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vendredi, 13 octobre 2017

13 octobre. Saint Edouard III, le Confesseur, roi d’Angleterre. 1066.

- Saint Edouard le Confesseur, roi d’Angleterre. 1066.

Pape : Alexandre II. Roi de France : Philippe Ier.

" Dans la maison du juste qui vit de la foi, ceux qui commandent sont les serviteurs de ceux auxquels ils paraissent commander."
Saint Augustin.

Saint Edouard le Confesseur. Dyptique de Wilton (détail). XVe.

Dieu donne souvent les mauvais princes dans sa colère ; mais un bon roi est aussi le présent le plus précieux qu’Il puisse faire à une nation.
" Un roi sage est le soutien du peuple ", dit la Sagesse.
Et l’Ecclésiastique :
" Tel qu’est le juge du peuple, tels sont les ministres ; tel qu’est le prince de la ville, tels sont aussi les habitants. Le roi insensé perdra son peuple ; et les villes se peupleront par la sagesse de ceux qui les gouvernent."
La vérité de ces maximes est confirmée par le bonheur qui accompagna le règne d’Edouard le Confesseur.

Le roi Ethelred II eut d’Elvige, sa première femme, Edmond, surnommé Côte de fer, qui lui succéda. Il épousa depuis Emme, fille de Richard Ier, duc de Normandie ; il en eut deux fils, Alfred et Edouard.

Le règne d’Ethelred fut malheureux parce qu’il fut faible. Les Danois, qui depuis environ soixante ans n’avaient point inquiété la Grande-Bretagne, vinrent l’attaquer de toutes parts, et y commirent d’horribles ravages. Ethelred acheta d’eux une paix honteuse, et ne rougit pas de s’engager à leur payer tous les ans un tribut considérable, qui fut levé par une taxe à laquelle on donna le nom de Danegelt.

Swein, ou Suénon, roi des Danois, fit la conquête de toute l’Angleterre peu de temps après, en 1015. Ce prince mourut la même année, laissant un fils nommé Knut ou Canut (que l’on ne confondra pas avec saint Canut III d’Odensée, roi de Danemark et martyr, petit neveu de ce Canut, dont le père fut Suénon II, et que l’on fête au 19 janvier).

Saint Edouard accusant Godwin du meurtre de son frère Alfred.
Godwin jure qu'il n'y est pour rien. Saint Edouard le croit.
Cambridge. Manuscrit du XIIe.

Ethelred, qui s’était retiré en Normandie, revint en Angleterre, lorsqu’il eut été instruit de la mort de Suénon, et il remonta sur le trône ; mais il mourut l’année suivante, laissant encore la Mercie et quelques provinces de ses Etats entre les mains des Danois.

Edmond Côte de fer se présenta pour lui succéder. Malheureusement pour lui, il avait affaire à des ennemis puissants, et il lui fallut livrer plusieurs batailles. Enfin, les choses en vinrent au point que l’on proposa de part et d’autre un traité ; il fut conclu près de Gloucester et l’on arrêta que Canut aurait le royaume de Mercie, de Northumberland (ou Northumbrie) et d’Est-Anglie.

Peu de temps après, Edmond fut indignement assassiné par un Danois qu’il avait comblé de bienfaits. Le Danois Canut profita de cette occasion pour s’emparer de toute l’Angleterre.

Emme s’était retirée en Normandie avec ses deux fils Alfred et Edouard. Canut la demanda en mariage au duc Richard son frère, et elle lui fut accordée ; mais les deux jeunes princes restèrent en Normandie, à la cour de Richard II et de ses successeurs, Richard III, et Guillaume le Conquérant.

Canut régna dix-neuf ans en Angleterre. Il fut magnifique, libéral, brave et zélé pour la religion ; mais l’ambition ternit l’éclat de ses vertus. Il mourut en 1036, et ses Etats furent partagés entre ses enfants : Suénon eut la Norvège, Harold l’Angleterre, et Hardi-Cajut le Danemark.

Alfred et Edouard vinrent de Normandie à Winchester pour voir Emme leur mère. Godwin, qui commandait dans le West-Sex et qui avait contribué principalement à établir l’autorité d’Harold dans cette partie de l’Angleterre, convint avec le roi d’attirer les deux princes à la cour, dans le dessein de les faire périr secrètement. Emme, se défiant de ce qui se tramait, craignit pour ses enfants ; elle se contenta d’envoyer Alfred et garda Edouard près d’elle.

Godwin alla au devant d’Alfred et se saisit de sa personne : il le fit d’abord enfermé au château de Guilford d’où il fut conduit ensuite Ely. On lui creva les yeux, et on le mit dans un monastère où il mourut peu de jours après. Edouard retourna promptement en Normandie et Emme se retira chez le comte de Flandres.

Saint Edouard le Confesseur.

Après la mort d’Harold, qui arriva en 1039, Hardi-Canut vint en Angleterre avec quarante vaisseaux et s’y fit reconnaître roi. Le prince Edouard y vint aussi de Normandie, et il fut reçu par le nouveau roi avec les égards qui lui étaient dus.

Il demanda vengeance de la mort de son frère ; mais Godwin l’évita, en faisant serment qu’il n’avait point eu part dans la triste fin d’Alfred. Hardi-Canut, prince vicieux, mourut subitement en 1041. Suénon, autre fils de Canut, existait encore et régnait en Norvège ; mais les Anglais, las de vivre sous la domination de rois étrangers et qui les traitaient avec indignité, résolurent de rétablir sur le trône leurs princes légitimes. C’était l’unique moyen qu’ils eussent de s’affranchir d’un joug pesant qu’ils portaient avec impatience depuis plus de quarante ans. D’un autre côté, les vertus d’Edouard avaient gagné les ennemis de sa famille, et tout le monde s’accordait à vouloir lui rendre la couronne de ses pères. Léofrick, comte de Mercie, Siward, comte de Northumberland, et Godwin, comte de Kent – qui était en même temps gouverneur du royaume de West-Sex, les trois hommes les plus puissants de la nation, furent les principaux auteurs de la révolution qui fit rentrer l’Angleterre sous la domination de ses véritables maîtres.

Edouard avait été formé à l’école de la vertu, et il en avait fait un bon usage. Il savait apprécier à leur juste valeur les biens de ce monde visible. Jamais il n’avait cherhcé de consolation ailleurs que dans la vertu et la religion. Elevé dans le palais du duc de Normandie, il avait su se préserver de la corruption des vices qui régnaient à la cour de ce prince ; il s’appliqua même à acquérir les vertus contraires dès son enfance ; il était fidèle aux pratiques que prescrit le christianisme, et il aimait à converser avec les personnes de piété. Toutes ses actions étaient extérieures portaient l’empreinte de la modestie. Il parlait peu, mais ce n’était ni par ignorance, ni par défaut de talent ; tous les historiens s’accordent en effet à dire qu’il était d’une gravité et d’une sagesse au-dessus de son âge. Son amour pour le silence venait donc d’un fond d’humilité et de la crainte de perdre le recueillement ou de tomber dans les fautes qu’entraîne ordinairement la démangeaison de parler. Son caractère était composé de l’heureux assemblage de toutes les vertus chrétiennes et morales. On distinguait cependant en lui une douceur admirable, qui avait sa source dans une humilité profonde et dans une tendre charité qui embrassait tous les hommes. Il était aisé de s’apercevoir qu’il était entièrement port à lui-même : de là cette horreur pour l’ambition et pour tout ce qui pouvait flatter les autres passions.

Couronnement de saint Edouard le Confesseur.
Cambridge. Manusrit du XIVe.

S’il monta sur le trône de ses ancêtres, c’est qu’il y fut appelé par la volonté de Dieu ; aussi ne se proposa-t-il d’autre but que de faire aimer la religion et de venir au secours d’un peuple malheureux. Il était si éloigné de tout sentiment d’ambition, qu’il déclara refuser la plus puissante monarchie, si, pour l’obtenir, il fallait faire couler le sang d’un seul homme. Les ennemis mêmes de la famille royale se réjouirent de le voir sur le trône. Tous se félicitaient d’avoir un saint pour roi, surtout après tant de malheurs sous le poids desquels la nation avait gémi ; ils espéraient que les maux publics et particuliers allaient être réparés par sa piété, sa justice et sa bienfaisance. Edouard fut sacré le jour de Pâques de l’année 1042, à l’âge d’environ 40 ans.

Malgré les circonstances critiques dans lesquelles il monta sur le trône, son règne fut l’un des plus heureux qu’on eut jamais vus. Les Danois même établis en Angleterre le craignaient, l’aimaient et le respectaient. Quoiqu’ils se regardassent comme maîtres du pays en vertu d’un prétendu droit de conquête, qu’ils en eussent été maîtres pendant quarante ans, et qu’ils eussent rempli de leurs colonies les royaumes de Northumberland, de Mercie et d’Est-Anglie, on ne les vit cependant s’agiter nulle part, et depuis le temps dont nous parlons, il ne fut plus question d’eux en Angleterre.

Pontan, un de leurs historiens, calomnie les Anglais, lorsqu’il les accuse d’avoir massacré tous les étrangers sous le règne d’Edouard. Une pareille entreprise aurait été aussi dangereuse qu’injuste et barbare ; son exécution aurait sans doute fait plus d’éclat qu’un massacre arrivé sous Ethelred II, dans un temps où les Danois étaient moins puissants et moins nombreux.

Si l’on demande ce que devinrent ceux dont il s’agit, nous répondrons que s’étant mêlés avec les Anglais, ils ne firent plus bientôt qu’un même corps de peuple avec eux, à l’exception de quelques uns d’entre eux qui retournaient de temps en temps dans leur patrie.

Suénon, fils de Canut, qui régnait en Norvège, équipa une flotte pour venir attaquer l’Angleterre. Edouard mit son royaume en état de défense, et envoya en Danemark Gulinde, nièce de Canut, de peur que si elle restait en Angleterre elle ne favorisât secrètement l’invasion projetée.

Sur ces entrefaites, le roi de Danemark, appelé aussi Suénon, fit une irruption dans la Norvège et fit ainsi échouer l’expédition contre les Anglais. Peu de temps après, Suénon fut détrôné par Magnus, fils d’Olaüs le Martyr, que Canut le Grand avait dépouillé de la Norvège.

En 1046, des pirates danois se présentèrent à Sandwich, puis sur les côtes d’Essex ; mais la vigilance des principaux officiers d’Edouard les força de se retirer avant qu’ils eussent pu ravager le pays, et ils n’osèrent plus reparaître par la suite.

Denier d'argent de saint Edouard le Confesseur. XIe.

Edouard n’entreprit qu’une seule guerre, qui eut pour objet de rétablir Malcolm, roi d’Ecosse, et qui se termina par une victoire glorieuse. Il y eut quelques mouvements à l’intérieur du royaume, mais ils furent apaisés avec autant de promptitude que de facilité. On vit alors ce que peut un roi qui est véritablement le père de ses sujets. Tous ceux qui approchaient de sa personne essayaient de régler leur conduite sur ses exemples. On ne connaissait à sa cour i l’ambition, ni l’amour des richesses, ni aucune de ces passions qui, malheureusement, sotn si communes parmi les courtisans et qui préparent peu à peu la ruine des Etats. Edouard paraissait uniquement occupé du soin de rendre ses peuples heureux et d’établir une société qui favorisât le salut du plus grand nombre de ses sujets.

Il diminua les impôts et chercha tous les moyens de ne laisser personne en souffrance. Comme il n’avait point de passion à satisfaire, tous ses revenus étaient employés à récompenser ceux qui le servaient fidèlement, à soulager les pauvres, à doter les églises et les monastères. Il fit un grand nombre de fondations dont le but était de faire chanter à perpétuité les louages de Notre Seigneur Jésus-Christ ; les divers établissements qu’il fit ne furent jamais à la charge du peuple. Les revenus de son domaine lui suffisaient pour toutes les bonnes œuvres qu’il entreprenait. On ne connaissait point encore les taxes, ou l’on y avait recours qu’en temps de guerre ou de nécessités pressantes. Le saint roi abolit le Danegelt.

Denier d'argent de saint Edouard le Confesseur (avers). XIe.

Les grands du royaume, s’imaginant que le saint roi avait épuisé ses finances par ses aumônes, levèrent une somme considérable sur leurs vassaux sans l’en prévenir, et la lui apportèrent comme un don que lui faisaient ses peuples pour l’entretien de ses troupes, et pour les autres frais occasionnés par les dépenses publiques.

Saint Edouard, ayant appris ce qui s’était passé, remercia ses sujets de leur bonne volonté et voulut que l’on rendît l’argent à tous ceux qui avaient contribué à former la somme. Toute sa conduite annonçait qu’il était parfaitement maître de lui-même ; il avait une égalité d’âme qui ne se démentait dans aucune circonstance, sa conversation était agréable mais toujours accompagnée d’une majesté qui inspirait le respect. Il aimait, il est vrai, surtout parler à Dieu et des choses spirituelles.

Edouard avait toujours fait une estime particulière de la pureté, et il conserva cette vertu sur le trône par l’amour de la prière, par la fuite des occasions, par la pratique de l’humilité et de la mortification. Il veillait avec soin sur tous ses sens et prenait les précautions les plus sages pour se garantir de la moindre souillure. Cependant on désirait le voir marié, et il ne put résister aux instances que la noblesse et le peuple lui faisaient à cet égard.

Statue d'Edouard le Confesseur. Abbaye de Westminster. Londres.

Godwin mit tout en œuvre pour que le choix du prince se fixât sur Edithe, sa fille, qui joignait une vertu éminente à toutes les qualités du corps, de du cœur et de l’esprit. Une chose arrêtait le roi : c’est qu’il avait fait vœu de garder une chasteté perpétuelle. Il se recommanda à Dieu, puis il découvrit à celle qu’on lui proposait pour épouse l’engagement qu’il avait contracté. Edithe entra dans ses vues, et ils convinrent l’un et l’autre qu’ils vivraient dans l’état du mariage comme frère et sœur.

C’est par un effet de la calomnie que quelques écrivains ont attribué la résolution de saint Edouard à la haine qu’il aurait portée à Godwin. De tels sentiments sont incompatibles avec la haute vertu dont il faisait profession ; il était d’ailleurs incapable de traiter, avec l’injustice qu’on lui suppose, un princesse accomplie, à laquelle il s’était uni par les liens les plus sacrés.

Godwin était le sujet le plus riche et le plus puissant du royaume. Canut l’avait fait général de son armée, l’avait créé comte de Kent et lui avait fait épouser sa belle-sœur. Il fut ensuite grand trésorier de duc de West-Sex, c’est-à-dire général de toutes les armées au midi de la Mercie. Dévoré par l’ambition, il viola souvent les lois divines et humaines. Swein, le plus jeunes de ses fils, marcha sur ses traces et porta même le libertinage jusqu’aux excès les plus coupables. Edouard le punit par l’exil, mais il lui pardonna dans la suite. Godwin lui-même, s’étant rendu coupables de plusieurs crimes, fut menacé de proscription s’il ne paraissait pas devant le roi alors qu’il était à Gloucester. Il refusa d’abord et prit la fuite ; mais il revint bientôt avec une armée pour attaquer le roi. Quelques uns de ses amis demandèrent sa grâce, et, quoique Edouard fut vainqueur, il lui pardonna et le rétablit dans son premier état.

Pendant la rébellion de Godwin, on crut nécessaire de renfermer Edithe dans un monastère de peur qu’on ne ses servit de sa dignité pour exciter les vassaux et les amis de son père. Malgré cette précaution, saint Edouard n’en était pas moins attaché à la reine, qui de son côté l’aimait tendrement, et ils vécurent toujours l’un de l’autre dans l’union la plus intime et la plus parfaite.

La reine Edithe, épouse de saint Edouard le Confesseur.
Manuscrit du XIIIe.

En 1053, le comte Godwin fut emporté par une mort subite. Harold, son fils, lui succéda dans toutes ses dignités. Il vainquit le roi des Gallois méridionaux, qui faisaient des incursions dans les Etats de saint Edouard. Quelques années après, ce prince fut fait prisonnier et mis à mort par le roi des Gallois septentrionaux. Celui-ci envoya la tête de son ennemi à Harold, afin qu’il la présenta à Edouard. Le saint roi, naturellement généreux, laissa ces provinces conquises par ses troupes, dans le Pays de Galles, aux deux frères du prince qui venait de périr.

En 1058, saint Edouard perdit le pieux et brave Siward. C’était lui qui, l’année précédente, avait rétabli Malcolm III sur le trône d’Ecosse, dont l’usurpateur Macbeth l’avait dépouillé. Dans cette guerre, Siward donna la plus haute idée de son courage. Quelqu’un lui ayant appris que son fils avait été tué sur le champ de bataille, il demanda s’il était blessé par devant ou par derrière ; et comme on lui assura qu’il était tombé les armes à la main et qu’il était blessé par devant, il se consola en disant qu’il avait toujours souhaiter ce genre de mort pour lui et pour son fils. Sa vertu était d’autant plus solide qu’il était d’un caractère bouillonnant et impétueux. Il fut enterré dans l’église Sainte-Marie de York.

Quelques temps après, Léofrick mourut aussi ? C’était un homme d’une piété éminente et d’une prudence consommée. Les abondantes aumônes qu’il distribua aux pauvres, les églises qu’il bâtit ou répara, le célèbre monastère qu’il fonda à Coventry, furent les monuments publics de son zèle et de sa charité ; mais il joignit encore à ses vertus une humilité profonde. Les privilèges qu’il accorda à la ville de Coventry ont rendu son nom immortel dans le pays. Saint Edouard trouvait autant de secours que de consolation dans les pieux et sages conseils de ce grand homme. Algard, fils de Léofrick, fut fait duc de Mercie ; mais il ne se montra pas digne de son père.

Saint Edouard le Confesseur s’est surtout rendu célèbre par ses lois ? Il adopta ce qu’il y avait d’utile dans celles que l’on suivait alors et fit les changements et les additions qu’il crut nécessaires. Depuis, son code devint commun à toute l’Angleterre sous le nom de Lois d’Edouard le Confesseur, titre par lequel elles sont distinguées de celles que donnèrent les rois normands. Elles font partie du droit britannique, excepté en quelques points qui depuis ont subi des changements. Les peines infligées aux coupables par ces lois ne sont point sévères, elles reconnaissent peu de crimes punissables de mort ; les amendes y sont déterminées d’une manière fixe et ne dépendent point de la volonté des juges. Elles pourvoient à la sûreté publique et assurent à chaque particulier la propriété de ce qu’il possède. On était rarement dans le cas de sévir, parce qu’on veillait à l’observation des lois et que la justice était bien administrée.

L’écrivain Gurdon de commenter :
" La sage administration du pieux roi avait autant et même plus de pouvoir sur le peuple que le texte des lois."
" Edouard le Confesseur, ce grand et sage législateur, régnait dans le cœur de ses sujets. L’amour, l’harmonie, l’intelligence qu’il y avait entre lui et l’assemblée générale de la nation, produisirent un bonheur qui devint la mesure de celui que le peuple désirait les siècles suivants. Les barons anglais et normands en appelaient à la loi et au gouvernement d’Edouard."

Guillaume le Conquérant. Il succédera en 1066 à saint Edouard
le Confesseur après le règne de quelques mois de Harold.

On a vu peu de princes qui se soient montrés aussi zélés qu’Edouard pour le bonheur de leurs peuples. Il prenait spécialement les malheureux sous sa protection, faisait observer les lois, et voulait que la justice fut rendue avec autant de d’intégrité que de promptitude. Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, fut lui-même le témoin des vertus et de la sagesse de son parent, lorsqu’en 1052 il vint le voir en Angleterre.

Saint Edouard, pendant son exil en Normandie, avait fait vœu d’aller visiter le tombeau de saint Pierre à Rome, si Dieu mettait fin aux malheurs de sa famille. Lorsqu’il se fut solidement établi sur le trône, il prépara de riches offrandes pour l’autel du Prince des Apôtres, et disposa tout pour se mettre en état de passer en Italie. Ayant convoqué ensuite l’assemblée générale de la nation, il y déclara l’engagement qu’il avait contracté, et fit sentir l’obligation où il était de témoigner à Dieu sa reconnaissance. Il proposa ensuite les moyens qui lui paraissaient les plus propres à faire fleurir le commerce et à maintenir la paix ; il finit par mettre ses sujets sous la protection du Ciel. Les principaux de l’assemblée alléguèrent les raisons les plus fortes pour le dissuader de l’exécution de son dessein. Après avoir loué sa piété, ils lui représentèrent avec larmes les dangers auxquels l’Etat serait exposé ; qu’on aurait à craindre tout à la fois les ennemis du dedans et du dehors ; qu’ils s’imaginaient déjà voir toutes les calamités tomber sur le royaume.

Edouard fut si touché de leurs raisons et de leurs prières, qu’il promit, avant de rien entreprendre, de consulter Léon IX, qui occupait alors la chaire de Pierre. Il envoya à Rome, pour ce sujet, Aëlred, archevêque d’York, Herman, évêque de Winchester, et deux abbés. Le Pape, persuadé que le roi ne pouvait quitter ses Etats sans exposer son peuple à de grands dangers, le dispensa de l’accomplissement de son vœu ; mais ce fut à condition qu’il distribuerait aux pauvres l’argent qu’il aurait dépensé en venant à Rome, et qu’il bâtirait ou doterait un monastère en l’honneur de saint Pierre.

Sébert, roi des Est-Angles, avait fondé la cathédrale de Saint-Paul de Londres. Quelques auteurs lui ont aussi attribué la fondation d’un monastère en l’honneur de saint Pierre, qui était hors les murs et au couchant de la ville. On dit que ce monastère occupait l’emplacement d’un ancien temple d’Apollon, qu’un tremblement de terre avait renversé : mais le silence de saint Bède le Vénérable fait croire qu’il fut bâti quelques années plus tard par quelque particulier et qu’il était peu de chose dans son origine. On l’appelait Torney. Des Danois l’ayant détruit, le roi Edgard le fit reconstruire. Saint Edouard, après l’avoir réparé, y fit des donations considérables ; il voulut encore qu’il fut honoré d’exemptions et de privilèges ; ce qu’il obtint du pape Nicolas II en 1059. On lui donna le nom de Westminster, à cause de sa situation. Il est devenu fort célèbre depuis par le sacre des rois et par la sépulture des grands hommes du royaume. C’était l’abbaye la plus riche de toute l’Angleterre lorsqu’on y détruisit tous les monastères.

Saint Edouard faisait sa résidence à Winchester, à Windsor et à Londres, mais plus communément à Islip, dans la province d’Oxford, où il était né. Anciennement les seigneurs du royaume demeuraient à la campagne et vivaient parmi leurs vassaux ; ils n’allaient à la cour qu’aux grandes fêtes et dans quelques occasions extraordinaires. La fête de Noël était une des principales où la noblesse se rendait auprès du roi. Saint Edouard la choisit pour la dédicace de la nouvelle église de Westminster, afin que la cérémonie s’en fît avec plus de solennité. Les personnes les plus qualifiées du royaume y assistèrent. Le roi signa l’acte de fondation, et y fit insérer à la fin de terribles imprécations contre ceux qui oseraient violer les privilèges de son monastère.

Plusieurs historiens rapportent divers miracles opérés par saint Edouard. Un lépreux le pria instamment de le porter sur son dos royal dans l’église de Saint-Pierre, disant que ce saint avait promis qu’il guérirait par ce moyen. Ce bon prince se prêta à cette cérémonie rebutante et obtint ainsi la guérison du malade. Par le signe de la croix, il guérit une femme d’une tumeur chancreuse reconnue incurable. Trois aveugles ont recouvré la vue en s’appliquant l’eau dont le prince s’était servi pour se laver les mains. Saint Edouard mérita un jour de voir Notre Seigneur Jésus-Christ pendant le saint sacrifice de la messe et de recevoir visiblement sa bénédiction.

Mort de saint Edouard le Confesseur. Déjà, les humbles se
pressent au pied de son tombeau afin de présenter au saint
leurs prières. Manuscrit du XIVe.

Après le Prince des Apôtres, celui des saints auquel saint Edouard avait le plus de dévotion était saint Jean l’Evangéliste, ce parfait modèle de la pureté et de la charité. Voici à ce sujet une histoire charmante.

Saint Edouard ne refusait jamais l’aumône qu’on lui demandait au nom de saint Jean l’Evangéliste. Un jour, n’ayant rien autre chose, il donne son anneau à un étranger qui le priait au nom de saint Jean. Quelque temps après, deux Anglais qui allaient à Jérusalem visiter le Saint Sépulcre, s’égarèrent un soir et se trouvèrent surpris par la nuit. Comme ils ne savaient plus que devenir, un vénérable vieillard les remit dans leur chemin, les conduisit à la ville, et leur dit qu’il était le disciple bien-aimé de Notre Seigneur Jésus-Christ ; qu’il chérissait singulièrement leur prince, Edouard, à cause de sa chasteté, et qu’il les assisterait aussi dans tout leur voyage à sa considération. Ensuite il leur remit entre les mains la bague que ce prince avait donnée au pauvre pèlerin pour l’amour de lui, les assurant que c’était lui-même déguisé en pauvre qui l’avait reçue. Il les chargea de la lui rapporter à leur retour en Angleterre et de dire au saint roi qu’il viendrait le chercher au bout de six mois pour le mener avec lui à l’Agneau sans tâche.

Le roi reçut de ces deux pèlerins sa bague et les promesses de saint Jean en fondant en larmes et en louant Dieu pour une faveur si insigne.

Mort de saint Edouard le Confesseur. Tapisserie de Bayeux. XIIe.

S’étant trouvé mal à la cérémonie de dédicace de l’église de Westminster dont nous avons parlé plus haut, il n’y assista pas moins jusqu’à la fin ; mais fut obligé de se mettre au lit à l’issue de la cérémonie. Il ne pensa plus dès lors qu’à se préparer à la mort par des actes fervents de piété et par la réception des sacrements ? Tous les seigneurs de sa cour témoignaient la douleur la plus vive. Voyant la reine fondre en larmes, saint Edouard lui dit :
" Ne pleurez plus ; je ne mourrai point, mais je vivrai ; j’espère en quittant cette terre de mort entrer dans la terre des vivants pour y jouir du bonheur des saints."
Il la recommanda ensuite à Harold et à d’autres seigneurs, et il leur déclara qu’elle était resté e vierge. Il expira tranquillement le 5 janvier 1066, dans la 64e année de son âge et après un règne de 23 ans.

Saint Edouard le Confesseur est ordinairement représenté, tantôt donnant l’aumône à un pauvre, tantôt portant un malade sur ses épaules.

CULTE ET RELIQUES

Ancienne abbaye de Westminster. Fondée par saint Edouard
le Confesseur, elle est aujourd'hui et depuis le XVIe
siècle occupée par la secte anglicane.

Après sa mort, les miracles qui se firent sur son tombeau contribuèrent beaucoup à l’établissement de son culte. Des aveugles recouvrèrent la vue, des paralytiques guérirent, etc.

Guillaume le Conquérant, qui monta sur le trône en 1066, fit renfermer le corps de saint Edouard dans un cercueil magnifique qui fut à son tour placé dans une châsse d’or et d’argent. 36 ans après, en 1102, le corps de notre saint fut levé de terre par l’évêque de Rochester, qui le trouva entier, flexible et sans corruption, avec ses habits qui paraissaient encore tout neuf.

Châsse renfermant les reliques de saint Edouard le Confesseur.
Ancienne abbaye de Westminster, fondée par saint Edouard et
aujourd'hui occupée par une secte des plus perfides.

Le bienheureux Edouard fut canonisé en 1161 par Alexandre III et sa fête fut marquée au 5 janvier. Deux ans plus tard, saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, en fit une translation plus solennelle, à laquelle le roi Henri II assista accompagné de 14 évêques, de 5 abbés et de toute sa noblesse. Ce prince porta ce saint dépôt sur ses propres épaules dans tout le cloître de l’abbaye de Westminster. Cette translation se fit le 13 octobre, jour auquel on a depuis célébré sa principale fête. Le concile national d’Oxford, tenu en 1222, ordonna qu’elle serait d’obligation en Angleterre.

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jeudi, 12 octobre 2017

12 octobre. Saint Edwin, roi de Northumbrie et martyr, patron d'York. 633.

- Saint Edwin, roi de Northumbrie et martyr, patron d'York. 633.

Pape : Honorius Ier. Rois de Northumbrie : Aethelfrith (prédécesseur), Osric (successeur).

" La preuve la plus éclatante de la vertu des rois, c'est que leur autorité assure au peuple la paix, à l'Eglise la tranquillité, à la religion un accroissement agréable à Notre Seigneur Jésus-Christ."
Jean de Salisbury.

Statue de saint Edwin. Cathédrale d'York.

Né vers 585, fils du roi Aella de Deira (sud de la Northumbrie, région du Yorkshire), Saint Edwin n'avait que 3 ans à la mort de son père. Notre saint fut privé du trône par le roi Ethelfrith de Bernicie (Nord de la Northumbrie), qui s'empara du royaume d'Aella. Edwin passa les 30 années suivantes au Pays de Galles et en Est Anglie. Etant encore jeune homme, il épousa Cwenburg de Mercie qui lui donna 2 fils.

En 616, avec l'aide du roi Baedwald (Redwald) d'Est Anglie, qui l'avait accueilli durant son exil, Edwin fut restauré sur le trône en battant et tuant Ethelfrith à la bataille d'Idle River.

Peuplement de l'île de Bretagne au VIIe siècle.

Edwin dirigea avec compétence, et, en 625, sa première femme étant décédée, il épousa Ethelburge, qui était une Chrétienne, soeur du roi Eadbald de Kent. Son ambassade avait en vue de solliciter cette union avait été repoussée dans un premier temps parce qu'il n'était pas Chrétien. Un contrat fut plus tard établi dans lequel il était reconnu à Ethelburge la liberté de culte, et Edwin s'engageait sérieusement à considérer de la rejoindre dans la foi.

Une fois l'accord trouvé, Ethelburge emmena avec elle en Northumbrie son confesseur, saint Paulin, un moine Romain qui avait été envoyé par saint Grégoire le Grand, pour aider saint Augustin dans son travail de conversion de l'Angleterre, et qui venait juste d'être consacré évêque d'York. L'évêque y vit une opportunité pour répandre la Foi dans les parties nordiques de l'île.

Le pensif et mélancolique roi n'était pas naturellement enclin à des actes irréfléchis, et de ce fait, cela prit du temps avant qu'il ne se convertisse. Les exemples de vertu Chrétienne qu'il voyait en sa femme, et en son chapelain, jouèrent un rôle important dans sa décision.
Mais 3 évènements particuliers furent déterminant dans le processus qui le conduit à la conversion. Le premier fut une tentative ratée d'assassinat contre sa personne par les Saxons de l'Ouest. Ensuite, l'abandon du paganisme par le grand prêtre Coifi dont l'influence religieuse sur les sujets de'Edwin étaiot grande. Enfin, le rappel par saint Paulin d'une expérience mystérieuse qu'Edwin avait vécue quelques années auparavant pendant qu'en exil, il avait vu le recouvrement de son royaume en songe.

Saint Bède le vénérable. Théologien et historien. Contemporain
de saint Edwin et de son successeur saint Oswald (lui aussi martyr),
il composa l'Histoire écclésiastique du peuple anglais.

A la suite de ces faits, Edwin se convertit au Christ en 627, et fut, comme le rapporte Bède, baptisé par saint Paulin à Pâque, après la naissance d'une fille. Nombre de membres de la cour d'Edwin et de ses sujets du Yorkshire et du Lincolnshire vinrent aussi à la Foi. Ainsi s'installa le Christianisme dans la Northumbrie. Les idoles et les faux dieux avaient déjà été détruits par Coifi lui-même, assisté et guidé par saint Paulin.

Le roi Edwin établit la loi et l'ordre dans le royaume, et devint vite le plus puissant roi d'Angleterre. Il étendit son territoire au nord dans le pays des Pictes, à l'ouest dans celui des Cumbriens et des Gallois, et vers Elmet près de Leeds. Le Vénérable Bède rapporte que durant la dernière année du règne du roi Edwin, il y avait une telle paix et un tel ordre dans ses possessions qu'un proverbe disait " une femme pourrait transporter son bébé nouveau-né à travers l'île de mer à mer sans aucun risque ".

Histoire ecclésiastique du peuple anglais.
Saint Bède le vénérable. Xe.

Suite à sa victoire sur le Wessex, Edwin a pu avoir été reconnu comme chef suprême de tous les royaumes Anglo-Saxons (sauf le Kent). Bède rapporte avec certitude qu'Edwin assuma la supériorité au sud de l'Humber. Peu après, il décida d'étendre sa suprématie sur un nombre plus grand encore de royaumes Britanniques. Avec une importante flotte à sa disposition, Edwin conquit l'Ile de Man, forçant le roi Anllech à fuir, avant de faire mouvement vers Gwynedd. Son vieux frère adoptif, le roi Cadfan, était mort récemment, et Edwin semble avoir été décidé à résoudre sa vieille rivalité avec Cadwallon une fois pour toutes. Le roi de Northumbrie conquit Anglesey et assiégea son neveu par alliance sur l'Ile Puffin avant de finallement le forcer à fuir en Bretagne.

Edwin commença à consolider sa position. A la court royale à Yeavering, il autorisa saint Paulin à le convertir au Christianisme. Le roi voyagea ensuite vers York pour être baptisé dans la proto-cathédrale de Paulin et persuada tous ses nobles, ainsi que ses rois subalternes (tel le roi Eorpwald d'Est Anglie) de le suivre : assurant ainsi l'unité du royaume. Ce fut un mouvement prestigieux qui amena des lettres et des dons considérables au pape. Edwin s'occupa aussi de refortifier York et la célèbre " Anglian Tower ", Tour Anglaise, pourrait dater de cette époque. Bien que cette ville puisse être considérée comme la capitale d'Edwin, il tint un nombre important de centres administratifs, résidant alternativement dans chaque, selon un circuit qui sera adopté par la suite par les rois Saxons et Normands. Le plus important furent Yeavering en Bernicie, York et Catterick à Deira, et Campoduno (près de Doncaster) à Elmet. Bède décrit comment Edwin effectuait ses voyages circulaires, précédé par un porte-étendard comme il cheminait à travers ses cités, propriétés et royaumes avec son escorte. Plus encore, quand il allait quelque part sur les routes, il voulait avoir en avant de lui le type d'étendard que les Romains appelaient un " tufa " et les Anglais un " thuf ".

Il ne peut jamais réaliser son intention de bâtir une église en pierre à York - un évènement sans précédent en ce temps-là - parce que son royaume fut envahi par les rois païens Penda de Mercie et Cadwallon du nord du Pays de Galles. Edwin fut battu et tué à la bataille d'Hatfield Chase en 633. L'église fut bâtie, on y enseveli sa tête, et elle devint le centre de son culte.

Saint Edwin et saint Paulin. Gravure du XVIIe.

Après sa mort, la Northumbrie retourna au paganisme et saint Paulin eut à convoyer Ethelburge et ses enfants par mer pour les mettre en sécurité dans le Kent, où durant les 10 dernières années de sa vie, il embellit son diocèse de Rochester. Les massacres et le chaos qui suivirent la mort d'Edwin cessèrent à l'accession de saint Oswald sur le trône de Northumbrie en 634.

Si sa fête n'est pas reprise dans le moindre des anciens livres liturgiques de Northumbrie nous étant parvenus, il y a au moins une ancienne dédicace d'église en son honneur. A Rome, le pape Grégoire XIII approuva implicitement son culte en incluant Edwin parmi les martyrs anglais repris sur les fresques murales du Collège anglais de Rome.

Le culte d'Edwin existe aussi à Whitby, qui avait un tombeau avec son corps, que l'on disait avoir été découvert par révélation et y amené d'Hatfield Chase. L'abbaye de Whitby fut gouvernée par la suite par la fille d'Edwin, sainte Enfleda, et sa petite-fille, sainte Elfleda. Elle devint le lieu de sépulture pour les membres royaux de la maison de Deira et pour la maison du premier biographe de saint Grégoire Ier. (Attwater, Bénédictins, Delaney, Encyclopaedia, Farmer).

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mercredi, 11 octobre 2017

11 octobre. Fête de la maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie. 431 - 1931.

- Fête de la maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie. 431 - 1931.

Pape : Pie XI.

" C'est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c'est aussi par elle qu'il doit régner dans le monde. Marie a été très cachée dans sa vie : c'est pourquoi elle est appelée par le Saint-Esprit et l'Eglise Alma Mater : Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu'elle n'a point eu sur la terre d'attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n'être connue que de Dieu seul."
Saint Louis-Marie Grignon de Montfort. Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge Marie.


Couronnement de la Très sainte Vierge Marie. Sano di Pietro. XIVe.

En 431, un concile général convoqué à Ephèse proclama et définit le dogme de la Maternité divine de la très Sainte Vierge. Jusque-là, il n'avait jamais été contesté qu'il y avait deux natures en Notre-Seigneur : la nature divine et la nature humaine, mais qu'il n'y a qu'une seule personne. Notre-Dame étant la Mère de l'unique personne de Jésus-Christ, a le droit d'être appelée Mère de Dieu, au même titre que nos mères, qui, bien qu'elles n'aient point formé nos âmes, mais seulement nos corps, sont cependant appelées les mères de l'homme tout entier, corps et âme. Car, si l'homme n'est homme qu'en tant que son âme est unie à son corps, Jésus-Christ n'est réellement Jésus-Christ qu'autant que Sa Divinité est unie à Son Humanité.

En 1931, à l'occasion du quinzième centenaire du grand concile d'Ephèse, Pie XI institua la fête que nous célébrons aujourd'hui.


Mariage de la très sainte Vierge Marie.
Giampietro Campana di Cavelli. XVe.

La Maternité divine de Marie L'élève au-dessus de toutes les créatures. L'Église honore en ce jour cet incomparable privilège accordé à Marie, dogme fondamental de notre sainte religion. Grande est la dignité de la mère! Mais combien plus digne de vénération est celle de la Mère du Fils de Dieu qui a engendré dans le temps Celui qui est engendré du Père de toute éternité !

" Il y a dans cette maternité, dit saint Thomas, une dignité en quelque sorte infinie, puisqu'Elle a pour Fils Celui que les anges adorent comme leur Dieu et leur Seigneur. Cette suréminente dignité est la raison d'être de Son Immaculée Conception, de Son élévation au-dessus des anges, de la toute-puissance de Son crédit auprès de Dieu."

Cette élévation donne à Marie une autorité qui doit inspirer notre confiance envers Celle que l'Église appelle Mère de Dieu, Mère du Christ, Mère de la divine grâce, Mère très pure, Mère très chaste, Mère aimable, Mère admirable, Mère du Créateur, Mère du Sauveur.

En nous faisant vénérer ainsi la très Sainte Vierge, l'Église veut susciter en nos âmes un amour filial pour Celle qui est devenue notre propre Mère par la grâce. Marie nous a tous enfantés au pied de la croix. Notre prérogative de frères adoptifs de Jésus-Christ doit éveiller en nos coeurs une confiance illimitée envers Marie qui nous a adoptés sur le Calvaire, lorsqu'avant de mourir, le Sauveur nous a présenté à la Co-rédemptrice, en la personne de saint Jean, comme les enfants qu'Il désirait La voir adopter, disant :
" Mère, voilà Votre fils ; fils, voilà votre Mère !"
Ces paroles sont comme le leg testamentaire du Christ.

" Que peut-on concevoir au-dessus de Marie ? demande saint Ambroise, quelle grandeur surpasse celle qu'a choisie pour Mère Celui qui est la grandeur même ?"
" Il a plu à Dieu d'habiter en Vous, ô Marie, dit saint Bernard, lorsque de la substance de Votre chair immaculée, comme du bois incorruptible du Liban, le Verbe S'est édifié une maison par une construction ineffable. C'est en Vous, ô Mère unique et bien-aimée qu'Il S'est reposé et qu'Il a versé sans mesure, tous Ses trésors..."

11 octobre. Saint Gomer d'Emblehem, confesseur. 774.

- Saint Gomer d'Emblehem, confesseur. 774.

Pape : Adrien Ier. Roi de France : Saint Charlemagne.

" L'humilité d'une âme est d'autant plus précieuse qu'elle sort de la source de l'amour ou de la racine de la ferveur."
Richard de Saint-Victor.

Saint Gomer. Gravure du XVIIe.

Gomer, appelé aussi Gomrnaire, naquit à Emblehem, près de Lierre, au diocèse (romain) actuel de Mechelen (Malines), vers le commencement du VIIIe siècle. Ses parents l'élevèrent dans la pratique des maximes de l'Evangile. L'enfance et la jeunesse de notre Saint se passèrent dans l'innocence ; il était pieux, doux, affable et plein de compassion pour les malheureux.

Pépin, étant devenu, de maire du palais, roi des Francs, le fit venir à la cour. Gomer sut y conserver son innocence ; fidèle à tous ses devoirs, il n'avait aucun des vices qui sont si communs parmi les courtisans. Le jeûne et la prière le fortifiaient contre la corruption générale ; il était généreux, et en quelque sorte prodigue, quand il s'agissait d'assister ceux qui étaient dans le besoin. Loin de faire le moindre tort à son prochain, il cherchait à faire du bien à tout le monde.


Collégiale Saint-Gomer (ou Saint-Gommaire) à Lierre (Flandres).
Les reliques de notre saint y sont conservées.

Pépin, qui, malgré ses défauts, savait rendre justice au mérite, lui confia les places les plus importantes ; il lui proposa même un parti considérable pour la naissance et la fortune, dans la personne de Gwinmarie : le mariage fut bientôt conclu et célébré.

Peu de temps après leur mariage, Gomer fut obligé de suivre le prince à la guerre, et de laisser ainsi sa maison sous la conduite de sa femme. Mais il s'en fallait de beaucoup que Gwinmarie ressemblât à Gomer ; c'était une femme acariâtre. Sa conduite devint pour son mari une source continuelle d'épreuves bien pénibles. Gomer souffrait sans se plaindre, n'attendant que de Dieu sa consolation.

Il employa tous les moyens possibles pour gagner celle qui, malgré tous ses travers, était son épouse devant Dieu et les hommes ; mais tous ses efforts furent inutiles. Ayant été obligé de suivre le roi Pépin dans les différentes guerres qu'il fit en Lombardie, en Saxe et en Aquitaine, il fut nécessairement éloigné d'elle pendant l'espace de 8 ans.


Ceinture de saint Gomer conservée dans la collégiale Saint-Gomer
de Lierre. Elle fut l'occasion d'un très grand nombre de miracles.

A son retour, ses peines devinrent encore plus grandes. Il trouva les affaires de sa maison dans l'état le plus déplorable. Ses domestiques, ses fermiers et ses vassaux se plaignirent des indignes traitements qu'ils avaient eu à souffrir. Il leur accorda à tous la satisfaction qu'ils demandaient.

Etant parti en pélerinage vers Rome, notre Saint, un soir, crut pouvoir faire couper un arbre, sur le bord d'une forêt, pour reposer sa tête. Le propriétaire l'injuria, le menaça à cause du dommage qu'il lui avait causé. Gomer s'excusa humblement et promit de le réparer. En effet, il passa la nuit en prières, et le lendemain matin il unit les 2 parties de l'arbre, qui devint tout à coup aussi vigoureux qu'il était. Le propriétaire étant revenu, et voyant son arbre sur pied et plein de verdure comme auparavant, admira la vertu de Gomer, et, ne se croyant pas digne de posséder une terre où un si saint homme avait campé, il la lui donna avec l'arbre qui était dedans. Un Ange apparut aussi à notre saint confesseur, et lui déclara que ce n'était pas la volonté de Dieu qu'il aille à Rome ; mais ce qu'il exigeait de lui, c'était que, dans sa terre de Nivesdonck, il bâtît un ermitage pour lui servir de retraite pendant sa vie et de sépulture après sa mort.

Le Saint obéit aux ordres du Ciel, bâtit une église en l'honneur de saint Pierre, avec un ermitage, et choisit ce lieu pour sa demeure.

Il ne quitta pas pour cela le soin de sa famille : il allait de temps en temps à sa terre d'Emblehem, où il rendait aux pauvres et aux malheureux tous les devoirs de la charité Chrétienne. Il revêtait les uns, et donnait à boire et à manger à ceux qui avaient faim et soif. Il avait un soin extraordinaire des malades, et ne souffrait pas qu'ils manquassent de rien. Il recevait les pèlerins et les traitait avec toute sorte de bienveillance ; il assistait les veuves et se faisait leur protecteur. Enfin il était le père commun de toutes les personnes qui étaient dans la nécessité.


Retable de Saint-Gomer. Collégiale Saint-Gomer de Lierre. XVe.

Cependant, loin d'imiter de si beaux exemples, Gwinmarie continuait ses mauvais traitements envers ses serviteurs. Un jour que ses moissonneurs étaient tourmentés de la soif, elle ne voulut pas souffrir qu'ils prissent un moment de relâche pour aller se rafraîchir. Mais le saint homme, qui vint à passer par là, frappa la terre de son bâton, et fit jaillir, pour les désaltérer, une source que l'on voit encore aujourd'hui au village d'Emblehem. Sa femme fut saisie d'une fièvre si violente qu'elle était sur le point de mourir. Elle en fit avertir le Saint, qui lui rendit au plus tôt la santé par le Signe de la Croix et lui fit prendre un verre d'eau qu'il lui présenta de sa propre main. Par ses bontés et plus encore par ses prières, il la convertit entièrement : Gwinmarie passa dans la pénitence le reste de sa vie et mourut de la mort des justes.

Saint Rombaut, qui avait quitté l'évêché de Dublin, en Irlande, pour venir en Belgique, éclairait toutes ces provinces par sa doctrine et par ses exemples. Il lia une si étroite amitié avec notre Saint, que, pour avoir plus de liberté de s'entretenir avec lui des choses divines, il marqua un lieu, appelé Stadek, entre la demeure de l'un et de l'autre où tous 2 devaient se trouver à jour nommé pour cette pieuse conférence.

La première fois qu'ils s'y assemblèrent, les bâtons secs qu'ils avaient apportés à la main prirent racine et portèrent des fleurs et des feuilles. Tout le voisinage fut extrêmement édifié de leur union. Il se faisait un grand concours de peuple toutes les fois qu'ils s'assemblaient. Enfin, on bâtit en cet endroit un oratoire, où, au jour de la conférence, on célébrait les saints Mystères. Saint Gomer mourut dans la paix et dans le baiser du Seigneur, le 11 octobre, vers l'an 774.

Il est représenté parlant de la Foi avec saint Rombaut (Rumold). Il tient un bâton qui pousse des feuilles comme celui de son compagnon.

CULTE ET RELIQUES


La Tour Zimmer à Lierre, non loin de la collégiale Saint-Gomer,
abrite une horloge astronomique du XVIIIe/XIXe remarquable
(reconstruite et actualisée entièrement au début du XXe siècle).

Son corps fut d'abord inhumé dans l'église d'Emblehem, où il était décédé ; mais, Dieu ayant révélé à une sainte religieuse nommée Vrachilde, qu'il devait être enterré dans l'église de Saint-Pierre, auprès de son ermitage, on le mit dans un bateau pour l'y transporter. Et alors le bateau monta de lui-même, sans voile, sans rames et sans batelier, contre le cours de l'eau, jusqu'à ce qu'il fût arrivé au lieu que la divine Providence lui avait marqué. Ce lieu, appelé Nivesdonck, fut peu après nommé Ledo ou Ledi. C'est le nom qu'on lui donne dans le partage du royaume qui se fit en 870 sous Lothaire, roi d'Austrasie. Enfin, l'affluence des fidèles, que la piété y attira pour honorer la mémoire de saint Gomer, donna naissance à la ville de Lierre.

Les reliques du saint furent conservées pendant plusieurs siècles dans la chapelle qu'il avait bâtie. Elles furent transférées ensuite dans la belle église collégiale de Saint-Jean, qui prit le nom de Saint-Gomer, et qui est aujourd'hui comme autrefois l'église paroissiale. Ces reliques, dont l'authenticité fut constatée en 1804 par l'archévêque de Malines Jean-Armand de Roquelaure, sont conservées dans une magnifique châsse d'argent, faite en 1682, chef-d'oeuvre de ciselure et d'ornementation, que l'esprit religieux des Lierrois a su dérober à la cupidité des révolutionnaires français du XVIIIe siècle.

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mardi, 10 octobre 2017

10 octobre. Saint François de Borgia, confesseur. Duc de Gandie, IIIe général de la compagnie de Jésus. 1572.

- Saint François de Borgia, confesseur. Duc de Gandie, IIIe général de la compagnie de Jésus. 1572.

Pape : Saint Pie V. Roi d'Espagne : Philippe II.

" Peu m'importe que l'amour des choses terrestres meure en moi, pourvu que l'amour des choses du ciel vive dans mon coeur."
Maxime de saint François de Borgia.

Saint Francisco de Borgia. Alonso Cano. XVIe.

François, quatrième duc de Gandie, naquit de Jean de Borgia et de Jeanne d'Aragon, petite-fille de Ferdinand le Catholique. Admirable avait été parmi les siens l'innocence et la piété de son enfance ; plus admirable fut-il encore dans les exemples de vertu chrétienne et d'austérité qu'il donna par la suite, à la cour d'abord de l'empereur Charles-Quint, plus tard comme vice-roi de Catalogne. Ayant dû conduire le corps de l'impératrice Isabelle à Grenade pour l'y remettre aux sépultures royales, l'affreux changement des traits de la défunte le pénétra tellement de la fragilité de ce qui doit mourir, qu'il s'engagea par vœu à laisser tout dès qu'il le pourrait pour servir uniquement le Roi des rois. Si grands furent dès lors ses progrès, qu'il retraçait au milieu du tourbillon des affaires une très fidèle image de la perfection religieuse, et qu'on l'appelait la merveille des princes.

Saint François de Borgia assistant un mourant. Francisco Goya. XVIIe.

A la mort d'Eléonore de Castro son épouse, il entra dans la Compagnie de Jésus. Son but était de s'y cacher plus sûrement, et de se fermer la route aux dignités par le voeu qu'on y fait à l’encontre. Nombre de personnages princiers s'honorèrent de marcher après lui sur le chemin du renoncement, et Charles-Quint lui-même ne fit pas difficulté de reconnaître que c'étaient son exemple et ses conseils qui l'avaient porté à abdiquer l'empire. Tel était le zèle de François dans la voie étroite, que ses jeûnes, l'usage qu'il s'imposait des chaînes de fer et du plus rude cilice, ses sanglantes et longues flagellations, ses privations de sommeil réduisirent à la dernière maigreur son corps ; ce pendant qu'il n'épargnait aucun labeur pour se vaincre lui-même et sauver les âmes. Tant de vertu porta saint Ignace à le nommer son vicaire général pour l'Espagne, et peu après la Compagnie entière l'élisait pour troisième Général malgré ses résistances. Sa prudence, sa sainteté le rendirent particulièrement cher en cette charge aux Souverains Pontifes et aux princes. Beaucoup de maisons furent augmentées ou fondées par lui en tous lieux ; il introduisit la Compagnie en Pologne, dans les îles de l'Océan, au Mexique, au Pérou ; il envoya en d'autres contrées des missionnaires dont la prédication, les sueurs, le sang propagèrent la foi catholique romaine.

Saint françois de Borgia et Charles Quint devant la dépouille de
l'épouse de ce dernier, Isabelle de Portugal.

Si humbles étaient ses sentiments de lui-même, qu'il se nommait le pécheur. Souvent la pourpre romaine lui fut offerte par les Souverains Pontifes ; son invincible humilité la refusa toujours. Balayer les ordures, mendier de porte en porte, servir les malades dans les hôpitaux, étaient les délices de ce contempteur du monde et de lui-même. Chaque jour, il donnait de nombreuses heures ininterrompues, souvent huit, quelquefois dix, à la contemplation des choses célestes. Cent fois le jour, il fléchissait le genou, adorant Dieu. Jamais il n'omit de célébrer le saint Sacrifice, et l'ardeur divine qui l'embrasait se trahissait alors sur son visage ; parfois, quand il offrait la divine Hostie ou quand il prêchait, on le voyait entouré de rayons. Un instinct du ciel lui révélait les lieux où l'on gardait le très saint corps du Christ caché dans l'Eucharistie. Saint Pie V l'ayant donné comme compagnon au cardinal Alexandrini dans la légation qui avait pour but d'unir les princes chrétiens contre les Turcs, il entreprit par obéissance ce pénible voyage, les forces déjà presque épuisées ; ce fut ainsi que, dans l'obéissance, et pourtant selon son désir à Rome où il était de retour, il acheva heureusement la course de la vie, dans la soixante-deuxième année de son âge, l'an du salut mil cinq cent soixante-douze. Sainte Thérèse qui recourait à ses conseils l'appelait un saint, Grégoire XIII un serviteur fidèle. Clément X, à la suite de ses grands et nombreux miracles, l'inscrivit parmi les Saints.

Saint François de Borgia.
Statue. Université de Séville. XVIIe.

PRIERE

" Vanité des vanités, tout n'est que vanité (Ecclc. I, 1.) ! Il n'eut besoin d'aucun discours pour s'en convaincre, le descendant des rois célébré en ce jour, lorsqu'à l'ouverture du cercueil où l'on disait qu'était endormi ce que l'Espagne renfermait de jeunesse et de grâces, la mort lui révéla soudain ses réalités. Beautés de tous les temps, la mort seule ne meurt pas ; sinistre importune qui s'invite de vos danses et de vos plaisirs, elle assiste à tous les triomphes, elle entend les serments qui se disent éternels. Combien vite elle saura disperser vos adorateurs ! Quelques années, sinon quelques jours, peut-être moins, séparent vos parfums d'emprunt de la pourriture de la tombe.

" Assez des vains fantômes ; assez servi les rois mortels ; éveille-toi, mon âme."
C'est la réponse de François de Borgia aux enseignements du trépas. L'ami de Charles-Quint, le grand seigneur dont la noblesse, la fortune, les brillantes qualités ne sont dépassées par aucun, abandonne dès qu'il peut la cour. Ignace, l'ancien soldat du siège de Pampelune, voit le vice-roi de Catalogne se jeter à ses pieds, lui demandant de le protéger contre les honneurs qui le poursuivent jusque sous le pauvre habit de jésuite où il a mis sa gloire.

Saint François de Borgia.
Bernardo Lorente German. XVIIIe.

" Seigneur Jésus-Christ, modèle de l'humilité véritable et sa récompense ; en la manière que vous avez fait du bienheureux François votre imitateur glorieux dans le mépris des honneurs de la terre, nous vous en supplions, faites que vous imitant nous-mêmes, nous partagions sa gloire." (Collecte du jour) C'est la prière que l'Eglise présente sous vos auspices à l'Epoux. Elle sait que, toujours grand près de Dieu, le crédit des Saints l'est surtout pour obtenir à leurs dévots clients la grâce des vertus qu'ils ont plus spécialement pratiquées.

Combien précieuse apparaît en vous cette prérogative, Ô François, puisqu'ell s'exerce dans le domaine de la vertu qui attire toute grâce ici-bas, comme elle assure toute grandeur au ciel ! Depuis que l'orgueil précipita Lucifer aux abîmes et que les abaissements du Fils de l'homme ont amené son exaltation par delà les deux (Philipp. II, 6, 11.), l'humilité, quoi qu'on ait dit dans nos temps, n'a rien perdu de sa valeur inestimable ; elle reste l'indispensable fondement de tout édifice spirituel ou social aspirant à la durée, la base sans laquelle nulles autres vertus, fût-ce leur reine à toutes, la divine charité, ne sauraient subsister un jour. Donc, Ô François, obtenez-nous d'être humbles ; pénétrez-nous de la vanité des honneurs du monde et de ses faux plaisirs. Puisse la sainte Compagnie dont vous sûtes, après Ignace même, augmenter encore le prix pour l'Eglise, garder chèrement cet esprit qui fut vôtre, afin de grandir toujours dans l'estime du ciel et la reconnaissance de la terre."

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lundi, 09 octobre 2017

9 octobre. Saint Denis l'Aréopagite, Ier évêque d'Athènes et de Paris, saint Rustique, saint Eleuthère, ses compagnons, martyrs. Ier.

- Saint Denis l'Aréopagite, Ier évêque d'Athènes et de Paris, saint Rustique, saint Eleuthère, ses compagnons, martyrs. Ier.

Pape : Saint Clément Ier. Empereurs romains : Domitien, Nerva.

" Pendant que tremble la main du bourreau, sur le visage du veillard martyr rayonne un calme divin. Au Christ qu'il prêche encore de sa voix mourante, il offre sa tête, belle de blancheur."
Santeuil.

Saint Denis et les philosophes à Athènes. Vies de saints. XIVe.

Denys veut dire qui fuit avec force. Il peut venir de dyo, deux, et nisus, élévation, élevé en deux choses, savoir quant au corps et quant à l’âme. Ou bien il vient de Dyana, Vénus, déesse de la beauté, et de syos, Dieu, beau devant Dieu. Selon d'autres il viendrait de Dyonisia, qui est, d'après Isidore, une pierre précieuse de couleur noire servant contre l’ivresse. En effet saint Denys s'est empressé de fuir le monde avec une parfaite abnégation ; il a été élevé à la contemplation des choses spirituelles, beau aux yeux de Dieu par l’éclat de ses vertus, fort contre l’ivresse du vice à l’égard des pécheurs.

Avant sa conversion il eut plusieurs prénoms : on l’appela l’Aréopagite, du lieu de sa demeure ; Théosophe, qui veut dire instruit dans les sciences divines. Jusqu'à ce jour les sages de la Grèce l’appellent pterugion tou ouranou, qui veut dire aile du ciel, pour avoir pris son vol vers le ciel sur l’aile de l’intelligence spirituelle. On l’appela encore Macarius,qui signifie heureux ; Ionique du nom de sa patrie. L'Ionique, dit Papios, est un dialecte grec, ou bien encore c'est un genre de colonnes. Ionique, d'après le même auteur, est une mesure d'un pied qui contient deux brèves et deux longues. On voit par là que saint Denys fut instruit dans la connaissance de Dieu en se livrant à l’investigation des choses cachées ; il fut l’aile du ciel en contemplant les choses célestes, et bienheureux par la possession des biens éternels.

Dormition de Notre Dame. Saint Denis et les Apôtres
transportés à Jérusalem. Livre d'heures. XIVe.

Par le reste, on voit qu'il fut un rhéteur merveilleux en éloquence, le soutien de l’Eglise par sa doctrine, bref par son humilité et long par sa charité envers les autres. Cependant saint Augustin dit au VIIIe Livre de la Cité de Dieu que l’Ionien est une école philosophique Il distingue deux écoles savoir l’Italique qui doit son nom à l’Italie et l’Ionienne qui le doit à la Grèce. Or, parce que saint Denys était un philosophe éminent, il est appelé Ionien par antonomase. Sa vie et son martyre ont été écrits en grec par Méthode de Constantinople, et traduits en latin par Anastase, bibliothécaire du siège apostolique, d'après ce que dit Hincmar, évêque de Reims (Ep. XXIII, à Charles, empereur).

Saint Denis et saint Clément, pape. Vies de saints. XIVe.

Denys l’aréopagite fut converti à la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ par l’apôtre saint Paul. On l’appelle aréopagite du quartier de la ville où il habitait. L'aréopage était le quartier de Mars, parce qu'il y avait un temple dédié à ce Dieu. Les Athéniens donnaient aux différentes parties de la ville le nom du dieu qui était honoré; ainsi celle-ci était appelée Aréopage parce que Ares est un des noms de Mars : ainsi le quartier où Pan était adoré se nommait Panopage, et ainsi des autres.

Or, l’Aréopage était le quartier le plus remarquable, puisque c'était celui de la noblesse et des écoles des arts libéraux. C'était donc là que demeurait Denys très grand philosophe, qui, à raison de sa science et de la connaissance parfaite qu'il avait des noms divins, était surnommé Théosophe, ami de Dieu. Il y avait avec lui Apollophane, philosophe gtii partageait ses idées. Là se trouvaient aussi les Epicuriens qui faisaient consister le bonheur de l’homme dans les seules voluptés du corps, et les stoïciens qui le plaçaient dans les vertus de l’esprit. Or, le jour de la passion de Notre-Seigneur, au moment que les ténèbres couvrirent la terre entière, les philosophes d'Athènes ne purent trouver la raison de ce prodige dans les causes naturelles. En effet cette éclipse ne fut pas naturelle, parce que la lune n'était pas alors dans la région du soleil, tandis qu'il n'y a d'éclipse que quand il y a interposition de la lune et du soleil. Or, c'était le quinzième jour de la lune, et par conséquent elle était tout à fait éloignée du soleil ; en outre l’éclipse ne prive pas de lumière toutes les contrées du monde, et elle ne peut durer trois heures.


Saint Denis envoyé en Gaule. Livre d'heures. XIVe.

Or, cette éclipse priva de lumière toutes les parties de la terre, ce qui est positif par ce que dit saint Luc, et parce que c'était le Seigneur de l’univers qui souffrait, enfin parce qu'elle fut visible à Héliopolis en Egypte, à Rome, en Grèce et dans l’Asie-Mineure. Elle eut lieu à Rome ; Orose l’atteste quand il dit (voir saint Thomas, IIIe part., quest. XLIV, art. 2, où ce passage de saint Denys est expliqué avec beaucoup de soin) :
" Lorsque le Seigneur fut attaché au gibet, il se fit dans l’univers un très grand tremblement de terre ; les rochers se fendirent, et plusieurs des quartiers des plus grandes villes s'écroulèrent par cette commotion extraordinaire. Le même jour, depuis la sixième heure, le soleil fut entièrement obscurci, une nuit noire couvrit subitement la terre, en sorte que l’on put voir les étoiles dans tout le ciel en plein jour ou plutôt pendant cette affreuse nuit."

Elle eut lieu en Egypte, et saint Denys en fait mention dans une lettre à Apollophane :
" Les astres furent obscurcis par les ténèbres qui répandirent un brouillard épais; ensuite le disque solaire dégagé repartit. Nous avons pris la règle de Philippe d'Arridée, et après avoir trouvé, comme du reste c'était chose fort connue, que le soleil ne devait pas être éclipsé, je vous dis : et Sanctuaire de science profonde, voici encore un mystère que vous ne connaissez pas. Ô vous qui êtes le miroir de science, Apollophane, qu'attribuez-vous à ces secrets ?" A quoi vous m’avez répondu plutôt comme un dieu que comme un homme : " Mon bon Denys, la perturbation est dans les choses divines ".
Et quand saint Paul, aux lèvres duquel nous étions suspendus, nous fit connaître le jour et l’année du fait que nous avions noté, ces signes, qui étaient manifestes, nous en firent ressouvenir ; alors j'ai rendu les armes à la vérité, et je me suis débarrassé des liens de l’erreur."


Miracle de saint Denis. Livre d'heures. XIVe.

Il fait encore mention de cet événement dans l’épître à Polycarpe où il dit ce qui suit en parlant de soi et d'Apollophane (voir saint Thomas, IIIe part., quest. XLIV, art. 2, où ce passage de saint Denys est expliqué avec beaucoup de soin) :
" Tous deux nous étions à Héliopolis, quand à mon grand étonnement, nous vîmes la lune se placer en avant du soleil (ce n'était point l’époque de la conjonction). Nous l’avons vue de nouveau à la neuvième heure, elle s'éloigna du soleil et vint surnatureltement se remettre de manière qu'elle se trouvât diamétralement opposée à cet astre.
Vous avons vu l’éclipse commencer à l’orient, atteindre jusqu'au bord occidental du disque du soleil, pour revenir ensuite ; nous avons vu la décroissance et la réapparition de la lumière, non dans la mème partie du soleil, mais dans un sens diamétralement opposé."

C'était l’époque où saint Denys avec Apollophane était allé à Héliopolis en Egypte, dans le but d'étudier l’astrologie. Il en revint dans la suite. Cette éclipse eut lieu aussi en Asie, comme l’atteste Eusèbe dans sa chronique, où il assure avoir lu dans les écrits des païens, qu'à cette époque, il se fit en Bithynie, province de l’Asie-Mineure, un grand tremblement de terre, et la plus grande éclipse de soleil qu'il y ait jamais eu, et qu'à la sixième heure, le jour s'obscurcit au point qu'on vit les étoiles du ciel ; et qu'à Nicée ; ville de la Bithynie, le tremblement de terre renversa tous les édifices. Enfin, d'après ce qu'on lit dans l’Histoire scholastique, les philosophes furent amenés à dire que le Dieu de la Nature souffrait.

On lit encore ailleurs qu'ils s'écrièrent :
" Ou bien l’ordre de la nature est bouleversé, ou les éléments nous trompent, ou le Dieu de la nature souffre, et les éléments compatissent à sa douleur."
On lit aussi en un autre endroit que Denys s'écria :
" Cette nuit, que nous admirons comme une nouveauté, nous indique la venue de la lumière véritable qui éclairera le monde entier."
Ce fut alors que les Athéniens érigèrent a ce Dieu un autel où fut placée cette inscription : " Au Dieu inconnu ", car à chacun des autels, on mettait une inscription indiquant à qui il était dédié. Quand on voulut lui offrir des holocaustes et des victimes, les philosophes dirent : " Il n'a pas besoin de nos biens, mais vous fléchirez le genou devant son autel, et vous lui adresserez vos supplications, il ne réclame pas qu'on lui offre des animaux, mais la dévotion de l’âme ".
Or, quand saint Paul fut venu à Athènes, les philosophes épicuriens et les stoïciens discutaient avec lui. Quelques-uns disaient :
" Que veut dire ce discoureur ?"
Les autres :
" Il semble 'qu'il prêche de nouveaux dieux."
Alors ils le menèrent au quartier des philosophes afin d'y examiner cette nouvelle doctrine, et on lui dit :
" Vous nous dites certaines choses dont nous n'avons pas encore entendu parler; nous voudrions donc bien savoir quelles elles sont."
Or, les Athéniens passaient tout leur temps à dire et à entendre dire quelque chose de nouveau. Mais quand saint Paul eut vu, en passant, les autels des dieux, et entre autres celui du Dieu. inconnu, il dit à ces philosophes :
" Ce Dieu que vous adorez sans le connaître, je viens vous l’annoncer comme le vrai Dieu qui a créé le ciel et la terre."
Ensuite il dit à saint Denys qu'il voyait être le plus instruit dans les choses divines :
" Denys, quel est ce Dieu inconnu ?
- C'est lui, répondit Denys, le vrai Dieu, dont l’existence n'a pas encore été démontrée comme celle des autres divinités; il nous est inconnu et caché; c'est celui qui doit venir dans le siècle futur et qui doit régner éternellement."

Paul lui dit :
" Est-il homme ou seulement esprit ?
- Il est Dieu et homme, répondit Denys, mais il n'est inconnu que parce qu'il vit dans les cieux."

Saint Paul reprit :
" C'est lui que je prêche ; il est descendu des cieux, a pris une chair, a souffert la mort et est ressuscité le troisième jour."
Denys discutait encore avec Paul quand vint à passer devant eux un aveugle ; aussitôt l’Aréopagite dit à Paul :
" Si tu dis à cet aveugle au nom de ton Dieu : " Vois !", et qu'il voie, aussitôt je croirai ; mais ne te sers pas de paroles magiques ; car tu pourrais bien en savoir qui eussent cette puissance. Je vais te prescrire moi-même les paroles dont tu te serviras. Tu lui diras donc en cette teneur :
" Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ né d'une vierge, crucifié, mort, qui est ressuscité et est monté au ciel, vois."

Alors pour écarter tout soupçon, saint Paul dit à Denys de proférer lui-même ces paroles. Et quand Denys eut dit en cette formule à l’aveugle de voir, aussitôt cet homme recouvra la vue. De suite Denys avec sa femme Damarie et toute sa famille reçut le baptême et la foi. Il fut pendant trois ans instruit par saint Paul et ordonné évêque d'Athènes, où il se livra à la prédication et convertit à la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ la ville et une grande partie du pays.

Martyre de saint Denis, saint Rustique, saint Eleuthère
et sainte Laërtia. Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

On dit que saint Paul lui révéla ce qu'il avait vu quand il fut ravi au troisième ciel ; saint Denys lui-même semble l’insinuer dans plusieurs endroits : Aussi en traitant des hiérarchies des Anges, de leurs chœurs, de leur emploi et de leur ministère, il s'exprime avec tant de sagesse et de clarté que vous croiriez qu'il n'a pas appris ces choses d'un autre, mais plutôt qu'il a été ravi lui-même jusqu'au troisième ciel pet qu'il y a vu tout ce qu'il en écrit. Il fut honoré du don de prophétie, comme on peut s'en assurer par l’épître qu'il adressa à saint Jean l’évangéliste relégué en exil dans l’île de Pathmos : il prédit à l’apôtre qu'il en sortira, quand il s'exprime ainsi :
" Réjouissez-vous, le plus fidèle et le plus tendre des amis, vous serez relâché de la prison de Pathmos, et vous reviendrez en Asie ; vous y imiterez le Dieu bon, et vous ferez part de vos mérites à ceux qui- viendront après vous."

Il assista à la dormition de la sainte Vierge Marie ; ce qu'il paraît insinuer dans son livre des Noms divins (chap. III). Quand il apprit que saint Pierre et saint Paul étaient emprisonnés à Rome par l’ordre de Néron,, il mit un évêque à sa place et vint les visiter. Après leur martyre consommé, saint Clément, qui fut le chef de l’Église, le fit partir quelque temps après pour la France, en lui associant Rustique et Eleuthère. Il fut envoyé à Paris où il convertit beaucoup de personnes à la foi, y éleva plusieurs églises et y plaça des clercs de différents ordres.

Martyre de saint Denis, saint Rustique,
saint Eleuthère et sainte Laërtia. Livre d'heures. XIVe.

Telle était la grâce céleste qui brillait en lui que souvent les prêtres des idoles soulevèrent contre lui le peuple qui, plus d'une fois, accourait en armes pour le perdre ; mais, dès qu'il l’avait va, il perdait sa férocité, et se jetait à ses pieds, ou bien encore la frayeur s'emparait de lui et il prenait la fuite dès que le saint paraissait. Cependant le diable jaloux, voyant que tous les jours son champ se rétrécissait et que l’Église triomphait par de nombreuses conversions, excita Domitien à une cruauté telle que cet empereur porta un ordre de forcer à sacrifier ou de faire mourir dans les supplices chaque chrétien qu'on trouverait. Le préfet Fescennius envoyé de Rome à Paris contre les chrétiens, trouva saint Denys qui prêchait au peuple; aussitôt il le fit saisir, souffleter, conspuer, moquer et lier avec des courroies très rudes et comparaître par devant lui avec saint Rustique et saint Eleuthère.

Saint Denis portant sa tête après sa décollation.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Or, comme les saints persistaient à confesser Dieu devant le préfet, voici qu'arriva une daine noble prétendant que son mari Lisbius avait été honteusement trompé par ces magiciens. On envoie chercher cet homme au plus vite et il, est mis à mort en confessant Dieu avec persévérance ; quant aux saints ils sont- flagellés par douze soldats : après quoi on les charge de lourdes chaînes et on les jette en prison. Le lendemain saint Denys est étendu nu, sur un gril de fer, sous lequel brûlait un feu violent, et là il chantait ainsi les louanges du Seigneur : " Votre parole est éprouvée très parfaitement par le feu, et votre serviteur l’aime uniquement "(Ps. CXVIII.).

On le retire pour. le jeter en pâture à des bêtes d'autant plus féroces qu'on les avait laissées plusieurs jours sans manger. Mais quand elles coururent pour se précipiter sur lui, il leur opposa le signe de la croix et les rendit très douces. On le jeta ensuite dans une fournaise; mais, au lieu de lui nuire, le feu s'éteignit. On l’en fit sortir et on le renferma en prison avec ses compagnons ainsi qu'un grand nombre de fidèles. Comme il y célébrait la messe, au moment de la communion du peuple, Notre Seigneur Jésus-Christ lui apparut environné d'une immense lumière ; puis il prit le pain et lui dit :
" Prenez ceci, mon cher, parce que votre plus grande récompense est d'être avec moi."

Après quoi ils furent amenés au juge qui les livra à de nouveaux supplices ; on trancha à coups de hache, devant l’idole de Mercure, la tête des trois confesseurs de la Trinité. Aussitôt le corps de saint Denys se leva, et sous la conduite d'un ange, et précédé par une lumière céleste, il porta sa tête entre les bras, l’espace de deux milles, depuis l’endroit qu'on appelle le Mont des Martyrs jusqu'à celui que, par là providence de Dieu, il choisit pour reposer. Or, les Anges firent entendre là des, accords si mélodieux, que, parmi le grand nombre de ceux qui entendirent et crurent en Notre Seigneur Jésus-Christ, Laërtia, femme de Lisbius, dont il a été parlé plus haut, cria qu'elle était chrétienne. Elle fut décapitée à l’instant et mourut baptisée dans son sang. Son fils Vibius, resta au service militaire à Rome sous trois empereurs; ensuite il revint à Paris où il reçut le baptême et fut admis au nombre des religieux. Comme les infidèles craignaient que les chrétiens n'ensevelissent les corps de saint Rustique et de saint Eleuthère, ils les firent jeter dans la Seine.

Mais une dame noble invita les porteurs à un repas, et, pendant qu'ils mangeaient, elle déroba furtivement les corps des saints, et les fit ensevelir en secret dans un champ qui lui appartenait. Plus tard, quand la persécution eut cessé, elle les en retira, et les réunit avec honneur au corps de saint Denys. Ils souffrirent sous Domitien, l’an du Seigneur 96. Saint Denys était âgé de 90 ans.

- Vers l’an du Seigneur 815, du temps du roi Louis, des ambassadeurs de Michel, empereur de Constantinople apportèrent, entre autres présents, à Louis, fils de Charlemagne, les livres de saint Denys, sur la hiérarchie, traduits du grec en latin : ils furent reçus avec joie et dix-neuf malades furent guéris cette nuit-là même dans l’église du saint (Hilduin ; Vie de saint Denys, c. IV.).

- Comme saint Rieul célébrait la messe à Arles, il ajouta après les noms des apôtres ces mots : " Les martyrs saints Denys, Rustique et Eleuthère ". Il fut bien étonné, d'avoir, sans y penser, prononcé leurs noms dans le Canon, car il croyait que les serviteurs de Dieu vivaient encore : mais pendant qu'il en était dans l’admiration, il vit trois colombes posées sur la croix de l’autel, et portant sur leur poitrine les noms des saints martyrs écrits en lettres de sang. Quand il les eut regardées avec attention, il comprit que les saints avaient quitté leur corps (Un médaillon. d'une ancienne verrière de l’église de Saint-Denys reproduit ce miracle).

- Vers l’an du Seigneur 614, Dagobert, roi des Francs (d'après une chronique Hélinand, la même année) qui régna longtemps après Pépin,, eut dès l’enfance une grande vénération pour saint Denys; et chaque fois qu'il avait à redouter la colère de Clotaire, son père, il s'enfuyait à l’église du saint. Il monta sur le trône et après sa mort, un saint homme eut une, vision dans laquelle il lui fut montré que l’âme de Dagobert ayant été conduite au jugement, beaucoup de saints lui reprochèrent d'avoir dépouillé leurs églises. Déjà les mauvais anges voulaient la traîner en enfer, quand se présenta saint Denys qui intervint en sa faveur, la délivra et lui épargna le châtiment. Peut-être se fit-il que son âme revint animer son corps, et qu'il fit pénitence*.

- Hincmar, évêque de Reims, dit dans une lettre adressée à Charles, que ce Denys qui fut envoyé en France fut Denys l’Aréopagite, comme il a été rapporté ci-dessus. Jean Scot assure la même chose dans une épître à Charlemagne.

* Voici sur ce fait étrange une note de Ciaconius sur la vie du pape Donus, par Anastase le Bibliothécaire :
" Sous le pontificat du pape Donus, mourut Dagobert, XVIIIe roi des Francs. On vit l’âme de ce prince conduite par des démons dans l’île de Liparca, qui renferme un volcan. Comme son âme était condamnée à y subir des expiations, elle fut arrachée des mains des esprits malins, par l’entremise de saint Denys, de saint Martin et de saint Maurice, que Dagobert pendant sa vie avait regardés comme ses patrons, et en l’honneur desquels il avait construit des églises. On a pour garants de cette croyance les témoignages de Platina, Vie du pape Donus; de Robert Gaguin, au livre III de la Vie de Dagobert, et de l’abbé Boniface Simoneta."


On lira avec fruits les oeuvres de saint Denis :

- http://www.jesusmarie.com/denis_areopagite.html

- http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Textes/index.html

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dimanche, 08 octobre 2017

8 octobre. Sainte Brigitte de Suède, veuve, fondatrice de l'Ordre du Sauveur. 1373.

- Sainte Brigitte de Suède, veuve, fondatrice de l'Ordre du Sauveur. 1373.

Pape : Grégoire XI. Roi de Suède : Albert Ier de Mecklembourg. Roi de France : Charles V le Sage.

" Quand le sixième jour ramène le souvenir de la passion du Christ, c'est en vain, âme généreuse, que vous voudriez vous associer à Ses douleurs. Vaincue par l'amour que vous portez à votre époux, l'herbe amère que vous pressez sous vos dents perd son fiel dans votre bouche et se change en un miel délicieux."
Hugues Vaillant. Fasti sacri.

Sainte Brigitte de Suède. Le maître d'Ehenheim. XVe.

Brigitte, née en Suède d'illustres et pieux parents, eut une vie très sainte. Comme sa mère la portait encore, elle fut à cause de son enfant sauvée d'un naufrage. Brigitte était dans sa dixième année, lorsqu'ayant entendu prêcher sur la passion du Seigneur, elle vit, la nuit suivante, Jésus en croix, couvert d'un sang fraîchement répandu, et qui s'entretenait avec elle de cette même passion. Depuis lors, la méditation des souffrances du Sauveur l'affectait tellement, qu'elle n'y pouvait penser sans verser des larmes.

Mariée à Ulf prince de Néricie, elle l'amena à imiter la piété de sa vie par ses exemples et la persuasion de ses discours. Elle mit tout son cœur à élever ses enfants, tout son zèle à secourir les pauvres et surtout les malades, qu'elle servait dans une maison destinée à cette fin, ayant coutume de laver et de baiser leurs pieds. Comme elle revenait avec son mari de Compostelle, où ils avaient visité le tombeau de l'Apôtre saint Jacques, Ulf tomba gravement malade à Arras ; saint Denys apparut alors une nuit a Brigitte, lui prédit le retour en santé du malade et d'autres événements à venir.

Le château de Vadstena, transformé pour partie
en monastère par sainte Brigitte de Suède. Suède.

Ulf, s'étant fait moine sous la règle de Cîteaux, mourut peu après, et Brigitte entendit en songe le Christ qui lui demandait d'embrasser un genre de vie plus austère. Sa fidélité fut récompensée d'en haut par de nombreuses révélations. Elle fonda le monastère de Vadstena, sous la règle du saint Sauveur que le Seigneur lui-même lui avait dictée. Elle vint à Rome par l'ordre de Dieu, et y embrasa beaucoup de monde des ardeurs de l'amour divin. Elle fit aussi le pèlerinage de Jérusalem ; et ce fut dans son voyage de retour à Rome que la fièvre la saisit. Après avoir supporté durant un an des souffrances aiguës, elle passa au ciel comblée de mérites, au jour qu'elle avait prédit. Son corps fut porté au monastère de Vadstena ; ses miracles déterminèrent Boniface IX à la mettre au nombre des Saints.

Femme forte, appui de l'Eglise en des temps malheureux, soyez bénie par tous les peuples à cette heure. Quand la terre, appauvrie de vertus, n'acquittait plus ses redevances au Seigneur suprême, vous fûtes le trésor dont la découverte aux extrêmes frontières, ainsi que dit l'Ecriture, compensa l'indigence de plusieurs. Par vous, jadis suspect et délaissé, le septentrion connut les complaisances du ciel. Bientôt l'Esprit, sollicité par les Apôtres et les saints Martyrs, vous amenait aux plages que leur sang ne suffisait plus à féconder pour l'Epoux ; vous apparûtes alors comme le navire apportant des lointains horizons nourriture et vie aux contrées que désole la stérilité. A votre voix, Rome épuisée retrouva l'espérance ; à votre exemple, elle expia les fautes d'où provenait son abandon ; vos communes supplications lui ramenèrent, avec le cœur de l'Epoux, celui de son Vicaire ici-bas.

Mais votre part était celle de la souffrance et du labeur. Au jour où votre œuvre se consommait dans l'allégresse de tous, vous aviez quitté la terre ; pareille à ces héros de l'ancienne alliance saluant de loin les promesses dont la réalisation était pour d'autres, et confessant qu'ils n'étaient qu'étrangers et pèlerins sur la terre. Comme eux, vous cherchiez une patrie, non celle que vous aviez quittée et où il vous restait loisible de retourner, mais la seule vraie, celle des deux. Aussi Dieu se fait-il gloire d'être appelé votre Dieu.

De l'éternelle cité où finit votre exil, gardez en nous le fruit de vos exemples et de vos enseignements. Malgré sa situation diminuée, votre Ordre du Sauveur les perpétue dans les contrées qui le possèdent encore ; puisse-t-il revivre un jour à Vadstena dans sa splendeur première Par lui et ses émules, ramenez la Scandinavie à la foi si malheureusement perdue d'Anschaire son apôtre, d'Eric et d'Olaf ses rois martyrs. Enfin protégez Rome, dont les intérêts vous furent si spécialement confiés par le Seigneur ; épargnez-lui de connaître à nouveau la terrible épreuve que votre vie se consuma à détourner.

" Seigneur, qui vous a ainsi traité ?
- Ceux qui Me méprisent et oublient Mon amour."


Première révélation du Fils de Dieu à Brigitte de Suède. François d'Assise, levant l'étendard de la Croix sur le monde, avait annoncé la rentrée du Christ en la voie douloureuse : du Christ, non par lui-même, mais dans l'Eglise, chair de sa chair. Combien l'annonce était justifiée, Brigitte l'éprouva dès l'aurore de ce fatal siècle quatorzième avec lequel elle devait grandir, et où tous les désastres, amenés par tous les crimes, fondirent à la fois sur notre Occident.

Sainte Brigitte de Suède. XVIe.

Née l'année même où, valet d'un nouveau Pilate, Sciarra Colonna souffletait le Vicaire de l'Homme-Dieu, son enfance voit se multiplier les défaillances livrant l'Epouse aux mépris de ceux qui oublient l'Epoux. La chrétienté n'a plus de Saints qu'on puisse comparer à leurs grands devanciers ; on dirait qu'au siècle précédent, les races latines ont épuisé leur sève en fleurs : où sont les fruits que promettait la terre ? La vieille Europe n'a plus qu'affronts pour le Verbe ; cette fête, apparition de Jésus dans la froide Scandinavie, marque-t-elle donc la fuite de l'Epoux loin du centre habituel de ses prédilections ? C'est en la dixième année de Brigitte, que le divin chef de l'Eglise sollicite sous les traits de l'homme des douleurs asile en son âme ; et c'est dans le même temps, que la mort de Clément V et l'élection de Jean XXII en terre étrangère vont consommer pour soixante-dix ans l'exil de la papauté.

Rome cependant, veuve de ses Pontifes, apparaît la plus misérable des cités dont elle fut la reine. Ses rues sont en pleurs ; car personne ne vient plus à ses Solennités. Mise à sac par ses fils, elle perd quotidiennement quelque débris de son antique gloire ; le meurtre ensanglante ses carrefours; la solitude s'étend parmi les ruines de ses basiliques effondrées ; les troupeaux paissent au pied des autels de Saint-Pierre et du Latran. Des sept collines l'anarchie a gagné l'Italie, transformant ses villes en repaires de brigands, ses campagnes en déserts. La France va expier dans les atrocités d'une guerre de cent ans la captivité du Pontife suprême.

Hélas ! captivité trop aimée : la cour d'Avignon ne redit pas le cantique des Hébreux sur les fleuves de Babylone. Heureuse si, plus riche d'or que de vertus, elle n'ébranlait pour longtemps au milieu des nations le prestige du premier Siège. L'empire germanique, avec Louis de Bavière, a beau jeu pour refuser l'obéissance au protégé des Valois ; les Fratricelles accusent d'hérésie le successeur de Pierre, tandis que, soutenu par les légistes du temps, Marsille de Padoue s'attaque au principe même du pontificat. Benoît XII néanmoins, découragé par les troubles d'Italie, abandonne la pensée qu'il avait eue de rentrer dans ia Ville éternelle ; il fonde sur le rocher des Doms le château fameux, forteresse et palais, qui semble fixer pour jamais aux bords du Rhône le séjour du chef de la chrétienté. Le deuil de Rome, la splendeur d'Avignon sont au comble sous Clément VI, dont le contrat passé avec Jeanne de Naples, comtesse de Provence, acquiert définitivement à l'Eglise la possession de l'usurpatrice capitale. A cette heure, l'entourage du Pontife égale en luxe, en mondanité, toutes les cours du monde. La justice de Dieu déchaîne sur les nations le fléau de la peste noire. Sa miséricorde fait parvenir au Pape Clément les avertissements du ciel :
" Lève-toi ; fais la paix entre les rois de France et d'Angleterre, et viens en Italie prêcher l'année du salut, visiter les lieux arrosés du sang des Saints. Songe que, dans le passé, tu as provoqué ma colère, faisant ta volonté, non ton devoir ; et je me suis tu. Mais mon temps est proche. Si tu n'obéis, je te demanderai compte de l'indignité avec laquelle tu as franchi tous les degrés par lesquels j'ai permis que tu fusses exalté en gloire. Tu me rendras raison de la cupidité, de l'ambition qui, de ton temps, ont fleuri dans l'Eglise : tu pouvais beaucoup pour la réforme ; ami de la chair, tu ne l'as pas voulu. Répare ton passé par le zèle de tes derniers jours. Si ma patience ne t'avait gardé, tu serais descendu plus bas qu'aucun de tes prédécesseurs. Interroge ta conscience, et vois si je dis la vérité."

Sainte Brigitte de Suède. Bréviaire à
l'usage de l'Ordre de Sainte-Brigitte. XVe.

L'austère message venait de cette terre d'aquilon où, depuis un demi-siècle, la sainteté semblait réfugiée. Brigitte de Suède, en qui la lumière prophétique croissait au milieu des honneurs que lui attirait sa naissance, l'avait écrit sous la dictée du Fils de Dieu. Malgré tant de reproches encourus, la foi du Pape était grande ; elle s'unit à la courtoisie du grand seigneur qu'était resté Pierre Roger sous la tiare, pour ménager près de sa personne un accueil plein d'égards aux mandataires de la princesse de Néricie. Mais, s'il promulgua le jubilé célèbre qui devait marquer ce milieu de siècle, Clément VI laissa lui-même passer l'année sainte,sans qu'on le vît prosterné devant ces tombeaux des Apôtres à la visite desquels il convoquait l'univers. La patience divine était lassée : Brigitte connut le jugement de cette âme ; elle vit son châtiment terrible, qui pourtant n'était pas celui de l'abîme, et que tempérait l'espérance.

Toute jusque-là aux intérêts surnaturels de son pays, Brigitte subitement voyait sa mission embrasser le monde. Vainement, par ses prières à Dieu, par ses avertissements aux princes, la grande maîtresse du palais de Stockholm avait tenté d'arracher la Suède aux épreuves qui devaient aboutir à l'union de Calmar. Ni Magnus II, ni Blanche de Dampierre qui partageait son trône, ne s'étaient appliqué les menaces de leur illustre parente :
" J'ai vu le soleil briller avec la lune dans les cieux, jusqu'à ce que l'un et l'autre ayant donné au dragon leur puissance, le ciel pâlit, les reptiles remplirent la terre, le soleil glissa dans l'abîme et la lune disparut sans laisser nulles traces."

Sainte Brigitte rédigeant la règle de l'Ordre du Sauveur,
inspirée par l'archange saint Gabriel. Détail. Retable.
Eglise de Tjällmo. Suède. XIVe.

Ô Nord, la froideur criminelle du Midi t'avait valu d'augustes avances ; dans ces jours qui te furent donnés, tu n'as point su mettre à profit la visite de l'Epoux. Brigitte va te quitter pour toujours. Elle fut à l'Homme-Dieu sa cité de refuge ; visitant Rome et l'habitant désormais, elle doit, en y ramenant la sainteté, préparer la rentrée du Vicaire du Christ en ses murs.

Labeur de vingt ans, où personnifiant la Ville éternelle, elle en subira les misères poignantes, en connaîtra toutes les ruines morales, en présentera les prières et les larmes au Seigneur. Apôtres, martyrs romains, titulaires des sanctuaires fameux de la péninsule, la veulent sans cesse à leurs autels trop longtemps délaissés ; tandis que, sous la dictée d'en haut, sa plume continue de transmettre aux pontifes et aux rois les missives de Dieu.

Eglise abbatiale de l'abbaye de Vadstena. Suède.

Mais l'horizon a semblé s'éclaircir enfin. Pendant que l'inflexible et juste Innocent VI réformait l'entourage du successeur de Pierre, Albornoz pacifiait l'Italie. En 1367, Brigitte transportée s'incline au Vatican sous la bénédiction d'Urbain V. Hélas ! trois ans n'étaient pas écoulés que, regrettant sa patrie terrestre, Urbain derechef abandonnait les tombeaux des Apôtres. La Sainte l'avait prédit : il ne revoyait Avignon que pour y mourir. Roger de Beaufort, neveu de Clément VI, lui succéda et s'appela Grégoire XI ; c'était lui qui devait mettre fin sans retour à l'exil et briser les chaînes de la papauté.

Cependant le temps de Brigitte va finir. Une autre moissonnera dans la joie ce qu'elle a semé dans les larmes ; Catherine de Sienne, lorsqu'elle n'y sera plus, ramènera dans la Cité sainte le Vicaire de l'Epoux. Quant à la vaillante Scandinave, toujours déçue dans ses missions sans que jamais ait fléchi son courage ou vacillé sa foi, l'Epoux, finissant avec elle en la manière qu'il commença, la conduit aux saints Lieux, témoins de sa passion douloureuse ; et c'est au retour de ce pèlerinage suprême que, loin de la terre de sa naissance, en cette Rome désolée dont elle n'a pu faire cesser le veuvage, il lui redemandera son âme. Fille de la Sainte, et sainte comme elle, une autre Catherine ramènera aux rivages de Scandinavie le corps de la descendante des seigneurs de Finstad.

Reliquaire de sainte Brigitte de Suède.
Eglise abbatiale de l'abbaye de Vadstena. Suède.

Il fut déposé au monastère encore inachevé de Vadstena, chef-lieu projeté de cet Ordre du Sauveur dont le dessein, comme toutes les entreprises imposées à Brigitte de par Dieu, ne devait parvenir à terme qu'après sa mort. Presque simultanément, vingt-cinq ans plus tôt, elle avait reçu l'ordre de fonder et celui d'abandonner le pieux asile ; comme si le Seigneur n'en voulait évoquer à ses yeux la sereine tranquillité, que pour la crucifier d'autant mieux dans la voie si différente où il entendait l'introduire à l'heure même. Rigueur de Dieu pour les siens ! souveraine indépendance de ses dons : ainsi déjà laissant la Sainte s'éprendre en ses premières années du beau lis, attribut des vierges, lui avait-il soudainement signifié que la fleur de ses prédilections était pour d'autres.
" En vain j'ai crié vers lui, disait le prophète au temps de la captivité qui figurait celle dont Brigitte avait à savourer toutes les amertumes; en vain j'ai crié vers lui, et je l'ai supplié : il a repoussé ma prière ; il m'a barré la route avec des pierres de taille, il a renversé mes sentiers "(Thren. III, 8, 9.).

En prélude au récit liturgique de l'Eglise, rappelons que Brigitte s'envola vers la vraie patrie le 23 juillet 1373 ; le VIII octobre est l'anniversaire du jour où pour la première fois, au lendemain de la canonisation, la Messe de sainte Brigitte fut célébrée par Boniface IX. Martin V confirma depuis les actes de Boniface IX en son honneur ; il approuva comme lui ses Révélations ; vivement attaquées aux conciles de Constance et de Bâle, elles n'en sortirent que mieux recommandées à la piété des fidèles. On connaît également les indulgences précieuses attachées au chapelet qui porte le nom de la Sainte ; par la faveur du Siège apostolique, elles sont fréquemment appliquées de nos jours aux chapelets ordinaires; mais il est bon de rappeler que le vrai chapelet de sainte Brigitte se composait pour elle de soixante-trois Ave Maria, sept Pater et sept Credo, en l'honneur des années présumées de Notre-Dame ici-bas, de ses allégresses et de ses douleurs. C'est cette même pensée d'honorer Marie qui lui fit déférer la supériorité à l'Abbesse, dans les monastères doubles de son Ordre du Sauveur.

Sainte Brigitte de Suède. Détail. Hermann Rode. Suède. XVe.

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