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lundi, 02 décembre 2019

2 décembre. Sainte Bibiane ou Vivienne, vierge et martyre à Rome. 363.

- Sainte Bibiane ou Vivienne ou Vivianne, vierge et martyre à Rome. 363.

Pape : Saint Libère. Empereurs romains : Julien l'Apostat (+363) ; Jovien.

" Je n'abjurerai pas le Dieu créateur. C'est lui que je confesse. J'adore son nom dans la foi, et il me délivrera de l'enfer qui t'est réservé. On doit abjurer tes dieux, idoles muettes et inanimées, oeuvres de la main des hommes terrestres. Je ne vénérerai jamais des pierres inertes ; je n'adorerai pas le feu ; dont la puissance est détruite par l'eau. J'adore, comme il convient, le Père éternel, je suis baptisée et je vis en son Fils qui n'a pas eu de commencement ; mon âme est marquée du sceau de l'Esprit-Saint Consolateur : la Trinité des personnes qui ne forment qu'un seul Dieu. Celui qui est descendu des demeures élevées de son Père et a supporté les douleurs et les soufflets de la part des Juifs, me délivrera du lieu de supplices qui t'est réservé, et me comblera de délices parmi les vierges sages."
Sainte Suzanne de Perse pendant l'interrogatoire qui la conduisit au martyre. IVe.


Sainte Bibiane. Le Bernin. XVIIe.

Au temps de l'Avent, l'Eglise célèbre entre autres la mémoire de cinq illustres Vierges. La première, sainte Bibiane, que nous fêtons aujourd'hui, est romaine ; la seconde, sainte Barbe, est l'honneur des Eglises de l'Orient ; la troisième, sainte Eulalie de Mérida, est l'une des principales gloires de l'Eglise d'Espagne ; la quatrième, sainte Lucie, appartient à l'heureuse Sicile ; la cinquième enfin, sainte Odile, est réclamée par la France. Ces cinq Vierges prudentes ont allumé leur lampe et ont veillé, attendant l'arrivée de l'Epoux ; et si grande a été leur constance et leur fidélité, que quatre d'entre elles ont versé leur sang pour l'amour de Celui qu'elles attendaient. Fortifions-nous par un si grand exemple ; et puisque, comme parle l'Apôtre, nous n'avons pas encore résisté jusqu'au sang; n'allons pas plaindre notre peine et nos fatigues durant les veilles du Seigneur, que nous poursuivons dans l'espoir de le voir bientôt : mais instruisons-nous aujourd'hui par les glorieux exemples de la chaste et courageuse Bibiane.

Bibiane, Vierge romaine, d'une illustre naissance, fut encore plus illustre par la foi chrétienne; car, sous Julien l'Apostat, tyran très impie, Flavien, son père, qui avait été préfet, fut dégradé, marqué de la flétrissure des esclaves, et relégué aux Eaux Taurines, où il mourut martyr. Sa mère Dafrosa, condamnée d'abord à rester avec ses filles en sa demeure pour y mourir de faim, fut plus tard reléguée hors de Rome et décollée. Après la mort de ses pieux parents, Bibiane fut dépouillée de tous ses biens ; sa sœur Demetria éprouva le même sort. Apronianus, Préteur de la ville, qui convoitait leurs trésors, se mit à persécuter les deux sœurs, lesquelles ayant été enfermées dans un lieu où elles étaient dénuées de tout secours humain, furent merveilleusement nourries par le Dieu qui donne l'aliment à ceux qui ont faim, et reparurent plus fortes et plus florissantes ; ce qui étonna grandement le Préteur.

Cependant il essaya de les porter à honorer les dieux des Gentils, promettant de leur faire obtenir leurs richesses perdues, Il faveur de l'Empereur et de brillantes alliances ; les menaçant, si elles refusaient, de la prison, des fouets et de la hache. Ni caresses ni menaces n'ébranlèrent leur foi ; et, préférant mourir plutôt que de se souiller par les superstitions païennes, elles repoussèrent avec indignation et constance les propositions impies du Préteur. C'est pourquoi Démétria,frappée sous les yeux de Bibiane, mourut et s'endormit dans le Seigneur. Bibiane fut livrée à une femme très habile dans l'art de séduire, nommée Rufina. Mais la vierge, instruite dès l'enfance à garder la loi chrétienne, et à conserver sans tache la fleur de virginité, s'élevant au-dessus d'elle-même, triompha de cette femme artificieuse, et déjoua la perfidie du Préteur.

Ainsi ce fut en vain que Rufina, pour ébranler son généreux propos, employa chaque jour avec les paroles caressantes la violence des coups. Trompé dans son attente, le Préteur, irrité d'être vaincu par Bibiane, commanda à ses licteurs de la dépouiller, de l'attacher à une colonne, les mains liées, et de la battre à coups de lanières plombées jusqu'à ce qu'elle expirât. Son corps sacré demeura deux jours sur la place du Taureau, abandonné aux chiens ; mais, divinement préservé, il ne reçut aucun outrage. Un prêtre nommé Jean ensevelit Bibiane pendant la nuit, à côté du tombeau de sa sœur et de sa mère, près du palais de Licinius, où est encore à présent une église consacrée à Dieu sous le nom de la Sainte. Urbain VIII la répara, y avant découvert les corps des saintes Bibiane, Démétria et Dafrosa, qu'il plaça sous le grand autel.


Sainte Bibiane et sa soeur sainte Demetria devant Julien l'Apostat.
D'après Pietro Berettini. XVIIIe.

PRIERE

" Ô vierge très prudente, Bibiane ! Vous avez traversé sans faiblir la longue veille de cette vie ; et l'huile ne manquait pas à votre lampe, quand soudain l'Epoux est arrivé. Vous voici maintenant, pour l'éternité, dans le séjour des noces éternelles, où le Bien-Aimé paît au milieu des lis. Du lieu de votre repos, souvenez-vous de ceux qui vivent encore dans l'attente de ce même Epoux dont les embrassements éternels vous sont réservés pour les siècles des siècles. Nous attendons la Naissance du Sauveur du monde, qui doit être la fin du péché et le commencement de la justice ; nous attendons la venue de ce Sauveur dans nos âmes, afin qu'il les vivifie et qu'il se les unisse par son amour ; nous attendons enfin le Juge des vivants et des morts. Vierge très sage, fléchissez, par vos tendres prières, ce Sauveur, cet Epoux, ce Juge ; afin que sa triple visite, opérée successivement en nous, soit pour nous le principe et la consommation de cette union divine à laquelle nous devons tous aspirer. Priez aussi, Vierge très fidèle, pour l'Eglise de la terre qui vous a enfantée à l'Eglise du ciel, et qui garde si religieusement vos précieuses dépouilles Obtenez-lui cette fidélité parfaite qui la rende toujours digne de Celui qui est son Epoui aussi bien que le vôtre, et qui, l'ayant enrichie de ses dons les plus magnifiques et fortifiée des promesses les plus inviolables, veut cependant qu'elle demande et que nous demandions pour elle les grâces qui doivent la conduire au terme glorieux vers lequel elle aspire."

Considérons aujourd'hui l'état de la nature dans la saison de l'année où nous sommes arrivés. La terre s'est dépouillée de sa parure accoutumée, les fleurs ont péri, les fruits ne pendent plus aux arbres, le feuillage des forêts est dispersé par les vents, la froidure saisit toute âme vivante ; on dirait que la mort est à la porte. Si du moins le soleil conservait son éclat, et traçait encore dans les airs sa course radieuse ! Mais, de jour en jour, il rétrécit sa marche. Après une longue nuit, les hommes ne l'aperçoivent que pour le voir bientôt retomber au couchant, à l'heure même où naguère ses feux brillaient encore d'un vif éclat ; et chaque jour voit s'accélérer la rapide invasion des ténèbres. Le monde est-il destiné à voir s'éteindre pour jamais son flambeau ? Le genre humain est-il condamné à finir dans la nuit ? Les païens le craignirent ; et c'est pourquoi, comptant avec terreur les jours de cette lutte effrayante de la lumière et des ténèbres, ils consacrèrent au culte du Soleil le vingt-cinquième jour de Décembre, le solstice d'hiver, jour après lequel cet astre, l'échappant des liens qui le retenaient, commence à remonter et reprend graduellement cette ligne triomphante par laquelle naguère il divisait le ciel en deux parts.


Martyre de sainte Bibiane. D'après Pietro Berettini. XVIIIe.

Nous chrétiens, illuminés des splendeurs de la foi, nous ne nous arrêterons point à ces terreurs humaines : nous cherchons un Soleil auprès duquel le soleil visible n'est que ténèbres. Avec lui, nous pourrions défier toutes les ombres matérielles ; sans lui, la lumière que nous croirions avoir ne peut que nous égarer et nous perdre.

" Ô Jésus ! Lumière véritable qui éclairez tout homme venant en ce monde, vous avez choisi, pour naître au milieu de nous, l'instant où le soleil visible est près de s'éteindre, afin de nous faire comprendre, par cette figure si frappante, l'état où nous étions réduits quand vous vîntes nous sauver en nous éclairant."

" La lumière du jour baissait, dit saint Bernard dans son premier sermon de l'Avent ; le Soleil de justice avait presque disparu ; sur la terre, à peine restait-il une faible lueur et une chaleur mourante. Car la lumière de la divine connaissance était presque éteinte ; et par l'abondance de l'iniquité, la ferveur de la charité s'était refroidie. L'Ange n'apparaissait plus ; le Prophète ne se faisait plus entendre. L'un et l'autre étaient comme découragés par la dureté et l'obstination des hommes ; mais, dit le Fils de Dieu, c'est alors que j'ai dit : Me voici, Ô Christ ! Ô Soleil de justice ! donnez-nous de bien sentir ce qu'est le monde sans vous ; ce que sont nos intelligences sans votre lumière, nos cœurs sans votre divine chaleur. Ouvrez les yeux de notre foi ; et pendant que ceux de notre corps seront témoins de la décroissance journalière de la lumière visible, nous songerons aux ténèbres de l'âme que vous seul pouvez éclairer. Alors notre cri, du fond de l'abîme, s'élèvera vers vous qui devez paraître au jour marqué, et dissiper les ombres les plus épaisses, par votre victorieuse splendeur."

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dimanche, 01 décembre 2019

Ier dimanche de l'Avent. 1er décembre 2019.

- Ier dimanche de l'Avent.



La Femme de l'Apocalypse vaincra l'Antéchrist.
Anonyme italien du XVe.

Ce Dimanche, le premier de l'Année Ecclésiastique, est appelé, dans les chroniques et les chartes du moyen âge, le Dimanche Ad te levavi, à cause des premiers mots de l'Introït, ou encore le Dimanche Aspiciens a longe, à cause des premières paroles d'un des Répons à l'Office de Matines.

La Station est à Sainte-Marie-Majeure ; c'est sous les auspices de Marie, dans l'auguste Basilique qui garde la Crèche de Bethléhem, et qui pour cela est appelée dans les anciens monuments Sainte-Marie ad Prœsepe, que l'Eglise Romaine recommence chaque année le Cycle sacré. Il était impossible de choisir un lieu plus convenable pour saluer l'approche du divin Enfantement qui doit enfin réjouir le ciel et la terre, et montrer le sublime prodige de la fécondité d'une Vierge. Transportons-nous par la pensée dans ce temple auguste, et unissons-nous aux prières qui s'y font entendre ; ce sont les mêmes que celles qui vont être exposées ici.

A LA MESSE

Pendant que le Prêtre se rend à l'autel pour célébrer le Sacrifice, l'Eglise débute par ce beau chant qui montre si bien sa confiance d'épouse ; répétons-le avec elle, du fond de notre cœur ; car le Sauveur viendra à nous dans la mesure que nous l'aurons désiré, et fidèlement attendu :

INTROÏT

" Vers vous, Ô mon Dieu ! j'ai élevé mon âme. En vous j'ai mis ma confiance, et je sais que je n'aurai point à en rougir : car vous viendrez au temps marqué. En vain les ennemis de mon salut riront de ma patience : quiconque vous attend ne sera point confondu. Ps. Seigneur, venez me montrer la voie qui conduit à vous; venez m'apprendre vos divins sentiers. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. On répète : Vers vous, Ô mon Dieu."

EPÎTRE



Saint Paul. B. Butinone. Florence. XVe.

Lecture de l'Epître de saint Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. XIII.

" Mes Frères, nous savons qu'il est temps de nous réveiller de notre sommeil ; car notre salut est plus proche que lorsque nous avons commencé à croire. La nuit est sur sa fin, et le jour approche. Jetons donc au loin les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière. Marchons dans l'honnêteté, comme on fait en plein jour, et non dans les débauches, dans les excès de la boisson, dans les impudicités, dans les dissolutions, dans les querelles et les envies ; mais revêtez-vous de Notre Seigneur Jésus-Christ."

Le Sauveur que nous attendons est donc le vêtement qui couvrira notre nudité. Admirons en cela la bonté de notre Dieu, qui, se souvenant que l'homme s'était caché après son péché, parce qu'il se sentait nu, veut bien lui servir lui-même de voile, et couvrir une si grande misère du manteau de sa divinité. Soyons donc attentifs au jour et à l'heure où il, viendra, et gardons-nous de nous laisser appesantir par le sommeil de l'habitude et de la mollesse. La lumière luira bientôt ; que ses premiers rayons éclairent notre justice, ou du moins notre repentir. Si le Sauveur vient couvrir nos péchés, afin qu'ils ne paraissent plus, nous, du moins, détruisons dans nos cœurs toute affection à ces mêmes péchés ; et qu'il ne soit pas dit que nous avons refusé le salut. Les dernières paroles de cette Epître se trouvèrent à l'ouverture du livre, quand saint Augustin, pressé depuis longtemps par la grâce divine de se donner à Dieu, voulut obéir à la voix qui lui disait : Tolle, lege ; prends, et lis. Elles décidèrent sa conversion ; il résolut tout à coup de rompre avec la vie des sens et de revêtir Jésus-Christ.

ÉVANGILE



Jugement dernier. Bible arménienne. Barlam d'Iran. XVIIe.

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. XXI.

" En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : " Il y aura des signes dans le soleil, et dans la lune, et dans les étoiles ; et, sur la terre, les peuples seront dans la consternation, par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Les hommes sécheront de frayeur dans l'attente des choses qui doivent arriver à l'univers : car les Vertus des cieux seront ébranlées. Et alors il verront le Fils de l'homme venant sur une nuée avec une grande puissance et majesté. Pour vous, lorsque ces choses commenceront d'arriver, regardez en haut et levez vos têtes ; car votre rédemption approche. Et il leur fit cette comparaison : Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu'ils commencent à pousser, vous connaissez que l'été est proche. De même, quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le Royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n'arrivent. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point."

Nous devons donc nous attendre à voir éclater tout à coup votre Avènement terrible, Ô Jésus ! Bientôt vous allez venir dans votre miséricorde pour couvrir notre nudité, comme un vêtement de gloire et d'immortalité ; mais vous reviendrez un jour, et avec une si effrayante majesté que les hommes en sécheront de frayeur. Ô Christ ! ne me perdez pas, en ce jour de l'embrasement universel. Visitez-moi auparavant dans votre amour : je veux vous préparer mon âme. Je veux que vous preniez naissance en elle, afin qu'au jour où les convulsions de la nature annonceront votre approche, je puisse lever la tête, comme vos fidèles disciples, qui, vous portant déjà dans leurs cœurs, ne craindront rien de vos foudres.

1er décembre. Saint Eloi de Chatelac, évêque de Noyon, confesseur. 659.

- Saint Eloi de Chatelac, évêque de Noyon, confesseur. 659.

Pape : Saint Vitalien. Roi des Francs : Dagobert Ier (+ 639). Roi d'Austrasie : Childebert III. Roi de Neustrie et de Bourgogne : Clotaire III.

" Pour juger de la vie d'un homme, il faut en observer la fin."
Saint Eloi.


Saint Eloi aux pieds de Notre Dame. G. Seghers. Flandres. XVIIe.

Saint Éloi naquit à Chaptelat (ou Chatelac), à deux lieux de Limoges. Dès son enfance, il se montra si habile aux travaux manuels, que son père le plaça comme apprenti chez le maître de la Monnaie de Limoges. Ses premières oeuvres révélèrent son talent précoce, et, au bout de quelques années, Éloi n'avait pas de rival dans l'art de travailler les métaux. Ses sentiments religieux et ses vertus le rendirent plus recommandable encore que ses talents ; on ne se lassait pas d'admirer sa franchise, sa prudence, sa douceur, sa charité.


Saint Eloi dans son atelier. Verrière du XVIe. France.

Le roi Clotaire II, ayant entendu parler de lui, le fit venir à la cour, lui commanda un trône d'or orné de pierreries, et à cet effet lui donna une quantité d'or. Le travail fini, Éloi se présenta devant le roi et lui montra le trône. Clotaire s'extasiait devant ce chef-d'oeuvre ; mais quelle ne fut pas sa stupéfaction, quand Éloi fit apporter un autre trône aussi beau que le premier, fait aussi avec l'or qu'il avait reçu ! Sur-le-champ, Éloi fut nommé grand argentier du royaume, et le roi le garda près de lui.


Saint Eloi dans sa boutique. Vie de saints. R. de Monbaston. XIVe.

Jusque là, notre Saint avait aimé le luxe ; touché d'une grâce de choix, il se détacha des vanités du monde et vécut au milieu des richesses comme un pauvre de Jésus-Christ. Son plaisir était de faire de belles châsses pour les reliques des Saints. Mais surtout il aimait les pauvres. On ne saurait se figurer tous les trésors qui passèrent par ses mains dans le sein des indigents.


Saint Eloi. Recueil de la confrérie des orfèvres d'Avignon. XVIe.

Aussi, quand des étrangers demandaient à le voir, on leur répondait :
" Allez en telle rue, et arrêtez-vous à la maison où vous verrez une foule de mendiants : c'est là sa demeure !"

Saint Éloi lavait les pieds des pauvres, les servait de ses propres mains, ne prenait que la dernière place et ne mangeait que leurs restes. Quelle leçon pour les hommes de notre temps, qui parlent tant de l'émancipation des classes ouvrières et vivent dans les jouissances égoïstes ! Quand Éloi n'avait plus d'argent, il donnait ses meubles et jusqu'à sa ceinture, son manteau, ses souliers.


Episodes de la vie de saint Eloi. Miniature anonyme du XVe.

L'amitié d'Éloi avec le roi Dagobert, successeur de Clotaire II, est devenue légendaire.
Un jour Éloi vint lui dire :
" Mon prince, je viens vous demander une grâce ; donnez-moi la terre de Solignac, afin que je fasse une échelle par laquelle, vous et moi, nous méritions de monter au Ciel."
Le roi y consentit volontiers ; le Saint y bâtit un monastère. Jamais in ne se fit moine ; mais il aimait à visiter les moines et à vivre, de temps en temps, quelques jours avec eux, pour s'édifier de leur régularité.

Éloi se vit obligé d'accepter l'évêché de Noyon. Sa vie épiscopale fut la continuation de ses bonnes oeuvres.

Miracle de saint Eloi qui sauve le jeune saint Louis
qui l'avait invoqué alors qu'il courait un grand danger.
Livre d'images de Madame Marie. XIIIe.

Saint Éloi est généralement considéré comme le saint patron des ouvriers qui se servent d'un marteau, et plus précisément les orfèvres, batteurs d'or, taillandiers, serruriers, forgerons, maréchaux-ferrands, maquignons, métallurgistes.


Recueil concernant la confrérie des orfèvres d'Avignon. XVIe.

CULTE ET RELIQUES

Les reliques de saint Eloi reposent dans la cathédrale de Noyon à laquelle elles furent adjugées par arrêt du parlement de Paris, contre les religieux de Saint-Leu, qui avait pris dès lors le nom de Saint-Eloi, l'an 1462. Elles sont conservées dans une châsse de bois doré, sous le maître-autel de l'ancienne cathédrale.


Châsse de saint Eloi. Cathédrale Notre-Dame. Noyon. XVIe-XIXe.

Son chef, qui avait été donné à l'abbaye de Chelles, se trouvent, depuis la destruction de ce monastère, dans l'église paroissiale de Saint-André de Chelles.

Plusieurs autres églises se glorifient de posséder quelques parties de ses riches et précieuses dépouilles, comme Saint-Barthélémy de Noyon, Saint-Sauveur de Bruges, Saint-Martin de Tournai, Saint-Pierre de Douai et la cathédrale de Paris, à laquelle un ossement d'un de ses bras fut donné en 1212, comme il est porté dans le bréviaire du diocèse.


Buste reliquaire. Eglise Saint-Eloi. Chaptelat. Limousin. XVIIe.

La mémoire de ce grand prélat, l'un des plus illustres du royaume, y est toujours très célèbre aussi bien qu'en Flandres.

Rq : On téléchargera et lira avec fruits la vie de saint Eloi par son contemporain saint Ouen, évêque de Rouen sur le site de la Bibliothèque nationale : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102695k.

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1er décembre. Fête des saints Aïeux.

- Fête des saints Aïeux.

" Vous êtes béni, Ô Dieu de nos Pères !"
Moïse et autres prophètes.
 

La foi d'Adam transmise par Dieu. Speculum animae. Espagne. XIVe.

L’Eglise Romaine ne célèbre en ce jour la fête particulière d'aucun Saint ; elle y fait simplement l'Office de la Férie, à moins que le premier Dimanche de l'Avent ne vienne à tomber précisément aujourd'hui. Dans ce cas, on devra recourir au Propre du Temps, où se trouve tout au long l'Office de ce Dimanche.


Noé prêchant. Speculum historiale. V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Si le Ier Décembre est une simple Férié de l'Avent, on pourra commencer dès ce jour à considérer, dans un esprit de foi, les préludes de l'Avènement miséricordieux du Sauveur des hommes.


Noé cultivant la Vigne. Ivresse de Noé. Speculum historiale.
V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Quatre mille ans d'attente ont précédé cet Avènement, et ils sont figurés dans les quatre Semaines qu'il nous faut traverser avant d'arriver à la glorieuse Nativité de notre Sauveur. Considérons la religieuse impatience dans laquelle ont vécu tous les Saints de l'ancienne Alliance, qui se transmirent de génération en génération une espérance dont ils ne pouvaient que saluer de loin le divin objet. Traversons par la pensée cette longue suite des témoins de la promesse : Adam et les premiers Patriarches antérieurs au déluge ; Noé, Abraham, Isaac, Jacob, et les douze Patriarches du peuple hébreu ; Moïse, Samuel, David et Salomon ; puis les Prophètes et les Machabées ; et arrivons à Jean-Baptiste et à ses disciples.


Abraham et Melchisédek. Mare historiarum. Johannes de Columna. XVe.

Ce sont là ces aïeux sacrés desquels le livre de l’Ecclésiastique nous dit : " Louons nos pères, ces hommes pleins de gloire dont nous sommes les descendants " (Eccli. XLIV, 1.) ; et dont l'Apôtre dit aux Hébreux : " Ce sont là ceux dont la foi a été éprouvée, mais qui n'ont cependant pas reçu l’objet des promesse ; Dieu ayant réservé pour nous son don excellent, et n'ayant pas voulu qu'ils arrivassent sans nous à l'objet de leurs désirs " (Hebr. XI, 39, 40.).


Dieu et Isaac. Bible historiale. Guiard des moulins. XIVe.

Rendons hommage à leur foi, glorifions-les nos Pères véritables dans cette foi même par laquelle ils ont mérité que le Seigneur qui les a éprouvés se souvînt enfin de ses promesses ; honorons-les aussi comme les ancêtres du Messie selon la chair. Entendons leur dernier cri sur la entiche funèbre, cet appel si solennel qu'ils faisaient à Celui qui seul pouvait détruire la mort : " Ô Seigneur, je vais attendre votre Salut ! Salutare tuum exspectabo, Domine !"

C'est Jacob lui-même, à sa dernière heure, qui suspend un moment les Bénédictions prophétiques qu'il répand sur ses enfants, pour jeter vers Dieu cette exclamation :
" Et ayant fini son discours, il rapprocha ses pieds sur sa couche et mourut, et il fut réuni à son peuple." (Moïs. in Genes., XLIX, 32.).
.

Isaac envoyant Jacob à Laban. Orationes encomiasticae in ss.
Virginem Dei param. Jacobus Kokkinobaphi. Constantinople. XIIe.

Et tous ces saints hommes, en sortant de cette vie. allaient attendre, loin de la Lumière éternelle, Celui qui devait paraître en son temps et rouvrir la porte du ciel. Contemplons-les dans ce lieu d'attente, et rendons gloire et amour au Dieu qui nous a conduits à son admirable lumière, sans nous faire passer par ces ombres ; mais prions ardemment pour la venue du Libérateur qui enfoncera, avec sa croix, les portes de la prison, et l'illuminera des rayons de sa gloire ; et puisque, dans ce saint temps, l'Eglise, par notre bouche, emprunte si souvent les expressions enflammées de ces Pères du peuple Chrétien pour appeler le Messie, adressons-nous aussi à eux pour être aidés de leur intercession dans le grand œuvre de la préparation de nos cœurs à Celui qui doit venir. Nous emprunterons pour cet effet à l'Eglise grecque le beau chant par lequel elle célèbre la mémoire de tous les Saints de l'ancienne Loi, au Dimanche qui précède immédiatement la fête de Noël.


Moïse recevant la loi. Speculum historiale.
V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

HYMNE POUR LA FÊTE DES SAINTS AÏEUX
Tirée des Menées des Grecs.

" Célébrons, en ce jour, Ô Fidèles, la mémoire des Aïeux, chantons un nouveau cantique au Christ Rédempteur qui les a glorifiés parmi tous les peuples, et qui a opéré par leur foi d'incroyables prodiges, le Seigneur fort et puissant. Il nous a manifesté par eux le sceptre de sa puissance, la Femme unique, celle qui ne connut point d'homme. la Mère de Dieu, la chaste Marie, de laquelle est sortie la divine fleur, le Christ qui donne à tous la vie et le salut éternel.

C'est vous qui avez délivré les saints Enfants de la fournaise, Ô Seigneur, et Daniel de la gueule des lions ; qui avez béni Abraham, Isaac votre serviteur, et son fils Jacob ; qui avez daigné naître parmi nous de leur sang pour sauver nos aïeux déchus aux premiers jours ; qui avez été crucifié, enseveli ; qui avez rompu les liens de la mort, et avez ressuscité tous ceux qui adoraient, Ô Christ, votre règne éternel.
 

Jacob et Joseph se retrouvant. Bible historiale.
Guiard des Moulins. XIVe.

Vénérons, avant tous les autres, Adam honoré de la main de Dieu et notre premier père à tous, habitant présentement dans les célestes tabernacles, reposant parmi les saints Elus.

Le Dieu et Seigneur de toutes choses a daigné accueillir Abel, qui, d'un cœur généreux, lui offrait des présents ; immolé autrefois par une main homicide, il a été reçu à la céleste lumière comme le divin Martyr.
 

Songe de Jacob. Speculum historiale. V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Seth est chanté dans tout l’univers pour son zèle ardent envers le Créateur, qui le sauva en récompense de sa vie irréprochable et de l'admirable disposition de son âme ; et voilà qu'il s'écrie dans la région des vivants : Vous êtes Saint, Ô Seigneur !

Enos, que ses entretiens et son âme divine ont fait surnommer l'admirable, espéra en esprit dans le Seigneur de toutes choses, et mourut plein de gloire après une vie passée sur la terre en faisant le bien.
 

Dieu et Samuel. David terrassant Goliath. Speculum historiale.
V. de Beauvais. J. de Vignay. XVe.

Célébrons par de sacrés cantiques et de ferventes prières la bienheureuse mémoire d'Enoch, lequel ayant plu au Seigneur, fut transporté dans la gloire, paru supérieur à la mort, ainsi qu'il est écrit ; étant de Dieu le serviteur le plus fidèle.

Rendons à Dieu nos louanges, et célébrons dans nos chants Noé qui fut juste et qui,honoré en toutes des divins commandements, fut agréable au Christ, auquel nous chanterons avec foi : Gloire à votre puissance, Ô Seigneur !
 
David priant Dieu. Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Dieu, voyant tes : qualités, et la sincérité de ton âme, et ta grande perfection, Ô Noé, te fait paraître comme le Père d'un second monde, toi qui sauvas du déluge les races des animaux divers, ainsi qu'il te l'avait commandé.

Chantons par de pieux cantiques la bienheureuse mémoire de Noé, qui conserva intacte la loi de Dieu, qui fut trouvé juste en sa génération, et qui par un merveilleux arrangement sut conserver autrefois dans une arche de bois les espèces différentes des animaux privés de raison.
 

David chantant les psaumes. Bible historiale. Guiard des Moulins.
Maître de Fauvel. XIVe.

Ta joyeuse mémoire, Ô bienheureux Noé, répand en nous, qui t'honorons à cette heure, le vin de la componction, lequel réjouit et nos âmes et nos coeurs, pendant que nous exaltons avec sincérité l'admirable intégrité de tes mœurs et ta vie toute divine.

Honorons encore de nos louanges Sem qui fit fructifier la bénédiction paternelle ; dont la douceur fut agréable à Dieu, et qui, réuni aux chœurs des aïeux, repose plein de joie en la région des vivants.
 

Jugement de Salomon. Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.

Abraham, l'ami de Dieu, mérita de voir le jour de son Créateur, et d'être rempli comme ses pères d'une joie ; honorons-le en la sincérité de nos cœurs, disons-le tous bienheureux et fidèle serviteur de Dieu.

Autant qu'il est permis à un homme de la voir, tu as vu la Trinité, et lui as offert l'hospitalité ; et tu en as été pensé en devenant le Père dans la foi de nations innombrables.
 

Job est ses amis d'hier. Grandes Heures d'Anne de Bretagne.
Jean Bourdichon. XVIe.

Tu fus, par un sage conseil de Dieu, le type du Christ souffrant, Ô bienheureux Isaac! conduit parla foi simple de ton père, pour être offert en sacrifice ; c'est pourquoi tu es devenu bienheureux et fidèle ami de Dieu, tu as mérité de avec les justes en ses saints tabernacles.

Jacob fut le plus fidèle des serviteurs de Dieu ; c'est pourquoi il lutta avec l’Ange, vit Dieu en esprit, et changea de nom ; il vit en dormant la divine échelle au haut de laquelle était assis le Dieu qui, dans sa bonté, s'est appuyé sur notre chair.
 

Daniel, l'idole et le serpent. Speculum humanae salvationis. XIVe.

Joseph, suivant avec amour le précepte de son père, est jeté dans la citerne, et vendu comme le prototype de Celui qui a été immolé et jeté dans la citerne, le Christ. Il fut le sauveur de l'Egypte et le sage distributeur des blés ; il fut juste et le vrai roi de ses passions.

Job a reçu de justes éloges pour la lutte qu'il soutint contre la tentation incessante à laquelle il fut soumis ; il fut de Dieu le serviteur sincère, homme doux, sans nulle malice, d'une grande droiture et perfection non pareille, et sans nul reproche : Vous êtes béni, Ô mon Dieu !
 

Daniel dans la fosse aux Lions. Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.

Honorons en la foi Moïse, Aaron et Hor, puis Josué et Lévi le très saint, et Samson ; et disons à haute voix : " Vous êtes béni, Ô Dieu de nos Pères !"

Célébrons la phalange chère au Seigneur des divins Pères, Baruch, Nathan et Eléazar, Josias et David, Jephté et Samuel qui lisait dans le passé et s'écriait : " Que toute créature bénisse le Seigneur !"
 

Enlèvement d'Hénoch. Recueil d'images pieuses. Ethiopie. XVIIe.

Louons encore dans nos chants les Prophètes de Dieu : Osée, Michée, Sophonie, Habacuc, Zacharie, Jonas, Aggée et Amos, Abdias, Malachie, Nahum, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel, Elie et Elisée.

Elles opérèrent aussi par votre vertu, Seigneur, des prodiges de courage, nos sœurs Anne, Judith, Debbora, Olda, Jahel, Ester, Sara, Marie, sœur de Moïse, Rachel et Rébecca, et Ruth, femmes magnanimes.
 

Ezéchiel et Joaquin prisonniers. Bible historiale.
Guiard des Moulins. XVe.

Venez tous, exaltons avec foi les louanges des anciens Père, avant la loi : célébrons la mémoire d'Abraham et de tous ceux qui l'accompagnent ; honorons la tribu de Juda, et les jeunes hommes, image de la Trinité, qui, dans Babylone, éteignirent les flammes de la fournaise ; célébrons avec eux Daniel ; gardons religieusement les oracles des Prophètes ; crions à haute voix avec Isaïe : Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils, l'Emmanuel, c'est-à-dire, le Dieu avec nous."


Vocation de Jérémie. Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Rq : Cette fête est l'occasion de rappeler que ces saints et vénérables aïeux avaient la même foi que nous. Ils croyaient en particulier et très certainement à la Très Sainte Trinité. Elie et Hénoch, qui sont toujours vivants, sont très certainement horrifiés des mensonges énormes et délibérés, voire des hérésies, proférées par l'usurpateur actuel du siège de Pierre et par le clergé de la secte qui usurpe le si beau et si saint nom catholique ; pour le plus grand péril des pauvres âmes ainsi abusées et qui risquent ainsi de ne point faire leur salut.

On téléchargera et lira avec profit " De l'harmonie entre l'Eglise et la Synagogue ou la perpétuité et catholicité de la religion chrétienne " du chevalier Paul Drach, rabbin converti à la vraie foi de ses aïeux, laquelle, après l'Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, est la foi enseignée et prêchée par la seule Eglise catholique, à l'exclusion de tout autre religion, et particulièrement du judaïsme post-christique et talmudique, monstrueuse illustration de la parabole des vignerons homicides (Matth., XXI, 33-42.).
Ce livre, certes difficile, mais inégalé, se trouve sur le site de la remarquable bibliothèque Saint-Libère :
- T. I : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=85
- T. II : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=86
 

La Transfiguration. Elie et Hénoch sont aux côtés de
Notre Seigneur Jésus-Christ. Duccio di Buoninsegna. XIVe.

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samedi, 30 novembre 2019

30 novembre. Saint André de Bethsaïde, apôtre, martyr à Patras, en Achaïe. 62.

- Saint André de Bethsaïde, apôtre, martyr à Patras, en Achaïe. 62.

Pape : Saint Pierre. Empereur romain : Néron.

" Petro etsi cedit ordine, praemio tamen non cedit et labore."
" A part la préscéance hiérarchique, saint André n'a rien à envier à saint Pierre : semblable furent leurs travaux, semblable fut leur triomphe."
Saint Jean Chrysostome. Sermons.


Simone Martini. XIVe.

André veut dire beau, ou caution, ou viril, d'ander, homme ; ou bien encore anthrôpos, homme, d'ana, au-dessus, et tropos, tourné, ce qui est la même chose que converti, comme s'il eût été converti aux choses du ciel et élevé vers son créateur. Aussi, est-il beau dans sa vie, caution d'une doctrine pleine de sagesse, homme fort dans son supplice, et élevé en gloire. Son martyre fut écrit par les prêtres et les diacres d'Achaïe ou d'Asie qui en ont été les témoins oculaires.

Cette fête est destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s'éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s'ouvrir. Certes, il était juste que, dans l'Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu'il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer, et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.

Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l'Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi ; à Jean, la tendresse de l'Amour ; André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c'est à l'aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l'Eglise se rend digne de son Epoux : tout en elle retrace ce triple caractère. C'est donc pour cela qu'après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l'objet d'une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.


Vocation de saint André et de saint Pierre.
Imitation de Jésus-Christ. XVe.

Mais lisons les gestes de l'héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à devenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l'arbre de la Croix. L'Eglise les a puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés parles prêtres de l'Eglise de Patras, qu'il avait fondée. L'authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des XVIIe et XVIIIe siècles, tant en France qu'à l'étranger.

Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d'érudits catholiques, parmi lesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Eglises de l'Orient et de l'Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Offices de saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.

André et quelques autres disciples furent appelés à trois reprises différentes par le Seigneur. La première fois qu'il les appela à le connaître, ce fut un jour qu'André avec un autre disciple ouït dire par Jean, son maître :
" Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde."
Et tout aussitôt, avec cet autre disciple, il vint et vit où demeurait Jésus, et ils passèrent ce jour auprès de lui. Et André ayant rencontré Simon, son frère, il l’amena à Jésus. Le lendemain ils retournèrent à leur métier de pêcheurs.

Plus tard il les appela pour la seconde fois à vivre avec lui. Ce fut le jour où la foule se pressait sur, les pas de Jésus auprès du lac de Génésareth aussi appelé mer de Galilée ; le Sauveur entra dans la barque de Simon et d'André, et après une pêche extraordinaire, il appela Jacques et Jean qui étaient dans une autre barque. Ils le suivirent et revinrent ensuite chez eux. Jésus les appela la troisième et dernière fois pour être ses disciples, lorsque se promenant sur le bord de cette même mer où ils se livraient à la pêche :
" Venez, leur dit-il, et je vous ferai pêcheurs d'hommes."
Ils quittèrent tout à l’instant pour le suivre toujours et ne plus retourner en leur maison. Toutefois il appela André et d'autres de ses disciples à l’apostolat, selon que le rapporte saint Marc (chap. III) : " Il appela à lui ceux qu'il voulut lui-même et ils vinrent à lui au nombre , de douze ".


Sacramentaire. Rouen. XIe.

Après l’ascension du Seigneur, et la séparation des Apôtres, André prêcha en Scythie et Mathieu en Myrmidonie (L'Ethiopie. Nicéphore appelle la ville Myrmenen, lib. I, c. XLI, il ajoute que c'était le pays des anthropophages). Les habitants de ce dernier pays refusèrent d'écouter Mathieu, lui arrachèrent les yeux, le mirent dans les fers avec l’intention de le tuer quelques jours après.

Sur ces entrefaites, l’ange du Seigneur apparut à saint André et lui ordonna d'aller en Myrmidoaie trouver saint Mathieu. Sur sa réponse qu'il n'en connaissait pas la route, il lui fut ordonné d'aller au bord de la mer et de monter sur le premier navire qu'il trouverait. Il exécuta tout de suite les ordres, qu'il recevait, et sous la conduite d'un ange, il vint, à l’aide d'un vent favorable, à la ville qui lui avait été désignée, trouva ouverte la prison de saint Mathieu et se mit à pleurer beaucoup et à prier en le voyant.

Alors le Seigneur rendit à Mathieu le bon usage de ses deux yeux dont l’avait privé la malice des pécheurs. Mathieu s'en alla ensuite et vint à Antioche. André resta dans la ville dont les habitants, irrités de l’évasion de Mathieu, saisirent André et le traînèrent sur les places après lui avoir lié les mains. Et comme son sang coulait, il pria pour eux, et par sa prière les convertit à Notre Seigneur Jésus-Christ, de là il partit pour l’Achaïe (saint Jérôme ; Épître 148 à Marcelle ; saint Grégoire de Tours De Gloria Martyr, lib. I, c. XXXI ; Saint Paulin, Gaudence de Bresce, saint Pierre Chrysologue, etc. La lettre des prêtres d'Achaïe, sur le martyre de saint André, est une pièce du Ier au IIe siècle, qui a été démontrée authentique par le protestant Woog. Voyez sur cette épître la préface de Galland Veter Patr. Biblioth., I, prol., p. 38.).

Ce qu'on rapporte ici de la délivrance de Mathieu et de la guérison de ses deux yeux, je ne le crois pas digne de foi ; car ce serait peu d'honneur porter à un si grand évangéliste de croire qu'il n'a pu obtenir pour soi-même ce que André obtint si facilement.

Un jeune noble (Abdias, Saint André, c. XII.) s'étant attaché à l’apôtre malgré ses parents, ceux-ci mirent le feu à une maison où leur fils demeurait avec André. Comme la flamme s'élevait déjà fort haut, ce jeune homme prit un vase, en répandit l’eau sur le feu qui s'éteignit aussitôt.
" Notre fils, dirent alors ses parents, est déjà un grand magicien."
Et pendant qu'ils voulaient monter au moyen des échelles, Dieu les aveugla au point qu'ils ne les voyaient même pas. Alors quelqu'un s'écria :
" A quoi vous sert de vous consumer en vains efforts ? Dieu combat pour eux et vous ne le voyez point ! Cessez donc, de crainte que la colère de Dieu ne descende sur vous."
Or beaucoup de témoins de ce fait crurent au Seigneur ; quant aux parents ; ils moururent et furent enterrés cinquante jours après.


Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.

Une femme mariée à un assassin ne pouvait accoucher :
" Allez, dit-elle à sa sueur, invoquer pour moi Diane notre déesse."
Le diable dit à celle qui l’invoquait :
" Pourquoi t'adresser à moi qui ne saurais te secourir ? Va plutôt trouver l’apôtre André qui pourra aider ta soeur." (Idem, Ibid., c. XXX.).
Elle y alla, et mena l’apôtre chez sa soeur en danger de périr. Il lui dit :
" Il est juste que tu souffres, car tu es mal mariée ; tu as conçu dans le mal, et tu as consulté les démons. Cependant repens-toi, crois en Notre Seigneur Jésus-Christ et accouche."
Elle crut, et accoucha d'un avorton ; puis sa douleur cessa.

Un vieillard nommé Nicolas alla trouver l’apôtre et lui dit (Abdias, Saint André, c. XXXIII.) :
" Seigneur, depuis soixante-dix ans je vis esclave de passions infâmes. J'ai cependant reçu l’évangile, et ai prié pour que Dieu m’accordât la continence. Mais accoutumé à ce péché, et séduit par la concupiscence, je suis retourné à mes désordres habituels. Un jour que brûlant, de mauvais, désirs, j'avais oublié que je portais l’évangile sur moi, j'entrai dans une maison de débauche : et la courtisane me dit aussitôt :
" Sors, vieillard, sors, car tu es un ange de Dieu. Ne me touche pas et ne t'avise pas d'approcher ; car je vois sur toi des prodiges."
Effrayé des paroles de cette femme, je me suis rappelé que j'avais apporté sur moi l’Évangile. Maintenant donc, saint de Dieu, obtenez mon salut par vos saintes prières."
En l’entendant, le bienheureux André se mit à pleurer, et depuis tierce jusqu'à none. il pria. Se levant de sa prière, il ne voulut point manger, mais il dit :
" Je ne mangerai point avant de savoir si le Seigneur aura pitié de ce vieillard."
Après cinq jours de jeûne, une voix se fit entendre à André et dit :
" André, tu obtiens ce que tu sollicites pour ce vieillard, mais de même que tu t'es macéré par le jeûne aussi faut-il que pour être sauvé, lui aussi s'affaiblisse par les jeûnes."
C'est ce que fit le vieillard en jeûnant pendant six mois au pain et à l’eau ; après quoi, plein de bonnes oeuvres, il reposa en paix. Et une voix dit à André :
" Par ta, prière, j'ai recouvré Nicolas que j'avais perdu."


Duccio di Buoninsegna. XIVe.

Un jeune chrétien confia ce qui suit sous le plus grand secret à saint André (Abdias, Saint André, ch. VI) :
" Ma mère, éblouie de ma beauté, me tenta pour une oeuvre illicite : comme je n'y consentais pas, elle alla trouver le juge, dans l’intention de faire peser sur moi l’énormité d'un tel crime : mais priez pour moi de peur que je ne meure injustement ; car lors de l’accusation, je préférerai me taire et perdre la vie plutôt que déshonorer ainsi ma mère."
Le jeune homme est donc mandé et crie justice : André l’y suit.
La mère accuse positivement son fils d'avoir voulu la violer. Interrogé plusieurs fois si la chose s'était ainsi passée, le jeune homme ne répondit mot. André dit alors à cette mère :
" Ô la plus cruelle des femmes, de vouloir la perte de ton fils unique pour satisfaire ta débauche !"
La mère dit donc au juge :
" Seigneur, voilà l’homme auquel s'est attaché mon fils après qu'il eût tenté de consommer son crime, sans pouvoir le commettre."
Alors le juge irrité condamna le jeune homme à être mis en un sac enduit de poix et de bitume puis ensuite jeté dans la rivière ; et il ordonna de garder en prison André, jusqu'à ce qu'il eût trouvé un supplice pour le faire périr.

Mais à la prière d'André, un tonnerre horrible épouvanta les assistants, et un tremblement de terre les renversa tous, en même temps que la ; femme, frappée de la foudre, était desséchée. Tous conjurèrent alors l’apôtre de ne pas les perdre. Il pria pour eux et le calme se fit. Le juge crut ainsi que toute sa maison.

Comme l’apôtre était à Nicée, les habitants lui dirent que sur le chemin qui menait à la ville, se trouvaient sept démons qui tuaient les passants (Abdias, Saint André, ch. VII.). L'apôtre les fit venir sous la forme de chiens devant le peuple et leur commanda d'aller où ils ne pourraient nuire à personne. Aussitôt ils disparurent. A cette vue, ces hommes reçurent la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ. En arrivant à la porte d'une autre ville, l’apôtre rencontra le convoi d'un jeune homme qu'on portait en terre : et comme il s'informait de l’accident, il lui fut dit que sept chiens étaient venus et l’avaient fait mourir dans son lit.

André se mit à pleurer et dit :
" Je sais bien, Seigneur, que c'est le fait des démons que j'ai chassés de Nicée."
Et s'adressant au père :
" Que me donneras-tu, lui demanda-t-il, si je ressuscite ton fils ?
- C'est tout ce que je possédais de plus cher au monde, répondit le père, je te le donnerai."
L'apôtre fit une prière et ressuscita l’enfant qui s'attacha à lui.

Un, jour quarante hommes vinrent par mer trouver l’apôtre afin de recevoir de lui la doctrine de la foi, mais le diable excita une tempête, qui les engloutit tous. Leurs corps ayant été rejetés sur le rivage, furent portés à l’apôtre et tout aussitôt ressuscités. Ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé.
De là vient qu'on lit dans une des hymnes de son office :
" Il rendit à la vie.quarante: personnes que les flots avaient englouties."

Maître Jean Beleth (Rationale, c. CLXIV.) dit en traitant de la fête de saint André, qu'il avait le teint brun, la barbe épaisse et une petite taille.


Le Bernin. XVIIe. Saint-Pierre de Rome.
 
Or saint André resta en Achaïe, y fonda de nombreuses églises et convertit beaucoup de monde à la foi du Christ. Il instruisit même la femme du proconsul Egée et la régénéra dans les eaux sacrées du baptême. A cette nouvelle, Egée vient à Patras pour contraindre les chrétiens à sacrifier aux idoles. André alla a sa rencontre et lui dit :
" Il fallait que toi qui as l’honneur d'être ici-bas le juge des hommes, tu connusses et ensuite tu honorasses ton juge qui est dans le ciel, après avoir renoncé en ton coeur aux faux dieux." (Abdias, Saint André, c. XXVI.).
Égée lui répliqua :
" C'est toi qui es André : tu enseignes les dogmes de cette secte superstitieuse que les empereurs romains viennent de prescrire d'exterminer.
- Les empereurs romains, dit André, n'ont pas encore appris que le Fils de Dieu, en venant sur la terre, a enseigné que les idoles sont des démons qui apprennent à offenser Dieu ; en sorte qu'offensé par les hommes il détourne d'eux son visage, qu'irrité contre eux, il ne les exauce point, et qu'en ne les exauçant pas, ils sont les esclaves et le jouet du diable, jusqu'à ce que dépouillés de tout en sortant de leur corps, ils n'emportent avec eux rien autre que leurs péchés."
Egée :
" Votre Jésus qui prêchait ces sottises a été attaché au gibet de la croix." André répartit :
" C'est pour nous racheter et non pour des crimes qu'il a bien voulu souffrir le supplice de la croix."
Égée :
" Il a été livré par son disciple, pris par les Juifs et crucifié par les soldats ; comment donc peux-tu dire qu'il a souffert de plein gré le supplice de la croix !"

Alors André démontra par cinq raisons que Jésus-Christ avait souffert parce qu'il l’avait voulu.
1. Il a prévu et prédit sa passion à ses disciples, lorsqu'Il dit : " Voici que nous allons à Jérusalem, etc... " ;
2. Quand saint Pierre voulut l’en détourner Il s'indigna fortement et lui dit :
" Va-t-en derrière moi ; Satan, etc..." ;
3. Il a clairement annoncé qu'Il avait le pouvoir et de souffrir et de ressusciter tout à la fois, lorsqu'Il dit : " J'ai la puissance de quitter la vie et de la reprendre " ;
4. Il a connu d'avance celui qui Le trahissait, lorsqu'Il lui donna du pain trempé, et cependant Il ne se garda pas de lui ;
5. Il choisit l’endroit où Il savait que devait venir le traître. Lui-même assura avoir été témoin de chacun de ces faits ; il ajouta que c'était un grand mystère que celui de la croix.

Égée répondit :
" On ne saurait appeler mystère ce qui fut un supplice ; cependant si tu n'obtempères pas à mes ordres, je te ferai passer par l’épreuve du même mystère."
André :
" Si j'étais épouvanté du supplice de la croix, je n'en proclamerais point la gloire. Or je veux t'apprendre ce mystère de la croix, peut-être qu'en le connaissant tu y croiras ; tu l’adoreras et tu seras sauvé."


Giusepe de Ribera - Lo Spagnoletto. XVIIe.

Alors il commença à lui dévoiler le mystère de la Rédemption et lui en prouva par cinq arguments la convenance et la nécessité.
Le premier argument est que le premier homme ayant donné naissance à la mort par le bois, il était convenable que le second homme détruisît la mort en souffrant sur le bois.
Le deuxième, que le prévaricateur ayant été formé d'une terre immaculée, il était juste que le réconciliateur naquit d'une vierge immaculée.
Le troisième, que Adam ayant étendu la main avec intempérance vers le fruit défendu, il seyait que le second Adam étendît sur la croix ses mains immaculées.
Le quatrième, que Adam ayant goûté de l’arbre défendu un fruit agréable, il était convenable que le Christ, lorsqu'il fut abreuvé de fiel, détruisît le contraire par son contraire.
Le cinquième est que, pour nous conférer son immortalité, il importait que le Christ prît avec lui notre mortalité : car si Dieu ne s'était fait mortel, l’homme ne fût pas devenu immortel.

Alors Égée dit :
" Va conter aux tiens ces rêveries, et obéis-moi en sacrifiant aux dieux tout-puissants.
- Chaque jour, répondit André, j'offre au Dieu tout-puissant l’agneau sans tache, et quand il a été mangé par tout le peuple, cet agneau reste vivant et entier."
Égée demandant comment cela pouvait-il se faire, André lui répondit de se mettre au nombre des disciples.
Égée répliqua :
" Avec des tourments, je saurai bien te faire expliquer la chose."
Et tout en colère, il le fit enfermer dans une prison.

Le matin étant venu, il s'assit sur son tribunal et de nouveau il l’exhorta à sacrifier aux idoles :
" Si tu ne m’obéis, lui dit-il, je te ferai suspendre à cette croix que tu as glorifiée."
Et comme il le menaçait de nombreux tourments, André répondit :
" Invente tout ce qui te paraîtra de plus cruel en fait de supplice. Plus je serai constant à souffrir dans les tourments pour le nom de mon roi, plus je lui serai agréable."
Alors Égée le fit fouetter par vingt hommes, et le fit lier ensuite à une croix par les mains et par les pieds afin qu'il souffrît plus longtemps.

Et comme il était conduit à la croix, il se fit un grand concours de peuple qui disait :
" Il est innocent et condamné sans, preuves à verser son sang."
Cependant, l’apôtre pria cette foule de ne point s'opposer à son martyre. Et quand André aperçut la croix de loin, il la salua en disant :
" Salut, Ô croix consacrée par le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, et décorée par chacun de ses membres comme avec des pierres précieuses. Avant que le Seigneur eût été élevé sur toi, tu étais un sujet d'effroi pour la terre ; maintenant en procurant l’amour du ciel, tu es l’objet de tous les désirs. Plein de sincérité et de joie, je viens à toi afin de te procurer la joie de recevoir en moi un disciple de celui qui a été pendu sur toi. En effet toujours je t'ai aimée et ai désiré t'embrasser. Ô bonne croix qui as reçu gloire et beauté des membres du Seigneur. Toi que j'ai longtemps désirée, que-j'ai aimée avec sollicitude, que j'ai recherchée sans relâche et qui enfin es préparée à, mon âme désireuse, reçois-moi du milieu des hommes, et me rends à mon maître afin qu'il me reçoive par toi, lui qui par toi m’a racheté."

En disant ces mots, il se dépouilla de ses vêtements qu'il donna aux bourreaux. Alors ceux-ci le suspendirent à la croix, comme il leur avait été prescrit. Pendant deux jours qu'il y vécût, il prêcha à vingt mille hommes qui l’entouraient.
Cette foule menaçait Égée de le faire mourir, en disant qu'un saint doux et pieux ne devait pas ainsi périr ; Egée vint pour le délivrer.
A sa vue André lui dit :
" Pourquoi viens-tu vers nous ? Si c'est pour demander pardon, tu l’obtiendras ; mais si c'est pour me détacher, sache que je ne descendrai pas vivant de la croix. Déjà en effet je vois mon roi qui m’attend."


Federico Baroccio. XVIe.

Et comme on voulait le délier, on ne put y parvenir, parce que les bras de ceux qui essayaient de le faire devenaient paralysés. Pour André, comme il voyait que le peuple le voulait délivrer, il fit cette prière sur la croix, comme la rapporte saint Augustin en son livre de la Pénitence :
" Ne permettez pas, Seigneur, que je descende vivant, il est temps que vous confiiez mon corps à la terre, car tant que je l’ai porté, tant j'ai veillé à sa garde ; j'ai travaillé à vouloir être délivré de ce soin, et à être dépouillé de ce très épais vêtement. Je sais combien je l’ai trouvé lourd à porter, redoutable à vaincre, paresseux à enflammer et prompt à faiblir. Vous savez, Seigneur, combien il était ; porté à m’arracher aux pures contemplations ; combien il s'efforçait de me tirer du sommeil devotre charmant repos.
Toutes et quantes fois il me fit souffrir de douleur. Chaque fois que je l’ai pu, Père débonnaire, j'ai résisté en combattant et j'ai vaincu avec votre aide. C'est à vous, juste et pieux rémunérateur, que je demande de ne plus me confier à ce corps: mais, je vous rends ce dépôt. Confiez-le à un autre, et ne m’opposez plus par lui d'obstacles. Qu'il soit conservé et rendu à la résurrection, afin que vous retiriez honneur de ses âeuvres. Confiez-le à la terre afin de ne plus veiller, afin qu'il ne m’empêche pas de tendre avec ardeur et librement vers vous qui êtes la source d'une vie de joie intarissable." (Saint Augustin, De vexa et falsa poenit., ch. VIII).

Après ces paroles, une lumière éclatante venue du ciel l’entoura pendant une demi-heure, en sorte que personne ne pouvait fixer sur lui les yeux ; et cette lumière disparaissant, il rendit en même temps l’esprit.

Maximilla, l’épouse d'Egée, prit le corps du saint apôtre et l’ensevelit avec honneur (Bréviaire romain).
Quant à Egée, avant d'être rentré dans sa maison, il fut saisi par le démon et à la vue de tous il expira sur le chemin.

On dit (Saint Grégoire de Tours, ubi supra.) que du tombeau de saint André découle une manne semblable à de la farine et une huile odoriférante. Les habitants du pays en tirent un présage pour la récolte : car si ce qui coule est en petite quantité, la récolte sera peu considérable, s'il en coule beaucoup, elle sera abondante. Peut-être qu'il en a été ainsi autrefois, mais aujourd'hui on prétend que son corps a été transporté à Constantinople.


Saint André et saint Thomas. Gian Lorenzo Bernini. XVIIe.

Un évêque, qui menait une vie sainte, avait une vénération particulière pour saint André, en sorte qu'à chacun de ses ouvrages, il mettait en tête :
" A l’honneur de Dieu et de saint André."
Or jaloux de la sainteté de ce personnage, l’antique ennemi, pour le séduire, après avoir employé toutes sortes de ruses, prit la forme d'une femme, merveilleusement belle. Elle vint au palais de l’évêque sous prétexte de vouloir se confesser à lui. Sur l’ordre de l’évêque de l’adresser à son pénitencier qui avait tous ses pouvoirs, elle répondit qu'elle ne révélera à nul autre qu'à lui les secrets de sa conscience. Le Prélat touché la fait entrer.

" Je vous en conjure, Seigneur ; lui dit-elle, ayez pitié de moi : car jeune encore, ainsi que vous le voyez, élevée dans les délices dès mon enfance, issue même de race royale, je suis venue seule ici sous l’habit des pèlerins.

Le roi mon père, prince très pieux, voulant me marier à un grand personnage ; je lui ai répondu que j'avais en horreur le lien du mariage, puisque j'ai consacré ma virginité pour toujours à Notre Seigneur Jésus-Christ et qu'en conséquence je ne pourrais jamais consentir à la perdre.

Pressée d'obéir à ses ordres, ou de subir sur la terre différents supplices, je pris secrètement la fuite, préférant m’exiler que de violer la foi jurée à mon époux.

La renommée de votre sainteté étant parvenue à mes oreilles, je me suis réfugiée sous les ailes de votre protection, dans l’espoir de trouver auprès de vous un lieu de repos où je puisse jouir en secret des douceurs de la contemplation, me sauver des naufrages de la vie présente, et fuir le bruit et les agitations du monde."

Plein d'admiration pour la noblesse de sa race, la beauté de sa personne, sa grande ferveur, et l’élégance remarquable de ses paroles, l’évêque lui répondit avec bonté et douceur :
" Soyez tranquille, ma fille ; ne craignez point, car celui pour l’amour duquel vous avez méprisé avec tant de courage et vous-même, et vos parents et vos biens, vous accordera, pour ce sacrifice, le comble de la grâce en cette vie et la plénitude de la gloire en l’autre.
Aussi moi qui suis son serviteur, je m’offre à vous avec ce qui m’appartient : choisissez l’appartement qu'il vous plaira, et je veux qu'aujourd'hui vous mangiez avec moi.
- Veuillez, ah ! veuillez, dit-elle, mon Père, ne pas exiger cela de moi, de peur d'éveiller quelque mauvais soupçon et de porter quelque atteinte à l’éclat de votre réputation.
- Nous serons plusieurs, lui répondit l’évêque, nous ne serons pas seuls, et ainsi il n'y aura pas lieu de fournir eu quoi que ce soit l’apparence à mauvais soupçon."
 

Missel à l'usage d'Autun. XVe.

Les convives se mirent à table, l’évêque se plaça en face de la dame et les autres de l’un et de l’autre côté. L'évêque eot beaucoup d'attention pour cette femme ; il ne cessa de la regarder et d'en admirer la beauté. Pendant qu'il a les yeux fixés ainsi, son âme est atteinte, et tandis qu'il ne cesse de la regarder, l’antique ennemi lance contre son coeur une flèche acérée.

Le Diable, qui tenait compte de tout, se mit à augmenter de plus en plus sa beauté. Déjà l’évêque était sur le point de. donner son consentement à la tentation de commettre avec cette personne une action criminelle dès que la possibilité s'en présenterait, quand tout à coup un pèlerin vient heurter à la porte avec violence, demandant à grands cris qu'on lui ouvre. Comme on s'y refusait et que le pèlerin devenait importun par ses clameurs et ses coups répétés, l’évêque demande à la femme si elle voulait recevoir ce pèlerin.
" Qu'on lui propose, dit-elle, quelque question difficile ; s'il sait la résoudre, qu'on l’introduise ; s'il ne le peut, qu'on l’éloigne, comme un ignorant, et comme une personne indigne de paraître devant l’évêque."

On applaudit à la proposition, et l’on se demande qui sera capable de poser la question. Et comme on ne trouvait personne :
" Quelle autre, madame, reprit l’évêque, peut mieux poser la question que vous qui l’emportez sur nous autres en éloquence et dont la sagesse brille au-dessus de la nôtre à tous ? Proposez donc vous-même une question.
- Qu'on lui demande, dit-elle, ce que Dieu a fait de plus merveilleux dans une petite chose."
Le pèlerin auquel un messager porta la question répondit :
" C'est la variété et l’excellence du visage. Parmi tant d'hommes qui ont existé depuis le commencement du monde, et qui existeront dans l’avenir, on n'en saurait rencontrer deux dont les visages soient semblables en tout point, et cependant, dans une si petite figure, Dieu a placé tous les sens du corps."
En entendant cette réponse on s'écria avec admiration :
" C'est vraiment une excellente solution à la demande."
Alors la dame dit :
" Qu'on lui en propose une seconde plus difficile qui mette sa science à meilleure épreuve : qu'on lui demande où la terre est plus, haute que le ciel tout entier."
Le pèlerin interrogé répondit :
" Dans le ciel empyrée, où réside le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le corps du Christ en effet, qui est plus élevé que tout le ciel, est formé de notre chair ; or notre chair est une portion de la substance de la terre : comme donc le corps du Christ est au dessus de tous les cieux, et qu'il tire son origine de notre chair, que notre chair est formée de la terre, il est donc constant que là où le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ réside, là certainement la terre est plus élevée que le ciel."


Hyacinthe Rigaud. XVIIIe.

L'envoyé rapporte la réponse du pèlerin, et tous d'approuver cette solution merveilleuse et d'en louer hautementla sagesse. Alors la femme dit encore :
" Qu'on lui pose de nouveau une troisième question très grave, compliquée, difficile à résoudre, obscure, afin que, pour la troisième fois, il soit prouvé qu'il est digne à juste titre d'être admis à la table de l’évêque. Demandez-lui quelle distance il y a de la terre au ciel."
Le pèlerin répondit à l’envoyé qui lui portait la question :
" Allez le demander à celui-là même qui a posé la demande. Il le sait certainement et il pourra répondre mieux que je ne le ferais ; car lui-même a mesuré cette distance, quand du ciel il est tombé dans l’abîme ; pour moi je ne suis jamais tombé du ciel et n'ai jamais mesuré cet espace. Car ce n'est pas une femme, mais le diable qui s'est caché sous la ressemblance d'une femme."
A ces paroles le messager fut pâmé, et répéta devant tous les convives ce qu'il avait entendu. Tandis que l’étonnement et la stupeur ont saisi les convives, le vieil ennemi a disparu. L'évêque, rentrant en lui-même, se reprochait amèrement sa conduite et demandait avec lamentations le pardon de la faute qu'il avait commise. Il envoya aussitôt pour qu'on introduisît le pèlerin, mais on ne le trouva plus.

L'évêque convoqua le peuple, lui exposa de point en point ce qui s'était passé, et commanda des jeûnes et des prières pour que le Seigneur daignât révéler quel était ce pèlerin qui l’avait sauvé de si grand péril. Et cette nuit-là même, il fut révélé à l’évêque que c'était saint André qui, pour le délivrer, avait pris l’extérieur d'un pèlerin. L'évêque redoubla de dévotion envers le saint apôtre et il ne cessa de donner des preuves de sa vénération pour lui.

Le prévôt d'une ville (d'après saint Grégoire de Tours, De gloria nnartyrum, l. I, c. LXXIX, cet homme était Gomacharus, comte de la ville d'Agde, vers la fin du VIe siècle) s'était emparé d'un champ de saint André, et par les prières de l’évêque, il en fut puni de très fortes fièvres. Il alla trouver le prélat, le conjurant d'intercéder en sa faveur et lui promit de restituer le champ. Mais après sa guérison obtenue par l’intercession du pontife, il reprit une seconde fois la terre.

Alors l’évêque se mit en prières et brisa toutes les lampes de l’église, en disant :
" Qu'on n'allume plus ces lumières, jusqu'à ce que le Seigneur se venge lui-même de son ennemi, et que l’église recouvre ce qu'elle a perdu."
Et voilà que le prévôt eut encore de très fortes fièvres ; il envoya alors demander à l’évêque de prier pour lui, l’assurant qu'il rendrait son champ, et en surplus un autre de la même valeur. Comme l’évêque lui faisait répondre toujours :
" J'ai déjà prié, et Dieu m’a exaucé ", le prévôt se fit porter chez le prélat et le força d'entrer dans l’église pour prier.

A l’instant où l’évêque entre dans l’église, le prévôt meurt subitement et le champ est restitué à l’église.
 

Saint André et saint Philippe. Psalterium éthiopien. XVe.

Entendons maintenant la voix des diverses Eglises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la louange de l'Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Evangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par les Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d'abord quelques-uns des Répons de Matines :

R/. Comme le Seigneur marchait le long de la mer de Galilée, il vit Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d'hommes,
V/. Car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit : Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d'hommes.

R/. Dès que le bienheureux André eut entendu la voix du Seigneur qui l'appelait, ayant quitté les filets dont l'usage le faisait vivre, Il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle,
V/. C'est cet homme qui pour l'amour du Christ tut attaché à la croix, et qui pour sa loi endura la Passion. Et il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle.

R/. Docteur plein de bonté et ami de Dieu, André fut mené à la croix. La voyant de loin, il dit : Salut, ô Croix ! Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître,
V/. O Croix, salut ! toi qui as été consacrée1 par le corps de Jésus-Christ, et ornée de ses membres,comme d'autant de perles précieuses. Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître.

R/. André, voyant la croix, s'écria : Ô Croix admirable ! Ô Croix désirable ! Ô Croix qui brilles par tout l'univers ! Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m'a racheté en mourant sur toi.
V/.O bonne Croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l'éclat et la beauté. Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m'a racheté en mourant sur toi.

R/. Saint André pria, en regardant le ciel, et s'écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j'ai vu de mes yeux ; ne souffrez pas que je sois détaché d'ici par un juge impie : Car j'ai ressenti la vertu de la sainte Croix.
V/. Vous êtes le Christ mon maître, que j'ai aimé, que j'ai connu, que j'ai confessé : exaucez seulement cette prière que je vous fais. Car j'ai ressenti la vertu de la sainte Croix.


Psautier cistercien. XIIIe.

ANTIENNES

Les Antiennes des Vêpres forment un ensemble lyrique plein de grâce et d'onction :

" Salut, Ô Croix précieuse ! Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.

Le bienheureux André priait, et disait : Seigneur, Roi d'éternelle gloire, recevez-moi qui suis suspendu à ce gibet.

André , le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.

Maximille, femme aimée du Christ, enleva le corps de l'Apôtre , et l'ensevelit avec des parfums en un lieu honorable.

Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités. Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l'appui du juste sur la Croix."."


Heures à l'usage de Paris. XVe.

HYMNE

L'Hymne suivante a été composée, à la louange du saint Apôtre, par le Pape saint Damase, l'ami de saint Jérôme ; il y est fait allusion au nom d'André qui, entre plusieurs significations, a aussi celle de Beauté :

" Vous dont le nom glorieux et sacré présageait la vie, votre nom exprime aussi la Beauté dont la Croix bienheureuse vous a noblement couronné.

André, Apôtre du Christ, votre nom seul est un signe qui vous distingue, un mystique emblème de votre beauté.

Ô vous que la Croix élève jusqu'aux cieux, vous que la Croix aime avec tendresse, vous à qui l'amertume de la Croix prépare les joies de la lumière future,

En vous le mystère de la Croix brille doublement imprimé : vous triomphez de l'opprobre par la Croix, et vous prêchez le Sang divin qui arrosa la Croix.

Désormais donc réchauffez nos langueurs, daignez veiller sur nous, afin que, par la victoire de la Croix, nous entrions dans la patrie du ciel.

Amen."
 

Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

SÉQUENCE

Le moyen âge consacra les deux Séquences que nous donnons ci-après à la gloire de l'Apôtre de la Croix. La première est du XIe siècle. Elle est sans mesure régulière, comme toutes les Séquences de cette époque :

" Elle est sainte et sacrée, la gloire de la fête qu'on célèbre en ce jour.
Que toute l'Eglise fasse entendre un chant digne du sujet.

Qu'elle exalte les mérites très saints du Saint le plus débonnaire,
De l'Apôtre André, en qui reluit une merveilleuse grâce.

Il apprend de Jean-Baptiste que celui-là était venu qui enlevait les péchés.
Bientôt il entra dans la demeure du Messie, et écouta ses paroles.

Et rencontrant son frère Barjona : Nous avons trouvé le Messie, dit-il plein de joie ;
Et il le mena à la très douce présence du Sauveur.

André parcourait les mers, quand l'appela la clémence du Christ ;
Pour échanger l'art de pêcheur contre la dignité de l'Apostolat.

Son âme, après les joyeuses jubilations de la Pâque,
Fut illuminée par la puissance glorieuse de l'Esprit-Saint ;

Pour prêcher aux peuples la pénitence et la clémence du Père, manifestée par le Fils.
Réjouis-toi d'un si noble Père, Ô Achaïe !

Eclairée par sa doctrine salutaire,
Illustrée par l'abondance variée de ses prodiges.

Et toi, gémis et pleure, Egée, cruel bourreau !
A toi, l'infection infernale et l'éternelle mort.

Pour André, la Croix lui prépare des joies pleines de bonheur.
Déjà tu contemples ton Roi, André ! déjà tu apparais debout devant lui.

Déjà tu aspires l'odeur des parfums qu'exhale l'arôme du divin amour.
Sois donc aussi pour nous une merveilleuse suavité, qui répande au fond des cœurs les senteurs balsamiques de la céleste vie.

Amen."


Gabriel Blanchard. Chapelle Saint-Vincent-de-Paul.
Cathédrale Notre-Dame de Paris. XVIIIe.

SÉQUENCE

La seconde Séquence, dont la rime est régulière et le mètre exact, est du pieux Adam de Saint-Victor, le plus grand poète lyrique du moyen âge :

" Tressaillons et réjouissons-nous, et savourons les louanges de l'Apôtre André.
Sa foi, sa doctrine, ses mœurs, ses longs labeurs pour le Christ, il sied de les célébrer.

C'est lui qui mena Pierre à la foi, lui qui le premier vit briller la lumière, montrée par Jean-Baptiste.
Aux rives de la mer de Galilée, Pierre et André sont choisis à la fois.

Tous deux d'abord pêcheurs, deviennent les hérauts du Verbe et les modèles de la justice.
Ils jettent le filet sur le monde, et leurs soins vigilants s'étendent sur toute l'Eglise naissante.

Séparé de son frère, André est envoyé aux parages de l'Achaïe.
Dans les filets d'André tombe, par la grâce divine, la province presque tout entière.

Sa foi, sa vie, sa parole, ses miracles, tout en fait un Docteur de piété, un Docteur illustre pour former le cœur du peuple.

Egée apprend les œuvres d'André, et déjà s'agite sa fureur.
Âme sereine, âme virile, dédaignant la vie présente, André s'arme de la patience.
 
Ni les caresses, ni les tortures qu'emploie le sensé, n'amollissent son âme vigoureuse.
Il voit préparer la croix, il tressaille, impatient d'être un disciple semblable à son Maître.

Il paie au Christ mort pour mort ; par lui la Croix est conquise comme un trophée triomphal.
Deux jours il vit sur la croix, pour vivre à jamais. Il résiste au vœu du peuple, et ne veut point être détaché de son gibet.

Pendant une moitié d'heure, il est inondé de clarté ; et dans cette auréole et cette allégresse, il monte au palais de la lumière.
Ô glorieux André, dont précieuse est la prière, la mort lumineuse, et suave la souvenance ;

Du fond de ce val des larmes, tendre Pasteur des âmes, élevez-nous par votre faveur jusqu'à cette éclatante lumière.
Amen."
 

Legenda aurea. Bx. J. de Voragine. XVe.

PRÉFACE

Les pièces que nous avons rapportées jusqu'ici appartiennent à la Liturgie Romaine, étant tirées des livres de cette Mère des Eglises, ou de ceux des diverses Eglises de l'Occident qui gardent la forme de ses Offices. Nous allons maintenant, à la louange de notre saint Apôtre, produire ici quelques-unes des formules que les autres Liturgies anciennes lui ont consacrées ; nous commencerons par le rite Ambrosien, auquel nous empruntons la belle Préface qui suit :

" Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; car voici le jour consacré à la mémoire d'un mystère auguste, le jour où le bienheureux André se fit reconnaître pour le frère de l'Apôtre Pierre, tant par son zèle à prêcher votre Christ que par son courage à le confesser, jour dans lequel il compléta l'honneur de la dignité apostolique par les souffrances unies à la gloire ; ne voulant pas taire sur la croix même ce qu'il avait prêché sur la terre d'une voix intrépide ; heureux de suivre l'auteur de la vie éternelle pendant les jours de cette vie, et de l'imiter ensuite dans le genre de sa mort. Fidèle au précepte du Sauveur, il avait crucifié en lui-même les désirs terrestres : à son exemple il fut attaché à la croix. Donc, les deux frères pêcheurs sont tous deux élevés au ciel par la Croix, en sorte que ceux que votre grâce, Seigneur, avait enchaînés de tant de liens d'amour, une même couronne fût tressée pour eux et les réunît dans le royaume des deux, et qu'après avoir livré un seul et même combat, une seule et même récompense demeurât leur partage."


Henri de Vermay. XVIIe.

CONTESTATION (Mot qu'utilise l'Eglise gallicane pour Préface)

La Liturgie Gallicane célébra aussi les grandeurs de saint André. Dans le petit nombre de fragments qui nous sont restés des monuments qui la composaient, aucune pièce métrique ne nous est parvenue ; mais du moins la Préface que nous donnons ici sous son titre gallican de Contestation, montre que l'Eglise des Gaules, du IVe au VIIIe siècle, partageait l'enthousiasme des Eglises Romaine et Ambrosienne pour le glorieux Apôtre de la Croix :

" Il est digne et juste, équitable et raisonnable que nous rendions d'ineffables actions de grâces à votre bonté, Dieu tout-puissant et éternel, et que nous célébrions avec une joie sans égale la passion de vos Saints, par Jésus-Christ Notre Seigneur, qui donna au bienheureux André la foi, dès le moment de sa vocation, et plus tard lui octroya la victoire dans les souffrances. Le bienheureux André avait donc reçu ces deux faveurs ; et c'est pour cela qu'il montrait la constance dans la prédication, la patience dans les supplices.
Après des verges injustes, après l'étroite prison, enchaîné au gibet, il s'offrit à vous, Ô Dieu ! comme une oblation pure. Plein de douceur, il étend ses bras vers le ciel, il embrasse l'étendard de la Croix, il y colle ses lèvres, il y pénètre les secrets de l'Agneau. Enfin, comme on le conduisait au supplice, comme on le suspendait à la croix, il souffrait dans la chair, mais l'Esprit parlait par sa bouche. Il oublie les douleurs de la croix, en prêchant Jésus-Christ du haut de cette croix. Plus son corps était étendu sur le bois, plus sa langue exaltait le Christ ; car, suspendu au bois, il se félicitait d être associé au Christ. Il ne souffre pas qu'on le descende de la croix, dans la crainte que l'ardeur du combat qu'il soutient ne s'attiédisse. La foule le considère et se lamente ; elle veut qu'on délie les liens de celui qu'elle sait être le médecin des âmes ; elle demande qu'on dégage le juste, dans la crainte que le peuple lui-même ne périsse pour un si grand forfait. Cependant, le martyr rend l'âme, et est admis en possession du royaume de l'éternel juge. Par ses mérites, accordez-nous, Dieu tout-puissant, d'être délivrés et préservés de tous les maux, et de vous rendre d'éternelles louanges et actions de grâces, à vous, notre Seigneur, Dieu des Martyrs et Prince des Apôtres."


La manne du tombeau de saint André. Carlo Braccesco. XVe.
 
CAPITULE

La Liturgie Mozarabe est très abondante sur les louanges de saint André, tant au Missel qu'au Bréviaire ; nous nous bornons à lui emprunter la belle Oraison qui suit :

" Ô Christ, notre Seigneur, qui avez décoré le très heureux André de la grâce de l'Apostolat et de la couronne du Martyre, lui ayant fait l'honneur d'arriver lui-même au supplice de la Croix, après avoir prêché le mystère de cette même Croix : accordez-nous de devenir de très véritables amateurs de votre sainte Croix, et, nous renonçant nous-mêmes, de prendre notre croix et de vous suivre; afin que, participant en cette vie à vos souffrances, nous méritions de parvenir à la félicité de l'éternelle vie."

L'Eglise de Constantinople, si jalouse de la gloire de saint André, ne garda pas toujours le précieux dépôt de sa dépouille mortelle. Elle fut privée de ce trésor en 1210, lors de la prise de cette ville par les Croisés. Le cardinal Pierre de Capoue, Légat Apostolique, transporta le corps du saint Apôtre dans la Cathédrale d'Amalfi, au royaume de Naples, où il repose encore, illustre par des miracles sans nombre et environné des témoignages de la vénération des peuples.

On sait qu'à la même époque, les plus précieuses reliques de l'Eglise grecque passèrent, par un visible jugement de Dieu, entre les mains des Latins. Byzance méconnut ces redoutables avertissements , et persista dans l'orgueil de son schisme. Elle avait néanmoins conservé le Chef du saint Apôtre, sans doute parce que, dans les diverses Translations qui avaient eu lieu, il avait été réservé dans un reliquaire à part. Lors de la destruction de l'Empire Byzantin par les Turcs, la Providence disposa les événements de manière à enrichir l'Eglise de Rome d'une si précieuse relique.

En 1462, le Chef de saint André fut donc apporté de Grèce par le célèbre Cardinal Bessa-rion, et le douze Avril de cette même année, Dimanche des Rameaux, l'héroïque Pape Pie II l'alla chercher en grande pompe jusqu'au Pont Milvius (Ponte Molle) et le déposa dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où il est encore aujourd'hui, près de la Confession du Prince des Apôtres. A l'aspect de ce Chef vénérable, Pie II se sentit transporté d'un enthousiasme religieux, et avant de lever un si glorieux fardeau pour l'introduire dans Rome, il prononça le magnifique discours que nous allons rapporter ici, comme un complément des éloges liturgiques que les diverses Eglises ont prodigués à saint André :


Email du XVIe. Limoges.

" Vous voici donc arrivé, Ô très saint et très vénérable Chef du saint Apôtre ! La fureur des Turcs vous a chassé de votre asile, et vous venez demander un refuge à votre frère le Prince des Apôtres. Non, ce frère ne vous fera point défaut ; et par la volonté du Seigneur, on pourra dire un jour à votre gloire : Ô heureux exil qui trouve un pareil secours ! Cependant, vous demeurerez avec votre frère, et vous partagerez ses honneurs.
 
Cette ville que vous voyez, c'est l'auguste Rome consacrée par le sang précieux de votre frère. Ce peuple qui vous entoure, c'est celui que le bienheureux Apôtre, votre frère plein de tendresse, aidé par saint Paul, le Vase d'élection, a régénéré en Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Romains sont vos neveux. Tous reconnaissent en vous le frère d'un père, un second père ; tous vous vénèrent, vous honorent, vous rendent hommage et s'appuient sur votre patronage en la présence du grand Dieu.

Ô très fortuné Apôtre André ! prédicateur de la vérité, défenseur de l'auguste Trinité, de quelle joie vous nous remplissez en ce moment où nous contemplons de nos yeux votre tête sacrée et vénérable, qui mérita qu'au jour de la Pentecôte, le saint
Paraclet se reposât visiblement sur elle, sous l'apparence du feu !

Ô vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem pour honorer le Sauveur au lieu même où ses pieds se sont posés, voici le Trône de l'Esprit- Saint ! Ici s'arrêta l'Esprit du Seigneur ; ici a été vue la troisième personne de la Trinité ; ici ont été des yeux qui souvent ont contemplé le Seigneur dans la chair. Cette bouche a fréquemment adressé la parole au Christ ; ces joues, il n'est pas douteux qu'elles n'aient plus d'une fois reçu les baisers de Jésus.
 
Ô Sanctuaire ineffable ! Ô charité ! Ô piété ! Ô douceur de l'âme ! Ô consolation de l'esprit ! Qui ne sentirait, en une telle présence, ses en- trailles s'émouvoir ? Quel cœur ne s'embraserait ? Qui ne répandrait des larmes de joie, à l'aspect des tant vénérables et précieuses reliques de l'Apôtre du Christ ? Oui, nous nous réjouissons, nous tressaillons, nous jubilons de votre arrivée, Ô très divin Apôtre André ! Car nous ne doutons pas que vous ne soyez ici accompagnant votre Chef mortel, et que vous ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome.
 
Sans doute, nous haïssons les Turcs, ennemis de la Religion chrétienne ; mais nous ne les haïssons pas de ce qu'ils ont été la cause de votre venue parmi nous. En effet, que pouvait-il nous arriver de plus fortuné que de contempler votre très honorable Chef, et d'être embaumés de son très suave parfum ? Une seule chose nous attriste : c'est de ne pouvoir, à votre arrivée, vous rendre les honneurs dont vous êtes digne, ni vous recevoir comme le mérite votre excellente sainteté. Mais accueillez notre désir, comprenez la sincérité de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos mains indignes touchent vos ossements, et que nous, pécheurs, vous fassions cortège dans l'enceinte de la ville.
 
Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et soyez propice au peuple Romain. Qu'à tout le monde chrétien votre arrivée soit salutaire, votre entrée pacifique ; votre séjour au milieu de nous, heureux et fortuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensemble avec les bienheureux Apôtres Pierre et Paul, veillez paternellement sur tout le peuple chrétien, afin que, par votre intercession, les miséricordes de Dieu viennent sur nous ; et si nos péchés, qui sont nombreux, ont provoqué son indignation, qu'elle retombe sur les Turcs impies et sur les nations barbares qui déshonorent le Seigneur Jésus-Christ.

Amen."

C'est ainsi que la gloire de saint André est venue se confondre, dans Rome, avec celle de saint Pierre. Mais l'Apôtre de la Croix, dont la fête était autrefois décorée d'une Octave dans beaucoup d'Eglises, compte aussi parmi ses titres d'honneur celui d'avoir été choisi pour Patron de l'un des Royaumes de l'Occident : l'Ecosse, aux jours de l'unité catholique, s'était placée sous sa protection. Puisse-t-il s'en souvenir du haut du ciel, et préparer le retour de cette contrée à la véritable foi !
 

Missel à l'usage d'Autun. XVe.
 
PRIERE
 
Prions maintenant, en union avec l'Eglise, ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire font la gloire de ce jour ; rendons-lui honneur, et demandons-lui le secours dont nous avons besoin :

" C'est vous, Ô bienheureux André ! Que nous rencontrons le premier aux abords de ce chemin mystique de l'Avent où nous marcherons bientôt, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ ; et nous remercions Dieu de ce qu'il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser, dans le fils de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d'un si merveilleux secret, et bientôt vous fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l'amenâtes à Jésus.

Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes ; puisque vous l'avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d'attente et de préparation qu'il nous reste à traverser, jusqu'au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître le Verbe de vie ; obtenez-nous d'être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux Celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.

Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, Ô glorieux André ! Puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous à ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n'ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, Celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.
 

Livre d'images de Madame Marie. XIIIe.

Cette voie, vous nous l'enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu'à la Croix. Vous y avez marché avec courage ; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, Ô saint Apôtre ! Afin que nous comprenions cet amour de la Croix ; afin que, l'ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Epître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous, mes frères, de cette pensée. (I Petr. IV, 1.) Vous, Ô bienheureux André ! Vous nous présentez aujourd'hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l'être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc, afin que la Croix soit pour nous l'expiation des péchés qui nous couvrent, l'extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l'amour à Celui que son amour seul y a attaché.

Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, Ô grand Apôtre ! Que la Croix est la consommation, et non le principe. C'est le Dieu enfant, c'est le Dieu de la crèche qu'il nous faut d'abord connaître et goûter ; c'est l'Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c'est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le temps qui va s'ouvrir est celui de l'Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l'Avènement du Christ en nos cœurs.

Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Eglise dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang ; levez vos mains puissantes pour elle, en présence de Celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu'elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu'elle aime cette Croix, et qu'elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu'elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre Apostolat, l'Eglise de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l'unité, parce qu'elle n'a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l'amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d'Ecosse, qui depuis trois siècles a oublié votre douce tutelle ; obtenez que les jours de l'erreur soient abrégés, et que cette moitié de l'Ile des Saints rentre bientôt, avec l'autre, sous la houlette de l'unique Pasteur."

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vendredi, 29 novembre 2019

29 novembre. Saint Sernin (Saturnin), évêque de Toulouse et martyr. Ier s. Vigile de saint André, apôtre. Ier.

- Saint Sernin ou Saturnin, évêque de Toulouse et martyr. Ier siècle. Vigile de saint André, apôtre. Ier.

Pape : Saint Anaclet. Emepreur romain : Titus.

" Celui qui a goûté véritablement les biens célestes, ne trouve plus rien à aimer sur la terre."
Saint Jean Chrysostome.


Eglise Saint-Saturnin de Gentilly. Île-de-France.

Saint Saturnin (connu aussi à Toulouse sous le nom de saint Sernin) était fils de prince et d'origine grecque. On croit qu'attiré d'abord par la réputation de saint Jean-Baptiste, il fut ensuite l'un des soixante-douze disciples du Sauveur et eut le bonheur d'être témoin de la plupart des faits de sa vie, ainsi que de Sa Résurrection et de Son Ascension.


Confrérie de Saint-Saturnin. Estampe du XIXe.

Après la Pentecôte et après avoir quitté l'influence satanique de Simon le magicien qu'il avait un temps suivi, il accompagna souvent saint Pierre dans ses courses apostoliques, puis fut envoyé par lui dans les Gaules, en qualité d'évêque. Chemin faisant, il prêchait l'Évangile, fondait des chrétientés et détruisait l'empire du démon. À Arles et à Nîmes, il obtint de grands succès. À Carcassonne, il fut emprisonné pour Jésus-Christ, mais délivré par un ange. À Toulouse, une femme lépreuse fut guérie en sortant de la piscine baptismale, et ce prodige fut suivie de la conversion d'une bonne partie de la cité. De toutes parts on apportait au Saint des malades, il les guérissait par le signe de la Croix.


Saint Saturnin. Eglise Saint-Denis-Saint-Nicolas.
Tramezaïgues. Haute-Pyrénées.

Saturnin prêcha encore à Auch, puis à Pampelune, en Espagne; mais il revint à Toulouse, centre de son apostolat, qu'il devait arroser de son sang. Là, les dieux ne rendaient plus d'oracles. Les prêtres païens se concertèrent :
" Si on laisse cet homme prêcher son Christ, dirent-ils, c'en est fait de notre culte."
Saturnin vient à passer. La foule, ameutée par les prêtres, se saisit de lui; on lui crie :
" Sacrifiez à nos dieux, ou malheur à vous !"
Pour toute réponse, Saturnin prêche Jésus-Christ. Dieu même confirme Sa doctrine par un éclatant miracle, car au même moment les idoles du temple tombent de leur piédestal et se brisent. À cette vue, la rage des païens ne se contient plus.


Martyre de saint Saturnin. Legenda aurea. Bx. J. de Voragine.
Mâcon. XVe.

Il y avait au Capitole un taureau sauvage amené pour être immolé en sacrifice ; on entoure son corps d'une grosse corde au bout de laquelle on attache le saint évêque par les pieds ; puis l'animal est lâché et frappé à coups d'aiguillons ; il se précipite, entraînant sa victime, dont le crâne est fracassé sur les marches du temple.

Le taureau, poursuivant sa course effrénée à travers les rues, réduit en lambeaux le corps du martyr, jusqu'à ce qu'enfin la corde se brise et la victime reste étendue sans vie sur le chemin. C'est à cet endroit que s'élève aujourd'hui l'église qui, en souvenir, porte le nom de Notre-Dame-du-Taur. Le tombeau de l'apôtre de Toulouse est devenu célèbre par la dévotion populaire et par de nombreux prodiges.


Martyre de saint Saturnin. Legenda aurea. Bx. J. de Voragine.
Jacques de Besançon. XVe.

Vigile de saint André, apôtre, saint Saturnin.

Noël apparaît à l'horizon. Le dernier Dimanche après la Pentecôte a clos pour nous les enseignements du Cycle mobile. Depuis déjà le XXVII de ce mois, les jours appartiennent selon les années au Cycle naissant ou à celui qui expire.

La dernière Leçon de l'Ecriture du Temps (au samedi précédant l'Avent) se termine par la déclaration solennelle du dernier des Prophètes, annonçant les temps nouveaux : " Du lever du soleil à son couchant, mon Nom est grand chez les nations, dit le Seigneur des armées, et en tout lieu s'offre à mon Nom le sacrifice d'une oblation pure " (Malach. I, II.).


Basilique Saint-Sernin. Toulouse.

Faisant écho à Malachie, et rejoignant les temps aux temps, Jean-Baptiste s'écrie dans l'Evangile du jour : " Voici l’Agneau de Dieu !"
Et il nous montre tout près de nous déjà le Messie (Evangile de la Vigile de saint André, Johan. I, 36.).

A la demande qu'André, frère de Pierre, et un autre disciple de Jean lui adressent : Maître, où habitez-vous ? Jésus répond : Venez et voyez. Et ils vinrent, poursuit en son Evangile le disciple bien-aimé, et ils virent où il demeurait, et ils demeurèrent chez lui ce jour-là (Ibid. 38, 39.).


Eglise Notre-Dame du Taur. Jusqu'au Ve siècle,
les reliques de saint Saturnin y furent conservées. Toulouse.

Sur quoi saint Augustin nous dit en cette Vigile, au nom de notre Mère l'Eglise :
" Elevons-lui une demeure dans nos cœurs, pour qu'il y vienne, et qu'il nous enseigne, et qu'il vive avec nous (Homilia Vigiliae, ex Aug. Tract. VII in Johan.)."
C'est tout l'Avent qui se dessine.

Mettons-en la saison bénie sous la protection de l'Apôtre de la Croix, et du saint Martyr que l'Eglise honore de temps immémorial en ce jour.

ORAISON

" Dieu tout-puissant, nous vous en supplions : puisse le bienheureux Apôtre André, dont nous prévenons la fête, implorer pour nous votre secours ; afin qu'absous de nos péchés, nous soyons aussi délivrés de toute crainte. Par Jésus-Christ."


Sarcophage de saint Sernin (saint Saturnin). Abbaye Saint-Hilaire.
Saint-Hilaire. On y conserva un temps les restes de notre saint. Aude.

ORAISON

" Dieu qui nous donnez de jouir du jour natal du bienheureux Saturnin, votre Martyr : accordez-nous d'éprouver l'aide de ses mérites. Par Jésus-Christ."


Martyre de saint Saturnin. Legenda aurea.
Bx. J. de Voragine. Richard de Montbaston. XIVe.

Rq : A propos de l'identité et du siècle ou saint Saturnin vécut et souffrit le martyre, la majorité des spécialistes contemporains de l'hagiographie concluent aujourd'hui dans le même sens que la tradition et que les plus rigoureux compilateurs des siècles passés. Saint Saturnin a bien vécut au Ier siècle et c'est bien en ce siècle qu'il fut évêque de Toulouse.

On lira cette traduction de la passion de saint Saturnin :

http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoir...

Une tradition digne d'être reçue avec sérieux met saint Saturnin au nombre des 72 disciples que Notre Seigneur se choisit après Sa résurection. On lira avec fruit Les hommes illustres de la primitive Eglise de M. l'abbé Maistre pages 446 à 450 du tome II : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=83

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jeudi, 28 novembre 2019

28 novembre. Saint Jacques de la Marche, Franciscain. 1476.

- Saint Jacques de la Marche, Franciscain. 1476.

Pape : Sixte IV. Roi de France : Louis XI. Empereur romain germanique : Frédéric III de Habsbourg. Roi d'Aragon, de Castille, de Léon, de Naples, etc. : Ferdinand II d'Aragon.

" Le trésor des vertus doit être enfermé dans l'arche du coeur avec la clef de l'humilité."
Saint Bonaventure.


Saint Jacques de la Marche. Francisco de Zurbaran. XVIIe.

Ce grand religieux était originaire de la Marche d'Ancône ; il naquit à Mont-Brandon en 1386. Son berceau fut entouré d'une vive lumière qui présageait d'une manière évidente son glorieux avenir. Quand il fut en âge de choisir un état de vie, sa première pensée fut de se faire Chartreux : mais quelques relations qu'il eut avec les Franciscains le décidèrent à entrer dans leur Ordre. Il fut, dès son noviciat, le modèle des vertus héroïques. Il ne donnait que trois heures au sommeil et passait le reste de la nuit à prier au pied du crucifix, pendant que des larmes inondaient son visage.

C'est dans la méditation des souffrances de son Sauveur qu'il puisa cette énergie surhumaine dont il montra de si beaux exemples durant ses courses apostoliques. Jamais il ne mangeait de viande ; un peu de pain et quelques herbes étaient sa nourriture. Tous les jours il se donnait la discipline jusqu'au sang, et, pendant dix-huit ans, il porta sur sa chair nue un cilice avec une cotte de mailles armée de pointes de fer aiguës. Telle fut la préparation de l'apôtre.

Réception de saint Jacques de la Marche dans l'Ordre de
Saint-François. Cesare Peruzzi di Montelupone. 1926.

Ces austérités lui ruinèrent tellement la santé qu'il se vit atteint de quatorze maladies différentes, toutes très douloureuse, comme la pierre, la goutte, le mal d'estomac, etc. Mais il endurait tous ces maux avec une patience héroïque, sans s'exempter pour cela de dire la messe, ni d'assister au choeur, ni de réciter la couronne de Notre-Dame, ni de faire ses autres exercices de dévotion et même de pratiquer les pénitences qui les luia vaient causés. La seule peine qu'il ressentait, c'était de ne pouvoir s'appliquer à la prédication, qui était l'unique emploi qu'il désirait dans son Ordre. Il alla pour cela à Notre-Dame de Lorette, y célébra les saints mystères, et, après la consécration, cette puissante avocate lui apparut et l'assura que sa prière avait été exaucée.


Saint Jacques de la Marche. Couvent Saint-Jacques apôtre.
La Romita. Italie. XVIe.

En effet, il prêcha depuis avec tant de ferveur et d'onction, qu'il ne montait jamais en chaire sans toucher les coeurs les plus endurcis et sans faire des conversions insignes et toutes miraculeuses ?

Prêchant un jour à Milan sur saint Marie-Magdeleine, il parla si fortement contre le vice de l'impureté, qu'à la fin de son sermon trente-six courtisanes renoncèrent à leur infâme commerce et résolurent de mener une vie pénitente.

Son ardeur et le poids décisif de ses paroles firent qu'il fut associé à saint Jean de Capistran pour prêcher la croisade contre les Turcs, qui, étant devenus les maîtres de Constantinople, remplissaient de terreur toute la chrétienté.


Saint Jacques prêchant. E. Tegli. XVIIIe.

Il eut d'immenses succès, en Allemagne, contre les hérétiques ; dans une seule ville, deux cents jeunes gens, entraînés par ses exemples embrassèrent la vie religieuse. Une fois, les hérétiques tentèrent de l'empoisonner ; mais voyant le plat se briser, au seul signe de la Croix fait par le Saint, ils s'écrièrent : " Le doigt de Dieu est là !", et ils se convertirent.

Il consacra près de treize ans à parcourir les provinces du Nord, en trois différents voyages qu'il fit par les ordres d'Eugène IV, de Nicolas V et de Calixte III. Il alla entre autres en Allemagne, en Dalmatie, en Pologne, en Norvège et en Danemark. Dans ce pays, il administra le Baptême à deux cent mille personnes.

La Bohème était la proie de l'hérésie. A Prague, les hérétiques, pleins d'admiration pour l'éloquence de l'apôtre, lui promirent de se convertir s'il faisait un miracle. Après avoir invoqué Dieu et fait le signe de la Croix, il avala un breuvage empoisonné sans en ressentir aucun mauvais effet.


Saint Jacques de la Marche entrant à Prague avec
l'empereur Sigismond. Cesare Peruzzi. 1926.

Callixte III le rappela un temps pour en faire l'inquisiteur général contre les hérésies qui nâvraient une partie de l'Italie, et en particulier celle de ceux que l'on appelaient les Frérots, qui, sous le masque de la piété, enseignaient une doctrine très perverse et proche du manichéïsme. Il s'acquitta avec succès de cette fonction et une foule de personnes, touchées par ses paroles, convaincues par les miracles que Notre Seigneur faisait par son intercession, détestèrent leurs erreurs et rentrèrent dans le sein de l'Eglise.

Un jour, ayant affaire à un batelier qui refusait de lui faire traverser le Pô, Jacques n'hésita pas, étendit son manteau sur le fleuve et vogua heureusement vers l'autre rive.


La tentative d'attentat sur saint Jacques de la Marche. E. Tegli. XVIIIe.

Un autre jour qu'il avait combattu avec véhémence le vice de l'impureté, un auditeur, qui s'était cru visé personnellement, alla se poster sur son passage, dans un sanctuaire dédié à Marie, pour l'assassiner ; mais il entendit une voix irritée qui lui cria :
" Malheureux ! Que fais-tu en Ma présence ? Tu veux faire mourir Mon serviteur et le serviteur de Mon Fils !"
Le coupable, demi-mort de peur, renonça à son criminel dessein.
L'un des prodiges les plus étonnants de l'illustre apôtre fut la découverte et la résurrection d'un enfant assassiné par un juif et coupé en morceaux.


Notre Dame approuve les écrits de saint Jacques de la Marche sur
l'Immaculée Conception. Atanasio Favini. XVIIIe.

Après avoir parcouru une partie de l'Italie, il arriva enfin à Rome, où il fut honorablement reçu par le pape Paul II, qui avait succéder à Calixte III et à Pie II.

Dans une visite qu'il fit au cardinal de Savone, qui avait été génral de son Ordre, comme il parlait d'un traité qu'il avait fait sur la Conception de Jésus-Christ, une imege de la sainte Voerge Marie baissa la tête à la vue de tous les assistants, pour témoignange de la vérité de tout ce qu'il avait écrit sur le sujet.

Ayant le don de prophétie, il prédit au cardinal de Savone qu'il serait élevé au souverain Pontificat ; ce qui arriva bientôt après, car François de Savone succéda à Paul II sous le nom de Sixte IV.

Saint Jacques de la Marche présente ses travaux sur l'Immaculée
Conception au cardinal de Savone. Une image de la très sainte
Vierge Marie les approuve... Alessandro Ricci. XVIIIe.

La réputation d'un si saint homme fit que Ferdinand, roi de Naples, souhaita de le posséder dans ses états. Il le fit donc prier par le duc de Calabre, son fils, de s'y transporter ; et, sur ce qu'il s'en excusa, à cause de son âge et de ses infirmités, il eut recours au pape, à qui il savait bien que notre saint ne manquerait pas d'obéir.

Lorsqu'il fut à Naples, il eut la révélation qu'il y finirait ses jours. Il ne se retira pas au couvent de l'Observance de la ville, appelé Notre-Dame la Neuve, de peur d'y être accablé de visites, mais à celui qui est hors de la ville, où il espérait trouver un peu plus de solitude. Il n'en sortait que pour aller travailler au salut des âmes par la prédication et par les autres fonctions évangéliques. Il fit plusieurs miracles dans ce royaume. On dit même qu'il délivra le roi de la mort et qu'il guérit le duc de Calabre d'une maladie dangereuse.


Mort de saint Jacques.E. Tegli. XVIIIe.

Enfin, étant âgé de 90 ans, dont il avait passé 70 dans l'observance inviolable de sa Règle, il fut violemment attaqué d'une maladie à laquelle il était sujet, et, après en avoir souffert quelques jours les douleurs aigües avec une patience invincible et s'être muni des sacrements de l'Eglise, il perdit tout à coup ses forces dans des transports d'amour par lesquels tout son corps semblait se vouloir élancer vers le ciel. Ce fut au milieu de ces efforts dignes d'une âme déjà toute céleste qu'il rendit son esprit à Dieu le 28 novembre 1476.


Saint Jacques de la Marche. Giovanni Francesco Guerrieri. XVIIe.

Saint Jacques de la Marche est représenté :
1. en tenant un calice où se voit un serpent ou dragon, pour indiquer qu'il fut préservé des atteintes d'un breuvage empoisonné ;
2. discutant avec un le cardinal de Savone sur le mystère de l'Incarnation.

CULTE ET RELIQUES

Son corps, qui était demeuré plusieurs jours aussi beau, aussi éclatant et aussi vermeil que s'il avait été peint, fut enfin enterré à Naples, dans l'église Sainte-Marie la Neuve ; mais quelque temps après, il fut levé de terre et exposé à la vénération des fidèles par la permission du pape Sixte IV.

La ville de Naples l'a mis au nombre de ses saints patrons, et Urbain VIII a accordé à tout l'Ordre de saint François d'en faire l'office comme d'un bienheureux confesseur.


La chapelle Saint-Jacques où se conserve son corps incorrompu.
Monteprandone. Marche d'Ancône.

Il s'est fait beaucoup de miracles, non seulement à son tombeau, mais aussi en divers lieux, par le mérite de son intercession. Des possédés ont été délivrés, des malades guéris, des aveugles illuminés, et même des morts ressuscités.

L'an 1631, le mont Vésuve ayant jeté des flammes qui menaçaient la ville de Naples d'un incendie général, des foules considérables virent en l'air, par deux fois, ce bienheureux vieillard repousser ce feu dévorant et protéger la ville d'un si grand danger [nous rappelons au(x) sceptique(s) qu'à l'occasion des apparitions de Notre Dame à Fatima, une foule considérable de plus de dix milles personnes vit le soleil danser dans le ciel].


Le corps incorrompu de saint Jacques de la Marche. Sanctuaire
Saint-Jacques de la Marche. Monteprandone. Marche d'Ancône.

Il fut canonisé en 1726 par Benoît XIII, qui avait été témoin occulaire d'un miracle opéré par son intercession.

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