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vendredi, 14 avril 2017

14 avril. Sainte Lydwine de Schiedam, vierge. 1433.

- Sainte Lydwine de Schiedam, vierge. 1433.
Papes : Clément VII ; Eugène IV. Souverains de Hollande : Le comte Albert ; la comtesse Jacqueline.

" Lorsque les flots de la tristesse submergent votre coeur, au lieu de vous désespérer, cherchez promptement la miséricorde de Dieu, comme l'enfant affligé cherche le sein de sa mère."
Sainte Lydwine de Schiedam aux affligés qui venait la visiter.

Saint Lydwine de Schiedam. Gravure. Jean Valdor. XVIIe.

Issus d'ancêtres nobles, mais tombés dans la pauvreté, les parents de Lydwine n'avaient pas pour cela hésité à élever neuf enfants, huit garçons et une fille.

Lydwine vint au monde le 18 mars, dimanche des Rameaux, de l'année 1380, tandis que l'on chantait à l'église la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Elle recut le nom de Lydwine, nom véritablement prophétique par les deux syllabes qui le composent, Lyd et Wyt, qui signifient souffrir amplement.

Elle était une enfant gracieuse et forte, mais aussi d'une avenante beauté.
A l'age de 7 ans, elle commença à consacrer son corps et son âme à Notre Seigneur Jésus-Christ et à rejeter les divertissements de ses compagnes.
A douze ans, sa beauté était admirée de tout le monde.

Quand, à quinze ans, ses charmes et ses qualités lui attirèrent de nombreuses demandes de mariage, elle dit à son père qui envisageait de la marier :
" Je demanderais plutôt à Dieu de me rendre laide pour repousser les regards des hommes."
Son père abandonna son projet et laissa son admirable fille se consacrer ainsi à Notre Seigneur.
Dieu la prit au mot.

À la suite d'une chute où elle eut une côte brisée, on la transporta sur son lit ; elle ne le quitta plus jusqu'à sa mort. Malgré tous les soins prodigués, le mal ne fit qu'empirer. Un abcès se forma qui ne lui permettait plus de rester ni couchée, ni assise, ni levée ; perdant l'usage de ses jambes, elle se traînait sur les genoux, sur les coudes, se cramponnant aux meubles.

La chute de sainte Lydwine.
Gravure. Johannes Brugman. Vie de sainte Lydwine. XVe.

Malgré sa condition, qui n'allait qu'empirer, elle se dépouillait de tout ce qu'elle pouvait pour subvenir au soins des pauvres. Le duc Jean de Bavière, la princesse Marguerite de Hollande - et d'autres personnes de grandes conditions - lui faisaient des dons pour lui permettre de subvenir à son quotidien si douloureux et difficile : elle donnait tout à ses chers pauvres.

Ses pleurs, ses cris, ses gémissements effrayaient et éloignaient tout le monde, sauf ses admirables parents, qui ne cessèrent de la soigner avec amour. Peu à peu il lui devint même impossible de ramper ainsi. Trois plaies profondes s'ouvrirent dans son pauvre corps, dont l'une se remplit de vers, qui y grouillaient en telle quantité qu'on en retirait jusqu'à deux cents en vingt-quatre heures. Comme on soulageait les ulcères, une tumeur lui vint à l'épaule, à laquelle s'ajouta bientôt le " mal des ardents " qui dévora ses chairs jusqu'aux os.

À cette nomenclature incomplète de ses maux, il faut ajouter la torture des remèdes inventés par l'ignorante bonne volonté des médecins, qui ne réussirent guère qu'à remplacer une maladie par une autre.

Le céleste Epoux de notre Sainte voulut faire connaître par des miracles combien son endurance, sa fidélité et ses libéralités lui étaient agréables.

Ainsi Lydwine était couchée sur le dos, impuissante à se remuer, n'ayant que l'usage de la tête et du bras gauche, torturée sans cesse, perdant son sang, dévorée des vers, et pourtant vivant et gardant assez de forces pour ne pas mourir. Et au milieu de tout cela elle était heureuse, et se disait prête à souffrir ainsi pendant de longues années.

À partir de 1414, jusqu'à sa mort, c'est à dire pendant dix-neuf ans, elle ne se nourrit que de la Sainte Eucharistie. Jusqu'à la fin, ses maux s'aggravèrent ; mais ses plaies, ses vomissements n'exhalaient plus que des odeurs suaves et parfumées. Aussi on venait plus volontiers la voir, entretenir et écouter ses pieuses exhortations. Rien de plus ardent que sa charité, toujours au service des malheureux qu'elle secourait malgré son indigente pauvreté, et des affligés qui trouvaient auprès d'elle consolation.

Elle eut souvent la visite de son ange gardien, qui lui apparaissait souvent et ne contribuait ainsi pas peu à son soulagement. Il la transporta en esprit à plusieurs reprise à Jérusalem afin qu'elle pût adorer les Lieux Saints. Il lui dévoilait les peines que souffrent les âmes en efers et au purgatoire. Sainte Lydwine avait d'ailleurs particulièrement à coeur le soin de la délivrance de ces âmes.
D'autres anges lui apparaissaient en forme humaine ; elle leur parlait et connaissait les personnes qu'ils avaient en leur garde.


Bannière de procession de sainte Lydwine. XXe.

Enfin, Dieu lui fit connaître le moment de sa mort. Elle s'y prépara avec toute la dévotion possible. La veille de Pâques, Notre Seigneur Jésus-Christ lui apparut avec sa très sainte Mère et le choeur des Apôtres, et l'oignit d'un baume si précieux, que le lendemain, on sentait auprès d'elle une senteur toute céleste.

Le mercredi de Pâques, 14 avril 1433, ses vommissements ayant repris, elle se mit en oraison, et, dans l'ardeur de sa prière et de son élévation à Dieu, elle rendit son âme à son Epoux céleste, de la manière qu'elle avait désirée, seule, sans autre témoins qu'un petit enfant - qui était son neveu - qu'elle avait gardé auprès d'elle.

Après son trépas, on découvrit la ceinture de crin qu'elle portait en secret depuis sa jeunesse, et qui servit depuis à chasser les démons et autres esprits immondes des corps des possédés.
Son corps, difforme toute sa vie à la suite de ses maladies, devint parfaitement saint, d'une grande beauté et sans plus aucune trace de toutes les diverses et cruelles maladies qu'elle avait souffertes. Il en exhalait un parfum plus suave que jamais.

Sainte Lydwine fut enterrée à Schiedam, en l'église paroisssiale Saint-Jean-Baptiste.
On fit de la maison de son père un monastère de soeurs grises du Tiers Ordre de Saint-François, que même les bêtes féroces calvinistes ne profanèrent pas jusqu'au bout puisqu'elles finirent, parès expulsion violente des religieuse et saccages variés, par le transformer en orphelinat.

Sainte Lydwine de Schiedam. Vitrail. C. Bellot. XXe.
Les reliques de la bienheureuses Lydwine furent transportées à Bruxelles et enchâssées dans la collégiale Sainte-Gudule.

Son culte a été confirmé par Léon XIII en 1890.

Rq : Sa vie a été écrite par ses contemporains Jean Gerlac (qui était aussi son parent), Jean Gautier son confesseur et Jean Bruchmann provincial des Franciscains. Chacun des trois l'avait connu personnellement et aurent à admirer l'héroicité de notre Sainte.
A ce sujet, un livre sur sainte Lydwine de Schiedam est assez connu et a pour auteur, à la fin du XIXe siècle, l'écrivain français d'origine flamande, Joris-Karl Huysmans. On l'évitera. Parce qu'il donne une vision très équivoque de la sainte et que ses commentaires sont parfois du goût certain qu'avait cet auteur pour l'ésotérisme et l'obscurité.

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jeudi, 13 avril 2017

13 avril 2017. Le jeudi Saint.

- Le jeudi Saint.

Nous ne donnons ici que la messe du jeudi saint. Pour qui veut pénétrer plus avant dans ce jour sacré, il faut lire et méditer les belles pages de dom Prosper Guéranger : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgiqu...



Le lavement des pieds. Bas-relief dans le déambulatoire
de la cathédrale Notre-Dame. Paris. XIVe.

LA MESSE DU JEUDI-SAINT

La sainte Eglise se proposant aujourd'hui de renouveler, avec une solennité toute particulière, l'action qui fut accomplie par le Sauveur dans la dernière Cène, selon le précepte qu'il en fit à ses Apôtres, lorsqu'il leur dit : " Faites ceci en mémoire de moi ", nous allons reprendre le récit évangélique que nous avons interrompu au moment où Jésus entrait dans la salle du festin pascal.

Il est arrivé de Béthanie ; tous les Apôtres sont présents, même le perfide Judas, qui garde son affreux secret. Jésus s'approche de la table sur laquelle l'agneau est servi ; ses disciples y prennent place avec lui ; et l'on observe fidèlement les rites que le Seigneur prescrivit à Moïse pour être suivis par son peuple. Au commencement du repas, Jésus prend la parole, et il dit à ses Apôtres :
" J'ai désiré ardemment de manger avec vous cette Pâque, avant de souffrir." (Luc. XXII, 15.).

Il parlait ainsi, non que cette Pâque eût en elle-même quelque chose de supérieur à celles des années précédentes, mais parce qu'elle allait donner occasion à l'institution de la Pâque nouvelle qu'il avait préparée dans son amour pour les hommes ; car " ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, il les aima jusqu'à la fin " (Johan. XIII, I.).

Pendant le repas, Jésus, pour qui les coeurs n'avaient rien de caché, proféra cette parole qui émut les disciples :
" En vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira ; oui, l'un de ceux qui mettent en ce moment la main au plat avec moi est un traître." (Matth.XXVI, 21, 23.).
Que de tristesse dans cette plainte ! Que de miséricorde pour le coupable qui connaissait la bonté de son Maître ! Jésus lui ouvrait la porte du pardon ; mais il n'en profite pas : tant la passion qu'il avait voulu satisfaire par son infâme marché avait pris d'empire sur lui ! Il ose même dire comme les autres : " Est-ce moi, Seigneur ?" Jésus lui répond à voix basse, pour ne pas le compromettre devant ses frères : " Oui, c'est toi ; tu l'as dit ". Judas ne se rend pas ; il reste, et va souiller de sa présence les augustes mystères qui se préparent. Il attend l'heure de la trahison.



La Cène. Ozane. Calvaire de Pleyben. Bretagne. XVIIe.

Le repas légal est terminé. Un festin qui lui succède réunit encore à une même table Jésus et ses disciples. Les convives, selon l'usage de l'Orient, se placent deux par deux sur des lits qu'a préparés la munificence du disciple qui prête sa maison et ses meubles au Sauveur pour cette dernière Cène. Jean le bien-aimé est à côté de Jésus, en sorte qu'il peut, dans sa tendre familiarité, appuyer sa tête sur la poitrine de son Maître. Pierre est placé sur le lit voisin, près du Seigneur, qui se trouve ainsi entre les deux disciples qu'il avait envoyés le matin disposer toutes choses, et qui représentent l'un la foi, l'autre l'amour. Ce second repas fut triste ; les disciples étaient inquiets par suite de la confidence que leur avait faite Jésus ; et l'on comprend que l'âme tendre et naïve de Jean eût besoin de s'épancher avec le Sauveur, sur le lit duquel il était étendu, par les touchantes démonstrations de son amour.

Mais les Apôtres ne s'attendaient pas qu'une troisième Cène allait succéder aux deux premières. Jésus avait gardé son secret ; mais, avant de souffrir, il devait remplir une promesse. Il avait dit en présence de tout un peuple :
" Je suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. Ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui." (Johan. VI, 41-59.).

Le moment était venu où le Sauveur allait réaliser cette merveille de sa charité pour nous. Mais comme il avait promis de nous donner sa chair et son sang, il avait dû attendre l'heure de son immolation. Voici maintenant que sa Passion est commencée ; déjà il est vendu à ses ennemis ; sa vie est désormais entre leurs mains ; il peut donc maintenant s'offrir en sacrifice, et distribuer à ses disciples la propre chair et le propre sang de la victime.

Le second repas finissait, lorsque Jésus se levant tout à coup, aux yeux des Apôtres étonnés, se dépouille de ses vêtements extérieurs, prend un linge, s'en ceint comme un serviteur, met de l'eau dans un bassin, et annonce par ces indices qu'il s'apprête à laver les pieds à des convives. L'usage de l'Orient était qu'on se lavât les pieds avant de prendre part à un festin ; mais le plus haut degré de l'hospitalité était lorsque le maître de la maison remplissait lui-même ce soin à l'égard de ses hôtes. C'est Jésus qui invite en ce moment ses Apôtres au divin repas qu'il leur destine, et il daigne agir avec eux comme l'hôte le plus empressé. Mais comme ses actions renferment toujours un fonds inépuisable d'enseignement, il veut, par celle-ci, nous donner un avertissement sur la pureté qu'il requiert dans ceux qui devront s'asseoir à sa table.

" Celui qui est déjà lavé, dit-il, n'a plus besoin que de se laver les pieds " (Johan. XIII, 10.) ; comme s'il disait : Telle est la sainteté de cette divine table, que pour en approcher, non seulement il faut que l'âme soit purifiée de ses plus graves souillures ; mais elle doit encore chercher à effacer les moindres, celles que le contact du monde nous fait contracter, et qui sont comme cette poussière légère qui s'attache aux pieds. Nous expliquerons plus loin les autres mystères signifiés dans le lavement des pieds.

Jésus se dirige d'abord vers Pierre, le futur Chef de son Eglise. L'Apôtre se refuse à permettre une telle humiliation à son Maître ; Jésus insiste, et Pierre est contraint de céder. Les autres Apôtres qui, ainsi que Pierre, étaient restés sur les lits, voient successivement leur Maître s'approcher d'eux et laver leurs pieds. Judas même n'est pas excepté. Il avait reçu un second et miséricordieux avertissement quelques instants auparavant, lorsque Jésus, parlant à tous, avait dit :
" Pour vous, vous êtes purs, mais non pas tous cependant." (Johan. XIII, 10.).

Ce reproche l'avait laissé insensible. Jésus, ayant achevé de laver les pieds des douze, vient se replacer sur le lit près de la table, à côté de Jean.



Le lavement des pieds. Giotto. Chapelle des Scrovegni. Padoue. XIVe.

Alors, prenant du pain azyme qui était resté du repas, il élève les yeux au ciel, bénit ce pain, le rompt et le distribue à ses disciples, en leur disant :
" Prenez et mangez ; ceci est mon corps."
Les Apôtres reçoivent ce pain devenu le corps de leur Maître ; ils s'en nourrissent ; et Jésus n'est plus seulement avec eux à la table, il est en eux. Ensuite, comme ce divin mystère n'est pas seulement le plus auguste des Sacrements, mais qu'il est encore un Sacrifice véritable, qui demande l'effusion du sang, Jésus prend la coupe; et, transformant en son propre sang le vin dont elle est remplie, il la passe à ses disciples, et leur dit :
" Buvez-en tous ; car c'est le sang de la Nouvelle Alliance, qui sera répandu pour vous."
Les Apôtres participent les uns après les autres à ce divin breuvage, et Judas à son tour ; mais il boit sa condamnation, comme tout à l'heure, dans le pain sacré, il a mangé son propre jugement (I. Cor. XI, 29.). L'inépuisable bonté du Sauveur cherche cependant encore à faire rentrer le traître en lui-même. En donnant la coupe aux disciples, il a ajouté ces terribles paroles :
" La main de celui qui me trahit est avec moi à cette table." (Luc. XXII, 21.).

Pierre a été frappé de cette insistance de son Maître. Il veut connaître enfin le traître qui déshonore le collège apostolique ; mais n'osant interroger Jésus, à la droite duquel il est place, il fait signe à Jean, qui est à la gauche du Sauveur, pour tâcher d'obtenir un éclaircissement. Jean se penche sur la poitrine de Jésus et lui dit à voix basse :
" Maître, quel est-il ?"
Jésus lui répond avec la même familiarité :
" Celui à qui je vais envoyer un morceau de pain trempé."
Il restait sur la table quelques débris du repas ; Jésus prend un peu de pain, et l'ayant trempé, il l'adresse à Judas. C'était encore une invitation inutile à cette aine endurcie à tous les traits de la grâce ; aussi l'Evangéliste ajoute :
" Après qu'il eut reçu ce morceau, Satan entra en lui." (Johan. XIII, 27.).
Jésus lui dit encore ces deux mots :
" Ce que tu as à faire, fais-le vite." (Ibid.).
Et le misérable sort de la salle pour l'exécution de son forfait.

Telles sont les augustes circonstances de la Cène du Seigneur, dont l'anniversaire nous réunit aujourd'hui ; mais nous ne l'aurions point suffisamment racontée aux âmes pieuses, si nous n'ajoutions un trait essentiel. ,Ce qui se passe aujourd'hui dans le Cénacle n'est point un événement arrivé une fois dans la vie mortelle du Fils de Dieu, et les Apôtres ne sont pas seulement les convives privilégiés de la table du Seigneur. Dans le Cénacle, de même qu'il y a plus qu'un repas, il y a autre chose qu'un sacrifice, si divine que soit la victime offerte par le souverain Prêtre. Il y a ici l'institution d'un nouveau Sacerdoce. Comment Jésus aurait-il dit aux hommes :
" Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez point la vie en vous " (Ibid. VI, 54.), s'il n'eût songé à établir sur la terre un ministère par lequel il renouvellerait, jusqu'à la fin des temps, ce qu'il vient d'accomplir en présence de ces douze hommes ?



La Cène. Le Tintoret. XVIe.

Or voici ce qu'il dit à ces hommes qu'il a choisis :
" Vous ferez ceci en mémoire de moi." (Luc. XXII, 19.).
Il leur donne par ces paroles le pouvoir de changer, eux aussi, le pain en son corps et le vin en son sang ; et ce pouvoir sublime se transmettra dans l'Eglise, par la sainte ordination, jusqu'à la fin des siècles. Jésus continuera d'opérer, par le ministère d'hommes mortels et pécheurs, la merveille qu'il accomplit dans le Cénacle ; et en même temps qu'il dote son Eglise de l'unique et immortel Sacrifice, il nous donne, selon sa promesse, par le Pain du ciel, le moyen de " demeurer en lui, et lui en nous ". Nous avons donc à célébrer aujourd'hui un autre anniversaire non moins merveilleux que le premier : l'institution du Sacerdoce chrétien.

Afin d'exprimer d'une manière sensible aux yeux du peuple fidèle la majesté et l'unité de cette Cène que le Sauveur donna à ses disciples, et à nous tous en leur personne, la sainte Eglise interdit aujourd'hui aux Prêtres la célébration des Messes privées, hors le cas de nécessité. Elle veut qu'il ne soit offert dans chaque église qu'un seul Sacrifice, auquel tous les Prêtres assistent ; et au moment de la communion, on les voit tous s'avancer vers l'autel, revêtus de l'étole, insigne de leur sacerdoce, et recevoir le corps du Seigneur des mains du célébrant.

La Messe du Jeudi saint est une des plus solennelles de l'année ; et quoique l'institution de la fête du Très-Saint-Sacrement ait pour objet d'honorer avec plus de pompe le même mystère, l'Eglise, en l'établissant, n'a pas voulu que l'anniversaire de la Cène du Seigneur perdit rien des honneurs auxquels il a droit. La couleur adoptée à cette Messe pour les vêtements sacrés est le blanc, comme aux jours mêmes de Noël et de Pâques ; tout l'appareil du deuil a disparu. Cependant plusieurs rites extraordinaires annoncent que l'Eglise craint encore pour son Epoux, et qu'elle ne fait que suspendre un moment les douleurs qui l'oppressent. A l'autel, le Prêtre a entonné avec transport l'Hymne angélique :
" Gloire à Dieu au plus haut des cieux !"

Tout à coup les cloches ont retenti en joyeuse volée, accompagnant jusqu'à la fin le céleste cantique ; mais à partir de ce moment elles vont demeurer muettes, et leur silence durant de longues heures va faire planer sur la cité une impression de terreur et d'abandon. La sainte Eglise, en nous sevrant ainsi du grave et mélodieux accent de ces voix aériennes, qui chaque jour parcourent les airs et vont jusqu'à notre cœur, veut nous faire sentir que ce monde, témoin des souffrances et de la mort de son divin Auteur, a perdu toute mélodie, qu'il est devenu morne et désert ; et joignant un souvenir plus précis à cette impression générale, elle nous rappelle que les Apôtres, qui sont la voix éclatante du Christ, et sont figurés par les cloches dont le son appelle les fidèles à la maison de Dieu, se sont enfuis et ont laissé leur Maître en proie à ses ennemis.

Le Sacrifice poursuit son cours ; mais au moment où le Prêtre élève l'Hostie sainte et le Calice du salut, la cloche reste déjà dans son silence, et rien n'annonce plus au dehors du temple l'arrivée du Fils de Dieu. La communion générale est proche, et le Prêtre ne donne pas le baiser de paix au Diacre, qui, selon la tradition apostolique, doit le transmettre aux communiants par le Sous-Diacre. La pensée se reporte alors sur l'infâme Judas, qui, aujourd'hui même, a profané le signe de l'amitié, et en a fait l'instrument du meurtre. C'est pour cela que l'Eglise, en exécration du traître, et comme si elle craignait de renouveler un si fatal souvenir en un tel moment, s'abstient aujourd'hui de ce témoignage de la fraternité chrétienne qui fait partie essentielle des rites delà Messe solennelle.



Le lavement des pieds. A. H.. Flandres. XVIe.

Mais un rite non moins insolite s'est accompli à l'autel, dans l'action même du Sacrifice. Le Prêtre a consacré deux hosties, et, après en avoir consommé une, il a réservé l'autre, et l'a placée dans un calice qu'il a soigneusement enveloppé. C'est que l'Eglise a résolu d'interrompre demain le cours du Sacrifice perpétuel dont l'offrande sanctifie chaque journée. Telle est l'impression que lui fait éprouver ce cruel anniversaire, qu'elle n’osera renouveler sur l'autel, en ce jour terrible, l'immolation qui eut lieu sur le Calvaire. Elle restera sous le coup de ses souvenirs, et se contentera de participer au Sacrifice d'aujourd'hui, dont elle aura réservé une seconde hostie. Ce rite s'appelle la Messe des Présanctifiés, parce que le Prêtre n'y consacre pas, mais consomme seulement l'hostie consacrée le jour précédent. Autrefois, comme nous le dirons plus tard, la journée du Samedi saint se passait aussi sans qu'on offrît le saint Sacrifice ; mais on n'y célébrait pas, comme le Vendredi, la Messe des Présanctifiés.

Toutefois, si l'Eglise suspend durant quelques heures l'offrande du Sacrifice éternel, elle ne veut pas cependant que son divin Epoux y perde quelque chose des hommages qui lui sont dus dans le Sacrement de son amour. La piété catholique a trouvé le moyen de transformer en un triomphe pour l'auguste Eucharistie ces instants où l'Hostie sainte semble devenue inaccessible à notre indignité. Elle prépare dans chaque temple un reposoir pompeux. C'est là qu'après la Messe d'aujourd'hui l'Eglise transportera le corps de son Epoux ; et bien qu'il y doive reposer sous des voiles, ses fidèles l'assiégeront de leurs vœux et de leurs adorations. Tous viendront honorer le repos de l'Homme-Dieu ; " là où sera le corps, les aigles s'assembleront " (Matth. XXIV, 28.) ; et de tous les points du monde catholique un concert de prières vives et plus affectueuses qu'en tout autre temps de l'année, se dirigera vers Jésus, comme une heureuse compensation des outrages qu'il reçut en ces mêmes heures de la part des Juifs. Près de ce tombeau anticipé se réuniront et les âmes ferventes en qui Jésus vit déjà, et les pécheurs convertis par la grâce et déjà en voie de réconciliation.

A Rome, la Station est dans la Basilique de Latran. La grandeur de ce jour, la réconciliation des Pénitents, la consécration du Chrême, ne demandaient pas moins que cette métropole de la ville et du monde.

EPÎTRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XI. :



Saint Paul. Détail. Anonyme flamand. XVIe.


" Mes Frères, lorsque vous vous assemblez comme vous faites, ce n'est plus manger la Cène du Seigneur. Car chacun se hâte de manger son souper à part, en sorte que l'un n'a rien à manger, tandis que l'autre fait des excès. N'avez-vous pas vos maisons pour y manger et y boire ? Méprisez-vous l'Eglise de Dieu ? Voulez-vous faire honte à ceux qui sont pauvres ? Que vous irai-je ? Faut-il vous louer ? Non, certes ; je ne vous louerai pas. C'est du Seigneur lui-même que j'ai appris ce que je vous ai enseigné, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit même où il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit et dit :
" Prenez et mangez ; ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi."
Il prit de même le calice, après avoir soupé, en disant :
" Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous le boirez ; car tous les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne."
Ainsi donc, celui qui mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur ! Que l'homme donc s'éprouve soi-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, e boive de ce calice ; car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne faisant pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneur.
C'est pour cela que parmi vous beaucoup sont malades et languissants, et que beaucoup même sont morts. Que si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés ; mais lorsque nous sommes jugés de la sorte, c'est le Seigneur lui-même qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde."


Le grand Apôtre, après avoir repris les chrétiens de Corinthe des abus auxquels donnaient lieu ces repas nommés Agapes, que l'esprit de fraternité avait fait instituer, et qui ne tardèrent pas à être abolis, raconte la dernière Cène du Sauveur. Il appuie son récit, conforme en tout a celui des Evangélistes, sur le propre témoignage du Sauveur lui-même, qui daigna lui apparaître et l'instruire en personne après sa conversion. L'Apôtre insiste sur le pouvoir que le Sauveur donna à ses disciples de renouveler l'action qu'il venait de faire, et il nous enseigne en particulier que chaque fois que le Prêtre consacre le corps et le sang de Jésus-Christ, " il annonce la mort du Seigneur ", exprimant par ces paroles l'unité de sacrifice sur la croix et sur l'autel. La conséquence d'un tel enseignement est facile a déduire.

L'Apôtre nous la propose lui-même :
" Que l’homme donc s'éprouve, dit-il, et qu'ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice."
En effet, pour être initié d'une manière si intime au sublime mystère de la Rédemption, pour contracter une telle union avec la divine Victime, nous devons bannir de nous tout ce qui est du péché et de l'affection au péché.

" Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui ", dit le Sauveur. Se peut-il rien de plus intime ? Dieu devient l'homme, et l'homme devient Dieu, dans cet heureux moment. Avec quel soin devons-nous purifier notre âme, unir notre volonté à celle de Jésus, avant de nous asseoir à cette table qu'il a dressée pour nous, à laquelle il nous convie ! Demandons-lui de nous préparer lui-même, comme il prépara ses Apôtres, en leur lavant les pieds. Il le fera aujourd'hui et toujours, si nous savons nous prêter à sa grâce et à son amour.

ÉVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. XIII.



Le lavement des pieds. Duccio di Buoninsegna.
Cathédrale de Sienne. XIVe.

" Avant le jour de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. Et le souper étant fini, lorsque déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas Iscariote de le trahir, Jésus sachant que son Père avait tout remis entre ses mains, et qu'il était sorti de Dieu, et retournait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et, ayant pris un linge, il se ceignit. Ensuite il mit de l'eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vint donc à Simon Pierre ; et Pierre lui dit :
" Vous, Seigneur, vous me laveriez les pieds !"
Jésus lui dit :
" Ce que je fais, tu l'ignores présentement ; mais tu le sauras plus tard."
Pierre lui dit :
" Jamais vous ne me laverez les pieds."
Jésus lui répondit :
" Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi."
Simon Pierre lui dit :
" Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tète."
Jésus lui dit :
" Celui qui est déjà lavé n'a besoin que de laver ses pieds, et il est pur et net dans tout le reste ; pour vous, vous êtes purs ; mais non pas tous."
Car il savait qui le trahirait ; c'est pourquoi il dit :
" Vous n'êtes pas tous purs ".
Après qu'il leur eut lavé les pieds, et qu'il eut repris ses vêtements, s'étant remis à table, il leur dit :
" Savez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur,
et vous dites bien ; car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds,
moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns
aux autres. Car je vous ai donné l'exemple, afin que, comme je vous ai
fait, vous fassiez aussi."



Le lavement des pieds. Calvaire de l'enclos paroissial de Guimillau.
Léon. Bretagne. XVIIe.


L'action du Sauveur lavant les pieds à ses disciples avant de les admettre à la participation de son divin mystère, renferme une leçon pour nous. Tout à l'heure l'Apôtre nous disait : " Que l'homme s'éprouve lui-même " ; Jésus dit à ses disciples : " Pour vous, vous êtes purs ". Il est vrai qu'il ajoute : " mais non pas tous ". De même l'Apôtre nous dit " qu'il en est qui se rendent coupables du corps et du sang du Seigneur ".

Craignons le sort de ceux-là, et éprouvons-nous nous-mêmes ; sondons notre conscience avant d'approcher de la table sacrée. Le péché mortel, l'affection au péché mortel, transformeraient pour nous en poison l'aliment qui donne la vie à l'âme.



Le lavement des pieds. Verrière.
Eglise de la Madeleine. Strasbourg. XVe.

Mais si nous devons respecter assez la table du Seigneur, pour ne pas nous y présenter avec la souillure qui fait perdre à l'âme la ressemblance de Dieu et lui donne les traits hideux de Satan, nous devons aussi, par respect pour la sainteté divine qui va descendre en nous, purifier les taches légères qui la blesseraient.

" Celui qui est déjà lavé, dit le Seigneur, n'a besoin que de laver ses pieds."
Les pieds sont les attaches terrestres dans lesquelles nous sommes si souvent exposés à pécher. Veillons sur nos sens, sur les mouvements de notre âme. Purifions ces taches par une confession sincère, par la pénitence, par le regret et l'humiliation ; afin que le divin Sacrement, entrant en nous, soit reçu dignement, et qu'il opère dans toute la plénitude de sa vertu.

13 avril. Saint Justin le philosophe, et ses compagnons, martyrs. 167.

- Saint Justin le philosophe, et ses compagnons, martyrs. 167.

Pape : Saint Soter. Empereurs : Antonin ; Marc-Aurèle.

" Justin approchait autant de la vertu des Apôtres qu'il approchait de leurs temps."
Methodius apud Photium, cod. 234.
" Notre devoir est de faire connaître à chacun quelle est notre doctrine, afin que les fautes de ceux qui pèchent par ignorance, ne nous soient pas imputées et que nous n'en portions point la peine."
Saint Justin.

Saint Justin. Gravure. Russie. XVIIIe.

Saint Justin naquit vers l'an 103 à Naplouse, ville de la Palestine, appelée autrefois Sichem, près du puits de Jacob, et qui, du temps d'Alexandre le Grand, était métropole de la Samarie. Il n'était pas samaritain, mais grec, païen et incirconcis. Il nous apprend lui-même qu'il employa sa jeunesse à lire les poëtes, les orateurs et les historiens. Après avoir étudié les belles-lettres, il s'appliqua à la philosophie de sorte que, selon l'expression de Fleury, il se fit chrétien avec une grande connaissance de cause, après avoir essayé de toutes les sectes de philosophes.

Il le raconte lui-même à peu près en ces termes :
" D'abord, je me donnai à un stoïcien, et après avoir passé bien du temps avec lui, voyant que je n'apprenais rien sur Dieu, car lui-même ne savait rien là-dessus, et disait que cette connaissance n'était pas nécessaire, je le quittai et m'adressai à un péripatéticien, qui se croyait un esprit très-subtil. Il me demanda, après quelques jours, de quel salaire ses peines seraient récompensées je le quittai aussitôt, ne pouvant croire qu'une âme aussi basse pût être celle d'un philosophe.

Comme j'étais toujours avide des secrets de la philosophie, j'allai trouver un pythagoricien, qui était, en grande réputation et n'avait pas lui-même une moindre opinion de sa sagesse. Lorsque je lui eus témoigné le désir d'être son disciple, il me dit :
" Très-bien, mais avez-vous étudié la musique, l'astronomie, la géométrie ? Car ne pensez pas pouvoir rien comprendre de ce qui mène à la béatitude, sans avoir acquis ces connaissances, qui dégagent l'âme des objets sensibles, la rendent propre aux intelligibles, et la mettent en état de contempler la beauté et la bonté souveraine."

Je lui avouai que j'ignorais ces sciences alors il me renvoya, parce qu'il les considérait comme nécessaires. On peut juger quelle fut ma peine, en quittant un homme que je  croyais plein de science ; mais il m'eût fallu employer trop de temps aux études préalables qu'il exigeait de moi j'y renonçai et me déterminai à suivre les Platoniciens.

Il y en avait un dans notre ville, homme de bon sens et des plus distingués d'entre eux. J'eus avec lui plusieurs conversations qui me profitèrent beaucoup. Il me semblait que l'intelligence des choses incorporelles me soulevait de terre, et que la contemplation des idées donnait des ailes à mon esprit. Déjà je m'applaudissais d'être devenu sage en si peu de temps, et j'avais conçu la folle espérance de voir Dieu bientôt c'est le but de la philosophie de Platon. Cette disposition d'esprit me faisait chercher la solitude. Un jour que je me promenais au bord de la mer, je vis, en me retournant, un vieillard qui me suivait d'assez près. Son extérieur était majestueux un air de douceur et de gravité semblait répandu sur toute sa personne nous entrâmes en conversation."

Saint Justin raconte au long cette conversation, dont voici la partie la plus instructive. Ce vieillard lui lit voir que les philosophes mêmes qu'il estimait le plus, Platon et Pythagore, avaient erré dans les principes et n'avaient bien connu ni Dieu, ni l'âme raisonnable. Justin lui demanda quels maîtres il fallait donc suivre, si ceux-là n'avaient pas connu la vérité. Le digne vieillard me dit alors :
" A une époque très-reculée, et bien avant ceux qu'on a cru philosophes, il y a eu des hommes justes, bienheureux et chéris de Dieu, qui, parlant par l'esprit divin, ont annoncé d'avance ce qui se passe aujourd'hui dans le monde. On les appelle Prophètes. Eux seuls ont connu la vérité eux seuls l'ont annoncée aux hommes, sans craindre ni considérer personne. Ils n'ont prêché que ce que leur révélait l'Esprit-Saint. Leurs écrits, que nous avons encore, nous font très bien connaître la première cause et la dernière de tous les êtres. On y trouve beaucoup d'autres questions qui intéressent un philosophe. Ils n'employaient, pour établir la vérité, ni les disputes, ni les raisonnements subtils, ni ces démonstrations abstraites qui sont au-dessus de la portée du commun des hommes. Ce qui doit faire croire à leur parole, ce sont leurs prédictions qui se sont accomplies ou s'accomplissent tous les jours, et les miracles qu'ils opéraient ; ils faisaient cela au nom d'un seul Dieu créateur de toutes choses, et de son fils Jésus-Christ, qui devait, disaient-ils, " venir en ce monde, et qui y est venu en effet ".
Quant à vous, dit-il en finissant, faites d'ardentes prières, pour que les portes de la lumière vous soient ouvertes car nul ne peut comprendre ces choses, si Dieu et son Christ ne lui en donnent l'intelligence."

A ces mots, le vieillard mystérieux disparut, et Justin ne le revit jamais.

Saint Justin. D'après une Icone byzantine du Xe.

Ce discours fit une vive impression sur le cœur du jeune philosophe il aima dès lors les Prophètes et les amis du Christ, et considéra leur doctrine comme la seule philosophie certaine et utile. Ce qui le porta encore puissamment à croire à la divinité, et dès lors à la vérité de la religion chrétienne, ce fut la constance des martyrs parmi les supplices :
" Si, comme on les en accuse, les Chrétiens étaient friands de chair humaine, voluptueux, intempérants, ils chercheraient à vivre pour jouir plus longtemps, ils ne chercheraient pas à mourir et ils ne souffriraient pas, ils ne mourraient pas avec tant de douceur, de modestie et d'héroïsme."

On ne sait pas au juste en quelle année ni dans quelle ville eut lieu la conversion de saint Justin ce fut entre 132 et 137, et dans la ville de Naplouse, ou, plus probablement, dans celle d'Alexandrie. Il dit lui-même qu'il visita cette ville, et il est certain que le désir de connaître, le fit voyager, surtout en Egypte, pays renommé pour la science des mystères les plus secrets. Comme en devenant chrétien, loin de renoncer à la vie de philosophe, il avait embrassé une philosophie plus sublime et plus sainte, il garda le pallium, ou le manteau, marque distinctive des sages. Avant lui, d'autres chrétiens avaient agi de la sorte, entre autres, saint Aristide d'Athènes, et saint Héraclas, évêque d'Alexandrie. Il est probable qu'on le fit prêtre ou du moins diacre il est certain qu'il mena une vie austère et sainte, ce qui l'a fait nommer par saint Epiphane un grand et qu'il prêchait en toute occasion la vérité, et par ses exemples et par ses discours :
" Notre devoir est de faire connaître à chacun quelle est notre doctrine, afin que les fautes de ceux qui pèchent par ignorance, ne nous soient pas imputées et que nous n'en portions point la peine."
Et ailleurs :
" Comme j'ai obtenu de Dieu la grâce d'entendre les Ecritures, je m'efforce de faire part de cette grâce à tout le monde, de peur que je ne sois condamné au jugement de Dieu. Telle est ma résolution dans toutes mes paroles je n'ai en vue que de dire la vérité je la dirai sans crainte, ni considération aucune, et dussé-je à l'heure même être mis en pièces."
" Voilà un véritable philosophe, dit Rohrbacher, c'est-à-dire un homme qui aime sincèrement la vérité et la sagesse Platon, Sénèque, qui retenaient cette vérité captive, qui n'osaient la prêcher publiquement, de peur de s'exposer à quelque péril Platon, Sénèque, n'aimaient qu'eux-mêmes."

Il n'y avait pas longtemps que notre Saint était chrétien lorsqu'il écrivit son Oraison ou Discours aux Grecs. Il y expose les raisons qui lui ont fait embrasser le christianisme, l'impiété et l'extravagance de l'idolâtrie, la sainteté de la doctrine évangélique, l'auguste autorité des Ecritures qui règlent nos passions, et apaisent les inquiétudes de l'esprit humain. Il traite à peu près le même sujet, mais plus au long, dans sa Parénèse ou exhortation aux Grecs, ouvrage qu'il écrivit à Rome. Il y répand, dit Godescard, les fleurs de l'éloquence, ce qu'il n'a pas fait même dans ses apologies. On y trouve la réfutation des erreurs de l'idolâtrie, avec les preuves de la vanité des philosophes païens. L'auteur reproche à Platon d'avoir essayé d'établir le polythéisme, dans une harangue qu'il prononça en présence des Athéniens, de peur qu'on ne lui ôtât la vie comme à Socrate ce qui montrait de sa part une grande faiblesse, et surtout beaucoup de mauvaise foi, puisqu'il est prouvé par ses écrits qu'il n'admettait qu'un Dieu. Il a cité divers passages (d'Orphée, d'Homère, de Sophocle, de Pythagore, de Platon, de Mercure, d'Acmon ou plutôt Ammon) d'anciens auteurs qui tous ne reconnaissaient qu'une seule divinité. En composant son livre de la Monarchie, il se proposa d'établir l'unité de Dieu par des autorités et des raisons tirées des philosophes païens.

On ne peut douter que saint Justin ne soit aussi l'auteur de l'Epître à Diognète. Cette épître est attribuée à saint Justin dans tous les anciens manuscrits, et l'on ne peut la lut contester, selon Cuve, Ceillier, Maran, etc. Le style en est plus fleuri et plus élevant que celui des autres ouvrais du saint Docteur ; mais on aurait tort d'en inférer qu'il n'en est point l'auteur, comme l'ont montre les critiques que nous venons de citer. A la vérité, cette épitre n'est citée ni par Eusèbe ni par saint Jérôme. Ils ne citent point non pins les ouvrages d'Athénagore en conclura-t-on pour cela qu'ils sont supposés ? L'art de l'imprimerie n'ayant été inventé que fort tard ; est-il étonnant qu'il leur soit échappé quelques écrits ? Tillemont prétend que l'auteur de l'épitre dont il s'agit est plus ancien que saint Justin, parce qu'il se qualifie disciple des Apôtres mais cette raison ne prouve absolument rien. Saint Justin pouvait prendre le même titre, lui qui était contemporain de saint Polycarpe et d'autres saints personnages qui avaient vu quelques-uns des Apôtres.

Ce Diognète, homme de grande considération, était fort versé dans la philosophie. Il avait été le précepteur de Marc-Aurèle, qui eut toujours pour lui autant d'estime que de confiance. A son sujet, dom Le Nourri (Appar. In Bibl. Patr., t. I, p. 445) dit que Diognète était juif mais il est probable qu'il se trompe, puisque Diognète est appelé adorateur des dieux dans la lettre qui lui est adressée par saint Justin. On ne peut toutefois exclure que Diognète ait simulé par ambition son attachement au paganisme ; l’histoire en effet nous donne maintes illustrations de cette esprit de duplicité et de dissimulation chez un grand nombre de membres du peuple réprouvé.

Saint Justin. Dessin. Elie Delaunay. XIXe.

Frappé de la conduite des chrétiens, Diognète désirait connaître ce qui les portait à mépriser le monde et la mort avec toutes ses horreurs, et d'où leur venait cette charité mutuelle, inconnue aux autres hommes, charité si puissante, qu'elle paraissait les rendre insensibles aux plus cruels traitements ? Saint Justin se chargea de lui donner les éclaircissements qu'il demandait. Après avoir démontré la folie du paganisme et l'imperfection de la loi judaïque, il peint les " vertus pratiquées par les chrétiens, et surtout leur humilité, leur douceur, leur amour pour ceux qui les haïssent injustement ", etc. Il ajoute que " les tortures ne servaient qu'à augmenter le nombre et à perfectionner la sainteté des fidèles ".

Vient ensuite une explication claire et précise de la divinité de Jésus-Christ, fils de Dieu et créateur de toutes choses. Ce saint docteur prouve l'insuffisance de la raison, en montrant qu'elle ne peut toute seule nous conduire à la connaissance de Dieu qui a envoyé son fils pour nous enseigner ses adorables volontés et pour payer le prix de notre rédemption dans le temps que nous ne méritions que des supplices. Il développe ce mystère en faisant voir que le Saint a souffert pour les pécheurs, et la personne offensée, pour ceux dont elle avait reçu des outrages :
" Etant, dit-il, dans l'impossibilité d'expier nos crimes par nos propres forces, nous nous trouvons à couvert sous les ailes de la justice elle-même, et nous sommes affranchis de l'esclavage du péché."

Il relève la bonté infinie de Dieu pour l'homme, laquelle éclate en ce que, non content de nous avoir donné l'être, il a créé le monde pour notre usage, nous a soumis toutes choses, et nous a donné son Fils unique, avec la promesse de nous faire régner avec lui si nous l'aimons :
" Présentement que vous le connaissez, poursuit-il, de quelle joie ne devez-vous pas être comblé ? Quels transports d'amour ne devez-vous pas éprouver pour celui qui vous a aimé le premier ? Et quand vous l'aimerez, vous serez l'imitateur de sa bonté. On est véritablement l'imitateur de Dieu, lorsqu'on supporte les fardeaux des autres, qu'on assiste le prochain, qu'on se place au-dessous de ses inférieurs, qu'on partage avec les pauvres les biens qu'on a reçus du ciel. Vous comprendrez alors que Dieu gouverne cet univers ; vous connaîtrez ses mystères vous aimerez et vous admirerez ceux qui souffrent pour lui ; vous condamnerez l'imposture du monde, vous méprisiez la mort, du corps, et ne craindrez que la mort éternelle de l'âme, avec ce feu qui ne s'éteindra jamais. Quand vous saurez ce que c'est que ce feu, vous envierez le bonheur de ceux qui souffrent les flammes pour la justice. Je ne parle pas de choses auxquelles je sois étranger ; ayant été disciple des Apôtres, je suis établi pour enseigner les nations, etc."

Saint Justin ne combattit pas l'hérésie avec moins de force quelle paganisme. Il écrivit contre Marcion des ouvrages que saint Jérôme appelle excellents ; ils se sont perdus ainsi que plusieurs autres écrits auxquels les anciens donnent de grands éloges.

L'an 150, il composa une apologie publique, adressée à l'empereur Antonin, à ses fils, au sénat, et au peuple romain, pour les personnes de toutes conditions qui sont maltraitées injustement. Ce seul titre indique la force de son raisonnement ; il laisse de côté la question religieuse, et examine si les chrétiens sont jugés selon les lois. La manière de procéder contre eux était une persécution, non un jugement. On leur imputait, pour la forme, les crimes les plus énormes, mais, de fait, on ne punissait en eux que le nom et la profession du christianisme. Pour être absous, il suffisait de nier qu'on fût chrétien, et ceux qui se disaient chrétiens étaient punis sans autre enquête, tandis que la justice exige qu'on examine la vie de chacun et qu'on le punisse selon ses œuvres. Voilà ce que demande saint Justin.

Saint Justin écrivant. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Mais laissons-lui la parole :
" Mais quels crimes reprochait-on aux Chrétiens ? D'abord d'être athées nous le sommes, en effet, dit-il, à l'égard des faux dieux que nous refusons d'adorer, mais non pas à l'égard du vrai Dieu, père de la justice, de la chasteté et de toutes les autres vertus, sans mélange d'aucun vice. Nous l'adorons en vertu et en vérité, nous l'adorons conjointement avec le Christ qui est sorti de lui et nous a enseigné ces choses, ainsi qu'aux anges fidèles nous l'adorons conjointement avec l'esprit prophétique. Rien de plus saint, de plus efficace que la doctrine chrétienne. Les espérances des chrétiens ne sont pas pour cette vie de là leur constance dans le malheur, au milieu des supplices, en face de la mort. Personne ne contribue plus au bon ordre et à la paix d'un Etat que le chrétien, car il est persuadé que personne ne peut se cacher aux regards de Dieu, ni le méchant, ni l'avare, ni le traître, ni l'homme de bien, et que chacun marche à un supplice ou à un salut éternel, selon le mérite de ses œuvres ?

Si tous les hommes croyaient à ces vérités, personne ne choisirait le vice pour un pou de temps, sachant que le vice le conduirait au feu éternel ; il n'y aurait rien qu'il ne fit pour se contenir et acquérir la vertu, afin d'obtenir les biens qui viennent de Dieu. Ni vos lois, ni vos supplices, ne retiennent point les méchants ils savent que l'on peut se cacher de vous qui n'êtes que des hommes ; mais s'ils étaient persuadés qu'il y a un Dieu à qui il est impossible de rien cacher, non-seulement de nos actions, mais de nos pensées, vous conviendrez vous-mêmes que la crainte au moins les rendrait sages. Vous semblez craindre (en abolissant le christianisme, seul frein du mal) que tout le monde ne vive bien et que vous n'ayez plus personne à punir c'est penser en bourreaux et non en princes. On reprochait aux chrétiens, comme une folie, d'adorer un Dieu crucifié. Eh bien c'est pourtant ce culte, cette folie de la croix, qui réforme nos mœurs.

Autrefois, nous aimions la débauche, à présent nous n'aimons que la pureté ; nous qui cherchions l'avenir dans l'art magique, nous nous abandonnons aujourd'hui à la providence de Dieu ; nous ne cherchions que les moyens de nous enrichir, et maintenant nous mettons en commun nos biens pour en faire part aux autres. Nous nous haïssions souvent jadis jusqu'à la mort et, suivant l'usage, ne mangions qu'avec nos compatriotes depuis la venue de Jésus-Christ, nous prions pour nos ennemis, et, malgré les différences de nations, vivons familièrement dans une sainte société. Nous nous efforçons de convertir nos persécuteurs, et nous pourrions en citer plusieurs qui ont déjà changé de vie, en voyant les vertus des chrétiens. Les préceptes de ce Crucifié sont aussi admirables que courts et concis ; quelle pureté divine dans sa morale, par exemple sur la chasteté il condamne jusqu'aux pensées contraires à cette vertu. Il y a
[saint Justin parle de son temps] plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe, qui, à l'âge de soixante à soixante-dix ans, conservent la pureté, ayant suivi dès l'enfance la doctrine de Jésus-Christ ; et je me vante d'en pouvoir montrer de tels dans toutes les conditions je ne parle pas du nombre infini de ceux qui, du désordre, ont passé à la vie réglée."

Le Saint continue de rapporter les préceptes de l'Evangile, sur l'amour des ennemis, sur l'aumône et le désintéressement, sur la patience, sur l'obéissance aux princes. Il prouve ensuite la vérité de la religion chrétienne par les prophéties il rapporte les principales qui regardent Jésus-Christ :
" Si vous voulez savoir, dit-il, comment tout ce qui avait été prédit sur la passion de Jésus-Christ s'est accompli, lisez les Actes de Pilate." [relation du procès de Jésus-Christ envoyée à l'empereur Tibère].
Il renvoie à ces mêmes actes pour prouver que Jésus-Christ a guéri des aveugles et des lépreux, et ressuscité des morts. Il fait voir que la ruine de Jérusalem et la propagation du christianisme se sont accomplies telles qu'elles avaient été prédites ; il prétend que les philosophes ont emprunté aux Prophètes plusieurs de leurs dogmes, Platon, en particulier, à Moïse, et il montre très-bien que l'Eglise, seule bonne maîtresse du genre humain, communique la lumière et la sagesse, non pas à quelque initiés, mais a tous, aux plus petits :
" Chez nous, dit-il, on peut apprendre ces vérités de ceux mêmes qui ne savent pas lire, qui sont grossiers et barbares pour le langage, mais sages et fidèles par l'esprit."

Il fait remarquer ensuite que les empereurs permettaient le libre exercice de toutes les religions, excepté de la religion chrétienne, et qu'ils laissaient même des imposteurs se faire reconnaître comme Dieu.
" On fait une absurde calomnie, lorsqu'on accuse ces Chrétiens de manger des enfants les chrétiens ont la plus grande tendresse, le plus grand respect pour les enfants nous ne nous marions, dit-il, que pour élever des enfants ; quand nous renonçons au mariage, c'est pour garder la continence parfaite. Mais les païens ont la coutume d'exposer les enfants, quand ils ne veulent pas les nourrir, soit par pauvreté, soit pour quelque autre raison, et les philosophes mêmes l'autorisent. Ces enfants, ainsi exposés, périssent, ou sont nourris comme des troupeaux de bétail, et destinés à la prostitution et à des usages qu'on ne peut nommer."

Saint Justin. Détail. Gravure allemande. XVIIe.

Dans la primitive Eglise, les fidèles ne faisaient point connaître aux païens leurs mystères, leurs pratiques, pour ne point les exposer au mépris, à la risée. Saint Justin en parle cependant pour repousser les calomnies ; il explique en quoi consiste le baptême, l'Eucharistie, la messe, la sanctification du dimanche :
" Le jour du soleil [c'est ainsi que les païens nommaient le dimanche], tous ceux qui demeurent à la ville ou à la campagne, s'assemblent en un même lieu, on lit les écrits des Apôtres et des Prophètes ; puis, celui qui préside fait un discours au peuple pour l'exhorter à imiter de si belles choses ; ensuite, nous nous levons tous et nous faisons nos prières ; lorsqu'elles sont faites, on offre, comme je vous l'ai dit, du pain, du vin et de l'eau. Le prélat fait la prière et l'action de grâce, et le peuple répond Amen ; on distribue aux assistants les choses sanctifiées, et on les envoie aux absents par les diacres. On fait une quête, dont le produit, confié au prélat, sert à assister les orphelins, les malades, les pauvres, les prisonniers, les étrangers ; en un mot, le prélat est chargé de tous les nécessiteux. Nous nous assemblons le jour du soleil, parce que c'est le premier où Dieu fit le monde, et que Jésus-Christ ressuscité en ce jour, apparut à ses disciples, et leur enseigna ce que nous vous avons exposé. Si vous trouvez cela raisonnable, respectez-le si vous le jugez ridicule, méprisez-le ; mais ne condamnez pas à mort des gens qui n'ont fait aucun mal."

On croit que cette apologie produisit son effet et fit diminuer la persécution. Antonin envoya en Asie un rescrit où se lisent les paroles suivantes :
" Plusieurs gouverneurs de provinces ayant écrit à mon père au sujet des Chrétiens, il répondit qu'il ne fallait point les inquiéter, à moins qu'ils ne fussent convaincus d'avoir entrepris quelque chose contre l'Etat. Ayant été moi-même consulté sur le même sujet, j'ai répondu que si quelqu'un était accusé simplement d'être chrétien, on devait le renvoyer absous, et faire subir à son accusateur la peine portée par les lois."(Eusèbe, Hist., liv. IV, ch. 13).
D'après Orose et Zonare, ce fut l'apologie de saint Justin qui détermina l'empereur à envoyer un ordre semblable.

Pendant le calme qui succéda à la persécution, notre Saint, qu'on appela un voyageur missionnaire, quitta Rome pour aller en Asie. Avant son retour, sur le point de partir d'Ephèse, lorsqu'il n'attendait plus qu'un temps favorable à la navigation, et se promenait dans les galeries publiques de la ville, son manteau le fit reconnaître pour philosophe ; un autre philosophe, Tryphon, juif le plus renommé de son temps, qui se promenait à ce même endroit, accompagné de six amis ou disciples, l'aborda et eut avec lui un entretien qui dura deux jours.

Saint Justin mit, depuis, ces conférences par écrit et les publia sous le titre de Dialogue avec Tryphon. C'est le plus étendu des écrits de notre Saint. En voici une très-courte analyse.
Saint Justin s'étonne de ce qu'un juif, qui possédait la Bible, cherchât quelque chose pour les grandes vérités religieuses, chez les philosophes qui ne savent rien. Il le prouve en racontant sa propre histoire, sa conversion, et se fait fort de démontrer que la vérité se trouve dans la Bible et dans la doctrine chrétienne. Voilà l'introduction.

Le corps de l'ouvrage se divise en trois parties.
Dans la première, il montre que l'ancienne loi n'était que pour un temps, et qu'elle est maintenant remplacée par la nouvelle.
Dans la deuxième partie, il fait voir que le Christ est Dieu et Sauveur car :
1° Il est le Messie promis dans l'Ancien Testament ;
2° l'Ancien Testament parle déjà d'une seconde personne divine ;
3° l'Ancien Testament parle également de la naissance surnaturelle et de la dignité divine du Christ, de son crucifiement et de la rédemption par la croix ; enfin, de la résurrection générale de tous les hommes.
Dans la troisième partie de son dialogue, saint Justin traite de la vocation des Gentils et de l'établissement de l'Eglise ; il exclut du royaume céleste les hérétiques aussi bien que les infidèles :
" Il me semble, dit saint Justin, que, par ces discours, je devrais persuader les esprits les plus obtus, car ce n'est pas moi qui les ai préparés par un artifice humain. Ce que je vous ai dit, David l'a chanté, Isaïe et Zacharie l'ont prêché, Moïse l'a écrit. Vous le reconnaissez, Tryphon, tout cela se trouve dans vos livres, ou plutôt dans les nôtres car nous les croyons, et vous, vous les lisez sans les entendre."

En effet, nous voyons régner dans ces dialogues de saint Justin, une grande intelligence des saintes Ecritures, surtout des Prophètes. Il en cite tant, et de si longs passages, qu'on est porté à croire qu'il les savait par cœur. Tout ce qui, dans les livres de l'Ancien Testament, peut s'alléguer de plus clair, de plus fort, de plus propre à convaincre l'opiniâtreté judaïque, il l'emploie avec une force si merveilleuse, que Tryphon et ses amis ne savaient que répondre.
Saint Justin répète plusieurs fois, en ce dialogue, que l'Eucharistie est le sacrifice qui doit être offert à Dieu, du levant au couchant, même parmi les Gentils, suivant la prophétie de Malachie, et il nomme expressément l'Eucharistie sacrifice :
" Le pain et la coupe eucharistiques, dit-il, ne sont pas un aliment commun et un breuvage ordinaire, mais la chair et le sang du Verbe de Dieu incarné." (Dial., n. 41).

Il atteste que les dons miraculeux du Saint-Esprit, tels que ceux de guérir les malades et de chasser les démons, par l'invocation du nom de Jésus-Christ, étaient alors fréquents parmi les disciples de Jésus-Christ. Obligé d'admettre que le Christ, vrai Fils de Dieu et vrai Dieu, lumière des nations, devait naître d'une Vierge et être sujet à la souffrance et à la douleur, Tryphon pria Justin de lui démontrer par les prophéties, que le Christ devait souffrir la mort honteuse de la croix, lorsque les livres saints maudissent ceux qui sont condamnés à ce genre de supplice. Justin se mit à lui prouver le mystère de la Croix avec des textes de l'Ecriture, si nombreux, si clairs, mais surtout par le Psaume XXIe, où sont prédits si évidemment la passion et le crucifiement du Messie, que ni Tryphon, ni les siens ne surent que répliquer. Ils quittèrent notre Saint en lui souhaitant une heureuse navigation, tandis que, de son côté, il priait pour eux et leur souhaitait la foi de Jésus-Christ.

De retour à Rome, notre Saint y trouva un philosophe cynique, qui traitait publiquement les chrétiens d'athées et d'impies. C'était Crescent, connu pour ses amours infâmes et son avarice, et, toutefois, pensionné de l'empereur. Justin le provoqua à une conférence publique, où, en présence d'un grand nombre de témoins, il le convainquit clairement, ou d'ignorer absolument ce qui se passait parmi les Chrétiens, ou d'être le plus méchant des hommes d'une souveraine ignorance, si réellement il croyait les chrétiens tels qu'il le publiait hautement ; de la plus noire malice, si, connaissant leur doctrine et leurs mystères, il osait néanmoins les diffamer, et cherchait à les faire passer dans l'esprit des princes, des magistrats et du peuple, pour des hommes sans religion, sans piété, sans Dieu. Cette discussion en public fut très fréquente. Justin en parle dans sa seconde apologie, adressée l'an 167, aux empereurs, au sénat et au peuple romain. Il y réfute admirablement les calomnies qui servaient de prétextes aux persécuteurs des Chrétiens.

Il fait remarquer qu'on mettait à la question des esclaves, des enfants, des femmes, et qu'on leur faisait souffrir des tourments horribles, jusqu'à ce qu'ils avouassent que les chrétiens étaient coupables des incestes et des repas de chair humaine, dont on les accusait. Il ajoute que ces crimes, reprochés aux chrétiens, ne se trouvent que parmi les païens, où l'on a divinisé tous les vices, où l'on honore les dieux par toutes sortes d'infamies ; mais les Chrétiens suivent d'abord les lumières naturelles, qui nous disent ce qui est honnête ou honteux ; ils se rappellent que Dieu est témoin de leurs actions et de leurs pensées ; ils meurent avec une joie qui est une nouvelle preuve de leur innocence. Ils meurent pour avoir refusé d'adorer vos dieux, dit-il aux païens, et ils ont refusé de les adorer, parce que vos dieux ont commis les crimes que vous nous reprochez et en exigent de semblables. Il ne demande qu'une chose pour lui, c'est la publicité de son écrit, afin qu'il puisse gagner des âmes à Jésus-Christ.

Saint Justin disait, dans cette même requête, à l'empereur-philosophe Marc- Aurèle, qu'il s'attendait de jour en jour, d'après les manœuvres des philosophes, surtout de Crescent, à être attaché à un poteau, pour être brûlé vif ou dévoré par les bêtes. Ce qu'il avait prévu s'accomplit. Tatien, son disciple, dit formellement que la mort de saint Justin fut l'ouvrage de ces faux philosophes, surtout de Crescent, irrités de ce que notre Saint leur reprochait sans cesse leur fourberie, leur avarice et la corruption de leurs mœurs. Nous avons la relation authentique du martyre de ce vrai philosophe, qui scella de son sang sa foi et sa doctrine. Nous reproduisons intégralement ces actes, qui ont été conservés dans toute leur pureté.

Sous le règne de Marc-Aurèle, quelques personnes, passionnées pour le culte des idoles, obtinrent de l'empereur qu'on publiât dans toutes les villes de l'empire des édits contre ceux qui faisaient profession de la véritable religion. Ces édits portaient qu'en quelque lieu qu'on trouvât un chrétien, on s'en saisît, et qu'on l'obligeât sur l'heure à sacrifier aux dieux. Ce fut alors que Justin, et ceux qui étaient avec lui, furent arrêtés et conduits à Rome, où on les fit comparaître devant le tribunal de Rusticus, préfet de la ville.

Ce magistrat, s'adressant à Justin, lui dit :
" Ne veux-tu pas obéir aux dieux et à l'empereur ?"
Justin lui répondit :
" Quiconque obéira à Jésus-Christ notre Sauveur, ne pourra jamais être condamné.
- Quelle science, ou quel art professes-tu, continua le préfet ?
- Jusqu'ici, répliqua Justin, j'ai travaillé à acquérir toutes les connaissances naturelles et humaines, et il n'y a point de genre d'érudition où ma curiosité ne m'ait fait faire quelques progrès ; mais enfin je me suis fixé à la science dos Chrétiens, quoiqu'elle ne soit pas du goût de ceux qui n'en ont que pour l'erreur.
- Quoi ! Misérable, reprit Rusticus, cette science peut-elle te plaire ?
- Oui, sans doute, répliqua Justin, parce qu'elle me fait marcher avec les chrétiens dans la voie de la vérité, et qu'elle contient une doctrine droite et pure.
- Quelle est cette doctrine ? dit le préfet.
- La doctrine que suivent les Chrétiens, répondit Justin, consiste à croire qu'il n'y a qu'un Dieu qui a créé toutes les choses qui se voient et toutes celles qui ne tombent pas sous les sens ; à reconnaître un seul Seigneur, qui est Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, prédit autrefois et annoncé aux hommes par les Prophètes, et qui doit venir juger tout le genre humain. C'est lui qui est l'auteur du salut, et c'est lui qui l'est venu publier dans le monde. Il veut bien être le maître de ceux qui aiment à apprendre de lui les vérités qu'il enseigne. Pour moi, qui suis un homme sans intelligence, j'avoue que j'ai trop peu de lumières pour pouvoir parler de sa divinité d'une manière qui soit digne d'elle. Il n'appartient qu'aux Prophètes de pénétrer dans cet abîme de grandeur, et ce sont eux qui, par l'inspiration de Dieu, ont prédit l'avènement de celui que je viens de nommer son Fils, et ils l'ont prédit plusieurs siècles avant qu'il parût sur la terre."

Procès de saint Justin et de ses compagnons.

Le préfet lui demanda où les chrétiens s'assemblaient. Justin lui répondit qu'il était libre à chacun de se trouver partout où il pouvait :
" Penses-tu, continua-t-il, que nous ayons un lieu déterminé où nous tenions ordinairement nos assemblées ? Nullement. Sache que le Dieu des chrétiens n'est pas enfermé dans un lieu ; il est immense, aussi bien qu'invisible, et il remplit le ciel et la terre. Ainsi il est adoré en tous lieux, et chaque fidèle lui peut rendre hommage en quelque lieu que ce soit.
- Je veux savoir, repartit le préfet, où vous vous assemblez tous, et particulièrement le lieu où tes disciples te vont écouter.
- Je te dirai bien où je demeure, répondit Justin, j'ai logé jusqu'ici tout près d'un nommé Martin, en face du bain Timiotinum. Voici la seconde fois que je viens à Rome, et je ne connais aucun autre logement ; si quelqu'un a voulu me venir trouver, je ne lui ai pas caché la doctrine de la vérité, et je lui ai volontiers communiqué ce que j'en savais.
- Tu es donc chrétien ? lui dit le préfet.
- Oui, je le suis, répondit Justin."

Alors le préfet, se tournant vers Chariton, lui dit :
" Et toi, es-tu Chrétien ?"
Chariton lui répondit :
" Oui, je le suis, par la grâce de Dieu."
Le préfet fit avancer une femme nommée Charitana, et il lui demanda si elle était Chrétienne elle dit qu'elle aussi était Chrétienne, par la miséricorde du Seigneur. Le préfet interrogea aussi Evelpiste sur sa religion et sur sa condition. Evelpiste répondit :
" Je suis serviteur de l'empereur, mais je suis chrétien et affranchi de Jésus-Christ ; et par un effet de sa bonté, j'ai la même espérance que ceux que tu vois, et je vis comme eux dans la même attente."
Le préfet s'adressa ensuite à Hiérax, et lui demanda s'il était Chrétien :
" Assurément, répondit Hiérax, je suis Chrétien, j'adore le même Dieu que ces autres adorent.
- Est-ce Justin, dit le qui t'a fait, Chrétien ?
- Moi, répondit Hiérax, j'ai été Chrétien et je le serai.

Martyre de saint Justin. Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Un nommé Péon, qui était présent, dit tout haut :
" Je suis chrétien aussi.
- Et qui t'a instruit ? répliqua le préfet.
- Ce sont mes parents, répondit Péon."

Evelpiste ajouta :
" J'écoutais avec plaisir les Instructions de Justin, mais j'ai aussi appris de mes parents à être chrétien."
Le préfet lui dit :
" Où sont, tes parents ?
- Ils sont en Cappadoce, repartit Evelpiste."

Le préfet posa même question à Hiérax, qui lui fit cette réponse :
" Notre véritable Père, c'est Jésus-Christ, et la foi est notre véritable mère ; c'est par elle que nous croyons en lui. A l'égard des parents que j'ai eus sur la terre, ils sont morts. Au reste, j'ai été tiré de la Phrygie, et l'on m'a amené ici."
Le préfet demanda à Libérien ce qu'il disait, et s'il était aussi chrétien et impie envers les dieux. Libérien répondit qu'il était chrétien, et qu'il adorait le vrai Dieu.

Le préfet revenant à Justin, lui dit :
" Ecoute, toi qui fais l'orateur, et qui te piques d'éloquence et de doctrine, toi qui crois posséder la vraie sagesse, quand je t'aurai fait déchirer à coups de fouet de la tête aux pieds, penses-tu monter au ciel en cet état ?
- J'espère, répondit Justin, que si je souffre pour Jésus-Christ le supplice dont tu me menaces, je recevrai de lui ce qu'ont déjà reçu ceux qui ont gardé ses préceptes car je sais que la grâce de Dieu est réservée jusqu'à la fin du monde à tous ceux qui auront ainsi vaincu.
- Tu t'imagines donc, lui dit le préfet, qu'une grande récompense t'attend dans le ciel ?
- Je ne me l'imagine pas, reprit Justin ; je le sais, et j'en suis si convaincu, que je n'en ai pas le moindre doute."

Le préfet dit :
" Laissons tout cela ; venons au fait, et à ce qui est plus pressé : réunissez-vous tous, et, animés d'un même esprit, préparez-vous à sacrifier aux dieux."
Justin, prenant la parole au nom de tous, dit :
" Un homme de bon sens n'abandonnera jamais la véritable piété pour courir après l'impiété et l'erreur."
Le préfet dit :
" Si vous n'obéissez à notre ordonnance, vous pouvez vous attendre à être traités sans aucune miséricorde."
Saint Justin répondit :
" Nous ne nous souhaitons rien avec plus d'ardeur que de soutenir pour Notre Seigneur Jésus-Christ, et que d'aller à lui par les tourments. C'est ce qui nous donnera de la confiance devant son tribunal terrible, où tous les hommes doivent comparaître, pour être jugés."
Tous dirent la même chose, et ajoutèrent :
" Fais ce que tu voudras nous sommes Chrétiens, et nous ne sacrifierons point aux idoles."
Le préfet ayant entendu ces paroles, prononça cette sentence :
" Que ceux qui n'ont pas voulu sacrifier aux dieux, ni obéir à l'ordonnance de l'empereur, soient battus des verges et conduits au lieu du supplice, pour y perdre la tête, ainsi que les lois l'ordonnent."

Les saints martyrs furent donc menés au lieu où l'on exécutait les criminels ; et là, parmi les louanges, les actions de grâces et les bénédictions qu'ils donnaient à Dieu, ils furent d'abord fouettés et eurent ensuite la tête tranchée, confessant leur Sauveur jusqu'au dernier soupir. Après leur mort, quelques fidèles enlevèrent secrètement leurs corps et les enterrèrent en un lieu décent.

La cathédrale de Coutances possède de nos jours quelques reliques de saint Justin.
On donne pour attribut à saint Justin la hache ou le glaive ; on le représente aussi discourant en face de la mer.

Décollation de saint Justin et de ses compagnons.

ÉCRITS DE SAINT JUSTIN, SAINT QUADRAT ET SAINT ARISTIDE

Les meilleures éditions des œuvres de saint Justin, avec une tradition latine et des notes
savantes, ont été données :
1° Par le bénédictin de Saint-Maur, dom Prudence Maran (1742, Paris, in-fol.), en même
temps que les œuvres de Tatien, Athénagore. Théophile et Hermias, avec une savante préface. La réimpression, faite à Würtzbourg (1777, 3 vol. in-8°), n'a pas grande valeur.
2° Récemment, par le docteur Otto (1842, Iéna, 3 vol. in-S"), dont une nouvelle édition à part, en 1847-50, sous le titre : Corpus Apologetarum Christ, saeculi secundi ; nous ne parlons pas de l'édition de M. Migne, que tout le monde connait.
M. de Genoude a donne une nouvelle traduction des œuvres de saint Justin. (Les Pères des trois premiers siècles, traduits en français, 6 vol. in-8°, 1837-1843.).
M. Henry de Riancey a aussi traduit la première apologie. (Choix des Pères, 1837).
Il existe deux Monographies de saint Justin, l'une du docteur Otto : De Justini martyris scriptis et doctrina (Ienae, 1841) ; l'autre de Semisch : Justin le Martyr. (Breslau, 1840, 2 vol.).

Saint Justin. Gravure. Jacques Callot. XVIIe.

On admet généralement que l'apologie de saint Justin fut précédée de celle de saint Quadrat et de celle de saint Aristide :
- Saint Quadrat, disciple des Apôtres, avait reçu !e don de prophétie. Publius, successeur de saint Denys l’Aréopagite sur le siège épiscopal d'Athènes, ayant reçu la couronne du martyre, sous l'empire d'Adrien, vers l'an 125 de Jésus-Christ, saint Quadrat lui succéda sa foi et son zèle ranimèrent le courage des fidèles que la terreur de la persécution avait dispersés.
L'empereur Adrien, étant venu pour la seconde fois à Athènes, en l'an 124, s'y fit initier aux mystères d'Eleusine. La persécution, qui avait déjà commencé contre les chrétiens, devint plus forte depuis cette initiation. C'est ce qui engagea Quadrat prendre la défense de la religion chrétienne dans une apologie qu'il adressa à l’empereur en 126. Saint Quadrat déploya tant d'énergie et de logique dans cette pièce que, dire de saint Jérôme, elle eut la force d'éteindre la persécution dont l'Eglise était alors agitée. Le même saint Jérôme appelle cet ouvrage digne d'un disciple des Apôtres.
Il ne nous reste qu'un fragment dans lequel Quadrat démontre la divinité des miracles de Jésus-Christ par leur permanence. Les prétendus prodiges des imposteurs n'ont pas ce caractère (cf. Dom Ceillier, t. I ; Patrol. de Migne, t. V.).
- Saint Aristide était athénien de naissance et philosophe de profession il en garda l'habit lorsqu’il embrassa la foi ce que fit aussi saint Justin.
Saint Aristide partage avec saint Quadrat l'honneur d'avoir, par son Apologie du Christianisme, rendu la paix à l'Eglise pour quelques années. Il soutint la divinité de Jésus-Christ devant Adrien, non-seulement par ses écrits, mais par un éloquent discours que ce prince lui permit de prononcer en sa présence.

On dit que l'apologie d'Aristide existe encore au monastère de Medelli, à six kilomètres d'Athènes ce serait à vérifier.

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mercredi, 12 avril 2017

12 avril. Saint Sabas le Goth, martyr. 372.

- Saint Sabas le Goth, martyr. 372.
 
Pape : Saint Damase. Empereurs : Valentinien Ier ; Valens. Roi des Goths : Athanaric.

" Les saints sont les ramifications et la continuation de Jésus-Christ."

" De quelque nation que soit un homme, s'il craint Dieu et s'il aime la justice, il est agréable à Dieu."
Saint Pierre.


Icône roumaine du XVIe.

Né de race gothique et vivant en Gothie dans un milieu corrompu, il a tellement su ressembler aux saints et il a comme eux honoré le Christ par la pratique de toutes les vertus qu'il a brillé dans le monde comme un astre. Ayant embrassé le christianisme dès l'enfance, il s'imposa un idéal de perfection et voulut le réaliser au moyen de la science du Christ.

Comme tout concourt à l'avantage de ceux qui aiment Dieu, il obtint la récompense due à sa vocation sublime par une lutte vaillante contre l'ennemi, sa force contre les traverses de cette vie et la paix qu'il sut conserver avec tout le monde. Il n'est pas permis de le taire, maintenant qu'il est allé se reposer en Dieu, afin d'en garder la mémoire et de réconforter les âmes pieuses ; nous devons donc entreprendre le récit de ses hauts faits.

Il fut donc orthodoxe dans la foi, empressé à remplir les devoirs de la justice, doux, pieux, plus savant que disert, pacifique à l'égard de tous, véridique, ennemi de l'idolâtrie, modeste et - ce qui convient bien aux humbles - soumis, parlant sans jactance, doux, incliné à tout ce qui était bon; psalmodiant à l'église, dont il prenait grand soin, méprisant la fortune et les biens, dont il n'usait que dans la mesure du nécessaire, sobre, réservé en toute occasion, particulièrement dans le commerce avec les femmes, jeûnant et priant chaque jour, étranger à la vaine gloire, stimulant tout le monde à l'adoption d'une vie pure, pratiquant les vertus de son état, évitant les contradictions, observant enfin une foi sans compromis, celle qui fait ses oeuvres par la charité, et s'entretenant toujours familièrement avec Dieu. Il se montra, non en passant, mais souvent, avant son martyre, le vigoureux défenseur de la piété.

Les princes et les juges de Gothie ayant commencé à poursuivre les chrétiens qu'ils voulaient contraindre à manger les mets offerts aux idoles, quelques païens s'entendirent pour qu'on présentât aux chrétiens qui étaient de leur parenté des viandes qui passeraient pour avoir été immolées aux idoles, quoiqu'il n'en fût rien ; ce stratagème sauverait leurs parents et bernerait les persécuteurs.

À cette nouvelle, le bienheureux Sabas refusa non seulement de prendre sa part de ces mets défendus, mais il s'avança au milieu de l'assemblée et dit : " Celui qui mange de ces viandes cesse d'être chrétien ", et ainsi il mit en garde afin que tous ne tombassent dans le piège du démon ; mais ceux qui avaient imaginé la ruse en prirent occasion de le faire expulser de la ville ; ils le rappelèrent plus tard.

Une nouvelle persécution étant déclarée, plusieurs païens de la ville qui offraient des sacrifices voulurent jurer que leur cité ne contenait aucun chrétien; mais cette fois encore Sabas vint tranquillement au milieu de l'assemblée et dit :
" Que personne ne jure en ce qui me concerne, car je suis chrétien."
Lorsque le persécuteur fut sur les lieux, les susdits païens mirent leurs parents à l'abri et jurèrent que la ville ne renfermait qu'un seul chrétien.
Le prince impie se le fit amener ; c'était Sabas. Quand il fut présent, le prince questionna les assistants sur la fortune de Sabas. " Il n'a, dit-on, que ses habits ", ce qui lui valut le mépris du juge : " Celui qui est en pareil équipage, dit-il, ne peut être ni utile ni dangereux ", et il le fit relâcher.

Une grande persécution fut ensuite provoquée en Gothie par les méchants, et comme la fête de Pâques était proche, Sabas voulut se rendre dans une autre ville chez le prêtre Gatthica, afin de célébrer ce saint jour. Sur la route, il vit un homme de haute taille et d'un aspect magnifique et vénérable qui lui dit :
" Retourne sur tes pas et rends-toi chez le prêtre Sansala.
- Mais Sansala est absent, dit Sabas."
Il s'était enfui en effet devant la persécution et s'était réfugié sur le territoire romain ; cependant la fête de Pâques l'avait mené chez lui, ce que Sabas ignorait et qui explique sa réponse; il continua donc sa route vers la demeure de Gatthica. Comme il ne se conformait pas à l'indication donnée par le grand inconnu, soudain, quoiqu'il fît beau temps alors, il tomba une telle tempête de neige que la route devint impraticable et Sabas ne put continuer. Il comprit à l'instant que Dieu s'opposait à son voyage et le voulait voir retourner auprès du prêtre Sansala. Il rendit grâces et rebroussa chemin. Arrivé chez Sansala, il lui raconta, ainsi qu'à d'autres, son aventure.

Ils célébrèrent ensemble la Pâque. Dans le cours de la troisième nuit qui suivait la fête, Atharid, fils de Rothest, conformément à l'édit des méchants, envahit la ville avec une grande troupe de gens sans aveu et, saisissant le prêtre endormi dans sa maison, il le fit garrotter, ainsi que Sabas, qu'on avait arrêté tout nu dans son lit. On mit le prêtre dans un chariot. Quant à Sabas, on le mena parmi les buissons d'épines récemment brûlés, nu comme lorsqu'il sortit du ventre de sa mère ; on le lia et le flagella avec des verges et des bâtons, ce qui montre à quel point ils étaient cruels et féroces à l'égard des serviteurs de Dieu.

Mais la patience et la foi du juste triomphèrent de la brutalité de ses ennemis. À l'aube, il rendit grâces à Dieu et dit à ses bourreaux :
" Ne m'avez-vous pas conduit nu et sans chaussures dans des terrains difficiles et semés de ronces ? Regardez si mes pieds sont blessés et si mon corps porte la trace des coups que vous m'avez donnés."
Ils ne virent en effet aucune ecchymose ; alors enlevant l'essieu du chariot, ils le lui mirent sur les épaules et attachèrent ses mains aux extrémités ; ils attachèrent de même ses pieds à un autre essieu et, le jetant par-dessus les essieux, ils l'étendirent sur le dos ; enfin ils ne le laissèrent pas avant que la plus grande partie de la nuit ne fût écoulée. Mais pendant que les surveillants dormaient, une femme qui s'était levée de nuit afin de préparer à manger aux ouvriers, coupa ses liens. Une fois délivré, il demeura sur place sans inquiétude, avec cette femme, et il l'aidait de son mieux. Quand le jour parut, le cruel Atharid, mis au courant de ce qui s'était passé, lui fit lier les mains et suspendre à la poutre de la maison.

Eglise Saint-Nicolas. Saint Sabas fut martyrisé
à quelques lieues de là. Transylvanie. VIIe.
Peu de temps après arrivèrent des envoyés d'Atharid, apportant des mets offerts aux idoles, qui dirent à Sabas et au prêtre :
" L'illustre Atharid vous envoie ceci afin que vous mangiez et vous sauviez de la mort.
- Nous n'en mangerons pas, dit le prêtre. Cela nous est défendu. Engagez Atharid à nous faire plutôt crucifier ou tuer de toute autre façon.
- Qui envoie cela ? dit Sabas .
- Le seigneur Atharid.
- Il n'y a qu'un seul Seigneur, c'est Dieu, qui est dans le ciel. Ces mets de perdition sont impurs et profanes, comme Atharid lui-même qui les a envoyés."

Un des serviteurs, mis en colère par cette réponse, tordit sur le saint la pointe de son javelot avec tant de fureur que tous les assistants crurent qu'il allait mourir sur le coup. Mais Sabas, dominant la douleur par la sainteté, lui dit :
" Croiras-tu maintenant que j'ai soutenu ton choc ? Mais sache que tu ne m'as pas plus endolori que si tu m'avais jeté un peloton de laine."
Ce qui confirma ses paroles fut son attitude, car il ne cria pas, ni même, ainsi qu'on fait lorsqu'on souffre, il ne gémit pas et on ne vit nulle trace de violence sur son corps.

Sur le rapport qui fut fait de tout cela à Atharid, il donna l'ordre de mettre à mort Sabas. Les bourreaux, ayant renvoyé le prêtre Sansala, amenèrent Sabas sur la berge du Mussovo, afin de l'y noyer. Le bienheureux, se rappelant l'ordre du Seigneur et n'aimant pas son prochain moins que lui-même demanda :
" Pourquoi ne pas tuer le prêtre avec moi, quel péché a-t-il donc commis ?
- Cela ne te regarde pas, lui répondit-on."
Alors Sabas s'écria dans la joie de l'Esprit-Saint :
" Tu es béni, Seigneur, et le Nom de ton Fils soit loué pendant les siècles. Amen. Atharid s'est condamné et livré lui-même à la mort éternelle, mais il m'a envoyé à la vie qui n'a pas de fin. Telle est ta Volonté dans tes serviteurs, Seigneur Dieu."

Tandis qu'on le conduisait mourir, il ne cessa de louer Dieu, ne jugeant pas comparables les misères de cette vie avec la gloire future qui est révélée aux saints. En arrivant sur la rive, les bourreaux se dirent entre eux :
" Pourquoi ne renvoyons-nous pas cet innocent ? Atharid en saura-t-il jamais rien ?"
Sabas leur dit :
" Vous badinez ; faites ce qui vous est commandé. Je vois ce qui vous est caché. Voici que m'attendent ceux qui doivent m'introduire dans la gloire."
Alors on le mena jusqu'au fleuve. Lui louait Dieu et rendait grâces (ce qu'il ne cessa de faire jusqu'à la fin). On lui attacha une pierre au cou et on le précipita. Sa mort par l'eau et le bois fut ainsi un symbole exact du salut. Sabas avait trente-huit ans. Il mourut le cinquième jour de la semaine pascale, c'est-à-dire la veille des ides d'avril, sous le règne de Valens et Valentinien et sous le consulat de Modeste et Arintheus.

Les bourreaux retirèrent de l'eau son cadavre et le laissèrent sans sépulcre. Mais ni les bêtes féroces, ni les oiseaux de proie n'y touchèrent. Des fidèles le gardèrent, et le glorieux gouverneur de la Scythie, Junius Soranus, adorateur du vrai Dieu, ayant envoyé des gens sûrs, le fit transporter en terre romaine et, voulant faire bénéficier sa patrie de ce trésor, de ce fruit illustre par sa foi, l'envoya en Cappadoce, conformément au désir des prêtres et à la Volonté de Dieu, qui donne sa Grâce à ceux qui Le craignent. C'est pour cela que, le jour où le martyr fut couronné, offrez le sacrifice et rappelez tout ceci aux frères, afin que, se réjouissant dans toute l'Église catholique et apostolique, ils louent le Seigneur, qui Se choisit ses serviteurs.

On représente saint Sabas suspendu par un doigt à un arbre, car ses actes disent qu'on lui tira violemment les mains et les pieds ; tenant en main un fagot d'épines pour rappeler qu'il fut traîné au milieu des ronces ; plongé dans l'eau. Il est spécialement honoré par les catholiques de Roumanie et en particulier par ceux de Valachie.

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mardi, 11 avril 2017

11 avril. Saint Léon Ier le Grand, pape, docteur de l'Eglise. 461.

- Saint Léon Ier le Grand, pape, docteur de l'Eglise. 461.
 
Papes : Saint Sixte III (prédécesseur) ; saint Hilaire (successeur). Empereur d'Occident : Valentinien III.
 
" J'ai prié pour vous le Seigneur, et il a pardonné tous vos péchés. Seulement vous aurez à vous informer de ceux auxquels vous avez imposé les mains, c'est-à-dire que vous aurez à rendre compte si vous vous êtes bien ou final acquitté de cette fonction envers autrui."
Saint Pierre à saint Léon.
 

Saint Léon le Grand. Maître autel de l'église Saint-Martin-Notre-Dame.
Sondersdorf. Alsace.

Saint Léon le Grand naquit à Rome, d'une des premières familles de la Toscane, vers la fin du IVe siècle. Son rare mérite l'éleva promptement au titre d'archidiacre de l'Église romaine ; il n'avait guère plus de quarante ans, quand il fut appelé, par les voeux du clergé et du peuple, sur le siège de saint Pierre. Toutes les qualités d'un Pape remarquable parurent dans sa personne, et c'est à juste titre que la postérité, après ses contemporains, lui a donné le nom de Grand.


Atelier de Raphaël. XVIe.

La cérémonie de son exaltation se fit un dimanche à la saint Michel, le 29 septembre 440. Si l'on veut connaître les sentiments qui animaient le nouveau Pape, qu'on lise les sermons qu'ils prononçait à chaque anniversaire de son pontificat. Dans l'un, il dit qu'il a été effrayé en entendant la voix de Dieu, qui l'appelait à gouverner l'Eglise ; il se proclame trop faible pour un si lourd fardeau, trop petit pour une telle grandeur, trop dénué de mérite pour une si auguste dignité. Cependant il ne perd pas courage, parce qu'il n'attend rien de lui-même, et tout de celui qui opère en lui.


Apparition des saints Pierre et Paul à Attila et à Léon Ier.
Atelier de Raphaël. XVIe.

Ce qui, sans décourager le pontife, l'effrayait néanmoins, c'est que l'Eglise se trouvait attaqué de tous côtés par le vice et l'erreur. Il eut dès lors soin d'associer à ses combats des personnes pleines de piété et de doctrine, entre autres, saint Prosper d'Aquitaine, le plus savant homme de son temps ; il en fit son conseiller et son secrétaire, comme autrefois saint Damase avait fait de saint Jérôme. Ensuite, saint Léon le Grand commenca par la réforme du peuple romain, afin que l'église mère fût le modèle de toutes les autres églises. Non content de l'exciter à la vertu par ses propres exemples, il l'instruisit encore par ses prédications, imitant en cela, dit-il, l'exemple de ses prédécesseurs. Cette partie du minsitère épiscopal était alors bien plus obligatoire qu'aujourd'hui, parce que les évêques seuls pouvaient l'exercer.


Raphaël (Rafaelo Alessandro Algardi).
Basilique Saint-Pierre. Rome. XVIe.

L'époque était difficile : les manichéens, les donatistes, les ariens, les priscillianistes, les nestoriens et les eutychiens infestaient l'Église de leurs hérésies. Le saint et docte Pontife, armé du glaive de la parole infaillible, combattit avec vigueur la doctrine impie de tous les côtés à la fois ; par ses lettres, par ses légats, par des conciles, il suscita un grand mouvement de résistance à l'erreur et le retour d'une grande multitude d'âmes à la justice et à la vérité. Sa magnifique lettre au concile de Chalcédoine produisit un tel effet que les six cents évêques, après en avoir entendu la lecture, s'écrièrent d'une voix unanime :
" C'est Pierre qui a parlé par Léon !"


Vision de saint Léon, Legenda aurea.
Bx J. de Voragine. R. de Monbaston. XIVe.

L'un des faits les plus imposants de son beau et si fécond pontificat, c'est sa procession solennelle au-devant d'Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu, qui avançait vers Rome pour la détruire. Attila l'accueillit avec respect et lui promit de laisser en paix la Ville éternelle, moyennant un faible tribut annuel. Les barbares, murmurant de voir leur chef reculer, lui demandèrent raison de sa conduite et il s'en ex^liqua ainsi :
" Pendant que le Pontife leur me parlait, je voyais à ses côtés un autre Pontife d'une majesté toute divine ; il se tenait debout, ses yeux lançaient des éclairs, et il me menaçait du glaive qu'il brandissait dans sa main ; j'ai compris que le Ciel se déclarait pour la ville de Rome."


Saint Léon le Grand. Bréviaire de Martin d'Aragon. XIVe.

Ce personnage n'était autre que saint Pierre. Les Romains firent une réception enthousiaste au Pontife victorieux. Le génie de Raphaël a immortalisé cette scène dans une peinture célèbre.


Saint Léon Ier Grand allant au devant d'Attila.
Raphaël. Basilique Saint-Pierre. Vatican.

L'humanité, la douceur et la charité furent les principales vertus de saint Léon. Ses écrits, qui suffiraient à l'illustrer par la splendeur du style comme par l'élévation des pensées, montent à une hauteur plus grande encore quand il traite de l'Incarnation, et c'est pourquoi on lui a donné le titre de Docteur de l'Incarnation. Il surpassa tous les Pontifes qui l'ont précédé, et il eut peu de successeurs dont le mérite ait approché du sien.


Saint Léon Le Grand. Sermones et epistulae. XVe.

La liturgie doit beaucoup à saint Léon ; il a introduit, ratifié par saint Pierre à la suite de la prière que saint Léon lui avait faite à ce sujet, dans le canon de la messe ces paroles :
" Sanctum sacrificium, immaculatam hostiam ".
Il sut faire régner dans les cérémonies saintes un ordre, une pompe, une majesté admirables.

Nous avons encore de saint Léon 101 sermons sur les différentes fêtes de l'année. Il y recommande souvent le jeûne et l'aumône, qu'il ne veut pas que l'on sépare, parce que ces deux bonnes oeuvres se soutiennent mutuellement.


Miracle de saint Léon. Ta'amra Mâryâm. Ethiopie. XVIIe.

On trouve ainsi neuf sermons sur le jeûne du dixième mois, ou des quatre-temps de décembre. Selon notre saint docteur, l'Eglise a institué les quatre-temps dans les quatre saisons de l'année, afin de les sanctifier toutes par le jeûne. Elle a voulu encore par là fournir des armes à ses enfants contre le démon, et les porter à remercier Dieu des fruits et des autres bienfaits qu'ils reçoivent continuellement de son amour.

Le saint Pape revient souvent à l'obligation de faire l'aumône :
" Cette obligation ne souffre point de dispense. Dieu n'a donné des richesses aux hommes que pour qu'ils les versent dans le sein de l'indigence. C'est donc aller contre son intention que de les entasser par avance ou de les consumer en superfluités. Aussi la sentence que Jésus-Christ doit prononcer au dernier jour portera-t-elle principalement sur la conduite qu'on aura tenue à l'égard des pauvres. Le Sauveur a voulu nous apprendre par là que l'aumône est la clef du ciel et le canal des grâces. L'obligation de faire l'aumône ne se mesure pas sur la quantité des biens, mais sur les sentiments du coeur. Elle est commune à tous les hommes, puisque tous doivent aimer leurs semblables et désirer de les secourir. Quant aux riches, ils sont tenus de rechercher les pauvres honteux et de les assister sans les mettre dans le cas de rougir de leur misère."


Saint Léon montre que l'institution des collectes ou quêtes pour les pauvres vient des Apôtres même, et que l'on n'a jamais cessé dans l'Eglise de composer un fonds des libéralités des fidèles pour soulager ceux qui étaient dans le besoin.

HYMNE

L'Eglise grecque, dans ses Menées, consacre à saint Léon un solennel Office, auquel nous empruntons les strophes suivantes. Composées avant le schisme, elles expriment l'antique foi de l'Eglise de Constantinople dans la primauté du Pontife romain, et montrent d'une manière irréfutable que ce ne sont pas les Latins qui ont changé la foi. Les Grecs célèbrent la mémoire de saint Léon le dix-huit février.
 

Apparition de Notre Dame à saint Léon.
Ta'amra Mâryâm. Ethiopie. XVIIe.

" Heureux Pontife, illustre Léon, tu as été le compagnon des Pontifes fidèles et des Martyrs ; invincible dans les combats, tu t'es montré inébranlable comme la tour et la citadelle de la religion ; dans ton orthodoxie et ta science, tu as proclamé l'ineffable génération du Seigneur.

Recteur de l'orthodoxie, docteur de la piété et de la sainteté, flambeau de la terre tout entière, inspiré de Dieu,gloire des vrais fidèles, sage Léon, lyre du Saint-Esprit, tu as éclairé tous les hommes par ta doctrine.

Héritier de la Chaire de Pierre, comme lui tu as présidé à l'Eglise entière ; son esprit a été en toi, et son zèle t'enflammait pour la foi.

Eclatant d'une splendide lumière, très saint Léon, tu as éclairci le mystère de l'ineffable et divine incarnation, proclamant la double nature et la double volonté du Dieu fait chair.

Tout resplendissant de la science divine, tu as lancé partout les rayons de l'orthodoxie ; après avoir dissipé les ténèbres de l'hérésie, tu as quitté cette vie, Ô bienheureux, et tu habites la lumière qui ne connaît pas de couchant.

Par ta prédication merveilleuse, tu nous as montré le Christ Fils unique et Seigneur, engendré du Père avant les siècles, né pour nous de la Vierge, et apparaissant sur la terre semblable à nous, Ô ministre inspiré des divins mystères !

Assis glorieux sur le trône du pontificat, tu as fermé la gueule des lions ; en proclamant le dogme sacré de l'adorable Trinité, tu as fait briller aux yeux de ton troupeau la lumière de la connaissance de Dieu ; c'est pour cela que tu as été glorifié comme un divin Pontife initié à la grâce de Dieu.

Tu t'es levé de l'Occident, comme un soleil rayonnant : ta science a dissipé le sophisme d'Eutychès qui confondait les deux natures, et celui de Nestorius qui les divisait ; tu nous as appris à adorer un seul Christ en deux natures indivisibles, immuables et sans confusion.

Inspiré de Dieu, tu as présenté comme de nouvelles tables écrites du doigt de Dieu ; semblable à Moïse apparaissant aux yeux du peuple divin, tu t'es écrié dans l'assemblée des Maîtres vénérables : " Pontifes, célébrez le Christ ; bénissez-le et exaltez-le à jamais !".

Maintenant, Ô Pontife du Christ, tu portes une couronne éclatante de beauté ; prêtre fidèle, la justice est ton vêtement, et tu tressailles d'une joie ineffable dans le paradis des délices; daigne supplier sans cesse le Seigneur pour ton troupeau.

Dans le séjour où sont les sièges, les trônes et les rangs pour les Patriarches, tu as mérité d'entrer comme un Père, comme un vrai Patriarche, entouré des rayons de la foi et de la grâce, heureux Léon ! Et nous proclamons tous l'éternelle félicité qui est ton partage."

PRIERE

" Gloire soit à vous, Ô Christ, Lion de la tribu de Juda, qui avez suscité dans votre Eglise un Lion pour la défendre aux jours où la sainte foi courait de si grands dangers. Vous aviez chargé Pierre de confirmer ses frères ; et nous avons vu Léon, en qui Pierre était vivant, remplir cet office avec une autorité souveraine. Nous avons entendu retentir l'acclamation du saint Concile, qui, en s'inclinant devant la doctrine toute céleste de Léon, proclamait le bienfait signalé que vous avez, en ces jours, conféré à votre troupeau, lorsque vous donnâtes à Pierre le soin de paître les brebis comme les agneaux.

Ô Léon ! vous avez dignement représenté Pierre dans sa chaire. Votre parole apostolique n'a cessé d'en descendre, toujours vraie, toujours éloquente et majestueuse. L'Eglise de votre temps vous honora comme le maître de la doctrine, et l'Eglise de tous les siècles vous reconnaît pour l'un des plus savants docteurs qui aient enseigné la divine Parole.

Du haut du ciel où vous siégez maintenant, répandez sur nous l'intelligence du divin mystère que vous avez été chargé d'exposer. Sous votre plume inspirée, ce mystère s'éclairât, son harmonie sublime se révèle ; et la foi se réjouit de percevoir si distinctement le divin objet auquel elle adhère. Fortifiez en nous cette foi, Ô Léon ! Le Verbe incarné est encore blasphémé de nos jours; vengez sa gloire, en nous envoyant de nouveaux docteurs.

Vous avez triomphé de la barbarie, Ô noble Pontife ! Attila vous rendit les armes. De nos jours, il s'est levé de nouveaux barbares, les barbares civilisés qui nous vantent comme l'idéal des sociétés celle qui n'est plus chrétienne, celle qui dans ses lois et ses institutions ne confesse plus Jésus-Christ roi de l'humanité, auquel toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre.

Ô ! Venez à notre secours ; car le mal est monte à son comble. Beaucoup sont séduits et s'en vont à l'apostasie sans s'en douter. Obtenez que la lumière ne s'éteigne pas totalement chez nous, que le scandale s'arrête enfin. Attila n'était qu'un païen ; les modernes utopistes sont chrétiens, ou du moins quelques uns voudraient l'être ; prenez pitié d'eux, et ne permettez pas qu'ils soient plus longtemps victimes de leurs illusions.

En ces jours de la Pâque qui vous rappellent, Ô Léon, les labeurs de votre ministère pastoral, alors qu'entouré de vos néophytes vous les nourrissiez de vos immortels discours, priez pour les fidèles qui, dans cette même solennité, sont ressuscites avec Jésus-Christ. Ils ont besoin de connaître de plus en plus ce divin Sauveur de leurs âmes, afin de s'attacher à lui et de ne plus jamais s'en séparer. Révélez-leur tout ce qu'il est, et dans sa nature divine et dans sa nature humaine : comme Dieu, leur fin dernière, et leur juge après cette vie ; comme homme, leur frère, leur Rédempteur et leur modèle. Ô Léon ! bénissez, soutenez votre successeur sur la Chaire de Pierre, et montrez-vous en ces jours l'appui de cette Rome dont vous avez célébré avec tant d'éloquence les saintes et éternelles destinées."

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lundi, 10 avril 2017

10 avril. Saint Macaire d'Antioche, archevêque de cette ville. 1012.

- Saint Macaire d'Antioche, archevêque de cette ville. 1012.

Pape : Serge IV. Roi de France : Robert II, le Pieux.

" Il y a de l'honneur à exposer et confesser les oeuvres de Dieu."
Tob., XII, 7.

Saint Macaire secourant des pestiférés à Gand.
Jacob Van Oost. XVIIe.

Saint Macaire était arménien, de parents nobles et illustres ; son père s'appelait Michel et sa mère Marie. Il avait un parent nommé Macaire, archevêque d'Antioche.

A ce propos, On ne sait pas au juste si c'est d'Antioche de Pisidie, simple archevêché dépendant du patriarcat de Constantinople, ou d'Antioche de Syrie, un des trois grands patriarcats d'Orient. Nons avons suivi la première opinion, par la raison qu'au moyen âge la désignation d'Arménie s'étendait à la Natolle (l'actuelle Anatolie). Ce qui est dit dans la vie du Saint, qu'Antioche est la fleur des villes d'Arménie, ne s'oppose point à notre opinion, car au point de vue chrétien, Antioche de Pisidie a sa noblesse : elle fut évangélisée par saint Paul (Acta. chap. XIII) ; un grand nombre de ses enfants furent d'illustres Martyrs de Jésus-Christ, et au XIe siècle il est probable que la décadence d'Antioche de Syrie était commencée, puisque ce n'est plus aujourd'hui qu'une humble ville, et qu'Antioche de Pisidie est encore un chef-lieu de gouvernement et la résidence d'un préfet turc.

Ce saint archevêque voulut être parrain de notre Saint, et, lui ayant donné le nom de Macaire, il le prit chez lui pour l'élever dans la piété et le former aux belles-lettres et à tous les exercices qui en pouvaient faire un excellent ecclésiastique et un ministre fidèle de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le jeune Macaire fit de tels progrès dans son école, qu'il se rendit bientôt capable, par sa science et par sa vertu, des emplois les plus importants et des premières dignités de l'Eglise. Aussi, l'archevêque, se voyant près de mourir, crut qu'il ne pouvait procurer un plus grand avantage à Antioche, que de l'y laisser pour son successeur. Il en fit la proposition à son clergé et à son peuple, qui y consentirent tout d'une voix de sorte qu'après la mort de l'ancien Macaire, le jeune prit possession de sa chaire et fut intronisé comme archevêque d'Antioche.

Vestiges de l'église Saint-Pierre. Antioche de Pisidie. Anatolie.
Fondée à la fin du Ier siècle, de récentes excavations ont révélé
que l'église Saint-Pierre fut construite sur la synagogue où
saint Paul prêcha lors de son deuxième séjour à Antioche de Pisidie
(Act. XIII, 14-52). En effet, le premier séjour de saint Paul et de
saint Barnabé ne dura que le temps nécessaire pour les Juifs,
nombreux dans cette ville, de les expulser.

Alors ses vertus, qu'une vie privée avait tenues plus secrètes, parurent avec un merveilleux éclat. On vit en lui un détachement parfait de toutes les choses de la terre, qu'il regardait avec mépris, parce qu'il en connaissait la vanité une aversion pour tous les plaisirs et les divertissements de la vie une assiduité continuelle à mortifier ses sens et ses appétits, et à crucifier sa chair par des jeûnes, des veilles et d'autres austérités ; une tendresse et une compassion pour tous les malheureux, auxquels il distribuait libéralement ses biens, n'ayant rien qui ne lui fût commun avec les pauvresune douceur et une bénignité si constantes, que ni les injures, ni les mauvais traitements, ni les persécutions ne la pouvaient altérer une prudence de vieillard dans le gouvernement de son diocèse enfin, une piété si tendre envers Dieu, que les larmes lui coulaient sans cesse des yeux. Ces insignes vertus étaient aussi accompagnées du don des miracles deux lépreux furent guéris par le seul attouchement de ses mouchoirs trempés de ses saintes larmes, et l'eau qu'il avait touchée était un souverain remède contre toutes sortes de maladies.

Il gouverna quelque temps l'Eglise d'Antioche ; mais craignant que l'honneur qu'il recevait à tous moments ne lui fît perdre ce que l'humilité lui avait acquis, il résolut d'en fuir au plus tôt les occasions. Il distribua, pour cet effet, tous ses' biens aux églises et aux pauvres et s'étant, par un mouvement divin, démis de sa charge entre les mains d'un prêtre de grand mérite, nommé Eleuthère, il s'associa quatre de ses plus fidèles amis, et quitta secrètement sa ville pour passer en un autre lieu, où la Providence divine le conduirait.

Collégiale Sainte-Waudru. La plus grande part des reliques de
saint Macaire y sont vénérées. Mons. Hainaut.

Il prit son chemin par la Palestine, pour y arroser de ses larmes les lieux sanctifiés par celles de Jésus-Christ et il n'y perdit aucune occasion de s'entretenir et de discuter avec les Juifs et les Sarrasins, afin de les convaincre de leurs erreurs et de les attirer à la connaissance de l'Evangile. Mais ces infidèles, qui ne pouvaient répondre à ses raisonnements, conçurent une telle rage contre lui, que, s'étant saisis de sa personne, ils le traînèrent en prison, l'étendirent en forme de croix, lui attachèrent les pieds et les mains avec de longs clous Echés en terre, et lui firent souffrir toutes les ignominies et tous les tourments imaginables. Ils lui mirent même sur la poitrine une grosse pierre qu'ils avait fortement chauffée. Mais la terre rejeta ses clous, et Dieu réduisit tous les artifices que l'impiété de ces infidèles avait inventés le Saint sortit libre de prison, sans aucun dommage ce qui étonna si fort ces Sarrasins, qu'ils lui demandèrent pardon quelques-uns, reconnaissant le pouvoir de la Croix, reçurent la foi de Celui qui avait souffert pour leur salut.

Cependant, les parents de Macaire, affligés de son éloignement, envoyèrent après lui pour le détourner de son dessein et le faire revenir à Antioche mais Dieu frappa leurs courriers de cécité, et ils furent obligés de se jeter aux pieds du Saint pour lui demander son assistance dans une si grande misère il en eut compassion, et par le signe de la croix, leur rendit la vue, à condition qu'ils s'en retourneraient sans l'inquiéter dans la poursuite de son voyage.

Il prit donc son chemin vers l'Occident traversant plusieurs pays, il vint jusqu'en Bavière et, passant par Mayence, Cologne, Malines, Maubeuge, Cambrai et Tournai, il se rendit enfin dans la ville de Gand. Partout ce ne furent que miracles dans le Levant il avait rendu l'usage de la parole et de l'ouïe à un vieux Sarrasin, qui était muet et sourd depuis l'âge de neuf ans ; rencontrant un pèlerin qui se faisait conduire à Jérusalem, il lui avait obtenu la vue par ses prières. En Bavière, il délivra du mal caduc la femme du seigneur Adalbert, qui, par charité, l'avait logé chez elle. A Cologne, il guérit son hôte du même mal. A Malines, il éteignit, par ses prières, un grand incendie qui menaçait de réduire toute la ville en cendres.

A Tournai, il apaisa, par sa prudence, une sédition populaire si furieuse, que toutes les industries du prince Baudoin le Vieux n'avaient pu détourner cet orage. A Cambrai, l'entrée de l'église de Notre-Dame lui ayant été refusée, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes pour lui faire passage. A Maubeuge, un valet qui l'avait méprisé fut frappé d'une lèpre dont il ne put
guérir.

On en finirait pas si on voulait écrire toutes les particularités de son voyage ; et insistons sur son dernier séjour, qui fut en la ville de Gand, où il arriva l'an de Notre Seigneur Jésus-Christ 1011. Il se retira au monastère de Saint-Bavon étant tombé en une dangereuse maladie, il en fut guéri dans une vision saint Bavon, Saint Landoald et d'autres bienheureux lui apparurent durant son sommeil.

Il arriva en ce temps-là, à Gand, une peste si cruelle, qui se formait dans la bouche, qu'il y mourait chaque jour plus de six'cents personnes. On publia un jeûne universel et des processions publiques pour apaiser la colère de Dieu. Notre-Seigneur, qui voulait faire de saint Macaire une victime pour expier les péchés de son peuple, permit qu'il fût frappé de ce fléau. Il perdit d'abord l'usage de la parole, prédisant néanmoins par signes, que lui avec deux autres mourraient encore de cette maladie, et qu'ensuite elle serait éteinte. Il ne fit point de testament, parce qu'il était trop pauvre et ne laissait rien.

On le porta dans l'église de Notre-Dame, où il marqua, avec son bâton, le lieu de sa sépulture devant l'autel de saint Paul puis, ayant donné sa bénédiction au peuple, il se retira en sa chambre. Plusieurs y étant demeurés, ils furent extrêmement effrayés d'un certain tremblement qui y arriva par la descente des esprits bienheureux, pareil à celui que le grand saint Grégoire rapporte en la vie de saint Paulin, évêque de Noie. Enfin, il mourut le 10 avril, l'an de Notre-Seigneur 1012. Sa prophétie fut accomplie il fut le dernier qui mourut de cette maladie pestilentielle.

La grande fête de Saint-Macaire, le 9 mai, est l'occasion
d'une procession et d'une grande foire à Mons. Hainaut.

RELIQUES

En 1067, le corps du Saint fut levé de terre en présence de Philippe Ier roi de France, de Baudouin, comte de Flandre, et des évoques de Noyon et de Cambrai. On vit, en cette circonstance, paraître en l'air deux cercles en forme de couronne.

On transporta de ses reliques à Thielt, dans la châtellenie de Courtrai, en 1634 à Geerberg ou Gérardmont, dans la baronie de Boulaers et à Oudenarde, en 1637 chez les chanoines de Saint-Pierre de Lille (un bras), en 1067 une partie de l'autre bras fut donnée, en 1611, par l'évêque de Gand, Charles de Maes, à la paroisse de Laerne, qui est à deux lieues de la ville, sur le territoire de Termonde, où notre Saint est patron de l'Eglise.

En l'an 1617, les ossements de ce saint Patriarche furent transportés de Gand à Mons, en Hainaut, afin d'y apaiser une cruelle épidémie qui ravageait tout le pays ; en reconnaissance, les habitants de Mons lui offrirent une riche châsse d'argent, dans laquelle, l'année suivante, ils reportèrent ses vénérables reliques à Gand, où elles sont religieusement conservées en l'église cathédrale.

Une chapelle lui est consacrée dans cette église. On y voit une belle toile de Crayer représentant saint Macaire, en habits pontificaux, qui implore à genoux la miséricorde divine pour la guérison des pestiférés, au moment où cette cruelle maladie fait planer la mort sur sa propre tête. Un bas-relief en marbre blanc, placé sur le devant de l'autel, montre saint Macaire porté en procession.

Au milieu du château dit des Espagnols, on voit encore quelques ruines très-intéressantes de l'ancienne abbaye de Saint-Bavon, entre autres la chapelle et le puits de Saint-Macaire.

On l'honore par deux fêtes principales qui sont fixées au 10 avril et au 9 mai. Celle du 9 mai, qui rappelle le jour où ses reliques furent levées de terre, se fait avec beaucoup plus de solennité tant à cause des nombreux miracles qui se sont alors opérés, que pour éviter la rencontre des fêtes de Pâques. Il se tient une foire le 9 mai, comme cela se pratique pour un grand ncmbre de fêtes d'autres Saints.

Saint Macaire est toujours en grande vénération parmi les Flamands.

Siger, abbé de Saint-Bavon, fit composer la vie de saint Macaire en 1067 à l'époque de son élévation : Surius et les Bollandistes l'ont reproduite. Ces derniers en donnent une seconde qui fut composée peu de temps après la mort du Saint. Baronius, dans ses Annales ; Molanus, dans son Catalogue des Saints de Flandre ; Mathieu Rader, dans sa Bavière sainte ; Aubert Lemire, dans son Calendrier de Saints de Flandre et de Bourgogne, se sont occupés de ce grand Thaumaturge qui faisait encore des miracles au temps du Père François Giry. Cf. encore Mgr de Ram, Vie des Saints.

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10 avril. Saint Fulbert, évêque de Chartres. 1028.

- Saint Fulbert, évêque de Chartres. 1028.
 
Pape : Jean XIX. Roi de France : Robert II, le Pieux.
 
" Cherchez d'abord le royaume de Dieu et la justice qui y mène, et les autres choses dont vous avez besoin vous serons données par surcroît."
Math. VI, 33.
 

Saint Fulbert de Chartres. Manuscrit du XIIe.

Parmi tous les grands hommes qui ont paru sur le trône épiscopal de l'église de Chartres, saint Fulbert est de ceux qqui se sont rendus les plus recommandables. Ses historiens en parlent toujours en termes avantageux ; ses écrits respirent la piété et l'érudition, et ses vertus héroïques confirment tout le bien que la postérité nous a dit de ce grand Saint.

Il possédait les qualités de l'esprit les plus avantageuses ; et il fut si fidèle à faire profiter les talents naturels dont Dieu l'avait favorisé, qu'il devint l'un des plus grands hommes de son siècle. Il donna des preuves de sa grande capacité et de l'étendue de son esprit, avant même d'entrer dans les Ordres et d'être admis au nombre des clercs. Il contribua beaucoup en France à renforcer l'étude des sciences, et spécialement de la philosophie, dont l'étude s'était considérablement corrompue.

Ce qui rendait cet homme digne d'une plus grande admiration, c'était de voir qu'il n'avait pas de jugement moins solide pour les affaires qui demandaient de la conduite, que l'esprit vif et pénétrant pour exceller dans les hautes sciences. Cependant il ne se prévalut jamais de l'avantage qu'il possédait au-dessus des autres, fuyant, au contraire, la vaine gloire, et évitant les vains applaudissements dans les assemblées. Il ne se servait de ses belles connaissances que pour mieux pénétrer les devoirs de la religion, et pour inspirer aux autres de l'estima et du respect pour la majesté souveraine de Dieu et pour toutes les choses qui pouvaient contribuer à sa gloire.
 
On est mal renseigné sur la famille et le lieu de naissance de Fulbert ; on a voulu déduire de ses écrits qu'il était Romain d'origine (P. Giry, Petits Bollandistes), on serait mieux fondé à le croire originaire d'Aquitaine (divers autres hagiographes tout aussi hésitants sur le sujet). Qouiqu'il en soit, il était né, comme il le dit lui-même dans " les rangs de la société le splus humbles ".
 

Gerbert d'AUrillac, le futur pape Sylvestre II, enseignant à
saint Fulbert et à ses condisciples, dont le futur roi de France,
Robert le Pieux. Codex allemand du XIIe.

Jeune, on le trouve étudiant à Reims, où il eut pour professeur de mathématiques et de philosophie, Gerbert, le futur pape, Silvestre II, et pour condisciple le futur roi Robert II le Pieux. Après son élévation sur le trône pontifical romain, Sylvestre II se souvint de son disciple et le fit venir à Rome auprès de lui et se servit de ses grands talents pour gouverner l'Eglise.

A la mort de Gerbert, Fulbert rentra en France pour la plus grande joie de ses nombreux amis qui avait admiré sa sagesse, son humilité et sa sagacité dans ses fonctions auprès du défunt pape.

Il devint chancelier de l'Eglise de Chartres en 1003 sous la conduite de l'évêque Odon, puis sous celle de Rodolphe son successeur, et établit dans cette ville une école de théologie qui ne tarda pas à devenir célèbre.

C'est à cette époque que des troubles s'élevèrent dans l'abbaye de Saint-Pierre de Chartres. Abbon de Fleury, pour être renseigné, s'adressa à Fulbert. Celui-ci, dans une lettre remarquable, exposa comment, à la mort de l'abbé Gislebert, un moine ambitieux, nommé Magenard, se fit installer à sa place. L'intrus, chassé du monastère, se réfugia à l'évêché : sa disgrâce contribua à le rendre plus édifiant, au point que les moines eux-mêmes le rappelèrent et lui restituèrent le bâton pastoral.
 

Statue de Sylvestre II (Gerbert d'Aurillac). Aurillac.

Devenu évêque de Chartres en 1007, et sacré par son métropolitain Léothéric de Sens, Fulbert continua son enseignement et l'école de Chartres devint la plus célèbre académie de France. Elle formera une élite théologique qui comptera dans ses rang, entre autres, Bernard de Chartres, Gilbert de La Porrée, Thierry de Chartres, Guillaume de Conches et Jean de Salisbury.

L'évêque vit le danger de l'erreur de l'hérésiarque Bérenger (dont nous avons vu dans la vie de saint Gautier de Pontoise qu'il finit sa vie repentant sur l'île Saint-Côme non loin de Tours) sur la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie, il se mit en devoir de réfuter celui qui avait été son élève ; il prévint en même temps Léothéric de Sens de ce que la nouvelle formule pour donner la sainte communion, présentait de dangereux au point de vue de la foi orthodoxe :
" Pilote du vaisseau du Roi, lui écrivit-il, soyez circonspect et sur vos gardes : si vous vous, écartez de la route prescrite par la foi, vous ferez certainement un triste naufrage."

Fulbert, évêque, devint l'oracle de presque toute la France. Les princes, les évêques, les simples fidèles avaient recours à ses conseils et ils trouvaient en lui une source de lumière. C'est ce qui ressort du recueil de ses lettres. Peu après son élévation à l'épiscopat, en mai 1008, il se trouva au Concile que le roi Robert avait convoqué dans son palais de Chelles. On voulut qu'il souscrivît immédiatement après les métropolitains, et avant 11 évêques dont plusieurs, comme Adalbéron de Laon, étaient très anciens dans l'épiscopat ; ce qui nous montre en quelle estime le tenaient ses collègues.


Le roi Robert II le Pieux et saint Fulbert de Chartres.
Grandes Chroniques de France. XIVe.

Sa correspondance dénote en sa personne l'alliance d'une fermeté vraiment épiscopale avec une noble douceur et une humilité sans bassesse. Obligé de recourir à un zèle ardent pour réprimer les désordres ou corriger les abus, il le faisait toujours sans blesser le respect dû aux autorités civiles. Il aimait tendrement son prince, le roi Robert, et lui témoigna toujours un sincère attachement : quand il eut encouru sa disgrâce, il fit tous ses efforts pour gagner de nouveau son amitié.

Tout en s'occupant beaucoup à l'extérieur, Fulbert ne négligea pas pour cela le soin de son diocèse : il prêcha la parole de Dieu à son peuple, dressa des canons pénitentiaux, composa des hymnes et des proses. L'an 1020, l'ancienne cathédrale fut consumée dans l'incendie de la ville de Chartres. Fulbert entreprit de la rebâtir avec une magnificence qui dépassait de beaucoup les ressources d'un évêque sans patrimoine. Il fut aidé dans cette oeuvre par des princes, comme saint Canut IV de Danemark, Guillaume comte de Poitiers. Il la plaça sous le vocable de Notre-Dame pour laquelle il avait une dévotion particulière ; il établit dans son église la fête de la Nativité de Marie dont l'institution était assez récente.

Saint Fulbert mourut, comblé de grâces et de mérites, le 10 avril 1028, après avoir gouverné l'Église de Chartres pendant près de 14 ans. Il fut enterré à Saint-Père-en-Vallée, monastère où, durant sa vie, il aimait à se retirer, pour se dérober au tumulte des affaires, et donner à son âme les moyens de se retremper dans la retraite spirituelle.


Saint Fulbert enseignant.
Vitrail de la crypte de la cathédrale de Chartres.

CULTE

On trouve en deux épitaphes l'éloge de ce saint évêque. Cependant l'Eglise de Chartres fut longtemps sans lui décerner un culte public : on se contentait de rappeler sa mémoire par un anniversaire pour le repos de son âme. On lui a attribué plusieurs miracles après sa mort ; G. Bucelin, dans son ménologe bénédictin, lui a donné le titre de bienheureux. De nos jours on trouve sa mémoire dans les nouveaux propres de Chartres et de Poitiers.

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