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samedi, 09 mars 2019

9 mars. Sainte Françoise Romaine, veuve, religieuse, fondatrice des Oblates du Mont-Olivet. 1440.

- Sainte Françoise Romaine, veuve, religieuse, fondatrice des Oblates du Mont-Olivet. 1440.

Papes : Clément VI, Eugène IV. Empereurs : Venceslas, Frédéric III.

" Pour être née dans l'opulence, une femme du monde n'en est pas moins obligée de suivre les maximes de l'Evangile."
Sainte Françoise Romaine.


Sainte Françoise Romaine reçoit l'Enfant Jésus
des mains de Notre Dame.
Orazio Gentileschi. XVIIe.

La période de trente-six jours ouverte au lendemain de la Purification de Notre-Dame, et qui comprend toutes les fêtes des Saints dont la solennité peut se rencontrer du trois février au dernier terme où descend quelquefois le Mercredi de la Quinquagésime, offre une suite de noms glorieux dont l'ensemble représente tous les degrés de la cour céleste. Les Apôtres ont donné Mathias et la Chaire de Pierre à Antioche ; les Martyrs ont fourni Siméon, Blaise, Valentin, Faustin et Jovite, Perpétue et Félicité, et les quarante héros de Sébaste que nous honorerons demain ; les Pontifes, André Corsini, Cyrille d'Alexandrie et Pierre Damien qui figurent en même temps dans l'auguste sénat des Docteurs, au milieu desquels nous avons salué Thomas d'Aquin ; les Confesseurs nous ont produit Romuald, Jean de Matha, Jean de Dieu, et, du milieu même des pompes mondaines, l'angélique Casimir ; le chœur des Vierges a envoyé Agathe, Dorothée, Apolline, couronnées des roses vermeilles du martyre, et Scholastique, dont la candeur efface celle du lis ; enfin, les saintes Pénitentes offent l'austère Marguerite de Cortone. Aujourd'hui, cette imposante série déjà si nombreuse se complète par l'admirable figure de l'épouse chrétienne, dans la personne de Françoise, la pieuse dame romaine.

Après avoir donné durant quarante ans l'exemple de toutes les vertus dans l'union conjugale qu'elle avait contractée dès l'âge de douze ans, Françoise alla chercher dans la retraite le repos de son cœur éprouvé par de longues tribulations ; mais elle n'avait pas attendu ce moment pour vivre au Seigneur. Durant toute sa vie, des œuvres de la plus haute perfection l'avaient rendue l'objet des complaisances du ciel, en même temps que les douces qualités de son cœur lui assuraient la tendresse et l'admiration de son époux et de ses enfants, des grands dont elle fut le modèle, et des pauvres qu'elle servait avec amour. Pour récompenser cette vie tout angélique, Dieu permit que l'Ange gardien de Françoise se rendît presque constamment visible à elle, en même temps qu'il daigna l'éclairer lui-même par les plus sublimes révélations. Mais ce qui doit particulièrement nous frapper dans cette vie admirable, qui rappelle à tant d'égards les traits de celle des deux grandes saintes Elisabeth de Hongrie et Jeanne-Françoise de Chantal c'est l'austère pénitence que pratiqua constamment l'illustre servante de Dieu. L'innocence de sa vie ne la dispensa pas de ces saintes rigueurs ; et le Seigneur voulut qu'un tel exemple fût donné aux fidèles, afin qu'ils apprissent à ne pas murmurer contre l'obligation de la pénitence qui peut n'être pas aussi sévère en nous qu'elle le fut en sainte Françoise, mais néanmoins doit être réelle, si nous voulons aborder avec confiance le Dieu de justice, qui pardonne facilement à l'âme repentante, mais qui exige la satisfaction.


Sainte Françoise Romaine et son ange gardien.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

Sainte Françoise Romaine naquit l'an de grâce 1384. Son père, Paul Bussa, et sa mère, Jacqueline Roffredeschi, étaient l'un et l'autre issus des premières familles de Rome. Elle fit paraître dès le berceau, une grande aversion pour tout ce qui est contraire à la pureté et donna dès les premières années de sa vie d'illustres exemples de vertu, méprisant les divertissements de l'enfance et les attraits du monde et mettant toutes ses joies dans la solitude et dans la prière. Dès l'âge de 12 ans, elle eût bien désiré le cloître afin se servir jusqu'au dernier jour l'Epoux des vierges.

Dans son sens élevé de l'humilité, et malgré ses répugnances, elle obéit à la volonté de ses parents et épousa Laurent de Ponziani, jeune homme riche et de grande naissance. Il y eut peu de mariages aussi heureux, parce qu'il y en a peu d'aussi saints ; l'estime, le respect et l'amour furent mutuels, la paix et l'union inaltérables ; ces époux vécurent ensemble quarante années sans la moindre mésintelligence, sans une ombre de froideur.


Sainte Françoise Romaine guérissant un malade.
Antoniazzo Romano. XVe.

Cependant, à peine sainte Françoise fut-elle entrer dans la condition du mariage, qu'elle tomba dangereusement malade, ce qui fit connaître à son époux le déplaisir qu'elle avait eu à s'engager dans cette voie. Néanmoins sa maladie ne dura pas longtemps, car saint Alexis de Rome, lui apparaissant une nuit, lui rendit en un instant une santé parfaite.

Sa maison fut une véritable école de vertu : elle regardait ses domestiques, non pas comme ses serviteurs et ses servantes, mais comme ses frères en Jésus-Christ, sans néanmoins que cette douceur lui fit relâcher en rien le zèle et la justice, quand il y allait de l'offense de Dieu.


Sainte Françoise Romaine. Statue. Basilique Saint-Pierre. Rome.

Un de ses premiers soins fut d'étudier le naturel de son mari afin d'éviter scrupuleusement tout ce qui aurait pu lui déplaire. Bientôt, Notre Père des cieux fit paraître par une merveille combien cette obéissance lui était agréable. Alors que sainte Françoise récitait l'office de Notre-Dame, elle s'interrompit à quatre reprises au même verset pour satisfaire à ses devoirs d'épouse ; mais, l'affaire faite, retournant à sa dévotion, elle trouva le verset écrit en lettres d'or dans son missel quoiqu'auparavant il ne fût écrit qu'en caractères communs. Quelques temps après, l'Apôtre saint Paul lui apparut dans une extase, et lui dit que c'était son ange gardien qui avait tracé ces lettres afin de lui faire connaître le mérite de son obéissance.

Le sacrement de mariage ayant été établi de Dieu pour peupler le ciel par la naissance des enfants sur la terre, cette fidèle épouse pria Notre Seigneur de lui en pouvoir donner. Elle eut, entre autres, un fils qui, par un heureux présage, eut pour patron saint Jean l'Evangéliste, à la différence de son aîné appelé Jean-Baptiste. Il ne vécut que neuf ans ; mais en ce peu de temps il fit connaître qu'il était né pour le ciel plutôt que pour la terre, car il fut doué du don de prophétie, et prédit à son père qu'il recevrait un coup dangereux en un endroit du corps qu'il lui marqua, et, à un religieux mendiant, qu'il changerait bientôt d'habit : ces prédictions se vérifièrent ; Laurent de Ponziani fut blessé, pour la cause de l'Eglise, en une guerre survenue entre les Romains et les Napolitains, et le religieux fut fait évêque.


Sainte Françoise Romaine et le démon.
Fresque du monastère des Oblates du Mont-Olivet. Rome.

Ce saint enfant fut frappé de la peste lorsqu'elle affligea la ville de Rome, au commencement du XVe siècle. Prévoyant sa mort, il en avertit sa mère et la supplia de lui donner un confesseur, parce qu'il voyait saint Antoine et saint Onuphre, aux quels il portaient une particulière dévotion, s'avancer pour le conduire au ciel. Cet événement arriva le même jour, et il fut enterré dans l'église Sainte-Cécile au-delà du Tibre.

Un an après, notre Sainte, priant dans son oratoire, aperçut son petit Jean tout brillant de lumière , assisté d'un ange encore plus éclatant que lui ; il lui dévoila ainsi l'état de sa gloire dans le ciel. Il était dans le second choeur de la première hiérarchie. L'ange qui l'accompagnait paraissait encore plus beau parce qu'il était dans un degré de gloire plus haut que lui. Il ajouta qu'il venait chercher sa soeur Agnès, alors âgée de cinq ans, pour être placée avec lui parmi les anges. Enfin, en s'en allant, il lui laissa pour gardien, cet archange qui depuis demeura toujours avec elle. Sainte Françoise avoua à son confesseur que, quand elle jetait les yeux sur cet esprit céleste, il lui arrivait la même chose qu'à une personne qui regarde fixement le soleil et ne peut supporter l'éclat de sa lumière.


Sainte Françoise Romaine, protégée par le manteau de Notre Dame
qui assurera la garde de ses oblates.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

Le genre de vie austère qu'elle s'était proposé, fuyant avec horreur les spectacles, les festins et les autres divertissements semblables. Son habit était de laine et d'une grand simplicité, et tout ce qui lui restait de temps après les soins domestiques, elle l'employait à la prière et à l'assistance du prochain. Elle s'appliquait avec un grand zèle à retirer les dames romaines des pompes du siècle, et à les détourner des vaines parures.

Le ciel répandait sur elle ces douceurs d'un autre monde, qui sont l'avant-goût des joies divines ; mais il lui réservait une croix, et une croix terrible. Rome ayant été prise par le roi de Naples, Ladislas, Françoise vit sa maison pillée, son mari banni : elle supporta ces revers avec une constance admirable. La tempête l'agitait au dehors ; mais le calme était dans son âme et la sérénité sur son visage. L'orage passa, son mari fut rappelé, ses biens lui furent restitués ; la paix rentra dans sa famille.


Sainte Françoise Romaine secourant les affamés pendant
la famine de 1402 à Rome.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

La vertueuse dame profita de ces malheurs pour persuader à son époux de vivre ensemble dans une parfaite continence. Cet époux sanctifié par les vertus célestes de son épouse qu'il aimait profondément et tendrement, lui accorda tout ce qu'elle voulut. Dès lors, elle ne mangea plus qu'une fois par jour, ne se nourrit que de pain et d'eau, et, au plus, de quelques légumes insipides. Elle s'interdit pour jamais l'usage du linge fin et ne se vêtit plus, dessous ses habits de serge, que d'un âpre cilice et d'une ceinture faite de crin de cheval ; elle portait, en outre, un autre cercle de fer qui lui perçait la peau. Non contente de cet instrument de pénitence, elle y ajoutait, régulièrement, une discipline faîtes de chaînons de fer avec des pointes aigües. La seule obéissance, qu'elle préférait à toutes les autres pénitences, lui fit atténuer parfois ces rigueurs, lorsque son confesseur lu imposait d'y apporter de la modération.

Elle joignait cette austérité à la pratique des oeuvres de miséricordes, en assistant les pauvres qu'elle regardait comme les images de son Sauveur crucifié. Pour le faire avec plus d'efficace et de liberté, elle se joignit à sa belle-soeur, Vannosa, âme très vertueuse : elles allaient ensemble, de porte en porte par les rues de Rome, quêter des aumônes pour les nécessiteux. Dieu agréa si fort cette conduite, quil fit souvent des miracles en leur faveur, multipliant le pain et le vin qu'elles donnaient pour son amour.


Eglise Sainte-Françoise-Romaine. Rome.

Elle se confessait très régulièrement et communiait au moins une fois par semaine ; elle fréquentait beaucoup l'église de Saint-Pierre, au Vatican, celle de Saint-Paul, hors la ville, celle de Notre-Dame d'Ara-Coeli, celle de Sainte-Marie-la-Neuve et celle de Sainte-Marie au-delà du Tibre, toujours en compagnie de sa belle-soeur.

On raconte qu'un jour elles allèrent à l'église Sainte-Cécile faire leurs dévotions : un prêtre, qui n'approuvait pas que des femmes mariées communiassent si souvent, leur donna à l'une et à l'autre des hosties non consacrées ; mais sainte Françoise s'en aperçut en ne ressentant pas la présence de Notre Seigneur Jésus-Christ. Elle s'en ouvrit au père Antoine de Monte-Sabellio, son confesseur, qui vint trouver le prêtre : ce dernier confessa la vérité de la chose, et fit pénitence de sa faute.

Le démon, qui ne constatait qu'à regret la vertu de notre Sainte, résolut de la combattre. Employant tous ses efforts pour la perdre, il se présenta à elle en mille postures épouvantables, avec des gestes ridicules et immodestes. Il l'attaquait souvent durant ses prières, la roulait le visage contre terre, la traînait par les cheveux, la battait et la fouettait cruellement. Une nuit, comme elle prenait un peu de repos après un rude combat, il transporta le corps d'un homme mort dans sa chambre, et la tint sur ce cadavre un long espace de temps : cela lui fit une telle impression, que, depuis cet accident, il lui semblait que cet objet était toujours proche d'elle.


Sainte Françoise Romaine et le démon.
Fresque du monastère des Oblates du Mont-Olivet. Rome.

Il serait impossible de rapporter ici toutes les persécutions que le démon lui a faites, et les victoires qu'elle a remporté sur lui. Elle a triomphé de sa malice, non-seulement quand il l'a employée contre elle, mais encore quand il l'a employée contre les autres : tantôt elle convertissait les femmes abandonnées au vice, tantôt elle les chassait de Rome, ou des autres asiles où elles se retiraient, pour les empêcher de pervertir l'innocence.

Elle obtint par ses prières que son confesseur fût délivré d'un esprit malin qui le poussait à la colère. Elle prévoyait les tentations de plusieurs âmes et les préservait d'y tomber par ses bons avis. Une fois, le démon précipita la pieuse Vannosa, sa belle-soeur, du haut d'une montée en bas, et lui brisa tous le corps ; mais sainte Françoise, par ses prières, la fit rétablir aussitôt en parfaite santé par Notre Père des cieux. Ainsi, le démon demeurait vaincu de tous côtés.

Depuis que sainte Françoise s'était associé à Vannosa, elle ne faisait rien que de concert avec elle. Un jour, Dieu voulut lui montrer, par une merveille, combien leur union lui était agréable : comme elles s'étaient retirées à l'écart d'un côté d'un jardin pour délibérer des moyens de se retirer du monde, des poires extrêmement belles et de bon goût tombèrent à leurs pieds quoique ce fût au printemps. Ces deux saintes femmes portèrent ces fruits à leurs maris, afin de les affermir, par ce prodige, dans la volonté de servir Dieu, et de leur donner une entière liberté de le faire.


Le démon se présentant sous divers masques afin de tromper,
en vain, sainte Françoise Romaine.
Fresque du monastère des Oblates du Mont-Olivet. Rome.

C'est ainsi que l'an 1425, notre Sainte entreprit d'ériger une congrégation de filles et de femmes veuves qui s'adonnassent parfaitement à la piété et la dévotion, la maison des Oblates de la Congrégation du Mont-Olivet, sous la règle de saint Benoît. Elle fut affermie dans ce pieux dessein par plusieurs visions célestes où lui apparurent les Apôtres saint Pierre et saint Paul, saint Benoît et sainte Marie-Madeleine, qui lui prescrivirent des règles pour ses religieuses. Il lui sembla voir un jour que saint Pierre, après l'avoir voilée et bénite solennellement, l'offrait à Notre Dame, pour être reçue sous sa protection et sa sauvegarde spéciale ; ce fut alors qu'étant revenue à elle, elle rédigea par écrit les règles qui furent observées depuis. Les ayant communiquées à son père spirituel, elle les fit approuver par le pape Eugène IV.

Sainte Françoise avait alors quarante-trois ans ; elle en avait passé déjà vingt-huit dans le mariage. dans les douze qu'elle y passa depuis, Dieu fit éclater sa sainteté par plusieurs merveilles et guérisons miraculeuses ; mais son humilité les lui faisait déguiser par l'application des remèdes sur la partie blessée, quoique ces remèdes ne fussent que d'une utilité superflue. Nous disons trop peu de l'assistance que les anges lui rendirent. Nous avons déjà vu qu'outre son ange gardien, Dieu lui en donna un second, qui l'accompagnait visiblement : s'il arrivait que le démon empruntât la figure d'un ange de lumière pour la tromper, ce fidèle gardien ne manquait point de lui découvrir l'artifice de son ennemi, et son âme était incontinent remplie d'une odeur si agréable, qu'elle en était admirablement consolée. Si, lorsqu'elle était en compagnie, il lui échappait une parole ou une action moins nécessaire, ou si elle se laissait emporter à des pensées superflues touchant quelque sujet, cet esprit céleste, témoin continuel de sa vie, se dérobait à ses yeux, et, par son absence, l'obligeait de rentrer en elle-même, et de se reconnaître. De là vient que l'on dépeint cette Sainte ayant à son côté un ange qui lui sert de guide et de gouverneur.


Un démon pousse sainte Françoise Romaine
sur le cadavre d'un homme mort.
Fresque du monastère des Oblates du Mont-Olivet. Rome.

La mort, qui n'épargne personne, lui ayant ôté son mari en 1436, elle régla en peu de temps toutes ses affaires. Elle redit, avec le bienheureux Job, ce qu'elle avait pris coutûme de dire dans les épreuves de sa vie :
" Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me l'a ôté : que le Nom du Seigneur soit béni."
Abandonnant ses biens aux enfants qu'elle avait encore au monde, elle se rendit au monastère qu'elle avait fondé ; là, se prosternant contre terre, la corde au cou et les yeux baignés de larmes, elle supplia très humblement les filles, dont elle était la mère en Notre Seigneur Jésus-Christ, de la recevoir dans le monastère en qualité de petite servante ; ce qu'elle firent avec toute la joie imaginable. Bientôt après, elles l'élurent pour leur supérieure, nonobstant toutes ses répugnances.

Ces religieuses sont appelées oblates, parce qu'en se consacrant à Dieu elles se servent du mot oblation et non de celui de profession ; au lieu de dire comme tant d'autres " je fais profession ", elles disent " je m'offre " ; elles ne font point de voeux, elles promettent simplement d'obéir à la mère présidente. Elles ont des pensions, héritent de leurs parents et peuvent sortir avec la permission de leur supérieure. Il y avait, dans le couvent qu'elles avaient à Rome plusieurs dame de la première qualité.


Sainte Françoise Romaine vêtue par Notre Dame.
Antonio da Viterbo. XVe.

Voilà donc sainte Françoise absolument mère de la pieuse congrégation qu'elle avait elle-même établie. Elle la porta depuis à une telle perfection, qu'on peut dire qu'elle y a laissé l'idée la plus parfaite de la vie religieuse. Elles étaient d'abord peu commodément logées : c'est pourquoi elles firent acquisition d'une autre maison plus propre et mieux située, au pied du Capitole, où elles se rendirent solennellement après avoir toutes communié ; cette maison fut appelée la Tour du Miroir, à cause d'une tour qui est au même lieu, et qu'on a ornée, sur la surface, de quelques reliefs semblables à des miroirs.


Entrée du monastère des Oblates du Mont-Olivet,
appelé aussi la Tour du Miroir. Rome.

Dieu continua, et même augmenta les faveurs qu'il faisait à notre Sainte, et fit par elle beaucoup de miracles, que l'on peut voir dans la bulle de canonisation. Elle délivra du mal caduc un enfant de cinq ans, en lui mettant la main sur la tête. Par le même moyen, elle en guérit un autre d'une rupture ; elle rendit la santé à plusieurs autres malades par la seule imposition de ses mains. Une femme, nommée Angèle, qui était percluse d'un bras par la violence de la goutte, ayant rencontré la Sainte par le chemin, implora son secours, et reçut d'elle, à l'heure même, une parfaite santé. Elle donna un jour très abondamment à dîner à quinze religieuses avec quelques morceaux de pain, qui eussent à peine pu suffire pour trois, et cependant il en resta encore un plein panier. Une autre fois, quelques religieuses l'ayant suivie pour couper du bois hors de la ville, comme elles souffraient de la soif, Dieu fit pousser dans une vigne autant de grappes de raisins qu'elles étaient de filles avec elles, quoique ce fut au mois de janvier.

Sainte Françoise Romaine étanche la soif de ses religieuses grâce aux
grappes de raisins que Dieu fit pousser au coeur du mois de janvier.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

Sainte Françoise Romaine avait une grande dévotion pour le saint Sacrement de l'autel ; en sa présence, elle s'élevait à Dieu avec tant de ferveur, qu'elle demeurait parfois longtemps immobile et toute ravie en esprit. Au temps de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, elle la méditait avec une si grande tendresse, qu'elle en versait d'abondantes larmes, et éprouvait même réellement des douleurs aigües aux endroits de son corps où Notre Seigneur avait souffert dans le sien, comme le dit expressément la bulle de sa canonisation.

Enfin, Dieu voulut terminer une si sainte vie par une heureuse mort. Jean-Baptiste, son fils aîné, étant tombé dans une maladie très dangereuse, sainte Françoise se crut obligée de lui prodiguer ses soins puisqu'elle ne refusait point le secours de ses prières aux étrangers. Son confesseur lui commanda d'y passer la nuit parce qu'il y avait trop loin pour retourner le soir même au monastère. Mais elle fut elle-même saisie d'une fièvre ardente qui s'augmenta si fort que, n'étant point en état de sortir du domicile de son fils aîné, elle fut obligée de se disposer à la mort par la réception des sacrements.


Agonie de sainte Françoise Romaine
au domicile de son fils Jean-Baptiste.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

Dieu lui fit connaître que le septième jour de sa maladie serait le dernier de sa vie, elle en donna avis quatre jour avant, disant :
" Dieu soit béni ! Jeudi au plus tard je passerai de cette vie à une meilleure."
L'événement se vérifia ; en effet, le mercredi suivant, qui était le 9 mars 1440, elle rendit son esprit à Celui qui l'avait créé, avec une tranquillité admirable et sans aucun signe de douleur. Elle était âgée de cinquante-six ans.

Son corps fut exposé à l'église Sainte-Marie-la-Neuve, où il demeura trois jours exposé à la vue de tout le peuple, qui y courait en foule afin d'y admirer les merveilles de Dieu. Il s'exhalait de ce précieux trésor une odeur si agréable, que l'on eût dit que toute l'église était remplie de jasmins, d'œillets et de roses. Plusieurs miracles se firent à son sépulcre par l'attouchement des choses qui lui avaient appartenue, surtout en faveur des personnes affligées de la peste.


Exposition du corps de sainte Françoise Romaine dans
Sainte-Marie-la-Neuve.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

Un parfumeur, nommé Jérôme, à l'article de la mort, enfut délivré après avoir touché son habit. Il en alla de même pour une jeune femme nommée Madeleine de Clarelle. Un Turc, endurci au point qu'on n'avait jamais pu touché son esprit ; on put tout de même lui faire dire :
" Françoise, servante de Dieu, souvenez-vous de moi."
Il se convertit.

Toutes ses merveilles pressèrent les souverains Pontifes de procéder à sa canonisation. Eugène IV, Nicolas V et Clément VIII y travaillèrent ; Paul V acheva cette sainte affaire le 29 mai 1608. Innocent X a commandé d'en célébrer la fête avec office double ; ce qui se fait le 9 mars.

La fête de sainte Françoise Romaine est chômée à Rome, comme l'était à Paris celle de saint Roch avant la révolution, c'est-à-dire que sans être d'obligation, elle est l'occasion d'une grande solennité.


Imagerie populaire. Imprimerie Pellerin. Epinal. XIXe.

On représente parfois sainte Françoise poussant un âne devant elle. D'autre fois, on place près d'elle un petit ange, ordinairement vêtu en manière de diacre et rayonnant de lumière. Rappelons que son ange gardien et, ou le second ange que Notre Père des cieux lui avait donné, lui apparaissait presque chaque jour, et que, suivant l'éclat de la lumière qu'il produisait, notre Sainte savait le degré de satisfaction de Dieu sur elle.

On représente aussi sainte Françoise recevant l'enfant Jésus des mains de Notre Dame, qui le lui remit un jour qu'elle venait de visiter l'église Saint-Etienne, pour qu'elle le portât jusqu'à l'église voisine. On la voit encore portant au bras un panier rempli de légumes pour marquer qu'elle se faisait une joie des offices les plus humbles.

VISIONS DE SAINTE FRANCOISE ROMAINE

Sainte Françoise a laissé 93 visions qu'elle a dictée elle-même à son confesseur. Le traité de l'enfer, en particulier, est fort remarquable.

Dans la vision treizième, elle voit la Sainte Vierge dont la tête est ornée de trois Couronnes : celle de sa virginité, celle de son humilité et celle de sa gloire.

Dans la vision quatorzième, elle raconte le ciel : celui-ci est divisé en ciel étoilé, ciel cristallin et ciel empyrée. Le ciel des astres est très lumineux ; le cristallin l'est encore davantage, mais ces lumières ne sont rien en comparaison de celles qui éclairent le ciel empyrée : ce sont les plaies de Jésus qui illuminent ce troisième ciel.


Sainte Françoise Romaine est prise par la main par
Notre Seigneur Jésus-Christ.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

Dans la dix-septième vision, Dieu lui montre sa divinité : elle vit comme un grand cercle qui n'avait d'autre soutien que lui-même, et jetait un éclat si vif que la Sainte ne pouvait le regarder en face : elle lut au milieu les paroles suivantes : " Principe sans principe et fin sans fin ". Elle vit ensuite comment se fit la création des anges : ils furent tous créés à la fois, et la puissance de Dieu les laissa tomber comme des flocons de neige que les nuées versent sur les montagnes pendant la saison d'hiver. Ceux qui ont perdu la gloire du ciel à jamais, forment le tiers de l'immense multitude de ces esprits.

Le 13 février 1432, c'est la vingt et unième vision, le chœur des vierges, conduit par sainte Madeleine et sainte Agnès, lui fit entendre le cantique suivant :
" Si quelqu'un désire entrer dans le cœur de Jésus, il doit se dépouiller de toutes choses tant intérieures qu’extérieures ; se mépriser et se juger digne du mépris éternel ; agir en toute simplicité, n'affecter rien qui ne soit conforme à ses sentiments, ne point chercher à paraître meilleur qu'on n'est aux yeux de Dieu ; ne jamais revenir sur ses sacrifices ; se renoncer à soi-même et connaître sa misère au point de ne plus oser lever les yeux pour regarder son Dieu ; se haïr soi-même au point de demander vengeance au Seigneur ; rendre au Très-Haut les dons qu'on en a reçus : mémoire, entendement, volonté ; regarder les louanges comme un supplice et un châtiment ; s'il arrive qu'on vous témoigne de l'aversion, regarder cette peine comme un bain d'eau de rose dans lequel il faut se plonger avec une vraie humilité ; les injures doivent résonner aux oreilles de l'âme qui tend à la perfection comme des sons agréables ; il faut recevoir les injures, les mauvais traitements comme des caresses : ce n'est pas assez, il faut en rendre grâces à Dieu, il faut en remercier ceux de qui on les reçoit ; l'homme parfait doit se faire si petit qu'on ne doit pas plus l'apercevoir qu'un grain de millet jeté au fond d'une rivière profonde."

Il lui fut dit ensuite qu'une seule âme s'était trouvée au monde ornée de toutes les vertus dans un degré suprême : celle de Marie.


Sainte Françoise Romaine recevant la sainte communion.
Fresque de la basilique Notre-Dame-d'Ara-Coeli. Rome.

Dans la quarante-troisième vision, elle tint Jésus sur ses genoux : Il avait la forme d'un petit agneau. Elle vit ensuite un autel magnifiquement orné sur lequel était un agneau portant les stigmates des cinq plaies. Au pied de l'autel étaient un grand nombre de riches chandeliers arrangés dans un bel ordre. Au premier rang, c'était le plus éloigné, il y en avait sept qui signifiaient les vertus principales ; au second rang, il y en avait douze qui signifiaient les douze articles du symbole ; au troisième, il y en avait sept qui signifiaient les sept dons du Saint-Esprit ; au quatrième, il y en avait sept autres qui re-présentaient les sept sacrements de l'Eglise. Cette vision, qui eut lieu un jour de la Toussaint, dura treize heures. Elle vit encore les principaux ordres de saints qui s'avançaient sous leurs étendards. Les patriarches étaient conduits par saint Jean-Baptiste ; les apôtres par saint Pierre et saint Paul ; les évangélistes par saint Jean et saint Marc ; les martyrs par saint Laurent et saint Étienne ; les docteurs par saint Grégoire et saint Jérôme ; les religieux par saint Benoît, saint Bernard, saint Dominique et saint François ; les ermites par saint Paul et saint Antoine ; les vierges par sainte Marie-Madeleine et sainte Agnès ; les veuves par sainte Anne et sainte Sabine ; et les femmes mariées par sainte Cécile.

Le traité de l'enfer est reproduit notamment ici : http://www.vieetpartage.com/laviedessaints/stefcoiserom.htm


Fresque inspirée des visions de l'enfer de sainte Françoise Romaine.
Monastère des Oblates du Mont-Olivet. Rome.
PRIERE

" Ô Françoise , sublime modèle de toutes les vertus, vous avez été la gloire de Rome chrétienne et l'ornement de votre sexe. Que vous avez laissé loin derrière vous les antiques matrones de votre ville natale ! Que votre mémoire bénie l'emporte sur la leur ! Fidèle à tous vos devoirs, vous n'avez puisé qu'au ciel le motif de vos vertus, et vous avez semblé un ange aux yeux des hommes étonnés. L'énergie de votre âme trempée dans l'humilité et la pénitence vous a rendue supérieure à toutes les situations. Pleine d'une tendresse ineffable envers ceux que Dieu même vous avait unis, de calme et de joie intérieure au milieu des épreuves, d'expansion et d'amour envers toute créature, vous montriez Dieu habitant déjà votre âme prédestinée. Non content de vous assurer la vue et la conversation de votre Ange, le Seigneur soulevait souvent en votre faveur le rideau qui nous cache encore les secrets de la vie éternelle. La nature suspendait ses propres lois, en présence de vos nécessités ; elle vous traitait comme si déjà vous eussiez été affranchie des conditions de la vie présente.


Une vision de sainte Françoise Romaine. Nicolas Poussin. XVIIe.

Nous vous glorifions pour ces dons de Dieu, Ô Françoise ! Mais ayez pitié de nous qui sommes si loin encore du droit sentier par lequel vous avez marché. Aidez-nous à devenir chrétiens ; réprimez en nous l'amour du monde et de ses vanités, courbez-nous sous le joug de la pénitence, rappelez-nous à l'humilité, fortifiez-nous dans les tentations. Votre crédit sur le cœur de Dieu vous rendit assez puissante pour produire des raisins sur un cep flétri par les frimas de l'hiver ; obtenez que Notre Seigneur Jésus-Christ, la vraie Vigne, comme il s'appelle lui-même, daigne nous rafraîchir bientôt du vin de son amour exprimé sous le pressoir de la Croix. Offrez-lui pour nous vos mérites, vous qui, comme lui, avez souffert volontairement pour les pécheurs. Priez aussi pour Rome chrétienne qui vous a produite ; faites-y fleurir rattachement à la foi, la sainteté des mœurs et la fidélité à l'Eglise. Veillez sur la grande famille des fidèles ; que vos prières en obtiennent l'accroissement, et renouvellent en elle la ferveur des anciens jours."

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vendredi, 08 mars 2019

8 mars. Saint Jean de Dieu, fondateurs des religieux hospitaliers dits de la Charité. 1550.

- Saint Jean de Dieu, fondateurs des religieux hospitaliers dits de la Charité. 1550.
 
Papes : Alexandre VI, Jules III. Roi d'Espagne : Charles-Quint (Charles Ier en Espagne).

" L'aumône est une fleur dont les fruits se récolte au Ciel."


Statue de saint Jean de Dieu vénérée à l'hôpital
Saint-Jean-de-Dieu de Barcelone. XVIIe.

Le même esprit qui avait inspire Jean de Matha se reposa sur Jean de Dieu, et le porta à se faire le serviteur de ses frères les plus délaissés. Tous deux, dans ce saint temps, se montrent à nous comme les apôtres de la charité fraternelle. Ils nous enseignent, par leurs exemples, que c'est en vain que nous nous flatterions d'aimer Dieu, si la miséricorde envers le prochain ne règne pas dans notre coeur, selon l'oracle du disciple bien-aimé qui nous dit :
" Celui qui aura reçu en partage les biens de ce monde, et qui, voyant son frère dans la nécessité, tiendra pour lui ses entrailles fermées, comment la charité de Dieu demeurerait-elle en lui ?" (I Johan. III, 17.).

Mais, s'il n'est point d'amour de Dieu sans l'amour du prochain, l'amour des hommes, quand il ne se rattache pas à l'amour du Créateur et du Rédempteur, n'est aussi lui-même qu'une déception. La philanthropie, au nom de laquelle un homme prétend s'isoler du Père commun, et ne secourir son semblable qu'au nom de l'humanité, cette prétendue vertu n'est qu'une illusion de l'orgueil, incapable de créer un lien entre les hommes, stérile dans ses résultats. Il n'est qu'un seul lien qui unisse les hommes : c'est Dieu, Dieu qui les a tous produits, et qui veut les réunir à lui. Servir l'humanité pour l'humanité même, c'est en faire un Dieu ; et les résultats ont montré si les ennemis de la charité ont su mieux adoucir les misères auxquelles l'homme est sujet en cette vie, que les humbles disciples de Jésus-Christ qui puisent en lui les motifs et le courage de se vouer à l'assistance de leurs frères.


Le héros que nous honorons aujourd'hui fut appelé Jean de Dieu, parce que le saint nom de Dieu était toujours dans sa bouche. Ses oeuvres sublimes n'eurent pas d'autre mobile que celui de plaire à Dieu, en appliquant à ses frères les effets de cette tendresse que Dieu lui avait inspirée pour eux. Imitons cet exemple ; et le Christ nous assure qu'il réputera fait à lui-même tout ce que nous aurons fait en faveur du dernier de nos semblables.

Le patronage des hôpitaux a été dévolu par l'Eglise à Jean de Dieu, de concert avec Camille de Lellis que nous retrouverons au Temps après la Pentecôte.


Moulage de cire du visage de saint Jean de Dieu d'après nature. XVIe.

Le 8 mars 1495, à Monte-Mayor-El-Nuovo au diocèse d'Evora en Portugal, naissait Jean Ciudad. Il fut élevé dans la foi par ses parents, André et Thérèse Ciudad, qui n'avaient pour seule grande richesse leur piété et leurs vertus.

Jeune encore, notre saint s'enfuya de la maison et commença une vie aventureuse faite hélas de toutes sortes de vices.

Lorsque André, qui l'avait cherché longtemps, revint chez lui, il découvrit son épouse à l'article de la mort. Elle venait d'avoir la visite de l'anbge gardien de notre saint qui l'avait rassuré quant au sort de leur fils en lui signifiant qu'il vivrait de terribles épreuves avant que de devenir un grand saint. Elle demanda à son époux, qui la chérissait et se lamentait d'avoir presque perdu son fils et d'être sur le point de perdre son épouse, d'entrer dans le Tiers-Ordre de Saint-François après sa mort.

Notre saint encore enfant se retrouva un jour affamé et pleurant sur un chemin de Castille non loin de la ville d'Oropeza. Un Mayoral (berger en chef) s'approcha de lui et, après avoir écouter l'histoire de saint Jean de Dieu, le prit à son service.


Saint Jean de Dieu. Détail. Murillo. XVIIe.

Quelques années plus tard, satisfait de son dévouement, il lui fit la proposition d'épouser sa fille. Après une nuit passé en prière devant une image de la Sainte Vierge, saint Jean de Dieu, décida de s'enfuir, se jugeant indigne de cette marque de bienveillance.

Arrivé dans la ville d'Oropeza, il aperçu une troupe de milicien qui vaquait à des exercices militaires, et il s'engagea. La vie militaire qu'il mena fut troublée et dissipée. Il finit même par avoir honte d'être vertueux et s'adonna à toutes sortes de passions et de vices.

Un jour que la troupe se trouvait aux alentours de Fontarabie, à la frontière française, une chute de cheval - qu'il avait volé - lui fit perdre connaissance. A son réveil, il reçu une effusion de grâces qui lui fit ressentir la protection divine et lui permit de regagner la troupe. Il fut bientôt accusé injustement d'avoir dérobé un butin et fut contraint de quiter le service militaire.


Saint Jean de Dieu apportant des soins à un pauvre malade.
Mosaïque anonyme. Résidence de saint Jean de Dieu à Séville. XVIIe.

Ses pas le ramenèrent alors chez le bon mayoral qui le reçut avec force affection malgré son ancienne défection. Saint Jean de Dieu s'en expliqua en présentant à son bienfaiteur, toujours disposé à lui donner sa fille :
" Pourquoi me tentez-vous ainsi par tant de générosité ? Ne comprenez-vous pas que je ne suis point appelé ici-bas à jouir du repos que donne la richesse ? Quelle que soit ma destinée, je sens qu'elle n'est point accomplie. Il y a en moi des pressentiments vagues qui s'agitent et dont je ne me rends pas bien compte. Ô mon cher maître ! Si je suis revenu ici c'est pour vous voir et non pour devenir votre héritier."

Il raconta au mayoral les circonstances qui avaient présidé à son départ du service militaire et ajouta que le roi d'Espagne voulant se croisé contre les Turcs, il voulait y combattre pour la sainte foi lui-même. S'il revenait vivant de ces combats, alors il retournerait à Monte-Mayor-El-Nuovo, embrassé les êtres chers qu'il avait follement abandonnés.

Quelques années plus tard, notre saint rentra enfin pour découvrir que ses parents avaient trépassé.
Résolu d'expier ce qu'il considérait comme un crime - avoir tué ses parents de chagrin -, il passa en Andalousie et s'engagea bientôt au service d'un gentilhomme portugais que le roi Jean III avait banni avec sa famille et faisait conduire sur les côtes africaines à Ceuta.

Saint Jean de Dieu secourant de pauvres malades.

Là-bas, il se multiplia pour subvenir aux besoins de son maître. Dieu avait en effet laissé à Jean Ciudad une solide santé. Il trouvait encore le temps de visiter les prisons afin de faire entendre des paroles consolantes aux prisonniers, et ne manquait jamais à ses devoirs de piété.

Bientôt, le gentilhomme fut à l'extrémité. Il remercia Jean de ses soins constants et dévoués et lui proposa de rejoindre l'Espagne avec le reste de sa famille car le roi venait d'accepter leur retour et leur réintagration dans une partie de leurs biens confisqué à la faveur du bannissement dont ils avait été l'objet.

Jean ne céda point à cette perspective de confort et repassa seul en Espagne. Quelques temps après, notre saint se retrouva à nouveau affamé, quoiqu'il eut trouvé pour subsister l'activité de vendre des images pieuses et des cathéchismes par les routes.


Saint Jean de Dieu. Pedro de Raxis. Grenade. XVIe siècle.

Il croisa un jour un petit enfant miséreux et exténué qu'il prit sur son dos pour le conduire au village le plus proche. Il faisait tellement chaud que Jean s'arrêta à une fontaine et demanda au petit enfant de descendre. Cet enfant n'était autre que Notre Seigneur ! Ceuillant une grenade sur un arbre alentour, Notre Seigneur montra à notre nouveau saint Christophe le fruit ouvert et au milieu duquel se voit une croix et lui dit :
" Jean de Dieu, Grenade sera ta croix !"

Notre saint comprit la volonté du Seigneur et se rendit bien vite à Grenade où il loua une petite boutique depuis laquelle il continua son commerce d'images et de livres pieux.

Le docteur Jean d'Avila, célèbre par sa science et par ses vertus, prêcha un jour de la saint Sébastien et toucha le coeur de saint Jean de Dieu.
Il résolu de supporter toute sorte d'injures comme saint Sébastien et partit dans les rues en criant sans cesse :
" Miséricorde ! Miséricorde !"
Il fut prit pour fou et on l'enferma bientôt dans un hospice où il reçut pendant des semaines plus de cinq mille coups de bâtons.

Bientôt, on se rendit compte qu'il n'était pas fou et, à la faveur du dévouement qu'il montrait pour les pauvres, on lui fit des aumônes conséquentes. Il ne les accepta que pour fonder un hôpital destiné à soulager les misères des pauvres.


Le panier ou capacha du Saint pour le soin des pauvres.
Maison Pisa. Grenade.

Pour procurer des aliments à ses nombreux malades, Jean, une hotte sur le dos et une marmite à chaque bras, parcourait les rues de Grenade en criant :
" Mes frères, pour l'amour de Dieu, faites-vous du bien à vous-mêmes."
Sa sollicitude s'étendait à tous les malheureux qu'il rencontrait ; il se dépouillait de tout pour les couvrir et leur abandonnait tout ce qu'il avait, confiant en la Providence, qui ne lui manqua jamais.

Mais Jean, appelé par la voix populaire Jean de Dieu, ne suffisait pas à son oeuvre ; les disciples affluèrent ; un nouvel Ordre se fondait, qui prit le nom de Frères Hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu, et s'est répandu en l'Europe entière. Peu de Saints ont atteint un pareil esprit de mortification, d'humilité et de mépris de soi-même.

Le bâton de saint Jean de Dieu. Quand on entendait son bruit sur
le pavé, on préparait ses aumônes pour les remettre à notre saint.
Maison Pisa. Grenade.

Un jour, la Mère de Dieu lui apparut, tenant en mains une couronne d'épines, et lui dit :
" Jean, c'est par les épines que tu dois mériter la couronne du Ciel.
- Je ne veux, répondit-il, cueillir d'autres fleurs que les épines de la Croix ; ces épines sont mes roses."

Aux derniers jours de sa vie (il faut absolument lire la notice que les petits bollandistes lui consacrent), une pieuse dame de la famille Pisa, le persuada de prendre une chambre dans sa maison. Il accepta et y mourrut très saintement. Après avoir demandé à tous de sortir de la chambre, il se leva, se mit à genoux, et dit :
" Jésus ! Jésus ! Je recommande mon âme entre vos mains !"
Il embrassa le crucifix et expira ainsi, le samedi 8 mars 1550, peu avant minuit.


Chambre et lit où saint Jean de Dieu passa les dermiers jours
de son pélerinage ici-bas et où il mourut. Maison Pisa. Grenade.

Saint Jean de Dieu est un des patrons des pauvres et des affligés, il l'est aussi des libraires.
Ses reliques sont vénérées dans la basilique Saint-Jean-de-Dieu à Grenade. La maison Pisa, où il mourut, est aujourd'hui un musée dédié à notre grand saint.
PRIERE
 
" Qu'elle est belle, Ô Jean de Dieu ! Votre vie consacrée au soulagement de vos frères ! Qu'elle est grande en vous, la puissance de la charité ! Sorti, comme Vincent de Paul, de la condition la plus obscure, ayant comme lui passé vos premières années dans la garde des troupeaux, la charité qui consume votre cœur arrive à vous faire produire des oeuvres qui dépassent de beaucoup l'influence et les moyens des puissants selon le monde. Votre mémoire est chère à l'Eglise ; elle doit l'être à l'humanité tout entière, puisque vous l'avez servie au nom de Dieu, avec un dévouement personnel dont n'approchèrent jamais ces économistes qui savent disserter, sans doute, mais pour qui le pauvre ne saurait être une chose sacrée, tant qu'ils ne veulent pas voir en lui Dieu lui-même.

Basilique Saint-Jean-de-Dieu à Grenade.

Homme de charité, ouvrez les yeux de ces aveugles, et daignez guérir la société des maux qu'ils lui ont faits. Longtemps on a conspiré pour effacer du pauvre la ressemblance du Christ ; mais c'est le Christ lui-même qui l'a établie et déclarée, cette ressemblance ; il faut que le siècle la reconnaisse, ou il périra sous la vengeance du pauvre qu'il a dégradé. Votre zèle, Ô Jean de Dieu, s'exerça, avec une particulière prédilection, sur les infirmes ; protégez-les contre les odieux attentats d'une laïcisation qui poursuit leurs âmes jusque dans les asiles que leur avait préparés la charité chrétienne. Prenez pitié des nations modernes qui, sous prétexte d'arriver à ce qu'elles appelaient la sécularisation, ont chassé Dieu de leurs mœurs et de leurs institutions : la société, elle aussi, est malade, et ne sent pas encore assez distinctement son mal; assistez-la, éclairez-la, et obtenez pour elle la santé et la vie. Mais comme la société se compose des individus, et qu'elle ne reviendra à Dieu que par le retour personnel des membres qui la composent, réchauffez la sainte charité dans le cœur des chrétiens : afin que, dans ces jours où nous voulons obtenir miséricorde, nous nous efforcions d'être miséricordieux, comme vous l'avez été, à l'exemple de celui qui, étant notre Dieu offensé, s'est donné lui-même pour nous, en qui il a daigné voir ses frères.

Protégez aussi du haut du ciel le précieux institut que vous avez fondé, et auquel vous avez donné votre esprit, afin qu'il s'accroisse et puisse répandre en tous lieux la bonne odeur de cette charité de laquelle il emprunte son beau nom."

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jeudi, 07 mars 2019

7 mars. Saint Thomas d'Aquin, Dominicain, docteur de l'Eglise. 1274.

- Saint Thomas d'Aquin, Dominicain, docteur de l'Eglise. 1274.

Pape : Saint Grégoire X. Roi de France : Saint Louis. Roi de Naples : Charles Ier.

" Ange de l'école... c'est-à-dire vierge et docteur."


Saint Thomas d'Aquin. Effigie. XVIe.

Saluons aujourd'hui l'un des plus sublimes et des plus lumineux interprètes de la Vérité divine. L'Eglise l'a produit bien des siècles après l'âge des Apôtres, longtemps après que la parole des Ambroise, des Augustin, des Jérôme et des Grégoire, avait cessé de retentir ; mais Thomas a prouvé que le sein de la Mère commune était toujours fécond ; et celle-ci, dans sa joie de l'avoir mis au jour, l'a nommé le Docteur Angélique. C'est donc parmi les chœurs des Anges que nos yeux doivent chercher Thomas; homme par nature, sa noble et pure intelligence l'associe aux Chérubins du ciel ; de même que la tendresse ineffable de Bonaventure, son émule et son ami, a introduit ce merveilleux disciple de François dans les rangs des Séraphins.


Glorification de saint Thomas d'Aquin. Détail.
Maître des effigies dominicaines. XIVe.

La gloire de Thomas d'Aquin est celle de l'humanité, dont il est un des plus grands génies ; celle de l'Eglise, dont ses écrits ont exposé la doctrine avec une lucidité et une précision qu'aucun Docteur n'avait encore atteintes ; celle du Christ lui-même, qui daigna de sa bouche divine féliciter cet homme si profond et si simple d'avoir expliqué dignement ses mystères aux hommes. En ces jours qui doivent nous ramener à Dieu, le plus grand besoin de nos âmes est de le connaître, comme notre plus grand malheur a été de ne l'avoir pas assez connu. Demandons à saint Thomas " cette lumière sans tache qui convertit les âmes, cette doctrine qui donne la sagesse même aux enfants, qui réjouit le cœur et éclaire les yeux " (Psalm. XVIII.). Nous verrons alors la vanité de tout ce qui est hors de Dieu, la justice de ses préceptes, la malice de nos infractions, la bonté infinie qui accueillera notre repentir.


Bernardo Daddi. XIVe.

Admirable ornement du monde chrétien et lumière de l'Eglise, le bienheureux Thomas naquit de Landolphe, comte d'Aquin, et de Théodora de Naples, tous deux de noble extraction. Il montra, encore au berceau, quelle devait être l'ardeur de sa dévotion envers la Mère de Dieu ; car ayant trouvé un papier sur lequel on avait écrit la Salutation angélique, il le retint dans sa main fermée malgré les efforts de sa nourrice, et sa mère l'ayant arraché de force, il le redemanda par pleurs et par gestes, jusqu'à ce qu'on le lui rendît, ce qui étant fait, il l'avala.


Apothéose de saint Thomas d'Aquin. F. de Zurbaran. XVIIe.

Il fut confié à l'âge de cinq ans aux soins des moines Bénédictins du Mont-Cassin. De là, il fut envoyé à Naples pour faire ses études ; il y découvre sans doute Aristote avec des traductions à partir de l'arabe fournies par Frédéric II. Etant encore adolescent, il entra dans l'Ordre des Frères-Prêcheurs en 1244 - l'ordre fondé par saint Dominique était alors jeune et suscitait l'enthousiasme religieux et intellectuel de notre Saint.

Cette résolution ayant excité le mécontentement de sa mère et de ses frères, on le fit partir pour Paris. Durant le voyage, il fut enlevé par ses frères qui l'entraînèrent dans le château-fort de Saint-Jean. On s'y prit de diverses manières pour le détourner de sa sainte résolution, jusqu'à envoyer près de lui une femme de mauvaise vie, afin d'ébranler sa constance. Thomas la mit en fuite avec un tison. Après cette victoire le saint jeune homme, s'étant mis à genoux devant une croix, fut saisi d'un sommeil durant lequel il sentit ceindre ses reins par les Anges ; et, depuis ce temps, il fut exempt des révoltes de la chair. Ses sœurs étaient venues aussi au château dans l'intention de le détourner de son pieux dessein ; il leur persuada de mépriser les embarras du siècle, et d'embrasser les exercices d'une vie toute céleste.


La tentation de saint Thomas d'Aquin et le secours des anges.
Diego Velasquez. XVIIe.

On l'aida à s'échapper du château par une fenêtre, et on le ramena à Naples. Ce fut de là que Frère Jean le Teutonique, Maître général de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, le conduisit à Rome, puis à Paris, où il étudia la philosophie et la théologie. Il suit un temps son maître Albert le Grand à Cologne jusqu'en 1252. De retour à Paris, il fut bientôtt bachelier biblique (lectures commentées des Écritures) de 1252 à 1254, puis bachelier sententiaire (commentateur du Livre des Sentences de Lombard) de 1254 à 1256. Il enseigna l'Écriture sainte, rédiga le de Ente et Essentia, reçut sa maîtrise en théologie, fut nommé Maître-Régent, défendit et rédigea les Questions Disputées : de Veritate, les Quodlibet (7 à 11) ; commenta le de Trinitate de Boèce, etc.

Après d'âpres luttes avec les séculiers de l'Université, il fut enfin admis, avec saint Bonaventure, dans le Consortium Magistrorum, non sans quelque pression pontificale en leur faveur, et de 1256 à 1259, il fut maître en théologie (choisi avant l’âge requis). En 1259, saint Thomas avait trente-quatre ans lorsqu'il partit pour l'Italie, où il resta dix ans. Il y enseigna la théologie jusqu'en 1268.


Saint Thomas d'Aquin débattant contre un hérétique.
Bartolomeo degli Erri. XVe.

Rappelons-le, élevé au degré de Docteur dès l'âge de vingt-cinq ans, il expliquait publiquement, et avec une grande réputation, les écrits des philosophes et des théologiens. Jamais il ne se livra à la lecture ou à la composition sans avoir prié. Pour obtenir l'intelligence des passages difficiles de l'Ecriture sainte, il joignait le jeûne à la prière. Il avait même coutume de dire à Frère Réginald, son compagnon, que ce qu'il savait, il l'avait moins acquis par son étude et son travail qu'il ne l'avait reçu du Ciel.


Saint Thomas d'Aquin inspiré par saint Pierre et saint Paul.
Bartolomeo degli Erri. XVe.

Saint Thomas revint à Paris de 1269 à 1272. Il avait quarante-quatre ans lorsqu'il rédigea la seconde partie (IIa Pars) de la Somme théologique et la plus grande partie des Commentaires des oeuvres d'Aristote. Il dut faire face à des attaques des Ordres Mendiants, dont des rivalités avec les franciscains et à des disputes avec certains maîtres ès arts (en particulier Siger de Brabant).

Le travail incroyable accompli à la fois pour l'enseignement et la rédaction de son oeuvre, les luttes continuelles qu'il dut mener au sein même de l'Université, le départ de quelques-uns de ses amis (Robert de Sorbon, Eudes de Saint-Denys, etc.), tout cela contribua à miner la santé de saint Thomas, qui, à quarante-sept ans (1272) repartit à Naples, où il fut nommé maître Régent en théologie de l’école dominicaine. Il y termina la troisième partie (IIIa Pars) de la Somme, la lectio de l’Épître aux Romains, les commentaires des Psaumes, du Credo, du Pater, de l'Ave Maria.

Sa santé déclina encore et, aphasique, en se rendant au concile de Lyon, convoqué par le pape Grégoire X, qui devait se tenir en mai, il mourut le 7 mars 1274, au monastère cistercien de Fossa Nova, où il reposa jusqu'à la translation de sa dépouille mortelle en 1369 à Toulouse, aux Jacobins, où il repose toujours aujourd'hui.


Saint Thomas d'Aquin prêchant en présence de Grégoire X.
Bartolomeo degli Erri. XVe.

Le 6 décembre 1273, à Naples, alors qu'il priait avec ardeur devant le crucifix du tabernacle, à l'issue de la sainte messe, il entendit cette voix :
" Tu as bien écrit de moi, Thomas : quelle récompense en désires-tu recevoir ?"
A quoi il répondit :
" Point d'autre que vous-même, Seigneur."
A la suite de cet épisode, lors duquel il avait vu Notre Seigneur face à face, il lui parut toute la vanité de son oeuvre et arrêta ses écrits.

Comme il se rendait au Concile de Lyon par ordre du Bienheureux Grégoire X, nous l'avons vu, il tomba malade dans l'abbaye de Fosse-Neuve, où, malgré son infirmité, il donna l'explication du Cantique des cantiques. Ce fut là qu'il mourut, âgé de cinquante ans, l'an du salut 1274, aux nones de mars. Il éclata, même après sa mort, par des miracles, lesquels étant prouvés, Jean XXII le mit au nombre des Saints, en 1323 ; son corps fut ensuite transporté à Toulouse par l'ordre du Bienheureux Urbain V.

Le plus grand des miracles de sa courte vie de quarante-huit ans, ce sont les ouvrages incomparables et immenses qu'il trouva le temps d'écrire au milieu d'accablantes occupations. Les admirables hymnes de la fête du Très Saint-Sacrement sont l'oeuvre de ce grand Docteur, dont la piété égalait la science.


Tombeau de Saint Thomas d'Aquin.
Couvent des Jacobins (Dominicains). Toulouse.

Comparé aux esprits angéliques non moins pour son innocence que pour son génie, il a mérité le titre de Docteur Angélique, qui lui fut confirmé par l'autorité de saint Pie V. Enfin Léon XIII, agréant avec grande joie les prières et les voeux de presque tous les évêques du monde catholique : pour éloigner le fléau de tant de systèmes, philosophiques principalement, qui s'écartent de la vérité, pour le progrès des sciences et la commune utilité du genre humain, de l'avis de la Congrégation des Rites Sacrés, l'a par Lettres Apostoliques déclaré et institué céleste Patron de toutes les Ecoles Catholiques et donc " Docteur commun ".

Ce grand docteur fut l'ami de saint Louis et le bras droit des Papes.

HYMNE

" Célèbre, Ô Eglise Mère, l'heureuse mort de Thomas, lorsqu'il fut admis à l'éternel bonheur par les mérites du Verbe de vie.

Fosse-Neuve reçut la dépouille mortelle de celui qui était un trésor de grâces, au jour où le Christ appela Thomas à l'héritage du royaume de gloire.

Sa doctrine de vérité nous reste avec son corps précieux, le parfum merveilleux qu'il exhale, et la santé qu'il rend aux infirmes.

Ses prodiges le rendent digne des louanges de la terre, des mens et des cieux ; qu'il daigne nous aider par ses prières, nous recommander à Dieu par ses mérites.

Louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas, nous réunir aux chœurs célestes !

Amen."


Saint Thomas entre saint Marc et saint Louis de Toulouse.
Vittore Carpaccio. XVIe.

PRIERE

" Gloire à vous, Thomas, lumière du monde ! Vous avez reçu les rayons du Soleil de justice, et vous les avez rendus à la terre. Votre oeil limpide a contemplé la vérité, et en vous s'est accomplie cette parole : " Heureux ceux dont le coeur est pur ; car ils verront Dieu " (Matth. V, 8.). Vainqueur dans la lutte contre la chair, vous avez obtenu les délices de l'esprit ; et le Sauveur, ravi des charmes de votre âme angélique, vous a choisi pour célébrer dans l'Eglise le divin Sacrement de son amour. La science n'a point tari en vous la source de l'humilité ; la prière fut toujours votre secours dans la recherche de la vérité ; et après tant de travaux vous n'aspiriez qu'à une seule récompense, celle de posséder le Dieu que votre coeur aimait.

Votre carrière mortelle fut promptement interrompue, et vous laissâtes inachevé le chef-d'oeuvre de votre angélique doctrine ; mais, Ô Thomas, Docteur de vérité, vous pouvez luire encore sur l'Eglise de Dieu. Assistez-la dans les combats contre l'erreur. Elle aime à s'appuyer sur vos enseignements, parce qu'elle sait que nul ne connut plus intimement que vous les secrets de son Epoux. En ces jours où " les vérités sont diminuées parmi les enfants des hommes " (Psalm. XI.), fortifiez, éclairez la foi des croyants. Confondez l'audace de ces vains esprits qui croient savoir quelque chose, et qui profitent de l'affaissement général des intelligences, pour usurper dans la nullité de leur savoir le rôle de docteurs. Les ténèbres s'épaississent autour de nous ; la confusion règne partout ; ramenez-nous à ces notions qui dans leur divine simplicité sont la vie de l'esprit et la joie du coeur.


Saint Thomas d'Aquin, fontaine de la sagesse. Antoine Nicolas. XVIIe.

Protégez l'Ordre illustre qui se glorifie de vous avoir produit ; fécondez-le de plus en plus ; car il est un des premiers auxiliaires de l'Eglise de Dieu. N'oubliez pas que la France a eu l'honneur de vous posséder dans son sein, et que votre chaire s'est élevée dans sa capitale : obtenez pour elle des jours meilleurs. Sauvez-la de l'anarchie des doctrines, qui a enfanté pour elle cette désolante situation où elle périra, si la véritable science, celle de Dieu et de sa Vérité, ne lui est rendue.

La sainte Quarantaine doit voir les enfants de l'Eglise se disposer à rentrer en grâce avec le Seigneur leur Dieu ; révélez-nous, Ô Thomas, cette souveraine Sainteté que nos péchés ont offensée ; faites-nous comprendre l'état d'une âme qui n'est plus en rapport avec la justice éternelle. Saisis d'une sainte horreur à la vue des taches qui nous couvrent, nous aspirerons à purifier nos cœurs dans le sang de l'Agneau immaculé, et à réparer nos fautes par les œuvres de la pénitence.
"


Le triomphe de saint Thomas d'Aquin. Gozzoli. XVe.

Rq : On lira et téléchargera avec fruit la vie et les oeuvres complètes de saint Thomas d'Aquin : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/thomas/index.htm

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mercredi, 06 mars 2019

6 mars 2019. Mercredi des Cendres.

- Mercredi des Cendres.


Notre Seigneur Jésus-Christ bénissant. Andrea di Bartolo Solari. XVIe.

Hier le monde s'agitait dans ses plaisirs, les enfants de la promesse eux-mêmes se livraient à des joies innocentes ; dès ce matin, la trompette sacrée dont parle le Prophète a retenti (Voir ci-après l'Epître de la Messe.). Elle annonce l'ouverture solennelle du jeûne quadragésimal, le temps des expiations, l'approche toujours plus imminente des grands anniversaires de notre salut. Levons-nous donc, chrétiens, et préparons-nous à combattre les combats du Seigneur.

Mais, dans cette lutte de l'esprit contre la chair, il nous faut être armés, et voici que la sainte Eglise nous convoque dans ses temples, pour nous dresser aux exercices de la milice spirituelle. Déjà saint Paul nous a fait connaître en détail toutes les parties de notre défense : " Que la vérité, nous a-t-il dit, soit votre ceinture, la justice votre cuirasse, la docilité à l'Evangile votre chaussure, la foi votre bouclier, l'espérance du salut le casque qui protégera votre tête " (Eph. VI, 16.). Le Prince des Apôtres vient lui-même, qui nous dit : " Le Christ a souffert dans sa chair ; armez-vous de cette pensée " "(I Petr. IV, 1.). Ces enseignements apostoliques, l'Eglise aujourd'hui nous les rappelle ; mais elle en ajoute un autre non moins éloquent, en nous forçant à remonter jusqu'au jour de la prévarication, qui a rendu nécessaires les combats auxquels nous allons nous livrer, les expiations par lesquelles il nous faut passer.

Deux sortes d'ennemis sont déchaînés contre nous : les passions dans notre cœur, les démons au dehors ; l'orgueil a fait tout ce désordre. L'homme a refusé d'obéir à Dieu ; toutefois, Dieu l'a épargné, mais à la dure condition de subir la mort. Il a dit: " Homme, tu n'es que poussière, et tu rentreras dans la poussière " (Gen. III, 19.). Oh ! Pourquoi avons-nous oublié cet avertissement ? A lui seul il eût suffi pour nous prémunir contre nous-mêmes ; pénétrés de notre néant, nous n'eussions jamais osé enfreindre la loi de Dieu.


Les démons suscitent les vices et sèment la désolation dans le peuple.
La Cité de Dieu. Saint Augustin. Raoul de Presles. XVe.

Si maintenant nous voulons persévérer dans le bien, où la grâce du Seigneur nous a rétablis, humilions-nous ; acceptons la sentence, et ne considérons plus la vie que comme un chemin plus ou moins court qui aboutit au tombeau. A ce point de vue, tout se renouvelle, tout s'éclaire. L'immense bonté de Dieu qui a daigné attacher son amour à des êtres dévoués à la mort, nous apparaît plus admirable encore ; notre insolence et notre ingratitude envers celui que nous avons bravé, durant ces quelques instants de notre existence, nous semble de plus en plus digne de regrets, et la réparation qu'il nous est possible de faire, et que Dieu daigne accepter, plus légitime et plus salutaire.

Tel est le motif qui porta la sainte Eglise, lorsqu'elle jugea à propos, il y a plus de mille ans, d'anticiper de quatre jours le jeûne quadragésimal, à ouvrir cette sainte carrière en marquant avec la cendre le front coupable de ses enfants, et en redisant à chacun les terribles paroles du Seigneur qui nous dévouent à la mort. Mais l'usage de la cendre, comme symbole d'humiliation et de pénitence, est bien antérieur à cette institution, et nous le trouvons déjà pratiqué dans l'ancienne alliance. Job lui-même, au sein de la gentilité, couvrait de cendres sa chair frappée par la main de Dieu, et implorait ainsi miséricorde, il y a quatre mille ans (Job. XVI, 16.). Plus tard, le Roi-Prophète, dans l'ardente contrition de son cœur, mêlait la cendre au pain amer qu'il mangeait (Psalm. CI, 10.) ; les exemples analogues abondent dans les Livres historiques et dans les Prophètes de l'Ancien Testament.


Pénitence. Decretum. Gratianus. XIIIe.

C'est que l'on sentait dès lors le rapport qui existe entre cette poussière d'un être matériel que la flamme a visité, et l'homme pécheur dont le corps doit être réduit en poussière sous le feu de la justice divine. Pour sauver du moins l'âme des traits brûlants de la vengeance céleste, le pécheur courait à la cendre, et reconnaissant sa triste fraternité avec elle, il se sentait plus à couvert de la colère de celui qui résiste aux superbes et veut bien pardonner aux humbles.

Dans l'origine, l'usage liturgique de la cendre, au Mercredi de la Quinquagésime, ne paraît pas avoir été appliqué à tous les fidèles, mais seulement à ceux qui avaient commis quelqu'un de ces crimes pour lesquels l'Eglise infligeait la pénitence publique. Avant la Messe de ce jour, les coupables se présentaient à l'église où tout le peuple était rassemblé. Les prêtres recevaient l'aveu de leurs péchés, puis ils les couvraient de cilices et répandaient la cendre sur leurs têtes.


La pénitence. Maso di Banco. XIVe.

Après cette cérémonie, le clergé et le peuple se prosternaient contre terre, et on récitait à haute voix les sept psaumes pénitentiaux. La procession avait lieu ensuite, à laquelle les pénitents marchaient nu-pieds. Au retour, ils étaient solennellement chassés de l'église par l'Evêque, qui leur disait :
" Voici que nous vous chassons de l'enceinte de l'Eglise, à cause de vos péchés et de vos crimes, comme Adam, le premier homme, fut chassé du Paradis, à cause de sa transgression."

Le clergé chantait ensuite plusieurs Répons tirés de la Genèse, dans lesquels étaient rappelées les paroles du Seigneur condamnant l'homme aux sueurs et au travail , sur cette terre désormais maudite. On fermait ensuite les portes de l'église, et les pénitents n'en devaient plus franchir le seuil que pour venir recevoir solennellement l'absolution, le Jeudi-Saint.

Après le XIe siècle, la pénitence publique commença à tomber en désuétude ; mais l'usage d'imposer les cendres à tous les fidèles, en ce jour, devint de plus en plus général, et il a pris place parmi les cérémonies essentielles de la Liturgie romaine. Autrefois, on s'approchait nu-pieds pour recevoir cet avertissement solennel du néant de l'homme, et, encore au XIIe siècle, le Pape lui-même, se rendant de l'Eglise de Sainte-Anastasie à celle de Sainte-Sabine où est la Station, faisait tout ce trajet sans chaussure, ainsi que les Cardinaux qui l'accompagnaient. L'Eglise s'est relâchée de cette rigueur extérieure ; mais elle n'en compte pas moins sur les sentiments qu'un rite aussi imposant doit produire en nous.


Joël et les sonneurs de trompes.
Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Ainsi que nous venons de le dire, la Station, à Rome, est aujourd'hui à Sainte-Sabine, sur le Mont-Aventin. C'est sous les auspices de cette sainte Martyre que s'ouvre la pénitence quadragésimale.

La fonction sacrée commence par la bénédiction des cendres que l'Eglise va imposer sur nos fronts. Ces cendres sont faites des rameaux qui ont été bénis l'année précédente, au Dimanche qui précède la Pâque. La bénédiction qu'elles reçoivent dans ce nouvel état a pour but de les rendre plus dignes du mystère de contrition et d'humilité qu'elles sont appelées à signifier.

A LA MESSE

Rassurée par l'acte d'humilité qu'elle vient d'accomplir, l'âme chrétienne se laisse aller à la confiance envers le Dieu de miséricorde. Elle ose lui rappeler son amour pour les hommes qu'il a créés, et la longanimité avec laquelle il a daigné attendre leur retour à lui.

EPITRE

Lecture du Prophète Joël. Chap. II. :


Le prophète Joël. Michelangelo Buonarroti.
Chapelle Sixtine. Rome. XVIe.

" Voici ce que dit le Seigneur :
" Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu ; car il est bon et compatissant, patient et riche en miséricorde, et sa bonté surpasse notre malice. Qui sait s'il ne se retournera pas vers vous, s'il ne vous pardonnera pas, et s'il ne laissera pas après lui la bénédiction, afin que vous présentiez au Seigneur votre Dieu des sacrifices et des offrandes ?
Sonnez de la trompette dans Sion, publiez la sainteté du jeûne, convoquez l'assemblée, réunissez le peuple, avertissez-le qu'il se purifie ; faites venir les vieillards ; amenez les enfants, même ceux qui sont encore à la mamelle. Que l'époux sorte de sa couche, et l'épouse de son lit nuptial.
Que les prêtres et les ministres du Seigneur pleurent entre le vestibule et l'autel, qu'ils disent : " Pardonnez , Seigneur, pardonnez à votre peuple ; et ne livrez pas votre héritage à l'opprobre, en laissant dominer sur lui les nations ".
Laisserez-vous dire par les peuples : " Où est leur Dieu ?"
Le Seigneur a été ému de compassion pour sa terre, et il a pardonné à son peuple.
Et le Seigneur a répondu à son peuple :
" Voici que je vais vous envoyer du froment, du vin et de l'huile, et vous en serez rassasiés, et je ne vous abandonnerai plus aux insultes des nations ", dit le Seigneur tout-puissant."


Le prophète Joël. Plaque de dévotion en ivoire. VIIIe.

Ce magnifique passage du Prophète nous révèle l'importance que le Seigneur attache à l'expiation par le jeûne. Quand l'homme contrit de ses péchés afflige sa chair, Dieu se laisse fléchir. L'exemple de Ninive l'a prouvé ; et si le Seigneur pardonna à une ville infidèle, par cela seul que ses habitants imploraient sa pitié sous les livrées de la pénitence, que ne fera-t-il pas en faveur de son peuple, qui sait joindre à l'immolation du corps le sacrifice du cœur ?


Joël s'adressant au peuple. Bible historiale. Petrus Comestor. XVe.

Entrons donc avec courage dans la voie de la pénitence ; et si l'affaiblissement des sentiments de la foi et de la crainte de Dieu semble faire tomber autour de nous des pratiques qui sont aussi anciennes que le christianisme, et sur lesquelles il est pour ainsi dire fondé, gardons-nous d'abonder dans Je sens d'un relâchement qui a porté un terrible préjudice à l'ensemble des mœurs chrétiennes. Songeons surtout à nos engagements personnels avec la justice divine qui ne nous remettra nos fautes et les peines qu'elles méritent, qu'autant que nous nous montrerons empressés à lui offrir la satisfaction à laquelle elle a droit. Nous venons de l'entendre : notre corps que nous flatterions n'est que cendre et poussière, et notre âme, que nous serions si souvent portés à lui sacrifier, a des droits à réclamer contre lui.

ÉVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. VI. :


Notre Seigneur Jésus-Christ enseignant.
Alessandro di Mariano dei Filipepi. XVe.

" En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : " Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme les hypocrites ; car ils se font un visage pâle et défait, afin que les hommes s'aperçoivent qu'ils jeûnent. Je vous le dis en vérité : Ils ont reçu leur récompense. Mais vous, lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez votre visage, afin qu'il ne paraisse pas aux hommes que vous jeûnez, mais seulement à votre Père qui est présent dans le secret, et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra. Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs fouillent et les dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où il n'y a ni rouille ni vers qui les consument, et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. Car, où est votre trésor, là est aussi votre coeur."


Notre Seigneur Jésus-Christ enseignant ses disciples.
Legenda aurea. Bx. J. de Voragine. XVe.

Notre Seigneur ne veut pas que nous recevions l'annonce du jeûne expiatoire comme une nouvelle triste et affligeante. Le chrétien qui comprend combien il est dangereux pour lui d'être en retard avec la justice de Dieu, voit arriver le temps du Carême avec joie et consolation. Il sait à l'avance que s'il est fidèle aux prescriptions de l'Eglise, il allégera le fardeau qui pèse sur lui. Ces satisfactions, si adoucies aujourd'hui par l'indulgence de l'Eglise, étant offertes à Dieu avec celles du Rédempteur lui-même, et fécondées par cette communauté qui réunit en un faisceau de propitiation les saintes œuvres de tous les membres de l'Eglise militante, purifieront nos âmes et les rendront dignes de participer aux joies si pures de la Pâque.


Notre Seigneur Jésus-Christ enseignant ses disciples.
Calendrier des bergers. XVe.

Ne soyons donc pas tristes de ce que nous jeûnons ; soyons-le seulement d'avoir, par le péché, rendu notre jeûne nécessaire. Le Sauveur nous donne un second conseil que l'Eglise nous répétera souvent dans tout le cours de la sainte Quarantaine : celui de joindre l'aumône aux privations du corps. Il nous engage à thésauriser, mais pour le ciel. Nous avons besoin d'intercesseurs : cherchons-les parmi les pauvres.

6 mars. Sainte Perpétue & sainte Félicité, et leurs saints compagnons, martyrs. 202.

- Sainte Perpétue & sainte Félicité, et leurs saints compagnons, martyrs. 202.
 
Pape : Saint Zéphirin. Empereur : Sévère.

" La pensée de Dieu sanctifie les douleurs : la pensée de les offrir à Dieu les allège ; la pensée de les supporter pour la cause de Dieu les rends délectables. Je ne suis pas seul, disait saint Paul au milieu des persécutions et des travaux, les grâce de Dieu est avec moi."
I Cor., XV, 10.


Martyre de sainte Perpétue et de sainte Félicité.
Giovanni Gottardi. XVIIIe.

La fête de ces deux illustres héroïnes de la foi chrétienne est rapportée la journée de demain, 7 mars, anniversaire de leur triomphe ; mais la mémoire de l'Ange de l'Ecole, saint Thomas d'Aquin, brille avec tant d'éclat au 7 mars, qu'elle semble éclipser celle des deux grandes martyres africaines. Le Saint-Siège a donc permis en certains lieux d'anticiper d'un jour leur fête.

Leurs deux noms, comme l'observe saint Augustin, sont un présage du sort que leur réserve le ciel : une perpétuelle félicité. L'exemple qu'elles donnent de la force chrétienne est à lui seul une victoire qui assure le triomphe de la foi de Jésus-Christ sur la terre d'Afrique. Encore quelques années, et le grand Cyprien fera retentir sur cette plage sa voix mâle et éloquente, appelant les chrétiens au martyre ; mais n'y a-t-il pas un accent plus pénétrant encore dans les pages écrites de la main de cette jeune femme de vingt-deux ans, la noble Perpétue, qui nous raconte avec un calme tout céleste les épreuves qu'il lui a fallu traverser pour aller à Dieu, et qui, au moment de partir pour l'amphithéâtre, remet à un autre la plume avec laquelle il devra écrire le dénouement de la sanglante et sublime tragédie ?


En lisant de tels récits, dont les siècles n'ont altéré ni le charme, ni la grandeur, on se sent en présence des glorieux ancêtres de la foi, on admire la puissance de la grâce divine qui suscita de tels courages du sein même d'une société idolâtre et corrompue ; et considérant quel genre de héros Dieu employa pour briser les formidables résistances du monde païen, on ne peut s'empêcher de dire avec saint Jean Chrysostome :
" J'aime à lire les Actes des Martyrs ; mais j'avoue mon attrait particulier pour ceux qui retracent les combats qu'ont soutenus les femmes chrétiennes. Plus faible est l'athlète, plus glorieuse est la victoire ; car c'est alors que l'ennemi voit venir sa défaite du côté même où jusqu'alors il triomphait. Ce fut par la femme qu'il nous vainquit ; et c'est maintenant par elle qu'il est terrassé. Elle fut entre ses mains une arme contre nous ; elle devient le glaive qui le transperce. Au commencement, la femme pécha, et pour prix de son péché eut la mort en partage ; la martyre meurt, mais elle meurt pour ne pas pécher. Séduite par une promesse mensongère, la femme viola le précepte de Dieu ; pour ne pas enfreindre sa fidélité envers son dite vin bienfaiteur, la martyre sacrifie plutôt sa vie. Quelle excuse maintenant présentera l'homme pour se faire pardonner la mollesse, quand de simples femmes déploient un si mâle courage ; quand on les a vues, faibles et délicates, triompher de l'infériorité de leur sexe, et, fortifiées par la grâce, remporter de si éclatantes victoires ?" (Homil. De diversis novi Testamenti locis.).


Sainte Perpétue et sainte Félicité. Missel romain. XIVe.

Sous l'empereur Sévère, on arrêta en Afrique (à Carthage) plusieurs jeunes catéchumènes : entre autres Révocatus et Félicité, tous deux de condition servile ; Saturnin et Sécundulus ; enfin parmi eux se trouvait Vivia Perpétua, jeune femme de naissance distinguée, élevée avec soin, mariée à un homme de condition, et ayant un enfant qu'elle allaitait encore. Elle était âgée d'environ vingt-deux ans, et elle a laissé le récit de son martyre écrit de sa propre main :

" Nous étions encore avec nos persécuteurs, dit-elle, lorsque mon père, dans l'affection qu'il me portait, vint faire de nouveaux efforts pour m'amener à changer de résolution.
" Mon père, lui dis-je, il m'est impossible de dire autre chose si ce n'est que je suis chrétienne."
A ce mot, saisi de colère, il se jeta sur moi pour m'arracher les yeux ; mais il ne fit que me maltraiter, et il se retira vaincu ainsi que le démon avec tous ses artifices. Peu de jours après nous fûmes baptisés ; le Saint-Esprit m'inspira alors de ne demander autre chose que la patience dans les peines corporelles. Peu après, on nous renferma dans la prison. J'éprouvai d'abord un saisissement, ne m'étant jamais trouvée dans des ténèbres comme celles d'un cachot.


Mosaïque carthaginoise. Ve.

Au bout de quelques jours, le bruit courut que nous allions être interrogés. Mon père arriva de la ville, accablé de chagrin, et vint près de moi pour me faire renoncer à mon dessein. Il me dit :
" Ma fille, aie pitié de mes cheveux blancs, aie pitié de ton père, si je mérite encore d'être appelé ton père. Regarde tes frères, regarde ta mère, regarde ton enfant qui ne pourra vivre si tu meurs ; laisse cette fierté et ne sois pas la cause de notre perte à tous."
Mon père me disait toutes ces choses par tendresse ; puis se jetant à mes pieds tout en larmes, il m'appelait non plus sa fille, mais sa dame. Je plaignais la vieillesse de mon père, songeant qu'il serait le seul, de toute notre famille qui ne se réjouirait pas de mon martyre. Je lui dis pour le fortifier :
" Il n'arrivera de tout ceci que ce qu'il plaira à Dieu ; sache que nous ne dépendons pas de nous-mêmes, mais de lui."
Et il se retira accablé de tristesse.

Un jour, comme nous dînions, on vint nous enlever pour subir l'interrogatoire. Arrivés sur le forum, nous montâmes sur l'estrade. Mes compagnons fuient interrogés et confessèrent. Quand mon tour fut venu, mon père parut tout à coup avec mon enfant ; il me tira à part, et me suppliant :
" Aie pitié de ton enfant."
Le procurateur Hilarien me dit aussi :
" Epargne la vieillesse de ton père, épargne l'âge tendre de ton fils ; sacrifie pour la santé des empereurs."
Je répondis :
" Je ne le ferai pas : je suis Chrétienne."
Alors le juge prononça la sentence, qui nous condamnait aux bêtes, et nous redescendîmes joyeux à la prison. Comme je nourrissais mon enfant, et que je l'avais eu jusqu'alors avec moi dans la prison, je l'envoyai aussitôt réclamer à mon père ; mais mon père ne voulut pas me le donner. Dieu permit que l'enfant ne demandât plus à téter, et que je ne fusse pas incommodée par mon lait."

Tout ceci est tiré du récit de la bienheureuse Perpétue, qui le conduit jusqu'à la veille du combat.
 

 
Entrée du cirque où eut lieu le martyre de sainte Perpétue,
de sainte Félicité et de leurs compagnons.
Carthage. Actuelle Tunisie.

Quant à Félicité, elle était enceinte de huit mois lorsqu'elle avait été arrêtée ; et le jour des spectacles étant si proche, elle était inconsolable, prévoyant que sa grossesse ferait différer son martyre. Ses compagnons n'étaient pas moins affligés qu'elle, dans la pensée qu'ils laisseraient seule sur le chemin de l'espérance céleste une si excellente compagne. Ils unirent donc leurs instances et leurs larmes auprès de Dieu pour obtenir sa délivrance. C'était trois jours seulement avant les spectacles ; mais à peine avaient-ils fini leur prière que Félicité se sentit prise par les douleurs. Et parce que l'accouchement étant difficile, la souffrance lui arrachait des plaintes, un guichetier lui dit :
" Si tu te plains déjà, que feras-tu quand tu seras exposée aux bêtes, que tu as bravées cependant en refusant de sacrifier ?"
Elle lui répondit :
" Maintenant, c'est moi qui souffre ; mais alors il y en aura un autre qui souffrira pour moi, parce que je devrai souffrir pour lui."
Elle accoucha donc d'une fille qui fut adoptée par l'une de ses autres sœurs.


Le jour de la victoire étant arrivé, les martyrs partirent de la prison pour l'amphithéâtre comme pour le ciel, avec un visage gai et d'une beauté céleste , émus de joie et non de crainte. Perpétue s'avançait la dernière ; ses traits respiraient la tranquillité, et sa démarche était digne comme celle d'une noble matrone chérie du Christ. Elle tenait les yeux baissés, pour en dérober l'éclat aux spectateurs. Félicité était près d'elle, remplie de joie d'avoir accompli ses couches assez à temps pour pouvoir combattre les bêtes. C'était une vache très féroce que le diable leur avait préparée. On les enveloppa chacune dans un filet pour les exposer à cette bête. Perpétue fut exposée la première. La bête la lança en l'air, et la laissa retomber sur les reins. La martyre revenue à elle, et s'apercevant que sa robe était déchirée le long de sa cuisse, la rejoignit proprement, plus jalouse de la pudeur que sensible à ses souffrances. On la ramena pour recevoir un nouveau choc ; elle renoua alors ses cheveux qui s'étaient détachés : car il ne convenait pas qu'une martyre, en son jour de victoire, parût les cheveux épars, et montrât un signe de deuil dans un moment si glorieux. Quand elle fut relevée, ayant aperçu Félicité, que le choc avait toute brisée, étendue par terre, elle alla à elle, et lui donnant la main, elle la releva. Elles se présentèrent pour recevoir une nouvelle attaque ; mais le peuple se lassa d'être cruel, et on les conduisit vers la porte Sana-Vivaria. Alors Perpétue, sortant comme d'un sommeil, tant l'extase de son esprit avait été profonde, et regardant autour d'elle, dit, au grand étonnement de tous :
" Quand donc nous exposera-t-on à cette vache furieuse ?"

Lorsqu’on lui raconta ce qui était arrivé, elle ne put le croire qu'après avoir vu sur son corps et sur ses vêtements les traces de ce qu'elle avait souffert. Alors, faisant approcher son frère et un catéchumène nommé Rusticus, elle leur dit :
" Demeurez fermes dans la foi, aimez-vous les uns les autres et ne soyez pas scandalisés de nos souffrances."

Sainte Perpétue et sainte Félicité. D'après une icône du VIe.

Quant à Sécundulus, Dieu l'avait retiré de ce monde, pendant qu'il était encore renfermé dans la prison. Saturnin et Revocatus, après avoir été attaqués par un léopard, furent encore vivement traînés par un ours. Saturus fut d'abord exposé à un sanglier, puis exposé à un ours ; mais la bête ne sortit pas de sa loge, en sorte que le martyr, épargné deux fois, fut rappelé. A la fin du spectacle, il fut présenté à un léopard, qui d'un coup de dent le couvrit de sang.

Le peuple, comme il s'en retournait, faisant une allusion à ce second baptême, s'écria :
" Sauvé, lavé ! Sauvé, lavé !"
On transporta ensuite le martyr expirant au lieu où il devait être égorgé avec les autres. Le peuple demanda qu'on les ramenât tous au milieu de l'amphithéâtre, afin de repaître ses regards homicides du spectacle de leur immolation par le glaive. Les martyrs se levèrent, et se traînèrent où le peuple les demandait, après s'être embrassés, afin de sceller leur martyre par le baiser de paix. Ils reçurent le coup mortel sans faire aucun mouvement et sans laisser échapper une plainte ; surtout Saturus, qui expira le premier.

Quant à Perpétue, afin qu'elle goûtât du moins quelque souffrance, l'épée du gladiateur s'arrêta sur ses côtes, et lui fit pousser un cri. Ce fut elle qui conduisit elle-même à sa gorge la main encore novice de cet apprenti. Peut-être aussi que cette sublime femme ne pouvait mourir autrement, et que l'esprit immonde qui la redoutait n'eût osé attenter à sa vie, si elle-même n'y eût consenti.


HYMNE

" Epouse du Christ, célèbre aujourd'hui dans de pieux cantiques deux femmes au cœur invincible ; chante avec transport deux cœurs d'hommes dans le sexe le plus faible.

Toutes deux nées sous le soleil de l'Afrique, toutes deux aujourd'hui, dans l'univers entier, brillent de l'éclat que leur ont acquis de sublimes combats ; le front de chacune est ceint de lauriers glorieux.

La noblesse du sang recommande d'abord Perpétue ; une récente alliance l'a unie à un époux illustre ; mais il est à ses yeux une illustration plus haute encore : elle préfère à tout le service du Christ.

Quoique libre, elle met sa gloire à servir un si grand roi ; quant à Félicité, la condition d'esclave est son sort ici-bas ; mais dans la lutte glorieuse elle suit d'un pas égal la noble Perpétue ; elle s'élance vers la palme avec une même ardeur.

En vain le père de Perpétue emploie pour l'abattre et les menaces et les pleurs ; elle n'éprouve qu'une filiale compassion pour l'erreur du vieillard ; bientôt il lui faut donner le dernier baiser à l'enfant qu'elle allaite.

Dans la prison, Félicité éprouve les douleurs dont Eve notre mère a attiré les rigueurs sur son sexe ; elle souffre et enfante en gémissant, celle qui bientôt doit souffrir pour Dieu avec allégresse.

Dans une vision, Perpétue voit s'ouvrir les portes du ciel ; il lui est permis de jeter ses regards dans ce séjour de délices ; elle apprend que des combats lui sont réservés, et aussi quel repos Dieu lui prépare après ces combats.

Elle voit une échelle d'or qui monte jusqu'au séjour céleste ; mais ses deux côtés sont armés de pointes menaçantes. Ceux qui viendraient à tomber de ces degrés périlleux, un affreux dragon couché au pied de l'échelle les recevrait dans sa gueule.

Monte, Ô femme, ne crains pas le dragon ; pose ton pied sur sa tête humiliée, comme sur le degré d'où tu montes vaillamment jusqu'au delà des astres.

Au sommet de l'échelle s'ouvre pour Perpétue un délicieux jardin : c'est là que l'aimable Pasteur comble ses brebis de caresses : " Ma fille, lui dit-il, ma fille tant désirée, te voilà donc enfin ", et il lui fait part d'un mets plein de douceur.

Une autre fois, elle se sent entraînée au milieu du cirque ; là un homme repoussant, d'un aspect horrible, brandissant un glaive, s'élance sur elle ; mais bientôt il est abattu et foulé sous le pied d'une faible femme. Reçois, Ô Perpétue, le prix de tes hauts faits.

Le jour de gloire, celui qui doit éclairer la victoire, se lève enfin pour les athlètes du Seigneur. Avancez, Ô martyres ! Le ciel tout entier t'attend, Ô Perpétue ! La cour des élus te désire, Ô Félicité !

Une bête farouche froisse cruellement les membres délicats de Perpétue ; bientôt c'est le tour de sa compagne ; mais, Ô Félicité, ta noble soeur se relevant de l'arène vient te tendre la main et te disposer à des luttes nouvelles.

Enfin Dieu, qui du haut du ciel contemple les combats de ces deux héroïnes, les appelle à la couronne ; il est temps qu'à travers leur sang qui s'épanche sur la terre, leurs âmes s'élancent dans le sein du Christ.

Bientôt le glaive d'un licteur comble le désir des martyres en les immolant. Le bras qui doit égorger Perpétue tremble en s'essayant ; mais la main de l'héroïne conduit elle-même sur sa gorge l'épée qui doit la traverser.

Et maintenant, Ô femmes magnanimes, goûtez à jamais près de l'Epoux les joies qui vous sont préparées ; il vous montre à nous comme les modèles du courage ; accordez votre puissant secours à ceux qui vous implorent.

Gloire éternelle au Père, louange égale au Fils et au divin Esprit qui les unit ; et vous, chrétiens, célébrez en tous lieux la force victorieuse que le ciel a donnée aux Martyrs.

Amen."


Arènes de Carthage.

PRIERE

" Perpétue ! Félicité ! noms glorieux et prédestinés, r vous venez luire sur nous en ces jours, comme deux astres bienfaisants qui nous apportent à la fois la lumière et la vie. Les Anges vous répètent au ciel dans leurs chants de triomphe, et nous, sur la terre, nous vous redisons avec amour et espérance. Vous nous rappelez cette parole du livre sacré : " Le Seigneur a inauguré de nouveaux combats ; à la suite des guerriers, la femme s'est levée comme une noble mère dans Israël." (Judic. V, 7.). Gloire à la Toute-Puissance divine qui, voulant accomplir à la lettre la parole de l'Apôtre, choisit " ce qu'il y a de faible pour confondre ce qui est fort " ! (I Cor. 1, 27.). Gloire à l'Eglise d'Afrique, fille de l'Eglise de Rome, à l'Eglise de Carthage qui n'a pas encore entendu la voix de son Cvprien, et qui déjà produit de si grands cœurs !

La chrétienté tout entière s'incline devant vous, Ô Perpétue ! elle fait plus encore : chaque jour, à l'autel, le sacrificateur prononce votre nom béni parmi les noms privilégiés qu'il redit en présence de l'auguste victime ; votre mémoire est ainsi pour jamais associée à l'immolation de l'Homme-Dieu, auquel votre amour a rendu le témoignage du sang. Mais quel bienfait il a daigné nous départir, en nous permettant de pénétrer les sentiments de votre âme généreuse dans ces pages tracées de votre main, et qui sont venues jusqu'à nous à travers les siècles ! C'est là que nous apprenons de vous ce qu'est " cet amour plus fort que la mort " (Cant. VIII, 6.), qui vous rendit victorieuse dans tous les combats. L'eau baptismale n'avait pas touché encore votre noble front, et déjà vous étiez enrôlée parmi les martyrs. Bientôt il vous fallut soutenir les assauts d'un père, et triompher de la tendresse filiale d'ici-bas, pour sauver celle que vous deviez à cet autre Père qui est dans les cieux. Votre cœur maternel ne tarda pas d'être soumis à la plus terrible des épreuves, lorsque cet enfant qui, sous les voûtes obscures d'un cachot, puisait la vie à votre sein, vous fut enlevé comme un nouvel Isaac, et que vous demeurâtes seule, à la veille du dernier combat.

Mais dans ce combat, Ô Perpétue, au milieu des compagnons de votre victoire, qui est semblable à vous ? Quelle est cette ivresse d'amour qui vous a saisie, lorsqu'est arrivé le moment de souffrir dans votre corps, au point que vous ne sentez pas même la cruelle brisure de vos membres délicats lancés sur le sol de l'arène ? " Où étiez-vous, dirons-nous avec saint Augustin, lorsque vous ne voyiez même pas cette bête furieuse à laquelle on vous avait exposée ? De quelles délices jouissiez-vous, au point d'être devenue insensible à de telles douleurs ? Quel amour vous enivrait ? Quelle beauté céleste vous captivait ? Quel breuvage vous avait ravi le sentiment des choses d'ici-bas, à vous qui étiez encore dans les liens d'un corps mortel ?" (In Natali SS. Perpétua et Felicitatis.).

Mais, avant la dernière lutte, le Seigneur vous avait préparée par le sacrifice. Nous comprenons alors que votre vie fût devenue toute céleste, et que votre âme, habitant déjà, par l'amour, avec Jésus qui vous avait tout demandé et à qui vous aviez tout accordé, fût dès lors comme étrangère à ce corps qu'elle devait sitôt abandonner. Un dernier lien vous retenait encore, et le glaive devait le trancher; mais afin que votre immolation fût volontaire jusqu'à la fin, il fallut que votre main conduisît elle-même ce fer libérateur qui ouvrait passage à votre âme si rapide dans son vol vers le souverain bien. Ô femme véritablement forte, ennemie du serpent infernal et objet de sa haine, vous l'avez vaincu ! Votre grandeur d'âme vous a placée parmi les plus nobles héroïnes de notre foi ; et depuis seize siècles votre nom aie privilège de faire battre tout cœur chrétien.

Recevez aussi nos hommages, Ô Félicité ! car vous avez été jugée digne de servir de compagne à Perpétue. Dans le siècle, elle brillait au rang des matrones de Carthage; mais, malgré votre condition servile, le baptême l'avait rendue votre sœur, et vous marchiez son égale dans l'arène du martyre. A peine relevée de ses chutes violentes, elle courait à vous et vous tendait la main ; la femme noble et l'humble esclave se confondaient dans l'embrassement du martyre ; et les spectateurs de l'amphithéâtre pouvaient déjà pressentir que la nouvelle religion recelait en elle-même une vertu sous l'effort de laquelle succomberait l'esclavage. Vous aviez dit, Ô Félicité, que lorsque l'heure du combat aurait sonné, ce ne serait plus vous qui souffririez, mais le Christ immortel qui souffrirait en vous : il a été fait selon votre foi et votre espérance ; et le Christ est apparu vainqueur dans Félicité comme dans Perpétue. Jouissez donc, ô femme bénie, du prix de vos sacrifices et de vos combats. Du haut du ciel, vous veillerez sur cet enfant qui naquit d'une martyre dans une prison ; déjà, sur la terre, une si noble naissance lui a fait rencontrer une seconde mère. Honneur à vous qui n'avez pas regardé en arrière, mais qui vous êtes élancée à la suite du Christ ! Votre félicité est éternelle au ciel, et ici-bas votre gloire durera autant que le monde.

Maintenant, Ô sœurs illustres, soyez-nous propices en ces jours. Tendez vos palmes vers le trône de la divine majesté, et faites-en descendre sur nous les miséricordes. Nous ne sommes plus cette société païenne qui se pressait aux jeux de l'amphithéâtre pour voir répandre votre sang ; la foi chrétienne victorieuse par vous et par tant d'autres martyrs a triomphé des erreurs et des vices de nos aïeux ; et ceux-ci nous ont transmis le sacré symbole pour lequel vous aviez tout sacrifié. Mais, pour n'être pas aussi profondes, nos misères n'en sont pas moins lamentables. Il est un second paganisme qui se glisse chez les peuples chrétiens et qui les pervertit. Il a sa source dans l'indifférence qui glace le cœur et dans la mollesse qui énerve la volonté. Ô Perpétue, Ô Félicité ! demandez que vos exemples ne soient pas perdus pour nous, et que la pensée de vos héroïques dévouements nous soutienne dans les sacrifices moindres que le Seigneur exige de nous. Priez aussi pour nos nouvelles Eglises qui s'élèvent sur le rivage africain que vos souffrances ont illustré ; elles se recommandent à vous ; bénissez-les, et faites-y refleurir, par votre puissante intercession, la foi et les mœurs chrétiennes."


Sainte Perpétue et sainte Félicité. Gravure. Louis Lassalle. XVIIIe.

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mardi, 05 mars 2019

5 mars. Saint Jean-Joseph de la Croix, franciscain. 1734.

- Saint Jean-Joseph de la Croix, franciscain. 1734.

Papes : Innocent X, Clément XII. Rois des Deux-Siciles : Philippe IV, Charles IV.

" La parole de la Croix est une folie pour ceux qui se perdent ; mais pour ceux qui se sauvent, elle est la vertu de Dieu."
I Cor., I, 18.
" Aimons Notre Seigneur Jésus-Christ, aimons-le réellement et en vérité ; car l'amour de Dieu est un grand trésor. Heureux celui qui aime Dieu."

Saint Jean-Joseph de la Croix.


Apothéose de saint Jean-Joseph de la Croix. Anonyme. XVIIIe.

Saint Jean-Joseph de la Croix naquit dans l'île d'Ischia, près de Naples, le jour de l'Assomption, 1654. Ses parents, Joseph Calosirto et Laure Garguilo le baptisèrent le jour même sous le patronage de Charles-Cajétan, Il sétaient tous deux d'une grande piété et d'une foi ferme, et il est bon de relever que notre Saint se distingua par sa piété au-dessus de ses frères dont cinq au moins embrassèrent la vie religieuse. Tout enfant, il aimait la retraite, le silence et la prière, et fuyait les jeux de son âge, aimant mieux consacrer le temps de ses récréations à visiter des églises et à y adorer le Sauveur.

La très sainte Vierge Marie avait, après Notre Seigneur Jésus-Christ, toute sa prédilection ; il dressa dans sa chambre un petit autel, récitait chaque jour les offices de la Mère de Dieu et jeûnait en son honneur tous les samedis et aux vigiles de ses fêtes. Dès ce temps, il aimait les pauvres au point de leur distribuer tout l'argent dont il pouvait disposer.

A cet âge où l'enfant suit si facilement les premiers mouvements de la colère, on le vit, un jour, se mettre à genoux dans la boue et réciter le Pater pour un de ses frères qui l'avait souffleté.


Ischia Ponte. Île natale de saint Jean-Joseph. Baie de Naples.

C'est à dix-sept ans qu'il entra chez les Frères Mineurs réformés de Saint-Pierre d'Alcantara. A dix-neuf ans, il s'acquitta avec succès des missions les plus difficiles ; à vingt-quatre ans, il était maître des novices, puis gardien d'un couvent ; mais il n'accepta jamais les honneurs qu'avec une humble crainte et les quitta toujours avec joie.

Sa mortification la plus extraordinaire fut une longue croix d'un pied environ, garnie de pointes aiguës, qu'il s'attachait sur les épaules au point qu'il s'y forma une plaie inguérissable. Il en portait une autre plus petite, sur la poitrine. Rarement il dormait, et pendant trente ans, il s'abstint de toute espèce de liquide.

Il avait coutume de dire à ses compagnons ou à tous ceux qui le sollicitait sa charité lors d'une épreuve :
" Espérons en Dieu, et nous serons certainement consolés. Dieu est un tendre père qui aime et secourt tous ses enfants. N'en doutez point, espérez en Dieu, il pourvoiera à vos besoins."
Ou encore :
" Qu'est-ce que cette terre, sinon de la boue, un morceau de poussière, un pur néant. Le paradis, le ciel : Dieu est tout. Ne vous attachez point aux biens de ce monde, fixez vos affections en haut ; pensez à ce bonheur qui durera éternellement, tandis que l'ombre de ce monde s'évanouira."
Il aimait Dieu d'un ardent amour :
" Quand il n'y aurait ni Ciel ni enfer, disait-il, je voudrais néanmoins aimer Dieu toujours."

Sa charité pour les pauvres fut plusieurs fois l'occasion de multiplication de pains ; son dévouement pour les malades le porta à demander à Dieu de faire retomber sur lui les souffrances des autres, demande qui fut quelquefois exaucée.

Dieu opérait de nombreuses merveilles par les mains de ce fidèle disciple de saint François d'Assise et de saint Pierre d'Alcantara. Prophéties, visions, extases, bilocation (présence en deux lieux à la fois), sont des preuves étonnantes de sa sainteté.

Comme dans ses vieux ans on lui recommandait de se ménager à raison de ses infirmités, et particulièrement quant à son dévouement aux malades et aux pauvres, il dit un jour :
" Je n'ai point d'infirmité qui m'empêche de travailler ; mais quand même, ne devrais-je pas sacrifier ma vie pour la même fin pour laquelle Notre Seigneur Jésus-Christ à été crucifié."

Il s'étudiait à cacher et à dissimuler le don des miracles et de prophétie dont Dieu l'avait favorisé à un si haut degré, attribuant les miracles qu'il opérait par la foi de ceux en faveur desquels ils étaient opérés, ou bien à l'intercession des Saints auprès desquels il se recommandait. Souvent, il ordonnait à ceux auxquels il rendait la santé de prendre quelque médecine, afin que la guérison pût être attribuée à un remède purement naturel.
Quant à ses prophéties, qui sont en grand nombre, il affectait de juger d'après l'analogie et l'expérience. Ainsi, pendant l'épouvantable tremblement de terre qui eut lieu à la saint André en 1735 à Naples, comme les religieuses de plusieurs couvents n'osaient pas aller à leurs dortoirs, il les rassura en leur disant qu'après quelques secousses seulement, il cesserait sans causer le moindre préjudice à la ville ou à ses habitants. Quelqu'un lui ayant demandé quelle raison il avait de s'exprimer d'une manière aussi positive, il dit :
" Je suis sûr qu'il en arrivera ainsi parce que c'est ainsi qu'il en est arrivé précédemment."

Dans la pratique de toutes ces vertus et favorisé de grâces toutes privilégiées, sur lesquelles ce n'est pas le lieu ici de s'étendre (nous renvoyons le lecteur à la notice que lui consacrent les Petits bollandistes : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30733g), notre Saint passa ainsi les jours de son pélerinage ici-bas, glorifiant Dieu, donnant l'aumône, secourant les malades et faisant le bien, jusqu'au moment où il plut à Notre Seigneur de mettre un terme à sa carrière, non sans lui avoir fait connaître à l'avance les circonstances et le temps de sa mort.

Le temps où elle arriva, un de ses neveu lui écrivit de Vienne pour lui dire qu'il serait de retour à Naples au mois de mai suivant. Notre Saint lui répondit qu'il ne le trouverait pas vivant. Une semaine avant de passer, il s'entretenait avec son frère François et lui dit :
" Jusqu'ici, je ne vous ai encore rien demandé, faites moi la charité de prier le Tout-Puissant pour moi vendredi prochain, vous entendez ? Vendredi prochain, souvenez-vous en, n'oubliez pas."
Ce fut le jour même de sa mort.

A peine eut-il rendu l'âme qu'il se manifesta à plusieurs personnes dans un état glorieux. A l'heure de son départ, le duc de Monte-Lione, qui se promenait dans son appartement, aperçut saint Jean-Joseph dans son salon, en parfaite santé, environné d'une lumière toute surnaturelle, et quoiqu'il l'eut laisser très malade à Naples quelques jours plus tôt lors de la dernière visite qu'il lui avait faite.
Le duc s'écria :
" Quoi ! Père Jean-Joseph, êtes-vous donc si subitement rétabli ?"
A quoi le Saint répondit avant de disparaître :
" Je suis bien et heureux."


Procession de saint Jean-Joseph de la Croix (29 septembre).
Sur l'île d'Ischia, on porte la châsse contenant
le corps incorrompu de notre Saint.

Après son inhumation, des miracles sans nombres attestèrent les vertus et la gloire de notre Saint. Ces prodiges déterminèrent le pape Pie VI à l'inscrire au catalogue des bienheureux le 15 mai 1789 ; Pie VII reconnut deux nouveaux miracles le 27 avril 1818 ; Léon XII donna le décret, le 29 septembre 1824, permettant de procéder à sa canonisation ; et Grégoire XVI en fit la cérémonie solennelle le 26 mai 1839.

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lundi, 04 mars 2019

4 mars. Saint Casimir, duc de Lithuanie, confesseur. 1483.

- Saint Casimir, duc de Lithuanie, confesseur. 1483.

Papes : Pie II, Sixte IV. Empereur d'Allemagne : Frédéric III.

" La chasteté est la vertu qui représente ici-bas l'état glorieux de l'immortalité."
St. Bernard, Ep. XLIII, à Henri, archv. de Sens.


Saint Casimir de Lithuanie. Anonyme. XVIIe.

C'est du sein même d'une cour mondaine que l'exemple des plus héroïques vertus nous est offert aujourd'hui. Casimir est prince de sang royal ; toutes les séductions de la jeunesse et du luxe l'environnent ; cependant, il triomphe des pièges du monde avec la même aisance que le ferait un Ange exilé sur la terre. Profitons d'un tel spectacle ; et si, dans une condition bien inférieure à celle où la divine Providence avait placé ce jeune prince, nous avons sacrifié à l'idole du siècle, brisons ce que nous avons adoré, et rentrons au service du Maître souverain qui seul a droit à nos hommages. Une vertu sublime, dans les conditions inférieures de la société, nous semble quelquefois trouver son explication dans l'absence des tentations, dans le besoin de chercher au ciel un appui contre une fortune inexorable : comme si, dans tous les états, l'homme ne portait pas en lui des instincts qui, s'ils ne sont combattus, l'entraînent à la dépravation. En Casimir, la force chrétienne paraît avec une énergie qui montre que sa source n'est pas sur la terre, mais en Dieu.


Statue de saint Casimir. Statuaire populaire lithuanienne.
Chapelle campagnarde lithuanienne.

C'est là qu'il faut aller puiser, dans ce temps de régénération. Un jour, Casimir préféra la mort au péché. Fit-il autre chose, dans cette circonstance, que ce qui est exigé du chrétien, à toute heure de sa vie ? Mais tel est l'attrait aveugle du présent, que sans cesse on voit les hommes se livrer au péché qui est la mort de l'âme, non pas même pour sauver cette vie périssable, mais pour la plus légère satisfaction, quelquefois contre l'intérêt même de ce monde auquel ils sacrifient tout le reste. Tel est l'aveuglement que la dégradation originelle a produit en nous. Les exemples des saints nous sont offerts comme un flambeau qui doit nous éclairer : usons de cette salutaire lumière, et comptons, pour nous relever, sur les mérites et l'intercession de ces amis de Dieu qui, du haut du ciel, considèrent notre dangereux état avec une si tendre compassion.


Saint Casimir. Baldassare Franceschini. XVIIe.

Casimir, fils de Casimir, roi de Pologne, et d'Elisabeth d'Autriche, fut élevé dans la piété et les belles-lettres par d'excellents maîtres. Dès sa jeunesse, il domptait sa chair par un rude cilice et par des jeûnes fréquents. Dédaignant la mollesse d'un lit somptueux, il couchait sur la terre nue, et s'en allait secrètement au milieu de la nuit implorer, prosterné contre terre, la divine miséricorde, devant les portes des églises. La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ était l'objet continuel de sa méditation, et il assistait à la sainte Messe avec un esprit tellement uni à Dieu, qu'il semblait ravi hors de lui-même.


Saint Casimir. Anonyme. XVIe.

Il s'appliqua avec un grand zèle à l'augmentation de la foi catholique et à l'extinction du schisme des Ruthènes : c'est pourquoi il porta le roi Casimir son père à défendre par une loi aux schismatiques de bâtir de nouvelles églises, et de réparer les anciennes qui tombaient en ruine. Libéral et miséricordieux envers les pauvres et tous ceux qui souriraient quelque misère, il s'acquit le nom de père et de défenseur des indigents. Ayant conservé intacte la virginité depuis son enfance, il la défendit courageusement sur la fin de sa vie, lorsque, pressé par une grande maladie, il résolut fermement de mourir plutôt que de rien faire contre la chasteté, en acceptant les conseils des médecins.


Statue de saint Casimir. Cathédrale Saint-Stanislas de Vilnius.
Lithuanie. XVIIe.

Ayant ainsi consommé sa course en peu de temps, plein de vertus et de mérites, après avoir prédit le jour de sa mort, il rendit son âme à Dieu, entouré de prêtres et de religieux, en la vingt-cinquième année de son âge. Son corps fut porté à Vilna, où il éclate par un grand nombre de miracles. Une jeune fille qui était morte recouvra la vie au tombeau du saint; les aveugles y reçurent la vue, les boiteux la marche, et de nombreux malades la santé. Il apparut dans les airs à une armée lithuanienne effrayée de son petit nombre, au moment de l'invasion inopinée d'un ennemi puissant, et il lui fit remporter une victoire signalée. Frappé de tant de merveilles, Léon X inscrivit Casimir au catalogue des Saints.

Funérailles de saint Casimir. Chapelle Saint-Casimir de la
cathédrale Saint-Stanislas de Vilnius. Lithuanie. XVIIe.

PRIERE

" Reposez maintenant au sein des félicités éternelles, Ô Casimir, vous que les grandeurs de la terre et toutes les délices des cours n'ont pu distraire du grand objet qui avait ravi votre cœur. Votre vie a été courte en durée, mais féconde en mérites. Plein du souvenir d'une meilleure patrie, celle d'ici-bas n'a pu attirer vos regards ; il vous tardait de vous envoler vers Dieu, qui sembla n'avoir fait que vous prêter à la terre. Votre innocente vie ne fut point exempte des rigueurs de la pénitence : tant était vive en vous la crainte de succomber aux attraits des sens !


Verrière de saint Casimir. Eglise Saint-Casimir. Baltimore.
Maryland. Etats-Unis d'Amérique.

Faites-nous comprendre le besoin que nous avons d'expier les péchés qui nous ont séparés de Dieu. Vous préférâtes mourir plutôt que d'offenser Dieu ; détachez-nous du péché, qui est le plus grand mal de l'homme, parce qu'il est en même temps le mal de Dieu. Assurez en nous les fruits de ce saint temps qui nous est accordé pour faire enfin pénitence. Du sein de la gloire où vous régnez, bénissez la chrétienté qui vous honore ; mais souvenez-vous surtout de votre patrie terrestre. Autrefois, elle eut l'honneur d'être un boulevard assuré pour l'Eglise contre le schisme, l'hérésie et l'infidélité ; allégez ses maux, délivrez-la du joug, et, rallumant en son sein l'antique zèle de la foi, préservez-la des séductions dont elle est menacée."

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