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mercredi, 29 mars 2017

29 mars. Saint Jonas, saint Barachisius, frères, et leurs saints compagnons, martyrs. 326.

- Saint Jonas (ou Jonan ou encore Yon), saint Barachisius (ou Barachise ou encore Berikjesu), frères, et leurs saints compagnons, martyrs. 326.

Pape : Saint Sylvestre Ier. Roi des Perses : Sapor Ier.
 
" Ne craignez rien, leur dirent-ils, combattons, mes frères, pour le nom de Jésus crucifié, et nous obtiendrons, comme nos devanciers, la glorieuse couronne promise aux vaillants soldats de la foi."
Saint Barachisius.
 

Saint Jonas et saint Barachisius. Gravure de Jacques Callot. XVIIe.

La dix-huitième année de son règne, Sapor, croyant qu'il était de sa politique de persécuter l'Église du Christ, renversa les églises et les autels, brûla les monastères, et accabla de vexations les chrétiens. Il voulait leur faire renier le culte du Dieu créateur pour celui du feu, du soleil et de l'eau : quiconque refusait d'adorer ces divinités était torturé.

Il y avait dans la ville de Beth-Asa deux frères également vertueux et chers à tous les chrétiens ; ils se nommaient Jonan et Berikjesu. Connaissant les tourments qu'on faisait subir, en divers lieux, aux chrétiens, pour les forcer à renier, ils résolurent de s'y rendre incontinent. Arrivés à la ville de Hubaham, et désirant tout voir par eux-mêmes, ils pénétrèrent jusqu'à la prison publique, pour y visiter les chrétiens. Ils en trouvèrent un grand nombre qui avaient résisté à plusieurs épreuves; ils les animèrent à persévérer, leur apprirent à trouver dans les Écritures des réponses pour confondre les juges ; et le succès de leurs exhortations fut tel que, parmi ces chrétiens, les uns confessèrent devant les tyrans et les autres cueillirent la palme du martyre ; ces derniers furent au nombre de neuf : Zébinas, Lazare, Marout, Narsai, Elia, Mahri, Habile, Saba et Schembaitch.

A la vue de plusieurs chrétiens dans les tourments, ils les encouragèrent ainsi :
" Ne craignez rien, leur dirent-ils, combattons, mes frères, pour le nom de Jésus crucifié, et nous obtiendrons, comme nos devanciers, la glorieuse couronne promise aux vaillants soldats de la foi."

Soutenues par ces paroles, les victimes consommèrent sans faiblesse leur sacrifice. Mais il n'en fallait pas davantage pour exciter la colère des ministres du roi. Jonas et Barachisius sont arrêtés et menacés de mort s'ils n'adorent les dieux de la Perse, le soleil, le feu et l'eau. Leur refus est suivi de cruelles tortures.


Saint Jonas. Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Jonas, attaché à un pieu, est frappé de verges couvertes d'épines jusqu'à ce que ses côtes soient mises à nu ; mais il bénit et glorifie le Seigneur. On le traîne alors, une chaîne aux pieds, sur un étang glacé pour y passer la nuit.

Pendant ce temps, Barachisius confond à son tour la folie des adorateurs des idoles, et affirme que jamais il n'adorera que Celui qui est le Créateur tout-puissant du soleil, du feu et de l'eau. On lui verse du plomb fondu sur les yeux, dans la bouche, dans le nez et les oreilles, puis on le suspend par un pied dans sa prison.

Le lendemain, le combat recommence pour les deux frères. Aux questions railleuses de ses bourreaux, Jonas répond :
" Dieu ne m'a jamais donné une nuit plus heureuse ni plus tranquille ", puis il leur parle avec une éloquence et une sagesse qui les ravissent d'étonnement et d'admiration malgré eux, sans toutefois diminuer leur barbarie. Ils coupent par phalanges les doigts des mains et des pieds du saint martyr, et ensuite le jettent dans une chaudière de poix bouillante, après lui avoir ôté la peau de la tête. La poix bouillante l'ayant épargné, ils le placent sous un pressoir à vis et le broient en faisant tourner sur lui cet horrible instrument ; et c'est dans ce supplice que Jonas termina son combat victorieux.

Quant à son frère Barachisius, il ne fut pas moins admirable. Jeté dans un buisson d'épines aiguës, on ne l'en retira que pour enfoncer dans sa chair des pointes de roseaux et les arracher violemment. Au lieu de se plaindre, la douce victime, à l'exemple du Maître, priait pour ses ennemis. Son corps fut ensuite broyé sous le même pressoir où son frère avait expiré.

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mardi, 28 mars 2017

28 mars. Saint Jean de Capistran, général de l'Ordre des Frères Mineurs, légat du Saint-Siège. 1456.

- Saint Jean de Capistran, général de l'Ordre des Frères Mineurs, légat du Saint-Siège. 1456.

Pape : Callixte III. Empereurs : Frédéric III.

" Si Dieu ne se proposait de mettre en possession de son héritage ceux qui sont éprouvés, Il ne prendrait pas soin de les former par la tribulation."
Saint Antonin de Florence.


Saint Jean de Capistran. Bartolomeo Vivarini. XVe.

Plus l’Eglise semble approcher du terme de ses destinées, plus aussi l’on dirait qu’elle aime à s’enrichir de fêtes nouvelles rappelant le glorieux passé. C'est qu'en tout temps du reste, un des buis du Cycle sacré est de maintenir en nous le souvenir des bienfaits du Seigneur. " Ayez mémoire des anciens jours, considérez l'histoire des générations successives ", disait déjà Dieu sous l'alliance du Sinaï (Deut. XXXII, 7.) ; et c'était une loi en Jacob, que les pères rissent connaître à leurs descendants, pour qu'eux-mêmes les transmissent à la postérité, les récits antiques (Psalm. LXXVII, 5.). Plus qu'Israël qu'elle a remplacé, l'Eglise a ses annales remplies des manifestations de la puissance de l'Epoux ; mieux que la descendance de Juda, les fils de la nouvelle Sion peuvent dire, en contemplant la série des siècles écoulés : " Vous êtes mon Roi, vous êtes mon Dieu, vous qui toujours sauvez Jacob !" (Psalm. XLIII, 5.).

Tandis que s'achevait en Orient la défaite des Iconoclastes, une guerre plus terrible, où l'Occident devait lutter lui-même pour la civilisation et pour l'Homme-Dieu, commençait à peine. Comme un torrent soudain grossi, l'Islam avait précipité de l'Asie jusqu'au centre des Gaules ses flots impurs ; pied à pied, durant mille années, il allait disputer le sol occupé par les races latines au Christ et à son Eglise. Les glorieuses expéditions des XIIe et XIIIe siècles, en l'attaquant au centre même de sa puissance, ne firent que l'immobiliser un temps. Sauf sur la terre des Espagnes, où le combat ne devait finir qu'avec le triomphe absolu de la Croix, on vit les princes, oublieux des traditions de Charlemagne et de saint Louis, délaisser pour les conflits de leurs ambitions privées la guerre sainte, et bientôt le Croissant, défiant à nouveau la chrétienté, reprendre ses projets de conquête universelle.

En 1453, Byzance, la capitale de l'empire d'Orient, tombait sous l'assaut des
janissaires turcs ; trois ans après, Mahomet II son vainqueur investissait Belgrade, le boulevard de l'empire d'Occident. Il eût semblé que l'Europe entière ne pouvait manquer d'accourir au secours de la place assiégée. Car cette dernière digue forcée, c'était la dévastation immédiate pour la Hongrie, l'Autriche et l'Italie ; pour tous les peuples du septentrion et du couchant, c'était à bref délai la servitude de mort où gisait cet Orient d'où nous est venue la vie, l'irrémédiable stérilité du sol et des intelligences dont la Grèce, si brillante autrefois, reste encore aujourd'hui frappée.


Saint Jean de Capestran. Gaetano Lapis. XVIIIe.

Or toutefois, l'imminence du danger n'avait eu pour résultat que d'accentuer la division lamentable qui livrait le monde chrétien à la merci de quelques milliers d'infidèles. On eût dit que la perte d'autrui dût être pour plusieurs une compensation à leur propre ruine ; d'autant qu'à cette ruine plus d'un ne désespérait pas d'obtenir délai ou dédommagement, au prix de la désertion de son poste de combat. Seule, à rencontre de ces égoïsmes, au milieu des perfidies qui se tramaient dans l'ombre ou déjà s'affichaient publiquement, la papauté ne s'abandonna pas. Vraiment catholique dans ses pensées, dans ses travaux, dans ses angoisses comme dans ses joies et ses triomphes, elle prit en mains la cause commune trahie par les rois. Econduite dans ses appels aux puissants, elle se tourna vers les humbles, et plus confiante dans sa prière au Dieu des armées que dans la science des combats, recruta parmi eux les soldats de la délivrance.

C'est alors que le héros de ce jour, saint Jean de Capistran, depuis longtemps déjà redoutable à l'enfer, consomma du même coup sa gloire et sa sainteté. A la tête d'autres pauvres de bonne volonté, paysans, inconnus, rassemblés par lui et ses Frères de l'Observance, le pauvre du Christ ne désespéra pas de triompher de l'armée la plus forte, la mieux commandée qu'on eût vue depuis longtemps sous le ciel. Une première fois, le 14 juillet 1456, rompant les lignes ottomanes en la compagnie de Jean Hunyade, le seul des nobles hongrois qui eût voulu partager son sort, il s'était jeté dans Belgrade et l'avait ravitaillée. Huit jours plus tard, le 22 juillet, ne souffrant pas de s'en tenir à la défensive, sous les yeux d'Hunyade stupéfié par cette stratégie nouvelle, il lançait sur les retranchements ennemis sa troupe armée de fléaux et de fourches, ne lui donnant pour consigne que de crier le nom de Jésus à tous les échos.

C'était le mot d'ordre de victoire que saint Jean de Capistran avait hérité de Bernardin de Sienne son maître :
" Que l'adversaire mette sa confiance dans les chevaux et les chars ; pour nous, nous invoquerons le Nom du Seigneur." (Psalm. XIX, 8.).

Et en effet, le Nom toujours " saint et terrible " (Psalm. CX, 9.) sauvait encore son peuple. Au soir de cette mémorable journée, vingt-quatre mille Turcs jonchaient le sol de leurs cadavres ; trois cents canons, toutes les armes, toutes les richesses des infidèles étaient aux mains des chrétiens ; Mahomet II, blessé, précipitant sa fuite, allait au loin cacher sa honte et les débris de son armée.

Ce fut le 6 août que parvint à Rome la nouvelle d'une victoire qui rappelait celle de Gédéon sur Madian (Judic. VII.). Le Souverain Pontife, Callixte III, statua que désormais toute l'Eglise fêterait ce jour-là solennellement la glorieuse Transfiguration du Seigneur. Car en ce qui était des soldats de la Croix, " ce n'était pas leur glaive qui avait délivré la terre, ce n'était pas leur bras qui les avait sauvés, mais bien votre droite et la puissance de votre bras à vous, Ô Dieu, et le resplendissement de votre visage, parce que vous vous étiez complu en eux " (Psalm. XLIII , 4.), " comme au Thabor en votre Fils bien-aimé " (Matth. XVII, 5.).


La petite ville de Capestrano. Abbruzes.

Saint Jean naquit à Capestrano dans les Abruzzes. Envoyé pour ses études à Pérouse, il profita grandement dans les sciences chrétiennes et libérales Sa connaissance éminente du droit le fit appeler par le roi de Naples Ladislas au gouvernement de plusieurs villes. Or, tandis qu'il s'en acquittait saintement et s'efforçait dans des temps troublés de ramener la paix, lui-même est jeté dans les fers. Délivré miraculeusement, il embrasse la règle de saint François d'Assise parmi les Frères Mineurs. Dans les lettres divines il eut pour maître saint Bernardin de Sienne, dont il devint le parfait imitateur pour la vertu, pour la propagation surtout du culte du très saint nom de Jésus et delà Mère de Dieu. Il refusa l'évêché d'Aquila. Son austérité, ses nombreux écrits pour la réforme des moeurs le rendirent célèbre.

Tout adonné à la prédication de la parole de Dieu, il parcourut en s'acquittant de cet office l'Italie presque entière, ramenant d'innombrables âmes dans les voies du salut par la force de son éloquence et ses miracles répétés. Martin V l'établit inquisiteur pour l'extinction de la secte des Fratricelles.

Nommé par Nicolas V inquisiteur général en Italie contre les Juifs et les Sarrasins, il en convertit un grand nombre à la foi du Christ. En Orient, il fut le promoteur de beaucoup d'excellentes mesures ; au concile de Florence, où on le vit briller comme un soleil, il rendit à l'Eglise catholique les Arméniens. Sur la demande de l'empereur Frédéric III, le même Nicolas V l'envoya comme nonce du Siège apostolique en Allemagne, pour qu'il y rappelât les hérétiques à la foi véritable et l’esprit des princes à la concorde. Un ministère de six années en ce pays et dans d'autres provinces lui permit d'accroître merveilleusement la gloire de Dieu, amenant sans nombre au sein de l'Eglise, par la vérité de la doctrine et l'éclat des miracles, Hussites, Adamites, Thaborites et Juifs.


Saint Bernardin de Sienne et saint Jean de Capestran.
Détail. Alonso Cano. XVIIe.

Callixte III ayant résolu, principalement à sa prière, de promouvoir la croisade, Jean parcourut sans repos la Hongrie et d'autres contrées, excitant par lettres ou discours les princes à la guerre, enrôlant dans un court espace de temps soixante-dix mille chrétiens. C'est surtout à sa prudence, à son courage, qu'est due la victoire de Belgrade, où cent vingt mille Turcs furent partie massacrés, partie mis en fuite. La nouvelle de cette victoire étant arrivée à Rome le huit des ides d'août, Callixte III, en perpétuelle mémoire, consacra ce jour en y fixant la solennité de la Transfiguration du Seigneur. Atteint d'une maladie mortelle, Jean fut transporté à Illok, où plusieurs princes étant venus le visiter, il les exhorta à la défense de la religion, et rendit saintement à Dieu son âme.

On était en l'année du salut mil quatre cent cinquante-six. Dieu confirma sa gloire après sa mort par beaucoup de miracles, lesquels ayant été prouvés juridiquement, Alexandre VIII le mit au nombre des Saints l'an mil six cent quatre-vingt-dix. Au second centenaire de sa canonisation, Léon XIII a étendu son Office et sa Messe à toute l'Eglise.


Statue de saint Jean de Capestran à la gloire de la défense de la
Très Sainte Eucharistie et de la Foi. Vienne. Autriche.

PRIERE

" Le Seigneur est avec vous, Ô le plus fort des hommes ! Allez dans cette force qui est la vôtre, et délivrez Israël, et triomphez de Madian : " sachez que c'est moi qui vous ai envoyé " (Judic. VI.). Ainsi l'Ange du Seigneur saluait Gédéon, quand il le choisissait pour ses hautes destinées parmi les moindres de son peuple ! Ainsi pouvons-nous, la victoire remportée, vous saluer à notre tour, Ô fils de François d'Assise, en vous priant de nous aide toujours. L'ennemi que vous avez vaincu sur les champs de bataille n'est plus à redouter pour notre Occident ; le péril est bien plutôt où Moïse le signalait pour son peuple après la délivrance, quand il disait :
" Prenez garde d'oublier le Seigneur votre Dieu, de peur qu'après avoir écarté la famine, bâti de belles maisons, multiplié vos troupeaux, votre argent et votre or, goûté l'abondance de toutes choses, votre coeur ne s'élève et ne se souvienne plus de Celui qui vous a sauvés de la servitude."
(Deut. VIII, 11-14.).

Si, en effet, le Turc l'eût emporté, dans la lutte dont vous fûtes le héros, où serait cette civilisation dont nous sommes si fiers ? Après vous, plus d'une fois, l'Eglise dut assumer sur elle à nouveau l'œuvre de défense sociale que les chefs des nations ne comprenaient plus. Puisse la reconnaissance qui lui est due préserver les fils de la Mère commune de ce mal de l'oubli qui est le fléau de la génération présente ! Aussi remercions-nous le ciel du grand souvenir dont resplendit par vous en ce jour le Cycle sacré, mémorial des bontés du Seigneur et des hauts faits des Saints. Faites qu'en la guerre dont chacun de nous reste le champ de bataille, le nom de Jésus ne cesse jamais de tenir en échec le démon, le monde et la chair ; faites que sa Croix soit notre étendard, et que par elle nous arrivions, en mourant à nous-mêmes, au triomphe de sa résurrection."

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lundi, 27 mars 2017

27 mars. Saint Jean Damascène, docteur de l'Eglise. 780.

- Saint Jean Damascène, docteur de l'Eglise. 749.
 
Pape : Saint Agathon ; saint Zacharie. Empereur d'Orient : Léon l'Isaurien ; Constantin Copronyme. Roi des Lombards : Aistulf.

" Le bien n'est même pas bien s'il n'est pas bien fait."
Maxime favorite de saint Jean Damascène.


Saint Jean Damascène. Xe.

Jean, appelé Damascène du nom de sa ville natale, était de noble race. Il fut instruit dans les lettres humaines et divines, à Constantinople, par le moine Côme. Dans ce temps-là, l'empereur Léon l’Isaurien ayant déclaré une guerre impie aux saintes Images, Jean, sur l'exhortation du Pontife romain Grégoire III, mit tout son zèle à défendre dans ses discours et ses écrits la sainteté de leur culte ; ce qui lui attira l'inimitié de l'empereur. Cette inimitié alla si loin que celui-ci, au moyen de lettres supposées, accusa Jean de trahison près du calife de Damas dont il était le conseiller et le ministre. Trop crédule à la calomnie, le calife, sans écouter les protestations de l'accusé, lui fit couper la main droite. Mais l'innocence devait être vengée ; la Vierge très sainte prêta l'oreille à la prière fervente de son dévot client : par son secours, la main coupée se rejoignit au bras comme si elle n'en avait jamais été séparée.

Ce miracle émut Jean de telle sorte, qu'il résolut d'accomplir un dessein formé dès longtemps dans son âme : le calife lui ayant quoique à regret permis de quitter son service, il distribua tous ses biens aux pauvres, affranchit ses esclaves, et, après avoir fait le pèlerinage des saints lieux de Palestine, se retira dans la compagnie de son maître Côme en la laure de saint Sabas près de Jérusalem, où on l’ordonna prêtre.

L'arène de la vie religieuse le vit donner aux moines d'admirables exemples de vertu, principalement d'humilité et d'obéissance. Il réclamait comme siens les plus vils emplois du monastère, et mettait tout son zèle à les accomplir. Envoyé vendre à Damas les corbeilles qu'il avait tressées, les insultes et les moqueries de la plèbe étaient pour lui comme un breuvage délicieux dans cette ville où jadis il avait joui des plus grands honneurs. Son obéissance ne le tenait pas seulement à la disposition du moindre signe des supérieurs ; mais, si durs, si insolites que fussent les ordres donnés, il ne se crut jamais permis d'en demander la raison.


Manuscrit Grec. XIIe.

Dans cet exercice de toutes les vertus, son dévouement à défendre le dogme catholique du culte des saintes Images ne se démentit jamais. Aussi la haine de Constantin Copronyme, comme auparavant celle de Léon l'Isaurien, le poursuivit-elle de ses vexations ; d'autant qu'il ne craignait pas de relever l'orgueilleuse prétention de ces empereurs s'estimant maîtres dans les choses de la foi, et s'y posant en juges suprêmes.

Combien, tant en prose qu'en vers, Jean composa d'ouvrages pour cette cause de la foi et pour nourrir la piété des peuples, c'est ce qu'on doit certes admirer, comme fit le second concile de Nicée qui l'honora des plus grandes louanges, comme l'atteste aussi ce nom de Chrysorrhoès qui lui fut donné pour signifier les flots d'or de ses discours. Ce ne fut pas seulement, en effet, contre les Iconoclastes qu'il défendit l'orthodoxie ; mais presque tous les hérétiques eurent à subir ses coups, spécialement les Acéphales, les Monothélites, ceux qui prétendent que dans le Christ la divinité a souffert.

Il vengea noblement les droits et la puissance de l'Eglise, affirma éloquemment la primauté du Prince des Apôtres, qu'il nomme maintes fois le soutien des églises, la pierre infrangible, le maître et le guide de l'univers. Or ses ouvrages sans exception ne brillent pas seulement par la doctrine et la science ; on y trouve le parfum d'une dévotion touchante, surtout lorsqu'il célèbre les louanges de la Mère de Dieu, pour laquelle excellaient son culte et son amour.

Entre toutes ces gloires, la moindre pour Jean n'est pas d'avoir le premier ramené l'ensemble de la théologie à un ordre logique, et aplani la voie dans laquelle saint Thomas devait traiter de la science sacrée avec une si admirable méthode. Enfin, plein de mérites et chargé d’années, consommé en sainteté, il se reposa dans la paix du Christ vers l'an sept cent cinquante quatre. Le Souverain Pontife Léon XIII a accordé à toute l'Eglise d'en célébrer l'Office et la Messe sous le titre de Docteur.


" C'est légitimement, déclare le deuxième concile de Nicée, qu'on place dans les églises, en fresques, en tableaux, sur les vêtements, les vases sacrés, comme dans les maisons ou dans les rues, les images soit de couleur, soit de mosaïque ou d'autre matière convenable, représentant notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, notre très pure Dame la sainte Mère de Dieu, les Anges et tous les Saints ; de telle sorte qu'il soit permis de faire fumer l'encens devant elles et de les entourer de lumières (Concil. Nic. Il, sess. VII.). Non, sans doute, reprennent contre les Protestants les Pères de Trente, qu'on doive croire qu'elles renferment une divinité ou une vertu propre, ou que l'on doive pincer sa confiance dans l'image même comme autrefois les païens dans leurs idoles ; mais, l’honneur qui leur est rendu se référant au prototype (Cette formule, où se trouve exprimée la vraie base théologique du culte des images, est empruntée par le concile de Trente au second de Nicée, qui lui-même l'a tirée textuellement de saint Jean Damascène : De fide orthodoxa, IV, XVI.), c'est le Christ à qui vont par elles nos adorations, ce sont les Saints que nous vénérons dans les traits qu'elles nous retracent d'eux." (Concil. Trident., sess. XXV.).

On n'a point oublié que les Grecs célèbrent au premier dimanche de Carême une de leurs plus grandes solennités : la fête de l'Orthodoxie. La nouvelle Rome, montrant bien qu'elle ne partageait aucunement l'indéfectibilité de l'ancienne, avait parcouru tout le cycle des hérésies concernant le dogme du Dieu fait chair. Après avoir rejeté successivement la consubstantialité du Verbe, l'unité de personne en l'Homme-Dieu, l'intégrité de sa double nature, il semblait qu'aucune négation n'eût échappé à la sagacité de ses empereurs et de ses patriarches. Un complément pourtant des erreurs passées manquait encore au trésor doctrinal de Byzance.

Il restait à proscrire ici-bas les images de ce Christ qu'on ne parvenait pas à diminuer sur son trône du ciel ; en attendant qu'impuissante à l'atteindre même dans ces représentations figurées, l'hérésie laissât la place au schisme pour arriver à secouer du moins le joug de son Vicaire en terre : dernier reniement, qui achèvera de creuser pour Constantinople la tombe que le Croissant doit sceller un jour.

L'hérésie des Iconoclastes ou briseurs d'images marquant donc, sur le terrain de la foi au Fils de Dieu, la dernière évolution des erreurs orientales, il était juste que la fête destinée à rappeler le rétablissement de ces images saintes s'honorât, en effet, du glorieux nom de fête de l'Orthodoxie ; car en célébrant le dernier des coups portés au dogmatisme byzantin, elle rappelle tous ceux qu'il reçut dans les Conciles, depuis le premier de Nicée jusqu'au deuxième du même nom, septième œcuménique. Aussi était-ce une particularité de ladite solennité, qu'en présence de la croix et des images exaltées dans une pompe triomphale, l'empereur lui-même se tenant debout à son trône, on renouvelât à Sainte-Sophie tous les anathèmes formulés en divers temps contre les adversaires de la vérité révélée.

Satan, du reste, l'ennemi du Verbe, avait bien montré qu'après toutes ses défaites antérieures, il voyait dans la doctrine iconoclaste son dernier rempart. Il n'est pas d'hérésie qui ait multiplié à ce point en Orient les martyrs et les ruines. Pour la défendre, Néron et Dioclétien semblèrent revivre dans les césars baptisés Léon l'Isaurien, Constantin Copronyme, Léon l'Arménien, Michel le Bègue et son fils Théophile. Les édits de persécution, publiés pour protéger les idoles autrefois, reparurent pour en finir avec l'idolâtrie dont l'Eglise, disait-on, restait souillée.

Vainement, dès l'abord, saint Germain de Constantinople rappela-t-il au théologien couronné sorti des pâturages de l'Isaurie, que les chrétiens n'adorent pas les images, mais les honorent d'un culte relatif se rapportant à la personne des Saints qu'elles représentent. L'exil du patriarche fut la réponse du césar pontife.


Saint Jean Damascène. Couvent Saint-Simplice.
Faculté de théologie. Milan. XVIe.

La soldatesque, chargée d'exécuter les volontés du prince, se rua au pillage des églises et des maisons des particuliers. De toutes parts, les statues vénérées tombèrent sous le marteau des démolisseurs. On recouvrit de chaux les fresques murales ; on lacéra, on mit en pièces les vêtements sacrés, les vases de l'autel, pour en faire disparaître les émaux historiés, les broderies imagées. Tandis que le bûcher des places publiques consumait les chefs-d'œuvre dans la contemplation desquels la piété des peuples s'était nourrie, l'artiste assez osé pour continuer de reproduire les traits du Seigneur, de Marie ou des Saints, passait lui-même par le feu et toutes les tortures, en compagnie des fidèles dont le crime était de ne pas retenir l'expression de leurs sentiments à la vue de telles destructions. Bientôt, hélas ! dans le bercail désolé, la terreur régna en maîtresse ; courbant la tête sous l'ouragan, les chefs du troupeau se prêtèrent à de lamentables compromissions.

C'est alors qu'on vit la noble lignée de saint Basile, moines et vierges consacrées, se levant tout entière, tenir tête aux tyrans. Au prix de l'exil, de l'horreur des cachots, de la mort par la faim, sous le fouet, dans les flots, de l'extermination par le glaive, ce fut elle qui sauva les traditions de l'art antique et la foi des aïeux. Vraiment apparut-elle, à cette heure de l'histoire, personnifiée dans ce saint moine et peintre du nom de Lazare qui, tenté par flatterie et menaces, puis torturé, mis aux fers, et enfin, récidiviste sublime, les mains brûlées par des lames ardentes, n'en continua pas moins, pour l'amour des Saints, pour ses frères et pour Dieu, d'exercer son art, et survécut aux persécuteurs.

Alors aussi s'affirma définitivement l'indépendance temporelle des Pontifes romains, lorsque l’Isaurien menaçant de venir jusque dans Rome briser la statue de saint Pierre, l'Italie s'arma pour interdire ses rivages aux barbares nouveaux, défendre les trésors de ses basiliques, et soustraire le Vicaire de l'Homme-Dieu au reste de suzeraineté que Byzance s'attribuait encore.

Glorieuse période de cent vingt années, comprenant la suite des grands Papes qui s'étend de saint Grégoire II à saint Pascal Ier, et dont les deux points extrêmes sont illustrés en Orient par les noms de Théodore Studite, préparant dans son indomptable fermeté le triomphe final, de Jean Damascène qui, au début, signifia l'orage. Jusqu'à nos temps, il était à regretter qu'une époque dont les souvenirs saints remplissent les fastes liturgiques des Grecs, ne fût représentée par aucune fête au calendrier des Eglises latines. Sous le règne du Souverain Pontife Léon XIII, cette lacune a été comblée ; depuis l'année 1892, Jean Damascène, l'ancien vizir, le protégé de Marie, le moine à qui sa doctrine éminente valut le nom de fleuve d'or, rappelle au cycle de l'Occident l'héroïque lutte où l'Orient mérita magnifiquement de l'Eglise et du monde.

 
PRIERE
 
" Vengeur des saintes Images, obtenez-nous, comme le demande l'Eglise (Collecta diei.), d'imiter les vertus, d'éprouver l'appui de ceux qu'elles représentent. L'image attire notre vénération et notre prière à qui en mérite l'hommage : au Christ roi, aux princes de sa milice, aux plus vaillants de ses soldats, qui sont les Saints ; car c'est justice qu'en tout triomphe, le roi partage avec son armée ses honneurs (Damasc. De Imaginibus, I, 19-21.).

L'image est le livre de ceux qui ne savent pas lire ; souvent les lettrés mêmes profitent plus dans la vue rapide d'un tableau éloquent, qu'ils ne feraient dans la lecture prolongée de nombreux volumes (lbid. Comment, in Basil.). L'artiste chrétien, dans ses travaux, fait acte en même temps de religion et d'apostolat ; aussi ne doit-on pas s'étonner des soulèvements qu'à toutes les époques troublées la haine de l'enfer suscite pour détruire ses œuvres.

Avec vous, qui compreniez si bien le motif de cette haine, nous dirons donc :
" Arrière, Satan et ton envie, qui ne peut souffrir de nous laisser voir l'image de notre Seigneur et nous sanctifier dans cette vue ; tu ne veux pas que nous contemplions ses souffrances salutaires, que nous admirions sa condescendance, que nous ayons le spectacle de ses miracles pour en prendre occasion de connaître et de louer la puissance de sa divinité. Envieux des Saints et des honneurs qu'ils tiennent de Dieu, tu ne veux pas que nous ayons sous les yeux leur gloire, de crainte que cette vue ne nous excite à imiter leur courage et leur foi ; tu ne supportes pas le secours qui provient à nos corps et à nos âmes de la confiance que nous mettons en eux. Nous ne te suivrons point, démon jaloux, ennemi des hommes." (De Imaginibus, III, 3.).

Soyez bien plutôt notre guide, Ô vous que la science sacrée salue comme un de ses premiers ordonnateurs. Connaître, disiez-vous, est de tous les biens le plus précieux (Dialectica, I.). Et vous ambitionnez toujours d'amener les intelligences au seul maître exempt de mensonge, au Christ, force et sagesse de Dieu : pour qu'écoutant sa voix dans l'Ecriture, elles aient la vraie science de toutes choses ; pour qu'excluant toutes ténèbres du cœur comme de l'esprit, elles ne s'arrêtent point à la porte extérieure de la vérité, mais parviennent à l'intérieur de la chambre nuptiale (Ibid.).

Un jour, Ô Jean, Marie elle-même prédit ce que seraient votre doctrine et vos œuvres ; apparaissant à ce guide de vos premiers pas monastiques auquel vous obéissiez comme à Dieu, elle lui dit :
" Permets que la source coule, la source aux eaux limpides et suaves, dont l'abondance parcourra l'univers, dont l'excellence désaltérera les âmes avides de science et de pureté, dont la puissance refoulera les flots de l'hérésie et les changera en merveilleuse douceur."

Et la souveraine des célestes harmonies ajoutait que vous aviez aussi reçu la cithare prophétique et le psaltérion, pour chanter des cantiques nouveaux au Seigneur notre Dieu, des hymnes émules de ceux des Chérubins (Joan. Hierosolymit. Vita J. Damasceni, XXXI.). Car les filles de Jérusalem, qui sont les Eglises chantant la mort du Christ et sa résurrection (Ibid.), devaient avoir en vous l'un de leurs chefs de chœurs. Des fêtes de l'exil, de la Pâque du temps, conduisez-nous par la mer Rouge et le désert à la fête éternelle, où toute image d'ici-bas s'efface devant les réalités des cieux, où toute science s'évanouit dans la claire vision, où préside Marie, votre inspiratrice aimée, votre reine et la nôtre."

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dimanche, 26 mars 2017

26 mars 2017. IVe dimanche de Carême.

- IVe dimanche de Carême.



La Multiplication des pains et des poissons. Ivoire byzantin du VIe.

Ce Dimanche, appelé Laetare, du premier mot de l'Introït de la Messe, est un des plus célèbres de l'année. L'Eglise, en ce jour, suspend les saintes tristesses du Carême ; les chants de la Messe ne parlent que de joie et de consolation ; l'orgue, muet aux trois Dimanches précédents, fait entendre sa voix mélodieuse ; le diacre reprend la dalmatique, le sous-diacre la tunique : et il est permis de remplacer sur les ornements sacrés la couleur violette par la couleur rose. Nous avons vu, dans l'Avent, ces mêmes rites pratiques au troisième Dimanche appelé Gaudete. Le motif de l'Eglise, en exprimant aujourd'hui l'allégresse dans la sainte Liturgie, est de féliciter ses enfants du zèle avec lequel ils ont déjà parcouru la moitié de la sainte carrière, et de stimuler leur ardeur pour en achever le cours. Nous avons parlé, au jeudi précédent, de ce jour central du Carême, jour d'encouragement, mais dont la solennité ecclésiastique devait être transférée au Dimanche suivant, dans la crainte qu'une trop grande liberté ne vint altérer en quelque chose l'esprit du jeune : aujourd'hui rien ne s'oppose a la joie des fidèles. et l'Eglise elle-même les y convie.

La Station, à Rome, est dans la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem, l'une des sept principales de la ville sainte. Elevée au IVe siècle par Constantin, dans la villa de Sessorius, ce qui l'a fait appeler aussi la basilique Sessorienne, elle fut enrichie des plus précieuses reliques par sainte Hélène, qui voulait en faire comme la Jérusalem de Rome. Elle y fit transporter, dans cette pensée, une grande quantité de terre prise sur le mont du Calvaire, et déposa dans ce sanctuaire, entre autres monuments de la Passion du Sauveur, l'inscription qui était placée au-dessus de sa tête pendant qu'il expirait sur la Croix, et qu'on y vénère encore sous le nom du Titre de la Croix. Le nom de Jérusalem attaché à cette Basilique, nom qui réveille toutes les espérances du chrétien, puisqu'il rappelle la patrie céleste qui est la véritable Jérusalem dont nous sommes encore exilés, a porté dès l'antiquité les souverains Pontifes à la choisir pour la Station d'aujourd'hui. Jusqu'à l'époque du séjour des Papes à Avignon, c'était dans son enceinte qu'était inaugurée la Rose d'or, cérémonie qui s'accomplit de nos jours dans le palais où le Pape fait sa résidence.



La Multiplication des pains et des poissons.
Bible historiale. Pierre Comestor. La Haye. XIVe.

La bénédiction de la Rose d'or est donc encore un des rites particuliers du quatrième Dimanche de Carême : et c'est ce qui lui a fait donner aussi le nom de Dimanche de la Rose. Les idées gracieuses que réveille cette fleur sont en harmonie avec les sentiments que l'Eglise aujourd'hui veut inspirer à ses enfants, auxquels la joyeuse Pàque va bientôt ouvrir un printemps spirituel, dont celui de la nature n'est qu'une faible image : aussi cette institution remonte-t-elle très-haut dans les siècles. Nous la trouvons déjà établie dès le temps de saint Léon IX ; et il nous reste encore un sermon sur la Rose d'or, que le grand Innocent III prononça en ce jour, dans la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem. Au moyen âge, quand le Pape résidait encore au palais de Latran, après avoir béni la Rose, il partait en cavalcade, la mitre en tête, avec tout le sacré Collège, pour l'Eglise de la Station, tenant cette fleur symbolique à la main. Arrivé à la Basilique, il prononçait un discours sur les mystères que représente la Rose par sa beauté, sa couleur et son parfum. On célébrait ensuite la Messe. Quand elle était terminée, le Pontife revenait dans le même cortège au palais de Latran, toujours en cavalcade, et traversait l'immense plaine qui sépare les deux Basiliques. portant toujours dans sa main la fleur mystérieuse dont l'aspect réjouissait le peuple de Rome. A l'arrivée au seuil du palais, s'il y avait dans le cortège quelque prince, c'était à lui de tenir l'é-trier et d'aider le Pontife à descendre de cheval ; il recevait en récompense de sa filiale courtoisie cette Rose, objet de tant d'honneurs et de tant d'allégresse.

De nos jours, la fonction n'est plus aussi imposante ; mais elle a conservé tous ses rites principaux. Le Pape bénit la Rose d'or dans la Salle des parements, il l'oint du Saint-Chrême, et répand dessus une poudre parfumée, selon le rite usité autrefois ; et quand le moment de la Messe solennelle est arrivé, il entre dans la chapelle du palais, tenant la fleur mystique entre ses mains. Durant le saint Sacrifice, elle est placée sur l'autel et fixée sur un rosier en or disposé pour la recevoir ; enfin, quand la Messe est terminée, on l'apporte au Pontife, qui sort de la chapelle la tenant encore entre ses mains jusqu'à la Salle des parements. Il est d'usage assez ordinaire que cette Rose soit envoyée par le Pape à quelque prince ou à quelque princesse qu'il veut honorer ; d'autres fois, c'est une ville ou une Eglise qui obtiennent cette distinction.



La Multiplication des pains et des poissons.
Email peint. Colin Nouailher. XVIe.

A LA MESSE

Les soixante-dix ans de la captivité seront bientôt écoulés. Encore un peu de temps, et les exilés rentreront dans Jérusalem : telle est la pensée de l'Eglise dans tous les chants de cette Messe. Elle n'ose pas encore faire retentir le divin Alléluia ; mais tous ses cantiques expriment la jubilation, parce que, dans peu de jours, la maison du Seigneur dépouillera le deuil et reprendra toutes ses pompes.

ÉPÎTRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. IV.



La très sainte Vierge Marie et son divin Fils.
Francesco Morone. XVe.

" Mes Frères, il est écrit qu'Abraham eut deux tils, l'un de la servante et l'autre de la femme libre ; mais celui qui naquit de la servante naquit selon la chair ; celui qui naquit de la femme libre naquit en vertu de la promesse. Ceci est une allégorie ; car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la première, établie sur le mont Sinaï, engendre pour la servitude : c'est celle que figure Agar.
En effet, Sinaï est une montagne d'Arabie qui tient à la Jérusalem d'ici-bas, laquelle est esclave avec ses enfants ; au lieu que la Jérusalem d'en haut est libre ; et c'est elle qui est notre mère. Car il est écrit :
" Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantais pas ; éclate, pousse des cris de joie, toi qui ne devenais pas mère, parce que celle qui était délaissée a maintenant plus de fils que celle qui a un mari."
Nous sommes donc, mes Frères, les enfants de la promesse figurés dans Isaac ; et comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l'esprit, ainsi en est-il encore aujourd'hui. Mais que dit l’Ecriture ?
" Chasse la servante et son fils, car le fils de la servante ne sera point héritier avec celui de la femme libre."
Ainsi, mes Frères, nous ne sommes pas les fils de la servante, mais de la femme libre, par la liberté que le Christ nous a octroyée."


Réjouissons-nous donc, enfants de Jérusalem et non plus du Sinaï ! La mère qui nous a enfantés, la sainte Eglise, n'est point esclave, elle est libre ; et c'est pour la liberté qu'elle nous a mis au jour. Israël servait Dieu dans la terreur ; son cœur toujours porté à l'idolâtrie avait besoin d'être sans cesse comprimé par la crainte, et le joug meurtrissait ses épaules. Plus heureux que lui, nous servons par amour ; et pour nous " le joug est doux et le fardeau léger " (Matth. XI, 30.). Nous ne sommes pas citoyens de la terre ; nous ne faisons que la traverser ; notre unique patrie est la Jérusalem d'en haut.



La Virgen de las Cuevas. F. de Zurbaran. XVIIe.

Nous laissons celle d'ici-bas au Poldève qui ne goûte que les choses terrestres, et qui, dans la bassesse de ses espérances, méconnaît le Christ, et s'apprête à le crucifier. Trop longtemps nous avons rampé avec lui sur la terre ; le péché nous tenait captifs ; et plus les chaînes de notre esclavage s'appesantissaient sur nous, plus nous pensions être libres. Le temps favorable est arrivé, les jours de salut sont venus ; et, dociles à la voix de l'Eglise, nous avons eu le bonheur d'entrer dans les sentiments et dans les pratiques de la sainte Quarantaine. Aujourd'hui, le péché nous apparaît comme le plus pesant des jougs, la chair comme un fardeau dangereux, le monde comme un tyran impitoyable ; nous commençons à respirer, et l'attente d'une délivrance prochaine nous inspire de vifs transports. Remercions avec effusion notre libérateur qui nous tire de la servitude d'Agar, qui nous affranchit des terreurs du Sinaï, et, nous substituant à l'ancien peuple, nous ouvre par son sang les portes de la céleste Jérusalem.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. VI.



La Multiplication des pains et des poissons.
Mosaïque. Basilique Saint-Apollinaire. Ravenne. Italie. VIIe.

" En ce temps-là, Jésus s'en alla de l’autre côté de la mer de Galilée, qui est celle de Tibériade, et une grande multitude le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles qu'il faisait sur ceux qui étaient malades. Il monta sur une montagne et il s'y assit avec ses disciples. Or la Pâque, qui est la grande fête des Juifs, était proche. Jésus donc, levant les yeux, et vovant qu'une très grande multitude venait à lui, dit à Philippe :
" Où achèterons-nous des pains pour donner à manger à tout ce monde ?"
Il disait cela pour le tenter : car il savait bien ce qu'il devait faire.
Philippe lui répondit :
" Quand on aurait du pain pour deux cents deniers, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun quelque peu."
Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit :
" Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ?"
Jésus dit :
" Faites-les asseoir."
Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'assirent donc, au nombre d'environ cinq mille. Et Jésus prit les pains, et ayant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis ; et pareillement des deux poissons, autant qu'ils en voulaient.
Après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples :
" Recueillez les morceaux qui sont restés, pour qu'ils ne se perdent pas."
Ils les recueillirent donc, et remplirent douze corbeilles des morceaux restés des cinq pains d'orge, après que tous en eurent mangé.
Ces hommes, ayant donc vu le miracle que Jésus avait fait, disaient :
" Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde."
Mais Jésus, sachant qu'ils devaient venir pour l'enlever et le faire roi, s'enfuit et se retira seul sur la montagne."



La Multiplication des pains et des poissons. Ivoire franc du IXe.

Ces hommes que le Sauveur venait de rassasier avec tant de bonté et une puissance si miraculeuse, n'ont plus qu'une pensée : ils veulent le proclamer leur roi. Cette puissance et cette bonté réunies en Jésus le leur font juger digne de régner sur eux. Que ferons-nous donc, nous chrétiens, auxquels ce double attribut du Sauveur est incomparablement mieux connu qu'il ne l'était à ces pauvres Juifs ? Il nous faut dès aujourd'hui l'appeler à régner sur nous. Nous venons de voir dans l'Epître que c'est lui qui nous a apporté la liberté, en nous affranchissant de nos ennemis. Cette liberté, nous ne la pouvons conserver que sous sa loi. Jésus n'est point un tyran, comme le monde et la chair : son empire est doux et pacifique, et nous sommes plus encore ses enfants que ses sujets. A la cour de ce grand roi, servir c'est régner. Venons donc oublier auprès de lui tous nos esclavages passés ; et si quelques chaînes nous retiennent encore, hâtons-nous de les rompre : car la Pâque est la fête de la délivrance, et déjà le crépuscule de ce grand jour paraît à l'horizon. Marchons sans faiblesse vers le terme ; Jésus nous donnera le repos, il nous fera asseoir sur le gazon comme ce peuple de notre Evangile ; et le Pain qu'il nous a préparé nous fera promptement oublier les fatigues de la route.

26 mars. Saint Ludger, premier évêque de Münster. 809.

- Saint Ludger, premier évêque de Münster. 809.

Pape : Saint Léon III. Empereur : Saint Charlemagne.

" Quis te docuit ? Respondens, ait : Deus me docuit."
" Qui t'a instruit ? Il répondait : Dieu m'a instruit."

Saint Ludger enfant. Vita, apud Bolland. et Pertz, II, 407.


Statue reliquaire de saint Ludger. Cathédrale Saint-Paul de Münster.

Dans un canton de Frise, où la foi commençait à s'introduire, la femme d'un chef crétien avait mit au monde une fille. L'aïeule encore païenne, irritée contre sa bru, qui ne lui donnait pas de petit-fils, ordonna que l'nfant fût étouffée, comme le permettait les lois, avant qu'elle eût goûté le lait de sa mère, ou la nourriture des hommes. Un esclave l'emporta pour la noyer, et la plongea dans un grand vase plein d'eau. Mais l'enfant étendant ses petites mains, se retenait aux bords. Les cris attirèrent une femme qui l'arracha des bras de l'esclave, l'emporta dans sa maison et lui mouilla les lèvres d'un peu de miel ; dès lors, les lois ne permettait pas qu'elle mourût : ce fut la mère de saint Ludger.

Le signe de Dieu était sur cette maison, et l'on vit de bonne heure ce que Ludger serait un jour. Ses parents le mirent donc au monastère d'Utrecht, et il y fit tant de progrès dans les lettres sacrées, qu'on l'envoya aux écoles d'York, où les leçons d'Alcuin attiraient un grand concours de jeunes gens des contrées étrangères.

Il y passa quatre ans et revint en Frise avec un grand savoir et beaucoup de livres. Alors on l'appliqua à la prédication de l'Evangile dans le canton d'Ostracha. Mais au milieu des païens, il n'oubliait pas ses amis d'Angleterre. Pendant qu'il bâtissait un oratoire, Alcuin lui adressait des vers pour les inscrire au porche de l'édifice. Vers le même temps, il recevait de l'un de ses condisciples d'York une épître qui commençait ainsi :
" Frère, frère chéri de cet amour divin plus fort que le sang, Ludger que j'aime, puisse la grâce du Christ vous sauver. Prêtre honoré aux rivages occidentaux du monde, vous êtes savant, puissant par la parole, profond par la pensée. Tandis que vou sgrandissez dans le bien, ministre de Dieu, souvenez-vous de moi, et que vos prières recommandent au ciel celui qui vous célébra dans ses chants trop courts !"

Et le poëte finissait, demandant à son ami un bâton de bois blanc, humble don pour humble vers.


Saint Ludger. Münster. XIVe.

Ludger travailla sept ans, au bout desquels Witikind ayand soulevé les Saxons, les païens se jetèrent dans la Frise et chassèrent les prédicateurs de la foi. Alors Ludger se rendit à Rome, puis au mont Cassin, où il s'arrêta pour étudier la règle de saint Benoît et la rapporter parmi les moines de sa province. A son retour, le bienheurex roi Charlemagne, qui venait de vaincre les Barbares, le chargea d'évangéliser les cinq cantons de la Frise orientale. Ludger les parcourut, renversant les idoles et annonçant le vrai Dieu. Ensuite, ayant passé dans l'île de Fositeland, il détruisit les temples qui en faisait un lieu vénéré des nations du Nord et baptisa les habitants dans les eaux d'une fontaine qu'ils avaient adorée.

Vers ce temps-là, comme il voyageait de village en village, et qu'un jour il avait reçu l'hospitalité d'une noble dame, pendant qu'il mangeait avec ses disciples, on lui présenta un aveugle nommé Bernlef, que les gens du pays aimaient, parce qu'il savait bien chanter les récits des anciens temps et les combats des rois ; le serviteur de Dieu le pria de se trouver le lendemain en un lieu qu'il lui marqua. Le lendemain, quand il aperçut Bernlef, il descendit de cheval, l'emmena à l'écart, entendit sa confession, et, faisant le signe de la Croix sur ses yeux, lui demanda s'il voyait. L'aveugle vit d'abord les mains du prêtre, puis les arbres et les toits du hameau voisin. Mais Ludger exigea qu'il cachât ce miracle. Plus tard, il le prit à sa suite pour baptiser les païens, et il lui enseigna les psaumes pour les chanter au peuple.


Saint Ludger rendant la vue à l'aveugle Bernlef. Rotterdam.

Cependant le roi Charles, apprenant le grand bien que saint Ludger avait fait, l'établit à Mimigerford, qui fut depuis Münster, au canton de Suthergau, en Westphalie, et o, l'ordonna évêque malgré lui. Alors il éleva des églises et dans chacune il mit un prêtre du nombre de ses disciples. Lui-même instruisait tous les jours ceux qu'il destinait aux saints autels, et dont il avait choisi plusieurs parmi les enfants des Barbares. Il ne cessait pas non plus d'exhorter le peuple, invitant même les pauvres à sa table, afin de les entretenir plus longtemps.

Ses grandes aumônes vidaient les trésors de l'église, jusqu'au jour où il fut accusé auprès du bienheureux Charles comme dissipateur des biens du clergé. Il se rendit donc à la cour, et, comme il s'était mis à prier et à réciter son bréviaire en attendant l'heure de l'audience, un officier l'appela. Le Saint voulut achever sa prière et se fit attendre :
" Pourquoi, lui dit Charles, n'être pas venu tout d'abord ?
- Prince, répond l'évêque, je priais Dieu ; quand vous m'avez choisi pour évêque, vous m'avez recommandé de préférer toujours le service de ce Roi des rois à celui des hommes, à celui même de l'empereur."

 
L'empereur, charmé de cette réponse n'en voulut pas entendre davantage. Il renvoya avec honneur le pasteur vers ses ouailles, l'exhortant à montrer toujours la même ardeur dans le service du Seigneur et celui de Son Église.
 
Alors, toute la Westphalie était devenue chrétienne, et le serviteur de Dieu méditait de porter l'Evangile aux Scandinaves, quand il mourut à Münster, le 26 mars 809.
 
Le dernier jour de sa vie, il prêcha daux sermons, l'un à Coesfeld, l'autre à Billerbult (ou Billerbeck) et célébra la sainte messe. La nuit suivante, il rendit sa sainte âme à Dieu. Selon ce qu'il avait prescrit, il fut enseveli à Werden, monastère qu'il avait fondé dans le diocèse de Cologne ; et il s'y opéra beaucoup de miracles.
 

Couverture d'un livre exécuté pour le bienheureux Rodolphe,
abbé du monastère Saint-Ludger de Werden.
Bronze, or et ivoire. XIe.

Signalons que c'est d'un monastère de chanoines réguliers que saint Ludger avait établi dans sa ville épiscopale, que celle-ci prit le nom de Münster.

Saint Ludger est le patron de Münster, de Werden, de la Frise orientale, de Helmstadt, de Deventer, de Kaiserwerth, etc.

L'essentiel de ses saintes reliques se trouvent toujours à Werden, même si Münster et Billerbeck en possèdent des fragments.

On représente saint Ludger :
1. soutenant une église ou s'appuyant dessus : ce symbole rappelant toujours les fondateurs d'églises ;
2. tenant un livre ou l'ayant à ses côtés : ce livre rappelant son amour rare pour l'étude dans sa jeunesse ou, mieux encore, la circonstance du bréviaire qu'il était en train de lire lorsqu'on vint le demander de la part de saint Charlemagne.


Cathédrale Saint-Ludger de Billerbeck. Wesphalie. Allemagne.

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samedi, 25 mars 2017

25 mars. L’Annonciation de la sainte Vierge Marie et l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

- L’Annonciation de la sainte Vierge Marie et l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Reportée cette année au lundi 8 avril en raison du dimanche de la Passion puis de la semaine Sainte.

" Ipsa tenente, non corruis ; protogente, non metuis ; propitia pervenis."
" Soutenu par Marie, on ne tombe pas ; protégé par Marie, on ne craint pas ; aidé par Marie, on arrive au port."

Saint Bernard de Clairvaux.


Maître du retable des Rois Catholiques. Flandres. XVe.

Cette journée est grande dans les annales de l’humanité ; elles est grande aux yeux même de Dieu : car elle est l'anniversaire du plus solennel événement qui se soit accompli dans le temps. Aujourd'hui, le Verbe divin, par lequel le Père a créé le monde, " s'est fait chair au sein d'une Vierge, et il a habité parmi nous " (Johan.  I, 14.). Suspendons en ce jour nos saintes tristesses ; et en adorant les grandeurs du Fils de Dieu qui s'abaisse, rendons grâces au Père " qui a aimé le monde jusqu'à lui donner son Fils unique " (Ibid.  III, 16.), et au Saint-Esprit dont la vertu toute-puissante opère un si profond mystère Au sein même de l'austère Quarantaine, voici que nous préludons aux joies ineffables de la fête de Noël ; encore neuf mois, et notre Emmanuel conçu en ce jour naîtra dans Bethléhem, et les concerts des Anges nous convieront à venir saluer sa naissance fortunée.


Albrecht Bouts. Flandres. XVIe.

Dans la semaine de la Septuagésime, nous avons contemplé avec terreur la chute de nos premiers parents ; nous avons entendu la voix de Dieu dénonçant la triple sentence, contre le serpent, contre la femme, et enfin contre l'homme. Nos cœurs ont été glacés d'effroi au bruit de cette malédiction dont les effets sont arrives sur nous, et doivent se taire sentir jusqu'au dernier jour du monde. Cependant, une espérance s'est fait jour dans notre aine ; du milieu des anathèmes, une promesse divine a brillé (August. De Trinit. Lib. IV, cap. V.) tout à coup comme une lueur de salut. Notre oreille a entendu le Seigneur irrite dire au serpent infernal qu'un jour sa tête altière serait brisée, et que le pied d'une femme lui porterait ce coup terrible.
 

Fra Angelico. XIVe.
 
Le moment est venu où le Seigneur va remplir l'antique promesse. Durant quatre mille ans, le monde en attendit l'effet ; malgré ses ténèbres et ses crimes, cette espérance ne s'éteignit pas dans son sein. Dans le cours des siècles, la divine miséricorde a multiplié les miracles, les prophéties, les figures, pour rappeler l'engagement qu'elle daigna prendre avec l'homme. Le sang du Messie a passé d'Adam à Noé ; de Sem à Abraham, Isaac et Jacob ; de David et Salomon à Joachim ; il coule maintenant dans les veines de Marie, tille de Joachim. Marie est cette femme par qui doit être levée la malédiction qui pèse sur notre race. Le Seigneur, en la décrétant immaculée, a constitué une irréconciliable inimitié entre elle et le serpent ; et c'est aujourd'hui que cette tille d'Eve va réparer la chute de sa mère, relever son sexe de l'abaissement dans lequel il était plongé, et coopérer directement et efficacement à la victoire que le Fils de Dieu vient remporter en personne sur l'ennemi de sa gloire et du genre humain.


Annonciation avec Louis XII et Anne de Bretagne.

Maître du tryptique de Louis XII. XVIe.

La tradition apostolique a signalé à la sainte Eglise le vingt-cinq mars, comme le jour qui vit s'accomplir l'auguste mystère. Ce fut à l'heure de minuit que la très pure Marie, seule, et dans le recueillement de la prière, vit apparaître devant elle le radieux Archange descendu du ciel pour venir recevoir son consentement, au nom de la glorieuse Trinité. Assistons à l'entrevue de l'Ange et de la Vierge, et reportons en même temps notre pensée aux premiers jours du monde. Un saint Evêque martyr du IIe siècle, fidèle écho de l'enseignement des Apôtres, saint Irenée, nous a appris à rapprocher cette grande scène de celle qui eut lieu sous les ombrages d'Eden (Adv. haeres. Lib. V, cap XIX.).


Gérard David. XVIe

Dans le jardin des délices, c'est une vierge qui se trouve en présence d'un ange, et un colloque s'établit entre l'ange et la vierge. A Nazareth, une vierge est aussi interpellée par un ange, et un dialogue s'établit entre eux; mais l'ange du Paradis terrestre est un esprit de ténèbres, et celui de Nazareth est un esprit de lumière Dans les deux rencontres, c'est l'ange qui prend le premier la parole :

" Pourquoi, dit l'esprit maudit à la première femme, pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres de ce jardin ?"
On sent déjà dans cette demande impatiente la provocation au mal, le mépris, la haine envers la faible créature dans laquelle Satan poursuit l'image de Dieu.
Voyez au contraire l'ange de lumière avec quelle douceur, quelle paix, il approche de la nouvelle Eve ! Avec quel respect il s'incline devant cette fille des hommes !
" Salut, Ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes."
Qui ne reconnaît l'accent céleste dans ces paroles où tout respire la dignité et la paix !


Giovanni di Paolo di Grazia. XVe.

Mais continuons de suivre le mystérieux parallèle.

La femme d'Eden, dans son imprudence, écoute la voix du séducteur ; elle s'empresse de répondre. Sa curiosité l'engage dans une conversation avec celui qui l'invite à scruter les décrets de Dieu. Elle n'a pas de défiance à l'égard du serpent qui lui parle, tout à l'heure, elle se défiera de Dieu même.

Marie a entendu les paroles de Gabriel ; mais cette Vierge très prudente, comme parle l'Eglise, demeure dans le silence. Elle se demande d'où peuvent venir ces éloges dont elle est l'objet. La plus pure, la plus humble des vierges craint la flatterie; et l'envoyé céleste n'obtiendra pas d'elle une parole qu'il n'ait éclairci sa mission par la suite de son discours :
" Ne craignez pas, Ô Marie, dit-il à la nouvelle Eve : car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Voici que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n'aura pas de fin."

Quelles magnifiques promesses descendues du ciel, de la part de Dieu ! Quel objet plus digne de la noble ambition d'une fille de Juda, qui sait de quelle gloire doit être entourée l'heureuse mère du Messie ? Cependant, Marie n'est pas tentée par tant d'honneur. Elle a pour jamais consacré sa virginité au Seigneur, afin de lui être plus étroitement unie par l'amour ; la destinée la plus glorieuse qu'elle ne pourrait obtenir qu'en violant ce pacte sacré, ne saurait émouvoir son âme. " Comment cela pourrait-il se faire, répond-elle à l'Ange, puisque je ne connais pas d'homme ?"


Johann Koerbecke. XVe.
 
La première Eve ne montre pas ce calme, ce désintéressement. A peine l'ange pervers lui a-t-il assuré qu'elle peut violer, sans crainte de mourir, le commandement de son divin bienfaiteur, que le prix de sa désobéissance sera d'entrer par la science en participation delà divinité même : tout aussitôt, elle est subjuguée. L'amour d'elle-même lui a fait oublier en un instant le devoir et la reconnaissance ; elle est heureuse de se voir affranchie au plus tôt de ce double lien qui lui pèse.

Telle se montre cette femme qui nous a perdus ; mais combien différente nous apparaît cette autre femme qui devait nous sauver ! La première, cruelle à sa postérité, se préoccupe uniquement d'elle-même; la seconde s'oublie, pour ne songer qu'aux droits de Dieu sur elle. L'Ange, ravi de cette sublime fidélité, achève de lui dévoiler le plan divin :
" L'Esprit-Saint, lui dit-il, surviendra en vous ; la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; et c'est pour cela que ce qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Elisabeth votre cousine a conçu un fils, malgré sa vieillesse ; celle qui fut stérile est arrivée déjà à son sixième mois : car rien n'est impossible à Dieu."

L'Ange arrête ici son discours, et il attend dans le silence la résolution de la vierge de Nazareth.


Lorenzo d'Andrea d'Oderigo. XVe.

Reportons nos regards sur la vierge d'Eden. A peine l'esprit infernal a-t-il cessé de parler, qu'elle jette un œil de convoitise sur le fruit défendu ; elle aspire à l'indépendance dont ce fruit si délectable va la mettre en possession. Sa main désobéissante s'avance pour le cueillir ; elle le saisit, elle le porte avidement à sa bouche, et au même instant la mort prend possession d'elle : mort de l'âme par le péché qui éteint la lumière de vie; mort du corps qui séparé du principe d'immortalité, devient désormais un objet de honte  et de confusion, en attendant qu'il tombe en poussière.

Mais détournons nos yeux de ce triste spectacle, et revenons à Nazareth. Marie a recueilli les dernières paroles de l'Ange ; la volonté du ciel est manifeste pour elle. Cette volonté lui est glorieuse et fortunée : elle l'assure que l'ineffable bonheur de se sentir Mère d'un Dieu lui est réservé, à elle humble tille de l'homme, et que la fleur de virginité lui sera conservée. En présence de cette volonté souveraine, Marie s'incline dans une parfaite obéissance, et dit au céleste envoyé : " Voici  la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole ".


Maître de la Vie de Marie. Allemagne. XVe.

Ainsi, selon la remarque de notre grand saint Irenée, répétée par toute la tradition chrétienne, l'obéissance de la seconde femme répare la désobéissance de la première ; car la Vierge de Nazareth n'a pas plus tôt dit : " Qu'il me soit fait ", Fiat, que le Fils éternel de Dieu qui, selon le décret divin, attendait cette parole, se rend présent, par l'opération de l'Esprit-Saint, dans le chaste sein de Marie, et vient y commencer une vie humaine. Une Vierge devient Mère, et la Mère d'un Dieu ; et c'est l'acquiescement de cette Vierge à la souveraine volonté qui la rend féconde, par l'ineffable vertu de l'Esprit-Saint. Mystère sublime qui établit des relations de fils et de mère entre le Verbe éternel et une simple femme ; qui fournit au Tout-Puissant un moyen digne de lui d'assurer son triomphe contre L'esprit infernal, dont l'audace et la perfidie semblaient avoir prévalu jusqu'alors contre le plan divin !

Jamais défaite ne fut plus humiliante et plus complète que celle de Satan, en ce jour Le pied de la femme, de cette humble créature qui lui offrit une victoire si facile, ce pied vainqueur, il le sent maintenant peser de tout son poids sur sa tête orgueilleuse qui en est brisée. Eve se relève dans son heureuse fille pour écraser le serpent. Dieu n'a pas choisi l'homme pour cette vengeance : l'humiliation de Satan n'eût pas été assez profonde. C'est la première proie de l'enfer, sa victime la plus faible, la plus désarmée, que le Seigneur dirige contre cet ennemi. Pour prix d'un si haut triomphe, une femme dominera désormais non seulement sur les anges rebelles, mais sur toute la race humaine ; bien plus, sur toutes les hiérarchies des Esprits célestes. Du haut de son trône sublime, Marie Mère de Dieu plane au-dessus de toute la création. Au fond des abîmes infernaux Satan rugira d'un désespoir éternel, en songeant au malheur qu'il eut de diriger ses premières attaques contre un être fragile et crédule que Dieu a si magnifiquement vengé ; et dans les hauteurs du ciel, les Chérubins et les Séraphins lèveront timidement leurs regards éblouis vers Marie, ambitionneront son sourire, et se feront gloire d'exécuter les moindres désirs de cette femme, la Mère du grand Dieu et la sœur des hommes.


Maître de Moulins. XVe.

C'est pourquoi nous, enfants de la race humaine, arrachés à la dent du serpent infernal par l'obéissance de Marie, nous saluons aujourd'hui l'aurore de notre délivrance. Empruntant les paroles du cantique de Debbora, où cette femme, type de Marie victorieuse, chante son triomphe sur les ennemis du peuple saint, nous disons :

" La race des forts avait disparu d'Israël, jusqu'au jour où s'éleva Debbora, où parut celle qui est la mère dans Israël. Le Seigneur a inauguré un nouveau genre de combat ; il a forcé les portes de son ennemi." (Judic. V, 7, 8.).
Prêtons l'oreille, et entendons encore, à travers les siècles, cette autre femme victorieuse, Judith. Elle chante à son tour :
" Célébrez le Seigneur notre Dieu, qui n'abandonne pas ceux qui espèrent en lui. C'est en moi, sa servante, qu'il a accompli la miséricorde promise à la maison d'Israël ; c'est par ma main qu'il a immolé, cette nuit même, l'ennemi de son peuple. Le Seigneur tout-puissant a  frappé cet ennemi ; il l'a livré aux mains d'une femme, et il l'a percé de son glaive." (Judith, XIII, 17, 18, XVI, 7.).


L'Incarnation. Gérard David. XVIe.

A LA MESSE

La sainte Eglise emprunte la plus grande partie des chants du Sacrifice au sublime épithalame dans lequel le Roi-Prophète célèbre l'union de l'Epoux et de l'Epouse.

EPÎTRE

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. VII.


Petrus Christus. XVe.

" En ces jours-là, le Seigneur parla à Achaz, et lui dit : Demande au Seigneur ton Dieu un prodige au fond de la terre, ou au plus haut du ciel. Et Achaz dit : " Je n'en demanderai point, et ne tenterai point le Seigneur ". Et Isaïe dit : " Ecoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous délasser la patience des hommes, qu'il vous faille lasser aussi celle de mon Dieu ? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voici qu'une Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Il mangera le laitage et le miel, avant d'arriver à l'âge où l'enfant sait rejeter le mal et choisir le bien."
 
C'est en parlant à un roi impie qui refusait un prodige que Dieu daignait lui offrir, en signe de sa miséricordieuse protection sur Jérusalem, que le Prophète annonce à Juda la sublime merveille qui s'accomplit aujourd'hui : Une vierge concevra et enfantera un fils. C'est dans un siècle où le genre humain semblait avoir comblé la mesure de tous ses crimes, où le polythéisme et la plus affreuse dépravation régnaient par toute la terre, que le Seigneur réalise ce prodige. La plénitude des temps est arrivée ; et cette antique tradition qui a fait le tour du monde: qu'une Vierge deviendrait mère, se réveille dans le souvenir  des peuples En ce jour où un si profond mystère s'est accompli, révérons la puissance du Seigneur, et sa fidélité à ses promesses. L'auteur des lois de la nature les suspend pour agir lui-même ; la virginité et la maternité s'unissent dans une même créature : c'est qu'un Dieu va naître. Une Vierge ne pouvait enfanter qu'un Dieu : " c'est pourquoi le fils de Marie aura nom Emmanuel, Dieu avec nous ".


Rogier van der Weyden. XVe.

Adorons dans son infirmité volontaire le Dieu créateur du monde visible et invisible, qui veut désormais que toute créature confesse non seulement sa grandeur infinie, mais encore la vérité de cette nature humaine qu'il daigne prendre pour nous sauver. A partir de cette heure, il est bien le Fils de l’Homme : neuf mois il habitera le sein maternel, comme les autres enfants ; comme eux après sa naissance, il goûtera le lait et le miel, et sanctifiera tous les états de l'humanité: car il est l'homme nouveau qui a daigné descendre du ciel pour relever l'ancien. Sans rien perdre de sa divinité, il vient subir toutes les conditions de notre être infirme et borné, afin de nous rendre à son tour " participants de la nature divine " (II Petr. I, 4.).

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. I.


Saint Gabriel archange. Gérard David. XVIe.

" En ce temps-là, l'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie Et l'Ange, étant entré où elle était, lui dit :

" Salut, Ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes."
Elle, l'ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Et l'Ange lui dit :
" Ne craignez point, Marie : car vous avez trouve grâce devant Dieu : voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n'aura point de fin."
Alors Marie dit à l'Ange :
" Comment cela se fera-t-il : car je ne connais point d'homme."
Et l'Ange lui répondit :
" L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voilà qu'Elisabeth votre parente a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse : et ce mois est le sixième de celle qui était appelée stérile : car rien n'est impossible à Dieu."
Et Marie dit :
" Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole."


Simone Martini. Détail. Tryptique. XIVe.
 
Par ces dernières paroles, Ô Marie, notre sort est fixé. Vous consentez au désir du Ciel : et votre acquiescement assure notre salut. O Vierge ! Ô Mère ! Bénie entre les femmes, recevez avec les hommages des Ailles les actions de grâces du genre humain Par vous, notre ruine est réparée, en vous notre nature se relève, car vous êtes le trophée de la victoire de l'homme sur son ennemi. " Réjouis-toi, Ô Adam, notre père, mais triomphe surtout, toi notre mère, Ô Eve ! Vous qui, ancêtres de nous tous, fûtes aussi envers nous tous des auteurs de mort : meurtriers de votre race avant d'en être les pères. Consolez-vous désormais en cette noble tille qui vous est donnée ; mais, toi surtout, Ô Eve ! Sèche tes pleurs: toi de qui le mal sortit au commencement, toi qui jusqu'aujourd'hui avais communiqué ta disgrâce à ton sexe tout entier."

Voici l'heure où cet opprobre va disparaître, où l'homme va cesser d'avoir droit de se plaindre de la femme. Un jour, cherchant à excuser son propre crime, il fit tout aussitôt peser sur elle une accusation cruelle : " La femme que j'ai reçue de vous, dit-il à Dieu, cette femme m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé ". Ô Eve, cours donc à Marie ; mère, réfugie-toi près de ta fille. C'est la fille qui va répondre pour la mère ; c'est elle qui va a enlever la honte de sa mère, elle qui va satisfaire pour la mère auprès du père : car si c'est par la femme que l'homme est tombé, voici qu'il ne peut plus se relever que par la femme. Que disais-tu donc, Ô Adam ? La femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé. Ces paroles sont mauvaises ; elles augmentent ton péché ; elles ne l'effacent pas. Mais la divine Sagesse a vaincu ta malice ; elle a pris dans le trésor de son inépuisable bonté le moyen de te procurer un pardon qu'elle avait essayé de te faire mériter, en te fournissant l'occasion de répondre dignement à la question qu'elle t'adressait. Tu recevras femme pour femme : une femme prudente pour une femme insensée ; une femme humble pour une femme orgueilleuse ; une femme qui, au lieu d'un fruit de mort, te présentera l'aliment de la vie ; qui, au lieu d'une nourriture empoisonnée, enfantera pour toi le  fruit des délices éternelles. Change donc en paroles d'actions de grâces ton injuste excuse, et dis maintenant : " Seigneur, la femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit de l'arbre de vie, et j'en ai mangé ; et ce fruit a été doux à ma bouche : car c'est en lui que vous m'avez rendu  la vie " (Bernard. Homil. II super Missus est.).

L'ANGELUS
 
Cette grande journée est l’occasion de rappeler et de recommander ici la pieuse et salutaire institution que la chrétienté solennise chaque jour dans tout pays catholique, en l'honneur de l'auguste mystère de l'Incarnation et de la divine maternité de Marie. Trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la cloche se fait entendre, et les fidèles, avertis par ses sons, s'unissent à l'Ange Gabriel pour saluer la Vierge-Mère, et glorifier l'instant où le propre Fils de Dieu daigna prendre chair en elle. La terre devait bien cet hommage et ce souvenir de chaque jour à l'ineffable événement dont elle fut l'heureux témoin un vingt-cinq mars, lorsqu'une attente universelle avait saisi les peuples que Dieu allait sauvera leur insu.
 

L'Angelus. Millet. XIXe.
 
Depuis, le nom du Seigneur Christ a retenti dans le monde entier ; il est grand de l'Orient à l'Occident ; grand aussi est celui de sa Mère. De là est né le besoin d'une action de grâces journalière pour le sublime mystère de l'Annonciation qui a donné le Fils de Dieu aux hommes. Nous rencontrons déjà la trace de ce pieux  usage au XIVe siècle, lorsque Jean XXII ouvre Le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui réciteront l’Ave Maria, le soir, au son de la cloche qui  retentit pour les inviter à penser à la Mère de Dieu. Au XVe siècle, nous apprenons de saint Antonin, dans sa Somme, que la sonnerie avait déjà lieu soir et matin dans la Toscane. Ce n'est qu'au commencement du XVIe siècle que l'on trouve sur un document français cité par Mabillon le son à midi venant se joindre à ceux du lever et du coucher du soleil. Ce fut en cette forme que Léon X approuva cette dévotion, en 1513, pour l'abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris. Dès lors  la chrétienté tout entière accepta le pieux usage avec ses développements ; les Papes multiplièrent les indulgences ; après celles de Jean XXII et de Léon X, le XVIIIe siècle vit publier celles de Benoît XIII ; et telle parut l'importance de cette pratique que Rome statua qu'en l'année du jubilé, où toutes les indulgences, sauf celles du pèlerinage de Rome, demeurent suspendues, les trois salutations sonnées en l'honneur de Marie, le matin, à midi et le soir, continueraient chaque jour de convier tous les fidèles à s'unir dans la glorification du Verbe fait chair. Quant à Marie, l'Epouse du Cantique, l'Esprit-Saint semblait avoir désigné à l'avance les trois termes de cette touchante dévotion, en nous invitant à la célébrer, parce qu'elle est douce « comme l'aurore » à son lever, resplendissante « comme le soleil » en son midi, et belle « comme la lune » au reflet argenté.

25 mars. Saint Richard de Paris, enfant, martyr. 1180.

- Saint Richard de Paris, enfant, martyr. 1180.

Pape : Alexandre III. Roi de France : Philippe II, Auguste.

" Salvete, flores martyrum,
Quo lucis ipso in limine
Christi insecutor sustulit,
Ceu turbo nascentes rosas."
" Salut, fleurs des martyrs,
Moissonnées au seuil de la vie
Par le glaive de l'ennemi du Christ,
Comme la tempête en fureur brise les roses qui viennent d'éclore."
Prudence.

Sur la fin du règne de Louis VII, en France, et au commencement de celui de Philippe-Auguste, son fils, qui régna quelque temps avec lui, on vit à Paris un fait presque semblable à celui dont nous parlions hier, arrivé dans la ville de Norwich ; le martyr était aussi en âge de raison, et ainsi sa victoire fut plus remarquable et plus glorieuse.

C'était un jeune garçon appelé Richard, de fort bonne famille, âgé seulement de douze ans. Les Juifs s'en étant saisis vers la fête de Pâques, l'attirèrent en leur maison et le conduisirent en un caveau sous terre. Le chef de la synagogue, l'interrogeant sur sa croyance et sur ce que lui enseignaient ses parents, il répondit avec une fermeté digne d'un vrai Chrétien :
" Je ne crois qu'en Dieu le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ, son Fils unique, né de la Vierge Marie, crucifié et mort sous Ponce-Pilate."

Le rabbin, offensé de cette profession de foi si pleine de candeur, adressa la parole aux Juifs complices de son crime, et leur commanda de le dépouiller et de le fouetter cruellement. L'exécution suivit aussitôt le commandement le saint jeune homme étant dépouillé, fut battu avec une fureur qui ne pouvait convenir qu'à des enfants de la race de Chanaan. Tandis que quelques-uns le traitaient de la sorte, les autres, qui étaient spectateurs de la tragédie, lui crachaient au visage, et, par un horrible mépris de la foi chrétienne qu'il professait, proféraient mille blasphèmes contre la divinité de Jésus-Christ, au lieu que le martyr le bénissait sans cesse, ne prononçant point d'autres paroles, parmi tous ces tourments, que le nom sacré de JÉSUS.

Lorsque ces tigres se furent suffisamment délectés de ce premier supplice, ils relevèrent sur une croix, et lui firent souffrir toutes les indignités que leurs, sacrilèges ancêtres avaient autrefois fait endurer sur le Calvaire a notre divin Sauveur cependant leur barbarie ne put ébranler le courage du Martyr; mais, retenant toujours l'amour de Jésus en son cœur, il ne cessa jamais de l'avoir en la bouche, jusqu'à ce qu'enfin son petit corps, affaibli par la douleur, laissa sortir son âme avec un soupir, et avec le même nom adorable de Jésus.

Une impiété si détestable, commise au milieu d'un royaume très-chrétien, ne demeura pas impunie. Le roi voulait même exterminer tous les Juifs qui se trouvaient en France, parce que presque partout on les accusait de crimes semblables, outre leurs usures il se contenta de les bannir du royaume.

Dieu voulut rendre illustre la mémoire du saint Martyr, qui était mort pour la cause de son fils. Le tombeau qu'on lui avait érigé en un cimetière appelé des Petits-Champs, devint célèbre par les miracles qui s'y opéraient tous les jours ; ce qui engagea les chrétiens de lever son saint corps de terre et de le porter solennellement en l'église des Innocents, où il a demeuré jusqu'à ce que les Anglais, s'étant rendus en quelque façon les maîtres de la France, et particulièrement de Paris, sous le faible roi Charles VI, enlevèrent ce précieux trésor pour l'honorer en leur pays, alors catholique, et ne nous laissèrent que son chef. Il se voyait encore au XVIIIe siècle, en cette même église des Innocents, enchâssé dans un riche reliquaire.

L'histoire du martyre de saint Richard a été composée par Robert Gaguin, général de l'Ordre de la Très-Sainte Trinité elle se trouve aussi dans les Annales et les Antiquités de Paris ; dans le martyrologe des Saints de France, et dans plusieurs historiens qui ont écrit les gestes de nos rois.

Particulièrement dans Scipion Duplex, lorsqu'il traite du règne de Philippe-Auguste, en l'année 1180, cet auteur remarque, avec le cardinal Baronius, au deuxième tome de ses Annales, que, huit ans auparavant, d'autres Juifs avaient commis un crime semblable en la ville de Nordwich, en Angleterre, en la personne d'un enfant, appelé Guillaume, comme nous l'avons vu hier.

Polydore Virgile parle de cet enfant en son Histoire d'Angleterre, ainsi que le religieux Robert du Mont, en son supplément à Sigebert.

Nous avons déjà cinq saints innocents martyrisés par les Juifs : Siméon, à Trente, Janot, au diocèse de Cologne, Guillaume, à Nordwich, Hugues à Lincoln, et notre Richard, à Paris.

Nous pouvons encore y en ajouter un cinquième, dont parle Raderus en sa Bavière sainte, à savoir, un nommé Michel, jeune enfant de trois ans et demi, fils d'un paysan, nommé Georges, du village de Sappendelf, auprès de la ville de Naumbourg. Les Juifs l'ayant enlevé le dimanche de la Passion, pour satisfaire leur rage contre les chrétiens, l'attachèrent à une colonne, où ils le tourmentèrent, l'espace de trois jours, par d'étranges cruautés ainsi ils lui ouvraient les poignets et le dessus des pieds, et lui faisaient diverses incisions en forme de croix, par tout le corps, pour en tirer tout le sang. Il mourut dans ce supplice l'an de Notre-Seigneur 1340.

Ajoutons que les Juifs étant devenus l'objet d'une telle haine générale, les Papes et les conciles les sauvèrent seuls, souvent du moins, de la fureur du peuple et des édits de proscription des princes. On en fit dans certaines contrées, dans certaines villes, d'affreux massacres, ou on les obligea, par les menaces et les tortures, d'embrasser le christianisme.

Alexandre II, pour ne citer que deux exemples, loua les évêques espagnols qui s'étaient opposés à ces violences ; le cinquième concile de Tours (1273), défendit aux croisés de persécuter les Juifs.

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