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jeudi, 13 juillet 2017

13 juillet. Bienheureux Jacques de Voragine, dominicain, archevêque de Gènes. 1298.

- Bienheureux Jacques de Voragine, dominicain, archevêque de Gènes. 1298.

Pape : Boniface VIII. Capitaine du peuple de Gènes : Olberto Doria. Roi de France : Philippe IV, le Bel.

" La science parfaite consiste à faire tout avec soin et à se bien pénétrer qu'on n'est rien par ses propres mérites."
Saint Bonaventure, sup. Job.


Statue du bienheureux Jacques de Voragine. Gènes.

Jacques de Voragine est né entre 1228 et 1229 à Varazze ou, plus probablement, à Gênes, où est attestée la présence d’une famille originaire de Varazze, appelée de " Varagine ". La formule de " Voragine " par laquelle il est parfois désigné dans les sources anciennes est une variante de " da Varagine ". L’idée remontant au XVIe siècle et devenue ensuite traditionnelle selon laquelle " Voragine " vient de " vorago ", pour indiquer l’abîme de connaissance dont Jacques a fait preuve dans ses oeuvres est donc extravagante, même si elle exprime une certaine vérité.

C’est le bienheureux Jacques lui-même qui fournit, dans une rapide autobiographie contenue dans l’une de ses oeuvres, la Chronica civitatis Ianuenses, les premières dates marquantes de sa vie : 1239 lorsque dans son enfance il assiste à une éclipse solaire, 1244 lorsque, adolescent, il entre dans l’Ordre des frères prêcheurs, et 1264, lorsqu’il a eu l’occasion d’admirer pendant quarante jours un autre fait prodigieux, c’est-à-dire l’apparition d’une comète.

Jacques avait pris une responsabilité importante à l’intérieur de l’Ordre avant 1267, date à laquelle il fut élevé, au Chapitre Général de Bologne, à l’office de prieur de l’importante province de Lombardie, qui comprenait à l’époque toute l’Italie septentrionale, l’Emilie et le Picenum. Il a occupé cette charge pendant dix années, participant aux chapitres provinciaux et généraux de l’Ordre et résidant probablement au couvent de Milan ou dans celui de Bologne, jusqu’à ce qu’il soit absolutus de cette charge au chapitre général de Bordeaux en 1277.

Après quelques années, au chapitre provincial de Bologne de 1281, il fut à nouveau nommé prieur de la province lombarde, charge qu’il a occupée pour cinq années encore, jusqu’en 1286. De 1283 à 1285, il exerça les fonctions de régent de l’Ordre après la mort de Jean de Verceil et avant l’élection du nouveau maître général, Munio de Zamora.


Le bienheureux Jacques de Voragine prêchant. J. de Vignay. XIVe.

Entre temps, il continua à maintenir de forts liens avec la cité de Gênes. Le jour de Pâques 1283, comme il le raconte lui-même dans son opuscule Historia reliquiarum que sunt in monasterio sororum Sanctorum Philippi et Iacobi, il fit transporter une précieuse relique, la tête d’une des vierges de Sainte-Ursule, de Cologne au couvent des soeurs dominicaines de Gênes des saints Jacques et Philippe ; il s’agit du même couvent auquel quelques années plus tôt, durant son précédent priorat, il avait donné une autre relique, le doigt de saint Philippe, qu’il avait lui-même détaché de la main du saint conservée dans le couvent de Venise.

A cette occasion Jacques, après la procession solennelle, a donné une messe et un prêche au peuple. En 1288, alors qu’il n’était plus depuis deux ans prieur de la Lombardie, il fut candidat à la charge d’archevêque de Gênes, mais n’obtint pas, comme les trois autres candidats, la majorité des voix ; le pape Nicolas IV suspendit la nomination, confiant cependant à Jacques, le 18 mai de la même année, la tâche d’absoudre en une cérémonie publique, qui se tint dans l’église de Saint-Dominique, les Génois excommuniés pour avoir eu des rapports commerciaux avec les Siciliens, eux-mêmes excommuniés à cause de la guerre des Vêpres. La même année, il fut nommé diffinitor au chapitre général de Lucques.

En 1290, à l’occasion du chapitre général de Ferrare, Jacques résista aux pressions des cardinaux romains qui, dans une lettre,demandaient la démission du maître général Munio de Zamora, mal vu pour son rigorisme à l’intérieur de l’Ordre et de la Curie romaine. La lettre n’obtint aucun effet : non seulement le maître général ne démissionna pas, mais il fut soutenu par une déclaration publique, signée aussi de Jacques, qui exaltait sa vertu et approuvait sa politique.

Selon la relation de Gerolamo Borsello (XVe) et, après lui, d’autres biographes anciens, ce serait justement à cause de ce soutien donné à la ligne rigoureuse de Munio de Zamora que Jacques aurait subi cette année une tentative d’homicide de la part de confrères qui voulaient le jeter dans le puits du couvent de Ferrare. Une tentative qui, raconte encore Borsello, se serait répétée l’année suivante, en 1291, à Milan, cette fois parce que Jacques avait exclu du chapitre provincial frère Stefanardo, prieur du couvent milanais.

Rappelons à ce sujet que notre bienheureux combattit dans la grande querelle qui opposa les Guelfes et les Gibelins.


Le bienheureux Jacques de Voragine prêchant.
Manuscrit du XIVe. France.

En 1292, il fut nommé par le pape Nicolas IV archevêque de Gênes. Jacques consacra les six dernières années de sa vie à gouverner le diocèse génois, de 1292 à 1298, année de sa mort. Son action s’est tournée d’abord vers la réorganisation législative du clergé sous l’autorité archiépiscopale. Dans ce but, il convoca un concile provincial, qui se tint dans la cathédrale Saint-Laurent en juin 1293, durant lequel, comme le raconte Jacques lui-même dans la chronique de Gênes, fut accomplie, en présence des gouvernants et des notables puis de tout le peuple, une reconnaissance des os de san Siro, patron de la cité, qui confirmait solennellement l’authenticité de la relique.

L’activité de Jacques est intense sur le plan politique, il en offre lui-même un ample compte-rendu dans la Chronique de Gênes . En 1295, dans les premiers mois de l’année, il promut la pacification entre les factions de la cité et célébra la paix finalement obtenue dans une assemblée publique lors de laquelle il prêcha et entonna, avec ses ministres, les louanges à Dieu ; suivit ensuite une procession solennelle à travers les rues de la cité, guidée par ce même Jacques à cheval qui se conclut avec la remise de l’insigne de miles au podestat de Gênes, le milanais Jacques de Carcano.

La même année, en avril, avec les ambassadeurs envoyés par la Commune, il accomplit un voyage à Rome, convoqué par le pape Boniface VIII qui cherchait à prolonger l’armistice entre Gênes et Venise. Le séjour à la Curie romaine se prolongea une centaine de jours, et Jacques ne manqua pas de montrer une certaine fatigue face à l’indécision du pape et surtout face aux manoeuvres dilatoires des ambassadeurs vénitiens.

A ce point les Génois, après la longue attente, décidèrent d’aller à l’affrontement contre Venise, réunissant, dans l’enthousiasme populaire, une flotte qui aurait dû affronter les ennemis dans une bataille décisive près de Messine, à laquelle cependant les Vénitiens ne se présentèrent pas, contraignant le commandant Oberto Doria à retourner à Gênes sans avoir combattu, accueilli cependant en triomphe par la cité et par son évêque.

A la fin de 1295, Jacques subit un revers politique et une profonde déception personnelle : en effet, la paix entre les factions citadines se rompit, cette paix qu’il avait voulue et solennellement célébrée quelques mois plus tôt ; des incidents violents éclatèrent, durant lesquels la cathédrale Saint-Laurent fut incendiée, et son toit fut totalement brûlé. Les dommages furent si importants que Jacques demanda au pape une aide, qui lui fut accordée le 12 juin 1296.

Jacques mourut dans la nuit du 13 au 14 juillet 1298. Il demanda à ce que les frais nécessaire soient intégralement distribués aux pauvres. Son corps, d’abord enseveli dans l’église Saint-Dominique du couvent des frères prêcheurs de Gênes, fut, à la fin du XVIIIe siècle, transféré dans une autre église dominicaine, Santa Maria di Castello, où il se trouve encore. En vertu de la vénération et du culte dont il fut l’objet pendant des siècles, Jacques a été béatifié en 1816 par le pape Pie VII.

Son oeuvre est ample et remarquable tant par sa quantité que par sa qualité et sa science hors du commun. Quelques liens nous permettent de consulter entre autres la très fameuse Legenda aurea (tant de fois illustrée par les plus grands artistes) ou ses sermons.

Rq : On lira entre autres :
- http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/index.htm
- http://www.jesusmarie.com/jacques_de_voragine.html
- http://www.sermones.net et http://thesaurus.sermones.net/voragine/index.xsp;jsession...

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13 juillet. Saint Thuriau, évêque de Dol-de-Bretagne. 749.

- Saint Thuriau*, évêque de Dol-de-Bretagne. 749.
 
Pape : Saint Zacharie. Roi du Bro Waroch, prince de Domnonée, roi de Cornouailles, roi de Léon : Morvan-lez-Breizh. Roi des Francs : Childéric III.
 
" Quand on ne recherche point avec un désir déréglé les emplois extérieurs, l'on s'en peut acquiter avec une paix et une modération d'esprit exemptes de trouble et de confusion."
Dom Lobineau. Eloge du saint.
 

Saint Thuriau. Chapelle Saint-Thuriau en Saint-Barthélémy.
Diocèse de Vannes.

Saint Thuriau naquit de parents nobles et riches, auprès du monastère de Ballon. Ce monastère était de la dépendance de celui de Dol. Dès son plus bas âge, son âme fut éclairée des lumières surnaturelles. Il méprisa de bonne heure les biens temporels, avant que son coeur eût eu le temps d'être séduit par leur usage ; et il commença à pratiquer les conseils les plus parfaits de l'Evangile, en abandonnant ses parents, sa maison, son pays et ses biens, pour chercher le royaume des cieux.

Il s'achemina du côté de Dol, et s'étant égaré, il fut rencontré par un homme charitable, qui le mena chez lui, et lui donna ses troupeaux à garder. Mais comme le saint enfant avait voué au Roi des siècles un service plus essentiel, il voulut, pour s'en rendre capable, être instruit dans les lettres. Un ecclésiastique, qu'il pria de lui en tracer les caractères sur des tablettes, lui rendit ce service. Il les eut bientôt appris, de même que la grammaire et les éléments de la langue latine. Il y joignit la science du chant, qu'il affectionnait d'autant plus, qu'il avait une voix éclatante et mélodieuse. Le goût qu'il prenait à l'employer, à faire retentir de tous côtés les louanges de Dieu, lui donna lieu d'être connu de l'évêque de Dol, nommé Thiarmail ou Armael, qui, touché des excellentes qualités qu'il trouva dans cet enfant, l'adopta pour son fils, l'emmena à Dol, lui donna tous ses soins, et lui enseigna les lettres sacrées.

Les progrès de ce jeune disciple furent si grands, que l'évêque ne trouva pas de difficulté à l'ordonner prêtre et à le mettre à la tête du clergé de son Eglise. Thuriau, élevé à cette dignité, fit de nouveaux efforts pour se surpasser lui-même, et pour devenir par ses vertus la règle vivante des autres. Thiarmail eut sujet de présumer que son choix était approuvé de Dieu, quand il vit les vertus de son cher disciple accompagnées du rare et précieux don des miracles. La confiance que lui donna l'approbation céleste l'engagea, à l'exemple de quelques-uns des plus saints de ses prédécesseurs, à mettre Thuriau à sa place, pour y exercer les fonctions pénibles de l'épiscopat, qui, à cause de son âge trop avancé, lui devenait désormais un poids trop difficile à soutenir.


Intronisation de saint Thuriau.
Cathédrale Saint-Samson. Dol-de-Bredtagne.

Le mérite extraordinaire de Thuriau rendit son élection et son ordination très-agréables aux autres évêques de Bretagne, au clergé et au peuple, qui se flattèrent de voir revivre saint Samson et saint Magloire dans ce nouveau prélat, déjà si favorisé du Ciel. Quant à lui, il avait déjà tout mis en usage dès qu'il était entré dans la carrière ecclésiastique pour acquérir la perfection des vertus de son saint état. Ses Actes rapportent qu'il se distinguait surtout par une humilité profonde, un zèle infatigable pour le salut des âmes, une ardente charité et une simplicité admirable, jointe à une grande innocence de moeurs. Il passait le jour à instruire son peuple, et presque toute la nuit en prière.

L'homme ennemi, qui veille toujours pour troubler l'Eglise et y semer le désordre et la division, profita, peu de temps après l'ordination de Thuriau, des dispositions qu'avaient à la violence un seigneur du pays, nommé Rivallon, et le porta à mettre le feu dans un monastère de la dépendance de l'évêché, distant de 7 à 8 lieues de Dol. On vint aussitôt annoncer à Thuriau que l'église, les livres sacrés, les ornements et les vases précieux avaient été pillés ou réduits en cendres ; il n'y eut que le missel qui fut épargné par miracle. Pénétré de douleur, il prit avec lui 12 de ses religieux, et se rendit à pied chez Rivallon, au lieu nommé " Kanfrut " ou " Lan-Kafrut ", qui paraît être le même que celui où cet homme violent venait de brûler le monastère.


Conversion de Rivallon. Saint Thuriau bénit Rivallon.
Autel de saint Gilles et saint Roch.
Cathédrale Saint-Samson. Dol-de-Bredtagne.

Rivallon, en le voyant, se sentit touché de repentir et, se jetant tout tremblant à ses pieds, lui fit des offres si avantageuses pour la réparation du mal qu'il avait commis, que Thuriau, qui ne cherchait que sa conversion, ne lui refusa pas le remède de la pénitence. Thuriau, satisfait, retourna dans son Eglise, et Rivallon, aidé des princes du pays, répara au septuple tout le dommage qu'il avait causé, à quoi il employa les sept années de pénitence que son prélat lui avait imposées.

On rapporte qu'il opéra plusieurs guérisons miraculeuses et qu'il rappela à la vie la fille unique d'un seigneur du pays, après s'être mis en prière avec tout son clergé.

Saint Thuriau, après avoir rempli tous les devoirs d'un bon pasteur, mourut saintement, dans un âge très-avancé, le 13 juillet, et son corps fut enterré dans son église cathédrale. Il a été depuis transporté en France, à l'époque où les Normands ravageaient la Bretagne, et déposé à Paris, dans l'église de Saint-Germain des Prés, qui l'a conservé jusqu'en 1793, époque à laquelle il a été détruit.


Saint Thuriau rescussitant une jeune fille.
Legenda aurea. J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Ce saint corps ne s'y trouvait pas tout entier ; l'église cathédrale de Chartres en possédait une partie, renfermée depuis l'an 1230 dans une châsse de vermeil très-curieuse. Cette partie a également été détruite pendant la révolution.

Il ne reste peut-être plus maintenant des reliques de saint Thuriau qu'un fragment d'ossement, qui se trouve dans l'église paroissiale de Quintin, ville du diocèse de Saint-Brieuc ; ce fragment est renfermé dans un chef en argent. Le saint évêque, nommé dans ce pays saint Thurian, est patron de cette église. Les anciens Bréviaires de Saint-Meen, de Saint-Brieuc, de Nantes et de Léon, mettent tous la fête de saint Thuriau au même jour, 13 juillet.

On le représente :
1. en habit de berger, pour rappeler ses premières années ;
2. avec une colombe sur l'épaule : il s'était mis en prière pour un seigneur emporté, qui s'offrait à faire pénitence, quand une colombe se reposa sur son épaule comme pour lui dire que le pécheur obtiendrait son pardon s'il tenait ses promesses.


Chapeau de saint Thuriau. Crac'h. Pays d'Auray. Bretagne.
Il se raconte depuis des temps immémoriaux que saint Thuriau, à la faveur d'un déplacement, avait perdu lors d'une tempête son " chapeau " entre Carnac et Crac'h. Un fort vent vint le poser en ce lieu. La tradition populaire en a fait une expression :
" C'est un vent à déchapeauter saint Thuriau."

*Thuriaf, Thurian, Thurien, Thuriave, Thivisien, Thivisian.

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mercredi, 12 juillet 2017

12 juillet. Saint Jean Gualbert, bénédictin, instituteur de la congrégation de Vallombreuse, abbé de Vallombreuse. 1073.

- Saint Jean Gualbert, bénédictin, instituteur de la congrégation de Vallombreuse, abbé de Vallombreuse. 1073.

Papes : Alexandre II (1073 +), saint Grégoire VII. Empereur germanique : Henri IV. Roi de France : Philippe Ier.

" Nul ne doit espérer la miséricorde de Dieu, s'il est lui-même sans miséricorde."
Saint Augustin.


Saint Jean Galbert. Fresque. Détail.
Eglise de la Sainte-Trinité. Neri di Bicci. XIVe.

Depuis le jour où Simon le Mage se fit baptiser à Samarie, jamais l'enfer ne s'était vu si près d'être maître dans l'Eglise qu'au temps où nous ramène à l'occasion de la fête présente le Cycle sacré. Repoussé par Pierre avec malédiction, Simon, s'adressant aux princes, leur avait dit comme autrefois aux Apôtres :
" Donnez-moi pour argent ce pouvoir qu'à quiconque j'imposerai les mains, celui-là ait le Saint-Esprit." (Act. VIII.).

Et les princes, heureux à la fois de supplanter Pierre et d'augmenter leurs trésors, s'étaient arrogé le droit d'investir les élus de leur choix du gouvernement des Eglises ; et les évêques à leur tour avaient vendu au plus offrant les divers ordres de la sainte hiérarchie ; et s'introduisant à la suite de la concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair avait rempli le sanctuaire d'opprobres sans nom.

Le dixième siècle avait assisté à l'humiliation même du pontificat souverain ; le onzième, au tiers de son cours, voyait le débordement du fleuve maudit changer en marais les derniers pâturages encore saufs des brebis du Seigneur. L'œuvre du salut s'élaborait à l'ombre du cloître ; mais l'éloquence de Pierre Damien n'avait point jusque-là franchi le désert, et la rencontre d'Hugues de Cluny, de Léon IX et d'Hildebrand devait se faire attendre plus encore. Or voici que dans le silence de mort qui planait sur la chrétienté, un cri d'alarme a retenti soudain, secouant la léthargie des peuples : cri d'un moine, vaillant homme d'armes jadis, vers qui s'est penchée la tête du Christ en croix pour reconnaître l'héroïsme avec lequel un jour il sut épargner un ennemi. Chassé par le flot montant de la simonie qui vient d'atteindre son monastère de San-Miniato, Jean Gualbert est entré dans Florence, et trouvant là encore le bâton pastoral aux mains d'un mercenaire, il a senti le zèle de la maison de Dieu dévorer son cœur (Psalm. LXVIII, 10.) ; en pleine place publique, il a dénoncé l'ignominie de l'évêque et de son propre abbé, voulant ainsi du moins délivrer son âme (Ezech. III, 19.).


Eglise Saint-Jean. Vilnius. Lituanie. XVIIIe.

A la vue de ce moine qui, dans son isolement, se dressait ainsi contre la honte universelle, il y eut un moment de stupeur au sein de la foule assemblée. Bientôt les multiples complicités qui trouvaient leur compte au présent état de choses regimbèrent sous l'attaque, et se retournèrent furieuses contre le censeur importun qui se permettait de troubler la bonne foi des simples. Jean n'échappa qu'à grand'peine à la mort ; mais, dès ce jour, sa vocation spéciale était fixée : les justes qui n'avaient point cessé d'espérer, saluèrent en lui le vengeur d'Israël ; leur attente ne devait pas être confondue.

Comme toujours cependant pour les œuvres authentiquement marquées du sceau divin, l'Esprit-Saint devra mettre un long temps à former l'élu de sa droite. L'athlète a jeté le gant aux puissances de ce monde ; la guerre sainte est ouverte : ne semble-t-il pas que dès lors il faille avant tout donner suite à la déclaration des hostilités, tenir campagne sans trêve ni repos jusqu'à pleine défaite de l'ennemi ? Et néanmoins le soldat des combats du Seigneur, allant au plus pressé, se retirera dans la solitude pour y améliorer sa vie, selon l'expression si fortement chrétienne de la charte même qui fonda Vallombreuse (Meliovandœ vitœ gratta : Litterœ donationis Ittae Abbatissae ; Ughelli, III, 299 vel 231.). Les tenants du désordre, un instant effrayés de la soudaineté de l'attaque et voyant sitôt disparaître l'agresseur, se riront de ce qui ne sera plus à leurs yeux qu'une fausse entrée dans l'arène ; quoi qu'il en coûte au brillant cavalier d'autrefois, il attendra humble et soumis, pour reprendre l'assaut, ce que le Psalmiste appelle le temps du bon plaisir de Dieu (Psalm. LXVIII, 14.).

Peu à peu, de toutes les âmes que révolte la pourriture de cet ordre social en décomposition qu'il a démasqué, se recrute autour de lui l'armée de la prière et de la pénitence. Des gorges des Apennins elle étend ses positions dans la Toscane entière, en attendant qu'elle couvre l'Italie et passe les monts. Septime à sept milles de Florence, Saint-Sauve aux portes de la ville, forment les postes avancés où, en 1063, reprend l'effort de la guerre sainte. Un autre simoniaque, Pierre de Pavie, vient d'occuper par droit d'achat le siège des pontifes. Jean et ses moines ont résolu de plutôt mourir que de porter en silence l'affront nouveau fait à l'Eglise de Dieu. Mais le temps n'est plus où la violence et les huées d'une foule séduite accueillaient seules la protestation courageuse du moine fugitif de San-Miniato.


Saint Jean Gualbert et saint Laurent. Fresque. Lorenza de Mozzi.
Eglise du Saint-Esprit et de Sainte-Félicité. Florence. XVe.

Le fondateur de Vallombreuse est devenu, par le crédit que donnent les miracles et la sainteté, l'oracle des peuples. A sa voix retentissant de nouveau dans Florence, une telle émotion s'empare du troupeau, que l'indigne pasteur, sentant qu'il n'a plus à dissimuler, rejette au loin sa peau de brebis (Matth. VII, 15.) et montre en lui le voleur qui n'est venu que pour voler, pour égorger et pour perdre (Johan. X, 10.). Une troupe armée à ses ordres fond sur Saint-Sauve ; elle met le feu au monastère, et se jette sur les moines qui, surpris au milieu de l'Office de la nuit, tombent sous le glaive, sans interrompre la psalmodie jusqu'au coup qui les frappe. De Vallombreuse, à la nouvelle du martyre ennoblissant ses fils, Jean Gualbert entonne un chant de triomphe. Florence, saisie d'horreur, rejette la communion de l'évêque assassin, Pourtant quatre années encore séparaient ce peuple de la délivrance, et les grandes douleurs pour Jean n'étaient pas commencées.

L'illustre ennemi de tous les désordres de son temps, saint Pierre Damien, venait d'arriver de la Ville éternelle. Investi de l'autorité du Pontife suprême, on était assuré d'avance qu'il ne pactiserait point avec la simonie, et l'on pouvait croire qu'il ramènerait la paix dans cette Eglise désolée. Ce fut le contraire qui eut lieu. Les plus grands saints peuvent se tromper, et, dans leurs erreurs, devenir les uns pour les autres un sujet d'épreuve d'autant plus acerbe que leur volonté, moins sujette aux changements capricieux des autres hommes, reste plus ferme dans la voie qu'ils se sont une fois tracée en vue des intérêts de Dieu et de son Eglise. Peut-être le grand évêque d'Ostie ne se rendit pas assez compte de la situation toute d'exception que faisaient aux victimes de Pierre de Pavie sa simonie notoire, et la violence avec laquelle il massacrait lui-même sans autre forme de procès les contradicteurs. Partant de l'incontestable principe que ce n'est point aux inférieurs à déposer leurs chefs, le légat réprouva la conduite de ceux qui s'étaient séparés de l'évêque ; et, arguant de certaines paroles extrêmes échappées à quelques-uns dans une indignation trop peu contenue, il retourna sur ceux qu'il appelait " ses confrères les moines " l'accusation d'hérésie portée par eux contre le prélat simoniaque (Petr. Dam. Opuscul. XXX, De Sacramentis per improbos administratis.).

L'accès du Siège apostolique restait ouvert aux accusés ; ils y portèrent intrépidement leur cause. Cette fois du moins, on ne pouvait soulever d'argument d'exception contre la canonicité de leur procédure. Mais là, dit l'historien (Vita S. J. Gualb. ap. Baron, ad an. 1063.), beaucoup craignant pour eux-mêmes se mirent à s'élever contre eux; et lorsque presque tous, exhalant leur fureur, jugeaient dignes de mort ces moines dont la témérité osait faire la guerre aux prélats de l'Eglise, alors derechef, en plein concile romain, Pierre Damien prenant la parole alla jusqu'à dire au Pontife suprême :
" Seigneur et Père saint, ce sont là les sauterelles qui dévorent la verdure de la sainte Eglise ; que le vent du midi se lève et les emporte à la mer Rouge !"


Saint Jean Gualbert. Legenda aurea. Bx J. de Voragine XVe.

Mais le saint et très glorieux Pape Alexandre II, répondant avec douceur à ces excès de langage, prenait les moines en sa défense et rendait hommage à la droiture de leurs intentions. Cependant il n'osa donner suite à leur demande dépasser outre, parce que la plus grande partie des évêques favorisait Pierre de Pavie, et que seul l'archidiacre Hildebrand soutenait en tout l'abbé de Vallombreuse (Vita S. J. Gualb. ap. Baron, ad an. 1063.).

L'heure néanmoins allait venir où Dieu même prononcerait ce jugement qu'on ne pouvait obtenir de la terre. Assaillis de menaces, traités comme des agneaux au milieu des loups (Ibid.), Jean Gualbert et ses fils criaient au ciel avec le Psalmiste :
" Levez-vous, Seigneur, aidez-nous ; levez-vous, pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Levez-vous, Ô Dieu : jugez votre cause." (Psalm. XLIII, LXXIII.).

A Florence, les sévices continuaient. Saint-Sauveur de Septime était devenu le refuge des clercs que la persécution bannissait de la ville ; le fondateur de Vallombreuse, qui résidait alors en ce lieu, multipliait pour eux les ressources de sa charité. Mais la situation devint telle enfin, qu'un jour du Carême de l'année 1067, le reste du clergé et la ville entière, laissant le simoniaque à la solitude de son palais désert, accourut à Septime. Ni la longueur du chemin détrempé par les pluies, ni la rigueur du jeûne observé par tous, dit la relation adressée dans les jours mêmes au Pontife souverain par le peuple et le clergé de Florence, ne purent arrêter les matrones les plus délicates, les femmes prêtes d'être mères ou les enfants (Epist. cleri et populi Florentini ad Alexandrum Pontificem.).


Saint Jean Gualbert. Raffaellino del Garbo. XVIe.

L'Esprit-Saint planait visiblement sur cette foule ; elle demandait le jugement de Dieu. Jean Gualbert, sous l'impulsion du même Esprit divin, permit l'épreuve ; et en témoignage de la vérité de l'accusation portée par lui contre l'évêque de Florence, Pierre, un de ses moines, nommé depuis Pierre Ignée, traversa lentement sous les yeux de la multitude un brasier immense qui ne lui fit aucun mal. Le ciel avait parlé; l'évêque fut déposé par Rome, et termina ses jours, heureux pénitent, dans ce même monastère de Septime.

En 1073, année de l'élévation d'Hildebrand son ami au Siège apostolique, Jean s'en allait à Dieu. Son action contre la simonie s'était étendue bien au delà de la Toscane. La république Florentine ordonna de chômer le jour de sa fête ; et l'on grava sur la pierre qui protégeait ses reliques sacrées :
" A JEAN GUALBERT, CITOYEN DE FLORENCE, LIBÉRATEUR DE L'ITALIE."

Saint Jean Gualbert, né à Florence, fut élevé avec soin dans les maximes de la piété et dans l'étude des lettres par une mère pieuse et de bonne noblesse. Son père, Gualbert, de bonne noblesse aussi, faisait profession des armes mais avait hélas un caractère tempétueux et impatient.

Mais à peine était-il entré dans le monde, qu'il y prit un goût excessif. L'amour des plaisirs l'emporta tellement, que ce qui lui avait paru criminel ne lui offrit plus rien que de légitime et d'innocent. Il était perdu sans ressources, si Dieu n'eût ménagé des circonstances pour lui ouvrir les yeux et le tirer de l'état déplorable où il s'était réduit.


Saint Jean Gualbert prend l'habit monastique
malgré l'opposition de son père. Italie. XVe.

Un jour de Vendredi saint, il rencontre le meurtrier de son frère, Hugues, et, plein d'idées de vengeance, il va le percer de son épée, lorsque le malheureux, se jetant à terre, les bras en croix, le conjure, par la Passion de Jésus-Christ, de ne pas lui ôter la vie. Gualbert ne peut résister à ce spectacle. L'exemple du Sauveur priant pour Ses bourreaux amollit la dureté de son coeur; il tend la main au gentilhomme et lui dit :
" Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. Je vous accorde non seulement la vie, mais mon amitié. Priez Dieu de me pardonner mon péché."

S'étant ensuite embrassés, ils se séparèrent. Jean se dirige de là vers l'église de l'abbaye Saint-Miniat ; il se jette lui-même aux pieds d'un crucifix, et y prie avec une ferveur extraordinaire. Dieu lui fait connaître par un prodige que sa prière est exaucée, et qu'il a obtenu le pardon de ses fautes ; car le crucifix devant lequel il priait baisse la tête et s'incline vers lui, comme pour le remercier du pardon qu'il a généreusement accordé par amour pour Dieu.

Changé en un homme nouveau, Jean prit l'habit de Saint-Benoît, contre l'avis de son père, et devint un religieux si fervent, qu'à la mort de l'abbé tous les suffrages se réunirent sur lui ; mais il ne voulut jamais accepter la dignité qu'on lui offrait. Il se retira à Vallombreuse, qui devint le berceau d'un nouvel Ordre, où la règle de Saint-Benoît était suivie dans toute sa rigueur.

On trouve dans la vie de saint Gualbert toutes les austérités et toutes les vertus qu'on rencontre dans la vie des plus grands Saints. Par un temps de disette, il se fit conduire au grenier presque vide, et les provisions, à sa prière, se multiplièrent au point qu'il put distribuer du blé à tous ses couvents et à tous les pauvres qui se présentèrent.


Epreuve du feu en présence de saint Jean Gualbert. Italie. XVe.

Un jour qu'il faisait une halte dans un monastère opulent, notre saint apprit qu'en recevant un novice, on lui avait fait fait faire une donation totale de ses biens au bénéfice du monastèré et au détriment complet des ses héritiers naturels. Saint Jean Gualbert demanda d'en voir le contrat, le lu, et, scandalisé, le déchira en disant dans une grande colère :
" Il est bien plus convenable d'avoir peu de biens que de s'enrichir par des voies si peu charitables !"

Toujours en colère, il quitta sur le champs le monastère et pria Dieu de faire sentir son indignation. Aussitôt, le couvent fut presque entièrement dévasté par un violent incendie, et les religieux fort maltraités. Le moine qui accompagnait notre saint lui demanda de faire demi-tour afin de leur porter secours ; notre saint n'en fit rien et continua son chemin.

Saint Jean Gualbert tenait dans une particulière horreur la simonie. Il poursuivit constamment, Pierre, faux archevêque de Florence, qui avait acheté cette dignité. Témoignent de cette horreur de la simonie les lettres qu'écrivit à ce sujet le bienheureux cardinal Pierre Damien.
Ce violent simoniaque qu'était le faux archevêque de Florence envoya un jour ses seïdes dans un monastère de la congrégation de saint Jean Gualbert et le fit piller et incendier.
" Vous êtes maintenant de vrais religieux ! Oh que n'ai-je eu le bonheur d'être ici lorsque ces bourreaux y sont venus, pour avoir part à la gloire de vos couronnes !"

Dans ce combat contre la simonie de l'usurpateur du siège archiépiscopal de Florence, ce furent enfin les religieux de Vallombreuse qui l'emportèrent. Ayant proposé de prouver l'usurpation par l'épreuve du feu, l'un des religieux, nommé Pierre (comme l'usurpateur), y entra et y demeura longtemps sans y subir aucun dommage. Ce religieux fut dès lors nommé Igné et fut plus tard élevé à la dignité de cardinal.

Le Pape, à la prière du clergé et du peuple de Florence finit par déposer l'usurpateur.

Il faut noter que cette épreuve du feu était condamnée par le souverain pontife et par l'Eglise. En effet, elle offrait la possibilité à bien des escrocs ou des magiciens d'impressionner les pauvres gens et de les jeter dans la superstition. Cependant, son recours persistait encore au temps de saint Jean Gualbert.


Mort de saint Jean Gualbert. Italie. XVe.

Il retourna le 12 juillet 1073 à Passignano à Notre Père des Cieux. L'on mit, ce que notre saint avait demandé, ce billet dans son cerceuil :
" Moi, Jean, je crois et je confesse la foi que les saints Apôtres ont prêchée et que les saints Pères ont confirmée par quatre conciles."

Canonisé par Célestin III en 1193, Clément X permit d'en faire l'office semi-double et Innocent IX le fit Double et de précepte.

PRIERE

" Vous avez été un vrai disciple de la loi nouvelle, Ô vous qui sûtes épargner un ennemi en considération de la Croix sainte. Apprenez-nous à conformer comme vous nos actes aux leçons que nous donne l'instrument du salut ; et il deviendra pour nous, comme il le fut pour vous, une arme toujours victorieuse contre l'enfer. Pourrions-nous, à sa vue, refuser d'oublier une injure venant de nos frères, quand c'est un Dieu qui, non content d'oublier nos offenses autrement criminelles à sa souveraine Majesté, se dévoue sur ce bois pour les expier lui-même ? Si généreux qu'il puisse être jamais, le pardon de la créature n'est qu'une ombre lointaine de celui que nous octroie chaque jour le Père qui est aux deux. A bon droit pourtant l'Evangile que l'Eglise chante à votre honneur nous montre, dans l'amour des ennemis, le caractère de ressemblance qui nous rapproche le plus de la perfection de ce Père céleste, et le signe même de la filiation divine en nos âmes (Matth. V. 45, 48.).

Vous l'avez eu, Ô Jean, ce caractère de ressemblance auguste ; Celui qui en vertu de sa génération éternelle est le propre Fils de Dieu par nature, a reconnu en vous ce cachet d'une incomparable noblesse qui vous faisait son frère. En inclinant vers vous sa tête sacrée, il saluait la race divine (Act. XVII, 29.) qui venait de se déclarer dans ce fils de la terre et allait éclipser mille fois l'illustration que vous teniez des aïeux d'ici-bas. Quel germe puissant l'Esprit-Saint alors déposait en vous ; et combien Dieu parfois récompense la générosité d'un seul acte !


Abbaye de Vallombreuse. Toscane.

Votre sainteté, la part glorieuse qui fut la vôtre dans la victoire de l'Eglise, et cette fécondité qui vous donne de revivre jusqu'à nos jours dans l'Ordre illustre qui plonge en vous ses racines : toutes ces grâces de choix pour votre âme et tant d'autres âmes, ont dépendu de l'accueil que vous alliez faire au malheureux que sa fatalité ou la justice du ciel, auraient dit vos contemporains, jetait sur vos pas. Il était digne de mort ; et dans ces temps où chacun plus ou moins se taisait justice lui-même, votre bonne renommée n'aurait point souffert, elle n'eût fait que grandir, en lui infligeant le châtiment qu'il avait mérité. Mais si l'estime de vos contemporains vous restait acquise, la seule gloire qui compte devant Dieu, la seule qui dure devant les hommes eux-mêmes, n'eût point été votre partage. Qui maintenant vous connaîtrait ? qui surtout prononcerait votre nom avec l'admiration et la reconnaissance qu'il excite aujourd'hui parmi les enfants de l'Eglise ?

Le Fils de Dieu, voyant vos dispositions conformes aux sentiments de son cœur sacré, a versé dans le vôtre son amour jaloux pour la cité sainte au rachat de laquelle il a voué tout son sang. Ô zélateur de la beauté de l'Epouse, veillez sur elle toujours ; éloignez d'elle les mercenaires qui prétendraient tenir de l'homme le droit de représenter l'Epoux à la tête des Eglises. Que l'odieuse vénalité de vos temps ne se transforme point dans les nôtres en compromissions d'aucune sorte à l'égard des pouvoirs de la terre. La simonie la plus dangereuse n'est point celle qui s'escompte à prix d'or ; il est des obséquiosités, des hommages, des avances, des engagements implicites, qui ne tombent pas moins sous l'anathème des saints canons que les transactions pécuniaires : et qu'importerait, de fait, l'objet ou la forme adoucie du contrat simoniaque, si la complicité achetée du pastorat laissait les princes charger l'Eglise à nouveau des chaînes que vous avez tant contribué à briser ?


Panneau de bois peint. Chapelle San-Miniato Al Monte. Florence. XIVe.

Ne permettez pas, Ô Jean Gualbert, un tel malheur qui serait l'annonce de désastres terribles. Que la Mère commune continue de sentir l'appui de votre bras puissant. Sauvez une seconde fois en dépit d'elle-même votre patrie de la terre. Protégez, dans nos temps malheureux, le saint Ordre dont vous êtes la gloire et le père ; que sa vitalité résiste aux confiscations, aux violences de cette même Italie qui vous proclama autrefois son libérateur. Obtenez aux chrétiens de toute condition Je courage nécessaire pour soutenir la lutte qui s'offre à tout homme ici-bas.

Toute l'Eglise fait écho en ce jour au solennel hommage que Milan continue de rendre, après seize siècles, à deux vaillants témoins du Christ.
" Nos martyrs Félix et Nabor, dit saint Ambroise (In Luc. XIII, 19.), sont le grain de sénevé de l'Evangile. Ils possédaient la bonne odeur de la foi, mais sans qu'elle fût manifestée ; vint la persécution, ils déposèrent leurs armes, inclinèrent la tête, et frappés du glaive, ils répandirent jusqu'aux confins du monde entier la grâce qui se cachait en eux, en sorte que maintenant on peut dire à bon droit que leur voix a éclaté par toute la terre." (Psalm. XVIII, 5.).

Honorons-les, et méritons leurs suffrages par la prière que l'Eglise adresse aujourd'hui à Dieu en mémoire de leurs glorieux combats."

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12 juillet. Saint Menou, évêque de Quimper-Corentin et confesseur. VIIe.

- Saint Menou, évêque de Quimper-Corentin et confesseur. VIIe.
 
Pape : Saint Vitalien. Roi de Cornouailles : Saint Judicaël. Roi de France : Sigebert III.
 
" C'est presque au terme d'un long et pénible voyage, lorsqu'il est près de revoir son troupeau, que saint Menou est obligé de faire à Dieu le sacrifice de sa vie, au milieu d'un peuple qui n'est pas le sien ; mais il se soumet sans murmurer aux ordres de la Providence."
Dom Lobineau. Eloge de saint Menou.
 

Buste-reliquaire de saint Menou. Eglise Saint-Menous.
Saint-Menous. Bourbonnais. XVIIe.

L'Irlande fut la patrie de saint Menou. Afin de servir Dieu d'une manière plus parfaite, il quitta, dès sa jeunesse, son pays et sa famille et se rendit d'abord dans la Grande-Bretagne, d'où il passa en Armorique et aborda à Quimper-Corentin, ville qui, à cette époque, faisait partie du pays des Ossimiens. Saint Corentin, deuxième du nom, en était alors évêque.

Il appela le jeune étranger, lui demanda d'où il venait et quel était le motif de son voyage. Menou lui répondit, en langue bretonne, qu'il était natif d'Irlande et que le désir de s'occuper uniquement du service de Dieu l'avait conduit dans cette contrée. Sa piété toucha le saint évêque, qui, le voyant d'ailleurs très-instruit, l'admit dans son clergé et l'éleva au sacerdoce.

Menou, devenu prêtre, ne se contenta pas d'immoler chaque jour la divine Victime, il s'offrait lui-même au Seigneur comme une hostie vivante, par une rude vie d'ascète. Sa Foi vive le rendait l'objet du respect et de l'affection du peuple. Aussi, à l'époque de la mort de saint Corentin fut-il appelé à lui succéder, par les voeux réunis du clergé et des fidèles. Devenu pasteur des âmes, le Saint ne se borna pas à les édifier par une vie régulière ; son soin principal fut de les instruire assidûment des vérités du Salut et de leur distribuer le pain sacré de la Parole de Dieu.


Eglise Saint-Menoux. Saint-Menoux. Bourbonnais.

Sa charité, qui l'occupait sans cesse à pourvoir avec sollicitude aux besoins spirituels de ses ouailles, le rendait également sensible à leurs maux corporels. On rapporte qu'un homme noble du pays, que le prince retenait en prison, ayant entendu parler de l'éminente sainteté de l'évêque, témoigna le désir, s'il était rendu à la liberté, de se convertir, de suivre ses prédications et de recevoir sa bénédiction. Le zèlé pasteur, informé des pieuses dispositions du prisonnier, lui envoya son anneau et lui fit dire qu'il ne désespérât pas de Dieu, qu'il aurait bientôt des actions de grâces à rendre à Sa bonté infinie. Le prisonnier reçut avec plaisir cet anneau et en toucha ses chaînes, qui se brisèrent à la vue de tous les assistants, de telle manière qu'il put aller librement trouver le saint évêque, vers lequel il se hâta de se rendre. S'étant prosterné à ses pieds, et lui ayant témoigné sa vive reconnaissance, il en reçut le bienfait de l'instruction Chrétienne et le sacrement de Baptême, après lequel il s'en retourna chez lui plein de joie.

Il parait que saint Menou avait fait le voeu de visiter les tombeaux des saints Apôtres. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il partit pour Rome accompagné de quelques-uns de ses prêtres. Arrivé à Rome, il n'y put tenir longtemps sa sainteté cachée ; car un miracle le fit bientôt connaître. Il accorda à un paralytique, qui lui demandait l'aumône, un bien plus grand avantage, celui de sa guérison. Ce prodige parvint aux oreilles du pape qui s'en réjouit et voulut voir le saint évêque. Il l'engagea beaucoup à prolonger son séjour à Rome ; mais le serviteur de Dieu ayant satisfait sa dévotion, résolut de retourner vers son troupeau.


Saint Menou. Bas-relief. Eglise Saint-Menoux.
Saint-Menoux. Bourbonnais. IXe.

Il quitta donc Rome, accompagné de ses prêtres, et étant rentré en France, il parvint jusqu'à Mouilly, petite ville du Bourbonnais et aujourd'hui du diocèse de Moulins. Là, il annonça à ses disciples que sa mort était prochaine, et il leur en prédit le jour et l'heure. Désolés d'apprendre cette triste nouvelle, ceux-ci ne le quittaient plus, et, réunis autour de lui, ils le priaient de vouloir bien être leur protecteur perpétuel dans la Ciel, comme il avait été leur maître dans les voies de la perfection sur la terre. Le vertueux évêque les exhorta à la persévérance dans le bien ; il reçut ensuite le saint Viatique, et, se plaçant comme s'il avait voulu se livrer au sommeil, il expira en priant, et fut aussi exempt des douleurs de la mort qu'il l'avait été pendant sa vie de la contagion du péché.

Son humilité lui avait fait demander d'être inhumé dans l'endroit le moins apparent du cimetière de Saint-Germain, et ses intentions furent remplies ; mais un miracle opéré à son tombeau porta un seigneur, nommé Arcade, à faire construire dans ce lieu une église en l'honneur du saint évêque ; on y fonda un monastère de filles, et Adalgise, troisième abbesse, fit lever son corps de terre dans le IXe siècle. L'abbaye est maintenant détruite, mais les reliques de saint Menou sont encore conservées dans l'ancienne église, qui est aujourd'hui paroissiale.


Sarcophage contenant les reliques de saint Menou.
Eglise Saint-Menoux de Saint-Menoux. Bourbonnais.
Ce Sarcophage fait aussi office de " débredinoire ".
Les simples d'esprit (bredins) ou les migraineux y introduisent la
tête en priant Dieu de les soulager par l'intercession de saint Menou.
Il existe un débredinoire dans l'église Saint-Cado, sur l'île de Saint-Cado,
sur la rivière d'Etel dans le pays d'Auray en Bretagne ;
votre serviteur ne manque jamais d'y plonger la tête à chaque visite.

Le culte de saint Menou est depuis longtemps établi, non-seulement dans le lieu qui porte aujourd'hui son nom, mais dans tout le diocèse de Bourges. Le Bréviaire de cette église, imprimé en 1512, marque son office à trois leçons. Il n'est maintenant que du rite simple. On n'honore pas ce saint évêque en Bretagne, sans doute parce qu'il est mort hors de la province et que ses actions n'y étaient pas connues. Son nom cependant se retrouve assez fréquemment dans le pays ; Pont-Menou, le Vau-Meno et Kermeno le rappellent visiblement. Nous croyons que saint Nolf, dont une paroisse du diocèse de Vannes porte le nom, n'est autre que saint Menou, qui se nomme en latin " Menulphus ".


Le débredinoire.

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mardi, 11 juillet 2017

11 juillet. Saint Pie Ier, pape et martyr. 156.

- Saint Pie Ier, pape et martyr. 156.
 
Papes : Saint Hygin (prédécesseur) ; saint Anicet (successeur). Empereur romain : Antonin le Pieux.
 
" Le souverain pontife doit avoir l'amour tendre d'une mère et la sévérité d'un père, afin d'être ferme envers les superbes et plein de douceur envers ceux qui sont modestes."
 

Saint Pie Ier et sainte Praxède, vierge.

Un saint Pape du second siècle, le premier de cette série de Pontifes que le nom de Pie a illustrés jusqu'à nos jours, projette sur nous sa douce et sereine lumière. Malgré la situation toujours précaire de la société chrétienne, en face d'édits de persécution que les meilleurs des princes païens n'abrogèrent jamais, il mit à profit la paix relative que valait à l'Eglise la modération personnelle d'Antonin le Pieux, pour affermir les assises de la tour mystérieuse élevée par le Pasteur céleste à la gloire du Seigneur Dieu (Herm. Past.). Exerçant ses droits de suprême hiérarque, il établit que, nonobstant la pratique contraire suivie encore en divers lieux, la fête de Pâques serait désormais célébrée au dimanche par toutes les Eglises. Bientôt la glorieuse mémoire de Victor, successeur de Pie à la fin de ce siècle, viendra nous rappeler l'importance de la mesure qu'il crut ainsi devoir prendre et le retentissement qu'elle eut dans l'Eglise entière.

L'ancienne Légende de saint Pie Ier, modifiée récemment, rappelait le décret attribué dans le Corps du droit à notre Pontife (Cap. Si per negligentiam, 27. Dist. II de Consecratione.), touchant celui dont la négligence aurait laissé tomber quelque chose du Sang du Seigneur. Ces prescription: traduisent bien le respect profond que le sain : Pape voulait voir témoigner au Mystère de l'autel : la pénitence, y est-il ordonné, sera de quarante jours, si l'effusion du Sang précieux a lieu jusqu'à terre ; où que ce soit qu'il tombe, on devra le recueillir avec les lèvres s'il se peut, brûler la poussière et déposer la cendre en un lieu non profane.

Le premier pape qui porta le nom glorieux de Pie était un Italien de la ville d'Aquilée, dans l'état de Venise. Encore tout jeune, il vint habiter Rome où il fut admis au nombre des diacres. Le futur élu au souverain pontificat exerçait le sacerdoce lorsque le pape Hygin mourut martyr, en l'an 142. Il adopta le nom de Pie Ier, nom qui devait devenir si cher à l'Eglise.

Avec l'aide des lumières de saint Justin le Philosophe, il combattit l'hérésie de Valentin et refusa de communiquer avec Marcion qui tentait d'introduire dans l'Eglise la doctrine fataliste des deux principes, l'un auteur du bien, dont l'âme serait une émanation, l'autre auteur du mal, dont le corps serait l'ouvrage. Le saint pape Pie Ier eut surtout à combattre l'hérésie des Gnostiques implantée par Simon le Magicien qui avait essayé de tromper les fidèles de Rome par ses prestiges et ses artifices diaboliques.

Saint Pie Ier établit que la fête de Pâques se célébrerait le dimanche, en mémoire de la glorieuse Résurrection du Sauveur qui eut lieu ce jour de la semaine. Il fixa cette loi inviolable afin de continuer la pieuse coutume qui s'observait déjà par la tradition des Apôtres, et parce qu'il désirait abolir les superstitions de certaines Eglises qui voulaient imiter les Poldèves en cette sainte solennité.

Saint Pie Ier venait souvent célébrer le Saint Sacrifice de la messe dans l'illustre maison de saint Pudens, sénateur qui voulut consacrer sa maison afin de la convertir en église ouverte à tous les chrétiens. Comme une multitude de païens accouraient en ces lieux bénis pour demander leur admission au sein de l'Eglise naissante, cette affluence ne tarda pas à être remarquée par les idolâtres jaloux et hostiles qui s'empressèrent d'adresser leurs plaintes à l'empereur Marc-Aurèle Antonin.


Mosaïque représentant saint Pie Ier et sainte Praxède.
Basilique Sainte-Praxède à Rome.

Ce prince ralluma la persécution à cause du grand nombre de conversions qui ne cessaient de se multiplier dans son empire. Il défendit aux chrétiens de se mêler au reste du peuple et de paraître dans les marchés, ainsi qu'aux thermes publics.

Saint Pie Ier gouverna la chrétienté pendant plus de quinze ans. L'histoire conteste que ce pontife ait donné son sang pour la foi, mais l'Église l'honore comme martyr. Il fut enseveli dans la catacombe du Vatican, auprès du corps de saint Pierre.

Dans la catacombe de Sainte-Priscille, sur la via Salaria, une peinture contemporaine de Pie Ier représente ce pontife, vêtu du Colobium, et assis sur une chaire épiscopale. La vierge sainte Praxède est debout devant lui tenant un voile déplié. Le pape lui impose les mains. Un prêtre assiste à cette sainte cérémonie ; il s'agit de Pastor, frère de saint Pie Ier.

Il y a des reliques de notre saint à Saint-Leu, aux Clarisses et aux Ursulines d'Amiens, au Saint-Sépulcre d'Abbeville, à Saint-Pierre de Roye et à Montreuil.


Eglise du Saint-Sépulcre d'Abbeville.
On y conserve des reliques de saint Pie Ier.
 
PRIERE
 
" Glorieux Pontife, nous nous souvenons de ces paroles écrites sous vos yeux, et qu'on dirait le commentaire du décret porté sous votre nom au sujet des Mystères sacrés :
" C'est qu'en effet, proclamait dès le milieu du second siècle à la face du monde Justin le Philosophe, nous ne recevons pas comme un pain commun, comme un breuvage commun, cet aliment nommé chez nous Eucharistie ; mais de même que, fait chair par la parole de Dieu, Jésus-Christ notre Sauveur a eu et chair et sang pour notre salut, de même il nous a été appris que l'aliment fait Eucharistie par la prière formée de sa propre parole est et la chair et le sang de ce Jésus fait chair." (Apolog. I, 66.).

A cette doctrine, aux mesures qu'elle justifie si amplement, d'autres témoins autorisés faisaient écho, sur la fin du même siècle, en des termes qu'on croirait eux aussi empruntés à la lettre même des prescriptions qui vous sont attribuées :
" Nous souffrons anxieusement, si quoi que ce soit du calice ou du pain même qui est nôtre vient à tomber à terre ", disait Tertullien (De corona, III.) ; et Origène en appelait aux habitués des Mystères divins pour dire " quels soins, quelle vénération, entouraient les dons sacrés de peur que ne s'en échappât la moindre parcelle, ce qui, provenu de négligence, eût été regardé comme un crime " (In Ex. Homil. XII.).
 

Mosaïque représentant saint Pie Ier et sainte Praxède.
Détail. Basilique Sainte-Praxède. Rome.

Et maintenant l'hérésie, pauvre de science comme de foi, prétend de nos jours que l'Eglise a dévié des antiques traditions, en exagérant ses hommages au Sacrement divin ! Faites en effet, Ô Pie, que nous revenions aux dispositions de nos pères : non dans leur foi, qui est toujours la nôtre ; mais dans la vénération et l'amour qu'ils puisaient en cette foi pour le calice enivrant (Psalm. XXII, 5.), trésor de la terre. Puisse l'Agneau réunir dans la célébration d'une même Pàque, selon vos volontés, tous ceux qu'honore le nom de chrétiens !"

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lundi, 10 juillet 2017

10 juillet. Sainte Félicité et ses sept fils, martyrs à Rome. 150.

- Sainte Félicité et ses sept fils, martyrs à Rome. 150.

Pape : Saint Pïe Ier. Empereur romain : Antonin le Pieux.

" Admirez la bienheureuse Félicité dont nous célébrons aujourd'hui la naissance au ciel ; servante du Christ par sa foi, elle devient sa mère par sa prédication auprès de ses fils : elle ne les perd pas, mais ne fait que les envoyer avant elle au paradis."
Saint Grégoire le Grand, hom. III ; saint Augustin, serm. CX.


Vitrail de sainte Félicité et ses sept fils.
Cathédrale Saint-Samson. Dol-de-Bretagne.

Trois fois en quelques jours, à la gloire de la Trinité, le septénaire va marquer dans la sainte Liturgie le règne de l'Esprit aux sept dons. Félicité, Symphorose, la Mère des Machabées, échelonnent sur la route qui conduit au mois de l'éternelle Sagesse le triple bataillon des sept fils que leur donna le ciel. L'Eglise, que Pierre et Paul viennent de quitter par la mort, poursuit sans crainte ses destinées ; car les martyrs font de leur corps un rempart au dépôt sacré du témoignage apostolique. Vivants, ils sont la force de l'Epouse ; leur trépas ne saurait l'appauvrir : semence de chrétiens (Tertull. Apolog. 50.), leur sang versé dans les tourments multiplie l'immense famille des fils de Dieu. Mystère sublime du monde des âmes ; c'est donc au temps où la terre pleure l'extinction de ses races les plus généreuses, qu'elles font souche dans les cieux pour les siècles sans fin. Ainsi en sera-t-il toujours ; devenue plus rare avec la suite des âges, la consécration du martyre laissera en ce point sa vertu à l'holocauste de la virginité dans la voie des conseils.

La foi d’Abraham fut grande d'avoir espéré, contre toute espérance, qu'il serait le père des nations en cet Isaac qu'il reçut l'ordre un jour d'immoler au Seigneur ; la foi de Félicité aujourd'hui est-elle moindre, lorsqu'à l'immolation sept fois renouvelée des fruits de son sein, elle reconnaît le triomphe de la vie et la bénédiction suprême donnée à sa maternité ? Honneur à elle, comme à ses devancières, comme aux émules que suscitera son exemple ! Nobles sources, épanchant l'abondance de leurs eaux sur le sable aride du désert, elles recueillent le dédain des sages de ce siècle ; mais c'est par elles que la stérile gentilité se transforme à cette heure en un paradis du Seigneur, par elles encore qu'après le défrichement du premier âge le monde verra sa fertilité maintenue.

Marc Aurèle venait de monter sur le trône impérial, où dix-neuf ans de règne n'allaient montrer en lui que le médiocre écolier des rhéteurs sectaires du second siècle. En politique comme en philosophie, le trop docile élève ne sut qu'épouser les étroites et haineuses idées de ces hommes pour qui la lumineuse simplicité du christianisme était l'ennemie. Devenus par lui préfets et proconsuls, ils firent de ce règne si vanté le plus froidement persécuteur que l'Eglise ait connu. Le scepticisme du césar philosophe ne l'exemptait pas au reste de la loi qui, chez tant d'esprits forts, ne dépossède le dogme que pour mettre en sa place la superstition. Par ce côté la foule, tenue à l'écart des élucubrations de l'auteur des Pensées, retrouvait son empereur ; césar et peuple s'entendaient pour ne demander de salut, dans les malheurs publics, qu'aux rites nouveaux venus d'Orient et à l'extermination des chrétiens. L'allégation que les massacres d'alors se seraient perpétrés en dehors du prince, outre qu'elle ne l'excuserait pas, ne saurait se soutenir ; c'est un fait aujourd'hui démontré : parmi les bourreaux de tout ce que l'humanité eut jamais de plus pur, avant Domitien, avant Néron lui-même, stigmatisé plus qu'eux de la tache du sang des martyrs, doit prendre place Marc Aurèle Antonin.


Sainte Félicité et ses fils devant leur juge. Bernardino Pocetti. XVIe.

La condamnation des sept fils de sainte Félicité fut la première satisfaction donnée par le prince à la philosophie de son entourage, à la superstition populaire, et, pourquoi donc hésiter à le dire si l'on ne veut en plus faire de lui le plus lâche des hommes, à ses propres sentiments. Ce fut lui qui, personnellement, donna l'ordre au préfet Publius d'amener à l'apostasie cette noble famille dont la piété irritait les dieux ; ce fut lui encore qui, sur le compte rendu de la comparution, prononça la sentence et arrêta qu'elle serait exécutée par divers juges en divers lieux, pour notifier solennellement les intentions du nouveau règne. L'arène, en effet, s'ouvrait à la fois sur tous les points, non de Rome seule, mais de l'empire ; l'intervention directe du souverain signifiait aux magistrats hésitants la ligne de conduite qui ferait d'eux les bienvenus du pouvoir. Bientôt Félicité suivait ses fils ; saint Justin le Philosophe expérimentait la sincérité de l'amour apporté par César à la recherche de la vérité ; toutes les classes fournissaient leur appoint aux supplices que le salut de l'empire réclamait de la haute sagesse du maître du monde : jusqu'à ce que sur la fin de ce règne qui devait se clore, comme il avait commencé, comme il s'était poursuivi, dans le sang, un dernier rescrit du doux empereur amenât les hécatombes où Blandine l'esclave et Cécile la patricienne réhabilitaient par leur courage l'humanité, trop justement humiliée des flatteries données jusqu'à nos temps à ce triste prince.

Jamais encore le vent du midi n'avait à ce point fait de toutes parts couler la myrrhe et les parfums dans le jardin de l'Epoux (Cant. IV, 16 ; V, 1.) ; jamais contre un effort aussi prolongé de tousses ennemis, sous l'assaut combiné du césarisme et de la fausse science donnant la main aux hérésies du dedans, jamais pareillement l'Eglise ne s'était montrée invincible dans sa faiblesse comme une armée rangée en bataille (Ibid. VI, 3.). L'espace nous manque pour exposer une situation qui commence à être mieux étudiée de nos jours, mais reste loin d'être pleinement comprise encore. Sous le couvert de la prétendue modération antonine, la campagne de l'enfer contre le christianisme atteint son point culminant d'habileté à l'époque même qui s'ouvre par le martyre des sept Frères honorés aujourd'hui. Les attaques furibondes des césars du troisième siècle, se jetant sur l'Eglise avec un luxe d'atrocités que Marc Aurèle ne connut pas, ne seront plus qu'un retour de bête fauve qui sent lui échapper sa proie.


Sainte Félicité et ses fils devant leur juge.
Vie de saints. R. de Montbaston.

Les choses étant telles, on ne s'étonnera pas que l'Eglise ait dès l'origine honoré d'un culte spécial le septénaire de héros qui ouvrit la lutte décisive dont le résultat fut la preuve qu'elle était bien désormais invincible à tout l'enfer. Et certes, le spectacle que les saints de la terre ont pour mission de donner au monde (I Cor. IV, 9.) eut-il jamais scène plus sublime ? S'il fut combat auquel purent applaudir de concert et les anges et les hommes, n'est-ce pas celui du 10 juillet 162, où, sur quatre points à la fois des abords de la Ville éternelle, conduits par leur héroïque mère, ces sept fils de l'antique patriciat engagèrent l'assaut qui devait, dans leur sang, arracher Rome aux parvenus du césarisme et la rendre à ses immortelles destinées ?

Quatre cimetières, après le triomphe, obtinrent l'honneur d'accueillir dans leurs cryptes sacrées les dépouilles des martyrs ; tombes illustres, qui devaient en nos temps fournir à l'archéologie chrétienne l'occasion des plus belles découvertes et l'objet des plus doctes travaux. Aussi loin qu'il est possible de remonter à la lumière des plus authentiques monuments, le VI des ides de juillet apparaît, dans les fastes de l'Eglise Romaine, comme un jour célèbre entre tous, en raison de la quadruple station conviant les fidèles aux tombeaux de ceux que par excellence on nommait les Martyrs. L'âge de la paix maintint aux sept Frères une dénomination d'autant plus glorieuse, au sortir de la mer de sang où sous Dioclétien l'Eglise s'était vue plongée; des inscriptions relevées dans les cimetières mêmes qui n'avaient pas eu la faveur de garder leurs restes, désignent encore au IVe siècle le 11 juillet sous l'appellation de lendemain du jour des Martyrs.


Gravure du XVIIIe.

En cette fête de la vraie fraternité qu'exalte l'Eglise (Resp. VIII ad Matut., et Versus alleluia.), deux sœurs vaillantes partagent l'honneur rendu aux sept Frères. Un siècle avait passé sur l'empire. Les Antonins n'étaient plus. Valé-rien, qui d'abord sembla vouloir comme eux mériter pour sa modération les éloges de la postérité, venait de glisser sur la pente sanglante à son tour : frappant à la tête, il décrétait du même coup l'extermination sans jugement des chefs de l'Eglise, et l'abjuration sous les peines les plus graves de tout chrétien d'une illustre origine.

Rufine et Seconde durent aux édits nouveaux de croiser leurs palmes avec celles de Sixte et de Laurent, de Cyprien et d'Hippolyte. Elles étaient de la noble famille des Turcii Asterii que de modernes découvertes ont également remis en lumière. En s'en tenant aux prescriptions de Va-lérien, qui n'ordonnait contre les femmes chrétiennes que la confiscation et l'exil, elles eussent paru devoir échapper à la mort ; mais leur crime de fidélité au Seigneur était aggravé par le vœu de la sainte virginité qu'elles avaient embrassée : leur sang mêla sa pourpre à la blancheur du lis qui avait leur amour. La Basilique Mère et Maîtresse garde, près du baptistère de Constantin, les reliques des deux sœurs ; le second siège cardinalice des princes de la sainte Eglise est placé sous leur protection puissante, et joint à son titre de Porto celui de Santa-Rufina.


Sainte Félicité encourage ses saints fils.
Dessin. Ecole florentine du XVIe.

Sainte Félicité était une dame romaine distinguée par sa vertu et par sa naissance. Mère de sept enfants, elle les éleva dans la crainte du Seigneur. Après la mort de son mari, elle servit Dieu dans la continence et ne s'occupa plus que de bonnes oeuvres. Ses exemples, ainsi que ceux de sa famille, arrachèrent plusieurs païens à leurs superstitions, en même temps qu'ils encourageaient les chrétiens à se montrer dignes de leur vocation. Les prêtres païens, furieux de l'abandon de leurs dieux, la dénoncèrent.

Elle comparut, avec ses pieux enfants, devant le juge, qui l'exhorta à sacrifier aux idoles, mais reçut en réponse une généreuse confession de foi :
" Malheureuse femme, lui dit-il alors, comment avez-vous la barbarie d'exposer vos enfants aux tourments et à la mort ? Ayez pitié de ces tendres créatures, qui sont à la fleur de l'âge et qui peuvent aspirer aux premières charges de l'État.
– Mes enfants, reprit Félicité, vivront éternellement avec Jésus-Christ, s'ils sont fidèles ; ils doivent s'attendre à d'éternels supplices, s'ils sacrifient aux idoles. Votre pitié apparente n'est donc qu'une cruelle impiété."

Se tournant ensuite vers ses enfants :
" Regardez, leur dit-elle, regardez le Ciel, où Jésus-Christ vous attend avec Ses Saints."
Le juge, prenant les enfants séparément, essaya d'ébranler leur constance. Il commença par Janvier; mais il en reçut cette réponse :
" Ce que vous me conseillez de faire est contraire à la raison ; le Sauveur Jésus, je l'espère, me préservera d'une telle impiété."
Félix, le second, fut ensuite amené. Comme on le pressait de sacrifier, il répondit :
" Il n'y a qu'un seul Dieu, et c'est à Lui que nous devons offrir le sacrifice de nos coeurs ; employez tous les artifices, tous les raffinements de la cruauté, vous ne nous ferez pas trahir notre foi !"
Les autres frères, interrogés, répondirent avec la même fermeté. Martial, qui parla le dernier, dit :
" Tous ceux qui ne confessent pas que Jésus-Christ est le vrai Dieu seront jetés dans un feu qui ne s'éteindra jamais."

L'interrogatoire fini, les Saints souffrirent la peine du fouet et furent ramenés en prison; bientôt ils achevèrent leur sacrifice de différentes manières. Janvier fut frappé jusqu'à la mort avec des fouets garnis de plomb ; Félix et Philippe furent tués à coups de massue ; Sylvain fut jeté, la tête en bas, dans un précipice ; Alexandre, Vital et Martial eurent la tête tranchée. Félicité, mère de ces nouveaux Macchabées, subit le martyre la dernière.


Martyre de sainte Félicité et de ses saints fils.
Speculum historiale. V. de Beauvais. François. XVe.

Il y avait sur la voie Salarienne une église bâtie en l'honneur et sur la tombe de sainte Félicité. C'est dans cette église que saint Grégoire le Grand prêcha sa troisième homélie sur les évangiles le jour de la fête de la sainte martyre.

Comme sainte Félicité n'eut que des garçons, on l'invoque pour en obtenir. Rappelons que selon une antique tradition, constatée dans les faits à de multiples reprises, le septième garçon d'une fratrie chrétienne possède des dons de thaumaturge.

PRIERE

" Enfants, louez le Seigneur ; chantez celui qui, dans sa maison, donne à la stérile une couronne de fils." ( Introit. diei.).
Ainsi l'Eglise ouvre aujourd'hui ses chants. Etait-elle donc stérile, Ô Martyrs, la mère glorieuse qui vous avait donnés tous les sept à la terre ? Mais la fécondité qui s'arrête à ce monde ne compte pas devant Dieu ; ce n'est point elle qui répond à la bénédiction tombée des lèvres du Seigneur, au commencement, sur l'homme fait par lui son semblable (Gen. I, 26-28.). Saint et fils de Dieu, c'était une lignée sainte, une race divine (Act. XVII, 29.), qu'il recevait mission de propager par le Croissez et multipliez du premier jour. Ce que fut la première création, toute naissance devait l'être : l'homme était réservé à ce degré d'honneur de ne communiquer sa propre existence à d'autres hommes ses semblables, qu'en leur donnant avec elle la vie du Père qui est aux cieux ; celle-ci devait être aussi inséparable de la vie naturelle qu'un édifice l'est du fondement qui le porte, et, dans l'intention de Dieu, la nature appelait la grâce non moins que le cadre appelle l'œuvre d'art pour laquelle il est fait.

Trop tôt le péché brisa l'harmonie des lignes du plan divin ; la nature fut violemment séparée de la grâce, et ne produisit plus que des fils de colère (Eph. II, 3.). Le Dieu riche en miséricorde (Ibid. 4.) n'abandonnait point cependant les projets de son amour immense ; lui qui dès la première création nous eût voulus pour fils, nous créait comme tels à nouveau dans son Verbe fait chair (Ibid. 10.). Ombre d'elle-même, ne donnant plus directement naissance aux fils de Dieu, l'union d'Adam et d'Eve était découronnée de cette gloire près de laquelle eussent pâli les sublimes prérogatives des esprits angéliques ; mais elle restait la figure du grand mystère du Christ et de l'Eglise (Ibid. V. 32.).

La maternité s'était dédoublée. Stérile pour Dieu, confinée dans la mort qu'elle avait attirée sur sa race, l'ancienne Eve ne pouvait plus qu'en participation de la nouvelle mériter son titre de mère des vivants (Gen. III, 20.). A cette condition toutefois de s'incliner devant les droits de celle que l'Adam nouveau a choisie comme Epouse, l'honneur demeurait grand pour elle, et il lui était loisible de réparer en partie sa déchéance. Mieux que la fille de Pharaon sauvant Moïse et le confiant à Jochabed, l'Eglise allait dire à toute mère au sortir des eaux :
" Recevez cet enfant, et me le nourrissez." ( Ex. II, 9.).
Et humblement soucieuse de répondre à la confiance de l'Eglise, saintement fière de revenir aux intentions premières de Dieu pour elle-même, toute mère chrétienne allait faire sienne, en son labeur redevenu plus qu'humain, cette parole d'un amour dépassant la nature :
" Mes petits enfants, que j'enfante de nouveau, " jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous !" ( Gal. IV, 19.).


Martyre de sainte Félicité et de ses fils. Ecole française du XVIIe.

Honte à celle qui mettrait en oubli la destinée supérieure appelant le fruit de son sein aux honneurs de la filiation divine ! Le crime serait pire que d'étouffer en lui par négligence ou calcul, dans une éducation exclusivement préoccupée des sens, l'intelligence qui distingue l'homme des animaux soumis à son empire. La vie divine n'est pas moins nécessaire à l'homme, en effet, pour atteindre sa fin, que la vie raisonnable ; n'en point tenir compte, laisser dépérir le germe divin déposé dans l'âme d'un enfant à sa nouvelle naissance au bord de la fontaine sacrée, serait pour une mère replonger dans la mort l'être fragile qui lui devait l'existence.

Elle avait autrement compris sa mission votre illustre mère, Ô Martyrs ! Et c'est pourquoi l'Eglise, qui se réserve de nous rappeler sa mémoire sainte au jour où, quatre mois après vous, elle quitta notre terre, fait néanmoins de la fête présente le principal monument de sa gloire. C'est elle que célèbrent surtout et les lectures et les chants du Sacrifice (Introit., Epist., Evang., Commun.), et les instructions de l'Office de la nuit (Lect. VI, et Homil. diei.). C'est qu'en effet servante du Christ par la foi, proclame saint Grégoire, elle est aujourd'hui devenue sa mère, selon la parole du Seigneur même, en l'engendrant sept fois dans les fils que lui avait donnés la nature. Après vous avoir rendus si pleinement tous les sept à votre Père du ciel, que sera son propre martyre, sinon la fin trop longtemps retardée du veuvage, l'heure toute de joie (Prov. XXXI, 25.) qui la réunira dans la gloire à ceux qui sont devenus doublement ses fils ?

Dès ce jour donc qui fut pour elle la journée du labeur sans être encore celle de la récompense, à cette date où la mère passa sept fois par les tortures et la mort et dut accepter par surcroît la continuation de l'exil, il convenait qu'on vît se lever les fils (Ibid. 28.) et renvoyer à qui de droit l'honneur du triomphe. Car dès maintenant, tout exilée qu'elle reste encore, la pourpre, teinte non pas deux (Ex. XXV, 4, etc.) mais sept fois, est son vêtement (Prov. XXXI, 22.) ; les plus riches des filles d'Eve (Ibid. 29.) s'avouent dépassées par cette débordante fécondité du martyre ; ce sont ses œuvres mêmes qui la louent aujourd'hui dans l'assemblée des Saints (Ibid. 31.). Puissent donc en ce jour et les fils et la mère, puissent les deux nobles sœurs associées à leur triomphe, écouter nos vœux, protéger l'Eglise, rappeler le monde aux enseignements contenus dans les exemples de leur vie !"

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10 juillet. Saint Pasquier, ou saint Pasquaire ou encore saint Pascharius, évêque de Nantes, confesseur. VIIe.

- Saint Pasquier, ou saint Pasquaire ou encore saint Pascharius, évêque de Nantes, confesseur. VIIe.
 
Pape : Saint Agathon. Roi de Francs : Dagobert II ; Clovis IV.
 
" Un Chrétien qui possède le véritable zèle ne prend pas ombrage des succès des autres : il est loin de les voir d'un oeil de jalousie, parce qu'il sait que la charité le rend participant des succès qu'ils obtiennent."
Dom Lobineau. Eloge de saint Pasquaire.
 

Statue de saint Pasquier. Eglise Saint-Pasquier de Nantes. Bretagne.

Pasquier naquit à Nantes. Ayant reçu une bonne éducation et s'étant pénétré de l'importance du Salut, il renonça au monde, qui lui offrait cependant des avantages temporels, mais au milieu duquel il est si aisé de se perdre, et se consacra au Seigneur, en embrassant l'état ecclésiastique.

Sa vertu le fit choisir pour remplir le siège de Nantes, après la mort de l'évêque Harco, qui l'occupait et qui n'est connu que de nom. Les Saints, pénétrés des maximes de l'Evangile dont l'humilité est une des principales, ont toujours fui l'élévation et les honneurs ; aussi Pasquaire réclama-t-il fortement contre son élection, et ne se soumit-il à recevoir la consécration épiscopale que lorsqu'il vit clairement que telle était la volonté de Dieu.

Connaissant toute l'importance de la charge pastorale et l'étendue des devoirs qu'elle impose, il s'acquitta de ses obligations avec l'exactitude et le zèle d'un homme animé de l'Esprit de Dieu. Il s'appliqua surtout à bien régler son clergé, à instruire son peuple et à soulager les pauvres, auxquels il distribua tout son patrimoine, qui était considérable.

Quoiqu'il s'adonnât tout entier au service du prochain et qu'il n'épargnât rien pour éclairer et amener au Salut les âmes confiées à ses soins, il sentait néanmoins qu'il n'opérait pas tout le bien qu'il aurait voulu faire.


Eglise Saint-Pasquier de Nantes. Bretagne.

Son désir était d'avoir de pieux coopérateurs qui eussent prêché autant par leurs exemples que par leurs discours, et dont la vie régulière et pénitente pût servir à tous de modèle. Parlant un jour à son troupeau de la vie monastique, son discours toucha tellement ses auditeurs qu'ils montrèrent le plus grand empressement à obtenir de ces hommes de Dieu, qui devaient les éclairer par leurs paroles et les édifier par leur sainte vie.

Voyant son peuple dans des dispositions si bienveillantes, Pasquier envoya au monastère de Fontenelle, auprès de saint Lambert qui en était abbé, des personnes de confiance pour lui demander quelques-uns de ses moines, afin de les établir dans le diocèse de Nantes. Répondant aux voeux du saint évêque, le vénérable abbé lui envoya 12 de ses frères, à la tête desquels se trouvait le célèbre saint Hermeland. Ils arrivèrent bientôt à Nantes, et leur premier soin fut d'aller dans l'église de Saint-Pierre implorer le secours du Ciel et en attirer les bénédictions sur leur entreprise.

Informé de leur présence dans le lieu saint, Pasquier, plein de joie, va les trouver, les reçoit comme des anges, et bénit Dieu de ce que, remplissant son désir le plus ardent, Il donnait à son diocèse des hommes qui loueraient sans cesse la sainte Trinité et l'aideraient à mener les âmes au Salut.

Après avoir passé quelque temps avec eux dans des entretiens de piété, il les conduisit dans l'île d'Aindre (ou Indre), placée au milieu de la Loire et distante de Nantes de deux lieues. Il les y établit.

Les autres actions du saint pasteur ne nous sont pas connues ; mais son zèle pour la sanctification de son troupeau, et sa charité envers saint Hermeland et ses compagnons, sont autant de titres qui prouvent combien est fondé le culte que lui rend depuis longtemps son Eglise. Il mourut vers le commencement du VIIIe siècle, le 10 juillet, jour auquel il est honoré dans le diocèse de Nantes. Sa fête y était célébrée autrefois du rite double. On ne voit pas que son corps ait été jamais levé de terre, et l'on ignore où se trouve son tombeau.

Rq : On lira la notice que consacre dom Lobineau à saint Pasquier. Très courte, elle précède la notice de saint Hermeland (fêté au 25 novembre), qui succéda à saint Pasquier, et sur lequel nous avons d'amples renseignements :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x.pagination

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