lundi, 16 septembre 2024
16 septembre. Saint Corneille, pape, martyr. 253.
- Saint Corneille, pape, & saint Cyprien, évêque, martyrs. 253 ; 258.
Papes : Saint Fabien (prédecesseur) ; saint Lucius Ier (successeur). Empereurs romains : Trébonien Galle ; Hostilien ; Volusien ; Emilien (période de l'anarchie militaire) ; Valérien (période des trente tyrans).
" Apprenez à vous soumettre à Dieu pour choisir non pas ce que vous voulez, mais ce que vous savez lui être agréable."
Saint Ambroise de Milan.
Saint Corneille. Maître de Messkirch. Stuttgart. XVIe.
" Rencontre à laquelle sourient les Anges ! L'enfer voulut un jour, dans une querelle fameuse (Sur la question de la validité du baptême donné par les hérétiques), opposer Cyprien au Siège suprême ; or voici que, représailles dignes d'elle, la Sagesse présente en une même fête au commun hommage de la terre et des cieux l'évêque de Carthage et l'un des plus nobles successeurs de Pierre.
Noble entre tous, Corneille le fut par la naissance, comme en témoigne son tombeau, retrouvé naguère dans la crypte de famille où les plus beaux noms de l'ancien patriciat lui formaient un cortège d'honneur. L'élévation au pontificat souverain d'un héritier des Scipions reliait dans Rome les grandeurs du passé à celles de l'avenir. C'était le temps où Dèce, redoutant plus d'apprendre l'élection d'un Pape que de voir se lever un compétiteur à l'empire (Cyprian. Epist. X, ad Antonianum. IX), avait lancé l'édit de la septième persécution générale. Mais le césar qu'un bourg de Pannonie vient de donner à la capitale du monde n'arrêtera pas les destinées de la Ville éternelle. En face du sanguinaire empereur et de ses pareils passés ou futurs, dont la cité reine ne connut les pères qu'à titre d'esclaves ou d'ennemis vaincus, le Romain authentique, le descendant des Cornelii, se révèle à la simplicité native qu'on nous décrit en lui, au calme accompagnant sa force d'âme, à l'intrépide fermeté de sa race qui le fait triompher le premier de l'usurpateur que la flèche des Goths attend sur les bords des marais Danubiens (Cyprian. Epist. X, ad Antonianum. IX). Ô saint Pontife, plus grand pourtant étes-vous encore par l'humilité qu'admirait en vous Cyprien, votre illustre ami, par cette pureté de votre âme virginale qui selon lui vous rendit l'élu de Dieu et de son Christ (Ibid. VIII).
Près de vous, quelle n'est pas la grandeur de Cyprien lui-même ! Quel sillon de lumière a tracé dans le ciel de l'Eglise le converti du prêtre Cœcilius ! Dans la générosité de son âme conquise au Christ, il abandonne et les richesses et les honneurs, héritage de famille, et la gloire acquise dans les joutes de l'éloquence. A l'admiration de tous on dirait que, selon le mot de son historien, la moisson des vertus précède en lui les semailles (Pontius Diac. De vita et pass. Cypr., XI). Par une exception justifiée, néophyte encore il est déjà pontife. Il lésera dix ans, durant lesquels Carthage, l'Afrique, le monde, auront les yeux fixés sur lui ; les païens, criant : " Cyprien au lion !", les chrétiens, attendant son mot d'ordre. Dix années qui représenteront une des périodes les plus troublées de l'histoire : dans l'empire, anarchie au sommet, invasions sur toutes les frontières, peste promenant partout l'épouvante ; dans l'Eglise, après une longue paix qui avait endormi les âmes, les persécutions de Dèce, de Gallus, de Valérien, dont la première, éclatant comme la foudre, multipliera les défaillances de la première heure et causera les schismes du lendemain, par la trop hâtive indulgence de plusieurs ou l'excessive rigueur de quelques autres envers les tombés.
Saint Corneille et saint Cyprien de Carthage. Bréviaire romain. XVe.
Or, qui donc (Pontius Diac. De vita et pass. Cypr. VII) enseignera à ceux-ci la pénitence (Cypr. De lapsis), aux hérétiques la vérité, aux schismatiques l'unité (De unitate Ecclesiae), aux fils de Dieu la prière et la paix (De oratione Dominica) ? Qui ramènera les vierges aux règles de leur vie sainte (De habitu virginis) ? Qui retournera contre les gentils leurs sophismes blasphématoires (Lib. ad Demetrianum, et De idolorum vanitate) ? Sous la mort séparant et frappant, qui rappellera les biens futurs et consolera les âmes (De mortalitate) ? De qui apprendront-elles et la miséricorde (De opere et eleemosynis), et la patience (De bono patientiae), et le secret de changer en douceur de salut les poisons provenant des morsures de l'envie (De zelo et livore) ? Qui enfin élèvera les martyrs à la hauteur de l'appel de Dieu ? qui soutiendra les confesseurs sous la torture, au fond des cachots, dans l'exil ? qui préservera des embûches de la liberté retrouvée les survivants du Martyre (De exhortatione martyrii, et Epistolae ad confessores) ?
Dans son calme incomparable, Cyprien, toujours prêt, semble défier les puissances de l'enfer, de la terre et des cieux. Jamais troupeau n'aura eu main plus sûre pour le rallier sous l'irruption soudaine et déconcerter le sanglier de la forêt. Et quelle fierté inspire au pasteur la dignité de cette famille chrétienne dont Dieu l'a fait le guide et le rempart! L'amour de l'Eglise, si l'on peut ainsi parler, est la note toute spéciale de l'évêque de Carthage ; en d'immortels épanchements avec ses très forts et très heureux frères, confesseurs du Christ, honneur de la Mère commune, il s'écrie :
" Ô bienheureuse notre Eglise, qu'illumine des plus purs rayons la divine condescendance, qu'illustre en nos temps le glorieux sang des martyrs ! Elle était blanche autrefois des oeuvres de nos frères ; la voilà maintenant empourprée du suc sorti des veines de ses héros. Ni les lis, ni les roses ne manquent à ses fleurs." (Epist. VIII, Ad martyres et confessores).
Etrange infirmité des plus fermes esprits d'ici-bas ! Ce fut cet amour même, ce fut, bien légitime, mais faussement appliqué, son exclusivisme jaloux pour la très noble Epouse du Sauveur, qui fit dévier Cyprien dans la grave question de la validité du baptême conféré par les sectes dissidentes. " Seule l’unique, disait-il, a les clefs, la puissance de l'Epoux ; c'est son honneur que nous défendons, en repoussant l'eau adultère de l'hérésie." (Epist. ad Jubaianum, I, XI).
Saint Corneille et saint Cyprien de Carthage.
Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.
C'était oublier que si, grâce à la miséricordieuse libéralité du Sauveur, le plus indispensable des Sacrements ne perd pas sa vertu, quel qu'en soit le ministre, étranger à l'Eglise ou son ennemi, il n'a de fécondité pourtant même alors que pour et par l'Epouse, ne valant qu'en union de ce qu'elle fait elle-même. Mais il est donc bien vrai : sainteté ou science ne donnent pas à l'homme l'infaillibilité, que la divine promesse assure au seul successeur de Pierre.
Pareille démonstration pouvait avoir son prix ; et sans doute ce fut la raison pour laquelle Dieu permit dans la haute intelligence du primat de l'Afrique romaine une éclipse passagère. Le péril ne pouvait être grave, ni définitive l'erreur, en celui dont la pensée maîtresse est toute dans ces mots que rappellent moins volontiers les adversaires de nos dogmes :
" Celui qui ne garde pas l'unité de l'Eglise, croit-il qu'il garde la foi ? Celui qui abandonne la Chaire de Pierre sur laquelle est fondée l'Eglise, peut-il se flatter d'être encore dans l'Eglise ?" (De unitate Ecclesiae, IV)."
Dom Prosper Guéranger.
Saint Corneille. Panneau peint sur bois.
Anonyme. Ecole Flamande. XVIe.
Corneille signifie qui comprend la circoncision. En effet, il comprit et conserva un grand détachement pour les choses superflues, les licites et même les nécessaires. Corneille peut venir aussi de corne, et de léos, peuple, comme si on disait la corne ou la force du peuple.
L'Eglise de Rome, après avoir demeuré un an et quelques mois sans pasteur, se consola de ce retard par l'élection de Corneille, qui avait toutes les qualités nécessaires pour la conduite d'un vaisseau agité par une tempête que l'empereur Dèce avait excitée. Il parvint à ce premier trône de l'Eglise par la science et la vertu, les seuls degrés par où l'on y montait en ces bienheureux siècles.
" Il en était d'autant plus digne, dit saint Cyprien, qu'il témoigna par une pudeur virginale et par une humilité sincère, qu'en cette élection, où plusieurs évêques se trouvèrent, on lui faisait violence et qu'il ne se croyait pas capable de porter le grand fardeau qu'on lui mettait sur les épaules."
Il était romain de nation, fils de Castin, et avait passé par toutes les fonctions ecclésiastiques, où son zèle. sa prudence s'étaient fait admirer der toiles fidèles. Aussi, ce furent ces seules vertus qui l'engagèrent à accepter cette charge, où l'on ne pouvait entrer en ce temps-là qu'en s'exposant à toutes sortes de supplices.
Saint Cornély. Imagerie populaire.
Pellerin éditeurs. XIXe.
Il eut d'abord un furieux schisme à combattre Novat, évêque d'une Eglise d'Afrique, dont on ne sait point le nom, y donna commencement. Ce schismatique se montrait tout à fait indigne de cette prélature. Saint Cyprien, qui avait une grande aversion de la médisance, dit de lui qu'il était amateur de nouveautés, avare, arrogant et superbe. Il nous le représente comme un boute-feu capable d'embraser tout le monde comme un séditieux, propre à exciter des tempêtes et à faire faire de tristes naufrages à la foi, et comme l'ennemi juré de la paix et de la tranquillité publiques.
II ajoute que les pupilles dont sa charge l'obligeait d'être le père, trouvaient en lui un brigand impitoyable les veuves, un séducteur de leur pudicité et les pauvres, un cœur de barbare, insensible à leur misère qu'il avait laissé mourir de faim son propre père, et qu'après sa mort il ne s'était pas mis en peine de lui rendre le devoir de la sépulture. Pour éviter la punition de ses crimes, il s'enfuit à Rome, où il trouva un instrument propre à son dessein. Ce fut le prêtre Novatien, homme d'une ambition cachée, mais très ardente et capable de tout entreprendre. La philosophie et l'éloquence par lesquelles il s'était acquis une grande réputation l'avaient tellement enflé qu'il éclata en plaintes et en murmures à l'élection de Corneille, comme si on lui avait fait injure de ne pas le choisir lui-même pour le souverain pontificat. Novat réchauffa et l'aigrit encore davantage sur ce sujet par des louanges artificieuses qu'il lui donna et par le mépris de celui qu'on lui avait préféré. Ils s'unirent ensemble d'un malheureux lien d'ambition et de vengeance, et commencèrent à semer parmi les fidèles des calomnies atroces contre ce saint Pontife, pour le décrier et le rendre odieux.
Enfin, ils surent si bien colorer leur mauvais dessein, que plusieurs même de ceux qui, durant la persécution, avaient glorieusement confessé la foi, se laissèrent abuser. Novatien avait toujours protesté qu'il fuyait l'épiscopat; mais la suite fit bien voir qu'il cachait sous ces protestations un désir désordonné d'y parvenir. Il écrivit à trois évêques d'Italie, simples et ignorants, pour les prier de venir au plus tôt à Rome y pacifier les troubles de l'Eglise, leur témoignant qu'il n'y avait qu'eux qui fussent capables de les faire cesser.
Baptême de sainte Basila.
Speculum historiale. V. de Bauvais. XVe.
Dès que ces prélats furent arrivés, il les fit recevoir par des personnes de sa faction, qui les invitèrent à un grand festin qu'on leur avait préparé puis, quand ils furent troublés par le vin qu'on leur fit boire avec excès, il entra dans la salle du banquet; et là même il se fit ordonner évêque par une ridicule imposition de leurs mains. Jamais homme ne fut plus inhabile à cette dignité; car, outre qu'il avait été possédé du démon et délivré par les exorcismes, il avait reçu le baptême au lit de la mort et, dans la persécution précédente, il avait renié sa prêtrise pour se conserver la vie irrégularités capitales, selon les Canons. Un des évêques qui avaient fait cette ordination profane se repentit bientôt après de sa faute, et l'ayant confessée humblement avec beaucoup de larmes, il fut reçu à la pénitence et mis au nombre des laïques. Voilà quel fut le premier schisme et le premier antipape de l'Eglise.
Novatien, après son ordination, écrivit à plusieurs évêques, et particulièrement à saint Cyprien, pour tâcher de les surprendre et de les attirer à sa communion. Ses lettres n'étaient que des invectives contre Corneille, mêlées d'une doctrine perverse et hérétique. Il se plaignait, entre autres choses, que le saint Pape recevait trop facilement à la communion ceux qui avaient sacrifié aux idoles, et disait qu'il fallait les en exclure pour toujours, et la refuser aussi à ceux qui étaient tombés dans des fautes énormes après le baptême, en laissant les uns et les autres au jugement de Dieu. Ainsi, sous un faux prétexte d'honorer sa justice, il offensait sa miséricorde, et jetait le désespoir dans les âmes au lieu d'y porter la crainte et l'horreur du péché. Corneille, que son intérêt paruculier n'eût point fait agir, voyant que cette pernicieuse doctrine allait faire perdre beaucoup d'âmes assembla un concile à Rome, dans lequel il fut décidé que l'on garderait un juste accommodement dans la prolongation ou la diminution du temps de la pénitence, afin, d'un côté, de ne pas lâcher la bride au péché, et, de l'autre, de ne pas ôter aux pécheurs l'espérance de la rémission. On ajouta que les prêtres qui auraient renoncé à la foi pourraient bien être reçus à la communion, mais non pas dans l'exercice de leur ordre.
A la suite de ce décret, plusieurs personnes qui avaient été séduites par les artifices des Novatiens, demandèrent à rentrer dans l'Eglise. Le saint Pape, pour les recevoir, assembla les prêtres de Rome avec cinq évêques, et, par leur avis, il accorda à ces brebis égarées, parmi lesquelles plusieurs avaient confessé le nom de Jésus-Christ dans la persécution, la grâce, de la réconciliation, dont leurs prières et leurs larmes, jointes à la surprise qui avait été faite à leur simplicité par les schismatiques, les firent juger dignes; mais, pour exterminer entièrement l'erreur des Novatiens, il convoqua encore au même lieu un synode de soixante évêques, et peut-être davantage de prêtres et de diacres par un commun consentement, elle fut condamnée, et tous ceux qui la suivaient furent frappés d'anathème.
Saint Cornély. Eglise Saint-Pierre-aux-Liens.
Baye. Cornouailles. Bretagne. XVIIIe.
Lorsque saint Corneille eut ainsi remporté la victoire sur les schismatiques, il s'éleva contre l'Eglise une autre persécution bien plus cruelle que la précédente, qui fut allumée par les empereurs Gallus et Volusien. Il en parle en ces termes dans sa lettre à Lupicin, évêque de Vienne :
" Vous saurez que l'arche du Seigneur est fort agités par le vent de la persécution, et que les chrétiens sont tourmentés de tous côtés par des supplices inouïs auxquels les empereurs les condamnent. Il y a, dans Rome, un lieutenant expressément établi pour les faire périr. Nous ne pouvons plus célébrer les divins Mystères ni publiquement, ni dans les caves qui ne sont pas tout à fait secrètes. Plusieurs ont déjà été couronnés du martyre. Priez Dieu qu'il nous fasse la grâce d'achever fidèlement notre course, qui ne durera plus guère, selon la révélation que nous en avons eue. Saluez en notre nom tous ceux qui nous aiment en Jésus-Christ."
Il fut d'abord relégué à Centumcelles, aujourd'hui Civita-Vecchia ; mais comme il n'avait plus de patrie sur la terre, il ne regarda point cet éloignement comme un exil. De ce lieu il écrivit plusieurs lettres à saint Cyprien, qui lui fit aussi de belles réponses; il lui donna de grands éloges pour le zèle et la fermeté qu'il faisait paraître à défendre la foi, à encourager les fidèles et à soutenir généreusement les intérêts de l'Eglise. Mais, ce pieux commerce de lettres ayant été découvert par Dèce, que l'on informa d'ailleurs des visites que les chrétiens rendaient souvent à leur saint pasteur, il le fit venir à Rome, et, après lui avoir reproché, par une calomnie ordinaire aux tyrans, qu'il avait des intrigues avec les ennemis de l'Etat, et qu'il écrivait contre son service, il lui proposa de deux choses l'une : ou de sacrifier aux dieux de l'empire ou de s'attendre à perdre la vie. Corneille s'étant moqué de ces menaces,il lui fit frapper la bouche avec des cordes plombées, puis l'envoya au temple de Mars avec ordre, s'il refusait de sacrifier aux idoles, de lui trancher la tête.
Avant cette exécution, Ceréalis, qui le gardait, le pria de passer par sa maison pour voir Salustie, sa femme, qui était paralytique depuis quinze ans. Corneille y étant entré, se mit en prières pour elle après quoi il lui dit avec une foi vive :
" Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, levez-vous et soutenez~vous sur vos pieds !"
Et, à l'heure même, elle se leva en pleine santé, criant à haute voix :
" Jésus-Christ est le vrai Dieu et le vrai fils de Dieu !"
Martyre de saint Corneille.
Vies de saints. XIVe.
Le Pape lui administra le baptême et à toute sa famille, ainsi qu'aux soldats de Ceréalis, qui se convertirent à la vue d'un si grand miracle. Ces conversions irritèrent de nouveau l'empereur, qui fit conduire ces néophytes avec Corneille au temple de Mars, pour y sacrifier aux idoles. Mais ces généreux serviteurs du vrai Dieu ayant craché contre les statues au lieu de les adorer, ils furent aussitôt décapités. La nuit suivante, la bienheureuse Lucine, avec quelques ecclésiastiques de Rome, enlevèrent leurs corps et les ensevelirent dans une crypte de son prx~MM, dépendante du cimetière de Calliste, sur la voie Appienne.
CULTE ET RELIQUES
Le pape Adrien Ier mit depuis les reliques de saint Corneille dans l'église qu'il fit bâtir sous son invocation.
A l'instance de Charles le Chauve, empereur et roi de France, le corps de saint Corneille a été transféré et apporté dans la ville de Compiègne, et déposé dans une célèbre abbaye que ce prince y avait fait bâtir en l'honneur de la sainte Vierge et des saints martyrs Corneille et Cyprien. En 1852, on retrouva à Rome, sur la voie Appienne, dans la catacombe de Calliste, exactement au lieu où il avait été enseveli, le tombeau de saint Corneille. Aujourd'hui ses reliques reposent dans l'église de Saint-Jacques, de Compiègne, avec d'ailleurs, et entre autres, un voile très précieux ayant appartenu à Notre Dame la très sainte Vierge Marie.
Eglise Saint-Jacques. Les reliques de saint Corneille
s'y trouvent toujours. Compiègne. Île-de-France.
Relevons que l’abbaye Saint-Corneille fut classée " bien national " en 1791 en même temps que celle du Val-de-Grâce. De nombreux acquéreurs achetèrent les bâtiments pour en faire des entrepôts. Quelques moines quittèrent la ville, les autres se cachèrent. Mais, les dénonciations furent très rares et l’offensive anti-catholique ne fut le fait que d’une poignée de Compiégnois, aidés par les militaires stationnés dans la ville. D'ailleurs, en mai 1793, la municipalité s’associa encore à la Fête-Dieu.
Cependant, le conventionnel en mission, André Dumont (1764-1838) accomplit par la force la fermeture des églises et organisa leur pillage, offensive à laquelle se rallièrent servilement les autorités locales.
Le passage de Collot d’Herbois et Isoré se traduisit dans le district par 72 arrestations dont 11 ecclésiastiques.
Le 10 août 1793, les sans-culottes de Compiègne envahirent l'abbaye Saint-Corneille et la pillèrent. Les corps des rois furent dispersés et leurs statues brûlées. Pendant cette profanation de tombes, ces bêtes féroces firent connaître le même sort aux restes des seigneurs et ecclésiastiques reposant dans l’église de l’abbaye, mais, surtout, à un grand nombre de reliques, même si de pieuses mains sauvèrent une partie de celle-ci avant le sac. Celles qui furent sauvées sont aujourd'hui au trésor de l'église Saint-Jacques de cette ville.
Bonaparte, Premier Consul, signa le décret qui ordonnait la destruction de l’abbaye Saint-Corneille, mais l’édifice ne fut détruit qu’en 1822. Les bâtiments encore debout de l’abbaye furent presque complètement brûlés en 1940 du fait d'un bombardement.
Des vastes bâtiments rebâtis à l'époque gothique, il ne subsiste plus que le cloître, restauré dans son état du XIVe siècle et quelques éléments de clocher et d'avant nef ; ces vestiges accueillent l'une des bibliothèques municipales, qui conserve dans sa réserve précieuse quelques ouvrages venant de l’abbaye.
L'abbaye Saint-Corneille au XVIIIe. Compiègne.
Saint Jérôme met saint Corneille parmi les écrivains ecclésiastiques, à cause de plusieurs épîtres qu'il écrivit en diverses occasions: nous venons d'en marquer quelques-unes. Pendant deux ans qu'il tint le siége, il ne fit aucune ordination, parce que le schisme et les persécutions l'en empêchèrent. Mais, quoique son pontificat ait si peu duré, et que l'on y ait mis bien des obstacles, il ne laisse pas d'être très remarquable par les choses que ce grand homme a faites pour l'honneur de l'Eglise et par sa fermeté dans les tempêtes qui éprouvèrent son courage. Sa mort arriva le 14 de ce mois, mais l'Eglise ne fait sa fête que le 16.
Martyre de saint Corneille.
Gravure. Jacques Callot. XVIIe.
On le représente :
1. donnant le baptême ;
2. parfois entouré de vaches et de bœufs, à cause de la consonnance de son nom avec celui des bêtes à cornes : un jeu de mots aura sans doute déterminé le choix de ce Pape pour le patronage des grands troupeaux.
En Bretagne, il est encore invoqué comme protecteur des vaches et des bœufs, et on l'appelle Cornéli ou Cornély.
Saint Cornély bénissant le bétail. Statue de la façade de l'église
Saint-Cornély de Carnac. Carnac. Pays d'Auray. Bretagne. XVIIe.
En Pas de Calais, la commune d'Englos fut sauvée d'une épidémie en 1832 grâce à la neuvaine à saint Corneille que le conseil municipal demanda au curée de la paroisse Saint-Corneille (connue sous le vocable de Saint-Cornil) de dire. La ville de Lille compta 3000 morts de cette épidémie, Englos ne déplora aucun malade.
Buste votif à saint Cornil en remerciement de la protection
que le saint pape apporta à la population du village d'Englos
lors de l'épidémie de 1832 qui sévit dans toute l'Europe et
dans le Pas-de-Calais en particulier. Englos. Pas-de-Calais. XIXe.
Ajoutons enfin que l'épilepsie est appelée depuis longtemps le " mal de saint Corneille " et que l'on invoque ce grand saint et ce grand pape en vue de sa guérison et de la guérison des maladies nerveuses en général.
Saint Cornély protecteur des bestiaux.
Imagerie populaire. Pellerin éditeurs. XIXe.
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dimanche, 15 septembre 2024
15 septembre. Sainte Catherine Fieschi de Gènes, veuve. 1510.
" Un coeur blessé par l'amour divin est insurmontable car Dieu est sa force."
Sainte Catherine de Gènes.

Sainte Catherine de Gènes. Anonyme. XVIIe.
Catherine Fieschi, fille d'un vice-roi de Naples, naquit à Gênes. Sa famille, féconde en grands hommes, avait donné à l'Église deux Papes, neuf cardinaux et deux archevêques. Dès l'âge de huit ans, conduite par l'Esprit de Dieu, elle se mit à pratiquer de rudes mortifications ; elle dormait sur une paillasse, avec un morceau de bois pour oreiller ; mais elle avait soin de cacher ses pénitences. Elle pleurait toutes les fois qu'elle levait les yeux sur une image de Marie tenant Jésus mort dans Ses bras.
Malgré son vif désir du cloître, elle se vit obligée d'entrer dans l'état du mariage, où Dieu allait la préparer par de terribles épreuves à une vie d'une incroyable sainteté. Après cinq ans d'abandon, de mépris et de froideur de la part de son mari, après cinq ans de peines intérieures sans consolation, elle fut tout à coup éclairée de manière définitive sur la vanité du monde et sur les joies ineffables de l'amour divin : " Plus de monde, plus de péché ", s'écria-t-elle.
Jésus lui apparut alors chargé de Sa Croix, et couvert de sang de la tête aux pieds :
" Vois, Ma fille, lui dit-Il, tout ce sang a été répandu au Calvaire pour l'amour de toi, en expiation de tes fautes !"
La vue de cet excès d'amour alluma en Catherine une haine profonde contre elle-même : " Ô amour ! Je ne pécherai plus !" s'écria-t-elle.
Trois jours après, elle fit sa confession générale avec larmes, et désormais elle communia tous les jours. L'Eucharistie devint la nourriture de son corps et de son âme, et pendant vingt-trois ans il lui fut impossible de prendre autre chose que la Sainte Communion ; elle buvait seulement chaque jour un verre d'eau mêlée de vinaigre et de sel, pour modérer le feu qui la dévorait, et, malgré cette abstinence, elle jouissait d'une forte santé.
À l'abstinence continuelle se joignaient de grandes mortifications ; jamais de paroles inutiles, peu de sommeil ; tous les jours six à sept heures de prière à genoux ; jamais Catherine ne se départit de ces règles ; elle était surtout si détachée d'elle-même, qu'elle en vint à n'avoir plus de désir et à se trouver dans une parfaite indifférence pour ce qui n'était pas Dieu.
Ses trois maximes principales étaient :
- de ne jamais dire : je veux, je ne veux pas, mien, tien ;
- de ne jamais s'excuser ;
- de se diriger en tout par ces mots : " Que la Volonté de Dieu soit faite !"
Elle eut la consolation de voir son époux revenir à Dieu, dans les derniers jours de sa vie, et de l'assister à sa mort. A partir de ce moment, Catherine se donna tout entière au soin des malades, et y pratiqua les actes les plus héroïques.
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samedi, 14 septembre 2024
14 septembre. Fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, après Sa délivrance du joug des Perses. 627.
- Fête de l'exaltation de la Sainte Croix, après sa délivrance du joug des Perses. 627.
Pape : Honorius Ier. Empereur romain d'Orient : Héraclius Ier. Roi des Francs : Clotaire II.
" Dieu a glorifié la Croix en faisant l'autel de Son Sacrifice, le trône de Son amour, Son lit de justice, la chaire de Son enseignement, le siège de Sa royauté, le trophée de Sa gloire; nous devons la glorifier à notre tour en lui rendant un culte de respect et de reconnaissance, un culte de confiance et d'amour."
M. l'abbé C. Martin, Panégyriques.

Sous le règne de l'empereur d'Orient Héraclius Ier (610-641), Chosroès II (590-628), roi des Perses, entra dans la Syrie, prit la ville de Jérusalem, la pilla, la brûla, et emmena en Perse Zacharie, qui en était patriarche. Ce qu'il y eut de plus déplorable dans ce pillage, ce fut la prise et l'enlèvement de la principale partie de la vraie Croix de Notre-Seigneur, que sainte Hélène, mère de l'empereur saint Constantin le Grand, avait laissée en ce lieu de notre Rédemption.
Chosroès néanmoins lui rendit ce respect, qu'il ne la voulut point voir à découvert, ni permettre qu'elle fût tirée de l'étui où elle était enfermée et cachetée ; et les Perses furent aussi divinement frappés d'une terreur religieuse à son égard ; ils la conservèrent précieusement, disant que le Dieu des Chrétiens était arrivé dans leur pays.

Invention de la Sainte Croix par sainte Hélène. Détail.
Héraclius, pour réparer de si grands malheurs et délivrer les Chrétiens d'Orient du joug des Perses, résolut de porter à son tour la guerre au coeur de la Perse, non-seulement par des levées de troupes, mais par plusieurs actions de piété. Avant de partir de Constantinople, il vint à la grande église, les pieds couverts de noir et non d'écarlate, pour montrer sa pénitence. Il se prosterna devant le saint autel et pria Dieu ardemment de bénir ses bonnes intentions.
Georges Pisidès lui prédit alors, qu'au lieu des chaussures noires qu'il avait prises par humilité, il reviendrait avec des chaussures rougies du sang des Perses : ce que l'événement vérifia. Il recommanda la ville à Dieu et à la sainte Vierge, et son fils Constantin au patriarche Sergius. Enfin, il emporta avec lui une image miraculeuse de Notre-Seigneur, protestant qu'il combattrait avec elle jusqu'à la mort.

Chosroès II. Drachme perse.
En cet état, Héraclius, plus fort encore par la confiance qu'il avait en Dieu que par le nombre de ses soldats, entra dans la Perse et battit Chosroès, qui fut obligé de prendre honteusement la fuite. Plus il était victorieux, plus il implorait le secours du Ciel, auquel il attribuait de si heureux succès, faisant faire à son armée des processions solennelles pour demander à Dieu la continuation de Sa protection et de Sa bénédiction. Il marcha de victoire en victoire.

Héraclius. Monnaie d'or byzantine.
Chosroês, craignant de tomber entre les mains de son vainqueur, prit le parti de la fuite, et se retira avec ses femmes et ses trésors à Séleucie, au-delà du Tigre ; là, son fils aîné Siroès se saisit de lui et le mit en prison où il mourut de faim, de mauvais traitements et d'outrages. Ainsi finit Chosroès, qui avait désolé tout l'Orient et fait aux Chrétiens la plus inhumaine et la plus sanglante guerre qu'ils eussent jamais soufferte, enlevé et emporté la Croix du Fils de Dieu, pillé Ses églises, profané Ses autels et commis un nombre infini de sacrilèges.

Héraclius décapitant Chosroès II. Peinture sur cuivre d'un reliquaire.
Siroès, se voyant élevé sur le trône de Perse par des voies si condamnables et si tyranniques, ne demanda pas mieux que de faire la paix avec les Romains : il envoya donc des dépêches à Héraclius pour l'obtenir. Ce prince la lui accorda volontiers ; mais entre les conditions du traité, il l'obligea surtout de rendre la Croix de Notre-Seigneur dans le même état que son père l'avait emportée, et de mettre en liberté le patriarche Zacharie et tous les esclaves Chrétiens.
Il revint ensuite tout triomphant à Constantinople, où il fut reçu avec de grandes acclamations du peuple ; on applaudissait celui qui avait réparé l'honneur de l'empire romain par la défaite des barbares. On alla au-devant de lui avec des rameaux d'olivier et des flambeaux, et on n'oublia rien qui pût témoigner l'allégresse et la joie publiques de voir la Croix du Sauveur entre les mains des Chrétiens.

Le triomphe d'Héraclius rapportant la Sainte Croix de Perse.
Héraclius, pour rendre à Dieu des actions de grâces solennelles des grandes et insignes victoires qu'il avait remportées, voulut conduire lui-même à Jérusalem le bois de la vraie Croix qui avait été 14 ans sous la puissance des barbares. Lorsqu'il y fut arrivé, il la chargea sur ses propres épaules, pour la reporter avec plus de pompe sur le Calvaire, d'où elle avait été enlevée ; mais, quand il fut à la porte qui mène à cette sainte montagne, il se trouva tellement immobile qu'il ne put avancer un seul pas.
Cette merveille, dont on ne connaissait point la cause, étonna tout le monde ; il n'y eut que la patriarche Zacliarie qui, jugeant d'où cela provenait, lui dit : " Prenez garde, Ô empereur, qu'avec cet habit impérial dont vous êtes revêtu, vous ne soyez pas assez conforme à l'état pauvre et humilié qu'avait Jésus-Christ lorsqu'Il portait Sa Croix ".

Héraclius rapportant la Sainte Croix à Jérusalem.
Héraclius, touché de ces paroles et en reconnaissant la vérité, quitta aussitôt son habit couvert d'or et de pierreries, ôta ses souliers et se revêtit de la robe d'un homme pauvre, après quoi il marcha sans difficulté et alla jusqu'au Calvaire, où il replaça la Croix au même endroit d'où on l'avait enlevée.

Enfin, pour rendre ce triomphe encore plus mémorable et exalter davantage la gloire de la Croix, il se fit, ce jour-là, plusieurs miracles par la vertu de ce bois sacré : un mort fut ressuscité, 4 paralytiques furent guéris, 10 lépreux purifiés, 15 aveugles illuminés, quantité de possédés délivrés et une infinité de malades remis en parfaite santé.
Dans la suite, il fut ordonné que tous les ans on ferait la fête solennelle de ce rétablissement, et l'Eglise la célèbre encore, le 14 septembre, sous le nom de l'Exaltation de la sainte Croix. Elle fut très célèbre en Orient, et, ce jour-là, il accourait à Jérusalem des pèlerins de tous les endroits du monde.
Voilà pour ce qui regarde l'institution de cette fête, en mémoire du recouvrement de la Croix fait par Héraclius ; mais longtemps auparavant on faisait, dans l'Eglise grecque et dans l'Eglise latine, une solennité en l'honneur de la Croix, sous le nom d'Exaltation, pour se remémorer les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui dit, en parlant de sa mort :
" Lorsque Je serai exalté, c'est-à-dire élevé au-dessus de la terre, J'attirerai toutes choses à Moi. Tout ainsi que Moïse a exalté le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l'homme soit exalté. Lorsque vous aurez exalté le Fils de l'Homme, vous connaîtrez qui Je Suis."
Le cardinal Baronius, dans ses Notes sur le martyrologe, dit que cette fête fut établie au temps de l'empereur Constantin, pour remercier Dieu de ce qu'alors la Croix fut exaltée dans tout l'univers par la liberté qu'eurent les fidèles de prêcher l'Evangile et de bâtir des églises. Peut-être le fut-elle après que la vraie Croix eut été trouvée par sainte Hélène, et lorsqu'elle fut placée sur le Calvaire.
Mais cette fête peut se fêter tous les jours et à tous moments dans le coeur du Chrétien. C'est l'endroit où Jésus-Christ veut principalement que sa Croix soit exaltée. L'exaltation extérieure qui se fait ou sous les voûtes des temples, ou sur les portes des villes, ou même sur la tête des souverains, n'est qu'un signe de ce qui se doit faire dans ce sanctuaire vivant et animé.
Nous l'exalterons par une haute estime que nous concevrons de son mérite, par un grand zèle à la porter comme Jésus-Christ l'a portée, par un profond respect pour les souffrances que cet aimable Sauveur a endurées, par un soin particulier de la glorifier en toutes nos actions, et par une sainte application à la faire triompher dans le coeur de nos frères. Et qu'y a-t-il de plus noble et de plus salutaire que la dévotion envers ce précieux instrument de notre salut ?
Car la Croix est l'espérance des chrétiens, le soutien des désespérés, le port de ceux qui sont agités par La tempête, et la médecine des infirmes. C'est elle qui éteint le feu des passions, rend la santé aux âmes malades, donne la vie de la grâce à ceux qui étaient morts par le péché, et ruine l'empire du vice et de l'impiété.
Elle nous sert d'épée et de bouclier pour combattre nos adversaires, de sceptre pour triompher de leur malice, de diadème pour nous orner, de boulevard pour défendra notre Foi, de bâton pour nous soutenir dans nos faiblesses, de flambeau pour nous éclairer dans nos ténèbres, de guide pour nous redresser dans nos égarements, et de leçon pour nous apprendre les vérités du salut.
Elle efface les péchés, excite à la pénitence, amortit les flammes de la cupidité, arrête l'ambition, dissipe la vanité, condamna le luxe, réprouve la délicatesse, porte à la confiance en Dieu, nous ouvre le Ciel, nous fortifie contre les tentations, nous préserve des périls, nous assiste dans nos infortunes, nous console dans nos afflictions, nous délasse dans nos travaux, rassasie les faméliques, nourrit ceux qui jeûnent, couvre ceux qui sont dépouillés, enrichit les pauvres, châtie les riches, secourt les nécessiteux, accompagne les voyageurs, protège les veuves, défend les orphelins, garde les villes, conserve les maisons, unit les amis, résiste aux ennemis, est l'honneur des magistrats, la puissance des rois, la victoire des généraux d'armée, la gloire des prêtres, le refuge des religieux, la retraite des vierges et le sceau inviolable de la chasteté.
Les pieux habitants du Liban célèbrent avec une dévotion et une solennité particulière la fête de l'Exallation de la sainte Croix. La veille, à la tombée de la nuit, cent mille feux brillent sur toutes les hauteurs, rivalisant d'éclat avec les étoiles du ciel, et se réfléchissant dans l'azur de la mer. Il n'y a pas une colline, pas un rocher, pas une anse du rivage, pas une habitation, depuis le pied des montagnes jusqu'à leurs cimes les plus élevées, de Sidon jusqu'à Tripoli, partout où bat un coeur chrétien, qui ne rende gloire à Dieu. Toutes les cloches unissent leurs voix aux chants des fidèles, au murmure des ondes, à la joie de la terre, pour exalter l'arbre de vie qui a porté le Salut du monde.
On peut voir les autres effets miraculeux de la Sainte Croix dans les sermons de saint André de Crête et de saint Pierre Damien, rapportés par Surius. Nous en avons traité plus amplement le 3 mai, jour de son invention. Voir aussi la vie de sainte Radegonde.
Extraits de l'Année liturgique de dom Prosper Guéranger :

Vitrail de l'Exaltation de la Sainte Croix. Eglise de
" Par vous la Croix sainte est honorée et adorée dans toute la terre." (1)
Ainsi, au lendemain du jour où fut vengée à Ephèse la divine maternité, Cyrille d'Alexandrie saluait Notre-Dame. L'éternelle Sagesse a voulu que l'Octave de la naissance de Marie n'eût pas de plus bel ornement que celui qu'elle reçoit aujourd'hui de cette fête du triomphe de la Croix. C'est qu'en effet, la Croix est l'étendard de ces milices de Dieu dont Marie est la Reine ; c'est par la Croix qu'elle brise la tête du serpent maudit, et remporte contre l'erreur et les ennemis du nom chrétien tant de victoires.
Tu vaincras par ce signe. Les siècles où Satan avait eu loisir d'essayer contre l'Eglise l'épreuve des tortures, touchaient à leur fin ; par l'édit de Sardique rendant aux chrétiens la liberté, Galère mourant venait d'avouer l'impuissance de l'enfer. Au Christ maintenant de prendre l'offensive ; à sa Croix de revendiquer l'empire. L'année 311 incline vers son terme. Au pied des Alpes, une armée romaine s'apprête à passer des Gaules en Italie ; provoqué par Maxence, son rival politique, Constantin qui la commande ne songe qu'à venger son injure.

Crucifixion. Cosimo Rossetti. XVe.
Mais ses soldats, sans le savoir plus que leur chef, sont d'ores et déjà dévolus au vrai Dieu des batailles : le Fils du Très-Haut, devenu comme homme au sein de Marie Roi de ce monde, va se révéler à son premier lieutenant et du même coup montrer à sa première armée l'étendard qui doit la guider à l'ennemi. Au-dessus des légions, dans un ciel sans nuage, la Croix proscrite trois siècles a soudain resplendi ; les yeux de tous la voient, faisant du soleil qui penche vers l'horizon son piédestal, avec ces mots en traits de feu qui l'entourent : " IN HOC VINCE !", " Par cela sois vainqueur !"
Quelques mois plus tard, 27 octobre 312, du haut des sept collines tous les faux dieux dans la stupeur contemplaient, débouchant sur la voie Flaminienne, au delà du pont Milvius, le labarum au monogramme sacré devenu l'enseigne des armées de l'empire, en attendant la décisive bataille qui, le lendemain, ouvrait au Christ seul Dieu, à jamais Roi, les portes de la Ville éternelle.

La Crucifixion - Les très riches heures du duc de Berry. XIVe.
" Salut, Ô Croix, redoutable aux ennemis, boulevard de l'Eglise, force des princes; salut dans ton triomphe ! La terre cachait encore le bois sacré, et il se montrait dans le ciel, annonçant la victoire ; et un empereur, devenu chrétien, l'arrachait aux entrailles de la terre." (2).
Ainsi dès hier chantait l'Eglise grecque, préludant aux joies de ce jour ; c'est pour l'Orient, qui ne connaît pas notre fête spéciale du trois Mai, tout l'objet de la solennité présente, à savoir : la défaite des idoles par le signe du salut manifesté à Constantin et à son armée, la découverte de la sainte Croix quelques années après dans la citerne du Golgotha.
Mais une autre solennité, dont la mémoire annuelle demeure fixée par le Ménologe au treize septembre, vint en l'année 335 compléter heureusement les souvenirs attachés à ce jour ; ce fut la dédicace des sanctuaires élevés par Constantin sur le Calvaire et le Saint Sépulcre, à la suite des découvertes sans prix qu'avait dirigées la sagace piété de sa mère sainte Hélène.

Crucifixion. Matthias Grünewald. XVIe.
Dans le siècle même de ces événements, une pieuse voyageuse, sainte Silvia, croit-on, la sœur de Rufin ministre de Théodose et d'Arcadius, atteste que l'anniversaire de cette dédicace se célébrait avec les honneurs des fêtes de Pâques et de l'Epiphanie ; on y voyait un concours immense d'évêques et de clercs, de moines et de séculiers de tout sexe et de toute province : et la raison en est, dit-elle, que la Croix fut trouvée ce jour-là ; motif qui fit choisir ledit jour pour celui de la consécration primitive, afin qu'une même date réunît l'allégresse et de cette consécration et de ce souvenir (3).
Pour n'avoir point eu présent à la pensée ce voisinage immédiat de la Dédicace de l'Anastasie, ou Eglise de la Résurrection, précédant la fête de la sainte Croix, plusieurs n'ont pas compris le discours prononcé en cette fête, deux siècles et demi après Silvia, parle saint patriarche de Jérusalem, Sophronius :
" C'est le jour de la Croix ; qui ne tressaillirait ? c'est le triomphe de la Résurrection ; qui ne serait dans la joie ? Jadis, c'était la Croix qui marchait la première ; maintenant, la Résurrection se fait l'introductrice de la Croix. Résurrection et Croix : trophées de notre salut !" (4)
Et le Pontife se complaisait à développer les instructions qui résultaient d'un pareil rapprochement.
C'était, semble-t-il, le temps où l'affinité des deux grands mystères amenait en quelque manière notre Occident à les rapprocher de même sorte ; sans abandonner la mémoire de la Croix au présent jour, la piété des Eglises latines introduisait dans les splendeurs du Temps pascal une première fête de l'instrument du salut, détachant à cette fin du quatorze Septembre le souvenir de l'Invention du bois rédempteur. Par une heureuse compensation, la solennité présente voyait alors son caractère de triomphe puiser un éclat nouveau dans les événements contemporains qui font, ainsi qu'on va le voir, l'objet principal des lectures historiques de ce jour en la Liturgie Romaine.

Crucifixion. Giotto. XVe.
Un siècle auparavant, saint Benoît fixait à cette date de l'année le point de départ de la carrière de pénitence connue sous le nom de Carême monastique (5), et qui s'étend jusqu'à l'ouverture de la période quadragésimale proprement dite, où l'armée entière des chrétiens rejoint les phalanges du cloître dans le labeur de l'abstinence et du jeûne.
" La Croix se rappelle à notre souvenir : quel homme, dit saint Sophronius, ne se crucifiera pas lui-même ? L'adorateur sincère du bois sacré est celui qui soutient son culte de ses œuvres." (6)
Lisons la Légende ci-dessus annoncée :
Sur la fin de l'empire de Phocas, Chosroès, roi des Perses, ayant occupé l'Egypte et l'Afrique, s'empara aussi de Jérusalem où il massacra des milliers de chrétiens. La Croix du Seigneur, dont sainte Hélène avait enrichi le Calvaire, fut par lui emportée en Perse. Héraclius cependant succédait à Phocas. Réduit aux dernières extrémités par les calamités de la guerre, il demandait la paix, sans pouvoir, aux plus dures conditions, l'obtenir de Chosroès qu'enflaient ses victoires. C'est pourquoi, s'absorbant dans le jeûne et la prière, il se tourne vers Dieu, implorant secours en son péril extrême ; avis lui est donné du ciel de rassembler des troupes ; il les mène à l'ennemi, et défait trois généraux de Chosroès avec leurs armées.
Abattu par ces revers, et fuyant vers le Tigre qu'il s'apprête à passer, Chosroès associe au trône son fils Médarsès. Mais Siroès l'aîné, furieux de l'injure, dresse des embûches à son père et à son frère, les arrête dans leur fuite et les tue peu après ; ce qu'étant accompli, il obtint d'être reconnu roi par Héraclius, sous certaines clauses dont la première portait restitution de la Croix du Seigneur. Quatorze ans après qu'elle était tombée au pouvoir des Pères, la Croix fut donc reconquise ; Héraclius, venant à Jérusalem, la reporta en grande pompe sur ses propres épaules à la montagne où le Sauveur l'avait portée.
A cette occasion, eut lieu un insigne miracle bien digne de mémoire. Car Heraclius, couvert comme il l'était d'ornements d'or et de pierreries, ne put franchir la porte qui conduisait au Calvaire ; plus ses efforts pour avancer étaient grands, plus il semblait retenu sur place. D'où stupeur d'Héraclius et de la multitude.
Mais l'évêque de Jérusalem, Zacharie , prenant la parole : Considérez, dit-il, empereur, que cette parure de triomphe, en portant la Croix, ne rappelle pas assez peut-être la pauvreté et l'humilité de Jésus-Christ. Heraclius alors, dépouillant ses habits luxueux, nu-pieds, et vêtu comme un homme du peuple, fit sans difficulté le reste de la route,et replaça la Croix au Calvaire, dans le même lieu d'où les Perses l'avaient enlevée. La fête de l'Exaltation de la sainte Croix, qui se célébrait tous les ans en ce jour, acquit dès lors un éclat nouveau, en mémoire de ce que cette Croix sainte fut de la sorte rétablie par Heraclius à l'endroit où on l'avait d'abord dressée pour le Sauveur.
PRIERE
" La victoire ainsi consignée dans les fastes de l'Eglise ne fut pas, Ô Croix, votre dernier triomphe ; et les Perses non plus ne furent pas vos derniers ennemis. Dans le temps même de la défaite de ces adorateurs du feu, se levait le Croissant, signe nouveau du prince des enfers. Par la sublime loyauté du Dieu dont vous êtes l'étendard et qui, venu sur terre pour lutter comme nous, ne se dérobe devant nul ennemi, l'Islam aussi allait avoir licence d'essayer et d'user contre vous sa force : force du glaive, unie à la séduction des passions. Mais là encore, dans le secret des combats de Satan et de l'âme comme sur les champs de bataille éclairés du grand jour de l'histoire, le succès final était assuré à la faiblesse et à la folie du Calvaire.

Crucifixion. Giotto. XVe.
Vous fûtes, Ô Croix, le ralliement de notre Europe en ces expéditions sacrées qui empruntèrent de vous leur beau titre de Croisades, et portèrent si haut dans l'Orient infidèle le nom chrétien. Tandis qu'alors elles refoulaient au loin la dégradation et la ruine, elles préparaient pour plus tard à la conquête de continents nouveaux l'Occident resté par vous la tête des nations.
Campagnes immortelles dont les soldats, grâce à vos rayons, brillent aux premières pages du livre d'or de la noblesse des peuples. Aujourd'hui même, ces ordres nouveaux de chevalerie qui prétendent grouper en eux l'élite de l'humanité ne voient-ils pas en vous l'insigne le plus élevé du mérite et de l'honneur ? Suite toujours du mystère de cette fête ; exaltation, jusqu'en nos temps amoindris, de la Croix sainte qui dans les siècles antérieurs était passée de l'enseigne des légions au sommet du diadème des empereurs et des rois.
Il est vrai que sur la terre de France des hommes sont apparus, qui se donnent pour tache d'abattre le signe sacré partout où l'avaient honoré nos pères. Problème étrange que cette invasion des valets de Pilate au pays des croisés ; problème pourtant qui s'explique, aujourd'hui qu'on a surpris l'or Poldève soldant leurs exploits. Ceux-là, dit des Juifs saint Léon dans l'Office de ce jour, ceux-là, dans l'instrument du salut, ne peuvent voir que leur crime (7) ; et leur conscience troublée soudoie pour renverser la Croix sainte les mêmes hommes qu'ils payaient jadis pour la dresser.
Hommage encore, que la coalition de tels ennemis ! Ô Croix adorée, notre gloire, notre amour ici-bas, sauvez-nous quand vous apparaîtrez dans les cieux, au jour où le Fils de l'homme, assis dans sa majesté, jugera l'univers."
(1). Cyrill. Al. Hom. IV, Ephesi habita. — (2). Ap. Graec. Menae in profesto Exaltationis. — (3). Peregrinatio Silviae, in fine. — (4). Sophron. in Exaltat, venerandae Crucis. — (5). S. P. Benedict. Reg. XLI. — (6). Sophron. Ubi supra. — (7). Homélie du III° Noct. de la fête, ex Léon. Serm. VIII de Pass.
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vendredi, 13 septembre 2024
13 septembre. Saint Maurille du Milanais, évêque d'Angers et confesseur. 426.
- Saint Maurille du Milanais, évêque d'Angers et confesseur. 426.
Pape : Saint Célestin Ier. Empereur romain d'Occident : Valentinien III. Empereur romain d'Orient : Théodose II.
" La prière du juste est la clef du ciel ; la prière monte puis elle fait descendre la miséricorde divine."
Saint Augustin.

Accueil de saint Maurille à Angers par l'évêque d'Angers
Saint Maurille, né aux environs de Milan où il fut remarqué par saint Ambroise, fut attiré à Tours par les vertus de saint Martin, auprès duquel il exerça pendant plusieurs années les fonctions de chantre aux divins offices ; puis, élevé à la prêtrise, il se dévoua au salut des âmes. Son zèle le conduisit près d'Angers, où, par ses prières, il fit descendre le feu du ciel sur un temple païen, et construisit ensuite à la place une église de Jésus-Christ. Il bâtit même à côté un monastère ; bientôt vint se fixer alentour une population qui donna naissance à la ville de Chalonne.

Accueil de saint Maurille à Angers par l'évêque d'Angers
A la mort de l'évêque d'Angers, Maurille lui succéda, par le choix de saint Martin lui-même. Au jour de sa consécration, une colombe descendit visiblement sur sa tête.
Quelques années plus tard, un fait étrange arriva. Pendant la consécration de la Messe célébrée par le pontife, on apporta en toute hâte un enfant mourant, pour qu'il reçut la Confirmation ; le Saint attendit la fin du saint Sacrifice, mais pendant ce temps l'enfant mourut, et Maurille en conçut un si grand chagrin, qu'il s'enfuit sans avertir personne et s'embarqua pour l'Angleterre, où il se gagea comme jardinier chez un riche seigneur.
Ses diocésains, dont la douleur était inconsolable, le firent si bien rechercher, qu'on découvrit sa retraite ; mais il refusa de revenir au milieu de son troupeau, disant :
" Je ne puis ; car ayant perdu sur mer les clefs des reliques de ma cathédrale, que j'avais emportées par mégarde, j'ai fait serment de ne plus paraître à Angers avant de les avoir retrouvées.
– Les voici, lui dirent les envoyés ; pendant notre traversée, un poisson fut jeté sur le pont du navire par la vague, et dans son ventre on a trouvé ces clefs."

Saint Maurille rescussitant saint René.
Maurille obéit à la Volonté du Ciel. A son retour, il se fit conduire au tombeau de l'enfant, et, les yeux baignés de larmes, il demanda à Dieu de lui rendre la vie. Le petit ressuscité reçut, à cause de cette seconde naissance, le nom de René, et fut le successeur de Maurille sur le siège d'Angers.
Eglise Saint-Maurille des Ponts-de-Cé. Anjou.
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jeudi, 12 septembre 2024
12 septembre. Fête du saint nom de la bienheureuse Vierge Marie. 1683.
- Fête du saint nom de la bienheureuse Vierge Marie. 1683.
Pape : Bienheureux Innocent XI. Roi de Pologne : Jean III Sobieski. Roi d'Espagne : Charles II. Empereur du Saint-Empire, roi de Hongrie : Léopold Ier. Roi de France : Louis XIV.
" Le nom de Marie, qui signifie étoile de la mer, convient parfaitement à la très sainte Vierge Marie qui est l'astre glorieux dont la lumière remplit le monde."
Bréviaire romain.

Gravure " Litanies du très saint nom de Marie ".
On célébrait déjà en plusieurs lieux la fête du saint nom de la très sainte Vierge Marie lorsque le bienheureux pape Innocent XI (béatifié par Pie XII) ordonna, par un décret du 20 novembre 1683, que cette même fête fut universellement reçue dans toute l'Eglise, en mémoire de l'insigne viscoire que nous allons raconter.

Le bienheureux Innocent XI, Benedetto Odescalchi,
La ville de Vienne fut assiégée en 1683 par les Turcs et les Tartares avec une armée d'environ 200 000 hommes. Ils espéraient se rendre maîtres de la ville qu'il considéraient être la clef de l'Allemagne, et pénétrer ensuite au coeur de la Chrétienté. Déjà, cinquante lieues à la ronde, ces troupes avaient tout ruiné et leur état d'esprit était à la victoire.

Raimondo Montecuccoli.
L’Empire ottoman, qui avait déjà conquis les pays balkaniques et s’était installé dans la plaine hongroise, avait été toutefois contenu dans ses tentatives d’expansion, le 1 août 1664, par les armées impériales commandées par le Lombard Raimundo Montecuccoli (1609-1680) à la bataille de Saint-Gotthard (ou bataille de Mogersdorf pour les Allemands et les Hongrois) en Hongrie.

Bataille de Saint-Gotthard en Hongrie où elle est plus
Mais rapidement, les Ottomans s'était remis de cette défaite, sous l’énergique impulsion du grand vizir Kara Moustapha (1634-1683) et avaient repris leurs offensives, encouragés inconsciemment pas la politique de Louis XIV, résolument anti-habsbourgeoise, et par la faiblesse du Saint-Empire et de l’Europe toute entière.
Le grand vizir Kara Mustapha.
A l'approche de cette armée, l'empereur s'enfuit avec son épouse et les Turcs ouvrirent la tranchée le 14 juillet. Après deux mois de siège, les Turcs étaient si bien avancés dans leur ouvrage qu'il ne restait plus que quatre ou cinq jours avant que la ville ne tombât.

Léopold Ier de Habsbourg.
Pendant ce temps, par toute la Chrétienté, on faisait des prières publiques (particulièrement en invoquant la sainte Vierge Marie) afin que le ciel procurât un secours particulier en vue d'éviter ce qui menacait d'être une tragédie pour l'Eglise et pour les peuples.
Il est juste de dire que Louis XIV avait fait la sourde oreille aux appels au secours adressés par la papauté qui avait souhaité qu'il expédiât un renfort conséquent sur place.
En effet, sa prépondérance de fait en Europe après les traité de Westphalie (1648), l'avait conduit à caresser l'espoir de briguer pour lui ou pour son sang la couronne du Saint Empire Romain Germanique, affaibli qu'il était par son morcellement dû aux guerres que les protestants avaient menées par toute l'Europe et l'Empire.
Il n’avait pas hésiter à s’allier avec les Ottomans (!?), désobéissant au pape, trahissant les promesses du sacre des rois de France - l'une d'elle l'engage et lui commande d' " exterminer les infidèles et les hérétiques " -, et se montrant ainsi totalement indifférent au sort de l'Eglise et de ses fidèles et sujets. Le résultat de cette alliance calamiteuse et de cette trahison sans vergogne provoquait la ruine de l’Europe catholique qui se retrouvait donc particulièrement vulnérable au lendemain de la Guerre de Trente Ans.
Le duc Charles V de Lorraine.
Les forces impériales, peu nombreuses et appuyées seulement par les milices urbaines et rurales hongroises, commandées par le duc Charles V de Lorraine (1643-1690), tentèrent de résister mais en vain. Le grand chef de guerre lorrain, au service des Habsbourg, avait accepté cette mission difficile, malgré le fait qu’il fût convalescent et sortît à peine d’une grave maladie qui l’avait quasiment amené au seuil de la mort, dont - lui et son entourage en étaient assurés -, l’avait sauvé les prières d’un capucin, le vénérable Marco d’Aviano (1631-1699).

Le vénérable Marco d'Aviano.
Ce prêtre italien, envoyé par le Saint Père auprès de l’Empereur, prédicateur infatigable qui ne cessait de prêcher la croisade contre les Turcs, conseilla aux militaires impériaux de placer l’image de la Mère de Dieu sur les insignes des armées du Saint Empire. C’est pourquoi les bannières militaires autrichiennes ont porté toutes l’effigie de la Vierge pendant plus de deux siècles et demi, jusqu’au jour où le sinistre Adolphe Hitler les en fit retirer.

Jean III Sobieski, roi de Pologne.
Les prières ne furent pas vaines. Le roi de Pologne, Jean Sobieski, répondant aux demandes du pape mais aussi à son propre sentiment, fort d'une armée très dévouée et très ordonnée, se présenta le 10 et le 11 septembre sur les collines au Nord de Vienne.

Statue du vénérable Marco d'Aviano à la
Le matin du 12 septembre 1683, le vénérable Marco d’Aviano célèbra la messe et le Roi de Pologne y fit fonction d’acolyte. Les bras étendu, Jean Sobieski communia très pieusement, fit bénir ensuite toute l'armée et s'écria à toute l'armée : " Marchons à l'ennemi avec une entière confiance sous la protection du ciel et avec l'assistance de la sainte Vierge Marie !"
Jean III Sobieski.
65.000 soldats chrétiens s'aprêtaient à affronter 200 000 Ottomans.
Les princes de Bade et de Saxe, les Wittelsbach de Bavière, les seigneurs de Thuringe et du Holstein étaient à la tête de leurs troupes avec les Polonais, les Hongrois, le général comte italien Enea Silvio Caprara (1631-1701) ainsi que le jeune Prince Eugène de Savoie (1663-1736) qui allait connaître son baptême du feu.

Charge finale à la bataille de Vienne. Détail.
La bataille dura toute la journée et se termina par une terrible charge à l’arme blanche, conduite par Jean Sobieski en personne ; elle mit les Ottomans en fuite et donna la victoire à l’armée chrétienne. Celle-ci ne perdit que 2000, tandis que les Ottomans en déplorèrent au moins 20 000. L’armée du Sultan prit la fuite en désordre, abandonnant son butin, son artillerie, ses munition et l'essentiel des ses fournitures et équipements, après avoir massacré les prisonniers et esclaves chrétiens.

Bataille de Vienne. Elle est aussi connue par les Austro-Hongrois
Le Roi de Pologne envoie au Pape les bannières capturées, en les accompagnant de ces paroles :
“ Veni, vidi : Deus vincit !”
“ Je suis venu, j’ai vu : Dieu a vaincu !”.

Le roi de Pologne envoie la nouvelle de
Entrant dans Vienne libérée, le roi de Pologne alla remercier le Dieu des armées et chanta le Te Deum. Aux applaudissements de la ville entière, il répondait que la victoire était due à la protection particulière de la très sainte Vierge Marie.
La ville en effet avait été déjà sauvée miraculeusement le jour de la fête de l'Assomption car un feu consécutif à l'incendie qui détruisait la magnifique chapelle des Ecossais s'était arrêté contre toute probabilité en évitant ainsi de se propager à l'arsenal - lequel jouxtait les remparts - remplit de poudre.
Le bienheureux pape Innocent XI, apprenant la nouvelle, fit rendre de solennelles actions de grâce à Dieu dans toute la Chrétienté, et, pour perpétuer le souvenir d'un si grand bienfait, dû à l'intercession de la très sainte Vierge Marie, institua la fête en l'honneur du saint nom de Notre Dame. Daté du 20 novembre 1683, ce décret fut assorti d'un autre du 5 février 1684 ordonnant de réciter un office propre spécialement composé à cet effet. On célèbre cette fête le dimanche de l'octave qui suit la fête de la nativité de la très sainte Vierge Marie.

La très sainte Vierge Marie Auxiliatrice qui donne la victoire
Il était bien juste que le nom de Marie trouvât sa place, dans nos fêtes catholiques ; à côté du nom de Jésus, le nom de Marie est un nom glorieux, un nom tout aimable, un nom salutaire. Les Saints se sont essayés à l'envi à retracer les merveilles du nom de Marie.
La première gloire de ce nom béni, c'est qu'il fut inspiré par Dieu aux parents de la Vierge naissante et que l'archange Gabriel le prononça d'une voix pleine de respect ; et depuis, toutes les générations chrétiennes le redisent à chaque instant du jour ; le Ciel prononce à la terre ce nom si beau, et la terre en revoie au Ciel l'écho mélodieux :
" Au nom de Marie, dit Pierre de Blois, l'Église fléchit le genou, les voeux et les prières des peuples retentissent de toutes parts."
" Que Votre nom est glorieux, Ô sainte Mère de Dieu ! s'écrie saint Bonaventure ; qu'il est glorieux, ce nom qui a été la source de tant de merveilles !"
" Ô nom plein de suavité ! s'écrie le bienheureux Henri Suzo. Ô Marie ! Qui êtes-Vous donc Vous-même, si Votre nom seul est déjà si aimable et si rempli de charmes ?"
" Votre nom, Ô Marie, dit saint Ambroise, est un baume délicieux qui répand l'odeur de la grâce !"
Mais surtout le nom de Marie est un nom de salut. Saint Éphrem l'appelle " la Clef du Ciel ".
" Le nom seul de Marie, dit saint Bernard, met en fuite tous les démons... "
Et ce n'est là qu'un faible écho de l'apologie du nom de Marie faite par les Saints...
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mercredi, 11 septembre 2024
11 septembre. Saint Patient, évêque de Lyon. 491.
" Nos oeuvres sont d'autant plus agréables au Souverain Juge que nous les faisons avec une charité plus ardente."
Saint Laurent Justinien.

Saint Grégoire de Tours écrivant. Missel de Besançon. XIVe.
L'histoire ne nous apprend rien de certain touchant la naissance, l'éducation et les premiers emplois de saint Patient, évêque de Lyon. Il fut choisi, pour gouverner l'Eglise de cette ville, après la mort de saint Eucher.
Il assista, vers l'an 470, à l'ordination de Jean, évêque de Châlon-sur-Saône, où se trouvèrent saint Euphrone, évêque d'Autun, et les autres prélats de la première Lyonnaise.
Sidoine Apollinaire, qui le regardait comme son évêque avant qu'il fût lui-même élevé à l'épiscopat, ne parle de lui qu'avec de grands éloges. Il témoigne qu'il ne lui manquait aucune des vertus qui forment le grand et le saint prélat. II relève principalement sa charité pastorale pendant une cruelle famine qui désola son diocèse et les provinces voisines occupées par les Burgondes.

Le roi Chilpéric et saint Grégoire de Tours.
Saint Grégoire de Tours n'a point oublié ce bel endroit de la vie de saint Patient, et il nous fait remarquer que cette famine était la même où le sénateur Ecdice, beau-frère de saint Sidoine Apoilinaire, fit paraître une charité semblable à l'égard de la province d'Auvergne. Ce généreux Chrétien fit le plus noble usage des grands biens de la famille de Sidoine et de la sienne, qui étaient les premières du pays ; car, voyant que la famine croissait de jour, il envoya de ses gens avec des chevaux et des chariots dans toutes les villes du voisinage, pour se faire amener tous ceux qui étaient les plus pressés par la disette et la misère.
Une si belle action, faite uniquement pour Dieu, comme le remarque saint Grégoire, méritait d'être consacrée dans les fastes de l'Eglise. C'est parce que nous n'aurons pas occasion d'en parler ailleurs, que nous l'avons jointe ici, pour n'en pas laisser perdre la mémoire.
La charité de saint Patient n'était pas moins d'éclat, puisque, selon saint Sidoine, elle s'étendit jusqu'aux extrémités des Gaules, sans se borner aux nécessités qu'il connaissait. Il considérait toujours la nature des besoins avant que de regarder la qualité des indigents. Il prévenait ceux qui ne pouvaient venir jusqu'à lui.
Sa vigilance et sa pénétration lui faisaient découvrir les misères les plus cachées du fond des provinces ; et comme il n'était pas moins touché de la honte et de la modestie des pauvres absents que des plaintes et des cris de ceux qui lui étaient présents, il n'était pas moins appliqué à essuyer les larmes de ceux qu'il ne pouvait voir que celles des personages qui s'exposaient à sa vue.

Saint Sidoine Apollinaire. Bréviaire. XIVe.
Sidoine ajoute que ce qu'il faisait pour l'extirpation des hérésies, la conversion des barbares, la réformation des moeurs de son peuple, l'embellissement des églises de son diocèse, lui était commun avec les autres saints prélats de son temps, mais qu'il ne partageait avec personne la gloire de s'être épuisé pour acheter des blés, de les avoir fait distribuer gratuitement par toutes les provinces des Gaules que les Wisigoths, conduits par leur roi Evaric, avaient ravagées le long du Rhône et de la Saône jusqu'à la Loire ; et d'avoir disposé divers magasins le long de ces rivières, principalement sur le Rhône, où il avait sauvé les villes d'Arles, de Riez, d'Avignon, d'Orange, de Viviers, de Valence et de Saint-Paul-Trois-Châteaux, qui le regardaient comme leur libérateur et comme un second Joseph.
L'Auvergne et tout le reste de l'Aquitaine avaient ressenti aussi les effets de ses libéralités dans ces désolations publiques, et ces provinces choisirent Sidoine Apollinaire pour lui en marquer dignement leur reconnaissance.
La grandeur et la solidité de la vertu de notre saint prélat ne parurent pas moins dans toutes ses autres actions. Il savait allier les règles de l'abstinence avec celles de la bienséance, qui l'obligeaient de bien recevoir ceux qui se présentaient à sa table. Ce sage tempérament lui servait à gagner les coeurs de ceux qu'il tâchait d'attirer à Dieu. Aussi le roi Gondebaud, fils de Chilpéric, oncle de sainte Clotilde, qui demeurait dans sa ville, avait coutume de louer les repas qu'il donnait, et la reine publiait avec admiration sa sobriété et ses jeûnes.
Tout croissait sous sa main dans la maison du Seigneur dont il avait l'intendance ; il n'y avait que le nombre des hérétiques qui diminuait de jour en jour, par l'application qu'il apportait à les convertir.
Les Burgondes, maîtres du pays, étaient Ariens de secte, et la plupart suivaient les impiétés des Photiniens , qui avaient poussé l'Arianisme jusqu'aux derniers excès. Saint Patient en ramena un très-grand nombre à l'Eglise par la force de ses prédications et par la douceur de la conduite qu'il gardait à leur égard.

Eglise Saint-Irénée de Lyon.
Notre Saint construisit de nouvelles églises ; d'autres furent restaurées et embellies par ses soins. C'est à lui, notamment, que se rapportent la construction de l'église primitive de Saint-Irénée, et la transformation en un riche sanctuaire de la grotte où saint Zacharie avait déposé les corps des glorieux Martyrs.
" Ici, sous un même toit, sont construits deux temples dont Patient fut le fondateur. Un rayon de lumière venant d'en haut éclaire les corps des martyrs, jadis ensevelis dans une grotte profonde. Le sanctuaire inférieur resplendit, tandis que le faîte de l'édifice surgit avec majesté dans les airs. Celui-là chemine sûrement vers le Ciel, qui prépare au Christ, sur la terre, d'aussi magnifiques demeures."
C'était bien là cette crypte, remarquable par la richesse de ses ornements, dont les historiens nous ont laissé la description, et qui, plus tard, fut indignement profanée et presque entièrement détruite par les Calvinistes.
Mais rien n'égale la magnificence des restaurations qu'il fit à la basilique principale des Machabées, si même, comme le texte de saint Sidoine semble le faire entendre, il ne la rebâtit pas entièrement. La solennité de la dédicace dura 8 jours, pendant lesquels Fauste, évêque de Riez, célèbre par son talent oratoire, se fit entendre fréquemment.
Saint Patient fit construire 2 autres églises, celles de Saint-Romain et de Saint-Pierre le Vieux. La première occupait la place où, suivant la tradition, les eaux qui tombaient de la colline, teintes du sang des confesseurs de la Foi, après le massacre ordonné par Sévère, avaient formé comme un lac avant de s'écouler dans la Saône. La seconde était destinée à perpétuer la date du jour où avait eu lieu ce massacre. C'était la veille de la fête de saint Pierre, Apôtre. On croit que saint Patient bâtit encore l'église de Saint-Pierre et saint-Saturnin, dont les historiens rapportent la fondation à l'an 490.

Basilique-cathédrale Sainte-Trophime d'Arles.
Saint Patient assista, l'an 475, au concile d'Arles, assemblé par les soins de Léonce, évêque de cette ville. On dit qu'il assembla quelque temps après un autre concile dans Lyon, et qu'il y produisit un travail où il avait rassemblé et réduit les dogmes ecclésiastiques. C'est néanmoins ce qu'il n'est pas aisé de vérifier, non plus que la souscription prétendue de notre Saint et des autres évêques à la lettre de Fauste.
Nous ne connaissons aucun écrit de lui ; cependant on lui attribue communément la 48e homélie de celles qui portent le nom d'Eusèbe d'Emèse. C'est une réfutation des erreurs des Photiniens et des Ariens. Mais on peut dire que l'Eglise lui est redevable de la Vie de saint Germain d'Auxerre, qu'il a fait écrire par Constance, prêtre de son clergé.
Il mourrut vers l'an 491, et peut-être le 14 septembre, jour auquel on célèbre sa fête à Lyon. C'est celui aussi où on a marqué son nom dans le martyrologe romain moderne. Il n'en est point fait mention dans les anciens. Son corps fut enterré, ou du moins transporté dans l'église Saint-Just. Ses reliques y furent trouvées longtemps après ; on les y conserva religieusement jusqu'au XVIe siècle, où elles furent dissipées avec beaucoup d'autres, dans les troubles des Huguenots qui ruinèrent l'église de Saint-Just.
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11 septembre. Saint Prote, saint Hyacinthe et sainte Eugénie *, frères, eunuques, martyrs. 262.
- Saint Prote, saint Hyacinthe et sainte Eugénie *, frères, eunuques, martyrs. 262.
Pape : Saint Denys. Empereur romain : Gallien.
" Le Ciel serait sans douceur si la vie était sans souffrance."
Saint Augustin.

Saint Prote et saint Hyacinthe et sainte Eugénie.
Extraits de La légende dorée du bienheureux Jacques de Voragine :
Prote et Hyacinthe furent, eu raison de leur illustre noblesse chez les Romains, attachés à la maison de la fille de Philippe, nommée Eugénie (qui est fêtée au 25 décembre, jour de son martyre), et ses émules dans l’étude de la philosophie. Le sénat avait, confié à ce Philippe la préfecture d'Alexandrie où il conduisit avec lui Claudia, sa femme, Avitus et Sergius, ses fils, et Eugénie, sa fille.
Or, Eugénie avait atteint la perfection dans la science des lettres et des arts libéraux ; Prote et Hyacinthe, qui avaient étudié avec elle, possédaient aussi toutes les sciences dans le plus haut degré. Parvenue à l’âge de quinze ans Eugénie fut demandée en mariage par Aquilin, fils du consul Aquilin. Eugénie lui dit :
" Quand on doit faire choix d'un mari, il faut moins s'attacher à la naissance qu'à la bonne conduite."
Les livres qui renferment la doctrine de saint Paul lui étant tombés entre les mains, elle commença à devenir chrétienne au fond du coeur.

Saint Prote et saint Hyacinthe.
Il était à cette époque permis aux chrétiens d'habiter dans les environs d'Alexandrie, et il arriva que Eugénie, allant à une maison de campagne comme pour se délasser, entendit les chrétiens qui chantaient :
" Omnes du gentium daemonia, Dominas autem caelos fecit " (Ps. XCV). (" Tous les dieux des nations sont des démons ; mais le Seigneur est le créateur des cieux ").
Alors elle dit aux jeunes Prote et Hyacinthe qui avaient étudié avec elle :
" Nous nous sommes livrés à une étude scrupuleuse des syllogismes des philosophes, mais les arguments d'Aristote, les idées de Platon, les avis de Socrate, en un mot, les chants des poètes, les maximes des orateurs et des philosophes sont effacés par cette sentence ; je ne dois qu'à une puissance usurpée le titre de votre maîtresse, mais la science m’a faite votre sœur, soyons donc frères et suivons Jésus-Christ."
Cette résolution leur plaît ; elle prend alors des habits d'homme, et vient au monastère dont le chef Hélénus ne permettait l’entrée à aucune femme. Cet Igélénus, dans une discussion avec un hérétique, n'ayant pu détruire la force des arguments qu'on lui opposait, fit allumer un grand feu afin que celui qui ne serait pas brûlé fût reconnu comme ayant la croyance véritable. Ce qui fut fait ; Hélénus entra le premier dans le feu d'où il sortit sain et entier ; mais l’hérétique ne voulant pas y entrer fut chassé par tous.
Or, Eugénie s'étant présentée à Hélénus et ayant dit qu'elle était un homme : " Tu as raison, lui répondit Hélénus, de te dire homme, car bien que tu sois une femme, tu te comportes comme un homme ".

Sainte Eugénie. Frontal de l'église Sainte-Eugénie.
Dieu en effet lui avait révélé son sexe. Elle reçut donc de ses mains, avec Prote et Hyacinthe, l’habit monastique et se fit appeler frère Eugène. Quand le père et la mère d'Eugénie virent son char revenir vide à la maison, ils en furent contristés et firent partout chercher leur fille, sans pouvoir la trouver. Ils interrogent des devins pour savoir ce qu'elle était devenue ; ceux-ci leur répondent qu'elle est transportée par les dieux parmi les astres. En conséquence son père fit élever une statue à sa fille qu'il commanda à tous d'adorer. Quant à Eugénie, elle persévéra avec ses compagnons dans la crainte de Dieu, et fut choisie pour gouverner la communauté après la mort du supérieur.
Il se trouvait alors à Alexandrie une matrone riche et noble du nom de Mélancie (Mélas, veut dire noir) que sainte Eugénie avait délivrée de la fièvre quarte en lui faisant des onctions avec de l’huile au nom de Jésus-Christ Pour cette raison, Mélancie envoya beaucoup de présents à Eugénie qui ne les accepta point. Or, cette matrone, dans la conviction que frère Eugène était un homme, lui faisait de trop fréquentes visites. En voyant sa bonne grâce, sa jeunesse et la beauté de son extérieur, elle brûla d'amour pour lui et se tourmenta l’esprit pour trouver le moyen d'avoir commerce ensemble. Alors feignant une maladie, elle envoya le prier de venir chez elle pour la voir. Quand il fut arrivé, elle lui déclara comment elle était éprise d'amour pour lui, elle lui exposa ses désirs et le pria d'avoir commerce avec elle.
Aussitôt elle le saisit, l’embrasse, le baise et l’exhorte à commettre le crime. Frère Eugène, rempli d'horreur de ces avances, lui dit : " C'est à juste titre que tu portes le nom de Mélancie : tu es remplie de noirceur et de perfidie ; tu es une noire et obscure fille des ténèbres, une amie du diable, un foyer de débauche, une soeur d'angoisses sans fin et une fille de mort éternelle ".
Mélancie se voyant déçue, dans la crainte qu'Eugène ne publiât le crime, voulut le découvrir la première et se mit à crier qu'Eugène a voulu la violer. Elle alla trouver le préfet Philippe et elle porta plainte en ces termes : " Un jeune homme perfide qui se dit Chrétien est venu chez moi pour me guérir ; il entre, se jette sur moi et veut me faire violence : si je n'avais été délivrée par le moyen d'une servante qui était dans l’intérieur de ma chambre, il m’eût fait partager sa débauche ".
Le préfet, à ce récit, fut enflammé de colère, et avait envoyé une multitude d'appariteurs, il fit prendre Eugène et les autres serviteurs de Jésus-Christ, qu'on avait chargés de chaînes : il fixa un jour où ils devaient tous être livrés aux morsures des bêtes.
Puis les ayant fait venir devant lui, il dit à Eugènie :
" Dis-moi, infâme scélérat, si votre Christ vous a enseigné, pour doctrine, de vous livrer à la corruption et d'oser attenter avec une impudente rage à la vertu des matrones ?"
Eugénie, qui conservait la tète baissée pour ne pas être reconnue, répondit :
" Notre-Seigneur a enseigné la chasteté et a promis la vie éternelle à ceux qui gardent la virginité. Nous pouvons montrer que cette Mélancie commet un faux témoignage ; mais il vaut mieux que nous souffrions, plutôt qu'elle soit punie après avoir été convaincue ; nous perdrions alors le fruit de notre patience. Toutefois qu'elle amène la servante qu'elle dit avoir été témoin de notre crime afin que par ses aveux les mensonges puissent être réfutés."

Martyr de sainte Eugénie, de saint Prote et de saint Hyacinthe.
Cette femme fut amenée, et comme elle avait été endoctrinée par sa maîtresse, elle ne cessait de prétendre contre Eugène qu'il avait voulu violer sa dame. Tous les gens de la maison, qui avaient été également corrompus, attestaient qu'il en était ainsi ; alors Eugénie dit :
" Le temps de se taire est passé et le temps de parler est arrivé : je ne veux pas qu'une impudique charge d'un crime les serviteurs de Jésus-Christ et que la fausseté soit glorifiée. Or, afin que la vérité l’emporte et que la sagesse triomphe de la malice, je démontrerai la vérité sans être mue par la vanité mais par la gloire de Dieu."
En disant ces mots, elle déchira sa tunique depuis sa tète jusqu'à la ceinture, et alors on vit qu'elle était une femme, puis elle dit au préfet :
" Tu es mon père, Claudia est ma mère ; ces deux jeunes gens qui sont assis avec toi, Avitus et Sergius, ce sont mes frères ; je suis Eugènie ta fille ; ces deux-ci, c'est Prote et Hyacinthe."
A ces mots, le père qui commençait à reconnaître sa fille se jeta dans ses bras pour l’embrasser ainsi que la mère, en versant un torrent de larmes.
Eugènie est aussitôt revêtue de ses habits couverts d'or et portée aux nues. Le feu du ciel tomba sur Mélancie et la consuma avec les siens. Ce fut ainsi qu'Eugénie convertit à la foi de Jésus-Christ. son père, sa mère, ses frères et toute sa famille ; de telle sorte que le père, ayant été cassé de sa dignité, fut ordonné évêque par les chrétiens, et fut tué par les infidèles après avoir persévéré dans le bien.

Martyr de saint Prote et saint Hyacinthe.
Claudia retourna à Rome avec ses deux fils et Eugénie et ils y convertirent beaucoup de personnes à Jésus-Christ. Or, Eugénie, par l’ordre de l’empereur, fut attachée à une grosse pierre et précipitée dans le Tibre ; mais la pierre s'étant brisée, Eugénie marchait saine et sauve sur les eaux. Alors elle est jetée dans une fournaise ardente ; mais la fournaise s'éteignit et devenait pour la martyre un lieu de rafraîchissement. Ensuite elle est renfermée dans un cachot obscur, mais une lumière toute resplendissante rayonnait pour elle ; et après avoir été laissée dix jours sans nourriture, le Sauveur lui apparut et lui dit eu lui présentant un pain très blanc : " Reçois cette nourriture de Ma main ; Je suis ton Sauveur, que tu as aimé de toute l’étendue de ton esprit ; le jour que Je suis descendu sur la terre, Je te prendrai moi-même ".
En effet, au jour de la naissance du Seigneur, un bourreau est envoyé lui couper la tête. Elle apparut ensuite à sa, mère et lui prédit qu'elle la suivrait. le dimanche après. Quand arriva le dimanche, Claudia s'étant mise en prières, rendit l’esprit.
Prote et Hyacinthe ayant été traînés au temple des idoles, brisèrent la statue en faisant une prière, et comme ils ne voulaient pas sacrifier, ils accomplirent dans la suite leur martyre en ayant la tête coupée. Or, ils pâtirent sous Valérien et Gallien, vers l’an du Seigneur 256 (262 selon les découvertes ultérieures à la rédaction de la Légende dorée du bienheureux Jacques de Voragine et exposées dans les Petits bollandistes).
* Nous incluons ici la vie de sainte Eugénie, fêtée au 25 décembre, jour de son martyre.
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