE

" Ils partageaient cette universelle attente de votre arrivée, Ô Emmanuel, ces Mages aux yeux desquels vous fîtes apparaître l'Etoile ; et c'est pour cela qu'ils ne perdirent pas un instant, et se mirent tout aussitôt en route vers le Roi des Juifs dont la naissance leur était annoncée. Tant d'oracles s'accomplissaient en eux ; mais s'ils en recevaient les prémices, nous en possédons le plein effet. L'alliance est conclue, et nos âmes, pour l'amour desquelles vous êtes descendu du ciel, sont à vous ; l'Eglise est sortie de votre flanc divin, avec le sang et l'eau ; et tout ce que vous faites pour cette Epouse prédestinée, vous l'accomplissez en chacun de ses enfants fidèles.

Fils de Japhet, nous avons dépossédé la race de Sem qui nous fermait ses tentes ; le droit d'aînesse dont jouissait Juda nous a été déféré. Notre nombre, de siècle en siècle, tend à égaler le nombre des étoiles. Nous ne sommes plus dans les anxiétés de l'attente ; l'astre s'est levé, et la Royauté qu'il annonçait ne cessera jamais de répandre sur nous ses bienfaits. Les Rois de Tharsis et des îles, les Rois d'Arabie et de Saba, les Princes de l'Ethiopie sont venus, portant des présents ; mais toutes les générations les ont suivis. L'Epouse, établie dans tous ses honneurs, ne se souvient plus des sommets d'Amana, ni des hauteurs de Sanir et d'Hermon, où elle gémissait dans la compagnie des léopards ; elle n'est plus noire, mais elle est belle, sans taches, ni rides, et digne de l'Epoux divin. Elle a oublié Baal pour jamais ; elle parle avec amour la langue que Jéhovah lui a donnée. L'unique Pasteur paît l'unique troupeau ; le dernier Empire poursuit ses destinées jusqu'à l'éternité.

C'est vous, Ô divin Enfant, qui venez nous apporter tous ces biens et recevoir tous ces hommages. Croissez, Roi des rois, sortez bientôt de votre silence. Quand nous aurons goûté les leçons de votre humilité, parlez en maître ; César-Auguste règne depuis assez longtemps ; assez longtemps Rome païenne s'est crue éternelle. Il est temps que le trône de la force cède la place au trône de la charité, que la Rome nouvelle s'élève sur l'ancienne. Les nations frappent à la porte et demandent leur Roi ; hâtez le jour où elles n'auront plus à venir vers vous, mais où votre miséricorde doit les aller chercher par la prédication apostolique. Montrez-leur Celui à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre ; montrez-leur la Reine que vous leur avez choisie. De l'humble demeure de Nazareth, du pauvre réduit de Bethléhem, que l'auguste Marie s'élève bientôt, sur les ailes des Anges, jusqu'au trône de miséricorde, du haut duquel elle protégera tous les peuples et toutes les générations.

HYMNE

Le Prince des poètes de la Liturgie latine, Prudence, va chanter le voyage des Mages à Bethléhem :


Jans Geertgen Tot Sint. XVe.

" Au sein de l'Empire persan, de cette contrée où se lève le soleil, des Mages, investigateurs habiles, aperçoivent l'étendard du Roi.

A peine a-t-il brillé aux cieux que les autres sphères pâlissent : l'étoile du matin, malgré sa beauté, n'ose se montrer auprès de lui.

" Quel est, disent les Mages, ce Roi qui commande aux astres, qui émeut les globes célestes, à qui la lumière et l'air obéissent ?

Ce que nous voyons est le signe de Celui qui ne connaît pas de terme, le Dieu sublime, immense, sans limites, dont la durée précède celle du ciel et du chaos.

Il est le Roi des nations, le Roi du peuple judaïque ; il fut promis au Patriarche Abraham et à sa race, dans les siècles.

Ce premier Père des croyants, qui sacrifia son fils unique, connut que sa race serait un jour nombreuse comme les étoiles.

Voici que la fleur de David s'élève sur la tige de Jessé ; la branche fleurit et devient un sceptre qui commande à l'univers."

L'œil fixé au ciel, les Mages suivent en hâte le sillon de lumière que l'étoile leur traçait à l'horizon, pour régler sur la terre la voie qu'ils devaient suivre.

Le signe s'arrêta au-dessus de la tête de l'Enfant qu'ils cherchaient ; il abaissa son flambeau, et leur découvrit cette tête sacrée.

Les Mages le voient ; aussitôt ils ouvrent les trésors de l'Orient, et, prosternés, lui offrent i'encens, la myrrhe et l'or des rois.

Reconnais les illustres symboles de ta puissance et de ta royauté, Enfant, à qui le Père a conféré par avance une triple destinée.

L'or annonce le Roi, l'odeur suave de l'encens de Saba proclame le Dieu, la myrrhe présage le tombeau :

Tombeau par lequel ce Dieu, laissant périr son corps, et le ressuscitant après la sépulture, brisera la mort et ses cachots."

HYMNE

L'Hymnographe sublime de l'Eglise de Syrie, saint Ephrem, continue de chanter les doux mystères de la Naissance du Sauveur :


Quentin Massys. Flandres. XVIe.

" Les laboureurs des campagnes de Bethléhem vinrent à leur tour ; ils vénérèrent Celui qui venait sauver leur vie, et, dans leur allégresse, ils prophétisaient ainsi : " Salut, Ô toi qui es appelé à cultiver nos champs ; toi fertiliseras les guérets de nos cœurs, et tu en ramasseras le froment dans le grenier de la vie."

Les vignerons se présentèrent ensuite ; ils célébrèrent la Vigne sortie du tronc de Jessé, la Vigne qui de son cep sacré a produit la grappe virginale : " Divin vigneron, chantaient-ils, rends-nous notre arôme, en nous versant dans des vases dignes de ton vin nouveau qui régénère toutes choses ; viens rétablir ta vigne ; jusqu'ici elle n'a produit que d'amers raisins ; greffe tes propres rameaux sur ces ceps sauvages."

Les charpentiers vinrent à leur tour au fils de Joseph, à cause de Joseph leur frère : " Nous saluons ton heureuse naissance, Ô Prince des artisans ! C'est toi qui te donnas à Noé le plan de son arche ; tu fus l'architecte de ce tabernacle qui fut fait à la hâte, et qui ne devait durer qu'un temps ; nos travaux célèbrent tes louanges. Sois notre gloire ; daigne faire toi-même le joug que nous voulons porter, doux et léger fardeau."

Les nouveaux mariés saluèrent de concert le nouveau-né ; ils disaient : " Salut, Ô Enfant dont la Mère a été l'épouse du Dieu de sainteté ! Heureuses les noces auxquelles tu assisteras ! Heureux les époux qui, manquant de vin, le n verront tout à coup abonder sur un signe de ta puissance !"

Les petits enfants crièrent à leur tour : " Heureux sommes-nous de t'avoir pour frère, pour compagnon dans nos ébats ! Heureux Ô jour ! Heureux enfants, auxquels il est donné de dire tes louanges, arbre de vie, qui as daigné mettre ta cime en rapport avec notre taille enfantine."

L'oracle était parvenu jusqu'aux oreilles des femmes, qu'une Vierge devait enfanter un jour ; chacune espérait pour elle-même l'honneur d'un tel enfantement : " Les plus nobles, les plus belles se flattaient de devenir ta mère. Ô Très-Haut ! Nous te bénissons d'avoir choisi une mère pauvre."

Les jeunes filles qui lui furent présentées, prophétisaient aussi ; elles disaient : " Que je sois belle, que je sois difforme, que je sois pauvre, je n'en serai pas moins à toi : à toi je m’attacherai. Le lit d'un mortel jamais ne sera pour moi préférable à ta couche "."

SEQUENCE

A la gloire de Marie, nous chanterons cette gracieuse Séquence de nos antiques Eglises du moyen âge :


Rodrigo de Osona, le Vieux. Flandres. XVe.

" Faisons retentir ce Salut, parole heureuse et douce, Salut par lequel devient le sanctuaire du Christ la Vierge qui est à la fois sa mère et sa fille.

A peine entend-elle ce Salut, qu'elle conçoit son divin Fils, la Vierge issue de David, le lis entre les épines.

Salut ! Mère du vrai Salomon,toison de Gédéon,vous dont les Mages honorent l'enfantement par une triple offrande.

Salut ! vous qui avez enfanté le soleil. Salut ! Vous qui, en donnant votre fruit, avez rendu à l'homme tombé la vie et la puissance.

Salut ! Epouse du Verbe souverain, port du navigateur, buisson mystérieux, nuage de parfums, Reine des Anges.

Nous vous en supplions, amendez-nous et nous recommandez à votre Fils, qui daigne nous donner l'éternelle joie !

Amen."

mercredi, 10 juin 2009

Saint Jean Chrysostome - Sermon sur saint Julien et sainte Basilisse.

Homélie sur saint Julien de saint Jean Chrysostome

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Miracle de saint Julien d'Antioche.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

1. Si les martyrs obtiennent de tels honneurs sur la terre, de quelles couronnes, après leur départ de cette vie, ne seront pas décorées leurs têtes vénérables ? S'ils jouissent d'une telle gloire avant la résurrection, de quelle splendeur ne seront-ils pas revêtus après la résurrection ? Si de simples hommes les honorent d'un tel culte, quelles marques de bienveillance ne recevront-ils pas de leur divin Maître? si nous, qui sommes méchants , nous accordons de pareils témoignages d'estime et d'admiration aux vertus de nos semblables, parce qu'ils ont combattu pour Jésus-Christ, combien plus notre Père céleste prodiguera-t-il ses faveurs à ceux qui se sont épuisés pour lui de peines et de travaux !

Ce n'est pas parce qu'il est libéral et magnifique dans ses dons, qu'il leur réserve de grandes récompenses, mais parce qu'il est leur débiteur. Les martyrs ne se sont pas immolés pour nous, et nous nous empressons d'honorer leur cendre. Mais si nous, pour lesquels ils ne se sont pas sacrifiés, nous courons à leur tombeau, que ne fera point Jésus-Christ, pour lequel ils ont dévoué leurs têtes ! Si Dieu a comblé de telles grâces des hommes auxquels il ne devait rien, de quels dons ne gratifiera-t-il pas ceux dont il est le débiteur ! Dieu ne devait rien auparavant à la terre : " Tous ont péché, dit saint Paul, tous ont besoin de la gloire de Dieu " (Rom. III, 23) ; ou plutôt il ne nous devait que des peines et des supplices. Toutefois, quoiqu'il ne nous dût que des peines et des supplices, il nous a accordé la vie éternelle. Si donc il a donné son royaume à des hommes auxquels il ne devait que des punitions, que ne donnera-t-il pas à ceux auxquels il doit la vie éternelle ! S'il a expiré sur la croix, s'il a répandu son sang pour ceux qui le haïssaient, que ne fera-t-il pas pour ceux qui ont répandu leur sang pour confesser son nom ! s'il a aimé des ennemis et des rebelles, jusqu'à mourir pour eux, quelles marques de bienveillance et de distinction ne réserve-t-il pas pour des hommes qui lui ont donné la plus forte preuve d'amour, puisqu'on ne peut prouver plus fortement à ses amis qu'on les aime qu'en leur sacrifiant sa vie ! (Jean, XIII, 15.).

Les athlètes des jeux profanes sont proclamés et couronnés dans la même lice où ils ont combattu et vaincu. Il n'en est pas de même des athlètes de la foi : ils ont combattu dans la vie présente, ils sont couronnés dans le siècle futur ; ils ont lutté sur la terre contre le démon, dont ils on triomphé, ils sont proclamés dans le ciel. Et afin que vous soyez convaincus de cette vérité que ce n'est pas sur la terre que les saints reçoivent leurs couronnes, mais que c'est dans le ciel que les plus magnifiques récompenses les attendent, écoutez saint Paul qui dit : " J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi : il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice (pour quel lieu et pour quel temps ?) que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce grand jour."
(II Tim. IV, 7 et 8). Il a couru sur la terre, il est couronné dans le ciel; il a vaincu sur la terre, il est proclamé dans le ciel. Vous avez encore entendu aujourd'hui le même apôtre s'écrier : " Tous ces saints sont morts dans la foi, n'ayant pas reçu les biens que Dieu leur avait promis, mais les voyant et les saluant de loin." (Héb. II, 13.).

D'où vient donc que pour les athlètes profanes, les couronnes suivent de près les victoires, tandis que pour les athlètes de la foi, les victoires sont séparées des couronnes par un long intervalle de temps ? Les saints ont éprouvé ici-bas des peines et des fatigues, ils ont reçu mille blessures, et ils n'ont pas été couronnés à l'instant même ! Non, sans doute ; parce que la nature de la vie présente ne comporte pas la grandeur de la récompense future. La vie présente est courte et fragile ; la récompense future est immense, infinie, éternelle. Si donc Dieu a enfermé les peines dans le court espace d'une vie passagère, s'il a réservé les couronnes pour une vie incorruptible et inaltérable, c'est afin que le fardeau des peines soit allégé par la brièveté du temps qui les termine, et que la jouissance des couronnes, sans être bornée par aucun terme, se prolonge dans l'éternité des siècles. C'est donc parce qu'il voulait les récompenser plus abondamment qu'il a différé la récompense ; c'est aussi afin qu'ils goûtent, par la suite, une joie plus pure. En effet, comme celui qui doit éprouver des afflictions, après avoir vécu dans les plaisirs et dans les délices, ne sent pas les charmes de l'abondance où il vit maintenant, par l'attente des maux dont il est menacé : de même celui qui doit obtenir des couronnes après les plus rudes combats , et des peines sans nombre, ne sent pas les maux présents, animé par l'espoir des biens futurs. Et ce n'est pas seulement par de espérances dans l'avenir que Dieu allège à ses saints les peines de la vie présente, mais c'est encore en plaçant la tribulation avant le plaisir, afin que la perspective d'une félicité future empêche qu'ils ne soient accablés par les maux présent.

C'est ainsi que les athlètes reçoivent des blessures avec courage, considérant moins les peines qu'ils éprouvent, que ta couronne qu'ils espèrent. C'est ainsi que les nautonniers, en butte aux périls et aux tempêtes, exposés aux guerres les plus cruelles contre les monstres de la mer et les brigands qui l'infestent, ne pensent à rien de cela, mais ne voient que les ports, et le commerce qui doit les enrichir. C'est ainsi que les martyrs, qui souffraient une infinité de maux, dont le corps était déchiré par mille tourments divers, ne voyaient rien de cela, mais ne soupiraient qu'après le ciel, après le bonheur d'une autre vie. Et afin que vous sachiez que ce qui est difficile et accablant par soi-même devient facile et léger par l'espoir des biens à venir, écoutez le Docteur par excellence , qui nous dit : " Le moment si court et si léger des afflictions de cette vie produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire (et comment, je vous le demande ?), si nous ne considérons point les choses visibles, mais les invisibles." (II Cor. IV, 17 et 18.). Ce n'est pas au hasard que je vous prêche ces vérités : c'est pour votre instruction, c'est afin que, quand vous verrez le méchant, qui doit être puni dans un autre monde, jouir de toutes les délices, de tous les plaisirs de cette vie, ces plaisirs et ces délices ne vous le fassent pas trouver heureux, mais que plutôt vous le trouviez malheureux, en considérant les supplices qui l'attendent ; et aussi afin que, quand vous verrez dans l'affliction, dans la détresse, environné de tous les maux d'une vie passagère, un de ces hommes qui dans le ciel doivent être comblés de gloire et de bonheur, vous ne déploriez pas son sort à la vue des maux qu'il souffre actuellement, mais que les couronnes qui lui sont réservées dans les siècles éternels vous fassent regarder sa condition comme heureuse et digne d'envie.

2. Le saint martyr dont nous célébrons la mémoire naquit en Cilicie, où était né saint Paul ; il était compatriote de cet apôtre, et tous deux, sortis de cette région, se sont montrés de dignes ministres de l'Eglise. Dès que la carrière de la foi fut ouverte, et qu'il fallut soutenir des combats, il tomba entre les mains d'un gouverneur cruel et barbare. Et considérez les ruses qu'employa ce méchant homme. Comme il apercevait dans notre saint une volonté ferme, une âme courageuse, dont il était impossible de triompher par la violence des tourments, il diffère de jour en jour son supplice, il le fait paraître et retirer sans cesse. Il ne lui fait pas trancher la tête dès qu'il est instruit de ses dispositions, de peur que la promptitude de sa mort ne rende sa course plus facile ; mais il le fait amener devant lui à plusieurs reprises, lui fait subir de fréquents interrogatoires, le menace de mille tourments, cherche à le gagner par des paroles flatteuses, en un mot, emploie tous les moyens pour ébranler ce rocher inébranlable. Il le promena même durant une année entière par toute la Cilicie, comme pour lui faire affront; mais il ne faisait que manifester la gloire de ce généreux martyr, qui s'écriait avec saint Paul : " Je rends grâces à Dieu qui nous fait toujours triompher en Jésus-Christ, et qui répand par nous en tout lieu l'odeur de la connaissance de son nom."
(II Cor. II, 14.). Un parfum renfermé dans un espace étroit n'embaume de son odeur que l'air dont il est environné ; mais s'il est porté dans plusieurs lieux, il les remplit tous d'une odeur suave : c'est ce qu'on vit alors dans notre bienheureux martyr. Il était transporté de pays en pays pour être couvert de confusion ; et par toutes ces courses répétées, devenu un athlète plus illustre, il faisait admirer sa vertu à tous les habitants de la Cilicie.

Il était transporté partout, afin que les Ciliciens n'apprissent pas seulement par ouï-dire ses combats, mais qu'ils vissent de leurs propres yeux l'athlète couronné. Plus le gouverneur multipliait les courses de Julien, plus il augmentait sa gloire; plus il lui ouvrait de lices, plus il lui fournissait occasion de se signaler par des combats admirables ; plus il prolongeait ses souffrances, plus il mettait sa patience à l'épreuve. Plus l'or reste dans la fournaise, plus il devient pur; plus l'âme du saint était éprouvée, plus elle brillait avec éclat. En faisant conduire partout le martyr, le gouverneur ne faisait que montrer partout un trophée contre lui-même et contre le démon, une preuve de la cruauté des gentils, un témoignage de la piété des chrétiens, un signe frappant de la puissance de Jésus-Christ, une exhortation aux fidèles pour les engager à soutenir courageusement les mêmes combats, un héraut de la gloire divine, un maître dans la science de pareils assauts. Le saint excitait tous les hommes à imiter son zèle, moins par ses paroles que par ses actions, dont la voix retentissait partout avec éclat. Et comme les cieux annoncent la gloire du Très-Haut aux mortels qui les contemplent ; comme ils nous invitent à admirer le Créateur, non parles paroles qu'ils font retentir à notre oreille, mais par l'éclat dont ils frappent nos regards : de même le martyr annonçait la gloire du Très-Haut, étant lui-même un ciel, et un ciel plus éclatant que le ciel visible. Non, les choeurs des astres ne rendent pas aussi brillant le firmament qu'ils embellissent, que le sang qui sortait des blessures du martyr rendait son corps resplendissant ; et voyez comment les blessures du martyr brillaient avec plus de splendeur que les astres placés dans les cieux !

Les hommes et les démons envisagent le ciel et les astres qu'il renferme ; mais les blessures de Julien, que les fidèles peuvent envisager, les démons n'osent les regarder en face, et s'ils entreprennent d'y jeter la vue, leurs yeux éblouis ne peuvent supporter l'éclat qu'elles renvoient. C'est ce que je vais prouver par des faits dont nous sommes les témoins, sans recourir aux anciens prodiges. Prenez un homme furieux, tourmenté par le démon, amenez-le au tombeau respectable où sont déposés les restes du martyr, et vous verrez l'esprit impur abandonner le corps qu'il tyrannise, et prendre honteusement la fuite. Dès le seuil de la chapelle où le martyr est honoré, il s'enfuit comme s'il allait marcher sur des charbons, sans oser même regarder la châsse qui renferme ses reliques. Mais si aujourd'hui, que le saint n'est plus que cendre et poussière, les démons n'osent regarder en face le monument où reposent ses os dépouillés, il est clair que, lorsqu'ils le voyaient revêtu de son sang comme d'une pourpre royale, et brillant par ses blessures plus que le soleil par ses rayons, ils se sont retirés frappés de cette vue, les yeux éblouis. Voyez-vous comme les blessures des martyrs sont plus brillantes, plus admirables, et ont plus de pouvoir que les astres du firmament ?

3. Le saint est amené devant le tribunal ; il ne voit de toute part que tourments et supplices affreux, il ne voit que peines et douleurs dans le moment et pour la suite. Les bourreaux environnent son corps comme des bêtes féroces ; ils déchirent ses flancs, découpent ses chairs, mettent ses os à nu, pénètrent jusqu'aux entrailles. Mais malgré leurs recherches cruelles, ils ne peuvent lui ravir le trésor de la foi. Dans les palais des princes, dans les lieux où est déposé leur or et d'autres richesses immenses, si on perce les murs, si on ouvre les portes, on aperçoit aussitôt le trésor qu'ils renferment. Mais c'était tout le contraire pour notre saint, pour ce temple vivant de Jésus-Christ. Les bourreaux perçaient les murs ; ils ouvraient la poitrine sans pouvoir découvrir ni prendre les richesses cachées au dedans ; et de même que les habitants de Sodome, quoique à la porte de la maison de Lot, ne pouvaient en trouver l'entrée : ainsi, quoique les bourreaux ouvrissent de tous côtés le corps de Julien, ils ne pouvaient ni saisir ni ravir le trésor précieux de la foi qu'il tenait en réserve. Telles sont les vertus qui décorent l'âme des saints, qu'elles ne peuvent être ni saisies ni enlevées ; placées dans le courage et la constance, comme dans un asile sacré, ni les yeux des tyrans ne peuvent les découvrir, ni les mains des bourreaux ne peuvent les ravir ; mais quand ils perceraient le coeur, qui est le siège du courage, quand ils le couperaient par morceaux, loin d'épuiser les richesses de la grâce que possèdent les saints, ils ne feraient même que les augmenter.

La raison de ce prodige, c'est que, Dieu habite dans leurs âmes, et que, quand on fait la guerre à Dieu, il est impossible de triompher, il faut absolument qu'on se retire vaincu, couvert de honte et de confusion. C'est pour cela que, quoique les paroles ordinairement soient si faibles, et qu'elles aient si peu d'effet contre les attaques de la puissance, elles eurent alors une efficacité nouvelle, et triomphèrent de tous les efforts de la cruauté. Le tyran et les bourreaux employaient les fouets ; le fer, le feu, en un mot, tous les instruments des plus affreux supplices ; ils déchiraient de tout côté les flancs du martyr, qui ne prononçait qu'une parole , et cette parole seule triomphait de toutes les machines dressées contre lui. Une parole sainte sortie de sa bouche répandait une lumière plus éclatante que les rayons du soleil. Les rayons du soleil ne parcourent que l'espace qui est entre le ciel et la terre ; ou plutôt ils ne peuvent parcourir tout cet intervalle, lorsqu'interceptés et arrêtés par un toit, par un mur, par un nuage, ou par quelqu'autre corps, ils sont rompus par ces obstacles et ne peuvent aller plus avant. La dernière parole du martyr, sortie de sa bouche sainte, s'élance jusqu'au ciel, elle pénètre jusqu'aux cieux supérieurs ; les anges, les archanges, les chérubins, toutes les puissances célestes, se retirent pour la laisser passer ; et pénétrés pour elle de respect, ils la portent humblement au trône du Roi suprême.

4. Lorsque Julien eut prononcé sa dernière parole, le gouverneur voyant que tous ses moyens et toutes ses ruses étaient inutiles, qu'attaquer le saint c'était regimber contre l'aiguillon, c'était vouloir entamer un diamant, que fait-il ? Il prend dès lors le parti d'avouer sa défaite, de terminer les jours du martyr ; car la mort des martyrs est un aveu public que les tyrans font de leur défaite, et une victoire éclatante que les martyrs remportent sur ceux qui leur ôtent la vie. Voyez comme il imagine un genre de mort cruel, également propre à manifester la barbarie du tyran et la fermeté du martyr. Quel est donc ce genre de supplice ? Il fait apporter un sac, qu'il remplit de sable, de scorpions, de serpents, de vipères et de dragons ; il y fait mettre le saint, et le fait jeter à la mer. Un juste se trouva de nouveau enfermé avec des bêtes féroces ; je dis de nouveau, afin que vous vous rappeliez l'ancienne histoire de Daniel. L'un a été jeté dans une fosse, dont les ministres du prince avaient fermé l'entrée avec une pierre ; un sac a été la prison de l'autre, prison étroite où un gouverneur cruel l'a fait enfermer. Dans l'une et l'autre circonstance, les bêtes féroces respectent les corps des saints, pour condamner et confondre des êtres qui sont doués d'une nature humaine et raisonnable, et dont la férocité surpasse de beaucoup celle des brutes : tel était, sans doute, le tyran dont nous parlons.

On vit alors un prodige aussi extraordinaire que du temps de Daniel. Les Babyloniens furent étonnés de voir, après plusieurs jours, le prophète sortir plein de vie de la fosse aux lions ; les anges furent surpris de voir l'âme de Julien sortir du milieu des flots et du sac qui la renfermait, pour s'élever jusqu'aux cieux. Daniel a combattu et vaincu deux lions, mais matériels : Julien a combattu et vaincu un seul lion, mais spirituel. " Le démon, notre ennemi, dit saint Pierre, tourne sans cesse autour de nous, comme un lion rugissant, et cherche qui il pourra dévorer " (I Pierre, V, 8) ; mais il a été vaincu par le courage du martyr. Le martyr avait déposé le venin du péché ; aussi n'a-t-il pas été dévoré par l'esprit impur, et n'a-t-il craint ni la cruauté du lion, ni la fureur des bêtes féroces.

Voulez-vous que je vous rapporte une autre histoire encore plus ancienne, où un juste s'est trouvé avec des bêtes féroces ? Rappelez-vous le déluge arrivé du temps de Noé, et l'arche qu'il avait construite un juste, alors, et des bêtes féroces se trouvèrent ensemble. Mais Noé entra homme dans l'arche et en sortit homme ; Julien entra homme dans la tuer et en sortit ange. L'un entra de la terre dans l'arche et retourna sur la terre ; l'autre entra de la terre dans la mer, et de la mer s'éleva dans le ciel. La mer l'a reçu, non pour lui donner la mort, mais pour lui accorder la couronne ; et après qu'il a été couronné, elle nous a rendu cette arche sainte, je veux dire le corps du martyr. Nous avons conservé jusqu'à ce jour ce trésor précieux, la source d'une infinité de biens ; car le Seigneur a partagé, en quelque sorte, avec nous les martyrs ; il a pris leurs âmes et nous a laissé leurs corps, afin que nous ayons, dans leurs saintes reliques, un monument qui nous rappelle sans cesse leurs vertus. En effet, si en voyant les armes ensanglantées d'un guerrier, son bouclier, sa pique, sa cuirasse, l'homme le plus lâche est animé et enflammé, s'il soupire après la guerre, si la seule vue de ces armes l'excite à tenter les mêmes entreprises ; nous qui voyons, non les armes, mais le corps d'un saint qui a mérité d'être ensanglanté pour avoir confessé le nom de Jésus-Christ, quand nous serions les plus timides des hommes, comment ne concevrionsnous point la plus grande ardeur ? Comment cette vue n'embraserait-elle point notre âme, ne nous porterait-elle point à soutenir les mêmes combats ? Dieu nous a abandonné les corps des saints jusqu'au temps de là résurrection, afin qu'ils nous donnent de grandes leçons de philosophie chrétienne. Mais craignons de diminuer, par la faiblesse de nos discours, les louanges dues à un martyr, laissons au souverain Juge de ses combats à le louer : Celui qui couronne les martyrs les louera lui-même ; leur louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu ; et tout ce que nous avons dit de Julien, ce n'est pas pour illustrer davantage un martyr, mais pour enflammer de plus en plus votre ardeur.

Nous allons donc laisser son éloge pour vous adresser la parole ; ou plutôt parler dans l'église d'objets instructifs, c'est faire l'éloge des martyrs. Ecoutez-moi avec attention : je veux détruire aujourd'hui un ancien abus, afin que nous imitions les martyrs, sans nous contenter d'honorer leurs tombeaux. Oui, l'honneur rendu aux martyrs ne consiste pas seulement à venir à leurs tombeaux, mais plus que cela encore, à s'efforcer d'imiter leur courage. Il faut dire, d'abord, quel est l'abus que j'attaque, parce que la maladie étant inconnue, il n'est pas facile d'appliquer le remède : je découvre d'abord la plaie, pour mettre ensuite l'appareil. Quel est donc l'abus dont je parle ?

5. Quelques-uns de ceux qui sont ici présents - car à Dieu ne plaise que mes reproches s'adressent à toute l'assemblée - nous abandonneront demain par lâcheté et par faiblesse, ils courront au faubourg de Daphné pour dissiper demain ce que nous avons recueilli aujourd'hui, pour détruire ce que nous avons édifié. Afin donc qu'ils ne soient pas venus ici inutilement, nous finirons par dire quelques mots sur cet objet : Pourquoi, je vous prie, courez-vous au faubourg d'Antioche ? C'est ici le faubourg de la Jérusalem d'en-haut, c'est ici le Daphné spirituel. Là-bas sont des fontaines d'eau, ici sont les sources des martyrs ; là-bas sont des cyprès, arbres stériles ; ici sont des arbres qui ont leurs racines en terre, et qui étendent leurs branches jusqu'au ciel. Voulez-vous voir le fruit de ces branches ? Ouvrez les yeux de la foi, et vous apercevrez aussitôt une espèce de fruit merveilleux. Non, le fruit de ces branches n'est pas corruptible et périssable, il ne ressemble à aucun de ceux que produit la terre : c'est la guérison des corps mutilés et des âmes malades, la rémission des péchés, l'abolition du vice, la prière continuelle, la confiance dans le Seigneur ; tout ici est spirituel, tout est rempli de biens célestes. Ces fruits sans cesse cueillis repoussent sans cesse, et ne trompent jamais l'espoir du cultivateur. Les arbres terrestres ne produisent qu'une fois l'année ; et aux approches de l'hiver, ils perdent leur beauté propre, leurs fruits, qu'on n'a pas cueillis, se corrompant et tombant d'eux-mêmes. Les arbres dont je parle ne connaissent ni hiver, ni été, ne sont pas sujets à l'inclémence des saisons : jamais dépouillés de leurs fruits, ils conservent toujours leur beauté, sans être exposés ni à la corruption, ni à la vicissitude des temps. Combien, depuis que ce corps est planté dans la terre, les fidèles ont cueilli de ce tombeau des guérisons, sans que le fruit ait jamais manqué ; ils ont moissonné les blés, et il reste encore une ample moisson ; ils ont puisé aux fontaines, et les eaux jaillissent toujours. La source est intarissable, elle ne manque jamais ; plus on y puise, plus on en voit couler de prodiges.

Et le tombeau du saint n'opère pas seulement des miracles, il produit encore la sagesse. Etes-vous riche, enflé d'orgueil, rempli d'arrogance ? Venez ici, voyez le martyr, considérez combien votre richesse diffère de son opulence ; et vous réprimerez bientôt votre fierté, vous vous en retournerez ayant déposé tout orgueil, et l'âme guérie d'une vaine enflure. Etes-vous pauvre, vous croyez-vous digne de mépris ? Venez ici, voyez la richesse du martyr, et dédaignant les biens de ce siècle, vous vous en retournerez plein d'une philosophie chrétienne. Oui, quand on vous aurait causé mille torts, quand on vous aurait accablé d'outrages et de coups, cette pensée, que vous n'avez pas encore souffert autant que le martyr, vous fera remporter d'ici une abondante consolation. Vous voyez quels fruits naissent de ces racines, combien ils sont inépuisables, combien ils sont spirituels, combien ils appartiennent à l'âme.

Je n'empêche pas que vous vous rendiez au faubourg, mais je m'oppose à ce que vous y alliez demain. Pourquoi ? C'est afin que votre plaisir ne soit pas répréhensible, afin que votre joie soit pure, qu'elle ne vous attire pas de condamnation ; car vous pouvez, dans un autre jour, vous livrer sans crime à des divertissements honnêtes. Que si vous voulez goûter, même aujourd'hui, quelque plaisir, quoi de plus agréable que cette assemblée et ce spectacle spirituel ? Quoi de plus doux que la société de vos frères et de vos membres ? Mais voulez-vous même participer à une table matérielle ? Vous pouvez, lorsque l'assemblée sera séparée, vous asseoir près de la chapelle du martyr, sous un figuier ou sous une vigne, et procurer à votre corps quelque satisfaction, sans charger votre conscience d'un crime. Le martyr qui est présent et qui assiste à votre table, ne permet pas que la joie dégénère en licence : comme un maître attentif ou un bon père aperçu des yeux de la foi, il réprime les ris immodérés, il arrête les joies excessives, il empêche toutes les révoltes de la chair, inconvénients inévitables dans le faubourg de Daphné. Pourquoi ? C'est qu'il y aura demain des danses dans tout le faubourg. Or, la seule vue de ces danses entraîne le plus sage à imiter les mouvements indécents dont il est le témoin surtout lorsque le démon est de la partie ; et il est présent, appelé par les chants des prostituées, par les discours obscènes, par les pompes diaboliques qu'on y étale. Or, vous avez renoncé à toutes ces pompes, vous vous êtes attachés au culte de Jésus-Christ, du jour où vous avez été admis aux sacrés mystères. Rappelez-vous donc les paroles que vous avez prononcées, les engagements que vous avez pris, et craignez de violer vos promesses.

Mais je vais m'adresser à ceux qui ne se rendront pas à Daphné, et leur recommander le salut de leurs frères. Lorsqu'un médecin visite un malade, il dit peu de chose au malheureux gisant dans son lit : il s'adresse à ses proches, leur parle des remèdes, de la nourriture, et leur recommande les autres parties du traitement. Pourquoi ? C'est que le malade n'est point en état, pour l'heure, de recevoir des conseils, au lieu que celui qui est en santé, écoute, avec la plus grande attention toutes les ordonnances du médecin. Voilà pourquoi je veux m'adresser aussi à vous. Saisissons-nous demain des portes, assiégeons les chemins, que les hommes fassent revenir malgré eux les hommes, que les femmes ramènent malgré elles les femmes. N'ayons pas de honte, il n'y a pas de honte à avoir lorsqu'il s'agit du salut de notre prochain. Si nos frères ne rougissent pas de se rendre à une fête profane et criminelle, ne rougissons pas de les ramener à une solennité sacrée ; ne négligeons rien, lorsqu'il est question du salut de nos frères. Si Jésus-Christ est mort pour nous, nous devons tout supporter pour eux. Quand ils vous accableraient de coups et d'invectives, retenez-les, ne les quittez pas que vous ne les ayez ramenés au saint martyr.

Quand il vous faudrait prendre les passants pour juges, dites à ceux qui voudront l'entendre : Je veux sauver mon frère, je vois qu'il perd son âme, je ne puis négliger celui auquel je tiens de si près. Que celui qui le voudra m'accuse, que celui qui le voudra me condamne. Ou plutôt personne ne me blâmera, tous me loueront, tous me chériront, puisque ce n'est ni pour un vil intérêt, ni pour contenter un ressentiment personnel, ni pour aucun autre motif profane, que je dispute, mais pour le salut de mon frère. Qui n'approuvera pas ma conduite ? Qui ne l'admirera pas ? Quoique nous n'ayons ensemble aucune liaison de parenté charnelle, la parenté spirituelle nous rend plus chers les uns aux autres, que des enfants ne le sont à leurs parents. Si vous voulez même, prenons avec nous le martyr ; il ne rougira point de nous accompagner, et de sauver ses frères. Montrez-le à leurs yeux ; qu'ils craignent sa présence, qu'ils respectent ses prières et ses exhortations. Si Dieu exhorte ses créatures : " Nous faisons la charge d'ambassadeurs pour Jésus-Christ, dit saint Paul, et c'est Dieu même qui vous exhorte, par notre bouche, à vous réconcilier avec lui " (II Cor. V, 20), à plus forte raison un serviteur de Dieu exhortera-t-il ses frères. La seule chose qui l'afflige, c'est notre perte, la seule chose qui le réjouisse, c'est notre salut; aussi ne se refusera-t-il à rien pour nous sauver. N'ayons donc pas de honte de nous-mêmes, et ne croyons pas en pouvoir trop faire.

Si des chasseurs parcourent les montagnes, les précipices, les gouffres et les abîmes, pour prendre quelques animaux terrestres, ou même des oiseaux sauvages ; vous qui devez ramener de la perdition, non un vil animal, mais votre frère spirituel, pour lequel Jésus-Christ est mort, vous rougissez, vous hésitez, je ne dis pas de franchir des forêts et des montagnes, mais de sortir simplement des portes de la ville ! Quelle excuse, je vous prie, vous restera-t-il ? N'entendez-vous pas l'avertissement d'un sage qui vous dit : " Il y a une honte qui conduit au péché " (Ecclés. IV, 25.). Mais vous craignez qu'on ne vous blâme ; rejetez toute la faute sur moi, qui vous ai donné le conseil ; dites que c'est votre maître qui vous l'a ordonné. Je suis prêt à me justifier devant ceux qui m'accuseront, et à rendre compte de ma conduite ; ou plutôt, aucun homme, quelque impudent qu'on le suppose, ne vous blâmera ni vous ni moi, mais tous nous approuveront, et applaudiront à nos soins. Tous les habitants d'Antioche, ceux même des villes voisines admireront la force impérieuse de notre charité et l'ardeur de notre zèle. Mais que parlé-je des hommes ? le Maître des anges lui-même nous donnera son approbation. Puis donc que nous savons quelle sera la récompense de nos peines, ne négligeons pas cette chasse spirituelle ; ne revenons pas seuls demain, mais présentons-nous chacun avec notre proie. Pourvu que nous nous rendions à l'heure où notre frère sortira de sa maison pour se mettre en chemin, et que nous l'engagions à visiter ce lieu, il n'y aura plus dès lors de difficulté. Lui-même vous en saura gré par la suite, tous les autres vous loueront, vous admireront, et, ce qu'il y a de plus essentiel, le Maître des cieux vous en récompensera abondamment, il vous comblera de biens et de louanges. Considérant donc l'avantage qui résulte pour nous d'une telle conduite, rendons-nous tous en foule aux portes de la ville, saisissons- nous de nos frères, ramenons-les ici, afin que demain l'église soit pleine, et que la solennité soit parfaite; afin que le bienheureux martyr, pour prix de notre zèle, nous reçoive avec confiance dans les tabernacles éternels. Puissions-nous obtenir cette faveur par la grâce et par la bonté de Notre Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui soit la gloire au Père et à l'Esprit-Saint vivifiant, maintenant et toujours, dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

jeudi, 25 décembre 2008

Credo de saint Athanase

SYMBOLE DE SAINT ATHANASE

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Saint Athanase au concile de Nicée.
Histoire et continuation. Guillaume de Tyr. Acre. Terre Sainte. XIIIe.

1. Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem :
- Quiconque veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique :

2. Quam nisi quisque integram inviolatamque servaverit, absque dubio in æternum peribit.
- Celui qui ne la conservera pas intègre et inviolée périra, sans aucun doute, pour l'éternité.

3. Fides autem catholica haec est : ut unum Deum in Trinitate, et Trinitatem in unitate veneremur.
- Voici quelle est la foi catholique : c'est que nous vénérions un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'unité.

4. Neque confundentes personas, neque substantiam separantes.
- Sans confondre les personnes, ni séparer la substance.

5. Alia est enim persona Patris, alia Filii, alia Spiritus Sancti :
- Autre est en effet la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit :

6. Sed Patris et Filii et Spiritus Sancti una est divinitas, æqualis gloria, coæterna majestas.
- Mais du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il n'est qu'une seule divinité, une gloire égale, une majesté coéternelle.

7. Qualis Pater, talis Filius, talis Spiritus Sanctus.
- Tel est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.

8. Increatus Pater, increatus Filius, increatus Spiritus Sanctus.
- Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé.

9. Immensus Pater, immensus Filius, immensus Spiritus Sanctus.
- Le Père est immense, le Fils est immense, le Saint-Esprit est immense.

10. Aeternus Pater, æternus Filius, æternus Spiritus Sanctus.
- Le Père est éternel, le Fils est éternel, le Saint-Esprit est éternel.

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La Très Sainte Trinité. Sculpture votive anonyme italienne du XVe.

11. Et tamen non tres æterni, sed unus æternus.
- Et pourtant il n'y a pas trois éternels, mais un seul éternel.

12. Sicut non tres increati, nec tres immensi, sed unus increatus et unus immensus.
- De même, il n'y a pas trois incréés, ni trois immenses, mais un seul incréé et un seul immense.

13. Similiter omnipotens Pater, omnipotens Filius, omnipotens Spiritus Sanctus.
- De même, le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint-Esprit est tout-puissant.

14. Et tamen non tres omnipotentes, sed unus omnipotens.
- Et pourtant, il n'y a pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant.

15. Ita Deus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus Sanctus.
- De même, le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu.

16. Et tamen non tres dii, sed unus est Deus.
- Et pourtant, il n'y a pas trois dieux, mais un seul Dieu.

17. Ita Dominus Pater, Dominus Filius, Dominus Spiritus Sanctus.
- De même, le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur.

18. Et tamen non tres Domini, sed unus est Dominus.
- Et pourtant, il n'y a pas trois seigneurs, mais un seul Seigneur.

19. Quia, sicut singillatim unamquamque personam Deum ac Dominum confiteri christiana veritate compellimur : ita tres deos aut dominos dicere catholica religione prohibemur.
- De même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chaque personne est Dieu et Seigneur, ainsi la religion catholique nous interdit de dire qu'il y a trois dieux ou seigneurs.

20. Pater a nullo est factus : nec creatus, nec genitus.
- Le Père ne vient de nul autre : ni fait, ni créé, ni engendré.

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La Très Sainte Trinité couronnant Notre Dame la Vierge Marie.
Heures à l'usage de Sarum et de Poitiers. XVe.

21. Filius a Patre solo est : non factus, nec creatus, sed genitus.
- Le Fils est du Père seul : ni fait, ni créé, mais engendré.

22. Spiritus Sanctus a Patre et Filio : non factus, nec creatus, nec genitus, sed procedens.
- Le Saint-Esprit est du Père et du Fils : ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant.

23. Unus ergo Pater, non tres Patres ; unus Filius, non tres Filii ; unus Spiritus Sanctus, non tres Spiritus Sancti.
- Il y a donc un seul Père, et non trois Pères ; un seul Fils, et non trois Fils ; un seul Saint-Esprit, et non trois Esprits Saints.

24. Et in hac Trinitate nihil prius aut posterius, nihil majus aut minus : sed totæ tres personæ coæternae sibi sunt et coæquales.
- Et en cette Trinité, il n'y a rien d'antérieur ou de postérieur, rien de plus grand ou de plus petit, mais les trois personnes sont tout entières coéternelles et coégales entre elles.

25. Ita ut per omnia, sicut jam supra dictum est, et unitas in Trinitate, et Trinitas in unitate veneranda sit.
- En sorte qu'en toutes choses, ainsi qu'il a été dit plus haut, on doit vénérer l'unité dans la Trinité, et la Trinité dans l'unité.

26. Qui vult ergo salvus esse : ita de Trinitate sentiat.
- Que celui qui veut être sauvé pense donc ainsi de la Trinité.

27. Sed necessarium est ad æternam salutem, ut Incarnationem quoque Domini nostri Jesu Christi fideliter credat.
- Mais il est nécessaire au salut éternel de croire aussi fidèlement à l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

28. Est ergo fides recta ut credamus et confiteamur quia Dominus noster Jesus Christus, Dei Filius, Deus et homo est.
- La rectitude de la foi est de croire et confesser que Notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme.

29. Deus est ex substantia Patris ante sæcula genitus : et homo est ex substantia matris in sæculo natus.
- Il est Dieu, engendré avant les siècles de la substance du Père : il est homme, né dans le siècle de la substance de sa mère.

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La Très Sainte Trinité. Agnolo Gaddi. XIVe.

30. Perfectus Deus, perfectus homo ex anima rationali et humana carne subsistans.
- Dieu parfait, homme parfait subsistant d'une âme raisonnable et d'une chair humaine.

31. Aequalis Patri secundum divinitatem : minor Patre secundum humanitatem.
- Égal au Père selon sa divinité, inférieur au Père selon son humanité.

32. Qui, licet Deus sit et homo, non duo tamen, sed unus est Christus.
- Bien qu'il soit Dieu et homme, il n'y a pas deux mais un seul Christ.

33. Unus autem non conversione divinitatis in carnem, sed assumptione humanitatis in Deum.
- Il est un, non par conversion de la divinité en chair, mais par l'assomption de l'humanité en Dieu.

34. Unus omnino, non confusione substantiæ, sed unitate personæ.
- Un absolument, non par confusion de substance, mais par l'unité de la personne.

35. Nam sicut anima rationalis et caro unus est homo : ita Deus et homo unus est Christus.
- Car, de même que l'âme raisonnable et la chair est un seul homme, ainsi le Dieu et l'homme n'est qu'un seul Christ.

36. Qui passus est pro salute nostra, descendit ad inferos tertia die resurrexit a mortuis.
- Il a souffert pour notre salut, il est descendu aux enfers, et le troisième jour il est ressuscité des morts.

37. Ascendit ad cælos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis : inde venturus est judicare vivos et mortuos.
- Il est monté aux cieux, il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant : d'où il reviendra juger les vivants et les morts.

38. Ad cujus adventum omnes homines resurgere habent cum corporibus suis : et reddituri sunt de factis propriis rationem.
- À son avènement, tous les hommes seront appelés à ressusciter avec leurs corps, et à rendre raison de leurs propres actes.

39. Et qui bona egerunt ibunt in vitam æternam : qui vero mala, in ignem æternum.
- Ceux qui auront fait le bien iront à la vie éternelle, ceux qui ont fait le mal, au feu éternel.

40. Haec est fides catholica, quam nisi quisque fideliter firmiterque crediderit, salvus esse non poterit.
- Telle est la foi catholique : quiconque ne la croira pas fidèlement et fermement ne pourra pas être sauvé.

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Le Jugement dernier. Bréviaire à l'usage de Besançon. XVe.

Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, sicut erat in principio et nunc et semper et in saecula saeculorum. Amen.
- Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement et maintenant et toujours et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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mercredi, 05 novembre 2008

5 novembre. Saint Zacharie, époux de sainte Elizabeth, père de saint Jean-Baptiste. Ier siècle.

- Saint Zacharie, époux de sainte Elizabeth, père de saint Jean-Baptiste, Ier siècle.

" Ne craignez point, Zacharie,car votre prière a été exaucée ; et Elizabeth, votre épouse, vous donnera un fils que vous nommerez Jean."

L'ange Gabriel à saint Zacharie.

 

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