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dimanche, 09 avril 2017

9 avril 2017. Le dimanche des Rameaux.

- Le dimanche des Rameaux.

  

Entrée de Notre Seigneur Jésus-Christ dans Jérusalem.
Ivoire. Flandres. XVe. 

Dès le matin de cette journée, Jésus laissant à Béthanie Marie sa mère, les deux sœurs Marthe et Marie-Madeleine avec Lazare, se dirige vers Jérusalem, dans la compagnie de ses disciples. La mère des douleurs frémit en voyant son fils se rapprocher ainsi de ses ennemis, qui ne songent qu'à répandre son sang ; cependant ce n'est pas la mort que Jésus va chercher aujourd'hui à Jérusalem : c'est le triomphe. Il faut que le Messie, avant d'être attaché à la croix, ait été proclamé Roi dans Jérusalem par le peuple ; qu'en face des aigles romaines, sous les yeux des Pontifes et des Pharisiens muets de rage et de stupeur, la voix des enfants, se mêlant aux acclamations de la cité, fasse retentir la louange au Fils de David.

Le prophète Zacharie avait prédit cette ovation préparée de toute éternité pour le Fils de l'homme, à la veille de ses humiliations :
" Tressaille d'allégresse, fille de Sion, avait-il dit ; livre-toi aux transports de la joie, fille de Jérusalem : voici ton Roi qui vient vers toi ; il est le Juste et le Sauveur. Il est pauvre, et il s'avance monté sur l'ânesse et sur le petit de l'ânesse." (Zachar., IX, 9.).
Jésus, voyant que l'heure de l'accomplissement de cet oracle était venue, détache deux de ses disciples et leur ordonne de lui amener une ânesse et un ânon qu'ils trouveront à quelque distance. Le Sauveur était déjà arrivé à Bethphagé, sur le mont des Oliviers. Les deux disciples s'empressent de remplir la commission de leur maître ; et bientôt l'ânesse et l'ânon sont amenés aux pieds du Sauveur.



La Crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Email peint sur feuille d'argent. Jean Penicaud. XVIe.

Les saints Pères nous ont donné la clef du mystère de ces deux animaux. L'ânesse figure le peuple juif qui, dès longtemps, avait été placé sous le joug de la Loi ; " l'ânon sur lequel, dit l'Evangile, aucun homme n'était encore monté " (Marc, XI, 2.), représente la gentilité, que nul n'avait domptée jusqu'alors. Le sort de ces deux peuples se décidera d'ici à quelques jours. Pour avoir repoussé le Messie, le peuple juif sera délaissé ; en sa place Dieu adoptera les nations qui, de sauvages qu'elles étaient, deviendront dociles et fidèles.

Les disciples étendent leurs vêtements sur l'ânon ; alors Jésus, pour accomplir la figure prophétique, monte sur cet animal (lbid. XI, 7.), et se prépare à faire ainsi son entrée dans la ville. En même temps le bruit se répand dans Jérusalem que Jésus approche. Par un mouvement de l'Esprit divin, la multitude de Juifs qui s'était réunie de toutes parts dans la cité sainte pour y célébrer la fête de Pâques, sort à sa rencontre, portant des palmes et faisant retentir l'air d'acclamations. Le cortège qui accompagnait Jésus depuis Béthanie se confond avec cette foule que l'enthousiasme transporte ; les uns étendent leurs vêtements sur la terre qu'il doit fouler, d'autres jettent des branches de palmier sur son passage. Le cri d'Hosannah retentit ; et la grande nouvelle dans la cité, c'est que Jésus, fils de David, vient d'y faire son entrée comme Roi.

C'est ainsi que Dieu, dans sa puissance sur les cœurs, ménagea un triomphe à son Fils au sein même de cette ville qui devait, si peu de temps après, demandera grands cris le sang de ce divin Messie. Cette journée fut un moment de gloire pour Jésus, et la sainte Eglise, comme nous l’allons voir tout à l'heure, veut que nous renouvelions chaque année la mémoire de ce triomphe de l'Homme-Dieu. Dans les temps de la naissance de l'Emmanuel, nous vîmes les Mages arriver du fond de l'Orient, cherchant et demandant à Jérusalem le Roi des Juifs, afin de lui rendre leurs hommages et de lui offrir leurs présents ; aujourd'hui c'est Jérusalem elle-même qui se lève comme un seul homme pour aller au-devant de lui.



L'Entrée dans Jérusalem. Détail.
Tapisserie laine et soie. Flandres. XVe.

Ces deux faits se rapportent au même but ; ils sont une reconnaissance de la royauté de Jésus-Christ : le premier de la part des Gentils, le second de la part des Juifs. Il fallait que le Fils de Dieu, avant de souffrir sa Passion, eût recueilli l'un et l'autre hommage. L'inscription que bientôt Pilate placera au-dessus de la tête du Rédempteur : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, exprimera l'indispensable caractère du Messie. En vain les ennemis de Jésus feront tous leurs efforts pour faire changer les termes de cet écriteau : ils n'y réussiront pas. " Ce que j'ai écrit est écrit ", répondra le gouverneur romain, dont la main païenne et lâche a déclaré, sans le savoir, l'accomplissement des Prophéties. Israël aujourd'hui proclame Jésus son Roi ; Israël bientôt sera dispersé, en punition de sa révolte contre le fils de David ; mais Jésus, qu'il a proclamé, demeure Roi à jamais. Ainsi s'accomplissait à la lettre l'oracle de l'Ange parlant à Marie, et lui annonçant les grandeurs du fils qui devait naître d'elle :
" Le Seigneur lui donnera le trône de David son aïeul, et il régnera sur la maison de Jacob à jamais " (Cateches. X.).

Jésus commence aujourd'hui son règne sur la terre ; et si le premier Israël ne doit pas tardera se soustraire à son sceptre, un nouvel Israël, issu de la portion fidèle de l'ancien, va s'élever, formé de tous les peuples de la terre, et offrir au Christ un empire plus vaste que jamais conquérant ne l'a ambitionné.

Tel est, au milieu du deuil de la Semaine des douleurs, le glorieux mystère de ce jour. La sainte Eglise veut que nos cœurs se soulagent par un moment d'allégresse, et que Jésus aujourd'hui soit salué par nous comme notre Roi. Elle a donc dispose le service divin de cette journée de manière à exprimer à la fois la joie et la tristesse : la joie, en s'unissant aux acclamations dont retentit la cité de David ; la tristesse, en reprenant bientôt le cours de ses gémissements sur les douleurs de son Epoux divin. Toute la fonction est partagée comme en trois actes distincts, dont nous allons successivement expliquer les mystères et les intentions.



La Cène. Ugolin de Sienne. XIVe.

La bénédiction des Palmes, ou des Rameaux, comme nous disons en France est le premier rite qui s'accomplit sous nos yeux ; et l'on peut juger de son importance par la solennité que l'Eglise y déploie. On dirait d'abord que le Sacrifice va s'offrir, sans autre intention que de célébrer l'anniversaire de rentrée de Jésus à Jérusalem. Introït, Collecte, Epître, Graduel, Evangile, Préface même, se succèdent comme pour préparer l'immolation de l'Agneau sans tache ; mais après le Trisagion : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus ! l'Eglise suspend ces solennelles formules, et son ministre procède à la sanctification de ces mystiques rameaux qui sont devant lui. Les prières employées à leur bénédiction sont éloquentes et remplies d'enseignements. Ces branches d'arbres, objet de la première partie de la fonction, reçoivent par ces oraisons, accompagnées de l'encens et de l'aspersion de l'eau sainte, une vertu qui les élève à l'ordre surnaturel, et les rend propres à aider à la sanctification de nos âmes, et à la protection de nos corps et de dos demeures. Les fidèles doivent tenir respectueusement ces rameaux dans leurs mains durant la procession, et à la Messe durant le chant de la Passion, et les placer avec honneur dans leurs maisons, comme un signe de leur foi, et une espérance dans le secours divin.

Il n'est pas besoin d'expliquer au lecteur que les palmes et les branches d'olivier, qui reçoivent en ce moment la bénédiction de l'Eglise, sont portées en mémoire de celles dont le peuple de Jérusalem honora la marche triomphale du Sauveur ; mais il est à propos de dire quelques mots sur l'antiquité de cette coutume. Elle commença de bonne heure en Orient, et probablement, dès la paix de l'Eglise, à Jérusalem. Déjà au IVe siècle, saint Cyrille, Évêque de cette ville, atteste que le palmier qui avait fourni ses branches au peuple qui vint au-devant du Christ, existait encore dans la vallée de Cédron (Act. SS. XX Januarii.) ; rien n'était plus naturel que d'en tirer occasion pour instituer une commémoration anniversaire de ce grand événement.

Au siècle suivant, on voit cette cérémonie établie, non plus seulement dans les Eglises de l'Orient, mais jusque dans les monastères dont les solitudes de l'Egypte et de la Syrie étaient peuplées. A l'entrée du Carême, beaucoup de saints moines obtenaient de leur abbé la permission de s'enfoncer dans le désert, afin d'y passer ce temps dans une profonde retraite ; mais ils devaient rentrer au monastère pour le Dimanche des Palmes, comme nous l'apprenons de la Vie de saint Euthymius, écrite par son disciple Cyrille (Act. SS. XX Januarii.).



L'Entrée dans Jérusalem. Email peint sur plaque de cuivre. XVe.

En Occident, ce rite ne s'établit pas aussi promptement ; la première trace que l'on en trouve est dans le Sacramentaire de saint Grégoire : ce qui donne la fin du VIe siècle, ou le commencement du vue. A mesure que la foi pénétrait dans le Nord, il n'était même plus possible de solenniser cette cérémonie dans toute son intégrité, le palmier et l'olivier ne croissant pas dans nos climats. On fut obligé de les remplacer par des branches d'autres arbres ; mais l'Eglise ne permet pas de rien changer aux oraisons prescrites pour la bénédiction de ces humbles rameaux, parce que les mystères qui sont exposés dans ces belles prières sont fondés sur l'olivier et la palme du récit évangélique, figurés par nos branches de buis ou de laurier.

Le second rite de cette journée est la Procession célèbre qui fait suite à la bénédiction solennelle des Rameaux. Elle a pour objet de représenter la marche du Sauveur vers Jérusalem et son entrée dans cette ville ; et c'est afin que rien ne manque à l'imitation du fait raconté dans le saint Evangile que les rameaux qui viennent d'être bénits sont portés par tous ceux qui prennent part à cette Procession. Chez les Juifs, tenir en main des branches d'arbres était un signe d'allégresse ; et la loi divine sanctionnait pour eux cet usage. Dieu avait dit au livre du Lévitique, en établissant la fête des Tabernacles :
" Le premier jour de la fête, vous tiendrez dans vos mains des fruits pris sur les plus beaux arbres ; vous porterez des rameaux de palmier, des branches avec leur feuillage, vous en détacherez des saules du torrent, et vous vous livrerez à la joie, en présence du Seigneur votre Dieu." (Levit., XXIII, 40.).

C'est donc dans l'intention de témoigner leur enthousiasme pour l'arrivée de Jésus dans leurs murs que les habitants de Jérusalem, et jusqu'aux enfants, eurent recours à cette joyeuse démonstration. Nous aussi allons au-devant de notre Roi, et chantons Hosannah à ce vainqueur de la mort, à ce libérateur de son peuple.

Au Moyen Âge, en beaucoup d'églises, on portait avec pompe, à cette Procession, le livre des saints Evangiles qui représentait Jésus-Christ dont il contient les paroles. A un lieu marqué et préparé pour une station, la Procession s'arrêtait : le diacre ouvrait alors le livre sacré, et chantait le passage où l'entrée de Jésus dans Jérusalem est racontée. On découvrait ensuite la croix, qui jusqu'alors était demeurée voilée ; tout le clergé venait solennellement lui rendre ses adorations, et chacun déposait à ses pieds un fragment du rameau qu'il tenait à la main. La Procession repartait ensuite précédée de la croix, qui demeurait alors sans voile, jusqu'à ce que le cortège fût rentré à l'église.

En Angleterre et en Normandie, dès le XIe siècle, on pratiquait un rite qui représentait plus vivement encore la scène qui eut lieu, en ce jour, à Jérusalem. La sainte Eucharistie était portée en triomphe à la Procession. L'hérésie de Bérenger contre la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie venait d'éclater à cette époque ; et ce triomphe de l'Hostie sacrée était un prélude lointain à l'institution de la Fête et de la Procession du très saint Sacrement.



L'Entrée dans Jérusalem. Détail. Duccio di Buoninsegna. XIVe.

Un usage touchant avait lieu aussi à Jérusalem, dans la Procession des Palmes, toujours dans la même intention de renouveler la scène évangélique qui se rapporte à ce jour. Toute la communauté des Franciscains qui veille à la garde des saints lieux se rendait dès le matin à Bethphagé. Là le Père Gardien de Terre Sainte, en habits pontificaux, montait sur un ânon qu'on avait couvert de vêtements ; et accompagné des religieux et des catholiques de Jérusalem, tous portant des palmes, il faisait son entrée dans la ville et descendait à la porte de l'Eglise du Saint-Sépulcre, où la Messe était célébrée avec la plus grande solennité. Depuis deux siècles environ, les autorités turques de Jérusalem ont interdit cette belle cérémonie, qui remontait aux temps du royaume latin de Jérusalem.

La fin de la Procession est marquée par une cérémonie empreinte du plus haut et du plus profond symbolisme. Au moment de rentrer dans l'église, le pieux cortège en trouve les portes fermées. La marche triomphale est arrêtée ; mais les chants d'allégresse ne sont pas suspendus. Une hymne spéciale au Christ-Roi retentit dans les airs avec son joyeux refrain, jusqu'à ce qu'enfin le sous-diacre ayant frappé la porte avec le bâton de la croix, cette porte s'ouvre, et la foule, précédée du clergé, rentre dans l'église en célébrant celui qui seul est la Résurrection et la Vie.

Cette scène mystérieuse a pour but de retracer l'entrée du Sauveur dans une autre Jérusalem, dont celle de la terre n'était que la figure. Cette Jérusalem est la patrie céleste dont Jésus nous a procuré l'entrée. Le péché du premier homme en avait fermé les portes ; mais Jésus, le Roi de gloire, les a rouvertes par la vertu de sa Croix, a laquelle elles n'ont pu résister. Continuons donc de suivre les pas du fils de David ; car il est aussi le Fils de Dieu, et il nous convie à venir prendre part à son royaume. C'est ainsi que la sainte Eglise, dans la Procession des Palmes, qui n'est d'abord que la commémoration de l'événement accompli en ce jour, élève notre pensée jusqu'au glorieux mystère de l'Ascension, par lequel se termine au ciel la mission du Fils de Dieu sur la terre. Mais, hélas ! Les jours qui séparent l'un de l'autre ces deux triomphes du Rédempteur ne sont pas tous des jours d'allégresse, et la Procession ne sera pas plutôt terminée, que la sainte Eglise, qui a soulevé un moment le poids de ses tristesses, n'aura plus à faire entendre que des gémissements.

La troisième partie de la fonction de ce jour est l'offrande du saint Sacrifice. Tous les chants qui l'accompagnent sont empreints de désolation ; et pour mettre le comble au deuil qui signale désormais le reste de cette journée, le récit de la Passion du Rédempteur va être lu par avance dans l'assemblée des fidèles Depuis cinq à six siècles l'Eglise a adopté un récitatif particulier pour cette narration du saint Evangile, qui devient ainsi un véritable drame. On entend d'abord l'historien qui raconte les faits sur un mode grave et pathétique ; les paroles de Jésus ont un accent noble et doux, qui contraste d'une manière saisissante avec le ton élevé des autres interlocuteurs, et avec les clameurs de la populace juive.



Pilate présentant Notre Seigneur Jésus-Christ à la foule des Juifs.
Giovanni Battista Tiepolo. XVIIIe.

Durant le chant de la Passion, tous les assistants doivent tenir leur rameau à la main, afin de protester par cet emblème de triomphe contre les humiliations dont le Rédempteur est l'objet de la part de ses ennemis. C'est au moment où, dans son amour pour nous, il se laisse fouler sous les pieds des pécheurs, que nous devons le proclamer plus haut notre Dieu et notre souverain Roi.

Ce Dimanche, outre son nom liturgique et populaire de Dimanche des Rameaux, ou des Palmes, est appelé aussi Dimanche d’Hosannah, à cause du cri de triomphe dont les Juifs saluèrent l'arrivée de Jésus. Nos pères l'ont nommé longtemps Dimanche de Pâque fleurie, parce que la Pâque, qui n'est plus qu'à huit jours d'intervalle, est aujourd'hui comme en floraison, et que les fidèles peuvent remplir dès maintenant le devoir de la communion annuelle. C’est en souvenir de cette appellation, que les Espagnols ayant découvert, le Dimanche des Rameaux de l'an 1513, la vaste contrée qui avoisine le Mexique, lui donnèrent le nom de Floride.

On trouve ce Dimanche appelé aussi Capitilavium, c'est-à-dire lave-tête, parce que, dans les siècles de la moyenne antiquité, où l'on renvoyait au Samedi Saint le baptême des enfants nés dans les mois précédents, et qui pouvaient attendre cette époque sans danger, les parents lavaient aujourd'hui la tête de ces enfants, afin que le samedi suivant on pût avec décence y faire l'onction du Saint Chrême. A une époque plus reculée, ce Dimanche, dans certaines Eglises, était nommé la Pâque des Compétents. On appelait Compétents les catéchumènes admis au baptême. Ils se rassemblaient en ce jour à l'église, et on leur faisait une explication particulière du Symbole qu'ils avaient reçu au scrutin précédent. Dans l'Eglise gothique d'Espagne, on ne le donnait mère qu'aujourd'hui. Enfin, chez les Grecs, ce Dimanche est désigné sous le nom de Baïphore, c'est-à-dire Porte-Palmes.

LA BÉNÉDICTION DES RAMEAUX

EPÎTRE

Lecture du livre de l'Exode. Chap. XV. :



La récolte de la Manne présidée par Moïse et Aaron.
Engelbert Frisen. XVIIIe.

" En ces jours-là, les enfants d'Israël vinrent à Elim, où il y avait douze fontaines et soixante-dix palmiers ; et ils campèrent auprès des eaux. Toute la multitude des enfants d'Israël partit ensuite d'Elim, et arriva au désert de Sin, qui est entre Elim et Sinaï, le quinzième jour du second mois depuis la sortie d'Egypte. Et toute la foule des enfants d'Israël murmura contre Moïse et Aaron dans le désert ; et les enfants d'Israël leur disaient :
" Que ne sommes-nous morts dans la terre d'Egypte par la main du Seigneur, lorsque nous étions assis près des chaudières pleines de viandes, et que nous mangions du pain à notre contentement ! Pourquoi nous avez-vous amenés dans ce désert, pour y faire mourir de faim toute cette multitude ?"
Alors le Seigneur dit à Moïse :
" Je vais vous faire pleuvoir des pains du ciel ; que le peuple sorte pour en recueillir ce qui lui suffira pour chaque jour, afin que j'éprouve s'il marche ou non dans ma loi. Le sixième jour ils en amasseront pour garder chez eux ; et il y aura le double de ce qu'ils recueillaient les autres jours."
Moïse et Aaron dirent donc à tous les enfants d'Israël :
" Dès ce soir vous connaîtrez que c'est le Seigneur qui vous a tirés de la terre d'Egypte ; et demain au matin vous verrez éclater la gloire du Seigneur. "


EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. XXI. :



L'Entrée dans Jérusalem. Ivoire. Flandres. XIVe.

" En ce temps-là, comme Jésus approchait de Jérusalem, étant arrivé à Bethphagé, près du mont des Oliviers, il envoya deux disciples auxquels il dit :
" Allez au village qui est devant vous : vous y trouverez une ânesse attachée, et son ânon avec elle : déliez-les et amenez-les-moi ; et si quelqu'un vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en a besoin ; et aussitôt il les laissera emmener."
Or tout cela fut fait, afin que s'accomplit cette parole du Prophète :
" Dites à la fille de Sion : " Voici que ton Roi vient à toi plein de douceur, assis sur l'ânesse, et sur l'ânon de celle qui est sous le joug "."
Les disciples s'en allant firent ce que Jésus leur avait commandé. Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon ; et ayant mis dessus leurs vêtements, ils l'y firent asseoir. Le peuple en foule étendit ses vêtements le long de la route ; d'autres coupaient des branches d'arbres et les jetaient sur le chemin ; et toute cette multitude, tant ceux qui précédaient que ceux qui suivaient, criaient et disaient :
" Hosannah au fils de David ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur !"

Le moment approche où les palmes mystérieuses vont recevoir la bénédiction de l'Eglise. Le Prêtre invoque d'abord les souvenirs de Noé, à qui la branche d'olivier annonça la fin du déluge, et de Moïse, dont le peuple, à sa sortie d'Egypte, vint camper à l'ombre de soixante-dix palmiers ; ensuite, empruntant le mode solennel de la Préface, il adjure tous les êtres de confesser en ce moment le grand nom du Fils de Dieu, auquel va être rendu un si éclatant hommage. L'assistance répond par l'acclamation au Dieu trois fois Saint, et crie, à sa gloire :
" Hosannah au plus haut des cieux !"

A LA MESSE

A Rome, la Station est dans la Basilique de Latran. Une si auguste fonction ne demandait pas moins que l'Eglise Mère et Maîtresse de toutes les autres. De nos jours, cependant, la Fonction papale a lieu à Saint-Pierre ; mais cette dérogation est sans préjudice des droits de l’Archibasilique qui, dans l'antiquité, avait en ce jour l'honneur delà présence du Souverain Pontife, et a conservé les indulgences accordées à ceux qui la visitent aujourd'hui.

La Messe de ce Dimanche ne retient plus aucune trace de la joie qui éclatait dans la cérémonie des Palmes.

ÉPÎTRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Philippiens. Chap. II. :



Crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ avec le centurion.
Lucas Cranach. XVIe.

" Mes Frères, ayez à l'égard de vous-mêmes les sentiments qu'a eu Jésus-Christ, lui qui, étant dans la nature même de Dieu, ne devait pas croire que ce fût pour lui usurpation d'être égal à Dieu, et qui néanmoins s'est anéanti lui-même, prenant la nature d'esclave, se rendant semblable aux hommes, et paraissant à l'extérieur un pur homme. Il s'est humilié lui-même, obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la Croix : c'est pourquoi Dieu l'a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ; en sorte qu'au nom de Jésus (à cet endroit, le Prêtre et toute l'assistance fléchissent le genou) tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père."

La sainte Eglise nous prescrit de fléchir le genou à l'endroit de cette Epître où l'Apôtre dit que tout doit s'abaisser quand le nom de Jésus est prononcé. Nous venons d'accomplir ce commandement. Comprenons que, s'il est une époque dans l'année où le Fils de Dieu ait droit à nos plus profondes adorations, c'est surtout en cette Semaine, où sa divine majesté est violée, où nous le voyons foulé sous les pieds des pécheurs.

Sans doute nos cœurs doivent être animés de tendresse et de compassion à la vue des douleurs qu'il endure pour nous ; mais nous devons ressentir avec non moins de vivacité les outrages et les indignités dont il est abreuvé, lui qui est l'égal du Père, et Dieu comme lui. Rendons-lui par nos abaissements, autant du moins qu'il est en nous, la gloire dont il se prive pour réparer notre orgueil nos révoltes, et unissons-nous aux saints Anges qui, témoins de tout ce que lui a fait accepter son amour pour l'homme, s'anéantissent plus profondément encore, en voyant l'ignominie à laquelle il est réduit.

EVANGILE

Méditons le récit de la Passion de notre Sauveur ; mais afin de montrer au ciel et à la terre que nous ne sommes pas scandalisés, comme le furent les disciples, par le spectacle de son apparente faiblesse et du triomphe de ses ennemis, tenons en mains les rameaux avec lesquels tout à l'heure nous l'avons proclamé notre Roi.

L'Eglise lit, à quatre jours différents de cette Semaine, la narration des quatre Evangiles. Elle commence aujourd'hui par celle de saint Matthieu, qui le premier a écrit son récit sur la vie et la mort du Rédempteur. En signe de tristesse, les Acolytes ne viennent pas à l'ambon avec leurs cierges, et le livre n'est pas encensé. Sans saluer le peuple fidèle par le souhait ordinaire, le Diacre qui remplit le rôle de l'historien commence immédiatement son lamentable récit.

La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Matthieu. Chap. XXVI. :

" En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples :
" Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours, et que le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié."

Alors les princes des prêtres et les Anciens du peuple se réunirent dans la salle du grand prêtre, appelé Caïphe, et délibérèrent de se saisir de Jésus par ruse, et de le faire mourir.
Mais ils disaient :
" Que ce ne soit pas pendant la fête, de peur d'émotion dans le peuple."



La femme pauvre répand du parfum sur les pieds de
Notre Seigneur Jésus-Christ. Gravure de Schnorr. XIXe.

Or Jésus étant à Béthanie, dans la maison de Simon le Lépreux, une femme portant un vase d'albâtre plein d'un parfum de grand prix, s'approcha, et le répandit sur la tète de Jésus qui était à table. Ce que voyant, ses disciples s'indignèrent et dirent :
" A quoi bon cette profusion ? On aurait pu vendre très cher ce parfum et donner le prix aux pauvres."
Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit :
" Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Ce qu'elle vient de faire envers moi est une bonne œuvre. Car vous aurez toujours parmi vous des pauvres ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. Elle a répandu ce parfum sur mon corps en vue de ma sépulture. En vérité, je vous le dis, dans le monde entier, partout où sera prêché cet Evangile, on dira ce qu'elle a fait, et elle en sera louée."

Alors un des douze, nommé Judas Iscariote, s'en alla vers les princes des prêtres, et leur dit :
" Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ?"
Et ils convinrent avec lui de trente pièces d'argent. Et de ce moment il cherchait l'occasion de le leur livrer.



Judas recevant les trente pièces. Duccio di Buoninsegna.

Or, le premier jour des azymes, les disciples venant à Jésus lui dirent :
" Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu'il faut pour manger la Pâque ?"
Et Jésus leur dit :
" Allez dans la ville chez un tel, et dites-lui : Le Maître dit : " Mon temps est proche : je ferai la Pâque chez vous avec mes disciples "."
Et les disciples firent ce que Jésus leur avait commandé, et ils préparèrent la Pâque.



Lavement des pieds. Ivoire. Flandres. XVe.

Sur le soir, il était à table avec ses disciples. Et pendant qu'ils mangeaient, il leur dit :
" Je vous le dis en vérité, un de vous me trahira."
Cette parole les contrista beaucoup, et ils se mirent chacun a lui demander :
" Est-ce moi, Seigneur ?"
Mais il leur répondit :
" Celui qui met avec moi la main dans le plat, est celui qui me trahira. Pour ce qui est du Fils de l'homme, il s'en va, selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur à l'homme par qui le fils de l'homme sera trahi ! Il vaudrait mieux pour cet homme qu'il ne fût pas né."
Judas, celui qui le trahit, dit :
" Est-ce moi, Maître ?"
Il lui répondit :
" Tu l'as dit."



La Cène. Email peint sur plaque de cuivre. Coulhin Noyer. XVIe.

Pendant qu'ils soupaient, Jésus prit du pain, le bénit et le rompit, et le donna à ses disciples, disant :
" Prenez et mangez ; ceci est mon corps."
Et prenant la coupe, il rendit grâces, et la leur donna, disant :
" Buvez tous de ceci ; car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu pour plusieurs, en rémission des péchés. Or je vous le dis : Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père."
Et après avoir dit le cantique, ils s'en allèrent à la montagne des Oliviers. Alors Jésus leur dit :
" Je vous serai cette nuit à tous un sujet de scandale ; car il est écrit : " Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées ". Mais après être ressuscité, je vous précéderai en Galilée."
Pierre lui répondit :
" Quand tous se scandaliseraient à votre sujet, moi je ne me scandaliserai jamais."
Jésus lui dit :
" Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois."
Pierre lui dit :
" Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai point."
Tous les autres disciples parlèrent de même.

9 avril 2017. Le dimanche des Rameaux. Suite et fin.

- Le dimanche des Rameaux. Suite et fin.


L'Agonie de Notre Seigneur Jésus-Christ dans
le Jardin des Olives. Andrea Mantegna. XVe.

Alors Jésus vint avec eux en un lieu appelé Gethsémani, et dit à ses disciples :
" Asseyez-vous ici, pendant que j'irai là pour prier. Et avant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença de tomber en grande tristesse. Alors il leur dit :
" Mon âme est triste jusqu'à la mort ; demeurez ici, et veillez avec moi."
Et s'étant éloigné un peu, il se prosterna sur sa face, priant et disant :
" Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ; cependant, non pas comme je veux, mais comme vous voulez."
Ensuite il vint à ses disciples, et les trouvant endormis, il dit à Pierre :
" Ainsi vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? Veillez et priez pour ne point entrer en tentation ; l'esprit est prompt, mais la chair est faible."
Il s'en alla une seconde fois et pria, disant :
" Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté se fasse."
Et il vint de nouveau, et les trouva encore endormis ; car leurs yeux étaient appesantis. Et les laissant, il s'en alla encore, et pria une troisième fois, disant les mêmes paroles. Ensuite il revint à ses disciples, et leur dit :
" Dormez maintenant et reposez-vous ; voici que l'heure approche où le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons : celui qui doit me trahir est près d’ici."



L'Agonie de Notre Seigneur Jésus-Christ dans
le Jardin des Olives. Ivoire. Flandres. XVe.

Il parlait encore, lorsque Judas, un des douze, arriva, et avec lui une troupe nombreuse, armée d'épées et de bâtons, envoyée par les princes des prêtres et les anciens du peuple. Or celui qui le livrait leur avait donné un signe, disant :
" Celui que je baiserai, c'est lui : arrêtez-le."
Et aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit :
" Salut, Maître ! Et il le baisa."
Et Jésus lui dit :
" Mon ami, qu'es-tu venu faire ?"
Alors les autres s'approchèrent, mirent la main sur Jésus, et se saisirent de lui.


Et voilà qu'un de ceux qui étaient avec Jésus, étendant la main, tira son épée, et, frappant un serviteur du prince des prêtres, lui coupa l'oreille. Alors Jésus lui dit :
" Remets ton épée en son lieu : car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. Penses-tu que je ne puisse pas prier mon Père, et il m'enverrait aussitôt plus de douze légions d'Anges ? Comment donc s'accompliront les Ecritures qui déclarent qu'il doit être fait ainsi ?"
En même temps Jésus dit à cette troupe :
" Vous êtes venus à moi avec des épées et des bâtons, comme pour prendre un voleur. Assis dans le Temple, j'y enseignais chaque jour, et vous ne m’avez pas pris. Or tout cela s'est fait pour que s’accomplisse ce qu'avaient écrit les Prophètes."
Alors tous les disciples, l'abandonnant, s'enfuirent.



Le baiser de Judas et l'arrestation de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Giotto. Chapelle Scrovegni. Padoue. XIVe.

Et les gens qui s'étaient saisis de Jésus l'emmenèrent chez Caïphe, prince des prêtres, où s'étaient assemblés les scribes et les anciens du peuple. Pierre le suivait de loin, jusque dans la cour du prince des prêtres ; et y étant entré, il s'assit avec les serviteurs pour voir la fin. Or les princes des prêtres et toute l'assemblée cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir. Et ils n'en trouvèrent point, quoique beaucoup de faux témoins se fussent présentés. Enfin il vint deux faux témoins, qui dirent :
" Celui-ci a dit : " Je puis détruire le Temple de Dieu, et le rebâtir après trois jours "."
Et le prince des prêtres, se levant, lui dit :
" Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci témoignent contre vous."
Et Jésus se taisait. Le prince des prêtres lui dit :
" Je vous adjure par le Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu."
Jésus lui répondit :
" Vous l'avez dit. Au reste, je vous déclare qu'un jour vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venant sur les nuées du ciel."
Alors le prince des prêtres déchira ses vêtements, disant :
" Il a blasphémé ; qu'avons-nous encore besoin de témoins ! Vous venez d'entendre le blasphème. Que vous en semble ?"
Ils répondirent :
" Il mérite la mort."
Alors ils lui crachèrent au visage, et le frappèrent avec le poing ; d'autres lui donnèrent des soufflets, disant :
" Christ, prophétise-nous qui est-ce qui t'a frappé ?"



Notre Seigneur Jésus-Christ devant Caïphe.
Email peint sur plaque de cuivre. XIVe.

Cependant Pierre était assis dans la cour, et une servante s'approchant, lui dit :
" Et toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. Mais il le nia devant tous, disant :
" Je ne sais ce que tu dis."
Et comme il était à la porte pour sortir, une autre servante le vit, et dit à ceux qui étaient là :
" Celui-ci était aussi avec Jésus le Nazaréen."
Il le nia une seconde fois avec serment, disant :
" Je ne connais point cet homme."
Peu après, ceux qui se trouvaient là, s'approchant de Pierre, lui dirent :
" Certainement toi aussi, tu es de ces gens-là : ton langage même te décèle."
Alors il se mit à jurer avec exécration qu'il ne connaissait point cet homme. Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que lui avait dite Jésus : " Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ". Et étant sorti dehors, il pleura amèrement.



Le reniement de saint Pierre.
Duccio di Buoninsegna. Cathédrale de Sienne. XIVe.

Le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir. Et l'ayant lié, ils l'emmenèrent et le livrèrent au gouverneur Ponce Pilate. Alors Judas, celui qui le trahit, voyant qu'il était condamné, se repentit et reporta les trente pièces d'argent aux princes des prêtres et aux anciens, disant :
" J'ai péché, en livrant le sang innocent."
Mais ils lui dirent :
" Que nous importe ? C'est ton affaire."
Sur quoi, ayant jeté l'argent dans le Temple, il se retira, et alla se pendre.



Suicide de Judas. Sculpture. Gislebertus.
Cathédrale Saint-Lazare d'Autun. Bourgogne.

Mais les princes des prêtres ayant pris l'argent, dirent :
" Il n'est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c'est le prix du sang."
Et s'étant consultés entre eux, ils en achetèrent le champ d'un potier pour la sépulture des étrangers. C'est pourquoi ce champ est encore aujourd'hui appelé Haceldama, c'est-à-dire le champ du Sang. Alors fut accompli ce qu'avait dit le prophète Jérémie : " Ils ont reçu trente pièces d'argent prix de celui mis à prix suivant l'appréciation des enfants d'Israël ; et ils les ont données pour le champ d'un potier, comme le Seigneur me l'a ordonné ".



Notre Seigneur Jésus-Christ devant Pilate.
Email peint sur plaque de cuivre. XVe.

Jésus comparut donc devant le gouverneur ; et le gouverneur l'interrogea, disant :
" Etes-vous le Roi des Juifs ?"
Jésus lui répondit : " Vous le dites."
Et comme les princes des prêtres et les anciens l'accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit :
" N'entendez-vous pas combien de choses ils disent contre vous ?"
Mais à tout ce qu'il lui dit, il ne répondit rien, de sorte que le gouverneur s'étonnait grandement.
Au jour de la fête de Pâques, le gouverneur avait coutume de délivrer un prisonnier, celui que le peuple voulait. Il y en avait alors un fameux nomme Barabbas. Comme donc ils étaient tous assemblés, Pilate dit :
" Lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas, ou Jésus, qu'on appelle le Christ ?"
Car il savait qu'ils l'avaient livré par envie. Pendant qu'il siégeait sur son tribunal, sa femme lui envoya dire :
" Ne prends aucune part à l'affaire de ce juste ; car j'ai été aujourd'hui étrangement tourmentée en songe à cause de lui."
Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas, et de faire périr Jésus. Le gouverneur donc leur dit :
" Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ?"
Ils lui répondirent :
" Barabbas."
Pilate leur dit :
" Que ferai-je donc de Jésus, qu'on appelle le Christ ?"
Tous dirent :
" Qu'il soit crucifié."
Le gouverneur leur dit :
" Quel mal a-t-il fait ?"
Mais ils criaient encore plus fort, disant :
" Qu'il soit crucifié."
Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte croissait de plus en plus, se fit apporter de l'eau, et se lavant les mains devant le peuple, il dit :
" Je suis innocent du sang de ce juste : vous en répondrez."
Et tout le peuple dit :
" Que son sang soit sur nous et sur nos enfants."



Pilate se lavant les mains. Mattia Preti - Il Calabrese. XVIIe.

Alors il leur délivra Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié.
Les soldats du gouverneur le menèrent dans le prétoire ; et toute la cohorte s'assembla autour de lui. Et, l'ayant dépouillé, ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. Et tressant une couronne d'épines, ils la mirent sur sa tête, et un roseau dans sa main droite ; et, fléchissant le genou devant lui, ils le raillaient, disant :
" Salut, Roi des Juifs."



La Flagellation et le Couronnement d'Epines de
Notre Seigneur Jésus-Christ. Maître de Cappenberg. Flandres. XVIe.

Et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau, et en frappaient sa tète. Après s'être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.

Comme ils sortaient, ils trouvèrent un homme de la Cyrénaïque, nommé Simon, qu'ils contraignirent de porter sa croix. Et ils vinrent au lieu appelé Golgotha, qui est le lieu du Calvaire. Et ils lui donnèrent à boire du vin mêlé avec du fiel ; et, l'ayant goûté, il n'en voulut pas boire. Après qu'ils l'eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en les tirant au sort, afin que s'accomplit ce qu'avait dit le Prophète :
" Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré ma robe au sort ".

Et s'étant assis, ils le gardaient. Et au-dessus de sa tête ils mirent un écriteau portant le sujet de sa condamnation : " Jésus, Roi des Juifs ". En même temps, ils crucifièrent avec lui deux voleurs, l'un à sa droite l'autre à sa gauche. Les passants le chargeaient d'injures, branlant a tête et disant :
" Eh bien ! Toi qui détruis le Temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même ? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix."



Le Portement de la Croix. Jérôme Bosch. XVe.

Les princes des prêtres aussi, avec les scribes et les anciens, disaient en se moquant de lui :
" Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même. S'il est le Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de sa croix, et nous croirons en lui. Il se confie en Dieu : que Dieu maintenant le délivre, s'il l'aime ; car il a dit : " Je suis le Fils de Dieu "."
Les voleurs qu'on avait crucifiés avec lui, lui adressaient les mêmes reproches.
Or, depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, les ténèbres couvrirent toute la terre. Et vers la IXe heure, Jésus jeta un grand cri, disant :
" Eli, Eli, lamma sabacthani ?"
C’est-à-dire :
" Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?"
Ce qu'entendant quelques-uns de ceux qui étaient là, ils disaient :
" Il appelle Elie."
Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il emplit de vinaigre et la mettant au bout d'un roseau, il lui présenta à boire. Les autres disaient :
" Attendez, voyons si Elie viendra le délivrer."
Mais Jésus, de nouveau jetant un grand cri, rendit l'esprit.


La Crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Lucas Cranach. XVIe.

Ici l'historien fait une pause dans sa lecture, pour honorer par un acte solennel de deuil la mort du Sauveur des hommes. Toute l'assistance se met à genoux, et demeure quelque temps dans le silence. En bien des lieux, on se prosterne et on baise humblement la terre. Le Diacre reprend ensuite son récit :



" Consumatum est." La Crucifixion sur le Golgotha.
Jean-Léon Gérôme. XIXe.

Et voilà que le voile du Temple se déchira en deux du haut jusqu'en bas, et la terre trembla : les pierres se fendirent, et les tombeaux s'ouvrirent ; et plusieurs corps de saints qui s'étaient endormis se levèrent, et sortant de leurs sépulcres après sa résurrection, ils vinrent dans la cité sainte, et furent vus de plusieurs.
Le centurion et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, voyant le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d'une grande crainte, et dirent :
" Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu."



La descente de Croix.
Email peint sur feuille d'argent. Jean Penicaud. XVIe.

Il y avait là aussi, un peu éloignées, plusieurs femmes qui, de la Galilée, avaient suivi Jésus pour le servir, parmi lesquelles étaient Marie-Madeleine, et Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zebédée. Sur le soir, un homme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui était, lui aussi, disciple de Jésus, vint trouver Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Pilate commanda qu'on le lui donnât. Ayant pris le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul blanc, et le déposa dans un sépulcre neuf, qu'il avait fait creuser dans le roc ; et ayant roulé une grande pierre à l'entrée du sépulcre, il s'en alla. Or, Marie-Madeleine et l'autre Marie étaient là assises devant le sépulcre.



Saint Joseph d'Arimathie et saint Nicomède demandant à Pilate
le corps du Christ. Maître de la Vierge parmi les vierges. Flandres. XVe.

Afin que la Messe de ce jour ne soit pas privée d'un rite essentiel, qui consiste dans la lecture solennelle de l'Evangile, le Diacre réserve une dernière partie du récit lugubre qu'il a fait entendre, et s'approchant de l'autel, il vient y faire bénir l'encens par le Prêtre et recevoir la bénédiction. Il se rend ensuite à l'Ambon ; mais les Acolytes ne l'accompagnent pas avec leurs flambeaux. Après l'encensment du livre, la narration évangélique se termine :



Mise au tombeau. Giotto. Chapelle Scrovegni. Padoue. XIVe.

" Le lendemain, qui était le Sabbat, les princes des prêtres et les pharisiens s'étant assemblés, vinrent trouver Pilate, et lui dirent :
" Seigneur, nous nous sommes souvenus que ce séducteur, lorsqu'il vivait encore, a dit : " Après trois jours je ressusciterai ". Commandez donc que l'on garde le sépulcre jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent enlever le corps, et ne disent au peuple : " Il est ressuscite d'entre les morts " ; et la dernière erreur serait pire que la première."
Pilate leur dit :
" Vous avez des gardes ; allez, et gardez-le comme vous l'entendrez."
Ils allèrent donc, fermèrent soigneusement le sépulcre, en scellèrent la pierre, et y mirent des gardes."

9 avril. Sainte Valtrude ou Waudru, première abbesse de Mons et fondatrice de cette ville. 686.

- Sainte Valtrude ou Waltrude ou Wautrude ou encore Waudru, première abbesse de Mons et fondatrice de cette ville. 686.
 
Papes : Honorius Ier ; Jean V. Rois de France : Clotaire II ; Thierry III.
 
" Sapiens mulier aedificat domum."
" A la fondation de toute maison, il faut une femme sage."
Prov. XIV, I.
 

Sainte Waudru et ses deux filles.
Détail. Livre d'heures de Jean de Lannoy. XVe.

Sainte Waltrude était soeur aînée de sainte Aldegonde (qui se fête au 30 janvier), et, comme elle, fille du comte Walbert et de la princesse Bertille. Dès sa jeunesse, elle se montra si portée à la dévotion, qu'elle se séparait souvent de la société pour faire ses prières et pour assister aux divins offices : ce qui ne pouvait être que très agréables à ses parents, personnes d'une piété rares.

Lorsqu'elle fut en état de se marier, elle épousa par obéissance le comte Madelgaire, aussi appelé Voncent, un des principaux seigneurs de la cour de Dagobert Ier. Elle en eut quatre enfants, dont trois ont été illustre par leur sainteté :
- saint Landry, que les uns font évêque de Metz en Lorraine, et les autres évêque de Meaux en Brie ;
- sainte Aldetrude et sainte Madelberte, qui se firent religieuses sous la conduite de leur tante sainte Aldegonde ;
- le petit Dentlin, qui mourut peu après avoir reçu le saint baptême.

Le progrès admirable de ses enfants dans toute sorte de vertus montre bien le soin que sainte Waltrude apporta à leur éducation. Mais elle ne les instyruisit pas moins par son exemple que par ses paroles ; car elle était fort adonnée à la prière, fuyait le luxe,, la bonne chère et tous les divertissements de la vie ; elle jeûnait souvent et donnait à tous moments, par son hospitalité et par ses aumônes abondantes, des marques de sa charité et de sa miséricorde envers les pauvres.


Chef-reliquaire de sainte Valtrude. Collégiale Sainte-Waudru. Mons.

Elle ne se contenta pas de s'adonner à ces exercices de la piété chrétienne : elle y engagea aussi son mari et le dégoûta si bien de tous les plaisirs et de toutes les grandeurs du monde, qu'ayant fait voeu avec elle d'une continence perpétuelle, il se retira enfin, par le conseil de saint Aubert, évêque de Cambrai, dans le monastère de Haumont, près de Maubeuge, et prit le nom de Vincent. Lui aussi est honoré d'un culte public, au 14 juillet, sous le nom de saint Vincent de Soignies, ville qui possède encore aujourd'hui ses reliques.

Pour sa sainte femme dont nous parlons, elle fut encouragée d'abord par saint Géry, ancien évêque de Cambrai, qui lui apparut en songe ; puis par un ange envoyé du ciel pour la consoler dans une persécution que le démon suscita contre elle ; elle abandonna entièrement le monde et, par le conseil de saint Guislin, qui était alors abbé de Celle-lès-Mons, elle fit bâtir une maison à l'écart, sur une montagne appelée depuis Châteaulieu (Castri locus), et où l'on voit à présent la grande ville de Mons, en Hainaut. Mais comme elle trouva cette maison plus grande et plus magnifique qu'elle ne le désirait et qu'elle l'avait ordonné, parce qu'elle voulait observer les règles de la pauvreté évangélique, elle n'y voulut pas demeurer ; et, la nuit même où elle en, sortit, le toit du bâtiment tomba à terre. C'est pourquoi celui à qui elle avait donné la charge de cet édifice en fit faire un autre moins somptueux et plus pauvre, avec un oratoire en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul. Lorsqu'il fut achevé, saint Waltrude reçut l'habit de religion et le voile sacré des mains de saint Aubert, évêque de Cambrai, et se retira pour y vivre seule et solitaire, et ne s'y occuper que de la contemplation des vérités éternelles.

Sainte Valtrude.
Manuscrit du trésor de la collégiale Sainte-Waudru.Mons. XIVe.

Mais le démon, qui travaille perpétuellement à la perte des hommes, ne la laissa pas en repos. Tantôt il lui mettait devant les yeux les délices et les honneurs qu'elle avait abandonnés, et dont elle pouvait encore jouir si elle retournait dans le monde, d'autres fois, il lui représentait l'amour de son mari, l'affection de ses enfants, la douceur de la conversation de tant de personnes qu'elle avit autrefois fréquentées. D'autre sfois encore, il lui faisait une peinture affreuse de la solitude afin de lui en donner du dégoût avec le désir de chercher compagnie hors de l'enceinte qu'elle s'était prescrite. Enfin, il lui apparut encore sous forme humaine et prit la hardiesse de la toucher de la main. Mais notre Sainte sortit victorieuse et triomphante de toutes ces tentations, et, par l'oraison, le jeûne, les larmes, les macérations du corps et le signe de la croix, elle défit si bien cet ennemi, qu'il se retira toujours d'ellle avec honte et confusion.


Sainte Waltrude et sainte Gertrude.
Livres d'images de Madame Marie. Hainaut. XIIIe.

Après ces victoires, Dieu la reconnaissant digne de porter la qualité de maîtresse dans la conduite spirituelle, suscita des saintes femmes et des jeunes filles qui vinrent se mettre sous sa direction. Ainsi, elle assembla en peu de temps une communauté de servantes de Dieu, avec lesquelles elle vécut dans une grande humilité, patience, douceur, charité et ferveur d'esprit.

Sainte Aldegonde, sa soeur, qui, par ses bons avis, avait fait un autre établissement à Maubeuge, la visistait aussi fort souvent, pour en recevoir des instruction et lui rendre ses respects comme à sa mère ; mais comme la maison de Maubeuge était plus belle, plus riche et mieux fondée que celle de Waltrude, elle lui voulut persuader de venir avec elle, et d'abandonner ce pauvre lieu où elle devait souffrir continuellement de grandes incommodités. Ce fut néanmoins inutilement : car sainte Waltrude, qui avait l'amour de la pauvreté fortement imprimée dans le coeur, lui répondit que " Jésus-Christ n'ayant eu à sa naissance qu'une pauvre étable, et ayant passé toute sa vie dans une grande indigence des choses les plus nécessaires au grand soulagement du corps, il n'était pas raisonnable qu'une vile créature comme elle recherchât ses commodités ; qu'enfin elle espérait vivre aussi tranquillement dans sa petite solitude, que celles qui avaient de beaux monastères et de riches abbayes ".

En effet, toute pauvre qu'elle était, elle ne laissait pas de trouver de quoi faire beaucoup de charités aux mendiants, aux malades et aux prisonniers ; et Dieu, pour seconder son zèle, a quelquefois multiplié l'argent entre les mains de celui qu'elle chargeait de la distribution de ses aumônes. Elle fit aussi d'autres miracles : car elle délivra un pauvre homme, qui l'invoqua dans sa misère, de la puissance d'un démon dont il était extrêmement maltraité, et elle le guérit ensuite d'une violente maladie qui le tourmentait. Deux enfants, déjà moribonds, lui ayant été présentés par leurs mères, elle leur rendit la santé par ses prières, son attouchement sacré et l'impression du signe de la croix.

Sainte Valtrude et ses filles avec saint Christophe et saint
François d'Assise. Bas relief. Collégiale Sainte-Waudru. Mons. XVe.

Enfin, après une vie si sainte, Dieu l'appela au ciel pour lui en donner une éternelle ; ce qui arriva le 6 avril 686.

Dans les gravures et statues de sainte Waltrude, elle est représentée ainsi :
1. Saint Géry lui apparaît et lui présente une coupe, symbole du sacrifice dont le Seigneur lui demandait la consommation ;
2. payant la rançon de quelque(s) prisonnier(s) ; oeuvre de miséricorde qui était particulièrement chère à sainte Waltrude ;
3. portant une église en sa qualité de fondatrice et de patronne de Mons ;
4. avec ses deux filles, encore enfants, sainte Adeltrude et sainte Madelberte.


Collégiale Sainte-Waudru. Mons. Hainaut. XVe.

CULTE ET RELIQUES

Comme sa petite communauté a été environnée d'une grande ville qui porte le nom de Mons, sainte Waltrude (ou Waudru) en est devenue la patronne, est regardée comme sa fondatrice, et est honorée en ces qualité par tous ses habitants.

Son culte remonte à l'époque même de son bienheureux trépas. Il a été de tout temps célèbre, non seulement à Mons où ses reliques sont conservées, mais encore dans tous les pays circonvoisins.

En 1349, le 7 octobre, les reliques de sainte Waltrude furent portées en procession dans les rues de Mons, pour implorer la miséricorde de Dieu contre la peste qui faisait d'affreux ravages. Une multitude d'habitants de la ville et des villages voisins accourut en cette circonstance pour rendre hommage à l'auguste patronne ; " de sorte que véritablement, c'est à son culte que cette ville est redevable qu'elle soit la capitale de la province, et que les faveurs continuelles qu'en reçoivent les habitants méritent leurs respects et leurs vénérations " (P. de Boussu. Histoire de Mons).

La descente de la châsse de sainte Waudru, le lendemain de la fête
de la Très-Sainte-Trinité. Collégiale Sainte-Waudru. Mons. Hainaut.

Les reliques de saint Waltrude reposent toujours à Mons, dans une magnifique châsse d'un merveilleux travail. Un reliquaire particulier renferme le chef de notre Sainte qui a été séparé du corps.

Chaque année, le lendemain de la fête de la Très-Sainte-Trinité, on fait une procession dans Mons, dans laquelle les précieuses reliques sont portées par un char (appelé aussi le Car d'or) et tiré par les plus beaux chevaux des brasseurs de la ville. La collégiale Sainte-Waudru est l'un des plus remarquables monuments religieux de la Belgique. Elle fut construite au XVe siècle sur les dessins et les plans de l'architecte Jean Dethuin.

La procession des saintes reliques de sainte Valtrude, procession dite
" du Car d'or ", le lendemain de la fête de la Très-Sainte-Trinité. Mons.

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samedi, 08 avril 2017

8 avril. Saint Gautier de Pontoise, abbé. 1099.

- Saint Gautier de Pontoise, abbé. 1099.

Pape : Pascal II. Roi de France : Philippe Ier.

" C'est de Dieu et non pas de votre majesté que je reçois le gouvernement de cette église."
Saint Gautier recevant la crosse abbatiale des mains du roi Philippe Ier.

Plaque de dévotion. Cuivre. Reproduction. Allemagne. XXe.

Saint Gautier naquit à Adainville, village du Vimeu, vers la fin du règne de Robert Ier le Pieux, ou au commencement de celui d'Henri Ier. Il était fild de Dreux, comte d'Amiens, de Mantes, de Pontoise et de Chaumont.

La précocité de son esprit lui fit faire de rapides progrès dans les arts libéraux. Pour s'y perfectionner, il quitta la maison paternelle et alla, dans divers pays lointains, reccueillir les enseignements de maîtres éprouvés. Ensuite il se fit recevoir docteur, professa avec distinction la grammaire, la réthorique et la philosophie, et attira autour de sa chaire un auditoire d'élite.

Arrivé au faîte de la renommée et craignant de se laisser entraîner par le vertige de la vanité, il se rappela le conseil de l'Evangile qui nous donne pour modèle Notre Seigneur Jésus pauvre et crucifié ; il résolut alors de renoncer aux agitations du siècle, pour goûter le calme et la sérénité de la vie claustrale. Voulant y préluder par degré, pour mieux éprouver ses forces, ce ne fut qu'après avoir longtemps subi les rigueurs du cilice qu'il entra à l'abbaye de Rebais-en-Brie (au diocèse de Meaux, près de Coulommiers) où, dès les premières années de son noviciat, il dépassa tous les religieux par la maturité de ses vertus.

Nous ne pouvons cependant donner une complète approbation à un acte exagéré de charité, que l'un des deux biographes contemporains de saint Gautier loue sans restriction.

Un paysan expiait ses méfaits dans la prison du monastère et y souffrait souvent de la faim et de la soif ; le religieux picard, ému de compassion, lui réservait une partie de son pain. Une nuit, à la faveur des ténèbres, il pénétra dans son cachot, brisa ses liens, le chargea sur ses épaules et l'aida à s'enfuir. Toutefois il lui fit promettre de ne point tirer vengeance de la juste punition qu'il avait subie dans le mo,astère. Gautier, selon qu'il s'y attendait, fut sévèrement châtié par l'Abbé, pour cette violation de la règle.

Vers cette même époque, Amaury III, frère de Gautier, comte d'Amiens et de Pontoise en Vexin, venait de fonder, près du château de cette dernière ville, un monastère daont les quelques religieux n'avaient point encore d'Abbé. Entendant vanter les vertus de saint Gautier, ils le choisirent pour leur supérieur. Ce ne fut qu'après bien des refus que notre Saint se décida enfin à se rendre au voeu de la communauté naissante. Notons que  du vivant de saint Gautier, Amaury se retirera dans ce même monastère pour y finir saintement le cours de sa vie terrestre.


Tour de l'abbaye Saint-Martin. Pontoise.

Après que le saint religieux eut reçu la bénédiction épiscopale, le roi Philippe Ier, en qualité d'avoué, ou proctecteur de l'abbaye, lui remit, comme marque d'investiture, la crosse abbatiale, en la tenant par le noeud ; Gautier mit la main non pas au-dessous mais au-dessus de celle du roi, en disant :
" C'est de Dieu et non pas de votre majesté que je reçois le gouvernement de cette église."

Bien loin de se formaliser de cette liberté, le roi et sa suite ne firent qu'admirer cette indépendance de sentiment et de langage. Le nouvel abbé de Pontoise fit dédier son église sous le vocable de Saint-Germain, qu'elle échangea plus tard pour celui de Saint-Martin.

D'une taille élevée, d'une physionomie pleine de douceur, Gautier ne cherchait point à accentuer ces avantages par une mise soignée. Juste envers tous, sans prévention pour personne, miséricordieux pour les autres, sévère pour lui-même, humble devant les petits, ferme devant les grands, supportant d'un visage égla la joie et le chagrin, le saint Abbé était un continuel sujet d'admiration pour tous ceux qui l'approchaient, d'autant plus qu'il alliait la vivacité de l'intellligence et la sagesse des pensées à l'habileté de l'éloquence.

La considération qui l'entourait lui fit craindre les suggestions de l'amour-propre ; aussi, vers l'an 1072, après avoir bâti un oratoire à Saint-Martin, dont l'abbaye devait bientôt prendre le vocable, il s'enfuit secrètement de Pontoise pour aller se caher à Cluny qui était alors, sou sl'abbatiat de saint Hugues, la plus florissante école des vertus monastiques. Bien qu'il eût pris soin de dissimuler son nom et sa qualité, les moines de Pontoise finirent par découvrir sa retraite. Munis d'une ordonnance de Jean de Bayeux, archevêque de Rouen, ils allèrent trouver l'abbé de Cluny et ramenèrent le fugitif à leur monastère.

Vers l'an 1080, Gaultier, évêque de Meaux, confirma la donation, qui avait été faite à saint Gautier, de la terre de Maurissac (ou Moressart et aujourd'hui Morcerf, près de Coulommiers) pour y fonder un prieuré.

A l'imitation de plusieurs autres saints Bénédictins, Gautier se retirait souvent dans une grotte voisine pour y vivre la vie austère des anachorètes ; mais, troublé par les visites, il résolut de s'enfuir une seconde fois.

Eglise Notre-Dame où le saint corps de saint Gautier fut
transférer au XIIIe siècle. Il s'y vénère toujours une insigne
mais infime relique de notre Saint. Pontoise.

Ce fut dans une île de la Loire, près de Tours, où se trouvait une chapelle dédiée aux saints Côme et Damien (c'est cette île de Saint-Côme que devait bientôt rendre célèbre le séjour et la mort de l'hérésiarque Bérenger, qui y mourut repentant en 1088), que saint Gautier crut pouvoir, loin du regard des hommes, se livrer à toute l'ardeur de ses mortifications ; là encore, il fut trompé dans ses espérances ; la renommée publia bientôt les vertus du solitaire ; on venait solliciter ses conseils, admirer ses exemples ; on lui apportait de nombreux présents qu'il s'empressait de distribuer aux pauvres, habitués à prendre le chemin de son ermitage. Un jour, il leur donna des livres à vendre ; une autre fois, il se dépouilla pour eux de la tunique et de la coule que lui avaient données les moines de Marmoutiers.

Un pélerin, nommé Garin, qui, selon la coutume du temps, voyageait pour visiter les sanctuaires renommés, reconnut Gautier et signala aussitôt sa retraite aux moines de Pontoise. Ceux-ci accoururent à Tours, se jetèrent aux pieds de leur Abbé et le supplièrent de revenir, pour rendre la vie à son abbaye qui dépéressait. Notre Saint se rendit à leurs prières ; mais peu de temps après (1075), il partit pour Rome et, après avoir vénéré les tombeaux des Apôtres, il conjura le pape Grégoire VII de le déchrager du fardeau qui l'accablait et de l'honneur dont il se proclamait indigne. Le souverain Pontife, en le retenant quelques jours, put apprécier l'exagration de son humilité ; il lui reprocha alors de ne pas mettre en oeuvre les aptitudes qu'il avait reçu de la Providence et lui enjoigna, sous peine d'anathème, de reprendre la directyion de son troupeau abandonné. Le saint Abbé renonça dès lors à ses prédiolections et, retournant au bercail, ne songea plus désormais à déserter les devoirs que lui avait imposés le suprême arrêt du souverain Pontife.

Plus d'une fois, l'abbé de Pontoise eut occasion de mettre la fermeté de son caractère au service de la justice. Ainsi, il ne craignit point de reprocher ouvertement à Philippe Ier ses investitures simoniaques :
" Il ne vous est point permis de trafiquer des choses saintes : en vendant ainsi les bénéfices, vous autorisez les autres à en faire un commerce sacrilège, et vous vous rendez coupable de toutes les simonies qu'encouragent vos exemples."

Saint Gautier ne montra pas moins d'énergie pour faire respecter par le concile de Paris (1092) la décision du Saint-Siège qui interdisait d'entendre la messe d'un prêtre concubinaire. Les évêques l'accusèrent d'être en cela rebelle aux ordres du roi et le firent mettre en prison ; mais l'intervention de ses amis lui rendirent bientôt la liberté qu'il avait été heureux de sacrifier pour la cause de la justice.

Tombeau de saint Gautier. Saint Louis s'agenouilla à plusieurs
reprises à ses pieds ; il avait en effet une grande dévotion à
saint Gautier. Eglise Notre-Dame. Pontoise.

Ce n'était certes pas par esprit d'ostentation qu'il se déterminait à contrecarrer l'autorité des puissances civiles et religieuses ; il aimait au contraire le silence et l'oubli, quand la voix de sa conscience ne lui prescrivait pas d'affirmer nettement ses convictions. Son humilité était si réelle que sa main gauche ignorait ce qu'avait donné sa main droite ; c'était ordinairement par l'entremise des autres qu'il distribuait ses libéralités. Un jour, recevant la visite d'un prêtre et d'un diacre de Pontoise, il les chargea de donner aux indigents une forte somme qu'il feignit d'avoir reçut d'un ami, pour cette destination ; il leur demanda le secret sur l'origine de ce don. En d'autres circonstances, il usait de la même dissimulation pour déguiser sa charité. S'il était abordé par un mendiant, en face de témoins, il le repoussait avec une vivacité qui pouvait le faire accuser de dureté ; mais, bientôt après, il rejoignait le pauvre sans qu'on l'aperçût, et le comblait de ses bienfaits.

Toujours disposé à servir les autres, saint Gautier remplissait volontiers les fonctions de lecteur hebdomadaire au réfectoire, et même de cuisiner et de boulanger. Un jour, exténué de fatigue, il tomba en défaillance devant l'ouverture du four et fut trouvé en cet état par les moines, qui s'empressèrent de le transporter à sa cellule.

Vers l'anné e1092, la bienheureuse Vierge Marie lui apparut et lui dit :
" Lève-toi, Gautier, rends-toi à Bertaucourt et construits-y un monastère. J'ai choisi cet endroit pour qu'une communauté de vierges s'y consacre à mon service."

L'apparition évanouie, notre saint craignit d'être le jouet d'une illusion et différa d'agir. Mais une seconde vision vint lever tous ses doutes ; cette fois, comme témoignange d'une réalité irrécusable, il garda plusieurs jours sur les joues l'empreinte des doigts de la Vierge Marie qui lui avait appliqué sa main.

Le monastère fut effectivement bâti en 1094 à Bertaucourt, près d'Amiens ; deux nobles et pieuses femmes, Godelinde et Hewilge, consacrant leurs richesses à exécuter le projet de Notre Dame et de saint Gautier.

Saint Gautier avait aussi le don de prophétie. Un jour qu'il prêchait devant Mathieu Ier, comte de Beaumont-sur-Oise, une dame scandalisa l'assistance par l'inconvenance de sa toilette et surtout par la robe à queue qui balayait la poussière. L'homme de Dieu ne put s'empêcher de lui reprocher son immodeste étalage. Cette évaporée se récria et annonça que le dimanche suivant, elle reviendrait en plus grand falbalas :
" Vous reviendrez en effet, mais dans un état bien différent de celui que vous afficher aujourd'hui." lui dit notre Saint.

Saint Gautier tomba malade le lendemain et, expira le 8 avril 1099, jour du Vendredi Saint. Son inhumation eut lieu dans l'abbatiale Saint-Martin. Quelques jours plus tard, la dame qui avait scandalisé les fidèles fut transporté aux pieds du tombeau du saint Abbé et regretta amèrement ses inconduites.


Le Carmel de Pontoise conserve une relique de saint Gautier. Vexin.

RELIQUES ET CULTE

Le tombeau de saint Gautier devint bientôt un rendez-vous de pélerinage pour les aveugles, les boîteux, les sourds, les paralytiques et les malades de toutes catégories. Bien des guérisons aussi subites que miraculeuses s'y produisirent.
Bientôt, le jour de la fête de notre Saint fut déclaré jour chômé.

Saint Louis avait une grande vénération pour saint Gautier. Un tableau, récemment restauré, le montre aux pieds du tombeau de saint Gautier, dans l'église Notre-Dame de Pontoise.

Pendant la révolution, de pieuses mains pontoisiennes enlevèrent le corps de saint Gautier de son tombeau et l'enterrèrent secrêtement et anonymement dans le cimetière paroissial.

Il reste une parcelle de ses reliques que l'on vénère toujours dans l'église Notre-Dame de Pontoise. Une autre est vénérée qu Carmel de la même ville.

On conserve à Pontoise une crosse historiée que l'on dit avoir appartenu à saint Gautier. Ce serait même le bâton pastoral que notre Saint prit si fièrement des mains du roi de France.

Rq : Les représentations de saint Gautier sont rares. Nous serons très reconnaissants aux lecteurs qui voudront bien nous en faire tenir.

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vendredi, 07 avril 2017

7 avril. Le Bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, Prémontré. 1230.

- Le Bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, Prémontré. 1230.

Papes : Grégoire IX. Empereur : Frédéric II.

" A periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et benedicta."
" De tous les dangers, délivrez-nous toujours, Vierge glorieuse et bénie."

Sub tuum praesidium.


Statue de saint Hermann-Joseph. Détail.
Basilique Saint-Hermann-Joseph. Steinfeld.

Le bienheureux Hermann de Steinfeld, dit Joseph, à cause de sa chasteté, eut pour patrie la ville de Cologne. Il y naquit en 1150.

Ses parents étaient de bonne condition et vivaient dans la plus extrême pauvreté après quelque revers de fortune. Il nommèrent leurs fils Hermann qui signidie homme d'arme mais aussi homme d'honneur, comme pour marquer qu'il ferait une guerre continuelle au démon et que les victoires qu'il remporterait lui vaudrait un honneur éternel dans le ciel.

En plus de son inclination précoce pour les sciences, son enfance fut remarquable par une piété vraiment angélique. Il passait de longs moments chaque jour dans les églises, devant l'image de Marie, à laquelle il confiait, ainsi qu'à Son divin Enfant, avec une naïveté charmante, tous ses petits secrets, ses petits chagrins, ses désirs. Il disait souvent, en terminant sa visite :
" Mon cher petit Jésus, je resterais bien avec Vous et avec Votre Sainte Mère ; mais il faut que j'aille à l'école ; bénissez-moi et pensez à moi en attendant mon retour !"

Un jour, il présenta une pomme à la Sainte Vierge, et la statue étendit sa main pour la recevoir. Tout enfant, il jouissait déjà de visions et de révélations célestes, et une fois il passa plusieurs heures dans un pieux entretien avec Jésus et Marie.

C'est pour lui, et à l'occasion d'une oraison, que Notre Dame a composé le Sub tuum praesidium confuginus, Sancta Dei Genitrix ; cette prière aujourd'hui encore si répandue dans l'Eglise catholique.

Dès l'âge de douze ans, Hermann se présenta aux Prémontrés, qui, ravis par la maturité et la douceur de cet humble et si jeune homme, l'acceptèrent dans leur Ordre. Après ses études, il remplit successivement avec régularité et charité les offices de réfectorier et de sacristain.

Les grâces extraordinaires étaient pour lui quotidiennes ; il était sans cesse embaumé de parfums célestes ; Marie lui apparut et mit l'Enfant Jésus dans ses bras. Une autre fois Elle lui fit savoir qu'Elle était très heureuse qu'on lui donnât le surnom de Joseph, qu'il n'osait accepter par humilité. Cette humilité était si parfaite, qu'il se croyait digne de l'anathème éternel, qu'il s'appelait un zéro, une pomme pourrie, un poids inutile sur la terre ; il ne se plaisait qu'à porter des habits usés et des chaussures rapiécées.

Dieu lui envoya des Croix si terribles et des souffrances si aiguës, qu'il devint comme une image vivante de Jésus crucifié. Jamais une plainte ne sortit de sa bouche ; il souffrit tout, le sourire sur son visage ; il ajoutait même à ces Croix des sacrifices volontaires et de terribles mortifications. Son historien (religieux prémontré contemporain de notre Bienheureux, du même monastère, de sorte qu'il le connut intimement, et le premier de soixante-douze biographes selon Pierre de Waghenaer qui composa sa vire en vers et la dédia au pape Alexandre IV), voulant donner une idée de sa charité, dit que " son coeur était comme un hôpital général où tous les affligés et les misérables trouvaient place ".


Tombeau de saint Hermann-Joseph. Basilique de Steinfeld.
Il s'y presse chaque année en ce jour de très nombreux pélerins.

C'est au monastère d'Holfen, de l'Ordre de Cîteaux, où ses supérieurs l'avaient envoyé pour y célébrer les divins Mystères aux religieuses qui y demeuraient, que notre Saint acheva son pélerinage ici-bas, le 7 avril 1230.

Les Prémontrés de Steinfeld obtinrent de l'archevêque de Cologne de lever son corps quelques mois plus tard et de le rapporter avec eux.


Notre Dame reçoit la pomme offerte par saint Hermann-Joseph.
Antonius Van Dick. XVIIe.

Un pieux poëte allemand a donné ces vers touchants sur l'enfance toute sainte de saint Hermann-Joseph :

" Sainte innocence de l'enfance, colombe du Bon Dieu, compagne aimable des anges, le ciel, fermé par le péché, est toujours ouvert pour toi. Sainte innocence de l'enfance, fleur du ciel, oubliée sur la terre, tu es semblable à une rose gracieuse dans un désert, tourmentée par le froid aquilon !


Jeune encore, saint Joseph Hermann s'en allait à l'école avec d'autres enfants, et, comme eux, il aimait à jouer. Mais, en le bien regardant, on voyait déjà que le ciel le désignait à une haute piété. Tel, dans le Temple antique, le rayon matinal perce à traver les vitraux anciens ;

Telle la source d'un grand fleuve jaillit inconnue du creux du rocher ; telle la harpe, riche d'harmonie, sommeille encore entre les bras de l'artiste rêveur. A l'école il avait apprit que Jésus a dit : " L'ornement de la sagessse, ce sont l'amour et l'humilité ".


Il avait entendu parler de l'Agneau divin mort sur la croix, mort pour ceux qui l'ont crucifié. Comme, à l'heure matinale, quand le soleil levant dore la cime des arbres et le sommet des montagnes, les chantres ailés remplissent, de leurs concerts argentins, les monts et les vallées ;


Ainsi la doctrine du Christ avait réveillé dans le coeur de l'enfant des sentiments assoupis, et son âme bientôt ressembla à un paradis céleste. Et, chaque jour, en allant à l'école, il allait d'abord saluer à genoux la Mère divine et son Enfant.


Avec son plus doux sourire, il leur apporte des fleurs, il leuir parle un dous langage, et il invite l'Enfant divin à venir partager ses jeux. Et cela dura ainsi des jours, des semaines, des mois.

Un jour enfin, de grand matin, Joseph aborde l'Enfant Jésus, une pomme à la main, et le sourire sur les lèvres ? Qui n'eût souri aussi en voyant le naïf offrir une pomme à la Sainte Vierge ?

" Bonne Vierge Marie, et vous, mon doux Jésus, prenez, je vous prie, cette pomme que je vous apporte, cette pomme blanche et rouge !"
La statue d'airain n'entendit pas la prière de l'enfant, mais la Sainte Vierge au ciel l'avait entendue.

La Vierge d'airain s'anime, sourit, se penche vers l'enfant, tend son bras, et reçoit le fruit ; puis elle remercie avec un sourire. Et, de ce jour, elle le combla, toute sa vie, de grâces et de faveurs.

Sainte innocence de l'enfance, colombe du Bon Dieu, compagne aimable des anges, pour toi le ciel, fermé par le péché, est toujours ouvert !"

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mercredi, 05 avril 2017

5 avril. Saint Vincent Ferrier, de l'Ordre de Saint-Dominique, confesseur. 1419.

- Saint Vincent Ferrier, de l'Ordre de Saint-Dominique, confesseur. 1419.

Papes : Innocent VI ; Martin V. Roi de France : Charles VI.

" Après les premiers Apôtres, Vincent est de tous les hommes apostoliques celui qui a fait le plus de fruits dans la parole de Dieu."
Louis de Grenade.

" Il fut l'Ange de l'Apocalypse, volant au milieu du ciel, pour annoncer le jour redoutable du jugement dernier."
Pie II. Bulle de la canonisation de saint Vincent Ferrier.


Saint Vincent Ferrier. Francesco del Cossa. XVe.

Aujourd'hui, c'est encore la catholique Espagne qui fournit à l'Eglise un de ses fils pour être proposé à l'admiration du peuple chrétien. Vincent Ferrier, l’Ange du jugement, nous apparaît, faisant retentir l'arrivée prochaine du souverain juge des vivants et des morts. Autrefois il sillonna l'Europe dans ses courses évangéliques, et les peuples remués par son éloquence foudroyante se frappaient la poitrine, criaient miséricorde au Seigneur, et se convertissaient En ce moment, il voit du haut du ciel le peuple fidèle régénéré par la pénitence, fortifié par le pain de vie, en un mot ressuscité avec Jésus-Christ. Tous, il est vrai, n'ont pas été dociles à l'appel de la grâce ; mais si nous recommandons les fugitifs à l'illustre Apôtre de la conversion, il peut encore parler à leurs coeurs, au nom du Maître de la vigne, et préparer pour le salaire les ouvriers de la onzième heure.


Saint Vincent Ferrier, tout jeune Dominicain. Francisco de Goya. XVIIIe.

Saint Vincent, né à Valence en Espagne le 23 janvier 1357, de l'ancienne famille de Ferrier, montra dès ses premières années la maturité d'un vieillard. Guillaume Ferrier, son père, et Cinstance Miguel, sa mère, étaient des personnes fort pieuses, et l'on peut croire que ce fut par les grandes aumô nes qu'ils faisaient aux pauvres qu'ils méritèrent d'avoir un tel fils.

Ayant reconnu de bonne heure, malgré la faiblesse de son âge, le peu de durée de ce monde rempli de ténèbres, il reçut à dix-huit ans l'habit de la religion dans l'Ordre des Frères-Prêcheurs. Après sa profession solennelle, il se livra avec ardeur à l'étude des saintes lettres, et conquit avec une grande distinction le degré de docteur en théologie.


Saint Vincent Ferrier. Angel Maria Camponesqui. XIXe.

Bientôt, sur l'obédience des supérieurs, il se mit à prêcher la parole de Dieu, à combattre la perfidie des Juifs, à réfuter les erreurs des Sarrasins avec tant de zèle et de succès, qu'il amena à la foi du Christ un nombre immense d'infidèles, et fit passer plusieurs milliers de chrétiens du péché à la pénitence, du vice à la vertu. Il avait été choisi de Dieu pour répandre les enseignements du salut chez toutes les nations, de quelque race et de quelque langue qu'elles fussent ; et en annonçant l'approche du dernier et redoutable jugement, il effrayait les âmes de tous ceux qui l'entendaient, les arrachait aux passions terrestres et les portait à l'amour de Dieu.


Saint Vincent Ferrier et saint Antoine. Anonyme madrilène. XVIIIe.

Dans l'accomplissement de ce ministère apostolique, son genre de vie fut constamment celui-ci , tous les jours, de grand matin, il célébrait une Messe chantée ; chaque jour aussi il adressait une prédication au peuple ; il gardait un jeûne inviolable, à moins d'une urgente nécessité; il ne refusa jamais à personne ses conseils toujours saints et équitables ; jamais il ne mangea de chair, ni ne porta de linge ; il apaisa les dissensions des peuples, et rétablit la paix entre des royaumes divisés ; enfin, au temps où la tunique sans couture de l'Eglise était déchirée par un schisme cruel, il se donna beaucoup de mouvement pour rétablir et consolider la réunion. Toutes les vertus brillèrent en lui; humble et simple, on le vit recevoir avec douceur et embrasser avec tendresse ceux qui l'avaient poursuivi de leurs calomnies et de leurs persécutions.


Prédication de saint Vincent Ferrier.
Dessin de Corrado Giaquinto. XVIIIe.

La puissance divine opéra par lui beaucoup de signes et de prodiges en confirmation de la sainteté de sa vie et de sa prédication. Souvent, par l'imposition de ses mains sur les malades, il leur rendit la santé; il chassa les esprits immondes du corps des possédés, rendit l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, la vue aux aveugles ; il guérit les lépreux, et ressuscita des morts. Enfin, accable de vieillesse et de maladie ,après avoir parcouru plusieurs pays de l'Europe avec un grand profit pour les âmes, cet infatigable héraut de l'Evangile acheva le cours de sa prédication et de sa vie à Vannes en Bretagne, l'an du salut mil quatre cent dix-neuf. Il fut mis au nombre des Saints par Calixte III, mais c'est Pie II qui signa sa bulle de canonisation.


Anonyme espagnol. XVIe.

CULTE ET RELIQUES

Ses saintes reliques sont toujours dans la cathédrale Saint-Pierre de Vannes où l'on ne manquera pas de les vénérer. C'est en effet en Basse-Bretagne que notre Saint termina son pélerinage ici-bas en 1419, après avoir parcouru sa vie durant la quasi-totalité de l'Europe occidentale, royaume d'Angleterre et royaume d'Ecosse compris.

Les Paysans catholiques bretons sauvèrent les précieuses reliques de notre Saint pendant la tourmente révolutionnaire en les dissimulant jusqu'à l'appaisement de cette monstrueuse avanie.

Aux temps où la Bretagne, et Vannes en particulier, étaient encore catholiques, il se faisait le cinq février dans cette ville une procession générale des saintes reliques de saint Vincent Ferrier. Pour l'occasion, les habitants arboraient à leurs fenêtres leurs plus belles nappes et laurs plus beaux draps blancs. Nous avons connu personnellement de vieux témoins de cette pieuse dévotion publique éteinte après la deuxième guerre mondiale.
 

Apothéose de saint Vincent Ferrier. Lucas de Valdès. XVIIe.

PRIERE

" Que votre voix fut éloquente, Ô Vincent, lorsqu'elle vint troubler l'assoupissement des hommes, et leur fit éprouver les terreurs du grand jugement ! Nos pères entendirent cette voix ; ils revinrent à Dieu, et Dieu leur pardonna. Nous aussi, nous nous étions endormis, lorsque l'Eglise, à l'ouverture du Carême, troubla notre sommeil en marquant de la cendre nos fronts coupables, et en nous rappelant l'irrévocable sentence de mort que Dieu a prononcée sur nous.


Anonyme espagnol. XVIIIe.

Dans le cours de la sainte Quarantaine, nous avons réfléchi sur nos fins dernières, et la méditation des jugements de Dieu nous a éclairés. Nous avons vu ensuite passer sous nos yeux le divin Rédempteur chargé de sa croix, et nos cœurs ébranlés d'abord ont été touchés et convertis. Sa mort a été notre vie, et nous sommes entrés en partage de sa Résurrection. Priez, Ô Vincent, afin que nous ne mourions plus, afin que la trompette de l'Ange du jugement, lorsqu'elle retentira, nous trouve dans une heureuse attente du second avènement de notre Emmanuel. Nous avons commencé parla crainte ; obtenez que l'espérance qui la remplace en ce moment se maintienne en nous, et qu'elle soit toujours justifiée par nos œuvres.


Monument dédié à saint Vincent Ferrier. Valence. Espagne.

Ami des âmes, nous remettons entre vos mains l'œuvre de notre persévérance. Priez aussi, Ô Vincent, pour l'Espagne qui vous donna le jour, et au sein de laquelle vous avez puisé la foi, la profession religieuse et le sacerdoce ; mais souvenez-vous de la France, votre seconde patrie, que vous avez évangélisée avec tant de fatigues et de succès ; souvenez-vous de la catholique Bretagne, qui garde si religieusement votre dépouille sacrée. Vous fûtes notre apôtre dans des temps malheureux ; les jours où nous vivons le sont plus encore : daignez, du haut du ciel, vous montrer toujours notre fidèle protecteur."

La Bible que saint Vincent Ferrier ne quittait jamais. Il s'agit d'une
version de la Vulgate ; notre Saint avait en effet une grande dévotion
pour saint Jérôme. Elle est conservée au trésor de la basilique
Saint-Vincent-Ferrier de Valence. Elle fut donnée, avec un fragment
de ses reliques, par les autorités religieuses de Vannes, au général
espagnol, Don Juan d'Aguilar, qui, au milieu du XVIe siècle, et selon
les ordres du roi Philippe II d'Espagne, vint défendre avec succès
la Basse-Bretagne des féroces et bestiales menées des Calvinistes.

EXTRAITS DE LA VIE SPIRITUELLE DE SAINT VINCENT FERRIER

Pour la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ je vous indiquerai les remèdes contre quelques tentations spirituelles que Dieu permet très communes en ce temps pour la purification et l'épreuve des élus. Elles n'attaquent ouvertement aucun des principaux articles de la foi, mais l'homme clairvoyant comprend vite quelles vont tout de même à détruire ces fondements de notre religion et qu'elles préparent à l'Antéchrist sa chaire et son trône.
Je ne les exposerai pas en détail pour n'être à personne une occasion de scandale ou de chute, mais je vous dirai de quelle prudence vous devez user pour en triompher.

Ces tentations surgissent de deux côtés : d'abord des suggestions et illusions du diable qui trompe l'homme dans ses relations avec Dieu et dans tout ce qui se rapporte à Dieu ; ensuite de la doctrine corrompue et des moeurs de ceux qui sont déjà tombés dans ces tentations.
Je vous indiquerai donc quelle doit être votre conduite à l'égard des hommes, de leur doctrine et de leur manière de vivre.


Saint Antonin de Florence et saint Vincent Ferrier.
Fernando Yanez de la Almedina. XVe.

I. Tentations qui viennent des suggestions diaboliques :

Voici donc les remèdes contre les tentations spirituelles que le diable soulève dans quelques âmes.

Ne pas désirer les grâces extraordinaires

Premier remède :

Ceux qui veulent vivre dans la volonté de Dieu ne doivent pas désirer obtenir par l'oraison, contemplation ou autres œuvres de perfection, des visions, des révélations ou des sentiments surnaturels dépassant l'état ordinaire de ceux qui ont pour dieu une crainte et un amour très sincères. Car un pareil désir ne peut venir que d'un fonds d'orgueil et de présomption, d'une curiosité vaine à l'égard de Dieu et d'une foi trop fragile. La grâce de Dieu abandonne l'âme prise de ce désir et la laisse tomber dans ces illusions et ces tentations du diable qui la séduit en des visions et des révélations trompeuses. C'est la tentation la plus commune de notre temps.

Consolations spirituelles et humilité


Deuxième remède :

Quand vous priez ou que vous contemplez, ne supportez jamais dans votre âme aucune consolation, même la moindre, si vous voyez qu'elle se fonde sur la présomption et l'estime de vous-même, si elle vous porte à désirer honneur et réputation et à vous croire digne de louange et de gloire en ce monde ou des joies du paradis.

L'âme qui prend plaisir à pareille consolation tombe dans plusieurs erreurs funestes. Par un juste jugement Dieu permet au démon d'accroître ces consolations, de les renouveler et de faire naître dans cette âme des sentiments tout à fait faux et dangereux qu'elle prend pour des communications divines.


Nativité avec saint Georges et saint Vincent Ferrier.
Fra Filippo Lippi. XVe.

Visions, foi et pureté

Troisième remède :

Tout sentiment, même très élevé, toute vision même sublime, du moment qu'ils vous disposent contre un article de foi, contre les bonnes mœurs, surtout contre l'humilité et la pureté, ayez-les en horreur : certainement ils sont l'œuvre du diable.

Même si votre vision ne vous inspire rien de semblable et vous apporte la certitude qu'elle est de Dieu et vous pousse à faire la volonté divine, cependant, ne vous appuyez pas sur elle.

Conseils des visionnaires


Quatrième remède :

Quelle que soit la piété, la sainteté de vie, l'élévation d'intelligence et autres qualités d'une personne, ne suivez jamais ses conseils ou ses exemples, si vous avez des raisons de croire que ses conseils ne sont pas selon Dieu ou la prudence chrétienne et qu'ils ne vous engageraient pas dans la voie tracée par Jésus-Christ et les saints et éclairée par les Saintes Ecritures.

Ne pas fréquenter les visionnaires

Cinquième remède :

Fuyez la société et la familiarité de ceux qui sèment et répandent ces tentations comme de ceux qui les défendent et les louent. N'écoutez ni leurs récits ni leurs explications. Ne cherchez pas à voir ce qu'ils font. Car le démon ne manquerait pas de vous faire voir en leurs paroles et leurs gestes des signes de perfection auxquels peut-être vous ajouteriez foi pour tomber et vous perdre avec eux.

Notre Seigneur Jésus-Christ avec saint Dominique,
saint Jean-Baptiste, saint Marc et saint Vincent Ferrier.
Maître de l'Epiphanie de Fiesole. XVe.

II. Tentations qui viennent de fausses doctrines et mauvais exemples :

Je vais vous indiquer aussi les remèdes à employer contre la doctrine et les exemples de quelques personnes qui propagent ces tentations.

Prudence et discrétion dans l'examen

Premier remède :

Ne faites pas grand cas de leurs visions, de leurs sentiments extraordinaires ni de leurs extases. Bien plus, si elles vous disent quelque chose contre la foi, la Sainte Ecriture ou les bonnes moeurs, ayez-en horreur toutes ces visions et extases qui sont de pures folies, des fureurs diaboliques.

Mais si elles sont conformes à la foi, à la Sainte Ecriture, aux exemples des saints et aux bonnes mœurs, ne les méprisez pas : vous vous exposeriez à mépriser ce qui vient de Dieu. Ne vous y fiez pas non plus sans réserve, car souvent, surtout dans les tentations spirituelles, les faux se cache sous l'apparence du vrai, le mal sous l'apparence du bien : le diable peut ainsi répandre son venin mortel dans un plus grand nombre d'âmes sans défiance.

Réflexion et conseil avant d'agir

Deuxième remède :

Si quelque révélation ou mouvement extraordinaire vous pousse à accomplir une oeuvre, surtout une œuvre importante sortant de vos habitudes, et dont vous vous demandez si elle plaira à Dieu, attendez avant d'agir jusqu'à ce que vous ayez examiné toutes les circonstances, en particulier le but et que vous ayez la certitude d'être agréable à Dieu.

Toutefois n'en jugez pas par vous-même, mais autant que possible en suivant les règles tirées de la Sainte Ecriture et des exemples des saints que nous pouvons imiter.

Je dis exemples que nous pouvons imiter, car saint Grégoire nous enseigne que plusieurs saints ont fait des choses qui ne sont pas imitables, quoique bonnes en elles-mêmes. Il suffit d'avoir pour elles respect et admiration.

Et si vous n'arrivez pas à connaître la volonté de Dieu, demandez à des personnes de vie et de doctrine sûres un conseil sincère.

Saint Vincent Ferrier. Baccio della Porta :
Fra Bartolommeo en religion. XVe.

Se réjouir de suivre la voie ordinaire

Troisième remède :

Si vous êtes exempt de ces tentations au point de ne les avoir pas éprouvées, ou si les ayant éprouvées vous en avez triomphé, élevez votre coeur et votre esprit vers Dieu pour reconnaître humblement ce grand bienfait. Remerciez souvent ou plutôt ne cessez de remercier de cette grâce. Prenez bien garde de ne pas attribuer à vos forces, à votre sagesse, à vos mérites, à votre conduite ou au hasard ce que vous avez gratuitement de la bonté de Dieu. Les saints enseignent que c'est surtout pour cela que Dieu nous retire sa grâce, et nous laisse en proie aux tentations et aux illusions du diable.

Ne rien faire dans le doute

Quatrième remède :

Lorsque vous éprouvez quelque tentation spirituelle qui vous jette dans le doute, n'entreprenez de votre propre initiative rien de grave que vous n'ayez déjà coutume de faire. Réprimez l'impulsion de votre coeur et de votre volonté : attendez humblement dans la crainte et le respect de Dieu qu'Il daigne vous éclairer. Tenez pour certain que si dans le doute vous entrepreniez de vous-même une chose grave et inaccoutumée, vous n'aboutiriez à rien de bon. Je ne veux parler que des choses graves et sortant de l'ordinaire sur lesquelles vous avez un doute.

Persévérez dans les pratiques communes

Cinquième remède :

Pour toutes ces choses extraordinaires ne laissez jamais un bien que vous avez entrepris avant qu'elles se produisent. Surtout gardez-vous d'abandonner la prière, la confession, la communion, les jeûnes et autres œuvres de piété et d'humilité, quand même vous n'y trouveriez aucune consolation.

Abandon à la divine volonté

Sixième remède :

Dans ces occasions, élevez votre cœur et votre esprit vers Dieu en Le priant humblement de faire ce qui sera le plus utile à sa gloire et au salut de votre âme. Soumettez votre volonté à sa divine volonté. Si sa volonté est de vous laisser dans ces tentations, que la vôtre soit de ne jamais L'offenser.

Rq : On lira avec foi et une sainte admiration la notice que les Petits Bollandistes consacrent à la vie hors-du-commun de l'extraordinaire apôtre de Notre Seigneur Jésus-Christ que fut saint Vincent Ferrier (T IV, pp. 215 et suiv.) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30734t.image.r=saint+vincent+ferrier.f221.pagination

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6 avril. Saint Marcellin de Carthage, homme d'Etat, martyr. 413.

- Saint Marcellin de Carthage, homme d'Etat, martyr. 413.

Pape : saint Innocent Ier. Empereur : Honorius.

" Quand le juste est enlevé par la mort, il entre dans le lieu de son rafraîchissement et de son repos."
Sapient., IV.

Saint Augustin, avec saint Marcellin, contre les Donatistes.
Charles van Loo. XVIIIe.

Une lettre de saint Augustin fait en ces termes l'éloge de saint Marcellin :
" Il a vécu dans une grande piété, dans une conduite sainte, dans des sentiments vraiment chrétiens. Quelle probité dans ses mœurs ! Quelle fidélité dans sa piété Chaste dans le mariage, intègre dans l'administration de la justice, patient envers ses amis, charitable envers tous, en toute occasion prêt à faire plaisir, réservé à demander pour lui quelque grâce, les bonnes œuvres lui donnaient la joie, et les mauvaises de la douleur ; compatissant et secourable, son cœur était toujours ouvert pour pardonner à ses ennemis, et même pour les aimer Il était plein de confiance en Dieu et appliqué à la prière. Jamais il ne parlait des vérités du salut, dont il était bien instruit, qu'avec respect et modestie. II aurait renoncé à tous les emplois du siècle, s'il n'eût été engagé dans le mariage ; mais au milieu de ses biens, il était indissolublement attaché à Jésus-Christ."

Dieu devait couronner tant de vertus par un glorieux martyre.

La cause de sa mort fut le zèle qu'il déploya contre des schismatiques nommés donatistes, espèce de jansénistes africains qui refusaient d'admettre au pardon et à la communion catholique, ceux qui ayant eu la faiblesse de livrer les saintes Ecritures dans la persécution, demandaient avec repentir l'absolution de leur faute.

Une conférence fut convoquée en 410, à Carthage, non pas pour décider la question de droit, car il a toujours été vrai qu'à tout péché miséricorde, mais pour savoir à quel évêque le peuple devait obéir " au catholique ou au donatiste ", dans les villes où chaque communion avait le sien.

Marcellin, secrétaire d'Etat d'Honorius, fut nommé pour présider cette conférence, et assurer l'exécution des mesures qui seraient arrêtées en commun. Les éveques catholiques dffrirent à leurs adversaires de partager avec eux leurs sièges, et au besoin, de les leur céder.

L'esprit de discorde, qui est celui des disciples de Satan, ne permit pas aux donatistes de se réunir à la communion des fidèles, et leur fit rejeter toute espèce d'arrangement. Des lors, la cause des catholiques était gagnée conformément à son mandat, Marcellin appliqua les lois sévères portées contre ces dissidents, qui, dans leur turbulence, ne respectaient ni les personnes, ni les propriétés. De ce moment, tout fut mis en œuvre pour perdre l'intègre Marcellin.

Si les catholiques avaient pour eux l'intègre Marcellin, les donatistes avaient dans leur parti le comte Marin. Or, Marin était précisément, à cette époque, en Afrique, occupé à réprimer la rébellion d'un certain Héraclien, qui avait tenté de se rendre indépendant dans son gouvernement. Abusant de ses pleins pouvoirs militaires, le généralissime d'Hono-rius impliqua Marcellin dans la révolte d'Héraclien, et quoique l'accusation
fût dénuée de tout fondement, Marcellin fut mis avec son frère dans une affreuse prison qui ne recevait aucune lumière.

Dans ce lieu triste, son frère lui dit un jour :
" Si ce sont mes péchés qui m'ont attiré cette disgrâce, par où avez-vous mérité d'y tomber, vous dont la vie a été toujours chrétienne ?
- Quand ce que vous dites serait véritable, répondit Marcellin, et quand néanmoins j'en devrais perdre la vie, n'en dois-je pas rendre grâces à Dieu, qui me punit en ce monde pour m'épargner en l'autre ?"


Saint Augustin, qui aimait le tribun à cause de ses belles qualités, et qu'il estimait pour ses vertus, vint exprès à Carthage pour le justifier auprès de Marin, et lui fit promettre qu'il lui laisserait la vie ; mais le comte, foulant aux pieds sa promesse, le condamna à perdre la tête.

L'évêque d'Hippone alla visiter MarceUin dans sa prison, et il rend le compte le plus touchant des dispositions où il le trouva. Lui ayant demandé s'il n'avait jamais commis quelqu'un de ces péchés qui s'expient par la pénitence canonique, il lui répondit en lui serrant la main droite :
" Je vous jure par cette main qui m'a administré les sacrements que je viens de recevoir, que je ne me suis jamais rendu coupable de pareils péchés."
La cour, persuadée de l'innocence des deux frères, avait envoyé dire au comte Marin de les élargir ; mais pour satisfaire sa vengeance, il s'était hâté de les faire exécuter.

Honorius disgracia Marin pour cette barbare exécution, et donna à Marcellin le titre d'homme de glorieuse mémoire. Cet illustre ami de saint Augustin, à qui celui-ci avait dédié ses premiers écrits contre les Pélagiens et son grand ouvrage de la Cité de Dieu, fut mis à mort à Carthage, l'an 413, et il est honoré comme martyr le 6 avril.

Saint Jérôme et saint Augustin ont fait l'oraison funèbre de cette illustre victime des discordes religieuses.

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