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vendredi, 30 mars 2018

30 mars 2018. Le vendredi Saint.

- Le vendredi Saint.

Nous ne donnons ici que les Lectures et l'Adoration de la Croix au vendredi Saint. Pour qui veut pénétrer plus avant dans ce jour sacré, il faut lire et méditer les belles pages de dom Prosper Guéranger :
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgiqu...

En ce saint et très sollennel jour où nous commémorons ce qui est scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, nous ne disposons volontairement que trois illustrations dans cette notice.

Enfin, nous encourageons le pieux lecteur à lire et méditer ce texte simple et lumineux, Le Deicide, de M. l'abbé Curzio Nitoglia : http://ddata.over-blog.com/0/46/19/78/Le-Deicide.pdf



La Crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Giotto. XIVe.

LECTURES

La première partie de cet Office est employée à lire d'abord deux passages des Prophéties, et ensuite le récit de la Passion. On commence par un fragment du prophète Osée, dans lequel le Seigneur annonce ses vues de miséricorde envers son peuple nouveau, le peuple de la gentilité, qui était mort, et qui doit, dans trois jours, ressusciter avec ce Christ qu'il ne connaît pas encore. Ephraïm et Juda ne seront pas traités ainsi ; leurs sacrifices matériels n'ont point apaisé un Dieu qui n'aime que la miséricorde, et qui rejette ceux qui n'ont que la dureté du cœur.

Lecture du Livre d'Osée. Chap. VI. :

" Voici ce que dit le Seigneur : Dans la tribulation ils se hâteront de venir vers moi dès le matin. Venez, diront-ils, et retournons au Seigneur ; car c'est lui-même qui nous a blessés et qui nous guérira. Après deux jours il nous rendra la vie ; le troisième jour il nous ressuscitera, et nous vivrons en sa présence. Nous saurons alors ; et nous suivrons le Seigneur, afin de le connaître davantage. Son lever se prépare comme celui de l'aurore ; et il descendra sur nous comme les pluies de l'automne et du printemps sur la terre. Et le Seigneur dira : Que ferai-je de toi. Ô Ephraïm ? Que ferai-je de toi, Ô Juda ? Vos bons sentiments n'ont pas eu plus de durée que les nuages du matin, et que la rosée qui sèche en un instant. C'est pourquoi je les ai traités durement par mes prophètes, et je les ai mis à mort par les paroles de ma bouche ; et je rendrai claire comme le jour l'équité de mes jugements sur toi. Car c'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice : et je préfère la connaissance de Dieu à tous les holocaustes que vous pouvez m’offrir."

Lecture du Livre de l'Exode. Chap. XII. :

" Dans ces jours-là, le Seigneur dit à Moïse et à Aaron dans la terre d'Egypte : Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois ; il sera le premier des mois de l'année. Parlez à toute l'assemblée des enfants d'Israël, et dites-leur : Au dixième jour de ce mois, chacun prendra un agneau pour sa famille et pour sa maison. S'il n'y a pas dans sa maison un nombre de personnes suffisant pour pouvoir manger l'agneau, il en prendra chez son voisin, dont la maison tient à la sienne, autant qu'il en faut pour pouvoir manger l'agneau. Cet agneau sera sans tache, mâle, et de l'année ; vous pourrez même, au défaut, prendre un chevreau qui soit dans les mêmes conditions. Vous garderez cet agneau jusqu'au quatorzième jour de ce mois ; et sur le soir, la multitude des enfants d'Israël l'immolera. Et ils prendront de son sang, et ils en mettront sur les deux poteaux et sur le haut des portes des maisons où ils le mangeront. Cette même nuit, ils en mangeront la chair rôtie au feu, avec des pains sans levain et des laitues sauvages. Vous ne mangerez rien de cet agneau qui soit cru ou qui ait été cuit dans l'eau, mais il sera seulement rôti au feu. Vous en mangerez la tête avec les pieds et les intestins ; et il n'en devra plus rien rester pour le matin suivant. S'il en restait quelque chose, vous aurez soin de le consumer par le feu. Voici en quelle tenue vous le mangerez : vous ceindrez vos reins ; vous aurez des souliers aux pieds et un bâton à la main, et vous mangerez à la hâte. Car c'est la Pâque, c'est-à-dire le Passage du Seigneur."


La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Jean. Chap. XVIII. :

" En ce temps-là, Jésus s'en alla avec ses disciples au delà du torrent de Cédron. Or il y avait là un jardin dans lequel il entra, lui et ses disciples. Judas qui le trahissait connaissait aussi ce lieu, parce que Jésus y venait souvent avec ses disciples. Judas donc ayant pris une cohorte et des gens que les princes des prêtres et les pharisiens lui donnèrent, vint en ce lieu avec des lanternes, des torches et des armes. Jésus donc, sachant ce qui devait arriver, s'avança et leur dit :
" Qui cherchez-vous ?"
Ils lui répondirent :
" Jésus de Nazareth."
Jésus leur dit :
" C'est moi."
Or Judas, qui le trahissait, était avec eux. Lors donc qu'il leur eut dit :
" C'est moi ", ils reculèrent de quelques pas et tombèrent à terre.
Il leur demanda de nouveau :
" Qui cherchez-vous ?"
Ils dirent :
" Jésus de Nazareth."
Jésus leur répondit :
" Je vous ai dit que c'est moi ; si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. Afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite : " De ceux que vous m'avez donnés, je n'en ai perdu aucun "."
Alors Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, et frappa un serviteur du grand-prêtre, et lui coupa l'oreille droite ; or ce serviteur avait nom Malchus. Mais Jésus dit à Pierre :
" Remets ton épée dans le fourreau. Le calice que mon Père m'a donné, ne le boirai-je donc pas ?"


Alors la cohorte et le tribun, et les satellites des Juifs, se saisirent de Jésus et le lièrent. Et ils l'emmenèrent d’abord chez Anne, parce qu'il était le beau-père de Caïphe, qui était grand-prêtre cette année-là. Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs :
" Il est expédient qu'un seul homme meure pour le peuple."
Simon Pierre suivait Jésus, et aussi un autre disciple ; or ce disciple étant connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour du grand-prêtre. Et comme Pierre se tenait à la porte au dehors, l'autre disciple, qui était connu du grand-prêtre, sortit et parla à la portière, et elle fit entrer Pierre. Cette servante commise à la porte dit donc à Pierre :
" Es-tu aussi des disciples de cet homme ?"
Il répondit :
" Je n'en suis point."
Les serviteurs et les gardes, rangés autour d'un brasier, se chauffaient ; car il faisait froid. Et Pierre était aussi avec eux, debout et se chauffant.


Cependant le grand-prêtre interrogea Jésus touchant ses disciples et sa doctrine. Jésus lui répondit :
" J'ai parlé publiquement au monde ; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assemblent, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi m'interrogez-vous ? Interrogez ceux qui m'ont entendu, sur ce que je leur ai dit ; ceux là savent ce que j'ai dit."
Après qu il eut dit cela, un des gardes là présent donna un soufflet à Jésus, disant :
" Est-ce ainsi que tu réponds au grand-prêtre ?"
Jésus lui dit :
" Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?"
Et Anne l'envoya lié chez Caïphe le grand-prêtre.


Cependant Simon Pierre était debout et se chauffait. Quelques-uns donc lui dirent :
" N'es-tu pas aussi de ses disciples ?"
Il le nia, et dit :
" Je n en suis point."
Un des serviteurs du grand-prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, lui dit :
" Ne t'ai-je pas vu avec lui dans le jardin ?"
Pierre le nia de nouveau ; et aussitôt le coq chanta.


Ils amenèrent Jésus de chez Caïphe dans le prétoire. Or c'était le matin, et eux n'entrèrent point dans le prétoire, afin de ne se point souiller, et de pouvoir mander la Pâque. Pilate vint donc à eux dehors, et dit :
" Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?"
Ils répondirent :
" Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne vous l'aurions point amené."
Pilate leur dit :
" Prenez-le vous-mêmes, et le jugez selon votre loi."
Les Juifs lui dirent :
" Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort ; afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite touchant la mort dont il devait mourir."
Pilate donc rentra dans le prétoire, et appela Jésus, et lui dit :
" Etes-vous le Roi des Juifs ?"
Jésus répondit :
" Dites-vous cela de vous-même, ou d'autres vous l’ont-ils dit de moi ? "
Pilate répondit :
" Est-ce que je suis Juif ? Votre nation et vos prêtres vous ont livré à moi. Qu'avez-vous fait ?"
Jésus répondit :
" Mon royaume n'est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne fusse point livré aux Juifs : mais maintenant mon royaume n'est pas de ce monde."
Pilate lui dit :
" Vous êtes donc Roi."
Jésus répondit :
" Vous le dites, je suis Roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ; quiconque est de la vérité, écoute ma voix."
Pilate lui dit :
" Qu'est-ce que la vérité ?"
Et ayant dit cela, il sortit encore, et alla vers les Juifs, et leur dit :
" Je ne trouve en lui aucun crime. La coutume est que je vous délivre un criminel à la fête de Pâque ; voulez-vous que je vous délivre le Roi des Juifs ?"
Alors de nouveau tous s'écrièrent :
" Pas celui-ci, mais Barabbas."
Or Barabbas était un voleur.


Alors donc Pilate prit Jésus et le fit flageller. Et les soldats ayant tressé une couronne d'épines, la mirent sur sa tête, et le revêtirent d'un manteau de pourpre. Et venant à lui, ils disaient :
" Salut, Roi des Juifs !"
Et ils lui donnaient des soufflets.


Pilate sortit de nouveau, et leur dit :
" Voici que je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime."
Jésus donc sortit, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit :
" Voilà l'homme."
Les prêtres et les gardes l'ayant vu, crièrent :
" Crucifiez-le, crucifiez-le !"
Pilate leur dit :
" Prenez-le vous-mêmes, et le crucifiez ; car moi je ne trouve point de crime en lui."
Les Juifs répondirent :
" Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu'il s'est fait Fils de Dieu."
Ayant entendu cette parole, Pilate fut plus effrayé. Et entrant dans le prétoire, il dit à Jésus :
" D'où êtes-vous ?"
Jésus ne lui lit pas de réponse. Pilate lui dit donc :
" Vous ne me parlez point ? Ignorez-vous que j'ai le pouvoir de vous crucifier et le pouvoir de vous délivrer ?"
Jésus lui répondit :
" Vous n'auriez sur moi aucun pouvoir, s'il ne vous était donné d'en haut ; et c'est pour cela que le péché de celui qui m'a livré à vous est d'autant plus grand."
Et depuis ce moment, Pilate cherchait à le délivrer. Mais les Juifs criaient, disant :
" Si vous le délivrez, vous n'êtes point ami de César ; car quiconque se fait Roi, se déclare contre César. Ayant entendu cette parole, Pilate fit amener Jésus dehors ; et il s'assit sur le tribunal, au lieu appelé en grec Lithostrotos, et en hébreu Gabbatha.


C’était le jour de la préparation de la Pâque. vers la sixième heure; et Pilate dit aux Juifs :
" Voilà votre Roi."
Mais eux criaient :
" Ôtez-le ! Ôtez-le ! Crucifiez-le !"
Pilate leur dit :
" Que je crucifie votre Roi ?"
Les princes des prêtres répondirent :
" Nous n'avons de roi que César."


Alors il le leur livra pour être crucifié. Et ils prirent Jésus et l'emmenèrent. Emportant sa croix, il vint au lieu nommé Calvaire, et en hébreu Golgotha, où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu.
Pilate écrivit une inscription, et la fit mettre au haut de la croix. Voici ce qu'elle portait :
" Jésus de Nazareth, Roi des Juifs."
Beaucoup de Juifs lurent cette inscription parce que le lieu où Jésus était crucifié était près de la ville, et qu'elle était écrite en hébreu, en grec, et en latin. Les pontifes des Juifs dirent donc à Pilate :
" N'écrivez point : " Roi des Juifs " ; mais bien qu'il a dit : " Je suis le Roi des Juifs "."
Pilate répondit :
" Ce qui est écrit, est écrit."


Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses habits dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique ; et, comme elle était sans couture, d'un seul tissu d'en haut jusqu'en bas, ils se dirent entre eux : Ne la divisons point, mais tirons au sort à qui elle sera, afin que s'accomplit ce que dit l'Ecriture :
" Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort."
Voilà ce que firent les soldats.


Debout près de la croix de Jésus, étaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Jésus ayant vu sa mère, et debout près d'elle, le disciple qu'il aimait, il dit à sa mère :
" Femme, voilà votre fils."
Ensuite il dit au disciple :
" Voilà ta mère."
Depuis cette heure, le disciple la prit chez lui.

Après cela, Jésus sachant que tout était accompli, afin qu'une parole de l'Ecriture s'accomplit encore, il dit :
" J'ai soif."
Il y avait là un vase plein de vinaigre. Ils entourèrent d'hysope une éponge pleine de vinaigre, et la présentèrent à sa Bouche, là Jésus avant pris le vinaigre, dit :
" Tout est consommé."
Et baissant la tête, il rendit l'esprit.



" Consumatum est ". Jean-Léon Gérôme. XIXe.

Ici on fait une pause comme au Dimanche des Rameaux. Toute l'assistance se met à genoux ; et, selon l'usage des lieux, on se prosterne et on baise humblement la terre.

Or ce jour-là étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le sabbat (car ce sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu'on leur rompit les jambes, et qu'on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. Etant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le coté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau.

Celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai, car il sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez aussi. Ceci advint pour que cette parole de l'Ecriture fût accomplie :
" Vous ne briserez pas un seul de ses os."
Et il est dit encore ailleurs dans l'Ecriture :
" Ils verront celui qu'ils ont percé."


Ici le Diacre vient prier en silence au pied de l'autel pour implorer sur lui-même la bénédiction de Dieu ; mais il ne demande point celle du Prêtre, et ne fait point bénir l'encens. Les Acolytes ne l'accompagnent point non plus à l'ambon avec des flambeaux. Quand il a terminé la lecture de l'Evangile, le Sous-Diacre ne porte point le livre à baiser au Célébrant. La suppression de toutes les cérémonies ordinaires atteste la profonde tristesse à laquelle l'Eglise est livrée.

Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, par crainte des Juifs, pria Pilate de lui laisser enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et enleva le corps de Jésus. Nicomède, celui qui, autrefois, était venu trouver Jésus de nuit, vint aussi apportant une composition de myrrhe et d'aloès, environ cent livres. Or il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre tout neuf, où personne n'avait encore été mis. Là donc, à cause de la préparation du sabbat des Juifs, et que ce sépulcre était proche, ils mirent Jésus."

L'ADORATION DE LA CROIX


La Crucifixion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mathias Grünewald. XVe.

Les prières générales sont terminées ; et après avoir imploré Dieu pour la conversion des païens, l'Eglise se trouve avoir visité, dans sa charité, tous les habitants de la terre, et sollicité sur eux tous l'effusion du sang divin qui coule, en ce moment, des veines de l'Homme-Dieu. Maintenant elle se tourne vers les chrétiens ses fils, et, tout émue des humiliations auxquelles est en proie son céleste Epoux, elle va les convier à en diminuer le poids, en dirigeant leurs hommages vers cette Croix, jusqu'alors infâme et désormais sacrée, sous laquelle Jésus marche au Calvaire, et dont les bras vont le porter aujourd'hui. Pour Israël, la croix est un objet de scandale ; pour le gentil, un monument de folie (I Cor. I, 23.) ; nous chrétiens, nous vénérons en elle le trophée de la victoire du Fils de Dieu, et l'instrument auguste du salut des hommes. L'instant donc est arrivé où elle doit recevoir nos adorations, à cause de l'honneur que lui a daigné faire le Fils de Dieu en l'arrosant de son sang, et en l'associant ainsi à l'œuvre de notre réparation. Nul jour, nulle heure dans l’année ne conviennent mieux pour lui rendre nos humbles devoirs.

Ce touchant hommage offert, en ce jour, au bois sacre qui nous sauve, a commencé, dès le IVe siècle, à Jérusalem. On venait de découvrir la vraie Croix par les soins de la pieuse impératrice sainte Hélène ; et le peuple fidèle aspirait à contempler de temps en temps cet arbre de vie, dont la miraculeuse Invention avait comblé de joie l'Eglise tout entière. Il fut réglé qu'on l'exposerait à l'adoration des chrétiens une fois l'année, le Vendredi saint. Le désir de prendre part au bonheur de le contempler amenait chaque année un concours immense de pèlerins a Jérusalem, pour la Semaine sainte. La renommée répandit partout les récits de cette imposante cérémonie ; mais tous ne pouvaient espérer d'en être témoins, même une seule fois dans leur vie.

La piété catholique voulut du moins jouir par imitation d'une cérémonie dont la vue réelle était refusée au grand nombre ; et, vers le VIe siècle, on songea à répéter dans toutes les églises, au Vendredi saint, l'ostension et l'adoration de la Croix qui avaient lieu à Jérusalem. On ne possédait, il est vrai, que la figure de la Croix véritable ; mais les hommages rendus à ce bois sacré se rapportant au Christ lui-même, les fidèles pouvaient lui en offrir de semblables, lors même qu'ils n'avaient pas sous les yeux le propre bois lui-même que le Rédempteur a arrosé de son sang. Tel a été le motif de l'institution de ce rite imposant que la sainte Eglise va accomplir sous nos yeux, et auquel elle nous invite à prendre part.

A l'autel, le Célébrant se dépouille de la chasuble, qui est le vêtement sacerdotal, afin de paraître avec plus d'humilité dans l'amende honorable qu'il doit offrir le premier au Fils de Dieu outragé par ses créatures. Il se rend ensuite sur le degré qui côtoie l'autel, au côté de l'Epître, et s'y tient la face tournée vers le peuple. Le Diacre prend alors la croix voilée de noir qui est entre les chandeliers de l'autel, et vient la déposer entre les mains du Célébrant. Celui-ci, aidé du Diacre et du Sous-Diacre, détache la partie du voile qui enveloppait le haut de cette croix, et la découvre jusqu'à la traverse. Il l'élève alors un peu, et chante sur un ton de voix médiocre ces paroles :

Eccce lignum Crucis ; Voici le bois de la Croix ;

Puis il continue, aidé de ses ministres, qui chantent avec lui :

In quo salus mundi pependit. Auquel le salut du monde a été suspendu.

Alors toute l'assistance se met à genoux et adore, pendant que le choeur chante :

Venite, adoremus. Venez, adorons-le.

Cette première ostension, qui a lieu comme à l'écart, et à voix modérée, représente la première prédication de la Croix, celle que les Apôtres se firent entre eux, lorsque, n'ayant pas encore reçu le Saint-Esprit, ils ne pouvaient s'entretenir du divin mystère de la Rédemption qu'avec les disciples de Jésus, et craignaient d'exciter l'attention des Juifs.

C'est pour cela aussi que le Prêtre n'élève que médiocrement la Croix. Ce premier hommage qu'elle reçoit est offert en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans la maison de Caïphe.

Le Prêtre s'avance alors sur le devant du degré, toujours au côte de l'Epître, et se trouve plus en vue du peuple Ses ministres l'aident a dévoiler le bras droit de la croix, et après avoir découvert cette partie de l'instrument sacré, il montre de nouveau le signe du salut, l'élevant plus haut que la première fois, et chante avec plus de force :

Ecce lignum Crucis ; Voici le bois de la Croix ;

Le Diacre et le Sous-Diacre continuent avec lui :

In quo salus mundi pependit. Auquel le salut du monde a été suspendu.

L'assistance se met à genoux et adore, pendant que le chœur chante :

Venite, adoremus. Venez, adorons-le.

Cette seconde extension, qui a lieu avec plus d'éclat que la première, représente la prédication du mystère de la Croix aux Juifs, lorsque les Apôtres, après la venue de l'Esprit-Saint, jettent les fondements de l'Eglise au sein de la Synagogue, et amènent les prémices d'Israël aux pieds du Rédempteur. Cette seconde adoration rendue a la Croix est offerte par la sainte Eglise en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans le Prétoire de Pilate.

Le Prêtre vient se placer ensuite au milieu du degré, ayant toujours la face tournée vers le peuple. Il achève alors le dévoilement de la Croix, en dégageant le bras gauche avec l'aide du Diacre et du Sous-Diacre. Prenant ensuite cette Croix, qui paraîtra désormais sans voile, il l'élevé plus haut que les deux autres fois, et chante avec triomphe sur un ton plus éclatant :

Ecce lignum Crucis ; Voici le bois de la Croix ;

Les ministres continuent avec lui :

In quo salus mundi pependit. Auquel le salut du monde a été suspendu.

L'assistance se met à genoux et adore, pendant que le chœur chante :

Venite, adoremus. Venez, adorons-le.

Cette dernière ostension si solennelle représente la prédication du mystère de la Croix dans le monde entier, lorsque les Apôtres, repoussés par la masse de la nation juive, se tournent vers les Gentils, et vont annoncer le Dieu crucifié jusqu'au delà des limites de l'Empire romain.

Ce troisième hommage offerte la Croix est une réparation des outrages que le Sauveur reçut sur le Calvaire.

La sainte Eglise, en nous présentant d'abord la Croix couverte d'un voile qui disparaît ensuite pour laisser arriver nos regards jusqu'à ce divin trophée de notre rédemption, veut aussi exprimer tour à tour l'aveuglement du peuple Juif qui ne voit qu'un instrument d'ignominie dans ce bois adorable, et l'éclatante lumière dont jouit le peuple chrétien, auquel la foi révèle que le Fils de Dieu crucifié. loin d'être un objet de scandale, est au contraire, comme parle l'Apôtre, le monument éternel de " la puissance et de la sagesse de Dieu ". (I Cor. I, 24.).

Désormais la Croix, qui vient d'être si solennellement arborée, ne sera plus couverte ; elle va attendre sans voile, sur l'autel, l'heure de la glorieuse résurrection du Messie. Toutes les autres images de la Croix, placées sur les divers autels, seront aussi découvertes, à l'imitation de celle qui va bientôt reprendre sa place d'honneur sur l'autel majeur.

Mais la sainte Eglise ne se borne pas à exposer, en ce moment, aux regards de ses fidèles la Croix qui les a sauvés ; elle les convie à venir tous imprimer leurs lèvres respectueuses sur ce bois sacré. Le Célébrant doit les précéder, et ils viendront après lui. Non content d'avoir dépouillé la chasuble, il quitte encore sa chaussure, et ce n'est qu'après avoir fait trois génuflexions qu'il approche de la Croix que ses mains ont d'abord placée sur les degrés de l'autel. Le Diacre et le Sous-Diacre se présentent ensuite, puis le Clergé tout entier, enfin les laïques.

Les chants qui accompagnent l'adoration de la Croix sont de la plus grande beauté. Il y a d'abord les Impropères, ou reproches que le Messie adresse aux Juifs. Les trois premières strophes de cette Hymne plaintive sont entrecoupées parle chant du Trisagion, ou prière au Dieu trois fois Saint, dont il est juste de glorifier l’immortalité, en ce moment où il daigne, comme homme, souffrir la mort pour nous. Cette triple glorification, qui était en usage à Constantinople dès le Ve siècle, a passé dans l'Eglise Romaine qui l'a maintenue dans la langue primitive, se contentant d'alterner la traduction latine des paroles. Le reste de ce beau chant est du plus haut intérêt dramatique. Le Christ rappelle toutes les indignités dont il a été l'objet de la part du peuple Juif, et met en regard les bienfaits qu'il a répandus sur cette ingrate nation.

30 mars. Saint Rieul, évêque d'Arles et de Senlis. 130.

- Saint Rieul, évêque d'Arles et de Senlis. 130.

Pape : Saint Télesphore. Empereur : Adrien.

" Voici tes miracles que feront ceux qui croiront en moi en mon nom, ils chasseront les démons ; il parleront des langues nouvelles ; ils prendront des serpents avec la main sans éprouver leur morsure ; s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur nuira pas ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris."
Marc, XVI, 17, 18.

Saint Rieul. Thomas Couture. XIXe.

Nous ne pouvons commencer la vie de ce saint Evêque, sans déplorer un grand incendie arrivé à Senlis, dans le IXe siècle, lequel, en consumant l'église cathédrale et ses archives, nous a ravi les principaux mémoires d'où nous aurions pu apprendre ses plus belles actions. Cependant, ce qui nous doit consoler, c'est que, peu de temps après, quelques personnes zélées pour son honneur, et voulant suppléer à une si grande perte, firent une diligente recherche de toutes les chartes et pièces authentiques qui se purent trouver en d'autres endroits touchant sa naissance, sa conversion, sa mission, son épiscopat et les autres circonstances de sa vie, et, sur ces actes, ont composé toute son histoire, qui est venue jusqu'à nous. On la retrouve dans Vincent de Beauvais, dans saint Antonin et dans les continuateurs de Bollandus nous en tirerons l'abrégé que nous allons insérer dans ce recueil.

Saint Rieul était originaire d'Argos, ville de Grèce, et d'une famille très considérable. Etant en âge de choisir un état, il entendit parler des merveilles que faisait, à Ephèse, le disciple bien-aimé de Jésus, saint Jean l'Evangéliste il l'y alla trouver, et fut tellement ravi de sa sainteté et de sa doctrine, qu'il renonça à l'idolâtrie, dont il avait fait profession jusqu'alors, embrassa le christianisme, reçut de lui le saint baptême, et, ayant fait un tour en son pays, pour y distribuer aux pauvres des biens immenses qu'il avait hérités de ses parents, s'attacha ensuite inviolablement à sa personne, pour l'aider dans la conversion des infidèles et l'établissement de la religion chrétienne. Le saint apôtre, admirant de plus en plus la vertu de ce généreux néophyte, lui donna rang dans l'Eglise (il y a apparence qu'il le fit prêtre) et l'honora de sa plus grande familiarité.

Sacre de saint Rieul. Vie de saint Denis. XIIIe.

Mais la persécution arracha bientôt le maître au disciple car l'empereur Domitien, qui avait succède à Tite, son frère, ayant été informé des fruits merveilleux que saint Jean produisait dans Ephese contre le culte des faux dieux, se le fit amener à Rome, et, après l'avoir fait plonger dans une chaudière d'huile bouillante, le relégua dans l'île de Pathmos.

Saint Rieul demeura encore quelque temps à Ephèse, pour soutenir et confirmer les catholiques ; mais il apprit que saint Denis l'Aréopagite était passé à Rome, avec le dessein d'aller porter la foi dans les pays où elle n'avait pas encore été portée animé du même zèle et du même désir du salut des infidèles, il le suivit et vint s'offrir à saint Clément, qui occupait depuis peu de temps la chaire de saint Pierre. Ce grand pape les reçut avec une joie extraordinaire ; et, comme il avait un désir extrême de la conversion des Gaules, dont les frontières, du côté de l'Italie et de l'Espagne, avaient seules reçu l'Evangile, il composa une sainte colonie de plusieurs hommes apostoliques pour cette grande expédition. Saint Denis, que sa haute érudition, sa sagesse toute céleste et sa dignité d'évêque d'Athènes rendaient très considérable, en fut déclaré le chef on lui donna Rustique pour diacre et Eleuthère pour sous-diacre, et on lui joignit, pour ses collègues et ses coopérateurs, notre saint Rieul, avec Lucien, Eugène et plusieurs autres, dont nous aurons occasion de parler dans la suite de ce recueil.

Sacre de saint Rieul. Vita et passio beati Dionysii. XIVe.

Un des historiens de saint Rieul le conduit tout d'un coup à Paris et à Senlis ; mais les autres, que l'ancienne tradition des églises de Provence autorise extrêmement, nous apprennent que cette illustre colonie vint d'abord à Arles, où il y avait déjà plusieurs chrétiens que saint Trophime avait convertis et baptisés, en ayant été fait évêque par saint Paul, lorsqu'il y passa avec plusieurs excellents missionnaires pour aller en Espagne. Nos saints prédicateurs furent donc reçus de cette sainte société comme des Anges venus du ciel, et ils en accrurent bientôt le nombre par la force de leurs sermons, de leurs remontrances et de leurs miracles.

Saint Denis renversa même, par la seule invocation du nom de Jésus-Christ, la célèbre idole de Mars, que le peuple adorait ; et s'étant, par ce moyen, rendu maître du temple, il le purifia et le consacra au vrai Dieu en l'honneur des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, et fit faire un baptistère pour la régénération de ceux qui se convertiraient. Il n'eût pas été à propos d'abandonner cette église naissante, ni la riche moisson que l'on y pouvait espérer dans la suite; c'est pourquoi le même saint Denis, ayant envoyé quelques-uns de ses autres collègues en diverses provinces des Gaules, consacra saint Rieul éveque, et le laissa à Arles lui, qui était destiné à Paris, poursuivit son chemin et vint y apporter la précieuse semence de l'Evangile.

Saint Rieul quittant Arles. Vita et passio beati Dionysii. XIVe.

Notre nouvel Evêque travailla avec un courage infatigable à défricher le champ qui lui avait été désigné, et il le fit avec tant de succès, qu'il se vit, en peu de temps, à la tête d'une église nombreuse et dont la piété répandait la bonne odeur de Jésus-Christ dans tout le pays. Cependant, le bienheureux Aréopagite et ses deux compagnons ayant été martyrisés à Paris, Rieul en fut averti le même jour d'une manière tout à fait surnaturelle il célébrait les divins mystères devant tout le peuple. Après avoir récité, dans le canon, les noms de saint Pierre et de saint Paul, il ajouta, sans y penser, ceux de ces nouveaux martyrs, disant " et des bienheureux martyrs Denis, Rustique et Eleuthère ", et il vit sur l'autel trois colombes, qui portaient ces noms sacrés imprimés en couleur de sang sur la poitrine. Il communiqua, après la messe, sa vision aux principaux de son clergé, et, ayant commis à un éveque, nommé Félicissime, la charge de l'église d'Arles, il partit aussitôt pour venir chercher leurs reliques à Paris.

Y étant arrivé, sur les avis qu'on lui donna, il alla au village de Châtou et y rencontra heureusement une dame nommée Catulle c'était celle qui avait enlevé les corps des martyrs et les avait enterrés secrètement. Comme il se fit connaître à elle, elle lui déclara toute l'histoire de leur martyre et le mena au lieu où elle les avait ensevelis. Ce fut là que saint Rieul, abandonnant son cœur à la douleur, répandit un torrent de larmes mais il ne pleurait pas tant le supplice de son maître et de ses compagnons, que son propre malheur de ce qu'il n'avait pas eu part à leur triomphe. Il célébra au même lieu le divin sacrifice à leur honneur, et grava sur une pierre le récit de ce qui s'était passé dans le cours de leurs combats. Cependant la pieuse Catulle, désirant être plus parfaitement instruite qu'elle ne l'était des mystères de notre religion, supplia son saint hôte de ne pas sortir si tôt de son logis, puisque, d'ailleurs, la persécution contre les chrétiens n'étant pas encore apaisée, il ne pouvait se produire sans s'exposer inutilement à la mort. Mais trois jours après, le président Fescenninus s'en étant allé sur la nouvelle de la mort de l'empereur Domitien, elle put faire bâtir une chapelle de bois autour des tombeaux des saints martyrs, et saint Rieul la consacra sous leur nom. C'est la chapelle que sainte Geneviève de Paris fit, depuis, rebâtir en pierre, comme nous l'avons déjà marqué dans sa vie.

Saint Rieul exorcisant Catulle et la baptisant.
Vita et passio beati Dionysii. XIVe.

Après avoir fait renaître le courage dans le cœur des fidèles de Paris, dispersés par la tempête, et avoir mis à leur tête le prêtre Malon qu'il sacra évêque, saint Rieul se sentant appelé plus loin, prit le chemin de Senlis, et, passant à Louvres, à six lieues do Paris, il y trouva des paysans qui adoraient l'idole de Mercure. Leur aveuglement lui donna beaucoup de compassion il fit le signe de la croix sur cette idole, la toucha de son bâton, prononça le saint nom de Jésus, et, en même temps, l'idole tomba par terre et fut réduite en poussière. De là il prit sujet d'instruire ces paysans et de leur faire voir que c'était à tort qu'ils rendaient à une créature inanimée, ou à un démon qui s'y montrait, le culte souverain qui n'est dû qu'au seul Dieu créateur du ciel et de la terre et sa parole fut si puissante, qu'elle convertit ces pauvres gens et les porta à demander le saint Baptême.

Ils bâtirent même une chapelle que saint Rieul dédia depuis, et l'on croit que c'est encore celle que l'on voit auprès de la paroisse; quoiqu'on ne puisse douter que, depuis tant de siècles, il ne l'ait fallu réparer plusieurs fois. Elle porte le nom de la sainte Vierge.

Baptême de Catulle. Vie de saint Denis. XIIIe.

Cet heureux succès donna à saint Rieul le courage d'entreprendre la conversion des habitants de Senlis. Il y fut invité par une dame ayant son fils possédé d'un démon furieux, qui le supplia avec beaucoup de larmes de l'en venir délivrer. Ce fut le premier miracle qu'il fit dans cette ville. Ensuite, les portes de la prison s'étant ouvertes à son commandement, et les chaînes des prisonniers s'étant rompues, il les tira de ce lieu de misère et leur donna la liberté ces actions, qui se firent en présence de tout le peuple, furent cause que plusieurs reconnurent la vérité de notre sainte foi, et prièrent le Saint de les baptiser. Le président Quintilien, en étant averti, commanda aux prêtres des idoles de disposer, pour le lendemain, un grand sacrifice, dans le dessein d'obliger Rieul de s'y trouver et d'offrir comme les autres de l'encens aux faux dieux, ou, s'il refusait de le faire, de l'immoler lui-même par de cruels supplices mais saint Denis et ses compagnons, lui apparaissant la nuit, le dissuadèrent d'une résolution si injuste et l'avertirent que, s'il voulait être sauvé, il fallait nécessairement qu'il embrassât la religion que prêchait ce nouveau docteur. Le lendemain, il communiqua sa vision à sa femme, qui, bien loin d'éteindre ces premières étincelles de conversion, les alluma au contraire et les fortifia beaucoup par ses discours, ayant déjà elle-même reçu quelque tçenture de la foi par le moyen de ceux qui avaient assisté aux prédications de saint Denis.

Saint Rieule détruisant les idoles. Vie de saint Denis. XIIIe.

Cependant Rieul se rendit de grand matin au temple, bâti dans l'enceinte des murs de la ville. C'était un édifice somptueux et magnifique où il y avait toutes sortes d'idoles et de figures des divinités païennes. Mais à son arrivée, et aussitôt qu'il eut prononcé le nom adorable de Jésus, toutes ces figures tombèrent par terre et furent brisées. Cet accident mit le trouble et la consternation parmi les sacrificateurs mais durant leur agitation, le Saint, animé du zèle et de la gloire de son Dieu, se mit à prêcher publiquement la fausseté du paganisme et la vérité de l'Evangile et il le fit avec tant d'ardeur et de force, qu'il n'y eut presque personne des assistants qui ne se rendit à ses raisons. Le président arriva là-dessus avec sa femme et toute sa famille, et témoigna qu'il voulait être chrétien ce qui acheva de gagner les principaux habitants que la crainte d'un homme si terrible pouvait beaucoup empêcher de se déclarer. Les sacrificateurs mêmes ne purent résister à une démonstration si évidente de leur erreur aussi, après un jeûne de trois jours, et après que le temple eut été purifié et dédié en l'honneur de la sainte Vierge (c'est encore aujourd'hui la cathédrale où est la chapelle et la célèbre image de Notre-Dame-des-Miracle), il se fit un baptême solennel d'un nombre presque infini de personnes de toutes sortes d'âges, d'états et de conditions.

Cathédrale Notre-Dame. Senlis. Île-de-France.

Saint Rieul fit disposer aussi un cimetière à la porte de la ville, pour la sépulture des fidèles, et y fit construire une église sous les noms de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Cette église et ce cimetière portent à présent son nom, et on l'a donné aussi à une fontaine qui est du côté de Compiègne, parce que ce fut lui qui la fit sourdre miraculeusement, après avoir prêché le peuple en pleine campagne.

Saint Rieul prêchant les idolâtres de Senlis.
Vita et passio beati Dionysii. XIVe.

Voilà quels furent les prémices de la conversion du pays de Senlis. Dieu en augmenta les progrès par de grands miracles, que le Saint opéra en diverses rencontres car son histoire nous apprend qu'il rendit la vue à des aveugles, l'ouïe à des sourds, l'usage des pieds à des boiteux et la santé à plusieurs malades. Mais on peut dire que le plus grand de ses miracles était sa vie toute céleste et angélique. Il avait une humilité très-profonde, qu'il appuyait sur ces paroles du Fils de Dieu, dont il ne perdait jamais le souvenir :
" Tous ceux qui s'abaisseront seront élevés, et tous ceux qui s'élèveront seront abaissés."

Consécration de Saint-Denis-de-l'Estrée. Vie de saint Denis. XIIIe.

Son zèle pour la gloire de Dieu n'avait point de bornes, et il n'y avait rien qu'il n'entreprît et qu'il ne fût prêt à souffrir pour rétendre et pour l'augmenter de tous côtés. Sa charité était immense, et elle se répandait sur toutes sortes de malheureux. Nulle adversité n'était capable de l'abattre. Nulle prospérité et nul bon succès n'étaient capables d'enfler son cœur. Sa modestie, jointe à un port majestueux et à une vénérable vieil-lesse, imprimait un si grand respect dans l'esprit de tous ceux qui le regardaient, qu'ils ne pouvaient s'empêcher de l'aimer et de l'honorer.

Tous les auteurs de sa vie rapportent que le clergé et le peuple de Beauvais l'envoyèrent supplier de venir sacrer évêque leur apôtre, saint Lucien, qui était aussi un des missionnaires compagnons de saint Denis mais durant le voyage de leurs députés à Senlis, ce saint apôtre fut mis à mort pour la foi de Jésus-Christ, sans avoir reçu de lui l'imposition des mains. Si cela est, il faut dire que saint Lucien n'est appelé premier évêque de Beauvais, que parce qu'il était élu, nommé et désigné évêque, et, qu'étant envoyé par saint Clément et saint Denis, il avait toute la juridiction épiscopale, comme les ecclésiastiques nommés à un évôché et institués par le Pape l'ont avant leur sacre.

Saint Rieul procédant à la consécration de Saint-Denis-de-l'Estrée.
Vita et passio beati Dionysii. XIVe.

Quoi qu'il en soit, les auteurs ajoutent que la nouvelle de cet illustre martyre, qui fut apportée à saint Rieul à son départ, ne l'empêcha pas de continuer son voyage dans tous les villages qu'il rencontra sur sa route, il prêcha Jésus-Christ avec un merveilleux succès. Non loin de Senlis, il guérit un aveugle, et, en mémoire de ce miracle, on bâtit au même lieu une chapelle, dont on voit encore les vestiges au village de Ruily.

Prêchant en pleine campagne, comme le bruit des grenouilles empêchait qu'on ne l'entendît, il leur défendit à toutes, excepté à une, de croasser tant que durerait son discours, et aussitôt il fut obéi, et il se servit avantageusement de l'obéissance de ces animaux sans raison, pour porter ses auditeurs à obéir au vrai Dieu. A Brenouille, où il rendit la vue à un aveugle, on éleva une église qui, plus tard, fut placée sous son patronage. A Canneville, il éleva un oratoire qu'il dédia à saint Lucien de Beauvais.

Eglise Saint-Rieul. Brénouille. Picardie.

Enfin, après avoir admirablement consolé et fortifié le peuple de Beauvais par sa présence, il retourna à sa première église. Il employa le reste de sa vie à cultiver par ses visites, ses exhortations et ses exemples, la vigne dont il avait la charge. Enfin, ce qui est admirable en un temps où le martyre était presque inséparable de l'épiscopat, il mourut en paix au milieu de son peuple, l'an 130, sous l'empereur Adrien, après avoir travaillé près de quarante ans à ces diSérentes missions. Son corps fut enterré dans l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul, qui a pris depuis son nom, comme nous l'avons dit et il a fait, dans la suite des siècles, un grand nombre de miracles. Ses historiens sont obligés d'en omettre la plus grande partie, parce que l'incendie arrivé dans l'église cathédrale de Senlis en a fait perdre les actes mais ils en rapportent quelques-uns fort considérables, et qui font voir les grands mérites et le pouvoir extraordinaire de ce saint Evêque.

On représente saint Rieul avec un âne couché à ses pieds voici le sens de cette représentation qui, du reste, se trouve rarement dans les œuvres des artistes Rieul ayant délivré un possédé à Senlis, le diable chassé par l'exorcisme, témoigna le désir d'entrer dans le corps de l'âne, qui servait de monture au saint Evêque. C'était sans doute une compensation, comme celle des démons qui, d'après l'Evangile, demandèrent à pouvoir habiter le corps des pourceaux. Mais, dit la légende, l'âne, en bête bien apprise, fit un signe de croix avec son pied sur la terre, et le diable fut réduit à se pourvoir ailleurs. On voit encore un cerf et une biche sur les anciennes peintures représentant saint Rieul, sans doute pour rappeler le miracle de ces animaux, allant s'agenouiller devant son tombeau, au milieu de la foule, le jour de sa fête. Mais il y a peut-être à cela une explication plus allégorique.

Ne serait-ce pas la représentation pour ainsi dire hiéroglyphique de la conversion du pays de Senlis, dont les habitants s'appelaient habitants des bois, Sylvanectenses ? Il va sans dire que les grenouilles, dont la voix se tut à l'ordre du saint Rieul, ont figuré dans ses images. Les habitants de Ruily où s'opéra ce miracle, et dont le nom latin Reguliacus, vient de Regulus (Rieul), n'ont pas manqué de faire représenter des grenouilles sur le tableau de la chapelle de saint Rieul, leur apôtre.

Saint Rieul désigne son successeur. Vita et passio beati Dionysii. XIVe.

RELIQUES ET CULTE

Clovis, notre premier roi chrétien, étant venu à son tombeau pour y faire sa prière, en fit découvrir les précieuses reliques ; et, après leur avoir rendu beaucoup de respect, il pria les évêques de lui en donner quelques ossements. Les prélats n'osèrent démembrer un corps si vénérable ; mais ils ne purent refuser au roi une dent du saint Evêque. Lorsqu'ils l'arrachèrent de la mâchoire, il en coula un ruisseau de sang ; ce qui remplit encore les assistants d'une plus grande révérence. Clovis la reçut avec beaucoup de dévotion, et l'emporta avec une joie extrême ; mais, lorsqu'il voulut rentrer dans la ville, ni !ui, ni ses officiers n'en purent jamais trouver l'entrée reconnaissant sa faute, il reporta la relique au lieu où il l'avait prise et, pour témoigner davantage sa piété envers saint Rieul, il fit rebâtir fort somptueusement l'église où il était enterré, et la dota de quelques fonds de terre ; il lui fit faire aussi un sépulcre d'or, où il y avait tous les ans, au jour de sa fête, un concours infini de peuple et de pèlerins ; et ce qui est merveilleux, les cerfs mêmes et les biches avec leurs faons, se mêlaient sans crainte parmi le monde, comme pour faire paraître leur joie dans cette solennité publique.

Basilique Saint-Denis. Saint-Denis. Île-de-France.

Un habitant de Senlis s'étant consacré par voeu au service de cette église, changea, quelques années après, de résolution, et s'adonna aux emplois tout à fait séculiers ; mais il fut puni de sa transgression par une cécité subite, et n'en put être guéri que par beaucoup de prières et de larmes, et en reprenant les fonctions sacrées auxquelles il était engagé par sa promesse. Un pauvre estropié des environs d'Auxerre se fit apporter au tombeau du Saint, et il y trouva une guérison si parfaite, que, après être entré dans l'église par le secours d'autrui, il en sortit en sautant, et s'en retourna à pied, plein de force et de vigueur, en son pays. Il en a'riva de même à un boiteux du pays de Gâtinais, et à une pauvre fille de Sentis, qui était si percluse de tous ses membres, qu'elle ne pouvait aller qu'en les traînant misérablement contre la terre. Mais la guérison la plus illustre fut celle de la fille du roi et empereur Charles le Chauve, nommée Hermengarde elle fut délivrée d'une fièvre qui la réduisit à l'extrémité, aussitôt qu'elle eut fait ses dévotions et communié à l'autel de ce saint sépulcre le roi et la reine firent de grands présents à cette même église.

Les habitants de Sentis ont souvent ressenti les effets de la protection de leur bien-aimé Apôtre aussi, dans les circonstances critiques, se sont-ils toujours empressés de réclamer son appui on portait alors ses reliques dans les rues de la ville avec une grande solennité. Le 23 avril ou le dimanche qui en est le plus proche, saint Rieul reçevait encore (en 1872 notamment) les hommages d'une foule de pèlerins en mémoire d'une ancienne translation de ses reliques. Deux fêtes destinées à rappeler ses miracles se célébraient autrefois le février et le 13 juillet. Plusieurs chapelles lui ont été dédiées dans le Valois, où son culte a toujours été très-répandu.

Vision de saint Rieul pendant le Très Saint Sacrifice de la messe.
Vie de saint Denis. XIIIe.

Voilà ce que les auteurs que nous avons cités nous apprennent de saint Rieul. Nous savons que plusieurs savants de ces derniers temps ne tombent pas d'accord sur le temps de sa mission ; les uns ne la mettent que sous l'empire de Dèce, et les autres sous celui de Dioclétien. Mais nous n'avons jamais pu entrer dans le sentiment de ces auteurs, qui veulent que les Papes et les hommes apostoliques aient tellement négligé les Gaules, qu'ils aient été deux ou trois cents ans sans y envoyer de missionnaires, tandis que l'Evangile était porté chez les Scythes. les Indiens et les Brachmanes. Et d'ailleurs, comme un des auteurs que nous avons suivis, et qui vivait apparemment il y a près de huit cents ans, assure qu'il a tiré ce qu'il dit de plusieurs chartes très anciennes, nous avons cru que nous pouvions nous y arrêter sans crainte d'erreur.

Quelques-unes de ses reliques, conservées à la cathédrale d'Amiens, furent sauvées en 1793 par M. Lecouvé, maire de cette ville, gardées jusqu'en 1802 par M. Lejeune, curé constitutionnel de Notre-Dame, et vérifiées en 1816 et en 1829. Elles se trouvent aujourd'hui confondues avec d'autres reliques dans la chasse dite de saint-Honoré.

Vision de saint Rieul pendant le Très Saint Sacrifice de la messe.
Vita et passio beati Dionysii. XIVe.

L'opinion qui fait venir saint Rieul dans les Gaules vers la fin du Ier siècle, est appuyée sur la tradition constante de l'église de Senlis, et confirmée :
1. par trois vies de saint Rieul qui remontent au
IXe siècle ;
2. par l'ancienne liturgie de Senlis ;
3. par les liturgies conformes de l'abbaye de Saint-Denis et de l'église d'Arles ;
4. par les diptyques de cet évêché.

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jeudi, 29 mars 2018

29 mars 2018. Le jeudi Saint.

- Le jeudi Saint.

Nous ne donnons ici que la messe du jeudi saint. Pour qui veut pénétrer plus avant dans ce jour sacré, il faut lire et méditer les belles pages de dom Prosper Guéranger : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgiqu...



Le lavement des pieds. Bas-relief dans le déambulatoire
de la cathédrale Notre-Dame. Paris. XIVe.

LA MESSE DU JEUDI-SAINT

La sainte Eglise se proposant aujourd'hui de renouveler, avec une solennité toute particulière, l'action qui fut accomplie par le Sauveur dans la dernière Cène, selon le précepte qu'il en fit à ses Apôtres, lorsqu'il leur dit : " Faites ceci en mémoire de moi ", nous allons reprendre le récit évangélique que nous avons interrompu au moment où Jésus entrait dans la salle du festin pascal.

Il est arrivé de Béthanie ; tous les Apôtres sont présents, même le perfide Judas, qui garde son affreux secret. Jésus s'approche de la table sur laquelle l'agneau est servi ; ses disciples y prennent place avec lui ; et l'on observe fidèlement les rites que le Seigneur prescrivit à Moïse pour être suivis par son peuple. Au commencement du repas, Jésus prend la parole, et il dit à ses Apôtres :
" J'ai désiré ardemment de manger avec vous cette Pâque, avant de souffrir." (Luc. XXII, 15.).

Il parlait ainsi, non que cette Pâque eût en elle-même quelque chose de supérieur à celles des années précédentes, mais parce qu'elle allait donner occasion à l'institution de la Pâque nouvelle qu'il avait préparée dans son amour pour les hommes ; car " ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, il les aima jusqu'à la fin " (Johan. XIII, I.).

Pendant le repas, Jésus, pour qui les coeurs n'avaient rien de caché, proféra cette parole qui émut les disciples :
" En vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira ; oui, l'un de ceux qui mettent en ce moment la main au plat avec moi est un traître." (Matth.XXVI, 21, 23.).
Que de tristesse dans cette plainte ! Que de miséricorde pour le coupable qui connaissait la bonté de son Maître ! Jésus lui ouvrait la porte du pardon ; mais il n'en profite pas : tant la passion qu'il avait voulu satisfaire par son infâme marché avait pris d'empire sur lui ! Il ose même dire comme les autres : " Est-ce moi, Seigneur ?" Jésus lui répond à voix basse, pour ne pas le compromettre devant ses frères : " Oui, c'est toi ; tu l'as dit ". Judas ne se rend pas ; il reste, et va souiller de sa présence les augustes mystères qui se préparent. Il attend l'heure de la trahison.



La Cène. Ozane. Calvaire de Pleyben. Bretagne. XVIIe.

Le repas légal est terminé. Un festin qui lui succède réunit encore à une même table Jésus et ses disciples. Les convives, selon l'usage de l'Orient, se placent deux par deux sur des lits qu'a préparés la munificence du disciple qui prête sa maison et ses meubles au Sauveur pour cette dernière Cène. Jean le bien-aimé est à côté de Jésus, en sorte qu'il peut, dans sa tendre familiarité, appuyer sa tête sur la poitrine de son Maître. Pierre est placé sur le lit voisin, près du Seigneur, qui se trouve ainsi entre les deux disciples qu'il avait envoyés le matin disposer toutes choses, et qui représentent l'un la foi, l'autre l'amour. Ce second repas fut triste ; les disciples étaient inquiets par suite de la confidence que leur avait faite Jésus ; et l'on comprend que l'âme tendre et naïve de Jean eût besoin de s'épancher avec le Sauveur, sur le lit duquel il était étendu, par les touchantes démonstrations de son amour.

Mais les Apôtres ne s'attendaient pas qu'une troisième Cène allait succéder aux deux premières. Jésus avait gardé son secret ; mais, avant de souffrir, il devait remplir une promesse. Il avait dit en présence de tout un peuple :
" Je suis le pain vivant descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. Ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui." (Johan. VI, 41-59.).

Le moment était venu où le Sauveur allait réaliser cette merveille de sa charité pour nous. Mais comme il avait promis de nous donner sa chair et son sang, il avait dû attendre l'heure de son immolation. Voici maintenant que sa Passion est commencée ; déjà il est vendu à ses ennemis ; sa vie est désormais entre leurs mains ; il peut donc maintenant s'offrir en sacrifice, et distribuer à ses disciples la propre chair et le propre sang de la victime.

Le second repas finissait, lorsque Jésus se levant tout à coup, aux yeux des Apôtres étonnés, se dépouille de ses vêtements extérieurs, prend un linge, s'en ceint comme un serviteur, met de l'eau dans un bassin, et annonce par ces indices qu'il s'apprête à laver les pieds à des convives. L'usage de l'Orient était qu'on se lavât les pieds avant de prendre part à un festin ; mais le plus haut degré de l'hospitalité était lorsque le maître de la maison remplissait lui-même ce soin à l'égard de ses hôtes. C'est Jésus qui invite en ce moment ses Apôtres au divin repas qu'il leur destine, et il daigne agir avec eux comme l'hôte le plus empressé. Mais comme ses actions renferment toujours un fonds inépuisable d'enseignement, il veut, par celle-ci, nous donner un avertissement sur la pureté qu'il requiert dans ceux qui devront s'asseoir à sa table.

" Celui qui est déjà lavé, dit-il, n'a plus besoin que de se laver les pieds " (Johan. XIII, 10.) ; comme s'il disait : Telle est la sainteté de cette divine table, que pour en approcher, non seulement il faut que l'âme soit purifiée de ses plus graves souillures ; mais elle doit encore chercher à effacer les moindres, celles que le contact du monde nous fait contracter, et qui sont comme cette poussière légère qui s'attache aux pieds. Nous expliquerons plus loin les autres mystères signifiés dans le lavement des pieds.

Jésus se dirige d'abord vers Pierre, le futur Chef de son Eglise. L'Apôtre se refuse à permettre une telle humiliation à son Maître ; Jésus insiste, et Pierre est contraint de céder. Les autres Apôtres qui, ainsi que Pierre, étaient restés sur les lits, voient successivement leur Maître s'approcher d'eux et laver leurs pieds. Judas même n'est pas excepté. Il avait reçu un second et miséricordieux avertissement quelques instants auparavant, lorsque Jésus, parlant à tous, avait dit :
" Pour vous, vous êtes purs, mais non pas tous cependant." (Johan. XIII, 10.).

Ce reproche l'avait laissé insensible. Jésus, ayant achevé de laver les pieds des douze, vient se replacer sur le lit près de la table, à côté de Jean.



Le lavement des pieds. Giotto. Chapelle des Scrovegni. Padoue. XIVe.

Alors, prenant du pain azyme qui était resté du repas, il élève les yeux au ciel, bénit ce pain, le rompt et le distribue à ses disciples, en leur disant :
" Prenez et mangez ; ceci est mon corps."
Les Apôtres reçoivent ce pain devenu le corps de leur Maître ; ils s'en nourrissent ; et Jésus n'est plus seulement avec eux à la table, il est en eux. Ensuite, comme ce divin mystère n'est pas seulement le plus auguste des Sacrements, mais qu'il est encore un Sacrifice véritable, qui demande l'effusion du sang, Jésus prend la coupe; et, transformant en son propre sang le vin dont elle est remplie, il la passe à ses disciples, et leur dit :
" Buvez-en tous ; car c'est le sang de la Nouvelle Alliance, qui sera répandu pour vous."
Les Apôtres participent les uns après les autres à ce divin breuvage, et Judas à son tour ; mais il boit sa condamnation, comme tout à l'heure, dans le pain sacré, il a mangé son propre jugement (I. Cor. XI, 29.). L'inépuisable bonté du Sauveur cherche cependant encore à faire rentrer le traître en lui-même. En donnant la coupe aux disciples, il a ajouté ces terribles paroles :
" La main de celui qui me trahit est avec moi à cette table." (Luc. XXII, 21.).

Pierre a été frappé de cette insistance de son Maître. Il veut connaître enfin le traître qui déshonore le collège apostolique ; mais n'osant interroger Jésus, à la droite duquel il est place, il fait signe à Jean, qui est à la gauche du Sauveur, pour tâcher d'obtenir un éclaircissement. Jean se penche sur la poitrine de Jésus et lui dit à voix basse :
" Maître, quel est-il ?"
Jésus lui répond avec la même familiarité :
" Celui à qui je vais envoyer un morceau de pain trempé."
Il restait sur la table quelques débris du repas ; Jésus prend un peu de pain, et l'ayant trempé, il l'adresse à Judas. C'était encore une invitation inutile à cette aine endurcie à tous les traits de la grâce ; aussi l'Evangéliste ajoute :
" Après qu'il eut reçu ce morceau, Satan entra en lui." (Johan. XIII, 27.).
Jésus lui dit encore ces deux mots :
" Ce que tu as à faire, fais-le vite." (Ibid.).
Et le misérable sort de la salle pour l'exécution de son forfait.

Telles sont les augustes circonstances de la Cène du Seigneur, dont l'anniversaire nous réunit aujourd'hui ; mais nous ne l'aurions point suffisamment racontée aux âmes pieuses, si nous n'ajoutions un trait essentiel. ,Ce qui se passe aujourd'hui dans le Cénacle n'est point un événement arrivé une fois dans la vie mortelle du Fils de Dieu, et les Apôtres ne sont pas seulement les convives privilégiés de la table du Seigneur. Dans le Cénacle, de même qu'il y a plus qu'un repas, il y a autre chose qu'un sacrifice, si divine que soit la victime offerte par le souverain Prêtre. Il y a ici l'institution d'un nouveau Sacerdoce. Comment Jésus aurait-il dit aux hommes :
" Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez point la vie en vous " (Ibid. VI, 54.), s'il n'eût songé à établir sur la terre un ministère par lequel il renouvellerait, jusqu'à la fin des temps, ce qu'il vient d'accomplir en présence de ces douze hommes ?



La Cène. Le Tintoret. XVIe.

Or voici ce qu'il dit à ces hommes qu'il a choisis :
" Vous ferez ceci en mémoire de moi." (Luc. XXII, 19.).
Il leur donne par ces paroles le pouvoir de changer, eux aussi, le pain en son corps et le vin en son sang ; et ce pouvoir sublime se transmettra dans l'Eglise, par la sainte ordination, jusqu'à la fin des siècles. Jésus continuera d'opérer, par le ministère d'hommes mortels et pécheurs, la merveille qu'il accomplit dans le Cénacle ; et en même temps qu'il dote son Eglise de l'unique et immortel Sacrifice, il nous donne, selon sa promesse, par le Pain du ciel, le moyen de " demeurer en lui, et lui en nous ". Nous avons donc à célébrer aujourd'hui un autre anniversaire non moins merveilleux que le premier : l'institution du Sacerdoce chrétien.

Afin d'exprimer d'une manière sensible aux yeux du peuple fidèle la majesté et l'unité de cette Cène que le Sauveur donna à ses disciples, et à nous tous en leur personne, la sainte Eglise interdit aujourd'hui aux Prêtres la célébration des Messes privées, hors le cas de nécessité. Elle veut qu'il ne soit offert dans chaque église qu'un seul Sacrifice, auquel tous les Prêtres assistent ; et au moment de la communion, on les voit tous s'avancer vers l'autel, revêtus de l'étole, insigne de leur sacerdoce, et recevoir le corps du Seigneur des mains du célébrant.

La Messe du Jeudi saint est une des plus solennelles de l'année ; et quoique l'institution de la fête du Très-Saint-Sacrement ait pour objet d'honorer avec plus de pompe le même mystère, l'Eglise, en l'établissant, n'a pas voulu que l'anniversaire de la Cène du Seigneur perdit rien des honneurs auxquels il a droit. La couleur adoptée à cette Messe pour les vêtements sacrés est le blanc, comme aux jours mêmes de Noël et de Pâques ; tout l'appareil du deuil a disparu. Cependant plusieurs rites extraordinaires annoncent que l'Eglise craint encore pour son Epoux, et qu'elle ne fait que suspendre un moment les douleurs qui l'oppressent. A l'autel, le Prêtre a entonné avec transport l'Hymne angélique :
" Gloire à Dieu au plus haut des cieux !"

Tout à coup les cloches ont retenti en joyeuse volée, accompagnant jusqu'à la fin le céleste cantique ; mais à partir de ce moment elles vont demeurer muettes, et leur silence durant de longues heures va faire planer sur la cité une impression de terreur et d'abandon. La sainte Eglise, en nous sevrant ainsi du grave et mélodieux accent de ces voix aériennes, qui chaque jour parcourent les airs et vont jusqu'à notre cœur, veut nous faire sentir que ce monde, témoin des souffrances et de la mort de son divin Auteur, a perdu toute mélodie, qu'il est devenu morne et désert ; et joignant un souvenir plus précis à cette impression générale, elle nous rappelle que les Apôtres, qui sont la voix éclatante du Christ, et sont figurés par les cloches dont le son appelle les fidèles à la maison de Dieu, se sont enfuis et ont laissé leur Maître en proie à ses ennemis.

Le Sacrifice poursuit son cours ; mais au moment où le Prêtre élève l'Hostie sainte et le Calice du salut, la cloche reste déjà dans son silence, et rien n'annonce plus au dehors du temple l'arrivée du Fils de Dieu. La communion générale est proche, et le Prêtre ne donne pas le baiser de paix au Diacre, qui, selon la tradition apostolique, doit le transmettre aux communiants par le Sous-Diacre. La pensée se reporte alors sur l'infâme Judas, qui, aujourd'hui même, a profané le signe de l'amitié, et en a fait l'instrument du meurtre. C'est pour cela que l'Eglise, en exécration du traître, et comme si elle craignait de renouveler un si fatal souvenir en un tel moment, s'abstient aujourd'hui de ce témoignage de la fraternité chrétienne qui fait partie essentielle des rites delà Messe solennelle.



Le lavement des pieds. A. H.. Flandres. XVIe.

Mais un rite non moins insolite s'est accompli à l'autel, dans l'action même du Sacrifice. Le Prêtre a consacré deux hosties, et, après en avoir consommé une, il a réservé l'autre, et l'a placée dans un calice qu'il a soigneusement enveloppé. C'est que l'Eglise a résolu d'interrompre demain le cours du Sacrifice perpétuel dont l'offrande sanctifie chaque journée. Telle est l'impression que lui fait éprouver ce cruel anniversaire, qu'elle n’osera renouveler sur l'autel, en ce jour terrible, l'immolation qui eut lieu sur le Calvaire. Elle restera sous le coup de ses souvenirs, et se contentera de participer au Sacrifice d'aujourd'hui, dont elle aura réservé une seconde hostie. Ce rite s'appelle la Messe des Présanctifiés, parce que le Prêtre n'y consacre pas, mais consomme seulement l'hostie consacrée le jour précédent. Autrefois, comme nous le dirons plus tard, la journée du Samedi saint se passait aussi sans qu'on offrît le saint Sacrifice ; mais on n'y célébrait pas, comme le Vendredi, la Messe des Présanctifiés.

Toutefois, si l'Eglise suspend durant quelques heures l'offrande du Sacrifice éternel, elle ne veut pas cependant que son divin Epoux y perde quelque chose des hommages qui lui sont dus dans le Sacrement de son amour. La piété catholique a trouvé le moyen de transformer en un triomphe pour l'auguste Eucharistie ces instants où l'Hostie sainte semble devenue inaccessible à notre indignité. Elle prépare dans chaque temple un reposoir pompeux. C'est là qu'après la Messe d'aujourd'hui l'Eglise transportera le corps de son Epoux ; et bien qu'il y doive reposer sous des voiles, ses fidèles l'assiégeront de leurs vœux et de leurs adorations. Tous viendront honorer le repos de l'Homme-Dieu ; " là où sera le corps, les aigles s'assembleront " (Matth. XXIV, 28.) ; et de tous les points du monde catholique un concert de prières vives et plus affectueuses qu'en tout autre temps de l'année, se dirigera vers Jésus, comme une heureuse compensation des outrages qu'il reçut en ces mêmes heures de la part des Juifs. Près de ce tombeau anticipé se réuniront et les âmes ferventes en qui Jésus vit déjà, et les pécheurs convertis par la grâce et déjà en voie de réconciliation.

A Rome, la Station est dans la Basilique de Latran. La grandeur de ce jour, la réconciliation des Pénitents, la consécration du Chrême, ne demandaient pas moins que cette métropole de la ville et du monde.

EPÎTRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. XI. :



Saint Paul. Détail. Anonyme flamand. XVIe.


" Mes Frères, lorsque vous vous assemblez comme vous faites, ce n'est plus manger la Cène du Seigneur. Car chacun se hâte de manger son souper à part, en sorte que l'un n'a rien à manger, tandis que l'autre fait des excès. N'avez-vous pas vos maisons pour y manger et y boire ? Méprisez-vous l'Eglise de Dieu ? Voulez-vous faire honte à ceux qui sont pauvres ? Que vous irai-je ? Faut-il vous louer ? Non, certes ; je ne vous louerai pas. C'est du Seigneur lui-même que j'ai appris ce que je vous ai enseigné, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit même où il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit et dit :
" Prenez et mangez ; ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi."
Il prit de même le calice, après avoir soupé, en disant :
" Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous le boirez ; car tous les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne."
Ainsi donc, celui qui mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur ! Que l'homme donc s'éprouve soi-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, e boive de ce calice ; car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne faisant pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneur.
C'est pour cela que parmi vous beaucoup sont malades et languissants, et que beaucoup même sont morts. Que si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés ; mais lorsque nous sommes jugés de la sorte, c'est le Seigneur lui-même qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde."


Le grand Apôtre, après avoir repris les chrétiens de Corinthe des abus auxquels donnaient lieu ces repas nommés Agapes, que l'esprit de fraternité avait fait instituer, et qui ne tardèrent pas à être abolis, raconte la dernière Cène du Sauveur. Il appuie son récit, conforme en tout a celui des Evangélistes, sur le propre témoignage du Sauveur lui-même, qui daigna lui apparaître et l'instruire en personne après sa conversion. L'Apôtre insiste sur le pouvoir que le Sauveur donna à ses disciples de renouveler l'action qu'il venait de faire, et il nous enseigne en particulier que chaque fois que le Prêtre consacre le corps et le sang de Jésus-Christ, " il annonce la mort du Seigneur ", exprimant par ces paroles l'unité de sacrifice sur la croix et sur l'autel. La conséquence d'un tel enseignement est facile a déduire.

L'Apôtre nous la propose lui-même :
" Que l’homme donc s'éprouve, dit-il, et qu'ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice."
En effet, pour être initié d'une manière si intime au sublime mystère de la Rédemption, pour contracter une telle union avec la divine Victime, nous devons bannir de nous tout ce qui est du péché et de l'affection au péché.

" Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui ", dit le Sauveur. Se peut-il rien de plus intime ? Dieu devient l'homme, et l'homme devient Dieu, dans cet heureux moment. Avec quel soin devons-nous purifier notre âme, unir notre volonté à celle de Jésus, avant de nous asseoir à cette table qu'il a dressée pour nous, à laquelle il nous convie ! Demandons-lui de nous préparer lui-même, comme il prépara ses Apôtres, en leur lavant les pieds. Il le fera aujourd'hui et toujours, si nous savons nous prêter à sa grâce et à son amour.

ÉVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. XIII.



Le lavement des pieds. Duccio di Buoninsegna.
Cathédrale de Sienne. XIVe.

" Avant le jour de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. Et le souper étant fini, lorsque déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas Iscariote de le trahir, Jésus sachant que son Père avait tout remis entre ses mains, et qu'il était sorti de Dieu, et retournait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et, ayant pris un linge, il se ceignit. Ensuite il mit de l'eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vint donc à Simon Pierre ; et Pierre lui dit :
" Vous, Seigneur, vous me laveriez les pieds !"
Jésus lui dit :
" Ce que je fais, tu l'ignores présentement ; mais tu le sauras plus tard."
Pierre lui dit :
" Jamais vous ne me laverez les pieds."
Jésus lui répondit :
" Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi."
Simon Pierre lui dit :
" Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tète."
Jésus lui dit :
" Celui qui est déjà lavé n'a besoin que de laver ses pieds, et il est pur et net dans tout le reste ; pour vous, vous êtes purs ; mais non pas tous."
Car il savait qui le trahirait ; c'est pourquoi il dit :
" Vous n'êtes pas tous purs ".
Après qu'il leur eut lavé les pieds, et qu'il eut repris ses vêtements, s'étant remis à table, il leur dit :
" Savez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur,
et vous dites bien ; car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds,
moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns
aux autres. Car je vous ai donné l'exemple, afin que, comme je vous ai
fait, vous fassiez aussi."



Le lavement des pieds. Calvaire de l'enclos paroissial de Guimillau.
Léon. Bretagne. XVIIe.


L'action du Sauveur lavant les pieds à ses disciples avant de les admettre à la participation de son divin mystère, renferme une leçon pour nous. Tout à l'heure l'Apôtre nous disait : " Que l'homme s'éprouve lui-même " ; Jésus dit à ses disciples : " Pour vous, vous êtes purs ". Il est vrai qu'il ajoute : " mais non pas tous ". De même l'Apôtre nous dit " qu'il en est qui se rendent coupables du corps et du sang du Seigneur ".

Craignons le sort de ceux-là, et éprouvons-nous nous-mêmes ; sondons notre conscience avant d'approcher de la table sacrée. Le péché mortel, l'affection au péché mortel, transformeraient pour nous en poison l'aliment qui donne la vie à l'âme.



Le lavement des pieds. Verrière.
Eglise de la Madeleine. Strasbourg. XVe.

Mais si nous devons respecter assez la table du Seigneur, pour ne pas nous y présenter avec la souillure qui fait perdre à l'âme la ressemblance de Dieu et lui donne les traits hideux de Satan, nous devons aussi, par respect pour la sainteté divine qui va descendre en nous, purifier les taches légères qui la blesseraient.

" Celui qui est déjà lavé, dit le Seigneur, n'a besoin que de laver ses pieds."
Les pieds sont les attaches terrestres dans lesquelles nous sommes si souvent exposés à pécher. Veillons sur nos sens, sur les mouvements de notre âme. Purifions ces taches par une confession sincère, par la pénitence, par le regret et l'humiliation ; afin que le divin Sacrement, entrant en nous, soit reçu dignement, et qu'il opère dans toute la plénitude de sa vertu.

29 mars. Saint Jonas, saint Barachisius, frères, et leurs saints compagnons, martyrs. 326.

- Saint Jonas (ou Jonan ou encore Yon), saint Barachisius (ou Barachise ou encore Berikjesu), frères, et leurs saints compagnons, martyrs. 326.

Pape : Saint Sylvestre Ier. Roi des Perses : Sapor Ier.
 
" Ne craignez rien, leur dirent-ils, combattons, mes frères, pour le nom de Jésus crucifié, et nous obtiendrons, comme nos devanciers, la glorieuse couronne promise aux vaillants soldats de la foi."
Saint Barachisius.
 

Saint Jonas et saint Barachisius. Gravure de Jacques Callot. XVIIe.

La dix-huitième année de son règne, Sapor, croyant qu'il était de sa politique de persécuter l'Église du Christ, renversa les églises et les autels, brûla les monastères, et accabla de vexations les chrétiens. Il voulait leur faire renier le culte du Dieu créateur pour celui du feu, du soleil et de l'eau : quiconque refusait d'adorer ces divinités était torturé.

Il y avait dans la ville de Beth-Asa deux frères également vertueux et chers à tous les chrétiens ; ils se nommaient Jonan et Berikjesu. Connaissant les tourments qu'on faisait subir, en divers lieux, aux chrétiens, pour les forcer à renier, ils résolurent de s'y rendre incontinent. Arrivés à la ville de Hubaham, et désirant tout voir par eux-mêmes, ils pénétrèrent jusqu'à la prison publique, pour y visiter les chrétiens. Ils en trouvèrent un grand nombre qui avaient résisté à plusieurs épreuves; ils les animèrent à persévérer, leur apprirent à trouver dans les Écritures des réponses pour confondre les juges ; et le succès de leurs exhortations fut tel que, parmi ces chrétiens, les uns confessèrent devant les tyrans et les autres cueillirent la palme du martyre ; ces derniers furent au nombre de neuf : Zébinas, Lazare, Marout, Narsai, Elia, Mahri, Habile, Saba et Schembaitch.

A la vue de plusieurs chrétiens dans les tourments, ils les encouragèrent ainsi :
" Ne craignez rien, leur dirent-ils, combattons, mes frères, pour le nom de Jésus crucifié, et nous obtiendrons, comme nos devanciers, la glorieuse couronne promise aux vaillants soldats de la foi."

Soutenues par ces paroles, les victimes consommèrent sans faiblesse leur sacrifice. Mais il n'en fallait pas davantage pour exciter la colère des ministres du roi. Jonas et Barachisius sont arrêtés et menacés de mort s'ils n'adorent les dieux de la Perse, le soleil, le feu et l'eau. Leur refus est suivi de cruelles tortures.


Saint Jonas. Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Jonas, attaché à un pieu, est frappé de verges couvertes d'épines jusqu'à ce que ses côtes soient mises à nu ; mais il bénit et glorifie le Seigneur. On le traîne alors, une chaîne aux pieds, sur un étang glacé pour y passer la nuit.

Pendant ce temps, Barachisius confond à son tour la folie des adorateurs des idoles, et affirme que jamais il n'adorera que Celui qui est le Créateur tout-puissant du soleil, du feu et de l'eau. On lui verse du plomb fondu sur les yeux, dans la bouche, dans le nez et les oreilles, puis on le suspend par un pied dans sa prison.

Le lendemain, le combat recommence pour les deux frères. Aux questions railleuses de ses bourreaux, Jonas répond :
" Dieu ne m'a jamais donné une nuit plus heureuse ni plus tranquille ", puis il leur parle avec une éloquence et une sagesse qui les ravissent d'étonnement et d'admiration malgré eux, sans toutefois diminuer leur barbarie. Ils coupent par phalanges les doigts des mains et des pieds du saint martyr, et ensuite le jettent dans une chaudière de poix bouillante, après lui avoir ôté la peau de la tête. La poix bouillante l'ayant épargné, ils le placent sous un pressoir à vis et le broient en faisant tourner sur lui cet horrible instrument ; et c'est dans ce supplice que Jonas termina son combat victorieux.

Quant à son frère Barachisius, il ne fut pas moins admirable. Jeté dans un buisson d'épines aiguës, on ne l'en retira que pour enfoncer dans sa chair des pointes de roseaux et les arracher violemment. Au lieu de se plaindre, la douce victime, à l'exemple du Maître, priait pour ses ennemis. Son corps fut ensuite broyé sous le même pressoir où son frère avait expiré.

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mercredi, 28 mars 2018

28 mars. Saint Jean de Capistran, général de l'Ordre des Frères Mineurs, légat du Saint-Siège. 1456.

- Saint Jean de Capistran, général de l'Ordre des Frères Mineurs, légat du Saint-Siège. 1456.

Pape : Callixte III. Empereurs : Frédéric III.

" Si Dieu ne se proposait de mettre en possession de son héritage ceux qui sont éprouvés, Il ne prendrait pas soin de les former par la tribulation."
Saint Antonin de Florence.


Saint Jean de Capistran. Bartolomeo Vivarini. XVe.

Plus l’Eglise semble approcher du terme de ses destinées, plus aussi l’on dirait qu’elle aime à s’enrichir de fêtes nouvelles rappelant le glorieux passé. C'est qu'en tout temps du reste, un des buis du Cycle sacré est de maintenir en nous le souvenir des bienfaits du Seigneur. " Ayez mémoire des anciens jours, considérez l'histoire des générations successives ", disait déjà Dieu sous l'alliance du Sinaï (Deut. XXXII, 7.) ; et c'était une loi en Jacob, que les pères rissent connaître à leurs descendants, pour qu'eux-mêmes les transmissent à la postérité, les récits antiques (Psalm. LXXVII, 5.). Plus qu'Israël qu'elle a remplacé, l'Eglise a ses annales remplies des manifestations de la puissance de l'Epoux ; mieux que la descendance de Juda, les fils de la nouvelle Sion peuvent dire, en contemplant la série des siècles écoulés : " Vous êtes mon Roi, vous êtes mon Dieu, vous qui toujours sauvez Jacob !" (Psalm. XLIII, 5.).

Tandis que s'achevait en Orient la défaite des Iconoclastes, une guerre plus terrible, où l'Occident devait lutter lui-même pour la civilisation et pour l'Homme-Dieu, commençait à peine. Comme un torrent soudain grossi, l'Islam avait précipité de l'Asie jusqu'au centre des Gaules ses flots impurs ; pied à pied, durant mille années, il allait disputer le sol occupé par les races latines au Christ et à son Eglise. Les glorieuses expéditions des XIIe et XIIIe siècles, en l'attaquant au centre même de sa puissance, ne firent que l'immobiliser un temps. Sauf sur la terre des Espagnes, où le combat ne devait finir qu'avec le triomphe absolu de la Croix, on vit les princes, oublieux des traditions de Charlemagne et de saint Louis, délaisser pour les conflits de leurs ambitions privées la guerre sainte, et bientôt le Croissant, défiant à nouveau la chrétienté, reprendre ses projets de conquête universelle.

En 1453, Byzance, la capitale de l'empire d'Orient, tombait sous l'assaut des
janissaires turcs ; trois ans après, Mahomet II son vainqueur investissait Belgrade, le boulevard de l'empire d'Occident. Il eût semblé que l'Europe entière ne pouvait manquer d'accourir au secours de la place assiégée. Car cette dernière digue forcée, c'était la dévastation immédiate pour la Hongrie, l'Autriche et l'Italie ; pour tous les peuples du septentrion et du couchant, c'était à bref délai la servitude de mort où gisait cet Orient d'où nous est venue la vie, l'irrémédiable stérilité du sol et des intelligences dont la Grèce, si brillante autrefois, reste encore aujourd'hui frappée.


Saint Jean de Capestran. Gaetano Lapis. XVIIIe.

Or toutefois, l'imminence du danger n'avait eu pour résultat que d'accentuer la division lamentable qui livrait le monde chrétien à la merci de quelques milliers d'infidèles. On eût dit que la perte d'autrui dût être pour plusieurs une compensation à leur propre ruine ; d'autant qu'à cette ruine plus d'un ne désespérait pas d'obtenir délai ou dédommagement, au prix de la désertion de son poste de combat. Seule, à rencontre de ces égoïsmes, au milieu des perfidies qui se tramaient dans l'ombre ou déjà s'affichaient publiquement, la papauté ne s'abandonna pas. Vraiment catholique dans ses pensées, dans ses travaux, dans ses angoisses comme dans ses joies et ses triomphes, elle prit en mains la cause commune trahie par les rois. Econduite dans ses appels aux puissants, elle se tourna vers les humbles, et plus confiante dans sa prière au Dieu des armées que dans la science des combats, recruta parmi eux les soldats de la délivrance.

C'est alors que le héros de ce jour, saint Jean de Capistran, depuis longtemps déjà redoutable à l'enfer, consomma du même coup sa gloire et sa sainteté. A la tête d'autres pauvres de bonne volonté, paysans, inconnus, rassemblés par lui et ses Frères de l'Observance, le pauvre du Christ ne désespéra pas de triompher de l'armée la plus forte, la mieux commandée qu'on eût vue depuis longtemps sous le ciel. Une première fois, le 14 juillet 1456, rompant les lignes ottomanes en la compagnie de Jean Hunyade, le seul des nobles hongrois qui eût voulu partager son sort, il s'était jeté dans Belgrade et l'avait ravitaillée. Huit jours plus tard, le 22 juillet, ne souffrant pas de s'en tenir à la défensive, sous les yeux d'Hunyade stupéfié par cette stratégie nouvelle, il lançait sur les retranchements ennemis sa troupe armée de fléaux et de fourches, ne lui donnant pour consigne que de crier le nom de Jésus à tous les échos.

C'était le mot d'ordre de victoire que saint Jean de Capistran avait hérité de Bernardin de Sienne son maître :
" Que l'adversaire mette sa confiance dans les chevaux et les chars ; pour nous, nous invoquerons le Nom du Seigneur." (Psalm. XIX, 8.).

Et en effet, le Nom toujours " saint et terrible " (Psalm. CX, 9.) sauvait encore son peuple. Au soir de cette mémorable journée, vingt-quatre mille Turcs jonchaient le sol de leurs cadavres ; trois cents canons, toutes les armes, toutes les richesses des infidèles étaient aux mains des chrétiens ; Mahomet II, blessé, précipitant sa fuite, allait au loin cacher sa honte et les débris de son armée.

Ce fut le 6 août que parvint à Rome la nouvelle d'une victoire qui rappelait celle de Gédéon sur Madian (Judic. VII.). Le Souverain Pontife, Callixte III, statua que désormais toute l'Eglise fêterait ce jour-là solennellement la glorieuse Transfiguration du Seigneur. Car en ce qui était des soldats de la Croix, " ce n'était pas leur glaive qui avait délivré la terre, ce n'était pas leur bras qui les avait sauvés, mais bien votre droite et la puissance de votre bras à vous, Ô Dieu, et le resplendissement de votre visage, parce que vous vous étiez complu en eux " (Psalm. XLIII , 4.), " comme au Thabor en votre Fils bien-aimé " (Matth. XVII, 5.).


La petite ville de Capestrano. Abbruzes.

Saint Jean naquit à Capestrano dans les Abruzzes. Envoyé pour ses études à Pérouse, il profita grandement dans les sciences chrétiennes et libérales Sa connaissance éminente du droit le fit appeler par le roi de Naples Ladislas au gouvernement de plusieurs villes. Or, tandis qu'il s'en acquittait saintement et s'efforçait dans des temps troublés de ramener la paix, lui-même est jeté dans les fers. Délivré miraculeusement, il embrasse la règle de saint François d'Assise parmi les Frères Mineurs. Dans les lettres divines il eut pour maître saint Bernardin de Sienne, dont il devint le parfait imitateur pour la vertu, pour la propagation surtout du culte du très saint nom de Jésus et delà Mère de Dieu. Il refusa l'évêché d'Aquila. Son austérité, ses nombreux écrits pour la réforme des moeurs le rendirent célèbre.

Tout adonné à la prédication de la parole de Dieu, il parcourut en s'acquittant de cet office l'Italie presque entière, ramenant d'innombrables âmes dans les voies du salut par la force de son éloquence et ses miracles répétés. Martin V l'établit inquisiteur pour l'extinction de la secte des Fratricelles.

Nommé par Nicolas V inquisiteur général en Italie contre les Juifs et les Sarrasins, il en convertit un grand nombre à la foi du Christ. En Orient, il fut le promoteur de beaucoup d'excellentes mesures ; au concile de Florence, où on le vit briller comme un soleil, il rendit à l'Eglise catholique les Arméniens. Sur la demande de l'empereur Frédéric III, le même Nicolas V l'envoya comme nonce du Siège apostolique en Allemagne, pour qu'il y rappelât les hérétiques à la foi véritable et l’esprit des princes à la concorde. Un ministère de six années en ce pays et dans d'autres provinces lui permit d'accroître merveilleusement la gloire de Dieu, amenant sans nombre au sein de l'Eglise, par la vérité de la doctrine et l'éclat des miracles, Hussites, Adamites, Thaborites et Juifs.


Saint Bernardin de Sienne et saint Jean de Capestran.
Détail. Alonso Cano. XVIIe.

Callixte III ayant résolu, principalement à sa prière, de promouvoir la croisade, Jean parcourut sans repos la Hongrie et d'autres contrées, excitant par lettres ou discours les princes à la guerre, enrôlant dans un court espace de temps soixante-dix mille chrétiens. C'est surtout à sa prudence, à son courage, qu'est due la victoire de Belgrade, où cent vingt mille Turcs furent partie massacrés, partie mis en fuite. La nouvelle de cette victoire étant arrivée à Rome le huit des ides d'août, Callixte III, en perpétuelle mémoire, consacra ce jour en y fixant la solennité de la Transfiguration du Seigneur. Atteint d'une maladie mortelle, Jean fut transporté à Illok, où plusieurs princes étant venus le visiter, il les exhorta à la défense de la religion, et rendit saintement à Dieu son âme.

On était en l'année du salut mil quatre cent cinquante-six. Dieu confirma sa gloire après sa mort par beaucoup de miracles, lesquels ayant été prouvés juridiquement, Alexandre VIII le mit au nombre des Saints l'an mil six cent quatre-vingt-dix. Au second centenaire de sa canonisation, Léon XIII a étendu son Office et sa Messe à toute l'Eglise.


Statue de saint Jean de Capestran à la gloire de la défense de la
Très Sainte Eucharistie et de la Foi. Vienne. Autriche.

PRIERE

" Le Seigneur est avec vous, Ô le plus fort des hommes ! Allez dans cette force qui est la vôtre, et délivrez Israël, et triomphez de Madian : " sachez que c'est moi qui vous ai envoyé " (Judic. VI.). Ainsi l'Ange du Seigneur saluait Gédéon, quand il le choisissait pour ses hautes destinées parmi les moindres de son peuple ! Ainsi pouvons-nous, la victoire remportée, vous saluer à notre tour, Ô fils de François d'Assise, en vous priant de nous aide toujours. L'ennemi que vous avez vaincu sur les champs de bataille n'est plus à redouter pour notre Occident ; le péril est bien plutôt où Moïse le signalait pour son peuple après la délivrance, quand il disait :
" Prenez garde d'oublier le Seigneur votre Dieu, de peur qu'après avoir écarté la famine, bâti de belles maisons, multiplié vos troupeaux, votre argent et votre or, goûté l'abondance de toutes choses, votre coeur ne s'élève et ne se souvienne plus de Celui qui vous a sauvés de la servitude."
(Deut. VIII, 11-14.).

Si, en effet, le Turc l'eût emporté, dans la lutte dont vous fûtes le héros, où serait cette civilisation dont nous sommes si fiers ? Après vous, plus d'une fois, l'Eglise dut assumer sur elle à nouveau l'œuvre de défense sociale que les chefs des nations ne comprenaient plus. Puisse la reconnaissance qui lui est due préserver les fils de la Mère commune de ce mal de l'oubli qui est le fléau de la génération présente ! Aussi remercions-nous le ciel du grand souvenir dont resplendit par vous en ce jour le Cycle sacré, mémorial des bontés du Seigneur et des hauts faits des Saints. Faites qu'en la guerre dont chacun de nous reste le champ de bataille, le nom de Jésus ne cesse jamais de tenir en échec le démon, le monde et la chair ; faites que sa Croix soit notre étendard, et que par elle nous arrivions, en mourant à nous-mêmes, au triomphe de sa résurrection."

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mardi, 27 mars 2018

27 mars. Saint Jean Damascène, docteur de l'Eglise. 780.

- Saint Jean Damascène, docteur de l'Eglise. 749.
 
Pape : Saint Agathon ; saint Zacharie. Empereur d'Orient : Léon l'Isaurien ; Constantin Copronyme. Roi des Lombards : Aistulf.

" Le bien n'est même pas bien s'il n'est pas bien fait."
Maxime favorite de saint Jean Damascène.


Saint Jean Damascène. Xe.

Jean, appelé Damascène du nom de sa ville natale, était de noble race. Il fut instruit dans les lettres humaines et divines, à Constantinople, par le moine Côme. Dans ce temps-là, l'empereur Léon l’Isaurien ayant déclaré une guerre impie aux saintes Images, Jean, sur l'exhortation du Pontife romain Grégoire III, mit tout son zèle à défendre dans ses discours et ses écrits la sainteté de leur culte ; ce qui lui attira l'inimitié de l'empereur. Cette inimitié alla si loin que celui-ci, au moyen de lettres supposées, accusa Jean de trahison près du calife de Damas dont il était le conseiller et le ministre. Trop crédule à la calomnie, le calife, sans écouter les protestations de l'accusé, lui fit couper la main droite. Mais l'innocence devait être vengée ; la Vierge très sainte prêta l'oreille à la prière fervente de son dévot client : par son secours, la main coupée se rejoignit au bras comme si elle n'en avait jamais été séparée.

Ce miracle émut Jean de telle sorte, qu'il résolut d'accomplir un dessein formé dès longtemps dans son âme : le calife lui ayant quoique à regret permis de quitter son service, il distribua tous ses biens aux pauvres, affranchit ses esclaves, et, après avoir fait le pèlerinage des saints lieux de Palestine, se retira dans la compagnie de son maître Côme en la laure de saint Sabas près de Jérusalem, où on l’ordonna prêtre.

L'arène de la vie religieuse le vit donner aux moines d'admirables exemples de vertu, principalement d'humilité et d'obéissance. Il réclamait comme siens les plus vils emplois du monastère, et mettait tout son zèle à les accomplir. Envoyé vendre à Damas les corbeilles qu'il avait tressées, les insultes et les moqueries de la plèbe étaient pour lui comme un breuvage délicieux dans cette ville où jadis il avait joui des plus grands honneurs. Son obéissance ne le tenait pas seulement à la disposition du moindre signe des supérieurs ; mais, si durs, si insolites que fussent les ordres donnés, il ne se crut jamais permis d'en demander la raison.


Manuscrit Grec. XIIe.

Dans cet exercice de toutes les vertus, son dévouement à défendre le dogme catholique du culte des saintes Images ne se démentit jamais. Aussi la haine de Constantin Copronyme, comme auparavant celle de Léon l'Isaurien, le poursuivit-elle de ses vexations ; d'autant qu'il ne craignait pas de relever l'orgueilleuse prétention de ces empereurs s'estimant maîtres dans les choses de la foi, et s'y posant en juges suprêmes.

Combien, tant en prose qu'en vers, Jean composa d'ouvrages pour cette cause de la foi et pour nourrir la piété des peuples, c'est ce qu'on doit certes admirer, comme fit le second concile de Nicée qui l'honora des plus grandes louanges, comme l'atteste aussi ce nom de Chrysorrhoès qui lui fut donné pour signifier les flots d'or de ses discours. Ce ne fut pas seulement, en effet, contre les Iconoclastes qu'il défendit l'orthodoxie ; mais presque tous les hérétiques eurent à subir ses coups, spécialement les Acéphales, les Monothélites, ceux qui prétendent que dans le Christ la divinité a souffert.

Il vengea noblement les droits et la puissance de l'Eglise, affirma éloquemment la primauté du Prince des Apôtres, qu'il nomme maintes fois le soutien des églises, la pierre infrangible, le maître et le guide de l'univers. Or ses ouvrages sans exception ne brillent pas seulement par la doctrine et la science ; on y trouve le parfum d'une dévotion touchante, surtout lorsqu'il célèbre les louanges de la Mère de Dieu, pour laquelle excellaient son culte et son amour.

Entre toutes ces gloires, la moindre pour Jean n'est pas d'avoir le premier ramené l'ensemble de la théologie à un ordre logique, et aplani la voie dans laquelle saint Thomas devait traiter de la science sacrée avec une si admirable méthode. Enfin, plein de mérites et chargé d’années, consommé en sainteté, il se reposa dans la paix du Christ vers l'an sept cent cinquante quatre. Le Souverain Pontife Léon XIII a accordé à toute l'Eglise d'en célébrer l'Office et la Messe sous le titre de Docteur.


" C'est légitimement, déclare le deuxième concile de Nicée, qu'on place dans les églises, en fresques, en tableaux, sur les vêtements, les vases sacrés, comme dans les maisons ou dans les rues, les images soit de couleur, soit de mosaïque ou d'autre matière convenable, représentant notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, notre très pure Dame la sainte Mère de Dieu, les Anges et tous les Saints ; de telle sorte qu'il soit permis de faire fumer l'encens devant elles et de les entourer de lumières (Concil. Nic. Il, sess. VII.). Non, sans doute, reprennent contre les Protestants les Pères de Trente, qu'on doive croire qu'elles renferment une divinité ou une vertu propre, ou que l'on doive pincer sa confiance dans l'image même comme autrefois les païens dans leurs idoles ; mais, l’honneur qui leur est rendu se référant au prototype (Cette formule, où se trouve exprimée la vraie base théologique du culte des images, est empruntée par le concile de Trente au second de Nicée, qui lui-même l'a tirée textuellement de saint Jean Damascène : De fide orthodoxa, IV, XVI.), c'est le Christ à qui vont par elles nos adorations, ce sont les Saints que nous vénérons dans les traits qu'elles nous retracent d'eux." (Concil. Trident., sess. XXV.).

On n'a point oublié que les Grecs célèbrent au premier dimanche de Carême une de leurs plus grandes solennités : la fête de l'Orthodoxie. La nouvelle Rome, montrant bien qu'elle ne partageait aucunement l'indéfectibilité de l'ancienne, avait parcouru tout le cycle des hérésies concernant le dogme du Dieu fait chair. Après avoir rejeté successivement la consubstantialité du Verbe, l'unité de personne en l'Homme-Dieu, l'intégrité de sa double nature, il semblait qu'aucune négation n'eût échappé à la sagacité de ses empereurs et de ses patriarches. Un complément pourtant des erreurs passées manquait encore au trésor doctrinal de Byzance.

Il restait à proscrire ici-bas les images de ce Christ qu'on ne parvenait pas à diminuer sur son trône du ciel ; en attendant qu'impuissante à l'atteindre même dans ces représentations figurées, l'hérésie laissât la place au schisme pour arriver à secouer du moins le joug de son Vicaire en terre : dernier reniement, qui achèvera de creuser pour Constantinople la tombe que le Croissant doit sceller un jour.

L'hérésie des Iconoclastes ou briseurs d'images marquant donc, sur le terrain de la foi au Fils de Dieu, la dernière évolution des erreurs orientales, il était juste que la fête destinée à rappeler le rétablissement de ces images saintes s'honorât, en effet, du glorieux nom de fête de l'Orthodoxie ; car en célébrant le dernier des coups portés au dogmatisme byzantin, elle rappelle tous ceux qu'il reçut dans les Conciles, depuis le premier de Nicée jusqu'au deuxième du même nom, septième œcuménique. Aussi était-ce une particularité de ladite solennité, qu'en présence de la croix et des images exaltées dans une pompe triomphale, l'empereur lui-même se tenant debout à son trône, on renouvelât à Sainte-Sophie tous les anathèmes formulés en divers temps contre les adversaires de la vérité révélée.

Satan, du reste, l'ennemi du Verbe, avait bien montré qu'après toutes ses défaites antérieures, il voyait dans la doctrine iconoclaste son dernier rempart. Il n'est pas d'hérésie qui ait multiplié à ce point en Orient les martyrs et les ruines. Pour la défendre, Néron et Dioclétien semblèrent revivre dans les césars baptisés Léon l'Isaurien, Constantin Copronyme, Léon l'Arménien, Michel le Bègue et son fils Théophile. Les édits de persécution, publiés pour protéger les idoles autrefois, reparurent pour en finir avec l'idolâtrie dont l'Eglise, disait-on, restait souillée.

Vainement, dès l'abord, saint Germain de Constantinople rappela-t-il au théologien couronné sorti des pâturages de l'Isaurie, que les chrétiens n'adorent pas les images, mais les honorent d'un culte relatif se rapportant à la personne des Saints qu'elles représentent. L'exil du patriarche fut la réponse du césar pontife.


Saint Jean Damascène. Couvent Saint-Simplice.
Faculté de théologie. Milan. XVIe.

La soldatesque, chargée d'exécuter les volontés du prince, se rua au pillage des églises et des maisons des particuliers. De toutes parts, les statues vénérées tombèrent sous le marteau des démolisseurs. On recouvrit de chaux les fresques murales ; on lacéra, on mit en pièces les vêtements sacrés, les vases de l'autel, pour en faire disparaître les émaux historiés, les broderies imagées. Tandis que le bûcher des places publiques consumait les chefs-d'œuvre dans la contemplation desquels la piété des peuples s'était nourrie, l'artiste assez osé pour continuer de reproduire les traits du Seigneur, de Marie ou des Saints, passait lui-même par le feu et toutes les tortures, en compagnie des fidèles dont le crime était de ne pas retenir l'expression de leurs sentiments à la vue de telles destructions. Bientôt, hélas ! dans le bercail désolé, la terreur régna en maîtresse ; courbant la tête sous l'ouragan, les chefs du troupeau se prêtèrent à de lamentables compromissions.

C'est alors qu'on vit la noble lignée de saint Basile, moines et vierges consacrées, se levant tout entière, tenir tête aux tyrans. Au prix de l'exil, de l'horreur des cachots, de la mort par la faim, sous le fouet, dans les flots, de l'extermination par le glaive, ce fut elle qui sauva les traditions de l'art antique et la foi des aïeux. Vraiment apparut-elle, à cette heure de l'histoire, personnifiée dans ce saint moine et peintre du nom de Lazare qui, tenté par flatterie et menaces, puis torturé, mis aux fers, et enfin, récidiviste sublime, les mains brûlées par des lames ardentes, n'en continua pas moins, pour l'amour des Saints, pour ses frères et pour Dieu, d'exercer son art, et survécut aux persécuteurs.

Alors aussi s'affirma définitivement l'indépendance temporelle des Pontifes romains, lorsque l’Isaurien menaçant de venir jusque dans Rome briser la statue de saint Pierre, l'Italie s'arma pour interdire ses rivages aux barbares nouveaux, défendre les trésors de ses basiliques, et soustraire le Vicaire de l'Homme-Dieu au reste de suzeraineté que Byzance s'attribuait encore.

Glorieuse période de cent vingt années, comprenant la suite des grands Papes qui s'étend de saint Grégoire II à saint Pascal Ier, et dont les deux points extrêmes sont illustrés en Orient par les noms de Théodore Studite, préparant dans son indomptable fermeté le triomphe final, de Jean Damascène qui, au début, signifia l'orage. Jusqu'à nos temps, il était à regretter qu'une époque dont les souvenirs saints remplissent les fastes liturgiques des Grecs, ne fût représentée par aucune fête au calendrier des Eglises latines. Sous le règne du Souverain Pontife Léon XIII, cette lacune a été comblée ; depuis l'année 1892, Jean Damascène, l'ancien vizir, le protégé de Marie, le moine à qui sa doctrine éminente valut le nom de fleuve d'or, rappelle au cycle de l'Occident l'héroïque lutte où l'Orient mérita magnifiquement de l'Eglise et du monde.

 
PRIERE
 
" Vengeur des saintes Images, obtenez-nous, comme le demande l'Eglise (Collecta diei.), d'imiter les vertus, d'éprouver l'appui de ceux qu'elles représentent. L'image attire notre vénération et notre prière à qui en mérite l'hommage : au Christ roi, aux princes de sa milice, aux plus vaillants de ses soldats, qui sont les Saints ; car c'est justice qu'en tout triomphe, le roi partage avec son armée ses honneurs (Damasc. De Imaginibus, I, 19-21.).

L'image est le livre de ceux qui ne savent pas lire ; souvent les lettrés mêmes profitent plus dans la vue rapide d'un tableau éloquent, qu'ils ne feraient dans la lecture prolongée de nombreux volumes (lbid. Comment, in Basil.). L'artiste chrétien, dans ses travaux, fait acte en même temps de religion et d'apostolat ; aussi ne doit-on pas s'étonner des soulèvements qu'à toutes les époques troublées la haine de l'enfer suscite pour détruire ses œuvres.

Avec vous, qui compreniez si bien le motif de cette haine, nous dirons donc :
" Arrière, Satan et ton envie, qui ne peut souffrir de nous laisser voir l'image de notre Seigneur et nous sanctifier dans cette vue ; tu ne veux pas que nous contemplions ses souffrances salutaires, que nous admirions sa condescendance, que nous ayons le spectacle de ses miracles pour en prendre occasion de connaître et de louer la puissance de sa divinité. Envieux des Saints et des honneurs qu'ils tiennent de Dieu, tu ne veux pas que nous ayons sous les yeux leur gloire, de crainte que cette vue ne nous excite à imiter leur courage et leur foi ; tu ne supportes pas le secours qui provient à nos corps et à nos âmes de la confiance que nous mettons en eux. Nous ne te suivrons point, démon jaloux, ennemi des hommes." (De Imaginibus, III, 3.).

Soyez bien plutôt notre guide, Ô vous que la science sacrée salue comme un de ses premiers ordonnateurs. Connaître, disiez-vous, est de tous les biens le plus précieux (Dialectica, I.). Et vous ambitionnez toujours d'amener les intelligences au seul maître exempt de mensonge, au Christ, force et sagesse de Dieu : pour qu'écoutant sa voix dans l'Ecriture, elles aient la vraie science de toutes choses ; pour qu'excluant toutes ténèbres du cœur comme de l'esprit, elles ne s'arrêtent point à la porte extérieure de la vérité, mais parviennent à l'intérieur de la chambre nuptiale (Ibid.).

Un jour, Ô Jean, Marie elle-même prédit ce que seraient votre doctrine et vos œuvres ; apparaissant à ce guide de vos premiers pas monastiques auquel vous obéissiez comme à Dieu, elle lui dit :
" Permets que la source coule, la source aux eaux limpides et suaves, dont l'abondance parcourra l'univers, dont l'excellence désaltérera les âmes avides de science et de pureté, dont la puissance refoulera les flots de l'hérésie et les changera en merveilleuse douceur."

Et la souveraine des célestes harmonies ajoutait que vous aviez aussi reçu la cithare prophétique et le psaltérion, pour chanter des cantiques nouveaux au Seigneur notre Dieu, des hymnes émules de ceux des Chérubins (Joan. Hierosolymit. Vita J. Damasceni, XXXI.). Car les filles de Jérusalem, qui sont les Eglises chantant la mort du Christ et sa résurrection (Ibid.), devaient avoir en vous l'un de leurs chefs de chœurs. Des fêtes de l'exil, de la Pâque du temps, conduisez-nous par la mer Rouge et le désert à la fête éternelle, où toute image d'ici-bas s'efface devant les réalités des cieux, où toute science s'évanouit dans la claire vision, où préside Marie, votre inspiratrice aimée, votre reine et la nôtre."

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lundi, 26 mars 2018

26 mars. Saint Ludger, premier évêque de Münster. 809.

- Saint Ludger, premier évêque de Münster. 809.

Pape : Saint Léon III. Empereur : Saint Charlemagne.

" Quis te docuit ? Respondens, ait : Deus me docuit."
" Qui t'a instruit ? Il répondait : Dieu m'a instruit."

Saint Ludger enfant. Vita, apud Bolland. et Pertz, II, 407.


Statue reliquaire de saint Ludger. Cathédrale Saint-Paul de Münster.

Dans un canton de Frise, où la foi commençait à s'introduire, la femme d'un chef crétien avait mit au monde une fille. L'aïeule encore païenne, irritée contre sa bru, qui ne lui donnait pas de petit-fils, ordonna que l'nfant fût étouffée, comme le permettait les lois, avant qu'elle eût goûté le lait de sa mère, ou la nourriture des hommes. Un esclave l'emporta pour la noyer, et la plongea dans un grand vase plein d'eau. Mais l'enfant étendant ses petites mains, se retenait aux bords. Les cris attirèrent une femme qui l'arracha des bras de l'esclave, l'emporta dans sa maison et lui mouilla les lèvres d'un peu de miel ; dès lors, les lois ne permettait pas qu'elle mourût : ce fut la mère de saint Ludger.

Le signe de Dieu était sur cette maison, et l'on vit de bonne heure ce que Ludger serait un jour. Ses parents le mirent donc au monastère d'Utrecht, et il y fit tant de progrès dans les lettres sacrées, qu'on l'envoya aux écoles d'York, où les leçons d'Alcuin attiraient un grand concours de jeunes gens des contrées étrangères.

Il y passa quatre ans et revint en Frise avec un grand savoir et beaucoup de livres. Alors on l'appliqua à la prédication de l'Evangile dans le canton d'Ostracha. Mais au milieu des païens, il n'oubliait pas ses amis d'Angleterre. Pendant qu'il bâtissait un oratoire, Alcuin lui adressait des vers pour les inscrire au porche de l'édifice. Vers le même temps, il recevait de l'un de ses condisciples d'York une épître qui commençait ainsi :
" Frère, frère chéri de cet amour divin plus fort que le sang, Ludger que j'aime, puisse la grâce du Christ vous sauver. Prêtre honoré aux rivages occidentaux du monde, vous êtes savant, puissant par la parole, profond par la pensée. Tandis que vou sgrandissez dans le bien, ministre de Dieu, souvenez-vous de moi, et que vos prières recommandent au ciel celui qui vous célébra dans ses chants trop courts !"

Et le poëte finissait, demandant à son ami un bâton de bois blanc, humble don pour humble vers.


Saint Ludger. Münster. XIVe.

Ludger travailla sept ans, au bout desquels Witikind ayand soulevé les Saxons, les païens se jetèrent dans la Frise et chassèrent les prédicateurs de la foi. Alors Ludger se rendit à Rome, puis au mont Cassin, où il s'arrêta pour étudier la règle de saint Benoît et la rapporter parmi les moines de sa province. A son retour, le bienheurex roi Charlemagne, qui venait de vaincre les Barbares, le chargea d'évangéliser les cinq cantons de la Frise orientale. Ludger les parcourut, renversant les idoles et annonçant le vrai Dieu. Ensuite, ayant passé dans l'île de Fositeland, il détruisit les temples qui en faisait un lieu vénéré des nations du Nord et baptisa les habitants dans les eaux d'une fontaine qu'ils avaient adorée.

Vers ce temps-là, comme il voyageait de village en village, et qu'un jour il avait reçu l'hospitalité d'une noble dame, pendant qu'il mangeait avec ses disciples, on lui présenta un aveugle nommé Bernlef, que les gens du pays aimaient, parce qu'il savait bien chanter les récits des anciens temps et les combats des rois ; le serviteur de Dieu le pria de se trouver le lendemain en un lieu qu'il lui marqua. Le lendemain, quand il aperçut Bernlef, il descendit de cheval, l'emmena à l'écart, entendit sa confession, et, faisant le signe de la Croix sur ses yeux, lui demanda s'il voyait. L'aveugle vit d'abord les mains du prêtre, puis les arbres et les toits du hameau voisin. Mais Ludger exigea qu'il cachât ce miracle. Plus tard, il le prit à sa suite pour baptiser les païens, et il lui enseigna les psaumes pour les chanter au peuple.


Saint Ludger rendant la vue à l'aveugle Bernlef. Rotterdam.

Cependant le roi Charles, apprenant le grand bien que saint Ludger avait fait, l'établit à Mimigerford, qui fut depuis Münster, au canton de Suthergau, en Westphalie, et o, l'ordonna évêque malgré lui. Alors il éleva des églises et dans chacune il mit un prêtre du nombre de ses disciples. Lui-même instruisait tous les jours ceux qu'il destinait aux saints autels, et dont il avait choisi plusieurs parmi les enfants des Barbares. Il ne cessait pas non plus d'exhorter le peuple, invitant même les pauvres à sa table, afin de les entretenir plus longtemps.

Ses grandes aumônes vidaient les trésors de l'église, jusqu'au jour où il fut accusé auprès du bienheureux Charles comme dissipateur des biens du clergé. Il se rendit donc à la cour, et, comme il s'était mis à prier et à réciter son bréviaire en attendant l'heure de l'audience, un officier l'appela. Le Saint voulut achever sa prière et se fit attendre :
" Pourquoi, lui dit Charles, n'être pas venu tout d'abord ?
- Prince, répond l'évêque, je priais Dieu ; quand vous m'avez choisi pour évêque, vous m'avez recommandé de préférer toujours le service de ce Roi des rois à celui des hommes, à celui même de l'empereur."

 
L'empereur, charmé de cette réponse n'en voulut pas entendre davantage. Il renvoya avec honneur le pasteur vers ses ouailles, l'exhortant à montrer toujours la même ardeur dans le service du Seigneur et celui de Son Église.
 
Alors, toute la Westphalie était devenue chrétienne, et le serviteur de Dieu méditait de porter l'Evangile aux Scandinaves, quand il mourut à Münster, le 26 mars 809.
 
Le dernier jour de sa vie, il prêcha daux sermons, l'un à Coesfeld, l'autre à Billerbult (ou Billerbeck) et célébra la sainte messe. La nuit suivante, il rendit sa sainte âme à Dieu. Selon ce qu'il avait prescrit, il fut enseveli à Werden, monastère qu'il avait fondé dans le diocèse de Cologne ; et il s'y opéra beaucoup de miracles.
 

Couverture d'un livre exécuté pour le bienheureux Rodolphe,
abbé du monastère Saint-Ludger de Werden.
Bronze, or et ivoire. XIe.

Signalons que c'est d'un monastère de chanoines réguliers que saint Ludger avait établi dans sa ville épiscopale, que celle-ci prit le nom de Münster.

Saint Ludger est le patron de Münster, de Werden, de la Frise orientale, de Helmstadt, de Deventer, de Kaiserwerth, etc.

L'essentiel de ses saintes reliques se trouvent toujours à Werden, même si Münster et Billerbeck en possèdent des fragments.

On représente saint Ludger :
1. soutenant une église ou s'appuyant dessus : ce symbole rappelant toujours les fondateurs d'églises ;
2. tenant un livre ou l'ayant à ses côtés : ce livre rappelant son amour rare pour l'étude dans sa jeunesse ou, mieux encore, la circonstance du bréviaire qu'il était en train de lire lorsqu'on vint le demander de la part de saint Charlemagne.


Cathédrale Saint-Ludger de Billerbeck. Wesphalie. Allemagne.

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