UA-75479228-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 09 septembre 2019

9 septembre. Saint Omer, ou Audomar, moine de Luxeuil, évêque de l'ancien siège de Thérouanne, au diocèse d'Arras. 670.

- Saint Omer, ou saint Audomar, moine de Luxeuil, évêque de l'ancien siège de Thérouanne, au diocèse d'Arras. 670.

Pape : Saint Vitalien. Roi de France : Clotaire III.

" Le Christ est la vérité, et celui qui suit le Christ aime la vérité."

Thomas a Kempis.


Saint Omer. Anonyme des Flandres. XVIe.

Saint Omer naquit, vers la fin du VIe siècle, à Guldindal, ou Goldenthal (le Val d'Or), près de Constance, de parents illustres par leur piété et leur naissance. Son père s'appelait Friulphe et sa mère Domitta. Ils eurent grand soin de former dans les lettres et la vertu ce cher fils, qui était l'unique fruit de leur mariage. Après la mort de Domitta, la grâce croissant en lui avec l'âge, il résolut de renoncer au monde et de se faire religieux ; il détermina ùêùe son père à l'y suivre. Ils vendirent donc leurs biens pour en distribuer l'argent aux nécessiteux ; et ainsi, pauvres des biens de la terre, mais riches des biens du ciel, morts au monde et ne vivant qu'en Jésus-Christ, fidèle à la grâce et ennmis du démon, il se rendirent au monastère de Luxeuil, dans la Franche-Comté, où, en 612 ou 615, ils furent cordialement accueillis par l'abbé, saint Eustaise, qui, après les avoir soumis à de rudes épreuves pour les débarrasser de tous lien terrestre et surtout de leur mutuel attachement, les admit ensemble à la profession. Friulphe y persévéra jusqu'à la fin et mourut saintement.


Réception d'Omer et de son père Friulf à Luxeuil.
Vie de Saint Omer. XIe.

Saint Omer se rendit bientôt le modèle des autres frères. Il était chaste de corps et d'esprit, le premier à l'obéissance et à la pratique de l'humilité, le plus éclairé dans la science de Jésus crucifié, le plus aimable par sa charité et par sa douceur, et le plus exact dans l'austérité des jeûnes et des veilles. Cette ferveur ne se ralentit point dans la suite des années, comme il n'arrive que trop souvent aux jeunes gens qui commence à servir Dieu avec beaucoup d'ardeur, et se relâchent a^rès pâr leur négligence ; elle augmenta tellement, que sa réputation se répandit par toute la France. Le roi Dagobert, étant informé de la haute vertu de notre saint, le fit élire évêque de Thérouanne, par les suffrages libres du clergé et du peuple ; saint Achaire, évêque de Noyon, y contribua beaucoup.


Saint Omer et saint Bertin arrivent dans le pays des Morins ;
édification du monastère.
Porte du trésor de l'abbaye Saint-Bertin-Saint-Omer. XVIe.

Saint Omer trouva dans son diocèse une occupation digne de son zèle. Les Morins (c'est ainsi que l'on appelle les peuples du diocèse de Thérouanne) étaient retombés dans l'idolâtrie, d'où ils avaient été tirés par les prédications de saint Victoric et de saint Fuscien, illustres martyrs de Notre Seigneur Jésus-Christ, à Amiens, où ils furent mis à mort par la cruauté du préfet Rictiovare. Il travailla avec tant d'application à ramener ses ouailles à la religion chrétienne, qu'après les avoir éclairés des lumières de l'Evangile, il fit brûler leurs idoles et bannit entièrement de son diocèse le culte des faux dieux. Il fut assisté, dans cette sainte expédition, par saint Bertin, saint Mommolin et saint Bertrand, qui, tous trois, secondèrent merveilleusement son zèle comme ses fidèles disciples.


Saint Omer convertissant les Morins. Vie de saint Omer. XIe.

On rapporte de saint Omer un événement surprenant qui arriva lorsqu'il était à Boulogne, petite ville de son diocèse ; et, comme il peut servir d'un grand exemple pour montrer l'obéissance que l'on doit à ses supérieurs, nous avons cru devoir le mettre ici. Un clerc lui demanda la permission d'aller se divertir sur le bord de la mer. Le Saint, à qui Dieu avait révélé le malheur qu'il lui arriverait s'il y allait, lui défendit de le faire.


Le clerc désobéissant vient demander à saint Omer la permission,
qu'il lui refuse, de se promener au bord de la mer.
Vie de saint Omer. XIe.

Le clerc ne laissa pas de passer outre, et, ayant trouvé un petit bateau qui servait à passer la rivière à l'endroit où elle se jette dans la mer, il se mit dedans pour se promener le long du rivage. Mais un furieuse tempête s'éleva soudainement et il se vit bientôt en danger de faire naufrage. Le péril le fit rentrer en lui-même ; il eut regret de sa faute, et, se voyant à la merci des flots et des vents, il implora l'assistance du saint évêque

Après sa prière, il aborda à terre, mais il fut bien surpris de se voir sur la côte d'Angleterre. La crainte de tomber entre les mains des pirates, dans ce peys éloigné, lui fit redoubler ses prières ; il conjura à nouveau le ciel de ne point l'abandonner. Il remonte dans son bateau et, après une navigation heureuse, le ciel le comble et il revient à l'endroit même d'où il était parti.

Notre clerc courut alors vers saint Omer, se prosterna devant lui pour lui demander pardon de sa désobéissance, lui raconta tout ce qui s'était passé et le remercia des grâces qu'il avait reçues par son intercession. Saint Omer le reprit sévèrement de sa faute, et, lui ayant fait faire réflexion sur la punition que Dieu tire de ceux qui méprisent les ordres de leurs supérieurs, il lui fit défense de dire à qui que ce fût la merveille qui était arrivé : ce que le jeune ckerc exécuta fidèlement, puisqu'il ne raconta le fait qu'après la mort de saint Omer.


Saint Omer pardonne au clerc désobéissant. Vie de saint Omer. XIe.

Mais, quoiqu'il fît son possible pour demeurer caché aux yeux des hommes, le ciel découvrit, par le prodige suivant, combien notre saint était agréable à Dieu. Faisant la visite de son docèse, il se reposa sous un arbre près d'un village appelé Jernac, ou Journy, pour se délasser un peu de la fatigue du chemin. A son réveil, il fit planter, au même endroit où il s'était assis, une croix de bois sur laquelle, la nuit suivante, on vit paraître une admirable clarté. Depuis, les fidèles honorèrent singulièrement ce même lieu, comme ayant été consacré par la présence d'un si saint homme. Tous les malades qui le visitent par dévotion y reçoivent la guérison de leurs maux.


Saint Omer fait planter une croix à Journy. Vie de saint Omer. XIe.

Entre les conversions qu'il fit, on remarque particulièrement celle d'Adroald. C'était un seigneur des plus considérables du pays par sa naissance et par ses richesses, mais il faisait cruellement une guerre aux Chrétiens. Saint Omer entreprit cette conversion qui eut un plein succès. Dès lors, Adroald pratiqua généreusement les conseils évangéliques : car, n'ayant point d'enfant, il donna tous ses biens à l'Eglise, et particulièrement sur la terre de Sithiü, où notre Saint fit bâtir un monastère en l'honneur de la sainte Vierge. Un historien de la vie de notre Saint s'exclame d'ailleurs :
" Que vous êtes louable et heureux, Adroald, de vous être ainsi dépouillé des biens de la terre pour en revêtir Notre Seigneur Jésus-Christ ! Vous avez renoncé à un héritage temporel pour vous rendre l'héritier du ciel ; vous n'aviez point de postérité, et, par votre libéralité, vous en avez acquis une si nombreuse, qu'elle se substituera jusqu'à la fin des siècles."


Saint Omer baptisant Adroald. Vie de saint Omer. XIe.

Après avoir gouverné avec une vigilance vraiment pastorale l'église de Thérouanne près de trente années, la Providence divine priva notre Saint de la vue du corps afin qu'étant éclairé spirituellement des lumières de la foi, il s'approchât davantage du ciel, où il devait bientôt recevoir la récompense de tous ses travaux. Cette cécité néanmoins ne l'ayant pas empêcher d'assister, avec plusieurs autres évêques, à la translation du corps de saint Vaast qui se fit environ l'an 667, il y recouvra la vue par l'attouchement des reliques et l'intercession du grand saint. Mais saint Omer, qui avait déjà goûté à l'avantage qu'il y a d'avoir les yeux fermés à toutes les choses du monde, supplia le saint, par son intercession, de lui renvoyer son infirmité.


Saint Omer. Sacramentaire à l'usage
de Saint-Bertin-Saint-Omer. XIIe.

En 667 selon certains, en 670 selon d'autres, saint Omer étant en tournée, fut pris de fièvre dans un lieu nommé Wavrans, ou Wauvrans (à quelque distance de Saint-Omer et à trois milles de Saint-Bertin) : il comprit alors que sa dernière heure était proche. Il se fit porter à l'église, où, fondant en larmes, il offrit à Dieu l'encens de ses prières, et reçut, avec les sentiments de la plus touchantes piété, le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. Après la communion, il se mit au lit, où, parmi le chant d'une mélodie céleste, son âme quitta sa demeure pour aller se présenter devant la majesté de Dieu. Il s'exhala en ce moment de son corps une si suave odeur qu'elle surpassait celle des plus excellents parfums.


Décès de saint Omer, pleuré par ses disciples et
un grand concours de peuple. Vie de saint Omer. XIe.

CULTE ET RELIQUES

Dans les sceaux de la ville de Saint-Omer, il tient souvent un écusson chargé de la croix à deux branches qui est le blason de la cité. Comme on le voit, cet attribut indique le patronage du Saint, et non une circonstance de sa vie.


Tombeau de saint Omer. Cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer. XIVe.

On le représente faisant sourdre une fontaine pour baptiser un enfant maladif et aveugle qu'on lui présenta lorsqu'il œuvrait à la nouvelle conversion de ses ouailles et qui recouvra la vue et la santé en recevant le sacrement.


Le baptême administré à l'enfant aveugle lui rend
la vue et la santé. Vie de saint Omer. XIe.

On le voit aussi tantôt ayant dans les mains une petite église et à ses pieds un petit enfant qui semble sortir de terre, tantôt tenant sa crosse épiscopale et deux grappes de raisin et avec une châsse à ses pieds.


Cathédrale, aujourd'hui basilique Notre-Dame. Saint-Omer.

Saint Bertin, averti du décès de saint Omer par révélation, s'empressa de se rendre à Wavrans, à la tête de tous ses religieux. Notre Saint lui avait spécialement recommandé de l'ensevelir dans l'église de la sainte Vierge qu'il avait construite dans ce but entre autres.

L'église où il fut enterré devint plus tard la cathédrale de Saint-Omer. Son corps y fut conservé, moins quelques parties concédées à diverses églises et monastères. Au XVIIe siècle, on voyait encore au monastère Saint-Bertin le pluvial de saint Omer, espèce de manteau ainsi appelé à cause du capuchon qui servait à se protéger de la pluie.

Hugues, abbé de Saint-Quentin, ayant essayé d'enlever le corps de saint Omer pour en enrichir son monastère, ne put dépasser le village de Lisbourg car tout à coup, la bière devint si lourde qu'il ne fut plus possible de la déplacer. Hugues fit alors rappeler l'évêque de Thérouanne, Folquin, afin qu'il rapporte les précieuses reliques. Ce dernier le fit enterrer dans un lieu secret et institua une fête au cour du mois de juin pour commémorer cet événement.

La bière fut retrouvée en 955, et l'authenticité de ces reliques fut plusieurs fois reconnue dans l'église Notre-Dame.

En 1269, le chef de saint Omer fut mis à part. Avant la malheureuse révolution qui eut lieu en France, il était encore conservé dans un buste-reliquaire de vermeil offert par Mahaut, comtesse de Flandre.


Saint Omer. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

Un pieux orfèvre racheta ce reliquaire pendant la révolution et le remit, avec ses précieuses reliques à des personnes de confiance. L'authenticité fut reconnue en 1803, et l'on transféra le chef de saint Omer dans un nouveau buste-reliquaire représentant l'évêque. Une partie de son chef fut transférer dans la cathédrale d'Arras par Mgr de La Tour d'Auvergne qui céda en contrepartie à Thérouanne des reliques de saint Vaast.


Saint Omer. Eglise Saint-Omer. Orval. Cotentin. XVIIe.
 
Rq : Pendant les guerres effroyables que menèrent les Protestants par toute l'Europe, Charles Quint pris et détruisit Thérouanne ; laquelle était hélas devenue un nid de féroces Calvinistes qui avaient purgé et massacré tout ce qui était catholique. Le siège épiscopal fut transféré à cette époque à Saint-Omer, bastion catholique.

00:15 Publié dans O | Lien permanent | Commentaires (1)

dimanche, 08 septembre 2019

8 septembre. Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie.

- La nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, à Jérusalem dans la Maison Probatique.

" Marie naît pour devenir l'instrument du salut du monde, la médiatrice des anges et des hommes, la réparatrice de l'univers."
M. l'abbé Combalot. Conférence sur les grandeurs de Marie.

Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie. Fra Filippo Lippi. XVe.

La maison probatique est la maison de saint Joachim et de sainte Anne qui se trouve à proximité du Temple et non loin de la Piscine probatique.

La porte Saint-Etienne s’appelait au temps du Christ la porte des brebis, parce que les animaux destinés à être sacrifiés au Temple passaient par là. A côté de la porte, deux énormes bassins de retenue, profonds de 13 mètres, avaient été creusés dans le roc pour retenir les eaux de ruissellement issues de la colline.

La porte Saint-Etienne, anciennement Porte des brebis. Jérusalem.

Une canalisation permettait d’alimenter en eau le Temple tout proche. Au temps d’Hérode le Grand, les nombreux sacrifices et les ablutions rituelles employaient d’énormes quantités d’eau qui nécessitèrent de nouveaux travaux plus proches du Temple.

Reste de la piscine probatique. Jérusalem.

De ce fait les anciennes citernes devinrent des bains publics et évidemment des thermes où se pratiquait le culte d’Esculape, le dieu d’Epidaure chargé par les Anciens de guérir les malades. On trouvait donc dans cette ancienne dépendance du Temple un complexe païen associant sanctuaire et pratiques magiques, piscine, promenade et peut-être un portique construit entre les deux bassin qui expliquerait l’expression de saint Jean : la piscine aux cinq portiques. Elle fut bientôt transformée en église puis en Basilique.

Il faut assurément chercher l'origine de la fête de la Nativité de la sainte Vierge en Orient où le synaxaire de Constantinople la marquait déjà au 8 septembre1, selon ce qu’avait décrété l’empereur Maurice (582 + 602). Il est probable que l’Eglise de Jérusalem fut la première à honorer le souvenir de la Nativité de Notre-Dame qu’elle célébrait dans une basilique proche de la piscine probatique, sur l’emplacement de la maison où, suivant la tradition, serait née la sainte Vierge.

La Nativité de la sainte Vierge est mentionnée dans les homélies d'André de Crète (660-740) :

" Aujourd'hui comme pour des noces, l'Eglise se pare de la perle inviolée, de la vraie pureté. Aujourd'hui, dans tout l'éclat de sa noblesse immaculée, l'humanité retrouve, grâce aux mains divines, son premier état et son ancienne beauté. Les hontes du péché avaient obscurci la splendeur et les charmes de la nature humaine ; mais, lorsque naît la Mère de celui qui est la Beauté par excellence, cette nature recouvre en elle ses anciens privilèges, elle est façonnée suivant un modèle parfait et entièrement digne de Dieu.

Et cette formation est une parfaite restauration et cette restauration est une divinisation et cette divinisation, une assimilation à l'état primitif. Aujourd'hui, contre toute espérance, la femme stérile devient mère et cette mère, donnant naissance à une descendance qui n'a pas de mère, née elle-même de l'infécondité, a consacré tous les enfantements de la nature. Aujourd'hui est apparu l'éclat de la pourpre divine, aujourd'hui la misérable nature humaine a revêtu la dignité royale.

Aujourd'hui, selon la prophétie, le sceptre de David a fleuri en même temps que le rameau toujours vert d'Aaron, qui, pour nous, a produit le Christ rameau de la force. Aujourd'hui, une jeune vierge est sortie de Juda et de David, portant la marque du règne et du sacerdoce de celui qui a reçu, suivant l'ordre de Melchisédech, le sacerdoce d'Aaron. Pour tout dire en un mot, aujourd'hui commence la régénération de notre nature, et le monde vieilli, soumis à une transformation divine, reçoit les prémices de la seconde création."

A Rome, on célébrait alors la dédicace de la basilique du martyr Adrien et il faudra attendre le pontificat du pape Serge Ier (687-701) pour trouver une trace incontestable de la célébration de la Nativité de la sainte Vierge où le Pape, en sandales, faisait procession de la basilique Saint-Adrien à celle de Sainte-Marie-Majeure. Les vieux livres liturgiques assignaient à cette fête les mêmes chants qu'à la solennité de l'Assomption.

Benoît XIV (1740-1758), dans l’Histoire des Mystères et des fêtes, raconte que chaque année, au 8 septembre, un solitaire entendait des chants célestes ; quand il en demanda la cause à Dieu, il lui fut répondu que c'était en l'honneur de la naissance de la Vierge Marie qui se célébrait au Ciel et qu'il en était averti car Marie étant née pour les hommes, il devrait faire en sorte que cette fête fût aussi célébrée sur terre. Le solitaire se rendit auprès du Pape qui, au récit de la vision, institua la fête de la Nativité de la sainte Vierge.

En France, la fête la Nativité de sa sainte Vierge porta longtemps le titre de Notre-Dame Angevine, rappelant que la Vierge Marie, apparut, en 430, près de Saint-Florent, au saint évêque Maurille d'Angers pour lui demander l'institution de la fête de sa Nativité . Avec le concours efficace du roi Robert le Pieux, Fulbert, évêque de Chartres (+1028) contribua beaucoup à introduire la fête de la Nativité de la sainte Vierge dans le nord du Royaume ; la nuit même de cette fête, sa cathédrale ayant été détruite par un incendie, il jeta les fondement de celle que nous connaissons aujourd’hui, dédiée à la Nativité de Notre-Dame.

A la mort le pape Célestin IV (1243), Frédéric II retint prisonniers des cardinaux pour que le conclave ne se réunît pas ; les prisonniers firent le vœu solennel de donner un octave à cette fête s'ils étaient rendus à la liberté ; libérés, ils élurent Innocent IV qui, au premier concile de Lyon (1245) accomplit le vœu. Grégoire XI fit une vigile qui fut célébrée à Anagni.

L'Ecriture ne parle guère de la naissance de la Sainte Vierge et il faut se référer ici aux traditions comme le firent les textes apocryphes en termes merveilleux.

Protévangile de Jacques

Naissance de Marie, la sainte qui engendra Dieu, très glorieuse mère de Jésus-Christ.

Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie. Anonyme, XVIIe. Bavière.

Ch. Ier

Dans les histoires des douze tribus d'Israël, on dit que Joachim était un homme comblé de richesses, mais qu'il apportait des offrandes doubles, en disant : " Ce que je donne en excédent sera pour tous ; je l'offre en expiation de mes péchés, pour que le Seigneur me soit propice ".
Etant arrivé le jour solennel du Seigneur où les fils d'Israël apportaient leurs offrandes, Ruben se dressa devant Joachim et lui dit : " Il ne t'est pas permis d'être le premier à déposer tes offrandes, car tu n'as pas engendré en Israël ".
Et Joachim fut comblé de tristesse, et il alla consulter les documents des douze tribus du peuple, disant : " Je verrai dans les documents des douze tribus d'Israël si j'ai été seul à n'avoir pas engendré en Israël ". Il chercha et trouva que tous les justes avaient engendré de la postérité en Israël. Mais il se souvint aussi du patriarche Abraham, et qu'en ses derniers jours Dieu lui avait donné un fils, Isaac.
Alors, comblé de tristesse, Joachim ne se présenta point devant sa femme, mais il se rendit au désert ; il y planta sa tente et jeûna quarante jours et quarante nuits, se disant à lui-même : " Je ne descendrai ni manger ni boire avant que le Seigneur mon Dieu m'ait visité, et la prière sera ma nourriture et ma boisson ".

Ch. II

Cependant sa femme Anne pleurait, ayant deux raisons de gémir. " Je me désolerai sur mon veuvage, disait-elle ; je me désolerai sur ma stérilité ".
Etant arrivé le jour solennel du Seigneur, Judith, sa servante, lui dit : " Jusques à quand auras-tu l'âme abattue ? Voici le jour solennel du Seigneur ; tu n'as pas le droit de pleurer. Mais prends ce serre-tête que m'a donné mon ancienne maîtresse ; je ne puis m'en orner car je suis serve et il porte le signe de la race royale ".
Anne répondit : " Eloigne-toi ; je ne ferai rien de tel, car le Seigneur m'a comblée d'humiliations. Sans doute est-ce un méchant qui t'a donné ce bandeau et tu essaies de me faire complice de ta faute ". Mais Judith répartit : " Quel mal pourrais-je te vouloir pire que celui que tu as, puisque le Seigneur a clos ton sein, afin qu'il n'engendre pas de postérité en Israël !"
Alors, au comble de l'affliction, Anne ôta ses habits de deuil, elle se lava la tête, revêtit ses habits de noce, et, vers la neuvième heure, descendit se promener au jardin. Elle vit un laurier, s'assit sous ses branches et se mit à invoquer le Tout-Puissant : " Dieu de mes pères, bénis-moi, exauce ma supplication, comme tu as béni Sarah dans ses entrailles et lui as donné son fils Isaac ".

Saint Joachim présentant la Vierge enfant au temple.
Claude François. XVIIe.

Ch. III

Et levant les yeux vers le ciel, elle vit dans le laurier un nid de passereaux, et elle se reprit à gémir, se disant pour elle-même :
" Pitié de moi ! qui donc m'a engendrée, quelles entrailles m'ont enfantée, pour que je sois devenue maudite parmi les fils d'Israël, que je doive être chassée avec outrage du Temple du Seigneur ?"
" Pitié de moi ! à quoi donc ressemblé-je ? Pas même aux petits oiseaux du ciel , car les oiseaux du ciel sont féconds devant vous, Seigneur."
" Pitié de moi ! à quoi donc ressemblé-je ? Pas même aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant vous, Seigneur."
" Pitié de moi ! à quoi donc ressemblé-je ? Pas même à ces eaux que voilà, car ces eaux sont fécondes devant vous, Seigneur. Pitié de moi ! à quoi donc ressemblé-je ? Pas même à cette terre que voilà, car cette terre porte des fruits en leur temps, et elle vous bénit, Seigneur !"

Ch. IV

Or voici qu'un ange du Seigneur apparut et lui dit : " Anne, Anne, le Seigneur a entendu ta plainte. Tu concevras, tu engendreras, et l'on parlera de ta progéniture par toute la terre ". Anne répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, si j'enfante soit un fils, soit une fille, je le consacrerai au Seigneur mon Dieu pour qu'il le serve tous les jours de sa vie !"
Alors deux anges arrivèrent auprès d'elle, lui disant : " Voici que Joachim, ton homme, s'en vient vers toi avec ses troupeaux, car un ange du Seigneur est descendu à lui et lui a dit : Joachim, Joachim, le Seigneur a entendu ta plainte. Descends d'ici, car voici que ta femme Anne va concevoir dans ses entrailles ".
Et Joachim descendit. Il appela ses bergers et leur dit : " Apportez-moi dix agneaux sans tache et parfaits ; ils seront pour le Seigneur mon Dieu. Apportez-moi aussi douze des veaux les plus tendres ; ils seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Et cent chevreaux seront pour tout le peuple ".
Et voici que Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne, qui se trouvait debout sur le seuil, le vit venir, courut à lui et s'accrochant à son cou, lui dit : " Maintenant, je sais que le Seigneur Dieu m'a comblée de bénédictions, car j'étais comme veuve et je ne le suis plus ; j'étais stérile et mes entrailles vont concevoir ". Et ce fut le premier soir que Joachim reposa dans sa maison.

Ch. V

Le lendemain, il vint présenter ses offrandes, se disant en lui-même : " Si le Seigneur Dieu m'est propice, il m'accordera de voir le disque d'or du prêtre !" (*) Il présenta donc ses offrandes, et fixa ses regards sur le disque du prêtre, lorsque celui-ci monta à l'autel, et il sut ainsi qu'il n'y avait aucune faute en lui. Et Joachim dit alors : " Maintenant, je sais que le Seigneur m'est propice et que mes péchés sont effacés ! Il descendit donc du temple du Seigneur, justifié, et il retourna dans sa maison ".
Or les mois d'Anne s'accomplissaient, et, au neuvième, elle enfanta. Et elle demanda à la sage-femme : " Qu'ai-je mis au monde ?" Celle-ci répondit : " Une fille ". Et Anne reprit : " Elle a été glorifiée en ce jour, mon âme !"
Et elle coucha l'enfant. Puis les jours d'usage étant accomplis, elle se releva, se lava, donna le sein à son enfant et l'appela Marie.

Sainte Anne conduisant la Bienheureuse Vierge Marie au Temple.
J. Stella. XVIIe.

(*) Ce " test " que Joachim se propose à lui-même peut se comprendre ainsi : le Grand Prêtre, en tenue de cérémonie, portait un disque d'or dont il est question dans la Bible ( Exode, XXVIII, 36, 37 ; Lévitique, VIII, 9 ). Au moment où le Grand Prêtre traversait le sacré parvis pour se rendre à l'autel ou au Saint des Saints, il passait assez loin des simples fidèles, massés dans le parvis des Israélites. Pour discerner le disque d'or sans doute fallait-il qu'un éclat de lumière le fît briller. C'est cet éclat que Joachim demande comme un signe.

Saint Jean Damascène : Ière homélie pour la nativité de la Vierge Marie

" Neuf mois étant accomplis, Anne mit au monde une fille et l'appela du nom de Marie. Quand elle l'eut sevrée, la troisième année, Joachim et elle se rendirent au temple du Seigneur et, ayant offert au Seigneur des victimes, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu'elle habitât avec les vierges qui, nuit et jour, sans cesse, louaient Dieu.

Quand elle eut été amenée devant le temple du Seigneur, Marie gravit en courant les quinze marches sans se retourner pour regarder en arrière et sans regarder ses parents comme le font les petits enfants. Et cela frappa d'étonnement toute l'assistance, au point que les prêtres du Temple eux-mêmes étaient dans l'admiration.

Puisque la Vierge Marie devait naître d'Anne, la nature n'a pas osé devancer le germe béni de la grâce. Elle est restée sans fruit jusqu'à ce que la grâce eût porté le sien. En effet il s'agissait de la naissance, non d'un enfant ordinaire, mais de cette première-née d'où allait naître le premier-né de toute créature, en qui subsistent toutes chose. O bienheureux couple, Joachim et Anne ! Toute la création vous doit de la reconnaissance, car c'est en vous et par vous qu'elle offre au créateur le don qui surpasse tous les dons, je veux dire la chaste Mère qui était seule digne du Créateur.

Aujourd'hui sort de la souche de Jessé le rejeton sur lequel va s'épanouir pour le monde une fleur divine. Aujourd'hui Celui qui avait fait autrefois sortir le firmament des eaux crée sur la terre un ciel nouveau, formé d'une substance terrestre ; et ce ciel est beaucoup plus beau, beaucoup plus divin que l'autre, car c'est de lui que va naître le soleil de justice, celui qui a créé l'autre soleil....

Que de miracles se réunissent en cette enfant, que d'alliances se font en elle ! Fille de la stérilité, elle sera la virginité qui enfante. En elle se fera l'union de la divinité et de l'humanité, de l'impassibilité et de la souffrance, de la vie et de la mort, pour qu'en tout ce qui était mauvais soit vaincu par le meilleur. O fille d'Adam et Mère de Dieu ! Et tout cela a été fait pour moi, Seigneur ! Si grand était votre amour pour moi que vous avez voulu, non pas assurer mon salut par les anges ou quelque autre créature, mais restaurer par vous-même celui que vous aviez d'abord créé vous-même. C'est pourquoi je tressaille d'allégresse et je suis plein de fierté, et dans ma joie, je me tourne vers la source de ces merveilles, et emporté par les flots de mon bonheur, je prendrai la cithare de l'Esprit pour chanter les hymnes divins de cette naissance...

Aujourd’hui le créateur de toutes choses, Dieu le Verbe compose un livre nouveau jailli du cœur de son Père, et qu’il écrit par le Saint-Esprit, qui est langue de Dieu…

Ô fille du roi David et Mère de Dieu, Roi universel. O divin et vivant objet, dont la beauté a charmé le Dieu créateur, vous dont l'âme est toute sous l’action divine et attentive à Dieu seul ; tous vos désirs sont tendus vers cela seul qui mérite qu'on le cherche, et qui est digne d'amour ; vous n'avez de colère que pour le péché et son auteur. Vous aurez une vie supérieure à la nature, mais vous ne l'aurez pas pour vous, vous qui n'avez pas été créée pour vous. Vous l'aurez consacrée tout entière à Dieu, qui vous a introduite dans le monde, afin de servir au salut du genre humain, afin d'accomplir le dessein de Dieu, I'Incarnation de son Fils et la déification du genre humain. Votre cœur se nourrira des paroles de Dieu : elles vous féconderont, comme l'olivier fertile dans la maison de Dieu, comme l'arbre planté au bord des eaux vives de l'Esprit, comme l'arbre de vie, qui a donné son fruit au temps fixé : le Dieu incarné, la vie de toutes choses. Vos pensées n'auront d'autre objet que ce qui profite à l'âme, et toute idée non seulement pernicieuse, mais inutile, vous la rejetterez avant même d'en avoir senti le goût.

Vos yeux seront toujours tournés vers le Seigneur, vers la lumière éternelle et inaccessible ; vos oreilles attentives aux paroles divines et aux sons de la harpe de l'Esprit, par qui le Verbe est venu assumer noire chair... vos narines respireront le parfum de l'époux, parfum divin dont il peut embaumer son humanité. Vos lèvres loueront le Seigneur, toujours attaché aux lèvres de Dieu. Votre bouche savourera les paroles de Dieu et jouira de leur divine suavité. Votre cœur très pur, exempt de toute tache, toujours verra le Dieu de toute pureté et brûlera de désir pour lui. Votre sein sera la demeure de celui qu'aucun lieu ne peut contenir. Votre lait nourrira Dieu, dans le petit enfant Jésus. Vous êtes la porte de Dieu, éclatante d'une perpétuelle virginité. Vos mains porteront Dieu, et vos genoux seront pour lui un trône plus sublime que celui des chérubins... Vos pieds, conduits par la lumière de la loi divine, le suivant dans une course sans détours, vous entraîneront jusqu'à la possession du Bien-Aimé. Vous êtes le temple de l'Esprit-Saint, la cité du Dieu vivant, que réjouissent les fleuves abondants, les fleuves saints de la grâce divine. Vous êtes toute belle, toute proche de Dieu ; dominant les Chérubins, plus haute que les Séraphins, très proche de Dieu lui-même.

Salut, Marie, douce enfant d'Anne ; l’amour à nouveau me conduit jusqu’à vous. Comment décrire votre démarche pleine de gravité ? votre vêtement ? le charme de votre visage ? cette sagesse que donne l'âge unie à la jeunesse du corps ? Votre vêtement fut plein de modestie, sans luxe et sans mollesse. Votre démarche grave, sans précipitation, sans heurt et sans relâchement. Votre conduite austère, tempérée par la joie, n'attirant jamais l'attention des hommes. Témoin cette crainte que vous éprouvâtes à la visite inaccoutumée de l'ange ; vous étiez soumise et docile à vos parents ; votre âme demeurait humble au milieu des plus sublimes contemplations. Une parole agréable, traduisant la douceur de l'âme. Quelle demeure eût été plus digne de Dieu ? Il est juste que toutes les générations vous proclament bienheureuse, insigne honneur du genre humain. Vous êtes la gloire du sacerdoce, l’espoir des chrétiens, la plante féconde de la virginité. Par vous s'est répandu partout l'honneur de la virginité Que ceux qui vous reconnaissent pour la Mère de Dieu soient bénis, maudits ceux qui refusent...

Ô vous qui êtes la fille et la souveraine de Joachim et d'Anne, accueillez la prière de votre pauvre serviteur qui n'est qu'un pécheur, et qui pourtant vous aime ardemment et vous honore, qui veut trouver en vous la seule espérance de son bonheur, le guide de sa vie, la réconciliation auprès de votre Fils et le gage certain de son salut. Délivrez-moi du fardeau de mes péchés, dissipez les ténèbres amoncelées autour de mon esprit, débarrassez-moi de mon épaisse fange, réprimez les tentations, gouvernez heureusement ma vie, afin que je sois conduit par vous à la béatitude céleste, et accordez la paix au monde. A tous les fidèles de cette ville, donnez la joie parfaite et le salut éternel, par les prières de vos parents et de toute l'Eglise."


Prière en l'honneur de la nativité de Notre Dame :

" Ô Marie,
Vierge heureuse et bénie,
Permettez-moi de m'approcher de votre berceau,
Et de joindre mes louanges
A celles que vous rendent les anges
Qui vous entourent, heureux d'être les témoins
Des merveilles de votre naissance.


Agenouillé devant vous,
je vous fais l'offrande de mon coeur ;
Reine du ciel et de la terre,
recevez-moi et gardez-moi.


Je vous salue, Marie,
Ô fruit de pureté !
La terre maudite s'étonne d'avoir pu vous produire.
Ô Marie, pleine de grâces,
Vous relevez l'espoir des enfants d'Eve chassé du paradis
Et vous ranimez leur confiance.
Au jour de votre entrée dans le monde,
Nous avons relevés nos fronts abattus :
Votre naissance annonce celle du Rédempteur,
Comme l'aurore annonce la venue du jour.


Je vous salue, Marie, Ô étoile de Jacob !
Le soleil de justice va se lever, le jour de la grâce va luire,
et c'est vous qui avez hâté sa venue.
Vos désirs, plus ardents que ceux des patriarches et des prophètes,
Attirent le véritable Emmanuel dans votre sein,
Et c'est à vous qu'il appartiendra de nous donner le Verbe fait chair.


Que vos saintes mains, Ô Marie,
Répandent dans mon coeur avec profusion
L'humilité, l'innocence, la simplicité,
La douceur et la charité :


Que ces vertus de votre coeur saisissent le mien
Pour que j'appartienne avec vous au Christ, mon Seigneur,
Et qu'en lui je sache offrir le bien que je fais et le mal que je souffre
Pour la plus grande gloire de Dieu qui est le salut des pécheurs."

Rq : On lira l'homélie de saint Bernard de Clairvaux pour la nativité de la Bienheureuse Vierge Marie ; L'aqueduc :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bernard/tome03/h....
On lira aussi la nativité de la Bienheureuse Vierge Marie dans la Légende dorée du bienheureux Jacques de Voragine :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome03/132.htm

samedi, 07 septembre 2019

7 septembre. Saint Cloud, prince, moine et prêtre. 560.

- Saint Cloud, prince, moine et prêtre. 560.
 
Pape : Pélage Ier. Roi des Francs : Clotaire Ier. Empereur romain d'Orient : Justinien Ier.
 
" Le coeur de l'homme, faussé et perverti, place le bonheur des mortels dans la splendeur des palais, sans s'inquiéter de la souillure et de la ruine des âmes."
Saint Augustin, évêque d'Hippone.
 
Sainte Clotilde et ses trois petits fils dont l'aîné saint Cloud.
Grandes chroniques de France. XIVe.
 
 Saint Clodoald, vulgairement appelé saint Cloud, est le premier prince franc que l'Eglise ait honoré d'un culte public. Il naquit en 522. Son père Clodomir, roi d'Orléans, l'ainé des fils de sainte Clotilde, ayant défait en bataille rangée saint Sigismond, roi de Bourgogne, et l'ayant fait son prisonnier de guerre, avec sa femme et ses enfants, les fit tous cruellement mourir, sans que ni le respect de la dignité royale dont Sigismond était revêtu, ni la considération de la parenté (car il était son cousin issu de germain), ni les remontrances de saint Avit, abbé de Micy, qui fit son possible pour le détourner de ce meurtre, pussent rien gagner sur la férocité de son esprit.

Cette inhumanité fut bientôt sévèrement punie, non-seulement en sa personne, mais aussi en celles de ses propres enfants. Ayant remporté une seconde victoire près de Vienne, en Dauphiné, sur Gondemar, frère de saint Sigismond, comme il poursuivait les fuyards avec ardeur, il s'éloigna trop de ses gens et tomba entre les mains d'une troupe d'ennemis qui le tuèrent, lui coupèrent la tête et la mirent au bout d'une lance pour la faire voir aux Francs.

Après sa mort, ses enfants : Thibault, Gonthaire et Clodoald, (vulgairement Cloud), se trouvèrent sous la conduite de sainte Clotilde, leur grand-mère, qui les éleva chrétiennement et avec le plus grand soin, en attendant qu'ils partageassent les Etats de leur père, gouvernés pendant ce temps par des lieutenants.
 
Eglise Saint-Cloud de Rodhon. Orléanais.
 
 Mais Childebert, roi de Paris, leur oncle, qui convoitait le royaume d'Orléans, leur héritage, invita Clotaire, roi de Soissons, à partager son infâme dessein. Il s'agissait de faire mourir leurs neveux ou de les reléguer dans un cloître. Clotaire opina pour la mort. Ces oncles barbares égorgèrent de leurs propres mains les deux aînés, Thibault et Gonthaire. Cloud, par une protection spéciale de la Providence, échappa au massacre.
 
Assassinat de Thibault et de Gonthaire. Manuscrit du XVe.
 
 Bientôt après, il se coupa lui-même les cheveux, cérémonie par laquelle il déclarait qu'il renonçait à la royauté. Depuis, il trouva diverses occasions de recouvrer les Etats de son père ; mais il ne voulut point en profiter. La grâce lui avait ouvert les yeux sur la vanité des grandeurs terrestres. Il préféra une vie humble et tranquille dans les rigueurs de la solitude, à une vie éclatante, mais périlleuse dans un palais royal et au milieu d'une foule de courtisans ; il se consacra entièrement au service de Dieu. Son étude ne fut plus que la lecture des Livres Sacrés ; son plaisir, de vivre la plus sévère ascèse.

Après avoir distribué aux églises et aux pauvres les biens que ses oncles n'avaient pu lui ravir, il se retira auprès d'un saint religieux, nommé Séverin, qui menait une vie solitaire et contemplative dans un ermitage aux portes de Paris. Le jeune prince reçut de ses mains l'habit religieux, et demeura quelque temps en sa compagnie, pour s'y former à toutes les vertus monastiques.
 
Saint Cloud reçu par saint Séverin. Gravure, XVIIe.
 
 Childebert et Clotaire ne purent pas ignorer que c'était lui ; mais, comme ils le virent sans prétention, ils le laissèrent en liberté et lui donnèrent même quelques héritages pour vivre plus commodément dans le lieu de sa retraite.

Cependant, ne se croyant pas assez solitaire, ou pour quelques raisons que son histoire ne marque pas, il quitta les environs de Paris et se retira secrètement en Provence, hors de la vue et de l'entretien de toutes les personnes de sa connaissance.

Pendant qu'il se construisait, de ses propres mains, une petite cellule, un pauvre se présenta devant lui et lui demanda l'aumône. Il était lui-même si pauvre, qu'il n'avait ni or, ni argent, ni provisions qu'il pût lui donner ; mais il se dépouilla généreusement de sa propre cuculle et lui en fit présent.

Cet acte de charité fut si agréable à Dieu, que, pour en découvrir le mérite, il rendit la nuit suivante cette cuculle toute lumineuse entre les mains du pauvre qui l'avait reçue. Les habitants des environs furent témoins de ce miracle, et reconnurent par là que saint Cloud était un excellent serviteur du Christ. Ils le vinrent donc trouver pour honorer sa sainteté et pour recevoir ses instructions ; mais leurs trop grandes déférences leur firent perdre un si précieux trésor : car saint Cloud, voyant qu'il n'était pas plus caché en Provence qu'à Paris, s'en retourna dans son premier ermitage.

Peut-être que l'appréhension d'être élevé à la prélature l'avait fait fuir, et que le sujet de sa crainte était passé par l'élection d'un autre à cette dignité.
 
Saint Cloud faisant l'aumône.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
 A peine fut-il revenu qu'Eusèbe, alors évêque de Paris, l'ordonna prêtre à la sollicitation du peuple, qui ne put souffrir un si saint homme dans un Ordre inférieur. Les exemples des vertus qu'il fit paraître dans cette dignité le firent encore plus respecter qu'auparavant.

On admirait en lui le pouvoir de la grâce, qui, d'un prince, ou pour mieux dire d'un roi légitime, avait fait un humble serviteur de la maison de Dieu. On louait hautement son humilité, sa modestie, son détachement des choses du monde, son amour pour la pénitence et sa charité incomparable.

Ce grand homme ne put souffrir longtemps ces honneurs, et, pour les éviter, il se retira sur une montagne, le long de la Seine, à deux lieues au-dessous de Paris, en un lieu que l'on appelait Nogent, mais qui, depuis, a changé de nom pour prendre celui de Saint-Cloud.
 
Saint Cloud délivrant un possédé.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.
 
 Après y avoir vécu quelque temps solitaire, il y fit bâtir un monastère qu'il dota des biens que les rois, ses oncles, lui donnèrent. Il le fit dépendant, avec son église et tous ses revenus, de l'église cathédrale de Paris, dont il était le prêtre, comme ils en dépendaient encore en 1685. Il y gagna plusieurs personnes à Jésus-Christ, qui furent ravies d'y vivre religieusement sous sa conduite.

Enfin, il y mourut saintement le 7 septembre, vers l'an 560. Sa mort, qu'il avait prédite avant qu'elle arrivât, fut suivie de plusieurs miracles. On enterra son corps dans le même monastère, qui, depuis, a été changé en collégiale. Cette église est aujourd'hui paroissiale, et l'on y garde encore quelques-unes des reliques du Saint.
 
Eglise Saint-Clodoald. Saint-Cloud, Île-de-France.
 
 Les 4 Martyrologes ordinaires font une honorable mention de ce bienheureux prince. Les Parisiens célèbrent sa fête avec beaucoup de piété ; et, durant toute son octave, il y a un grand concours de peuple qui visite son église.

On peut voir dans toute son histoire, que ce que le monde appelle infortune est souvent le chemin du vrai bonheur, et que Dieu sait admirablement tirer le bien du mal, l'élévation de la plus grande humiliation. Ainsi, la véritable prudence est de s'abandonner entièrement à la conduite de Sa Divine Providence, et d'aimer les états, même les plus bas et les plus humiliés, où il Lui plaît de nous mettre.

On le représente çà et là comme solitaire, agenouillé devant une croix, et la couronne à terre près de lui.
 
Chapelle Saint-Cloud. Elliant. Cornouailles, Bretagne.

00:05 Publié dans C | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 06 septembre 2019

6 septembre. Saint Zacharie, 11e des 12 petits prophètes. VE siècle avant Notre Seigneur Jésus-Christ.

- Saint Zacharie, 11e des 12 petits prophètes. Ve siècle avant Notre Seigneur Jésus-Christ. Ve s. av. Notre Seigneur Jésus-Christ.
 
Puits de Moïse. Saint Zacharie.
Chartreuse de Champmol. Dijon. Bourgogne.
 
Zacharie, fils de Barachie et petit-fils d'Addo, commença à prophétiser l'an du monde 3484, le 8e mois de la 2de année du règne de Darius, premier fils d'Hystaspe et roi de Perse (521-485). Contemporain du prophète Aggée, il y a apparence qu'il se joignit à lui pour engager les Juifs à reprendre l'oeuvre de la reconstruction du temple, interrompue depuis longtemps.

Il les exhorta aussi à se convertir au Seigneur et à ne pas imiter l'endurcissement de leurs pères, si souvent châtiés pour n'avoir pas écouté les Prophètes.

Dieu fit voir à Zacharie, dans deux visions différentes, et sous plusieurs figures, la succession des quatre monarchies, savoir des Assyriens, des Chaldéens, des Perses et des Grecs, qui devait se terminer au règne de Jésus-Christ dont il décrit la vie et la passion.
.
Vision de saint Zacharie. Gustave Doré. XIXe.
 
Il parle aussi de son entrée à Jérusalem et des 30 pièces d'argent qui furent le prix de son sang.
 
Zacharie est le plus fécond, mais aussi, au jugement de saint Jérôme, le plus obscur des 12 petits Prophètes. Sa prophétie, dans nos Bibles, contient 14 chapitres.

Une controverse, jusqu'ici demeurée sans solution définitive, s'est élevée entre les commentateurs, au sujet d'un texte fameux de l'Evangile où Notre Seigneur s'adresse aux Juifs et qui parait se rapporter à Zacharie :
" Je vous ai envoyé des prophètes, des sages, des docteurs ; vous les avez égorgés. Aussi du sang des justes versé sur la terre depuis l'innocent Abel jusqu'à Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel, retombera sur vos tètes."

Toutefois la tradition juive ou chrétienne n'a gardé aucun souvenir du meurtre du prophète Zacharie. On peut donc adopter sur ce point le système de saint Epiphane, qui appliquait les paroles de Notre-Seigneur au grand-prêtre Zacharie, mis à mort entre le temple et l'autel, sous le règne de Joas (870-831).
.
Saint Zacharie. Antoine Coypel. Château de Versailles. XVIIe.
 
Les Grecs et les Moscovites honorent la mémoire du prophète Zacharie au 8 février ; les Latins lui ont assigné le 6 septembre. Quelques synaxaires grecs marquent aussi sa mémoire au 16 mai, et les Egyptiens font sa fête le 9 septembre.

On lit dans l'historien grec Sozomène (Ve s.), que le corps du prophète Zacharie fut trouvé dans le territoire d'Eleuthéropolis, dans un bourg nommé Caphar. Il était intact, vêtu d'une robe blanche, et mis dans un cercueil de plomb, enfermé dans un autre de bois.

On le représente, comme les autres Prophètes, déroulant un cartouche où se lisent les principaux textes de sa prophétie.

On peut voit dans la collection des Bollandistes, au 6 septembre, les arguments que le père Stilting a réunis pour soutenir l'identité du Zacharie dont parle Notre-Seigneur avec le prophète.
Bergier, dans son Dictionnaire de théologie, les a repris en sous-oeuvre et développés avec une nouvelle force.

00:05 Publié dans Z | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 05 septembre 2019

5 septembre. Saint Laurent Justinien, premier patriarche de Venise, confesseur. 1455.

- Saint Laurent Justinien, premier patriarche de Venise, confesseur. 1455.

Papes : Nicolas V ; Calixte III. Roi de France : Charles VII. Souverain du Saint-Empire : Frédéric III de Habsbourg. Roi de Castille et de Léon : Henri IV. Roi d'Aragon et de Naples : Alphonse V le Magnanime.

" Le premier sacrifice de justice que l'homme doit faire à Dieu, celui qui Lui est le plus agréable et qui le fait avancer davantage dans la perfection, c'est le sacrifice d'un coeur contrir à cause de ses péchés passés."
Esprit de saint Laurent Justinien.

Buste de saint Laurent Justinien. Venise.
 
Laurent naquit à Venise de l'illustre famille des Justiniani (ou Giustiniani). Il montra dès l'enfance une gravité rare. Son adolescence se passait dans les exercices de la piété, lorsque, invité par la Sagesse divine aux noces très pures du Verbe et de l'âme, il conçut la pensée d'embrasser l'état religieux. C'est pourquoi, préludant secrètement à cette milice nouvelle, il affligeait son corps en différentes manières et couchait sur la planche nue. Puis, comme un arbitre appelé à prononcer, il prenait séance entre, d'une part, les austérités du cloître, de l'autre, les douceurs du siècle et le mariage que lui préparait sa mère ; alors, tournant les yeux vers la croix du Christ souffrant : " C'est vous, disait-il, Seigneur, qui êtes mon espérance ; c'est là que vous avez placé pour moi votre asile très sûr."

Ce fut vers la congrégation des chanoines réguliers de Saint-Georges-in-Alga que le porta sa ferveur. On l'y vit inventer de nouveaux tourments pour sévir plus durement contre lui-même, se déclarant une guerre d'ennemi acharné, ne se permettant aucun plaisir.

Plus jamais il n'entra dans le jardin de sa famille, ni dans la maison paternelle, si ce n'est pour rendre les derniers devoirs à sa mère mourante, ce qu'il fit sans une larme. Non moindre était son zèle pour l'obéissance, la douceur, l'humilité surtout : il allait au-devant des offices les plus abjects du monastère ; il se plaisait à mendier par les lieux les plus fréquentés de la ville, cherchant moins la nourriture que l'opprobre ; les injures, les calomnies ne pouvaient l'émouvoir ni lui l'aire rompre le silence.

Quand, par une grande chaleur, on lui proposait de boire :
" Si nous ne pouvons supporter la soif, disait-il, comment supporterons-nous le feu du purgatoire ?"

Saint Laurent Justinien général de son ordre.
Francesco Morone. XVIe.
 
Il dut un jour subir une opération par le fer et par le feu ; aucune plainte ne sortit de sa bouche : " Allons, disait-il au chirurgien dont la main tremblait, coupez hardiment ; cela ne vaut pas les ongles de fer avec lesquels on déchirait les martyrs."

A un frère qui se lamentait parce que le grenier de la communauté avait brûlé : " Pourquoi donc, dit-il, avons-nous fait le voeu de pauvreté ? Cet incendie est une grâce de Dieu pour nous !"
Ses vertus l'élevèrent bientôt aux fonctions de général de son Ordre.

Saint Laurent Justinien adorant le Saint Enfant Jésus
dans une vision. Giordano Luca.
Eglise Sainte Marie-Madeleine. Rome. XVII.

Son grand secours était dans la prière continuelle ; souvent l'extase le ravissait en Dieu ; telle était l'ardeur dont brûlait son âme, qu'elle embrasait ses compagnons, les prémunissant contre la défaillance, les affermissant dans la persévérance et l'amour de Jésus-Christ.

Vision de saint Laurent Justinien. A. Pellegrini. XVIIe.
 
Elevé par Eugène IV à l'épiscopat de sa patrie, l'effort qu'il fit pour décliner l'honneur ne fut dépassé que par le mérite avec lequel il s'acquitta de la charge. Il ne changea en rien sa manière de vivre, gardant jusqu'à la fin pour la table, le lit, l'ameublement, la pauvreté qu'il avait toujours pratiquée. Il ne retenait à ses gages qu'un personnel réduit de familiers, disant qu'il avait une autre grande famille, par laquelle il entendait les pauvres du Christ. Quelle que fût l'heure, on le trouvait toujours abordable ; sa paternelle charité se donnait a tous, n'hésitant pas à s'endetter pour soulager la misère.

Comme on lui demandait sur quelles ressources il comptait, ce faisant, il répondait :
" Sur celles de mon Seigneur, qui pourra facilement payer pour moi."

Saint Laurent Justinien donnant la sainte communion
à des religieuses cloîtrées. F. Morone.
 
 Et toujours, par les secours les plus inattendus, la Providence divine justifiait sa confiance : " Allons quêter des mépris, disait-il à son compagnon de quête, lorsqu'il y avait quelque avanie à souffrir ; nous n'avons rien fait, si nous n'avons renoncé au monde."

Il bâtit plusieurs monastères de vierges, et forma diligemment leurs habitantes à marcher dans les voies de la vie parfaite. Son zèle s'employa à détourner les matrones vénitiennes des pompes du siècle et des vaines parures, comme à réformer la discipline ecclésiastique et les mœurs.

Aussi fût-ce à bon droit que le même Eugène IV l'appela, en présence des cardinaux, la gloire et l'honneurde la prélature. Ce fut également pour reconnaître son mérite, que le successeur d'Eugène, Nicolas V, ayant transféré le titre patriarcal de Grado à Venise, l'institua premier patriarche de cette ville.

Saint Laurent Justinien prenant possession de
l'archevêché-patriarcat de Venise. Domenico Corvi.
Basilique Saint-Marc. Venise. XVIIe.
 
Honoré du don des larmes, il offrait tous les jours au Dieu tout-puissant l'hostie d'expiation. C'est en s'en acquittant une fois dans la nuit de la Nativité du Seigneur, qu'il mérita de voir sous l'aspect d'un très bel enfant le Christ Jésus. Efficace était sa garde autour du bercail à lui confié ; un jour, on sut du ciel que l'intercession et les mérites du Pontife avaient sauvé la république. Eclairé de l'esprit de prophétie, il annonça d'avance plusieurs événements que nul homme ne pouvait prévoir.

Maintes fois ses prières mirent en fuite maladies et démons. Bien qu'il n'eût presque point étudié la grammaire, il a laissé des livres remplis d'une céleste doctrine et respirant l'amour.

Cependant la maladie qui devait l'enlever de ce monde venait de l'atteindre ; ses gens lui préparaient un lit plus commode pour sa vieillesse et son infirmité ; mais lui, manifestant sa répulsion pour des délices trop peu en rapport avec la dure croix de son Seigneur mourant, voulut qu'on le déposât sur sa couche ordinaire. Sentant venue la fin de sa vie : " Un chrétien, dit-il avec saint Martin, doit mourir sur la cendre et le cilice." " Je viens à vous, Ô bon Jésus !" dit-il, les yeux levés au ciel. Ce fut le huit janvier qu'il s'endormit dans le Seigneur.

Saint Laurent Justinien sur son lit de mort. F. Morone.

Combien sa mort avait été précieuse, c'est ce qu'attestèrent les concerts angéliques entendus par plusieurs Chartreux, et la conservation de son saint corps qui, pendant plus de deux mois que la sépulture en fut dilférée, demeura sans corruption, avec les couleurs de la vie et exhalant un suave parfum. D'autres miracles suivirent aussi cette mort, lesquels amenèrent le Souverain Pontife Alexandre VIII à l'inscrire au nombre des Saints. Innocent XII désigna pour sa fête le cinquième jour de septembre, où il avait été d'abord élevé sur la chaire des pontifes.

EXTRAITS DE SAINT LAURENT JUSTINIEN

" Venez, vous tous que sollicite l'attrait du bien immuable, et qui vainement le demandez à ce siècle qui passe ; je vous dirai ce que le ciel a fait pour moi. Comme vous jadis je cherchais fiévreusement ; et ce monde extérieur ne donnait point satisfaction à mon désir brûlant. Mais, par la divine grâce qui nourrissait mon angoisse, enfin m'est apparue, plus belle que le soleil, plus suave que le baume, Celle dont alors le nom m'était ignoré. Venant à moi, combien son visage, était doux ! combien pacifiante était sa voix, me disant : " Ô toi dont la jeunesse est toute pleine de l'amour que je t'inspire, pourquoi répandre ainsi ton cœur ? La paix que tu cherches par tant de sentiers divers est avec moi ; ton désir sera comblé, je t'en donne ma foi : si, cependant, tu veux de moi pour épouse."

J'avoue qu'à ces mots défaillit mon cœur ; mon âme fut transpercée du trait de son amour. Comme toutefois je désirais savoir son nom, sa dignité, son origine, die me dit qu'elle se nommait la Sagesse de Dieu, laquelle, invisible d'abord au sein du Père, avait pris d'une Mère une nature visible pour être plus facilement aimée. Alors, en grande allégresse, je lui donnai consentement ; et elle, me donnant le baiser, se retira joyeuse."

[...] " Depuis, la flamme de son amour a été croissant, absorbant mes pensées. Ses délices durent toujours ; c'est mon épouse bien-aimée, mon inséparable compagne. Par elle, la paix que je cherchais fait maintenant ma joie. Aussi, écoutez-moi, vous tous : allez à elle de même; car elle met son bonheur à ne rebuter personne."

Saint Laurent Justinien. Fasciculus amoris, chap. XVI.

PRIERE ET ELOGE DE SAINT LAURENT JUSTINIEN

" Ô Sagesse qui résidez sur votre trône sublime, Verbe par qui tout fut fait, soyez-moi propice dans la manifestation des secrets de votre saint amour."

C'était, Laurent, votre prière, lorsque craignant d'avoir à répondre du talent caché si vous gardiez pour vous seul ce qui pouvait profitera plusieurs, vous résolûtes de divulguer d'augustes mystères. Soyez béni d'avoir voulu nous faire partager le secret des cieux. Par la lecture de vos dévots ouvrages, par votre intercession près de Dieu, attirez-nous vers les hauteurs comme la flamme purifiée qui ne sait plus que monter toujours. Pour l'homme, c'est déchoir de sa noblesse native que de chercher son repos ailleurs qu'en Celui dont il est l'image. Tout ici-bas n'est que pour nous traduire l'éternelle beauté, nous apprendre à l'aimer, chanter avec nous notre amour.

Quelles délices ne furent pas les vôtres, à ces sommets de la charité, voisins du ciel, où conduisent les sentiers de la vérité qui sont les vertus ! C'est bien de vous-même en cette vie mortelle que vous faites le portrait, quand vous dites de l'âme admise à l'ineffable intimité de la Sagesse du Père : Tout lui profite ; où qu'elle se tourne, elle n'aperçoit qu'étincelles d'amour ; au-dessous d'elle, le monde qu'elle a méprisé se dépense à servir sa flamme ; sons, spectacles, suavités, parfums, aliments délectables, concerts de la terre et rayonnement des cieux, elle n'entend plus, elle ne voit plus dans la nature entière qu'une harmonie d'épithalame et le décor de la fête où le Verbe l'a épousée. Ô ! Puissions-nous marcher comme vous à la divine lumière, vivre d'union et de désir, aimer plus toujours, pour toujours être aimé davantage."

De castoconnubio Verbi et animae.

00:05 Publié dans L | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 04 septembre 2019

4 septembre. Sainte Rose de Viterbe, vierge, du Tiers ordre de saint François. 1252.

- Sainte Rose de Viterbe, vierge, du Tiers ordre de saint François. 1252.

Pape : Innocent IV. Roi de France : Saint Louis. Empereur germanique : Conrad IV.  Rois de Castille et de Léon : Saint Ferdinand III ; Alphonse X le Sage. Roi d'Aragon : Jacques Ier le Conquérant.

" Omnia possum in eo qui me confortat."
" Je peux tout en celui qui me fortifie."
Philipp. IV, 13.

http://i19.servimg.com/u/f19/11/53/59/59/santa_10.jpg

Sainte Rose de Viterbe triomphant de l'hérésie gibeline.

A l'époque où Frédéric II d'Allemagne persécutait l'Eglise et s'emparait des Etats pontificaux, Dieu suscitait sainte Rose pour la défense de Viterbe, capitale du patrimoine de saint Pierre et du territoire qui appartenait au souverain pontife et pour défendre la sujétion légitime du pouvoir temporel au pouvoir spirituel.

Les noms de Jésus et Marie furent les premiers mots qui sortirent de la bouche de cette candide créature. Elle avait trois ans lorsque Dieu manifesta Sa toute-puissance en ressuscitant par son intermédiaire une de ses tantes qu'on portait au cimetière. Lorsqu'elle fut capable de marcher, elle ne sortait que pour aller à l'église ou pour distribuer aux pauvres le pain qu'on lui donnait. Un jour son père la rencontra en chemin et lui demanda d'ouvrir son tablier pour voir ce qu'elle portait. O prodige ! Des roses vermeilles apparurent à la place du pain.

http://i19.servimg.com/u/f19/11/53/59/59/rosa_v10.jpg

Au lieu de s'amuser comme toutes les fillettes de son âge, Rose de Viterbe passait la plus grande partie de son temps en prière devant de saintes images, les mains jointes, immobile et recueillie. A l'âge de sept ans, elle sollicita instamment la permission de vivre seule avec Dieu dans une petite chambre de la maison. La petite recluse s'y livra à une oraison ininterrompue et à des austérités effrayantes qu'elle s'imposait, disait-elle, pour apaiser la colère de Dieu. Entre autres mortifications, sainte Rose marchait toujours les pieds nus et dormait sur la terre.

Dieu lui révéla les châtiments éternels réservés aux pécheurs impénitents. Rose en fut toute bouleversée. La Très Sainte Vierge Marie lui apparut, la consola, la bénit et lui annonça que le Seigneur l'avait choisie pour convertir les pauvres pécheurs :
" Il faudra t'armer de courage, continua la Mère de Dieu, tu parcourras des villes pour exhorter les égarés et les ramener dans le chemin du salut."

http://i19.servimg.com/u/f19/11/53/59/59/jucar510.jpg

Sainte Rose de Viterbe. Francisco de Zurbaran. XVIIe.

Une autre vision la fit participer au drame du Calvaire ; dès lors, la soif de sauver les âmes ne la quitta plus. Sa pénitence aussi austère que précoce, réduisit le frêle corps de Rose à un tel état de faiblesse qu'on désespérait de sauver sa vie. La Très Sainte Vierge la visita de nouveau, la guérit miraculeusement et lui dit d'aller visiter l'église de St-Jean-Baptiste le lendemain, puis celle de Saint-François où elle prendrait l'habit du Tiers Ordre.

Obéissante à la voix du ciel, elle commença à parcourir les places publiques de la ville de Viterbe vêtue de l'habit de pénitence, pieds nus, un crucifix à la main, exhortant la foule à la pénitence et à la soumission au Saint-Siège. Des miracles éclatants vinrent confirmer l'autorité de sa parole.

Instruit de ce qui se passait, le gouverneur impérial de la ville de Viterbe craignit que cette enfant extraordinaire ne détruisit complètement le prestige de l'empereur Frédéric et que l'autorité du pape s'affirmât à nouveau. Il fit comparaître sainte Rose à son tribunal et menaça de la jeter en prison si elle continuait à prêcher. La servante de Dieu lui répondit :
" Je parle sur l'ordre d'un Maître plus puissant que vous, je mourrai plutôt que de Lui désobéir."

Sur les instances d'hérétiques obstinés, sainte Rose est finalement chassée de Viterbe avec toute sa famille, en plein coeur de l'hiver.

http://i19.servimg.com/u/f19/11/53/59/59/copie_10.gif

Peu après, sainte Rose de Viterbe annonça le trépas de l'ennemi de Dieu, Frédéric II d'Allemagne. En effet, il ne tarda pas à expirer étouffé dans son lit. A cette nouvelle, les habitants de Viterbe s'empressèrent de rappeller leur petite Sainte, absente depuis dix-huit mois. Celle que tous regardaient comme la libératrice de la patrie, la consolatrice des affligés et le secours des pauvres fut reçue en triomphe dans sa ville natale, tandis que le pape Innocent IV, ramené à Rome, rentrait en possession de Viterbe.

Sa mission apostolique terminée, sainte Rose songea à réaliser son voeu le plus cher. Elle se présenta au couvent de Sainte-Marie-des-Roses, mais n'y fut pas acceptée, probablement à cause du genre de vie extraordinaire qu'elle avait menée auparavant. Rose vécut donc en recluse dans la maison paternelle, se vouant à la contemplation et aux plus rigoureuses pénitences. Plusieurs jeunes filles dont elle s'était déjà occupée la supplièrent de les prendre sous sa conduite. La demeure de la Sainte devint un véritable couvent où des âmes généreuses se livrèrent à l'exercice des plus sublimes vertus.

L'élue de Dieu avait dix-sept ans et six mois lorsque le divin jardinier vint cueillir Sa rose toute épanouie pour le ciel, le 6 mars 1252. A l'heure de son glorieux trépas, les cloches sonnèrent d'elles-mêmes. Sainte Rose de Viterbe apparut au souverain pontife pour lui demander de transporter son corps au monastère de Sainte-Marie-des-Roses, translation qui eut lieu six mois après sa mort. A cette occasion, son corps fut trouvé intact.

http://i19.servimg.com/u/f19/11/53/59/59/santa_11.jpg

Eglise Sainte-Rose-de-Viterbe. Viterbe.

Il se conserve encore, au même endroit, dans toute sa fraîcheur et sa flexibilité. D'innombrables miracles ont illustré son tombeau.

http://i19.servimg.com/u/f19/11/53/59/59/corpo_10.jpg

Le corps incorrompu de sainte Rose, conservé dans l'église
Sainte-Rose-de-Viterbe à Viterbe. Sa fête donne lieu à une
grande procession chaque 4 septembre dans cette ville
dont elle est une des patronnes majeures.

00:15 Publié dans R | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 03 septembre 2019

3 septembre. Saint Pie X, pape, confesseur. 1914.

- Saint Pie X, pape, confesseur. 1914.


Giuseppe Sarto, plus connu sous le nom de Pape Pie X, naquit le 2 juin 1835 à Riese, une bourgade de 4 500 habitants, dont ses parents, Jean Baptiste Sarto et Marguerite Sanson, contractèrent mariage le 13 février 1833 à l'église paroissiale st. Mathieu. C'est justement là que fut baptisé le petit Joseph, le lendemain de sa venue au monde.

Issu d'une famille modeste, Jean Baptiste exerçait l'emploi d'huissier municipal ; quant à Marguerite, elle était couturière de campagne. De leur union naquirent dix enfants : Joseph, Giuseppe (Joseph), Ange, Thérèse, Rose, Antonia, Marie, Lucie, Anne, et Pierre ; mais le premier et le dernier des garçons (Joseph et Pierre), à peine nés s'envolèrent au Paradis. Voilà pourquoi le second enfant fut baptisé Giuseppe (Joseph). Pourtant, qui pouvait dire de ce dernier, qu'un jour il serait le successeur de saint Pierre !...

Comme dans toutes les modestes familles nombreuses, la famille Sarto devait faire attention, car les revenus étaient faibles, mais tous se résignaient à la volonté du Seigneur, contents de la table qu'il leur servait chaque jour.

Epouse et mère exemplaire, Marguerite s'efforçait d'inculquer à ses enfants les vertus chrétiennes qu'elle avait elle même hérité de ses parents.

C'est dans cet esprit que le petit Joseph grandissait. Souvent, il allait prier au sanctuaire de Cendrole, à un kilomètre de Riese, car déjà très jeune il avait une dévotion toute spéciale pour la Sainte Vierge. Jamais il ne manquait le catéchisme ni manquait à la Messe. C'était pour lui une joie d'assister aux offices et servir à l'autel comme enfant de chœur. À la maison, il se plaisait à construire avec ses frères de petits autels, où, avec une simplicité enfantine, il s'exerçait aux cérémonies de l'église. Ces actes de piété naïve déposaient en son cœur les premiers germes de cette vocation qui un jour devait faire de lui le saint Pape que nous connaissons.

Ce goût prononcé pour le catéchisme et la Messe ne manqua pas d'attirer l'attention de Don Fusarini, le curé qui l'avait baptisé. Quand il eut terminé, avec succès, ses études élémentaires, il apprit le latin et fréquenta comme externe, de 1846 à 1850, le collège de Castelfranco (à 7 km de Riese) pour des études secondaires. Sur ces entrefaites, Joseph Sarto reçut la Confirmation le 1er décembre 1845 dans la cathédrale d'Asolo, et la première Communion le 6 avril 1847.

Été comme hiver, il parcourait à pied deux fois par jour la route qui le conduisait de chez lui au collège, avec un morceau de pain dans la poche pour son repas. Excellent élève, il était toujours le premier. Après un brillant succès aux examens, le jeune garçon voulait entrer au Séminaire car il se sentait appelé par le sacerdoce. Ses parents n'étaient pas en état de faire des frais pour payer les études de leur fils. Les maigres revenus de ses parents suffisaient à peine à faire vivre la nombreuse famille, et il était impossible de s'engager dans des frais supplémentaires.
 
Les prières et la confiance en la Divine providence apporta consolation à la famille : Le patriarche de Venise disposait de plusieurs bourses d'études pour le séminaire de Padoue, en faveur des jeunes gens qui souhaitaient aspirer au sacerdoce. Le cardinal Jacopo Monico, originaire de Riese, fut informé par un curé du cas difficile de la famille Sarto, et très volontiers on lui attribua l'une de ces bourses.

AU SEMINAIRE DE PADOUE
 

Le jeune Joseph entra au séminaire à l'automne de 1850 où il y resta pendant huit ans. Ses supérieurs avaient gardé de lui un très bon souvenir. Il devint bien vite pour ses condisciples un modèle d'humilité et de simplicité ; vertus qu'il sut toujours allier à une grande fermeté de caractère. Maîtres et élèves appréciaient son intelligence, mais lui n'en tirait point vanité, ni ne cherchait point à paraître.

A Riese, tout le monde connaissait la situation très modeste de la famille Sarto. Bien que reçu gratuitement au Séminaire pour ce qui regarde la pension, les parents devaient faire face aux frais d'habillement, aux achats de livres et tout ce qu'il faut à un élève de Grand Séminaire. Quelques familles, qui estimaient et aimaient le jeune Sarto lui fournissaient un peu d'argent pour ces dépenses.

Le 4 mai 1852 un grand malheur vint troubler la joie de Joseph Sarto : la mort de son père, qui du coup plongea la famille dans une situation économique plus que dramatique. En cette douloureuse circonstance, Don Fusarini, archiprêtre, fut vraiment son ange consolateur : il assura à son père mourant qu'il continuerait à aider son fils Joseph dans ses études et ne cesserait de soulager les misères de la famille. Ainsi, le jeune séminariste se remit entre les mains de Dieu et se résigna à Sa volonté divine en esprit de sacrifice.

Son attention était aussi tourné à la musique et au chant d'église, si bien que ses supérieurs firent de lui le maître de chapelle du Séminaire. À la fin de l'année scolaire 1857-58, Joseph Sarto termina ses brillantes études.

PREMIÈRE MESSE

Le 18 septembre 1858 il fut ordonné prêtre. L'ordination se fit à la cathédrale de Castelfranco, et le lendemain, assisté par le curé de Riese, il put chanter avec une grande dévotion se première Messe là même où il fut baptisé. Peu après il fut nommé vicaire à Tombolo.

CURÉ À SALZANO

Au mois de mai 1867, alors âgé de 32 ans, il fut nommé archiprêtre de Salzano où il restera pendant neuf ans. Ses revenus étaient un peu plus important ici, mais ils servaient aux pauvres et aux malades. Il pensait à tous, excepté à lui-même, heureux seulement quand il pouvait faire du bien au prochain.
En neuf ans, il avait gagné les cœurs des paroissiens par sa parole, par ses actes et l'exemple d'une vie sainte.

CHANOINE À TRÉVISE

Trévise est situé à trente kilomètres de Venise. En 1875, trois stalles de chanoines se trouvèrent vacantes à la cathédrale de Trévise. L’Évêque songea donc à l'archiprêtre Sarto, dont il appréciait les éminentes qualités d'esprit et de cœur. En apprenant que l'Évêque voulait le nommer chanoine, il demanda à être ; dispensé de cette charge, mais en vain. C'est donc le 21 juillet 1875 qu'il se rendit à la cathédrale de Trévise pour prendre possession de son canonicat.
 
Joseph Sarto au séminaire de Trévise, entre les supérieurs et
les professeurs (3e, 2de rangée). Assis au centre,
Mgr Zinelli, qui l'avait appelé à Trévise.
 
Quand il entra en fonction comme Directeur spirituel, le Séminaire comptait deux cent trente élèves, dont soixante-dix clercs. A Trévise aussi Mgr. Sarto distribuait en aumônes une bonne partie des ses revenus. Il voulait que personne ne le sût, selon le mot de l'Èvangile : " Que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite " (Matt. VI, 3) ; mais il avait beau agir dans le secret, on sut bientôt qu'il venait en aide aux séminaristes pauvres, qu'il payait aux uns la soutane, aux autres le chapeau, à beaucoup les livres...

Autant il était charitable pour les autres, autant par contre il était sévère pour lui-même : il se souciait peu de ses vêtements ou de ses chaussures. Quel bel exemple de charité pour son prochain... !

VICAIRE CAPITULAIRE

Après la mort de Mgr. Zinelli, survenu le 24 novembre 1879, il eut la charge de gouverner le diocèse de Trévise du 27 novembre 1879 au 23 juin 1880. Ce peu de temps lui suffit pour faire beaucoup : Il prêchait plus qu'à l'ordinaire, redressait les mauvaises habitudes, introduisait les réformes que les constitutions Apostoliques permettent aux vicaires capitulaires ; mais son plus grand souci était que le peuple fût instruit de la religion, les enfants catéchisés et préparés avec soin à la première Communion.

LE SIÈGE ÉPISCOPAL DE MANTOUE


Les multiples mérites de cet homme de Dieu, ses vertus remarquables, sa sainteté de vie, son zèle pour le salut des âmes, sa compétence à gouverner le diocèse de Trévise étaient choses bien connues du Pape Léon XIII, qui, voulant lui témoigner sa confiance, le nomma dans le Consistoire du 10 novembre 1884, à l'évêché de Mantoue.
 
Mgr Sarto, évêque de Mantoue.
 
L'humble Joseph Sarto, loin de s'en réjouir, regarda cette nomination comme un malheur et écrivit même au Vatican pour la faire révoquer, se déclarant indigne d'un tel honneur et incapable de porter ce fardeau ; mais sa demande fut rejetée. Il partit donc pour Rome, où, le dimanche 16 novembre 1884, jour dédié au patronage de Marie la Vierge Immaculée protectrice de Mantoue, il fut sacré évêque dans l’Église de Saint-Apollinaire.

Le 25 février 1885, Mgr. Sarto obtint l'exequatur à la Bulle pontificale qui le nommait à l'évêché de Mantoue ; et c'est le 18 avril 1885 qu'il fit son entrée solennelle dans cette ville sous les applaudissements de la foule joyeuse et au son des cloches de la citée.

Pour les hommes destiné à de grandes choses, les voies de la Providence sont souvent mystérieuses. Mgr Sarto dut faire face à beaucoup de difficultés ; sa nouvelle fonction se présentant toute hérissée d'épines : nombreuses étaient les réformes à faire ; mais avec une inaltérable confiance en Dieu, il se mit au travail.

Il s'occupa d'abord du clergé : afin de relancer les vocations, il demanda que chacun selon son pouvoir vînt en aide aux séminaristes, de qui dépendait tout espoir d'un avenir meilleur pour le diocèse. Le résultat fut positif car le nombre des clercs s'éleva à 147.

Mgr Sarto eut particulièrement à cœur de former les séminaristes à l'esprit sacerdotal, au zèle pour le salut des âmes jusqu'au sacrifice de soi-même. Pour chaque jeune homme qui souhaitait entrer au séminaire, il voulait savoir si celui-ci avait la vocation, s'il était pieux, s'il fréquentait les sacrements, s'il priait... Bref, il souhaitait de vrais futurs prêtres pour l’Église.

Face au laissé aller qu'il y avait déjà à cette époque là dans certaines paroisses, il décida la tenue d'un Synode diocésain au terme duquel on y édita certaines prescriptions relatives à l'instruction religieuse du peuple :
- Explication, chaque dimanche, de l’Évangile ;
- Meilleure préparation des enfants à la première Communion ;
- Création de cercles et associations catholiques de jeunes gens, pour les tenir éloignés des dangers du monde ;
- Réorganisation des confréries.

On peut considérer ce Synode comme le point de départ de la restauration morale et religieuse de tout le diocèse de Mantoue.

CARDINAL ET PATRIARCHE
 
Cardinal et Patriarche de Venise.
 
Suite au décès, à, du Cardinal Patriarche Dominique Agostini, le Pape Léon XIII nommait, le 12 juin 1892, Joseph Sarto pour lui succéder. Une fois de plus, il demanda à être dispensé de ces fonctions, mais en vain, et se soumit à la volonté de Dieu.

En octobre de cette année là, il alla revoir sa mère bien-aimée et sa ville natale. Il baptisa un grand nombre d'enfants. Ce fut la dernière fois qu'il embrassa sa chère maman : celle-ci rendit sa belle âme à Dieu en février de l'année suivante. On grava sur sa tombe cette inscription composée par son fils :
 
Madame Jean-Baptiste Sarto, née Marguerite Sanson.
 
MARGUERITE SANSON
FEMME EXEMPLAIRE, ÉPOUSE VERTUEUSE
MÈRE INCOMPARABLE
LE 4 MAI 1852
PERDIT SON MARI BIEN-AIME
JEAN-BAPTISTE SARTO
RÉSIGNÉE ET CALME
DANS LES PEINES COMME DANS LES JOIES
AVEC UN COURAGE VIRIL
ELLE ÉLEVA CHRÉTIENNEMENT SES NEUF ENFANTS
LE 2 FÉVRIER 1894
DANS SA QUATRE-VINGT UNIÈME ANNÉE
ELLE COURONNA
PAR LA MORT DU JUSTE
UNE VIE DE TRAVAIL ET DE SACRIFICE.
POUR LEURS CHERS PARENTS
LE CARDINAL JOSEPH SARTO
SON FRÈRE ET SES SŒURS
DEMANDENT
L'ÉTERNELLE PAIX.

La perte de sa mère lui causa une grande douleur.

Le 25 novembre 1894, il officia pontificalement pour la première fois dans la Basilique Saint-Marc, à Venise. Le nouveau Patriarche recevait chaque jour quiconque avait besoin de lui et administrait le sacrement de Confirmation. Né pauvre lui-même, il vécut toujours pauvre d'esprit, plein de pitié pour les souffrances des malheureux ; aussi était-il toujours prêt à secourir ceux d'entre eux qui s'adressaient à lui. On peut dire que personne ne frappa vainement à sa porte sans avoir été secouru.

Souvent, il visitait les hôpitaux, les hospices d'aliénés et les prisons. Le zèle et l'activité du Cardinal Sarto n'avaient pas de bornes quand il s'agissait de soulager les misères humaines de toutes sortes.

Pour ses armoiries, Mgr Sarto choisit : " d'azur à l'ancre tridentée d'argent au naturel au dessus d'une mer agitée, illuminée d'une étoile d'or ".

Les 3 branches de l'ancre symbolisent la foi, la charité et l'espérance ; " que nous retenons pour notre âme comme une ancre sûre et ferme " (Hebr. VI-19) ; l'étoile rappelait Marie, Étoile de la mer. Devenu patriarche de Venise, il ajouta à ses armoiries le lion ailé tenant l’Évangile, qui représente l'évangéliste saint Marc, patron principal de l'auguste cité, avec ces mots : " Pax tibi Marce evangelista meus !" ; devenu Pape, Sa Sainteté Pie X a conservé le lion dans ses armes, y ajoutant seulement les insignes du Souverain Pontificat.

UN PAPE REMARQUABLE

Le 20 juillet 1903, Léon XIII rendit son âme à Dieu. Quelques jours plus tard, le 26, il quittait Venise pour se rendre au Conclave. Après les neuf jours de prières prescrites pour le Pontife défunt, le soir du 31 juillet, les Cardinaux entrèrent en Conclave ; ils étaient au nombre de 62.

 
Les premiers scrutins s'étaient orientés vers le cardinal Rampolla, collaborateur direct de Léon XIII, et fort intelligent ; " Rampolla avait pour lui tous ceux qui voulaient voir se poursuivre la politique libérale du Pape défunt ".

Le 1er août, le veto de l'empereur d'Autriche François-Joseph Ier fut apporté par l'évêque de Cracovie, contre le cardinal Rampolla. Ce veto, qui fut tant critiqué, sauva l’Église ; car, après sa mort, Mgr Jouin découvrit des documents prouvant qu'il était Franc-maçon.

 
Très régulièrement - et pendant une époque chaque samedi -, le cardinal Rampolla allait en Suisse y chercher les instructions du pouvoir occulte qu'il avait mission d'appliquer dans le gouvernement de la Sainte Église. D'après ces documents, il avait reçu l'ordre, pour la France, de faire rallier les catholiques à la république (c'est sous son influence que Léon XIII exécuta cette malheureuse disposition) ; et pour l'église, de fonder au Vatican même une loge dont les membres seraient destinés à occuper les plus hauts postes dans la hiérarchie ecclésiastique.

Suite à ce veto, le choix du Conclave se porta en faveur du Cardinal Sarto. A chaque tour de scrutin les voix allaient croissant, et il supplia très humblement ses collègues de ne plus voter pour lui. Il s'efforçait, après chaque tour, d'énumérer avec preuves à l'appui, les titres qui lui manquaient, d'après lui, pour pouvoir être Pape ; mais Dieu avait décidé autrement : Au septième tour le Cardinal Sarto fut élu Successeur de saint Pierre, le 4 août 1903, par 50 voix en sa faveur.

L'humble élu, la tête basse, les yeux fermés et les lèvres murmurant une prière, écoute la sentence, et selon la formule habituelle, le Cardinal doyen s'approche de lui et l'interroge :
" Acceptez-vous votre élection, selon les règles canoniques, au Souverain Pontificat ?"
L'auguste élu, levant au ciel des yeux baignés de larmes dit, à l'exemple du Sauveur au Jardin des Oliviers :
" Si ce calice ne peut être éloigné de moi, que la volonté de Dieu soit faite : J'accepte."
Le grand sacrifice est accompli ; Joseph Sarto, l'humble enfant de l'huissier municipal et de la couturière de campagne, est Pape !
Très émouvante fut la cérémonie du couronnement, le 9 août 1903, dans la basilique saint Pierre où Pie X y célébra sa toute première Messe en tant que Souverain Pontife. La cérémonie dura cinq heures.

Durant les onze années de son pontificat, ce ne sont pas moins de 3 300 documents officiels qu'il rédigera pour restaurer tout dans le Christ : " Nous déclarons que notre but unique, dans l'exercice du suprême Pontificat, est de tout restaurer dans le Christ afin que le Christ soit tout et en tout ", écrivait-il dans sa première Encyclique E Supremi Apostolatus du 4 octobre 1903.

LE DEFENSEUR DE JESUS-CHRIST ET DE SON ÉGLISE

Un témoin rapporte :
" Quel est le rôle d'un Pape ? demandais-je un jour au curé qui se chargeait de faire le catéchisme. Le Pape, me dit-il, en sa qualité de Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et défenseur de l’Église, a pour rôle de maintenir intacte la foi et la doctrine catholique."
A peine monté sur le trône pontifical, Pie X se mit courageusement à l'œuvre et commença par revendiquer la pleine liberté du Sacré-Collège dans l'élection du Souverain Pontife.

Un peu plus d'un an après son élection, Pie X dut faire face à l'injuste loi française de séparation de l’Église et de l'état, votée par le parlement, le 9 décembre 1905. Les effets de cette loi se firent sentir aussitôt :
- Spoliation des biens du clergé ;
- Persécution contre les institutions de bienfaisance ;
- Dissolution des congrégations religieuses ;
- Attaque sans merci contre les Sœurs des hôpitaux, des écoles ; des orphelinats et des asiles d'aliénés.
C'est dans ce contexte que Pie X protesta énergiquement : par l'Encyclique Vehementer du 11 février 1906 ; le Pape condamna solennellement la loi de séparation ; puis, près d'un an plus tard, il condamna dans son Encyclique " Une fois encore " la persécution contre l’Église, en France.

L’Église du Portugal fut elle aussi persécutée, d'une manière plus violente et plus barbare que l'avait été celle de France. Là encore, Pie X se conduisit comme il s'était conduit pour la France : L'Encyclique Jamdudum in Lusitania du 24 mai 1911 condamna les lois de persécutions et renouvela l'appel à l'union et à la persévérance dans la foi catholique. Ainsi, une seconde fois, le Pape Pie X, avec une charité évangélique, vint au secours des victimes de la persécution, accueillant par la même occasion, au Vatican, les prêtres et évêques portugais.

Le 24 mai 1910, il publia l'Encyclique Editae saepe dans laquelle il mettait en relief sa force d'âme dans la lutte contre les erreurs du temps. Il indiquait les caractères qui distinguent la vraie réforme de la fausse, en démasquant les prétendus réformateurs dont le but inavoué était de détruire la foi. C'est pourquoi, Pie X exhortait tous les fidèles à vivre en bons chrétiens, à fréquenter les sacrements et à se dépenser pour le salut des âmes.

Il eut également à protester contre les vexations des indiens du Pérou et des autres pays voisins. Il le fit par la lettre Lamentabili, du 7 juin 1912, aux évêques de l'Amérique Latine.

Les incroyants eux-mêmes ne purent s'empêcher d'admirer l'œuvre de Pie X : c'est ainsi que, le 24 juin 1914, la Serbie conclut un Concordat aux termes duquel les catholiques de ce pays jouiraient désormais d'une pleine liberté dans l'exercice du culte, et un Séminaire ouvrit à Belgrade.

DÉFENSEUR ET VENGEUR DE LA FOI


Déjà à l'époque, des théories nouvelles menaçaient l’Église. Certains éprouvaient la démangeaison de réformer les doctrines catholiques en les remplaçant par d'autres mieux adaptées aux conditions des temps modernes ; comme si les dogmes catholiques devaient changer avec les idées des hommes et comme si c'était à la religion à s'adapter aux hommes, et non le contraire. Dieu devrait-il être au service de l'homme ?

Les modernistes commençaient à s'infiltrer. Pie X s'en inquiéta pour le salut des âmes et pour la doctrine même de Eglise. Le 8 septembre 1907, il publia son admirable Encyclique Pascendi dominici gregis contre le modernisme, qui faisait suite au décret Lamentabili sane exitu paru un trimestre plus tôt, le 3 juillet 1907. C'est aussi à cette époque qu'il intervint dans la question du Sillon.

LE RÉFORMATEUR

Le Pape Pie X réglementa aussi la prédication et l'enseignement du catéchisme. Rappelant aux curés leur devoir d'instruire le peuple des vérités de la religion, il voulut que, chaque dimanche et à chaque fête de l'année, ils expliquent le texte du catéchisme du Concile de Trente.

Le 20 décembre 1905, il publia le décret Sacra Tridentina Synodus où il exhortait à la Communion fréquente et quotidienne, tous les fidèles ayant atteint l'âge de raison.

Cette sollicitude du Saint-Père à rappeler tous les fidèles à la Communion fréquente et quotidienne produisit partout une bonne impression : les prêtres rivalisèrent de zèle pour répandre cette sainte pratique, et les fidèles répondirent avec empressement à l'appel du Souverain Pontife. Ce fut un véritable réveil universel de la dévotion à l'Eucharistie.

Constatant qu'un peu partout on retardait d'une façon abusive l'acte solennel de la première Communion, il décida que celle-ci se ferait désormais à l'âge de sept ans.

LE LITURGISTE

Le seul chant liturgique adopté par l'Eglise fut celui auquel St Grégoire le Grand a donné son nom. A côté du chant grégorien l’Église admit aussi la musique polyphonique, que le génie classique de Palestrina entre autres porta à son apogée au XVIe siècle.

Ca et là, les compositions profanes et théâtrales prenaient le pas sur le chant grégorien qui, par ailleurs commençait à être dénaturé par les liturgistes.

Dans son Encyclique Motu proprio du 22 novembre 1903, le Pape Pie X s'élevait avec force contre cette profanation. Il créa une commission spécialement chargée de rétablir dans sa beauté primitive le chant liturgique, et fonda l'école supérieure de musique sacrée.

A ses réformes nécessaires, il se devait d'y ajouter celle du Bréviaire et du Missel : par la Bulle Divino afflatu du 1er novembre 1911, il traça les grandes lignes de cette importante réforme, à l'issu de quoi le nouveau Bréviaire et le nouveau Missel furent publiés.

Comme chacun le sait, les Saints et les Bienheureux sont nos intercesseurs auprès de Dieu. Pie X canonisa quatre Saints et béatifia soixante-treize Bienheureux :

Canonisations :

- 11 décembre 1904 : saint Alexandre Sauli, barnabite, Supérieur de sa congrégation, puis évêque du diocèse d'Aléria. Saint Gérard Majella, Frère laïque chez les rédemptoristes. Nombreux miracles.
- 20 mai 1909 : saint Joseph Oriol, Chanoine de Sainte-Marie du Pin, près de Barcelone. Saint Clément-Marie Hofbauer, Rédemptoriste. Fonda à Varsovie une congrégation de son Ordre.

Béatifications :


- 18 décembre 1904 : Bx Gaspar del Buffalo, fondateur de la congrégation des Missionnaires du Précieux-sang.
- 27 décembre 1904 : Bx Etienne Bellesini, Ermite de l'Ordre de St. Augustin, puis curé de Notre-Dame de Gennazano.
- 1er janvier 1905 : Bx Agathange de Vendôme, Capucin à Vendôme, fut envoyé en Egypte. Martyr en Abyssinie. Bx Cassien de Nantes, Capucin. Martyrisé en Abyssinie.
- 8 janvier 1905 : Bx Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, en France
- 15 janvier 1905 : Bx Marc Crison, Chanoine, brutalement tué par des soldats calvinistes à Körösi, en Hongrie. Bx Etienne Pongracz, Jésuite, brutalement tué par des soldats calvinistes à Körösi, en Hongrie.
Bx Melchior Grodecz, Jésuite, brutalement tué par des soldats calvinistes à Körösi, en Hongrie.
- 13 mai 1906 : Bse Julie Billiart, fondatrice de l'institut de N.D pour l'éducation chrétienne des filles, à Amiens (France).
- 20 mai 1906 : Huit Martyrs dominicains du Tonkin, missionnaires envoyés au Viêt-nam, Martyrisés à Tonkin, en 1745
- 27 mai 1906 : Les seize Carmélites de Compiègne, Religieuses Martyrs sous la Révolution française, exécutées en 1794.
- 10 juin 1906 : Bx Bonaventure Gran, Frère mineur, fonda plusieurs maisons de retraite de son Ordre, en Italie.
- 17 mai 1908 : Bse Marie-Madeleine Postel, Fondatrice des Sœurs des écoles chrétiennes.
- 24 mai 1908 : Bse Madeleine-Sophie Barat, Fondatrice de la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus.
- 31 mai 1908 : Bx Gabriel dell'Addolorata, Passioniste.
- 18 avril 1909 : Bse Jeanne d'Arc, Fille de paysans, elle délivra la France des anglais.
- 25 avril 1909 : Bx Jean Eudes, fonda la congrégation N.D de la Charité du refuge, et la Société de Jésus et de Marie.
- 2 mai 1909 : Trente-quatre missionnaires Martyrs d'Extrême-Orient, missionnaires envoyés en Chine, martyrs.

Saint Pie X au travail à son bureau face à une statue de
saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, qu'il vénérait et qu'il béatifia.

Le cinquantième anniversaire de la proclamation du Dogme de l'Immaculée Conception fut pour Pie X un motif de faire aimer notre très sainte Vierge Marie. L'Encyclique Ad diem illum du 2 février 1904 exhorte tous les fidèles à honorer cette bonne Mère du Ciel et à implorer sa protection.

LE LÉGISLATEUR

Le 19 mars 1904, Pie X décida qu'il fallait codifier le Droit canonique. Dans ce but, il établit une commission de Cardinaux chargée d'établir des projets de lois. Le nouveau code fut publié sous Benoît XV, son successeur, mais cela n'enlève rien à la gloire de Pie X, qui vraiment mit toute son âme au service de son élaboration.

En France, la famille commençait à être attaquée par les idées franc-maçonnes. Aussi, pour protéger l'intégrité de la famille, Pie X modifia, par décret Ne temere, du 2 août 1907, les règles relatives aux fiançailles et à la célébration du mariage.

LA MORT DU SAINT PAPE

L'agonie de saint Pie X.

1914 : la première guerre mondiale allait éclater. Saint Pie X eut la claire pensée de l'affreuse tuerie qui se préparait. L'ardente prière pour la paix qu'il envoya à tous les catholiques du monde, le 2 août 1914, fut l'expression la plus émouvante de sa douleur et de ses avertissements.

Une bronchite avait affaibli sa robuste constitution. L'auguste malade priait pour la paix. Le 19 août 1914, le Prélat Sacriste lui administra les derniers sacrements. Il avait perdu déjà l'usage de la parole, mais gardé sa pleine lucidité. A une heure et quart du matin, dans la nuit du 19 au 20, le saint Pape rendit son âme à Dieu.

Pour être complet, il faut savoir que saint Pie X s'apprêtait à excommunier les princes et les gouvernants catholiques en cause dans le futur conflit. Son aura et le respect dont il était entouré étaient un obstacle au déclenchement du conflit et ses ennemis le trouvaient extrêmement embarrassant. Un certain nombre de commentateurs dignes de foi ont évoqué la possibilité que l'on ait empoisonné ce saint pape à la santé robuste...


Saint Pie X sur son lit de mort.
 
LE TESTAMENT DE PIE X

Pie X débute son testament par une invocation à la Très Sainte Trinité, suivie d'un acte de confiance en la divine miséricorde, puis il ajoute :
" Je suis né pauvre, j'ai vécu pauvre et je veux mourir pauvre. Je prie le Saint-Siège d'accorder à mes sœurs Anne et Marie une pension qui ne dépasse pas 300 francs par mois, et à mon valet de chambre une pension de 60 francs."
De plus, il légua 10 000 francs à ses neveux, mais en soumettant ce don à l'approbation de son Successeur.
Il demanda que ses funérailles soient aussi simples que les règles liturgiques le permettaient, défendit d'embaumer son corps, et voulut qu'on l'ensevelît dans les souterrains de la Basilique Vaticane.

La dépouille mortelle de Pie X, revêtue des ornements pontificaux, fut exposée dans la Salle du Trône, puis on le transporta à la Basilique saint Pierre et exposée dans la chapelle du Très-Saint-Sacrement. La cérémonie religieuse eut lieu le 23 août 1914.

Le premier procès en vue de sa canonisation eut lieu le 14 février 1923 et dura jusqu'en 1931. Douze années plus tard, le Pape Pie XII ouvrit le second procès et, le 3 juin 1951 au matin, après le chant des Litanies des Saints, Pie X fut solennellement proclamé Bienheureux dans la Basilique Saint-Pierre de Rome, puis enfin canonisé en 1954.


Verrière représentant saint Jean-Marie Vianney et saint Pie X.
Église Notre-Dame de Combourg. Bretagne.

00:05 Publié dans P | Lien permanent | Commentaires (2)