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mardi, 02 octobre 2018

2 octobre. Saints Anges gardiens. 1608.

- Fête des saints Anges gardiens. 1608.

" Angelis suis mandavit de te, ut custodiant te in omnibusviis tuis."
Ps. CV, II.

" Dieu vous a mis sous la garde de ses anges. Cette parole doit vous inspirer pour eux du respect, de la reconnaissance et de la confiance."

Saint Bernard.


Notre Dame, reine des Anges.

Bien que la solennité du 29 septembre ait pour but d'honorer tous les bienheureux esprits des neuf chœurs, la piété des fidèles s'est portée dans les derniers siècles à désirer qu'un jour spécial fût consacré par la terre à célébrer les Anges gardiens. Différentes Eglises ayant pris l'initiative de cette fête, qu'elles plaçaient sous divers rites à diverses dates de l'année, Paul V (à la prière de Ferdinand d'Autriche en 1608), tout en l'autorisant, crut devoir la laisser facultative ; Clément X (1670) mit fin à cette variété au sujet de la fête nouvelle, en la fixant obligatoirement du rite double (double majeur depuis 1883) au 2 octobre, premier jour libre après la Saint-Michel, dont elle demeure ainsi comme une dépendance.


Le pape Paul V.

Il est de foi qu'en cet exil, Dieu confie aux Anges la garde des hommes appelés à le contempler ainsi qu'eux-mêmes dans la commune patrie ; c'est le témoignage des Ecritures, l'affirmation unanime de la Tradition. Les conclusions les plus assurées de la théologie catholique étendent le bénéfice de cette protection précieuse à tous les membres de la race humaine, sans distinction de justes ou de pécheurs, d'infidèles ou de baptisés. Ecarter les dangers, soutenir l'homme dans sa lutte contre le démon, faire naître en lui de saintes pensées, le détourner du mal et parfois le châtier, prier pour lui et présenter à Dieu ses propres prières : tel est le rôle de l'Ange gardien. Mission à ce point spéciale, que le même Ange ne cumule pas la garde simultanée de plusieurs ; à ce point assidue, qu'il suit son protégé du premier jour au dernier de sa mortelle existence, recueillant l'âme au sortir de cette vie pour la conduire, des pieds du juge suprême, à la place méritée par elle dans les cieux ou au séjour temporaire de purification et d'expiation.

C'est dans le voisinage plus immédiat de notre nature, parmi les rangs pressés du dernier des neuf chœurs, que se recrute surtout la milice sainte des Anges gardiens. Dieu, en effet, réserve les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, à l'honneur de former son auguste cour. Les Dominations président des abords de son trône au gouvernement de l'univers ; les Vertus veillent à la fixité des lois de la nature, à la conservation des espèces, aux mouvements des cieux ; les Puissances retiennent enchaîné l'enfer. La race humaine, dans son ensemble et ses grands corps sociaux, les nations, les églises, est confiée aux Principautés ; tandis que le rôle des Archanges, préposés aux communautés moindres, semble être aussi de transmettre aux Anges les ordres du ciel, avec l'amour et la lumière descendant pour nous de la première et suprême hiérarchie. Profondeurs de la Sagesse de Dieu (Rom. XI, 33.) ! Ainsi donc l'admirable ensemble de ministères ordonné entre les différents chœurs des esprits célestes aboutit, comme fin, à cette garde immédiatement remise aux plus humbles, la garde de l'homme, pour qui subsiste l'univers. C'est l'affirmation de l'Ecole (Suarez. De Angelis, Lib. VI, c. XVIII, 5.) ; c'est le mot de l'Apôtre : " Tout esprit n'a-t-il pas pour mission de servir les futurs héritiers du salut ?" (Heb. I, 14.).

Mais Dieu, tout magnifique qu'il daigne se montrer pour l'humanité entière, ne sait pas moins que les gouvernements de ce monde honorer d'une garde spéciale les princes de son peuple, privilégiés de sa grâce, ou régissant pour lui la terre ; au témoignage des Saints, une perfection suréminente, une mission plus haute dans l'Etat ou l'Eglise, assurent à qui en est revêtu l'assistance d'un esprit également supérieur, sans que l'Ange de la première heure, si l'on peut ainsi parler, soit nécessairement pour cela relevé de sa propre garde.
Il s'en faut d'ailleurs que, sur le terrain des opérations du salut, le titulaire céleste du poste à lui confié dès l'aube puisse redouter jamais de se voir isolé ; à sa demande, à l'ordre d'en haut, les troupes de ses bienheureux compagnons, qui remplissent la terre et les cieux, sont toujours prêtes à lui prêter main forte. Il est pour ces nobles esprits, sous l'œil du Dieu dont ils aspirent par tous moyens à seconder l'amour, de secrètes alliances amenant parfois sur terre entre leurs clients mêmes des rapprochements dont le mystère se révélera au jour de l'éternité.

" Mystère profond que le partage des âmes entre les Anges destinés à leur garde ; divin secret, relevant de l'économie universelle qui repose sur l'Homme-Dieu ! Ce n'est point non plus sans d'ineffables dispositions que se répartissent entre les Vertus des cieux les services de la terre, les départements multiples de la nature : fontaines et fleuves, vents et forêts, plantes, êtres animés des continents ou des mers, dont les rôles s'harmonisent par le fait des Anges dirigeant au but commun leurs offices variés." (Origen. in Josue, Hom. XXIII.).
" Telle subsiste, en sa puissante unité, l'œuvre du Créateur. Et sur ces mots de Jérémie : Jusques à quand pleurera la terre ?" (Jerem. XII, 4.).
Origène reprend, soutenu de l'autorité de saint Jérôme, son traducteur en la circonstance (Origen. in Jerem. Hom. X, juxta Hieron VIII.) : " C'est par chacun de nous que la terre se réjouit ou qu'elle pleure ; et non seulement la terre, mais l'eau, le feu, l'air, tous les éléments, qu'il ne faut point entendre ici de la matière insensible, mais des Anges préposés à toutes choses sur terre. Il y a un Ange de la terre, et c'est lui, avec ses compagnons, qui pleure de nos crimes. Il y a un Ange des eaux, à qui s'applique le Psaume : " Les eaux vous ont vu, et elles ont été dans la crainte ; le trouble a saisi les abîmes ; voix des grandes eaux, voix de l'orage : l'éclair comme la flèche a sillonné la nue (Psalm. LXXVI, 17-18.)."

Ainsi considérée, la nature est grande. Moins dépourvue que nos générations sans vérité comme sans poésie, l'antiquité ne voyait pas autrement l'univers. Son erreur fut d'adorer ces puissances mystérieuses, au détriment du seul Dieu sous lequel fléchissent ceux qui portent le monde (Job. IX, 13.).

" Air, terre, océan, tout est plein d'Anges, dit saint Ambroise à son tour (Ambr. in Psalm. CXVIII, Sermo I, 9, 11, 12.). Assiégé par une armée, Elisée demeurait sans crainte ; car il voyait d'invisibles cohortes qui l'assistaient. Puisse le Prophète ouvrir aussi tes yeux ; et que l'ennemi, fût-il légion, ne t'effraie pas : tu te crois investi, et tu es libre ; il y en a moins contre nous que pour nous (IV Reg. VI, 16.)."

Revenons à l'Ange particulièrement détaché près de nous tous, et méditons cet autre témoignage :
" Il ne dort pas, on ne le trompe pas, le noble gardien de chacun d'entre nous. Ferme ta porte, et fais la nuit ; mais souviens-toi que tu n'es jamais seul : lui, pour voir tes actions, n'a pas besoin de lumière."
Qui parle ainsi ? non quelque Père de l'Eglise, mais un païen, l'esclave philosophe Epictète (Ap. Arrian. Diss. I, 14.).

De préférence toutefois et pour finir, écoutons aujourd'hui comme fait l'Eglise l'Abbé de Clairvaux, dont l'éloquence se donne ici carrière :
" En tous lieux, sois respectueux de ton Ange. Que la reconnaissance pour ses bienfaits excite ton culte pour sa grandeur. Aime ce futur cohéritier, tuteur présentement désigné par le Père à ton enfance. Car bien que fils de Dieu, nous ne sommes pour l'heure que des enfants, et longue et périlleuse est la route. Mais Dieu a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies ; ils te porteront dans leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre ; tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon (Psalm. XC, 11 -13.). Oui donc ; là où la route est praticable pour un enfant, ils borneront leur concours à te guider, à te soutenir comme on fait les enfants. L'épreuve menacera-t-elle de dépasser tes forces ? ils te porteront dans leurs mains. Ces mains des Anges ! combien d'impasses redoutées, franchies grâce à elles comme sans y penser, et ne laissant à l'homme par delà que l'impression d'un cauchemar soudainement évanoui (Bernard, in Psalm. XC, Sermo XII.) !"

Mais où l'Ange triomphe, c'est dans la rencontre chantée au Cantique sacré.
" Lui, l'un des compagnons de l'Epoux, dit saint Bernard, envoyé pour cela des cieux à l'élue, négociateur, témoin du mystère accompli, comme il tressaille, et dit : Je vous rends grâces, Dieu de majesté, qui avez exaucé le désir de son cœur ! Or, c'était lui qui, sur la route, ami persévérant, ne cessait de murmurer à l'oreille de l'âme : " Mets tes délices dans le Seigneur, et il t'exaucera " (Psalm. XXXVI, 4.) ; et de nouveau : " Attends le Seigneur, et garde ses sentiers " (Ibid 34.) ; puis, encore : " S'il tarde, attends toujours, car il viendra sûrement et bientôt " (Habac. II, 3.). Cependant qu'il remontrait au Seigneur : " Comme le cerf aspire à l'eau des fontaines, ainsi cette âme aspire après vous, Ô Dieu (Psalm. XLI, 2.) ! soyez-lui pitoyable, écoutez ses cris, visitez sa désolation. Et maintenant, paranymphe fidèle, confident d'ineffables secrets, il n'est point jaloux. Il va du bien-aimé à la bien-aimée, offrant les vœux, rapportant les dons ; il excite l'une, il apaise l'autre ; dès ce monde parfois il les met en présence, soit qu'il ravisse l'Epouse , soit qu'il amène l'Epoux : car il est de la maison et connu dans le palais ; il ne redoute point de rebut, lui qui voit tous les jours la face du Père (Bernard, in Cantic. Sermo XXXI.)."

Unissons-nous à l'Eglise offrant aux Anges gardiens cette Hymne des Vêpres du jour :

" Nous célébrons les Anges qui gardent les humains. Le Père céleste les donnés pour compagnons à notre faible nature , de crainte qu'elle ne succombât dans les embûches ennemies. Car, depuis que l'ange mauvais fut justement précipité de ses honneurs, l’envie le ronge et il s'efforce de perdre ceux que le Seigneur appelle aux cieux.
Vous donc volez vers nous, gardien qui jamais ne dormez ; écartez de la terre à vous confiée les maladies de l'âme et toute menace pour la paix de ses habitants. Soit toujours louange et amour à la Trinité sainte, dont la puissance éternelle gouverne ce triple monde des cieux, de la terre et de l'abîme, dont la gloire domine les siècles. Amen."

Avant rétablissement de la fête spéciale des saints Anges gardiens, il se chantait cette Séquence à la Messe du 29 septembre en quelques églises :

" Appelons de nos vœux les paranymphes du Roi suprême, les défenseurs du troupeau du Christ ; ce sont les monts dont il est dit qu'ils entourent le trône, privilège qu'ils possèdent entre tous. C'est la triple hiérarchie des cieux, sous la Sagesse unique développant ses rameaux, s'épanouissant à la trine lumière ; nous purifiant, nous éclairant, elle nous parfait : ainsi notre âme se dégage du péché.

Leur contemplation les rapproche, leur mission ne les éloigne pas : c'est au dedans de Dieu qu'ils courent, contenant l'ennemi, guidant les justes ; ils gardent leurs dévots clients, les protégeant, les consolant dans leurs peines.

Leur béatitude déjà consommée n'empêche pas que, députés vers nous cependant, ils ne rapportent à Dieu nos prières ; ils n'abandonnent pas les saints de ce monde, désirant voir par eux se combler leurs vides et s'accroître leur société fortunée.
Bienheureux citoyens qui, remplissant leur rôle sur terre, ne perdent rien des joies de la vraie patrie ! Supplions-les avec confiance de nous aider près de Dieu toujours.
Amen."


" Saints Anges, soyez bénis de ce que les crimes des hommes ne lassent point votre charité ; parmi tant d'autres bienfaits, nous vous rendons grâces pour celui de maintenir la terre habitable, en daignant y rester toujours.
La solitude, souvent, menace de se faire lourde au cœur des fils de Dieu, dans ces grandes villes et sur ces routes du monde où ne se coudoient qu'inconnus ou ennemis ; mais si le nombre des justes a baissé, le vôtre ne diminue pas. Au sein de la multitude enfiévrée comme au désert, il n'est pas d'être humain qui n'ait près de lui son Ange, représentant de la Providence universelle sur les méchants comme sur les bons.

Bienheureux esprits, nous n'avons avec vous qu'une patrie, qu'une pensée, qu'un amour : pourquoi les bruits confus d'une foule frivole agiteraient-ils la vie des deux que nous pouvons mener dès maintenant avec vous ? Le tumulte des places publiques vous empêche-t-il d'y former vos chœurs, ou le Très-Haut d'en percevoir les harmonies ?


Vivant nous aussi par la foi dans le secret de cette face du Père
(Psalm. XXX, 21 : Col. III, 3.), dont l'incessante contemplation vous ravit (Matth. XVIII, 10.), nous voulons de même chanter en tous lieux au Seigneur, unir aux vôtres en tout temps nos adorations. Ainsi pénétrés des mœurs angéliques, la vie présente n'aura pour nous nul trouble, l'éternité nulle surprise."

PRIERES

" Ange de Dieu, qui êtes mon gardien,
A qui la Bonté Divine m'a confié,
éclairez-moi, gardez-moi, dirigez-moi et gouvernez-moi.
Amen."

Pie VI (20 septembre 1796).

" Ô saint Ange de Dieu à qui j’ai été donné en garde par une miséricordieuse providence, je vous remercie pour tant de secours dont vous avez environné ma vie temporelle, et la vie bien plus précieuse de mon âme. Je vous rends grâces de ce que vous m’assistez si fidèlement, me protégez si constamment, me défendez si puissamment contre les attaques de l’ange des ténèbres. Bénie soit l’heure depuis laquelle vous travaillez à mon salut ; que le Cœur de Jésus rempli d’amour pour ses enfants, vous en récompense.

Ô mon ange tutélaire, que j’ai de regret de mes résistances à vos inspirations, de mon peu de respect pour votre sainte présence, de tant de fautes par lesquelles je vous ai contristé, vous mon meilleur, mon plus fidèle ami. Pardonnez-moi ; ne cessez pas de m’éclairer, de me guider, de me reprendre. Ne m’abandonnez pas un seul instant, jusqu’à celui qui sera le dernier de ma vie ; et qu’alors mon âme, portée sur vos ailes, trouve miséricorde auprès de son juge, et la paix éternelle parmi les élus. Amen."
Sainte Gertrude.

" Ô saint Anges Gardiens de mes bons parents, de mes chers amis, de mes bienfaiteurs et de mes serviteurs affectionnés et fidèles, je vous conjure de les toujours entourer de votre protection céleste en les abritant avec vigilance sous vos chastes ailes, afin qu’ils y soient bien préservés de tout péché et de toute affliction. Obtenez pour eux la santé de l’âme et du corps, je vous en supplie, secourables anges. Amen."
Saint François de Sales.

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lundi, 01 octobre 2018

1er octobre. Saint Remi, XVe archevêque de Reims, apôtre des Francs. 533.

- Saint Remi, XVe archevêque de Reims, apôtre des Francs. 533.

Pape : Jean II. Roi de France : Thierry Ier.

" Tu, quas tot annos, alme Sennex, regis,
Adhuc benignus respice Gallias,
Francique reges, quos sacrasti,
Mente pii tueantur aras."

" Avec des yeux d'amour regarde cette France,
Dont ta main a sacré les invincibles rois :
Fais que des saints autels ils prennent la défense,
Et conservent les droits."


Santeuil.


Baptême de Clovis. Tapisserie (détail). XVe.

On peut dire de la famille de saint Remi, évêque de Reims et apôtre des Francs, ce que l'on écrit ordinairement de celles de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze, que c'était une race de personnes remplies de la crainte de Dieu. Son père, Emile, comte de Laon, fut un seigneur d'une vertu extraordinaire. Sa mère, Céline ou Célinie, sut si bien allier la piété à l'éminence de sa condition, que le peuple Chrétien l'a reconnue sainte, et que l'Eglise l'honore en cette qualité au XXIe jour de ce mois. Leur mariage fut béni du Ciel dès le commencement, par la naissance de 2 garçons. L'aîné fut Principe, qui devint évêque de Soissons. On ne sait pas le nom du plus jeune, mais on sait qu'il eut un fils nommé Loup, qui succéda à son oncle dans son évêché ; et l'un et l'autre, reconnus pour saints par le peuple, sont donc dans les tables ecclésiastiques.

Un ange et saint Montan annoncent la naissance de saint Remi à ses
parents déjà âgés. Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame de Reims.

Pour saint Remi, dont nous voulons donner la vie, sa naissance fut toute miraculeuse. Ses parents étaient déjà fort âgés et ne s'attendaient point à avoir d'autres enfants que ces deux que la divine Providence leur avait donnés ; un saint ermite nommé Montan, qui était aveugle, mais moins affligé de cette infirmité que de l'état déplorable où il voyait la Foi Chrétienne dans les Eglises des Gaules, reçut ordre du Ciel, par 3 fois, de les avertir qu'ils auraient encore un fils qui serait la lumière des Francs, et qui retirerait ces nouveaux conquérants de l'abîme de l'idolâtrie où ils étaient plongés. Il vint donc trouver Emile et Céline, et leur fit part de cette heureuse nouvelle ; la prédiction du solitaire s'accomplit. Notre Saint naquit à Laon, demeure seigneuriale de ses parents, et fut nommé Remi.

Il fut envoyé de bonne heure aux écoles, où il fit de si grands progrès dans les lettres divines et humaines et dans la pratique des vertus Chrétiennes, qu'à l'âge de 22 ans il fut forcé, malgré toutes ses résistances, après la mort de Bennagius, d'accepter l'évêché de Reims. Un rayon de lumière qui parut sur son front et une onction céleste qui embauma et consacra sa tête, firent voir que cette élection venait de Dieu ; mais on en fut encore plus convaincu par la manière dont il s'acquitta d'une charge de cette importance ; car il n'en fut pas plus tôt chargé, qu'il en remplit excellemment tous les devoirs. Il était assidu aux veilles, constant et attentif à l'oraison, soigneux d'instruire son peuple et de l'amener au Salut, charitable envers les pauvres, les prisonniers et les malades, austère pour lui-même, sobre, chaste, modeste, prudent, retenu, ne s'emportant jamais de colère et pardonnant facilement à ceux qui l'avaient offensé ; il est vrai qu'il paraissait quelquefois sur son visage une espèce de sévérité, mais il savait la tempérer par la douceur de son esprit ; et s'il avait pour les pécbeurs le zèle ardent d'un saint Paul, il avait pour les gens de bien le regard bénin et amoureux d'un saint Pierre ; en un mot, il possédait toutes les vertus, quoiqu'il en cachât plusieurs par la profonde humilité dont il faisait une singulière profession.


Le miracle du vin par saint Remi.
Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame de Reims.

Le don des miracles qu'il reçut de Dieu releva encore merveilleusement l'éclat de sa sainteté. Pendant ses repas, les oiseaux venaient sans crainte prendre du pain de sa main. Faisant ses visites à Chaumuzy, il guérit et délivra un aveugle qui, depuis longtemps, était possédé du démon. A Cernay, il remplit de vin, par le signe de la Croix, un muid qui était presque vide, pour reconnaître la charité de Celse, une de ses cousines, qui l'avait reçu avec beaucoup de dévotion dans son logis. N'ayant point d'huile sacrée pour administrer le saint Baptème à un seigneur qui se mourait, il en obtint subitement du Ciel ; cette huile fut si salutaire, qu'ayant contribué à la santé de l'âme du malade, elle lui rendit aussi la santé du corps. Il réprima par sa présence un grand incendie qui menaçait la ville de Reims d'une ruine complète. En descendant pour cela de l'église de Saint-Nicaise, il imprima si forlement ses vestiges sur une pierre, qu'ils y sont toujours demeurés depuis ce temps-là ; et à peine parut-il devant les flammes, faisant le Signe de Croix et invoquant le nom de Jésus-Christ, qu'elles s'enfuirent devant lui aussi vite qu'il put les poursuivre.


Scènes de la vie de saint Remi liées au baptême de Clovis.
Bas-relief de la cathédrale Notre-Dame de Reims.

Une jeune fille de Tours étant possédée du malin esprit, fut menée par ses parents, d'abord au tombeau de saint Pierre, à Rome, puis à saint Benoît, qui était alors à Sublac ou Mont-Cassin ; mais Dieu ne lui accordant point sa délivrance dans l'un et dans l'autre lieu, saint Benoît l'envoya à saint Remi et lui écrivit pour le prier d'exercer son pouvoir et sa charité envers cette malheureuse. Alaric, roi des Goths, lui écrivit aussi pour le même sujet. Le Saint résista longtemps à cette demande, ne s'estimant pas digne d'obtenir de Dieu ce qu'un aussi grand homme que l'abbé Benoît n'avait pu obtenir ; mais il fut enfin forcé par les prières de son peuple de faire son oraison sur la possédée ; le démon fut aussitôt obligé de s'enfuir et de la laisser en liberté ; mais, peu après, elle mourut des fatigues que ce monstre infernal lui avait occasionnées.

On eut incontinent recours au saint prélat, qui s'était déjà retiré. Il revint à l'église de Saint-Jean où il l'avait laissée ; il la trouva couchée par terre, sans respiration et sans vie, et sa parole, qui avait eu la force de la délivrer des chaînes de Satan, eut aussi la force de la retirer des portes de la mort. Nous avons dans les Notes de Colvénérius sur Flodoard, la lettre que le glorieux patriarche saint Benoît lui écrivit.

Cependant, la plus grande merveille de saint Remi fut sans doute le parachèvement de la conversion de Clovis, qui mena à celles des Francs par la suite. Elle est rapportée tout au long dans l'histoire de ce grand prince ; mais il est nécessaire d'en donner ici un abrégé.

Clovis était le cinquième roi de cette nation belliqueuse, qui, après avoir forcé le passage du Rhin, s'était emparée de la meilleure partie des Pays-Bas, de la Picardie et de l'Ile-de-France, et poussait toujours ses conquêtes sur les Gaules, auparavant occupées par les Romains. Le trône des Francs Saliens se situait à Tournai. Il parvint à la couronne en 481, âgé seulement de 14 ou 15 ans ; mais, tout jeune qu'il était, il ne laissa pas de suivre les traces de ses prédécesseurs et de se mettre d'abord à la tête de ses armées pour se rendre le maître des provinces voisines, afin d'en former un vaste royaume.

Il livra bataille à Syagrius, qui défendait les débris de l'empire romain dans les Gaules. Il le défit et le tua, et par ce moyen, ne trouvant plus rien qui résistât à la force de ses armes, il assujétit une grande partie des Gaules à son empire. Il était encore païen ; cependant, il ne persécutait pas les Chrétiens, et il avait même du respect pour les évêques et pour les prêtres des villes qu'il prenait ou qui se soumettaient à sa domination.


Syagrius est livré par Alaric II à Clovis. Gravure du XIXe.

Saint Remi fut celui dont il honora davantage la vertu. En effet, un jour ses soldats, passant auprès de Reims, en avaient pillé une église et emporté les ornements et les vases sacrés ; à la seule prière que notre saint lui envoya faire de lui rendre, de tout le butin, au moins un vase d'argent que son poids et sa ciselure rendaient fort précieux, il vint au lieu où l'on partageait les dépouilles et demanda par grâce à son armée que ce vase lui fût donné par préférence sans le tirer au sort. La plupart des soldats y consentirent ; un seul, ne voulant pas que son roi puisse bénéficier d'un traitement autre que leurs coutumes ne le prévoyaient, déchargea un coup de hache sur ce vase, disant vertement que le roi n'aurait, comme les autres, que ce qui lui écherrait au sort.

Chacun fut surpris de cet acte ; le roi la dissimula pour un temps, et ne laissa pas de prendre le vase et de le rendre à celui que saint Remi lui avait envoyé. Mais au bout de l'an, faisant la revue de ses troupes pour voir si leurs armes étaient en bon ordre, et ayant reconnu le soldat téméraire qui lui avait fait cet affront, il lui jeta une de ses armes à terre, sous prétexte qu'elle n'était pas luisante comme elle devait l'être ; puis, pendant qu'il se baissait pour la ramasser, il lui déchargea un coup de hache sur la tête et le tua de sa main, en lui disant :
" Tu frappas ainsi le vase à Soissons !"


" Tu frappas ainsi le vase de Soissons !" Gravure du XIXe.

Lorsque ce grand conquérant eut encore subjugué la Thuringe, ce qu'il fit, selon saint Grégoire de Tours, la 10e année de son règne, il épousa Clotilde, fille de Chilpéric, frère de Gondebaud, roi de Burgondie (future Bourgogne), promettant en vue de cette alliance qu'il embrasserait la Foi Chrétienne dont elle faisait profession. Clotilde le pressa souvent d'exécuter sa promesse, ayant beaucoup de peine de vivre avec un prince idolâtre et qui se souillait tous les jours par des sacrifices impies et abominables qu'il offrait aux démons, et dans les débauches dégoûtantes coutumières des tribus païennes de toutes les époques de l'humanité ; mais ses prières et ses instances furent inutiles pendant 5 ans.

Enfin, les Germains ayant fait une grande irruption sur les terres des Francs Ripuaires, le roi fut obligé de marcher contre eux avec de nombreuses troupes. Il leur livra bataille à Tolbiac, que l'on croit être Zulpich ou Zulch. Les Francs, après quelques instants de combat, tournèrent le dos, et il s'en faisait une grande boucherie lorsque le seigneur Aurélien, qui avait négocié le mariage du roi avec Clotilde, s'adressa à lui et lui conseilla de faire sur-le-champ voeu à Jésus-Christ d'embrasser le Christianisme s'Il changeait le sort de la bataille et lui faisait remporter la victoire. Le roi, surtout dans le désir de vaincre, mais peut-être aussi touché intérieurement, fit aussitôt ce voeu, et en même temps les Francs tournèrent tête, se jetèrent impétueusement sur les Germains, rompirent leurs rangs et les défirent complètement. Le roi même des Allemands fut tué dans la mêlée, de sorte que Clovis demeura entièrement victorieux et se rendit tributaires ceux dont le nombre et la puissance avaient déjà donné de l'effroi à toute la Franoe. La reine apprit avec beaucoup de joie ce succès et le changement de son époux. Elle en fit aussi tôt donner avis à saint Remi, elle pria de se rendre promptement à la cour pour achever ce que la crainte et le désir de vaincre avaient commencé, et pour disposer le roi au baptême.

Le saint ne manqua pas d'obéir. Il trouva Clovis déjà évangélisé par les soins de saint Vaast, que ce grand monarque avait pris à Toul pour être son catéchiste. Il acheva de lui ouvrir les yeux et de lui découvrir l'excellence et la sainteté de nos Mystères. L'ardeur de la foi s'alluma si fortement dans ce coeur martial, qu'il se fit apôtre de ses sujets avant d'être Chrétien ; il assembla les grands de sa cour, leur remontra la folie et l'extravagance du culte des idoles, et les sollicita de ne plus adorer que l'unique Dieu, Créateur du ciel et de la terre, dans la Trinité de Ses Personnes. Il en fit de même à son armée, et sa prédication fut si puissante, que la plupart des Francs voulurent imiter son exemple. Ou, plus probablement comme on le verra dans d'autres conversions de peuples, suivre la religion du prince, pour ne pas s'en retrouver l'ennemi déclaré.

Certains à l'époque le demandaient clairement, comme 6 siècles plus tard saint Wladimir, en Russie, intimera aux foules l'ordre de choisir entre le Christ avec lui, ou l'exil. La Foi ne s'intimant pas de la sorte dans le coeur de l'homme, nombre de peuples officiellement christianisés montreront vite la persistance profonde du paganisme dans leurs moeurs. Et il s'en suivra inévitablement de grands et violents retours du culte païen, avec sa cohorte d'horreurs, à chaque fois qu'un chef, prince ou roi, se détournera, le plus souvent pour raisons politiques, de l'Eglise du Christ, Eglise qui n'aura pas assez été Jean-Baptiste et trop docile.

La nuit avant son baptême, saint Remi vint le trouver dans son palais, et l'ayant conduit avec la reine et un grand nombre de princes et d'officiers dans la chapelle de saint Pierre, il leur fit une admirable prédication sur l'Unité de Dieu, la vanité des idoles, l'incarnation du Verbe éternel, le Salut de l'humanité, le Jugement dernier, le paradis des justes et l'enfer des impies. Alors la chapelle fut remplie de lumière et d'une odeur inestimable, et l'on entendit une voix céleste qui disait :
" La paix soit avec vous! ne craignez rien, persévérez dans Mon amour."

Le visage du Saint devint aussi tout éclatant ; le roi, la reine, tous les seigneurs et les dames se jetèrent à ses pieds. Saint Remi les releva et leur prédit les grandeurs futures du royaume et des rois de France, à condition qu'ils restent lidèles à Dieu et ne faissent rien d'indigne de l'auguste qualité de rois chrétiens.


Baptême de Clovis.

Le lendemain, Clovis marcha à l'église de Notre-Dame, à travers les rues ornées de tapisseries. Lorsqu'il fut sur les fonts, saint Remi lui dit :
" Courbe la tête, fier Sicambre ; brûle ce que tu as adoré et adore ce que tu as brûlé."
Après quelques exhortations, comme il fut question de consacrer l'eau baptismale, il ne se trouva point de chrême, parce que le clerc qui le portait n'avait pu passer à cause de la foule. Le Saint, dans cette nécessité, leva les yeux au ciel, et demanda à Dieu qu'il daignât pourvoir à ce défaut, et, à l'heure même, une colombe plus blanche que la neige descendit d'en haut, portant dans son bec une fiole pleine d'un baume céleste fermé par le ministère des Anges, qu'elle mit entre les mains du saint prélat. Il le reçut avec admiration et action de grâces, en versa une partie dans les fonts, et oignit ensuite la tête du roi. En même temps, la colombe s'envola et disparut ; mais la fiole demeura, et c'est ce que nons appelons la sainte Ampoule.

Outre l'onction baptismale, saint Remi conféra donc aussi au roi l'onction royale qui, depuis, a toujours été faite à nos rois, séparément de leur baptême, par l'auguste cérémonie de leur sacre ; c'est à quoi a servi jusqu'à présent l'huile céleste de cette Ampoule, conservée intacte jusqu'à la Révolution française.

La vérité de cette Ampoule, apportée par un Ange, sous la forme d'une colombe, a été combattue par quelques auteurs ; mais elle a été soutenue et prouvée avec beaucoup de force et d'éloquence par plusieurs savants, qui ont cru que le témoignage d'Hincmar, de Flodoard, d'Aimonius, de Gerson, de Gaguin et d'autres anciens historiens, avec la tradition immémoriale de nos pères, approuvée mème par un grand nombre d'écrivains d'autres pays, était suffisante pour en convaincre tous les esprits un peu raisonnables.


Statue de saint Remi donnant le saint Baptême à Clovis.
Parvis de la cathédrale Notre-Dame de Reims.

Deux soeurs de Clovis furent aussi baptisées avec lui : Alboflède, qui était païenne, et Lanthilde, qui était arienne ; la même grâce fut encore accordée à trois mille seigneurs, et à une infinité de soldats, de femmes et d'enfants qui voulurent avoir part au bonheur de la régénératicn spirituelle. On croit plus communément que ce fut le jour de Noel ; mais comme alors te baptême ne se conférait qu'au temps de Pâques, ce n'est pas sans raison que plusieurs croient, avec Hincmar et Flodoald, que ce fut le samedi saint. Culvénérius dit même que cela est constant, et qu'il n'en faut nullement douter.

On ne peut représenter assez dignement l'amour que Clovis eut pour saint Remi, et les faveurs dont il combla sa personne et tous ceux qui lui appartenaient. Il lui donna une foule de seigneuries autour de Soissons et en d'autres lieux, dont il enrichit sa cathédrale et d'autres églises, tant métropolitaines que collégiales.

A sa prière, il pardonna à Euloge, seigneur d'Epernay, coupable de lèse-majesté ; ce seigneur, en reconnaissance, offrit au saint sa terre, pour en faire l'héritage de la maison de Dieu ; mais le bienheureux prélat le remercia, estimant indigne d'un homme généreux, et surtout d'un bon pasteur, de recevoir des présents pour prix de son intercession ; cependant, comme Euloge voulut quitter le monde et se défaire de son bien, saint Remi l'accepta et le lui paya, et, par ce moyen, Epernay appartint à l'église de Reims.


Baptême de Clovis.

Le même Clovis ne faisait rien de considérable sans prendre l'avis et la bénédiction de cet homme de Dieu : il la prit pour aller combattre Gondebaud et Gondegisil, en Bourgogne ; il la prit pour faire la guerre à Alaric, roi des Goths ; et, par la force de cette bénédiction, il remporta d'illustres victoires sur ces trois princes, tua Alaric de sa propre main, et joignit à son empire une grande partie des provinces des Gaules jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées.

Ce fut aussi par la même vertu que les murailles d'Angoulême tombèrent d'elles-mêmes devant son armée, comme celles de Jéricho devant l'armée de Josué, et qu'il emporta cette place sans être obligé de l'assiéger. Aussi, dans chacune de ces expéditions, saint Remi lui avait donné on flacon de vin bénit pour son usage, lui marquant qu'il serait victorieux tant que ce vin durerait ; et par un grand miracle, ce vin ne diminua point jusqu'à son retour. Enfin, cette bénédiction empêcha ce grand conquérant d'être tué par deux soldats goths qui l'attaquèrent par derrière et firent tous leurs efforts pour le percer de leurs lances.

L'empereur Anastase ayant créé Clovis patrice et consul, lui envoya, avec les marques de cette dignité, ce qui était autrefois le comble de l'ambition des Romains, une couronne d'or de grand prix. Et saint Remi érigea en évêché l'église de Notre-Dame de Laon, lieu de sa naissance, qui n'était auparavant qu'une simple paroisse de son diocèse. Il y mit pour premier évêque Génebaud, dont nous avons donné la vie au 5 septembre.


Galerie des rois. Cathédrale Notre-Dame de Reims.
Clovis est au centre.

Peu de temps après l'ambassade à Rome, Clovis mourut chargé de trophées. Saint Remi apprit, par révélation, sa mort avant qu'elle arrivât, et peut-être qu'il apprit aussi que son âme avait reçu la récompense de tant de conversions dont il avait été la cause par ses exhortations et par son exemple, et de l'établissement de la Foi Chrétienne dans une infinité d'endroits où le démon était adoré. Savaron, président de Clermont, en Auvergne, a fait un traité exprès sur sa sainteté, que les lecteurs peuvent consulter.

Ce fut vers ce temps-là, l'an de grâce 511, que se tint le premier Concile d'Orléans. Saint Remi ne manqua pas de s'y trouver avec 33 évêques de diverses provinces. Lorsqu'il entra dans l'assemblée, tous les prélats, qui étaient venus avant lui, se levèrent pour lui faire honneur ; un seul, qui était arien et très-orgueilleux, se tint assis par mépris, et ne daigna pas même le saluer lorsqu'il passa devant lui.

Mais son incivilité, aussi bien que sa perfidie, fut punie sur-le-champ; cas il perdit l'usage de la langue et ne put plus parler. Alors il reconnut sa faute, et se prosternant aux pieds du Saint, il le pria, par tous tes signes du corps qu'il put faire, de lui obtenir miséricorde :
" A la bonne heure lui dit saint Remi, si tu as de véritables sentiments de la divinité de Jésus-Christ et que tu le reconnaisses consubstantiel à son Père ; autrement l'usage de la voix ne ferait que contribuer à tes blasphèmes."
A ces mots, l'évêque renonça intérieurement et par geste à l'arianisme, et sa langue se déliant on même temps, il recouvra la parole pour confesser que Jésus-Christ était un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit.

Nous apprenons de Sidoine Apollinaire et de plusieurs auteurs que saint Remi était un des plus savants et des plus éloquents hommes des premiers siècles, et qu'il a fait quelques commentaires sur la sainte Ecriture, remplis d'une doctrine très-profonde et d'un style très-doux et très-relevé.

La difficulté est de savoir si les Commentaires sur saint Paul, qui portent son nom, sont de ce nombre. On doute moins des deux Epitres qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères ; l'une à Clovis, sur la mort de sa soeur Alboflède, l'autre à sainte Geneviève, pour laquelle il avait un amour et un respect particuliers.


Basilique Saint-Remi. Reims.

A la fin de sa vie, il fut attaqué de plusieurs maux très-douloureux et perdit aussi la vue ; mais, bien loin de s'en affliger, il en rendait continuellement grâces à Dieu, regardant ces afflictions comme de grands bienfaits qui lui donnaient occasion d'exercer sa patience et le rendaient plus semblable à Jésus-Christ souffrant et mourant sur la croix.

Il était sans cesse en oraison, et les larmes de componction lui coulaient des yeux à tous moments. Il eut connaissance du temps de son décès, mais, avant qu'il y arrivât, la vue lui fut rendue, et il eut la consolation de célébrer encore une fois les saints Mystères.

Enfin, ayant embrassé ses enfants spirituels et leur ayant donné sa bénédiction, il rendit sa belle âme à Dieu, sans qu'il parût avoir aucune maladie mortelle, mais étant seulement épuisé et consommé de vieillesse.

Ce fut le 13 janvier 533. Il avait environ quatre-vingt-seize ans, quelques jours après l'élection du pape Jean II (2 janvier).


Tombeau de saint Remi. Basilique Saint-Remi. Reims.

On le représente :
- 1. guérissant une jeune fille ;
- 2. recevant la sainte Ampoule ;
- 3. baptisant Clovis ;
- 4. apparaissant à un évêque de Mayence à qui il inflige des coups de discipline en punition d'une infraction à ses devoirs ;
- 5. ayant près de sa tête une colombe tenant la sainte Ampoule.

On voit à fleims, dans la nouvelle sacristie de l'église de Saint-Remi, des tapisseries fort curieuses et d'une grande perfection, données en 1581 par Robert de Lenoncourt, àrchevôque de Reims. Elles représentent les principaux faits de la vie de l'apôtre des Francs : la naissance de saint Remi ; la vue rendue à un ermite, des exorcismes, des miracles ; Clovis catéchisé ; la prison et la délivrance de saint Génebaud ; un concile où est confondu un évêque arien qui ne recouvre la parole que par l'invocation de Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu ; saint Remi chantant Matines devant la sainte Vierge et les Apôtres ; ses funérailles.

Déambulatoire de la basilique Saint-Remi. Reims. Champagne. France.

LE TESTAMENT DE SAINT REMI

Migne, t. 135, p. 60 à 68. Flodoard, Historia Remensis Ecclesiae lib. I. ch. XVIII, Testamentum ab ipso editum.

" Que le présent testament que j'ai écrit pour être gardé respectueusement intact par mes successeurs les évêques de Reims, mes frères, soit aussi défendu, protégé partout envers et contre tous par mes très chers fils les rois de France par moi consacrés au Seigneur à leur baptême, par un don gratuit de Jésus-Christ et la grâce du Saint-Esprit.

Qu'en tout et toujours il garde la perpétuité de sa force et l'inviolabilité de sa durée...

Mais par égard seulement pour cette race royale qu'avec tous mes frères et coévêques de la Germanie, de la Gaule et la Neustrie, j'ai choisie délibérément pour regner jusqu'à la fin des temps, au sommet de la majesté royale pour l'honneur de la Sainte Eglise et la défense des humbles.

Par égard pour cette race que j'ai baptisée, que j'ai reçue dans mes bras ruisselante des eaux du baptême : cette race que j'ai marquée des sept dons du Saint-Esprit, que j'ai ointe de l'onction des rois, par le Saint Chrème du même Saint-Esprit ;

J'ai ordonné ce qui suit :

MALÉDICTIONS

Si un jour cette race royale que j'ai tant de fois consacrée au Seigneur, rendant le mal pour le bien, lui devenait hostile; envahissait ses Églises, les détruisait, les dévastait :

Que le coupable soit averti une première fois par tous les évêques réunis du diocèse de Reims.

Une deuxième fois par les églises réunies de Reims et de Trêves.

Une troisième fois par un tribunal de trois ou quatre archevêques des Gaules.

Si à la septième monition il persiste dans son crime, trêve à l'indulgence ! Place à la menace !

S'il est rebelle à tout, qu'il soit séparé du corps de l'Eglise, par la formule inspirée aux évêques par l'Esprit-Saint : parce qu'il a persécuté l'indigent, le pauvre, au coeur contrit ; parce qu'il ne s'est point souvenu de la miséricorde ; parce qu'il a aimé la malédiction, elle lui arrivera ; et n'a point voulu de la bénédiction, elle s'éloignera.

Et tout ce que l'Eglise à l'habitude de chanter de Judas le traitre et des mauvais évêques, que toutes les Eglises le chantent de ce roi infidèle.

Parce que le Seigneur a dit : " Tout ce que vous avez fait au plus petit des Miens, c'est à Moi que vous l'avez fait, et tout ce que vous ne leur avez pas fait, c'est à Moi que vous ne l'avez pas fait ".

Qu'à la malédiction finale on remplace seulement, comme il convient à la personne, le mot épiscopat par le mot royauté :

Que ses jours soient abrégés et qu'un autre reçoive sa royauté !

Si les archevêques de Reims, mes successeurs, négligent ce devoir que je leur prescris, qu'ils reçoivent pour eux la malédiction destinée au prince coupable : que leurs jours soient abrégés et qu'un autre occupe leur siège.

BÉNÉDICTIONS

Si Notre-Seigneur Jésus-Christ daigne écouter les prières que je répands tous les jours en sa présence, spécialement pour la persévérance de cette race royale, suivant mes recommandations, dans le bon gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie de la Sainte Eglise de Dieu.

Qu'aux bénédictions de l'Esprit-Saint déjà répandues sur la tête royale s'ajoute la plénitude des bénédictions divines !

Que de cette race sortent des rois et des empereurs qui, confirmés dans la vérité et la justice pour le présent et pour l'avenir suivant la volonté du Seigneur pour l'extension de la Sainte Eglise, puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance et méritent ainsi de s'asseoir sur le trône de David dans la céleste Jérusalem où ils règneront éternellement avec le Seigneur. Ainsi soit-il."

Choeur de la basilique Saint-Remi. Reims. Champagne. France.

Ce testament signé du grand Evêque le fut également par six autres Evêques et d'autre Prêtres. Trois de ces Evêques sont réputés pour leur sainteté : Saint Vaast, Evêque d'Arras, Saint Médard, Evêque de Noyon, Saint Loup, Evêque de Soissons. Ils le signèrent sous la formule suivante :
" X..., Evêque.
Celui que mon Père Rémi a maudit, je le maudis, celui qu'il a béni, je le bénis.
et j'ai signé."

L'authenticité indiscutable de ce document capital pour notre Histoire a été prouvée par l'Abbé Dessailly, de l'Académie de Reims, dans un ouvrage fondamental et décisif sur la question : L'authenticité du grand Testament de Saint Rémi, publié au siècle dernier, chez Dumoulin, à Paris.

Baronius, le savant Cardinal (Caesar Baronius, Annales Ecclesiastici, tome VI, Bibl. Nation. H. 106, p. 635 et 636.), après onze siècles d'expérience, de constater :

 
" Malgré les crimes de ses rois, le Royaume de France n'est jamais passé sous une domination étrangère et le peuple Français n'a jamais été réduit à servir d'autre Peuples.
C'est cela qui a été accordé par une promesse divine, aux prières de Saint Rémi, suivant la parole de David (Ps. 8 : " Si mes Fils abandonnent ma loi ; s'ils ne marchent point dans la voie de mes Jugements ; s'ils profanent mes justices et ne gardent point mes commandements, je visiterai leurs iniquités avec la verge et leurs péchés avec le fouet ; mais Je n'éloignerai jamais ce peuple de Ma miséricorde."

Pour résumer, ce testament marque de manière indubitable que c'est le sacre qui fait le roi de France et non sa naissance.

 
La dévolution de la couronne de père en fils est un usage pratique destiné à asseoir la stabilité du pouvoir mais elle est conditionnée au sacre, à ses promesses et au respect par le prince sacré de ses missions chrétiennes.

Quels que soient aujourd'hui les inclinations des monarchistes et/ou royalistes en France, on constate à tous le moins qu'ils en tiennent pour une doctrine étrangère et en tous cas incompatible avec les exigences du sacre d'un roi de France...

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dimanche, 30 septembre 2018

30 septembre. Saint Jérôme de Strido, prêtre, docteur de l'Eglise. 420.

- Saint Jérôme de Strido, prêtre, docteur de l'Eglise. 420.

Pape : Saint Boniface Ier. Empereur romain d'Orient : Théodose II. Empereur romain d'Occident : Flavius Honorius.

" Saint Jérôme a été un soleil dans le monde car il a terrassé les hérétiques, converti les mondain, ouvert aux vertueux de nouveaux horizons ; un ange dans le désert par sa pureté, sa mortification et son esprit d'oraison ; un prodige dans l'Eglise par les livres qu'il a composés, les oracles qu'il a rendus, les vertus dont il a donné l'exemple."
Laselve. Conciones.

Saint Jérôme. Domenico Ghirlandaio. XVe.

Jérôme tire son étymologie de gerar, saint, et de nemus, bois, comme on dirait bois saint, ou bien de norna, qui veut dire loi. C'est pour cela que sa légende dit que Jérôme signifie loi sainte. En effet il fut saint, c'est-à-dire, ferme, ou pur, ou couvert de sang, ou destiné aux fonctions sacrées, comme l’on dit des vases sacrés du temple, qu'ils sont destinés à des usages saints. Il fut saint, c'est-à-dire, ferme en bonnes oeuvres, à cause de la longanimité de sa persévérance, et pur en son esprit : et couvert de sang, par la méditation de la passion du Seigneur : il fut consacré à de saints usages, en interprétant et en expliquant l’Écriture sainte. Il signifie bois ; parce qu'il habita quelque temps dans un bois ; il veut dire loi, par rapport à la discipline régulière qu'il enseigna, à ses moines, ou bien encore parce qu'il expliqua et interpréta la loi sainte.

Saint Grégoire, saint Jérôme, saint Ambroise et
saint Augustin. Livre de méditation. Robert Ciboule. Flandres. XVe.

Jérôme signifie encore, vision de beauté, ou juge des discours. La beauté est multiple ; la première est la spirituelle, qui réside dans l’âme ; la seconde est la morale, qui consiste dans l’honnêteté des mœurs ; la troisième est l’intellectuelle, qui est la beauté des anges : la quatrième est la supersubstantielle, qui appartient à Dieu ; la cinquième est la céleste, qui réside dans la patrie des saints. Jérôme vit en lui et posséda cette quintuple beauté. Il posséda la spirituelle, dans ses différentes vertus ; la morale, par l’honnêteté de sa vie ; l’intellectuelle, dans sa pureté éminente ; la supersubstantielle, dans son ardente charité ; la céleste, dans sa charité éternelle ou excellente. Il fut juge des discours, des siens et de ceux des autres ; des siens, en ne parlant qu'avec poids ; de ceux des autres, en approuvant ce qu'ils contenaient de vrai, en réfutant ce qui s'y rencontrait de faux, et en exposant les choses douteuses.

Saint Jérôme écrivant. Psautier de Charles le Chauve. IXe.

Jérôme fut le fils d'un homme noble nommé Eusèbe, et originaire de la ville de Stridonie, sur les confins de la Dalmatie et de la Pannonie. Jeune encore, il alla à Rome où il étudia à fond les lettres grecques, latines et hébraïques. Son maître de grammaire fut Donat, et celui de rhétorique, l’orateur Victorin. Il s'adonnait nuit et jour à l’étude des saintes Ecritures. Il y puisa avec avidité ces connaissances qu'il répandit dans la suite avec abondance.

Saint Jérôme écrivant. Bible. Hainaut. XVe.

A une époque, il le dit dans une lettre à Eustachius, comme il passait le jour à lire Cicéron et la nuit à lire Platon, parce que le style négligé des livres des Prophètes ne lui plaisait pas, vers le milieu du carême, il fut saisi d'une fièvre tellement subite et violente, que son corps se refroidit, et la chaleur vitale s'était retirée dans sa poitrine. Déjà qu’on préparait ses funérailles, quand tout à coup, il est traîné au tribunal du souverain juge qui lui demanda quelle était sa qualité, il répondit ouvertement qu'il était chrétien.
" Tu mens, lui dite juge ; tu es cicéronien, tu n'es pas chrétien car où est ton trésor, là est ton coeur."
Jérôme se tut alors et aussitôt le juge le fit fouetter fort rudement Jérôme se mit à crier :
" Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié de moi."
Ceux qui étaient présents se mirent en même temps à prier le juge de pardonner à ce jeune homme. Celui-ci proféra ce serment :
" Seigneur, si jamais je possède des livres profanes, si j'en lis, c'est que je vous renierai."
Sur ce serment, il fut renvoyé et soudain il revint à la vie. Alors il se trouva tout baigné de larmes, et il remarqua que ses épaules étaient affreusement livides des coups reçus devant le tribunal de Dieu. Depuis, il lut les livres divins avec le même zèle qu'il avait lu auparavant les livres païens.

Saint Jérôme. Vies de Saints. Bourgogne. XIIe.

Il avait vingt-neuf ans quand il fut ordonné cardinal prêtre dans l’église romaine. A la mort du pape saint Libère, saint Jérôme fut acclamé par tous digne du souverain pontificat. Mais ayant repris la conduite lascive de quelques clercs et des moines, ceux-ci, indignés à l’excès, lui tendirent des pièges. D'après Jean Beleth, ce fut au moyen d'un vêtement de femme qu'ils se moquèrent de lui d'une façon honteuse. En effet, saint Jérôme s'étant levé comme de coutume pour les matines trouva un habit de femme que ses envieux avaient mis auprès de son lit, et croyant que c'était le sien, il s'en revêtit et s'en alla ainsi à l’église. Or, ses ennemis avaient agi de la sorte afin qu'on crût à la présence d'une femme dans la chambre du saint. Celui-ci, voyant jusqu'où ils allaient, céda à leur fureur et se retira chez saint Grégoire de Nazianze, évêque de la ville de Constantinople.

Saint Jérôme recevant des instructions
de saint Damase. Bible. Avranches. XIIIe.

Après avoir appris de lui les saintes lettres, il courut au désert et il y souffrit pour Notre Seigneur Jésus-Christ tout ce qu'il raconte lui-même à Eustochium en ces termes :
" Tout le temps que je suis resté au désert et dans ces vastes solitudes qui, brûlées par les ardeurs du soleil, sont pour les moines une habitation horrible, je me croyais être au milieu des délices de Rome. Mes membres déformés étaient recouverts d'un cilice qui les rendait hideux ; ma peau, devenue sale, avait pris la couleur de la chair des Ethiopiens. Tous les jours se passaient dans les larmes ; tous les jours des gémissements, et si quelquefois un sommeil importun venait  m’accabler, la terre nue servait de lit à mes os desséchés. Je ne parle point du boire ni du manger, quand les malades eux-mêmes usent d'eau froide, et quand manger quelque chose de cuit est un péché de luxure : et tandis que je n'avais pour compagnons que les scorpions et les bêtes sauvages, souvent je me trouvais en esprit dans les assemblées des jeunes filles ; et dans un corps froid, dans une chair déjà morte, le feu de la débauche  m’embrasait. De là des pleurs continuels. Je soumettais ma chair rebelle à des jeûnes pendant des semaines entières. Les jours et les nuits étaient tout un le plus souvent, et je ne cessais de me frapper la poitrine que quand le Seigneur  m’avait rendu à la tranquillité. Ma cellule elle-même me faisait peur, comme si elle eût été le témoin de mes pensées. Je  m’irritais contre moi, et seul je  m’enfonçais dans les déserts les plus affreux. Alors, Dieu  m’en est témoin, après ces larmes abondantes il me semblait quelquefois être parmi les chœurs des anges."

Saint Jérôme au désert avec son lion.
Benvenutto di Giovanni. XVe.

Saint Paulin, évêque d'Antioche, l'ordonna prêtre ; ce fut en sa compagnie et celle de saint Epiphane, qu'à l'occasion de certaines controverses entre évêques il revint à Rome, où Damase, souverain Pontife, se l'attacha comme secrétaire dans la rédaction de ses lettres aux Eglises. Mais regrettant la solitude dont il jouissait auparavant, il reprit le chemin de la Palestine, et se fixa à Bethléhem près de la crèche du Sauveur. Il y menait une vie toute céleste dans le monastère que Paula de Rome avait bâti ; et bien qu'éprouvé par diverses maladies et souffrances, son pieux labeur d'étude et d'écriture sans fin avait raison de l'infirmité du corps.

Saint Jérôme au désert. Jacopo Bassano. XVIe.

Il fit ainsi pénitence pendant quatre ans, après quoi il revint à Bethléem, où il s'offrit à rester comme un animal domestique auprès de la crèche du Seigneur. Il relisait les ouvrages de sa bibliothèque qu'il avait rassemblée avec le plus grand soin, ainsi que d'autres livres ; et jeûnait jusqu'à la fin du jour. Il réunit autour de lui un grand nombre de disciples, et consacra quarante-cinq ans et six mois à traduire les Ecritures ; il demeura vierge jusqu'à la fin de sa vie. Bien que dans cette légende, il soit dit qu'il fut toujours vierge, il s'exprime cependant ainsi dans une lettre à Pammachius :
" Je porte la virginité dans le ciel, non pas que je l’aie."

Saint Jérôme remettant ses travaux à saint Damase.
Bible. Hainaut. XVe.

On recourait à lui de toutes parts comme à un oracle, dans les questions d'Ecriture sainte. Le Pape Damase, saint Augustin, le consultèrent souvent sur les endroits difficiles, à cause de sa science éminente et de la connaissance qu'il avait, non seulement des langues latine et grecque, mais aussi de l'hébreu et du chaldéen ; au témoignage du même saint Augustin, il avait lu presque tous les auteurs. La vigueur de ses écrits en faisait le fléau des hérétiques, tandis que son appui tut toujours assuré aux catholiques fidèles. Il traduisit de l'hébreu l'ancien Testament ; par ordre de Damase, il revisa le nouveau sur l'original grec ; il commenta une grande partie de l'Ecriture. Il traduisit encore en latin plusieurs savants ouvrages ; lui-même enrichit la science chrétienne d'autres monuments de son propre génie. Ce fut sous l'empire d'Honorius, qu'ayant atteint une vieillesse extrême, illustre autant par la sainteté que par la doctrine, il passa au ciel. Son corps, enseveli à Bethléhem, fut par la suite transporté à Rome dans la basilique de Sainte-Marie-de-la-Crèche.

Enfin sa faiblesse l’abattit au point que couché en son lit, il était réduit, pour se lever, à se tenir par les mains à une corde attachée à une poutre, afin de suivre comme il le pouvait, les offices du monastère.

Saint Jérôme écrivant. Préfaces de la Bible. Bourgogne. XVe.

Autrefois chacun chantait à l’église ce qu'il voulait mais l’empereur Théodose, d'après Jean Beleth (ch. XIX), pria le pape Damase de confier à quelque savant le soin de régler l’office ecclésiastique. Le pape qui savait saint Jérôme instruit à fond dans les langues grecque et hébraïque et dans toutes les sciences, le chargea de cette rédaction. Alors saint Jérôme partagea le psautier entre les féries et assigna à chacune d'elles un nocturne particulier ; il institua de chanter à la fin de chaque psaume le Gloria Patri, selon que le rapporte Sigebert. Ensuite il mit dans un ordre convenable les épîtres et les évangiles qu'on devait chanter dans tout le cours de l’année, enfin tout ce qui concerne l’office, excepté le chant.

De Bethléem il envoya son travail au souverain Pontife qui en fit de grands éloges ainsi que les cardinaux et qui en confirma l’usage pour la suite. Après quoi saint Jérôme se fit construire un tombeau à l’entrée de la grotte où Notre-Seigneur fut enseveli ; et ce fut là, après avoir accompli quatre-vingt-dix ans et six mois, qu'il reçut la sépulture.

Saint Jerôme avec sainte Paula de Rome, dont on fait aussi
la fête aujourd'hui, et sainte Eustochie. F. de Zurbaran. XVIIe.

On voit quel profond respect eut pour lui saint Augustin par les lettres qu'il lui adressa. Dans l’une d'elles, il lui écrit en ces termes :
" Au, seigneur très cher, et très honoré, et honorable ami Jérôme, Augustin, salut, etc."
Autre part, il écrit ainsi de lui :
" Le prêtre Jérôme, très versé dans le grec, le latin et l’hébreu, vécut jusqu'à une extrême vieillesse dans les saints lieux, se livrant à l’étude des saintes lettres. La sublimité de ses discours brille de l’Orient à l’Occident comme la lumière du soleil."
Saint Prosper en ses chroniques en parle ainsi :
" Jérôme, prêtre illustre dans le monde entier, habitait Bethléem, il rendit des services à l’église par son génie éminent et ses travaux."
Le saint parle aussi de soi-même en ces termes à Albigensis :
" Il n'y a rien que je n'aie évité avec soin dès mon enfance comme l’esprit d'orgueil et la fierté de caractère qui attirent la colère de Dieu."
Il dit autre part :
" J'ai de l’appréhension dans les choses qui paraissent certaines."
Plus loin :
" Dans le monastère, nous exerçons l’hospitalité de tout coeur ; tous ceux qui viennent à nous, excepté les hérétiques, nous les recevons avec un visage gai et nous leur lavons les pieds à leur arrivée."

Saint Jérôme. Murillo. XVIe.

Saint Isidore s'exprime ainsi dans son livre des Etymologies (Liv. VI) :
" Jérôme possédait trois langues ; son interprétation est préférée à celle des autres, parce qu'il saisit mieux la valeur des termes, et que ses expressions sont claires et nettes ; en outre, parce qu'il est chrétien, il est plus sûr."
Sévère Sulpice, disciple de saint Martin, dans un de ses dialogues, parle, en ces termes, de saint Jérôme, son contemporain :
" Saint Jérôme, indépendamment du mérite de sa foi et de ses vertus, était instruit dans le latin, le grec et même l’hébreu, à tel point que personne n'oserait se comparer à lui pour telle science que ce fût : ses combats et ses luttes contre les méchants étaient de tous les jours et de tous les instants : les hérétiques le haïrent parce que toujours il les attaqua ; les clercs le haïrent parce qu'il reprit leurs crimes et leur manière de vivre : mais les gens de bien, sans exception, ne cessent de l’admirer et de l’aimer. En effet, tous ceux qui le pensent hérétique sont des extravagants. Toujours occupé à lire, toujours au milieu des livres, il ne se repose ni le jour, ni, la nuit. Toujours ou bien il lit ou bien il écrit."

Saint Jérôme au désert avec son lion.
Bréviaire romain. Auvergne. XVe.

Ainsi qu'on peut s'en assurer par ce qu'il en dit lui-même, il eut à souffrir d'un grand nombre de persécuteurs et de détracteurs. Mais il supporta de bon coeur ces persécutions. C'est ce qu'il écrit à Asella :
" Je rends grâce à Dieu d'être digne de la haine du monde. On se moque de moi comme d'un malfaiteur ; mais je sais que, pour arriver au ciel, il faut supporter la bonne comme la mauvaise renommée. Plût à Dieu que, pour le nom de mon Seigneur et pour la justice, la foule entière des infidèles me poursuivît. Que le monde ne peut-il s'élever encore avec plus de fureur pour  m’avilir ! Je n'espère qu'une récompense : c'est de mériter les éloges de Notre Seigneur Jésus-Christ et la réalisation de ses promesses. Il est doux, il est bon d'être éprouvé, quand on peut en attendre la rémunération de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le ciel. Les malédictions ont beau être grandes, si elles sont compensées par les encouragements de Dieu."

Il mourut vers l’an du Seigneur 420.

Saint Jérôme écrivant inspiré par le Saint-Esprit.
Bible. Avranches. XIIIe.

PRIERE

" Vous complétez, illustre Saint, la brillante constellation des Docteurs au ciel de la sainte Eglise. Voici que se lèvent, au Cycle sacré, les derniers astres manquant encore à sa gloire. Déjà s'annonce l'aurore du jour éternel ; le Soleil de justice apparaîtra bientôt sur la vallée du jugement. Modèle de pénitence, enseignez-nous la crainte qui préserve ou répare, dirigez-nous dans les voies austères de l'expiation. Moine, historien de grands moines
(Paul ermite, Hilarion, Malch.) père des solitaires attirés comme vous en Ephrata par les parfums de la divine Enfance, maintenez l'esprit de travail et de prière en cet Ordre monastique dont plusieurs familles ont pris de vous leur nom. Fléau des hérétiques, attachez-nous à la foi Romaine ; zélateur du troupeau, préservez-nous des loups et des mercenaires ; vengeur de Marie, obtenez que fleurisse toujours plus sur terre l'angélique vertu.

Ô Jérôme, votre gloire participe surtout de la gloire de l'Agneau ouvrant pour les habitants des cieux le livre plein de mystères
(Apoc. V.). La clef de David (Ibid. III, 7.) vous fut aussi donnée pour ouvrir les sceaux multiples des Ecritures, et nous montrer Jésus enfermé sous la lettre (Hier. Epist. LIII, al. CIII, ad Paulinum.). C'est pourquoi l'Eglise de la terre chante aujourd'hui vos louanges, et vous présente à ses fils comme l'interprète officiel du Livre inspiré qui la conduit à ses destinées. En même temps que l'hommage de  l'Epouse et de la Mère, daignez agréer notre personnelle gratitude. Puisse le Seigneur, à votre prière, nous renouveler dans le respect et l'amour que mérite sa divine parole. Par vos mérites, puissent, autour du dépôt sacré, se multiplier les doctes et leurs recherches savantes. Mais que nul ne l'oublie : c'est à genoux qu'on doit écouter Dieu, si l'on veut le comprendre. Il s'impose, et ne se discute pas : bien qu'entre les interprétations diverses auxquelles peuvent donner lieu ses divins messages, il soit permis de chercher, sous le contrôle de son Eglise, à dégager la vraie ; bien qu'il soit louable d'en scruter sans fin les augustes profondeurs. Heureux qui vous suit dans ces études saintes ! Vous le disiez : " vivre au milieu de pareils trésors, s'y absorber, ne savoir, ne chercher rien autre, n'est-ce pas habiter déjà plus aux cieux qu'en terre ? Apprenons dans le temps ce dont la science doit nous demeurer toujours " (Hier. Epist. LIII, al. CIII, ad Paulinum.)."

Saint Jérôme soignant le lion.
Vies de Saints. Maître de Fauvel. XIVe.

LA LEGENDE DU LION DE SAINT JERÔME

Voici la légende de saint Jérôme qui explique poursuoi il est souvent représenté avec un lion :

Une fois, vers le soir, alors que saint Jérôme était assis avec ses frères pour écouter une lecture de piété, tout à coup un lion entra tout boitant dans le monastère. A sa vue, les frères prirent tous la fuite ; mais Jérôme s'avança au-devant de lui comme il l’eût fait pour un hôte. Le lion montra alors qu'il était blessé au pied, et Jérôme appela les frères en leur ordonnant de laver les pieds du lion et de chercher avec soin la place de la blessure. On découvrit que des ronces lui avaient déchiré la plante des pieds. Toute sorte de soins furent employés et le lion guéri, s'apprivoisa et resta avec la communauté comme un animal domestique. Mais Jérôme voyant que ce n'était pas tant pour guérir le pied du lion que pour l’utilité qu'on en pourrait retirer que le Seigneur le leur avait envoyé, de l’avis des frères, il lui confia le soin de mener lui-même au pâturage et d'y garder l’âne qu'on emploie à apporter du bois de la forêt. Ce qui se fit : car l’âne ayant été confié au lion, celui-ci, comme un pasteur habile, servait de compagnon à l’âne qui allait tous les jours aux champs, et il était son défenseur le plus vigilant durant qu'il paissait çà et là. Néanmoins, afin de prendre lui-même sa nourriture et pour que l’âne pût se livrer à son travail d'habitude, tous les jours, à des heures fixes, il revenait avec lui à la maison.

Saint Jérôme soignant le lion.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XVe.

Or, il arriva que comme l’âne était à paître, le lion s'étant endormi d'un profond sommeil, passèrent des marchands avec des chameaux : ils virent l’âne seul et l’emmenèrent au plus vite. A son réveil, le lion ne trouvant plus son compagnon, se mit à courir çà et là en rugissant. Enfin, ne le rencontrant pas, il s'en vint tout triste aux portes du monastère, et n'eut pas la hardiesse d'entrer comme il le faisait d'habitude, tant il était honteux. Les frères le voyant rentrer plus tard que de coutume et sans l’âne, crurent que, poussé par la faim, il avait mangé cette bête ; et ils ne voulurent pas lui donner sa pitance accoutumée, en lui disant :
" Va manger ce qui t'est resté de l’ânon, va assouvir ta gloutonnerie."

Saint Jérôme. Retable de saint Michel. Détail. Anonyme aragonais. XVe.

Cependant comme ils n'étaient pas certains qu'il eût commis cette mauvaise action, ils allèrent aux pâtures voir si, par hasard, ils ne rencontreraient pas un indice prouvant que l’âne était mort, et comme ils ne trouvèrent rien, ils vinrent raconter le tout à saint Jérôme. D'après les avis du saint, on chargea le lion de remplir la fonction de l’âne ; on alla couper du bois et on le lui mit sur le dos. Le lion supporta cela avec patience : mais un jour qu'il avait rempli sa tâche, il alla dans la campagne et se mit à courir çà et là, dans le désir de savoir ce qui était advenu de son compagnon, quand il vit venir au loin des marchands conduisant des chameaux chargés et un âne en avant. Car l’usage de ce pays est que quand on va au loin avec des chameaux, ceux-ci afin de pouvoir suivre une route plus directe, soient précédés par un âne qui les conduit au moyen d'une corde attachée à son cou. Le lion ayant reconnu l’âne, se précipita sur ces gens avec d'affreux rugissements et les mit tous en fuite. En proie à la colère, frappant avec force la terre de sa queue, il força les chameaux épouvantés d'aller par devant lui à l’étable du monastère, chargés comme ils l’étaient.

Saint Jérôme soignant le lion. Bréviaire à l'usage de Paris. XIVe.

Quand les frères virent cela, ils en informèrent saint Jérôme :
" Lavez, très chers frères, dit le saint, lavez les pieds de nos hôtes ; donnez-leur à manger et attendez là-dessus la volonté du Seigneur."
Alors le lion se mit à courir plein de joie dans le monastère comme il le faisait jadis, se prosternant aux pieds de chaque frère. Il paraissait, en folâtrant avec sa queue, demander grâce pour une faute qu'il n'avait pas commise. Saint Jérôme, qui savait ce qui allait arriver, dit aux frères :
" Allez, mes frères, préparer ce qu'il faut aux hôtes qui viennent ici."
Il parlait encore quand un messager annonça qu'à la porte se trouvaient des hôtes qui voulaient voir l’abbé. Celui-ci alla les trouver ; les marchands se jetèrent de suite à ses pieds, lui demandant pardon pour la faute dont ils s'étaient rendus coupables. L'abbé les fit relever avec bonté et leur commanda de reprendre leur bien et de ne pas voler celui des autres. Ils se mirent alors à prier saint Jérôme d'accepter la moitié de leur huile et de les bénir. Après bien des instances, ils contraignirent le saint à accepter leur offrande. Or, ils promirent de donner aux frères, chaque année, une pareille quantité, d'huile et d'imposer la même obligation à leurs héritiers.

Saint Jérôme. Le Caravage. XVIe.

Rq : On ira avec fruit la remarquable notice des Petits Bollandistes au tome XI, pages 559 et suivantes :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k307413.image.r=peti...

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samedi, 29 septembre 2018

29 septembre. Fête de Saint Michel archange et de tous les saints anges. 493.

- Saint Michel archange et tous les saints anges. 493*.

" Michael clarissima stella angelici ordinis."
Saint Clément d'Alexandrie.

" Si l'orgueil a été le principe de la rébellion et de la chute de Lucifer, l'humilité a fait de saint Michel le prince de la milice céleste et de la milice chrétienne."
M. l'abbé Martin. Panégyriques.

C’est à la tête de sa glorieuse armée qu'apparaît aujourd'hui l'Archange : Il y eut un grand combat dans le ciel ; Michel et ses Anges combattaient le dragon, et le dragon et ses anges combattaient contre lui (Apoc XII, 7.). Au VIe siècle, la dédicace des églises du mont Gargan et du Cirque romain sous le nom de saint Michel accrut la gloire de ce jour ; mais il ne fut choisi pour cet honneur, dont il garde à jamais le souvenir, qu'en raison de la fête plus ancienne déjà consacrée par Rome à cette date aux Vertus des cieux.

L'Orient, qui célèbre au six du présent mois l'apparition personnelle du vainqueur de Satan à Chône en Phrygie, renvoie au huit novembre, sous le titre qui suit, la solennité plus générale correspondant à la fête de ce jour : Synaxe de Michel, le prince de la milice, et des autres puissances incorporelles. Or, bien que ce terme de synaxe s'applique d'ordinaire aux assemblées liturgiques d'ici-bas, nous sommes avertis que, dans la circonstance, il exprime encore le ralliement des anges fidèles au cri de leur chef, leur union pour toujours affermie par la victoire (Menolog. Basilii.).

Quelles sont donc ces puissances des cieux dont la lutte mystérieuse ouvre l'histoire ? Les traditions de tous les peuples, aussi bien que l'autorité de nos Ecritures révélées, attestent leur existence. Si, en effet, nous interrogeons l'Eglise, elle nous enseigne qu'au commencement Dieu créa simultanément deux natures, la spirituelle et la corporelle, puis l'homme, unissant l'une et l'autre (Concil. Lateran. IV, cap. Firmitcr.). Ordre grandiose, graduant l'être et la vie du voisinage de la cause suprême aux confins du néant. De ces lointaines frontières, la création remonte vers Dieu par ces mêmes degrés.

Dieu, infini : sans limitation aucune, intelligence et amour. La créature, à jamais finie : mais s'élevant dans l'homme jusqu'à la raison discursive, dans l'ange jusqu'à l'intuition directe de la vérité ; dans chacun d'eux, reculant par la purification incessante dé son être initial les bornes provenant de l'imperfection de sa nature, pour arriver par plus de lumière à la perfection d'un plus grand amour.

Car Dieu seul est simple, de cette simplicité immuable et féconde qui est la perfection absolue excluant tout progrès : acte pur, en qui substance, puissance, opération, ne diffèrent pas. L'ange, si dégagé qu'il soit de la matière, n'échappe pas à la faiblesse native résultant pour tout être créé de la composition qui nous montre en lui l'action distincte de la puissance, et celle-ci de l'essence (St Thom. Aqu. Summ. theol. Ia P. qu. LIV, art. 1-3.). Autre encore est chez l'homme l'infirmité de sa nature mixte, avec les sens pour introducteurs obligés aux régions de l'intelligible !

Près de la notre, dit un des plus lumineux frères du Docteur angélique, " comme elle est tranquille et lumineuse la science des purs esprits ! Ils ne sont pas condamnés à ces pénibles chevauchées de la raison qui court après la vérité, compose, divise, et arrache péniblement les conclusions aux principes. Ils saisissent d'un seul coup d'œil toute la portée des vérités premières. Leur intuition est si prompte, si vive, si profonde qu'il leur est impossible d'être, comme nous, surpris par l'erreur. S'ils se trompent, c'est qu'ils le veulent bien. — La perfection de la volonté est en eux égale à la perfection de l'intelligence. Ils ne savent pas ce que c'est que d'être troublés par la violence des appétits. Leur amour ne les agite point. Tranquille et sagement mesurée comme leur amour est leur haine du mal. Une volonté ainsi dégagée ne peut connaître ni la perplexité des desseins, ni l'inconstance des résolutions. Tandis qu'il nous faut de longues et anxieuses méditations avant de nous décider, le propre des anges est de se fixer par un seul acte à l'objet de leur choix. Dieu leur a proposé comme à nous une béatitude infinie dans la vision de son essence, et pour les égaler à une si grande fin il leur a donné la grâce en même temps qu'il leur donnait l'être. En un instant ils ont dit oui ou non, en un instant ils ont librement déterminé leur sort (Monsabré, XVe conférence, Carême 1875.)."


Saint Michel. E. Delacroix. Eglise Saint-Sulpice. Paris.

Ne soyons point envieux. Par sa nature, l'ange nous est supérieur. A qui des anges pourtant fut-il dit jamais : Vous êtes mon fils (Heb. I, 5 ; ex Psalm. II, 7.) ? Le premier-né (Heb. I, 6.) n'a point choisi pour lui la nature des anges (Ibid. II, 16.). Sur terre, lui-même reconnut la subordination qui soumet dans le temps l'humaine faiblesse à ces purs esprits ; il reçut d'eux, comme ses frères dans la chair et le sang (Heb. II, 11-17.), notification des décrets divins (Dionys. Areop. De coelesti hierarchia, IV,4 ; ex Matth. II, 13-15, 19-21.), secours et réconfort (Luc. XXII, 43.) ; mais ce n'est point aux anges qu'est soumis le monde de l'éternité, dit l'Apôtre (Heb. II, 5.). Attrait de Dieu pour ce qu'il y a de plus faible, comment vous comprendre, sans l'humble acquiescement de la foi s'inclinant dans l'amour ? Vous fûtes, au jour du grand combat, l'écueil de Lucifer. Mais se re-evant de leur adoration joyeuse aux pieds de l'Enfant-Dieu, qui d'avance leur était montré sur le trône des genoux de Marie (Ibid. I, 6 ; ex Psalm. XCVI.), les Anges fidèles chantèrent : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté (Luc. II, 14.).

PRIERE

" Ô Christ, mon Christ, ainsi vous nomme l'Aigle d'Athènes (Dionys. De coelesti hierarchia, II, 5.) : l'Eglise, ravie, vous proclame en cette fête la beauté des saints Anges (Hymne des Laudes). Vous êtes l'humain et divin sommet d'où pureté, lumière, amour, s'épanchent sur la triple hiérarchie des neuf chœurs. Hiérarque suprême, unité des mondes, vous présidez aux mystères déifiants de la fête éternelle.

Séraphins embrasés, étincelants Chérubins, inébranlables Trônes ; noble cour du Très-Haut, possesseurs de la meilleure part : au témoignage du sublime Aréopagite, c'est dans une communion plus immédiate aux vertus du Sauveur (Dionys. ubi supra, VII, 2.) que s'alimentent votre justice, vos splendeurs et vos feux. De lui, par vous, déborde toute grâce sur la cité sainte.


Saint Michel. Gérard David. Retable sur bois. Vienne. XVe.

Dominations, Vertus, Puissances ; ordonnateurs souverains, moteurs premiers, régulateurs des mondes (St Thom. Aqu. Summ. theol. Ia P. qu. CVIII, art. 6 ; Contra Gent. III, 80.) : pour qui gouvernez-vous cet univers ?

Pour celui, sans nul doute, dont il est l'apanage : le Roi de gloire, l'Homme-Dieu, le Seigneur fort et puissant, le Seigneur des vertus (Psalm. XXIII.), anges, archanges, Principautés ; messagers, ambassadeurs, surintendants du ciel ici-bas : tous aussi, n'êtes-vous pas, au dire de l'Apôtre (Heb. I. 14.), les ministres du salut accompli sur terre par Jésus le Pontife des cieux ?

Nous aussi, parce même Jésus (Préface commune), Trinité sainte, nous vous glorifions avec ces trois augustes hiérarchies dont les neuf cercles immatériels entourent votre Majesté comme un multiple rempart. Tendre à vous et vous ramener toutes choses est leur commune loi. Purification, illumination, union : voies successives ou simultanées, par lesquelles leurs nobles essences, attirées vers Dieu, attirent celles qui les suivent. Sublimes esprits, c'est le regard en haut que vous agissez au-dessous de vous comme à l'entour. Pour vous et pour nous, puisez largement au foyer divin : purifiez-nous, non point seulement, hélas ! de l'involontaire défectuosité de notre nature ; éclairez-nous ; embrasez-nous des célestes flammes. Pour la même raison que Satan nous déteste, vous nous aimez; protégez contre l'ennemi commun la race du Verbe fait chair. Gardez-nous dignes d'occuper parmi vous les places laissées vides par ceux que perdit l'orgueil."


Le Mont-Saint-Michel. Bâti par des Bretons pour l'oraison,
les Normands en ont fait un centre commercial...

SÉQUENCE

Adam de Saint-Victor chante dans sa plénitude le mystère de ce jour :

" Empressée soit la louange ; que notre chœur, du fond de rame, chante en présence des citoyens des cieux : agréée sera-t-elle et convenable, cette louange, si la pureté des âmes qui chantent est à l'unisson de la mélodie.

Que Michaël soit célébré par tous ; que nul ne s'excommunie de la joie de ce jour : fortuné jour, où des saints Anges est rappelée la solennelle victoire !

L'ancien dragon est chassé, et son odieuse légion mise en fuite avec lui ; le troubleur est troublé à son tour, l'accusateur est précipité du sommet du ciel.

Sous l'égide de Michel, paix sur la terre,paix dans les cieux, allégresse et louange ; puissant et fort, il s'est levé pour le salut de tous, il sort triomphant du combat.

Banni des éternelles collines, le conseiller du crime parcourt les airs, dressant ses pièges, dardant ses poisons ; mais les Anges qui nous gardent réduisent à néant ses embûches.

Leurs trois distinctes hiérarchies sans cesse contemplent Dieu et sans cesse le célèbrent en leurs chants ; ni cette contemplation, ni cette perpétuelle harmonie ne font tort à leur incessant ministère.

Ô combien admirable est dans la céleste cité la charité des neuf chœurs ! Ils nous aiment et ils nous défendent, comme destinés à remplir leurs vides.

Entre les hommes, diverse est la grâce ici-bas ; entre les justes, divers seront les ordres dans la gloire au jour de la récompense. Autre est la beauté du soleil, autre celle de la lune ; et les étoiles diffèrent en leur clarté : ainsi sera la résurrection.

Que le vieil homme se renouvelle, que terrestre il s'adapte à la pureté des habitants des cieux : il doit leur être égal un jour ; bien que non pleinement pur encore, qu'il envisage ce qui l'attend.

Pour mériter le secours de ces glorieux esprits, vénérons-les dévotement, multipliant envers eux nos hommages ; un culte sincère rend Dieu favorable et associe aux Anges.

Taisons-nous des secrets du ciel, en haut cependant élevons et nos mains et nos âmes purifiées :

Ainsi daigne l'auguste sénat voir en nous ses cohéritiers ; ainsi puisse la divine grâce être célébrée par le concert de l'angélique et de l'humaine nature.

Au chef soit la gloire, aux membres l'harmonie ! Amen."


* Date de la dédicace de l'église Saint-Michel au mont Gargan.

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vendredi, 28 septembre 2018

28 septembre. Saint Wenceslas, duc de Bohême, martyr à Boleslaw, près de Prague. 936.

- Saint Wenceslas, duc de Bohême, martyr à Boleslaw, près de Prague. 936.
 
Pape : Léon VII. Roi de France : Louis IV d'Outremer.
 
" La vie des bons est toujours à charge à ceux dont les moeurs sont corrompus."
Saint Grégoire le Grand.
 

Saint Wenceslas.

Wenceslas nous rappelle, au Cycle sacré, l'entrée d'une valeureuse nation dans l'Eglise. Boulevard avancé du monde slave au milieu de la Germanie, les Tchèques en furent de tout temps la tribu la plus résistante. On sait quel caractère de périlleuse âpreté, mais aussi d'énergie féconde, revêtent en nos jours les revendications sociales de ce peuple, affermi, semble-t-il, contre toute épreuve par la lutte pour la vie des premiers siècles de son histoire.
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La foi de ses apôtres et de ses martyrs, la foi romaine, sera le salut comme elle est l'union des pays de la couronne de saint Wenceslas. L'hérésie, qu'elle naisse du sol avec les Hussites, qu'elle soit importée d'Allemagne avec les Réformés de la guerre de trente ans, ne sait que mener la nation aux abîmes ; puissent les avances du schisme et ses flatteries intéressées ne jamais lui devenir funestes ! Le petit-fils de la sainte martyre Ludmilla, le grand-oncle de l'évêque moine et martyr, Adalbert, Wenceslas, lui aussi martyr, convie ses fidèles à s'attacher à lui dans l'unique voie où se trouvent l'honneur et la sécurité de ce monde et de l'autre.
 

Statue de saint Wencesla à Prague.

La conversion de la Bohême remonte aux dernières années du IXe siècle, où saint Méthodius baptisa Borzivoi, premier duc chrétien de la descendance de Prémysl, et son épouse sainte Ludmilla. La réaction païenne autant que fratricide qui valut en 936 la couronne du martyre à saint Wenceslas ne se soutint pas.

Wenceslas, duc de Bohème, naquit de Wratislas et de Drahomira, celle-ci païenne, celui-là chrétien. Il fut élevé dans la piété par sa très sainte aïeule Ludmilla ; toutes les vertus brillaient en lui ; il garda précieusement toute sa vie la virginité. Or, sa mère ayant criminellement fait mourir Ludmilla, s'empara de l'administration du royaume, et elle vivait dans l'impiété avec son plus jeune fils Boleslas ; d'où indignation des grands qui, fatigués de ce gouvernement tyrannique et impie, secouèrent le joug de l'un et de l'autre, et saluèrent Wenceslas comme roi dans la ville de Prague.


Saint Wenceslas. Monnaie Tchèque.

Conduisant le royaume plus par la bonté que par l'autorité, telle était sa grande charité pour les orphelins, les veuves, les nécessiteux, que quelquefois il portait de nuit aux indigents du bois sur ses épaules, que souvent il assistait à la sépulture des pauvres ; il délivrait les captifs, visitait au milieu de la nuit les prisonniers, les aidant fréquemment de ses dons et de ses conseils. Toute condamnation à mort, si méritée qu'elle fût, atteignait cruellement l'âme du très doux prince. Souveraine était sa religieuse vénération pour les prêtres ; de ses mains il semait le blé et pressait le vin destinés au sacrifice de l'autel. La nuit, nu-pieds sur la neige et la glace, il faisait le tour des églises, laissant après lui des traces sanglantes sur la terre réchauffée.

Les anges veillaient sur sa vie. Comme, pour épargner le sang des siens, il s'avançait en combat singulier contre Radislas, duc de Gurim, on vit ces esprits célestes lui fournir des armes et dire à l'adversaire : " Ne frappe pas !". Epouvanté, celui-ci tomba à ses pieds, demandant grâce. Dans un voyage qu'il fit en Germanie, l'empereur aperçut, au moment où il se présentait à lui, deux anges qui l'ornaient d'une croix d'or ; s'élançant aussitôt de son trône, il reçut le Saint dans ses bras, le décora des insignes royaux et lui fit don du bras de saint Vite. Cependant, poussé par sa mère, l'impie Boleslas, ayant invité son frère à un festin, le tua, avec l'aide de complices, comme il priait ensuite à l'église, n'ignorant point la mort qu'on lui préparait. Son sang jaillit sur les murs, et on l'y voit encore. Dieu le vengea : la terre engloutit l'ignoble mère ; les meurtriers périrent misérablement de diverses sortes.


Statue de saint Wenceslas à Prague.
 
PRIERE
 
" Cette église où vous fûtes couronné, Ô Martyr, était celle des saints Côme et Damien, dont la fête vous avait attiré vous-même au lieu du triomphe (Christian de Scala, fils du fratricide Boleslas le Cruel et neveu du Saint, qui, devenu moine, écrivit la vie de saint Wenceslas avec celle de sainte Ludmilla).
 
Comme vous les honoriez, nous vous honorons à votre tour. Comme vous encore, nous saluons l'approche de cette autre solennité qu'annonçaient vos dernières paroles, au festin fratricide :
" En l'honneur du bienheureux Archange Michel, buvons cette coupe, et prions-le qu'il daigne introduire nos âmes dans la paix de l'allégresse éternelle." (Ibid.).

Tout sublime, quand déjà vous teniez en mains le calice du sang ! Ô Wenceslas, pénétrez-nous de cette intrépidité dont l'humble douceur ne dévie jamais, simple comme Dieu à qui elle tend, calme comme les anges à qui elle se confie. Secourez l'Eglise en nos jours malheureux : tout entière, elle vous glorifie ; tout entière, elle a droit de compter sur vous. Mais, spécialement, gardez-lui le peuple dont vous êtes la gloire ; fidèle comme il l'est à votre mémoire sainte, se réclamant de votre couronne en toutes ses luttes de la terre, les écarts pour lui ne sauraient être mortels."

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jeudi, 27 septembre 2018

27 septembre. Saint Côme et saint Damien, frères, martyrs à Ege en Cilicie. Vers 284.

- Saint Côme et saint Damien, frères, martyrs à Ege en Cilicie. Vers 284.

Pape : Saint Caïus. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule.

" L'homme ne peut mieux se donner à Dieu qu'en se livrant à la mort pour l'honorer."
Saint Anselme.


Saint Côme et saint Damien.
Gravure de confrérie de médecin de la ville de Toulouse. XVe.

" Honorez le médecin ; car sa mission n'est pas superflue. Le Très-Haut l'a créé ; il a créé les médicaments : les repousser n'est pas d'un sage.
Les plantes ont leurs vertus ; l'homme à qui la science en est donnée glorifie Dieu, admirable en ce qu'il fait. La douleur est par elles adoucie ; l'art en fait des compositions sans nombre, où réside la santé.
Malade, ô mon fils, ne te néglige pas. Prie le Seigneur qu'il te guérisse ; éloigne-toi du péché, purifie ton cœur ; offre tes dons à l'autel ; puis, au médecin d'agir. Son intervention s'impose ; à une heure ou à l'autre, ne compte pas l'éviter.
Mais lui aussi doit prier le Seigneur de diriger ses soins pour apaiser la souffrance, écarter le mal, rendre les forces à celui qui l'appelle."
(Eccli. XXXVIII, 1- 15.).


Saint Côme et saint Damien exercant leur art. Fra Angelico. XIVe.

Paroles de la Sagesse, qu'il était bon de citer en cette fête. Fidèle la première au précepte divin, l'Eglise honore aujourd'hui dans Côme et Damien cette carrière médicale où beaucoup d'autres acquirent la sainteté, où nul cependant ne personnifia comme eux la grandeur du rôle qui s'offre au médecin dans la société baptisée.

Chrétiens dès l'enfance, l'étude d'Hippocrate et de Galien développa en eux l'amour du Dieu qui révèle ses perfections invisibles dans les magnificences de la création (Rom. I, 20.), dans ce palais surtout, dans ce temple du corps de l'homme (I Cor. VI, 19-20.) qu'il se propose d'habiter à jamais. Leur science fut un hymne à la gloire du Créateur, leur art un ministère sacré : service de Dieu dans leurs frères souffrants; rôle du gardien veillant sur le sanctuaire pour éloigner tout désordre de ses abords, pour au besoin en réparer les ruines. Vie de religion comme de charité, que ces deux reines des vertus amenèrent dans nos Saints jusqu'au martyre, sommet privilégié de l'une et de l'autre, consommation du sacrifice et de l'amour.

L'Orient et l'Occident rivalisèrent d'hommages envers les Anargyres (qui ne reçoit pas d'argent) ; appellation que leur avait value la gratuité de leurs soins. Partout des églises s'élevèrent sous leurs noms. Dans sa vénération pour eux, l'empereur Justinien embellissait et fortifiait l'obscure ville de Cyre, qui renfermait leurs reliques sacrées.

En plein forum romain, dans le même temps, le Souverain Pontife Félix IV substituait la mémoire sainte des Martyrs jumeaux au souvenir moins heureusement fraternel que rappelait l'ancien temple de Romulus et de Rémus. Peu d'années s'étaient écoulées depuis le jour où Benoît, inaugurant sa mission de patriarche des moines, dédiait aux saints Côme et Damien le premier des monastères qu'il fondait à l'entour de sa grotte bénie de Sublac, celui-là même qui, sous le nom de sainte Scholastique, a subsisté jusqu'à nous.

Mais, une fois de plus véritablement Maîtresse et Mère universelle, combien l'Eglise Romaine n'a-t-elle pas dépassé ces honneurs en inscrivant les deux saints frères arabes, de préférence à tant de milliers de ses propres héros, dans ses Litanies solennelles et au diptyque sacré des Mystères !

On sait comment, au moyen âge, médecins et chirurgiens s'organisèrent en confréries chargées de promouvoir la sanctification de leurs membres par la prière commune, la charité envers les délaissés, l'accomplissement de tous les devoirs de leur importante vocation pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien de l'humanité souffrante. Aux applaudissements de la société chrétienne, après un siècle d'interruption, la Société de Saint-Luc (Lucas medicus carissimus. Col. IV, 14.), Saint-Côme et Saint-Damien a pris chez nous à tâche de rattacher le présent aux traditions du passé.


Sépulture de saint Côme, de saint Damien et de
leurs compagnons martyrs. Fra Angelico. XIVe.

Voici les lignes consacrées par l'Eglise aux deux frères.

Côme et Damien étaient frères. Arabes d'origine, et de noble extraction, ils naquirent dans la ville d'Eges. Médecins de profession, ils guérissaient les maladies même incurables, autant par la puissance de Jésus-Christ que grâce à leur science. Or, sous les empereurs Dioclétien et Maximien, le préfet Lysias ayant eu connaissance de leur religion, se les fit amener pour les interroger sur leur foi et leur genre de vie. Comme ils s'avouaient hautement chrétiens et proclamaient que la foi chrétienne était nécessaire au salut, Lysias leur ordonne d'adorer les dieux ; sinon des supplices et une mort cruelle les attendent.

Mais, comprenant bientôt l'inutilité de ses menaces : " Pieds et poings liés, s'écrie-t-il, qu'on les torture par les plus raffinés tourments !".

L'ordre s'exécute, et Côme et Damien cependant restent fermes. Toujours enchaînés, on les précipite au fond de la mer ; ils en sortent sains et saufs et déliés. Ce qu'attribuant à la magie, le préfet ordonne de les conduire en prison, d'où, tirés le lendemain, il les fait jeter sur un bûcher en feu ; mais la flamme s'écarte des Saints. Après donc divers autres essais cruels, il commande qu'on les frappe de la hache. Ainsi leur fut acquise, dans la confession de Jésus-Christ, la palme du martyre.

PRIERE

" Illustres frères, voici donc accomplie en vous la divine parole : " La science du médecin relèvera en gloire, et il sera loué en présence des grands " (Eccli. XXXVIII, 3.). Les grands sont les princes des célestes hiérarchies, témoins en ce jour des hommages reconnaissants de l'Eglise de la terre ; la gloire composant l'auréole de vos têtes fortunées est celle de Dieu même, de ce roi magnifique dont parle au même lieu l'Ecriture (Eccli. XXXVIII, 2.), et qui rémunère votre désintéressement d'autrefois par le don de sa propre vie bienheureuse.

Au foyer de l'amour éternel, votre charité ne saurait s'être amoindrie : secourez-nous toujours. Justifiez la confiance des malades qui recourent à vous. Maintenez la santé des enfants de Dieu ; qu'ils puissent faire honneur à leurs obligations de ce monde, et porter vaillamment le joug léger des préceptes de notre Mère l'Eglise. Bénissez les médecins fidèles à leur baptême, et qui se recommandent de votre patronage ; augmentez leur nombre.

Voyez les études médicales s'égarer dans nos temps sur les pentes du matérialisme et du fatalisme, au grand détriment de la science et de l'humanité. Il est faux que la nature soit pour l'homme toute l'explication de la souffrance et de la mort (Ibid. 15. ; I Cor. XI, 3.) ; malheur à ceux dont le médecin ne voit en ses clients que le sang et la chair ! C'était plus haut, qu'elle-même l'école païenne cherchait le dernier mot de toute chose ; c'est de plus haut que s'inspirait le respect religieux qui transformait votre art.

Par la vertu de votre mort glorieuse, ô témoins du Seigneur, obtenez dans notre société si malade le retour de la foi, de la pensée de Dieu, de cette piété utile à tout et à tous, qui a les promesses de la vie présente comme de l'éternité (I Tim. IV, 8.)."

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mercredi, 26 septembre 2018

26 septembre. Saint Cyprien d'Antioche, évêque, et sainte Justine, vierge et abbesse, martyrs à Nicomédie en Bythinie. 304.

- Saint Cyprien d'Antioche, évêque, et sainte Justine, vierge et abbesse, martyrs à Nicomédie en Bythinie. 304.

Pape : Saint Marcellin. Empereur romain d'Orient : Dioclétien. Empereur romain d'Occident : Maximien-Hercule.

" Où est la crainte de Dieu, là est la chasteté. Sans cette crainte de Dieu, la chasteté n'existe pas."
Saint Jean Chrysostome.


Saint Cyprien et sainte Justine. Légende dorée.
Bx J. de Voragine. J. de Vignay. XIVe.

" Qui que vous soyez que séduisent les mystères des démons, nul de vous ne surpassera mon zèle pour ces faux dieux, ni mes recherches à leur sujet, ni la vaine puissance qu'ils m'avaient communiquée, moi, Cyprien, dès l'enfance au service du dragon dans la citadelle Palladique. Apprenez de moi la tromperie de leurs illusions. Une vierge m'a montré que leur pouvoir n'est que fumée. Le roi des démons s'est arrêté à la porte d'une enfant, sans pouvoir la franchir. Celui qui tant promet, n'est que menteur. Une femme se joue de celui qui se vante d'agiter la terre et les deux. Le lion rugissant n'est qu'un, moucheron qui se dérobe, devant Justine la chrétienne et la vierge." (Confessio Cypriani Antiocheni, I, II.).

" Ô Vierge, celui-là même qui tentait de vous perdre est aujourd'hui votre vivant trophée de victoire. Ô Cyprien, la carrière du crime est devenue pour vous l'entrée du salut. Puissiez-vous triompher ensemble à nouveau de Satan, dans ce siècle où les sciences occultes recommencent à séduire tant d'âmes, déséquilibrées par la perte de la foi. Contre un danger si grand, contre tout péril, puissent les chrétiens s'armer comme vous du signe de la Croix ; et l'ennemi sera contraint de redire : " J'ai vu un signe terrible, et j'ai tremblé ; j'ai vu le signe du Crucifié, et ma force a fondu comme la cire "." (Acta Cypriani et Justinae).

Justine est ainsi nommée de justice ; car par sa justice, elle a rendu à chacun ce qui lui appartient à Dieu l’obéissance, à son supérieur le respect, à son égal la concorde, à son inférieur la discipline, à ses ennemis la patience, aux misérables et aux affligés la compassion, à elle-même de saintes oeuvres et au prochain la charité.

Justine, vierge de la ville d'Antioche, était la fille d'un prêtre des idoles*. Tous les jours étant assise à sa fenêtre, elle entendait lire l’évangile par le diacre Proctus, qui enfin la convertit. La mère en informa son père au lit, puis s'étant endormis tous deux, Notre Seigneur Jésus-Christ leur apparut avec des anges et leur dit :
" Venez à moi, et je vous donnerai le royaume des cieux."
Aussitôt éveillés, ils se firent baptiser avec leur fille. C'est cette vierge Justine tant tourmentée par Cyprien qu'elle finit par convertir à la foi.


Baptême de sainte Justine et martyre de saint Cyprien.
Vies de saints. R. de Montbaston. XIVe.

Cyprien s'était adonné à la magie dès son enfance ; car il n'avait que sept ans quand il fut consacré au diable par ses parents. Comme donc il exerçait l’art magique, il paraissait changer les matrones en bête de somme, et faisait une infinité d'autres prestiges. Il s'éprit d'un amour brûlant pour la vierge Justine, et il eut recours à la magie afin de la posséder soit pour lui, soit pour un homme nommé Acladius, qui s'était également épris d'amour pour elle. Il invoque donc le démon afin qu'il vienne à lui et qu'il puisse par son entremise jouir de Justine.

Le diable vient et lui dit :
" Pourquoi m’as-tu appelé ?"
Cyprien lui répondit :
" J'aime une vierge du nombre des Galiléens ; peux-tu faire que je l’aie et accomplisse avec elle ma volonté ?"
Le démon lui dit :
" Moi qui ai pu chasser l’homme du paradis, qui ai amené Caïn à tuer son frère, qui ai fait crucifier Jésus-Christ par les Juifs, et qui ai jeté le trouble parmi les hommes ; je ne pourrais donc pas faire que tu aies une jeune fille, et que tu obtiennes d'elle ce qu'il te plait ? Prends cet onguent et épars-le autour de sa maison en dehors ; puis je surviendrai, j'embraserai son coeur de ton amour, et je la pousserai à se rendre à toi."

La nuit suivante le démon vient auprès de Justine et s'efforce de porter son coeur à un amour illicite. Quand elle s'en aperçut, elle se recommanda dévotement au Seigneur et elle protégea tout son corps. du signe de la croix. Mais au signe de la sainte Croix, le diable effrayé s'enfuit, vint trouver Cyprien et resta debout devant lui.
Cyprien lui dit :
" Pourquoi ne m’as-tu pas amené cette vierge ?"
Le démon lui répondit :
" J'ai vu sur elle un certain signe ; j'ai été pétrifié, et toutes les forces, m’ont manqué."

Alors Cyprien le congédiai et en appela un plus fort. Celui-ci lui dit :
" J'ai entendu ton ordre, et j'en ai saisi l’impossibilité : mais je le rectifierai, et je remplirai ta volonté : je l’attaquerai, et je blesserai son coeur d'un amour de débauche et tu feras d'elle ce que tu désires."

Le diable vint et s'efforça de persuader Justine en enflammant son esprit d'un amour coupable. Mais elle se recommanda dévotement à Dieu et par un signe de croix, elle éloigna entièrement la tentation ; ensuite elle souffla sur le démon qui fut chassé aussitôt. Alors le démon confus s'en alla, s'enfuit se tenir debout devant Cyprien. Cyprien lui dit :
" Et où est la vierge à laquelle je t'ai envoyé ?
- Je m’avoue vaincu, répondit le démon, et je tremble de dire de quelle manière : car j'ai vu un certain signe terrible sur elle, et, aussitôt j'ai perdu toute force."

Alors Cyprien se moqua de lui et le renvoya. Il évoqua ensuite le prince des démons. Quand celui-ci fut arrivé, Cyprien lui dit :
" Quelle est donc votre puissance ? elle est bien chétive pour qu'elle soit annihilée par une jeune fille ?"
Le démon lui dit :
" J'y vais aller et je la tourmenterai par différentes fièvres, ensuite j'enflammerai son esprit avec plus de force ; je répandrai dans tout son corps une ardeur violente, je la rendrai frénétique, je lui présenterai divers fantômes, et à minuit je te l’amènerai."


Martyre de sainte Justine et saint Cyprien. Bréviaire romain. XVe.

Alors le diable prit la figure d'une vierge et il vint dire à Justine :
" Je viens vous prouver, parce que je désire vivre avec vous dans la chasteté : néanmoins, dites-moi, je vous prie, quelle sera la récompense de notre combat ?"
Cette sainte vierge lui répondit :
" La récompense sera grande et le labeur bien petit."
Le démon lui dit :
" Qu'est-ce donc que ce commandement de Dieu " Croissez et multipliez et remplissez la terre ?" Je crains donc, bonne compagne, que si nous restons dans la virginité, nous ne rendions vaine la parole de Dieu et que nous ne soyons exposées à la rigueur d'un jugement sévère comme désobéissantes et comme contemptrices : et ensuite que nous ne soyons pressées gravement, par le moyen sur lequel nous comptons pour obtenir une récompense."

Alors le coeur de Justine commença à être agité de pensées étranges, par les suggestions du démon, et à être enflammé plus fortement de l’ardeur de la concupiscence ; en sorte qu'elle voulait se lever et s'en aller. Mais cette sainte vierge revenue à elle, et connaissant celui qui lui parlait, se munit aussitôt du signe de la croix, puis soufflant sur le diable, elle le fit fondre comme cire : or, elle se sentit délivrée à l’instant de toute tentation.

Peu après, le diable prit la figure d'un très beau jeune homme ; il entra dans la chambre où Justine reposait sur un lit ; il sauta avec impudence sur son lit et voulut se jeter sur elle pour l’embrasser. Justine voyant cela et reconnaissant que c'était l’esprit malin fit de suite le signe de la croix et fit fondre le diable comme de la cire. Alors le diable, par la permission de Dieu, l’abattit par la fièvre, causa la mort de plusieurs personnes, et, en même temps, des troupeaux et des bêtes de trait, et fit annoncer par les démoniaques qu'il régnerait une grande mortalité dans tout Antioche, si Justine ne consentait pas à se marier.

C'est pourquoi tous les citoyens malades se rassemblèrent à la porte des parents de Justine, en leur criant qu'il fallait la marier et qu'ils délivreraient par là toute la Ville d'un si grand péril. Mais comme Justine refusait absolument de consentir et que pour ce prétexte tout le monde la menaçait de mort, la septième année de l’épidémie, Justine pria pour ses concitoyens et elle éloigna toute pestilence.

Le diable voyant qu'il ne gagnait rien, prit la figure de Justine elle-même afin de salir sa réputation ; puis se moquant de Cyprien il se vantait de lui avoir amené Justine. Le diable courut donc trouver Cyprien sous l’apparence de Justine et il voulut l’embrasser comme si elle eût langui d'amour pour lui.

Cyprien en le voyant crut que c'était Justine, et s'écria, rempli de joie :
" Soyez la bienvenue, Justine, vous qui êtes belle entre toutes les femmes."
A l’instant que Cyprien eut prononcé le nom de Justine, le diable ne le put endurer, mais dès que ce mot fut proféré, il s'évanouit aussitôt comme de la fumée. C'est pourquoi Cyprien, qui se voyait joué, resta tout triste. Il en résulta que Cyprien fut encore plus enflammé d'amour pour Justine ; il veilla longtemps à sa porte, et comme à l’aide de la magie il se changeait tantôt en femme, tantôt en oiseau, selon qu'il le voulait, dès qu'il était arrivé à la porte de Justine, ce n'était pas une femme, ni un oiseau, mais bien Cyprien qui paraissait aussitôt. Acladius se changea aussi par art diabolique en passereau et vint voltiger à la fenêtre de Justine. Aussitôt que la vierge l’aperçut, ce ne fut plus un passereau qui parut, mais Acladius lui-même qui fut rempli alors d'angoisses extrêmes et de terreur, parce qu'il ne pouvait ni fuir, ni sauter. Mais Justine, dans la crainte qu'il ne tombât et qu'il ne crevât, le fit descendre avec une échelle en lui conseillant de cesser ses folies, pour qu'il ne fût pas puni par les lois comme magicien. Tout cela se faisait avec une certaine apparence au moyen dès illusions du diable.

Le diable, vaincu en toutes circonstances, revint trouver Cyprien et resta plein de confusion devant lui. Cyprien lui dit :
" N'es-tu pas vaincu aussi, toi ? Quelle est donc votre force, misérable, que vous ne puissiez vaincre une jeune fille, ni l’avoir sous votre puissance ; tandis qu'au contraire elle vous vainc elle-même et vous écrase si pitoyablement ? Dis-moi cependant, je te prie, en quoi consiste la grande force qu'elle possède ?"
Le démon lui répondit :
" Si tu me jures que tu ne m’abandonneras jamais, je te découvrirai la vertu qui la fait vaincre.
- Par quoi jurerai-je, dit Cyprien ?
- Jure-moi par mes grandes puissances, dit le démon, que tu ne m’abandonneras en aucune façon."

Cyprien lui dit :
" Par tes grandes puissances, je te jure de ne jamais t'abandonner."
Alors comme s'il eût été rassuré, le diable lui dit :
" Cette fille a fait le signe du crucifié, et à l’instant j'ai été pétrifié ; j'ai perdu toute force, et j'ai fondu comme la cire devant le feu."
Cyprien lui dit :
"Donc le crucifié est plus grand que toi ?
- Oui, reprit le démon, il est plus grand que tous, et il nous livrera au tourment d'un feu qui ne s'éteindra pas, nous et tous ceux que nous trompons ici."

Et Cyprien reprit :
" Donc et moi aussi, je dois me faire l’ami du crucifié afin que je ne m’expose pas à un pareil châtiment."
Le diable répartit :
" Tu m’as juré, par les puissances de mon armée, que nul ne peut parjurer, de ne jamais me quitter."
Cyprien lui dit :
" Je te méprise toi et toutes tes puissances qui se tournent en fumée : je renonce à toi et à tous tes diables, et je me munis du signe salutaire du crucifié."
Et à l’instant le diable se retira tout confus. Cyprien alla alors trouver l’évêque. En le voyant, celui-ci crut qu'il venait pour induire les chrétiens en erreur et lui dit :
" Contente-toi de ceux qui sont au dehors, car tu ne pourras rien contre l’église de Dieu ; la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ est en effet invincible."

Cyprien reprit :
" Je suis certain que la vertu de Notre Seigneur Jésus-Christ est invincible."
Et il raconta ce qui lui était arrivé et se fit baptiser par l’évêque.


Saint Grégoire de Naziance edifiant les fidèles en
rapportant les actes de sainte Justine. Oraisons de
saint Grégoire de Naziance. Constantinople. XIe.

Dans la suite il fit de grands progrès tant dans la science que dans sa conduite, et quand l’évêque fut mort, il fut ordonné lui-même pour le remplacer. Quant à sainte Justine il la mit dans un monastère et l’y fit abbesse d'un grand nombre de vierges sacrées. Or, saint Cyprien envoyait fréquemment des lettres aux martyrs qu'il fortifiait dans leurs combats.

Le comte de ce pays aux oreilles duquel la réputation de Cyprien et de Justine arriva, les fit amener par devant lui, et leur demanda s'ils voulaient sacrifier. Comme ils restaient fermes dans la foi, il les fit jeter dans une chaudière pleine de cire, de poix et de graisse ; elle ne fut pour eux qu'un admirable rafraîchissement et ne leur fit éprouver aucune douleur. Alors le prêtre des idoles dit au préfet :
" Commandez que je me tienne vis-à-vis de la chaudière et aussitôt je vaincrai toute leur puissance."
Et quand il fut venu auprès de la chaudière, il dit :
" Vous êtes un grand Dieu, Hercule, et vous, Jupiter, le père des dieux !"
Et voilà que tout à coup du feu sorti de la chaudière le consuma entièrement : alors saint Cyprien et sainte Justine sont retirés de la chaudière, et une sentence ayant été portée contre eux, ils furent décapités.

Leurs corps, étant restés l’espace de sept jours exposés aux chiens, furent dans la suite transférés à Rome ; on dit qu'ils sont maintenant à Plaisance. Ils souffrirent le 6 des calendes d'octobre, vers l’an du Seigneur 304, sous Dioclétien.

* Saint Grégoire de Nazianze et l’impératrice Eudoxie ont écrit les actes de saint Cyprien et de sainte Justine, sur lesquels a été compilée cette légende.

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