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vendredi, 22 décembre 2017

22 décembre. Bienheureuse Marie Mancini, de Pise, de l'ordre de Saint-Dominique. 1431.

- Bienheureuse Marie Mancini, de Pise, de l'ordre de Saint-Dominique. 1431.

Papes : Martin V (+1431) ; Eugène IV.

" Placez vos richesses dans le ciel, et le poids de votre veuvage deviendra tolérable."
Saint Jean Chrysostome.


Bienheureuse Marie Mancini. Imagerie populaire.
D'après un anonyme italien du XVIIe.

La bienheureuse Marie, que le monde appelait Catherine, naquit à Pise vers la fin du XIVe siècle. Son père, nommé Barthélémy, était de la noble famille des Mancini, fameuse alors en Toscane. Humble et pure, ses premières années s'écoulèrent dans la paix et les soins pieux de la famille. Encore au berceau, elle reçut de son ange un avertissement qui préserva ses jours. Plus tard, ce même ange lui apparut dans une autre vision, et dès lors entre elle et lui s'établit un mystérieux échange de prières, de grâces et de pieux avis.

Bien jeune encore, notre bienheureuse - qui était d'une grande beauté - fut mariée, et de cette union eut deux filles qui, après quelques jours de vie, s'envolèrent au ciel. Son mari lui-même passa bientôt de ce monde à l'autre. La bienheureuse avait pris un époux non par choix mais par obéissance ; l'obéïssance lui fit accepter un second mariage. Elle en eut cinq fille et un fils.

Marie sut joindre à ses travaux de mère, à ses devoirs d'épouse, la contemplation la plus haute, la plus large, et la plus tendre charité. Les pauvres étrangers et les malades trouvaient dans la maison de cette pieuse dame les secours les plus empressés et les soins les plus affectueux : elle aimait à remplir envers les membres souffrants de Notre Seigneur Jésus-Christ tous les devoirs de la charité.


Primatiale Notre-Dame-de-l'Assomption. Pise.

Veuve une seconde fois, et ayant vu mourir tous ses enfants, elle refusa désormais les alliances terrestres et résolut de mener une vie plus austère. Aussi fit-elle voeu de jeûner quatre fois la semaine, de flageller son corps par des disciplines quotidiennes, de ne s'accorder que le sommeil nécessaire sur un lit de bois, et de s'adonner nuit et jour à l'oraison. Elle ajoutait à ces pieux exercice le travail manuel qui lui procurait les aliments nécessaires, et souvent elle les donnait, pleine de joie, aux malades et aux indigents. Elle demandaient sans cesse à Dieu de se conformer en tout à sa sainte volonté.

Vers ce temp-là, sainte Catherine de Sienne vint à Pise : Marie eut avec elle des rapports très intimes et en reçut de salutaires avis. A son exhortation, elle prit l'habit des soeurs de l'ordre de Saint-Dominique, que l'on nommait alors soeurs de la Pénitence, et peu après elle résolut d'entrer dans une maison d'observance. Car, comme toutes les religieuses vivaient de leurs propres revenus, Marie mena une vie commune avec six compagnes qui étaient à sa charge, et qu'elle dirigeait avec prudence. Son amour pour la perfection lui fit quitter ce couvent pour passer, avec la bienheureuse Claire, dans celui de Saint-Dominique que venait de fonder Pierre Gambacorti, père de celle-ci.


Bienheureuse Claire Gambacorti.
Imagerie populaire. D'après un anonyme italien du XVIIe.

Alors, de concert avec quelques compagnes embrasées de la même ardeur, elle fit tous ses efforts pour mettre en vigueur la stricte observance de la règle, et tel fut son zèle qu'à la moirt de la bienheureuse Claire, les religieuses l'urent prieure.

On raconte mille choses merveilleuses dont fut remplie la vie cloîtrée de notre bienheureuse Marie Mancini : visions célestes, étranges et terribles assauts de l'enfer, excès héroïques de pénitence, immense charité, tendre et généreuse compassion pour les pauvres âmes du purgatoire.

Enfin, avancée en âge, elle s'envola au ciel en l'année 1431.

Son corps, tiré du tombeau quelques années après sa mort, fut placé sur les autels et devint l'objet d'un culte perpétuel. La souverain pontife Pie IX, après avoir consulté la sacrée Congrégation des Rites, l'approuva canoniquement le 2 août 1855, et accorda à tout l'ordre des Frères Prêcheurs, ainsi qu'au diocèse de Pise, le privilège d'une messe et d'un office en l'honneur de la bienheureuse Marie Mancini. Cette fête a été fixée le 30 janvier.

Elle est considérée comme une des saintes patronnes des familles et des religieuses.

Rq : On veillera à éviter l'outrage de confondre notre merveilleuse bienheureuse avec son homonyme, nièce de Mazarin, maîtresse du jeune Bourbon, Louis, XIVe du nom, roi de France...

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22 décembre. " O Rex gentium ".

- " O Rex gentium ".

" O Rex gentium, et desideratus earum,
Lapisque angularis, qui facis utraque unum :
Veni, et salva hominem quem de limo formasti."

" Ô Roi des nations, objet de leurs désirs !
Pierre angulaire qui réunissez en vous les deux peuples !
Venez et sauvez l'homme que vous avez formé du limon."


PRIERE

" Ô Roi des nations ! Vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu'un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d'avoir été choisie pour le sublime ministère de servir de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s'estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l'heure approche où, sans cesser d'être son fils, vous sortirez d'elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l'amour maternel se confondant avec l'amour qu'elle a pour son Dieu, elle est au moment d'expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur.

Mais vous la soutenez, Ô Désiré des nations ! Car vous voulez qu'elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, Ô divin Roi ! Venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l'homme vous est cher, puisque vous l'avez pétri de vos mains. Oh ! Venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la ; sauvez-la; car vous l'aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage."


Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi, devant Pilate. Duccio di Buoninsegna. XIVe.

GRANDE ANTIENNE EN L’HONNEUR DU CHRIST

" Ô Roi Pacifique ! Vous qui êtes né avant les siècles, hâtez-vous de sortir par la porte d'or : visitez ceux que vous devez racheter, et faites-les remonter au lieu d'où le péché les a précipités."

jeudi, 21 décembre 2017

21 décembre. Saint Thomas de Galilée, Apôtre, martyr à Méliapour, dans les Indes. Ier siècle.

- Saint Thomas de Galilée, Apôtre, martyr à Méliapour, dans les Indes. Ier siècle.

Pape : Saint Ckément. Empereur romain : Domitien.

" L'infidélité de saint Thomas en a fait un témoin irréprochable de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ ; la foi de saint Thomas, devenue plus vive et plus courageuse après son infidélité, en a fait un prédicateur zélé et un glorieux martyr de la résurrection."
Du Jarry, Essai de panégyriques.


Saint Thomas. Georges de La Tour. XVIe.

Voici la dernière Fête que va célébrer l'Eglise avant celle de la Nativité de son Seigneur et Epoux. Elle interrompt les Féries majeures pour honorer Thomas, Apôtre du Christ, et dont le glorieux martyre, consacrant à jamais ce jour, procura au peuple chrétien un puissant introducteur auprès du divin Messie. Il appartenait à ce grand Apôtre de paraître sur le Cycle dans les jours où nous sommes, afin que sa protection aidât les fidèles à croire et à espérer en ce Dieu qu'ils ne voient pas encore, et qui vient à eux sans bruit et sans éclat, afin d'exercer leur Foi.


L'infidélité de saint Thomas. Cima da Conegliano. XVe.

Saint Thomas douta un jour, et ne comprit le besoin de la Foi qu'après avoir passé parles ombres de l'incrédulité : il est juste qu'il vienne maintenant en aide aux enfants de l'Eglise, et qu'il les fortifie contre les tentations qui pourraient leur survenir de la part d'une raison orgueilleuse. Adressons-nous donc à lui avec confiance ; et du sein de la lumière où son repentir et son amour l'ont placé, il demandera pour nous la docilité d'esprit et de cœur qui nous est nécessaire pour voir et pour reconnaître Celui qui fait l'attente des nations, et qui, destiné à régner sur elles, n'annoncera son arrivée que par les faibles vagissements d'un enfant, e. non par la voix tonnante d'un maître. Mais lisons d'abord le récit des Actes de notre saint Apôtre. L'Eglise a jugé à propos de nous le présenter sous la forme la plus abrégée, dans la crainte de mêler quelques détails fabuleux aux faits incontestables que les sources authentiques nous fournissent.


Saint Thomas et saint Mathieu. Robert Malnoury.
Cathédrale Saint-Gatien. Tours. XVIIe.

Thomas signifie abyme, ou jumeau, en grec Dydime : ou bien il vient de thomos qui veut dire division, partage. Il signifie abyme, parce qu'il mérita de sonder les profondeurs de la divinité, quand, à sa question, Notre Seigneur Jésus-Christ répondit :
" Je suis la voie, la vérité et la vie."

On l’appelle Dydime pour avoir connu de deux manières la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. Les autres en effet, connurent le Sauveur en le voyant, et lui, en le voyant et en le touchant. Il signifie division, soit parce qu'il sépara son âme de l’amour des choses du monde, soit parce qu'il se sépara des autres dans la croyance à la résurrection.

On pourrait dire encore qu'il porte le nom de Thomas, parce qu'il se laissa inonder tout entier par l’amour de Dieu.
Il posséda ces trois qualités qui distinguent ceux qui ont cet amour et que demande Prosper au livre de la vie contemplative : Aimer Dieu, qu'est-ce ? Si ce n'est concevoir au fond du coeur un vif désir de voir Dieu, la haine du péché et le mépris du monde. Thomas pourrait encore venir de Theos, Dieu, et meus, mien, c'est-à-dire, mon Dieu, par rapport à ces paroles qu'il prononça lorsqu'il fut convaincu, et eut la foi :
" Mon Seigneur et mon Dieu."


L'infidélité de saint Thomas. Andrea del Verrocchio. XVe.

L'apôtre Thomas était à Césarée quand le Seigneur lui apparut et lui dit :
" Le roi des Indes Gondoforus a envoyé son ministre Abanès à la recherche d'un habile architecte. Viens et je t'adresserai à lui." (On a des médailles de Gondoforus).
" Seigneur, répondit Thomas, partout où vous voudrez, envoyez-moi, excepté aux Indes."
Dieu lui dit :
" Va sans aucune appréhension, car je serai ton gardien. Quand tu auras converti les Indiens, tu viendras à moi avec la palme du martyre."
Et Thomas lui répondit :
" Vous êtes mon maître, Seigneur, et moi votre serviteur : que votre volonté soit faite."
Comme le prévôt ou l’intendant se promenait sur la place, le, Seigneur lui dit :
" Que vous faut-il, jeune homme ?
- Mon maître, dit celui-ci, m’a envoyé pour lui ramener des ouvriers habiles en architecture, qui lui construisent un palais à la romaine."
Alors le Seigneur lui offrit Thomas comme un homme très capable en cet art.


Saint Thomas, architecte. Nicolaes Maes. XVIIe.

Ils s'embarquèrent, et arrivèrent à une ville où le roi célébrait le mariage de sa fille. Il avait fait annoncer que tous prissent part à la noce, sous peine d'encourir sa colère. Abanès et l’apôtre s'y rendirent. Or, une jeune fille juif, qui tenait une flûte à la main, adressait quelques paroles flatteuses à chacun. Quand elle vit l’apôtre, elle reconnut qu'il était juif parce qu'il ne mangeait point et qu'il tenait les yeux fixés vers le ciel. Alors elle se mit à chanter en hébreu devant lui :
" C'est le Dieu des Hébreux qui seul a créé l’univers, et creusé les mers." Et l’apôtre voulait lui faire répéter ces mêmes paroles.

L'échanson remarquant qu'il ne mangeait ni ne buvait, mais tenait constamment les yeux vers le ciel, donna un soufflet à l’apôtre de Dieu.
" Mieux vaudrait pour toi d'être épargné plus tard, lui dit l’apôtre, et d'être puni ici-bas d'un châtiment passager. Je ne me lèverai point que la main qui m’a frappé n'ait été ici même apportée par les chiens."
Or, l’échanson étant allé puiser de l’eau à ta, fontaine, un lion l’étrangla et but son sang. Les chiens déchirèrent son cadavre, et l’un d'eux, qui était noir, en apporta la main droite au milieu du festin. A cette vue toute la foule fut saisie, et la pucelle se rappelant ses paroles, jeta sa flûte et vint se prosterner aux pieds de l’apôtre.


Saint Thomas au repas de noce.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Cette vengeance est blâmée par saint Augustin dans son livre contre Fauste où il déclare qu'elle a été intercalée ici par un faussaire ; aussi cette légende est tenue pour suspecte en bien des points. On pourrait dire néanmoins, que ce ne fut pas une vengeance mais une prédiction. En examinant au reste avec soin les paroles de saint Augustin, cette action ne paraît pas improuvée tout à fait. Or voici ce qu'il dit dans le même livre :
" Les Manichéens se servent de livres apocryphes, écrits sous le nom des apôtres, je ne sais par quels compilateurs de fables. Au temps de leurs auteurs, il auraient joui de quelque autorité dans l’Église, si de saints docteurs qui vivaient alors et qui pouvaient les examiner en eussent reconnu l’authenticité. Ils racontent donc que l’apôtre Thomas se trouvant à un repas de noces comme pèlerin inconnu, il avait été frappé de la main d'un serviteur contre lequel il aurait exprimé aussitôt le souhait d'une cruelle vengeance. Car cet homme, étant sorti afin d'aller puiser de l’eau à une fontaine pour les convives, aurait été tué par un lion qui se serait jeté sur lui ; et la main qui avait frappé légèrement la figure de l’apôtre, arrachée du corps d'après son voeu et ses imprécations, aurait été apportée par un chien sur la table où l’apôtre était placé. Peut-on voir quelque chose de plus cruel ?

Or, si je ne me trompe, cela veut dire qu'en obtenant son pardon pour la vie future, il y eut une certaine compensation par un plus grand service qu'il lui rendait. L'apôtre, chéri et honoré de Dieu, était, par ce moyen, rendu recommandable et à ceux qui ne le connaissaient pas et à celui en faveur duquel il obtenait la vie éternelle à la place d'une vie qui devait finir. Il m’importe peu si ce récit est vrai ou faux : ce qu'il y a de certain, c'est que les Manichéens, qui reçoivent comme vraies et sincères ces écritures que le canon de l’Église rejette, sont du moins forcés d'avouer que la vertu de patience enseignée par le Seigneur lorsqu'il dit que " si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche ", peut exister réellement au fond du coeur, quand bien même on n'en ferait pas montre par ses gestes et ses paroles, puisque l’apôtre, qui avait été souffleté, pria le Seigneur d'épargner l’insolent dans la vie future, en ne laissant pas sa faute impunie ici-bas, plutôt que de lui présenter l’autre joue ou de l’avertir de le frapper une seconde fois. Il avait l’amour de la charité intérieurement, et extérieurement il réclamait une correction qui servit d'exemple.


Saint Thomas au repas de noce.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. J. de Besançon. XVe.

Que ceci soit vrai ou que ce ne soit qu'une fable, pourquoi refuseraient-ils de louer dans l’apôtre ce qu'ils approuvent dans le serviteur de Dieu Moïse qui égorgea les fabricateurs et les adorateurs d'une idole.
Si nous comparons les châtiments, être tué par le glaive ou être déchiré sous la dent des bêtes féroces, c'est chose semblable, puisque les juges, d'après les lois publiques, condamnent îles grands coupables à périr ou sous la dent des bête, ou bien par l’épée."

Voilà ce que dit saint Augustin.

Alors l’apôtre, sur la demande du roi, bénit l’époux et l’épouse en disant :
" Accordez, Seigneur, la bénédiction de votre droite à ces jeunes gens, et semez au fond de leurs coeurs les germes féconds de la vie."
Quand l’apôtre se retira, l’époux se trouva tenir une branche chargée de dattes. Les époux après avoir mangé de ces fruits s'endormirent tous deux et eurent le même songe. Il leur semblait qu'un roi couvert de pierreries les embrassait en disant :
" Mon apôtre vous a bénis pour que vous ayez part à la vie éternelle."
S'étant éveillés ils se racontaient l’un à l’autre leur songe, quand l’apôtre se présenta, il leur dit :
" Mon roi vient de vous apparaître, il m’a introduit ici les portes fermées, pour que ma bénédiction vous profitât. Gardez la pureté du corps, c'est la reine de toutes lesvertus et le salut éternel en est le fruit. La virginité est la sueur des Anges, comble de biens, elle donne la victoire sur les passions mauvaises, c'est le trophée de la foi, la fuite des démons et le gage des joies éternelles. La luxure engendre la corruption, de la corruption naît la souillure, de la souillure vient la culpabilité, et la culpabilité produit la confusion."
Pendant qu'il exposait ces maximes, apparurent deux anges qui leur dirent :
" Nous sommes envoyés pour être vos anges gardiens : si vous mettez en pratique les avis de l’apôtre avec fidélité, nous offrirons tous vos souhaits à Dieu."
Alors Thomas les baptisa et leur enseigna chacune des vérités de la foi. Longtemps après, l’épouse, nommée Pélage, se consacra à Dieu en prenant le voile, et l’époux, qui s'appelait Denys, fut ordonné évêque de cette ville.


L'infidélité de saint Thomas.
Le Caravage (Michelangelo Merisi). XVIe.

Après cela, Thomas et Abanès allèrent chez le roi des Indes. L'apôtre traça le plan d'un palais magnifique : le roi, après lui avoir remis de considérables trésors, partit pour une autre province. L'apôtre distribua aux pauvres le trésor tout entier. Pendant les deux ans que dura l’absence du roi, Thomas se livra avec ardeur à la prédication et convertit à la foi un monde innombrable. A son retour, le roi s'étant informé de ce qu'avait fait Thomas, l’enferma avec Abanès au fond d'un cachot, en attendant qu'on les fit écorcher et livrer aux flammes.

Sur ces entrefaites, Gab, frère du roi, meurt. On se préparait à lui élever un tombeau magnifique, quand le quatrième jour, le mort ressuscita ; tout le monde effrayé fuyait sur ses pas ; alors il dit à son frère :
" Cet homme, mon frère, que tu te disposais à faire écorcher et brûler, c'est un ami de Dieu et tous les anges lui obéissent. Ceux qui me conduisaient en paradis me montrèrent un palais admirable bâti d'or, d'argent et, de pierres précieuses ; j'en admirais la beauté, quand ils me dirent :
" C'est le palais que Thomas avait construit pour ton frère."
Et comme je disais :
" Que n'en suis-je le portier !"
Ils ajoutèrent alors :
" Ton frère s'en est rendu indigne ; si donc tu veux y demeurer, nous prierons le Seigneur de vouloir bien te ressusciter afin que tu puisses l’acheter à ton frère en lui remboursant l’argent qu'il pense avoir perdu."


L'infidélité de saint Thomas. Ivoire. XIIe.

En parlant ainsi, il courut à la prison de l’apôtre, le priant d'avoir de l’indulgence pour son frère. Il délia ses chaînes et le pria de recevoir un vêtement précieux.
" Ignores-tu, lui répondit l’apôtre, que rien de charnel, rien de terrestre n'est estimé de ceux qui désirent avoir puissance en choses célestes ?"
Il sortait de la prison quand le roi, qui venait au-devant de lui, se jeta à ses pieds en lui demandant pardon.
Alors l’apôtre dit :
" Dieu t'a accordé une grande faveur que de te révéler ses secrets. Crois en Notre Seigneur Jésus-Christ et reçois le baptême pour participer au royaume éternel."
Le frère du roi lui dit :
" J'ai vu le palais que tu avais bâti pour mon frère et il me ferait plaisir de l’acheter." L'apôtre repartit : « Cela est au pouvoir de ton frère. » Et le roi lui dit :
" Je le garde pour moi : que l’apôtre t'en bâtisse un autre, ou bien s'il ne le peut, nous le posséderons en commun."
L'apôtre répondit :
" Ils sont innombrables dans le ciel, les palais préparés aux élus depuis le commencement du monde ; on les achète par les prières et au prix de la foi et des aumônes. Vos richesses peuvent vous y précéder, mais elles ne sauraient vous y suivre."

Un mois après, l’apôtre ordonna de rassembler tous les pauvres de cette province, et quand ils furent réunis, il en sépara les malades et les infirmes, fit une prière sur eux. Et après que ceux qui avaient été instruits eurent répondu " Amen ", un éclair parti du ciel éblouit aussi bien l’apôtre que les assistants pendant une demi-heure, au point que tous se croyaient tués par la foudre ; mais Thomas se leva et dit :
" Levez-vous, car mon Seigneur est venu comme la foudre et vous a guéris."


Saint Thomas prêchant. Livre des merveilles. Paris. XVe.

Tous se levèrent alors guéris et rendirent gloire à Dieu et à l’apôtre. Thomas s'empressa de les instruire et leur démontra les douze degrés des vertus :
- Le 1er, c'est de croire en Dieu, qui est un en essence et triple en personnes ; il leur donna trois exemples sensibles pour prouver que dans une essence, il y a trois personnes. Le 1er est que dans l’homme il y a une sagesse et d'elle seule et unique procèdent intelligence, mémoire et génie. Par ce génie, dit-il, vous découvrez ce que vous n'avez pas appris ; par la mémoire, vous retenez ce que vous avez appris et avec l’intelligence vous comprenez ce qui peut être démontré et enseigné.
Le 2e est que dans une vigne il se trouve trois parties : le bois, les feuilles et le fruit et ces trois ensemble font une seule et même vigne.
Le 3e est qu'une tête contient quatre sens, savoir : la vue, le goût, l’ouïe et l’odorat ; ce qui est multiple et ne fait cependant qu'une tête.
- Le 2e degré est de recevoir le baptême.
- Le 3e est de s'abstenir de la fornication.
- Le 4e c'est de fuir l’avarice.
- Le 5e de se préserver de la gourmandise.
- Le 6e de vivre dans la pénitence.
- Le 7e de persévérer dans ces bonnes Oeuvres.
- Le 8e d'aimer à pratiquer l’hospitalité.
- Le 9e de chercher et de faire la volonté de Dieu dans ses actions.
- Le 10e de rechercher ce que la volonté de Dieu défend et de l’éviter.
- Le 11e de pratiquer la charité envers ses amis comme envers ses ennemis.
- Le 12e d'apporter un soin vigilant à garder ces degrés.

Après cette prédication furent baptisés neuf mille hommes, sans compter les enfants et les femmes. De là Thomas alla dans l’Inde supérieure, où il se rendit célèbre par un grand nombre de miracles. L'apôtre donna la lumière de la foi à Sintice, qui était amie de Migdomie, épouse de Carisius, cousin du roi et Migdomie dit à Sintice :
" Penses-tu que je le puisse voir ?"
Alors Migdomie, de l’avis de Sintice, changea de vêtement et vint se joindre aux pauvres femmes dans le lieu où l’apôtre prêchait.
Or le saint se mit à déplorer la misère de la vie et dit entre autres choses que cette vie est misérable, qu'elle est fugitive et sujette aux disgrâces ! Quand on croit la tenir, elle s'échappe et se disloque, et il commença à exhorter par quatre raisons à écouter volontiers la parole de Dieu, qu'il compara à quatre sortes de choses, savoir :
- à un collyre, parce qu'elle éclaire l’œil de notre intelligence ;
- à une potion, parce qu'elle purge et purifie notre affection de tout amour charnel ;
- à un emplâtre, en ce qu'elle guérit les blessures de nos péchés ;
- à la nourriture, parce qu'elle nous fortifie dans l’amour des choses célestes.
 
" Or de même, ajouta-t-il, que ces objets ne font de bien à un malade qu'autant qu'il les prend, de même la parole de Dieu ne profite pas à une âme languissante si elle ne l’écoute avec dévotion."

L'infidélité de saint Thomas.
Livre d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Or tandis que l’apôtre prêchait, Migdomie crut et dès lors elle eut horreur de partager la couche de son mari. Mais Carisius demanda au roi et obtint que l’apôtre fût mis en prison. Migdomie l’y vint trouver et le pria de lui pardonner d’avoir été emprisonné par rapport à elle. Il la consola avec bonté et l’assura qu'il souffrait tout de bon coeur. Or Carisius demanda au roi d'envoyer la reine, soeur de sa femme, pour qu'elle tâchât de la ramener, s'il était possible. La reine fut envoyée et convertie par celle qu'elle voulait pervertir ; après avoir vu tant de prodiges opérés par l’apôtre :
" Ils sont maudits de Dieu, dit-elle, ceux qui ne croient pas à de si grands miracles et à de pareilles oeuvres."
Alors l’apôtre instruisit brièvement tous les auditeurs sur trois points, savoir : d'aimer l’Église, d'honorer les prêtres et de se réunir assidûment pour écouter la parole de Dieu.
La reine étant revenue, le roi lui dit :
" Pourquoi être restée si longtemps ?"
Elle répondit :
" Je croyais Migdomie folle et elle est très sage ; en me conduisant à l’apôtre de Dieu, elle m’a fait connaître la voie de la vérité et ceux-là sont bien insensés qui ne croient pas en Jésus-Christ."

Or la reine refusa d'avoir désormais commerce avec le roi. Celui-ci, stupéfait, dit à son parent :
" En voulant recouvrer ta femme, j'ai perdu la mienne qui se comporte envers moi de pire façon que ne fait la tienne à ton égard."
Alors le roi ordonna de lier les mains de l’apôtre, le fit amener en sa présence et lui enjoignit de ramener leurs femmes à leurs maris. Mais l’apôtre lui démontra par trois exemples qu'elles ne le devaient pas faire, tant qu'ils persisteraient dans l’erreur, savoir par l’exemple du roi, l’exemple de la tour et l’exemple de la fontaine :
" D'où vient, dit-il, que vous, qui êtes roi, vous ne voudriez pas que votre service se fit d'une manière sale et que vous exigez la propreté dans vos serviteurs et dans vos servantes ? Combien plus devez-vous croire que Dieu exige un service très chaste et très propre ? Pourquoi me faire un crime de prêcher aux serviteurs de Dieu de l’aimer, quand vous désirez la même chose dans les vôtres ?
J'ai élevé une tour très haute et vous me dites, à moi qui l’ai bâtie, de la détruire ?
J'ai creusé profondément la terre et fait jaillir une, fontaine de l’abîme et vous me dites de la combler ?"



Martyre de saint Thomas. Bernaert van Orley. XVe.

Le roi, en colère, fit apporter des lames de fer brûlantes et placer l’apôtre nu-pieds sur elles ; mais aussitôt, par l’ordre de Dieu, une fontaine surgit en cet endroit-là même et les refroidit.
Alors le roi, d'après le conseil de son parent, fit jeter Thomas dans une fournaise ardente, qui s'éteignit, de telle sorte que le lendemain il en sortit sain et frais.
Carisius dit au roi :
" Fais-lui offrir un sacrifice au soleil, afin qu'il encoure la colère de son Dieu qui le préserve."
Comme on pressait l’apôtre de le faire, il dit au roi :
" Tu vaux mieux que ce que tu fais exécuter, puisque tu négliges le vrai Dieu pour honorer une image. Tu penses, comme te l’a dit Carisius, que Dieu s'irritera contre moi quand j'aurai adoré ton dieu ; il sera bien plus irrité contre ton idole, car il la brisera : adore-le donc. Que si en adorant ton Dieu, le mien ne le renverse pas, je sacrifie à l’idole ; mais s'il en arrive ainsi que je le dis, tu croiras à mon Dieu."
Le roi lui dit :
" Tu me parles comme à un égal."
Alors l’apôtre commanda en langue hébraïque au démon renfermé dans l’idole, qu'aussitôt qu'il aurait fléchi le genou devant lui, à l’instant il brisât l’idole. Or l’apôtre, en fléchissant le genou, dit :
" Voici que j'adore, mais ce n'est pas l’idole ; voici que j'adore, mais ce n'est pas le métal ; voici que j'adore, mais ce n'est pas un simulacre, car Celui que j'adore, c'est mon Seigneur Jésus-Christ, au nom duquel je te commande, démon, qui te caches dans cette image, de la briser."
Et aussitôt elle disparut comme une cire qui se fond.


Saint Thomas devant l'idole.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Tous les prêtres poussèrent des hurlements et le pontife du temple saisit un glaive avec lequel il perça l’apôtre en disant :
" C'est moi qui tirerai vengeance de l’affront fait à mon Dieu."
Pour le roi et Carisius, ils s'enfuirent en voyant le peuple s'apprêtant à venger l’apôtre et à brûler vif le pontife. Les chrétiens emportèrent le corps du saint et l’ensevelirent honorablement. Longtemps après, c'est-à-dire environ l’an 230, il fut transporté en la ville d'Edesse, qui s'appelait autrefois Ragès des Mèdes. Ce fut l’empereur Alexandre qui le fit à la prière des Syriens. Or, en cette ville, aucun hérétique, aucun juif, aucun Païen n'y peut vivre, pas plus qu'aucun tyran ne saurait y faire de mal, depuis que Abgare, roi de cette cité, eut l’honneur de recevoir une lettre écrite de la main du Sauveur (Eusèbe rapporte au Ier livre de son Histoire ecclésiastique et la lettre d'Abgare et la réponse de Notre Seigneur Jésus-Christ. (chap. XIII). Il a pris, dit-il, ces deux pièces dans les archives d'Edesse).

Car aussitôt que l’ennemi vient attaquer cette ville, un enfant baptisé, debout sur la porte, lit cette lettre et le jour même, tant par l’écrit du Sauveur, que par les mérites de l’apôtre Thomas, les ennemis sont mis en fuite ou font la paix. Voici ce que dit de cet apôtre Isidore, dans son livre de la vie et de la mort des saints :
" Thomas, disciple et imitateur de Notre Seigneur Jésus-Christ, fut incrédule en entendant et fidèle en voyant. Il prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdès, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens : en entrant dans l’Orient et en pénétrant dans l’intérieur du pays, il prêcha jusqu'à l’heure de son martyre. Il fut percé à coups de lances."
 
Ainsi parle Isidore (Isidore raconte des faits conformes à cette légende). Et saint Jean Chrysostome dit, de son côté, que quand Thomas fut arrivé au pays des Mages qui étaient venus adorer Notre Seigneur Jésus-Christ, il les baptisa, puis ils devinrent ses coadjuteurs dans l’établissement de la foi chrétienne.

GRANDE ANTIENNE DE SAINT THOMAS

" Ô Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l'Avènement du Juge."

Infidélité de saint Thomas. Sermons. Maurice de Sully. Italie. XIVe.

HYMNE DE SAINT THOMAS

Tirée des Menées des Grecs :

" Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu'une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.

Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation , en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.

Tu as fais resplendir la terre des Indiens d'un vif éclat, Ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l'Esprit-Saint, et tu les fis s'élever, Ô très prudent, jusqu'à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l'Eglise, Ô bienheureux intercesseur de nos âmes !

Ô contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! Ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! Tu retiras les peuples de l'abime de l'ignorance avec les filets du divin Esprit : c'est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d'eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l'immortalité : supplie-le d'avoir pitié de nos âmes."


Saint Thomas. Albrecht Dürer. XVIe.

PRIERE

" Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c'est à vous maintenant que s'adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Eglise. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d'une lumière qui nous conduise jusqu'à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi.

Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu'il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, Ô saint Apôtre, ce n'est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile ; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous :

" Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui cependant ont cru !"

Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu'en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, Ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l'œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons."

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21 décembre. " O Oriens ".

- " O Oriens ".

O ORIENS

" O Oriens, splendor lucis aeternae, et Sol justitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis."

" Ô Orient ! Splendeur de la lumière éternelle ! Soleil de justice ! Venez, et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort."


Adoration. Fabriano da Gentile. XVe.

" Divin Soleil, Ô Jésus ! Vous venez nous arracher à la nuit éternelle : Soyez à jamais béni ! Mais combien Vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute Votre splendeur ! Combien Vous aimez à voiler Vos rayons, jusqu'à l'instant marqué par Votre Père céleste, où Vous devez épanouir tous Vos feux ! Voici que Vous traversez la Judée ; Vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme. Sur le chemin, Vous rencontrez une multitude d'hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d'origine, pour satisfaire à l'Edit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne Vous a soupçonné si près de lui, Ô divin Orient ! Marie, Votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s'ils remarquent la majesté et l'incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S'ils voient avec tant d'indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ?

Et cependant ce fils, c'est Vous-même, Ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais Accroissez aussi l'amour. Si ces hommes Vous aimaient, Ô libérateur du genre humain, Vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne Vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils Vous désireraient, et ils hâteraient Votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs. Ô Jésus qui traversez ainsi ce monde que Vous avez fait, et qui ne Forcez point l'hommage de Vos créatures, nous voulons Vous accompagner dans le reste de votre Voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point Vous quitter jusqu'à ce que nous soyons arrivés avec Vous à l'heureuse Bethléem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux Vous verront, Ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !"


La Virgen de las Cuevas. F. de Zurbaran. XVIIe.

PRIÈRE POUR LE TEMPS DE L’AVENT

Bréviaire Mozarabe, au Lundi de la Ve Semaine de l’Avent, Oraison :

" Ô Dieu notre Père ! Quel crime énorme vois-je commettre sous Vos yeux par les Juifs réprouvés ! Ils méprisent Votre Fils annoncé dans la Loi, et ils demeurent dans le gouffre de leur incrédulité ; tandis que ceux auxquels il n'avait pas été annoncé l'ont vu, et que ceux qui n'en ont point entendu parler l'ont contemplé dans leur intelligence. Arrachez donc de nous, nous Vous en supplions, tout ce qui Vous résiste dans nos œuvres afin que les dons que Vous avez implantés dans notre cœur docile prennent un accroissement fécond, et que la racine de l'humilité ne s'y dessèche jamais. Amen."

mercredi, 20 décembre 2017

20 décembre. " O Clavis David ".

- " O Clavis David ".

" O Clavis David et sceptrum domus Israël, qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris, et umbra mortis."

" Ô Clef de David, ô sceptre de la maison d'Israël ! Qui ouvrez, et nul ne peut fermer; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort."

Notre Seigneur Jésus-Christ en majesté. Ière Bible de
Charles le Chauve. Vivien. Abbaye Saint-Martin de Tours. IXe.

PRIERE

" Ô Fils de David, héritier de son trône et de sa puissance, vous parcourez, dans votre marche triomphale, une terre soumise autrefois à votre aïeul, aujourd'hui asservie par les Gentils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la route, tant de lieux témoins des merveilles de la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre Père envers son peuple, au temps de cette ancienne Alliance qui tire à sa fin. Bientôt, le nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous entreprendrez de nouveaux voyages sur cette même terre ; vous y passerez en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, et cependant n'ayant pas où reposer votre tête. Du moins, aujourd'hui, le sein maternel vous offre encore un asile doux et tranquille, où vous ne recevez que les témoignages de l'amour le plus tendre et le plus respectueux. Mais, Ô Seigneur ! Il vous faut sortir de cette heureuse retraite ; il vous faut, Lumière éternelle, luire au milieu des ténèbres ; car le captif que vous êtes venu délivrer languit dans sa prison. Il s'est assis dans l'ombre de la mort, et il y va périr, si vous ne venez promptement en ouvrir les portes avec votre Clef toute-puissante ! Ce captif, Ô Jésus, c'est le genre humain, esclave de ses erreurs et de ses vices : venez briser le joug qui l'accable et le dégrade ; ce captif, c'est notre cœur trop souvent asservi à des penchants qu'il désavoue : venez, Ô divin Libérateur, affranchir tout ce que vous avez daigné faire libre par votre grâce, et relever en nous la dignité de vos frères."


L'Annonce faite à Marie par saint Gabriel archange.
Maître de la Vie de Marie. Allemagne. XVe.

ANTIENNE A L’ANGE GABRIEL

" O Gabriel ! messager des cieux, qui es entré près de moi les portes fermées, et m'as dit cette parole : Vous concevrez et enfanterez ; on l'appellera Emmanuel !"

19 décembre. Bienheureux Urbain V, pape. 1370.

- Le Bienheureux Urbain V, pape. 1370.

Papes : Innocent VI (prédécesseur, +1362) ; Grégoire XI (successeur). Rois de France : Jean II, le Bon (+1364) ; Charles V, le Sage.

" Bienheureux Urbain, sage réformateur du clergé et des Ordres religieux défenseur intrépide des droits et de ta liberté de l'Eglise ; ardent propagateur de l'Evangile parmi les nations Infidèles, priez pour nous."
Litanies du Bienheureux Urbain V.

Le bienheureux Urbain V. Simone de Filippo. XIVe.

Guillaume de Grimoard, qui devait faire oublier son nom de famille et immortaliser celui d'Urbain V, naquit au château de Grisac, au diocèse de Mende, au sommet des Cévennes, en 1310.

Il eut pour parrain saint Elzéar de Sabran (que l'on fête au 27 septembre, et qui est aussi connu sous la dénomination de saint Elzéar de Robians ou saint Augias de Rodians), et, dès l'âge le plus tendre, il se montra digne d'avoir été tenu sur les fonts baptismaux par de telles mains. Encore enfant, il aimait tant la prière et si peu les amusements frivoles que sa mère étonnée lui disait a Mon fils, je ne vous comprends pas, mais il me suffit que Dieu vous comprenne. Doué d'une vive intelligence, il étudia les belles-lettres, la philosophie et le droit, avec une application qui lui fit faire, dans toutes ces sciences, de rapides progrès. Les célèbres écoles de Montpellier et de Toulouse le comptèrent parmi leurs élèves les plus distingués, sans qu'il se laissât jamais aller aux désordres trop fréquents alors parmi les étudiants sa fidélite à Dieu et son assiduité à ses devoirs religieux le protégèrent contre la corruption du siècle.

Reliquaire de saint Elzéar de Sabran, le saint oncle de notre Bienheureux,
et de sainte Delphine, son épouse. Eglise Saint-Martin. Ansouis. Provence. XVe.

La noblesse de sa famille, l'élévation de son esprit, la variété de ses connaissances, l'affabilité de ses manières qui gagnait tous les cœurs, lui assuraient un brillant avenir. Mais jeune encore, il Tenonça au monde pour satisfaire, sans partage, les plus nobles aspirations de son âme l'amour de l'étude et la piété. Il embrassa la Règle de Saint-Benoît et fit sa profession religieuse à Marseille, dans le monastère de Saint-Victor. On sait quelle large place la science ecclésiastique occupait dans la vie des moines bénédictins. On ne peut prononcer leur nom, sans se rappeler les immenses services qu'ils ont rendus à l'Eglise, et les innombrables chefs-d'oeuvre de patiente érudition qu'ils nous ont laissés.

Mais Guillaume de Grimoard n'enfermait pas sa jeunesse dans le cloître uniquement pour s'entourer de manuscrits et savourer les tranquilles douceurs de là science, c'était Dieu surtout qu'il cherchait dans la solitude, et il le servit avec une ferveur qui lui fit trouver faciles les pratiques les plus austères de la vie monastique. Déjà, à cette époque, il se distinguait par sa tendre dévotion pour la très-sainte Vierge sa confiance pour notre Bonne Mère ne fit que croître avec les années, et les nombreux sanctuaires qu'il éleva plus tard en son honneur, sont un témoignage touchant du culte qu'il lui avait voué.

Château de Grizac. Le bienheureux Urbain V, Guillaume de Grimoard,
y naquit. Le Pont-de-Montvert. Gévaudan. France.

La profession religieuse, qui avait suspendu les études du jeune Guillaume, ne l'empêcha pas de les reprendre quelque temps après, et il le fit avec de nouveaux succès qui étonnaient ses maîtres eux-mêmes Il venait à peine de conquérir le titre de docteur en droit canon, que ses supérieurs, frappés de l'éclat avec lequel il avait subi ses épreuves universitaires, ainsi que de l'étendue et de la solidité de son savoir, se décidèrent à lui laisser suivre son inclination pour l'enseignement du droit. Ce sera là désormais l'occupation principale de sa vie jusqu'à l'époque où il sera élevé au souverain Pontificat les universités de Toulouse, de Montpellier, de Paris et d'Avignon le verront, tour à tour, attirant auprès de sa chaire des multitudes d'auditeurs qu'il instruisait, avec une grande profondeur de doctrine, et qu'il charmait, par l'intérêt attaché à sa parole.

Malgré son attrait pour l'enseignement, Guillaume de Grimoard dut interrompre, plus d'une fois, le cours de ses doctes leçons, pour occuper les postes élevés auxquels sa science et ses vertus semblaient l'avoir destiné. Devenu successivement vicaire-général des évêques de Ctermont et d'Uzès, il fut, pour les prélats qui l'avaient honoré de leur confiance, un collaborateur, ou plutôt un ami aussi fidèle que secourable.

Mettant en pratique ce qu'il avait enseigné, du haut de sa chaire, sur l'union intime et parfaite que le vicaire-général doit avoir avec son évêque, on le vit seconder le zèle des pasteurs qui se l'étaient attaché, avec une loyauté inaltérable et un désintéressement à toute épreuve, sans jamais se rechercher lui-même. Aussi le Seigneur bénissait-il son ministère pendant que sa parole sincère et persuasive opérait les fruits de salut les plus abondants, les peuples pénétrés d'admiration pour ses vertus, et principalement pour son inépuisable charité envers les pauvres, le vénéraient déjà comme un véritable serviteur de Dieu et comme un Saint.

Tant de mérites attirèrent sur Guillaume l'attention du pape Clément VI qui le nomma abbé de Saint-Germain d'Auxerre et le choisit, bientôt après, pour légat en Italie, en le chargeant d'une mission de la plus haute importance. Il ne s'agissait de rien moins que de faire rentrer sous l'autorité du Saint-Siège, les procès et les villes usurpées, et de préparer les voies, par la pacification de Rome et du patrimoine de Saint-Pierre, au retour de la papauté dans la ville prédestinée, où elle doit résider.

Abbaye Saint-Victor. Les reliques du bienheureux Urbain V y étaient
conservées jusqu'aux ravages déplorables accomplis par les bêtes
féroces révolutionnaires en 1793. Marseille. Provence. France.

A cette époque, Rome était encore pins désolée que dans ces derniers temps. Car, si grands que soient ses malheurs à cette heure, ils peuvent à peine donner une idée de ce qu'elle a souffert au milieu du XIVe siècle. Plusieurs factions rivales se disputaient sa possession elle subissait, tour à tour, les excès de la tyrannie populaire et les horreurs de l'anarchie. Un moment l'audacieux Rienzi lui rendit un gouvernement régulier mais le tribun, enivré par le succès, rêve le rétablissement de l'empire romain. La résistance que rencontrent ses projets insensés le rend cruel. Il verse le sang, le peuple se soulève tremblant devant la foule ameutée, qui l'avait naguère acclamé au Capitole, il est tué ignominieusement. Les petits despotes qui lui succèdent n'héritent que de ses défauts. Portés au pouvoir par le caprice populaire, ils sont renversés le lendemain. L'Italie n'est qu'un champ de bataille, Rome qu'un repaire de bandits. La papauté, qui seule pouvait lui rendre le bonheur, attendait le moment où le succès de ses légats lui permettrait de retourner auprès du tombeau des saints Apôtres.

Il n'entre pas dans les limites que nous nous sommes imposées, de faire connaître, en détail, les diverses légations de Guillaume de Grimoard. A ne le considérer que comme un homme d'Etat ordinaire, il faudrait reconnaître qu'il y déploya des qualités éminentes, mais sa vertu l'éleva davantage. Les historiens de sa vie s'accordent à constater qu'il porta au plus haut degré, dans ses démarches, le sentiment de la justice ; que la droiture et la vérité, qui présidèrent à toutes ses négociations, en firent la plus sûre habileté. Ils rendent encore hommage à la fermeté et au courage héroïque dont il fit preuve envers les envahisseurs des domaines du Saint-Siège, et notamment devant les menaces et les violences du terrible Barnabo Visconti.

Tandis que ces heureux événements réjouissaient la vieillesse d'Innocent VI, l'abbaye de Saint-Victor devint vacante, par la mort d'Etienne de Clapiers le pape y nomma aussitôt Guillaume de Grimoard, à qui il voulait témoigner sa reconnaissance et qui était, depuis quelque temps, revenu à Avignon. Avec quel bonheur le pieux bénédictin ne rentra-t-il pas dans la tranquillité de la vie monastique Il retrouvait enfin cette chère abbaye où, dans sa jeunesse, il s'était consacré à Dieu et vers laquelle, au milieu des agitations de la vie publique, il n'avait cessé de tourner ses regards. Simple religieux, il s'était fait remarquer, à Saint-Victor, par sa parfaite régularité et par son obéissance devenu supérieur, il ne se distingue pas moins par la sagesse de son gouvernement.

Barnabo Visconti. Gravure du XVIe.

Guillaume n'avait pas de plus ardent désir que de travailler à sa sanctification, dans le calme et le silence de cette pieuse retraite mais déjà le mérite du saint Abbé avait répandu trop d'éclat pour que le souverain Pontife consentît à le laisser longtemps caché dans le cloître. Innocent VI, jugeant la présence de Guillaume nécessaire en Italie, venait de lui confier une nouvelle mission, et déjà notre Bienheureux était parvenu à Naples, quand on apprit la mort du Pape.

Les cardinaux se réunirent en conclave, suivant l'usage, mais ils ne purent s'entendre pour élire l'un d'entre eux ils se résolurent alors à choisir le nouveau Pape hors du Sacré Collége, et bientôt leurs votes unanimes se portèrent sur Guillaume de Grimoard, abbé de Saint-Victor, qui se trouvait encore en Italie. Une seule personne s'attrista de cette élection, c'était celui qui en était l'objet; mais la chrétienté tout entière s'en réjouit et l'acclama.
" Dieu prend donc pitié de ceux qu'il aime ", s'écriait à cette occasion l'un des plus grands poëtes de l'Italie, " Il veut donc faire revivre l'âge d'or et ramener, à son antique siége, l'Eglise qu'il a laissée errer si longtemps pour châtier les crimes des hommes ".
En courbant la tête sous le " Joug de la servitude apostolique ", Guillaume de Grimoard prit le nom d'Urbain V. Il fit son entrée à Avignon, le 31 octobre 1362, et il fut sacré et couronné le dimanche suivant, 6 novembre.

Dès qu'il fut monté sur la chaire de saint Pierre, le nouveau Pape se proposa trois desseins dignes de sa grande âme ramener la Papauté à Rome, réformer les mœurs, notamment en combattant l'ignorance enfin propager au loin la foi catholique. Sans nous astreindre à suivre l'ordre chronologique, nous considérerons successivement ce que fit Urbain V, pour réaliser ces trois grandes pensées.

Le bienheureux Urbain V. Henri Ségur. Palais des Papes.
Avignon. Comtat vénaissin. France. XIXe.

Les rivalités, sans cesse renaissantes, qui armaient les petites républiques Italiennes les unes contre les autres et faisaient de tous les seigneurs des chefs de bandes toujours prêtes à guerroyer, formaient un obstacle, en apparence insurmontable, au retour de la Papauté à Rome. Il fallait, avant tout, rendre à la malheureuse Italie les bienfaits de la paix, réconcilier les cités rivales, rapprocher des ennemis altérés de vengeance. Urbain V, décidé à poursuivre un si noble but, continua comme Pape, et avec la même persévérance et la même énergie, ce qu'il avait fait quelque temps auparavant, comme envoyé d'Innocent VI. Il chargea donc le général des Frères Mineurs, Marc de Viterbe, d'aller de ville en ville prêcher la paix et amener les chefs de parti à la conclure sincèrement. Celui-ci écrivit lui-même à Galéas Visconti et au marquis de Montferrat :
" Nous vous exhortons, nous vous supplions de vouloir bien considérer la multitude des maux que la guerre produit et de vous disposer à faire une paix honorable."

La mission de Marc de Viterbe était hérissée de difficultés les chefs de bandes promettaient la paix quand ils se sentaient menacés, mais bientôt ils recommençaient la guerre. Pour arrêter l'effusion du sang, qui coulait depuis tant d'années, Urbain V accepta des arrangements avec ces infatigables batailleurs. Sa condescendance porta d'heureux fruits. L'Italie retrouva enfin la tranquillité, et l'illustre cardinal AEgidius Albornoz à qui revient, après le Pape, le principal honneur de cette pacification, put donner à l'Etat pontifical ces constitutions célèbres qui l'ont régi, pendant plusieurs siècles, et qui du nom du cardinal s'appelaient Aegidiennes.

Alors disparurent les vieilles dénominations de Guelfes et de Gibelins. Les anciens partis s'effacèrent il n'y eut plus qu'un peuple soumis à l'autorité du souverain Pontife, appelant de tous ses vœux son retour à Rome. Urbain V reçut, à Avignon, une ambassade envoyée par les Romains pour le conjurer de hâter son départ. Sa joie fut grande en recevant l'assurance que l'Etat pontifical, complétement pacifié, soupirait après sa présence et que l'indépendance du Vicaire de Jésus-Christ n'y serait plus menacée'Néanmoins ce ne fut pas sans s'imposer les plus pénibles efforts qu'il se décida à s'éloigner de la France il n'avait jamais oublié était sa patrie et il lui était profondément attaché ; de plus, son départ allait le séparer de son vieux père âgé de cent ans et qu'il avait fait venir, auprès de lui, à Avignon, pour l'entourer de ses soins et dé sa tendresse.

Mais, dans le coeur d'Urbain, il y avait longtemps que l'accomplissement du devoir l'emportait sur les sacrifices ; sur ces entrefaites, son vénérable père vint à mourir, il le pleura comme un bon fils, et enfin les préparatifs de son voyage étant achevés, il partit d'Avignon le 30 avril 1367 ; il se rendit à Marseille et il y attendit, dans l'abbaye de Saint-Victor, la réunion des galères envoyées pour former son escorte.

Urbain V naviguant vers Rome.
Miscellanea historica. XIVe.

Ce fut le 19 mai qu'Urbain V s'éloigna des rivages de Marseille, en bénissant la ville et la terre de la France, où la papauté persécutée trouva toujours un asile hospitalier. En apprenant le retour si ardemment désira souverain Pontife, l'Italie tressaillit d'allégresse. A Gênes, à Corneto, à Viterbe, le peuple accourut sur son passage, en agitant des branches d'olivier et en poussant ces cris de joie mille fois répétés :
" Loué soit Jésus-Christ ! Vive le Saint-Père !"

Après un séjour de quelques mois à Viterbe, pour y arranger diverses affaires, Urbain V fit son entrée solennelle à Rome c'était le samedi, 13 octobre 1367. Une foule immense, ivre de bonheur, précédait et suivait le cortége ; c'était un véritable triomphe. Partout flottaient des drapeaux et retentissaient de joyeuses acclamations. On ne se lassait pas de contempler le Pontife que Rome retrouvait, après l'avoir perdu si longtemps, et qu'elle a besoin de posséder pour être véritablement Rome. Urbain V se rendit dans la basilique de Saint-Pierre et alla prier sur le tombeau des saints Apôtres. Ses yeux se mouillèrent de larmes. Il remercia la Providence de l'avoir enfin conduit dans la ville, choisie par Dieu pour être le séjour du Vicaire de Jésus-Christ, et en songeant au long exil de la papauté, il murmura pendant que ses pleurs coulaient :
" Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus, cum recordaremur Sion."
" Nous nous sommes assis au bord des fleuves de Babylone, et là, nous avons pleuré en nous souvenant de Sion."

En ramenant la Papauté à Rome, Urbain avait accompli l'un des principaux desseins qu'il s'était imposés. Son séjour dans la ville éternelle lui permettait de travailler plus efficacement qu'en aucun lieu du monde à la réforme des mœurs et à la propagation de la foi.

Dès les premiers jours de son pontificat, affligé du relâchement des mœurs, suite fatale des guerres qui agitaient l'Europe entière, il s'efforça d'y porter remède. Les princes donnaient l'exemple de tous les crimes. Les soldats, vendant leur épée à qui la payait davantage, ne connaissaient plus ni patrie, ni discipline, ni sentiment du devoir. La corruption morale s'étendant comme une maladie contagieuse avait envahi toutes les classes de la société le clergé lui-même et les moines n'en étaient pas exempts. Les désordres étaient tels que beaucoup d'hommes épouvantés croyaient que le monde allait finir. La grandeur du mal ne découragea pas Urbain V.

Florin d'Urbain V.

Il commença par s'attaquer aux abus qui s'étaient introduits dans la cour pontificale, pour travailler ensuite plus hardiment à corriger les mœurs des clercs et des fidèles. Le rang élevé des coupables n'empêcha jamais le saint Pape de les reprendre de leurs fautes et de les exhorter à changer de vie c'est ainsi qu'il en agit à l'égard de Pierre le Cruel, roi de Castille ; de Pierre, roi de Chypre et de Casimir, roi de Pologne. Il étendit la réforme à un grand nombre de monastères, mais nous devons une mention spéciale à l'oeuvre de rénovation qu'il accomplit au Mont Cassin. L'illustre abbaye en a conservé le reconnaissant souvenir, elle le considère comme son second fondateur.

Urbain V publia, en outre, de nombreux décrets pour là correction des mœurs, et afin d'en assurer l'exécution, il ordonna à plusieurs reprises la tenue des conciles provinciaux et il veilla à leur célébration. On peut citer parmi ses ordonnances les plus utiles celles qu'il rendit contre les usuriers, contre le cumul des bénéfices, contre le luxe, contre l'immodestie des vêtements, contre les hommes de guerre qui vivaient de meurtres et de pillage, au lieu d'observer les lois de l'honneur et la discipline militaire. Il contribua autant que Duguesclin à délivrer la France de ces redoutables armées de mercenaires qu'on appelait les routiers ou grandes compagnies. La sollicitude d'Urbain V s'étendait sur tous les besoins de la société religieuse et de la société civile, l'une et l'autre alors si étroitement unies.

Ce qui ajoutait à l'efncacité de ses infatigables efforts, c'est qu'il prêchait encore plus par ses exemples que par ses paroles. On admirait l'austérité de sa vie, la délicatesse de sa conscience, la ferveur de sa piété. Loin de rechercher le faste, il fit régner, dans son palais, la modestie et la simplicité. Il porta toute sa vie l'habit monastique, et le peuple était touché de le voir, dans les fêtes publiques, vêtu comme un humble moine.

Il conserva jusqu'à la fin de ses jours les habitudes de mortification et de frugalité qu'il avait contractées en observant avec une fidélité scrupuleuse la Règle bénédictine. L'amour des pauvres fut une de ses principales vertus. Quand on servait sur sa table des aliments moins simples que de coutume, il les faisait porter aux indigents. Chaque jour, pendant ses repas, il demandait à ceux qui étaient admis auprès de lui s'ils ne connaissaient pas des malheureux dont personne ne soulageait l'infortune. Il s'empressait alors d'envoyer à ces pauvres abandonnés, de l'argent, de la nourriture et des vêtements. Quelquefois ceux-ci, abusant de sa charité, se présentaient à ses audiences pour solliciter de nouvelles faveurs. Les cardinaux, par prudence, voulaient les éloigner mais le Pape appelait ces malheureux, les écoutait avec patience et ne les renvoyait pas sans leur donner quelque preuve de son affection.

Gisant de saint Urbain V. Collégiale Saint-Martial. Avignon.

Pour consolider les réformes morales que ses exemples et sa parole recommandaient si éloquemment, Urbain V s'appliqua à répandre l'instruction et à favoriser les bonnes études il considérait, avec raison, l'ignorance comme une des causes principales de la corruption des mœurs.

En présence des seigneurs, faisant si peu de cas du savoir qu'ils se vantaient de ne pouvoir pas même signer leur nom, le peuple aurait été plongé dans la barbarie, si l'Eglise ne lui avait pas enseigné les vérités les plus essentielles. Urbain V ranima partout l'amour de l'étude. Il rendit à l'université de Paris son ancien éclat, lui donna de sages règlements et l'aida à devenir cette corporation puissante dont les docteurs furent, plus d'une fois, consultés par les papes et par les rois. Etendant sa sollicitude aux pays du Nord alors si déshérités, il fonda l'université de Cracovie, pour la Pologne et peu de temps après, l'université de Vienne, pour l'Autriche.

Afin de donner une preuve éclatante du prix qu'il attachait au progrès des lettres et des sciences, il entretint, à ses frais, plus de mille étudiants dans les diverses universités de l'Europe, pourvut à leur nourriture, leur fournit des livres et des vêtements. Il fonda à Montpellier le collége de Saint-Germain pour seize étudiants en droit, de l'Ordre bénédictin, et le collége de Saint-Matthieu pour douze étudiants en médecine, du Gévaudan, et il se chargea de leur entretien. Il établit une école de chant à Toulouse et confia à des maîtres habiles le soin d'enseigner la musique à de jeunes enfants qui devaient se faire entendre, pendant la messe solennelle, dans l'église de l'université.

C'est ainsi qu'en multipliant les sources d'instruction, et en facilitant l'accès des hautes écoles à la jeunesse studieuse, Urbain V continuait la tradition des Albert le Grand, des Thomas d'Aquin, de tous ces grands hommes du xIIIe siècle, dont le front brille de la double auréole du génie et de la sainteté.

Si telles étaient les œuvres du bienheureux Pontife pour réformer les mœurs et combattre l'ignorance, avec quelle ardeur ne travaillait-il pas à faire resplendir d'un plus vif éclat les lumières de la foi ? Car c'est bien à lui qu'on peut appliquer les paroles du Psalmiste " Zelus domus comedit nae " : " le zèle de votre maison m'a dévoré ".

Nous rappellerons bientôt ces infatigables efforts pour convertir les infidèles, et pour ramener à l'Eglise les hérétiques et les schismatiques qui s'en étaient séparés. Mais nous ne pouvons pas oublier ce qu'il a fait pour nos contrées catholiques, afin d'y conserver la religion car c'est à cette pensée qu'il faut rapporter les nombreuses églises et les monastères qu'il a construits ou restaurés.

L'abbaye de Saint-Victor, si chère au saint Pontife, devait la première fixer son attention, et, en effet, il y fit faire des travaux considérables ces travaux ont disparu pour la plupart, au milieu des malheurs des temps, néanmoins on voit encore aujourd'hui les restes des anciennes fortifications qu'il avait élevées autour du monastère. L'abside actuelle de l'église de Saint-Victor est la même qu'il fit édifier, et on peut vénérer désormais les vestiges du tombeau dans lequel ses ossements sanctifiés ont reposé pendant plusieurs siècles.

Collégiale Notre-Dame. Fondée par le Bx Urbain V, elle fut bâtie
fortifiée. En 1580, le capitaine Huguenot, prétendument réformé
et réellement barbare, Mathieu Merle, s'en empara, tortura
ignoblement les chanoines qui y servaient et les fit jeter
vivants dans un puits. Bédouès. Gévaudan. France.

Il fit bâtir à Montpellier, sous le vocable de Saint-Benoît et de Saint-Germain, une grande église, aujourd'hui la cathédrale. A Mende, il reconstruisit également la cathédrale sur un plan grandiose, et il fonda, en outre, dans le même diocèse, deux églises collégiales. L'une d'elles se trouvait à Bedouès, petite ville située proche du lieu de sa naissance, et où était le tombeau de sa famille.

Que n'aurions-nous pas à ajouter, si nous voulions faire connaître ce que fit le saint Pape dans d'autres contrées ? Cependant nous devons mentionner, ne fût-ce que pour mémoire, les œuvres innombrables de réédification et de restauration qu'il a accomplies à Rome et en Italie. Depuis plus de soixante années que la Papauté était absente, presque toutes les églises de la cité sainte tombaient en ruine les basiliques elles-mêmes, et notamment celles de Saint-Paul et de Latran, étaient dans le plus grand délabrement. Urbain V se mit résolument à l'œuvre sous.sa puissante impulsion, tout changea bientôt d'aspect, et les Lieux saints devinrent plus dignes de la majesté de Celui à qui ils sont consacrés.

La récognition que le bienheureux Pontife opéra des chefs sacrés des saints apôtres Pierre et Paul, fut pour sa piété l'occasion d'une immense consolation ; il voulut lui-même en faire l'ostension au peuple romain.

Pendant son pontificat, Urbain V approuva quelques Ordres religieux le plus célèbre, à cause du nom de sa fondatrice, est celui qu'établit sainte Brigitte la Sainte veuve vint elle-même à Rome du fond de la Suède, et elle obtint l'approbation qu'elle sollicitait.

Ces œuvres, opérées au milieu du troupeau fidèle, ne suffisaient pas pour satisfaire le zèle du saint Pontife. Le Seigneur avait mis dans son cœur la flamme de l'apostolat, et il avait besoin d'en répandre les ardeurs sur les peuples assis à l'ombre de l'infidélité, du schisme et de l'hérésie. Il envoya des missionnaires dans la Valachie et la Lithuanie. Les religieux, auxquels il confia l'évangélisation de la Bulgarie, baptisèrent, en peu de temps, plus de deux-cent mille personnes. Un évêque franciscain et vingt-cinq religieux de son Ordre se répandirent dans la Géorgie et les contrées voisines. Urbain V créa un archevêque de Cambalù ou de Pékin, et l'envoya, accompagné de plusieurs Frères Mineurs, en Chine et en Tartarie. Il écrivit même au redoutable Tamerlan pour lui recommander les prédicateurs de l'Evangile qui parcouraient son vaste empire, et pour le remercier de s'être montré favorable aux chrétiens qui vivaient sous sa domination.

Mais rien n'égale les efforts de notre Bienheureux pour faire cesser le schisme funeste qui avait séparé l'Eglise grecque du centre de l'unité. L'empereur d'Orient, Jean Paléologue, cédant à ses pressantes instances, se rendit à Rome avec l'impératrice Hélène Cantacuzène. Après de nombreuses conférences avec le souverain Pontife, il abjura le schisme, le jour de saint Luc, 18 octobre 1369, et fit solennellement profession de la foi catholique.

Jean V Paléologue, empereur de Byzance. Manuscrit grec. XVe.

Cet événement remplit de joie le cœur d'Urbain V. Il l'annonça au monde chrétien et supplia les Grecs d'imiter l'exemple que venait de leur donner l'empereur :
" Si Dieu nous accordait cette grâce, leur disait-il, que, sous notre Pontificat, l'Eglise latine et l'Eglise d'Orient pussent se réunir après avoir été si longtemps séparées, nous fermerions volontiers les yeux à la lumière, et nous dirions, comme le saint vieillard Siméon : " Maintenant, Seigneur, laissez aller en paix votre serviteur, car mes yeux ont vu votre salut "."

Un grand mouvement religieux agita les autres Orientaux. Le patriarche des Nestoriens vint de Mossoul à Rome pour s'incliner sous la bénédiction du Pape et plusieurs princes d'Albanie et de Moldavie abjurèrent le schisme et rentrèrent dans le giron de l'Eglise catholique.

Malheureusement, il y avait des peuples qui résistaient à tous les efforts tentés pour les amener à la vraie foi. C'étaient les peuples Musulmans fiers de leurs rapides succès, ils nourrissaient l'espérance de soumettre la terre entière à la loi de Mahomet. Urbain V pressentait les dangers qui menaçaient la chrétienté. Il entendait, pour ainsi dire, le bruit des escadrons ottomans qui allaient se précipiter sur Constantinople. Il aurait voulu empêcher un tel désastre et armer contre l'ennemi commun tous les princes de l'Occident. Dès le vendredi saint de l'année 1363, il avait publié la croisade contre les Turcs et supplié les chrétiens d'aller porter un prompt secours à leurs frères d'Orient.

Le roi de France, Jean le Bon, et le roi de Chypre, Pierre de Lusignan, avaient reçu la croix des mains du souverain Pontife et juré de délivrer le saint Sépulcre. Il semblait que le vieux cri " Dieu le veut ! Dieu le veut !" allait retentir dans toute l'Europe, comme aux jours de Pierre l'Ermite et de Godefroi de Bouillon ; la mort du roi de France déconcerta tous les plans d'Urbain V, diminua le nombre des croisés et retarda leur départ. Lorsque Pierre de Lusignan quitta le port de Venise, il n'emmenait avec lui que douze mille hommes. Cette petite armée fit des prodiges de valeur et prit d'assaut Alexandrie. Mais ce brillant fait d'armes fut sans résultat. Le découragement s'empara bientôt des Croisés, et la plupart revinrent dans leurs foyers.

Jean II, le Bon, roi de France. Il mourut captif en Angleterre en 1364.

Urbain V redoubla d'instances auprès des princes chrétiens ils restèrent sourds à sa voix. Ils ne voulurent pas oublier leurs querelles particulières pour se liguer contre l'ennemi redoutable qui allait se jeter sur l'Europe, après avoir soumis à son joug de fer l'Egypte et la Palestine.

Quels secours auraient pu apporter aux chrétiens d'Orient la France et l'Angleterre, si elles avaient uni leurs forces. Mais ces deux nations rivales luttaient avec acharnement, l'une pour l'intégrité de son territoire, l'autre pour l'agrandissement de sa puissance. Si Urbain V étendait sa sollicitude sur tous les peuples de l'Europe, il n'oubliait pas que la France était sa patrie. Son coeur était navré lorsqu'il apprenait que le sang français coulait dans d'héroïques combats. Dieu, sans doute, avait donné à la France un grand capitaine, le connétable Duguesclin, et, en Guyenne comme en Bretagne, nos ennemis reculaient devant ses armes victorieuses ; mais chaque succès était chèrement acheté. Déjà le canon, que les progrès de la civilisation auraient dû faire disparaître, et qu'ils n'ont fait que perfectionner, amoncelait les cadavres sur le champ de bataille. Urbain V résolut de s'interposer entre les rois de France et d'Angleterre. Il espérait qu'ils n'oseraient pas continuer la lutte lorsqu'il les supplierait lui-même de déposer les armes. Tel fut un des principaux motifs qui le détermina à quitter Rome, quoique affaibli par la maladie il aurait voulu décider les deux plus puissants rois de la chrétienté & conclure un traité de paix et à se liguer contre les Musulmans. La mort ne luipermit pas d'accomplir cette œuvre de pacification.

Accueilli à Marseille, avec du transports de joie, il ne put aller au-delà d'Avignon. Sentant sa fin prochaine, il voulut, par humilité, quitter le palais apostolique et il se fit porter dans la maison de son frère, au pied de ces hautes tours où il avait reçu tant d'honneurs. Il demanda qu'on ouvrît les portes et qu'on permît au peuple de circuler autour de son lit :
" Il faut qu'il puisse voir, disait-il, comment les Papes meurent."

Après avoir reçu les sacrements des mourants et recommandé son âme à Dieu, il rendit le dernier soupir, tenant la croix entre ses mains ; c'était le jeudi 19 décembre 1370, vers trois heures après midi. Il était dans sa soixante-et-unième année.

La nouvelle de la mort du saint Pape se répandit rapidement et elle produisit une affliction générale, mais il s'éleva, en même temps, dans l'Europe entière, comme un concert unanime de louanges pour redire la sainteté de sa vie, les œuvres immortelles qu'il avait accomplies, et la grandeur de sa foi et de sa charité dont l'efficacité s'était fait sentir jusqu'aux extrémités du monde.

Statue du bienheureux Urbain V. Mende. Gévaudan.

CULTE ET RELIQUES

Les obsèques solennelles du bienheureux Pape eurent lieu trois jours après sa mort, an milieu d'un grand concours de peuple ; et ce jour-là même, Dieu se plut à faire éclater la sainteté de son illustre Pontife par des prodiges de toute sorte. Le corps d'Urbain V fut enseveli devant l'autel de la basilique de Notre-Dame-des-Doms, à Avignon.

Dix-huit mois après, le 31 mai 1372, ses vénérables restes furent exhumés et transférés à Marseille, où les religieux de Saint-Victor les placèrent dans un magnifique tombeau. Des fouilles furent pratiquées dans cette église à la fin du XIXe siècles, mais leur insuccès incline à craindre que les Vandales de 1793 n'aient dissipé ses reliques.

Les peuples rendirent spontanément à ce saint Pape l'honneur que l'on rend aux Saints. Partout on grava son image ; le nimbe sacré ornait son front, et le titre de Saint ou de Bienheureux était inscrit au bas. Cette dévotion avait fait des progrés si rapides que, quatre ans après la mort du bienheureux Urbain V, les murs de l'église de Saint-Victor étaient littéralement couverts d'ex-voto.

La demande de la canonisation fut faite au pape Grégoire XI, son successeur mais les agitations du moment l'empêchèrent de poursuivre cette affaire. On revint à la charge auprès de Clément VII, qui siégeait à Avignon, et ce pontife confia à plusieurs prélats et autres personnages capables le soin de faire l'enquête des vertus et des miracles. De toutes les informations qui furent prises alors, on dressa un long procès-verbal, dont le manuscrit original existe encore à Rome, à la bibliothèque du Vatican. De nouveaux troubles qui survinrent furent cause que le Saint-Siége n'a pu, à cette époque-là, porter un jugement définitif.

Cependant, la dévotion au bienheureux Urbain V a toujours persévéré et quoiqu'à travers le long espace de cinq cents ans elle ait eu beaucoup à souffrir des injures du temps, il en est resté jusqu'à nos jours des vestiges assez respectables. C'est pourquoi notre saint Père le pape Pie IX, sollicité par une vingtaine d'évoqués de France et d'Italie, a daigné confirmer d'une manière canonique et solennelle )e culte rendu à notre Bienheureux. Le décret pontifical porte la date du 10 mars 1870. On fait son office, dans le diocèse de..Marseille, sous le rite double, le 19 décembre.

Cette biographie est extraite du " Mandement de Mgr Charles Philippe Place, évêque de Marseille, à l'occasion de la confirmation du culte du bienheureux pape Urbain V " (décembre 1870), et de la " Vie du bienheureux Urbain V, pape " par M. l'abbé Charbonnel. (Marseille, chez Mabilly, éditeur, 1871).

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mardi, 19 décembre 2017

19 décembre. " O Radix Jesse ".

- " O Radix Jesse ".

" O Radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare."

" Ô Rejeton de Jessé, qui êtes comme un étendard pour les peuples ; devant qui les rois se tiendront dans le silence ; à qui les nations offriront leurs prières : venez nous délivrer ; ne tardez plus."


Arbre de Jessé. Bréviaire à l'usage de Besançon. XVe.

PRIERE

" Vous voici donc en marche, Ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L'Arche du Seigneur s'est levée et s'avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. " Qu'ils sont beaux vos pas, Ô Fille du Rot, dans l'éclat de votre chaussure " (Cant. VII, 1), lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Epoux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l'heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine.


Avancez, Ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l'homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre, nous jurons " de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu'à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob ".

Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l'Arche sacrée, Ô rejeton de Jessé, jusqu'à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, Ô Messie ! Venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous."


Arbre de Jessé. Bible historiale. Petrus Comestor. XVe.

REPONS DE L'AVENT

Tiré du Bréviaire Ambrosien, VIe Dimanche de l’Avent :

R/. Heureux le sein de la Vierge Marie qui porta le Dieu invisible ! Celui que sept trônes ne peuvent contenir a daigne habiter en elle ;
Et elle le portait comme un léger fardeau dans son sein.

V/. Le Seigneur lui a donné le trône de David son père ; il régnera dans la maison de Jacob à jamais ; son règne n'aura pas de fin.
Et Marie le portait comme un léger fardeau dans son sein.


Arbre de Jessé. Speculum virginum. Troyes. XIIe.