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vendredi, 11 avril 2025

11 avril. Saint Léon Ier le Grand, pape, docteur de l'Eglise. 461.

- Saint Léon Ier le Grand, pape, docteur de l'Eglise. 461.
 
Papes : Saint Sixte III (prédécesseur) ; saint Hilaire (successeur). Empereur d'Occident : Valentinien III.
 
" J'ai prié pour vous le Seigneur, et il a pardonné tous vos péchés. Seulement vous aurez à vous informer de ceux auxquels vous avez imposé les mains, c'est-à-dire que vous aurez à rendre compte si vous vous êtes bien ou final acquitté de cette fonction envers autrui."
Saint Pierre à saint Léon.
 

Saint Léon le Grand. Maître autel de l'église Saint-Martin-Notre-Dame.
Sondersdorf. Alsace.

Saint Léon le Grand naquit à Rome, d'une des premières familles de la Toscane, vers la fin du IVe siècle. Son rare mérite l'éleva promptement au titre d'archidiacre de l'Église romaine ; il n'avait guère plus de quarante ans, quand il fut appelé, par les voeux du clergé et du peuple, sur le siège de saint Pierre. Toutes les qualités d'un Pape remarquable parurent dans sa personne, et c'est à juste titre que la postérité, après ses contemporains, lui a donné le nom de Grand.


Atelier de Raphaël. XVIe.

La cérémonie de son exaltation se fit un dimanche à la saint Michel, le 29 septembre 440. Si l'on veut connaître les sentiments qui animaient le nouveau Pape, qu'on lise les sermons qu'ils prononçait à chaque anniversaire de son pontificat. Dans l'un, il dit qu'il a été effrayé en entendant la voix de Dieu, qui l'appelait à gouverner l'Eglise ; il se proclame trop faible pour un si lourd fardeau, trop petit pour une telle grandeur, trop dénué de mérite pour une si auguste dignité. Cependant il ne perd pas courage, parce qu'il n'attend rien de lui-même, et tout de celui qui opère en lui.


Apparition des saints Pierre et Paul à Attila et à Léon Ier.
Atelier de Raphaël. XVIe.

Ce qui, sans décourager le pontife, l'effrayait néanmoins, c'est que l'Eglise se trouvait attaqué de tous côtés par le vice et l'erreur. Il eut dès lors soin d'associer à ses combats des personnes pleines de piété et de doctrine, entre autres, saint Prosper d'Aquitaine, le plus savant homme de son temps ; il en fit son conseiller et son secrétaire, comme autrefois saint Damase avait fait de saint Jérôme. Ensuite, saint Léon le Grand commenca par la réforme du peuple romain, afin que l'église mère fût le modèle de toutes les autres églises. Non content de l'exciter à la vertu par ses propres exemples, il l'instruisit encore par ses prédications, imitant en cela, dit-il, l'exemple de ses prédécesseurs. Cette partie du minsitère épiscopal était alors bien plus obligatoire qu'aujourd'hui, parce que les évêques seuls pouvaient l'exercer.


Raphaël (Rafaelo Alessandro Algardi).
Basilique Saint-Pierre. Rome. XVIe.

L'époque était difficile : les manichéens, les donatistes, les ariens, les priscillianistes, les nestoriens et les eutychiens infestaient l'Église de leurs hérésies. Le saint et docte Pontife, armé du glaive de la parole infaillible, combattit avec vigueur la doctrine impie de tous les côtés à la fois ; par ses lettres, par ses légats, par des conciles, il suscita un grand mouvement de résistance à l'erreur et le retour d'une grande multitude d'âmes à la justice et à la vérité. Sa magnifique lettre au concile de Chalcédoine produisit un tel effet que les six cents évêques, après en avoir entendu la lecture, s'écrièrent d'une voix unanime :
" C'est Pierre qui a parlé par Léon !"


Vision de saint Léon, Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. R. de Monbaston. XIVe.

L'un des faits les plus imposants de son beau et si fécond pontificat, c'est sa procession solennelle au-devant d'Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu, qui avançait vers Rome pour la détruire. Attila l'accueillit avec respect et lui promit de laisser en paix la Ville éternelle, moyennant un faible tribut annuel. Les barbares, murmurant de voir leur chef reculer, lui demandèrent raison de sa conduite et il s'en ex^liqua ainsi :
" Pendant que le Pontife leur me parlait, je voyais à ses côtés un autre Pontife d'une majesté toute divine ; il se tenait debout, ses yeux lançaient des éclairs, et il me menaçait du glaive qu'il brandissait dans sa main ; j'ai compris que le Ciel se déclarait pour la ville de Rome."


Saint Léon le Grand. Bréviaire de Martin d'Aragon. XIVe.

Ce personnage n'était autre que saint Pierre. Les Romains firent une réception enthousiaste au Pontife victorieux. Le génie de Raphaël a immortalisé cette scène dans une peinture célèbre.


Saint Léon Ier Grand allant au devant d'Attila.
Raphaël. Basilique Saint-Pierre. Vatican.

L'humanité, la douceur et la charité furent les principales vertus de saint Léon. Ses écrits, qui suffiraient à l'illustrer par la splendeur du style comme par l'élévation des pensées, montent à une hauteur plus grande encore quand il traite de l'Incarnation, et c'est pourquoi on lui a donné le titre de Docteur de l'Incarnation. Il surpassa tous les Pontifes qui l'ont précédé, et il eut peu de successeurs dont le mérite ait approché du sien.


Saint Léon Le Grand. Sermones et epistulae. XVe.

La liturgie doit beaucoup à saint Léon ; il a introduit, ratifié par saint Pierre à la suite de la prière que saint Léon lui avait faite à ce sujet, dans le canon de la messe ces paroles :
" Sanctum sacrificium, immaculatam hostiam ".
Il sut faire régner dans les cérémonies saintes un ordre, une pompe, une majesté admirables.

Nous avons encore de saint Léon 101 sermons sur les différentes fêtes de l'année. Il y recommande souvent le jeûne et l'aumône, qu'il ne veut pas que l'on sépare, parce que ces deux bonnes oeuvres se soutiennent mutuellement.


Miracle de saint Léon. Ta'amra Mâryâm. Ethiopie. XVIIe.

On trouve ainsi neuf sermons sur le jeûne du dixième mois, ou des quatre-temps de décembre. Selon notre saint docteur, l'Eglise a institué les quatre-temps dans les quatre saisons de l'année, afin de les sanctifier toutes par le jeûne. Elle a voulu encore par là fournir des armes à ses enfants contre le démon, et les porter à remercier Dieu des fruits et des autres bienfaits qu'ils reçoivent continuellement de son amour.

Le saint Pape revient souvent à l'obligation de faire l'aumône :
" Cette obligation ne souffre point de dispense. Dieu n'a donné des richesses aux hommes que pour qu'ils les versent dans le sein de l'indigence. C'est donc aller contre son intention que de les entasser par avance ou de les consumer en superfluités. Aussi la sentence que Jésus-Christ doit prononcer au dernier jour portera-t-elle principalement sur la conduite qu'on aura tenue à l'égard des pauvres. Le Sauveur a voulu nous apprendre par là que l'aumône est la clef du ciel et le canal des grâces. L'obligation de faire l'aumône ne se mesure pas sur la quantité des biens, mais sur les sentiments du coeur. Elle est commune à tous les hommes, puisque tous doivent aimer leurs semblables et désirer de les secourir. Quant aux riches, ils sont tenus de rechercher les pauvres honteux et de les assister sans les mettre dans le cas de rougir de leur misère."


Saint Léon montre que l'institution des collectes ou quêtes pour les pauvres vient des Apôtres même, et que l'on n'a jamais cessé dans l'Eglise de composer un fonds des libéralités des fidèles pour soulager ceux qui étaient dans le besoin.

HYMNE

L'Eglise grecque, dans ses Menées, consacre à saint Léon un solennel Office, auquel nous empruntons les strophes suivantes. Composées avant le schisme, elles expriment l'antique foi de l'Eglise de Constantinople dans la primauté du Pontife romain, et montrent d'une manière irréfutable que ce ne sont pas les Latins qui ont changé la foi. Les Grecs célèbrent la mémoire de saint Léon le dix-huit février.
 

Apparition de Notre Dame à saint Léon.
Ta'amra Mâryâm. Ethiopie. XVIIe.

" Heureux Pontife, illustre Léon, tu as été le compagnon des Pontifes fidèles et des Martyrs ; invincible dans les combats, tu t'es montré inébranlable comme la tour et la citadelle de la religion ; dans ton orthodoxie et ta science, tu as proclamé l'ineffable génération du Seigneur.

Recteur de l'orthodoxie, docteur de la piété et de la sainteté, flambeau de la terre tout entière, inspiré de Dieu,gloire des vrais fidèles, sage Léon, lyre du Saint-Esprit, tu as éclairé tous les hommes par ta doctrine.

Héritier de la Chaire de Pierre, comme lui tu as présidé à l'Eglise entière ; son esprit a été en toi, et son zèle t'enflammait pour la foi.

Eclatant d'une splendide lumière, très saint Léon, tu as éclairci le mystère de l'ineffable et divine incarnation, proclamant la double nature et la double volonté du Dieu fait chair.

Tout resplendissant de la science divine, tu as lancé partout les rayons de l'orthodoxie ; après avoir dissipé les ténèbres de l'hérésie, tu as quitté cette vie, Ô bienheureux, et tu habites la lumière qui ne connaît pas de couchant.

Par ta prédication merveilleuse, tu nous as montré le Christ Fils unique et Seigneur, engendré du Père avant les siècles, né pour nous de la Vierge, et apparaissant sur la terre semblable à nous, Ô ministre inspiré des divins mystères !

Assis glorieux sur le trône du pontificat, tu as fermé la gueule des lions ; en proclamant le dogme sacré de l'adorable Trinité, tu as fait briller aux yeux de ton troupeau la lumière de la connaissance de Dieu ; c'est pour cela que tu as été glorifié comme un divin Pontife initié à la grâce de Dieu.

Tu t'es levé de l'Occident, comme un soleil rayonnant : ta science a dissipé le sophisme d'Eutychès qui confondait les deux natures, et celui de Nestorius qui les divisait ; tu nous as appris à adorer un seul Christ en deux natures indivisibles, immuables et sans confusion.

Inspiré de Dieu, tu as présenté comme de nouvelles tables écrites du doigt de Dieu ; semblable à Moïse apparaissant aux yeux du peuple divin, tu t'es écrié dans l'assemblée des Maîtres vénérables : " Pontifes, célébrez le Christ ; bénissez-le et exaltez-le à jamais !".

Maintenant, Ô Pontife du Christ, tu portes une couronne éclatante de beauté ; prêtre fidèle, la justice est ton vêtement, et tu tressailles d'une joie ineffable dans le paradis des délices; daigne supplier sans cesse le Seigneur pour ton troupeau.

Dans le séjour où sont les sièges, les trônes et les rangs pour les Patriarches, tu as mérité d'entrer comme un Père, comme un vrai Patriarche, entouré des rayons de la foi et de la grâce, heureux Léon ! Et nous proclamons tous l'éternelle félicité qui est ton partage."

PRIERE

" Gloire soit à vous, Ô Christ, Lion de la tribu de Juda, qui avez suscité dans votre Eglise un Lion pour la défendre aux jours où la sainte foi courait de si grands dangers. Vous aviez chargé Pierre de confirmer ses frères ; et nous avons vu Léon, en qui Pierre était vivant, remplir cet office avec une autorité souveraine. Nous avons entendu retentir l'acclamation du saint Concile, qui, en s'inclinant devant la doctrine toute céleste de Léon, proclamait le bienfait signalé que vous avez, en ces jours, conféré à votre troupeau, lorsque vous donnâtes à Pierre le soin de paître les brebis comme les agneaux.

Ô Léon ! vous avez dignement représenté Pierre dans sa chaire. Votre parole apostolique n'a cessé d'en descendre, toujours vraie, toujours éloquente et majestueuse. L'Eglise de votre temps vous honora comme le maître de la doctrine, et l'Eglise de tous les siècles vous reconnaît pour l'un des plus savants docteurs qui aient enseigné la divine Parole.

Du haut du ciel où vous siégez maintenant, répandez sur nous l'intelligence du divin mystère que vous avez été chargé d'exposer. Sous votre plume inspirée, ce mystère s'éclairât, son harmonie sublime se révèle ; et la foi se réjouit de percevoir si distinctement le divin objet auquel elle adhère. Fortifiez en nous cette foi, Ô Léon ! Le Verbe incarné est encore blasphémé de nos jours; vengez sa gloire, en nous envoyant de nouveaux docteurs.

Vous avez triomphé de la barbarie, Ô noble Pontife ! Attila vous rendit les armes. De nos jours, il s'est levé de nouveaux barbares, les barbares civilisés qui nous vantent comme l'idéal des sociétés celle qui n'est plus chrétienne, celle qui dans ses lois et ses institutions ne confesse plus Jésus-Christ roi de l'humanité, auquel toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre.

Ô ! Venez à notre secours ; car le mal est monte à son comble. Beaucoup sont séduits et s'en vont à l'apostasie sans s'en douter. Obtenez que la lumière ne s'éteigne pas totalement chez nous, que le scandale s'arrête enfin. Attila n'était qu'un païen ; les modernes utopistes sont chrétiens, ou du moins quelques uns voudraient l'être ; prenez pitié d'eux, et ne permettez pas qu'ils soient plus longtemps victimes de leurs illusions.

En ces jours de la Pâque qui vous rappellent, Ô Léon, les labeurs de votre ministère pastoral, alors qu'entouré de vos néophytes vous les nourrissiez de vos immortels discours, priez pour les fidèles qui, dans cette même solennité, sont ressuscites avec Jésus-Christ. Ils ont besoin de connaître de plus en plus ce divin Sauveur de leurs âmes, afin de s'attacher à lui et de ne plus jamais s'en séparer. Révélez-leur tout ce qu'il est, et dans sa nature divine et dans sa nature humaine : comme Dieu, leur fin dernière, et leur juge après cette vie ; comme homme, leur frère, leur Rédempteur et leur modèle. Ô Léon ! bénissez, soutenez votre successeur sur la Chaire de Pierre, et montrez-vous en ces jours l'appui de cette Rome dont vous avez célébré avec tant d'éloquence les saintes et éternelles destinées."

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jeudi, 10 avril 2025

10 avril. Saint Fulbert, évêque de Chartres. 1028.

- Saint Fulbert, évêque de Chartres. 1028.
 
Pape : Jean XIX. Roi de France : Robert II, le Pieux.
 
" Cherchez d'abord le royaume de Dieu et la justice qui y mène, et les autres choses dont vous avez besoin vous serons données par surcroît."
Math. VI, 33.
 

Saint Fulbert de Chartres. Manuscrit du XIIe.

Parmi tous les grands hommes qui ont paru sur le trône épiscopal de l'église de Chartres, saint Fulbert est de ceux qqui se sont rendus les plus recommandables. Ses historiens en parlent toujours en termes avantageux ; ses écrits respirent la piété et l'érudition, et ses vertus héroïques confirment tout le bien que la postérité nous a dit de ce grand Saint.

Il possédait les qualités de l'esprit les plus avantageuses ; et il fut si fidèle à faire profiter les talents naturels dont Dieu l'avait favorisé, qu'il devint l'un des plus grands hommes de son siècle. Il donna des preuves de sa grande capacité et de l'étendue de son esprit, avant même d'entrer dans les Ordres et d'être admis au nombre des clercs. Il contribua beaucoup en France à renforcer l'étude des sciences, et spécialement de la philosophie, dont l'étude s'était considérablement corrompue.

Ce qui rendait cet homme digne d'une plus grande admiration, c'était de voir qu'il n'avait pas de jugement moins solide pour les affaires qui demandaient de la conduite, que l'esprit vif et pénétrant pour exceller dans les hautes sciences. Cependant il ne se prévalut jamais de l'avantage qu'il possédait au-dessus des autres, fuyant, au contraire, la vaine gloire, et évitant les vains applaudissements dans les assemblées. Il ne se servait de ses belles connaissances que pour mieux pénétrer les devoirs de la religion, et pour inspirer aux autres de l'estima et du respect pour la majesté souveraine de Dieu et pour toutes les choses qui pouvaient contribuer à sa gloire.
 
On est mal renseigné sur la famille et le lieu de naissance de Fulbert ; on a voulu déduire de ses écrits qu'il était Romain d'origine (P. Giry, Petits Bollandistes), on serait mieux fondé à le croire originaire d'Aquitaine (divers autres hagiographes tout aussi hésitants sur le sujet). Qouiqu'il en soit, il était né, comme il le dit lui-même dans " les rangs de la société le splus humbles ".
 

Gerbert d'AUrillac, le futur pape Sylvestre II, enseignant à
saint Fulbert et à ses condisciples, dont le futur roi de France,
Robert le Pieux. Codex allemand du XIIe.

Jeune, on le trouve étudiant à Reims, où il eut pour professeur de mathématiques et de philosophie, Gerbert, le futur pape, Silvestre II, et pour condisciple le futur roi Robert II le Pieux. Après son élévation sur le trône pontifical romain, Sylvestre II se souvint de son disciple et le fit venir à Rome auprès de lui et se servit de ses grands talents pour gouverner l'Eglise.

A la mort de Gerbert, Fulbert rentra en France pour la plus grande joie de ses nombreux amis qui avait admiré sa sagesse, son humilité et sa sagacité dans ses fonctions auprès du défunt pape.

Il devint chancelier de l'Eglise de Chartres en 1003 sous la conduite de l'évêque Odon, puis sous celle de Rodolphe son successeur, et établit dans cette ville une école de théologie qui ne tarda pas à devenir célèbre.

C'est à cette époque que des troubles s'élevèrent dans l'abbaye de Saint-Pierre de Chartres. Abbon de Fleury, pour être renseigné, s'adressa à Fulbert. Celui-ci, dans une lettre remarquable, exposa comment, à la mort de l'abbé Gislebert, un moine ambitieux, nommé Magenard, se fit installer à sa place. L'intrus, chassé du monastère, se réfugia à l'évêché : sa disgrâce contribua à le rendre plus édifiant, au point que les moines eux-mêmes le rappelèrent et lui restituèrent le bâton pastoral.
 

Statue de Sylvestre II (Gerbert d'Aurillac). Aurillac.

Devenu évêque de Chartres en 1007, et sacré par son métropolitain Léothéric de Sens, Fulbert continua son enseignement et l'école de Chartres devint la plus célèbre académie de France. Elle formera une élite théologique qui comptera dans ses rang, entre autres, Bernard de Chartres, Gilbert de La Porrée, Thierry de Chartres, Guillaume de Conches et Jean de Salisbury.

L'évêque vit le danger de l'erreur de l'hérésiarque Bérenger (dont nous avons vu dans la vie de saint Gautier de Pontoise qu'il finit sa vie repentant sur l'île Saint-Côme non loin de Tours) sur la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie, il se mit en devoir de réfuter celui qui avait été son élève ; il prévint en même temps Léothéric de Sens de ce que la nouvelle formule pour donner la sainte communion, présentait de dangereux au point de vue de la foi orthodoxe :
" Pilote du vaisseau du Roi, lui écrivit-il, soyez circonspect et sur vos gardes : si vous vous, écartez de la route prescrite par la foi, vous ferez certainement un triste naufrage."

Fulbert, évêque, devint l'oracle de presque toute la France. Les princes, les évêques, les simples fidèles avaient recours à ses conseils et ils trouvaient en lui une source de lumière. C'est ce qui ressort du recueil de ses lettres. Peu après son élévation à l'épiscopat, en mai 1008, il se trouva au Concile que le roi Robert avait convoqué dans son palais de Chelles. On voulut qu'il souscrivît immédiatement après les métropolitains, et avant 11 évêques dont plusieurs, comme Adalbéron de Laon, étaient très anciens dans l'épiscopat ; ce qui nous montre en quelle estime le tenaient ses collègues.


Le roi Robert II le Pieux et saint Fulbert de Chartres.
Grandes Chroniques de France. XIVe.

Sa correspondance dénote en sa personne l'alliance d'une fermeté vraiment épiscopale avec une noble douceur et une humilité sans bassesse. Obligé de recourir à un zèle ardent pour réprimer les désordres ou corriger les abus, il le faisait toujours sans blesser le respect dû aux autorités civiles. Il aimait tendrement son prince, le roi Robert, et lui témoigna toujours un sincère attachement : quand il eut encouru sa disgrâce, il fit tous ses efforts pour gagner de nouveau son amitié.

Tout en s'occupant beaucoup à l'extérieur, Fulbert ne négligea pas pour cela le soin de son diocèse : il prêcha la parole de Dieu à son peuple, dressa des canons pénitentiaux, composa des hymnes et des proses. L'an 1020, l'ancienne cathédrale fut consumée dans l'incendie de la ville de Chartres. Fulbert entreprit de la rebâtir avec une magnificence qui dépassait de beaucoup les ressources d'un évêque sans patrimoine. Il fut aidé dans cette oeuvre par des princes, comme saint Canut IV de Danemark, Guillaume comte de Poitiers. Il la plaça sous le vocable de Notre-Dame pour laquelle il avait une dévotion particulière ; il établit dans son église la fête de la Nativité de Marie dont l'institution était assez récente.

Saint Fulbert mourut, comblé de grâces et de mérites, le 10 avril 1028, après avoir gouverné l'Église de Chartres pendant près de 14 ans. Il fut enterré à Saint-Père-en-Vallée, monastère où, durant sa vie, il aimait à se retirer, pour se dérober au tumulte des affaires, et donner à son âme les moyens de se retremper dans la retraite spirituelle.


Saint Fulbert enseignant.
Vitrail de la crypte de la cathédrale de Chartres.

CULTE

On trouve en deux épitaphes l'éloge de ce saint évêque. Cependant l'Eglise de Chartres fut longtemps sans lui décerner un culte public : on se contentait de rappeler sa mémoire par un anniversaire pour le repos de son âme. On lui a attribué plusieurs miracles après sa mort ; G. Bucelin, dans son ménologe bénédictin, lui a donné le titre de bienheureux. De nos jours on trouve sa mémoire dans les nouveaux propres de Chartres et de Poitiers.

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10 avril. Saint Macaire d'Antioche, archevêque de cette ville. 1012.

- Saint Macaire d'Antioche, archevêque de cette ville. 1012.

Pape : Serge IV. Roi de France : Robert II, le Pieux.

" Il y a de l'honneur à exposer et confesser les oeuvres de Dieu."
Tob., XII, 7.

Saint Macaire secourant des pestiférés à Gand.
Jacob Van Oost. XVIIe.

Saint Macaire était arménien, de parents nobles et illustres ; son père s'appelait Michel et sa mère Marie. Il avait un parent nommé Macaire, archevêque d'Antioche.

A ce propos, On ne sait pas au juste si c'est d'Antioche de Pisidie, simple archevêché dépendant du patriarcat de Constantinople, ou d'Antioche de Syrie, un des trois grands patriarcats d'Orient. Nons avons suivi la première opinion, par la raison qu'au moyen âge la désignation d'Arménie s'étendait à la Natolle (l'actuelle Anatolie). Ce qui est dit dans la vie du Saint, qu'Antioche est la fleur des villes d'Arménie, ne s'oppose point à notre opinion, car au point de vue chrétien, Antioche de Pisidie a sa noblesse : elle fut évangélisée par saint Paul (Acta. chap. XIII) ; un grand nombre de ses enfants furent d'illustres Martyrs de Jésus-Christ, et au XIe siècle il est probable que la décadence d'Antioche de Syrie était commencée, puisque ce n'est plus aujourd'hui qu'une humble ville, et qu'Antioche de Pisidie est encore un chef-lieu de gouvernement et la résidence d'un préfet turc.

Ce saint archevêque voulut être parrain de notre Saint, et, lui ayant donné le nom de Macaire, il le prit chez lui pour l'élever dans la piété et le former aux belles-lettres et à tous les exercices qui en pouvaient faire un excellent ecclésiastique et un ministre fidèle de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le jeune Macaire fit de tels progrès dans son école, qu'il se rendit bientôt capable, par sa science et par sa vertu, des emplois les plus importants et des premières dignités de l'Eglise. Aussi, l'archevêque, se voyant près de mourir, crut qu'il ne pouvait procurer un plus grand avantage à Antioche, que de l'y laisser pour son successeur. Il en fit la proposition à son clergé et à son peuple, qui y consentirent tout d'une voix de sorte qu'après la mort de l'ancien Macaire, le jeune prit possession de sa chaire et fut intronisé comme archevêque d'Antioche.

Vestiges de l'église Saint-Pierre. Antioche de Pisidie. Anatolie.
Fondée à la fin du Ier siècle, de récentes excavations ont révélé
que l'église Saint-Pierre fut construite sur la synagogue où
saint Paul prêcha lors de son deuxième séjour à Antioche de Pisidie
(Act. XIII, 14-52). En effet, le premier séjour de saint Paul et de
saint Barnabé ne dura que le temps nécessaire pour les Juifs,
nombreux dans cette ville, de les expulser.

Alors ses vertus, qu'une vie privée avait tenues plus secrètes, parurent avec un merveilleux éclat. On vit en lui un détachement parfait de toutes les choses de la terre, qu'il regardait avec mépris, parce qu'il en connaissait la vanité une aversion pour tous les plaisirs et les divertissements de la vie une assiduité continuelle à mortifier ses sens et ses appétits, et à crucifier sa chair par des jeûnes, des veilles et d'autres austérités ; une tendresse et une compassion pour tous les malheureux, auxquels il distribuait libéralement ses biens, n'ayant rien qui ne lui fût commun avec les pauvresune douceur et une bénignité si constantes, que ni les injures, ni les mauvais traitements, ni les persécutions ne la pouvaient altérer une prudence de vieillard dans le gouvernement de son diocèse enfin, une piété si tendre envers Dieu, que les larmes lui coulaient sans cesse des yeux. Ces insignes vertus étaient aussi accompagnées du don des miracles deux lépreux furent guéris par le seul attouchement de ses mouchoirs trempés de ses saintes larmes, et l'eau qu'il avait touchée était un souverain remède contre toutes sortes de maladies.

Il gouverna quelque temps l'Eglise d'Antioche ; mais craignant que l'honneur qu'il recevait à tous moments ne lui fît perdre ce que l'humilité lui avait acquis, il résolut d'en fuir au plus tôt les occasions. Il distribua, pour cet effet, tous ses' biens aux églises et aux pauvres et s'étant, par un mouvement divin, démis de sa charge entre les mains d'un prêtre de grand mérite, nommé Eleuthère, il s'associa quatre de ses plus fidèles amis, et quitta secrètement sa ville pour passer en un autre lieu, où la Providence divine le conduirait.

Collégiale Sainte-Waudru. La plus grande part des reliques de
saint Macaire y sont vénérées. Mons. Hainaut.

Il prit son chemin par la Palestine, pour y arroser de ses larmes les lieux sanctifiés par celles de Jésus-Christ et il n'y perdit aucune occasion de s'entretenir et de discuter avec les Juifs et les Sarrasins, afin de les convaincre de leurs erreurs et de les attirer à la connaissance de l'Evangile. Mais ces infidèles, qui ne pouvaient répondre à ses raisonnements, conçurent une telle rage contre lui, que, s'étant saisis de sa personne, ils le traînèrent en prison, l'étendirent en forme de croix, lui attachèrent les pieds et les mains avec de longs clous Echés en terre, et lui firent souffrir toutes les ignominies et tous les tourments imaginables. Ils lui mirent même sur la poitrine une grosse pierre qu'ils avait fortement chauffée. Mais la terre rejeta ses clous, et Dieu réduisit tous les artifices que l'impiété de ces infidèles avait inventés le Saint sortit libre de prison, sans aucun dommage ce qui étonna si fort ces Sarrasins, qu'ils lui demandèrent pardon quelques-uns, reconnaissant le pouvoir de la Croix, reçurent la foi de Celui qui avait souffert pour leur salut.

Cependant, les parents de Macaire, affligés de son éloignement, envoyèrent après lui pour le détourner de son dessein et le faire revenir à Antioche mais Dieu frappa leurs courriers de cécité, et ils furent obligés de se jeter aux pieds du Saint pour lui demander son assistance dans une si grande misère il en eut compassion, et par le signe de la croix, leur rendit la vue, à condition qu'ils s'en retourneraient sans l'inquiéter dans la poursuite de son voyage.

Il prit donc son chemin vers l'Occident traversant plusieurs pays, il vint jusqu'en Bavière et, passant par Mayence, Cologne, Malines, Maubeuge, Cambrai et Tournai, il se rendit enfin dans la ville de Gand. Partout ce ne furent que miracles dans le Levant il avait rendu l'usage de la parole et de l'ouïe à un vieux Sarrasin, qui était muet et sourd depuis l'âge de neuf ans ; rencontrant un pèlerin qui se faisait conduire à Jérusalem, il lui avait obtenu la vue par ses prières. En Bavière, il délivra du mal caduc la femme du seigneur Adalbert, qui, par charité, l'avait logé chez elle. A Cologne, il guérit son hôte du même mal. A Malines, il éteignit, par ses prières, un grand incendie qui menaçait de réduire toute la ville en cendres.

A Tournai, il apaisa, par sa prudence, une sédition populaire si furieuse, que toutes les industries du prince Baudoin le Vieux n'avaient pu détourner cet orage. A Cambrai, l'entrée de l'église de Notre-Dame lui ayant été refusée, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes pour lui faire passage. A Maubeuge, un valet qui l'avait méprisé fut frappé d'une lèpre dont il ne put
guérir.

On en finirait pas si on voulait écrire toutes les particularités de son voyage ; et insistons sur son dernier séjour, qui fut en la ville de Gand, où il arriva l'an de Notre Seigneur Jésus-Christ 1011. Il se retira au monastère de Saint-Bavon étant tombé en une dangereuse maladie, il en fut guéri dans une vision saint Bavon, Saint Landoald et d'autres bienheureux lui apparurent durant son sommeil.

Il arriva en ce temps-là, à Gand, une peste si cruelle, qui se formait dans la bouche, qu'il y mourait chaque jour plus de six'cents personnes. On publia un jeûne universel et des processions publiques pour apaiser la colère de Dieu. Notre-Seigneur, qui voulait faire de saint Macaire une victime pour expier les péchés de son peuple, permit qu'il fût frappé de ce fléau. Il perdit d'abord l'usage de la parole, prédisant néanmoins par signes, que lui avec deux autres mourraient encore de cette maladie, et qu'ensuite elle serait éteinte. Il ne fit point de testament, parce qu'il était trop pauvre et ne laissait rien.

On le porta dans l'église de Notre-Dame, où il marqua, avec son bâton, le lieu de sa sépulture devant l'autel de saint Paul puis, ayant donné sa bénédiction au peuple, il se retira en sa chambre. Plusieurs y étant demeurés, ils furent extrêmement effrayés d'un certain tremblement qui y arriva par la descente des esprits bienheureux, pareil à celui que le grand saint Grégoire rapporte en la vie de saint Paulin, évêque de Noie. Enfin, il mourut le 10 avril, l'an de Notre-Seigneur 1012. Sa prophétie fut accomplie il fut le dernier qui mourut de cette maladie pestilentielle.

La grande fête de Saint-Macaire, le 9 mai, est l'occasion
d'une procession et d'une grande foire à Mons. Hainaut.

RELIQUES

En 1067, le corps du Saint fut levé de terre en présence de Philippe Ier roi de France, de Baudouin, comte de Flandre, et des évoques de Noyon et de Cambrai. On vit, en cette circonstance, paraître en l'air deux cercles en forme de couronne.

On transporta de ses reliques à Thielt, dans la châtellenie de Courtrai, en 1634 à Geerberg ou Gérardmont, dans la baronie de Boulaers et à Oudenarde, en 1637 chez les chanoines de Saint-Pierre de Lille (un bras), en 1067 une partie de l'autre bras fut donnée, en 1611, par l'évêque de Gand, Charles de Maes, à la paroisse de Laerne, qui est à deux lieues de la ville, sur le territoire de Termonde, où notre Saint est patron de l'Eglise.

En l'an 1617, les ossements de ce saint Patriarche furent transportés de Gand à Mons, en Hainaut, afin d'y apaiser une cruelle épidémie qui ravageait tout le pays ; en reconnaissance, les habitants de Mons lui offrirent une riche châsse d'argent, dans laquelle, l'année suivante, ils reportèrent ses vénérables reliques à Gand, où elles sont religieusement conservées en l'église cathédrale.

Une chapelle lui est consacrée dans cette église. On y voit une belle toile de Crayer représentant saint Macaire, en habits pontificaux, qui implore à genoux la miséricorde divine pour la guérison des pestiférés, au moment où cette cruelle maladie fait planer la mort sur sa propre tête. Un bas-relief en marbre blanc, placé sur le devant de l'autel, montre saint Macaire porté en procession.

Au milieu du château dit des Espagnols, on voit encore quelques ruines très-intéressantes de l'ancienne abbaye de Saint-Bavon, entre autres la chapelle et le puits de Saint-Macaire.

On l'honore par deux fêtes principales qui sont fixées au 10 avril et au 9 mai. Celle du 9 mai, qui rappelle le jour où ses reliques furent levées de terre, se fait avec beaucoup plus de solennité tant à cause des nombreux miracles qui se sont alors opérés, que pour éviter la rencontre des fêtes de Pâques. Il se tient une foire le 9 mai, comme cela se pratique pour un grand ncmbre de fêtes d'autres Saints.

Saint Macaire est toujours en grande vénération parmi les Flamands.

Siger, abbé de Saint-Bavon, fit composer la vie de saint Macaire en 1067 à l'époque de son élévation : Surius et les Bollandistes l'ont reproduite. Ces derniers en donnent une seconde qui fut composée peu de temps après la mort du Saint. Baronius, dans ses Annales ; Molanus, dans son Catalogue des Saints de Flandre ; Mathieu Rader, dans sa Bavière sainte ; Aubert Lemire, dans son Calendrier de Saints de Flandre et de Bourgogne, se sont occupés de ce grand Thaumaturge qui faisait encore des miracles au temps du Père François Giry. Cf. encore Mgr de Ram, Vie des Saints.

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mercredi, 09 avril 2025

9 avril. Sainte Valtrude ou Waudru, première abbesse de Mons et fondatrice de cette ville. 686.

- Sainte Valtrude ou Waltrude ou Wautrude ou encore Waudru, première abbesse de Mons et fondatrice de cette ville. 686.
 
Papes : Honorius Ier ; Jean V. Rois de France : Clotaire II ; Thierry III.
 
" Sapiens mulier aedificat domum."
" A la fondation de toute maison, il faut une femme sage."
Prov. XIV, I.
 

Sainte Waudru et ses deux filles.
Détail. Livre d'heures de Jean de Lannoy. XVe.

Sainte Waltrude était soeur aînée de sainte Aldegonde (qui se fête au 30 janvier), et, comme elle, fille du comte Walbert et de la princesse Bertille. Dès sa jeunesse, elle se montra si portée à la dévotion, qu'elle se séparait souvent de la société pour faire ses prières et pour assister aux divins offices : ce qui ne pouvait être que très agréables à ses parents, personnes d'une piété rares.

Lorsqu'elle fut en état de se marier, elle épousa par obéissance le comte Madelgaire, aussi appelé Voncent, un des principaux seigneurs de la cour de Dagobert Ier. Elle en eut quatre enfants, dont trois ont été illustre par leur sainteté :
- saint Landry, que les uns font évêque de Metz en Lorraine, et les autres évêque de Meaux en Brie ;
- sainte Aldetrude et sainte Madelberte, qui se firent religieuses sous la conduite de leur tante sainte Aldegonde ;
- le petit Dentlin, qui mourut peu après avoir reçu le saint baptême.

Le progrès admirable de ses enfants dans toute sorte de vertus montre bien le soin que sainte Waltrude apporta à leur éducation. Mais elle ne les instyruisit pas moins par son exemple que par ses paroles ; car elle était fort adonnée à la prière, fuyait le luxe,, la bonne chère et tous les divertissements de la vie ; elle jeûnait souvent et donnait à tous moments, par son hospitalité et par ses aumônes abondantes, des marques de sa charité et de sa miséricorde envers les pauvres.


Chef-reliquaire de sainte Valtrude. Collégiale Sainte-Waudru. Mons.

Elle ne se contenta pas de s'adonner à ces exercices de la piété chrétienne : elle y engagea aussi son mari et le dégoûta si bien de tous les plaisirs et de toutes les grandeurs du monde, qu'ayant fait voeu avec elle d'une continence perpétuelle, il se retira enfin, par le conseil de saint Aubert, évêque de Cambrai, dans le monastère de Haumont, près de Maubeuge, et prit le nom de Vincent. Lui aussi est honoré d'un culte public, au 14 juillet, sous le nom de saint Vincent de Soignies, ville qui possède encore aujourd'hui ses reliques.

Pour sa sainte femme dont nous parlons, elle fut encouragée d'abord par saint Géry, ancien évêque de Cambrai, qui lui apparut en songe ; puis par un ange envoyé du ciel pour la consoler dans une persécution que le démon suscita contre elle ; elle abandonna entièrement le monde et, par le conseil de saint Guislin, qui était alors abbé de Celle-lès-Mons, elle fit bâtir une maison à l'écart, sur une montagne appelée depuis Châteaulieu (Castri locus), et où l'on voit à présent la grande ville de Mons, en Hainaut. Mais comme elle trouva cette maison plus grande et plus magnifique qu'elle ne le désirait et qu'elle l'avait ordonné, parce qu'elle voulait observer les règles de la pauvreté évangélique, elle n'y voulut pas demeurer ; et, la nuit même où elle en, sortit, le toit du bâtiment tomba à terre. C'est pourquoi celui à qui elle avait donné la charge de cet édifice en fit faire un autre moins somptueux et plus pauvre, avec un oratoire en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul. Lorsqu'il fut achevé, saint Waltrude reçut l'habit de religion et le voile sacré des mains de saint Aubert, évêque de Cambrai, et se retira pour y vivre seule et solitaire, et ne s'y occuper que de la contemplation des vérités éternelles.

Sainte Valtrude.
Manuscrit du trésor de la collégiale Sainte-Waudru.Mons. XIVe.

Mais le démon, qui travaille perpétuellement à la perte des hommes, ne la laissa pas en repos. Tantôt il lui mettait devant les yeux les délices et les honneurs qu'elle avait abandonnés, et dont elle pouvait encore jouir si elle retournait dans le monde, d'autres fois, il lui représentait l'amour de son mari, l'affection de ses enfants, la douceur de la conversation de tant de personnes qu'elle avit autrefois fréquentées. D'autre sfois encore, il lui faisait une peinture affreuse de la solitude afin de lui en donner du dégoût avec le désir de chercher compagnie hors de l'enceinte qu'elle s'était prescrite. Enfin, il lui apparut encore sous forme humaine et prit la hardiesse de la toucher de la main. Mais notre Sainte sortit victorieuse et triomphante de toutes ces tentations, et, par l'oraison, le jeûne, les larmes, les macérations du corps et le signe de la croix, elle défit si bien cet ennemi, qu'il se retira toujours d'ellle avec honte et confusion.


Sainte Waltrude et sainte Gertrude.
Livres d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Après ces victoires, Dieu la reconnaissant digne de porter la qualité de maîtresse dans la conduite spirituelle, suscita des saintes femmes et des jeunes filles qui vinrent se mettre sous sa direction. Ainsi, elle assembla en peu de temps une communauté de servantes de Dieu, avec lesquelles elle vécut dans une grande humilité, patience, douceur, charité et ferveur d'esprit.

Sainte Aldegonde, sa soeur, qui, par ses bons avis, avait fait un autre établissement à Maubeuge, la visistait aussi fort souvent, pour en recevoir des instruction et lui rendre ses respects comme à sa mère ; mais comme la maison de Maubeuge était plus belle, plus riche et mieux fondée que celle de Waltrude, elle lui voulut persuader de venir avec elle, et d'abandonner ce pauvre lieu où elle devait souffrir continuellement de grandes incommodités. Ce fut néanmoins inutilement : car sainte Waltrude, qui avait l'amour de la pauvreté fortement imprimée dans le coeur, lui répondit que " Jésus-Christ n'ayant eu à sa naissance qu'une pauvre étable, et ayant passé toute sa vie dans une grande indigence des choses les plus nécessaires au grand soulagement du corps, il n'était pas raisonnable qu'une vile créature comme elle recherchât ses commodités ; qu'enfin elle espérait vivre aussi tranquillement dans sa petite solitude, que celles qui avaient de beaux monastères et de riches abbayes ".

En effet, toute pauvre qu'elle était, elle ne laissait pas de trouver de quoi faire beaucoup de charités aux mendiants, aux malades et aux prisonniers ; et Dieu, pour seconder son zèle, a quelquefois multiplié l'argent entre les mains de celui qu'elle chargeait de la distribution de ses aumônes. Elle fit aussi d'autres miracles : car elle délivra un pauvre homme, qui l'invoqua dans sa misère, de la puissance d'un démon dont il était extrêmement maltraité, et elle le guérit ensuite d'une violente maladie qui le tourmentait. Deux enfants, déjà moribonds, lui ayant été présentés par leurs mères, elle leur rendit la santé par ses prières, son attouchement sacré et l'impression du signe de la croix.

Sainte Valtrude et ses filles avec saint Christophe et saint
François d'Assise. Bas relief. Collégiale Sainte-Waudru. Mons. XVe.

Enfin, après une vie si sainte, Dieu l'appela au ciel pour lui en donner une éternelle ; ce qui arriva le 6 avril 686.

Dans les gravures et statues de sainte Waltrude, elle est représentée ainsi :
1. Saint Géry lui apparaît et lui présente une coupe, symbole du sacrifice dont le Seigneur lui demandait la consommation ;
2. payant la rançon de quelque(s) prisonnier(s) ; oeuvre de miséricorde qui était particulièrement chère à sainte Waltrude ;
3. portant une église en sa qualité de fondatrice et de patronne de Mons ;
4. avec ses deux filles, encore enfants, sainte Adeltrude et sainte Madelberte.


Collégiale Sainte-Waudru. Mons. Hainaut. XVe.

CULTE ET RELIQUES

Comme sa petite communauté a été environnée d'une grande ville qui porte le nom de Mons, sainte Waltrude (ou Waudru) en est devenue la patronne, est regardée comme sa fondatrice, et est honorée en ces qualité par tous ses habitants.

Son culte remonte à l'époque même de son bienheureux trépas. Il a été de tout temps célèbre, non seulement à Mons où ses reliques sont conservées, mais encore dans tous les pays circonvoisins.

En 1349, le 7 octobre, les reliques de sainte Waltrude furent portées en procession dans les rues de Mons, pour implorer la miséricorde de Dieu contre la peste qui faisait d'affreux ravages. Une multitude d'habitants de la ville et des villages voisins accourut en cette circonstance pour rendre hommage à l'auguste patronne ; " de sorte que véritablement, c'est à son culte que cette ville est redevable qu'elle soit la capitale de la province, et que les faveurs continuelles qu'en reçoivent les habitants méritent leurs respects et leurs vénérations " (P. de Boussu. Histoire de Mons).

La descente de la châsse de sainte Waudru, le lendemain de la fête
de la Très-Sainte-Trinité. Collégiale Sainte-Waudru. Mons. Hainaut.

Les reliques de saint Waltrude reposent toujours à Mons, dans une magnifique châsse d'un merveilleux travail. Un reliquaire particulier renferme le chef de notre Sainte qui a été séparé du corps.

Chaque année, le lendemain de la fête de la Très-Sainte-Trinité, on fait une procession dans Mons, dans laquelle les précieuses reliques sont portées par un char (appelé aussi le Car d'or) et tiré par les plus beaux chevaux des brasseurs de la ville. La collégiale Sainte-Waudru est l'un des plus remarquables monuments religieux de la Belgique. Elle fut construite au XVe siècle sur les dessins et les plans de l'architecte Jean Dethuin.

La procession des saintes reliques de sainte Valtrude, procession dite
" du Car d'or ", le lendemain de la fête de la Très-Sainte-Trinité. Mons.

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mardi, 08 avril 2025

8 avril. Saint Gautier de Pontoise, abbé. 1099.

- Saint Gautier de Pontoise, abbé. 1099.

Pape : Pascal II. Roi de France : Philippe Ier.

" C'est de Dieu et non pas de votre majesté que je reçois le gouvernement de cette église."
Saint Gautier recevant la crosse abbatiale des mains du roi Philippe Ier.

Plaque de dévotion. Cuivre. Reproduction. Allemagne. XXe.

Saint Gautier naquit à Adainville, village du Vimeu, vers la fin du règne de Robert Ier le Pieux, ou au commencement de celui d'Henri Ier. Il était fild de Dreux, comte d'Amiens, de Mantes, de Pontoise et de Chaumont.

La précocité de son esprit lui fit faire de rapides progrès dans les arts libéraux. Pour s'y perfectionner, il quitta la maison paternelle et alla, dans divers pays lointains, reccueillir les enseignements de maîtres éprouvés. Ensuite il se fit recevoir docteur, professa avec distinction la grammaire, la réthorique et la philosophie, et attira autour de sa chaire un auditoire d'élite.

Arrivé au faîte de la renommée et craignant de se laisser entraîner par le vertige de la vanité, il se rappela le conseil de l'Evangile qui nous donne pour modèle Notre Seigneur Jésus pauvre et crucifié ; il résolut alors de renoncer aux agitations du siècle, pour goûter le calme et la sérénité de la vie claustrale. Voulant y préluder par degré, pour mieux éprouver ses forces, ce ne fut qu'après avoir longtemps subi les rigueurs du cilice qu'il entra à l'abbaye de Rebais-en-Brie (au diocèse de Meaux, près de Coulommiers) où, dès les premières années de son noviciat, il dépassa tous les religieux par la maturité de ses vertus.

Nous ne pouvons cependant donner une complète approbation à un acte exagéré de charité, que l'un des deux biographes contemporains de saint Gautier loue sans restriction.

Un paysan expiait ses méfaits dans la prison du monastère et y souffrait souvent de la faim et de la soif ; le religieux picard, ému de compassion, lui réservait une partie de son pain. Une nuit, à la faveur des ténèbres, il pénétra dans son cachot, brisa ses liens, le chargea sur ses épaules et l'aida à s'enfuir. Toutefois il lui fit promettre de ne point tirer vengeance de la juste punition qu'il avait subie dans le mo,astère. Gautier, selon qu'il s'y attendait, fut sévèrement châtié par l'Abbé, pour cette violation de la règle.

Vers cette même époque, Amaury III, frère de Gautier, comte d'Amiens et de Pontoise en Vexin, venait de fonder, près du château de cette dernière ville, un monastère daont les quelques religieux n'avaient point encore d'Abbé. Entendant vanter les vertus de saint Gautier, ils le choisirent pour leur supérieur. Ce ne fut qu'après bien des refus que notre Saint se décida enfin à se rendre au voeu de la communauté naissante. Notons que  du vivant de saint Gautier, Amaury se retirera dans ce même monastère pour y finir saintement le cours de sa vie terrestre.


Tour de l'abbaye Saint-Martin. Pontoise.

Après que le saint religieux eut reçu la bénédiction épiscopale, le roi Philippe Ier, en qualité d'avoué, ou proctecteur de l'abbaye, lui remit, comme marque d'investiture, la crosse abbatiale, en la tenant par le noeud ; Gautier mit la main non pas au-dessous mais au-dessus de celle du roi, en disant :
" C'est de Dieu et non pas de votre majesté que je reçois le gouvernement de cette église."

Bien loin de se formaliser de cette liberté, le roi et sa suite ne firent qu'admirer cette indépendance de sentiment et de langage. Le nouvel abbé de Pontoise fit dédier son église sous le vocable de Saint-Germain, qu'elle échangea plus tard pour celui de Saint-Martin.

D'une taille élevée, d'une physionomie pleine de douceur, Gautier ne cherchait point à accentuer ces avantages par une mise soignée. Juste envers tous, sans prévention pour personne, miséricordieux pour les autres, sévère pour lui-même, humble devant les petits, ferme devant les grands, supportant d'un visage égla la joie et le chagrin, le saint Abbé était un continuel sujet d'admiration pour tous ceux qui l'approchaient, d'autant plus qu'il alliait la vivacité de l'intellligence et la sagesse des pensées à l'habileté de l'éloquence.

La considération qui l'entourait lui fit craindre les suggestions de l'amour-propre ; aussi, vers l'an 1072, après avoir bâti un oratoire à Saint-Martin, dont l'abbaye devait bientôt prendre le vocable, il s'enfuit secrètement de Pontoise pour aller se caher à Cluny qui était alors, sou sl'abbatiat de saint Hugues, la plus florissante école des vertus monastiques. Bien qu'il eût pris soin de dissimuler son nom et sa qualité, les moines de Pontoise finirent par découvrir sa retraite. Munis d'une ordonnance de Jean de Bayeux, archevêque de Rouen, ils allèrent trouver l'abbé de Cluny et ramenèrent le fugitif à leur monastère.

Vers l'an 1080, Gaultier, évêque de Meaux, confirma la donation, qui avait été faite à saint Gautier, de la terre de Maurissac (ou Moressart et aujourd'hui Morcerf, près de Coulommiers) pour y fonder un prieuré.

A l'imitation de plusieurs autres saints Bénédictins, Gautier se retirait souvent dans une grotte voisine pour y vivre la vie austère des anachorètes ; mais, troublé par les visites, il résolut de s'enfuir une seconde fois.

Eglise Notre-Dame où le saint corps de saint Gautier fut
transférer au XIIIe siècle. Il s'y vénère toujours une insigne
mais infime relique de notre Saint. Pontoise.

Ce fut dans une île de la Loire, près de Tours, où se trouvait une chapelle dédiée aux saints Côme et Damien (c'est cette île de Saint-Côme que devait bientôt rendre célèbre le séjour et la mort de l'hérésiarque Bérenger, qui y mourut repentant en 1088), que saint Gautier crut pouvoir, loin du regard des hommes, se livrer à toute l'ardeur de ses mortifications ; là encore, il fut trompé dans ses espérances ; la renommée publia bientôt les vertus du solitaire ; on venait solliciter ses conseils, admirer ses exemples ; on lui apportait de nombreux présents qu'il s'empressait de distribuer aux pauvres, habitués à prendre le chemin de son ermitage. Un jour, il leur donna des livres à vendre ; une autre fois, il se dépouilla pour eux de la tunique et de la coule que lui avaient données les moines de Marmoutiers.

Un pélerin, nommé Garin, qui, selon la coutume du temps, voyageait pour visiter les sanctuaires renommés, reconnut Gautier et signala aussitôt sa retraite aux moines de Pontoise. Ceux-ci accoururent à Tours, se jetèrent aux pieds de leur Abbé et le supplièrent de revenir, pour rendre la vie à son abbaye qui dépéressait. Notre Saint se rendit à leurs prières ; mais peu de temps après (1075), il partit pour Rome et, après avoir vénéré les tombeaux des Apôtres, il conjura le pape Grégoire VII de le déchrager du fardeau qui l'accablait et de l'honneur dont il se proclamait indigne. Le souverain Pontife, en le retenant quelques jours, put apprécier l'exagration de son humilité ; il lui reprocha alors de ne pas mettre en oeuvre les aptitudes qu'il avait reçu de la Providence et lui enjoigna, sous peine d'anathème, de reprendre la directyion de son troupeau abandonné. Le saint Abbé renonça dès lors à ses prédiolections et, retournant au bercail, ne songea plus désormais à déserter les devoirs que lui avait imposés le suprême arrêt du souverain Pontife.

Plus d'une fois, l'abbé de Pontoise eut occasion de mettre la fermeté de son caractère au service de la justice. Ainsi, il ne craignit point de reprocher ouvertement à Philippe Ier ses investitures simoniaques :
" Il ne vous est point permis de trafiquer des choses saintes : en vendant ainsi les bénéfices, vous autorisez les autres à en faire un commerce sacrilège, et vous vous rendez coupable de toutes les simonies qu'encouragent vos exemples."

Saint Gautier ne montra pas moins d'énergie pour faire respecter par le concile de Paris (1092) la décision du Saint-Siège qui interdisait d'entendre la messe d'un prêtre concubinaire. Les évêques l'accusèrent d'être en cela rebelle aux ordres du roi et le firent mettre en prison ; mais l'intervention de ses amis lui rendirent bientôt la liberté qu'il avait été heureux de sacrifier pour la cause de la justice.

Tombeau de saint Gautier. Saint Louis s'agenouilla à plusieurs
reprises à ses pieds ; il avait en effet une grande dévotion à
saint Gautier. Eglise Notre-Dame. Pontoise.

Ce n'était certes pas par esprit d'ostentation qu'il se déterminait à contrecarrer l'autorité des puissances civiles et religieuses ; il aimait au contraire le silence et l'oubli, quand la voix de sa conscience ne lui prescrivait pas d'affirmer nettement ses convictions. Son humilité était si réelle que sa main gauche ignorait ce qu'avait donné sa main droite ; c'était ordinairement par l'entremise des autres qu'il distribuait ses libéralités. Un jour, recevant la visite d'un prêtre et d'un diacre de Pontoise, il les chargea de donner aux indigents une forte somme qu'il feignit d'avoir reçut d'un ami, pour cette destination ; il leur demanda le secret sur l'origine de ce don. En d'autres circonstances, il usait de la même dissimulation pour déguiser sa charité. S'il était abordé par un mendiant, en face de témoins, il le repoussait avec une vivacité qui pouvait le faire accuser de dureté ; mais, bientôt après, il rejoignait le pauvre sans qu'on l'aperçût, et le comblait de ses bienfaits.

Toujours disposé à servir les autres, saint Gautier remplissait volontiers les fonctions de lecteur hebdomadaire au réfectoire, et même de cuisiner et de boulanger. Un jour, exténué de fatigue, il tomba en défaillance devant l'ouverture du four et fut trouvé en cet état par les moines, qui s'empressèrent de le transporter à sa cellule.

Vers l'anné e1092, la bienheureuse Vierge Marie lui apparut et lui dit :
" Lève-toi, Gautier, rends-toi à Bertaucourt et construits-y un monastère. J'ai choisi cet endroit pour qu'une communauté de vierges s'y consacre à mon service."

L'apparition évanouie, notre saint craignit d'être le jouet d'une illusion et différa d'agir. Mais une seconde vision vint lever tous ses doutes ; cette fois, comme témoignange d'une réalité irrécusable, il garda plusieurs jours sur les joues l'empreinte des doigts de la Vierge Marie qui lui avait appliqué sa main.

Le monastère fut effectivement bâti en 1094 à Bertaucourt, près d'Amiens ; deux nobles et pieuses femmes, Godelinde et Hewilge, consacrant leurs richesses à exécuter le projet de Notre Dame et de saint Gautier.

Saint Gautier avait aussi le don de prophétie. Un jour qu'il prêchait devant Mathieu Ier, comte de Beaumont-sur-Oise, une dame scandalisa l'assistance par l'inconvenance de sa toilette et surtout par la robe à queue qui balayait la poussière. L'homme de Dieu ne put s'empêcher de lui reprocher son immodeste étalage. Cette évaporée se récria et annonça que le dimanche suivant, elle reviendrait en plus grand falbalas :
" Vous reviendrez en effet, mais dans un état bien différent de celui que vous afficher aujourd'hui." lui dit notre Saint.

Saint Gautier tomba malade le lendemain et, expira le 8 avril 1099, jour du Vendredi Saint. Son inhumation eut lieu dans l'abbatiale Saint-Martin. Quelques jours plus tard, la dame qui avait scandalisé les fidèles fut transporté aux pieds du tombeau du saint Abbé et regretta amèrement ses inconduites.


Le Carmel de Pontoise conserve une relique de saint Gautier. Vexin.

RELIQUES ET CULTE

Le tombeau de saint Gautier devint bientôt un rendez-vous de pélerinage pour les aveugles, les boîteux, les sourds, les paralytiques et les malades de toutes catégories. Bien des guérisons aussi subites que miraculeuses s'y produisirent.
Bientôt, le jour de la fête de notre Saint fut déclaré jour chômé.

Saint Louis avait une grande vénération pour saint Gautier. Un tableau, récemment restauré, le montre aux pieds du tombeau de saint Gautier, dans l'église Notre-Dame de Pontoise.

Pendant la révolution, de pieuses mains pontoisiennes enlevèrent le corps de saint Gautier de son tombeau et l'enterrèrent secrêtement et anonymement dans le cimetière paroissial.

Il reste une parcelle de ses reliques que l'on vénère toujours dans l'église Notre-Dame de Pontoise. Une autre est vénérée qu Carmel de la même ville.

On conserve à Pontoise une crosse historiée que l'on dit avoir appartenu à saint Gautier. Ce serait même le bâton pastoral que notre Saint prit si fièrement des mains du roi de France.

Rq : Les représentations de saint Gautier sont rares. Nous serons très reconnaissants aux lecteurs qui voudront bien nous en faire tenir.

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lundi, 07 avril 2025

7 avril. Le Bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, Prémontré. 1230.

- Le Bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, Prémontré. 1230.

Papes : Grégoire IX. Empereur : Frédéric II.

" A periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et benedicta."
" De tous les dangers, délivrez-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie."

Sub tuum praesidium.


Statue de saint Hermann-Joseph. Détail.
Basilique Saint-Hermann-Joseph. Steinfeld.

Le bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, à cause de sa chasteté, eut pour patrie la ville de Cologne. Il y naquit en 1150.

Ses parents étaient de bonne condition et vivaient dans la plus extrême pauvreté après quelque revers de fortune. Il nommèrent leurs fils Hermann qui signidie homme d'arme mais aussi homme d'honneur, comme pour marquer qu'il ferait une guerre continuelle au démon et que les victoires qu'il remporterait lui vaudrait un honneur éternel dans le ciel.

En plus de son inclination précoce pour les sciences, son enfance fut remarquable par une piété vraiment angélique. Il passait de longs moments chaque jour dans les églises, devant l'image de Marie, à laquelle il confiait, ainsi qu'à Son divin Enfant, avec une naïveté charmante, tous ses petits secrets, ses petits chagrins, ses désirs. Il disait souvent, en terminant sa visite :
" Mon cher petit Jésus, je resterais bien avec Vous et avec Votre Sainte Mère ; mais il faut que j'aille à l'école ; bénissez-moi et pensez à moi en attendant mon retour !"

Un jour, il présenta une pomme à la Sainte Vierge, et la statue étendit sa main pour la recevoir. Tout enfant, il jouissait déjà de visions et de révélations célestes, et une fois il passa plusieurs heures dans un pieux entretien avec Jésus et Marie.

C'est pour lui, et à l'occasion d'une oraison, que Notre Dame a composé le Sub tuum praesidium confuginus, Sancta Dei Genitrix ; cette prière aujourd'hui encore si répandue dans l'Eglise catholique.

Dès l'âge de douze ans, Hermann se présenta aux Prémontrés, qui, ravis par la maturité et la douceur de cet humble et si jeune homme, l'acceptèrent dans leur Ordre. Après ses études, il remplit successivement avec régularité et charité les offices de réfectorier et de sacristain.

Les grâces extraordinaires étaient pour lui quotidiennes ; il était sans cesse embaumé de parfums célestes ; Marie lui apparut et mit l'Enfant Jésus dans ses bras. Une autre fois Elle lui fit savoir qu'Elle était très heureuse qu'on lui donnât le surnom de Joseph, qu'il n'osait accepter par humilité. Cette humilité était si parfaite, qu'il se croyait digne de l'anathème éternel, qu'il s'appelait un zéro, une pomme pourrie, un poids inutile sur la terre ; il ne se plaisait qu'à porter des habits usés et des chaussures rapiécées.

Dieu lui envoya des Croix si terribles et des souffrances si aiguës, qu'il devint comme une image vivante de Jésus crucifié. Jamais une plainte ne sortit de sa bouche ; il souffrit tout, le sourire sur son visage ; il ajoutait même à ces Croix des sacrifices volontaires et de terribles mortifications. Son historien (religieux prémontré contemporain de notre Bienheureux, du même monastère, de sorte qu'il le connut intimement, et le premier de soixante-douze biographes selon Pierre de Waghenaer qui composa sa vire en vers et la dédia au pape Alexandre IV), voulant donner une idée de sa charité, dit que " son coeur était comme un hôpital général où tous les affligés et les misérables trouvaient place ".


Tombeau de saint Hermann-Joseph. Basilique de Steinfeld.
Il s'y presse chaque année en ce jour de très nombreux pélerins.

C'est au monastère d'Holfen, de l'Ordre de Cîteaux, où ses supérieurs l'avaient envoyé pour y célébrer les divins Mystères aux religieuses qui y demeuraient, que notre Saint acheva son pélerinage ici-bas, le 7 avril 1230.

Les Prémontrés de Steinfeld obtinrent de l'archevêque de Cologne de lever son corps quelques mois plus tard et de le rapporter avec eux.


Notre Dame reçoit la pomme offerte par saint Hermann-Joseph.
Antonius Van Dick. XVIIe.

Un pieux poëte allemand a donné ces vers touchants sur l'enfance toute sainte de saint Hermann-Joseph :

" Sainte innocence de l'enfance, colombe du Bon Dieu, compagne aimable des anges, le ciel, fermé par le péché, est toujours ouvert pour toi. Sainte innocence de l'enfance, fleur du ciel, oubliée sur la terre, tu es semblable à une rose gracieuse dans un désert, tourmentée par le froid aquilon !


Jeune encore, saint Joseph Hermann s'en allait à l'école avec d'autres enfants, et, comme eux, il aimait à jouer. Mais, en le bien regardant, on voyait déjà que le ciel le désignait à une haute piété. Tel, dans le Temple antique, le rayon matinal perce à traver les vitraux anciens ;

Telle la source d'un grand fleuve jaillit inconnue du creux du rocher ; telle la harpe, riche d'harmonie, sommeille encore entre les bras de l'artiste rêveur. A l'école il avait apprit que Jésus a dit : " L'ornement de la sagessse, ce sont l'amour et l'humilité ".


Il avait entendu parler de l'Agneau divin mort sur la croix, mort pour ceux qui l'ont crucifié. Comme, à l'heure matinale, quand le soleil levant dore la cime des arbres et le sommet des montagnes, les chantres ailés remplissent, de leurs concerts argentins, les monts et les vallées ;


Ainsi la doctrine du Christ avait réveillé dans le coeur de l'enfant des sentiments assoupis, et son âme bientôt ressembla à un paradis céleste. Et, chaque jour, en allant à l'école, il allait d'abord saluer à genoux la Mère divine et son Enfant.


Avec son plus doux sourire, il leur apporte des fleurs, il leuir parle un dous langage, et il invite l'Enfant divin à venir partager ses jeux. Et cela dura ainsi des jours, des semaines, des mois.

Un jour enfin, de grand matin, Joseph aborde l'Enfant Jésus, une pomme à la main, et le sourire sur les lèvres ? Qui n'eût souri aussi en voyant le naïf offrir une pomme à la Sainte Vierge ?

" Bonne Vierge Marie, et vous, mon doux Jésus, prenez, je vous prie, cette pomme que je vous apporte, cette pomme blanche et rouge !"
La statue d'airain n'entendit pas la prière de l'enfant, mais la Sainte Vierge au ciel l'avait entendue.

La Vierge d'airain s'anime, sourit, se penche vers l'enfant, tend son bras, et reçoit le fruit ; puis elle remercie avec un sourire. Et, de ce jour, elle le combla, toute sa vie, de grâces et de faveurs.

Sainte innocence de l'enfance, colombe du Bon Dieu, compagne aimable des anges, pour toi le ciel, fermé par le péché, est toujours ouvert !"

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dimanche, 05 janvier 2025

Saint Nom de Jésus.

- Le Saint Nom de Jésus.


Gérard David. XVe.

Le troisième Mystère de l'Epiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en même temps qu'il nous manifeste une troisième fois la gloire de l'Emmanuel. L'Etoile a conduit l'âme à la foi, l'Eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le Festin Nuptial l'unit à son Dieu. Nous avons chanté l'Epoux sortant radieux au-devant de l'Epouse ; nous l'avons entendu l'appeler des sommets du Liban ; maintenant qu'il l'a éclairée et purifiée, il veut l'enivrer du vin de son amour.

Un festin est préparé, un festin nuptial ; la Mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l'Incarnation du Verbe, il convient qu'elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs qu'il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu'alors la Gentilité n'avait point connu le doux vin de la Charité ; la Synagogue n'avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie Vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de l'homme (Psalm. CIII.), et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu'avait chanté David. (Psalm. XXII.).

Marie dit au Sauveur : " Ils n'ont point de vin ". C'est à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse :
" Femme, qu'importe à moi et à vous ? Mon heure n'est pas encore venue."
C'est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même Mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu'il avait reçue d'elle. Marie a compris tout d'abord l'intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu'elle répète sans cesse à tous ses enfants :
" Faites ce qu'il vous dira."


Les noces de Cana. Benvenuto Tisi da Garofalo. XVIe.

Or, il y avait là six grands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde, en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l'enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son Sauveur, qui devait l'instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d'eau ces vases ; mais l'eau ne convient pas pour le festin de l'Epoux. Les figures, les prophéties de l'ancien monde étaient cette eau ; et nul homme, jusqu'à l'ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la Vigne, devait se communiquer, n'avait contracté l'alliance avec le Verbe divin.

Mais lorsque l'Emmanuel est venu, il n'a qu'une parole à dire : « Puisez maintenant. Le vin de la nouvelle Alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l'eau, il en a ménagé la transformation ; il l'a élevée jusqu'à lui, nous rendant participants de la nature divine (II Petr. IV, 1) ; il nous a rendus capables de contracter l'union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Eglise dont il est l'Epoux, et qu'il aimait de toute éternité d'un si ardent amour, qu'il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.

" Ô sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l'Apôtre, montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde " (Rom. IX,23). Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées à tant d'honneur. Jésus ordonne à ses ministres d'y verser l'eau ; et déjà, par cette eau, il les purifie ; mais il pense n'avoir rien fait encore tant qu'il ne les a pas remplies jusqu'au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu'au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le Sacrement d'amour, nous est-elle communiquée ; et pour ne pas déroger à sa gloire, l'Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqu'à lui. Préparons-les donc pour cette union ; et, selon le conseil de l'Apôtre, rendons-les semblables à cette Vierge pure qui est destinée à un Epoux sans tache. (II Cor. XI.).


Alessandro Boticelli. XVIe.

Saint Matthieu, Evangéliste de l'humanité du Sauveur, a reçu de l'Esprit-Saint la charge de nous annoncer le mystère de la foi par l'Etoile ; saint Luc, Evangéliste du Sacerdoce, a été choisi pour nous instruire du mystère delà Purification par les Eaux ; il appartenait au Disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des Noces divines. C'est pourquoi, suggérant à la sainte Eglise l'intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y manifesta sa gloire. A Bethléhem, l'Or et l'Encens des Mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l'Enfant ; sur le Jourdain, la descente de l'Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l'artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit lui-même et il agit en Dieu : " car, dit saint Augustin, Celui qui transforma l'eau en vin dans les vases ne pouvait être que Celui-là même qui, chaque année, opère un prodige semblable dans la vigne ". Aussi, de ce moment, comme le remarque saint Jean, " ses Disciples crurent en lui ", et le collège apostolique commença à se former.

Nous ne devons donc pas nous étonner que, dans ces derniers temps, l'Eglise, enivrée des douceurs du festin de l'Emmanuel, et voulant accroître la joie et la solennité de ce jour, l'ait choisi de préférence à tout autre pour recevoir la glorieuse mémoire du très saint Nom de Jésus. C'est au jour nuptial que le nom de l'Epoux devient propre à l'Epouse : ce nom désormais témoignera qu'elle est à lui. Elle a donc voulu l'honorer d'un culte spécial, et unir ce cher souvenir à celui des Noces divines.

L'ancienne alliance avait environné le Nom de Dieu d'une terreur profonde : ce nom était pour elle aussi formidable que saint, et l'honneur de le proférer n'appartenait pas à tous les enfants d'Israël. Dieu n'avait pas encore été vu sur la terre, conversant avec les hommes ; il ne s'était pas encore fait homme lui-même pour s'unir à notre faible nature : nous ne pouvions donc lui donner ce Nom d'amour et de tendresse que l'Epouse donne à l'Epoux.


Diego Velasquez. XVIIe.

Mais quand la plénitude des temps est arrivée, quand le mystère d'amour est sur le point d'apparaître, le Nom de Jésus descend d'abord du ciel, comme un avant-goût de la présence du Seigneur qui doit le porter. L'Archange dit à Marie : " Vous lui donnerez le Nom de Jésus " ; or, Jésus veut dire Sauveur. Que ce Nom sera doux à prononcer à l'homme qui était perdu ! Combien ce seul Nom rapproche déjà le ciel de la terre ! En est-il un plus aimable, un plus puissant ? Si, à ce Nom divin, tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers, est-il un cœur qui ne s'émeuve d'amour à l'entendre prononcer ? Mais laissons raconter à saint Bernard la puissance et la douceur de ce Nom béni. Voici comme il s'exprime, à ce sujet, dans son XVe Sermon sur les Cantiques :

" Le Nom de l'Epoux est une lumière, une nourriture, un remède. Il éclaire, quand on le publie ; il nourrit, quand on y pense à part soi ; et quand on l'invoque dedans la tribulation, il procure l'adoucissement et l'onction. Parcourons, s'il vous plaît, chacune de ces qualités. D'où pensez-vous qu'ait pu se répandre, par tout l'univers, cette si grande et si soudaine lumière de la Foi, si ce n'est de la prédication du Nom de Jésus ? N'est-ce pas par la lumière de ce Nom béni, que Dieu nous a appelés en son admirable lumière ? De laquelle étant illuminés, et voyant en cette lumière une autre lumière, nous oyons saint Paul nous dire à bon droit : Vous avez été jadis ténèbres ; mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.


Bramanti. XVe.

Or, le Nom de Jésus n'est pas seulement lumière ; mais encore, il est nourriture. N'êtes-vous donc pas confortés, toutes fois et quantes que vous rappelez à votre cœur ce doux Nom ? Qu'est-il au monde qui nourrisse autant l'esprit de celui qui pense à lui ? Qu'est-ce qui, de la même sorte, répare les sens affaiblis, donne de l'énergie aux vertus, fait florir les bonnes mœurs, et entretient les honnêtes et chastes affections ? Toute nourriture de l'âme est sèche, si elle n'est détrempée de cette huile ; elle est insipide, si elle n'est assaisonnée de ce sel.

Quand vous m'écrivez, votre récit n'a pour moi nulle saveur, si je n'y lis le Nom de Jésus. Lorsque vous disputez ou conférez avec moi, le conteste n'a pour moi aucun intérêt, si je n'y entends résonner le Nom de Jésus. Jésus est un miel à ma bouche, une mélodie à mon oreille, une jubilation à mon cœur ; oui même, outre ce, une médecine bienfaisante. L'un de vous est-il triste ? Que Jésus vienne en son cœur ; que de là il passe en sa bouche, et incontinent, à la venue de ce divin Nom qui est une vraie lumière, tout nuage s'enfuit, la sérénité revient. Quelqu'un tombe-t-il dans le crime ; voire même, court-il, en se désespérant, au lacs de la mort ? S'il invoque le Nom de Jésus, ne recommencera-t-il pas de suite à respirer et à vivre ? Qui jamais oncques demeura dedans l'endurcissement du cœur, comme font tant d'autres, ou bien dedans la torpeur de la fétardie, la rancune, ou la langueur de l'ennui ? Quel est celui qui, par aventure, ayant à sec la source des larmes, ne l'ait sentie soudainement couler plus abondante et plus suave, sitôt que Jésus a été invoqué ? Quel est l'homme qui, palpitant et s'alarmant, au fort des périls, puis venant à invoquer ce Nom de vaillance, n'a pas senti tout aussitôt naître en soi la confiance et fuir la crainte ? Quel est celui, je vous le demande, qui, ballotté et flottant à la merci des doutes, n'a pas, sur-le-champ, je le dis sans balancer, vu reluire la certitude, à l'invocation d'un Nom si éclatant ? Qui est-ce qui, durant l'adversité, écoutant la méfiance, n'a pas repris courage, au seul son de ce Nom de bon secours ? Par effet, ce sont là les maladies et langueurs de l'âme, et il en est le remède.


Fabriano da Gentile. XIVe.

Certes, et je puis vous le prouver par ces paroles : Invoque-moi, dit le Seigneur, au jour de la tribulation, et je t'en tirerai, et tu m’honoreras. Rien au monde n'arrête si bien l'impétuosité de la colère, et n'accoise pareillement l'enflure de la superbe. Rien aussi parfaitement ne guarit les plaies de la tristesse, comprime les débordements de la paillardise, éteint la flamme de la convoitise, étanche la soif de l'avarice, et bannit toutes les démangeaisons des passions déshonnêtes. De vrai, quand je nomme Jésus, je me propose un homme débonnaire et humble de cœur, bénin, sobre, chaste, miséricordieux, et, en un mot, brillant de toute pureté et sainteté. C'est Dieu lui-même tout-puissant qui me guérit par son exemple, et me renforce par son assistance. Toutes ces choses retentissent à mon cœur, lorsque j'entends sonner le Nom de Jésus. Ainsi, en tant qu'il est homme, j'en tire des exemples, pour les imiter ; et en tant qu'il est le Tout-Puissant, j'en tire un secours assuré. Je me sers desdits exemples comme d'herbes médicinales, et du secours comme d'un instrument pour les broyer, et j'en fais une mixtion telle que nul médecin n'en saurait faire de semblable.

Ô mon âme ! Tu as un antidote excellent, caché comme en un vase, dans ce Nom de Jésus ! Jésus, pour le certain, est un Nom salutaire et un remède qui jamais oneques ne se trouvera inefficace pour aucune maladie. Qu'il soit toujours en votre sein, toujours à votre main : si bien que tous vos sentiments et vos actes soient dirigés vers Jésus."

Telle est donc la force et la suavité du très saint Nom de Jésus, qui fut imposé à l'Emmanuel le jour de sa Circoncision ; mais, comme le jour de l'Octave de Noël est déjà consacré à célébrer la divine Maternité, et que le mystère du Nom de l'Agneau demandait à lui seul une solennité propre, la fête d'aujourd'hui a été instituée. Son premier promoteur fut, au XVe siècle, saint Bernardin de Sienne, qui établit et propagea l'usage de représenter, entouré de rayons, le saint Nom de Jésus, réduit à ses trois premières lettres IHS, réunies en monogramme. Cette dévotion se répandit rapidement en Italie, et fut encouragée par l'illustre saint Jean de Capistran, de l'Ordre des Frères Mineurs, comme saint Bernardin de Sienne. Le Siège Apostolique approuva solennellement cet hommage au Nom du Sauveur des hommes ; et, dans les premières années du XVIe siècle, Clément VII, après de longues instances, accorda à tout l'Ordre de saint François le privilège de célébrer une fête spéciale en l'honneur du très saint Nom de Jésus.


Eugenio Cajes. XVIe.

Rome étendit successivement cette faveur à diverses Eglises ; mais le moment devait venir où le Cycle universel en serait enrichi lui-même. Ce fut en 1721, sur la demande de Charles VI, Empereur d'Allemagne, que le Pape Innocent XIII décréta que la Fête du très saint Nom de Jésus serait célébrée dans l'Eglise entière, et il la fixa au deuxième Dimanche après l'Epiphanie, dont elle complète si merveilleusement les mystères.

A LA MESSE

Dès l'Introït, l'Eglise annonce la gloire du Nom de son Epoux. Ciel, terre, abîme, tressaillez au bruit de ce Nom adorable ; car le Fils de l'Homme qui le porte est aussi le Fils de Dieu.

" Au Nom de Jésus, que tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père."

Ps. " Seigneur, notre Seigneur, que votre Nom est admirable par toute la terre ! Gloire au Père. Au Nom de Jésus."

EPÎTRE

Lecture des Actes des Apôtres. Chap. IV.


Dieric Bouts. XVe.

" En ces jours-là, Pierre, rempli du Saint-Esprit, dit : Princes du peuple et anciens, écoutez : puisque aujourd'hui nous sommes appelés en jugement pour un bienfait à l'égard d'un homme infirme, qui a été guéri par nous, sachez, vous tous, et tout le peuple d'Israël, que c'est au Nom de notre Seigneur Jésus-Christ, le Nazaréen, crucifié par vous, et ressuscité par Dieu d'entre les morts, que cet homme est devant vous en santé. Jésus est la pierre rejetée par vous qui bâtissez, laquelle est devenue la principale pierre de l'angle; et il n'y a pas de salut dans un autre que lui. Car il n'a point été donné aux hommes, sous le ciel, un autre nom dans lequel nous puissions être sauvés."

Nous le savons, Ô Jésus ! Nul autre nom que le vôtre ne pouvait nous donner le salut : ce Nom, en effet, signifie Sauveur. Soyez béni d'avoir daigné l'accepter; soyez béni de nous avoir sauvés ! Cette alliance ineffable que vous nous annoncez aujourd'hui dans les Noces mystérieuses, est tout entière exprimée dans votre doux et admirable Nom. Vous êtes du ciel, et vous prenez un nom de la terre, un nom qu'une bouche mortelle peut prononcer; vous unissez donc pour jamais la divine et l'humaine nature. Oh! rendez-nous dignes d'une si sublime alliance, et ne permettez pas qu'il nous arrivé jamais de la rompre.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. II. :


Alessandro Boticelli. XVIe.

" En ce temps-là, le huitième jour étant venu, auquel l'Enfant devait être circoncis, on lui donna le Nom de Jésus, qui était le Nom que l'Ange lui avait donné, avant qu'il fût conçu dans le sein de sa mère."

C’est au moment de la première effusion de votre sang dans la Circoncision, Ô Jésus, que vous avez reçu votre Nom; et il en devait être ainsi, puisque ce nom veut dire Sauveur, et que nous ne pouvions être sauvés que par votre sang. Cette alliance fortunée que vous venez contracter avec nous vous coûtera un jour la vie ; l'anneau nuptial que vous passerez à notre doigt mortel sera trempé dans votre sang, et notre vie immortelle sera le prix de votre cruelle mort. Votre Nom sacré nous dit toutes ces choses, Ô Jésus ! Ô Sauveur ! Vous êtes la Vigne, vous nous conviez à boire votre Vin généreux, mais la céleste grappe sera durement foulée dans le pressoir de la justice du Père céleste ; et nous ne pourrons nous enivrer de son suc divin qu'après qu'elle aura été violemment détachée du cep et broyée. Que votre Nom sacré, Ô Emmanuel, nous rappelle toujours ce sublime mystère ; que son souvenir nous garde du péché, et nous rende toujours fidèles.

EVANGILE

En place de la lecture ordinaire de l'Evangile de saint Jean, l'Eglise lit, à la fin de la Messe, le passage où le même Evangéliste raconte le mystère des Noces de Cana :

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. II. :


Les noces de Cana. Gérard David. XVe.

" En ce temps-là, il se fit des noces à Cana, en Galilée, et la Mère de Jésus y était. Jésus fut aussi invité aux noces avec ses Disciples. Et le vin venant à manquer, la Mère de Jésus lui dit :
" Ils n'ont point de vin."
Et Jésus lui répondit :
" Femme, qu'importe à moi et à vous ? Mon heure n'est pas encore venue."
Sa Mère dit à ceux qui servaient :
" Faites tout ce qu'il vous dira."
Or, il y avait là six grands vases de pierre, pour servir aux purifications des Juifs, et dont chacun tenait deux ou trois mesures.
Jésus leur dit :
" Emplissez d'eau ces vases."
Et ils les remplirent jusqu'au haut.
Et Jésus leur dit :
" Puisez maintenant, et portez-en au maître d'hôtel ."
Et ils lui en portèrent. Le maître d'hôtel ayant goûté de cette eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d'où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l'eau le sussent bien, appela l'époux et lui dit :
" Tout homme sert d'abord le bon vin, et après qu'on a beaucoup bu, il en sert de moindre ; mais vous, vous avez réservé jusqu'à cette heure le bon vin."
Ce fut là le premier des miracles de Jésus, qui se fit à Cana en Galilée ; et par là, il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui."

HYMNE

" Jesu, dúlcis memória,
Dans vera córdis gáudia :
Sed super mel et ómnia
Ejus dúlcis præséntia.

Nil cánitur suávius,
Nil audítur jucúndius,
Nil cogitátur dúlcius,
Quam Jésus Déi Fílius.

Jésu, spes pæniténtibus,
Quam píus es peténtibus !
Quam bónus te quæréntibus !
Sed quid inveniéntibus ?

Nec língua válet dícere,
Nec líttera exprímere :
Expértus pótest crédere,
Quid sit Jésum dilígere.

Sis, Jésu, nóstrum gáudium,
Qui est futúrus praémium
Sit nóstra in te glória,
Per cúncta semper saécula.

Amen."


Dieric Bouts. XVe.

" Jésus ! Nom de douce souvenance, qui donne au cœur les joies véritables ; mais plus suave que le miel et toutes les douceurs, est la présence de Celui qui le porte.

Nul chant plus mélodieux, nulle parole plus agréable, nulle pensée plus douce, que Jésus, le Fils de Dieu.

Jésus ! espoir des pénitents, que vous êtes bon pour ceux qui vous implorent ! Bon pour ceux qui vous cherchent ! Mais que n'êtes-vous pas pour ceux qui vous ont trouvé !

Ni la langue ne saurait dire, ni l'écriture ne saurait exprimer ce que c'est qu'aimer Jésus; celui qui l'éprouve peut seul le croire.

Soyez notre joie, Ô Jésus, vous qui serez notre récompense : que notre gloire soit en vous, durant tous les siècles, à jamais.

Amen."
SÉQUENCE

La Séquence que nous donnons ensuite est de la composition du pieux franciscain Bernardin de Bustis, qui rédigea, sous Sixte IV, un Office et une Messe du saint Nom de Jésus :


Alessandro Boticelli. Détail. XVIe.

" Le doux Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, gracieux, débonnaire, beau et florissant :

Pour le salut de son peuple, il a subi la mort et les tourments, pâle et livide sur la croix.

Doux Nom, doux surnom ; c'est le Nom par excellence, qui surpasse tous les noms.

Il calme les pécheurs, il réchauffé les justes, il les fortifie, il les garde contre les attaques.

Sous l'étendard de ce Roi, tu vis dans un état tranquille, et tes ennemis s'éloignent.

Le Nom de Jésus, quand on le médite, dissipe l'appareil de la guerre ; l'adversaire vaincu s'enfuit.

C'est un Nom qu'il faut révérer, un Nom redoutable aux malins esprits.

C'est un Nom de salut, une consolation singulière qui soulage les affligés.

Il nous le faut honorer, le placer dans le trésor de notre cœur, le méditer, l'aimer, mais d'un héroïque amour.

Ce Nom, Ignace l'a publié, il l'a fait retentir au milieu des tourments ; son cœur ouvert a laissé voir Jésus, écrit en caractères célestes.

Que pouvons-nous souhaiter de plus que d'avoir Jésus pour intime ? De tous il est le plus aimant, et il désire nous aimer.

Il aime avec ardeur, il aime avec constance, il aime avec fidélité, et veut secourir les siens.

Tel il a fait son Nom, qu'il puisse être pour tous le charme du cœur, l'objet excellent et principal d'un amour intime.

Les droits de la nature l'exigent: nous devons aimer de toutes nos forces celui qui nous aime, prévenir ses désirs avec empressement.

Le Nom de Jésus renferme tout bien, il résonne avec douceur, il nous vaut un trône au royaume du ciel, il réjouit notre oreille.

En lui brille la splendeur du Père, en lui éclate la beauté de sa Mère ; en lui se reflète la gloire de son Père, il fait la grandeur de ses frères.

Si donc quelqu'un veut connaître pourquoi le Nom de Jésus fait si vivement souhaiter aux justes de s'attacher à lui :

C'est que Jésus est beau dans son éclat, que sa bonté est souveraine, qu'il est doux, facile, plein de mansuétude, porté à la clémence.

Jésus est le Roi de gloire; Jésus est brillant de beauté, Jésus est plein de grâce dans ses paroles, admirable dans ses œuvres.

Jésus est fort et vaillant; Jésus est un athlète vigoureux ; Jésus est magnifique dans ses dons, il aime à les distribuer.

Jésus est tendre et compatissant, Jésus est un guide lumineux ; Jésus est rempli de délices et de la plus douce saveur.

Jésus est illustre et glorieux ; Jésus est pour tous abondant en fruits ; Jésus est la source des vertus ; aux siens il donne ses faveurs.

Le plus élevé dans les honneurs, le plus chéri dans l'amour ; toutes les gloires sont à lui.

Par sa science il connaît tout, dans son immensité il embrasse tout, par son amour il ravit les cœurs, et les retient dans ses liens.

Que ce Nom, le Nom du doux Jésus, nous soit donc toujours cher ; qu'il soit fixé dans notre cœur, et que rien ne l'en puisse arracher.

Qu'il enlève le mal du péché, qu'il inspire des chants d'allégresse, qu'il nous donne de jouir de la demeure des bienheureux !

Amen."

HYMNE


Domenico Ghirlandaio. XVe.

Nous empruntons aux anciens Missels d'Allemagne l'Hymne suivante, qui reproduit souvent les sentiments et les expressions de la Séquence de Bernardin de Bustis :

" Il est un Nom digne de tout honneur, adoré au plus haut des cieux, un Nom de gloire souveraine ; révélé à Gabriel, par lui sur terre il fut annoncé à la Mère de grâce.

Marie donne le nom de Sauveur à son Fils circoncis le huitième jour, selon la coutume de ses pères. Publié dans le monde entier, cet heureux Nom sauve ceux qui croient en lui.

En ce Nom brille la splendeur de la Trinité et de l'Unité ; il fait la joie du ciel. En ce Nom resplendit l'honneur du Père ; en ce Nom éclate la beauté de la Mère ; ce Nom fait la gloire des frères du Sauveur.

C'est là le Nom salutaire, la consolation singulière qui vient au secours des cœurs affligés. C'est le Nom qu'il nous faut honorer, bénir et louer, dans la joie constante de nos âmes.

Si on le prononce, c'est une mélodie ; si on l'invoque, c'est un doux miel ; il nous garde contre nos ennemis. Le cœur jubile, en songeant à ce Nom si formidable aux esprits de malice.

C'est le Nom plein de grâce, abondant en fruits, fécond en vertus, par-dessus tous les noms. C'est lui qui fait connaître aux hommes la face d'un Dieu toute gracieuse, remplie de beauté et d'amour.

Ce Nom est beau dans son éclat ; il est le souverain bien lui-même ; sa saveur intime est la plus douce. Tout-puissant en sa force, sublime en ses honneurs, il est le principe des délices et de la félicité.

Donc, Ô Pasteur des âmes, leur lumière incessante, Ô bon Jésus ! par votre Nom si cher, protégez-nous, et fermez sous nos pas le noir chaos des ténèbres.

Réformateur de toutes les nations humaines, Vie qui avez détruit la mort, restaurateur de la ruine qu'avaient soufferte les tribus angéliques, daignez vous donner à nous.

Amen."